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Full text of "Des Zibans au Djerid par les chotts algériens"

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DES 



ZIBANS au D TERID 



PAR LES 



CHOTTS ALGÉRIENS 



PAR 



P. VUILLOT 



MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE DE PARIS 



«fe=E^Ï|* 



•VW©V. 



TYPOGRAPHIE OBERTHUR, RENNES — PARIS 



1893 




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Gravés par" JCfhaTii f 



Croquis de l'Oasis de Biskra 




DES 



ZIBANS AU DJERID 



PAR LES 



CHOTTS ALGÉRIENS 



DESCRIPTION GENERALE DE L ITINERAIRE PROJETE. 



Aux mois d'avril et mai 1890, pendant un petit voyage que 
je fis de Touggourt au Mbzab par Ouargla, j'ai eu 
l'occasion de côtoyer, en parcourant les oasis de la vallée de 
l'Oued Rhir, l'immense dépression qui s'étend du méridien de 
Biskra au golfe de Gabès, à la hauteur du 34 de latitude 
nord. 



DES ZIBANS AU DJERID 



C'est cette région des chotts, si particulière et si 
intéressante, à peine entrevue des hauteurs de Kef el Dor 
à mon premier voyage, que je résolus de visiter cette 
année, accompagné de ma jeune femme et suivi d'un 
domestique européen, d'un guide et de quelques muletiers 
et chameliers. 

Ce système des chotts du Sahara septentrional peut se 
diviser en trois groupes principaux : le premier, à l'ouest, est 
constitué par le chott Melrir et ses ramifications diverses : 
chotts Merouan, Sidi Radouan, Bedjeloud, El Hadjel, Bou 
Chekoua, Mouiat Tadjer, Hadjela, Touidjin, Sellem, etc.; le 
second est formé par le chott El Rharsa ou Gharsa, le troi- 
sième par le chott El Djerid, dont l'extrémité orientale, 
désignée sous le nom de chott El Fedjej, n'est séparée du 
golfe de Gabès, la petite Syrte des anciens, que par quelques 
assises rocheuses, formées de grès et de calcaires éocènes, 
recouvertes de dunes sablonneuses d'une largeur d'environ 
seize kilomètres au point le plus étroit ; entre le chott El 
Djerid et le chott El Rharsa se trouve une seconde barrière, 
ligne de hauteurs peu prononcées, se détachant vers le sud- 
ouest du Djebel bou Hellal, et connue sous le nom de Seuil 
de Kriz (avec les oasis d'El Oudiane, de Tozeur et de Nefta 
sur le versant sud-est); enfin, le chott Rharsa est séparé 
à son tour du chott Melrir par une bande de dunes et de 
terres basses, marécageuses, appelées le Seuil d'Asloudj, du 
nom d'un petit chott dont l'extrémité ouest effleure le 5 de 
longitude ouest. 



DES ZIBANS AU DJERID 



Si l'on considère la région des chotts algériens sur la carte 
d'Algérie au i/8oo,ooo e , dressée par le service géographique 
du ministère de la guerre en 1876, revue en 1889, on remarque 
que toutes les routes la traverse du nord au sud, reliant le 
Zab ech Chergui et les villes de Ferkane, Négrine, Tamerza 
et Gafsa à l'Oued Souf et au pays de Douz, au sud du chott 
El Djerid. Une seule route, allant de l'ouest à l'est, part de 
Biskra pour aller rejoindre le Seuil de Kriz et les oasis d'El 
Oudiane, en passant par Sidi Okba, Ain Naga, Zeribet 
el Oued, Taddart, Ferkane, Negrine, Tamerza, Bir Djeida et 
El Hamma ; et encore cette route laisse-t-elle les chotts à plus 
de vingt ou trente kilomètres plus au sud ; quant à la partie 
sud des chotts algériens, elle n'est suivie, de près ou de loin, 
par aucune route allant directement de l'ouest à l'est : toutes 
font de nombreux crochets ; quelques-unes même descendent 
jusqu'à El Oued pour remonter ensuite directement vers le 
nord. 

Notre intention, au départ de Biskra, est de faire le tour 
des chotts Melrir et Rharsa en suivant d'abord la route du 
nord jusqu'au Seuil de Kriz, puis de gagner la rive sud de 
ces chotts en les longeant au plus près, pour rejoindre la 
route de Biskra à Touggourt, vers Sidi Khelil ou Mraïer, 
après avoir coupé à angle droit toutes ces routes allant du 
nord à l'Oued Souf. 

Ce retour par le sud des chotts serait donc une route en 
quelque sorte nouvelle car, seules, les différentes missions du 
commandant Roudaire, en 1874 et 1875 l'ont parcouru, en 



DES ZIBANS AU DJERID 



certains points seulement, et dans un but tout particulier 
de géodésie et de nivellement. En effet, il ne s'agissait 
rien moins, à cette époque, que de ce gigantesque projet de 
formation d'une mer intérieure, par le percement successif 
des Seuils de Gabès, de Kriz et d'Asloudj. 




II 



LES CHOTTS ONT-ILS ETE EN COMMUNICATION AVEC LA MEDITERRANEE 
A L'ÉFOQUE GÉOLOGIQUE ACTUELLE ? 



A la suite d'une campagne géodésique de deux années, 
le capitaine d'état-major Roudaire, poussant le réseau 
de la triangulation algérienne jusque dans l'extrême sud de la 
province de Constantine, était allé élever un dernier signal 
sur les collines qui bordent le chott Melrir, vers les puits 
artésiens de Chegga, à 54 kilom. sud de BiskraW. La faiblesse 
de la cote, + 24,25, le rendit curieux de connaître au juste 
l'altitude du chott : il exécuta un nivellement continu qui, 



(1) Capitaine Baudot, Bull. Soc. Géographie, Lyon, III, pp. 320-342; 1880. 



IO DES ZIBANS AU DJERID 

commencé au signal de Chegga, fut mené jusqu'à l'embou- 
chure de l'oued Cedeur et continué dans le chott lui-même 
tant que les boues lui permirent d'avancer. 

La dernière mire donna la cote — 27. 

Déjà, en 1845, M. Virlet d'Aoust avait reconnu, au moyen 
d'observations barométriques, que l'altitude du chott Melrir, 
près de la route de Biskra à Touggourt, était très basse, 
probablement négative to, et se demanda si cette dépression 
ne serait pas un reste de l'ancien lac Triton, indiqué par 
Hérodote, quatre siècles et demi avant l'ère chrétienne. 

En effet, l'historien grec raconte que Jason, poussé par la 
tempête sur les côtes de la Libye s'égara au fond d'un golfe, 
lac ou étang, dont un triton lui apprit à sortir. 

Scylax, qui décrivit le littoral de la Méditerranée à peu 
près 200 ans avant J.-C. , précisa davantage la position du 
lac Triton et du passage étroit, ou goulet, par lequel ce 
bassin intérieur communiquait avec la mer au fond de la 
petite Syrte (2 ). 

Pomponius Mêlas, dont les écrits datent du milieu du 
I er siècle de l'ère chrétienne, fait aussi mention du lac Triton 
ou de Pallas et du fleuve qui s'y jette; enfin il ajoute, en 
décrivant la partie de la Numidie qui correspond à notre 
province de Constantine : « On assure qu'à une grande 

(1) Virlet d'Aoust, Bull. Soc. Géologie, 2 e série, II, p. 349; 1845. — Comptes 

rendus, Académie des Sciences, 27 juillet et 5 octobre 1874. 

(2) Alglave, Bull. Assoc. scientif. France, p. 177; 1881. 



DES ZIBANS AU DJERID II 

distance du rivage, vers l'intérieur du pays, il y a des 
campagnes stériles où l'on trouve, s'il est permis de le croire, 
des arêtes de poissons, des coquillages... » 

Ptolémée, le célèbre géographe d'Alexandrie, ne parle pas 
de la communication du lac Triton avec la mer, mais il fait 
mention de la rivière qui y arrive et d'un autre lac, situé 
plus loin dans l'intérieur du pays et appelé lac de Lybie ou 
lac des Tortues. 

D'après Pline (l ), la partie de cette région qui avoisine 
le fond du golfe des Syrtes était occupé par un vaste 
marais dans lequel se jetait la rivière Triton. 

Un auteur arabe du XII e siècle, Edrisi ( 2 ), fait mention 
du débouché du lac Triton dans le golfe voisin. Enfin, 
d'après les traditions locales, les eaux de la mer auraient 
occupé jadis le chott El Djerid, et Nefta, située à l'ex- 
trémité occidentale de ce chott aurait été jadis un port('), 
on aurait même trouvé non loin de là les restes d'une 
galère antique. 

M. Tissot, auteur d'un mémoire fort érudit sur le lac 
Triton des anciens géographes W, fit remarquer que le mot 
sebkha signifie en arabe saline, et, d'après la multiplicité 
des lieux ainsi désignés dans la région sud algérienne, 



(i) Pline, Histoire naturelle, liv. V, § iv. 

(2) Vivien de Saint-Martin, Le Nord de l'Afrique dans l'antiquité, p. 55. 

(3) Tissot, Bull. Soc. de Géographie, 1887, t. XVIII, p. 2. 

(4) Tissot, De Triionida lacu Thèses divoniensi Liilerarum- Facultali propo- 
nebat; 1863. 



12 DES ZIBANS AU DJERID 

plusieurs géologues avaient considéré l'existence de ces 
marais salants comme une preuve de la présence récente 
de la mer dans le nord du Sahara ; mais une étude plus 
approfondie de la région les a fait changer d'opinion 
M. Pomel dit formellement W, en s'appuyant sur des faits 
et non sur des traditions : La mer n'a point envahi le 
Sahara au commencement de la période actuelle, car elle 
n'y a point laissé de traces de son passage. Une zone de 
bas-fonds salins, jadis moins dépourvus d'eau qu'aujourd'hui, 
dont le niveau est inférieur à celui de la mer, qui n'en 
est séparée que par une barre peu épaisse, des coquilles 
de Cardiam edule trouvées sur leur bord, et même à une 
petite profondeur dans leurs sédiments, des fossiles de Pla- 
norbis Comeus (Ludovic Ville), des coquilles de subfossiles, 
tels que Melanopsis Maroccana (Morelet), Melania tuber- 
culata et Cardium Sakaricum, ont fait accréditer cette 
erreur. Mais tous les mollusques associés à ces coquilles 
sont des espèces d'eau douce. » 

M. Dubocq dit également W : « Le bassin du chott 
Melrir est un bassin fermé et séparé de- la mer actuelle. 
Le vaste marais salé qui occupe le fond de ce bassin 
s'étend jusqu'auprès du golfe de Gabès, et sa hauteur 
montre qu'il ne pouvait communiquer autrefois avec la mer 



(i) Pomel, Le Sahara, 1872, p. 136. 

(2) Dubocq, Mémoire sur la constitution géologique des Zibans de VOuad-Rir, 
Annales des Mines, II, 1852. 



DES ZIBANS AU DJERID 13 

ainsi que l'indique Ptolémée. On ne rencontre, au reste, 
sur les bords du chott Melrir , et sur les terrains qui 
s'étendent du lac actuel au pied des montagnes, aucune 
laisse de mer qui puisse faire supposer que l'estuaire de 
ce marais ait été oblitéré, depuis les temps historiques, 
par les collines de sable qui bordent le golfe de Gabès, 
et que l'évaporation solaire ait épuisé successivement les 
eaux de cette mer intérieure. Les seuls témoins d'érosions 
anciennes que l'on observe sont les amas de cailloux 
roulés qui bordent' la plaine, et qui paraissent indiquer que 
les couches de marnes, de molasses et de poudingues qui 
sont relevées sur le flanc des Aouress ont émergé du sein 
des eaux ; mais ce phénomène remonte aux dernières 
périodes géologiques et ne peut avoir aucune connexion 
avec les modifications que le cordon littoral du golfe de 
Gabès a pu recevoir dans les temps historiques. La salure 
des eaux du chott qui se couvre, après la saison des pluies, 
d'une croûte d'efflorescence ne peut également être invo- 
quée ; on doit l'attribuer au dépôt des matières salines dont 
les eaux se chargent dans leur parcours, et qu'elles aban- 
donnent ensuite lorsqu'elles sont absorbées par les rayons 
solaires, ainsi que cela s'observe pour tous les bassins fermés 
de l'Algérie. » 

Parmi ces dépôts locaux de sel gemme, dont l'origine 
est très ancienne, et qui saturent les oueds algériens en 
certains points de leur cours, il convient de noter, parmi 
les plus remarquables : celui du Djebel Garregou, non loin 



14 DES ZIBANS AU DJERID 

d'El Kantara, long d'au moins 3 kilom. ; il surgit de dessous 
des dépôts crétacés de cette région et s'élève à plus de 
640 mètres au-dessus du niveau de la mer; des puits verticaux, 
que les eaux pluviales v ont creusés, sont extrêmement pro- 
fonds et communiquent souvent avec des galeries naturelles 
par lesquelles l'eau chargée de sel s'écoule sous terre. 

Au surplus, des études faites en 1875, au Seuil de Gabès, 
par une mission italienne dirigée par Antinori (0, et par 
M. Fuchs, vers la même époque, ont démontré ( 2 ) la présence 
d'assises rocheuses sous les sables du Seuil de Gabès, et tendent 
à prouver d'une manière péremptoire, au point de vue géolo- 
gique, l'impossibilité d'une communication, à l'époque histo- 
rique, entre la Méditerranée et la dépression des chotts. 

Enfin, en 1884, une note de M. le docteur Rouire, 
communiquée à l'Académie des Sciences^) attaque, au point 
de vue topographique, l'identification des chotts à la baie 
du Triton. M. Rouire, le premier, a soutenu que le fleuve 
Triton des anciens était le cours d'eau appelé sur nos 
cartes oued Bagla, au-dessous de Kérouan, oued Zéroud 
au-dessus de la même ville (4). Il a affirmé également que 
le lac Triton était un des trois lacs qui se trouvent au 
nord-ouest de Sousse et que le fleuve traverse (lac Bagla, 

(1) A. Brunialti, Il mare Saharico, publié dans Tunisi, Milan ; 1876. 

(2) Edm. Fuchs, Note sur Vlsihme de Gabès, Comptes Rendus de l'Académie des 
Sciences, 10 août 1874, pp. 352-355. 

(3) Rouire, Comptes Rendus Académie des Sciences; 16 juin 1884. 

(4) Valérie Mayet, Voyage dans le sud de la Tunisie, Paris, 1887, p. 233. 



DES ZIBANS AU DJERID 15 

lac Kelbiah et Sebkha el Mengel). Cette thèse hardie fut 
défendue par son auteur dans plusieurs notes M, et enfin 
dans un travail important intitulé X Enigme du Triton, 
dans lequel la thèse est longuement développée, et avec 
succès, appuyée sur de nombreux arguments tirés d'Héro- 
dote, Scylax, Pomponius Mêlas, Pline et Ptolémée. Nous 
nous bornerons à citer celui-ci, entre cent autres de même 
valeur : « Le fleuve Triton , d'après Ptolémée, prenait sa 
source au mont ou<t«>etov ( et la branche septentrionale des 
l'oued Bagla, appelée oued Marguelil, naît en arrière du 
mont Oussalet actuel. » 

Suivant le dernier travail de M. Rouire, ( 2 ) le lac Bagla 
actuel serait le lac de Lybie de Ptolémée, le lac Kelbiah 
représenterait le lac Pallas et la Sebkha el Mengel le lac 
Triton. Le lac Kelbiah, à peine marqué sur les cartes 
qui précèdent celle de l'Etat- Major français (1886) fut 
pressenti en 1874 par M. Doûmet-AdansonO^ et M. Rouire 
eut le mérite de signaler l'importance de cette nappe d'eau 
et son rôle dans l'antiquité en donnant un dernier coup 
à la légende de l'identification des chotts avec le lac 
Triton des géographes anciens. 



(il Docteur Rouire, Académie des Inscriptions; 1884. — Congrès de Blois pour 
l'avancement des Sciences; 1884. — Bulletins Sociétés de Géographie de Lyon et de 
Montpellier; 1886. 

(2) Docteur Rouire, Énigme du Triton, Paris; 1886. 

(3) Doûmet-Adanson, Archives des Missions scientifiques (Mission de 1874 en 
Tunisie). 



III 



HISTORIQUE DÈS DIFFÉRENTES MISSIONS DE M. ROUDAIRE ET LEURS 



RESULTATS. 



Chargé, en 1872-1873, par le Ministre de la guerre de 
la triangulation de la méridienne de Biskra, M. Rou- 
daire aborda pour la première fois la région des chotts : 
il détermina avec précision la dépression du lit du chott 
Melrir au-dessous du niveau de la mer. L'imagination 
aidant, il lui parut facile de convertir les chotts algériens 
et tunisiens en une mer communiquant avec la Méditer- 
ranée par un canal creusé à travers le relief de Gabès. 
La coïncidence qui lui paraissait exister entre la ferme- 
ture du lac Triton, la disparition de la mer dans le bassin 



DES ZIBANS AU DJERID \J 

des chotts tunisiens, la sécheresse toujours croissante de 
ces contrées, leur stérilité actuelle après leur fertilité 
remarquable à l'époque de l'occupation romaine, lui firent 
espérer que la présence d'une mer intérieure rendrait à ce 
pays son antique splendeur. Il s'imagina aussi que l'éta- 
blissement de cette mer faciliterait nos rapports avec l'in- 
térieur du grand continent africain et que nos frontières 
algériennes et tunisiennes y gagneraient une limite facile 
à défendre. 

Ce projet grandiose était-il réalisable? Le comité des 
Missions du Ministère de l'instruction publique pour l'examen 
des projets de voyages scientifiques engagea le Gouvernement 
à faire procéder à une étude plus attentive de cette 
région. 

En 1874- 1875, M. Roudaire fut chargé d'une nouvelle 
mission par le Ministre de la guerre et le Gouverneur 
général de l'Algérie ; il fit, avec le concours de MM. Baudot, 
Martin et Parisot, de nouveaux nivellements dans la région 
des chotts jusqu'à la frontière tunisienne, à la suite de 
ces travaux, il reconnut lui-même la nécessité de nouvelles 
recherches. 

En 1877, l'Académie des sciences nomma une commission 
dont le général Favé fut le rapporteur et les conclusions 
du rapport furent favorables à la continuation des explorations. 
Le Ministère de l'instruction publique chargea M. Roudaire 
d'une troisième mission ayant pour but l'exploration des chotts 
tunisiens. 



l8 DES ZIBANS AU DJERID 

Dans cette nouvelle mission, M. Roudaire exécuta de 
nombreux travaux de nivellement et de sondage. Ces 
nouvelles études démontrèrent que, du chott El Djerid au 
chott Melrir, la direction générale de la pente du lit des 
chotts est de l'est à l'ouest, c'est-à-dire qu'elle ne se dirige 
pas vers la mer : ainsi il fut constaté que le chott 
El Djerid, qui devait nécessairement présenter la dépression 
la plus forte si les chotts eussent été en communication 
avec la Méditerranée, présente, au contraire, un niveau très 
supérieur à la Méditerranée elle-même CO. 

Les modifications successives que M. Roudaire a dû faire 
subir à son projet montrent suffisamment combien les 
résultats même de ses travaux sont venus contrarier ses 
prévisions. A la suite des premières études dans le chott 
Melrir, pour rétablir le vaste bassin qu'il supposait avoir été 
en communication avec la Méditerranée, il suffisait de percer 
un canal à travers le relief de Gabès. Plus tard, après 
des études plus étendues, on reconnaissait qu'il fallait, non 
seulement percer le relief de Gabès, mais creuser dans le 
lit du chott El Djerid un canal qui amènerait les eaux au 
Seuil de Kriz, puis percer le Seuil de Kriz, ce qui permettrait 
de remplir le chott El Gharsa ; enfin pratiquer dans le 
Seuil d'Asloudj un autre canal pour remplir le chott Melrir. 

Mais comment pratiquer ce canal dans le chott El Djerid, 
trop liquide pour que l'on puisse y creuser une excavation 

(i) Cosson, Comptes rendus de l'Académie des sciences, XCIV, pp. 1330-1355. 



DES ZIBANS AU DJERID 19 

quelconque, et renfermant trop de matières solides pour que 
l'on puisse en espérer la dissolution ou la suspension dans 
les eaux qui y seront amenées? 

Mais la troisième mission découvre de nouvelles difficultés : 
il faudrait déverser les eaux de la Méditerranée par dessus le 
Seuil de Gabès au moyen de machines à vapeur; obtenir par 
des dragages le creusement d'un canal dans toute la longueur 
des chotts Fedjedj et Djerid, tout en utilisant les eaux fournies 
par les machines et celles fournies par l'oued El Hammam 
et par les nappes superficielles et profondes ; puis les eaux 
atteignant le relief de Kriz, percer ce relief pour déverser 
dans le chott El Gharsa les eaux, les sables, les vases fournies 
par le chott El Djerid; pratiquer enfin le percement du 
Seuil d'Asloudj, travail difficile en raison des fonds vaseux, 
pour déverser dans le chott Melrir tout ce mélange de boues 
et de sables provenant des autres chotts. 

Ce dernier projet est celui auquel s'est arrêté M. Roudaire ; 
le travail qu'il exigerait pour sa mise à exécution serait 
absolument hors de proportion avec les résultats que l'on 
obtiendrait. Au point de vue météorologique, impossible 
d'augurer des changements produits; quant à la salubrité et 
à l'hygiène, il est hors de doute que cette mise en 
mouvement de toutes ces vases, ce mélange d'eaux salée et 
douce, amèneraient dans cette région un état d'insalubrité 
beaucoup plus fort que l'état actuel. Car, il ne faut pas 
oublier que ce ne sont pas les eaux qui manquent aux 
pieds de l'Aurès; l'insalubrité du pays, spécialement celle de 



20 DES ZIBANS AU DJERID 

la Farfaria, provient de la trop grande abondance des eaux 
que déversent les vallées descendant des montagnes. 

Enfin, l'exécution de ce projet fut estimée, par son auteur, 
à 75 millions ; que de kilomètres de Transsaharien on 
construirait avec cette somme ; et quel parallèle à établir 
entre une prétendue mer intérieure, un cul-de-sac maritime, 
et une ligne de chemin de fer qui relierait l'Algérie à nos 
possessions du Sénégal et du Niger et nous assurerait le 
commerce du Soudan ! 




IV 



ETAPES PROJETEES. 



PREPARATIFS DE DEPART. 



Nous venons de voir tout l'intérêt que présentent les 
rives actuelles des chotts Melrir et Gharsa, au sujet 
desquelles on a noirci tant de papier il y a quelques années. 
Il ne peut donc être qu'intéressant de parcourir ces régions 
qui auraient pu devenir les bords du lac maritime de 
M. Roudaire. 

La route du nord, de Biskra à Tozeur, est toute tracée, 
et facile à couper en étapes d'une longueur raisonnable ; les 
villes et villages y sont nombreux; mais bien différente est 



22 



DES ZIBANS AU DJERID 



la route du sud de Tozeur à l'Oued Rhir : ni ville, ni village, 
entre Nefta et Chegga : seuls, des puits, et probablement 
souvent à sec ou effondrés. 

Voici le tableau de différentes étapes de Biskra à Tozeur, 
et retour, avec les distances approximatives, calculées en 
tenant compte des sinuosités probables de la route. 



LOCALITÉS. 




DISTANCE. 


DIRECTION 

GÉNÉRALE. 


Biskra. 


Ville. 






Sidi Okba. 


Village. 


21 kilom. 


Sud-Est. 


Aïn Naga. 


Dachera. 


23 — 


Est-Sud-Est. 


Zeribet el Oued. 


Oasis. 


40 — 


Est-Nord-Est. 


Zéribet Ahmed. 


Oasis. 


16 — 


Est. 


Taddart. 


Puits. 


33 — 


Est-Sud-Est. 


Ferkane. 


Oasis. 


40 — 


Est. 


Négrine. 


Oasis. 


15 — 


Est-Sud-Est. 


Tamerza. 


Oasis. 


48 - 


Est-Sud-Est. 


Bir Djeida. 


Puits. 


27 - 


Sud. 


Tozeur. 


Ville. 


33 — 


Sud-Sud-Est. 


Nefta. 


Ville. 


24 — 


Ouest-Sud-Ouest. 


Seba Biar. 


Puits. 


28 — 


Ouest. 


Bir Allaouna. 


Puits. 


22 — 


Ouest-Nord-Ouest. 


Sif Mouiat. 


Puits. 


28 — 


Ouest-Nord-Ouest . 


Bir Saïal. 


Puits. 


30 - 


Ouest-Nord-Ouest . 


CHOTT BEN DAHMAN. 


C te d'alt. 4é m . 


23 - 


Ouest. 


Stah Hameraïa. 


O d'alt. 24 m . 


27 — 


Ouest-Nord-Ouest . 


Oglat Mguebra. 




23 — 


Nord-Ouest. 


Chegga. 


Bordj. 


26 — 


Nord-Nord-Ouest. 


Saada. 


Bordj. 


24 — 


Nord. 


Biskra. 


Ville. 


28 — 


Nord-Nord-Ouest. 



DES ZIBANS AU DJERID 23 

Notre départ de Biskra est fixé au vendredi 5 mars, dès 
le matin, naturellement, pour arriver à Sidi Okba pour le 
déjeûner. Notre petite caravane se composera de deux 
chameaux et quatre mulets que mon chaouch, Messaoud ben 
Chebana, un arabe d'El Kantara, a loués ici par l'inter- 
médiaire du bach-amar de Biskra, Zeian ben Brahim, plus 
un cheval que j'achèterai à Zéribet el Oued, dont le caïd 
est parent de mon chaouch. 

Jusqu'à Zéribet el Oued, nous serons sept personnes : ma 
femme et moi, Messaoud ben Chebana, un domestique 
français, Jean Guillon, qui m'avait déjà accompagné dans 
le Sud il y a deux ans, un chamelier et deux muletiers. De 
plus, à partir de Zéribet el Oued, nous aurons un cavalier 
de la daïra du caïd de cette ville. 

Comme impedimenta, nous aurons relativement peu de 
colis : sur les chameaux, quelques malles d'effets personnels, 
le campement, se composant d'une tente, lits de camp, 
table et pliants ; cantine à vivres ; caisses de boîtes de 
conserves, de bouteilles d'eau gazeuse, de vins et liqueurs, et 
deux tonnelets pour les parties de la route où nous ne 
trouverons pas d'eau pour nos bêtes de somme ; sur les 
mulets, les papiers, les armes et cartouches et les instruments. 
Chameaux et mulets sont retenus pour le 5, mais au dernier 
moment , un retard imprévu rejette notre départ au 
lendemain 6 mars. 



* 



V 



DEPART DE BISKRA. — SIDI OKBA. — LA MOSQUEE. — UN MARIAGE 



ARABE. — AIN NAGA. 



Par extraordinaire, ce matin, tous étaient prêts à l'heure dite, 
muletiers et chameliers ; encore a-t-il fallu que Messaoud 
aille les réveiller à quatre heures du matin, pour les amener 
de chez eux jusqu'à l'hôtel du Sahara. A cinq heures et 
demie, nos chameaux étaient chargés des plus gros colis, et 
partaient en avant, de ce pas lent et bête qui les caractérise. 
Les plus petits colis sont placés dans les « tellis » grands 
sacs, repliés en deux, qui, placés en travers sur la selle ou 
berda, forment des bâts au sommet desquels on se juche 



DES ZIBANS AU DJERID 25 

péniblement. Les couvertures, bien repliées sous nous, 
forment de bons matelas qui nous éviteront, espérons-le, 
ces petites talures si désagréables pour ceux qui ont en 
perspective plus de 20 jours à dos de mulets. 

A 7 heures, notre petite caravane, composée de nos 
quatre mulets, traverse Biskra pour aller prendre la route 
de Touggourt, vers le sud. Mais après l'avoir suivie pendant 
quelques centaines de mètres, nous la laissons à notre 
droite, ainsi que les jardins de M. Landon, pour traverser 
l'oued Biskra par un gué peu profond, un peu en amont du 
marabout de Sidi Zarzour qui se dresse au milieu du lit de 
la rivière. Selon la légende, nous dit Messaoud, deux 
hommes, un arabe et un juif, surpris par une crue subite de 
l'oued, à la suite de quelque orage, se seraient réfugiés 
dans le marabout. Les eaux montant toujours entraînèrent 
le juif, qui fut noyé, tandis que l'arabe resta sain et sauf, et 
regagna la rive tranquillement, la crue une fois passée. 

Nous avons successivement, à notre droite, les oasis de 
Lalia et de Filiach, avec leurs beaux bouquets de palmiers 
aux teintes sombres entourés de champs d'orge presque 
mûrs déjà! A gauche, les monts Aurès détachent sur le ciel 
leur sombre silhouette, tandis qu'à leurs pieds s'étendent 
dans la plaine, en taches noires, les oasis de Chetma, Sidi 
Khelil, Seriana et Garta. 

Le temps est beau ; le ciel, légèrement couvert, tamise un 
peu les rayons du soleil et nous empêche de souffrir de la 
chaleur. Une nouvelle route, tout à fait carrossable, est en 



26 DES ZIBANS AU DJERID 

voie d'exécution, et remplacera d'ici peu l'ancienne piste 
qu'elle laisse à quelque cinquante mètres sur la droite. 
Déjà plusieurs tronçons sont faits, le pont de l'oued Bèsbès 
presque achevé, et il ne restera plus qu'à amorcer 
les différentes parties de la route pour la livrer à la 
circulation. Au sixième kilomètre, deux outardes se 
lèvent sur notre droite, trop loin pour que je puisse leur 
envoyer quelques grains de plomb avec chance de succès. 
Tout autour de nous, dans les touffes de guetef {Atriplex 
halimus L.), et de soueda [Suœda vermiculatà) des alouettes 
huppées se lèvent à quelques mètres seulement, en poussant 
leur petit cri joyeux. 

Au onzième kilomètre, près d'un tas de pierres surmonté 
de la borne kilométrique, à quelques mètres à gauche de la 
nouvelle route, nous dépassons nos deux chameaux, qui 
nous retrouveront à Sidi Okba, chez le cheikh Lakhdar. 
Celui-ci, prévenu depuis quelques jours par le colonel 
commandant le cercle de Biskra, nous attend pour nous 
offrir l'hospitalité. A onze heures nous sommes chez lui; il 
met sa maison et ses jardins à notre disposition ; à la 
chambre qu'il peut nous offrir, nous préférons notre tente 
que nous installons dans les jardins, sous les palmiers, 
aussitôt les chameaux arrivés. La table est dressée sous des 
orangers, des cédratiers, et des citronniers qui vont nous 
fournir le dessert dans quelques minutes, et nous mangeons 
le cousscouss que nous a envoyé le cheikh en arrosant de 
limonade le premier repas de notre voyage. 



