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Full text of "Guide en Dalmatie: Publié par la Société protectrice des interêts du royaume ..."

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DALMATIE 



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Reinhard E. Petermann, 



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PUBLIE PAR LA SOCIETE PROTECTRICE DES INTERETS DU 

ROYAUME DE DALMATIE. 



TRADUCTION LIBRE DE L'ALLEMAND 

PAR 

LA COMTESSE MARIANNE DE HARRACH. 



AVEC 160 ILLUSTRATIONS PAR LOUIS JEAN FISCHER. 



) 



VIENNE 



ALFRED HÔLDER, 

LIBRAIRIE DE LA COUR I. ET R. ET DE 

L'UlIVERSITé. 

ROTHENTHURMSTRA98E 15. 



1900. 



PARIS 

SOCIÉTÉ FRANÇAISE 0'É0lTlON( 

D'ART. 

9 ET 11, RUE ST. BENOÎT. 



y 



HARVARD COLLEGE Li::.. :.' 

THE DEQUEST OF 

THEODORE JEV/EH EASTMAN 

1831 



Imprimerie 



ie des PP. Méchitari8tes, Vienne VII. 



PREFACE DE LA SOCIETE EDITRICE. 

Si l'on se représente Tétat de la Dalmatie d'après l'ouvrage 
publié en 1867 par le professeur Petter, et si l'on compare le 
passé au présent, il est impossible de ne pas reconnaître que 
ce pays a fait depuis lors des progrès considérables. Considérant 
en outre que la plupart des améliorations obtenues sont le 
résultat des efforts des dernières années, on ne pourra douter 
que ce changement ne soit en relation avec l'action de la 
„Société protectrice des intérêts du royaume de Dalmatie'^, dont 
la fondation, en 1894, est due à l'initiative de M. le comte 
Jean de Harrach. 

C'est en publiant un „Manuel de voyage" contenant tous les 
détails nécessaires pour faire connaître ce pays et ses habitants, 
que la Société a cru atteindre le mieux le but qu'elle se propose. 
Elle a donc confié a M. B. E. Petermann, littérateur et géographe 
estimé, la tâche d'écrire le manuel intitulé „Guide en Dalmatie" 
qui a été publié en allemand en 1899 et a obtenu les suffrages 
des connaisseurs et de tous ceux qui font autorité en cette 
matière. La „ Société" a décidé d'en publier une édition française, 
destinée au public français qui voyage en Dalmatie, et à tous 
les visiteurs du pays qui se servent de la langue française. 

L'ouvrage de M. Petermann a été traduit en français par 
mademoiselle la comtesse Marianne de Harrach; Messieurs les 
vicomtes de Fontenay et du Dresnay, ainsi que les professeurs 
Adolphe Bechtel et Eugène Fontaine, licencié-ès-lettres de 
l'université de France, ont bien voulu prêter leur aide pour 
la revision du texte. A tous ces dévoués collaborateurs et 
particulièrement à la comtesse M. de Harrach, qui s'est chargée 
du gros de ce travail, la Société adresse ses meilleurs remer- 
ciements. 



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TABLE DES MATIERES. 



Pages 

L Introduction 1—5 

La Dalmatie, et oe qu'elle offre d'intéressant au voyageur 1. 
Bibliographie ancienne et moderne traitant de ce pays 1. 
But que se propose ce livre. 

IL Ifenseignementa pratiques pour le voyageur 6—13 

Durée du voyage, voyages par terre, moyens de transport 
pouvant éventuellement abréger le voyaçe par mer 6. Re- 
marques particulières au sujet des „Ôuides du voyageur", 
des courses en bateau à vapeur et en barque. Distribution 
du temps. Conseils au sujet de l'habillement. Rapports avec 
la population. Voitures, hôtels 8. 

IIL Aperçu gén&al de la Dalmatie 14—40 

Situation et superficie 14. Division du pays et configuration 
du sol 15. La Dalmatie septentrionale 15. La Dalmatie 
moyenne 15. La Dalmatie méridionale 16. Coup d'œil géo- 
logique 16. Mer, lacs, rivières 18. Climat 20. La flore 22. 
La faune 23. La faune terrestre 23. La faune maritime 24. 
La pêche 24. Les mines 26. Agriculture 26. Cueillette du 
raisin et des olives 27. Forêts 28. Élevage des bestiaux 28. 
La navigation 28. Industrie 29. Commerce 29. Les routes 30. 
Statistique de la population; sa répartition 31. Religion 31. 
Nationalité 31. Caractère physique de la population 31. Con< 
stitution, administration 32. Postes et télégraphes 32. Faits 
historiques : Ëpoques illyrienne et grecque 32. Çl-uerres avec 
Rome 33. La Dalmatie province romaine 33. Époque de la 
migration des peuples 34. Quelques détails sur la patrie des 
Croates et sur leurs migrations 35. Les souverains na- 
tionaux 36. Époque des guerres entre Venise et la Hongrie, 
et de la domination hongroise 37. Époque vénitienne 38. La 
première période autrichienne (1797—1805) 39. Sous la domina- 
tion française (1806 — 1814). 39. Gouvernement autrichien depuis 
1818 40. 

IV. De Trieste ou de Pola à Zara 41—53 

A Trieste 42. De Trieste à Fola 44. Pola 45. De P ola à Zara 47. 

F. De Fiume à Zara 54—59 

Fiume (Rijeka) 54. Abbazia (Opatija) 56. Course expresse de 
Fiume à Zara 57. 

VL Zara (Zadar) 60—74 

Petit Guide de Zara 60. Dans les rues de Zara 61. Détails 
historiques 64. L'église San Donato 66. Les collections du 
nMusée" 66. La cathédrale 69. Les autres églises de Zara 72. 
Premenades : Le parc Blazekovic 73. Borgo Erizzo 73. Cereria 
et Barcagno 74. 



VI 

Pages 

VIL Les environs de Zara sur la terre ferme .... 75—77 

Au nord 75. A l'est 76. Au sud-est 77. 

VIII. L'archipel zaratique 78—83 

Arbe (Bab) 78. La ville d' Arbe 79. Agriculture et industries 80. 
Excursions 80. Fago (Pag) 82. Ugljan et Pasman 82. Les 
autres îles 88. 

IX. De Zara atuc mers intérieures de Karin et de Novigrad, 

et sur le Vélebit 84—93 

Boute Zara^Obrovazzo 84. Obrovazzo 87. De Zara en 
voiture à Obrovazzo 87. De Benkovac à Novigrad 88. La 
mer de Noviçrad 89. J)' Obrovazzo dans la Bukovioa 90. 
Sur le Yélebit: Par la Paklenica à la cime 91. A Mali. 
Halan : A la hauteur de la route du Yélebit 92. 

X. De Zara par Benkovac et Kistanje à Knin .... 94—102 

De Zemonico par Nadin à Benkovac 94 Benkovac 95. Les 
ruines d'Asseria 95. De Benkovac à Yrana 96. De Ben- 
kovac jusqu'aux ponts de Bribir 96. Des ponts de Bribir à 
Kistanje 99. Kistanje 99. Le couvent S. Arhangjeo 100. 
Burnum 100. De Kistanje à Knin 101. 

XL La Krka et ses chutes 103—107 

Le cours supérieur lOB. Région moyenne de la Krka 103. 
Le cours inférieur de la Krka 107. 

XIL De Zara à Sebenico 108—110 

Zaravecchia (Biograd na moru) 108. Continuation de la 
course 109. 

XI IL Séberdco (Sibenik) et les excursions qu'il offre . . 111 — 122 

La ville de Sebenico 111. Détails historiques 112. La cathé- 
drale 112. Promenade aux forts 115. Les îles près de 
Sebenico 116. Excursion sur la côte du sud de Sebenico 116. 
Le mont Tartaro (Trtar) 117. De Sebenico à Scardona et 
au couvent de Visovac: De Sebenico à Scardona 117. 
Scardona (Skradin) 118. La chute de Scardona (dernière 
chute de la Krka) 119. Le couvent de Yisovac 121. 

XIV. De Sebenico à Knin 123—134 

Yoyage en chemin de fer Sebenico-Perkovié-Knin : De 
Sebenico à Drnis 123. Drnis 123. De Drnis à Knin 124. 
Knin : La situation de la ville 124. Notions historiques 125. 
Le musée de Knin 126. Excursions de Knin 126. Sur la 
Dinara 126. De Knin par Bazvagje à Drnis 127. De Knin 
à Yrlika : Source de la Cetina, les tombes des Bogumiles, 
la grotte de Yrlika 127. Yrlika et ses eaux minérales 128. 
De Yrlika à Sinj 129. Observations de géologie afférentes 
au parcours de Drnis à Knin 129. Le site de Kosovo 133. 

XV. Les Morldkes (Vlasi) 135—137 

La population du nord de la Dalmatie 135. 

XVL De Sebenico à Traù 138—143 

La course sur mer 138. Traù (Trogir): La promenade à 
travers la ville 138. La cathédrale 140. Détails historiques 
sur Traù 142. A Draga 143. L'île Bua (Ciovo) 143. 



VII 

Pages 

XVIL La Riviera délie CasteUa (Kastela) 144—148 

De Traù à Spalato 144. Détails historiques sur les „Gastelli'* 
144. Course en voiture de Salon e à Traù Ifô. 

XVIII. SpcOato (Sp^et) 149-176 

Arrivée par le bateau express t49. Petit guide de P étranger 
149. Promenade à Spalato 150. Façade du palais sur la 
mer 160. Partie ouest du palais 153. Porta Aurea, place de 
la Cathédrale 154. De la place de la Cathédrale au temple 
d'Esculape et retour 156. La place Marmont. Le couvent 
des Franciscains 158. Nouvelle Riva. Partie est du port 158. 
Le palais de Dioclétien 159. Le palais 160. La cathédrale 162. 
Le musée arehéologique impérial et royal 168. Spalato et 
son passé historique 172. Promenades dans les environs 
de Spalato 174. 

XIX. Excursions dans les environs de Spalato .... 176—184 

Au monte Marjan 176. Excursion à Salone (Solin) : Détails 
historiques 177. Les fouilles 178. De Spalato à Salone 178. 
Dans les ruines de Salone 179. A Glissa (Klis) 181. 

XX. De Spalato à Sinj et à Imoshi • • • 185—188 

Sinj 185. La fête de PAlka (la Giostra) 186. Excursions 186. 
De Sinj à Imoski 186. D'Imoski par le Biokovo à 3fa- 
karska 187. De Sinj sur la Strada Maestra à Metkovic 188. 

X:^L De Spalato à Metkovic 189—195 

Dans la Poljica et sur le Mosor 189. LaPoljica d'autrefois 190. 
Almissa (Omis) 190. D'Almissa à Duare (Zadvarje) 192. 
D'Almissa à Makarska 192. Kakarska 193. De Makarska à 
Pemboùchure de la Narenta 193. De l'embouchure de la 
Narenta à Metkovié 194. 

XXIL La région de la Narenta. Excursions de Metkovié 196—202 

Détails historiques 196. Les Narentins 198. Du sol et du 
climat 198. De Metkovic à Yrgorac 199. De Metkovié à 
Ljubuski 200. De Metkovic à Gabela et à Mostar 200. Les 
joueurs de gusla 202. 

XXIII. Les îles de la Dalmatie moyenne 203—220 

Solta (âolta) 203. L'île de Brazza (Brac) 205. L'agriculture 206. 
Détails topographiques 206. Lésina (Hvar) 208. La ville de 
Lésina 209. Les autres localités de Lésina 211. Lissa (Vis): 
Remarques générales 21â. Lissa dans l'antiquité 212. Ba- 
tailles navales 214. Détails topographiques 215. La ^Grotte 
bleue** de Busi 216. Curzola (Korcula) 217. Lagosta (La- 
stovo) 219. Les îles solitaires de l'Adriatique : Cazza,' 
St Andréa, Pomo, Pelagosa 220. 

XXIV. De Metkomc à Baguse 221—229 

La côte sud de Sabbioncello 221. De Metkovic par l'isthme 
de Stagne 224. Le canal de Calamotta 226. De Gravosa à 
Baguse 228. 

XXV. Baguse (Dubrovnik) 230—256 

Promenades à Baguse 230. Baguse vue de l'Hôtel Impérial 
233. Situation générale de Baguse 234. Histoire de la ville : 
Sous le sceptre byzantin, du VII* siècle jusqu'en 1206 236. 
Sous la domination de Venise, 1205—1358 236. Sous la 



VIII 



Pages 



domination hongroise, 1358—1626 237. Sous la domination 
turque, 1526— 18(% 237. Chute de la république sous Na- 

Êoléon I"' (1806) 238. Constitution et administration 2d^. 
elles-lettres et sciences 299. Agriculture, commerce, in- 
dustrie et navigation 242. Monuments d'architecture de 
Baguse : La cathédrale S. Maria Maggiore 243. S. Biagio 
(Sveti Ylaho) 243. L'église et le couvent des Dominicain» 
243. Autres églises 246. Édifices civils 246. Les murs de la 
forteresse 250. Promenades : San Giacomo 252. La presqu'île 
de Lapad 256. 

XXVL Excursions à faire de Baguse 257—263 

De Gravosa aux sources de l'Ombla (Bijeka) 257. Excursion 
sur le mont Sergio (Srgj) 258. A Cannosa (Trstenô) 259. 
A Trebinje 262. 

XXVII. Les îles méridionales dalmates 264—273 

Meleda(Mljet) 264. Giuppana (Sipan) 266. Mezzo (Lopud) 267. 
Calamotta (Kolocep) 2^. Lacroma (Lokrnm) 269. 

XXVIII. De liaguse dam les Bocche di Cattaro . . . 274—281 

Boute par terre de Baguse à Castelnuovo 274. Val di Breno 
(éupa) 274. Bagusavecchia (Cavtat) 277. Val Canali 
(Konavli) 278. Sur la Snijeznica (1234 m) 279. La Sutorina 279. 
Course en mer de Gravosa à la Punta d'Ostro (Oâtro) 280. 

XXIX. Les „Bocche'' {Boka Kotorska) 282—313 

Détails historiques 282. A travers les ^Bocche'' 285. Castel- 
nuovo 286. Meljine. Détroit de Kombur. Baie de Teodo 
(Tivat^. Le Catene (Verige) 287. Bisano (Bisan) 289. La 
Krivosije291. Ascension de l'Orjen (1894 mètres) 292. Perasto 
(Perast) 293. Les scogli de S. Giorgio et Madonna dello 
Scalpello 294. Le gol^ de Cattaro 296. En avant de Cattaro 
297. Cattaro (Kotor) 298. La fête de Trifon et la Marine- 
rezza 298. Promenades : Le marché public 800. La „foire 
des Monténégrins" 300. A la forteresse S. Giovanni (Kastio) 
302. De Cattaro à Cetinje 802. Cetiirje 304. Avis aux 
touristes : Le Lovcen (1759 mètres) 308. L'extrémité sud de 
la Dalmatie 309. 



Supplément. 

Petit vocabulaire. 
Annonces. 



^aV 



!• Introduction. 



La Dalmatie, et ce qu'elle offre d'Intéressant au voyageur. 

Bibliographie ancienne et moderne traitant de ce pays. But que se 

propose ce livre, 

La Dahnatie, si riche en beautés de la nature et en souvenirs 
historiques, peut être appelée, à juste titre, un pays de con- 
trastes; on pourrait même ajouter qu'elle est pour l'Europe 
un pays de transition. — D'un côté, il est vrai, ses montagnes 
de l'ouest s'inclinent vers l'Italie, ce foyer intellectuel d'où la 
civilisation occidentale s'est étendue sur tous les pays soumis 
à la domination romaine; mais au delà des contreforts des 
montagnes de l'est, c'est l'Orient qui commence, l'Orient si 
menaçant pendant des siècles, indomptable jusqu'à l'occupation 
par l'Autriche de la Bosnie et de l'Herzégovine. Ce n'est qu'à 
cette époque que l'Orient s'avoue vaincu et qu'il laisse entrer 
dans ses sauvages montagnes la civilisation occidentale, au 
grand profit de ce petit pays intermédiaire qui se nomme — la 
Dahnatie. Les contrastes que l'on trouve en se dirigeant de 
l'ouest à l'est, des rivages de l'Adriatique jusqu'aux Mon- 
tagnes Noires, sont de nature à exciter un vif intérêt. Si l'on 
se dirige au contraire du nord au sud, le pays offre une tran- 
sition lente d'aspect, de climat et de végétation. 

Dans sa plus grande étendue, la Dalmatie a plus de 400 
kilomètres et s'étend d'une latitude équivalente à peu près à 
celle de Gênes (ou plutôt de Pola) jusqu'à celle de Rome. Toutefois 
si, dans la campagne de Kosovo, des prairies verdoyantes, des 

La Dalmatie. 1 



2 Introduction. 

bois de hêtres touffus, grâce aux nombreuses rivières, offrent à 
l'œil une végétation pareille à celle de l'Europe centrale ou même 
des contrées alpines, comme dans les hautes régions du Vélebit, 
les côtes de la Dalmatie, de même que les innombrables îles 
au sud de Spalato, toujours égayées par les chauds rayons 
d'un soleil éblouissant, portent le cachet méridional, et la 
luxuriance de leur végétation peut souvent rivaliser avec les 
maquis de la Corse et les célèbres jardins de Nice. Les rives 
septentrionales de la Dalmatie, encore situées plus au sud 
que Lussin et Abbazia, sont exposées au souffle de la bora, mais 
dans les endroits abrités elles participent aux avantages oro- 
graphiques généraux qui ont valu au Quamero la renommée 
d'offrir, au fort de l'hiver, dans ses sites ensoleillés la chaleur 
bienfaisante de l'été. 

Depuis 1881, c'est-à-dire depuis qu' Abbazia a commencé 
à devenir une station hivernale à la mode, les beautés de 
la nature en Dalmatie attirent de plus en plus l'attention 
des voyageurs, qui apprennent peu à peu à connaître la diver- 
sité de ses côtes pittoresques et qui constatent que la nature 
s'y offre à la fois originale et splendide. 

Les cataractes de la Krka et de la Cetina, les sources de l'Om- 
bla, la végétation luxuriante des Sept Châteaux, de Lacroma et 
de Raguse, ainsi qvie les beautés uniques qu'offrent les célèbres 
„Bocche di Cattaro", ont émerveillé les voyageurs. 

En quittant ces lieux si privilégiés par la nature, l'étranger 
se sent intéressé par les antiquités romaines et vénitiennes que 
Spalato, Traù et d'autres villes offrent à sa curiosité. Si le 
voyageur a l'intention de continuer son chemin vers l'est, il 
pourra se faire une idée sommaire de la civilisation orientale 
en franchissant la frontière de la Bosnie et de l'Herzégovine, 
où l'administration autrichienne a réussi à créer pour le voya- 
geur une sécurité parfaite et un comfort complet. Malgré cela 
la Bosnie est restée un pays parfaitement original, digne 
de tout l'intérêt qu'un étranger peut apporter à un petit 
pays fier, résolu, riche en toutes sortes de beautés de la 
nature. 

Plusieurs écrivains se sont occupés de la Dalmatie, dont les 
souvenirs historiques leur ont fourni des sujets fort intéressants. 

Johannes Lucius, natif de Traù, publia, en 1666, un ouvrage 
historico - critique intitulé „De regno Daîmatiae et Croatiae^, 



La Dalmatie, et ce qu'elle offre d'intéressant au voyageur. 3 

Lttcius y fit succéder une histoire détaillée de sa ville natale qui 
renferme une riche collection de documents relatifs à Traù et 
à Spalato; enfin il publia un ouvrage sur les inscriptions 
dalmates connues à cette époque. Peu de temps après (1678) 
parut le livre de CoroneUi, intitulé: „Man, Golfi, Isole, Spiaggie, 
Ford, Città, Fortezze ed altri Liwghi deU' Istria, Quamero, Dalmatia, 
Albania, Epiro e Livadia." Cet ouvrage traite de la Dalmatie et 
oifre encore aujourd'hui, par les reproductions charmantes 
des fortifications du pays, un certain intérêt au lecteur. 
M. G. Wheeîer publia, en 1689, ses „Impre8sion8 de voyage en 
Dalmatie, en Grèce et au Levant^. Un siècle après parurent quelques 
descriptions de voyages en Dalmatie. Mais ce fut particulière- 
ment dans la seconde moitié du XVIIP siècle, alors que la 
puissance de Venise était à son déclin, que parut une série 
d'ouvrages concernant la Dalmatie. Nous ne pouvons négli- 
ger de citer ici „VIllyricum sacrum" de Daniel FarlaU qui, par 
sa haute valeur littéraire, mérite d'être placé au premier 
rang des ouvrages de ce genre. Publié en 1751 à Venise, 
il fut complété en 1817 par un volume de Colati] ce dernier 
ne contient qu'une histoire minutieuse des évêchés et suffra- 
gants de l'archevêché de Spalato. 

Moh, Adam publia, en 1774, sous une forme attrayante, un 
livre intitulé „Ruin8 of th€ Diodetian Faïace at Spalato'*, fort 
intéressant et orné de belles gravures des monuments les plus 
célèbres de la Dalmatie. 

En 1802 parut à Paris le „ Voyage pittoresque et historique de 
Vlstrie et de la Dalmatie", livre de Joseph Lavallée, qui, comme le 
précédent, est un charmant recueil historique et artistique con- 
tenant de jolies gravures. 

Dans la bibliothèque de Spalato se conserve l'opus du 
„provveditore" général Vincenzo Dandoh, intitulé: „La Dalmatia ai 
31 Dicembre 1806, opéra economico-poliiica". C'est un rapport très dé- 
taillé du pays destiné à Napoléon 1er et constituant un des plus 
importants exposés de la situation économique de la Dalmatie 
il y a cent ans. 

Enfin, en 1776, nous voyons s'imprimer à Berne la traduc- 
tion allemande de l'ouvrage de l'abbé Fortis: „Beisen in Dalmatien", 
(„ Voyages en Dalmatie") livre fort instructif, qui prouve que 
l'abbé avait parcouru une grande partie de ce pays. 

1* 



4 Introduction, 

Ces publications avaient éveillé dans certains milieux 
intellectuels de l'Europe un vif intérêt pour ce pays. Des 
savants, des professeurs d'histoire, des naturalistes, enfin des 
personnes poussées par une louable curiosité se réunissent en 
Dalmatie, l'explorent en tous sens, y admirent la nature si 
riche en contrastes et en étudient avec intérêt les monuments 
historiques. 

Toutes ces recherches scientifiques, réunies aux documents, 
et à certaines descriptions précises que les Dalmates avaient 
mises à la disposition des savants, fournirent à G, ValentV' 
neUi les matières pour publier sa „Bibliografia déUa DaU 
mazia e dél Monténégro", 1855. On peut considérer comme une 
espèce de pendant géographique à la „Storia deUa Daîmazia^ 
publiée en 1835 par Cattalinich, l'ouvrage solide du professeur 
Franz Petter (1857, éditeur Justus Perthes, Gotha). Enfin, les 
littératures de presque toutes les nations ont contribué à la 
connaissance du pays par des résumés de relations de voyages 
en Dalmatie. 

Parmi ces dernières, on peut citer „Dalmatia^ the Quarnero and 
Istria" de F, G. Jackson et les ouvrages de Noë et de X. Modric, 

C'est à un Français que nous devons „La Dalmatie de 1797 
à 1815. Épisode des conquêtes napoléoniennes^', œuvre historique 
publiée par l'abbé Paul Pisani (Paris, 1893). 

Plusieurs autres opuscules concernant certains monuments 
historiques ont paru dans le cours des dernières années. Toutefois 
on ne saurait assez recommander à ceux qui veulent connaître 
à fond le pays, le „BoUeUno di Archeologia e Storia Dalmata", 
dû à M. F. BuliCj conservateur du musée de Spalato, une des 
plus belles publications de ce genre que l'auteur infatigable nous 
offre à date régulière depuis 21 ans. 



A tous ces ouvrages, aussi nombreux qu'intéressants, vient 
s'ajouter la magnifique encyclopédie: „Ôst€rreich-Ungam in Wort 
und Bild", due à l'initiative de feu l'archiduc Rodolphe, prince 
héréditaire d'Autriche-Hongrie. 

La Dalmatie se trouve décrite par plusieurs écrivains du 
pays. A. Kernel' s'y occupe de la flore, A. Mojsisomcs de la 



La Dalmatie, et ce qu'elle ofifre d'intéressant au voyageur. 5 

faune, Noë et Gdcich de la nature des terrains; l'histoire du 
peuple dalmate, ses mœurs, ses progrès intellectuels, tout y a 
été pris en considération. Certains chapitres nous présentent 
des notions sur la situation industrielle, commerciale et agri- 
cole du pays, d'autres nous donnent des détails fort inté- 
ressants sur la navigation, la pêche etc. 

Cependant le „Verein zur Fôrderung der volkswirtschaft- 
lichen Interessen des Kônigreichs Dalmatien" (Société pro- 
tectrice des intérêts du royaume de Dalmatie), croyant l'heure 
venue, s'est décidé à publier un „Guide", recueil complet traitant 
de tout ce qui peut avoir rapport à la Dalmatie, et plus détaillé 
que les itinéraires qui ont paru jusqu'ici. 

En terminant, nous remercions M. Bulié, conservateur du 
musée de Spalato, qui a eu l'amabilité de vérifier quelques 
données de cet ouvrage. L'auteur ne saurait oublier la recon- 
naissance due à messieurs les professeurs Koîombatovié et Nikoîic 
de Spalato, qui lui ont prêté leur concours dans la rédaction 
de cet ouvrage. * 



#^ 




HBr*'wP'wp^prH|lr ^^ ^1 ^^^ ^iiP^iyHpHpHp 



IL Renseignements pratiques pour le voyageur. 



Durée du voyage, voyages par terre, moyens de transport 
pouvant éventuellement abréger le voyage par mer. 

Le voyageur disposant de son temps de loisirs, qui voudra 
connaître à fond la Dalmatie et certaines régions décrites dans 
ce livre sera obligé d'y faire un séjour d'un mois. On destine 
généralement 5 jours à visiter Zara et ses environs, Ton en 
passe 2 à Sebenico et 6 à Spalato. Puis on consacre d'ordinaire 
6 jours à Eaguse y compris les excursions à Cannosa, aux 
sources de l'Ombla, à Lacroma et à Trebinje. 

Cinq jours enfin passent comme un rêve rapide si on les em- 
ploie à visiter les superbes „Bocche di Cattaro^*, Budua, Spizza, 
voire même Trebinje. 

Nous engageons le voyageur qui aura pénétré dans l'in- 
érieur du pays à passer les 6 jours qui lui restent de la 
façon suivante: 2 jours pour Sinj et Vrlika, 2 jours pour 
Knin et Scardona y compris une excursion aux cataractes 
de la Krka. Il réservera un jour pour Obrovazzo et pour l'ex- 
3ursion au Vélebit, enfin, en dernier lieu, un jour pour se 
rendre à la station de la ligne de paquebots „Obrovazzo-Zara- 
Fiume". 

Comme il n'y a pas de jonction avec le réseau des chemins de 
fer du Nord de l'Adriatique en Dalmatie, on sera obligé de faire 
une partie du voyage par la voie maritime. Toutefois les per- 
sonnes qui souffrent de la mer ne doivent guère s'effrayer de cette 
perspective vu que l'Adriatique est d'ordinaire très calme. 

D'ailleurs, si le voyageur ne pouvait absolument pas 
supporter une traversée plus longue, nous lui recommanderions 
les paquebots faisant le trajet par étapes, ce qui offre aux 
personnes atteintes du mal de mer la faculté d'attendre le 
retour du beau temps pour continuer la traversée. 



Durée do voyage, voyagea P*J" Mrrc. ' 

Une partie du voyage le long de la côte peut s'effectuer 
aussi au moyen du chemin de fer et de Toitures. 

En partant, pat exemple, de Pola ou de Fiume, on arrive, 
après une traversée de 5 ou 6 heures, à Zara; de là, en prenant 
une bonne voiture, on atteint en moins de 10 heures Sebenico. 
C'est là que commence le chemin de fer dalmate qiii conduit 
en quatre heures à Spalato. 

En 8 heures, le bateau express vous mène à Eaguse, où se 
trouve la grande route qui, traversant toute la Dalmatie, 
conduit à cette autre voie si appréciée des voyageurs 
connue sous le nom de „route de la Eiviera", par laquelle 
on atteint Castelnuovo après im charmant trajet en voiture; 
si l'on veut continuer la route, on arrive ensuite, en moins de 
deux heures, à Cattaro. 

