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Full text of "L'union"

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Feuilleton de L UNION 


Page 5C 



un Stranger. Personue ne le conuaissuit, maia il 6tait si beau, si bien fait, si 
noble dans sen manures, si riche, qu'tl deviut bientot l'objet de l'admiration 
de toutes les jeunes filles de la cit6. Tous lea jours il venait k la ville mont6 
sur un magnifique chevul bar be, qu’il maniait avec grace; il descendait 
d’^^inaire au Caf6 de la Regence oil, apres avoir jet6 la bride de son cheval 
au gargon d’6curie, il eutrait prendre une tasse de chocolat et furaer un ci- 
garitto. Il lisait les journaux, eeoutuit les nouvelles, et allait ensuite faire 
un tour sur le quais, d’ou il revenait an caf£ reprendre son cheval, aprta 
g'&tre promene quelque temps duns les rues de Matance, regardant les Nou- 
vautes et lorgnant les joliex signoritUs. 

En general, les jeunes et jolies filles li'uiment pas qu’on les lorgne, 
maia quand e’est un grand el beau jeune homuie, k la ladle aouple, aux yeux 
noira ai vifa, au teint brun si male, a la moustache si fine, comrne uolre nou¬ 
veau plautcur; oh! alors e’est bien different. Elies pardouucut volontiers 
meiue un peu de hardiesse, pourvu qu elle puissent paraitre ne pas s’en aper- 
cevoir. Or, ce nelait pas |w*r la timidite que p^chait uolre beau cavalier, 
tant s’en faut. 

Tous les apres midi, vers six heures, quand le soled brulant des tro- 
piques coinmengait k disparailre derricre les palmier* et lea cocotiers, et que 
la brisc du soir venait rafraichir l atinosphere si lourd, ohl alors, comme les 
splendides promenades de Matance devenaient animees! Toute la ville sem- 
blait se riveiller de la longue sieste. pour venir respirer la vie avec le parfum 
des flcun. Les vivex et folatres jeunes filles de I’ile de Cuba, aux yepx 
noirs et aux longs cheveux soyeux, au teint chaud, au temperament ardent, 
venaient boire k longs traits, k la coupe des plaisirs dans ce dMicieux atmos¬ 
phere de la reine des AXntilles. Les volantee, ces nochalantes voitures de 
Cuba, aux somptueux attelages argent***, trainees par des mules sur Icsquel- 
les 6taient months les cal&cros, avec leurs fantastiques chaussure*; lea che- 
vaux pur sang, avec leurs cavaliers aux larges sombreros; les piltous avec 
leura badines et leurs cigarettes; tout se trouvait k la promenade, ear e’est 
une fdte de tous les jours aux Antilles que Kheure oh le soled se couche Cast 
le rendex-vou* de toute la ville: des gens d'affaires pour leura transactions, 
des sms nth pour leurs amours. Or, vous sentez bien que notre riche et 414- 
gant planteur he manquait pa* de s'y rendre tous les soira, sur son beau et 
fringant cheval barbe. Comme les jeunes filles admiraient la fermete avec 
Uquellc il se tenait en selle, la vigueur et l’eleganee avec laquelle il faiaait 
bondir etHfaracoIer son destrier, dont les naseaux brulanU semblaient jeter