DES ZIBANS AU DJERID 2J 

Après quelques heures de repos sous la tente, nous allons 
visiter la mosquée de Sidi Okba, et la Zaouïa (école religieuse) 
attenante. On traverse d'abord des salles remplies d'élèves, 
criant tous des versets du Coran qu'ils apprennent ainsi par 
cœur; puis, traversant une cour intérieure, on pénètre dans 
la mosquée; la salle est basse, mais assez étendue, et encom- 
brée de colonnes en bois dont les chapiteaux sont sculptés et 
ornés de peintures. A gauche se trouve une espèce d'autel, 
entouré de faïences anciennes, incrustées dans le mur. Du 
côté opposé, dans une Koubba, petite salle communiquant 
avec la première par deux petites portes basses, toujours 
fermées, se trouve la tombe de Sidi Okba, le grand guerrier 
arabe, qui, en l'an 62 de l'hégire (681-682 ap. J.-C.) fut surpris 
par les Berbères auprès de Theouda, à 7 kilom. nord de Sidi 
Okba. Le tsabout, ou châsse, qui renferme les cendres du 
grand saint, est recouvert d'étoffes de soie couvertes d'ins- 
criptions arabes ; les murs et le sol de la Koubba sont 
entièrement tapissés de tentures aux couleurs criardes, 
suivant le goût des Arabes. Une inscription en caractères 
koufiques, la plus ancienne de l'Algérie, est gravée sur un 
des piliers de la Koubba. On y lit : 

Hada Kobr Okba ibn Nafé rhama Allah! 
Ceci est le tombeau d'Okba, fils de Nafé; qu'Allah le reçoive dans sa miséricorde ! 

Une des portes qui donnent accès dans la mosquée est en 
bois entièrement sculpté, avec beaucoup de finesse; cette 



28 DES ZIBANS AU DJERID 



porte daterait, paraît-il, de l'époque romaine, et aurait été 
apportée de Tobna dans le Hodna. 

Un gardien de la mosquée nous ouvre une petite porte 
qui donne dans un trou sombre : c'est l'entrée du minaret; au 
bout de quelques pas dans l'obscurité, on sent des marches 
qui, d'une architecture tout à fait arabe, ont parfois trente ou 
quarante centimètres de hauteur : on arrive donc assez rapi- 
dement au sommet du minaret, du haut duquel on a une 
belle vue sur le village de Sidi Okba, entouré de ses jardins 
de palmiers, et sur toutes les oasis environnantes. C'est le 
cas de prendre quelques vues photographiques intéressantes, 
en profitant des rares moments où le soleil laisse passer 
quelques rayons entre deux nuages; puis l'heure du dîner 
nous ramène dans les jardins du cheikh. 

A notre retour, grande contestation entre Messaoud, notre 
factotum, et le chamelier : Messaoud distribuait aux muletiers 
de l'orge pour leurs bêtes; le chamelier voulait aussi toucher 
sa part. Or, il avait été convenu, devant le bach-amar de 
Biskra que les mulets étaient loués trois francs par jour, 
la nourriture fournie par nous, et les chameaux également 
trois francs par jour, mais nourris aux frais du chamelier. 
Heureusement que Messaoud avait fait porter sur son 
acte signé du bach-amar, toutes les conditions stipulées : 
devant le papier que lui lut le cheikh, le chamelier fut bien 
forcé de reconnaître qu'il était absolument dans son tort : 
et il s'en allait, en riant, acheter la nourriture de ses bêtes, 
sans aucune honte d'avoir essayé de nous tromper : aussi, 



DES ZIBANS AU DJERID 



2 9 



avec les Arabes, en général, n'y a-t-il aucune précaution 
à négliger, et les engagements doivent toujours être signés 
et contresignés devant un agent quelconque de l'autorité, 
cadi, cheikh, caïd ou bach-amar. 

Messaoud, après le dîner, nous conduit voir un mariage 
arabe : une foule nombreuse est accroupie en cercle, sur une 
place, devant la maison des mariés ; les femmes, toutes 
voilées, sauf les plus vieilles, sont d'un côté du cercle, les 
hommes de l'autre; un tam-tam et une flûte arabe forment 
tout l'orchestre, et la musique est coupée par les cris des 
femmes qui, toutes ensemble, poussent, par moments, un long 
cri plaintif qui, dans la nuit, produit un effet bizarre et 
impressionne étrangement. Des danseurs, des danseuses de 
profession viennent exhiber leurs grâces monotones au milieu 
du cercle, tandis que des Arabes, placés parmi les spec- 
tateurs, font partir en l'air de nombreux coups de fusil. 
J'excitai un étonnement général en tirant une cartouche- 
fusée qui, retombant en étoiles multicolores, tira de chaque 
gosier un long murmure de surprise admirative. 

La fête devant se prolonger toute la nuit, nous nous 
retirâmes bientôt pour rejoindre notre campement. 



* 



30 DES ZIBANS AU DJERID 



7 mars. 
Sidi Okba, — Ain Naga. 

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UN vent très violent, venant du nord, a soufflé en rafales 
toute la nuit et, au moment où nous commencions 
à nous endormir, les aboiements de chiens arabes, se livrant 
une bataille en règle, se sont chargés de nous rappeler à la 
réalité des choses. 

Nos mulets ont passé toute la nuit devant la porte du 
cheikh ; celui-ci a refusé hier soir à Messaoud de les laisser 
entrer dans son écurie, vide cependant : si c'est ainsi qu'il 
entend l'hospitalité arabe ! Nous nous promettons bien, en 
prenant congé de lui, de faire connaître au colonel de 
Biskra la manière dont il reçoit les personnes qui lui sont 
recommandées. 

Au sortir de Sidi Okba, premier incident sur lequel vient 
s'en greffer un second qui était bien près d'être un accident : 
à la hauteur des dernières maisons du village, le matelas qui 
sert de selle à ma femme et sur lequel elle est assise, vient 
à tourner sur le côté du mulet, les sangles n'ayant, sans doute, 
pas été serrées assez fortement au moment du départ. Ma 
femme se laisse glisser à terre, on décharge le mulet, on le 
recharge mieux, enfin, tandis que Messaoud, prêtant la main 
aux muletiers, se trouvait derrière le mulet, celui-ci lance une 
ruade qui l'atteint sur le côté interne du genou un peu 




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DES ZIBANS AU DJERID 31 

au-dessous de la rotule. Nous nous empressons autour de ce 
pauvre Messaoud, qui veut à toute force se relever et marcher, 
tandis que Jean court après les chameaux pour rapporter la 
trousse de pansement. Aucune fracture, heureusement; une 
bonne compresse, un solide bandage par dessus, et voici notre 
Messaoud réinstallé sur son mulet, trottinant devant nous. 

A partir de Sidi Okba, pendant les quatre premiers 
kilomètres, la route est coupée par une dizaine de séguias 
qui irriguent les champs d'orge bordant la route ; mais 
bientôt toute trace de culture disparaît, et l'on rentre dans 
le traditionnel terrain sablonneux, couvert de petites touffes 
de guetef et de hharmel (Peganum Harmala L.). 

Le vent souffle toujours fortement, venant du nord, et 
nous pousse en avant, en faisant filer entre les jambes 
de nos mulets des petits nuages de sable fin. Sur la droite, 
à l'horizon, un effet de mirage tout à fait bizarre : on croirait 
voir la mer, reflétant le ciel bleu, et même les nuages. 
Devant nous, une chaîne de petits mamelons sablonneux 
peu élevés, rangés presque en ligne droite, perpendiculairement 
à la route. Le plus élevé (une vingtaine de mètres) est au 
centre de cette petite chaîne, et la route passe à ses pieds, contre 
les trois ou quatre pieds de tamarix qui tapissent ses flancs du 
côté opposé au vent. A mesure que l'on s'avance, le sol devient 
plus cahoteux, et toutes les petites bosses de sable servant 
de pied au guetef sont de plus en plus accusées. 

A 14 kilomètres, traversée à gué de l'oued Biraz, encaissé 
assez profondément dans des berges d'une dizaine de mètres de 



DES ZIBANS AU DJERID 



hauteur. Les rives sont couvertes de hauts tamarix qui jettent 
une note sombre dans la plaine ensoleillée. Devant nous, 
l'oasis de Ain Naga (fontaine de la Chamelle), dont nous 
sommes séparés par une série de petites dunes qu'il nous 
faudra tourner du côté sud. Le vent, toujours violent, nous 
donne un exemple, en petit, de ce que peut être son action 
dans la région des grandes dunes de l'Oued Souf. Poussé par 
le vent, le sable, d'une ténuité extrême, remonte le flanc de 
la dune qui, du côté du vent, a une pente très douce; 
arrivé à la crête, il retombe brusquement au pied de la 
dune, à pic de ce côté, et la prolonge dans la direction du 
vent. Encore une rivière à franchir avant de faire notre 
entrée à Ain Naga, l'oued Bou Jabès ; son lit est presque 
à sec, et, au moment où nous y descendons, une hyène en 
sort, remontant la berge au petit trot à une centaine de 
mètres sur notre droite. 

Nous nous faisons conduire à la maison du cheikh ; 
malgré son absence, nous nous installons chez lui pour 
y passer la journée et la nuit; dans l'après-midi, nous faisons 
une visite rapide au village, pauvre dachera qui compte 
peut-être deux cents habitants, tout au plus. Dans les jardins 
qui sont remplis de volées de petits oiseaux, Messaoud, qui 
ne se ressent plus de son accident du matin, a vite fait de 
nous trouver en quelques coups de fusil, de quoi faire ce 
soir quelques brochettes de mauviettes, tandis que, de mon 
côté, je vais chercher quelques phalènes pour les étudier plus 
tard, à notre retour à Paris. 




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AIN NAGA. — UNE INVASION DE RATS. — LA PLAINE DU ZAB ECH CHERGUI. 



ZERIBET EL OUED. — CHASSE AU SLOUGHI. — ACHAT D UN CHEVAL. 



8 mars. 



Aïn Naga, Zéribet el Oued. 



Les chameaux sont déjà partis depuis plus d'une heure, 
quand nous quittons Aïn Naga, à 7 heures et demie. 
Nous retrouverons nos bagages à mi-route de Zéribet el 
Oued, près d'une petite maison ruinée, située sur la droite 
à peu de distance de la route. 



34 DES ZIBANS AU DJERID 



Pendant les premiers kilomètres, jusqu'à l'oued Bibia bou 
Atrous, le terrain, peu cultivé, sert de retraite à un grand 
nombre de « djerds » gros rats des champs, au poil lisse et 
brillant, variant du gris clair au jaune fauve. Leur nombre 
est incalculable dans cette région, et ils fourmillent 
littéralement : de chaque touffe de broussailles entre les 
racines desquelles ils creusent leur demeure, on en voit 
sortir, et trotter menu sans s'inquiéter de notre passage : 
quelques-uns même, assis gravement sur leur train de 
derrière, et grignotant quelques graines, nous regardent 
passer sans se déranger aucunement. 

A chaque pas aussi nous faisons lever des bandes d'alouettes 
huppées, qui viennent se replacer sur la route, à quelques 
mètres de nous, pour reprendre leur volée quelques minutes 
ensuite. En peu de temps, et sans sortir de la route, du haut 
de mon mulet, j'en abats une vingtaine, que le muletier 
ramasse à mesure que je les tire. Ce sera une petite addition 
à notre menu. 

Après avoir franchi l'oued Bibia bou Atrous, le terrain 
change complètement d'aspect : absolument inculte depuis 
Aïn Naga, il se couvre ici de vastes cultures d'orge, émaillées 
de fleurs de toutes couleurs. Les insectes abondent, et, en 
quelques instants, je trouve de nombreux pensionnaires pour 
ma bouteille à cyanure. 

L'heure du déjeuner est arrivée, et nous sommes presque 
à mi-route. Nous nous arrêtons pour faire notre cuisine dans 
une magnifique culture d'orge, quelques mètres avant un 







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petit oued qui précède l'oued Haguet. Pendant notre halte, 
un de nos mulets, non entravé, prend la fuite, et le voilà au 
galop sur la route d'Ain Naga avec nos deux muletiers à ses 
trousses. Ces pauvres malheureux mirent plus de trois quarts 
d'heure à rejoindre le fugitif qui défendait vaillamment sa 
liberté, à peine reconquise, par de nombreuses ruades dans 
toutes les directions. 

Quelques minutes de sieste, et l'on se remet en route. 
A deux heures et demie, traversée, à gué, de l'oued Haguet 
assez pittoresque par. ses berges en forme de falaises de 
sable. J'en prends une vue au passage, et la route est 
reprise. Beaucoup d'oueds, indiqués sur les cartes, sont à sec, 
et n'existent qu'à l'état de dépression longitudinale, ravinée ; 
tels, le Rognet el Miad, l'oued Cedar et l'oued Abderrham ; 
en revanche, à mesure que nous approchons de Zeribet el 
Oued, de nombreux canaux d'irrigation coupent la route, qui 
les franchit par de petits ponts, tout à fait primitifs, mais 
toujours préférables à cette bourbe vaseuse que nous avons 
rencontrée pendant les premiers kilomètres après l'oued 
Bibia bou Atrous. 

Sur la gauche de la route, à quelques kilomètres, et sur- 
montant une petite côte de sable, on voit se dresser une 
petite pyramide : c'est un puits, le Bar do, m'a-t-il été dit, et 
je n'ai pu tirer d'autres renseignements de mes guides. 

Au quarante-troisième kilomètre, nous arrivons à Zéribet 
el Oued; jusqu'au dernier moment, la ville reste cachée 
aux yeux du voyageur. Elle est pourtant assez importante 



36 DES ZIBANS AU DJERID 

(1,500 habitants sédentaires environ) et, lorsqu'on s'y trouve, 
elle paraît située sur une petite éminence. 

La première maison de la ville, en face du bordj, est celle 
du caïd, un parent de notre guide Messaoud. Nous nous 
arrêtons chez lui, et il nous offre l'hospitalité aussi large et 
aussi complète que possible. Mais la route a été longue et 
un peu fatigante, et, après le repas qu'il nous fait servir, 
nous ne demandons qu'une chose, c'est de prendre quelques 
heures de repos, remettant au lendemain de faire plus 
ample connaissance avec la capitale du Zab ech Chergui et 
son caïd. 



* 



5? mars. 
Zéiibet el Oued. 



L'aspect de la vallée du côté de l'ouest ne ferait jamais 
supposer tout le pittoresque de Zéribet el Oued (la 
closerie de la rivière), du côté de l'oued El Arab. Placée 
au confluent de cette rivière avec l'oued Guechtane ou 
Gouchtal, elle la domine de quelque vingt mètres, les deux 
rivières viennent se réunir à ses pieds, et les jardins de 
palmiers, peu étendus, se trouvent principalement sur la 
bande de terre étroite comprise entre les deux oueds, 



DES ZIBANS AU DJERID 37 

presque toujours à sec. En face, de l'autre côté de l'oued El 
Arab, et au sommet de la falaise de sable qui forme la rive, 
deux petites mosquées basses, construites en tôb, comme 
toutes les maisons du pays : l'une, sur le bord même de la 
falaise, est sur le point de s'ébouler dans la rivière par suite 
des affouillements constants de l'eau au moment des crues ; 
l'autre, plus éloignée d'une quinzaine de mètres, a une petite 
kouba (coupole) blanchie à la chaux qui tranche sur le ciel 
bleu et jette une note gaie et légère dans le paysage un peu 
alourdi par des teintes trop crues. 

Le caïd Mohamed ben Messaoud est actuellement seul ici, 
avec le second de ses fils, Daradjé, âgé de vingt-trois ans ; 
le reste de la famille, femmes et enfants sont remontés dans 
la montagne, à Béni Ferah, à cause des chaleurs qui vont 
commencer. Elles sont, en effet, tout à fait insoutenables ici, 
surtout à cause de l'absence d'eau potable. Les oueds sont à 
sec, et les quelques puits qui ne sont pas taris ne donnent 
qu'une eau saumâtre et salée. Impossible, paraît-il, de reposer 
pendant l'été, et, pour calmer les petits enfants et les endor- 
mir, on est obligé de les envelopper de linges mouillés. 
Pourtant, le pays serait sain, les maladies sont rares, sauf les 
ophtalmies et les maladies de poitrine, causées par les sables 
que soulève le vent. 

Dans l'après-midi, nous allons avec le fils du caïd et son 
sloughi chasser le lièvre dans la plaine. Nous n'en trouvons 
qu'un seul, que le sloughi perd après quelques centaines de 
mètres de course effrénée, puis nous rentrons faire notre 



38 DES ZIBANS AU DJERID 

courrier que le caïd emportera demain à Biskra. Il doit 
y rester quelques jours pour y attendre le passage de 
M. Cambon, le nouveau gouverneur de l'Algérie, qui vient 
de faire une grande tournée dans les postes du sud, El 
Goléah et Ouargla. 

Quelques minutes avant le dîner, je fais l'acquisition, pour 
155 fr., d'un petit cheval arabe de deux ans, bai brun, qui 
n'aura pas trop mauvaise tournure lorsqu'il sera mieux nourri 
et surtout mieux pansé. Je complète mon équipement par 
l'achat d'une selle arabe, un peu usée, mais qu'il m'a bien 
fallu prendre, faute de mieux, car Zéribet el Oued n'est pas 
un bien grand centre, et il ne faut guère y être trop diffi- 
cile. 





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VII 



ZERIBET AHMED. — FORTE CHALEUR. — ZER1BET EL OUED. — EFFETS DE 
MIRAGE. — COUPS DE FUSIL SUR LES CHIENS DES DOUARS. — ■ LE MÉCHOUI. 
— PUITS DE TADDART TARI. — CAMPEMENT DANS UN DOUAR. 



io mars. 



Zéribet el Oued. — Zéribet Ahmed. 



Hier soir, à la lueur de ma petite lanterne rouge de 
voyage, j'ai changé le rouleau de pellicules sensibles 
de mon châssis photographique, ce qui me permet d'aller 
prendre ce matin quelques vues de la ville du côté de l'oued 
El Arab, pendant que nos gros bagages sont chargés sur les 
chameaux. L'étape devant être courte, nous ne partons 



4<D DES ZIBANS AU DJERID 

qu'après le fort de la chaleur, vers deux heures. Nous n'avons 
pas encore eu aussi chaud qu'aujourd'hui. La chaleur est 
lourde, et le soleil chauffe d'une façon effrayante. Notre 
dernier repas pris avec le caïd, nous nous reposons quelques 
instants, puis nous prenons congé de lui en le remerciant de 
sa bonne hospitalité. 

Pour gagner la route qui conduit à Zéribet Ahmed, il nous 
faut d'abord traverser Zéribet el Oued par la rue principale, 
ou plutôt la rue unique, car je n'ai remarqué, à part cette 
rue, que quelques ruelles tortueuses finissant en impasses. 
Nous franchissons à gué l'oued El Arab, à quelques mètres 
en aval de son confluent avec l'oued Guechtane, un peu à l'est 
des deux mosquées qui le dominent. Après avoir remonté la 
berge escarpée de l'oued El Arab, nous nous trouvons sur le 
plateau qui forme la continuation de celui que nous avons 
traversé dans notre dernière étape. Nous n'avons que quinze 
kilomètres à faire ; aussi ne nous pressons-nous pas : les 
mulets vont de leur petit pas tranquille et lent, tandis que 
moi, sur ma nouvelle monture, je me promène un peu tout 
autour de notre petite caravane. 

Dès que l'on est arrivé sur le plateau, on voit au loin 
devant soi, et légèrement à droite, un monticule de sable 
surmonté de ruines : quelques pans de murs en tôb tombant 
en poussière, et c'est tout. Cependant, lorsqu'on est arrivé à 
ce point, car la route passe à peu de distance au nord de 
ces ruines, il faut remarquer que le terrain, inculte jusque-là, 
se couvre, sur la gauche, de champs d'orge très étendus, pour 




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DES ZIBANS AU DJERID 41 



redevenir inculte de nouveau quelques kilomètres avant 
Zéribet Ahmed, que l'on aperçoit déjà, droit vers l'est, sur 
une petite hauteur. 

Au moment de notre départ de Zéribet el Oued, la cha- 
leur était très forte et à peine tempérée par une brise très 
légère venant du nord-ouest; cependant, de gros nuages 
orageux s'amassaient lentement sur les cimes de l'Aurès, que 
nous apercevons à notre gauche, tandis que nous voyons, au 
loin vers le sud, des tourbillons de sable, soulevés sans doute 
par quelque vent violent, s'élever droit en l'air et former 
comme des panaches de fumée d'un bistre clair. L'orage, qui 
avait éclaté depuis quelque temps sur la montagne, gagnait 
vers l'est en laissant au-dessus de la plaine quelques gros 
nuages qui nous couvrirent de grosses gouttes, pendant qu'un 
vent violent, venant du nord, soufflait avec force et s'en- 
gouffrait dans nos burnous dans lesquels nous essayions de 
nous protéger contre la pluie. Mais cette queue d'orage fut 
rapidement dissipée, et, à notre arrivée à Zéribet Ahmed, 
à cinq heures moins le quart, le ciel avait repris toute sa 
pureté, mais le vent continuait toujours à souffler du nord 
avec violence. 

Nous descendons chez le cheikh qui, en son absence, est 
remplacé par son frère. Il nous a fait préparer un petit réduit, 
avec de beaux tapis de gafsa sur le sol. L'entrée, donnant sur 
la salle commune, est fermée par un rideau accroché là pour la 
circonstance. Nous n'avons pas à nous occuper de notre dîner; 
les femmes sont en train de nous préparer tout un repas 



42 DES ZIBANS AU DJERID 

complet : chourba, méchoui, berboucha (cousscouss), etc. Ma 
femme va les rejoindre pour se perfectionner dans l'art culi- 
naire arabe, pendant que je relève quelques notes de route. 

D'après les renseignements que nous donne le frère du 
cheikh sur la route que nous aurons à suivre demain, nous 
organisons notre journée de la manière suivante : départ 
assez tôt le matin ; arrivés aux trois quarts de notre route, sur 
les bords de l'oued Ouazern, vers onze heures, nous nous 
arrêterons pour déjeuner et laisser passer la chaleur; nous 
irons ensuite camper près du puits appelé Taddart. 

Le temps s'est tout à fait éclairci, et, avant le dîner, j'ai 
eu le temps de prendre une vue de Zéribet Ahmed : c'est 
un tout petit village, comptant environ 160 habitants séden- 
taires. Perché sur une petite éminence, il n'est pas, chose 
rare dans la région des Zibans, entouré de jardins de pal- 
miers ; on n'en voit que quelques-uns, cinq ou six, dont 
deux, placés au nord du village, près d'une petite mare où 
croassent des grenouilles, s'aperçoivent d'assez loin lorsque 
l'on vient de l'ouest. Les habitants font venir leurs dattes des 
oasis de la montagne, leur eau d'une seguia située à plu- 
sieurs kilomètres, et ne tirent leurs ressources que de la cul- 
ture de l'orge, dont la réussite est subordonnée aux pluies 
qui tombent dans l'Aurès pendant l'hiver et le printemps. 



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DES ZIBANS AU DJERID 43 



7; mars. 



Zéribet Ahmed. — Puits de Taddart. 

Ce matin, au moment de notre départ, je place mon 
thermomètre, pendant quelques instants, devant la 
porte de la maison du cheikh, contre le mur. Je reviens pour 
voir la température : plus de thermomètre ; la petite ampoule 
de mercure,'' brillant aux premiers rayons du jour, avait excité 
probablement la convoitise de l'un des Arabes accroupis 
devant la maison. Plainte au frère du cheikh, qui interroge 
les témoins : personne n'a rien vu; il en fait fouiller deux 
ou trois qu'il soupçonne d'une façon particulière, et, fina- 
lement, le thermomètre est retrouvé. 

Que de métiers il faut connaître pour voyager dans le 
sud ! Il y a trois jours, à Aïn-Naga, un vieux bonhomme me 
demandait pour sa femme un remède pour la fièvre, et, passé 
médecin, ou mieux pharmacien, je lui donnai plusieurs 
paquets de sulfate de quinine ; aujourd'hui, avant notre 
départ de Zéribet Ahmed, deux Arabes viennent me montrer 
leur montre, l'un pour que je la lui mette à l'heure, l'autre 
pour que je la mette sur l'avance. Médecin, puis horloger ; 
quel autre métier me réservent les prochaines étapes de notre 
voyage? 

Nous quittons Zéribet Ahmed à sept heures et demie, 
accompagnés d'un cavalier chargé par le frère du cheikh de 



44 DES ZIBANS AU DJERID 

nous guider jusqu'au puits de Taddart. A i kilomètre, nous 
traversons la seguia Emlessouar, où nous faisons boire nos 
bêtes et où nous remplissons nos tonnelets et peaux de bouc, 
car il est fort possible que nous ne trouvions plus une goutte 
d'eau jusqu'au puits de Taddart, à sec lui-même, peut-être 
bien. A partir de cette seguia, la route s'infléchit légèrement 
vers le sud, laissant l'Aurès sur la gauche, avec quelques 
cultures d'orge près du chemin ; à droite, plusieurs douars, 
ou groupes de tentes, formant une tribu actuellement en 
voyage, et désignée sous le nom de la Mahmra. 

Après la traversée d'un oued, désigné sur la carte du 
dépôt de la guerre sous le nom de oued Tifour, mais plus 
connu par les indigènes sous celui de oued Lachmar, le 
terrain devient et reste inculte jusqu'après l'oued Iala : 
quelques broussailles, tachetant par endroit le sable durci, et, 
parfois, de petites ondulations de terrain, très légères et 
pierreuses, caractérisent la plaine près de l'oued Rakou. 
Entre l'oued Rakou et l'oued Iala, à environ deux kilomètres 
de la route, vers le sud, un douar important, le premier de 
la grande tribu des Nmenchas, qui s'étend jusqu'au delà de 
Taddart. Depuis Zéribet Ahmed, la route n'existe plus, même 
à l'état de sentier ou de piste, comme avant Zéribet Ahmed. 
Le guide va droit devant lui, appuyant tantôt à droite, 
tantôt à gauche, et je le suis de confiance, relevant à la 
boussole la direction générale qu'il nous fait suivre. 

Sur notre droite, de nombreux effets de mirage, sous l'in- 
fluence du soleil qui commence à échauffer les couches 




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DES ZIBANS AU DJERID 45 

basses de l'atmosphère : tantôt de grands lacs, bordés 
d'arbres, tantôt de petites lagunes semblent border l'horizon 
du côté du sud. Parfois, par un phénomène de réfraction 
particulier, les objets se trouvent, à une certaine distance, 
agrandis d'une façon démesurée : des broussailles sans impor- 
tance deviennent de grands arbres; un troupeau de moutons 
devient à nos yeux un troupeau de chameaux ou autres 
animaux gigantesques ; malheureusement, il est probable que 
tous ces effets de mirage ne seront pas d'un bien bel effet en 
photographie, étant le plus souvent tout à fait à l'horizon. 

Sur notre route, un peu avant d'arriver à l'oued Ettorba, 
se trouve un douar de quelques tentes : dès que nous en 
approchons, les chiens s'élancent sur nos mulets en aboyant 
avec furie, et, les mordant aux jambes, mettent le désordre 
dans notre petite troupe. Nous sommes obligés de les mettre 
à la raison à coups de fusil. 

Après cet incident, nous continuons notre route ; l'oued 
Ettorba franchi, la route appuie vers le sud, pour prendre la 
direction générale du sud-est qu'elle ne quittera plus jusqu'au 
puits de Taddart. Quelques cultures à notre droite, avant et 
après la traversée de l'oued Tagniet ou Tagmit ; enfin, après 
encore une heure de marche, nous arrivons à l'oued Ouazern; 
quelques maigres tamarix, poussant sur les rives, donneront 
un peu d'ombre, dont nous profiterons pour y déjeuner et 
faire quelques minutes de sieste. 

Tous ces oueds que nous venons de traverser sont abso- 
lument à sec, sans le moindre filet d'eau. Heureusement, 



46 DES ZIBANS AU DJERID 

nous avions prévu le cas, et fait nos provisions à la seguia 
Emlessouar, près de Zéribet Ahmed. 

Encore onze kilomètres à travers un terrain parsemé de 
pierres rondes, semblables à celles que les oueds roulent 
dans leur lit, et nous arrivons à un petit douar, placé à 
un kilomètre au nord-ouest du puits de Taddart. Les habitants 
nous annoncent que le puits est à sec, et que nous ne trou- 
verons pas d'eau avant demain soir probablement, ou après- 
demain. Mieux vaut alors, au lieu de pousser jusqu'au puits, 
dresser nos tentes à côté de celles de ce douar. Nous lui 
demandons l'hospitalité pour la nuit. La lettre du caïd de 
Zéribet el Oued nous donne droit à la diffa : des femmes 
démontent rapidement une tente qu'elles viennent nous ins- 
taller à une centaine de mètres en dehors du douar, tandis 
que des hommes tuent et dépouillent un agneau pour faire le 
méchoui. 

La recette en est très simple et à la portée de tous, 
à la condition d'avoir un agneau, du feu et du beurre. On 
commence par embrocher la bête sur une longue broche en 
bois qui, entrant par l'arrière-train , doit ressortir par la 
bouche ; les pattes de devant et de derrière sont attachées, 
croisées, sur la broche. Devant un grand feu de bois, on 
place la broche du côté du vent, sur deux piquets fichés en 
terre, et, sous le rôti, avec un bâton, on amène de la braise 
toute rouge. Une petite écuelle, placée à côté du feu, con- 
tient du beurre fondu, avec lequel on badigeonne continuel- 
lement le méchoui, au moyen d'une espèce de grand pinceau 



DES ZIBANS AU DJERID 47 

composé d'un piquet terminé à son extrémité par un petit 
paquet de chiffons. 

L'ensemble de notre campement, la tente basse et noire 
que les femmes viennent de monter, notre tente, en toile 
grise, placée à côté, nos bêtes, attachées en ligne en avant, 
les tentes du douar, à peu de distance, et ces grands fan- 
tômes blancs s'agitant devant notre méchoui, autour d'un 
grand brasier qui envoie vers le ciel des gerbes d'étincelles, 
tout autour de nous, la plaine immense, à peine éclairée par 
les rayons mélancoliques de la lune, tout cela forme un 
tableau saisissant que les descriptions ne sauraient rendre. 