Toutefois nous pensons que les voyageurs préféreront la 
voie maritime qui, longeant les côtes de l'Adriatique, of&e un 
charme tout particulier. Le superbe panorama des côtes et des 
lies se déroule comme un tableau toujours mouvant. 

ii-e soir, la traversée prend un caractère plus poétique et 
plus intéressant qu'on ne saurait l'exprimer. Que la nuit soit 
"'"'"'e, que la lune projette ses pâles 
is sur les flots calmes et endormis, 
ïyageurs aimeront mieux, nous en 
tes sur, rester longtemps sur le 
du bateau que de se retirer dans 
ibines. Beaucoup d'entre eux se 
nt ù, contempler la lumière des 
S qui tour à tour reparaît et dis- 
répandant au loin de véritables 
le lumière. 

Bes communications rapi- 
des entre le continent et les 
îles, de même qu'entre les villes 
d'une importance plus ou moins 
grande, sont assurées par d'ex- 
cellents bateaux à vapeur. 

La Dalmatie possède encore 

le chemin de fer Spalato-Knin 

avec un embranchement vers 

Un phare. Sebenico.Cettevoie est enpleine 



o Benseignements pratiques pour le voj-ageur. 

exploitation. Une autre ligne de chemin de fer opère la jonction 
avec l'Herzégovine et la Bosnie. Partant de la station de 
Metkovic sur la Narenta, elle conduit en 174 heures à Mostar, 
et aboutit à Sarajevo après un parcours de huit autres heures. 

La ligne Mostar — Grabela — Trebinje est en voie de con- 
struction ainsi que celle de Spalato — Ar^ano avec un em- 
branchement vers Sinj, qui doit servir de jonction avec Bugojno, 
et avec le réseau des chemins de fer bosniaques. 

On projette, en outre, une voie ferrée qui conduira de la 
Dalmatie en Croatie, excellent moyen pour faciliter l'affluence 
des voyageurs qui préfèrent à la voie maritime le chemin 
de fer. 



Remarques particulières au sujet des „Guides du voyageur" 
des courses en bateau à vapeur et en barque Distribution 
du temps. Conseils au sujet de l'habillement. Rapports avec 

la population. Voitures, hôtels etc. 

Le voyageur qui n'a pas beaucoup de temps à sa dispo- 
sition fera bien, en Dalmatie surtout, de se munir de l'itinéraire 
le plus récent. Or, les lignes exploitées par les compagnies de 
bateaux à vapeur étant très nombreuses, il ne sera pas sans 
profit pour le voyageur de gagner une vue d'ensemble par 
des indications spéciales. 

Nous engageons le voyageur venant du nord de la Dalmatie, 
et ayant à parcourir tout le pays à se munir de deux „Indicateurs". 
Le „ Conducteur^ de Waldheim (Indicateur pour l' Autriche-Hon- 
grie) renferme en trois sections (Le Lloyd, l'Ungaro-Croata 
et d'autres compagnies) toutes les routes prises par les diffé- 
rents bateaux à vapeur qui relient la côte autrichienne de 
l'Adriatique, de Trieste — Fiume jusqu'à Spizza. Toutefois cet 
„ Indicateur" n'indique pas les prix de passage. 

A Zara, l'éditeur 8. Artaïe fait paraître à chaque trimestre son 
„Prontuano del movimento di tutte le corse postait di mare e di 
terra: da e per Zara". Les heures d'arrivée et de départ des 
bateaux à vapeur y sont mentionnées avec précision. 

Des publications du même genre se font à Spalato et à 
Eaguse. Un itinéraire complet se trouve dans le vestibule de 
l'„Hôtel Impérial" à Eaguse. D'ailleurs, on trouve dans chaque 



Bemarquea particulières au sujet des „Guide8 du voyageur" etc. 9 

bateau à vapeur un itinéraire complet où tous les endroits où 
le bateau aborde sont scrupuleusement mentionnés. 

Quiconque voudra s'orienter exactement pourra recourir 
aux différentes feuilles de la carte spéciale dressée par V„In' 
stitut géographique militaire^ pour toute la monarchie d'Autriche- 
Hongrie. Les feuilles concernant la Dalmatie (à 1 couronne la 
pièce) se trouvent dans toutes les librairies de Trieste, de Pola, de 
Fiume, de Zara et de Spalato. Elles sont marquées du nord au 
sud (latitude géographique), par des chiffres romains, et de 
l'ouest à l'est par des chiffres arabes. 

* 

Une côte méditerranéenne, telle que celle de la Dalmatie 
dont la perspective embrasse d'un côté la mer et la haute 
montagne, de l'autre côté, des villes, des ruines, des scènes 
d'une végétation variée, offre des tous les côtés aux peintres et 
aux photographes un riche champ à exploiter. Aussi, à V „ Hôtel 
des Artistes viennois'^ (Wiener Ktinstlerhaus), de même que dans 
les „Expositions d'amateurs" du „Cltib des Touristes d'Autriche^, 
le visiteur pourra voir, presque toujours, des séries plus ou 
moins complètes de reproductions de sujets dalmates. Les voya- 
geurs aiment d'autant plus à emporter en souvenirs de pareils 
albums, qui ont succédé, à la satisfaction du public, aux 
^Panoramas des côtes de VIstrie et de la Dalmatie" publiés autre- 
fois par la ^Société du Lloyd autrichien" qu'au lieu d'être repro- 
duits en noir, comme les photographies dues à M. Béer de 
Klagenfurt, ils sont polychromes. Les „photographies multico- 
lores", exécutées récemment par la maison de librairie univer- 
sellement connue: „Photoglobt" de Zuric, et comprenant une 
riche collection d'excellentes reproductions de scènes de Dal- 
matie, méritent à ce point de vue d'être signalées aux voya- 
geurs. Tous les croquis sont si bien réussis que celui-là même 
qui n'aura pas vu de ses propres yeux les objets qu'ils repré- 
sentent, éprouvera un vif plaisir à les contempler. Les repro- 
ductions du „Photoglobe" se vendent dans les librairies de Zara, 
de Raguse et de Spalato au prix de 1 couronne 20 heller la 
pièce. 

Dans le prix des billets qu'on prend au bureau de l'agence 
des compagnies avant l'embarquement, la cabine et la nourri- 
ture ne sont pas comprises. D'ailleurs la compagnie concède 



10 Renseignements pratiques pour le voyageur. 

70 kilogi'aEûines de bagages au voyageur de première, 50 kilo- 
grammes au voyageur de seconde classe. Les enfants entre 
deux et dix ans ne paient que demi-place et, s'il y a deux 
enfants, le billet entier pour les deux donne droit à un lit. 
Les enfants au-dessous de deux ans ne paient pas de passage. 

* 

Depuis Tannée dernière, le Lloyd, l'Ungaro-Croata, la 
Ragusea et S. Topic & Cie se sont entendus pour dé- 
livrer des billets circulaires de première classe donnant droit 
au passage de Trieste ou de Fiume jusqu'à Cattaro à bord 
des navires de ces quatre compagnies, et à un séjour gratis de 
deux jours à l'„Hôtel Impérial" de Baguse. Les billets sont 
délivrés an prix modique de 90 couronnes. 

* 

La pension à bord est surtout avantageuse pour les passa- 
gers faisant une longue traversée, et particulièrement pour ceux 
qui s'embarquent sur les bateaux à vapeur express. 

Les bateaux du Lloyd et de l'Ungaro-Croata sont renommés 
pour leur excellente nourriture et la modicité des prix. 

Toutefois nous conseillons à ceux qui craignent le mal de 
mer de s'abstenir, quelques jours avant l'embarquement, de 
fruits, de glaces et, enfin, de tout ce qui pourrait déranger 
l'estomac. 

En général l'air de la mer, par sa pureté et ses éléments 
légèrement salins, aiguise l'appétit. Là, il n'y a rien à crain- 
dre de la poussière ni des miasmes ou des bacilles. Les organes 
respiratoires peuvent fonctionner librement, et le calme profond 
de la mer est de nature à refaire les nerfs le plus violemment 
atteints par la souiïrance et la maladie. 

* 

Une charmante distraction qui s'offre au voyageur désireux 
de jouir des beautés de la mer, c'est la promenade en barque. 
Souvent les bateaux ne desservent pas les côtes ou les îles 
qu'on voudrait visiter ; en ce cas, et pour les petites courses de 
Eaguse à Lacroma, à Gravosa, àl'Ombla ou aux Bocche di Cattaro, 
le voyageur aura recours à une barque où il sera sûr de 
faire une promenade des plus agréables. Toutefois nous lui 
recommandons de s'entendre d'avance avec le batelier, qu'il 
y ait ou non des tarifs comme à Eaguse. Pendant les belles 



Remarques partioialières au sujet des «Guides du voyageur" etc. 11 

journées d'hiver, les promenades en barque sont d'un grand agré- 
ment pourvu qu'elles se fassent durant les heures les plus 
chaudes de la journée. 

Généralement on emploie les premières heures de la ma- 
tinée à visiter les musées et à se promener en ville. Le soir 
on aime à fréquenter le „corso" qui, comme en Italie, est la 
promenade du monde élégant. 

Quelquefois il arrive dans la saison chaude, c'est-à-dire 
de la mi-juin jusqu'à la fin de septembre, que les dernières 
heures de la matinée paraissent plus étouffantes que les 
heures de l'après-midi, où ordinairement soulfle une brise ra- 
fraîchissante. Nous conseillons donc au voyageur qui passera 
la saison des bains en Dalmatie, de prendre son bain vers la 
fin de la matinée et de faire la sieste après le repas. Le pro- 
meneur est libre de choisir une petite place bien ombragée 
pour s'étendre mollement sur la mousse, en écoutant le doux 
clapotement des vagues, et en contemplant le bleu azuré de la 
mer et du ciel. 

Ce conseil ne s'adresse qu'aux voyageurs qui feront un plus 
long séjour aux bords de l'Adria, car il nous paraît naturel 
que le voyageur pressé emploie plutôt son temps à visiter les 
musées etc. Dans la saison chaude, les promenades en barque 
peuvent se faire à toute heure du jour; nous engageons le 
voyageur à se servir de petits bateaux, de préférence aux 
voitures, pour toute course qui peut se faire des deux ma- 
nières ; le soleil dardant en plein sur les routes poussiéreuses y 
produit une chaleur étouffante et un air détestable, qui peuvent 
vous gâter la promenade même la plus pittoresque. 



Tout voyageur venant en Dalmatie doit se munir à la fois 
de vêtements chauds et légers. Même si la journée est d'une 
chaleur accablante, il faudra, été ou hiver, se pourvoir d'un 
costume propre à préserver des intempéries fréquentes; après 
le coucher du soleil, le temps tourne toujours au frais; c'est le 
moment où l'on se refroidit le plus si l'on n'est pas prévenu. 
En général, il faut se munir de tout ce dont on aurait besoin 
pour une excursion dans les montagnes, à l'exception des cordes, 
qui seraient superflues. 



12 Benseignements pratiques pour le voyageur. 

Quant aux lettres de recommandation et aux passeports, ils 
ne sont de rigueur qu'au cas que le voyageur désire faire 
des études spéciales ou être admis dans la bonne société 
dalmate. 

Les habitants de la Dalmatie sont en général slaves 
(croates et serbes). Toutefois on parle italien dans toutes les 
villes fréquentées par les voyageurs; on parle français et 
allemand dans tous les hôtels et cafés. Pourtant, pour faciliter 
les rapports avec le peuple, nous engageons le voyageur à se 
familiariser avec quelques mots slaves. L'étranger peut faire, 
à l'heure qu'il est, en toute sécurité des courses dans les mon- 
tagnes du Monténégro et dans la KrivoSije, du Vélebit jusqu'à 
l'Orjen et au Lovien ; la seule précaution à prendre est d'engager 
un guide sûr et recommandé par des gens compétents. 

L'étranger faisant des courses à l'intérieur du pa,ys pré- 
férera naturellement une voiture de louage à la diligence presque 
toujours au complet et qui ne peut s'arrêter à tous les endroits 
qui intéressent le voyageur. Toutefois il est bon de s'entendre 
préalablement sur le prix lorsqu'il s'agit d'une voiture de 
louage (voir: l'excursion Eagusa — Trebinje, Cattaro etc.) 

La Dalmatie ne tardera pas à posséder plusieurs hôtels de 
premier ordre. A Baguse, l'„Hôtel Impérial", ouvert depuis 
quelques années, est fort recherché des voyageurs. Bientôt 
Cattaro, Castelnuovo et Spalato offriront, à leur tour, des 
hôtels spacieux aux touristes 

On conçoit que, si l'étranger pénètre dans de petites lo- 
calités peu fréquentées, il n'y trouve que de simples auberges. 
Nous engageons donc tout le monde à choisir une grande 
ville, comme Zara, Spalato etc., pour point de départ et comme 

centre d'excursions. 

* 

Nous croyons donner un renseignement précieux au voya- 
geur en lui faisant savoir que la monnaie autrichienne (la 
couronne = Y, florin = 1 franc 05 c. se divise en 100 JieUer) a cours 
non seulement en Dalmatie, mais aussi en Bosnie, dans l'Herzé- 
govine et dans le Monténégro. 



Remarques particulières au sujet des „Guides du voyageur" etc. IB 

En général, la vie en Dalmatie n'est pas chère et les 
voyageurs s'accordent à dire que les prix des hôtels, de la 
nourriture, des voitures, des barques etc. sont fort modiques. 

La Dalmatie peut vanter, à juste titre, son excellent vin, 
qui, dès à présent, jouit d'une grande réputation. A Zara, à 
Spalato, à Baguse et à Cattaro, on peut se procurer de la 
Tx)nne bière. 

La mer est fort riche en poissons, langoustes et autres 
crustacés. Les fruits, particulièrement les oranges, sont fort 
estimés. Parmi les légumes les plus recherchés, signalons les 
asperges sauvages, les „broccoli" (choux de Bruxelles) etc. 







III. Aperçu général de la Dalmatie. 



Situation et superficie. 

La Dalmatie est la province la plus méridionale de la 
monarchie Austro-Hongroise et s'étend du nord au sud sur un 
espace de 2° 47' de latitude nord, et de l'ouest à l'est par 
4° 33' de longitude est de l'île de Ferro. 

Le point le plus septentrional est la Punta Kusaca de l'île 
Grégoire (44° 33') située devant la grande île d'Arbe. La lati- 
tude de ce point se trouve être entre celles de Milan et de 
Bologne. Quant au point le plus méridional, il est situé sur 
la rive droite de la Zeljeznica, à la frontière entre Spizza et le 
Monténégro, «/^^ plus au nord que Rome. 

Le point le plus occidental est le scoglio Grujica, sous 44° 25' 
de latitude nord et 32° 14' de longitude est de Ferro, situation 
équivalant à peu près à celle de Prague. Quant au point le plus 
oriental, il peut être fixé au groupe de maisons Bankovic à 
Spizza (42° T'/^' de latitude nord), par 36° 47' de longitude à 
l'est de l'île de Ferro, c'est-à-dire Vj® plus à l'est que Budapest. 

La plus grande extension de la Dalmatie est, du nord-ouest 
au sud-est, de 460 kilomètres entre l'île Grégoire et Spizza, sui- 
terre ferme de 380 kilomètres, du Debeli Kuk jusqu'à Spizza. 
De toutes les lignes perpendiculaires dans cette direction,, la 
plus étendue est celle qui va du canal Zirona (à l'ouest de Traù) 
au Janski Vrh dans les Alpes Dinar iques. La largeur du pays 
est de 65 kilomètres. 

D'après la „Revue Mensuelle de statistique", la superficie 
du pays est de 12.841*41 kilomètres carrés (soit 4-28Vo de la super- 
ficie de la monarchie entière). 10.358 kilomètres en constituent la 
terre ferme, 2387 kilomètres se répartissent sur les îles, dont les 
plus grandes seules s'élèvent au nombre de 50. Quant aux plus 
petites, leur nombre peut s'élever, selon Pline, à plus de 1000. 



Division Ua pays et conflgiirutîon dn 



Division du pays et configuration du sol. 15 

Division du pays et configuration du soL 

La Dalmatie est un long littoral et qui se rétrécit vers le 
sud-ouest. On la divise en trois régions principales: 

La Dalmatie septentrionale (la Liburnie de l'antiquité); 

la Dalmatie moyenne (entre la Krka et la Narenta); 

la Dalmatie méridionale (comprenant le territoire de l'ancienne 
république de Eaguse et des Bocche di Cattaro). 

La Dalmatie septentrionale. 

Elle est bornée, sur le continent, par la haute chaîne du 
Vélebit prenant sa direction vers le sud et séparant, vers sa 
partie méridionale, la Croatie de la Dalmatie dans une direction 
est-sud-est. La frontière se trouvant être près de la crête, les 
hautes cimes appartiennent au territoire croate (Sveto Brdo ou 
mont Sacré 1753 mètres, Vaganski Vrh 1758 mètres). Au pied des 
montagnes coule la Zrmanja qui se jette dans la mer de Novi- 
grad. Au sud de cette rivière s'étendent, du nord-ouest au sud- 
est, une suite de montagnes diminuant de hauteur à mesure 
qu'elles se rapprochent de la mer de même que le reste des 
plateaux qui les entrecoupent. 

La Krka, célèbre par ses cataractes et par ses rives escar- 
pées, forme la frontière de ces districts qui portent divers noms 
locaux. 

La Dalmatie moyenne. 

Une des sources de la Krka, la Budisnjica, sépare le Véle- 
bit des Alpes Dinariques qui forment au sud-est la frontière 
entre la Dalmatie et la Bosnie. La Dinar a (1831 mètres) en est 
la cime la plus haute sur le territoire dalmate, sa partie 
occidentale se présente comme une magnifique muraille de 
rochers à pic. On divise la région qui se trouve entre la côte 
et les Alpes Dinariques en trois parties : 

a) La partie septentrionale traversée à l'est par la Cetina 
et à l'ouest par la Ôikola. Entre les deux rivières s'élève, à la 
hauteur de 1509 mètres, la chaîne de Svilaja. 

A l'est de la Krka se trouve la Fromina (1148 mètres), 
riche en lignite, descendant vers l'est jusqu'aux bas-fonds 
intéressants de Kosovo et de Petrovo Polje. Les mon- 
tagnes au sud de la Ôikola se terminent par le Mont Tartaro 
près de Sebenico (496 mètres). 



16 Aperçu général de la Dalmatie. 

b) La partie centrale de la Dalmatie moyenne s'étend de 
la ligne Sébenico — Sitij à la Cetina inférieure. Le Kon^aJc près de 
Spalato (780 mètres), ainsi que le Mosor, qui se dressent dans ce 
territoire, sont séparés par le célèbre défilé de Glissa dont la 
forteresse du même nom mérite d'être signalée. Le „PoZ/c" de 
Sinj est une vaste plaine. 

c) Dans la partie méridionale de la Dalmatie moyenne, le 
territoire se rétrécit. Située entre la Narenta et la Cetina, 
cette partie est occupée à l'ouest par la chaîne du Biokovo 
dont la cime la plus élevée est le Soeti Juro (1762 mètres), d'où 
l'on jouit d'une vue très étendue. 

La Dalmatie méridionale. 

L'embouchure de la Narenta forme une excellente ligne de 
démarcation entre la Dalmatie moyenne et la Dalmatie méri- 
dionale. Elle est de même considérée avec raison, au point de 
vue historique, comme la frontière de ces deux régions. En effet, 
au sud de l'embouchure de la Narenta se trouvent deux enclaves 
faisant partie de l'Herzégovine et s'étendant jusqu'à la mer. 
La république de Eaguse, au temps de la domination turque, 
s'était plu à les maintenir, se souciant peu de posséder un 
territoire limitrophe de l'ambitieuse Venise. La Dalmatie mé- 
ridionale se divise en deux régions: 

a) La partie septentrionale ou l'étroite pente des montagnes 
herzégoviniennes à l'ouest de la rivière Trebiânjica, répondant 
à l'ancien territoire de la république de Baguse. 

h) La région montagneuse de la Krivos^ije et des Bocéhe di 
Cattaro où se dresse la plus haute montagne de la Dalmatie, 
VOrjen (1895 mètres), formant la frontière entre la Dalmatie, 
l'Herzégovine et le Monténégro. 

Coup d'ceil géologique. 

Tous les territoires au nord et à l'est de l'Adriatique appar- 
tiennent, selon le géographe Supan, au Karst qui s'étend depuis 
la Carniole jusqu'au sud de la Dalmatie. 

D'une largeur de 180 kilomètres, les chaînes forment un 
système de plis calcaires de l'époque mésozoïque, où se trouvent, 
en des gisements plus ou moins larges, des strates éocènes 
sablonneuses et mollement marneuses. Les rochers nus et man- 



Coup d'œil géologique. iT 

quant de toute végétation ne se trouvent que dans la chaîne 
calcaire, mais celle-ci dominant toute la région porte ce carac- 
tère particulier. Les chaînes appartiennent à la formation géo- 
logique de la craie, et spécialement à la „craie supérieures^, qui 
est caractérisée par les hippurites (rudistes), c'est-à-dire par une 
espèce déjà éteinte de coquillages dont les restes pétrifiés composent 
des montagnes puissantes dans tous les pays de la Méditerranée. 

La vallée qui, accompagnant la Getina, s'élargit à Sinj, 
divise la chaîne de montagnes de l'intérieur du pays en deux 
parties: 1. Celle qui forme la frontière; 2. celle de Svilaja. 
Parallèlement à cette chaîne s'étend celle du littoral, renfermant 
avec la Svilaja la „ grande dépression du Flysch de la Dalmatie 
septentrionale". 

Cette zone est peu développée; toutefois, au point de vue 
orographique, on la reconnaît distinctement par une dépression 
de terrain servant de lit au lac périodique de Jezero. 

Les îles dalmates, en partie détachées de la terre ferme; sont 
formées de plis calcaires de la craie, de vallons éocènes parfois 
sous-marins. La cohésion ancienne des îles avec la terre ferme est 
prouvée par les ossements antédiluviens de rhinocéros, de chevaux 
et de cerfs qu'on rencontre dans l'île de Lésina, vu qu'une 
faune aussi riche ne saurait se développer que dans de vastes 
régions. Dans les îles de Giuppana, de Curzola et dans la pres- 
qu'île de Sabhioncello, on trouve des chacals. Les géologues attri- 
buent ce détachement à l'abaissement graduel des chaînes de mon- 
tagnes calcaires vers l'Adriatique lequel a aussi formé les anses 
et criques de Sabhioncello, de Gravosa et surtout des Bocche di 
Cattaro, ayant toutes le caractère de fjords. Ce qui caractérise par- 
ticulièrement tout le Karst, c'est la formation incomplète des 
vallées. Au lieu de vallons où les eaux couleraient depuis 
leur source jusqu'à leur embouchure, il se forme des bassins 
oblongs ou ronds fermés comme par des écluses. Un phénomène 
caractéristique du Karst dalmate, c'est le grand nombre de 
cavernes et de grottes qu'on trouve sur les côtes escarpées 
(MagniM BéU-GroUe ou Spila Betina près de Eaguse, la Grotte 
bleue de Busi, les grottes de Meleda, de Lagosta, la Strama Pec 
dans l'Isola Lunga etc). Citons encore, dans l'intérieur du pays, 
les grottes de Vfiiha, celles qui se trouvent aux sources de la 
Cetina, celle de la Krka, la grotte à^Esctdape (Sipun) près de 
Bagusavecchia. 

La Dalmatie. 2 



18 Aperçu général de la Dalmatie. 

Mer, lacs, rivières. 

La Dalmatie est baignée par TAdriatique sur une étendue 
de 380 kilomètres. Toutefois, si Ton prend en considération ses 
nombreuses baies et presqu'îles, son littoral peut être évalué 
à environ 560 kilomètres. La mer qui, dans l'intérieur du golfe 
de Trieste, n'atteint que près de Parenzo la profondeur de 
37 mètres, et dans le Quarnero (Fiume) près de 60 mètres, est 
déjà profonde de 100 mètres entre les îles de Cherso et d'Arbe, 
et de 214 mètres au sud-ouest de Tîle de Zuri (èirje), éloignée de 
40 kilomètres de la terre ferme. Au sud de Lagosta, à Pouest 
de Eaguse, la mer présente quelquefois la profondeur de 100 à 
150 mètres ; dans les Bocche di Cattaro, elle n'est que de 50 mètres 
vers l'embouchure; à l'ouest de la punta d'Ostro, elle atteint 
100 mètres. La profondeur du bassin septentrional de l'Adriatique 
(depuis Trieste jusqu'à la presqu'île italienne de Gargano, aux 
îles de Pelagosa, de Cazza et Curzola) ne dépasse nulle part le 
chiffre de 240 mètres; par contre, au sud-est de cette ligne, le 
terrain sousmarin va baissant de telle façon qu'à mi-chemin de 
Cattaro à Brindisi, la profondeur est de 1590 mètres, la plus 
considérable de toute l'Adriatique. 

Le flux et le reflux sont cependant peu marqués près de 
Raguse, le courant côtier est d'environ une demi-lieue marine 
par heure, et d'une lieue dans le canal de Maltempo. 

Le plus grand lac de la Dalmatie, le lac Vrana près de Zara; 
a une superficie de 28 kilomètres carrés. Pendant l'hiver ses eaux 
saumâtres inondent la plaine marécageuse de Vranjsko Blato 
(Palude di Vrana) et elles couvrent même en été une grande surface 
de terres tandis que les autres lacs du pays, à l'exception des 
lacs fluviaux de la Krka, sont, à cette époque de l'année, secs 
ou réduits à des marais insignifiants. 

Le Jezero-Blato près d'Imoski, ainsi que le lago di Baëina 
(Baôinsko Jezero), au nord de l'embouchure de la Narenta, ne 
sont jamais à sec. Parmi les lacs périodiquement secs, citons 
le Nadinsko Blato (entre Zara et Benkovac), le Eastok près de 
Vrgorac, le Matica Jezero dans le Karst, le Vélo Blato dans 
l'île de Pago, le Lago di Meleda dans l'île de Meleda. 



Mer, lacs, rivières. 19 

La plus grande partie de la côte dalmate est sillonnée de 
sources sous-marines qui forment ensuite des rivières. La plus 
remarquable est TOmbla, dont l'œil ne peut pas suivre le cours 
à travers les terres et qu'on pourrait considérer comme un 
canal d'eau saumâtre. Dans son cours inférieur l'eau est salée. 

Certains cours d'eau jaillissent de dessous un rocher, dans une 
grotte, ou à l'extrémité supérieure d'un polje, pour continuer 
leur cours sur la surface de la terre, comme la Cetina ou bien comme 
la plupart des rivières de polje (la Matica) et disparaissent à 
l'autre extrémité du dit polje sous de nouveaux rochers pour re- 
prendre leur cours souterrain. 

Quatre fleuves coulant sur la surface de la terre attirent 
notre attention. La Zrmanja, anciennement Tedanus, prenant sa 
source dans la contrée croate de Lika sur les confins du Véle- 
bit, coule d'abord vers le sud, ensuite vers l'ouest, et se jette 
dans la mer de Novigrad. Dans son cours supérieur, elle est, 
à l'instar de l'Ombla, à demi rivière et à demi canal maritime. 

La Krka, marquant dans les temps anciens, sous le nom de 
,,Titius", la frontière entre la Liburnie et la Dalmatie, prend 
sa source à l'est de Knin près de Topolje. Elle jaillit d'une 
caverne aux pieds du mont Krâevac, mais en hiver se déverse, par- 
dessus les rochers, qui la dominent le torrent de Krkié qui prend 
sa source au pied de la Dinara. La Krka reçoit ensuite, sur la 
rive gauche, la KosovÔica, puis, au-dessous de Knin sur la 
rive droite, les ruisseaux de BudiSnjica et de Radiljevica qui 
naissent entre le Vélebit et la Dinara. Plus loin le fleuve va 
former deux petits lacs fluviaux, puis deux cataractes et, avant 
d'arriver à Scardona, une série de grands lacs fluviaux. La Krka 
reçoit encore la Ôikola et, depuis Scardona où elle devient une 
espèce de canal maritime, elle est navigable. 

La Cetina, anciennement Tilurus, est la plus longue rivière 
de la Dalmatie. Elle prend sa source dans les Alpes Dinariques et 
sort de plusieurs trous fort petits mais très profonds, remplis 
d'eau. La Cetina coule d'abord vers le sud-est, ensuite vers le 
sud et décrit une courbe aiguë autour des montagnes Mosor et 
Poljica, puis se précipite après un cours de 98 kilomètres fort 
pittoresque, dans un gouffre de 100 mètres ; ensuite elle se jette 
dans le canal délia Brazza. 

La Narenta (le Naro antique), prenant sa source dans le 
Viljak sur le territoire de Suljaga à la frontière bosniaco-herzé- 

2* 



20 Aperçu général de la Daliuatie. 

govinienne, ne pénètre dans la Dalmatie qu^après un cours de 
30 kilomètres. Autrefois son delta était très marécageux, mais 
aujourd'hui la rivière a un lit très régulier. Jusqu'à Metkovic, 
d'où part le chemin de fer de Mostar, elle est navigable pour 
des vaisseaux du port de 800 tonneaux. La Narenta est 
poissonneuse, ses rives sont fertiles et fort riches en volatiles, 
d'innombrables légions de petits oiseaux les animent. 

Climat. 

La température de la Dalmatie est celle des pays baignés 
par la Méditerranée, dont les étés sont très secs, la pluie ne 
tombant ordinairement que dans les mois d'hiver; la 
saison estivale dure longtemps. A mesure qu'on se dirige 
vers le nord, les pluies deviennent plus fréquentes en 
toute saison, et à la frontière septentrionale du territoire de 
l'Adriatique, au pied du contrefort sud des Alpes, l'été est la 
saison des pluies. 

Le quantum des pluies est en général supérieur à celui 
de l'Europe centrale, particulièrement sur la côte orientale de 
l'Adriatique. 

Cette humidité provient probablement de ce qu'au nord 
comme au sud, des montagnes élevées se rapprochent de la mer 
et qu'elles provoquent la liquéfaction des vapeurs d'eau contenues 
dans les brises marines. 

Le quantum des pluies est modéré sur la côte, de 700 à 
1000 millimètres; par contre il augmente considérablement à. 
mesure qu'on se rapproche des montagnes et proportionnellement 
à leur altitude. Toutefois ces grandes pluies sont en général de 
courte durée et font bientôt place à un magnifique temps esti- 
val de telle sorte qu'en ce qui concerne le nombre des jours 
sans nuages et ensoleillés, les côtes de l'Adriatique peuvent ré- 
clamer le premier rang dans les pays du soleil. Les observa- 
tions atmosphériques ont prouvé qu'il y a chaque année à Pola 
780 heures de soleil de plus qu'à Vienne. Cependant la Dalmatie 
méridionale a, en hiver, beaucoup plus de soleil que Pola. La 
sécheresse des étés sur la côte orientale de l'Adriatique est 
due à ce qu'à partir du mois de mai des mini ma baromé- 
triques se forment dans le nord de l'Afrique et dans l'Asie occi- 
dentale, cependant le maximum situé sur les Açores — un des 



Climat. 21 

,,grands centres d'action de l'atmosphère" — avance vers le 
nord. Il en résulte un régime des vents du nord-ouest et du 
nord qui dure jusqu'en septembre. Pendant cette époque, c'est 
le vent du nord-ouest ou vent du beau temps (maestro) qui 
règne et alterne de temps à autre avec le vent du nord et de l'est 
appelé „bora", ou borina quand il souffle plus faiblement. 

En hiver au contraire, beaucoup de dépressions atmosphé- 
riques passent l'Adriatique et excitent des changements de la 
direction du vent. Principalement, c'est à présent le scirocco 
qui souffle le long de la côte; ce vent du sud-est, humide, 
lourd, amenant des nuages gros de pluies, balaie la côte 
dans sa direction nord-ouest. Il ne se distingue que par le 
nom, par une plus grande humidité et par sa chaleur des vents 
du sud-est et du sud de l'Allemagne. 

La contre-partie du scirocco, c'est la bora occasionnée par 
des difiërences de température entre le bassin chaud de l'Adria- 
tique et les hautes régions de l'intérieur plus froides. En hi- 
ver, la bora souffle avec plus de fureur entre les territoires de 
Trieste, de Fiume et de Zengg. Elle ne se fait sentir en été 
que rarement, surtout quand des orages ont refroidi la tem- 
pérature. En hiver, alors que la bora fait rage, le ciel est 
couvert de nuages moutonneux dont le cours indique que le 
vent du sud souffle sur les hauteurs. Des observations scientifiques 
faites par le célèbre météorologue autrichien Hann, qui fait 
ressortir les avantages climatériques de la côte de l'Adriatique, 
il résulte qu'à partir de Lésina le climat hivernal rivalise 
avec celui de Naples. Pour constater combien grand est le 
contraste entre la Dalmatie méridionale et l'Europe centrale, 
il suffit de mentionner que les plantes (telles que le cerisier, 
le pêcher, le lilas) fleurissent à Lésina 52 jours plus tôt qu'à 
Vienne. 

A part quelques districts marécageux, le climat dalmate 
est remarquable par sa salubrité due non seulement à la pro- 
ximité de la mer, mais aussi à l'air pur des vastes régions 
peu peuplées du Karst. 

La statistique nous apprend que la moyenne de la mor- 
talité des années 1891 et 1895 a été inférieure, à Zara, à celle 
des villes importantes situées entre celle-ci et Vienne. 



22 Aperçu général de la Dalmatie. 

La flore. 

Là végétation de la Dalmatie est la même que celle des 
régions baignées par la Méditerranée ; toutefois à mesure qu'on 
gravit les montagnes du Karst, cette flore fait place à celle de 
l'Europe centrale à laquelle se joint encore, dans les régions 
les plus élevées, la âore alpestre. Il y a cependant quelques 
espèces purement locales, comme la belle „centaurea ragusina". 
La flore de la Méditerranée se distingue par le fait qu'un 
grand nombre de plantes ont deux périodes de repos, l'une en 
hiver, l'autre au plus fort de l'été à l'époque de la sécheresse. 
Cependant en Dalmatie, particulièrement dans le sud, il y 
a, dès le mois de janvier, quelques plantes qui fleurissent 
jusqu'à la mi-février, époque où s'effectue un réveil général de 
la nature. 

Le repos hivernal est des plus courts, et le repos estival 
n'est pas absolu, attendu que les plantes à feuillage persistant 
conservent leurs feuilles et que les myrtes, de même que plu- 
sieurs labiées, fleurissent seulement en juillet. On trouve égale- 
ment sur le rivage de la mer et dans les vallées marécageuses 
l'œillet maritime, le vitex (gatilier) et d'autres plantes mari- 
times. Aussitôt les pluies d'automne passées, la végétation reprend 
une vie nouvelle, le smilax grimpant, l'arbousier et les 
plantes bulbeuses fleurissent et les plantes du printemps 
recommencent à bourgeonner. Les espèces caractéristiques 
d'arbres se réunissent en divers groupes dans lesquels le chêne 
vert tient la première place. Le „quercus ilex" (espèce de „chêne") 
dont les feuilles restent vertes même en hiver, prime dans les 
taillis. Le lierre, le rosier grimpant et le chèvre-feuille entrelacés 
par la clématite y abondent. Le pin maritime (pinus maritima) 
forme de petits bois dans la presqu'île de Lapad ainsi que dans 
les îles de Lésina, Lissa, Curzola, Lagosta, Meleda, Calamotta 
et Lacroma. Les plantations récentes de cet arbre produisent 
un effet admirable par le vert tendre des feuilles qui rappelle 
celui des cèdres; dans les taillis plus anciens se trouvent des 
massifs de viornes (viburnum tinus), de genévriers, de romarins ; 
les bocages, connus dans l'île de Corse sous les noms de ,.Macchia", 
se composent principalement de erica arborescens, phillyrea, pis- 
tacia et paliurus. Dans les régions cultivées, on rencontre particu- 
lièrement des vignobles et des bosquets d'oliviers, il y a beaucoup 



La faune. 23 

de figuiers, de pêchers, de cerisiers, de caroubiers et aussi de grena- 
diers aux fleurs rouges et aux fruits magnifiques mais sauvages, 
enfin, on y rencontre des dattiers, surtout à Lésina, à 
Arbe, à Lissa, à Sabbioncello et à Baguse. A Spalato, à Can- 
nosa, dans les Bocche di Cattaro et à Baguse, on cultive les 
agrumes (orangers, citronniers) et toutes sortes de plantes exo- 
tiques. Sur le littoral, il y a nombre de plantes qui se ren- 
contrent dans l'Europe centrale comme le marronnier d'Inde et 
le robinier, le platane, le tilleul, le saule, le peuplier pyra- 
midal et, le long des routes et des chemins, des buissons de 
mûriers et d'églantiers où s'entrelacent les empélopoïdes. Dans 
les hautes régions du Karst et dans les montagnes élevées 
des Bocche di Cattaro, il y a des forêts de hêtres d'une grande 
étendue. 

La faune. 

La région du Karst, dont la limite à l'est est difficile à 
préciser, est, surtout en Dalmatie, riche en animaux de toute 
espèce. La Dalmatie se distingue par sa richesse en espèces 
caractéristiques ; elle est riche surtout en poissons et mollusques. 
Dans la vallée de la Narenta, on retrouve la faune des plaines 
hongroises; toutefois la côte appartient au domaine médi- 
terranéen. 

La faune terrestre. 

Les mammifères, à part le chacal, qu'on rencontre dans 
quelques îles (Curzola), sont le moins bien représentés. Les 
chamois du Vélebit et 22 espèces de chauves-souris sont assez 
remarquables. Par contre, le monde ailé est fort nombreux et 
singulièrement varié. La présence de l'aigle royal a été constatée 
dans les montagnes dalmates; le vautour à tête blanche (vul- 
tur fulvus), la crécerelle, le faucon voyageur (falco peregrinus) 
et l'émerillon vivent constamment dans le pays, et le faucon 
rouge a son nid dans les îles de Solta et de Bua. Quant aux 
oiseaux chanteurs, ils sont innombrables. 

Parmi les reptiles de la Dalmatie, Mojmovich attire notre 
attention sur les couleuvres en remarquant que elaphis qua- 
terradiatus et zamenis Dahlii existent seulement en Dalmatie, 
que tachymenis vivax et coelopeltis lacertina se trouvent 
aussi en Istrie. La „vipera ammodytes*' ne hante que leâ 



24 Aperçu général de la Dalmatie. 

régions montagneuses de la Dalmatie. Enfin constatons Texistence 
du „protée des grottes" (proteus anguineus) qui, comme on le 
sait, a été découvert dans les eaux souterraines de la Carniole ; 
une forme de cette curieuse créature (hypochthon Carrarae) se 
rencontre à la source de Goruèica, aux pieds de la Visoka près 
de Sinj. 

Parmi les poissons de rivière de la Dalmatie, méritent d'être 
signalées : la truite de la Narenta (salar obtusirostris), la barbe 
du Tibre (barbus plebeius), et l'anguille de rivière. D'ailleurs, 
les poissons d'eau douce ne sont pas en grand nombre, ce qui 
tient à ce que les rares fleuves du pays qui offrent un cours 
plus étendu sont en grande partie des canaux maritimes et 
possèdent plutôt une faune maritime. Quant aux animaux ar- 
ticulés, mentionnons le ver à soie et le moustique; l'hémiptère le 
plus important est le „phylloxera vastatrix". 

La faune maritime. 

Relativement à la faune maritime, Mojsisovics fait remarquer 
qu'on n'a observé que huit espèces de mammifères marins, entre 
autres le dauphin qui va en troupes, et le cachalot, qui n'a été vu 
qu'une fois, en 1863, près de Città Nuova, tandis qu'en 1885 
on en a rencontré un blessé à l'île de Lagosta. Quant aux 
espèces de poissons, l'Adriatique en est extrêmement riche. 
Tandis que la mer Baltique n'en compte que 108, la côte 
norvégienne 180 et les côtes anglaises 216, l'Adriatique en 
possède 300 espèces dont, il est vrai, on n'utilise que le plus 
petit nombre. 

Ixa pêche. 

Dans les eaux dalmates, dit le professeur Kolombatovic, 
la pêche est faite par les indigènes et les Chioggiotes. Ceux- 
là pèchent presque uniquement sur la côte tandis que les 
Chioggiotes, avec leurs voiliers pittoresques, préfèrent voguer 
sur la haute mer. 

La pêche la plus importante est celle des sardines. Elle se 
fait d'avril en octobre par les nuits sombres, et l'on y procède de 
deux manières : ou bien avec le filet de sonde (vojge) sans appât 
et sans lumière, ou bien avec de la lumière aumoyen de la grande 
seine nommée „tratta d'estate". Cette dernière pêche, fort inté- 
ressante, se pratique de la manière suivante: le commandant 



La pêche. 25 

de place s'embarque dans un petit bateau de pêche; à l'avant 
brûle du bois résineux, tandis que l'équipage composé de 
15 hommes, et la seine longue de 100 mètres, se trouvent dans 
une chaloupe plus grande; le canot illuminé attire les poissons 
vers un endroit favorable à la pêche où la chaloupe vient les 
cerner avec le filet et les enlève à bord. Presque toutes les 
sardines, les anchois, les maquereaux sont salés, entassés dans 
des barils en bois et exportés; ce n'est qu'à Lésina et à Lissa 
qu'on met les poissons en boîtes de fer blanc comme les sar- 
dines de Nantes. 

Les poissons sont petits dans les canaux peu profonds de la 
Narenta et de la Morlacca près de Castelvenier, de taille moyenne 
dans les canaux de Brazza, Solta, Lésina, très gros près de 
Eagusa vecchia, Meleda, Curzola, Lagosta, Lissa etc. La pêche 
du thon est assez importante et l'on y procède aussi de deux 
manières : dans le nord-ouest de la Dalmatie et dans le Quamero, 
on fait usage d'échelles dressées obliquement, appelées „tonnare" 
(en italien tonno,) au sommet desquelles une vigie épie l'arri- 
vée des thons. Ailleurs, on emploie la seine à thon, appelée „pa- 
landara", manœuvre qui exige une plus grande dextérité. A bord 
d'une barque appelée „Leuto" se trouvent, outre le filet d'une lon- 
gueur de 480 mètres, onze rameurs sous la direction du capi- 
taine qui observe les mouvements des thons. Des mouettes qui se 
jettent avidement sur les sardines et les anchois poursuivis 
par les thons annoncent l'approche de ces poissons. Aussitôt 
quelques hommes sont débarqués, on leur passe l'un des deux 
bouts de la corde tandis que la barque continue sa route pour 
envelopper les thons ; les autres rameurs étant débarqués 
saisissent l'autre bout de la corde et tirent la „palandara" vers 
le rivage. 

Dans les bonnes années, on pêche un million de kilogrammes 
de thons que viennent acheter des marchands de Trieste et 
de Vienne. 

La palandara, et un autre filet pareil désigné sous le nom 
de „migavica", servent aussi à pêcher la bonite (palamis sarda), 
de la même famille que le thon, mais dont la chair est plus 
isavoureuse. La pêche des thymalles est pratiquée à Sabbion- 
cello de la même manière que celle des thons; en outre 
les pêcheurs dalmates prennent dans leurs filets le barbeau, la 
brème, la raie, ainsi que des coquillages et divers céphalopodes. 



26 Aperçu général de la Dalmatie. 

La „ Société autrichienne de pisciculture" se propose parti- 
culièrement d'activer la pêche des huîtres en créant des 
bancs à huîtres. Les Crappanais (habitants du village de Crappano 
près de Sebenico) s'occupent de la fameuse pêche d'épongés. 
Depuis le mois de février jusqu'en octobre, 80 à 90 de leurs 
barques sillonnent la mer, et le profit qu'ils retirent de cette 
pêche s'élève à 20.000 florins. 

Les Chioggiotes pèchent avec de lourdes, seines et 70 bragozzi 
exercent ce métier, de novembre jusqu'en avril, sur la côte 
dalmate. 

Vers Pâques, la plupart des Chioggiotes retournent à Venise 
avec un bénéfice pouvant être évalué à 600 florins par filet, 
après avoir causé, parfois sans intention, certains préjudices à 
la pêche dalmate. 

Les mlnee. 

La Dalmatie possède, près de Siveric au pied du Monte 
Promina, une couche de lignite de 11 à 19 mètres exploitée depuis 
1835. („Société houillère austro-italienne de Turin".) Sous la 
couche de lignite se trouvent des dépôts de minerai de fer. On 
exploite, depuis 1887, le manganèse près de Castelnuovo et l'on 
utilise des dépôts de lignite près de Dubravic et de Velikaglava 
(district de Scardona). Il y a de l'asphalte dans l'île de Brazza, 
du goudron à Sinj, et de la poix dans le district de Vrgorac, 
où la maison viennoise Ludwig Kônig & Sohn vient d'acquérir 
de grandes exploitations d'asphalte. 

C'est de la carrière de Seghetto (près de Traù) qu'on extrait 
les meilleures pierres de construction. On trouve de même des 
pierres et du marbre à Curzola, à Lésina, à Brazza. Les ardoises 
viennent de Verbosca (Lésina). Il y a en outre des salines 
à Pago et à Arbe. 

Agriculture. 

L'agriculture a subi en Dalmatie de nombreuses trans- 
formations depuis l'époque vénitienne et est aujourd'hui l'objet 
de l'exploitation directe de paysans - propriétaires ruraux^ 
par excellence dans le domaine des Sette Castelli (Sept Châteaux) ► 
La culture des céréales souffre beaucoup du manque de machines 
agricoles. La culture d'assolement est aussi défectueuse. 

Enfin les ensemencements ne sont pas possibles dans les 
„polje" inondés pendant l'hiver. On cultive surtout le froment ^ 



j 



Cueillette du raisin et des olives. 27 

le maïs et l'orge, et sur une échelle moindre, le millet, le 
seigle et l'avoine. Dans la Dalmatie septentrionale domine la 
culture de l'orge, et, dans la Dalmatie moyenne celle du maïs, 
qui manque presque complètement dans les îles du milieu et 
du sud. 

De tous les pays de l'Autriche, la Dalmatie est celui qui a 
le plus de vignobles et de pâturages, par contre le moins de 
prairies et de champs. La récolte des céréales ne suffisant pas 
aux besoins de la population, une importation considérable est 
nécessaire, quoique d'autres plantes alimentaires, telles que la 
pomme de terre etc., y suppléent en partie. Dans les derniers 
temps on a planté beaucoup de chrysanthèmes (pyreihrum cinerariae- 
folium) dont les fleurs sont employées à la fabrication de poudre 
insecticide et qui offrent un coup d'œil ravissant quand au mois 
de mai ils sont en fleur. L'Etat a aussi autorisé récemment, 
dans certains districts, la culture du tabac dont la semence vient 
de l'Herzégovine, et a établi en divers endroits de grands 
entrepôts. (En 1899, on a récolté 1,376.428 kilogrammes de 
feuilles). 

La plupart des fruits cultivés en Dalmatie, pêches, poires, 
etc., sont d'excellente qualité; toutefois l'on n'exporte que les 
amandes et les figues. Ces dernières viennent bien particulière- 
ment à Lésina. 

Les seuls légumes exportés sont les choux-fleurs. Les melons 
et les concombres, quoique cultivés sur une vaste échelle, se 
consomment dans le pays même. 

Cueillette du raisin et des olives. 

La viticulture de la Dalmatie qui avait été menacée vers 
le milieu du siècle par l'apparition d'une maladie de la vigne 
(oïdium) a pris un essor extraordinaire depuis que le phylloxéra 
a apparu en France et qu'on y a été obligé, pour préparer le 
bordeaux, de le couper avec des vins venus de l'étranger, en partie 
de Hongrie et surtout de Dalmatie. 

Le vin est encore aujourd'hui le principal article d'expor- 
tation de la Dalmatie et il est fort apprécié. Les crus les plus 
remarquables sont le muscatelle d'Almissa et de Makarska, le 
vin de Lissa, le Vugava de Brazza, le marasquin (vin) de Sebenico, 
le Grk de Curzola etc. 



2d Aperçu général de la Dalmatie. 

Le district le plus commercial de Spalato en est le centre 
d'exportation; puis viennent Brazza, Lissa, Curzola, Traù, 
Sebenico et Lésina. Le commerce des olives que produit la 
Dalmatie méridionale, occupe dans le trafic le second rang. 

Forêts. 

La Dalmatie ne saurait être considérée comme un pays riche 
en bois. A l'époque vénitienne on a déboisé toutes les campagnes, 
dénudé toutes les montagnes, ce qui explique que le pays soit cou- 
vert, dans sa plus grande partie, de pâturages. Ce procédé a telle- 
ment appauvri le pays, que les racines et les souches d'arbres 
doivent être employées comme combustibles; mais, depuis 1869, 
on a pris des mesures énergiques pour remédier à cet incon- 
vénient en faisant sur la côte des plantations de pins maritimes. 
Sur tout le littoral de la Dalmatie méridionale, on voit le chêne, 
{querctAS puhescens) tandis que le frêne, le hêtre et d'autres arbres 
y sont moins nombreux. Des buissons de jujubiers rendent 
souvent dans ces taillis le passage diôicile. Dans les îles et sur 
les côtes de la Dalmatie méridionale, c'est l'yeuse {quercus Uex) 
qui l'emporte; puis on rencontre à Sabbioncello le „quercus 
cocdfera"^ qu'on voit aussi dans l'île de Brazza. Dans l'île de 
Meleda se trouve l'école forestière de Sta-Maria, où il y a de 
grandes pépinières de pins dont on peut manger les fruits. Il 
est bon de mentionner comme singularité forestière le petit 
bois de cyprès dans la presqu'île de Sabbioncello. 

Élevage des bestiaux. 

En Dalmatie l'élevage des bestiaux laisse à désirer; cepen- 
dant le „Conseil agricole" ayant réduit le nombre des chèvres 
a commencé à améliorer la race ovine en introduisant des 
brebis bosniaques. Les bœufs sont d'une petite race, servant 
plutôt aux travaux champêtres qu'à l'alimentation. Ce n'est 
que dans le voisinage des villes que le commerce du lait est 
actif. Les chevaux sont de petite taille, mais rendent de réels 
services quand ils sont bien nourris. 

La navigation. 

D'après r„Annuario marittimo" paru en 1898, la Dalmatie 
avait, en 1896, 7267 voiliers de diverse grandeur, jaugeant 
30.580 tonneaux et ayant 18.249 hommes d'équipage, ainsi que 



Industrie, Commerce. 29 

30 bateaux à vapeur jaugeant 6214 tonneaux et ayant 247 hommes 
d'équipage. 

£n 1895, le mouvement dans les 56 ports a été de: 
Entrées: 45.031 navires jaugeant 6,198.301 tonneaux, 
Sorties: 44.942 „ „ 6,195.754 „ 

La Dalmatie a trois lignes de communication régulière 
avec l'étranger: l'une avec la Grèce par l'Albanie et Corfou 
(„Lloyd"); la seconde entre Zara et Ancône („Navigazione générale 
italiana'^); enfin entre Baguse et Bari celle de la „Ragusea^^ 

Industrie. 

L'industrie en Dalmatie, qui n'est guère qu'en voie de se 
former, s'étend principalement aux branches qui sont en rapport 
immédiat avec l'agriculture, la pêche et la navigation. 

Citons la fabrication du marasquin à Zara: cette liqueur 
savoureuse jouit d'une renommée universelle. On en distille à 
Spalato en vue de l'exportation tandis que Sebenico, Traù, 
Lésina travaillent pour la consommation du pays. Le maras- 
quin se fabrique avec une espèce particulière de cerises 
(griottes) provenant de Spalato et d'Almissa. Quand on a dé- 
barrassé les cerises des noyaux, on les fait fermenter plusieurs 
jours en y ajoutant plus tard les baies de l'arbre de marasquin 
et du vin. Après la distillation on adoucit la liqueur avec du 
sucre et on la filtre soigneusement à travers du coton. Les 
branches du romarin servent à faire l'essence de romarin. 

Oommerce. 

Le principal article de commerce de la Dalmatie, c'est le vin 
dont les excellentes qualités sont généralement appréciées. Les 
vins provenant de Sebenico, de Solta et de Brazza sont exportés 
principalement en Allemagne et en Hongrie, tandis que les vins 
de Curzola et de Lissa se consomment en Autriche. Le 
commerce du vin est très animé sur la côte; les „trabaccoli" 
(voiliers à deux mâts) débitent aussi en détail le vin qu'ils 
transportent en gros. L'exportation de l'huile est très importante. 
Les figues, les raisins précoces s'expédient à Poia, à Trieste et 
à Vienne. Les châtaignes, les cerises et les melons de Spalato 
se vendent dans le pays même. 

La Dalmatie tire un grand profit du commerce des chry- 
santhèmes (voir „1' agriculture", page 27) tandis que l'exportation 



30 Aperçu général de la Dalmatie. 

des feuilles de laurier est bien inférieure à ce trafic. Les bois 
provenant des îles zaratiniennes, surtout d'Arbe, Curzola, Lé- 
sina, Lagosta et Meleda, s'expédient jusqu'à Venise. Les îles 
d'Arbe, de Pago, de Salve, d'Incoronata envoient d'excellents 
fromages à la terre ferme. 

L'intérieur de la Dalmatie fournit à l'Istrie et à Trieste 
environ 100.000 têtes de bétail. L'industrie des vers à soie est 
également assez importante. 

r 

Etant donné la nécessité d'importer aujourd'hui en Dal- 
matie tous les produits de l'industrie ainsi que le bois de 
chauffage, les céréales, l'eau-de-vie etc., il en résulte que les 
petites villes mêmes ont un très grand nombre d'entrepôts. 
Outre ces entrepôts de villes, les marchés annuels ont une 
grande importance et méritent d'être visités à cause des divers 
costumes nationaux de l'intérieur et des îles. 

Quatre banques, deux caisses d'épargne, trois sociétés 
minières et agricoles servent à encourager le commerce et l'in- 
dustrie dalmates. 

Les routes. 

En outre de 55 kilomètres de routes fluviales navigables, la 
Dalmatie avait, en 1895, 2831 kilomètres de routes carrossables 
dont 1034 kilomètres de routes de l'Etat, et leur nombre s'est 
considérablement accru depuis lors. 

Les routes principales sont la „strada mediterranea", con- 
struite par les Français, qui traverse le pays dans toute sa 
longueur, et la „strada litorale", allant de Zara à Almissa, puis 
vient la route par le Vélebit terminée en 1831, qui forme le 
chemin le plus direct entre Zara et Karlstadt. 

Depuis l'occupation de la Bosnie par l'Autriche, on a créé 
de nombreux embranchements de routes, qui partant de Metko- 
vic, Klek, Baguse, Bisano et Cattaro, conduisent dans les 
contrées voisines, telles que les routes de Eaguse — Castelnuovo — 
Cattaro, Cattaro — Cetinje etc. La route Spalato — Livno existait 
déjà, tandis que, justement avant l'occupation, on a ouvert la 
route militaire de 32 kilomètres (Rodicstrasse) Makarska — 
Vrgorac; en 1898, on a terminé la route conduisant dans la 
Xrivoâije. 



statistique de la population; sa répartition. 31 

Statistique de la population; sa répartition. 

La population de la Dalmatie, y compris les îles, s'élevait 
«n 1880 à 476.001 âmes, tandis qu'en 1890, on comptait 
527.426 habitants. 

En moyenne il y a 41 habitants par kilomètre carré, mais 
la densité de la population varie de 21 à 62 entre les pré- 
fectures de Benkovac et de Curzola, et des différences plus sen- 
sibles se manifestent dans les districts plus petits. 

En 1890, la Dalmatie comptait 13 préfectures et 33 arron- 
dissements judiciaires, 19 villes, 60 bourgades et 812 villages avec 
leurs dépendances. Le nombre des maisons était de 115.740 avec 
93.563 familles. 

Beîigion. 

En 1890, la population était composée de 439.687 catholiques, 
de 87.009 chrétiens orthodoxes serbes; les autres confessions 
n'y figuraient qu'au chiffre de 730; en tout 527.426 âmes. 

Les catholiques ressortissent à l'archevêché de Zara et 
aux cinq évêches de Sebenico, de Spalato-Makarska, Lésina, 
Haguse et Cattaro. Les orthodoxes ont des évêchés à Zara et 
k Cattaro. 

Nationalité. 

Au point de vue de la nationalité disons qu'on comptait, 
en 1890, 417.553 Croates et 80.110 Serbes, soit en tout 507.623 
ou 96 pour cent de la population totale, en outre 16.000 Italiens, 
2026 Allemands, 1412 Slaves, Tchéco-Moraves, 343 Slovènes et 
22 Polonais. 

Caractère physique de la population. 

Du temps des Eomains les Dalmates étaient déjà regardés 
comme les meilleurs soldats; durant l'époque vénitienne la 
Dalmatie fournissait les meilleurs marins, et la garde du corps 
des doges s'y recrutait. Aujourd'hui encore, c'est une des races 
les mieux constituées, les plus grandes et les plus musculeuses 
de la monarchie. 

Dans sa „Historia Naturalis", Pline vantait déjà la longé- 
vité des Dalmates. 



32 Aperçu général de la Dalmatie. 

Constitution, administration etc. 

La constitution de la Dalmatie repose sur l'ordonnance 
nationale et sur l'ordonnance concernant les élections à la diète 
(26 février 1861). D'après cette dernière, la diète dalmate se 
compose de 43 députés et envoie 11 députés à la Chambre du 
parlement autrichien. La constitution communale date du 
30 juillet 1864. 