Vers neuf heures, tous les bruits s'éteignent peu à peu ; 
un grand calme s'étend sur toute la plaine, troublé seulement 
par les aboiements des chiens. 



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VIII 



PUITS DE TADDART. — ETAPE FATIGANTE. — TOUJOURS PAS D EAU. — 

UN TROUPEAU DE GAZELLES. TRIBU DES NMENCHAS. — FERKANE. — 

SITUATION PITTORESQUE. SOURCES ABONDANTES. — JARDINS DE 

FERKANE. FÉCONDATION DES PALMIERS. 



12 mars. 



Taddart. — Ferkane. 



Encore une forte étape à faire aujourd'hui : quarante 
kilomètres environ, pour arriver jusqu'à Ferkane, dont 
nous apercevons vaguement les jardins, comme une petite 
tache sombre, sur les flancs des derniers contreforts de 
l'Aurès, perdus au loin dans la brume, vers l'est; un peu plus 




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DES ZIBANS AU DJERID 



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au sud, une hauteur arrondie, la montagne de Négrine : 
mais nous avons tous été un peu paresseux ce matin, et ce 
n'est qu'à neuf heures et demie que nous quittons notre cam- 
pement au nord de Taddart. Le cavalier qui nous a servi de 
guide depuis Zéribet Ahmed nous quitte, et est remplacé par 
un de nos hôtes de cette nuit qui nous guidera jusqu'auprès 
de l'oued El Mihta, où nous déjeunerons. 

Nous nous dirigeons tout d'abord vers le puits de 
Taddart, visible d'assez loin par la petite construction en 
maçonnerie qui le recouvre ; l'ouverture en est tournée 
vers le nord -est. Il est entièrement à sec actuellement, 
malgré sa profondeur d'environ quarante mètres. Notre guide 
nous raconte qu'il y a six ans, une grande tribu, ayant fait 
boire à un troupeau de moutons de 150 têtes de l'eau de ce 
puits, vit mourir toutes les bêtes du troupeau. Le cheikh de 
Zéribet Ahmed fit curer le puits, au fond duquel on trouva 
le cadavre d'un Arabe qui y avait été jeté après avoir été 
assassiné. Nous reprenons ensuite la direction de Ferkane. 
Au troisième kilomètre, sur une très faible éminence caillou- 
teuse, se dresse une petite pierre, borne ou ruine, puis tout 
redevient plat jusqu'à l'oued Si-Abdallah, à sec naturellement. 
Un douar, campé un peu plus loin, sera notre point de halte 
pour le déjeuner. Et toujours pas d'eau ! Depuis hier soir nos 
bêtes n'ont rien bu, et Dieu sait quand nous trouverons de 
l'eau ! les nomades du douar sont comme nous : leurs peaux 
de bouc sont épuisées; depuis hier ils ont envoyé des cha- 
meaux chercher de l'eau; ils ne sont pas encore rentrés... 



50 DES ZIBANS AU DJERID 

Il nous reste plus de vingt -huit kilomètres à faire ce soir 
si nous voulons atteindre Ferkane où nous trouverons certai- 
nement de l'eau. La plaine a toujours le même aspect, triste 
et monotone : les oueds El Mihta (dont la partie nord porte 
le nom d'oued bou Dokhan) et Tagrert n'ont dans leur lit 
que du sable et des galets. Un peu au delà de l'oued Tagrert, 
Messaoud me montre tout à coup un groupe de gazelles, à 
plusieurs centaines de mètres. Je me lance au grand galop 
dans leur direction, gagnant peu à peu du terrain sur elles ; 
mais cette course furieuse a bien vite raison de mon pauvre 
cheval déjà fatigué par le voyage et le manque d'eau : arrivé 
à deux cents mètres d'elles, je leur lance au hasard deux 
balles de ma carabine Coït, qui soulèvent la poussière au 
milieu du troupeau, mais sans en atteindre aucune. Le seul 
résultat de ce temps de galop a donc été de me donner quelques 
kilomètres d'avance sur notre petite troupe que j'attends en 
me dirigeant au petit pas dans la direction de Ferkane. 

Nous avons toujours, à droite et à gauche, de nombreux 
douars, faisant encore partie de la grande tribu des Nmen- 
chas, qui compte à elle seule environ 8,500 tentes; quelques 
cultures d'orge, au milieu desquelles je tire plusieurs cailles 
au passage. Nous arrivons enfin à l'oued Montanah, dont le 
lit, très large, laisse couler en son milieu un mince filet 
d'eau, la première que nous avions vue depuis la seguia Em- 
lessouar près de Zéribet Ahmed. 

Pour arriver à Ferkane, il nous reste à remonter l'oued 
Souéché dont nous coupons les sinuosités pittoresques par 



DES ZIBANS AU DJERID 



51 



un petit sentier tout à fait charmant, surtout à la clarté de 
la lune, car le soleil vient de disparaître derrière nous, à 
l'horizon, couvrant Ferkane de couleurs éclatantes. 

Le sentier quitte bientôt le lit de la rivière, qu'il laisse 
à sa droite, pour traverser les cultures qui entourent les 
jardins : à droite, une ligne de falaises abruptes, très décou- 
pée, se prolonge jusqu'au village même auquel on accède par 
une pente assez raide. Les rayons de la lune, traversant les 
palmiers, éclairent le sentier qui monte à Ferkane, et donnent 
au paysage un aspect tout à fait féerique. 

Nos deux muletiers, Ibrahim et Ali, que nous avions 
envoyés en avant, ont prévenu le cheikh de notre arrivée, 
et nous avons trouvé notre installation prête : tapis étendus 
à terre pour passer la nuit, cousscouss au piment, dattes, 
lait, etc. Cependant, nous avons préféré attendre l'arrivée 
des chameaux pour monter notre tente dans la cour de la 
maison, laissant Messaoud et Jean profiter des tapis du 
cheikh de Ferkane, et de tous les petits insectes qu'ils 
devaient abriter. 



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52 DES ZIRANS AU DJERID 



1 3 mars. 

Ferkane. 

La situation pittoresque de Ferkane nous tente tellement 
que nous ne pouvons résister au plaisir d'y passer 
quelques jours. Le village, d'environ 300 âmes, est coquet- 
tement perché sur la hauteur, dominant un ravin aux flancs 
couverts de verdure; palmiers, figuiers, pêchers, etc.; dans le 
fond du ravin, et distribuant de l'eau dans tous les jardins 
par des seguias convenablement aménagées, une source abon- 
dante, sortant de terre à une température de 16 à 18 . 
A côté, une petite case en pierre, divisée en trois compar- 
timents, ayant chacun une petite baignoire en maçonnerie 
tout à fait primitive. 

Le site est tout à fait enchanteur, et, de suite, nous 
faisons démonter notre tente pour la transporter un peu plus 
bas, sous les palmiers, à deux pas des sources. Puisque nous 
nous installons ici pour quelques jours, nous allons nous 
créer une installation un peu plus confortable que celle des 
jours précédents : à côté de la tente, un petit gourbi pour 
Jean et Messaoud ; en avant, rangés en ligne, nos mulets 
et nos chameaux; derrière, nos bagages et nos caisses; en 
arrière de la tente, contre une maison en ruines, les cuisines, 
composées tout simplement de trois petits foyers de pierre, 
et la cave, un trou dans le sable, dans lequel nous mettons 
rafraîchir nos bouteilles d'eau. 




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DES ZIBANS AU DJERID 53 

Un courrier part régulièrement d'ici à Tebessa, et met 
deux jours pour faire la route à cheval, avec des relais 
organisés. Comme c'est aujourd'hui son jour de départ, je lui 
remets une lettre pour l'officier chef du bureau arabe de 
Tebessa, le priant d'envoyer à Paris quelques dépêches, une 
entre autres, demandant un mandat télégraphique qui 
arrivera à point pour rétablir notre bourse dans un meilleur 
état de santé. Le courrier partant aujourd'hui d'ici arrivera 
mardi matin à Tebessa ; la réponse à la dépêche arrivant le 
soir du même jour, il pourra repartir le mercredi matin et 
être de retour ici le vendredi à la première heure. Notre 
intention étant de ne quitter Ferkane que vendredi ou 
samedi, nous pourrons donc l'attendre sans éprouver aucun 
retard. 

Une première promenade à travers les jardins de l'oasis 
nous fait voir une végétation luxuriante et vigoureuse : la 
culture principale est celle du palmier dattier (environ 
7000 têtes), mais, en général, d'une qualité assez commune ; 
les dattes grasses sont rares ; beaucoup d'oliviers, aussi l'huile 
est-elle très bon marché ici, de soixante-quinze centimes à 
un franc le litre ; quelques figuiers seulement, surchargés de 
fruits qui ne seront mûrs que dans un mois environ. 

Au sud-ouest des jardins s'étendent de riches champs 
d'orge, avec un peu de gibier : cailles et perdreaux princi- 
palement; dans les jardins même, beaucoup de merles et 
quelques grives, ce qui nous permettra de vivre un peu sur 
le gibier du pays. 



54 DES ZIBANS AU DJERID 

C'est à cette époque que les habitants de Ferkane 
commencent l'opération, si importante pour les propriétaires 
de palmiers, de la fécondation des fleurs femelles. Les 
Arabes montent après le tronc des palmiers mâles, à travers 
les épines acérées, et, arrivés au faîte, ils coupent les fleurs 
arrivées à maturité. Ils iront ensuite entr'ouvrir les fleurs des 
palmiers femelles, pour secouer au-dessus le pollen des fleurs 
mâles. Cette poussière jaune se dépose sur le stigmate des 
fleurs femelles, pénètre jusqu'à l'ovaire, féconde la fleur et 
produira, au bout de quelques mois, ces splendides régimes 
de dattes, d'un blond doré qui brillent au soleil, au sommet 
des palmiers. 

Dans les oasis de montagne, au climat moins chaud 
qu'ici, on procède cependant d'une façon un peu différente : 
une partie du régime mâle est placée à l'intérieur du régime 
fructifère entr'ouvert, et que l'on rattache ensuite en bottes, 
pour protéger les jeunes fleurs contre la fraîcheur du 
matin. 



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IX 



FERKANE. — CHASSE AUX ENVIRONS. — NOS MULETIERS. — IBRAHIM ET ALI. 
— MOHAMED, NOTRE CHAMELIER. — UNE MÉDICATION ARABE. — VIPERE 
CORNUE. — BAINS PRIMITIFS. — L'HOSPITALITÉ ARABE. 



14 mars. 
Ferkane. 



Tandis que Jean, armé d'un vaste filet à papillons, 
va dans les jardins essayer de capturer quelques 
espèces intéressantes de « boufar tatou » (c'est le nom arabe 
des papillons), je prends mon fusil pour battre les champs 
d'orge qui entourent l'oasis : quelques perdrix que l'on fait 
lever par couples, des cailles, des grives, et surtout des 
merles, dès que l'on se rapproche des jardins. Une heure de 
chasse, et notre déjeuner est assuré. 



56 DES ZIBANS AU DJERID 

Mais le bonheur à la chasse est chose si hasardeuse 
qu'il ne faut pas trop l'escompter d'avance et, pour assurer 
nos provisions de viande fraîche, nous trouvons plus 
prudent de faire l'acquisition, pour la somme bien modique 
de sept francs, d'un agneau que Messaoud tue lui-même, 
devant notre tente, suivant toutes les prescriptions du 
Coran : en effet, un Arabe ne mangerait pas d'un animal 
qui n'aurait pas été saigné, et auquel on n'aurait pas tourné 
la tête du côté de l'orient au moment de lui couper la 
gorge. Ibrahim, un de nos muletiers, dépouille la bête et la 
vide. Nous l'accrochons à un palmier, près de notre tente, 
abandonnant les intestins à nos Arabes qui, accroupis ce soir 
autour d'un grand feu, à quelques pas de notre campement, 
les feront cuire dans de la graisse et s'en feront un vrai 
régal. . . que nous ne leur envions nullement. 

Un type bien curieux que cet Ibrahim. Il était marié 
depuis trois jours lorsque nous avons quitté Biskra, et il n'a 
pas hésité à venir avec nous pour plus d'un mois. Il sait 
tout faire, ou à peu près : il chante pendant la route, tout 
en faisant avancer les mulets ; c'est lui qui tourne les 
méchouis sur le feu, et les enduit de beurre fondu ; il est 
aussi le barbier de la troupe, car, hier soir, je l'ai trouvé en 
train de raser la tête d'Ali, notre autre muletier, pauvre 
diable, d'environ quarante-cinq ou cinquante ans, avec une 
longue barbe noire, paresseux au possible, à l'encontre 
d'Ibrahim, et à moitié fou. Le soir, lorsque nous avons fini 
de dîner, nous appelons Ali, et, pour les quelques restes qui 



DES ZIBANS AU DJERID 57 

traînent au fond de notre marmite, nous le faisons danser 
et chanter devant nous. C'est à mourir de rire de voir ses 
contorsions et ses grimaces, accompagnées d'un chant tout 
à fait lamentable, plus lugubre qu'un De profanais. 

Notre troisième Arabe, le chamelier, s'appelle Mohamed. 
C'est un grand fort gaillard, bien bâti, de vingt-cinq ans 
environ. Il a déjà fait plusieurs fois la route de Biskra au 
Djerid, et nous l'avons choisi à cause de cela. Son caractère 
est bien différent de ceux d'Ibrahim et d'Ali; plus sérieux, 
plus digne, il fait son service, sans phrases et sans bruit, et 
il le fait bien, ce qui est rare. Arrivé à l'étape, il décharge 
les chameaux, puis va s'asseoir à l'écart, tranquillement, 
attendant que ses deux compagnons viennent le rejoindre. 
C'est un silencieux, dans toute l'acception du mot. 

Parmi les nombreuses professions d'Ali, j'en ai passé 
une, et des plus utiles : il est médecin. . . Il y a quelques 
jours, à Zéribet el Oued, je vois Ali, sans burnous, en simple 
gandoura, allongé de tout son long sur le sol, à plat 
ventre; Ibrahim était debout sur lui, et le piétinait de toutes 
ses forces, lui faisant craquer les reins et les côtes. J'ignore 
quelle pouvait bien être la maladie d'Ali, mais nul doute 
qu'elle n'ait cédé devant une médication aussi énergique. 

Tout naïvement, nous avions accroché notre mouton, une 
fois dépouillé, à une branche de palmier, en l'entourant 
simplement d'une serviette : nous n'avions pas pensé aux 
mouches et à la chaleur ! Dans la soirée, notre futur 
méchoui était tout couvert de mouches, et déjà, en certains 



58 DES ZIBANS AU DJERID 

endroits, de petits vers se promenaient. . . Il y a cependant 
un moyen de tenir la viande à peu près fraîche, mais 
malheureusement nous ne l'avons connu que trop tard : il suffit 
de creuser le sable jusqu'à ce que l'on trouve la fraîcheur : 
la viande, entourée d'une toile, est placée au fond du trou, 
et l'on remet du sable, non pas dessus, mais seulement tout 
autour : on peut, paraît-il, conserver la viande jusqu'à six ou 
sept jours par ce moyen très simple. 



* 



15 mars. 
Ferkane. 

Un jeune Arabe vient nous chercher pour nous montrer 
un trou où il a vu entrer une « lefâa, » c'est-à-dire 
une vipère cornue (Cérastes Aïgyptiacus). J'aurais pourtant 
été bien heureux de pouvoir l'ajouter à mes autres échan- 
tillons dans mes bocaux d'alcool, mais le trou était vide 
lorsque j'y suis arrivé, et c'est inutilement que je l'ai fouillé 
dans toute sa profondeur avec une tige de palmier. 

La vipère cornue est un des reptiles les plus dangereux 
du désert, surtout à cause de sa couleur, exemple frappant 




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de mimétisme, qui est semblable à celle du sable. Chaque 
année un certain nombre de nomades marchant pieds nus 
meurent des suites de sa morsure. 

C'est à Ferkane seulement que nous avons vu le véritable 
ciel d'Afrique, celui que les peintres nous ont appris à con- 
naître, en exagérant souvent ce que peut avoir de trop cru 
cette belle teinte bleue qui se marie si bien avec toutes les 
couleurs vives de ce pays. Mais avec le ciel bleu est venue 
la chaleur, et c'est avec un véritable plaisir que je suis allé 
prendre un bain dans une des petites baignoires de pierre de 
la fontaine de Ferkane. L'installation est des plus simples : 
quatre murs de pierre, un toit en feuilles et en troncs de 
palmiers ; la moitié de la cabine est occupée par la baignoire, 
dans laquelle l'eau arrive continuellement; la porte, ouverte 
à tout venant, n'a jamais connu qu'un seul système de ferme- 
ture : un burnous accroché en travers à l'intérieur. Ce matin, 
j'avais envoyé Ali nettoyer une des cabines, car la propreté, 
en pays arabe, est toujours problématique, et ce fut pour 
moi un réel bonheur de me plonger dans de l'eau limpide et 
presque fraîche ! 

Combien sont excusables les Arabes nomades d'être par- 
fois si sales ! et réellement, à la réflexion, on pourrait s'éton- 
ner qu'ils ne le soient pas plus. Essentiellement pasteurs, 
l'emplacement de leurs tentes n'est déterminé que par la 
richesse des pâturages et non par la proximité de l'eau ; ils 
en sont parfois à plus de trente kilomètres ; ils ne boivent 
que du lait, et font avec le sable les ablutions prescrites par 



ÔO DES ZIBANS AU DJERID 

la religion ; quant à leurs troupeaux, ils les conduisent une 
ou deux fois par semaine au puits ou à l'oued le plus 
proche. 

Depuis notre départ de Zéribet Ahmed jusqu'à Ferkane, 
nous avons eu le temps de voir un certain nombre de 
douars, et tous ceux auxquels nous avons demandé l'hospita- 
lité nous l'ont donnée aussi large et aussi franche que pos- 
sible, malgré leur peu de ressources : du cousscouss noir et 
du lait, c'est tout ce qu'ils peuvent offrir au voyageur que sa 
qualité d'hôte leur rend sacré. Mais ils ne manquent jamais 
de faire monter, à quelques mètres en dehors du douar, une 
tente dont ils couvrent le sol d'épais tapis tunisiens : on voit 
que nous sommes près de Gafsa, le grand centre des tapis et 
lainages qui fournit toute l'Algérie et la Tunisie. 

La tente des Arabes nomades, toujours dressée par 
les femmes, est d'une grande simplicité : une grande pièce 
rectangulaire d'étoffe en laine de chameau, d'un brun rayé 
de noir, et soutenue en son milieu par deux piquets assez 
élevés ; sur trois des côtés, l'étoffe est fortement tendue par 
des cordes fixées à de petits piquets, tandis que le quatrième 
côté, opposé au vent, est soutenu par deux ou trois piquets 
un peu moins élevés que ceux du centre, et sert d'entrée. 
A l'intérieur, des couvertures, des tapis, des poteries gros- 
sières, des harnais, de vastes coffres en bois ornementés de 
peintures composent tout l'ameublement; aussi le manque de 
propreté des nomades et leur étonnement à la vue des soins 
de propreté des Européens sont-ils facilement explicables. 



DES ZIBANS AU DJERID 6l 

Depuis que nous sommes à Ferkane, nous avons en 
abondance du lait et des œufs, que nous devons à la géné- 
reuse hospitalité du cheikh : aussi ma femme fait-elle de 
grands projets culinaires : crèmes, soufflés, entremets plus ou 
moins savants ; que ne peut-on faire avec des œufs et du 
lait? 



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COUPS DE FUSIL DANS LA NUIT. — ENVIRONS DE FERKANE. CHASSES 

ENTOMOLOGIQUES. — PARCOURS DES NOMADES. — EN ATTENDANT LE 
COURRIER DE TEBESSA. — ENVAHIS PAR LES MOUCHES. 



16 mars. 
Ferkane. 



Dans la nuit, deux coups de fusil éclatent tout à coup 
à côté de la tente : c'est Messaoud qui fait bonne 
garde et qui n'a pas trouvé de meilleur moyen pour chasser 
des chiens que les restes de notre mouton avaient attirés : 
un chien tué, un autre blessé, voilà qui servira de leçon à 
tous les rôdeurs nocturnes, hommes ou bêtes, qui pourraient 
s'attarder autour de notre campement. 



DES ZIBANS AU DJERID 63 

Chaque soir, cependant, le cheikh nous envoie deux 
Arabes comme gardes de nuit. Mais on ne peut s'y fier. 
Aussitôt arrivés et placés à leur poste, ils se roulent dans 
leur burnous, se placent dans un petit creux qu'ils font 
dans le sable et dorment jusqu'au lendemain, du sommeil le 
plus profond : on irait leur prendre leur burnous qu'ils ne 
se réveilleraient même pas! 

Le ciel est aujourd'hui d'une pureté extrême et tout 
à fait favorable à la photographie. Ferkane et ses environs 
immédiats offrent, de plus, un certain nombre de points de 
vue pittoresques : ainsi, des hauteurs qui dominent la 
fontaine, du côté opposé à la ville, on voit deux petites 
mosquées, aux koubas blanchies à la chaux, qui, encadrées 
par les montagnes et dominant le ravin rempli de verdure, 
font le plus bel effet. Plus à gauche, la ville se dresse, 
construite en gradins sur un mamelon qui émerge en jaune 
fauve de la tache verte et sombre des jardins de palmiers 
s'étendant à ses pieds. 

Si l'on s'éloigne un peu de Ferkane, du côté de 
l'ouest, par le sentier qui mène à Taddart, l'aspect est peut- 
être plus joli encore, étant moins banal : de nombreux 
ravins, crevasses profondes, résultat des érosions causées par 
les pluies, très rares mais violentes, de l'hiver, coupent en 
tous les sens un pays aride et désolé ; çà et là, seulement 
quelques palmiers s'élèvent tristement, comme navrés 
de se trouver dans un si morne paysage ; mais plus loin, 
l'oasis, toujours dominé par la ville et, en face, à l'extrémité 



64 DES ZIBANS AU DJERID 

des ravins, et s'étendant aux pieds des montagnes comme une 
mer immense, le désert aux reflets bleuâtres qui, à l'horizon, 
se fond avec le ciel. 

Que la photographie est impuissante à rendre ces larges 
horizons, ces effets merveilleux de lumière se combinant 
entre eux pour donner les illusions les plus étranges! de 
nombreux oueds, sillonnant la plaine de leur lit tari, rempli 
de sable et de pierres échauffées au soleil, semblent rouler 
à pleins bords des eaux claires et limpides; puis, un coup de 
vent, soulevant un nuage de sable, vient tout à coup changer 
le décor, comme dans les changements à vue d'une féerie, et 
offrir les aspects les plus divers et les plus enchanteurs... 

C'est ici que j'ai fait les meilleures chasses aux insectes : 
de nombreuses espèces de lépidoptères, ordre dont je m'oc- 
cupe particulièrement, sont venues terminer leurs jours dans 
ma bouteille à cyanure, et enrichir ma collection : les 
espèces les plus courantes remarquées ici appartiennent 
presque toutes aux genres Vanessa, Colias, Pieridœ et 
Papilio pour les Rhopalocères ; peu de Lycenidœ, la saison 
n'étant peut-être pas tout à fait assez avancée ; parmi les 
Hétérocères, les genres Plusia, Amphipyra et Fidonia sont 
les plus communs; mais les phalénites abondent particuliè- 
rement, ainsi que les micro-lépidoptères, et à chaque pas on 
en fait lever des quantités, principalement sur le petit 
plateau qui s'étend au nord de Ferkane, entre l'oasis et 
quelques jardins isolés, à un kilomètre et demi environ. 
Quelques chasses de nuit, faites à la lanterne, m'ont donné 




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DES ZIBANS AU DJERID 65 

aussi de bons résultats, surtout pour les phalénites. En 
somme, de nombreuses captures d'espèces, la plupart intéres- 
santes à étudier plus tard, à notre retour à Paris ; pour le 
moment, chaque insecte attend, dans une petite papillote en 
papier, que j'empile les unes sur les autres, dans des boîtes 
à cigares, le moment d'être ramolli, piqué, étalé et étudié : 
les espèces rares iront dans ma collection ; celles inédites, 
s'il y en a, seront décrites ; les autres iront simplement au 
panier, sans avoir l'honneur insigne et rare de figurer dans 
un carton d'entomologie... 



* 



17 mars. 
Ferkane. 

Matinée un peu mouvementée : nos muletiers veulent 
se mettre en grève ! Pour employer l'expression à la 
mode, on peut dire qu'on ne peut être « plus fin de siècle » 
quoique sur les confins du Sahara. La contestation est née 
de ce que nous voulons, suivant les conventions portées sur 
le papier signé du bach amar de Biskra, employer nos mule- 
tiers à différents petits travaux, tels que chercher de l'eau 
à la fontaine, aller ramasser du bois pour la cuisine, de 



66 DES ZIBANS AU DJERID 

l'herbe pour les bêtes, etc., ce qu'ils font avec une mauvaise 
grâce évidente, lorsqu'ils ne refusent pas absolument : et 
pourtant leurs bêtes sont là, attachées à la corde, ne faisant 
rien depuis quatre jours. Cependant, avec quelques menaces 
de les faire mettre au clou pendant quelques jours à leur 
retour à Biskra par le colonel commandant le cercle, ou 
même à Tozeur, si la nécessité s'en faisait sentir, ils se sont 
bien vite radoucis... mais pour combien de jours? 

Je profite encore du beau temps pour faire quelques 
photographies, principalement des groupes d'enfants : la 
plupart ont l'air assez éveillés, et même intelligents; mais 
un certain nombre est déjà en proie aux ophtalmies qui 
abondent malheureusement chez ces populations du sud. 
Presque tous ces enfants ont peur devant l'objectif, et se 
sauvent au moment psychologique : aussi obtient-on parfois 
des instantanés, vus de dos, tout à fait drôles. Il faudrait, 
pour bien réussir à prendre ces types au naturel, s'attirer 
auparavant la confiance des enfants : c'est là que je regrette 
de n'avoir pas pensé à apporter de Paris ou même d'un 
bazar de Constantine une caisse de petits bibelots, jouets ou 
bimbeloterie, de peu de valeur, pour distribuer à tous ces 
gamins dont j'ai tant de peine à fixer l'image. 

Le soir, un Arabe nous apporte de petits fruits vert clair 
de la taille des prunes mirabelles ; la chair ressemble à celle 
de la pomme, et à l'intérieur se trouve un noyau, rond, 
assez gros : c'est le fruit du jujubier, espèce représentée par 
quelques pieds seulement dans l'oasis de Ferkane. 



DES ZIBANS AU DJERID 6j 

J'apprends aujourd'hui que j'ai été induit en erreur au 
sujet du courrier qui va d'ici à Tebessa : ce n'est pas deux 
jours, mais trois qu'il met pour faire la route ; et encore, 
faut-il compter les trois jours à partir de Négrine seulement, 
ce qui fait trois jours et demi; je ne pourrai donc avoir la 
réponse à ma dépêche avant dimanche au plus tôt : nous 
voici retenus à Ferkane pour quelques jours de plus que 
nous ne pensions tout d'abord. 



* 



16 mars. 



Ferkane. 



Véritable journée de chasse, depuis le matin jusqu'au 
soir. Les jardins au nord de Ferkane regorgent de 
perdrix ; à chaque pas il s'en lève des couples devant 
nous; et il paraît que plus au nord encore, dans un 
élargissement du lit d'un oued, à M'Sila, le pays est encore 
plus giboyeux. 

De nombreux nomades viennent planter leurs tentes au 
dessous de Ferkane : ils remontent tous du Sahara, chassés 



68 DES ZIBANS AU DJERID 

par la chaleur, pour aller dans les hauts plateaux où ils 
retrouveront leurs récoltes, semées avant l'hiver, prêtes à être 
coupées : ils poussent devant eux de nombreux troupeaux 
de chèvres et de moutons, comptant parfois jusqu'à deux 
mille têtes. Rien de plus bizarre comme effet que de ren- 
contrer, dans un sentier un peu étroit, ou dans un ravin, un 
tel troupeau : tout autour de soi, on a comme une mer 
houleuse qui donne le vertige, tandis que tous ces bêlements, 
s' ajoutant les uns aux autres, font un bruit assourdissant qui 
achève de vous faire perdre toute notion de la direction, 
pour peu que l'on regarde un peu autour de soi cette 
masse compacte et grouillante. C'est une sensation abso- 
lument bizarre que l'on ne peut guère comparer qu'à celle 
que l'on éprouve en traversant à cheval une rivière, au 
courant rapide, lorsque l'on fixe un instant le fil de l'eau. 

A l'heure du déjeuner, j'ai fait une photographie intéres- 
sante : étant monté un instant au village avec mon appareil, 
j'ai trouvé, assemblée en cercle, toute la « djemaâ, » réunion 
des notables de l'endroit, quelque chose comme le conseil 
municipal de nos communes : avant que cette vénérable 
assemblée ait eu le temps de s'en apercevoir, elle était 
photographiée, et sa réunion du 18 mars 1892 passera, 
à l'insu de ses membres, à la postérité. 



* 



DES ZIBANS AU DJERID 69 



79 mars. 
Ferkane. 

Décidément, notre réponse de Tebessa n'arrive pas : 
naturellement, dans notre impatience, nous ne comp- 
tons pas les kilomètres que le courrier a à parcourir, mais le 
temps n'en commence pas moins à nous durer, d'autant plus 
que nos fonds baissent de plus en plus, et d'une façon inqui- 
étante : bientôt nous allons atteindre la courbe zéro. Heu- 
reusement, le cheikh est des plus aimables et nous fournit 
gracieusement, matin et soir, du lait, de la galette, des dattes, 
des œufs parfois, du bois, de l'herbe pour le cheval : si nous 
avions eu ces dépenses à ajouter aux autres, que serions-nous 
devenus?... et ce courrier qui ne revient toujours pas! 

Malgré tout le charme de notre campement sous les pal- 
miers, dans ce délicieux ravin de Ferkane, nous ne voulons 
pas retarder plus longtemps encore notre départ : demain 
nous partirons pour Négrine : si le courrier arrive après notre 
départ, il nous rejoindra en route, si nous avons déjà dépassé 
Négrine ; dans le cas contraire, nous le rencontrerons, car 
pour venir de Tebessa, il doit passer à Négrine : nous irons 
donc, en quelque sorte, au-devant de lui. 