Le pouvoir suprême, tant civil que militaire, est confié au 
gouverneur qui réside à Zara. Outre les autorités du pays, il a 
13 préfets à sa disposition. 

Les armoiries du pays montrent trois léopards couronnés 
sur un champ d'azur. 

Postes et télégraphes. 

La Dalmatie possède 146 bureaux de poste dont 90 sont en 
communication avec des stations télégraphiques. 

Faits hietoriguee. 

Epoques iUyrienne et grecque. 

Dans les temps les plus reculés, la Dalmatie était habitée 
par les lUyriens, que Movmnsen présente comme une race méri- 
dionale vigoureuse aux cheveux noirs et aux yeux bruns. Ces 
hommes étaient sobres, intrépides et fiers, mais réfractaires à la 
civilisation, et les Dalmates habitant la Dalmatie moyenne en 
étaient la souche. On y remarquait les tribus des Hylles (près 
de Zara), les Vardes (près de Eaguse), les Pirustes (Cattaro), 
les Taulantiens (dans les environs du lac de Scutari). D'abord les 
Phéniciens et les Grecs s'établirent au milieu de ces peuplades 
l'an 390 avant J.-Chr., les Syracusains s'établirent à Lissa et en 
385 avant J.-Chr. dans l'ancienne Pharia où l'on voit encore 
aujourd'hui un ouvrage de cyclopes, la porte de Gradina, près 
de Gelsa. Plus tard se formèrent de nouvelles colonies insu- 
laires grecques (Meleda, Curzola, Brazza etc.) et des colons 
partis d'Issa fondèrent de nombreux établissements sur la côte. 
Les inscriptions et les monnaies grecques, conservées pour la 
plupart à Lésina et à Lissa, nous en fournissent la preuve in- 
contestable. 

Au IV* siècle avant J.-Chr., les Scordisges, peuple celte, 
partant des contrées baignées par la Save, cherchaient à pénétrer 
dans la Dalmatie. 



Faits historiques. 

En 300 avant J.-Chr. les Ardes (près de Raguse), sous leur 
roi Berdylis, reconnurent l'autorité romaine et devinrent pirates 
sous Pleurât, attaquant même, sous Agron, son fils, Issa ou Lissa. 
Ils conquirent Issa sous leur fameuse reine Teuta, qui fit massacrer 
les envoyés romains. 

Guerres avec Borne. 

Les Bomains, lors de la guerre avec Annibal, se contentèrent 
d'abord de l'occupation d'Issa, mais lorsque les Dalmates s'allièrent 
à Persée, roi de Macédoine, ils furent vaincus par Aemilius Paulus 
(168 avant J.-Chr.) et l'Illyrie fut réduite en province romaine. 

Les Komains voulant civiliser cette nouvelle province eurent, 
de l'an 156 jusqu'en 33 avant J.-Ch., des luttes continuelles avec 
les Dalmates; enfin Auguste, ayant capturé leurs vaisseaux et 
battu leurs armées à Promina, les réduisit à l'obéissance. Toute- 
fois, avides d'indépendance, ils se soulevèrent encore une fois et 
l'an 6 de notre ère, Auguste se vit obligé d'envoyer ses meilleurs 
généraux contre les rebelles. Enfin, Tibère entrant triomphalement 
à Rome l'an 12, l'indépendance illyrienne disparut à jamais. 

La J)almatie province romaine. 

Sous Auguste l'Illyrie s'étendait depuis l'Istrie et la Save 
jusqu'au fleuve albanais Drina et comprenait aussi la Bosnie. 
Le légat impérial ou gouverneur commandait aussi les légions 
stationnées en Dalmatie, mais elles en furent retirées l'an 60 
après J.-Chr. 

La Dalmatie jouit d'une paix profonde sous les empereurs 
du II* siècle. Elle la devait au gouvernement romain et les 
souverains embellissaient Zara et Salone. Plus tard les soldats 
illyriens s'illustrèrent par leur courage; plusieurs d'entre eux, 
Claude, Aurélien, Septime, Probus etc., obtinrent la pourpre 
romaine, mais le plus célèbre d'entre eux fut Dioclétien. Avant 
ce prince, la Dalmatie était déjà divisée en trois „con vents": 
Celui de Scardona (Dalmatie septentrionale actuelle); celui de 
Salone (Dalmatie moyenne); celui de Narona (Dalmatie méri- 
dionale et Albanie septentrionale). 

Une fois par an le gouverneur réunissait les représentants 
du pays et décidait avec eux les aifaires importantes ; les chefs 
de toutes les administrations lui étaient soumis. Seule l'adminis- 

La Dalmatie. 3 



34 Aperçu général de la Dalmatie. 

stration militaire fut confiée par Constance à un ^^magister mili- 
tium" spécial. Des marchands roinains, s'étant établis dans diverses 
cités, firent fleurir le commerce; on connaît aujourd'hui plus de 
600 localités qui ont été habitées par les Romains. Bientôt Jadera, 
Salone, Burnum devinrent des villes fort importantes et l'archi- 
tecture romaine y atteignit un haut degré de perfection. 

Le christianisme ne tarda pas à' pénétrer en Dalmatie, 
comme l'atteste la „dalmatique" (vêtement sacerdotal), et l'art 
ancien s'étant inspiré de la religion chrétienne y créa des chefs- 
d'œuvre qui, selon le professeur Hauser, méritent d'être étudiés, 
car ils forment comme une espèce de transition entre l'art ancien 
et l'art néo-chrétien. 

La Dalmatie était fort riche en belles routes et en aqueducs 
lors de la splendeur romaine. Le luxe n'y paraît pas avoir été 
chose rare, à en juger par les superbes objets que l'on trouve 
encore aujourd'hui dans les musées dalmates, Quand, en 313, 
Dioclétien mourut, les Goths faisaient leurs premières invasions, 
elles devinrent plus fréquentes vers 375; Rome allait s'afFai- 
blissant et les Huns commençaient leurs migrations. 

Époque de la migration des peuples. 

Dans le partage que fit Théodose de l'empire, l'Illyrie échut 
à l'empire d'Occident. Protégée de toutes parts par ses hautes 
barrières, la Dalmatie fut plus indépendante que d'autres pro- 
vinces romaines et il arriva même qu'en 443 l'empereur d'Orient 
créa l'amiral romain Marcellin roi des Dalmates. 

Heureuse sous le gouvernement de Théodoric, roi des Ostro- 
goths, la Dalmatie succombe après une lutte de 20 ans à la 
puissance des Byzantins. Depuis lors elle fut gouvernée par 
l'exarque de Ravenne ou plutôt par son capitaine „Catapan", 
résidant à Salone. 

Le régime des exarques était généralement détesté: c'est .que 
non seulement ils augmentaient les impôts, mais que leur justice 
était cruelle et que les Dalmates furent obligés par eux de s'en- 
rôler pour faire la guerre à Chosroès, roi des Perses (600—614). 

Aussi lorsque les Slaves poussés par les Avares entrèrent, 
à la fin du VI" et au commencement du VU" siècle, en Dalmatie, 
la résistance des Dalmates était, pour ainsi dire, nulle. Peut- 
être les accueillirent-ils au premier moment comme des libérateurs 



Faits historiques. 35 

Nous savons qu'au VI' siècle le clergé jouissait d'un certain 
bien-être en Dalmatie, mais dès l'an 600 le pape Grégoire I*' 
témoigne ses condoléances à l'archevêque Maxime de Salone au 
sujet des maux soufferts par l'Eglise lors de l'invasion des Slaves. 
Ceux-ci pillaient et ravageaient la Dalmatie; mais la frayeur 
de la population fut à son comble, lorsque les Avares, dont la 
cruauté était généralement connue, se présentèrent à leur tour. 
Selon Constantin Porphyrogénète, ce fut sous le règne du faible 
Héraclius, l'an 639, que Salone fut détruite. 

C'est à cette époque que remonte la destruction d'Epidaure 
(Eagusa-vecchia) et de Eisinium (Risano). Toutefois, en 614, le 
pape Jean IV envoya un prêtre du nom de Jean en Istrie pour 
y racheter des prisonniers. 

Quelques détails sur la patrie des Croates et sur leurs migrations. 

On croit maintenant que l'arrivée des Slaves, dans le 
VU* siècle, ne peut être considérée comme celle d'un nouveau 
peuple, mais comme la poussée en avant de tribus déjà établies 
dans le pays, quoique opprimées, et provoquant ainsi un élan 
national. 

De même que les Français ont gardé le caractère des 
Gaulois et les Allemands, celui des Germains, les types que l'on 
rencontre dans les presqu'îles de l'Europe méridionale sont 
presque identiques avec ceux des peuples primitifs de la même 
région. 

Nous disons „presque identiques", parce qu'à mesure qu'ils 
s'avançaient vers le nord, les Thraces et les Illyriens se con- 
fondaient avec les Sarmates (Slaves primitifs), à l'ouest avec 
l'élément italien, enfin, au sud et sur les côtes, avec les élé- 
ments grec, phénicien et oriental. 

Dans les temps primitifs, les Slaves et les Italiens se 
fusionnèrent en Dalmatie ; peut-être même les Illyriens du temps 
romain étaient-ils d'origine demi-slave. Après la chute de l'empire 
romain, les habitants et les colons plus instruits et plus riches 
du littoral perdirent peu à peu la prédominance, et, sous la 
faible domination des Byzantins, immigraient de nouvelles 
hordes slaves: les Bjelo-Chorvates et les Bjelo-Serbes de la Po- 
logne. Dès ce moment, c'était la grande masse slave de la popu- 
lation qui décidait pour plusieurs siècles du sort du pays. 

3* 



o6 Aperçu général de la Dalmatie. 

Le pouvoir suprême passait aux souverains croates et plus tard 
à leurs successeurs, les rois de Hongrie, puis la domination 
hongroise fut remplacée par celle des Vénitiens, de même que 
celle-ci a dû, de nos jours, céder à l'essor national de la po- 
pulation indigène slave. 

Les souverains nationaux. 

Après l'invasion des Avares de 630—649, et la nouvelle 
immigration susmentionnée des Croates et des Serbes, ce sont 
seulement les côtes — le „Tliema Dalmata" dont Zara est devenue, 
après Salone, la capitale — où la domination byzantine paraît 
subsister; tout l'intérieur du pays au nord de la Islarenta 
s'appelle „Croatie" et est gouverné par des „Ëupans" ou „grands 
Zupans" croates qui prirent plus tard le nom de rois. Les 
peuples opprimés du . temps des Eomains s'étaient emparés du 
pouvoir, et il nous semble assez juste de considérer les rois 
croates comme les restaurateurs de l'ancienne royauté illyrienne. 
Nous reviendrons encore à l'époque des souverains croates 
en décrivant les ruines de leurs résidences (Nona, Bihac etc.) ; 
ou en mentionnant quelques faits de leur histoire (voir Zara 
vecchia, le vieux Biograd, Vrana etc.); pour l'aperçu suivant, 
il suffira de relever quelques rapports de l'histoire dalmate 
avec l'histoire universelle. 

Lorsque, sous Charlemagne, l'empire des Francs était le 
plus étendu, la Dalmatie s'oflfrit à se soumettre à ses lois, 
d'autant plus que le roi des Francs avait soumis les Croates 
dalmates. En 812, Charlemagne renonçait, en faveur de l'em- 
pereur byzantin Michel, à Venise et aux côtes de la Dalmatie, 
mais les ducs croates Borna et Ladislas et leur successeur 
Trpimir restaient sous la domination allemande. 

La Dalmatie méridionale et, avec elle, les Ragusains et les 
Narentins étaient indépendants et les Narentins s'adonnèrent telle- 
ment à la piraterie que l'empereur byzantin Basile se vit forcé de 
prendre les armes contre eux. 

Plus tard Byzance imposa sa domination aux Narentins et 
aux descendants de Trpimir en Croatie. Cependant leur dé- 
pendance ne se conserva que de nom et le duc Tomislav prit 
en 914 le titre de roi. Lors de la décadence des Byzantins, les 
doges de Venise Pierre Orseolo II et Othon Orseolo (991—1018) 



Faits historiques. 37 

obtinrent du roi Svetoslav le nord du littoral dalmate, tandis 
que Raguse conservait son indépendance. 

Pendant de longues années il y eut des guerres de religion 
entre les Slaves de la Dalmatie. Cependant la domination natio- 
nale se maintenait encore à Nona sous les rois Etienne (f 1052), 
Pierre KreSimir et Svinimir jusqu'à la mort de ce dernier, 
Tan 1084. 

Les villes favorables à la liturgie latine s'adressèrent au 
doge de Venise Vitale Falieri, qui prit le titre de duc de Dal- 
matie, tandis que les autres Croates ayant à leur tête Lepa 
Helena, veuve du roi Svinimir, allèrent demander la protection de 
Ladislas, roi de Hongrie, qui était le frère de la reine Helena. La 
domination magyare s'étendait, en 1113, de Zara jusqu'à Spalato ; 
Baguse et Spalato restaient sous la protection byzantine. 

Époque des guerres entre Venise et la Hongrie, et de la domination 

hongroise. 

Bientôt les Vénitiens cherchèrent à recouvrer ce qu'ils 
avaient perdu et il s'engagea entre eux et les Hongrois une 
lutte qui dura pendant tout le XII* siècle ; enfin le doge Enrico 
Dandolo réussit à détruire Zara de fond en comble. Kaguse 
même se soumit et fut obligée de reconnaître la suzeraineté de 
la république vénitienne jusqu'en 1318. Au XIII' siècle nous 
voyons la Dalmatie menacée par l'invasion des Mongols. 
A peine celle-ci eut-elle été refoulée que les hostilités entre 
Venise et la Hongrie recommencèrent. André III de Hongrie 
et Charles II de Naples continuèrent les disputes au sujet du 
trône de Hongrie; ce fut à cette époque que les fameux Subie, 
comtes de Bribir, jouaient un rôle important et parvenaient, 
après l'extinction des Arpads (1301), à faire accepter le trône 
de Hongrie à Charles d'Anjou. 

Néanmoins les côtes de la Dalmatie finirent par retomber au 
pouvoir de Venise tandis que les grands-seigneurs croates (Frangi- 
pani, Bribir etc.) se disaient indépendants de la Hongrie jusqu'à ce 
qu'ils rencontrèrent un adversaire dans la personne du fameux 
ban bosniaque Etienne Kotromanovic. Louis le Grand (1355 — 
1358) réunit la Dalmatie, depuis Zara jusqu'à Cattaro, sous le 
sceptre hongrois, mais après sa mort, les dissensions recommen- 
cèrent et l'un des partis, ayant élu Charles le Petit de Naples 
fit massacrer la veuve de Louis à Novigrad. 



38 Aperçu général de la Dalmatie. 

Pendant ce temps, le roi Tvrtko de Bosnie régnait en 
Dalmatie, et, après sa mort, Sigismond de Hongrie ne put ré- 
sister aux efforts des Vénitiens en faveur desquels Ladislas, 
fils de Charles de Naples, avait renoncé à ses droits. De 
1413 à 1420, Venise s'emparait de tout le littoral dalmate à 
l'exception de celui de la Narenta et de Raguse; cette ville 
restée indépendante paya depuis 1467 un tribut aux Turcs. 

Époque vénitienne. 

En 1479, Venise fit la paix avec le sultan Mahmoud, et en 
1481 le fils d'Etienne, KosaÔa, lui céda Makarska et le territoire 
de la Narenta. Alors Venise força les villes dalmates à ne faire le 
commerce qu'avec les pays qu'elle leur désignait. Baguse, cessant 
son commerce avec le Levant, se livra au trafic des côtes d'Italie 
et d'Espagne, tandis que les autres villes se bornaient à pratiquer 
la navigation côtière et à veiller à la sécurité de leur pays 
infesté par les pirates turcs. Ceux-ci avaient leurs repaires en 
Albanie, et il n'était pas rare que les Sandschaks de Bosna et 
de Mostar se réunissent à eux, pour infester la Dalmatie et 
la Croatie. L'histoire célèbre l'héroïsme croate lors des batailles 
de Knin et de Clissa, 1522 et 1537. 

Cependant les Turcs finirent par rester vainqueurs et huit 
ans après leur premier siège de Vienne, Clissa tombait en leur 
pouvoir (1537) et il s'approchaient déjà des murs de Spalato. 
Venise combattait encore contre les Turcs, mais se vit obligée 
de leur céder la Dalmatie. Un pacha, résidant à Clissa, gouvernait 
ce nouveau Sandschacat ; çà et là s'élevaient des mosquées qui, 
à l'exception de la ruine de DrniS, sont toutes disparues de nos 
jours. Au XVII' siècle enfin, les Dalmates commencèrent à se 
soulever contre la domination de l'islam et le pacha de Bosnie 
dut s'avancer vers Novigrad où il allait trouver un redoutable 
ennemi dans le général vénitien Foscolo. 

A la fin du XVII' siècle, l'Autriche brisa, grâce au célèbre 
prince Eugène de Savoie et après la défaite des Turcs au second 
siège de Vienne (1683), la puissance turque. 

De leur côté, les Vénitiens et, sous leurs ordres les Dalmates 
et Croates, opéraient de leur mieux. 

Par suite de la paix de Karlovitz, 1699, les Vénitiens purent 
agrandir leurs possessions en Dalmatie par ,,racquisto nuovo" 
et la nouvelle frontière s'étendait de Knin jusqu'à Cattaro. 



Faits historiqiies. 39 

Les Turcs prirent encore une fois les armes, mais repoussés 
par Venise et par l'empereur, ils durent céder en Dalmatie de 
nouveaux territoires („acquisto nuovissimo") formant la frontière 
définitive de la Dalmatie^ vénitienne qui resta telle jusqu'en 1797. 

La Dalmatie vénitienne embrassait, hors Raguse, toute la 
province actuelle. Malheureusement Venise, dont la gloire était 
à son déclin, n'avait plus la force d'opérer en ce pays, continuelle- 
ment déchiré par les guerres, un relèvement favorable à la 
civilisation. Enfin, au XVIII' siècle, lorsque tous les pays furent 
saisis de troubles et d'idées révolutionnaires dont la France 
était le berceau, ces courants pénétrèrent jusque dans cette 
petite province et occasionnèrent en Dalmatie des émeutes assez 
sérieuses (à Traù, Spalato, Sebenico). 

La première période autrichienne (1797—1805). 

Par le traité de Passarovitz, Venise, l'Istrie et la Dalmatie 
furent annexées à l'Autriche, et le 5 juillet 1797, le général 
Bukavina arrivait avec 4000 hommes à Zara où la prise de 
possession du pays jusqu'à la frontière de Raguse se fit sans 
aucune difficulté. 

De même dans les „Bocche", la prise de possession s'opéra 
assez vite, bien que Pierre I", métropolite du Monténégro, et 
le contre-amiral français Bruyères s'y opposassent. Au commence- 
ment d'octobre, le gouvernement autrichien y envoya le comte 
de Thun en qualité de gouverneur civil, pour imprimer un élan 
nouveau à la culture de la Dalmatie. L'Autriche était à peine 
entrée dans cette voie que le gouverneur rencontrait des mé- 
contents qui faisaient valoir les privilèges accordés autrefois par 
Venise, lorsque, en 1805, la paix de Presbourg céda la Dalmatie 
aux Français. 

Sous la domination française (180G—1814). 

Les Russes combattant contre les Français s'étaient fixés 
dans les „Bocche" et Raguse souffrait de leurs escarmouches 
continuelles. Enfin, en juillet 1806, le général français Molitor 
eut le dessus et Napoléon I" donna le commandement en chef au 
général Marmont. 

Ce dernier confia le gouvernement civil à Dandolo à qui 
nous devons des „Mémoires'^ au sujet de la situation de la 
Dalmatie en 1806. 



40 Aperçu général de la Dalmatie. 

Pendant ce temps les Busses combattant sur mer poussaient 
les Dalmates à la révolte qui éclata en 1807 dans la Foîjka, 
mais les Français surent la réprimer. 

La guerre avec la Eussie se termina par la paix de Tilsit, 
où toute la Dalinatie tombait au pouvoir de Napoléon à l'excep- 
tion de Lussin et de Lissa, occupées par les Anglais. 

Marmont et Dandolo tâchèrent de favoriser en tout le 
développement de laDalmatie et construisirent des routes superbes 
justement vantées. 

Pourtant, en 1809, les Dalmates, aidés des Autrichiens, se 
soulevèrent et les Français perdirent bientôt tout le territoire à 
l'exception de Zara, de Knin et de Glissa. La paix de Schœn- 
brunn laissa cependant la Dalmatie et l'Istrie aux Français, qui 
réunirent les îles du Quamero avec l'Istrie, la Dalmatie, les 
Bocche et Kaguse sous le gouvernement général d'„Illyrie". 

Lorsque Dandolo quitta le pays, les Français grevèrent les 
habitants de lourds impôts de sorte que ceux-ci passèrent la 
frontière, et en 1812 les Anglais défirent les Français entre 
Lésina et Lissa. 

En 1813, les Autrichiens manœuvrèrent en Dalmatie si habile- 
ment que le général Tomaâic, auquel peu de temps auparavant 
Knin s'était rendu, força Zara à capituler. Le général Milutinovic 
prit Raguse et Castelnuovo, repris par les Anglais et cédé au 
Monténégro, et quelque temps après, le 12 juin, les Autrichiens 
tenaient Cattaro et avaient effectué la seconde occupation des 
Bocche. 

L'esprit républicain se souleva encore une fois à Raguse, 
mais la paix de Vienne vint consacrer la suprématie de l'Autriche. 
Le pays fut réuni en 1816 à l'empire d'Autriche sous le titre 
de „royaume" et partagé en quatre districts, ceux de Zara, de 
Spalato, de Raguse, de Cattaro. 

Gouvernement autrichien depuis 1818. 

Depuis 1818, la Dalmatie jouit en paix, sous le gouvernement 
autrichien, d'un développement qui s'accentue de jour en jour, 
depuis que l'élément croate tend à prévaloir. Le peuple surtout 
se ressent particulièrement de ces améliorations de la culture 
et en jouit d'autant plus que ces résultats n'ont été obtenus qu'au 
prix d'une lutte acharnée pendant une suite de siècles. 



♦ 




* 



IV. De Trieste ou de Pola à Zara. 



Un des moments les plus beaux du voyage est sans 
contredit celui où, quittant les montagnes du Karst, on 
descend vers les régions méditerranéennes qui à leur tour s'a- 
baissent vers l'Adriatique. A partir d'Obcina, à 27 km de Trieste, 
nous avons encore, pendant quelque temps, à nos côtés le Karst 
avec ses rochers bizarrement configurés. De petits bois de 
chênes varient avec des champs cultivés enclos de murs de 
pierre qui, de leur côté, cèdent la place à des étendues larges 
et arides, où des débris de roches s'entremêlent aux buissons de 
genévriers. Mais dès cet endroit apparaissent les avant-gardes 
du midi: les vignobles. 

Une échappée de lumière nous fait voir, dans le lointain, 
l'aplanissement du terrain dans la direction de Monfalcone. Le 
train passe ensuite avec une vitesse vertigineuse par un défilé 
étroit, puis, quittant sa direction nord-ouest, décrit une courbe 
hardie vers le sud-ouest. Touchée, pour ainsi dire, par la baguette 
magique de quelque sorcier, la scène change tout d'un coup. 
A la droite du voyageur les rochers tombent à pic dans la mer, 
qui apparaît comme une grande nappe bleue et scintillante à ses 
yeux émerveillés. 

Au loin nous apparaît le campanile d'Aquileja. Le train 
franchit encore les derniers ravins du Karst, dont les rochers 
calcaires disparaissent peu à peu pour faire place à un terrain 
plus mou où croissent la vigne et l'olivier. Nous passons fort 
au-dessus de Miramare et ce n'est qu'à Barcola que la voie ferrée 
s'abaisse vers la mer. Notre vue embrasse déjà toute la ville de 
Trieste, mais le spectacle devient plus grandiose encore, lorsque 
le phare et le superbe port apparaissent à nos yeux. Les maisons 
s'élèvent en amphithéâtre vers Pirano et nous apercevons au loin 
les rues larges et spacieuses de Trieste. 



De Trie^te ou de Foin à Zara. 

arïive enfin, et les voyageurs peuvent, au sortir de la 
imirer le monument superbe du sculpteur dalmate J. RendiiS 
s citoyens de Trieste ont élevé en commémorution des 
i qu'ils se trouvent sous la domination autrichienne. 



A Trieete. 
nous dirigeant vers la droite de la gare (à l'ouest), nous 
i au Porto nuovo, dont les môles sont gardés par de 
s lirise-Umes, séparés de la gare par les entrepôts de la 



A Tr[esta. 4)i 

région du port franc. En prenant à gauche et en poursuivant la 
via Paulina et la Strada vecchia nous arrivons à Obcina. Vers 
le 8ud se trouve le marché aux poissons, fort intéressant pour 
le voyageur. 

Ayant longé ensuite le Canaie Grande, nous passons, avant 
de venir au molo S. Carlo, devant le ,,Teatro Communale". 

Le „Cûrso" sépare la vieille et la nouvelle ville. L'une des 
plus helles bâtisses de Trieste, c'est le ,,Tergestei'm". L'Hôtel 
du Lloyd, construit par l'ar- 
chitecte viennois Ferstl, ne 
laisse pas d'intéresser le voy- 
ageur. A« „Théâtre" se joi- 
gnent les j ardins situés devant 
la Piazza Grande, au fond de 
laiiuelle s'élève le superbe 
Municipio. 

En longeant le rivage, 
nous apercevons près du môle 
Giuseppina la place du même 
nom, où s'élève la statue de 
Maximilien, empereur du Me- 
xique, puis le „Musée Revol- 
tella" légué à la ville par un 
de ses citoyens; en continuant 
notre route nous arrivons à 
la „Piaixa Ltpaia", où se trou- 
vent dans ,,1'Accademia di Com- 
mercio e Nautica" deux collec- 
tions fort intéressantes: le Monument del'einperenrUaiiinilien. 
Musée d'histoire naturelle 

avec sa faune maritime et le Musée d'antiquités. Ce dernier 
attire surtout notre attention par les restes trouvés dans d'an- 
ciennes nécropoles et par les trouvailles faites à Aquilée. Du 
„Molo S. Teresa" nous gagnons facilement le „Phare". En con- 
tinuant notre route le long du chemin de fer de l'Istrie, nous 
passons devant l'arsenal d'artillerie pour arriver à ta station de 
S. André au nord de la baie de Muggia. D'ici la colline Chiarbola 
se dresse vers le fort S. Vito. Sur ses flancs s'élèvent de grands 
établissements : le „StaWlmento Tecnico Triesttno" et plus S, l'est 
l'Arsenal du „Lloyd", 



44 De Trieste ou de Pola à Zara. 

Le voyageur qui ne veut s'arrêter à Trieste qu'une journée 
pourra, après avoir fait la promenade indiquée, visiter encore 
Mixamare, château impérial, et la montagne d'Obcina ou se 
promener dans le „Boschetto" (le Bois de Boulogne de Trieste) 
jusqu'au restaurant du „Cacciatore" (chasseur), d'où il jouira 
d'une vue splendide. 

De Trieste à Pola (par le bateau). 
Service des bateatix à vapeur de Trieste à Pola. 

Distance de Trieste à Pola : 59 lieues marines (la 1. m. « 1*852 km) 

„ „ xoia „ ^ara • tu „ „ 

Durée du trajet de Trieste à Pola: 4 heures et quart; par les 
bateaux express du Lloyd de Pola à Zara : 5 heures et quart. 
Arrêt à Pola: V4 heures. 
Chemin de fer de Trieste à Pola: 3 h 7* à, 4 h Yi- 

La plupart des vapeurs quittent Trieste le matin pour offrir 
au voyageur la faculté de contempler à son aise le superbe 
spectacle que lui offre la ville s'élevant en amphithéâtre. 

En vous éloignant, vous apercevez la forêt de mâts des 
différents vaisseaux, le fouillis de maisons et l'enceinte ver- 
doyante qui les entoure. 

A 20 km de là au nord s'élève le château de Duino, bâti sur 
un rocher, tandis qu'à l'ouest s'étendent les lagunes où était 
située, il y a 2000 ans, Aquileja, prédécesseur de Trieste. 

Le soleil qui, au printemps et en automne, se lève juste 
au-dessus de Trieste, darde sur nous ses rayons lumineux. 

Nous apercevons Capodistria, Pirano où le doge Ziani vain- 
quit, en 1177, les flottes de Frédéric Barberousse, des Génois et 
des Pisans. Au fond, les salines de Sicciole attirent nos regards, 
ensuite, à l'extrémité occidentale de l'Istrie, la „Punta Salvore", 
phare qui a 36 mètres de hauteur. 

A mesure que nous avançons vers le sud, nous voyons 
Trieste se dérober à notre vue et nous apercevons Grado, tandis 
qu'à l'est s'élève à une hauteur de 1396 m le „Monte Maggiore". 

A Cittanuova la côte est plate et uniforme, mais à partir 
de Parenzo elle s'entoure de nombreux îlots et de „scogli", 
qui continuent jusqu'à Rovigno. 

Rovigno (9662 habitants) intéresse le voyageur par 
sa cathédrale qui a une certaine ressemblance avec le dôme 



Pol« (Fulj). 4B 

de St-Marc de Venise. Au haut de la tour on aperçoit les statues 
de St-Georges et de Ste-Euphémie. Un chemia de fer conduit 
à Canfanaro pour la jonction de la ligne Trieste— Diva ces — 
Pola. La plupart des vapeurs s'arrêtent à Bovigno, les bateaux 
express font seuls exception, poursuivant leur course jusqu'au 
„Canale di Fasana", qui, depuis près de 500 ans, est d'une 
grande importance militaire. C'est là que s'est livrée, en 1370, 
une grande bataille entre les Génois et les Vénitiens et qu'en 
1866 l'amiral Tégetthoff rass^bla la âotte autrichienne avant 
de partir pour Lissa. Sur les îles Brioniques se dessinent 
les premiers des forts de Pola qui lui ont valu d'être une place 
forte maritime de premier rang. 



Pois (Pulj;. 

Le bateau express de Cattaro du „Lloyd" n'y fait qu'un 
arrêt de trois quarts d'heure, les autres bateaux un arrêt d'une k 
deux heures, temps qui ne suffit pas à visiter 1',, Arsenal maritime". 

Fola qui, comme Rome et Athènes, a conservé son nom 
antique, est riche en antiquités romaines, et le voyageur sera sur- 
pris et charmé de voir l'amphithéâtre, qui lui rappellera les arènes 
de Vérone. En remontant le Corso, à gauche de l'embarcadère, 
nous passons près de la cathédrale, de la caserne d'infanterie 
et du jardin public ou jardin de la ville, derrière lequel s'élève 
l 'amphithéâtre. Ce vaste bâtiment, construit tsa pierres calcaires et 
affectant la forme d'une ellipse de 13T/, m de long et de 110'/, ni 



40 De Trieste on de Pola à Zaca. 

de diamètre, atteint en deux étages, dont celui d'en haut compte 
T2 arches, la hauteur de 24 mètres. On suppose qu'il était 
alt'ecté tout à la fois à des simulacres de combats navals. 

En nous bornant à jeter un coup d'oeil rapide sur ce 
magnifique bfttiment, nouB pouvons pousser notre promenade 



jusqu'au palais municipal. Bâti sur les ruines d'un „Forum", 
il conserve encore une partie d'un ancien temple de Diane; k ia 
même place nous apercevons le temple que la ville érigea en 
l'honneur d'Auguste, lorsque celui-ci eut élevé Pola au rang de 
capitale de l'Istrie. 



Ue Poltt à Z^r». 47 

Les inscriptions et les sculptures méritent d'être signalées 
au voyageur et nous lui coDSeillonsde ne pa.s manquer de passer 
sous le superbe arc de triomphe, richement sculpté, de la via 
Sergio, qui fut érigé par Salvia Posthuma à son mari Sergius 
Lepidius, revenant vainqueur d'une expédition d'IUyrie. 

Au sud de la „Porta aurea", nous arrivons au théâtre moderne, 
puis à l'observatoire maritime où s'élève le monument de 
Tégetthoff, créé par Kundmaun. C'est là que viennent se joindre 
les quartiers de marine, les arsenaux maritimes etc , qui attestent, 



par leur étendue, l'essor prodigieux de la marine autrichienne 
depuis la bataille de Lissa. Pour retourner à la station vous 
n'auriez qu'à traverser la „Strada Arsenale", mais pour peu 
que vous prêteriez jouir de la vue superbe sur Pola, vous pren- 
drez la „Via Giulia" en retournant vers l'amphithéâtre. 

De Pola à Zara. 

De Pola à Zara, 79 lieues marines; en ô'/^h par le bateau 
express. 

En quittant la rade de Pola, nous faisons une comparaison 
entre le port de guerre et le port marchand qui se trouvent fort 
près l'un de l'autre. Vu de loin, l'amphithéâtre est une ruine 



c de triamplic de la famille des .Serg 



60 De Triests ou de Pola à Zara. 

superbe et les nombreux forts qui entoutcnt la ville de Fola 
lui donnent un aspect guerrier imposant. Nous approchons 
de la poiiit« méridionale de l'Istrie, qui se termine par une longue 
chaîne de collines qui, à leur tour, se rétrécissent en cap. 

Bientôt noua apercevons la petite ville de Promontore, et 
après avoir passé le phare Porer érigé sur un ecogUo, nous 
voguons en pleine mer. 

Vers le nord-ouest s'étend au loin la côte de l'Istrie, au sud-est 
l'île d'Unie et nous voyons le mont Ossero sur Lussin. Partout 
ailleurs la mer nous apparaît sans limites- 



Port de guerre. 

Enfin, après un trajet de 30 lieues, nous arrivons à la hauteur 
de Sansego et de Lussinpiccolo. 

Lussinpiccolo a été, selon une ancienne légende, depuis les 
temps de l'empereur Auguste, toujours fameux par ses excellents 
marins, mais ce n'est que dans notre siècle que, grâce à un 
médecin du pays, l'excellent climat de Lussinpiccolo a été générale- 
ment connu et que cette ville a surpassé Lussingrande, autre- 
fois plus important. 

Le premier aspect de Lussinpiccolo ne charmera peut-être 
guère le voyageur jusqu'à ce qu'il ait trouvé, dans les petits 
jardins bien cultivés, le myrte, le grenadier et d'autres plantes 
méridionales. Un joli dattier se trouve dans le jardin de l'^École 



De Fola à Zara. 51 

de jeunes filles" et en ^e promenant hors di> la 'ville on sera 
étonné de voir les nOpuntiaf^ (figuiers d'Inde) utilisés comme 
haies vives et de superbes aloés. Un chemin délicieux qui conduit 
de Iiuseinpiccolo à Lussingrande vous donne une idée de la riclie 



végétation méditerranéenne qui se lait plus belle et plus riche 
à mesure qu'on s'avance vers la Dalmatie. 

Après Lussin le bateau express passe l'île d'Asinello, où. 
nous quittons les îles du Quarnero, car avec le petit ëcoglio 
Grvjica nous entrons dans les eaux dalœates. 



52 De Trieste on de Fola à Zara. 

Le bateau k vapeur prend la direction eet-sud-est pour entrer 
dans le casale di Selve entre les iles de Selve et de Premuda. Vers 
l'ouest ou jouit encore d'une vue étendue au large, tandis qu'à 
l'est nous apparaît le Vélebit, le point de repère de la Dalmatie 
continentale, qui fait le fond de ce superbe panorama. 

En longeant une suite de „P6ttini" (petits écueils rocailleux) 
la scène change d'aspect. Au loin la mer s'étend vers l'est, tandis 
qu'à l'ouest surgissent peu à, peu de petites îles: Selve, Isto, 
Meleda, et au moment où nous sommes au point le plus large 
du canal de Zara, nous croyons être au milieu d'un lac gigan- 
tesque dont les enfoncements nombreux et accidentés présentent 
un tableau d'une beauté variée et toujours pittoresque. 

Isto et Meleda au sud- 
ouest et au sud, les „Pettini" 
à l'est, Selve et Ulbo au 
nord-ouest, Planik et Msou 
au nord, Pago surplombé du 
Vélebit au nord-est, Punta- 
dura et la continuation des 
îles zaratines, tous ces rivages 
nous les voyons groupés à 
l'entour, parfois éclairés mer- 
veilleusement. Alors la mer 
échange son bleu d'airain 
contre le bleu azur et, le soir, 
une illumination radieuse se 

Luasingiande, Madonna degli PUe sur les flots, pour faire 

Angeli. place au gris uniforme du 

crépuscule. 

Le bateau prend son cours droit sur Zara et à notre gauche 

apparaît le territoire daîmate. Meleda s'eflace devant l'île de 

Sestruuj et au delà du nCanale di Mezzo" se montre l'Isola 

Déjà nous apercevons au loin la capitale de la Dalmatie, 
comme une mince traînée blanche qui longe la plage verdoyante 
surmontée de la mystérieuse cime du Vélebit. L'île d'Ugijan 
ressort soiidain de l'onde et entre cette dernière et Zara le 
canal n'offre plus qu'une largeur de 4 km. 

La vie à bord devient plus mouvementée, les matelots 
courent çà et là, préparant tout pour le débarquement et les 



De Pola à Zara. 53 

voyageurs veillent à leurs bagages, non sans admirer la vue 
caractéristique sur Zara et ses environs. La côte, toute en ver- 
dure, est entrecoupée d'établissements de bains, de fabriques de 
marasquin ; puis on aperçoit les anciens murs de la ville, ensuite 
Zara (la vieille ville) dominée par la cathédrale. Enfin nous ad- 
mirons encore la nouvelle „B,iva" avec ses maisons spacieuses 
et le bateau va s'amarrer au quai. Un dernier regard vers TJgljan, 
dont le superbe castel S. Michèle s'élève resplendissant aux 
derniers rayons du soleil couchant, et vers la longue chaîne du 
Vélebit disparaissant dans la brume du soir, et nous voilà sur 
la terre ferme pour commencer nos visites à l'intérieur de la 
Dalmatie. 




Vûi--» 



^^ ^^ ^M^ ^^1 ^HÉ ^^ "^HÉ 

uyJOm. S^Jm^ ^Jsfm wSM^ uyJOm. ^JOm S^JK»> 



"(8)-^ <L--t§" 



V. De Piume à Zara. 



Fiume (Rijeka). 

Sortis de la gare de Fiume, nous entrons dans la „Corsia 
Deâk", et en passant auprès d'une fabrique de tabac, où l'on 
traverse la voie ferrée de Karlstadt, nous arrivons à la Piazza 
Zrinyi où s'élève ,,1'Hôtel du Service maritime de Hongrie". La 
„Rive Szapâry" nous conduit enfin à la partie est du long môle, 
où viennent mouiller, entre le môle Zichy et celui d'Adamich, 
les bateaux à vapeur. Longeant la Piazza Adamich nous débou- 
chons, en passant entre l'Hôtel et le Café de l'Europe, sur le 
„Corso", ordinairement rempli d'une foule élégante. Les magasins 
sont fort beaux. 

En prenant à droite nous apercevons la tour au cadran, 
dont la porte donne accès par une ruelle sur la „Piazza 
dell' Erbe*' de la vieille ville, enfin nous apercevons le bâtiment 
de la Caisse d'épargne d'où il faut brusquement tourner à droite 
si l'on veut visiter la halle aux poissons. 

En sortant de la halle, nous apercevons le môle 3Iarie- 
Thérèse, d'une longueur de 1070 mètres qui, en brise-lames 
gigantesque, protège le port contre les vagues impétueuses du 
Quarnero. 

Nous nous arrêtons un moment pour jouir de la superbe vue 
qui nous fait embrasser, d'un même coup d'œil le Quarnero et le 
majestueux Monte Maggiore. 

Longeant le canal de Fiume nous arrivons, en passant devant 
le théâtre, à la Piazza Scarpa, où s'élève la cathédrale, datant du 
XVir siècle. 

A la droite du canal s'étendent les immenses chantiers de 
bois jusqu'à la Fiumara, petite rivière séparant Fiume de SuSak. 
En traversant un petit pont nous atteignons le chemin de Ter- 



Fiumt: (Bijeka). 56 

satto, d'où la vue étrangement pittoresque ploQge jusi^ue dans 
l'intérieur de la vallée. Il s'y trouve une papeterie et la curieuse 
source du Zvir. 

Nous continuons h suivre, au-dessus de la ialaise, le sentier à 
marches qui nous conduit au célèbre pèlerinage de Tersatto 



(Trsat), lequel a conservé l'ancien nom de Fiume (Tersatico). Sur 
la rive gauche se dressent le Calvaire aux jardins verdoyants et 
la vieille forteresse. Toutefois, si l'on ne veut passer qu'une 
journée à Fiume et visiter Abbazia et Buccari, nous engageons le 
voyageur à redescendre au môle Adamich pour y prendre un des 
bateaux- mouches desservant à toute heure les localités de la côte 



Abbazia (Opatija). 

ÂbbfLzia est, sans contredit, l'excursion la plus attrayante 

que l'on puisse faire de Fiuioe, C'est là qu'au XIV' siècle 

s'élevait l'abbaje (Abbazia) des bénédictins de San Oiacomo et 

d'où partait, en 1882, grâce ù l'écrivain Noé et au directeur 



\ 



du Chemin de fer du Sud, Frédéric Schuler, cette vigoureuse 
impulsion imprimée au développement des côtes de l'Adriatique 
qui n'ambitionne rien moins que de créer, sur ses rives 
encbantées, jusqu'à Cattaro, une nouvelle „Eiviera" prête à 
accueillir en toute saison des colonies étrangères. 



Course expresse de Fiume & Zara. 57 

Un trajet d'une heure, pareil à une charmante promenade 
sur mer, nous conduit de Fiume à Abbazia. Nous apercevons 
les carrières de Preluka et la vieille petite ville de Voloska si 
originale. 

Nous atterrissons au petit môle pittoresque et nous nous 
promenons ensuite avec délices dans le superbe jardin de la 
villa Angiolina; le parc, créé par le chevalier de Scarpa, se 
distingue par les plantes exotiques les plus rares qui y ont 
atteint des dimensions surprenantes. La villa Angiolina a sou- 
vent été le séjour préféré de la veuve de l'archiduc héritier 
Eodolphe, l'archiduchesse Stéphanie (comtesse Lonyay). En 
longeant l'établissement des bains de mer, nous arrivons à l'hôtel 
Quarnero, puis à l'intéressante petite abbaye de San Giacomo, 
enfin dans le beau jardin de l'Hôtel Stéphanie. 

Les dépendances et des villas nombreuses s'y joignent et 
nous pénétrons dans la célèbre forêt de lauriers qui est une 
des plus grandes beautés de la nature d' Abbazia. Cette forêt 
s'étend sur un kilomètre et demi pour faire place aux 
vignobles, aux forêts de chênes et de marronniers qui montent 
jusqu'à Veprinac d'où l'on jouit d'une vue magnifique. De là 
on peut pousser jusqu'au „Chalet-refuge Archiduchesse Sté- 
phanie" et commencer l'ascension du Monte Maggiore. A Abba- 
zia même, le chemin qui longe les bords de la mer, au nord 
jusqu'à Voloska, au sud jusqu'à Ika, forme, par ses coups d'oeil 
charmants, l'air embaumé des parfums des lauriers et le bleu 
foncé de la mer et du ciel, ce que l'imagination des contem- 
porains se représente sous le nom d' Abbazia. 

Course expresse de Fiume à Zara. 

(84 lieues marines à 1852 mètres.) 

Le bateau express prend directement son cours méridional 
dans le Quarnero. Fiume, toutefois, reste en vue comme 
point d'orientation. La côte septentrionale ne tarde pas à se 
déployer, de même que la chaîne de montagnes neigeuses de 
la Carniole jusqu'au Eiânjak, qu'on voit poindre à l'horizon. 
Elle forme le trait d'union entre les régions du Monte Maggiore 
et celles des montagnes croates (Kapela). Le coup d'œil qu'offrent 
au voyageur, à partir des derniers mois d'automne jusqu'au 



58 De F iu me à Zara. 

mois de mai, ces superbes r^ons alpines lorsque leurs cimes 
blanches scintillent sous un soleil éblouissant, est d'une rare 
beauté. 

Nous apercevons Veglia, île longue et fort plate, puis 
Cherso, sauvage et aride, qui nous apparaît comme une 



chaîne de montagnes dominée par le mont Si5 (638 mètres). 
Le détroit qui sépare Cherso de Veglia porte le nom de „Canale 
di Mezzo d'Istria", Nous passons près de l'île de Plavnik, si 
rapprochée de Cherso que le bateau n'a à sa disposition qu'un 
kilomètre de largeur. Maintenant la scène change; à. l'est, noua 



Course expresse de Fiume à Zara. 59 

voyons les côtes calcaires de Veglia et celle de l'île d'Arbe fort 
bien boisée. Entre les petites îles de Pervicchio et de Gregorio 
qui les accompagnent, l'œil aperçoit le sommet majestueux du 
Vélebit qui s'élève à une hauteur de 1653 mètres. 

Deux heures après le départ de Fiume apparaît à l'est, 
entre les îlots de Lagajne et de Dolfin, la pointe septentrionale 
de Pago, et au-dessus de Cherso nous voyons le mont Ossero 
sur l'île de Lussin. L'œil découvre le phare sur le scoglio de 
Trstenik et les îles de Grand et de Petit Palazziolo. 

Entre Pago et Lussin la mer a une largeur de 27 kilo- 
mètre de l'ouest à l'est ; au nord, elle se confond avec l'horizon et 
au sud. nous apercevons les mêmes petites îles de Selve, 
d'TJlbo etc. qui, dès notre trajet de Pola à Zara, faisaient 
partie d'un panorama fait pour enchanter le voyageur. 

Entre Maon et Ulbo, nous pénétrons dans le Canale di 
Zara en suivant la route que prennent les bateaux arrivant de 
Pola. 




(^"^"^ 7§^ 




VI. Zara (Zadar). 



Petit Guide de Zara. 

Musées et bibliothàques : Mnsée San Bonato ; Biblioteca Faravia ; Ar- 
chîveA de la lieutenance. 

Agences de navigation de bateaux: Lloyd autrichien, Compagnie de na- 
vigation hongroise-croate, Zaratina, Bagnsea, Negri et Cie, Topic et C'"» 
Pratelli Rismondo. 

Bureaux de change : Fratelli Mandel, G. Ferlini. 

Librairies et papeteries: Mazzanti, Nani, Sohônfeld, Stanber. 

Atelier pour costumes nationaux: B. Vukié. 

Distilleries de marasquin et de liqueurs: Calligarich, Cosmacendi, Drioli, 
Lestuzzi, Liixardo, Magazzin, Millicich, Stampalia, Ylahov. ~ 

Salle de spectacle: Teatro Nuovo. 

Établissements de bains: Manzin (ouvert toute Tannée), bains de mer 
militaire et civil (ouvert en été). 

HOtels, restaurants et cafés: Albergo al Yapore, Grand Hôtel, Hôtel 
Pilsen, Hôtellerie Gned, Birraria (brasserie) Vecchia; Café Cosmacendi, 
C^fé central, Café alla Provvidenza. 

* 

Zara, capitale de la Dalmatie, siège des autorités du pays 
et de la diète, compte 11.500 habitants. Elle offre en général 
le type des villes italiennes et, malgré sa petitesse, quelques 
traits apparents de capitale ce qui s'explique par le fait que, du 
temps des Romains, Zara jouait déjà un rôle important. *) 

Autrefois Zara se trouvait sur une presqu'île, mais les 
Vénitiens, en creusant un canal, la réduisirent en île qui est 
reliée par un pont à la terre ferme. Ils ont entouré Zara de 

*) Depuis peu de temps Zara possède l'éclairage électrique. 



da Zadra 




Bans les ruea de Zara. 61 

murs et de bastions; aux portes percées dans les murs nous 
voyons encore le lion de Saint-Marc. En 1868, Zara fut 
déclarée place libre et les armes, transportées dans l'arsenal, 
tandis que les murs, démolis peu à peu, cédaient laplace à la 
Riva Nuova ou, du côté est de la ville, se changeaient en pro- 
menades ombragées. 

Nous engageons le voyageur k faire le tour de la ville. li 
pourra jeter «n coup d'œil sur la £iva Veccbia, le port et les 
petits faubourgs Cereria et Barcagno d'où le haut-plateau 
s'étend jusque sous les cimes neigeuses du Vélehit. Nous voyons 
le phare de la „Punt' arnica" et la Riviera de Diklo couverte 
de forêts d'oliviers. 

Nous invitons le voyageur à visiter, dès qu'il aura terminé 
sa promenade autour de la ville, l'intérieur de Zara qui mérite 
tout intérêt. 



Dans 1e8 ruée de Zara. 

Certains bateaux abordent a la Riva 
Nuova à laquelle la ville nouvelle fait 
face; passant devant le bureau des postes, 
et télégraphes, le Giardino Puhlico, elle 
conduit à. la préfecture militaire. En se 
tournant vers la ville, on arrive sur 
la „Piazza délie Erbe" où l'on pourra 
faire, aux heures du matin, des études 
de types et de mœurs populaires. Nous 
contemplons lepalais de l'archevêché, flan- 
qué d'un beau jardin, et une des colonnes 
corinthiennes que Zara conserve comme 
un témoin de sa période antique. 

Cette colonne, dont le pendant se 
trouve sur la „Piazza Oolonna", provient 
d'un temple romain. La longue chaine qui 
y est suspendue par un carcan de fer 
prouve qu'elle servait de pilori dans le 
temps de la domination vénitienne. 

Nous arrivons ensuite à l'église serbe- 
orthodoxe Saint-Elia dans la„Via San Elia" 
pour déboucher sur la place de la Cathé- 



62 Zara (Zndnr). 

ârale OÙ nous apparaît la superbe façade de la cathédrale de 
Zata, citée comme une des plus belles de son genre. 

La Via del Duomo conduit à la célèbre Porta Marina et 
nous sortons sur la Biya Vecchia. C'est là encore que, comme 
autrefois, la plupart des bateaux jettent l'ancre. La scène est 
plus variée, plus romantique à cause des jardins nombreux 
qui relient les maisons, et présente un contraste frappant avec 
l'élégante, mais uniforme Biva Nuova. 



Ce qui intéresse le plus, c'est la nPorta marina", qu'on 
suppose, d'après l'inscription qui y est gravée, avoir été érigée 
par Melia Annina à son époux Lepitius Bassus. Une autre 
inscription remont« à 1571, l'année de la bata.ille navale de 
Lépanto; c'est un des vestiges qu'a laissés sur le territoire 
daim ate la domination des Vénitiens. 



DaD9 Un mes de Zaca. 63 

Pour traverser la ville dans toute sa longueur nous revenons 
à la nPiazzetta Marina", et nous prenons à gauche en traversant la 
„Piazza dei Signori", autrefois la promenade principale de Zara, 
itre route dans la Via S. Simeone jusqu'à l'église 

plutôt petites, ont presque toutes, selon les 
règles de l'art italien ou vénitien, de ces petites cours char- 
mantes et poétiques où la fontaine est encadrée de colonnes 
gracieuses, où les fenêtres sont richement 
ornées de sculptures et qu'ombragent des 
bosquets frais au lierre toujours vert. 

Sur la „Piazza dei Signori" nous aperce- 
vons l'antique tour à l'horloge et en face 
d'elle Ja „Loggia publica", qui, datant de San- 
micheli, porte l'inscription latine suivante; 
flic rfgimtn purvm viagno^e facta manent.*) 
Selon Cattalinich la salle de justice était trans- 
formée, dans le carnaval, en salle de danse 
et la chambre de torture servait alors de 
boudoir aux dames. 

Il faut mentionner en outre l'hôtel de 
ville dont l'antique cadran solaire porte le 
millésime 1790. En suivant la „Via Carriera" 
nous arrivons au Campo S. Simeone et, après 
avoir dépassé le palais de la „Lieutenance'', 
à l'église S. Simeone. Enfin arrivés à la 
„Fiazza Colonna", nous rencontrons la colonne 
i et deux autres curiosités antiques, 
1 de „Bovo d'Antona" et 
de „Cinque Pozzi". 

Kous montons au „Giardino publico", Pinîïn Colonna. 
puis, nous apercevons comme un immense 
prisme à cinq angles, l'antique tour „Torre Bovo d'Antona", 
datant du temps où Zara se trouvait encore sur une presqu'île. 
Les Français l'utilisèrent pour y établir un télégraphe. La vue 
que l'oeil embrasse du haut de cette tour est des plus splendides. 

Les ,,Cinque Pozzi" ne sont pas autre chose que cinq 
pierre qui servaient autrefois de bouches 

') Ici résilient un gouvernemïnt .[nete et (le amtiila faits. 



64 Zara (Zadar). 

à un chef-d'œuvre hydrotechnique souterrain, commencé par 
Sanmicheli et terminé en 1574 par Grimani. Depuis 1838 l'aque- 
duc de Zara alimente d'eau les fontaines et puits de la ville. 

Dans le „Giardino publico", créé par le baron de Welden, 
se trouve un Café. Prenant à droite nous arrivons, après 
avoir passé la Via S. Maria, à la „Porta Terraferma" qui 
nous conduit de nouveau hors de la ville. Nous voici encore 
devant une œuvre de Sanmicheli: le portique orné du lion de 
Saint-Marc, qui rappelle, par son architecture renaissance, les 
portails vénitiens. Nous traversons un petit pont et arrivons 
au parc Blazekovic. 

Avant de commencer à visiter en détail la ville de Zara, 
il nous paraît utile d'insérer quelques notions historiques qui 
pourront instruire le voyageur. 

Détails historiques. 

Selon une antique légende, Zara était, dès le X* siècle avant 
J.-Chr., la capitale des Liburnes. Au temps des Romains elle 
joue un rôle important, surtout sous Auguste. Pourtant Salone 
paraît avoir été d'une plus grande importance et ce n'est qu'après 
le déclin de cette ville, en 639, que Zara semble avoir pris le 
premier rang. En 804 Donatus, évêque de Zara, et le doge de 
Venise servent de médiateurs entre Charlemagne et Nicéphore, 
empereur de Byzance. Zara étant tombée, en 1032, aux mains 
des Vénitiens, changea successivement de maître ; la Hongrie et 
Venise se la disputaient avec acharnement. 

En 1202, lors de la IVe croisade, Zara fut bloquée et rasée 
par le doge Dandolo, enfin, en 1358, Louis le Grand réunit cette 
ville à la Hongrie, mais elle échut définitivement à Venise 
en 1413. 

Après la paix de Passarowitz, 1718, Zara est en progression 
pacifique, qui ne fut troublée, en novembre et en décembre de 
1813, que par le bombardement de la forteresse, qui amena la 
garnison française à capituler le 6 décembre. Par suite de l'in- 
stallation dans la ville des principales administrations, et du 
grand contingent que constituent dans la population les fonc- 
tionnaires et d'autres gens lettrés, Zara a gagné considérable- 
ment tant par rapport au développement matériel qu'à la vie 
intellectuelle. 



Le iinaie S. Don 



66 Zara (Zadar). 

L'église San Donato. 

Comme le remarque monseigneur Bulic, conservateur du 
Musée de Spalato, l'église ne porte aucune inscription relative à sa 
fondation; toutefois au-dessous du quatrième pilier nous lisons 
^lunoni Augustae etc.^^, inscription qui a fait supposer que cette 
église a été élevée sur les ruines d'un temple de Livia Augusta, 
épouse de l'empereur Auguste. 

Des pièces d'architecture de ce temple servirent, au IX* siècle, 
à l'évêque Donatus de Zara de matériaux pour la construction 
d'une église qui devait rappeler l'église Sainte- Marie d'Aix-la- 
Chapelle. La nouvelle cathédrale dédiée à la Sainte-Trinité con- 
serva longtemps les reliques de sainte Anastasie que l'évêque 
Donatus avait rapportées de Byzance. Ce dernier fut inhumé 
dans cette église et, lors de sa béatification, elle garda le nom 
de celui qui en avait posé les fondements. 

En 1798, l'église fut changée en un magasin militaire, puis, 
en 1870, encore employée comme entrepôt. Ce n'est qu'en 1875 
que l'on a commencé à restaurer cet intéressant monument 
qu'on a fini par transformer en musée. 

Selon Bulic, l'église S. Donato est un des monuments les 
plus remarquables de Zara. Dans sa partie supérieure elle possède 
une rotonde à galeries et à hautes voûtes, qui, comme le bas 
de l'église, renferme trois absides. Deux escaliers montent jusqu'à 
la galerie du péristyle, formant une espèce de ^jSCCtla santa'^ où, 
comme dans la basilique du Latran, on donnait les indulgences. 

L'abside moyenne de l'église inférieure était consacrée à la 
Sainte-Trinité, celle de gauche à saint Luc tandis que, dans 
celle de droite, s'élevait le tombeau de S. Donato. 

L'église supérieure s'appelait l'oratoire des catéchumènes ; les 
absides contenaient l'autel de la „Madonna délia neve" et l'autel 
de saint Simeone. 

Comme l'attestent des armoiries au dragon, le portail qui 
donne aujourd'hui accès à l'intérieur de l'église, a été construit 
par l'archevêque Zmajevic (1713 — 1745) à qui est due la fonda- 
tion de Borgo Erizzo. 

Les collections du „Musée^^, 

Les collections ont été installées en quatre sections; objets: 
1" préromains et romains, 2° du VIII* au X", 3° du XI' au XV% 
4« du XVP au XVIir siècles. 