L'après-midi a été passée rapidement à faire un tour 
d'horizon, au moyen de mon cercle gradué, au haut d'une 
petite éminence à l'est de Ferkane et tout à côté. Le temps 
me manquant pour relever un tour complet, je me suis borné 



JO DES ZIIiANS AU DJERID 

à l'arc le plus intéressant, partant d'une borne servant de 
signal géodésique que je voyais à la droite de Ferkane pour 
aller, vers la gauche, jusqu'à la montagne de Négrine, sur- 
montée de son poste optique qui, tout blanc, brille au soleil 
et ressort sur la montagne aux teintes foncées. Comme limite 
à l'horizon, la plaine immense du désert, plus près, quel- 
ques séries de hauteurs, plus près encore, et presque à nos 
pieds, les palmiers des jardins de Ferkane. 

Cette après-midi, vers une heure, pendant que nous 
faisions la sieste, un bruit de tam-tam et des cris de femmes 
vinrent nous tirer de cet état de demi-sommeil si agréable 
dans les pays chauds, après le déjeuner, au moment de la 
forte chaleur. Le tam-tam s'agitait furieusement sous les 
doigts du musicien, les femmes redoublaient de cris stridents, 
aigus et traînants, tout à fait particuliers aux gosiers féminins 
du pays arabe : la cau?e de tout ce bruit, c'est l'arrivée d'un 
Arabe qui, de Constantine, se rend à Tameghza, en Tunisie, 
tout près de la frontière : il y va en pèlerinage auprès d'un 
marabout très vénéré, très influent, et qui a, au dire des 
Arabes, même le pouvoir de faire venir la pluie lorsqu'il lui 
plaît : à leur place, j'aimerais mieux affirmer le contraire; 
car, si ce pouvoir est réel, leur marabout serait vraiment un 
triste personnage, de laisser en été, tant de pauvres Arabes 
mourir de soif ou être réduits à boire l'eau salée et saumâtre 
de certains puits ! 

Toujours est-il que ce pèlerin, qui traverse Ferkane avec 
un cortège de femmes et d'enfants, recrute, avec son tam- 



DES ZIBANS AU DJERID 71 

tam, des compagnons de route pour son pèlerinage. Étrange, 
cette façon de prêcher un pèlerinage au son du tam-tam ; et 
pourtant, dans mes souvenirs, je retrouve une impression 
analogue, dans un pays bien différent, cependant. C'était en 
Angleterre, dans une toute petite ville perdue au fond de la 
Cornouailles; un jour, je fus attiré par une musique assour- 
dissante jouant sur une petite place devant l'entrée d'un 
hangar : flûte, trombone, piston, grosse caisse, rien n'y 
manquait, pas même les chants graves des hommes, coupés 
par la voix plus aiguë des femmes et les cris tout à fait 
perçants des gamins entourant les musiciens : c'était un groupe 
de fidèles de la Salvation Army (Armée du Salut), recrutant 
des assistants pour leur prêche qui allait avoir lieu sous le 
hangar dont la porte s'ouvrait derrière eux... Par quelle 
bizarre association d'idées ce souvenir m'est-il revenu à la 
vue de cet Arabe jouant de son tam-tam et suivi de ces 
femmes et de ces gamins, je ne sais, mais l'impression est 
quelque peu la même, malgré la différence des milieux et le 
caractère si opposé des deux pays. 

Ce matin nous voulions faire une gourmandise : faire 
succéder au cousscouss presque noir que nous mangeons 
chaque jour un peu de cousscouss blanc, quel régal! Mais 
Ferkane est un pauvre petit pays, et impossible d'y trouver 
un seul grain du cousscouss blanc rêvé. Il y en a, nous dit-on, 
à Négrine. Ma foi, nous y envoyons un de nos muletiers, 
Ibrahim, la plus forte tête des trois ; vingt-cinq kilomètres 
à faire d'ici ce soir sur son mulet, cela lui calmera un peu 



72 DES ZIBANS AU DJERID 

les idées, et l'occupera pour sa journée. Naturellement, nous 
ne le voyons revenir qu'à la nuit tombante, avec le cousscouss 
demandé, et surtout avec beaucoup de bonnes raisons pour 
expliquer son retard. 

Puisque nous devons quitter Ferkane demain matin, il ne 
faut pas omettre de faire mention des mouches du pays : 
jamais je n'en avais tant vu : le soir, lorsque nous nous 
couchions, la toile de notre tente était absolument noire, 
tellement elles étaient pressées les unes contre les autres. 
Jamais je n'aurais pu croire à une telle invasion, et certai- 
nement, les personnes sous les yeux desquelles tomberont ces 
notes de route, croiront à une exagération de voyageur : 
A beau mentir qui vient de loin. Mais les mouvements 
d'impatience que ces insectes finissent par vous arracher, 
et le degré d'exaspération auquel on arrive lorsque l'on veut 
travailler, ou même se reposer, avec tout un essaim tour- 
billonnant autour de soi, resteront dans notre mémoire, sans 
y avoir laissé, cependant, un bien bon souvenir. 






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XI 



DÉPART DE FERKANE. — L'OUED FOUGGOUS. — LE BORDJ DE NÉGRINE. — 

LE CIMETIÈRE FRANÇAIS. TOMBES ABANDONNÉES. — UN ÉTRANGE 

INSTITUTEUR. — LE VIN DE PALME. ARRIVÉE DU COURRIER. — TROP 

DE RICHESSES. DÉPART POUR TAMERZA. — CAMPEMENT DANS UN 

DOUAR. 

20 mars. 



Ferkane. — Négrine. 



Dès sept heures et demie, tous nos bagages sont plies et 
arrimés sur les chameaux; nous sommes en selle, et 
prenons congé du cheikh Ahmed ben Mohamed, ainsi que 
de son frère qui, tous deux, ont été charmants pour nous 
pendant notre séjour à Ferkane. Une dernière poignée de 
mains, et nous partons. 



74 DES ZIBANS AU DJERID 

La route de Négrine, une simple piste, au lieu de se 
diriger droit vers le but, oblique assez fortement vers le sud 
pour contourner les dernières ramifications du djebel Sidi Abid, 
un des contreforts les plus méridionaux de l'Aurès. On 
franchit successivement une série de petits oueds, de simples 
ruisseaux à sec, dont le lit occupe chaque petit ravin qui coupe 
la route en se dirigeant vers le sud. 

La seule rivière importante du parcours, c'est l'oued 
Fouggous, aux deux tiers de la route environ. Un peu avant 
d'y arriver, le terrain se relève un peu, et les accidents que 
nous avions à notre gauche se reproduisent à notre droite. 
Le col que l'on franchit domine l'oued Fouggous d'une 
quarantaine de mètres que l'on redescent en zigzaguant dans 
un ravin sauvage et profondément encaissé entre des 
mamelons de terre sablonneuse arides et dénudés. A l'inter- 
section de la route et de l'oued Fouggous, son lit s'élargit 
sensiblement, formant une sorte de cirque entre les deux 
séries de hauteurs qui le bordent sur ses deux rives. Ce petit 
espace est cultivé par les habitants de Négrine qui y ont de 
l'eau en abondance, grâce à une source d'eau tiède, 
l'Aïn Sokna, qui se trouve à quelque cinquante mètres 
seulement de la rive gauche de l'oued. De nouveau on 
traverse un petit col, étroit, peu élevé, pour suivre ensuite 
le pied d'une série de hauteurs mamelonnées, allant de 
l'ouest-nord-ouest à l'est-sud-est, longeant la route en 
ménageant, entre leur base et la route elle-même, une bande 
de terrain, assez étroite, qui possède deux petites sources 









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d'un faible débit, et juste suffisantes pour fertiliser deux 
jardinets de quelques mètres seulement. 

Enfin, arrivé près de l'oued formé par les sources de 
Négrine, on tourne brusquement à gauche pour s'engager 
dans un étroit ravin, accidenté, qui conduit peu à peu sur 
le plateau qui domine Négrine à l'ouest. Mais il faut 
redescendre et longer les jardins pour remonter encore, 
à travers des ravins sablonneux, jusqu'au bordj, perché au 
nord de la ville sur le bord du plateau. 

Le cheikh de Négrine prévenu hier de notre arrivée 
par une lettre que lui avait remise Ibrahim, est venu à notre 
rencontre jusqu'à Aïn Sokna ; après les saluts d'usage, il nous 
a devancés, mettant son cheval au galop, pour faire préparer 
le traditionnel plat de cousscouss, la galette, des œufs, et tout 
ce qui compose un repas arabe. 

Nous le retrouvons devant la porte du bordj, nous 
attendant pour en faire les honneurs. Rien de particulier, 
ce bordj, si ce n'est qu'il est assez propre : plusieurs chambres 
avec des tables et des chaises, une cuisine, des écuries de 
l'autre côté de la cour intérieure, le tout en forme de 
construction carrée, avec bastion à chaque angle. Sur le devant 
de la porte, on lit : Poste de Négrine, 1884. Dans une des 
chambres deux cantines dites : Cantines d'Afrique) dans l'une, 
les archives du poste ; dans l'autre, le matériel de popote : 
le cheikh a les clefs des cadenas, ce qui nous permet d'user, 
pour nos repas, de tout un matériel de cuisine et d'un 
service de table, qui, bien que sommaires, sont toujours 



76 DES ZIBANS AU DJERID 

moins rudimentaires que les nôtres. Dans la même salle, une 
esquisse à l'huile, représentant un coucher de soleil au désert : 
chameaux et Arabes au premier plan, ciel empourpré dans le 
lointain ; vu d'une certaine distance, c'est assez vraisemblable 
comme tons. Cette œuvre d'art est due sans doute au pinceau 
de quelque officier qui cherchait par la peinture à charmer 
les loisirs de son séjour dans ce pays offrant réellement peu 
de distractions. En face du tableau, et pour lui faire pendant, 
probablement, deux pancartes : l'une indiquant l'organisation 
administrative du cercle de Tebessa, l'autre portant la 
nomenclature de tout le matériel du bordj, confié à la garde 
du. cheikh : certifié exact par plusieurs signatures successives, 
sauf un lit avec sommier et matelas, qui nous aurait causé 
un bien grand plaisir, mais que l'instituteur français qui 
réside à Négrine, a jugé bon de s'approprier. 

Je ne sais trop pour quelle cause, mais cet instituteur est 
absolument détesté par les Arabes de la région ; au reste, 
nous avons pu juger par nous-mêmes de son amabilité : 
l'école française est à quelques centaines de mètres du bordj ; 
pendant les deux jours passés à Négrine, pas un seul mot 
de sa part, et il paraît qu'il en est de même avec tous les 
voyageurs français qui passent dans ce pays perdu. Il me semble 
que le premier sentiment d'un cœur réellement français serait 
de se réjouir de la venue d'un compatriote, de l'accueillir avec 
joie, au lieu de le fuir et de se renfermer chez soi. 

Au reste, un détail qui n'est pas sans importance peut 
donner la mesure du caractère de cet étrange instituteur : 



DES ZIBANS AU DJERID JJ 

tout à côté du bordj, de l'autre côté d'un petit ravin, se 
trouve le cimetière français, bien modeste : quatre petits 
terrains, entourés d'une palissade de branches de palmiers, 
à demi -abattue, renferment une quarantaine de tombes. 
Pauvres petits soldats, tombés loin de leur pays natal, épuisés 
par les fatigues ou anémiés par la fièvre et le climat! Et 
leur famille, leurs amis, n'ont même pas la consolation de 
prier sur leurs tombes, de les entretenir, ni même celle de 
savoir qu'une main amie se charge de ce triste soin. Les 
croix sont renversées, les pierres funéraires bouleversées, 
l'enclos abattu ; et, à trois cents mètres de là, demeure 
l'instituteur avec sa femme, une Française pourtant. . . de 
mon mieux je rétablis les tombes les plus délabrées, tandis 
que ma femme y déposait pieusement quelques fleurs cueillies 
aux environs, et c'est le cœur serré que nous quittâmes le 
petit cimetière de Négrine. 

Dans l'après-midi, nous fîmes une courte promenade dans 
les jardins de l'oasis : de peu d'étendue, ils tapissent les flancs 
d'un ravin profond, au fond duquel coule un petit ruisseau, 
produit par une source assez claire et abondante, à quelques 
centaines de mètres en amont du village; l'ensemble est 
pittoresque, moins, cependant, que la vue de Ferkane et de 
ses jardins dans le ravin de la fontaine chaude. 

Une récolte assez répandue ici, c'est le vin de palme, qui 
coûte très bon marché : deux sous le litre en moyenne. 
Il est vrai que la main-d'œuvre est nulle, et que la nature 
seule travaille : au sommet d'un palmier que l'on a préala- 



78 



DES ZIRANS AU DJERID 



blement étêté est pratiquée une incision assez profonde, 
mais n'atteignant pas le cœur du tronc ; au dessous de 
l'incision se trouve un vase de terre, hissé au moyen d'une 
corde, qui recueille la sève de l'arbre, autrement dit le vin 
de palme. Frais, c'est une excellente boisson, sucrée sans 
excès, et qui désaltère agréablement ; au bout de quelques 
heures, il devient légèrement aigre, et devient plus agréable 
encore, surtout au moment des grandes chaleurs ; mais, si on 
le laisse fermenter, en le plaçant au soleil pendant une 
journée seulement, il devient dangereux et fait perdre la 
raison au bout de quelques verres seulement. 

A notre retour au bordj nous eûmes une agréable 
surprise : un Arabe, tout jeune encore, un gamin, venait 
d'arriver de Ferkane, envoyé par le cheikh, pour nous 
prévenir qu'un spahi était arrivé de Tebessa dans la journée, 
avec un pli à notre adresse de la part du chef du bureau 
arabe, et qu'il viendrait demain dans la matinée nous le 
remettre à Négrine. C'était une dernière amabilité du cheikh 
de Ferkane qui craignait sans doute de nous voir quitter 
Négrine avant que le spahi nous y ait rejoints. 

J'eus encore ce soir, avant de me coucher, l'occasion de 
faire le médecin, en administrant au cheikh quelques grammes 
de sulfate de quinine, et le naturaliste, en faisant passer dans 
mon petit bocal d'alcool un petit lézard aux formes bizarres, 
pris sur l'entablement de la fenêtre de notre chambre. 



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21 mars. 



Négrine. — Bir Zarif el Ouar. 

4 neuf heures, arrive le spahi annoncé : il me remet, 
/"Y avec une lettre du chef du bureau arabe de Tebessa, 
une dépêche de Paris et l'argent demandé. Mais notre em- 
barras est toujours le même : c'est un billet de banque de 
1,000 francs, et de la banque de France, encore! Les billets 
français, n'ont pas cours dans le sud; les Arabes ne veulent 
accepter que ceux de la banque algérienne, portant en arabe 
sur le verso, le montant de la valeur : vingt, cinquante ou 
cent francs. Et de plus , où trouver la monnaie d'une 
pareille somme dans ces petites villes du sud, où la fortune 
de chacun se compte par palmiers et par moutons ou chèvres? 
Heureusement, le cheikh de Négrine est aussi complaisant 
que son collègue de Ferkane : il nous avancera l'argent 
nécessaire pour jusqu'à notre arrivée à Tozeur; là, nous 
trouverons facilement la monnaie de notre billet, bien que 
vienne s'ajouter une nouvelle complication : la monnaie 
française et les billets algériens ne sont pas reçus en Tunisie, 
paraît-il ; la nouvelle monnaie frappée au nom de la régence 
de Tunisie a seule cours; un Arabe que le cheikh envoie 
faire quelques achats à Tozeur, recevra le remboursement de 
la somme prêtée et la rapportera à Négrine. 

Rien ne nous retient plus ici, et nous avons hâte de nous 
lancer dans la direction de Tamerza. Il y a quarante-cinq 



8o DES ZIBANS AU DJERID 

kilomètres, paraît-il. Nous couperons la distance en deux, 
en campant près de quelque douar, au nord-est du puits de 
Zarif el Ouar. 

La plus forte chaleur passée, à deux heures, nous sortons 
du bordj de Négrine, pour prendre la route de Tamerza, qui 
s'ouvre devant nous. Route monotone et sans intérêt aucun; 
on chemine sur un plateau tantôt pierreux, tantôt sablonneux, 
ayant constamment sur sa droite et à peu de distance les 
hauteurs du koudiat El Maïz, et à sa gauche, dans le lointain, 
le Djebel Robiha. On atteint ainsi l'oued Lachmar des 
Arabes, porté sur la carte sous le nom d'oued Bettita. Le 
sentier en suit la direction générale, tout en traversant 
plusieurs fois ses nombreuses sinuosités; à la nuit tombante, 
après vingt-deux kilomètres parcourus en quatre heures de 
marche, nous allons demander l'hospitalité à un douar dont 
les tentes sont à proximité. 

Hospitalité toujours très large, mais peu variée : une 
vaste jarre de lait, un large plat de cousscouss surmonté de 
quelques morceaux de mouton bouilli, de la galette d'orge, 
toute chaude encore, auxquels nous ajoutons une boîte de 
conserves pour varier un peu notre menu. 

Toute la journée le vent a été froid, le ciel couvert, 
même vers trois heures et demie, nous avons eu quelques 
gouttes d'eau ; mais dans la soirée, le vent fraîchit encore et 
nous sommes tout heureux de rentrer sous la tente nous 
blottir sous nos couvertures. 




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XII 



L OUED LACHMAR. — REMEDE ARABE CONTRE LA RAGE. — LA FRONTIERE 
TUNISIENNE. — MIDES. — TAMERZA. — SIDI HAFNAOUI LE MARABOUT. 
— CHEBEKA. — LE CHOTT EL RHARSA. — EL HAMMA ET ARRIVEE 
AU DJERID. 



22 mars. 



Bir Zarif el Ouar. — Tamerza. 



On sent que l'on s'est rapproché de la montagne ; la 
nuit a été froide ; le thermomètre a marqué — 5 et, 
vers trois heures du matin de grosses gouttes de pluie sont 
tombées pendant près d'un quart d'heure, et se congelaient 
en touchant le sol. Nous étions si glacés, dans nos couchettes, 
que nous avons préféré sortir pour battre la semelle autour 
d'un grand feu. 



82 DES ZIBANS AT DJERID 

Sous la couverture dans laquelle Messaoud s'était roulé 
pour passer la nuit, se tenait blotti au chaud, un scorpion, 
que nous avons trouvé en repliant notre matériel de 
campement. Saisi délicatement avec des pinces d'entomologie, 
il fut introduit, avec tous les égards à lui dûs, dans le bocal 
d'alcool, dans lequel il aura le plaisir de nous accompagner 
jusqu'à la fin de notre voyage. 

Le froid nous ayant chassé de notre lit de très bonne 
heure, notre campement fut bientôt levé : à sept heures, 
nous repartions dans la direction de Tamerza, en suivant 
toujours à peu de distance l'oued Lachmar. Un peu avant 
d'arriver à l'oued Bettita, la route franchit deux petites 
éminences blanchâtres, appelées Hag el Baïda. De chaque 
côté de la route, de nombreux buissons d'artam. Cette 
plante a sa légende : un Arabe ayant vu son mulet atteint 
de la rage, n'aurait pas eu le courage de l'abattre : il 
l'attacha à un buisson d'artam et le laissa. Le mulet brouta 
les jeunes pousses de la plante, et, lorsque le propriétaire du 
mulet repassa au même endroit quelque temps après, il 
retrouva l'animal guéri. Depuis, l'artam passe pour guérir la 
rage. 

Par une pente insensible, on descend dans le lit même 
de l'oued Bettita, très large en cet endroit. Sur la droite, 
et en partie dans l'oued, la petite oasis de Midès, premier 
village de Tunisie ; en effet, à gauche de la route, sur une 
petite hauteur dominant trois marabouts aux koubas blanches, 
se trouvent les bornes frontières. 




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DES ZIBANS AU DJERID 83 

Après Midès, la route franchit une série de petits 
mamelons pour gagner un ravin abrupt et rocheux, qui 
descend directement dans l'oued Tamerza. Dès que l'on est 
dans le lit de l'oued, on aperçoit Tamerza, placé à un coude 
en face des jardins. Le caïd, prévenu de notre arrivée par un 
Arabe envoyé en avant, nous a préparé un déjeuner complet, 
à la mode arabe : des œufs cuits dans du beurre de lait de 
brebis, et de la chourba, soupe au mouton très pimentée, 
sont venus s'ajouter au cousscouss et ont été les bienvenus, 
vu l'heure tardive de notre entrée à Tamerza (une heure et 
demie) et les appels répétés de nos estomacs. 

Pendant le déjeuner, des serviteurs du caïd transportent 
des tapis et des nattes dans une petite case, construite 
nouvellement sur le bord de l'oued par les soins du caïd, et 
qui sert à recevoir les étrangers de marque. Tandis que 
nous prenons le café, accroupis sur les nattes étendues 
à terre, ma femme va rendre visite aux femmes du caïd. Elles 
sont au nombre de quatre, et assez sales, paraît-il, aussi bien 
sur elles que dans la manière de tenir leur intérieur. Le plus 
jeune des enfants, âgé de quelques mois à peine, était d'une 
malpropreté repoussante... D'autres fils du caïd, plus âgés, 
se tenaient auprès de leur père pour nous recevoir : l'un 
d'eux, portant le costume tunisien, tranchait, par les couleurs 
variées de ses vêtements, sur les burnous blancs qui 
l'entouraient ; mais le plus intelligent de la famille était un 
petit de sept à huit ans environ, à la mine éveillée, 
toujours à côté de son père. 



84 F)KS ZIBANS AU DJERID 

En nous conduisant à la case qui doit nous servir de 
résidence, le caïd nous fait entrer chez le fameux marabout, 
Sidi Hafnaoui. C'est un vieil homme, gros et gras, à la barbe 
blanche, qui fait penser à nos bons gros moines du moyen 
âge, allant de porte en porte, au trot de leur mule, 
chercher les offrandes pour le monastère. Il se croit, 
naturellement, obligé de nous offrir le café, une mixture 
infâme, remplie d'épices variées, et dans laquelle le café 
a, certainement, la plus petite part : ce qui est mieux venu, 
ce sont quelques oranges, apportées du Djerid, et une assiette 
de miel. Pendant que nous savourons ces douceurs, ma 
femme est allée rejoindre les épouses du marabout. Il est moins 
bien monté que le caïd, si l'on ne considère que le nombre : 
trois lui ont suffi pour lui donner toute cette bande 
d'enfants accroupis autour de lui, dans l'entrée de sa maison : 
mais elles sont beaucoup plus jolies que celles du caïd, 
et surtout plus propres. L'une d'entre elles, la plus jolie, 
est surtout remarquable par la quantité de tatouages bleus 
qu'elle porte sur la figure et jusque sur les bras. 

Encore aujourd'hui, nous avons eu à nous plaindre de 
nos muletiers : comptant sur l'affabilité du caïd, ils sont 
allés lui demander de leur faire donner à manger, oubliant 
que, d'après nos conventions, ils doivent se nourrir 
eux-mêmes. Heureusement, nous avions prévenu le caïd, 
car pareil fait s'était déjà présenté à Zéribet el Oued. 

Tamerza, qui a quelques sources d'eau assez claire, est 
arrosé en outre par deux rivières, dont la plus importante, 








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l'oued Tamerza, parcourt tous les jardins, rangés le long de 
ses rives, sur une assez grande longueur. Les deux rivières 
étaient à sec au moment de notre passage, mais, dans l'oued 
Tamerza, en creusant à un mètre dans le sable, on trouvait 
une eau saumâtre : il est certain que pour la plupart de ces 
rivières, il en serait de même, et qu'elles ont, en quelque 
sorte, un cours souterrain au-dessous de leur lit de sable, 
couvert par les eaux à l'époque des grandes crues seulement. 



* 



23 mars. 

Tamerza. — Oued Redah. 

Nous prenons quelques vues de Tamerza, et en route ! 
nous enfourchons, qui son cheval, qui son mulet, et 
nous repartons dans la direction de Chebeka, un petit village 
qui se trouve au pied du Djebel Bliji, au sud de Tamerza. 
La route va rejoindre l'extrémité de l'oasis de Tamerza, 
très allongée, pour suivre le cours accidenté de l'oued 
Allenda. C'est toujours la même rivière qu'à Tamerza, mais 
qui, suivant la mode arabe, porte un nom différent sur 
chacune des parties de son cours. Cette rivière, formée par 



86 DES ZIBANS AU DJERID 

la réunion de l'oued Fria, de l'oued Lachmar et de l'oued 
Bettita, décrit, à partir de Tamerza, un grand arc de cercle 
vers l'ouest pour contourner le Djebel Bliji, et va s'étaler 
dans la plaine pour se perdre dans la dépression du chott El 
Rharsa, à quelques kilomètres de l'ouest d'un puits, appelé 
Bir Djeida. 

En quittant les derniers jardins de Tamerza, la route, ou 
plutôt le sentier traverse de nombreux ravins, encombrés 
d'éboulis pierreux d'un aspect chaotique très pittoresque, 
pour reprendre ensuite le cours de l'oued dans le lit duquel 
court un mince filet d'eau. Sur la rive droite, deux points 
à noter : d'abord une source importante, l'Ain el Kelba 
(Source du Chien) ; puis une ruine romaine, formée de trois 
pans de murs avec un reste de voûte : c'était, paraît-il, un 
relai de la route allant du nord au Djerid. 

Dès que l'oued, dégagé des montagnes, s'élargit brusque- 
ment, on sort de son lit pour tourner à gauche, à angle 
droit, vers Chebeka dont on aperçoit, directement à l'est, les 
jardins formant une tache sombre au pied de la montagne. 
On pourrait s'en croire tout près ; mais il reste encore plu- 
sieurs ondulations de terrain à franchir, et quelques petits 
oueds descendant des montagnes : enfin, à onze heures et 
demie, nous faisons notre entrée à Chebeka, dont le cheikh, 
parti avec nous de Tamerza, nous a précédés pour nous 
faire préparer à déjeuner. 

De Chebeka, qui est placé sur une éminence à mi-côte 
du versant sud du Djebel Bliji, on domine toute la plaine 




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du chott El Rharsa, bordé, vers le sud, par les hauteurs du 
Djerid ; suivant l'angle sous lequel tombent les rayons du 
soleil, le chott prend des tons différents, offrant tour à tour 
l'aspect d'une large nappe d'argent, ou d'une plaine couverte 
de neige. De l'autre côté du chott, on aperçoit les oasis 
d'El Hamma, qui forment une longue traînée sombre à 
l'horizon. Néanmoins, un guide est utile, bien que l'on ait 
constamment devant les yeux le point où l'on doit sortir du 
chott. 

De Chebeka pour aller au Djerid, trois routes s'ouvrent 
devant nous : l'une, allant directement à Tozeur, passe au 
Bir Djeida et traverse la partie orientale du chott El Rharsa 
dans sa plus grande largeur, du nord-nord-ouest au sud-sud- 
est ; une autre route plus longue décrit une forte courbe 
vers l'est, va trouver le puits Zarzour et contourne toutes les 
sinuosités du bord oriental du chott pour venir aboutir à El 
Erg, un des villages d'El Hamma ; enfin, une troisième 
route, partant droit vers l'oasis d'El Hamma, traverse le 
chott près de sa rive orientale en en coupant toutes les 
sinuosités; c'est celle que nous prendrons, comme étant la 
plus courte, et surtout la plus intéressante. Il est vrai qu'elle 
ne présente pas de puits, mais nous emportons suffisamment 
d'eau avec nous pour permettre aux bêtes de se désaltérer. 

Pour arriver de Chebeka au chott, la route franchit 
d'abord un terrain pierreux, qui se transforme peu à peu pour 
devenir du sable couvert d'une très légère couche d'efflores- 
cences salines : c'est le commencement du chott. La rive est 



88 DES ZIBANS AU DJERID 

très difficile à définir, et peut être en quelque sorte considérée 
comme conventionnelle sur les cartes que l'on possède 
actuellement : le chott commence réellement à l'endroit où 
le terrain s'abaisse pour former cette vaste dépression en 
forme de cuvette, qui est le chott El Rharsa. 

Successivement nous traversons des ramifications du chott 
El Rharsa portant elles-mêmes des noms de chotts : chott 
Erhem, chott El Kebir : ce sont de petites criques sablon- 
neuses, couvertes d'une végétation maigre et clairsemée. Au 
milieu du chott Erhem, notre guide de Chebeka nous 
montre le point où un Arabe a été trouvé mort de soif il y 
a quelque temps : mauvais présage pour nous qui, de Nefta 
à Chegga, serons obligés de compter sur les puits arabes, 
c'est-à-dire presque toujours effondrés et à sec... 

Il est six heures lorsque nous arrivons à l'oued Redah, 
petit oued au lit sablonneux qui va se perdre dans le chott 
El Kebir : c'est le milieu de la route de Chebeka à Tozeur, 
et nous y plantons notre tente pour jusqu'à demain. Toute 
la soirée, de nombreux papillons de nuit, des phalènes pour 
la plupart, attirés par la lueur de notre lanterne, sont venus 
augmenter nos collections. 



* 



DES ZIBANS AU DJERID 89 



24 mars. 

Oued Rcdah. — Tozeur. 

L'oued Redah ne se trouve pas indiqué sur la carte qui, 
dans cette partie de la région, est parfois fantaisiste : 
pour déterminer à peu près l'emplacement de notre campement, 
je fais, avant notre départ, trois visées : Chebeka au 
nord-ouest, le pic du Djebel Alima au nord-est, et l'oasis 
d'El Hamma au sud-sud-est me permettent d'obtenir une 
approximation suffisante. 

11 est neuf heures et demie lorsque nous repartons pour 
El Hamma, et quatre heures nous suffisent pour atteindre 
l'oasis. La route, après l'oued Redah, ne change pas de 
caractère, si ce n'est un peu avant d'arriver au premier 
village d'El Hamma, où l'on franchit quelques petites dunes 
de sable. L'oued Melah, dont on vient de traverser l'embou- 
chure en forme de Delta avant d'arriver à ces dunes, a un 
lit très large, mais entièrement privé d'eau et envahi par les 
sables. 

El Hamma se compose de quatre villages, situés dans 
l'oasis, au milieu des jardins, et échelonnés sur la route qui 
conduit à Tozeur. Le caïd, chez lequel nous allons déjeuner, 
habite le troisième village, Mahreb ; il nous faut donc 
traverser les deux premiers villages avant de descendre de 
cheval : la chaleur est forte, il nous tarde d'arriver et toutes 




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ces sinuosités de sentiers arabes à travers les jardins nous 
font mourir d'impatience. Nous n'en remarquons pas moins 
la différence qui existe entre les maisons du Djerid, et celles 
des villes et villages arabes des autres régions : aux 
constructions de tôb, tantôt laissées à leur couleur naturelle, 
tantôt blanchies à la chaux, ont succédé les constructions 
de briques, disposées avec goût sur la façade, et formant 
au-dessus des portes des dessins rappelant ceux des tapis 
orientaux. 