Lee collection» Ja Musée. 67 

La première série nous montre des bijoux préromains, des 
aiguilles en spirale, des boucles, des objets en ambre jaune, 
provenant des fouilles faites à Aquilée, une monnaie grecque 
de Pharoa trouvée dans une tombe. Les cruches gréco-illyriques 
de la collection ne le cèdent pas, par la forme, aux amphores 
grecques, mais le travail n'en est guère parfait, quoiqu'elles 
soient, pour la plupart, en une terre glaise très fine. On y voit 
représentées des chasses, des courses de chevaux etc. Nous re- 
marquons ensuite 500 candélabres en argile, ornés de figures 
mythologiques etc. 

Dans la collection de monnaies, comprenant 500 pièces, il 
y en a de très rares du temps gréco-illyrique, une monnaie 



d'argent du roi Balleua et une autre en argent, avec l'inscription 
*^P (Phar), de Lésina, dont on ne trouve des exemplaires que 
dans le Britiàk Muséum. 

Nous voyons les restes d'un arc de triomphe trouvés dans 
la „Piazza Colonna" à, Zara, et d'autres provenant des fouilles 
pratiquées au Giardino Publico, à la Riva Nuova etc. 

Dans la „Collection des inscriptions" il y en a de Jadera, 
d'Arbe, d'Asseria et d'autres endroits; une pierre o(i l'empereur 
Auguste est désigné comme fondateur de la colonie de Zara, 
„ipatronug cotoMifle", puis une autre inscription fort ancienne où se 
lit le nom de Jadera. Beaucoup de bijoux qui datent du temps, 
de Trajan ont été découverts à Nona. Nous ne pouvons nous 



68 Zaïn (Zadnr). 

empêcher de citer ici le fait ciirieoit d'un encrier incrusté en 
argent et trouvé à Noua qui plut tellement à Napoléon UI qu'il 
l'ésohit de le garder dans sa colkctiou privée. 

Les fragments de sculptures dans le style longobard méritent 
d'Être cités, puisque ce style est peu connu et que la place qui 
;nt dans les architectures connues est fort contestée. 



D'entre les œuvres du moyen fige, le relief représentant 
saint Simeone et Elisabeth de Hongrie peut être considéré comme 
nu chef-d'œuvre, tandis qu'un livre d'heures épiscojial en cuivre 
doré et émaillé, du style romain du XII' siècle, représente dans 
une courbure le combat de saint Michel avec le dragon. C'est 
au temps vénitien que i-emontent, entre autres, une lanterne 
Il galère et un drapeau d'honneur, donné h un brave de la 
famille Piasevol). 



La cathédrale. 
Au X' siècle, Constantin Porpliyrogéuète nous pai-le d'une 
basilique à longue nef, aux colonnes de marbre blanc et vert, 
à riches sculptures ea bois et à carreaux de couleur que le 



La BftBiliqvio S. Orisogono (l'abnidel. 

prince-historien relève particulièrement. Toutefois — sauf v 
colonne isolée — rien n'est resté de cette ancienne église, i 
au XIII' siècle on en éleva une dans le style romain et s 



70 Znra (Zaclnr). 

oruementatiou extérieuie rappelle de près celle qui était alors 
en usage à Plse et à Lucques. 

Le tableau du maître-autel peint par Bamballi représente 
le martyre de sainte Anastasie. Ses reliques qui reposent dans 
une chapelle sont conservées de façon à être vues si l'on ouvre 



une petite porte en argent, bordée de marbre. A sa partie supé- 
rieure est incrusté un bas-relief figurant le Sauveur, sainte 
Anastasie et S. Grisogono. 

Il convient de signaler les colonnes byzantines de la crypte 
dont les piliers ouvrés portent des chapiteaux en pierre brute. 



En haut de la cvypte les stalles rappelleat celles du „Kiiig' s Collège" 
de Londres. 

Le campanile fut construit par l'archevêque Valatesso, riche 
Vénitien qui s'était proposé de donner \m pendant à la tonr 
St-Marc, mais qui ne parvint à l'élever qu'an second étage; 
il fut terminé selon les esqnisses de Jackson et maintenant il 
compte parmi les plus beaux bâtiments de Zara. Du haut de 
cette tour on jouit d'une vue superbe sur Zara et 



Les autrea églises de Zara. 

En 1704, 011 a construit la basilique S. Grisogono où reposent 

lea reliques d'un moine, martyr sous Dioclétien, 

L'église St-Simeone est fort remarquable. Les ossements du 

saint y furent déposés en 1632. Dana cette église, la reine 

Elisabeth, femme de Louis le Grand, roi de Hongrie, avait fait 

faire un cercueil en argent qui, à ce qu'on rapporte, n'a pas 

coftté moins de 28.000 ducats et qui, aussi quant à exécution 

artistique, est d'une haute valeur. 

L'église Santa Maria (église du couvent), fondée en 1105 

par Koloman, fut rebâtie dans le style renaissance et montre 

à l'intérieur de beaux tableaux, entre autres saint Piei're et saint 

PauI,œuvresdePalmavecchio 

(l'ancien), le Christ couronné 

d'épines et la sainte Vierge 

dans le genre du Titien, de 

même qu'un tableau de sainte 

Agnès de l'école vénitienne. 
L'église S. Francesco est 

remarquable par les tableaux 

de Paima le jeune (St-Fran- 

çoia) et Carpaccio(Le triomphe 

de l'Église). Un artiste de 

Zara, Salghetti, a créé une 

fresque de toute beauté qui : 

se voit derrière le maître- 
Un ti-ésor, unique en Eu- 
rope même, que possède cette 



Promenades. Le parc Blazekovié. 73 

église, c'est un crucifix byzantin du IX' siècle représentant 
la transition de l'iconographie de la croix de l'Occident à 
l'Orient. La grande cloche fut fondue en 1328 par le célèbre 
maître Bellao. 

Promenades. 

Le parc Blaîekovic. 

En sortant de la „Porta Terraferma" nous arrivons à l'entrée 
du parc Blaîekovic. D'un côté nous voyons une fontaine ornée du 
lion de Saint-Marc avec une inscription datant de 1659, de l'autre 
côté, gravée sur une plaque de pierre, l'inscription suivante 
datant de 1897: „Ce parc fut aménagé par les troupes impériales 
et royales et avec l'aide puissante de l'administration impériale 
des eaux et forêts". Le parc contient les plantes les plus rares 
de la zone torride: le cyprès, le laurier, l'yeuse, l'yucca et le 
chamérops y viennent fort bien. Une inscription révèle le nom 
du créateur du parc, le feldmaréchal- lieutenant, gouverneur 
et commandant militaire de la Dalmatie, Charles de Blaîekovic. 

En vous détournant à gauche vous pourrez admirer la vue 
qui s'ouvre sur le canal de Zara avec ses petits voiliers et sur 
la forteresse d'Ugljan. Les saillies et les rentrées du chemin 
vous font sentir qu'il suit les contours d'anciennes fortifications, 
lesquelles, quoique transformées de façon à satisfaire les Zaratins, 
perpétuent le passé historique. 

Dans la partie nord-est du parc, nos regards vont se reposer 
sur le Vélebit, cette chaîne de rochers gris qui, de tous les 
points de vue des environs de Zara, forme le grand et majestueux 
horizon de l'est. Quelquefois les feux du couchant embellissent 
les flancs de la montagne, la mer et les îles et tout le paysage 
s'enflamme d'une foule de couleurs vivantes dont le souvenir ne 
saurait s'effacer sitôt de la mémoire du voyageur. 

Borgo Erizzo (Arbanasi). 

Cette petite ville que l'on serait tenté d'appeler un faubourg 
de Zara et qu'on atteint en passant par la „ Porta Terraferma" 
en longeant la côte, a un passé fort curieux. 

Lorsqu'on 1720 l'archevêque Vicko Zmajevic arrivait à Zara, 
des émigrés albanais fuyant devant le pacha Mehmed Begovic le 
supplièrent de leur donner un asile dans la forteresse. Par suite 
de l'intercession de l'archevêque, le conte Erizzi leur concéda, aux 



74 Zara (Zadar;. 

environs de Zara, des terrains à cultiver et bientôt la petite 
colonie fondait le village d'Arbanasi, en italien Borgo Erizzo, 
comptant aujourd'hui près de 2000 âmes. Les Albanais sont de 
rudes travailleurs, sobres, rangés, mais ils sont d'une vivacité 
extrême, parfois dangereuse. 

Cereria et Barcagno. 

Ces deux faubourgs sont particulièrement remarquables par 
les grandes fabriques de marasquin qu'ils renferment. Cette 
liqueur s'exporte annuellement en 300.000 bouteilles; la reine 
d'Angleterre, dit-on, en prend un petit verre après le dîner. 




VII. Les environs de Zara sur la terre ferme. 



Au nord. 
En longeant la côte aux baies 
nombreuses vers le nord-ouest, nous 
passons près de Punt'amica, Diklo, 
PetrCane, l'île de Puntadura et arri- 
vons enfin à Nona, du temps de 
Trajan un des ports les plus fré- 
quentés de la Liburnie, aujourd'hui 
presqu'en ruines; ce qu'il y a de 
curieux à Nona, c'est que la ville 
baisse de plus en plus : elle nous 
' fait penser à un de ces endroits 
disparus du Zuyder-See. L'église 
datant du VII' siècle est sans con- 
tredit une des plus anciennes de la 

Dalmatie. Dans l'église paroissiale on conserve Varca lignea de 

sainte Marcelle. 

On met 1 '/, h de voit 

de Zara à Nona et l'on 

Boccagnazzo où se trou 

de ces intéressants lacs à 

qui se dessèchent presi 

tièrement en été et qui 

sont remarquables par 

leur type original, leur 

végétation à part et 

leur richesse en vola- 



76 Les euvironn de Zara sur la terre ferme. 

À l'est. 
De même que le long de la côte dalraate, nous nous trou- 
verons, pour peu que nous pénétrions à l'intérieur du pays, au 
milieu d'une population slave nullemeDt influencée par l'élément 
italien, qui pourtant depuis des siècles habite à ses côtés. 



Les familles vivent en général très patriarcaieineot. 

Si nous voulons nous rendre à Zemonico, nous passerons 
près du fort Slalpaga, La contrée est en général agreste, inculte, 
parfois sauvage et pittoreB()ue. 

A Zemonico se trouve un couvent de trappistes; ces moines 
très laborieux s'occupent à défricher le hoI et à élever des bestiaux. 



A a Bud-eat, 
C'est vers le sud-est que s'étale la petite baie tranquille de 
Porto d'oro; non loin de là se trouve le petit village de 
S. Cassiano (SultoSan). Le voyageur sera peut-être étonné de voir 
les ruines d'un grand palais, resté inachevé et q^u'on suppose 
avoir été commencé par l'archevêque Valaresso qui avait 
entrepris de bâtir le campanile de Zara. 



Litc (le BoeeagnHiio. 

A quelques kilomètres au nord s'adosse aux pentes du 
„Kiiâ" (155 wi) le village de Bibinje. C'est à cette montagne que 
la plage qui s'étend au sud de Zara doit en partie son doux 
climat. La plage est immense et couverte d'un sable fin et 
moelleux. 



^ 



l's 'f? f? f? f? f? f?"^î 



VIII. L'Archipel zaratique. 



„Charmes épars", voilà le 
titre qu'un voyageur, J.-G. Kohi, 
a donné à l'un des chapitres de 
son livre qui traite de la Dal- 
matie. Nous pourrions fort bien 
le placer ici, car en vérité cette 
multitude d'îles, bien qu'elles se 
ressemblent beaucoup par leur 
végétation et par le terrain, n'en 
possèdent pas moins des charmes 
naturels aussi variés qu'incon- 
testés. 

Arbe (Rab). 

L'île d'Arbe, appelée nArba" 
par Pline, „Arbum" par Con- 
stantin Porphyrogénète, se trouve 
sous la même latitude que Flo- 
rence. Sa superficie est de 87 km carrés et la population se chif- 
frait, en 1890, à 4525 habitants. 

Arbe est très montueuse, surtout à l'est (la chaîne du Tignaro) 
où s'élève, jusqu'à ime hauteur de 408 m, la „Tigna rossa" , 
à partir de la ville d'Avbe les collines de Mundanje séparent 
les vallées de S. Pietro et de Campora. 

Arbe est remarquable par son abondance de S 



La villa d'Arljo. 79 

La ville (ÏArbe. 
Le chef-lieu de l'ile, Arbe, près de \tt baie S. Etiiemia, compte 
815 habitants. La ville est entourée de murs si élevés qu'ils ne 
laissent voir que les hauts clochera qui miroitent dans la mer. 
En faisant une promenade à travers la ville, on commencera 
par examiner la mairie, où l'on remarque un balcon porté par 
trois paires de tètes de lions; et tout près de là la „Log;gia du 
Club croate" tandis que le Club italien s'est installé dans la maison 
du malheureux physicien et archevêque de Spalato, ilarc- 
antonio de Dominis, mort, en 1624, victime de l'inquisition. 
Le „Corso" court parallèlement au port, détachant diverses 
ruelles dans la haute ville, quartier antique. Beaucoup de ruines 
de couvents tapissées de lierre, d'antiques autels romains portant 
des inscriptions s'y remarquent, mais aussi de superbes hâtiments 
dans le style vénitien. Sur la „Place de la Cathédrale" s'élève le 
plus beau campanile de toute la Dalmatie. En entrant dans 
l'église, on sera émerveillé de voir un maître-autel, un reliquaire 
et des stalles d'une beau.té rare. 

f A l'église S. Justina se trouve un tableau 

mts. 
Lrbe 

très 



80 



En sortant par 1» «Torre Gagliardo" nous arrivons au 
„Canipo Marzio" d'où l'oa jouit d'une vue superbe sur les ruines 
d'un ancien couvent de franciscains. Au cintre de l'autel on voit 
encore fort bien les armoiries et les écussons des anciennes 
grandes familles d'Arbe. 

Affrieulture et industries. 

A Arbe,*) toutes les branches 
de l'économie rurale sont pros- 
pères. La côte de l'est souffre bien 
un peu de la bora qui, fouettant 
ies rivages, les a dénudés et 
rendus incultes. 

Sur d'autres points, au con- 
traire, le climat maritime et 
assez doux favorise la culture du 
froment au p d i m ttre 

au laboureur dm ne deux, 

voire même t a t pa an. 
L'huile d'Arbe et le ju 1 la 
treille, vin mou eu n mmé 
„Vodice", sont f t e t n E eu 
déplus curieux que les „zoppoIi" 
petites barques de pêcheurs, rap- 
pelant les canots indiens : un 
tronc de pin creusé à cet effet 
est changé en barque à rames, 
et parfois les étrangers mêmes 
viennent s'embarquer dans une 
Tnbieftu du Titien. de ces charmantes pirogues pour 

faire des excursions. 

JixcuTsion». 

Nous conseillons au voyageur de faire cinq excursions qui, 
k coup sûr, l'intéresseront vivement; 

I. A Barbato (!'/, h). Le chemin vous mène le long ^e hauts 
lauriers, d'oliviers, d'yeuses isolées et de vignes; étant monté 
aux ruines de S. Damiano, la vue porte jusqu'à Cherso et à Lussin. 



: Aller 



1 Pobriloy 



Acbe (Esb). 81 

II. A S. Eufemia ('/, h). Le couvent des franciscains possède 
de précieux ornements d'église que les moines se font un plaisir de 
montrer au voyageur. Le jardin renferme un gigantesque palmier. 

III. Sur la Tigna rossa (1'/, *)■ Ayant suivi la direction de 
Loparo pendant un quart d'heure, tous prenez à droite un sentier 
montant en gradins jus- 
qu'au „VaUe S.Pietro" au- 
dessus de S. Matteo; après 

avoir traversé un ruisseau, 

Krstina, puis à la dernière 
fecme Skerbe. Au milieu 
d'une flore alpine vous 
gagnez le plateau d'où la 
vue est magnifique. Vos 
regards percent jusqu'au 
Monte Maggiore et aux 
cimes neigeuses des mon- 
tagnes de Garni oie, des 
pentes de la Kapela près 
de Novi au Vélebit. 

IV. A Loparo (3 h). 
La grand'route de l'île tra- 
versant le haut plateau 
S. Elia conduit jusqu'au 
„Valle S. Pietro"; de là 
vous passerez prés de l'in- 
téressante ruine S. Daniel 
pour pénétrer dans laforêt. 
Avant de descendre dans 
la vallée de Loparo, vous 

passerez par la gorge sau- Porta d'habitation à Acbe. 

vage de Janina. C'est de Loparo que le célèbre ermit« Marianus 
est parti fonder la république de S. Marine. 

V. A la maison forestière Dundo (1 journée). A Loparo vous 
prenez uu „zoppolo" qui vous portera dans la baie Campora. .Vous 
enfilez ensuite un chemin à la droite qui vous mènera, au milieu 
d'une végétation superbe, riche, variée à l'infini, à la maison fores- 
tière Dundo à 81 mètres d'altitude. On pourra se faire accompagner 
par le garde-chasse, afin de ne pas s'égarer dans la vaste forêt- 
La Salmalie. 6 



o2 L'Arclilpel zaratique. 

Pago (Pag). 

Par sa forme excessivement curieuse, Pago est l'une des îles 
les plus intéressantes de la Dalmatie. 

Les montagnes y sont moins élevées qu'à Arbe et forment 
plus de longues bandes de plateaux. La cime la plus haute, le 
Monte Vito, ne s'élève qu'à 348 mètres. La bora qui y souffle 
avec âpreté empêche la végétation de s'étendre sur ces côtes 
incultes. Au sud-ouest de l'île seul, il existe une forêt d'oliviers 
sauvages et des bandes de terrains boisés couvrent la langue de 
terre du nord-ouest jusqu'à la Punta Loni; mais en général 
leti plateaux de l'intérieur et du sud sont presque inhabités, 
et la plupart des habitations se concentrent dans la ville de 
Pago, chef lieu de l'île. 



La ville de Pago est située au fond d'une baie de la côte 
orientale. Ses habitants s'occupent à exploiter les salines que 
l'emportent sur celles d'Arbe. 

Un sentier mène de ces salines à. la côte de l'ouest, où 
quelquefois les bateaux à vapeur du Lloyd s'arrêtent à Val- 
cassione (station solitaire; il n'y existe ni village ni auberge). 

Ugljan et Pasmen. 

De même qu'à Arbe et à Pago, les habitants de ces îles 
sont robustes et laborieux. Les jeunes gens partent presque tous 
pour faii-e fortune sur mer, et quand ils reviennent avec le fruit 
de leurs épargnes, ils fondent, à leur tour, une famille et cultivent 
péniblement leurs terres ingrates, 

Pasman et Ugljan furent dès le temps des Romains des 
stations estivales ce qu'attestent des parquets en mosaïque 



que l'on y a découvertâ. La plupart des habitants aisés de Zara 
-vont s'établir, pendant les chaleurs de l'été, à Pasman au à 
TTgijan. 



Les autres liée. 
A l'ouest des ilea de Paaman et d'Ugljan s'étendent encore 
l'Isola Lunga et l'île d'Incoronata. On y trouve des curiosités 
architecturales et srchéologiijues. Les îles d'Eso, de Melada uu 
Zapuntello, de Seiye et d'Ulbo viennent compléter l'archipel 
charmant de Zara et vous offrent le charme d'une vie solitaire 




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IX. De Zara aux mers intérieures de Karin et de Novigrad, 

et sur le Vélebit. 



Houte Zara— Obrovazzo. 

(73 lieues marines à 1*852 km.) 

Pour arriver par mer au pied du Vélebit nous avons à notre 
disposition la route Fiume-Obrovazzo de la „Compagnie de navi- 
gation Ungaro-Croata". Nous pouvons aussi prendre le bateau de 
l'entreprise Negri & Ci®, partant de Zara en hiver à 6 ^, en été 
à 5 /» du matin et arrivant, après s'être arrêté à Pago, à 37, ^ 
de l'aprés-midi à Obrovazzo. 

Partant du site verdoyant et peuplé de Zara, le vapeur 
côtoie des régions agrestes où la bora souffle habituellement. 
Les habitants derr. eurent dans de pauvres cabanes et la culture 
n'est guère avancée. Pourtant la course devient intéressante par 
le développement extraordinaire des phénomènes charactistiques 
du Karst sur les îles et presqu'îles et par le rapprochement 
successif des grands ravins du Vélebit. 

Le bateau longe ensuite l'île Puntadura, passe la baie Val- 
cassione et entre dans le canal de Poljana Nuova. A nos yeux 
apparaît enfin la petite église S. Maddalena au pied du Vélebit, 
marquant la frontière entre la Croatie et la Dalmatie. Le bateau 
entre dans le Canale délia Montagna qui va s'élargir de 37, à 
6 kilomètres, prenant la direction est-sud-est, et sur la rive 
gauche s'abaisse une pente douce, espèce de „Rivifra'*, avec de 
petites habitations. 

Le premier des endroits où touche le bateau est le village 
de Tribanje; puis, passant entre les trois scogli Eazanac, il va 
aborder à la ville du même nom. 

Le voyageur ne tarde pas à apercevoir les ravines sauvages 
du Vélebit, surtout celles qui portent le nom de Velika et de Maîa 
Paklenica (voir page 91 „Sur le Vélebit"). Au fond de la première 



gorge on voit le village de Starigrad et k S km est, celui de 
Seline. Ces deux endroits sont fort curieusement situés; bientôt 
le „Canale délia Montagna"' se rétrécit à 1'/, *"» et nous voyons 
Castelvenier où le vapeur fait un court arrêt. Puis il franchit 
le canal étroit qui sépare' le territoire du Vélebit de la presqu'île 
nord-ouest de la Balmatie. 

Nous entrons dans le défllé de la „iraslenica" où lea rochers 
s'élèvent justiu'à une hauteur de 100 mètres et, après une course 
de 20 minutes, nous noua trouvons subitement transportés dans 
la mer de Novigrad, dont les côtes sont fort montueuses. Le vapeur 
s'arrête d'abord àPossedaria, puis il va faire escale à Novigrad. Il 



La Kuine Frzunac. 

se dirige ensuite vers la mer de Karin (la dernière baie du „Canaîe 
délia Montagna"), pour s'engager dans la gorge et l'embouchure 
de la Zrmanja. Cette rivière, l'ancien Tedanius, a une embou- 
chure assez large, mais qui va se rétrécissant. Les rochers rouges 
entourant ses côtes forment un vrai canon, et là, où ils s'élèvent 
à 200 mètres, le spectacle devient véritablement grandiose. A la 
droite nous avons en face, après avoir passé la première courbe, 
les ruines du château de PrSuuac et plus loin celles de la ville 
antique de Sibenik; bientôt lea rochers rouges prennent une 
teinte grisâtre, parsemée de petits points verdoyants. Nous tra- 
versons un passage OÙ les rochers forment un arc de triomphe 
naturel, puis noua apercevons les „Fratres-', 
logique, couronnée d'une aire d'aigle. 



86 De Za» aax mots intérieures de Earin et de Novigrad. 

Nous continuons notre route en passant un tourbillon d'eau, 
long de 60 mètres; sur la hauteur nous apercevons une petite 
chapelle, surmontée d'une croix de pierre; enfin nous voilà hors 
de la gorge; les côtes sont riantes, nous voyons la petite église 



byzantine près du cimetière d'Obrovazzo, les ruines 

forteresse, d'oii descend le dernier lacet de la route qui conduit 

de Zara à Obrovazzo. 

Jusque-là, l'eau de la rivière se trouve encore mêlée à celle 
de la mer et est, par conséquent, d'un goût saumAtre. 



Obrovazzo (Obrovac). 87 

Obrovazzo (Obrovac). 

Entouré d'une ceinture de montagnes au nord et au sud, 
Obrovazzo est situé, dans la vallée de la Zrmanja, sur la rive 
gauche de ce cours d'eau, que la route de Zara au Vélebit tra- 
verse moyennant un pont en pierre. Dans le quartier urbain de 
la petite ville se trouvent les magasins et un café; au sud 
s'échelonnent, sur le flanc de la colline, les habitations des 
paysans vers les ruines d'un ancien château fort, détruit en 
1647 par Foscolo, général vénitien. 

Obrovazzo compte 500 habitants; cette ville, recevant par 
bateau des fûts de vin, les expédie dans l'intérieur du pays; 
on exporte aussi du bois d'Obrovazzo. L'on peut visiter en 
petite barque une chute d'eau fort intéressante; puis en re- 
montant la rivière vous apercevez les ruines d'une tour et 
quelques pans de murailles. C'est là qu'autrefois s'élevait le 
second château fort d'Obrovazzo, sur l'emplacement de l'ancien 
Argiruntum. 

De Zara en voiture à Obrovazzo. 

Le pays traversé par cette route est caractérisé par une 
succession de terrains calcaires et stériles (Karst) et de petites 
plaines marneuses. Du village de PloCa jusqu'aux hauteurs de 
Malpaga où l'on aperçoit la première koula (tour d'observation) 
datant des guerres turques, la terre est parsemée de rochers 
calcaires et de buissons de genévriers. Vers Babindub („ chêne 
de la grand'mère") on passe de petites hauteurs au contraire 
bien cultivées, d'où jaillissent des sources nombreuses, tandis que 
des mûriers bordent la route. 

De Babindub jusqu'à Zemonico-inférieur règne la région 
calcaire, çà et là entrecoupée de buissons de genévriers. Au- 
dessus des précipices serpentent de petits sentiers jaunes et dans 
les prés de pauvres moutons paissent l'herbe clairsemée. Toute- 
fois, au printemps, ce chemin ne manque pas de pittoresque: 
la verdure fraîche qui tapisse les récifs, les rochers agrestes; 
puis du côté de la mer on découvre les cimes neigeuses du 
Vélebit scintillant au soleil. 

C'est derrière les maisons entourées de figuiers et d'oliviers 
de Zemonico-inférieur que se détache, à la droite, la vieille route 
de Benkovac, commencée en 1794 par les Vénitiens et terminée 



88 De Zara aux mers intérieures de Karin et de Novigrad. 

en 1798 par les Autrichiens. Quant à nous, nous persistons à 
suivre la route du Vélebit, qui nous mène en ligne directe jusqu'à 
la mer de Karin; la route monte ensuite tellement qu'à Zemo- 
nico-supérieur nous avons déjà atteint la hauteur de 201 mètres 
Les collines que nous apercevons au sud-est (Biljane 341 mètres) 
appartiennent à une seconde élévation de terrain s'accentuant 
vers l'est à laquelle vient se superposer tout d'un coup le 
plateau de la „Bukovica" (500 m) dans lequel la Jura§inka s'élève 
à une hauteur de 674 m. Au nord le terrain s'abaisse vers la 
mer de Novigrad, au-dessus de laquelle s'élève majestueux, à 
une distance de 25 km^ le Vélebit. 

De SmilÔic la route descend rapidement vers la mer de 
Karin, puis en lacets rapides jusqu'à un pont qui, traversant 
un marais, conduit à un couvent de franciscains contenant des 
antiquités fort intéressantes: une inscription dédiée à la déesse 
liburnienne Latra, et une borne posée autrefois entre Karin et 
Nadin, puis une immense pierre miliaire, conservant encore les 
chiffres. Autrefois cette pierre servait de bénitier dans la petite 
église dont on aperçoit encore les ruines sur la colline voisine. 

Le maître-autel de l'église du couvent est sculpté en marbre 
du pays. Un autre autel fort beau est dédié à S. Pascal, patron 
du couvent. 

Poussant vers le sud du couvent, nous apercevrons plusieurs 
restes antiques de murailles datant du temps romain. Peut-être 
qu'à cette place s'élevait la forteresse de Carinium. Vers le 
nord, notre route longe la mer de Karin, puis elle monte en 
courbes nombreuses une seconde fois à la hauteur de 208 w, 
avant de s'abaisser en lacets vers la Zrmanja et vers Obrovazzo. 

De Berkovac à Novigrad. 

Pour peu que le voyageur veuille doubler cette promenade 
archéologique d'une visite aux deux mers intérieures, il aura 
à sa disposition deux chemins. L'un le conduit de la côte ouest 
de la vallée de la Kliôevica sur l'ancienne route de Knin, l'autre 
à l'est, sur un chemin à peine carrossable, par Atlagic à Smilôic. 
Celui qui s'intéresse à l'histoire préférera peut-être ce dernier 
chemin, car les petits villages, quelque pauvres qu'ils soient, 
forment, pour ainsi dire, le centre de l'ancien pays limithrophe 
de Kotari. 



La mer de Novigrad. 89 

Kula-Atlagic porte le nom de Tancien Beg Atlagic. Korlato- 
vic, la localité suivante, se nomme de même d'après son ancien 
propriétaire. La petite église est entourée de chênes séculaires. 
En général cette contrée pourrait être dite délicieuse si les 
habitants n'avaient pas toujours à souiFrir des exhalaisons 
dangereuses des marais. 