Le caïd d'El Hamma, un grand Arabe de couleur noire, 
à l'air dur, nous fait dire qu'il regrette d'avoir été prévenu 
si tard de notre arrivée et de n'avoir pas eu le temps de 
préparer notre déjeuner : mais nous l'avons fait avec 
intention, peu soucieux de manger encore ici de la cuisine 
arabe : des œufs frais, du lait et des dattes nous feront bien plus 
de plaisir que tous ces plats bizarres, pimentés à l'excès, parfu- 
més parfois, et décorés de noms plus ou moins exotiques. 

Partis d'El Hamma à quatre heures, après la sieste, une 
surprise nous attend à l'entrée de la route de Tozeur : 
une ligne de poteaux télégraphiques, qui, dans quelques 
heures, nous mettra en communication avec la France, et 
nous apportera des nouvelles de nos parents et de nos amis : 
les renseignements que nous avions eus sur Tozeur, un peu 
anciens, ne nous avaient fait prévoir qu'une ligne de 
télégraphie optique. 

A cinq heures et demie, une autre surprise, non moins 
agréable, nous attend à notre arrivée à Tozeur : nous 




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DES ZIBANS AU DJERID 



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pensions trouver un bureau de renseignements, correspondant 
à nos bureaux arabes d'Algérie; or, le Djerid a été érigé en 
contrôle civil, et nous avons la bonne fortune d'être reçus 
au Dar el Bey par M. Henry, chef du contrôle, ancien 
consul de nos possessions sur la côte de la mer Rouge, et 
M. du Paty de Clam, contrôleur suppléant. Ces Messieurs, 
prévenus depuis quelque temps déjà par les soins de la 
Résidence générale à Tunis de notre prochain passage à Tozeur, 
se mettent, avec la plus charmante courtoisie et la plus grande 
amabilité, entièrement à notre disposition pour tout ce dont 
nous pourrions avoir besoin : une chambre toute préparée 
nous attend ainsi qu'un dîner, au menu varié, malgré les 
maigres ressources du pays, et dû aux talents culinaires d'un 
jeune domestique arabe, Bel Kassem, dont Madame Henry, 
lorsqu'elle habitait Tozeur, est arrivée à faire un véritable 
cordon bleu. 

Quel plaisir de se retrouver, dans cette ville perdue 
du sud de la Régence, en compagnie de Français gais et 
affables, et de causer de la France, de Paris, de tout ce que 
l'on laisse loin de soi ! 

Pendant toute la durée du dîner, M. Henry nous tient 
sous le charme de sa parole en nous racontant les péripéties 
de tous ses voyages d'exploration en Afrique : ancien consul 
de France à Zeilah, sur la côte d'Obock, il a fait de 
nombreux voyages dans l'intérieur vers le Harrar et le 
Choa, et le récit de ses tribulations parmi ces tribus souvent 
hostiles, toujours sauvages, nous passionne au point de 



94 



DES ZIBANS AU DJERID 



nous faire oublier les fatigues de la journée et le besoin 
d'un repos bien gagné : nous ferons honneur aux lits du 
Dar el Bey, lits préparés à la turque, c'est-à-dire de 
simples matelas étendus sur une sorte de large banc en 
bois, assez bas : ce sera toujours mieux que nos petits lits 
de camp, et le charme de coucher dans une chambre bien 
close ne ferait-il pas trouver que tout est pour le mieux 
dans le meilleur des mondes ! 



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XIII 



LE DJERID. TOZEUR. RUINES RELIGIEUSES. SOURCES. — PRODUCTIONS 

ET COMMERCE. — FACHEUX PRONOSTICS. — CHOIX D'UN GUIDE. — NEFTA. 



25-26 mars. 
Tozeur. 



Hier, déjà, nous avons pu admirer, en traversant 
l'immense oasis d'El Hamma, la surprenante fertilité 
du Belad el Djerid, pays de la datte ; mais que sont les 
palmiers des quatre villages (El Erg, Msaïba, Mahreb et Nemlet) 
qui composent l'oasis d'El Hamma, à côté des 218,000 pal- 
miers de cette mer de verdure qui entoure Tozeur, et, 



96 DES ZIBANS AU DJERID 

couvrant une surface de 1,787 hectares, s'étend sur tout 
le versant sud-est du plateau calcifère gréseux, couronné 
de marnes jaunâtres mélangées de gypse. 

« Tozeur, le siège du contrôle du DjeridC 1 ), est un 
assemblage de plusieurs villages qui, par leur agglomération, 
constituent les différents quartiers d'une même cité, sous 
l'administration de deux caïds, ceux de Zebda et des Oulad 
el Hadef. 

» Le caïdat de Zebda renferme les quartiers suivants : 
El Habaïla, Zoghba, Mesrouna, El Khotba, Cheurfa. Ce 
dernier est à l'extérieur de la ville et se trouve situé à 
côté de Bit Chéria. 

» De celui des Oulad el Hadef dépendent les quartiers 
de Djemaa et Tebabsa, Oulad Sidi Abid, Oulad el Hadef, 
Guetna (ou Oulad bou Yahya), Bled el Hader, Abbès, Zaouiet 
Saraoui, Djhim. » 

Ces quatre derniers sont des villages situés dans l'oasis. 

Abbès se compose des fractions de Sidi Sabâ Ergoud, Sidi 
Et Touati, Sidi Assaker et Sidi bou Lifa. 

En dehors de ces deux caïdats, existe un petit village 
indépendant appelé Bit Cheria, commandé par un cheikh. Il 
renferme des Oulad Sidi Cheikh et des Chabbias. 

Bien qu'un voyageur, M. l'abbé Bauron, qui a passé ici 



(1) Nous empruntons cette description de Tozeur à un travail très érudit, 
publié sur l'histoire de Tozeur, par M. le O du Paty de Clam, et intitulé : Fastes 
chronologiques de To\eur (Challamel, 1890). 



DES ZIBANS AU DJERID 



97 



les 29 et 30 avril 1891, ait pu dire, dans une conférence ('), 
que les villes du Djerid étaient presque sans maisons, 
Tozeur est une des villes les mieux construites du sud tunisien 
et algérien. Déjà, lorsqu'on arrive au Djerid et que l'on voit 
les maisons les plus délabrées des villages ruinés qui abondent 
dans l'oasis d'El Hamma, c'est une surprise pour celui qui 
est habitué aux constructions basses, en tôb ou en pisé, de 
nos populations du sud de l'Algérie, que de rencontrer des 
maisons construites en briques cuites, offrant des dessins 
réguliers dûs à la disposition symétrique de ces briques, et 
figurant, par son ornementation géométrique, comme un 
immense tapis étendu sur les murs. 

A Tozeur même, les maisons sont construites avec une 
certaine symétrie qui n'est pas dépourvue d'élégance (*) et qui 
témoigne d'un certain goût artistique. Ordinairement les 
briques simulent de petits frontons au-dessus des portes. 
Beaucoup de rues (dans le caïdat des Oulad el Hadef prin- 
cipalement) sont en partie voûtées, ce qui atténue la 
réverbération très forte en été quand la chaleur du jour 
se maintient entre 48 et 50 centigrades. 

Sur une grande place qui sert de marché, s'élève le 
Dar el Bey, vaste demeure, en forme de caserne, habitée 
par le contrôleur civil du Djerid. Mosquées et Zaouias 
sont bâties moitié en pierres, moitié en briques. Dans les 



(1) Société de Géographie de Paris, séance du 22 janvier 1892. 

(2) O du Paty de Clam, Loc. cit. 



98 



DES ZIBANS AU DJERID 



soubassements et les assises inférieures de certaines d'entre 
elles, se remarquent des gros blocs enlevés à des édifices 
antiques, ainsi que des tronçons de colonnes, des fragments 
d'entablement, des parties de chapiteaux et même des 
débris de sculptures encastrés pêle-mêle au milieu de 
matériaux plus modernes. 

C'est au village de Bled el Adher que sont les restes de 
la ville antique de Tisurus ; les débris de cette cité ont 
en grande partie disparu pour être employés comme 
matériaux de construction des différents villages actuels. 
Néanmoins, on retrouve encore les vestiges d'un grand 
édifice orné jadis de plusieurs rangées de colonnes.... 
C'était probablement, dans le principe, un temple qui aura 
été transformé plus tard en basilique chrétienne, puis en 
mosquée. Au milieu de la vaste plate-forme dont ce 
monument occupait une partie, s'élève une semah, ou tour 
carrée bâtie en briques, dont la base est construite en 
belles pierres de taille ; elle devait servir de minaret à la 
mosquée, et précédemment, sans doute, de clocher à l'église 
chrétienne, car, par les assises inférieures au moins, cette 
tour paraît antérieure à l'invasion arabe. 

En descendant de cette plate-forme dans les magnifiques 
jardins qui l'avoisinent, on remarque à chaque pas de beaux 
blocs antiques, et notamment le long de l'oued qui arrose 
et fertilise l'oasis. Cet oued se subdivise, à partir d'un 
barrage antique, en trois branches principales qui, elles- 
mêmes, se ramifient en une multitude de petits canaux 




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d'irrigation ou séguias. Ces branches et plusieurs de ces 
canaux étaient jadis bordés de belles pierres de taille : on 
les traverse sur de petits ponts, les uns modernes, les 
autres antiques. 

Au nombre de 194, les sources sourdent dans des 
anfractuosités plus ou moins profondes, au pied du coteau 
dénudé qui abrite l'oasis au nord-ouest : toutes ces sources 
se réunissent dans un oued collecteur appelé Oued Mechera, 
puis Oued Berquouq (la rivière aux prunes). A partir du 
barrage romain, il se subdivise en trois branches princi- 
pales : Oued Abbas, Oued el Oust, Oued Saboun ; ce dernier 
porte aussi le nom d'Oued er Rebat parce qu'il forme la 
lisière d'une grande partie de l'oasis. 

Pour arriver à la conservation des sources, on a fait de 
grands travaux d'endiguement : sur toute la partie nord et 
ouest de l'oasis on a installé une palissade destinée à créer 
une fausse dune qui, en arrêtant les sables, empêche 
l'ensevelissement des jardins ; une partie de cette zône-abri 
est réservée à la circulation ; l'autre, interdite aux hommes 
et aux animaux, est plantée de tamarins et de harmel pour 
en fixer les sables. 

Grâce à leur oued intarissable et fécondant, les jardins 
de Tozeur sont toujours d'une admirable fertilité ; on y 
compte les palmiers les plus beaux qu'on puisse voir. Sous 
la couronne éternellement verte qui surmonte leurs tiges, 
d'où pendent à l'automne, en longs régimes, les dattes les 
plus savoureuses du Sahara, croissent un grand nombre 



IOO DES ZIBANS AU DJERID 



d'autres arbres fruitiers, tels que des orangers, des citronniers, 
des grenadiers, des figuiers, des oliviers, des jujubiers, etc. 
M. l'abbé Bauron ajoute même, à la flore de Tozeur, le 
mandarinier, bien qu'il n'y ait pas un seul arbre de cette 
espèce dans toute l'oasis. Ces arbres mêlent ensemble leur 
feuillage : à leurs pieds sont disposées en petits carrés, des 
semailles de blé et d'orge ; une eau vivifiante circule en 
tous sens dans ces vergers et sa vertu, jointe à celle d'un 
soleil tropical, y entretient une fertilité que rien n'épuise. 

La population totale de l'oasis se monte à 10,000 âmes en- 
viron. Outre la culture du sol qui occupe beaucoup de bras et 
qui fait la principale richesse du pays, on peut citer 
l'exploitation des salines ; la fabrication des tissus de laine 
justement renommés, tels que burnous, haïks, couvertures, 
constitue aussi, pour le chef-lieu du Djerid, une branche 
d'industrie très importante, qui augmente les ressources de 
ses habitants. 

L'étendue de l'oasis, villages compris, est approximativement 
de 1,787 hectares; l'oasis seule est d'environ 948 hectares 78. 
Elle renfermerait 218,000 palmiers ; mais ce chiffre officiel 
est bien inférieur à la réalité. Il en est de même de la 
production des dattes, qui ne serait que de 8,500,000 kilos, 
dont 335,000 de « deglat ». Le chiffre réel est de 22,000,000 
de kilogrammes, dont 1,250,000 de « deglat ». 

L'histoire de la ville est très ancienne et sa fondation se 
perd dans la nuit des temps. Sans vouloir remonter jusqu'à 
l'Egypte primitive, où se retrouve la forme Tes-Hor « la 



DES ZIBANS AU DJERID loi 

ville du soleil », ainsi que le nom de Taouser (la forte), 

porté par une reine d'Egypte, femme de Menephtah, nous 

voyons déjà ci Tîaovpoç » cité dans les Tables de Ptolémée, en 

l'an 148. — Plus tard, en 393, les Tables de Peutinger 

relatent l'existence de la ville de Thuruso, qui devint plus 

tard le Tiguritanus episcopus. 

La capitale du Djerid fut visitée successivement par les 

géographes arabes Abou Obeïd el Bekri (1068), Abou Abd 

Allah Mohammed Edrisi (1154), Ibn Saïd (1281), El Fadel 

Abou Brahim ben Hessina (1260), par le savant Abou 

Mohammed Abd Allah Ibn el Faki Abou Zakaria Yahya 

Ali ech Chakratsi et Touzri, auteur du ce Char h Kacida eck 

Chakratsia ; » en 1307, le cheikh Et Tidjani parcourt le 

Djerid, en fait une description enthousiaste, et y constate 

la présence de monuments fort anciens ; même remarque 

faite en 1709 par le savant voyageur Aboul Abbas Moula 

Ahmed ben el Kotob el Kamel Sid Mohammed ben Naceur 

el Mogherbi. En 1730, le voyageur anglais Shaw ne trouve 

plus que les ruines des monuments signalés par ses 

devanciers; enfin, à une époque plus rapprochée, parmi les 

principaux visiteurs de Tozeur, il faut noter Desfontaines 

en 1784, Pellissier en 1841, le colonel Daumas en 1845, 

Berbrugger en 1850, Tissot en 1853 et en 1857, Duveyrier 

et Victor Guérin en 1861, de Flaux en 1865. En 1882, 

la ville est occupée par les troupes françaises, puis, en 1884, 

est créé le contrôle civil du Djerid dont Tozeur devient 

le siège en 1887. 

13 



102 DES ZIBANS AU DJERID 

Une des curiosités de la ville, c'est son marché, le plus 
important du sud Tunisien. Des fenêtres du premier étage 
du Dar el Bey, nous avons constamment sous les yeux ce 
fourmillement particulier aux marchés arabes : la place est 
couverte de petites boutiques mobiles, d'une simplicité tout 
à fait primitive : les acheteurs, les chameaux, les mulets, tout 
cela circule lentement au milieu du brouhaha, des cris et 
des clameurs ; puis, vers midi, tout rentre dans le silence, 
les boutiques sont enlevées et ne reparaîtront que le 
lendemain matin, à la première heure. 

Dans nos conversations avec M. Henry et M. du Paty de 
Clam, nous n'avons pas été sans les interroger sur la région 
que notre itinéraire allait traverser. Nous aurons, paraît-il, 
plus de difficultés que nous ne le prévoyions : les puits sont 
rares, difficiles à trouver, le pays peu connu par les habitants 
du Djerid, parmi lesquels nous trouverons difficilement un 
guide ; enfin, des avis particuliers reçus par M. Henry 
annonceraient une certaine effervescence chez les tribus 
Chaambas du sud, et l'on nous conseillait fortement de 
choisir de préférence la route allant du Djerid à El Oued 
pour regagner ensuite Touggourt et Biskra ; pour cette 
route très connue, il nous serait facile de trouver un guide, 
et la fréquence des passages de caravanes serait une sécurité 
contre les attaques des rôdeurs de la plaine. 

Mais cette modification apportée à notre itinéraire nous 
rejetterait bien loin de la région des Chotts, et la partie 
la plus intéressante de notre voyage se trouverait manquée 







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par ce détour sur l'Oued Souf, qui nous prendrait plusieurs 
semaines. Tant pis, ma foi, si nous rencontrons des rôdeurs 
ou des coureurs d'aventures, nous ferons parler la poudre. 
Quant aux difficultés provenant du terrain même, nous en 
serons toujours quittes pour redescendre sur El Oued lorsque 
nous aurons reconnu l'impossibilité d'aller plus avant. 

Reste à trouver un guide qui connaisse bien le pays et 
qui accepte de nous accompagner : c'est une question 
sérieuse, car nous n'aurons plus à compter que sur les puits, 
et il est impossible de les trouver à quiconque ne les 
connaît pas de longue date : rien ne les distingue à la 
surface du sol ; un simple trou à fleur de terre, et c'est 
tout ; on peut passer et repasser dix fois à quelques mètres 
sans se douter que l'on est près du puits ; aussi faut- il une 
longue habitude pour se diriger droit dessus, dans la plaine 
immense, où le vent suffit pour changer, en peu de temps, 
l'aspect des quelques monticules qui, de loin en loin, peuvent 
servir de points de repère au voyageur. 

C'est surtout contre l'exagération des Arabes qui se pro- 
posent comme guides qu'il faut se mettre en garde : souvent 
ils affirment connaître parfaitement la direction des puits ; si 
on leur demande s'ils connaissent tel ou tel puits, ils vous 
répondent oui, imperturbablement ; ils vous énuméreront 
même tous la série des points d'eau de la route, rien qu'à 
en avoir entendu parler par d'autres ; et, lorsque, convaincu 
de leur connaissance du pays, on part avec eux, ils prétendent 
ne plus reconnaître le pays, et vous emmènent à la 



104 DES ZIBANS AU DJERID 

recherche de quelque douar qui les remette dans la bonne 
direction et leur donne quelque berger pour les mener 
au puits prochain. 

Nous n'aurions trouvé aucun guide sérieux à Tozeur, si 
M. du Paty de Clam ne nous avait offert un des cavaliers 
du contrôle de Tozeur. Le guide en question était un grand 
diable, très bronzé, du nom de Diab, et très fier de porter 
le grand manteau bleu qui distingue, aussi bien en Algérie 
qu'en Tunisie, les cavaliers indigènes ; il ne savait pas un 
mot de français, mais prétendait connaître parfaitement une 
ligne de puits allant de Nefta à Biskra par les Chotts ; 
c'était assez naturel, étant donné que, dans son jeune temps, 
il avait souvent gardé des troupeaux de chameaux dans la 
plaine ; mais, d'autre part, il était originaire de Biskra et 
y avait encore des parents. Ne pouvions-nous pas supposer 
qu'il se vantait de connaître l'emplacement des puits mieux 
qu'il ne le connaissait réellement, afin d'avoir, en nous 
accompagnant, l'occasion d'aller passer quelques jours avec 
ses parents ? 

Cependant, tous les détails qu'il nous donne sur la route 
que nous aurons à parcourir nous décident à le prendre 
comme guide : c'est convenu, Diab viendra avec nous. 

Les deux jours que, d'après notre projet de route, nous 
avions destinés à Tozeur, ont bien vite passé : le charme 
de se retrouver avec des compatriotes d'un caractère si 
cordial et si franc que M. Henry, d'une amabilité et d'une 
bonne grâce si parfaite que M. du Paty de Clam, nous ont 



DES ZIBANS AU DJERID 105 

fait paraître le temps si court que nous sommes tout étonnés 
d'être obligés de songer au départ pour demain. Nous nous 
attardions en de longues conversations, le soir, autour de la 
table ; M. Henry nous contait les péripéties de ses longs 
voyages en Abyssinie et au Choa ; avec M. du Paty de 
Clam, nous discutions les vastes projets qui avaient eu pour 
but la transformation du Djerid ; les plans de Roudaire 
le laissaient sceptique, plus sceptique encore, la théorie de 
M. Rouire, identifiant le lac Triton avec les lacs Bagla et 
Kelbiah et la Sebkha el Mengel ; il lui opposait de nombreux 
textes anciens, et des arguments orographiques et hydrogra- 
phiques qu'il a du reste réunis dans une brochure intitulée : 
(( Le Triton dans l'antiquité et à l'époque actuelle^. )) 

Notre départ est fixé à demain, après le déjeuner, dès 
que la chaleur sera tombée ; il n'y a que 24 kilomètres 
jusqu'à Nefta, et nous arriverons facilement avant la nuit ; 
avec Diab, nous arrêtons définitivement notre itinéraire : 
de Nefta, j'avais l'intention de gagner les puits de Seba 
Biar, de rejoindre un puits qui se trouve au sud de l'Areg 
Kamboud en passant par Dra Skakir, et de filer ensuite 
en ligne droite sur El Aouina en traversant le Chott Saïal à la 
hauteur de la dent qu'il forme sur sa rive orientale un peu 
au-dessus du 34 . Mais le premier puits que connaisse Diab 
est le Bir Bouras, au nord-est de Seba Biar ; ce sera donc 
notre premier point d'eau, après avoir quitté Nefta. 

(1) Du Paty de Clam, le Triton dans l'antiquité et à l'époque actuelle; Chal- 
lamel, Paris, 1887. 



IOÔ DES ZIBANS AU DJERID 

Il est toujours imprudent, dans le désert, de trop compter 
sur les puits que l'on doit rencontrer : ils peuvent être 
comblés, taris, éboulés, ou même mis à sec par des Arabes 
qui viennent d'y passer avant vous ; aussi est-il prudent de 
se munir de peaux de bouc (guerbas) en quantité suffisante 
pour nous assurer de l'eau pendant deux ou trois jours ; 
nous en avons déjà une, ainsi que deux petits tonneaux 
en bois, d'une quarantaine de litres chacun ; il nous faudrait 
faire l'acquisition de six peaux de bouc encore, pour ne 
pas avoir à craindre de manquer d'eau ; mais il nous est 
impossible d'en trouver à Tozeur : toutes celles qu'on nous 
offre fuient comme des passoires, et les Arabes qui en 
possèdent de bonnes préfèrent les garder pour eux. A Nefta, 
nous essaierons de nouveau d'en acheter, et, si ce moyen 
ne réussit pas mieux qu'à Tozeur, nous en ferons réqui- 
sitionner par le caïd. 

* 

26 mars. 
Tozeur. — Nefta. 

Tous nos préparatifs sont faits dans la matinée, et nous 
n'avons plus qu'à attendre que les moments les plus 
chauds de la journée soient passés pour nous mettre en 



DES ZIBANS AU DJERID 107 

route. M. Henry, de son côté, se dispose aussi à partir, mais 
dans une autre direction : il vient d'être nommé chef du 
contrôle civil de Kairouan, et il va rejoindre son nouveau 
poste, qui le rapprochera d'une façon sensible de Tunis. 

A deux heures et demie, nous faisons nos adieux, et nous 
repartons en avant. Jusqu'à Nefta, la route est tracée et 
peut être qualifiée de carrossable ; elle suit le côté sud- 
est du faîte de la hauteur, sablonneuse à sa surface, qui 
sépare le chott El Rharsa du chott Djerid. Ce dernier 
s'étend à notre gauche comme un vaste miroir : les rayons 
solaires y produisent des phénomènes de réfractions bizarres, 
et l'on se demande constamment si ce que l'on voit, même 
près de soi, existe bien réellement, ou si l'on n'est pas le 
jouet d'une illusion d'optique. 

Un petit tas de pierres, placé près de la route, sert de 
borne, et indique que nous sommes à mi-chemin de Nefta ; 
il e§t quatre heures et demie ; soutiendrons-nous cette allure 
de 6 kilomètres à l'heure ? C'est probable, car la route est 
bonne, et, de temps en temps, nous faisons trotter nos 
bêtes, qui ont repris quelques forces pendant les deux jours 
de repos que nous leur avons laissés à Tozeur. Il est 
cependant nuit lorsque nous entrons dans la première rue 
de Nefta, après avoir franchi des suites de palissades destinées 
à empêcher l'envahissement, lent mais continu, de la ville 
par les sables. 

Diab, qui nous a quitté il y a une heure pour venir 
prévenir le caïd de notre arrivée et lui remettre une 



io8 



DES ZIBANS AU DJERID 



lettre de M. Henry, est revenu sur ses pas, et nous attend, 
avec une lanterne, à l'entrée de la ville, pour nous guider 
dans le dédale des rues arabes, jusqu'à la maison du caïd : 
celui-ci est sur le pas de sa porte, et, très digne, nous 
souhaite la bienvenue sous son toit en faisant toutes sortes 
de cérémonies : c'est un ancien colonel tunisien, et il est 
curieux, avec ses manières turques, au milieu de tous ces 
Arabes du sud. 

Son habitation est un palais véritable pour le pays : un 
escalier de quelques marches conduit dans un grand hall, 
soutenu par des colonnes, et rempli de domestiques. Les 
murs, les portes, les boiseries, sont couverts de peintures 
aux couleurs éclatantes ; des lanternes turques pendent au 
plafond, et éclairent cette vaste salle d'une lumière vague. 

Le dîner est servi dans une petite pièce qui donne sur le ' 
côté gauche de ce hall : le caïd nous a fait préparer une 
longue série de plats, à la mode turque, auxquels nous^ ne 
faisons guère honneur : tous sont remplis d'épices extraor- 
dinaires qui nous font lever le cœur dès la première 
bouchée ; ajoutez à cela que chaque plat est saupoudré 
de sable fin qui vous fait grincer agréablement les dents, 
et vous aurez une idée de notre dîner. Il est vrai que nous 
n'avons guère d'appétit, car la chaleur est accablante : le 
sirocco souffle avec force, et l'air embrasé contient en 
suspension une poussière de sable impalpable qui, pénétrant 
partout, augmente encore la lourdeur de l'atmosphère ; le 
moindre mouvement est pour nous une peine, une fatigue, 



DES ZIBANS AU DJERID 



IO9 



et nous ne pouvons même pas, au milieu de cet air 
suffocant, goûter, sur nos couchettes, quelques minutes 
de repos. 



* 



2j man. 

Nefta. 

Toute cette journée est consacrée à la visite de Nefta 
et de ses jardins. Le temps est toujours chaud, bien 
que le vent brûlant qui a soufflé toute la nuit ait pris fin, 
et ce n'est pas sans quelque fatigue que nous parcourons les 
neuf quartiers de la ville, s'étageant sur des mamelons de 
sable et bordant les rives de l'oued qui, plus bas, va arroser 
l'oasis. Ces différents quartiers portent les noms de : Oum- 
Mada, Cheurfa, Zaouiet Sidi-Salem, Béni Ali, Zaouiet 
Gueddila, Oulad Cherif, Alkama, Zebda et Souk. Dans 
tous les quartiers, et surtout dans ceux situés à l'ouest de 
la ville, de nombreuses koubbas de mosquées attestent le 
caractère religieux de Nefta et le fanatisme de ses habitants, 
habilement entretenu par toutes les zaouias qui semblent s'y 
être donné rendez-vous. Ce fanatisme, du reste, se manifesta 
clairement lors de la mission Roudaire, et se traduisit même 

par des actes de violence; l'hostilité des Arabes, qui se 

14 



IIO DES ZIBANS AU DJERID 

portaient en foule au camp de la mission, ne fut réprimée 
que grâce à l'énergie du chef de l'expédition. 

Les jardins qui, comme ceux de Tozeur, s'étendent entre 
la ville et le bord du chott Djerid, sont réputés pour 
être les plus beaux du monde entier. Les palmiers y 
atteignent des proportions colossales, et sous le vaste dôme 
de verdure que forme leurs têtes, mollement balancées par 
le vent, toute une végétation, prodigieuse de force et de 
puissance, relie les uns aux autres les troncs dénudés des 
palmiers, semblables aux piliers d'une cathédrale immense. 

La chaleur lourde et épaisse qui, malgré l'ombre profonde 
du feuillage, vous oppresse et vous courbe malgré vous, 
les craquements étranges des grands troncs pliant sous le 
vent embrasé du désert, les cris stridents des oiseaux 
moqueurs qui courent de branche en branche, d'arbre en 
arbre, le susurrement des sources chaudes qui courent dans 
l'herbe touffue en minces ruisselets, tout se réunit pour 
donner une impression bizarre et majestueuse, que l'on 
a peine à concevoir, même dans les récits magnifiques des 
grands conteurs orientaux, d'une imagination si féconde et 
si puissante. 

La tête en feu, en proie à une exaltation étrange, pro 
voquée par ce spectacle merveilleux d'une nature si riche, si 
exubérante de force et de sève en ses poussées merveilleuses, 
nous remontons vers la ville, pour retrouver notre logis. 

Le caïd est toujours là, sur le pas de sa porte, prêt 
à nous prodiguer ses salutations à la turque ; comme toutes 



DES ZIBANS AU DJERID III 

nos tentatives pour acheter ici de nouvelles peaux de 
bouc ont été infructueuses, c'est lui qui nous en procurera ; 
il va probablement les faire prendre, sans plus de façon, 
à quelques-uns de ses administrés, et en empochera lui- 
même le prix : c'est le caractère de l'administration arabe, 
et je crois bien que les indigènes ne supposeraient pas 
une bien grande autorité à un chef qui agirait autrement. 



(50 

SchJt 

m: 




XIV 



DEPART DE NEFTA. — BIR BOURAS. — MODIFICATION DE L ITINERAIRE 
PROJETÉ. — BIR ET AREG KAMBOUD. — BIR ACHANA. — DUNES 
DE SABLES. — RENCONTRE DE BERGERS NOMADES. — NACEUR. — 
CHOTT SAÏAL. — UN RODEUR NOUS SERT DE GUIDE. — EL AOUINA. 



28 mars. 

Nefta. — Camp N.-N.-E. de Seba Biar. 



Tout le monde en selle à 7 heures et demie ; nos 
deux tonneaux et nos huit peaux de bouc sont pleins; 
les animaux ont bu copieusement : nous pouvons partir ; le 
caïd nous donne encore quelques conseils de prudence pour 
la route : un peu vieux, il s'effraie facilement et voudrait 
nous dissuader de nous engager dans une région peu 
fréquentée ; mais ce ne sont pas quelques paroles en l'air 



DES ZIBANS AU DJERID 113 

qui nous feront changer l'itinéraire fixé, et, devant notre 
ferme intention de le suivre de point en point, à moins 
d'impossibilité absolue, le vieux colonel tunisien adjoint à 
Diab deux Arabes qui nous accompagneront jusqu'au Bir 
Bouras et nous aideront à trouver le puits. 

De Nefta à ce puits, il y aurait, en ligne droite, environ 
44 kilomètres, ce qui en fait plus de 50, en tenant compte 
de toutes les sinuosités que nous décrirons ; nous ne 
comptons donc guère arriver au Bir Bouras que demain dans 
la matinée, et nous camperons ce soir dans la plaine, un 
peu avant d'y arriver. 