Après une course d'environ 1'/, heure nous croisons la route 
postale de Zara à Smilôic; ensuite nous prenons une petite route 
carrossable, qui nous conduit doucement dans la direction septen- 
trionale, et nous voyons reparaître le majestueux Vélebit. 

Tout d'un coup, au fond d'une baie, encaissée dans la mon- 
tagne, novis apercevons entre les murs de sa forteresse Novigrad. 
La route descend rapidement, nous voilà en face des ruines de 
l'ancienne forteresse à laquelle se rattache une légende sinistre. 

Dans la vieille tour carrée le ban Ivan Horvat détenait 
prisonnières les reines Elisabeth et Marie de Hongrie, veuve et 
fille de Louis le Grand. Selon certain historien, le prieur du 
couvent de Vrana, Palisna, fit étrangler la reine Elisabeth, toute- 
fois une autre version la fait mourir de chagrin. Deux ans après, 
Jean Barbarigo prit la forteresse, fit prisonnier Palisna et em- 
mena la reine Marie en Hongrie où elle épousa le duc Sigismond 
de Brandebourg. 

La forteresse de Novigrad fut prise en 1648 par le général 
Foscolo et resta plus d'un siècle au pouvoir des Vénitiens, qui 
étendirent les murs jusqu'à la mer et dénommèrent le chemin 
nouvellement créé „Corsia". 

La mer de Novigrad. 

Les habitants de Novigrad vivent presque tous de la culture 
des champs et de la pêche. Autrefois les huîtres de Novigrad 
étaient fort renommées, ce sont les écrevisses de la mer de Karin 
qui les ont remplacées. La pêche du thon y est d'une grande 
importance, et il existe à Novigrad huit grands filets dont 
chacun porte un nom particulier d'après l'endroit où il est jeté 
dans la mer. Il y a pour chaque filet une équipe de 11 pêcheurs 
et deux vigies observent du haut de la montagne comment les 
poissons se prennent dans les filets. La pêche finie, on nettoie 
de suite les poissons et on les porte au marché, ordinairement 
à celui de Zara. Quelquefois on prend jusqu'à 600 poissons; 



90 De Zara aux mers intérieures de Karin et de Novigrad. 

il n'est donc pas étonnant que les habitants, étant presque tous 
pêcheurs, et ayant une large part au prix de la vente, ne soient 
guère dans la gêne. 

La pêche du thon commence dès la saison tiède et dure 
jusqu'en automne. 

D'Obrovazzo dans la Bukovica. 

Ainsi que les populations d'autres pays, le peuple dalmate 
a su distinguer certaines contrées d'un caractère décidé, et 
très souvent ces distinctions sont des avis utiles aux géo- 
graphes pour la division scientifique du pays. Les géologues 
ont constaté par exemple que l'abaissement partiel de la Dal- 
matie vers l'Adriatique a transformé beaucoup de vallées en 
baies; et ce sont toujours les baies que les habitants appellent 
„valle" ou „vallone'*, c'est-à-dire „vallons" ou „grandes vallées*'. 

D'une manière analogue, les habitants ont distingué les 
étages du terrain à l'ouest des côtes zaratiques. 

Le pays qui s'étend immédiatement au nord-ouest de Zara 
reste généralement au-dessous de 200 mètres d'altitude et s'appelle 
Kotari. La terrasse plus élevée, comptant jusqu'à 400 mètres, 
porte le nom de Kukalj ; enfin le pays montagneux en arrière de 
la Jura§inka (674 mètres) est nommé „Bukovica", c'est-à-dire 
„pays de hêtres". Le climat de ce petit pays est beaucoup plus froid 
que celui d'autres parties de la Dalmatie. La neige tombe dru 
en hiver, et les maisons généralement isolées rendent les 
communications plus difficiles. 

Medvigje et KruSevo sont les villages les plus importants. 
Les habitants en sont des hommes à la taille gigantesque, d'une 
force herculéenne. Ils parlent peu, mais ce qu'ils disent est 
toujours juste et dénote du bon sens. 

Ce petit peuple montagnard a les mœurs excessivement 
patriarcales et vit absolument à l'écart. Seuls le curé, le gen- 
darme et le receveur des contributions y apportent quelques 
nouvelles du dehors. Toutefois, certaines monnaies carthaginoises, 
trouvées dans le territoire de Kruâevo, nous permettent de sup- 
poser que ces contrées ont été en communication avec les peuples 
civilisés de l'antiquité. 



Sur le Vélebit. 91 

Sur le Yéleblt. 

Par la Pakienica à la cime. 

Les touristes tenant à visiter les sommets du Vélebit quittent 
le bateau à Starigrad, un tout petit village qui ne possède pas, 
il est vrai, d'hôtels convenables, mais au poste de gendarmerie 
il y a quelques petites chambres et l'on peut s'y procurer 
un guide. Toutefois nous engageons les touristes à se munir 
suffisamment de provisions. 

La grande Pakienica près de laquelle est situé Starigrad 
est une gorge traversée au printemps par le ruisseau de Kru- 
âevic. La végétation de sa partie inférieure n'est guère riche, 
mais nous allons rencontrer à une hauteur de SCO mètres la 
grande forêt de la Pakienica qui s'étend jusqu'à la région des 
prés alpins. Un chemin muletier nous mène jusqu'à la maison 
du garde forestier (Dujam Kneèevic) où la grande Pakienica 
«'incline à la droite (est). 

Ici commence l'ascension du Sveto Brdo, marche exigeant 
beaucoup d'efforts, à travers la grande forêt et d'abord sur la 
crête de„Simla" d'où, sous des pins gigantesques (Pinus austriaca), 
nous jouissons déjà d'une grande vue sur la mer et en bas, en 
avant-scène, sur les profondeurs de la Mala Pakienica. 

V 

De la Simla nous continuons l'ascension à la crête entre 
le Vlastigrad et le Sveto Brdo, y passons quelques chalets 
primitifs de bergers et nous arrivons — 7 à 8 heures après le 
départ de Starigrad — sur la cime du Sveto Brdo (Mont Saint, 
1753 mètres). 

La cime, ^ marquée par une perche, offre un panorama 
grandiose et fort intéressant par ses contrastes. Vers le nord, la 
cime descend abrupte en parois de roc' vers les grandes forêts de 
la Croatie et au loin nous vovons les contrées de Lika et de Krbava 
avec leurs monts coniques ; vers le sud-est, l'horizon est terminé 
par les chaînes de la Bosnie, vers le sud les flancs du mont 
s'abaissent en crêtes sauvages et rocailleuses jusqu'à la route du 
Vélebit dont nous apercevons les lacets. A la droite de la route 
commence la mer, immense nappe d'eau, terminée au sud par 
les îles près de Sebenico, au nord-ouest par celles du Quarnero. 

Un autre chemin conduit au nord-est partant de la demeure du 
garde forestier, dont nous avons parlé plus haut, en traversant 



92 De Zara aur mers intérieures de Karin et de Novigrad. 

le ruisseau de Brzimenatla, sur la crête de la montagne à Stra2- 
benica, où se trouve une excellente source; de là on descend 
dans la vallée élevée de Velika Eovina, où se groupent autour 
d'une église de la Sainte -Vierge une quantité de petites cabanes. 
La descente peut se faire soit par le ,,pod rovinoni'-^ et Sjenokos 
à Jatara, soit par Marinkovic, Mala Rovina, Kozja6a à Tribanj. 

A Mali Halan. 
A la hauteur de la route du Vélébit. 

C'est au pont de la Zrmanja, près d'Obrovazzo, que com- 
mence la véritable route du Vélebit, construite de 1829 à 1832. 
Non seulem^it on a dû faire sauter à cette occasion des rocbers> 
mais enlever même d'énormes souches d'arbres qui dataient 
du temps où une forêt épaisse couvrait cette partie de la 
Dalmatie. 

La route, large de 7 mètres, a été construite avec une 
montée si minime (4 Va ~5 pour cent), que pour le parcours de 7'3 kilo- 
mètres de long d'Obrovazzo à Podprag (à 684 mètres d'altitude),, 
il n'a fallu faire se dérouler que 14 kilomètres et, pour la ligne 
de Podprag à Mali Halan (à 1045 mètres d'altitude), 3-7 sur 
9 kilomètres. 

Du côté dalmate la route est longue de 23 kilomètres. Cette 
route est surtout intéressante par la manière hardie dont elle 
a été tracée. Elle mène ou le long de hauts rochers, ou bien 
encore elle franchit des bas-fonds, et nous présente tout 
d'un coup des aspects sauvages et pittoresques. Plus nous 
montons, plus le panorama, d'une beauté toute particulière, em- 
brasse d'espace, et nous passons peu à peu de. la végétation 
méditerranéenne à celle des plus hautes régions alpines. 

Le premier double lacet se trouve juste au bout du premier 
tiers de la montée. Au sud-est nous apercevons déjà Zara et le& 
deux mers intérieures, tandis que partout ailleurs l'horizon est 
borné. Après un second lacet fort long, des chalets de Mekdolac 
(450 mètres) jusqu'à la hauteur du Podprag, la vue gagne im- 
mensément d'étendue à l'est et au sud et nous approchons^ 
des rochers de Kulina et de Vrh Prag. A Podprag nous voyons 
une chapelle commémorative de l'empereur François 1er. Elle 
forme le centre de trois grands bâtiments appartenant à l'Etat: 
le presbytère, la maison de l'inspecteur des ponts et chaussées- 



A Mali Halan. 93 

et une espèce de petit hôtel avec des remises. Nous avons assez 
de loisir pour contempler ici les différents effets de lumière qui 
sont vraiment superbes. Au delà de la vallée de la Zrmanja 
apparaissent les forêts de Bukovica, mais au sud et au sud-ouest la 
route continue par les Kotari jusqu'aux murs de Zara; nous 
voyons la mer parsemée de petits points, les „scogli" et îles qui 
s'étendent jusqu'à Sebenico. Bientôt se montrent de nombreuses 
et diverses fleurs comprises dans la flore subalpine: le thym, 
la grande campanule, l'œillet rouge, le lUium martagon et des 
orchidées, dont la belle couleur rouge rivalise avec celle de 
réglantine; puis des mousses, des espèces de fougères qui pous- 
sent non seulement dans les endroits abrités, mais sur les rochers 
où le soleil d'ordinaire brûle toute végétation. 

Enfin, après un long lacet et d'autres plus courts, nous 
arrivons sur l'immense plateau du Vélebit, où se trouvent 
éparses les petites huttes des pasteurs qui viennent avec leurs 
troupeaux passer l'été dans ces régions. 

La vue qui s'est élargie de beaucoup s'étend jusqu'aux mers 
de Novigrad et de Karin, tandis qu'à l'ouest s'ouvre le „Canale 
délia Montagna" sur les bords duquel l'œil discerne au loin 
Starigrad, Tribanje, Castelvenier. Nous voyons Nona, puis, par- 
dessus Pago, le Monte Ossero sur Lussin et notre regard se 
perd dans la mer sans limites. Les îles s'étendent jusqu'à Sebe- 
nico; devant nous se déploie comme une carte de géographie 
la grande presqu'île nord-ouest du territoire dalmate. Nous voyons 
en outre Zara et distinguons les maisons de Borgo Erizzo. Nos 
regards, pénétrant dans le lointain, vont enfin se fixer à 87 kilo- 
mètres de distance sur le mont Svilaja, haut de 1509 mètres. 
A l'est-sud-est se dessinent les monts Dinariques. 

La route va toujours en montant et atteint sa plus grande 
hauteur (1045 mètres) à la frontière croate où la scène change 
d'aspect: nous contemplons alors les montagnes vertes et boisées 
de la Croatie dans la vallée de Riôica; le raccordement de la 
rout^ du Vélebit va rejoindre le chemin de Gospic à Knin. 

A une petite distance de la frontière on arrive à la station 
de Mali Halan. 




s&i s&i sm s&i ^Bi d^ 



^ 



^ 




X. De Zara par Benkovac et Kistanje à Knin. 



De Zemonico par Nadin à BenkOYac. 

La route de Knin qui fut commencée en 1794 par les Véni- 
tiens et terminée quatre années après par les Autrichiens se 
détache entre Haut- et Bas-Zemonico de la grande route postale 
d'Obrovazzo. La montée en est fort douce, côtoie des champs de 
blé, des pâturages, des vignobles et des vergers où fleurissent 
l'amandier et le cerisier. Toutefois les parties non cultivées ne 
sont pas non plus privées de ce charme que possèdent les côtes 
agrestes de l'Adriatique. Au printemps l'anémone, la primevère 
et la violette v abondent. 

A Bas-Biljane la route tourne brusquement au sud-est dans 
la vallée du ruisseau de KliÔevica, dont on suit le lit jusqu'à 
3 kilomètres en avant de Benkovac, où il se jette dans le lac 
d'hiver Nadinsko-Blato. 

Dès le premier tiers de la course, nous voyons apparaître au 
sud-ouest de la route des collines qui ont pour point culminant 
la Gradina, haute de 266 mètres. Nous engageons le voyageur 
à quitter la voiture et à gravir la colline qui, il y à 2000 ans 
environ, portait le fort de la colonie romaine Nadinium. Nous 
ne savons rien de particulier sur cette ville sauf le fait de sa 
destruction par les Goths. La Gradina fut au moyen âge un 
observatoire important, destiné à épier les mouvements des Turcs. 

Nadin était assez important au XVII" siècle, mais lorsque 
les Vénitiens, sous Pisani, la prirent en 1647, les habitants allèrent 
s'établir en partie sur les bords du lac Nadinsko Blato, qui nous 
paraît comme le commencement de l'immense marais de Vrana. 
Autrefois toute la contrée autour de Zaravecchia n'était qu'un 
vaste marécage, mais depuis peu on a commencé l'assainissement 



Benkovac. 95 

de ces contrées, et la fièvre qui, autrefois, sévissait dans ces 
parages, tend à disparaître. 

Bientôt nous apercevons, après avoir traversé la KliÔevica, 
l'intéressant castel de Benkovac. A la jonction des routes de 
Karin-Novigrad et de Vrana se trouve le bourg de Benkovac 
(432 habitants). 

Benkovac. 

Les voyageurs d'autrefois, comme Noë, n'ont pu s'enthousias- 
mer de Benkovac, qu'ils appellent une vilaine bicoque. En 1620,. 
Beglerbeg Ibrahim en parle dans des termes peu flatteurs. Toute- 
fois, dans les dernières années, Benkovac a pris un certain essor 
et compte près de 72 maisons. 

Les alentours de Benkovac, surtout vers Kistanje, sont riches 
en vignobles. Les marchands croates estiment particulièrement 
le vin qui provient des coteaux de Benkovac ou des célèbres 
ponts de Bribir. 

Le touriste s'intéressant à l'histoire ne manquera pas dfr 
gravir la colline si célèbre d'Asseria, qui s'élève à gauche de la 
route de Kistanje. 

Les ruines d'Asseria. 

En longeant la route de Benkovac à Kistanje nous abordons, 
après avoir passé la tour ronde de PeruÔic, un chemin vicinal 
à notre gauche. Nous le suivons et arrivons au village de Pod- 
gragje qui renferme, outre une petite église, les fameuses ruines 
d'Asseria. 

Ptolémée lui donne le nom d'Assesia. Pline la cite parmi 
les villes les plus importantes de la Liburnie, il en désigne les 
habitants comme „immunes'S ce qui nous fait supposer qu'elle fut 
à une certaine époque une commune assez importante pour 
avoir le droit de se constituer elle-même un conseil municipal. 

L'abbé Fortis qui visitait ces ruines, il y. a 125 ans, raconte 
qu'elles embrassaient une étendue de 3600 pieds romains, enfer- 
mant une esplanade rectangle „Spianata", au milieu de laquelle 
s'élève maintenant l'église paroissiale de Podgragje, bâtie en 
partie de débris antiques. Pour élever cette bâtisse, on employa 
du marbre dalmate commun qui, cependant, n'a pu être extrait 
des collines voisines, qui ne se composent que de pierre molle. 



96 De Zara par Benkovac et Kistanje à Knin. 

Les inscriptions etc., trouvées par des paysans, furent générale- 
ment détruites et enterrées depuis qu'on les avait forcés de 
traîner jusqu'à la mer certaines colonnes sépulcrales. 

En 1897, le hasard fit faire des trouvailles fort inté- 
ressantes. Le curé de Podgragje ayant fait abattre une abside 
de l'église, le conservateur du musée de Knin découvrit non 
seulement deux frontons de portail, mais il mit encore à jour 
une massive corniche et un chapiteau corinthien, des colonnes 
corinthiennes, deux cruches antiqueS; des boucles d'oreilles etc. 

Toutes ces ruines qui accusent une riche et belle architec- 
ture, appartenaient, selon to uteprobabilité, au castel d'Asseria. 
La ville d'Asseria semble avoir occupé, jusqu'au II" et au III" 
siècle, l'emplacement compris entre le castel et la route. 

De BenkoYac à Yrana. 

Nous continuons à suivre la route qui conduit au sud de 
Benkovac et qui gravit une petite colline jusqu'à Sopot, autre- 
fois important à cause de la réunion du divan (conseil) du 
sandschakat de la Lika. A 3 kilomètres sud de Benkovac, au 
hameau de Miranje, nous rencontrons la petite église St-Pierre, 
reconstruite des restes d'une vieille tour turque. 

A Miranje la route s'abaisse soudain vers Kr§, puis remonte 
une colline d'où nous apercevons le gentil village de Vrana, 
l'imposant lac du même nom, la cime du Crni Vrh (305 mètres), 
puis nos regards vont au delà se plonger dans la mer pour 
s'arrêter à l'ancien château des Templiers et aux marais 
immenses de Vrana. A partir de l'endroit où le lac et les marais 
se rejoignent, la route serpente à travers ces marais pour aboutir 
à la côte de la mer. 

A la tour de l'ancien château des Templiers se rattache 
un épisode de l'histoire croate. 

En 1076 parut en Dalmatie un cardinal, légat du pape Gré- 
goire VII, qui apportait au banus Zvonimir les insignes de la cou- 
ronne croate. Zvonimir fonda alors à Vrana par reconnaissance 
l'église St-Grégoire, pour servir de pied à terre aux légats du pape. 

En 1138 Bêla II de Hongrie y installa l'ordre des Templiers. 
Après leur expulsion Vrana tomba entre les mains des chevaliers 
de Khodes ou de Saint-Jean. Leur dernier prieur, Palisna, dont 
nous avons parlé ci-dessus (page 89), fut emmené en captivité ; 
malgré la défense courageuse du roi Tvrtko I", le couvent de 



De Benkovac à Vrana. 97 

Vrana tomba sous la domination hongroise et ses biens furent 
conâsqués. 

Au temps de la domination vénitienne naquit à Yrana, 
en 1420, le célèbre Lucina, arcbitecte du roi de Naples, A 
l'époque turque, cette région jouissait d'une prospérité matérielle 
qu'elle n'a pu regagner même de nos jours. 

Aus XVI' et XVII* siècles, il existait dans le sandschakat 
de Lika trois espèces de propriétés que le sultan distribuait 
selon son bon plaisir; des Fascbaluks rapportant plus de 
100.000 piastres, des Zijaraets rapportant entre 20.000 et 100.000 
piastres et des Zaims rapportant au-dessous de 20.000 piastres. 



Lee Ruines de Vrana. 

Vrana était un cbef-lieii de district fort remarquable 
fief dépendant du célèbre Halil-Beg, où, selon Foscolo (éc 
vénitien), s'élevaient 500 belles maisons dont la plus imposante 
était le palais de Halil-Beg. On construisit même des conduites 
d'eau ou aqueducs remarquables. 

Le souvenir de Salil-Beg, dont les descendants vivent en 
Bosnie sous le nom de „begs de DurakoviË", ne s'est pas effacé 
parmi les habitants de Vrana. 

En 1647, le général vénitien Foscolo s'empara de Vrana, mais 
la république, dont la gloire allait s'éclipser, ne s'occupa guère 
de son ricbe butiu et donna Vrana à la famille aristocratique 
Borelli de Bologne dont lea descendants existent encore à Zara. 

La Balniatiï. 7 



98 De Zara p.ar Benkovac et Kistanje à Knin. 

Dans ce temps-là, on essaya la canalisation des marais 
de Vrana, mais les travaux ne réussirent guère jusqu'à ce que 
l'administration autrichienne prit l'affaire en mains désirant 
créer un pendant à l'assainissement des marais de la Narenta. 

Tout nous porte à croire que la canalisation et le dessèche- 
ment des marais réussiront parfaitement. 

De BenkOYac juequ'aux ponts de Bribir.*) 

A partir des ruines d'Asseria, la route de poste se dirige 
vers Knin et parcourt une contrée fertile où l'on cultive générale- 
ment et avec succès la vigne. Elle a, à sa droite, la petite rivière 
de Morpolaëa qui se jette après un cours de 14 kilomètres, dans 
le lac Prokljan que traverse aussi la Krka. Vers le sud-est la 
vallée de Morpolaca s'élargit en forme de marais. 

La route se tient près de la frontière nord-est de ce marais ; 
à sa droite s'élève la colline de Vukâic couronnée d'une ruine, 
tandis qu'à gauche se dresse l'Ostrovica (406 mètres). 

Dans la vallée de la BribiSnjica la route franchit un des 
ponts de Bribir, qui marquait dès le moyen âge un carrefour 
important. 

C'est ici que régnaient autrefois les célèbres voyvodes Bribir 
de la maison Subie, qui fut tellement puissante au XI* siècle 
que l'un d'eux, Mladen, se faisait nommer „rex Dalmatiae". 

Ge qu'il y a de plus intéressant, c'est que le célèbre Niklas 
Zrinyi, dont tout le monde connaît la fin héroïque lors du 
siège de Szigeth (1666), était un descendant des Bribir. 

Des ponts de Bribir à Kistanje. 

Cette course, longue de 15 kilomètres, offre une vue tout-à-fait 
à part. La contrée, qui peut-être semblera excessivement désolée, 
ne laisse pas d'exciter l'intérêt de tous ceux qui sont familiarisés 



*) La diligence venant de Zara part de Benkovac le lundi, mardi 
et samedi, à 10 h. 20 m. de la matinée, et gagne les ponts de Bribir 
(22 kilomètres au tarif de 3 K 30 h) à 1 h. 16 m. de l'après-midi, de 
Bribir à Kistanje en deux heures, et en trois heures de plus à Knin 
(28 kilomètres au tarif de 4 A' 20 h). De Benkovac à Knin : 66 kilo- 
mètres au tarif de 9 a: 76 A ; de Zara à Knin : 101 kilomètres au tarif 
de 16 K 16 A. 



Des ponts de Bribir à Kistanje. 99 

avec la nature. La route traverse une localité du nom de 
Bukovica qu'il ne faut pas confondre avec celle qui est située 
près d'Obrovazzo. 

La contrée de Bukovica, ainsi que sa voisine au sud, la Laâe- 
kovica, est vraiment intéressante. 

Ces régions s'étendent à 10 kilomètres est de la Krka au delà 
de l'imposante montagne de Promina. Les étages géologiques, qui 
y portent un cachet particulier, ont été appelés „étages de 
Promina" par le professeur Kerner qui déclare qu'ils peuvent 
jeter de la lumière sur la formation géologique du Karst. 

La Laâekovica est particulièrement riche en dolines (enton- 
noirs); on en compte près de 530. 

Le système des cavernes ou grottes y est représenté riche- 
ment; dans les alentours de Kistanje il y en a deux, dont l'une 
se compose de couloirs et de fissures à nombreux embranchements 
et dont les parois sont tapissées de charmantes stalactites affectant 
la forme de choux-fleurs. L'autre forme un corridor bas, mais 
long, produit par l'érosion d'un étage de marne, à colonnes 
de stalactites qui descendent du plafond au sol. Toute la région 
des étages de „promina" est privée d'eau; ce n'est qu'au fond 
de la gorge de la Krka que débouchent des sources. 

Kistanje. 

Cette ville s'appelle dans la bouche du peuple la „demeure 
de l'air frais et pur". C'est que, même en été^ quand les marais 
exhalent dans les bas-fonds un air délétère et vicié, l'air de 
Kistanje est d'une fraîcheur extrêmement bienfaisante; on peut 
même dire que cette ville est la plus saine de l'intérieur de la 
Dalmatie. 

Autrefois, lorsqu'il n'existait ici qu'une seule maison, elle 
était habitée par des soldats qui devaient escorter à Zara les 
bestiaux achetés par les Turcs. 

Aujourd'hui Kistanje compte 1626 habitants et possède 
une église serbe-orthodoxe devant laquelle se trouve une fontaine 
très curieuse. Le mur qui l'entoure est orné d'une tête de Jupiter 
et d'inscriptions latines que Mommsen a interprétées, et d'autres 
fragments d'antiquités, produits des fouilles faites dans les ruines 
de Burnum. De Kistanje l'on peut faire les excursions suivantes: 

7* 



100 De Zara par Benkovac et Kistanje à Knin. 

1. Au couvent d'Arliangjeo, où l'on arrive après avoir par- 
couru en voiture les 3 kilomètres qu'il y a jusqu'au plateau de 
Kodkule, d'où l'on descend par un sentier au couvent. 

2. Visiter les 6©, 5©, 4® et 3© chutes de la Krka; à cette 
fin on va de Kistanje au village de Rudele d'où un sentier 
pierreux conduit au bord du plateau. 

Nous parlerons plus longuement encore du couvent S. Arhan- 
gjeo qui nous semble digne d'intérêt. Puis, après avoir jeté 
un regard sur les ruines de Burnum, nous continuerons notre 
route jusqu'à Knin. 

L.e couvent S. Arhangjeo. 

Le couvent qui se trouve à 166 mètres au-dessous de 
Kistanje est merveilleusement abrité des vents du nord. Portant 
le nom du saint arcbange, il est situé paisiblement au milieu 
de prairies verdoyantes et possède de jolies avant-cours om- 
bragées par de hauts arbres et par d'antiques murailles, A 
l'église, dans le s,tyle byzantin, aux vitraux bleus et rouges et 
aux coupoles vertes, se rattachent, groupés autour de la cour, 
les corps-de-logis, qui sont accostés de cloîtres ogivales. 

A l'intérieur nous admirons le réfectoire décoré de beaux 
portraits de vénérables prêtres, puis la bibliothèque où nous 
voyons de véritables trésors; d'anciens documents s'y trouvent 
à côté de manuscrits fort rares et les moines conservent avec 
une certaine fierté un antique Evangile excessivement précieux, 
dont il n'existe qu'un seul autre exemplaire en Kussie. A côté 
de l'église se trouve une petite crypte où repose l'évêque de 
Zara, Knezevic. 

Burnum. 

En continuant à suivre la route de Kistanje nous arrivons, 
après avoir traversé le village de Rudele, aux restes d'une antique 
galerie romaine connue sous le nom d'„arcs romains de Kistanje". 
Cette ruine, hélas ! ne conserve plus que deux arcs entiers, toute- 
fois ces restes méritent notre attention, car cet endroit paraît 
avoir été, au temps des Romains, un des plus considérables de 
la Dalmatie intérieure.. 

Au IV' siècle, Burnum était une ville fort importante 
reliée par un pont qu'on avait jeté sur la Krka à l'antique 
Promina. 



Burnam. 101 

Plus tard, elle prit, eu sa qualité àe chef-lieu de la Li- 
bumie, le nom de nlJiburna" et la onzième légioa romaine, qui 
y stationna longtemps, y a laissé des souvenirs de son séjour: 
bagues, monnaie etc., retrouvées dans d'antiques sépulcres ou 



Ou ne sait si quelques-uns des arcs ont été élevés en 
l'honneur de Trajau revenant vainqueur de la Dacie. Probable- 
ment qu'eu cet endroit s'élevait la forteresse, tandis que le 
village de Rudele occupe l'emplacement de l'antique ville de 
Burnum, Nous y voyons encore les ruines d'un amphithéâtre, 
d'un aqueduc destiné & y amener l'eau d'une source prise 
à 12 kilomètres dans la direction de Benkovac. 



maînes refoulaient bravement 

les Ooths, mais en 639 Burnum fut détruit par les Avares et 

son nom disparwt de l'histoire. 

En remontant un peu vers le plateau, nous apercevons la 
superbe chute de Manojlovac. 

De Kiatanje à Knin. 
Au delà des arcs romains, la route s'écarte de la gorge de 
la Krka vers la gauche, puis le terrain s'élève tout doucement 
et l'horizon s'entr'ouvre devant nos yeux, nous laissant aperce- 



102 De Zara par Benkovac et Kistanje à Knin. 

voir la contrée montueuse située entre le Vélebit, la Dinara et 
la Promina. 