Nous quittons Nefta en remerciant le caïd de sa bonne 
hospitalité : lui-même nous fait des adieux touchants, nous 
serrant la main, puis portant la sienne, suivant la mode 
turque, à son front, puis sur son cœur ; cela nous change 
d'avec la coutume arabe, qui est de porter sa main à sa 
bouche après avoir non pas serré, mais simplement effleuré 
la main de son interlocuteur. 

La route nous fait traverser d'abord toute la partie ouest 
de Nefta, encombrée de zaouias, de mosquées et de mara- 
bouts : partout, des koubbas blanchies à la chaux dominent 
la masse basse et grise des maisons. 

Au sortir des dernières maisons de Nefta, la direction 
que nous suivons fait avec le nord un angle de 73 sur 
une longueur de 3 kilomètres 300, à travers un plateau 
sablonneux, à peine mamelonné cà et là, et descendant 
peu à peu vers l'angle nord-ouest du chott Djerid, que 



ii4 



DES Z1BANS AU DJERID 



nous laissons à gauche et derrière nous : un dernier regard 
vers l'immense tache sombre qui est l'oasis de Nefta : 
nous ne verrons plus d'autres palmiers avant ceux des 
jardins de Biskra. 

Nous obliquons légèrement à l'ouest, dans une direction 
de 84° 30', pour reprendre, après une distance de 3 kilo- 
mètres 700, notre route vers le nord-ouest (6o° 30'). C'est 
en prenant cette nouvelle direction que nous quittons la 
piste qui, passant entre les deux hauteurs de Mouiat Sultan, 
s'enfonce dans le sud-ouest pour se diriger vers l'oued Souf. 
Après cinq heures et demie de marche, nous installons 
notre tente contre un petit monticule de sable qui nous 
garantira du vent : la route parcourue depuis Nefta n'a 
je crois, jamais été relevée d'une façon exacte, car, seul, 
le commandant Roudaire a traversé cette région, et s'est 
surtout occupé de sa ligne de nivellement. Il ne paraîtra 
donc pas inutile que je donne chaque jour le relèvement 
de la route que nous ont fait suivre nos guides, en indiquant 
le résultat que chaque direction suivie fait avec le nord 
vrai, en prenant comme déclinaison la moyenne des obser- 
vations faites par le commandant Roudaire. 
De Nefta au campement du 28 mars : 
3.300 mètres, faisant avec le nord un angle de 73 
3.700 — — 84°3o' 

4.800 — — — — 6o°3o' 

7.200 — — — 85 

8.400 — — — — 65 



DES ZIBANS AU DJERID 115 

Ce qui place notre campement dans une direction moyenne 
de 73°36', à 26 kilomètres 600 de Nefta, en ligne droite, 
et à 27 kilomètres 400 avec les détours de la route suivie. 
Nous avons deux puits à quelque distance : l'un, le Bir 
Bou Goucha, à 4 kilomètres environ, par 72°3o' à droite 
de la ligne nord-sud; l'autre, Seba Biar, par 160 à gauche 
de la même ligne. 

Le temps, très chaud à la fin de l'après-midi, devient tout 
à fait orageux vers le soir : à peine sommes-nous rentrés 
sous la tente et roulés dans nos couvertures que la pluie 
tombe à grosses gouttes et que le vent se lève ; vers 
minuit, une rafale, plus forte que les précédentes, enlève 
tout à coup notre tente, qu'elle emporte, et nous voici, en 
tenue de nuit, couverts de sable et courant sous la pluie, 
dressant à nouveau notre abri, plus solidement cette fois, car, 
bien que pittoresque, cette aventure est plus que désagréable, 
surtout lorsqu'elle est répétée ; du reste, le vent se calme, 
et la nuit s'achève sans nouvelle alerte. 



* 



I 1 6 DES ZIBANS AU DJERID 



29 mars. 

Camp N.-N.-E. de Seba Biar. — Bir Bouras. 

Décidément le vent règne en maître dans la plaine : 
une brise assez forte nous couvre de sable, et nous 
nous hâtons de quitter le bas-fond où nous avions établi 
notre tente. Quatre heures de marche seulement, disent nos 
deux guides de Nefta, nous séparent du puits Bouras : le camp 
est levé, et, effectivement, à l'heure indiquée, nous arrivons 
au puits après avoir traversé un terrain sablonneux, couvert 
de broussailles. La route est facile, malgré le sable, et 
s'est trouvée allongée par quelques crochets que les guides 
nous ont fait faire avant de trouver le puits. 

Le chemin parcouru peut se décomposer ainsi : 

1.800 mètres, faisant avec le nord un angle de 65 

1.600 — — — — 58 

2.600 — — — — 26°3o' 

4.600 — — — 75° 

3.800 — — — — 47°3o' 

1.100 — — — — 114 

900 — — — — 40 

Ce qui place le puits Bouras par 6o°42' de notre cam- 
pement d'hier, à 15 kilomètres 300 en ligne droite, et à 
16 kilomètres 400 par la route que nous avons suivie. 



DES ZIBANS AU DJERID HJ 

Le puits est peu facile à reconnaître de loin ; il se 
trouve à fleur de terre, au centre d'une petite dépression 
circulaire dépourvue de toute espèce de végétation : il est, 
heureusement, abondamment pourvu d'eau, un peu salée, il 
est vrai, mais assez fraîche : nos bêtes pourront boire à leur 
soif, car, hier soir et ce matin nous ne leur avons donné 
que quelques gouttes, ignorant si nous trouverions de l'eau 
dans la soirée. 

L'orifice du puits est de 70 centimètres à peine, mais il 
s'élargit à mesure qu'il s'enfonce dans le sol et, au niveau 
de l'eau, à huit mètres environ de profondeur, il peut 
avoir de sept à huit mètres de diamètre ; il est entièrement 
coffré au moyen de gros branchages entrelacés, empruntés 
aux broussailles voisines, et maintenant les sables rendus 
déjà un peu fermes par l'humidité. 

Le même vent qui nous importunait ce matin continue 
à nous couvrir de sable : la bouche, les yeux, les narines 
en sont pleins, malgré les voiles les plus épais, et la chaleur 
qu'il fait à l'intérieur de la tente nous empêche d'y chercher 
un refuge ; nous voulons déjeuner : à peine sortons-nous 
du pain, de la viande, que tout est saupoudré de sable ; le 
vin, à peine versé dans nos gobelets, se recouvre d'une fine 
couche de cette poussière impalpable, et nous en sommes 
réduits à chercher toutes sortes d'expédients pour éviter cet 
ennemi insaisissable. 

15 



Il8 DES ZIBANS AU DJERID 



jo mars. 

Bir Bouras. — Bir Achana. 

Le vent, le sable, les mouches ont bien voulu nous laisser 
dormir cette nuit, et nous sommes tout dispos et prêts 
à faire l'étape aujourd'hui. 

Avant de congédier les deux guides que le caïd de Nefta 
nous avait donnés pour jusqu'ici, je les réunis avec Diab pour 
décider la route des prochaines journées : nous sommes bien 
obligés de décider ainsi l'itinéraire, ou tout au moins ses 
détails, au jour le jour en quelque sorte, car souvent les 
guides ne connaissent pas les noms des puits, ou font des 
confusions, ne vous comprennent pas, et c'est sur le terrain 
même que l'on peut s'expliquer clairement. 

J'aurais voulu aller dans la direction du puits nommé bir 
Seferia sur la carte Roudaire ; il est à peu près droit à 
l'ouest du bir Bouras, et ne nous faisait faire aucun détour ; 
le chemin direct pour y aller serait par Melah Zioud (puits?) 
et bir Kamboud ; mais aucun des guides ne connaît ces 
noms; Diab connaît bien un bir Kamboud, mais bien plus 
au nord, dans les dunes de l'areg Kamboud, à l'ouest-nord- 
ouest du chott Asloudj ; c'est un détour à faire vers le 
nord, mais nous ne pouvons faire autrement, Diab ne con- 
naissant pas, ou ne voulant pas connaître les autres puits 
dont je lui indique les noms. Nos deux guides de Nefta 



DES ZIBANS AU DJERID 119 

prétendent aussi ne rien connaître au delà du bir Bouras, 
de crainte, sans doute, que nous ne les emmenions plus 
loin, mais nous ne voulons pas les garder de force, et nous 
les renvoyons avec quelques pièces de monnaie, générosité 
qui les stupéfie absolument et devient la cause d'intermi- 
nables remerciements entremêlés de louanges tout à fait 
exagérées à mon adresse. 

Pour gagner l'areg Kamboud, nous allons traverser trois 
chotts, que nous aurions contournés au sud si nous avions 
eu bir Seferia comme but d'étape ; je ne puis donc me 
plaindre de cette pointe vers le nord, puisque notre itiné- 
raire n'en sera que plus intéressant. 

Notre provision d'eau est renouvelée, et nous partons 
pour l'areg Kamboud ; à 2,200 mètres, par 109 , nous 
rencontrons au fond d'une légère dépression un petit chott, 
solide à la surface ; obliquant ensuite légèrement vers le 
nord (79°), nous en laissons un autre sur notre droite, un 
peu plus grand, allongé, et placé parallèlement à la 
direction de notre route ; 3,300 mètres dans un terrain 
sablonneux, mais tout mamelonné, nous amènent sur le 
bord du chott Khalla qui paraît être une dépendance du 
chott El Rharsa vers le sud-ouest. Sa surface est recouverte 
de sels blanchâtres, mais peu brillants, et formant une couche 
très mince au-dessous de laquelle se trouve immédiatement 
cette espèce de terre d'un brun rougeâtre qui, à certains 
moments, se transforme en boues plus ou moins profondes. 
Le chott Khalla est peu large : nous ne lui trouvons pas 



120 DES ZIBANS AU DJERID 



plus de 1,600 mètres en le traversant presque de l'est à 
l'ouest (82°3o'). 

Sur sa rive occidentale, le terrain se relève légèrement, 
et forme quelques ondulations assez prononcées, toujours 
sablonneuses, et parsemées de broussailles ; c'est cette bande 
de terrain qui sépare le chott Khalla du chott Boudouil 
et porte le nom de Dra Boudouil ; nous la traversons dans 
une direction de 99°3o' pour arriver, 2 kilomètres plus loin, 
au bord même du chott Boudouil, d'une forme assez irrégu- 
lière, ce chott forme vers l'est un angle assez prononcé, 
par le sommet duquel nous en commençons la traversée : 
nous le coupons donc dans sa plus grande largeur, 2 kilo- 
mètres 600, en ligne absolument droite, en prenant comme 
point de direction le sommet de la plus rapprochée des 
quelques dunes de sables que nous apercevons sur son 
bord opposé ; cette dune se trouve dans une direction 
de 84 . 

Aussitôt le chott traversé, et sans grande difficulté, car 
nos mulets n'enfonçaient à chaque pas que de 10 à 12 centi- 
mètres au plus, nous abordons le petit massif de dunes de 
sables qui nous sépare du chott Asloudj. Notre direction, 
en ligne droite, est de 82°30, mais que de détours à faire 
pour contourner ces immenses amas de sable ! il nous faut 
faire ainsi plus de 5 kilomètres 800, alors que, de notre point 
de sortie du chott Boudouil à notre point d'entrée dans le 
chott Asloudj, il n'y a pas plus, à vol d'oiseau, de 4 kilo- 
mètres 400. Le vent, heureusement, est assez faible, et se 



DES ZIBANS AU DJERID 121 

contente de soulever, à la crête de chaque dune une légère 
poussière de sable, qui retombe immédiatement sur le 
versant opposé. Ce sont les premières dunes que nous ren- 
controns depuis notre départ de Nefta, et, comme nous le 
traversons dans d'assez bonnes conditions, nous nous inté- 
ressons au phénomène étrange de tous ces sables réunis 
en un seul point, sans qu'aucune explication scientifique, 
démontrée d'une façon absolue, ait pu être établie. Bien des 
théories diverses, cependant, ont été émises, et tous les 
membres de la Société de Géographie se souviennent des 
observations remarquables qui, pendant ces dernières années, 
leur ont été communiquées par M. le capitaine Courbis et 
M. Georges Rolland. 

Au sortir de ce labyrinthe de sables, s'étend devant nous, 
comme une immense nappe d'argent, le chott Asloudj ; au 
nord, quelques dunes, peu importantes, montrent leur 
silhouette jaune clair, tandis que d'autres, sur la rive qui nous 
fait face, s'étendent sur une grande longueur et paraissent 
d'autant plus hautes que le chott Asloudj s'étend à leur 
pied comme un champ de glace. 

La largeur du chott est assez grande : 6 kilomètres 200, 
du bord oriental au pied de l'areg Kamboud, en suivant 
une direction de 67 , sa surface, d'une altitude de i m 86, 
d'après le nivellement du commandant Roudaire, est 
recouverte d'une mince couche de sels blanchâtres ; immé- 
diatement au-dessous se trouve cette terre friable qui forme 
les boues à certaines époques de l'année. En ce moment, 



122 DES ZIBANS AU DJERID 

le terrain est relativement solide ; nos bêtes s'enfoncent légère- 
ment, mais pas au point de rendre la marche impossible. 

Enfin, le chott est traversé, et il nous reste à trouver, 
au milieu des dunes de sables qui forment l'areg Kamboud, 
le puits que Diab prétend connaître ; il nous fait faire de 
nombreux crochets dans tous les sens, à la recherche du 
puits ; nous arrêtons nos bêtes à l'abri d'une dune, nous 
mettons pied à terre, et nous voici tous en quête de ce 
puits introuvable : il paraît qu'il s'est ensablé, peut-être 
même se trouve-t-il sous une de ces dunes qui se déplacent 
lentement sous l'influence des vents. 

Toujours est-il que nous comptions camper ici et que nous 
ne pourrons que manger rapidement pour nous hâter de 
trouver le bir Achana avant la nuit ; nous pourrions, à la 
rigueur, attendre à demain, mais la prudence nous conseille 
de n'entamer nos provisions d'eau des peaux de bouc qu'à 
la dernière extrémité ; nous voici donc, à deux heures, de 
nouveau en route, cherchant à sortir des dunes de l'areg 
Kamboud tout en marchant le plus possible vers l'ouest. 
Enfin, voici la plaine qui recommence : depuis notre 
entrée dans cet areg, sur le bord même du chott Asloudj 
jusqu'en ce point, nous avons fait plus de 5 kilomètres et 
demi, alors qu'en ligne droite il n'y a pas plus de 2 kilo- 
mètres 900 ; notre direction moyenne dans ce massif de 
dunes a été de 77 . 

Aussitôt sortis des sables, nous entrons dans la plaine 
du chott Mouiat Tofélat, que nous laissons à 1 kilomètre 




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DES ZIBANS AU DJERID 123 

environ à notre gauche, pour aller rejoindre le bord orienta) 
du chott Zeuhif, en décrivant une légère courbe vers le 
nord-est. En faisant cet arc de cercle, il nous a fallu 
parcourir 12 kilomètres 500, au lieu de n kilomètres 400 
que mesure l'arc de cette courbe, mais cette route, quoique 
plus courte, passait trop près du chott Mouiat Tofélat pour 
avoir nos préférences : Diab prétendait avoir connu dans 
le temps des gardiens de chameaux qui s'étaient enlisés dans 
ce chott avec leurs bêtes, et il craignait de voir la même 
aventure se renouveler. 

De l'areg Kamboud au chott Zeuhif, la route est facile, 
constamment en plaine parsemée de broussailles ; la direction 
de l'arc de la courbe suivie est de 44 . Il ne nous reste 
plus que le chott Zeuhif à traverser : il est peu large, et 
tout en longueur : sa partie sud, qui se perd à l'horizon, 
doit aller rejoindre le chott Mouiat Tofélat et le réunir 
au chott Achana et au Grand Chott. 

La traversée du chott Zeuhif se fit sans difficulté ; la 
surface était entièrement solidifiée, et c'est à peine si, après 
notre passage, l'empreinte de nos pas subsistait sur la croûte 
d'effiorescences salines. Sur le bord même du chott com- 
mence le Sif el Achana (ou areg el Achana), nouveau 
massif de dunes à parcourir pour trouver le puits ; mais 
nous nous sommes dirigés un peu trop au nord en traversant 
le chott ; il faut redescendre vers le sud-ouest, en con- 
tournant les dunes, à la recherche du puits. Diab, qui est 
en avant et dont nous suivons les traces, le trouve enfin ; 



124 DES ZIBANS AU DJERID 

il y a là, au pied d'une dune, et au ras du sol, deux 
petits trous : l'un est plein de sable, l'autre, sans coffrage, 
est profond d'un mètre cinquante environ, avec une petite 
nappe d'eau saumâtre dans le fond. 

Maintenant que la question d'eau est résolue, nous ins- 
tallons notre tente à quelques centaines de mètres du puits, 
derrière une dune, par mesure de précaution : les puits du 
désert sont le point où se retrouvent les maraudeurs aussi 
bien que les caravanes, et il est toujours bon de ne pas 
être rencontré par les uns ni par les autres, avant d'avoir 
pu, au moins, se rendre compte de leurs intentions. 

La soirée se passe rapidement à fixer l'itinéraire du len- 
demain avec Diab : le nivellement Roudaire ne s'est pas 
avancé plus loin qu'Achana : de là, il bifurque vers le 
nord-ouest pour rejoindre El Feidh et vers le sud, pour 
s'étendre jusqu'à El Oued, dans l'oued Souf ; le mieux est 
donc de couper au plus court dans la direction d'El Aouina, 
sans nous inquiéter des puits de cette région, puisque notre 
provision d'eau, renouvelée ici, est suffisante pour atteindre 
El Aouina ; Diab, du reste, ne connaît aucun des puits 
portés, par renseignements, sur la carte Roudaire : il connaît 
bien l'areg Debabia, mais ne connaît pas le bir Debabia ; 
de même pour le bir Gouiral, qu'il ignore, tout en con- 
naissant le chott de ce nom ; même chose pour le bir 
Saïal. 

Du point où nous sommes entrés dans le chott Zeuhif 
au bir Achana, il y a 3 kilomètres 100 en ligne droite, dans 



DES ZIBANS AU DJERID 125 



une direction de 96 3o', ce qui nous donne, pour la route 
parcourue aujourd'hui, l'ensemble des distances et des direc- 
tions suivantes : 

2.250 2 . 200 mètres faisant avec le nord un angle de 109 

3.300 3.300 — — — — 7Q° 

1.600 1.600 — — — — 88°3o' 

2.000 2.000 — — ■ — — 99°3o' 

2.600 2.600 — — — — 84 

5.800 4.400 — — — — 82°3o' 

6.200 6.200 — — — — 67 

4.200 2.900 — — — — 77° 

1 2 . 500 1 1 . 400 — — — — 44° 

3.900 3.100 — — — — • 96°3o' 

La première colonne indique la distance parcourue réel- 
lement, et la seconde la distance en ligne droite, d'une visée 
à une autre ; nous avons donc fait aujourd'hui 44 kilo- 
mètres 350 environ, du bir Bouras au bir Achana, tandis 
que, de l'ensemble des visées faites, bir Achana se trouverait 
à 37 kilomètres 300, en ligne droite, du bir Bouras, dans 
une direction de 72 . 



* 



16 



I2Ô DES ZIBANS AU DJERID 



}i mars. 

Bir Achana. — Chott Saïal. 

La cote de Sif Achana, dans le nivellement Roudaire, 
est de +5 m 05. C'est ce chiffre qui me servira de base 
pour faire un nivellement très sommaire, voire même 
approximatif, de la route que nous allons suivre à partir 
d'aujourd'hui. 

Aussitôt le camp levé, nous suivons la direction ouest 
pour sortir au plus tôt de l'areg Achana, pour traverser, peu 
après, le chott du même nom, qui est une dépendance septen- 
trionale du Grand Chott. Le chott Achana vient se confondre, 
vers le sud, avec un second chott qui vient également du 
nord, mais se trouve plus à l'ouest, et ne porte aucun nom : 
nous le traverserons tout à l'heure ; il est séparé du chott 
Achana par une langue de terre, basse, sablonneuse et légè- 
rement mamelonnée, avec quelques herbes et des broussailles : 
nous trouvons là de nombreux moutons paissant sous la 
garde de quelques nomades de race noire : c'est toute la 
fortune de ces pauvres gens qui vivent dans ce pays désolé, 
traînant leurs tentes de puits en puits, heureux lorsqu'ils y 
trouvent quelques gouttes d'eau saumâtre. 

Il y a longtemps que nous n'avons eu le plaisir de manger 
de la viande fraîche et tous ces moutons nous font envie : 
nous entrons en pourparler pour acheter un agneau, et, sans 



DES ZIBANS AU DJERID 



127 



marchander, nous l'avons pour le prix de deux francs : c'est 
encore mieux qu'à Ferkane, où le prix de six francs pour un 
mouton nous stupéfiait. 

Un de ces bergers, questionné par Diab, dit connaître la 
route d'El Aouina : nous l'emmenons avec nous, en lui pro- 
mettant de lui donner une récompense lorsqu'il nous aura 
amenés au puits d'El Aouina, et de lui tirer un coup de fusil 
s'il nous conduit dans une fausse direction. Il a une tête 
curieuse, notre nouveau guide : C'est un jeune homme d'une 
quinzaine d'années, à la figure pleine, les yeux crépus, le teint 
noir, le nez épaté, le vrai type nègre, en un mot ; ses joues 
sont couturées de cicatrices verticales qui doivent être ou un 
ornement, ou le signe distinctif de la tribu. Il trottine allè- 
grement en avant de nos mulets sans s'inquiéter de rien. 

Sur cette même partie de terrain où nous avons trouvé 
ces troupeaux de moutons, nous faisons, coup sur coup, deux 
autres rencontres moins agréables : deux vipères cornues qui 
se chauffaient tranquillement au soleil; je coupe la première 
d'un coup de fusil à bout portant, et Diab pique la seconde 
au bout de son sabre, du haut de son cheval ; il l'agitait 
triomphalement en l'air, tout fier de nous montrer qu'il 
n'avait pas peur d'être piqué par la bête qui se tortillait 
convulsivement au bout de la lame. 

Mais cette plaine sablonneuse cesse ; nous avons à tra- 
verser le petit chott dont je parlais tout à l'heure, et qui est 
bordé, du côté opposé, par de hautes dunes de sable, l'areg 
Debabia. Depuis le bir Achana jusqu'au point où nous 



128 DES ZIBANS AU DJERID 



quittons le chott pour nous engager dans ces dunes, nous 
avons parcouru 5 kilomètres 400; en ligne droite, il y aurait, 
dans une direction de 82 , 4 kilomètres 900 seulement. 

Les dunes de l'areg Debabia sont plus élevées et plus 
serrées que celles que nous avons vues précédemment, et le 
vent, qui souffle assez fort aujourd'hui, nous en rend la tra- 
versée très pénible ; chaque pas de nos montures fait lever un 
nuage de sable que le vent entraîne, et, sous la lumière 
étincelante du soleil, ce sable en mouvement au-dessous de 
nous, nous donne le vertige. De plus, du sommet de chaque 
dune, descend une fine poussière chassée par le vent, qui nous 
fouette le visage, nous brûle la peau, malgré les voiles épais 
dont nous nous entourons; rien n'y fait : les yeux, la bouche, 
les oreilles se remplissent de sable ; les mulets refusent 
d'avancer ; ils glissent sur les pentes des dunes, s'enfoncent 
dans le sable brûlant, buttent à tout moment ; il faut des- 
cendre les relever, les pousser en avant, et pendant une 
heure nous respirons cet air embrasé qui est un supplice 
véritable. Enfin après avoir contourné une dernière dune, 
nous voyons s'étendre devant nous comme un miroir immense, 
le Grand Chott ou chott Achichina; nous le saluerions d'un 
cri de joie, si nous avions encore la force, mais nous sommes 
épuisés de soif et de chaleur : nous nous laissons tomber 
près d'un buisson, n'ayant pour nous rafraîchir la bouche que 
l'eau tiède que nous transportons depuis Nefta pour notre 
usage personnel. Dans ces dunes nous avons fait 4 kilo- 
mètres 900 environ, tandis que du point où nous y sommes 



DES ZIBANS AU DJERID 



I29 



entrés à notre point de sortie, il n'y a pas plus de 3 kilo- 
mètres 200, dans une direction de 109 . C'est un des plus 
mauvais moments, jusqu'ici, de notre voyage; une fois passé, 
ce n'est rien, mais sur le moment on est vraiment malheureux 
et l'on se demande si l'on en sortira rôti ou étouffé. 

Nous nous arrêterions bien ici pour déjeuner, mais le vent 
souffle encore avec assez de violence pour soulever le sable 
autour de nous, et nous préférons faire quelques kilomètres 
encore et ne pas être condamnés à ne manger et boire que 
du sable. Nous nous lançons dans le Grand Chott, en faisant 
passer les chameaux et les mulets de bât devant nous, afin 
de ne pas nous enliser, dans le cas où cette croûte solide de 
la surface du chott ne serait qu'un trompe-l'œil. Vers le sud- 
ouest se trouvent quelques petites dunes ; nous allons droit 
sur elles, dans une direction de 122 . 

Arrivés au milieu du chott, la faim nous talonnant, nous 
décidons de nous y arrêter pour déjeuner : du reste, le vent 
ne soulève plus de sable ici, et pour cause ; nous serons donc 
aussi bien que possible : les chameaux se couchent, les mulets 
sont attachés en cercle, celui qui porte les provisions est 
déchargé, et nous voici, assis sur nos caisses, en train de 
faire honneur aux boîtes de conserves que nous venons 
d'ouvrir ; tout à coup, nous voyons apparaître, au loin dans 
le chott, du côté de l'areg Debabia dont nous venons de 
sortir, une douzaine de points noirs très élevés, qui 
s'avancent rapidement vers nous... Les inquiétudes de 
M. Henry à Tozeur nous reviennent à l'esprit : serait-ce 



I30 DES ZIBANS AU DJERID 

quelque razzou de Chambâa qui se serait avancé si loin 
au nord du théâtre ordinaire de leurs razzias, ou seulement 
une bande de pillards nomades et de voleurs de chameaux, 
qui nous ont suivis à la piste? 

En un instant, les bagages sont rangés en demi-cercle, 
formant un petit retranchement défendu par ma femme et par 
Jean ; en arrière, nos bêtes sont tenues en main par les 
muletiers et le chamelier à qui nous confions aussi la garde 
de notre nouveau guide nègre ; chacun prend son arme à la 
main ; pendant ces préparatifs, si rapides qu'ils aient pu être, 
les points noirs se sont rapprochés, mais en diminuant de 
taille : le mirage du chott nous avait fair voir des chameaux 
coureurs, au moins, maintenant, ce sont des cavaliers... Diab, 
Messaoud et moi, nous nous avançons à pied vers eux, le 
fusil prêt à faire feu... Le mirage nous a encore trompés : 
ce ne sont que des piétons. . . Sur notre menace de tirer s'ils 
font un pas de plus, ils s'arrêtent, et par de grands cris, 
expliquent à Diab la raison de cette poursuite. Ce sont tous 
les parents du négro que nous emmenons comme guide 
jusqu'à El Aouina qui, sur la foi du .récit des autres bergers, 
croyaient que nous l'emmenions prisonnier; ils avaient quitté 
leur douar en toute hâte pour venir implorer la grâce de 
leur parent, ou essayer, au besoin, de le délivrer par la 
force. 

Leur erreur une fois dissipée par le négro lui-même, cause 
première de toute cette alarme, et qui n'avait même pas 
bou^é en nous voyant sur le point de tirer sur des gens de 



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DES ZIBANS AU DJERID 



131 



son douar, ils repartent satisfaits, et nous achevons notre 
déjeuner interrompu ; les bagages sont rechargés et nous 
reprenons notre marche sur cette nappe blanche, étincelant 
au soleil, qui s'étend à perte de vue. 

Notre point de direction est toujours le petit groupe de 
dunes basses qui se trouvent à l'extrémité d'une bande de 
terrain qui s'avance dans le Grand Chott en séparant le chott 
Gouiral à l'est du chott El Hadjela à l'ouest. Le Grand Chott 
dans le sens où nous l'avons traversé, n'avait pas moins de 
6 kilomètres; presque partout, le sol était suffisamment solide 
pour nous porter ; à certains points seulement, près du milieu, 
nos mulets enfoncèrent d'une vingtaine de centimètres, tandis 
que les chameaux passaient plus facilement. 

La petite péninsule de Gouiral est rapidement franchie ; 
quelques monticules sablonneux la recouvrent, mais ses bords 
sont en terrain solide, élevés de quelques mètres au-dessus 
du sol, avec des traces d'érosions causées par le vent. Nous 
la traversons dans une direction de U3°3o', et sa largeur est 
de 2 kilomètres 600. 

Le chott El Hadjela, qui vient ensuite, présente une sur- 
face résistante ; sur sa rive ouest commence un terrain bas, 
sablonneux, légèrement mamelonné et couvert de broussailles; 
nous y tuons encore quelques vipères cornues que nous ren- 
controns, mollement étendues au pied des touffes d'herbes, 
nous regardant passer, tranquilles et indolentes, et ne se 
sauvant avec un petit sifflement aigu que lorsque nous nous 
approchions trop près d'elles. Cette plaine est assez large ; 



I32 DES ZIBANS AU DJERID 

elle doit avoir environ 8 kilomètres 200; son altitude, en 
prenant pour base la cote -f 5 m 05 d'Achana, serait de + 3 m 50, 
et celle du massif sablonneux de Moniat Tadjer, au nord, 
pourrait être évaluée à + i2 m 7o, autant de points qui ne 
seraient pas compris dans le tracé de la mer intérieure, bien 
qu'ils se trouvent dans la courbe zéro du nivellement Roudaire. 

Enfin, cette vaste plaine prend fin pour faire place au 
chott Saïal ; nous ne devons pas être bien loin du puits (bir) 
du même nom, mais ni Diab ni notre négro ne le con- 
naissent, et nous passons outre sans perdre notre temps à le 
chercher. Il nous reste assez de temps pour traverser le chott 
Saïal avant la nuit, et nous allons monter notre tente à 
quelques centaines de mètres de sa rive ouest. Vers le sud- 
ouest, s'avance dans le chott une presqu'île bizarrement 
découpée que nous avions laissée à notre gauche ; en allant 
relever son contour pendant les préparatifs du dîner, j'ai 
encore l'occasion de tuer deux vipères cornues : décidément, 
cette région est leur séjour de prédilection. 

Notre route d'aujourd'hui, d'Achana au bord ouest du 
chott Saïal, peut se décomposer ainsi : 

4.900 mètres faisant avec le nord un angle de 82 

— — 109 

122° 

— — 11 3° 30' 

— — IOO° 

— — I IO° 



5.400 


4.900 meti 


4.900 


3.200 — 


6.000 


6.000 — 


2.900 


2.600 — 


0.200 


1 0.000 — 


7.100 


7.000 — 




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DES ZIBANS AU DJERID 



133 



Notre camp de ce soir se trouverait donc par 108 au 
sud-ouest d'Achana, à 33 kilomètres 200 à vol d'oiseau, tandis 
qu'avec les sinuosités de la route, nous avons parcouru 
36 kilomètres 500. L'altitude du bord ouest du chott Saïal 
serait de + i m 8o. 



* 



z er avril. 

Chott Saïal. — El Aouina. 

C'est aujourd'hui que nous retrouverons, à El Aouina, la 
route, ou plutôt la piste qui, se détachant à Chegga de 
la route de Biskra à Touggourt, conduit à l'oued Souf. 
Il faut, du reste, que nous arrivions ce soir au puits, car 
tout le reste de notre provision d'eau a été donnée à nos 
bêtes hier soir et ce matin ; et encore, en admettant que nous 
arrivions au puits, y trouverons-nous de l'eau? Diab nous 
l'affirme, mais il y a si longtemps qu'il y est passé, que ses 
dires sont bien sujets à caution. 

Il a plu pendant une partie de la nuit, et le vent, qui 
avait cessé hier soir, reprend avec une nouvelle force ; mais 
nous l'aurons dans le dos, et ainsi nous ne recevrons pas dans 
les yeux le sable qu'il soulève en tourbillons et chasse devant 

lui : le ciel, toujours couvert de nuages, est d'un gris de 

17 



134 DES ZIBANS AU DJERID 



plomb : qu'arrivera-t-il si la pluie se met à tomber d'une 
façon continue avant que nous ayions achevé de traverser la 
série de chotts qui nous séparent de la route de l'oued Rhir 
à Biskra ? Serons-nous obligés de camper sur quelque émi- 
nence en attendant patiemment que la pluie cesse, que le 
terrain sèche et que la croûte saline des chotts redevienne 
solide ? Mieux vaut ne pas penser à cette éventualité. 

D'après la position d'El Aouina sur la carte Roudaire et 
sur celle au 1/800000 du Dépôt de la Guerre, il nous 
faudrait marcher aujourd'hui dans la direction ouest-sud- 
ouest. Mais notre négro nous conduit d'une façon absolu- 
ment fantaisiste ; obliquant trop vers le nord, il nous conduit 
droit vers l'extrémité sud-est du chott Melrir ; de fait, il 
nous fait traverser successivement les chotts Ouled, Oghab 
et Touan, ce qui nous éloigne de plus en plus de notre but. 
Du reste, à trois heures, il avoue lui-même ne plus s'y 
reconnaître, et n'être jamais allé à El Aouina même, mais 
être seulement venu dans la région. 

Nous voici donc marchant un peu à l'aventure, obliquant 
d'instinct vers le sud, lorsque nous voyons Diab lancer 
tout à coup son cheval au galop vers un petit taillis de 
broussailles, à quelques centaines de mètres : il a vu une 
forme blanche se glisser furtivement derrière, à notre 
approche, et ne veut pas manquer cette occasion de nous 
renseigner sur la route du puits ; il revient triomphalement 
vers nous avec son prisonnier, un rôdeur de la pire espèce, 
voleur de troupeaux ou de chameaux. 




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DES ZIBANS AU DJERID 135 



Avec Messaoud comme interprète, je m'efforce de lui 
arracher quelques renseignements sur la route à suivre : 

— « Connais-tu El Aouina ? » 

— « Oui, très bien. » 

— « Dans quelle direction est le puits? » 

Il tend le bras vers le sud-ouest, en ajoutant que ce 
n'est pas loin. 

— « Combien de temps faut-il pour y aller? » 

— « Je ne sais pas, mais ce n'est pas loin. » 

— « Conduis-nous jusqu'au puits ; lorsque nous y serons, 
nous te donnerons un cadeau. » 

— « Je ne peux pas vous conduire, je ne sais plus exac- 
tement où se trouve le puits. » 

— « Mais tu disais le connaître ? » 

— « Ce n'est pas El Aouina que je connais, mais Sif el 
Menadi, qui est par là », et il nous indique du bras une 
nouvelle direction beaucoup plus au sud ; redescendre 
jusque-là nous ferait perdre au moins une journée de 
marche ; du reste, notre provision d'eau est épuisée, El 
Aouina n'est pas loin, il faut que ce nomade nous y conduise. 

— « Tu nous as dit que tu connaissais El Aouina, tu vas 
nous y conduire. » 

— « Je ne sais pas au juste où est le puits. » 

— « Tant pis, tu nous accompagneras jusqu'à ce que 
nous soyions au puits ; arrange-toi pour que nous y arrivions 
le plus tôt possible. » 

— « Puisque je ne sais pas où c'est. » 



I36 DES ZIBANS AU DJERID 

— « Allons, marche devant nous, et, si tu cherches à te 
sauver ou à nous perdre, nous ne te manquerons pas », 
et, le fusil en travers de la selle, nous nous mettons, Diab 
et moi, de chaque côté de notre guide récalcitrant. 

— « C'est bien.... Puisque vous le voulez, je vous 
conduirai jusqu'au puits. » 

C'est curieux comme la crainte d'une balle, plus que la 
promesse même d'une récompense, ravive les facultés de la 
mémoire ; tout à l'heure il ne connaissait plus El Aouina, 
et maintenant il nous conduit droit dessus. Nous avions 
été beaucoup trop au nord, et nous avons fait un détour 
considérable; le puits était encore loin, et ce n'est qu'à 
six heures et demie que nous y arrivons : il est vrai 
qu'une heure avant d'y être, on aperçoit de loin un pylône 
de tôb, en forme de pyramide, qui se dresse sur une petite 
hauteur au sud-est du puits. Aussitôt après nous l'avoir 
signalé à l'horizon, notre guide involontaire voulait nous 
fausser compagnie, mais qui nous prouvait que c'était bien 
là le puits d'El Aouina ? Il lui a fallu nous conduire 
jusqu'au puits même, et bien nous en a pris, car son orifice, 
presque à fleur de terre, caché par des touffes de tamarins, 
est à plusieurs centaines de mètres du pylône : nous aurions 
perdu pas mal de temps encore à le chercher, tandis qu'il 
qu'il est allé droit dessus : tant était complète la façon 
dont il avait recouvré la mémoire. 

De notre camp du chott Saïal à El Aouina, nous avons 
parcouru : 




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DES ZIBANS AU DJERID 



137 



2.750 2.700 mètres, faisant avec le nord un angle de 62°3o' 

3.900 3.800 — — — 91*30' 

7.500 7.300 — — — — 41° 

1.750 1.700 — — — — 74030' 

2.600 2.600 — — — — 91 

3.300 3.300 — — — 1170 

7.300 6.900 — -— — — 155 

2.800 2.800 — — — — ii8°45' 

soit 31 kilomètres 900, tandis qu'en droite ligne, El Aouina 
n'était pas plus éloigné de 24 kilomètres. 

La nuit est déjà venue, car tous ces tours et détours dans 
la plaine nous ont pris beaucoup de temps; une pluie fine 
commence à tomber, ce qui donne à notre petit campement 
une note d'une tristesse indicible. Notre nomade, maintenant, 
veut attendre le jour pour aller rejoindre son douar, dit-il, 
et nous demande à passer la nuit près de nos tentes ; est-il 
bien prudent de garder près de nous, pendant toute une nuit, 
cet homme qui, certainement, ne doit pas avoir pour nous 
de très bons sentiments : la vengeance lui serait si facile : 
en un tour de main, il pourrait, au milieu de l'obscurité, 
délivrer nos bêtes de leurs entraves, les chasser devant lui, 
et nous nous réveillerions demain matin dans l'impossibilité 
de continuer notre route : par l'intermédiaire de Messaoud, 
je lui donne à choisir entre quitter immédiatement notre 
campement, ou passer la nuit sous la tente de Jean et de 
Messaoud, mais en restant, jusqu'au point du jour, attaché 



I38 DES ZIBANS AU DJERID 



au piquet de tente : sans s'étonner de cette méfiance à son 
égard, il accepte tranquillement d'être entravé pour la nuit; 
de cette façon, nous serons certains de ne pas avoir de 
Surprise désagréable demain matin. 



* 



3 avril. 

El Aouina. — Bordj Hameraia. 

Notre premier soin, ce matin, est de renvoyer nos deux 
guides : le négro qui est venu depuis le chott Achana 
s'en retourne content avec une pièce de cinq francs, du 
pain et des dattes; quant à l'autre, aussitôt détaché, il a filé 
sans demander de récompense pour la complaisance avec 
laquelle il remet dans la bonne voie les voyageurs égarés. 

Toute la nuit il a plu, et ce matin encore les averses se 
succèdent : nous sommes trempés, couverts de boue ; mais 
ce ne serait rien, si nous pouvions être sûrs que ces pluies 
ne nous rendront pas impossible la traversée des quelques 
chotts qui nous séparent de la route de l'oued Rhir. D'ici 
nous pouvons aller la rejoindre en deux points. Soit à 
Mraïer, en contournant au sud le chott Merouan et ses 
dépendances, soit à Chegga, en traversant la presqu'île de 






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DES ZIBANS AU DJERID I39 

Stah Hameraia et en longeant le côté ouest du chott Melrir. 
Par Mraïer, El Ourir, Kef el Dohr et Chegga, le retour serait 
allongé de deux jours environ, mais, dès notre arrivée à 
Mraïer, nous aurions la facilité de renouveler nos provisions 
chez l'Européen qui tient une petite auberge en même temps 
que le relai du courrier de Biskra à Touggourt ; par Hameraia 
et Mguebra, nous n'aurons aucune de ces facilités, mais 
la route est plus courte, et en même temps plus intéressante 
pour moi qui ai déjà, il y a deux ans, parcouru celle de 
Mraïer à Biskra, mais en sens inverse. 

Entre deux ondées, je vais jusqu'au puits, pataugeant 
dans une boue brune, épaisse et gluante : l'orifice, ovale, 
peut mesurer, dans ses deux diamètres, i m 6o et 2 m ; 
une margelle en pierre, haute de o m 65, l'entoure; au- 
dessous du niveau du sol, le puits n'est pas coffré ; il s'élargit 
fortement, ce qui lui permet de contenir une quantité 
d'eau assez considérable, malgré son peu de profondeur, 
2 m 50 au plus; l'eau est saumâtre et ne peut guère être 
bue que par les animaux, ou par les indigènes qui y sont 
habitués; de chaque côté du puits se voient les restes de 
deux petits abreuvoirs en pierre, entièrement hors de service 
actuellement. 

Du pylône d'El Aouina, on aperçoit à l'horizon, vers le 
sud, le pylône suivant de la route du Souf, à Sif el Menadi, 
dans une direction faisant, du côté ouest, un angle de 178 
avec la ligne nord-sud; vers le nord-nord-ouest, par un angle 
de 23 , se trouve le pylône indiquant la route d'Hameraia : 



I40 DES ZIKANS AU DJERID 

cette route de l'oued Souf se trouve donc être jalonnée par 
ces pylônes, visibles de l'un à l'autre, de telle sorte qu'il soit 
impossible aux caravanes d'aller s'embourber et de se perdre 
dans les boues du chott Bedjeloud. 

Nos deux guides d'hier nous ont dit qu'à Hameraia se 
trouvaient un bordj et une source, mais ne font-ils pas erreur 
ou les avons-nous bien compris? Ils prétendaient bien, hier 
matin, qu'il existait un bordj à El Aouina, et, à part le 
pylône, il n'y a guère que des touffes de broussailles : du 
reste, il est probable que le bordj d'Hameraia, s'il existait, 
serait porté sur la carte du service géographique de l'armée, 
tandis que l'on n'y voit ni bordj, ni source, ni indication 
quelconque. 

Vers onze heures, la pluie veut bien cesser : vite nous 
replions tout notre bagage ; nos bêtes reçoivent chacune leur 
chargement, et nous voici en route vers le nord, longeant le 
bord est du chott Bedjeloud qui s'étend à perte de vue sur 
notre gauche : ce bord est assez découpé, et nous traversons 
ces différents petits golfes avec assez de peine : leur surface 
est devenue presque liquide à la suite des pluies de la nuit 
dernière, et nous pataugeons affreusement dans cette boue 
épaisse, à plusieurs reprises, avant d'arriver au premier pylône 
qui se dresse sur la partie sud du plateau de Stah Hameraia; 
un deuxième pylône nous indique la nouvelle direction à 
suivre ; en y arrivant, nous apercevons dans le lointain, sur 
une éminence, une grande construction carrée, le bordj d'Ha- 
meraia ; cette vue nous redonne des jambes, comme l'on dit 




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DES ZIBANS AU DJERID 



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vulgairement, et, une heure après, nous faisons notre entrée 
dans le bordj. 

Les bâtiments du bordj, ainsi que le pylône qui le signale 
de loin à l'attention des voyageurs, se dressent sur le bord 
du plateau d'Hameraia, et dominent le chott Bedjeloud : 
construit en mars 1886, ainsi que l'indique une inscription 
à la chaux, il est confié à la garde d'un arabe qui, avec sa 
petite famille, est seul à habiter ce pays; entre le bordj et le 
chott, dans un bas-fonds arrosé par les eaux qui s'écoulent 
de la source d'Hameraia, ont été plantés de jeunes palmiers 
qui forment là comme le début d'une oasis future. 

C'est en dehors du bordj, un peu au-dessous, que se 
trouve la source ; l'eau est assez abondante, fraîche, mais 
légèrement salée; nos bêtes sont cependant bien heureuses 
de la trouver, surtout après celle du puits d'El Aouina ; nous 
trouvons aussi au bordj un peu d'orge en herbe, véritable 
rareté pour le pays ; une vieille poule, des œufs et du lait de 
brebis composeront notre menu pour ce soir, et nous feront 
oublier les quelques jours de jeûne et d'abstinence que nous 
avons eu depuis Nefta. 

Nous n'avons pas fait beaucoup de chemin aujourd'hui ; 
un peu plus de 15 kilomètres qui peuvent se répartir ainsi : 



1.600 mètres faisant avec la direction nord-sud un angle de 5°3o' 
4.600 — — — — 37°3o' 

4.000 — — — — 44 

5.200 — — — 74°3°' 



I42 DES ZIBANS AU DJERID 



Ce qui place le bordj d'Hameraia à 15 kilomètres 400 par 
la route et à 14 kilomètres 300 en ligne droite, au nord- 
ouest d'El Aouina. 



* 



} avril. 

Bordj Hameraia. — Bordj Mguebra. 

Notre étape d'aujourd'hui nous conduira à Oglat Mgue- 
bra, sur l'oued Itel, à l'ouest du chott Melrir; le 
gardien du bordj d'Hameraia nous annonce qu'il s'y trouve 
un bordj semblable à celui-ci : il n'y a cependant rien de 
porté sur la carte, en dehors des seuls mots :' Oglat 
Mguebra. 

Du bordj Hameraia au bordj Mguebra, la route est 
facile : elle traverse le vaste plateau de Stah Hameraia et 
sa direction est assurée par deux pylônes; le premier, au 
centre du plateau, le second dans cette falaise appelée Kef 
el Debb, à l'endroit où le plateau s'abaisse brusquement pour 
faire place au détroit, El Bouib, qui réunit le chott Mérouan 
au chott Melrir ; de ce second pylône, on aperçoit au loin 
Mguebra, et, plus à gauche, dans le lointain, sur les hauteurs 
de Kef el Dohr, ou Koudiat ed Dour, le poste optique cor- 
respondant au sud avec Ourlana et Touggourt, au nord avec 




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DES ZIBANS AU DJERID I43 

l'Ahmar Ghraddou et Biskra ; du bordj Hameraia à El Bouib, 
la route est absolument rectiligne : les deux pylônes et le 
bordj déterminent une ligne droite de plus de 19 kilomètres, 
coupant le plateau d'Hameraia du sud-est au nord-est. 

La traversée du détroit El Bouib se fit sans difficulté : 
la surface était assez résistante pour ne pas céder sous nos 
pas, et nous n'eûmes pas à faire connaissance avec les boues 
du Melrir. Jusqu'à Mguebra, la route est sablonneuse et le 
terrain légèrement mamelonné ; nous marchons droit vers le 
bordj que nous avons devant nous; mais, au dernier moment, 
nous sommes sur le point d'être arrêtés par l'oued Itel. Les 
pluies des jours derniers ont déterminé une crue ; l'eau, bien 
que peu profonde, a enlevé au lit de l'oued toute consistance, 
et nous y enfonçons profondément; enfin, nous nous tirons 
de ce mauvais pas, mais nos chameaux refusent énergiquement 
de s'engager dans la boue, et Mohamed est obligé de remonter 
l'o.ued vers l'ouest pour trouver un passage plus solide ; il nous 
rejoint quelque temps après au bordj de Mguebra. 

C'est une grande construction carrée, élevée sur une 
légère éminence, au bord même de l'oued Itel ; dans le lit 
même de l'oued, deux puits à margelle de pierre fournissent 
de l'eau saumâtre au gardien du bordj, un arabe qui élève 
quelques poules et des chèvres pour le besoin des troupes 
au moment de leur aller dans l'oued Souf ou de leur retour. 

Nous voici bien près, ici, de la route parcourue par le 
courrier qui, tous les deux jours, va de Biskra à Touggourt ; 
à peine y aurait-il 8 kilomètres pour aller la retrouver au plus 



144 DES ZIBANS AU DJERID 

près, droit vers l'ouest ; demain, nous la rejoindrons à Chegga, 
et, 51 kilomètres après, nous rentrerons à Biskra. Cependant, 
la position relative des bordjs, peu éloignés les uns des 
autres, règlent la longueur de nos étapes; ainsi, d'Hameraia 
à Mguebra, il y a une distance de 30 kilomètres 400 mètres, 
avec les directions suivantes : 

10.400 mètres faisant avec la ligne nord-sud un angle de 38 , 
7.800 — — — — 38 , 

12.200 — — — — 64°3o' 

soit donc une direction générale de 49 . 



4 avril. 

Bordj Mguebra. — Biskra. 

A sept heures, nous quittons Mguebra avec l'intention de 
déjeuner à Chegga et de coucher à Saada; la route 
suit, à une certaine distance, la rive du chott Melrir, que 
nous voyons s'étendre au loin sur la droite, et nous traversons 
le lit de nombreux petits oueds qui vont se jeter dans le choit. 
Arrivés près de l'oued Melah, nous le remontons sur sa rive 
droite, jusqu'à Chegga même. Mais, avant d'être au bordj, il 
faut traverser l'oued ; il est inondé, et plus d'une fois nous 






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DES ZIBANS AU DJERID 145 

manquons de rester embourbés ; enfin, à midi, nous nous 
asseyons à l'ombre des quelques palmiers de Chegga, les 
premiers que nous voyons depuis Nefta ; le bordj, que j'avais 
trouvé presque en ruines il y a deux ans, est réparé ; deux 
puits artésiens jaillissant ont un débit suffisant, l'un pour les 
besoins du bordj, l'autre pour les quelques jardins de palmiers 
qui l'entourent. 

De Chegga à Saada, la route est celle parcourue par le 
courrier de Biskra à Touggourt ; il n'est donc utile ni de la 
relever ni de la décrire ; de Chegga, que nous quittons vers 
deux heures, nous remontons au puits Djeraïer ou Djeffer, 
à 11 kilomètres au nord; eau fraîche et bonne. A 12 kilo- 
mètres 450, le bordj Saada, ou Tahir Rassou, sur une hauteur 
qui domine la rive droite de l'oued Djdi; nous y arrivons 
à six heures ; mais le temps est couvert, il commence à 
pleuvoir, et il fait presque nuit lorsque nous avons fini de 
dîner : des œufs durs, du lait et une boîte de sardines. Biskra 
est à 28 kilomètres seulement ; si nous y allions dès ce soir ? 
En partant de suite, nous arriverions vers minuit, ce qui est 
une heure raisonnable, et nous aurions la joie de coucher 
dans des draps. L'oued Djdi est, paraît-il, débordé sur une 
longueur de 6 kilomètres, et Diab ne veut pas se charger de 
nous conduire, pendant la nuit, dans une plaine inondée ; 
nous trouvons au bordj même un Arabe qui nous servira de 
guide, et nous voici dans la plaine, au milieu de l'obscurité, 
nos bêtes ayant de l'eau parfois jusqu'au poitrail ; nos chameaux, 
eux, sont restés à Saada ; ils nous rejoindront dès que les eaux 



I46 DES ZIBANS AU DJERID 

auront baissé ; pendant plus de deux heures, nous avançons 
lentement dans la plaine couverte d'eau ; nos chevaux, nos 
mulets buttent à chaque pas, et souvent tombent dans quelque 
trou ; on se relève, on se secoue, on tire sa monture du trou 
où elle a glissé et l'on se remet en selle ; lorsqu'on y a passé 
cinq ou six fois, on n'y fait plus attention. Voilà maintenant 
la pluie qui se met de la partie, une pluie glacée que le vent 
nous lance au visage ; nous sommes tous gelés, brisés de 
fatigue, immobiles sur nos montures que nous laissons aller 
au hasard ; nous avançons si lentement que c'est à se demander 
si nous arriverons avant le jour. . . Enfin, après d'interminables 
heures, nous atteignons les premiers palmiers de Biskra, mais 
notre patience est encore soumise à une longue épreuve : 
nous avons l'oasis à traverser dans toute sa longueur, et Dieu 
sait s'ils nous ont paru longs, ces sentiers zigzaguant entre les 
jardins et bordés de séguias dans lesquelles nous glissions 
parfois, trébuchant dans l'obscurité, la pluie tombant toujours, 
fine, serrée et froide. 

Dire notre lassitude, notre harrassement en arrivant à 
X Hôtel du Sahara, à trois heures du matin, c'est impossible ; 
nous n'avions plus conscience de nous-mêmes, et tout ce que 
nous pûmes faire, ce fut de nous laisser glisser de nos montures 
pour aller nous étendre sur nos lits. 



* 



DES ZIBANS AU DJERID 147 



Rentrés à Biskra un mois, jour pour jour, après notre 
départ, grâce à notre dernière étape de 75 kilomètres, 
nous avons eu largement le temps d'accomplir l'itinéraire que 
nous nous étions proposés de suivre, sans aucun accident de 
route. De Nefta à l'oued Rhir, notre route a coupé succes- 
sivement tous les chotts, dont un certain nombre n'avaient 
été placés sur la carte Roudaire que par renseignements ; de 
plus, il m'a été permis de me rendre compte par moi-même 
que beaucoup de points compris, d'après le nivellement 
Roudaire, à Yintérieur de la courbe zéro, sont, au contraire, 
au-dessus du niveau de la mer, tels que l'areg Debabia, 
Moniat Tadjer, Dra el Meguidem, Stah Hameraia, etc. 

Enfin, chose plus importante peut-être, c'est la preuve que 
nous rapportons de l'entière sécurité de nos possessions Sud- 
Algériennes ; en 1890 déjà, j'avais fait le trajet Biskra, 
Touggourt, Ouargla, le Mzab et Laghouat, accompagné d'un 
domestique français et de trois muletiers ; cette année, nous 
avons traversé, sans escorte, une région qui, aux yeux de bien 
des personnes, et de l'avis même des consuls français au 
Djerid, passe pour être infestée de voleurs ; jamais nous 
n'avons été plus en sécurité que dans l'extrême Sud ; puisse 
cette assurance convaincre tous ceux qui se représentent le 
désert sillonné de brigands passant leur temps à razzier des 
douars ou des caravanes ; puisse surtout cette assurance 
amener les Français à visiter ces plaines immenses, ces 
solitudes sans bornes, ces oasis enchanteresses ; comme tous 



I48 DES ZIBANS AU DJERID 

ceux qui, une fois, ont mis le pied sur cette belle terre 
d'Afrique (je ne parle pas de la côte d'Algérie, que l'on 
confondrait avec nos côtes de Provence), ils seront subjugués 
par ces pays étranges, où l'on se sent vivre réellement, au 
milieu de larges, horizons, hors de toutes les conventions 
sociales ; ils trouveront, à les parcourir, un charme infini 
et profond, les quitteront avec regret et y retourneront 
certainement avec joie, comme attirés par un aimant puissant 
et mystérieux. 






W: 



FLORE SOMMAIRE 



ET 



APERÇU CONCHYOLOGIQUE 



DE LA REGION DES 



CHOTTS ALGÉRIENS 



19 



FLORE SOMMAIRE 



DE LA RÉGION DES 



CHOTTS ALGERIENS 



Après ce récit de voyage à travers les Chotts Algériens, il nous a paru intéres- 
sant d'y joindre une Nomenclature sommaire des plantes de la région, recueillies 
soit par les membres des différentes missions officielles (0, soit par nous-mêmes 
pendant ce dernier voyage. 



Renonculacées. 

Ranunculus muricatus, L. 
Nigella sativa, L. 

Papavéracées. 

Hypecoum Geslini, Coss. et Kral. 

Fumariacées. 

Fumaria capreolata, L., var. Bas- 
tardi. 

Crucifères. 

Eruca sativa, var. Stenocarpa, 

Boiss. et Reut. 
Brassica râpa, L. 



Brassica Cyrata, Desf. 

Moricandia sufraticosa, Coss. et 

D. R. 
Moricandia cinerea, Coss. 
Diplotaxis pendula, D. C. 
Maholmia JEgyptiaca, Spreng. , 

var. Longisliqita, Coss. et D. R. 
Loncophora Capiomontiana, D. R. 
Sisymbrium Irio, L. 
Farsetia JEgyptiaca, Turr. 
Nasturtium coronopifolium, D. C. 
Capsella procumbens, Fries. 

Capparidées. 

Chôme Arabica, L. 
Capparis spinosa, L. 



(i) D r André, rapport du C Roudaire, Archives des Missions scientifiques et littéraires, 3 e série, t. VIL 



152 



DES ZIBANS AU DJERID 



Cistinées. 

Helianthemum Tunetanum, Coss. et 

Kral. 

— sessiliflorum, Pers. 

— sessiliflorum, Pers., 

var. ellipticum. 

— virgatum Pers. 

Résédacées. 

Reseda propinqua, R. Br. 

— lutea, L. 

— stricta, Pers. 

— Alphonsi, Muell. Argov. 

Frankeniacées. 

Franhenia pulverulenta, L. 

— tbymifolia, Desf. 

Cary ophy liées. 

Silène rubella, L. 

— inflata, Sm. 
Spergularia média, Pers'. 

— diandra, Heldr. 
Slellaria média, S m. 

Malvacées 

Malva sylvestris, L. 

— microcarpa, Desf. 

Géraniacées. 

Erodium glaucopbyllum, Ait. 

— hirtum, Willd. 



Erodium Malacoides, Willd. 
Gossypium herbaceum, L. 

Zygophyllées. 

Fagonia cretica, L. 

— glutinosa, Delile. 

— virens, Coss. 
Zygophyllum album, L. 

Rutacées. 

Peganum harmala, L. 
Halophyllum tuberculalum, de Jussieu 

Térébinthacées. 

Rhus dioica, Willd. 

Légumineuses. 

Rétama Rœtam, Webb. 
Calycotome intermedia, Boiss. 
Onomis angustissima, Lmk. 
Anthyllis iragacanthoides, Desf. 
Medicago sativa L. 

— denticulata, Willd. 

— tribuloides, Lmk. 

— laciniata, Ail. 
Trigonella stellata, Forsk. 

— Azgyptiaca, Poiret. * 
Melilotus parviflora Desf. 

— elegans, Salzm. 

— messanensis, Desf. 
Lotus corniculatus, L., var. tenuis. 

— hosackoides, Coss. 



DES ZIBANS AU DJERID 



153 



Lotus creticus, L. 
Astragalus hamosus, L. 

— kralikianus, Coss. 
Vicia calcarata, Desf., var. angus- 

îifolia. 
Vicia calcarata, Desf. 
Scorpiurus sulcata, L. 
Hippocrepis hicontorta, Loizel. 
Hedysarum carnosum, Desf. 
Psoralca bituminosa, L. 

Tamariscinées. 

Tamarix Gallica L. 

— pauciovulata, J. Gay. 

— bounopœa, J. Gay. 

Cucurbitacées. 

Cucumis Colocynthis, L. 
Bryonia dioica, L., var. Acuta. 

Portulacées. 

Portulaca okracea, L. 

Crassulacées. 

Umbilicus horizontal 'is, Guss. 

Paronychiées. 

Paronychia Cassoniana, J. Gay. 
Herniaria fruticosa, L. 
Pterantbus echinatus, Desf. 
Gymnocarpus decandrus, Forsk. 



Ficoïdées. 

Mesembryanthemum nodiflorum, L. 
Reaumuria vtrmiculata, L. 
Nitraria tridentata, Desf. 

Ombellifères. 

Deverra scoparia, Coss. et D. R. 
Coriandruui selivum, L. 
Torilis nodosa, Gœrtn. 
Bupleurum semicompositum , L. 
Helosciadium nodiflorum, Koch. 
Apium graveolens, L. 
Scandia Pecten-Veneris, L. 
Car uni incrassatum, Boiss. 
Anethum graveolens, L. 

Rubiacées. 

Ruina tinctorum, L. 
Galium tricorne, Wither. 
A- saccharatum, Ail. 
Sherardia arvensis, L. 

Composées. 

Collctia chrysochomoides, Coss. 
Phagnalon saxatile, D. C. 
Rantherium suavcolens, Desf. 
/?////# viscosa, Ait. 
Asteriscus pygmaus, Coss. et D. 

R. 
Pallenis spinosa, Coss. 
Ambrosia mariiima, L. 
Anthémis pedunculata, Desf. 



154 



DES ZIBANS AU DJERID 



Pyrethrutn fuscatum, Willd. 

— trifurcatum, Willd. 
Chrysanthemum coronarium, L. 
Chlamydopbora pubescens, Coss. et 

D. R. 
Arlemisia herba alba, Asso. 
Filago spatbulata, Presl. 
Senccio coronopijolius, Desf. 
Calendula stcllata, Cav., var. Hyme- 

nocarpa. 
Atractylis cancellata, L. 

— citrina, Coss. et Kral. 

— microcephala , Coss. et 

Dur. 
Amberboa Lippii, D. C. 
Centaurea Delilei, Godr. 

— Apula, Lmk. 

. — dimorpha, Viv. 
Carduncellus eriocephalus, Boiss. 
Kalpinia linearis, Pall. 
Kalbfuma Satynanni, Sch. Bip. 
Spit^elia Sahara, Coss. et Kral. 
JEthœrrhixa bulbosa, Coss. 
Picridium tingitamim, Desf. 
Zollikoferia resedifolia, Coss. 
Sonchus chondrilloïdes, Desf. 

— oleraceus, L. 

— maritimus, L. 

— divaricalus, Desf. 

Primulacées. 

Corn Monspeliensis , L. 
Anagallis Arvensis L. 
Samolus Valerandi, L. 



Asclépiadées. 

Periploca anguslifolia, Labill. 
Dœmia cordât a, R. Br. 

Convolvulacées. 

Convolvulus altheoides, L. 
— arvensis, L. 

Borraginées. 

Echium humile, Desf. 

— marihmum, Willd. 
Echiochilum jruticosum, Desf. 
Nonnea phaneranîhera, Viv. 
Anchnsa hispida, Fosk. 
Lithospermum callosum, Vahl. 

Solanées. 

Lycium méditer r an eum, Dunal. 
Solanum villosum, Lmk. 

— nigrum, L., var. Suffruti- 

cosum, Schousb. 
Hyocyamus albus, L. 

Scrofularinées. 

CW.r?'a laciniata, Poir. 
Linaria laxiflora, Desf. 
Linaria fruticosa, Desf. 
Anarrhinum brevifolium, Coss. et 

Kral. 
Scrofularia Deserti, Delile. 



DES ZIBANS AU DJERID 



155 



Orobranchées. 

Phelipea violacea, Desf. 

— lutea, Desf. 

Labiées. 

Lavandula multifida, L. •» 

Thymus hirlus, Willd. 

— capital us, Link et Hoffm. 
Salvia lanigera, Desf. 

— verbenaca, L. 
Ballota hirsuta, Benth. 
Teneriwn polium, L. 
Zapanea nodiflora, Rich. 

Globulariées. 

Glohularia Alypum, L. 

Plombaginées. 

Statice globulariœfolia, Desf. 

— pruinosa, L. 

Plantaginées. 

Plantago major, L. 

— lagopus, L. 

— coronopus, L. 

— Psyllium, L. 

— Amplexicaulis, Cav. 

— maritima, Link. 

— albicans, L. 

Salsolacées. 

Chenopodium murale, L. 



Atriplex Halineus, L. 

— dimorphostogia , Kar. et 

Kir. 

— hastata, L. 
Echinopsilon muricalus, Mop.-Tand. 
Arthrocnemium fruticosum, Moq.- 

Tand. var. 
Suœda vermiculata, Forsk. 
Traganum nudalum, Delile. 
Salsola longifolia, Forsk. 
Anabasis articulala, Moq.-Tand. 

Thyméléacées. 
Passerina hitsura, L. 

Polygonées. 

Rumex pulcher, L. 
Calligonum comosum, l'Hérit. 
Rumex roseus, Campd. 
Emex spinosa, Campd. 
Polygonum equisetijorme, Sibth. et 
Sm. 

Euphorbiacées. 

Andrachne telephioides, L. 
Mercurialis annua, L. 
Euphorbia Par alias, L. 

— Guyoniana , Boiss. et 

Reut. 

— falcata, L. 

— cornuta, Pers. 

— glebulosa, Coss. etD.R. 

— helioscopia, L. 



156 



DES ZIBANS AU DJERID 



Urticae. 

Forskoplea tenacissima, L. 
Parietaria officinalis, L., var. diffusa. 

Balanophorées. 
Cynomorîum coccineum, L. 

Conifères. 

Ephedra fr agi lis, Desf. 

Liliacées. 

Urginea undulata, Steinh. 
Scilla villosa, Desf. 
Al Hum roseum, L. 
Uropetahtm scrolinum, Gawl. 
Asphodelus tcnuifolius, Cav. 

Smilacées. 
Asparagus horridus, L. 

Iridées. 

Gladiolus Ludovicœ, Jan. 

Juncées. 

Juncus maritimus, Link. 

Cypéracées. 

Cyperus conglomeraius, var. Eflusus, 
Rottb. 

— lœvigatus, L v var. Dista- 

chyus. 

— junciformis, Desf. 



Graminées. 

Lygoum sparlum, Lœfl. 
Phalaris minor, Retz. 
Pennisclum ciliare, Link. 
Imperata cylindrica, P. B. 
Andropogon laniger, Desf. 
Agrostis verticilata, Vitt. 
Polypogon Monspelicnsis , Desf. 
Stipa tortilis, Desf. 
Arthratherum pungens, P. B. 
Arthrathcrum obtusum, Nées. 
Cynodon Dactylon, Rich. 
Avena sterilis, L. 
— barbata, Brot. 
Trisctum pumilum, Kunth. 
Kœleria phleoldes, Pers. 
Phragmites communis, Trin., var. 

Isiaca. 
Sphenopus divaricaius, Rehb. 
Bromus madritensis, L. 

— macrostachys , Delile. 

— rubens, L. 

Lolium perenne, L., var. multiflo- 

rum. 
Hordeum murinum, L. 

— vulgare, L. 
Triticum durum , Desf. (forma 

nutica). 
Azluropus littoralis, Parlât., var. 

Repens, Desf. 

Fougères. 

Cheilantes odora, Sw. 
Adianthum Capellus-Veneris, L. 



LISTE DES COQUILLES 



RECUEILLIES DANS LA 



RÉGION DES CHOTTS 



LISTE DES COQUILLES 



RECUEILLIES DANS LA 



REGION DES CHOTTS 



COQUILLES TERRESTRES & FLUVIATILES 



Leucochroa candidisshna, Moquin-Tandon 

— — var. pcrforata 

— Bœtica, Rossmassler 
Hélix aperta, Born 

— nucula, Parreys 

— mrfanostoma, Draparnaud 

— vermiculata, Mûller 

— — var. minor. 

— soluta, Michaud 

— Constantînœ, Forbes 

— ■ Ehreribergi, Bourguignat 

— — var. Chilembia 

— lenticula, Férussac 

— Fîeurati, Bourguignat 

— malaspinœ, Bourguignat 

— pitlchcUa, Mûller 

— conspurcata, Draparnaud 

— Geryvillensis, Bourguignat 

— Durieui, Moquin-Tandon 



(subfossile). 

(subfossile). 

(subfossile). 

(subfossile). 

(vivant). 

(subfossile). 

(subfossile). 

(subfossile). 

(subfossile). 

(subfossile). 

(subfossile). 

(vivant). 

(subfoss. et viv.). 

(subfossile). 

(vivant). 

(subfossile). 

(vivant). 

(vivant). 

(subfossile). 



i6o 



DES ZIBANS AU DJERID 



Hélix lauta, Lowe 

— — var. alba 

— rufolabris, Benoît 

— cretica, Férussac 

— cuphorca, Bourguignat 

— Pisana, Mùller 

— — var. viinor 

— subroslrata, Férussac 

— pyramidala, Draparnaud 

— - cespitum, var. Draparnaud 

— Wœrnieriana, Bourguiguat 

— Lacosteana, L. Morlet 

— acuta, Mùller 
Bidimus decollatus, Bruguière 
Ferussacia charopia, Bourguignat 

— procerula, Bourguignat 
Alexia Algerica, Bourguignat 

— Firmini, Payraudeau 

— Micheli, Mittre 

— bidentala, Montagu 
Planorbis s ubangu lattis, Philippi 
Truncaîella truncatula, Draparnaud 
Acme Letourneuxi, Bourguignat 
Hydrobia Peraudieri, Bourguignat 

— acerosa, Bourguignat 

— arcnaria, Bourguignat 

— Duveyrieri, Bourguignat 
Amnicola similis, Draparnaud 

■ — Dupoteiiana, Forbes 

— pycnohna, Bourguignat 
Melania iuberculata, Mùller 

— — var. maxima 
Melanopsis Maroccana, Chemnitz 

— — var. Saharien, Bourg. 

— cariosa, Linné 



(subfoss. et viv.). 

(subfossile). 

(subfossile). 

(subfossile). 

(subfossile). 

(subfoss. et viv.). 

(subfoss. et viv.). 

(vivant). 

(subfoss. et viv.). 

(vivant). 

(vivant). 

(subfossile). 

(vivant). 

(subfossile). 

(subfossile). 

(vivant). 

(subfoss. et viv.). 

(subfossile). 

(vivant). 

(vivant). 

(subfossile). 

(subfoss. et viv.). 

(vivant). 

(subfoss. et viv.). 

(vivant) . 

(vivant). 

(vivant). 

(subfossile). 

(subfoss. et viv."). 

(vivant). 

(subfoss. et viv.). 

(subfossile). 

(vivant). 

(vivant). 



DES ZIBANS AU DJERID 



161 



Mclanopsis cariosa, var. Sevillensis, Grateloup (vivant). 
— Tunetana, L. Morlet (vivant). 

Neritina fluviatilis, Lamarck (subfossile). 



COQUILLES MARINES 



Murex truncidiis, Linné 
Cardhim eduk, Linné 

— — var. soltda, Tournouèr 

— — var. fragile, Tournouèr 

— — var. minor. Tournouèr 
Poronia rubra, Montagu 
Pectunculus violacescens , Lamark 
Ostrea edulis, Linné 

Arca rhomhea, Boni. 
Triton Olearion, Linné. 
Cyprea moneta, Linné. 
Conus mediterraneus, Bruguière. 
Massa Gibbosula, Linné. 
Pecten Jacobeus, Linné. 



(subfossile). 

(subfossile). 

(subfossile). 

(subfossile). 

(subfossile). 

(vivant). 

(subfoss. et viv.). 

(subfossile). 



OBSERVATIONS 



MÉTÉOROLOGIQUES 



OBSERVATIONS 



METEOROLOGIQUES 



DATE 




POSITIONS 


TUERHOHÈTRI! 


I 


== 


VENT 


ÉTAT 






^ . 


LOCALITÉS 


, — — ^,- . 


. — ,^_ 





g 


g 


„ 




MOIS 


JOUR 


HEURE 




LAT1T. 


LONGIT. 


OMBRE 


SOLEIL 


in 
748 


= 


FORCE 


Tenant du 


DU CIEL 


Mars. 


6 


4 h s. 


Sidi Okba. 


34°43' 


3°3S' 


22° 


29 


66 


faible. 


N-N-O. 


lég'couv. 


— 


— 


II s. 


— 


— 


— 


l8° 


» 


747 


65 


moyen. 


N.-O. 


clair. 


— 


7 


6 m. 


— 


— 


— 


[8° 


» 


7)° 


68 


fort. 


N. 


nuageux. 


— 


— 


1 s. 


Aïn Naga. 


34°40' 


3°47' 


27 


39° 


746 


62 


fort. 


N. 


lég' couv. 


— 


— 


6 s. 


— 


— 


— 


20° 


» 


752 


64 


faible. 


N. 


clair. 


— 


8 


6 m. 


— 


— 


— 


i6° 


» 


756 


65 


moyen. 


N-N-O. 


nuageux. 


— 


— 


1 s. 


Oued Haguet. 


34"4° > 


3°59' 


30 


410 


745 


62 


moyen. 


N.-E. 


lég' couv. 


— 


— 


6 s. 


Zeribet El Oued 


34°4i' 


4°n' 


2 2° 


» 


750 


64 


ass. fort 


N.-E. 


clair. 


— 


9 


8 m. 


— 


— 


— 


150 


25 


75 1 


63 


léger. 


N.-E. 


lég'couv. 


— 


— 


1 s. 


— 


— 


— 


26° 


32° 


75° 


64 


léger. 


N-N-E. 


clair. 


— 


— 


6 s. 


— 


— 


— 


I9 


» 


749 


63 


nul. 


» 


clair. 


— 


— 


10 s. 


— 


— 


— 


l8° 


» 


748 


60 


léger. 


E. 


clair. 


— 


10 


7 m. 


— 


— 


— 


18° 


22° 


7 4 8 


61 


nul. 


» 


lég'couv. 


— 


— 


10 m. 


— 


— 


— 


22° 


28" 


746 


60 


léger. 


N. 


couvert. 


— 


— 


1 s. 


— 


— 


— 


2 7 


340 


74i 


58 


tr.léger 


N.-E. 


orageux. 


— 


— 


6 s. 


Zéribet Abmed. 


34°4°' 


4°2l' 


22° 


» 


745 


60 


tr. fort. 


N. 


clair. 


— 


— 


9 s. 


— 


— 


— 


18" 


» 


747 


59 


bourr. 


N. 


clair. 


— 


ii 


6 m. 


— 


— 


— 


18 


)) 


75 5 


60 


léger. 


N. 


couvert. 


- 


— 


11 m. 


Oued Ouazern. 


34-36' 


4" 3 6' 


23° 


30° 


758 


59 


léger. 


E. 


clair. 


— 


— 


1 s. 


— 


— 


— 


24 


3 I" 


747 


57 


nul. 


» 


clair. 


— 


— 


6 s. 


Taddart. 


34032' 


4042' 


19 


)) 


753 


58 


léger. 


N.-O. 


lég'couv. 


— 


— 


10 s. 


— 


— 


— 


16" 


1) 


752 


60 


moyen. 


N.-O. 


clair. 


~ 


12 


7 m. 


Oued Si Abdallah. 


34°3 2 ' 


4°5 1 ' 


18° 


2 2° 


755 


61 


moyen. 


N.-O. 


lég'couv. 


— 


— 


9 m. 


Ferkane. 


34032' 


5°7' 


I 9 ° 


2 4 


757 


62 


faible. 


N-N-O. 


très lég'couv. 


— 


— 


1 s. 


— 


— 


— 


22° 


310 


754 


60 


nul. 


» 


clair. 


— 


— 


6 s. 


— 


— 


— 


20° 


)) 


737 


62 


faible. 


E. 


clair. 


— 


*3 


9 m. 


— 


— 


— 


20° 


29° 


736 


62 


léger. 


N.-O. 


nuageux. 


— 


— 


2 s. 


— 


— 


— 


24 


33° 


737 


61 


léger. 


N-N-O. 


nuageux. 


— 


— 


6 s. 


— 


— 


— 


I9 


» 


736 


60 


fort. 


N-N-O. 


nuageux. 



(1) Le baromètre ayant subi plusieurs chocs pendant le cours du voyage, 11 se peut que quelques-unes des 
observations barométriques soient erronées; toutes les précautions ont été prises, cependant, pour réduire 
l'erreur, si elle existe, à son minimum. 



i66 



DES ZIBANS AU DJERID 



DATE 




POSITION 


TIIF.HÏOHTRI 


S 


ce 


VENT 


ÉTAT 


.- — —»> — 




LOCALITÉS 


«_ 




— »~-. 


-^ — ., 


S 


s 


,- — «_~-^ — - 




non 


ror/H 


BIUBl 




LATIT. 


Louorr. 


OMBBB 


SOLBL 


736 




l'OUCK 


trnanl il 11 


DU CIEL 


Mars. 


M 


8">m. 


Ferkane. 


34» 3 2' 


5°7' 


20" 


25° 


62 


as. fort. 


N. 


lég* coiiv. 


— 


— 


I s. 


— 


— 


— 


23" 


31» 


733 


6l 


fort. 


N-X-O. 


clair. 


— 


— 


6 s. 


— 


— 


— 


l8° 


» 


735 


60 


fort. 


N.-O. 


clair. 


— 


15 


7 m. 


— 


— 


— 


16° 


20° 


73« 


6l 


moyen. 


O. 


nuageux. 


— 


— 


2 s. 


— 


— 


— 


2 6° 


33° 


734 


62 


léger. 


N.-O. 


lég' couv. 


— 


— 


4 s. 


— 


— 


— 


23" 


28° 


735 


60 


tr.léger 


N.-O. 


clair. 


— 


— 


6 s. 


— 


— 


— 


22° 


» 


736 


S» 


tr. léger 


N.-O. 


nuageux. 


— 


— 


9 s. 


— 


— 


— 


l8" 


» 


74i 


59 


moyen. 


N-N-E 


lég' couv. 


— 


16 


7 m. 


— 


— 


— 


12° 


18" 


747 


65 


tr.léger 


N.-O. 


nuageux. 


— 


- 


g m. 


— 


— 


— 


l8" 


22° 


745 


64 


nul. 


» 


lég' nuag. 


— 


— 


11 ni. 


— 


— 


— 


I 9 ° 


28" 


74' 


63 


tr.léger 


0. 


nuageux. 


— 


— 


2 s. 


— 


— 


— 


22° 


3 8« 


739 


62 


léger. 


O. 


clair. 


— 


— 


6 s. 


— 


— 


— 


19° 


» 


74i 


61 


nul. 


» 


clair. 


— 


— 


8 s. 


— 


— 


— 


17" 


» 


742 


62 


nul. 


» 


clair. 


— 


17 


7 ni. 


— 


— 


— 


I 3 « 


21° 


746 


65 


léger. 


0. 


clair. 


— 


— 


9 m. 


— 


— 


— 


19° 


35° 


740 


63 


léger. 


N-N-O. 


clair. 


— 


— 


11 m. 


— 


— 


— 


2 jO 


3 6° 


737 


60 


léger. 


N.-O. 


clair. 


— 


— 


2 s. 


— 


— 


— 


29" 


44° 


735 


58 


tr.léger 


O. 


clair. 


— 


— 


6 s. 


— 


— 


— 


25 


» 


737 


57 


tr.léger 


0. 


clair. 


— 


— 


9 s- 


— 


— 


— 


150 


» 


742 


58 


nul. 


» 


clair. 


— 


18 


8 m. 


— 


— 


— 


I 4 


20° 


743 


64 


nul. 


» 


clair. 


— 


— 


11 m. 


— 


— 


— 


I9 


31° 


739 


64 


léger. 


O. 


clair. . 


— 


— 


1 s. 


— 


— 


— 


22° 


38° 


736 


62 


moyen. 


0. 


lég' nuag. 


— 


— 


3 s. 


— 


— 


— 


26" 


360 


734 


60 


moyen. 


O. 


lég' nuag. 


— 


— 


6 s. 


— 


— 


— 


l8° 


» 


738 


60 


nul. 


» 


clair. 


— 


— 


10 s. 


— 


— 


— 


I)° 


» 


74i 


62 


nul. 


1) 


clair. 


— 


19 


8 m. 


— 


— 


— 


H" 


2 5 o 


742 


67 


tr.léger 


N.-O. 


lég' nuag. 


— 


— 


10 m. 


— 


— 


— 


21° 


30" 


740 


64 


tr.léger 


N.-O. 


clair. 


— 


— 


1 s. 


— 


— 


— 


28" 


59" 


736 


62 


tr.léger 


N.-O. 


clair. 


— 


— 


5 s - 


— 


— 


— 


I9 


2>° 


737 


60 


léger. 


O-N-0. 


clair. 


— 


— 


8 s. 


— 


— 


— 


I50 


» 


740 


61 


léger. 


O-N-O. 


clair. 


— 


20 


7 m. 


— 


— 


— 


140 


» 


742 


65 


léger. 


N.-O. 


lég' nuag. 


— 


— 


2 s. 


Négrine. 


34029' 


5015' 


25" 


38" 


733 


63 


nul. 


t) 


nuageux. 


— 


— 


6 s. 


— 


— 


— 


19" 


» 


73 2 


62 


nul. 


» 


clair. 


— 


— 


8 s. 


— 


— 


— 


15» 


» 


734 


63 


nul. 


» 


clair. 


— 


— 


10 s. 


— 


— 


— 


13° 


» 


735 


64 


nul. 


» 


clair. 


— 


21 


8 m. 


z 


— 


— 


16 


» 


737 


65 


léger. 


N-N-E. 


couvert. 


— 


— 


10 m. 


— 


— 


19" 


34° 


736 


64 


léger. 


N-N-E. 


lég' nuag. 


— 


— 


1 s. 


— 


— 


— 


230 


39° 


735 


6; 


moyen. 


N-N-E. 


lég 1 nuag. 


— 


— 


7 s. 


Camp prts Bir Zarif. 


34"28' 


S°27' 


IO° 


» 


734 


66 


fort. 


N.-E. 


nuageux. 


— 


22 


5 m. 


— 


— 


— 


— 4° 


» 


736 


64 


moyen. 


N.-E. 


très nuag. 


— 


— 


7 m. 


— 


— 


— 


9° 


14» 


734 


65 


moyen. 


N.-E. 


nuageux. 


— 


— 


2 s. 


Tamerza. 


34023' 


5°37' 


22° 


38» 


73 2 


62 


léger. 


E-N-E. 


lég' nuag. 



DES ZIBANS AU DJERID 



167 



) 

MOIS 


3AT1 

JOUR 
22 


HEURE 


LOCALITÉS 


posi: 

LATIT. 


nons 

LOXGIT. 


TUEItU 
OMBRE 


OUÈTRE 
SOLEIL 


en 

— 

735 


as 

64 


VE 
FORCE 


NT 
venant du 


ÉTAT 
DU CIEL 


Mars. 


6 h s. 


Tamerza. 


34°23' 


5°37' 


I9 


» 


léger. 


E-N-E. 


lég 1 nuag. 


— 


— 


10 s. 


— 


— 


— 


12° 


» 


736 


65 


léger. 


N.-E. 


lég 1 nuag. 


— 


23 


8 m. 


— 


— 


— 


I 4 » 


igo 


738 


64 


moyen. 


S.-E. 


clair. 


— 


— 


2 s. 


Chebeka. 


34°2o' 


— 


26° 


39° 


739 


64 


nul. 


)) 


clair. 


— 


— 


6 s. 


Oued redah. 


34°io' 


5°47' 


I 3 


» 


749 


65 


nul. 


» 


clair. 


— 


— 


10 s. 


— 


— 


— 


6° 


» 


75 1 


65 


nul. 


» 


clair. 


— 


24 


7 m. 


— 


— 


— 


10° 


16» 


7S° 


63 


nul. 


» 


clair. 


— 


— 


9 m. 


— 


— 


— 


17 


2 6° 


748 


61 


nul. 


» 


clair. 


— 


— 


2 s. 


El Hamma. 


34° 


5 « 4 8' 


26° 


40 


746 


60 


nul. 


» 


clair. 


— 


— 


6 s. 


Tozeur. 


33° 5 6' 


5°47' 


18 


22° 


743 


61 


nul. 


» 


clair. 


— 


25 


8 m. 


— 


— 


— 


20° 


27 


743 


62 


faible. 


S-S-E. 


clair. 


— 


— 


11 m. 


— 


— 


— 


29» 


34° 


739 


61 


faible. 


S-S-E. 


clair. 


— 


— 


2 s. 


— 


— 


— 


34° 


43° 


740 


60 


tr. faib. 


S-S-E. 


clair. 


— 


— 


6 s. 


— 


— 


— 


31° 


» 


74' 


61 


faible. 


S-S-E. 


clair. 


! — 


26 


8 m. 


— 


- 


— 


19" 


27" 


739 


62 


moyen. 


S-S-E. 


clair. 


— 


— 


11 m. 


— 


— 


— 


2 6° 


43° 


737 


61 


moyen. 


S-S-E. 


clair. 


— 


— 


6 s. 


Nefta. 


33°)2' 


5031' 


29 


» 


736 


62 


faible. 


S.-E. 


clair. 


— 


— 


10 s. 


— 


— 


— 


25 


» 


734 


58 


moyen. 


S-S-E. 


clair. 


— 


27 


8 m. 


— 


— 


— 


23 


2S 


736 


63 


moyen. 


S-S-E. 


clair. 


— 


— 


11 m. 


— 


— 


— 


2 9 


37° 


734 


61 


moyen. 


S-S-E. 


clair. 


— 


— 


2 s. 


— 


— 


— 


3 6° 


44° 


73 3 


59 


faible. 


S.-E. 


clair. 


— 


— 


6 s. 


— 


— 


— 


3 2° 


» 


732 


62 


moyen. 


S.-E. 


clair. 


— 


— 


8 s. 


— 


— 


— 


24 


» 


733 


65 


moyen. 


S-S-E. 


clair. 


— 


28 


6 m. 


— 


— 


— 


23° 


y> 


733 


66 


moyen 


F.-S-E. 


lég' nuag. 


— 


— 


11 m. 


Bir Touil. 


33°5S' 


5°23' 


27 


» 


729 


62 


fort. 


E-S-E. 


nuageux. 


— 


— 


6 s. 


Camp du 28 mars 


33°57' 


j°i6' 


24 


» 


730 


7° 


fort. 


E-S-E. 


nuageux. 


— 


— 


10 s. 


— 


— 


— 


16 


» 


73 1 


68 


fort. 


E-3-E. 


nuageux. 


— 


29 


7 m. 


— 


— 


— 


17 


2 2° 


734 


62 


moyen. 


S.-E. 


lég 1 nuag. 


— 


— 


1 s. 


Bir Bouras. 


34° 


5°?' 


28 


39° 


730 


64 


fort. 


E-S-E. 


clair. 


— 


— 


4 s. 


— 


— 


— 


26 


35° 


728 


64 


fort. 


E-S-E. 


clair. 


— 


— 


8 s. 


— 


— 


— 


18° 


» 


75' 


61 


moyen. 


E-S-E, 


clair. 


— 


3° 


7 m. 


— 


— 


— 


8" 


130 


743 


63 


moyen. 


S.-E. 


clair. 


— 


— 


1 s. 


Bir Kamboud. 


33°59' 


4°5°' 


21° 


33° 


740 


60 


moyen. 


E. 


clair. 


— 


— 


7 s. 


Bir Achana. 


34°8' 


4°44' 


14° 


» 


74i 


62 


fort. 


E. 


clair. 


— 


— 


10 s. 


— 


— 


— 


3 2° 


J> 


744 


63 


fort. 


E-N-E. 


clair. 


— 


3 1 


6 m. 


— 


— 


— 


12° 


» 


742 


69 


fort. 


E-N-E. 


clair. 


— 


— 


8 m. 


— 


— 


— 


I 5 o 


19° 


740 


68 


moyen. 


E-S-E. 


clair. 


— 


— 


1 s. 


ChoU Gouiral. 


34°5' 


4°33' 


21° 


» 


738 


64 


fort. 


E-S-E. 


clair. 


— 


— 


6 s. 


ChottSaïal.eimp) 


34°i' 


4°2l' 


18 


» 


739 


64 


moyen. 


E-S-E. 


lég 1 nuag. 


— 


— 


10 s. 


— 


— 


— 


15° 


» 


74i 


65 


moyen. 


E-N-E. 


lég 1 nuag. 


Avril 


i er 


7 m. 


— 


— 


— 


170 


19» 


740 


64 


moyen. 


E-N-E. 


nuageux. 


— 


— 


11 m. 


Chou Touan. 


34°3' 


4°i8' 


23 


» 


738 


60 


fort, 


N.-E. 


couvert. 


- 


- 


3 s. 


Choit h pu Dahmaii. 


— 


4013' 


29 


» 


737 


62 


moyen. 


N.-E. 


couvert. 



i68 



DES ZIBANS AU DJERID 



DATE 


LOCALITÉS 


POSITION' 


TIIHIMIIMIIIIK 


s 


II 


VENT 


KTAT 


■on 


JOL'It 


m i m 




I.ATIT. 


minuit. 


OMBKE 


80LIUL 


736 


69 


FORCE 


irnaDlitu 


DU CI KL 


Avril. 


I" r 


6" s. 


Chott Bedjelou] 


34° 


4°5' 


19° 


» 


moyen. 


E-V-E. 


couvert. 


— 


— 


10 s. 


El Aouina. 


33°S9' 


4°4' 


13» 


» 


737 


71 


faible. 


E-N-E. 


couvert. 


— 


2 


8 m. 


— 


— 


— 


17° 


» 


733 


75 


moyen. 


E. 


couvert. 


— 


— 


il m. 


— 


— 


— 


23" 


2 7 


735 


73 


moyen, e-n-e. 


couvert. 


— 


— 


I s. 


— 


— 


— 


31» 


39° 


734 


69 


faible. 


N.-E. 


couvert. 


— 


— 


6 s. 


Ain Hamcraïa. 


34°4' 


3°59' 


19» 


» 


734 


66 


tr. faib. 


N.-E. 


lég 1 couv. 


— 


— 


9 s. 


— 


— 


— 


11° 


» 


735 


65 


nul. 


» 


nuageux. 


— 


3 


7 m. 


— 


— 


— 


I 5 ° 


18» 


735 


63 


tr. faib. 


E. 


lég 1 nuag. 


— 


— 


il m. 


El Bouib. 


34°i2' 


3 » 4 8' 


22° 


3i° 


733 


61 


nul. 


» 


clair. 


— 


— 


3 s. 


Mguebra(bordj) 


34°i6' 


3°43' 


27 


35° 


729 


60 


faible. 


E-S-E. 


clair. 


— 


— 


6 s. 


— 


— 


— 


I7 


» 


730 


61 


moyen. 


li-S-E. 


clair. 


— 


— 


9 s - 


— 


— 


— 


12° 


» 


73 1 


63 


moyen. 


S.-E. 


lég 1 nuag. 


— 


4 


7 m. 


— 


— 


— 


I 4 » 


» 


734 


65 


nul. 


» 


couvert. 


— 


— 


9 m. 


— 


— 


— 


16 


» 


735 


62 


nul. 


» 


couvert. 


— 


— 


I s. 


Chegga (bordj). 


34° 2 6' 


3°36' 


21° 


28° 


733 


60 


nul. 


» 


nuageux. 


— 


— 


6 s. 


Saada (bordj). 


34°39' 


3°33' 


I 4 o 


» 


734 


63 


moyen. 


0-S-O. 


couvert. 


— 


— 


II s. 


Oum el Henna. 


}4°42' 


3°3°' 


11° 


» 


735 


68 


fort. 


0-S-O. 


couvert. 


— 


5 


2 m. 


Biskra. 


34V 


3°25' 


90 


» 


736 


64 


fort. 


0-S-O. 


couvert. 



Typ- Obcrthur, Renues— Paris (885-92). 



m NÉRAIRE 

DE B I S K R A AU D J E R I I) 

par- 
le ZAB ECU CHERCU1 etles CHOTTS ALGÉRIENS 
dressé sur le terrain en Mars -Avril 181(2 

par 

P.VUILLOT 

M ™ de la Sooiélé de Géographie dp Paris 
Echelle 4(^T^ 




^ 



2332 «3 






JAN 1 2 197) 



£iï Vuillot, P. 

280 Jes Zibans au Djeriu 

V85 



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