La route se rapproche encore une fois de la Krka, puis elle 
tourne vers le nord et se joint, près de l'auberge de Stara-Straza, 
aux routes venant de Zengg d'un côté, de BihaÔ (Bosnie) de 
l'autre, puis elle s'incline vers la vallée des rivières de Radiljevica 
et deBudiSnjica, qui forment, avec leurs petits affluents, un 
„pays des cinq fleuves" en miniature. 

Au midi apparaît le mont S. Salvatore (345 mètres) au 
pied duquel coule la Krka, après avoir formé, à 3 kilomètres 
est, sa première chute. 

Notre route, descendant vers l'est, se dirige lentement vers 
la station du chemin de fer et nous ne tardons pas à découvrir 
la petite ville de Knin se groupant pittoresquement au pied 
du Mont Salvatore, au sommet duquel s'élève l'antique forteresse 
de ce nom. 





fjt ffc fjt f$f f|f fff eff 




XL La Krka et ses chutes. 



Nous distinguons trois parties du cours de la Krka : la partie 
supérieure, la moyenne, et l'inférieure, puis la région du littoral. 

Le cours supérieur. 

C'est à S'/j kilomètres est de Knin que se précipite par-dessus 
un rocher à pic de façon à former la première chute (celle de 
Topolje)) le petit torrent de Krkic venant des pieds de la Dinara; 
généralement on le considère comme la source de la Krka. 

La Krka s'encaisse ensuite dans un défilé de montagnes 
près de Knin, puis elle se tourne vers l'ouest pour se frayer 
un passage à travers le plateau du Karst. Le commencement de 
cette percée est formé par une vallée sinueuse ressemblant à un 
arc tracé vers le nord. 

Après environ 7 kilomètres de cours, la Krka s'élargit et 
forme deux bassins, dont celui de l'ouest forme le lac de Mara- 
sovic, où commencent les chutes superbes de la Krka, l'un des 
spectacles les plus imposants. 

Réffion moyenne de la Krka, 

C'est venant du nord-est que la Krka se déverse dans le 
lac de Marasovic. Au bout du lac, elle forme sa seconde cascade, 
haute de 16 mètres (chute de BiluSic). A peu de distance de là, 
elle se tourne brusquement au sud-ouest poui* entrer dans une 
autre sphère géologique. A l'étage crétacé de nummulites sont 
superposés des conglomérats et des ardoises marneuses appar- 
tenant à l'étage tertiaire „ Promina". Après avoir passé trois 
rapides, la Krka décrit une courbe vers l'est, puis va former le joli 
petit lac de Bijelober. En sortant de ce dernier, elle dévie vers 
le sud-ouest et découpe du plateau de Poljane une espèce de 



104 La Krka et ses chutes. 

presqu'île : le roc de la „Vokruta", qui ressemble à une énorme 
pyramide étagée, et s'élève vis-à-vis des „arcs romains de 
Kistanje" (voir pag. 101). 

Un peu à l'ouest du lac de Bijelober, la Krka se divise en 
plusieurs bras, qui, entraînés par un courant rapide, vont former 
la troisième chute (celle de Ôoric). La Krka se précipite du haut 
d'un rocher de 20 mètres en cascades nombreuses. Au-dessous 
de cette chute elle a atteint 170 mètres d'altitude, puis, elle 
décrit une courbe du nord-ouest au sud-est, et remplit le bassin 
de Coric, qui se rétrécit vers sa partie méridionale, pour finir 
sur un défilé étage, où les eaux culbutent dans une multitude 
de cascades dont les plus basses se jettent dans un abîme. Ce 
sont les cascades de Manojlovac, les plus belles et les plus 
imposantes, remarquables aussi par leurs bords pittoresques, 
sur lequels s'ouvre une grande vue jusqu'aux Alpes Dinariques 
et au mont Promina. Dépassant le long canon de Manjlovac, 
la Krka forme sa cinquième cascade, celle de Sondovjel, qui 
est excessivement sauvage et solitaire. 

Après avoir coulé quelque temps vers l'ouest, la Krka tra- 
verse un défilé étroit, puis ses bords s'abaissent tellement 
qu'ils deviennent marécageux et plats. Ici le chemin des 
piétons se sépare de la route de Knin à Budele, et le voya- 
geur peut contempler la sixième cascade de la Krka, celle de 
Miljeôka. 

A 1-35 kilomètres au-dessous de la cascade de Miljecka, la 
Krka entre, après avoir dépassé un tourbillon, dans un ravin 
des plus pittoresques. 

Cette vallée est d'autant plus remarquable que nous y aperce- 
vons sur la rive droite la ruine du château de Grad TroSenj et 
à gauche celle de Grad Neëmen; un peu vers l'ouest nous 
apparaît le couvent S. Arhangjeo. 

La Krka traverse, au-dessous de ce couvent, un banc de 
pierres conglomérat, se resserre encore une fois en tourbillon, 
puis prend la direction sud-sud-est. La première partie de ce 
cours porte le nom de Brziôka-Strana. 

Rien de plus beau qu'une course en petite barque au milieu 
de cette scène étrange et accidentée. De temps à autre les rochers 
forment des enfoncements profonds, puis ils saillent en découpures 
bizarres pour s'aplanir aussitôt, ou bien encore les rochers 



fW 



ou moins pittoresques se 
rapprochent encore une 



fois; la nature devient plus sauvage; les eaux recommencent à 
tourbillonner avec un bruit sourd, puis, se réunissant en masse, 
vont se jeter avec un fracas infernal dans un gouffre d'une 



hauteur de 15 mètres (la chute de Slap ou RonCialap). C'est 
au-dessous de cette septième cascade que commence sur les rives 
de la Krka la végétation méridionale. Un pont hardi qui date 
du temps des Turcs, traverse la rivière et mène & l'auberge 



Le cours inférieur de la Krka. 107 

(Krôma) sur la rive gauche. Ordinairement il y règne une 
grande animation. 

Ici finit la région moyenne de la Krka pour faire place 
à celle de son cours inférieur, qui est généralement plus connu 
et visité par plus de voyageurs. 

Le cours inférieur de la Krka. 

Passé Eonëislap, la Krka a une largeur de 450 mètres; 
mais bientôt les rochers — à la droite ceux de Babingrad — 
se resserrent de façon à former un défilé pittoresque et sau- 
vage. Sorties, les eaux s^élargissent dans ce bassin, au milieu 
duquel est située la petite île solitaire du couvent de Visovac. 
Mais les rives se rapprochent et s'écartent encore une fois, ici 
jusqu'à 500 mètres formant deux grandes baies, dont l'une 
s'enfonce dans la vallée de Dubravica, tandisque l'autre se ré- 
trécit vers le sud-est dans le ravin excessivement sauvage de 
la „Pumiôka Draga". 

Un peu plus bas, la ôikola se joint à la Krka et au point 
de leur jonction s'élève entre les deux fleures la presqu'île du 
plateau de Miljevci qui appartient déjà aux alentours des cé- 
lèbres cascades de Scardona. 

A compter de la source du fleuve, c'est la huitième chute 
de la Krka, qui au-dessous de ces cascades a atteint le niveau 
de la mer. Elle parcourt encore le lac de Prokljan près de 
Scardona et prend aussi le nom de Canal. (Canale di Scardona.) 



» 



XII. De Zara à Sebenico. 

40 lieues marines à 1852 mètres. En 4'/» heures. 



En nous dirigeant, à bord de notre bateau, vers le midi 
nous voyons la nouvelle Kiva et l'hôpital, grand et bel édifice, 
se dérober peu à peu à nos yeux. Borgo Erizzo et les coupoles 
de la „Fontaine de l'empereur", le village de Bibinje, le „Port d'or" 
avec S. Cassiano, et les ruines du palais de l'archevêque Valaresso, 
passeiit successivement devant nous. Jusqu'à présent nous avions 
à notre droite la jolie petite île d'Ugljan à laquelle succède celle 
de Pasman, et au milieu du canal, qui ne porte plus le nom 
de canal de Zara, mais de Pasman, apparaissent plusieurs scogli 
qui s'étendent jusque vers Zaravecchia. 

Nous passons près de Torrette, S. Filippo e Giacomo, villégia- 
tures fort recherchées en été par les habitants d e» Zara, pu 
nous longeons le scoglio Komornik et l'île de Babac avec un 
phare remarquable, au sud de laquelle nous voyons le scoglio 
de Fermic, tandis que, plus loin à l'ouest, à la hauteur de Zara- 
vecchia, surgissent les îles calcaires de Planac et de S. Caterina. 

Zaravecchia (Biogral na moru). 

Zaravecchia, située sur une presqu'île tournée vers le nord- 
ouest, n'est aujourd'hui qu'une petite ville peu importante. 

Au XI* et au XII' siècle Biograd était célèbre sous le nom de 
la „ville blanche" des Croates. La chronique de ce temps constate 
que Kresimir IV de Croatie accorda en 1050 un bénéfice aux 
bénédictins de Biograd. 

En 1092, Busila, fille du comte Eoger de Sicile, s'y embarqua 
pour aller au devant de son fiancé Koloman, roi de Hongrie, 
qui prit plus tard le nom de „roi de Croatie" (Rex Hungariae, 



Coutinuttion de la oourae. 109 

Groatiae et Dalmatiae). Les doges Falierl et Micheli conquirent, 
cbacun k son tour, Biograd et les moines qui s'y trouvaient 
86 retirèrent à Tkon (dans l'île Paaman), où leur couvent existe 
encore aujourd'hui. 

Oontinuation de la course. 

A partir de Zaravecchia jusqu'à 4 kilomètres au sud, le 
canal Pasman n'a que 2 kilomètres de large, mais près du village 
de Pakoâcane la terre ferme se réduit à une bande large d'un 
kilomètre entre la mer et le lac de Vrana, et tourne à l'est, 
cependant l'île de Fasman fait place à une multitude de petits 
scogli, au-dessous desquels la vue s'ouvre sur le „Canale di 
Mezzo" jusqu'à la Bikarica (156 mètres), qui s'élève dans l'île 
d'Incoronata. 



Bientôt nous voyons à la gauche une suite de presqu'îles 
et d'îles, entourant en beau panorama le haut scoglio d'Arta 
grande, toutefois, au midi, l'île de Vergada masque la vue. 

Ensuite nous côtoyons la rive ouest de l'île Morter, tandis 
que la rive est, sur la pointe de laquelle est assise la ville de 
Stretto, s'avance tellement vers le territoire dalmate qu'on les a 
reliés par un pont tournant. La commune de Stretto a, depuis 
FortiSj gagné d'importance, et les fouilles qu'on y a pratiquées ont 
produit des résultats. Deux presqu'îles de la partie nord de 
Morter créent une petite baie avec le village de Hramina, 



dominé par l'église de Morter. Cette île est assez bien cultivée 
(vin, olives, amandes), et on s'y occupe de l'élevage des bestiaux. 

Laissant à la droite le petit archipel de 35 îlots inhabités, 
qui enceiguent le sud de t'ile Incoronata, le bateau s'approche 
de l'archipel de Sebenico qui se compose de trois groupes: celui 
entre le canal de Sebenico et Zlarin, renfermant les îles de 
Provicchio-Zelen et l'île Zlarin; celui qui se trouve entre le 
canal Zlarin et celui de Zuri (îles Kakan, Capri, Zmajan) et l'île 
de Zuri et ses scogli. 

Le bateau prend son cours entre les iles de Zeleu et de 
Proviccbio, tandis que sur la côte nous voyons le village de Tre- 
bocconi (Tribunj), derrière lequel s'élève le pèlerinage de la 
Madonna del Carminé. Naviguant entre Proviochio et Zelen, c'est 



Le fort s. NÎ00I6. 

d'abord Sepurina qui frappe nos yeux, puis le village aux 
maisons grises de Luka avec son superbe campanile. 

Nous passons du Canale Zlarin dans celui de Sebenico, puis 
dans celui de S. Antonio, où les murs imposants du fort S. Nicolô 
semblent saluer le voyageur. Le bateau passe un défilé fort 
étroit et entre dans le grand bassin du port de Sebenico, et dès 
ce moment nous apercevons la ville, qui s'élève en amphithéâtre. 

La grande étendue du port de Sebenico vers le nord et le 
sud fait naître plusieurs presqu'îles, dont l'une embrasse le lac 
salé Velika Solina, qu'on utilisait autrefois pour en retirer du 
sel, et dont l'autre porte la chapelle S. Maddalena. Sebenico est 
une station pour les vaisseaux de guerre et possède une école 
nautique pour les mousses. 




XIIL Sebenico (âibenik) et les excursions qu'il offre. 



La ville. 

Sebenico qui, selon le professeur Petter, est „Gênes en 
miniature", compte 7014 habitants, et est le siège d'un évêché, 
d'une préfecture et d'un tribunal. 

La ville possède en outre des sociétés de lecture serbe et 
croate, un casino, et les hôtels „al Pellegrino" et „Krka". 

La ville de Sebenico est un dédale de rues à hautes maisons 
échelonnées en gradins. Cette disposition tient d'un côté à la vie 
toute extérieure des méridionaux qui, même en hiver, ne sont 
guère casaniers; de l'autre côté aux nécessités poup les citadins 
du moyen âge de la sécurité générale. Les rues nouvelles sont 
• au contraire larges et spacieuses et le jardin de la ville, au 
milieu duquel s'élève le monument de Tommaseo, est même 
très joli. 

Tommaseo, né en 1802 à Sebenico, s'est illustré comme 
philosophe et philologue et a publié des écrits linguistiques, 
historiques, philosophiques et politiques, dont son biographe 
taxe le nombre à 212. 

L'abbé Fortis jugeait en 1776 que Sebenico jouit d'une situa- 
tion exceptionnelle et que ses habitants sont fort accueillants. 
Après avoir été déclassée, la ville s'est relevée, depuis qu'on a 
commencé à utiliser les chutes de la Krka pour l'industrie, et 
que les. voyageurs ont pris intérêt à visiter ces chutes, dont 
la dernière se trouve^ comme nous l'avons dit ci-dessus, dans 
le voisinage. 



112 Selienico et les excursions qu'il offie. 

Cétaile hiatoritïuee. 
Que Sebenico ait été fondé par les Bomains ou non, ce 
n'est que depuis le XI* siècle que la ville a tenu un rang assez im- 
portant pour être un objet de litige entre les dynasties rivales. 
En 1116, lorsque Sebenico appartenait à Koloman, roi de Hongrie, 
elle fut prise par le lieutenant vénitien Falieri. Dès 1163 elle ressor- 
tit de nouveau à la Hongrie jusqu'à la mort d'André, le dernier 
des Arpaûes. Appartenant, tour à tour, & Venise et à la Hongrie 
elle dut soutenir, en 1520 et en 1538, le siège fait par les Turcs. 
Ce fut l'époque de aa grandeur. Dans ses murs naquirent 
Antoniug Verantius (en 1502) archevêque de Gran, qui joua un 
rôle important sous les empereurs Ferdinand I" et Maximilien III, 



Selienico. 

le peintre André Uidola, le chanoine-poÈte Nardino et son 
imitateur en langue croate, Petrus Difnico. En 1647, Sebenico 
eut beaucoup à souffrir de la peste et des attaques du pascha 
Tecchieli de Bosnie. 

La cathédrale- 

En montant de la „Marina", éclairée à la lumière électrique, 
sur la „Place de la Cathédrale", noua voyons de suite le superbe 
portail gothique, flanqué des deux côtés d'une fenêtre ogivale 
et surmonté d'une rosace colossale. 

La cathédrale fut commencée en 1443 dans le style gothique 
et terminée en 1555, lorsque, en Dalœatie, le style r 



La cBtbédrnle. 



régnait depuis de longues années, ce qui explique 

d'une coupole qui forme le couronnement de la nef. Le premier 

architecte en fut un Dalmate (Magister Matthseus Dahiiaticus). 



■s.) 



La construction du toit ainsi que celle de la coupole incrustée 
de pierre est considérée par les hommes du métier comme étant 
unique dans ce genre. En entrant dans l'église par le grand portai! 
nous apercevons f> gauche le tombeau d'un évêque, puis le maître- 



Piomena<te aux l'ortH. IIS 

quelques années, ont dévasté cette ch&pelle avec un véritable 
vandalisme, ont abîmé les statues et les rosettes qui se trouvaient 
près de la fenêtre. 

£n face de la cathédrale on aperçoit la vieille loggia où 
est installé à présent un café; au premier étage se réunit un 
club qui se fait fête de recevoir les étrangers. 



Promenade aux forte. 

Sehenico conserve encore aujourd'hui les restes de ses 
anciennes fortifications. Outre le fort S. Nicol6, bâti par San- 
micheli, on en compte trois, qui couronnent les hauteurs 



116 Les îles près de Sebenico. 

du fond de la scène du fort „Barone", qui tire son nom 
du glorieux baron de Degenfeld, qui l'a défendu vaillamment 
en 1647. Il est en ruines, ainsi que le fort S. Giovanni, qui a 
perdu toute importance militaire, mais ne peut être visité que sous 
la conduite du paysan qui en est le gardien. Le fort Sainte- 
Anne, appelé autrefois Sanmichele, compte parmi les monuments 
les plus anciens de Sebenico. 

Nous engageons le voyageur à visiter le cimetière et à con- 
templer de là, la vue sur Sebenico et ses environs qui est vraiment 
superbe. A l'est elle embrasse les jardins jusqu'aux forts S. Gio- 
vanni et les ruines du fort Barone, au sud c'est le beau paysage 
formé par la baie et la presqu'île Maddalena qui retient 
notre attention; à l'ouest vous distinguez, au delà du canal de 
S. Antonio et de l'île de Zlarin, le village de Vodice, qui forme 
la transition à la région du Karst; au nord le bassin du port 
se resserre en canal maritime, que traverse la Krka après avoir 
passé par le lac de Prokljan. 

Les îles près de Sebenico. 

L'île de Zlarin est sans contredit la plus grande de l'archipel 
de Sebenico, que Pline désigne par le nom de y^Insulae Celadussae^^, 
Le chef-lieu en est Zlarin, bâti sur la côte occidentale. On y 
cultive la vigne et l'olivier; les habitants, qui pratiquent la 
pêche des coraux, ne sont pas moins aptes au commerce. 

L'île de Crappano, à 77^ kilomètres au sud de Sebenico, est 
habitée par les plus habiles pêcheurs d'épongés, qui, dans leurs 
petites barques, s'aventurent jusque dans le golfe du Quarnero. 
Le couvent S. Crpce se trouve au nord du village. A l'est de 
l'île s'ouvre un canal, qui nous mène au lac de castel Andreis, 
où l'on retrouve le chemin de fer. 

Excursion sur la côte du sud de Sebenico. 

En traversant la voie ferrée de Knin à Spalato et en se 
dirigeant vers l'ouest, nous entrons dans une espèce de grotte, 
où se trouvent deux mares salantes, puis en continuant notre 
route, nous apercevons le grand lac de Veliko Solina, d'où les 
Vénitiens retiraient du sel. 

Après un quart d'heure de marche, nous arrivons au village 
de Zablace, qu'embellit une petite église octogone, qui conserve 



Le mont Tartaro. 11 ■ 

un joli tableau de Salghetti Drioli, représentant le baptême de 
Jésus-Christ. Les habitants du village cultivent la vigne, qui 
fournit d'excellent vin rouge et s'occupent de raffiner de 
l'huile d'olive. 

A 10 kilomètres sud de Sebenico s'étend la presqu'île d'Oâtrica, 
où l'on montre, comme une curiosité, quelques anneaux en pierre, 
qui ont servi, un jour, à faciliter la fuite des chrétiens qui étaient 
détenus en Herzégovine. 

Non loin de là se trouvent les ruines du légendaire Ancien- 
Sebenico, tandis qu'au midi s'ouvre l'immense bassin de „Porto 
Sebenico Vecchio", qui permettrait à toute une escadre d'y 
manœuvrer avec facilité. Comme suite à la baie, s'enfonce dans 
l'intérieur du pays la vallée de Grebaâtica. On y rencontre, ainsi 
qu'aux alentours de l'antique église S. Jean de Tyro, des tom- 
beaux et des pierres tombales superbes à inscriptions et à em- 
blèmes symboliques; d'origine croate, elles évoquent le souvenir 
de l'antique ville royale de Bihac, non loin de Traù, et l'arché- 
ologue pourrait peut-être, en y pratiquant des fouilles, recueillir 
une riche moisson. 

Le mont Tartaro (Trtar). 

(496 mètres.) 

Le mont Tartaro, dénomination qui, selon certains géographes, 
remonte aux invasions des Mongols (Tartares) de l'année 1241, 
est non seulement célèbre à cause de l'excellent vin qu'il produit 
sur ses pentes, mais encore par la vue superbe, qui s'étend 
au-delà de la Dinara et de Knin. 

De Sebenico à Scardona et au couvent de Yisovac. 

A la chute inférieure de la Krka. 

De Sebenico à Scardona, 

Les changements de paysage de la région de la Krka dépendent 
éminemment de ses propriétés géologiques vu que la Krka, se 
dirigeant dans son cours tantôt vers l'ouest, tantôt vers le sud 
ne cesse pas de percer des plis de l'écorce terreste couchés dans 
la direction du nord-ouest et des enfoncements intermédiaires. 

Dans la région inférieure même, entre Scardona et Sebenico, 
il traverse encore quatre séries de plis dont le plus occidental 



118 Sebenico et les excursions qu'il offre. 

va se perdre entre la rivière et la mer, tandis que celui de Test est 
formé par la continuation nord-ouest de la crête du mont Tartaro. 

En cinglant, à la sortie du bassin de Sebenico, vers le nord- 
ouest, nous le voyons se rétrécir de manière à présenter un bras 
de mer large, en moyenne, d'un demi-kilomètre lequel conserve, 
jusqu'à environ 6 kilomètres de Sebenico, la direction nord-ouest. 

La suite de ce tronçon de canal, où les étages géologiques 
ont été déplacés violemment, c'est la baie de Zaton, dans la 
verdure de laquelle les maisonnettes blanchies à la chaux du 
village de ce nom saluent le voyageur; la vallée de la Krka, 
toutefois dévie vers le nord-ouest et serpente, jusqu'à la sortie 
du „Lago Prokljan" de la Krka, en une double ligne. 

C'est au début de cette partie de son cours que la Krka 
perce le second des plis signalés ci-dessus, et nous voyons saillir, 
sur les deux rives, des rocs, produits de puissants gisements 
calcaires qui sont venus s'y amonceler. Dès cet endroit, la Krka 
se détourne, pour la seconde fois, vers le nord-ouest. Le géologue 
Kerner suppose qu'entre ces deux élévations il se manifeste un 
profil géologique naturel, et cette fois par une excavation qui 
s'enfonce entre deux plis. 

Au point où la Krka sort du lac Proklj an, le Vukinac et le 
Debeljak ne forme qu'une seule crête interrompue par le lit de 
la Krka, laquelle, à l'égard de la. géologie, est le troisième des 
plis mentionnés ci-dessus. Dans les terrains bas qui s'y joignent 
au midi, on rencontra des dolomites sablonneux formant les bords 
sud du lac, tandis que la presqu'île du bord est, dont il faut 
doubler la pointe septentrionale pour s'engager de nouveau dans 
la Krka, tient de la dure chaux du pli du mont Tartaro. 

L'eiau a une profondeur de 25 mètres à la pointe sud-ouest 
du lac, et de 15 mètres à l'autre bout, et la largeur de la rivière 
se réduit d'un coup à 150 mètres. Mais bientôt la tranquille 
nappe d'eau se détourne tout à coup vers le nord, et s' élargissant 
à 300 mètres elle vous démasque la vue de Scardona. 

Scardona (Skradin). 

Scardona fut, dans l'antiquité, une des villes les plus considé- 
rables du pays, vu que le conventus juridicus (la diète) de la 
Dalmatie s'y rassemblait d'ordinaire. 



La chnte de Se.rdona. 119 

Api'ès avoir été détruite par les Avares, la ville fut rebâtie 
par les Croates, et après avoir changé plusieurs fois de maître, 
les Vénitieos en achetèrent, en 1411, au roi de Bosnie la 
suzeraineté. Vu. siècle après, les Turcs s'en emparèrent ; l'nssant 
donné k la ville par le général Pesaro, qui voulait leur enlever 
en 1527 Scardona, joint au pillage et à l'incendie par les Turcs, 
contribuèrent à ta ruiner. Foscolo échoua dans le coup de main 
qu'il tenta en 1645, et ce ne fut qu'en 1684 que les Turcs en 
furent chassés par les Zagoriens. 



Chute de la Krka (près de Scardona). 

En 1S09 les contributions de guerre pesaient si lourdement 
sur cette pauvre petite ville, que jusqu'à présent elle n'a pu 
guère se relever. 

On compte beaucoup à Scardona sur l'affluence des voyageurs 
qui viendront visiter les chutes de la Krka et, en effet, leur 
nombre augmente chaque année. 

La chute de Scardona (dernière chute de la Krka). 
Après qu'on a descendu une demi-heure en barque la Krka, 
l'œil discerne en amont de Scardona une double nnppe blanche, 
et tout à la lois le bruissement sourd de la cascade parvient 



120 Sebenico et les excursions qu'il ofiPre. 

à nos oreilles. Bientôt, à travers les peupliers qui ont pris racine 
près des moulins, nous voyons briller l'immense cataracte, qui., 
par sa largeur rappelle au premier moment celle du Bhin. Au 
bas de la cbute et à ses côtés se sont installés une cinquan- 
taine de moulins. En allant un peu à gauche, nous tombons 
dans un superbe désert où s'élèvent entre des rochers tapissés 
de mousses et de lierre, des groupes de mûriers et d'oliviers 
derrière lesquels près de cinquante petites cascades vont rejoindre 
la grande chute. Partout on entend sortant d'entre les rochers 
le fracas de la chute des eaux, qui étouffe le bruit que pro- 
duisent ensemble les 50 moulins. Pendant les grandes chaleurs 
même, tout est riant et vert aux alentours de la cataracte. 

Bien de plus imposant que cette masse d'eau qui se pré- 
cipite du haut des terrasses larges de 100 mètres et qui rappelle, 
étant donné certains effets de lumières, tantôt un glacier, tantôt 
un plateau en argent mat, tandis que, à certains moments, la 
cascade et les nuées d'écume scintillent de toutes les teintes de 
l'arc-en-ciel. 

La cascade descend d'une hauteur de 40 mètres, et le spectacle 
grandiose peut-être admiré à loisir d'un des moulins où se 
trouve un restaurant agrémenté d'un petit jardin. 

Il y a trente ans à peine, on ne songeait à utiliser autrement 
les cascades que pour faire marcher les moulins. Depuis, on 
élève les eaux, à l'aide d'une pompe, au niveau des rives, pour 
les conduire par des tuyaux à Sebenico; c'est grâce aux efforts 
et aux travaux incessants de MM. Supuk & ôls, qu'on y a installé 
une station électrique dont le moteur de 320 chevaux sert à 
l'éclairage de la ville située à 11 kilomètres. Maintenant la plus 
pauvre maison de Sebenico utilise l'électricité, car une flamme 
de 5 bougies ne coûte annuellement que 3 florins. 

La même maison Supuk a commencé à établir un second 
moteur et l'on fait de nombreux projets pour utiliser la force 
de 10.000 chevaux-vapeur dont dispose la Krka. 



En montant la pente à gauche de la chute de la Krka, on 
arrive, en cheminant au milieu de la végétation luxuriante, au 
lac de Krka ou plutôt à la large Ôikola, d'où l'on aborde le 
célèbre couvent de Visovac. 



Le couvent de Visovac. * 121 



Le couvent de Visovac, 

C'est un charmant site que celui où s^élève, à 6 kilomètres 
de la première chute de la Krka, sur un îlot formé par la rivière, 
le couvent de Visovac. Enclos par une ceinture de montagnes, 
cet îlot ressemble à une oasis verdoyante; ce n'est pas seule- 
ment au printemps mais aussi dans d'autres saisons qu'il offre 
un coup d'œil charmant. On suppose que Visovac fut un palais 
de plaisance des Bribir. C'est au XV* siècle que remonte la 
construction du couvent qui possède encore aujourd'hui, malgré 
les nombreuses atteintes et calamités qu'il eut à subir, une 
des bibliothèques les plus intéressantes de la Dalmatie. Qn y 
conserve une lettre adressée par le général Foscolo au père 
gardien de Visovac pour l'engager à fuir puisque les Turcs 
s'avançaient vers Knin. On y trouve aussi plusieurs firmans 
turcs dont l'un écrit de la main du Sultan sur du parchemin 
orné de soie verte. 

Parmi les documents il faut citer r„Histoire des Slaves 
méridionaux" écrite par le père Gaspard Vinjalic, de même 
qu'un manuscrit en lettres gothiques datant de 1543. 

A l'intérieur de l'église se trouve un superbe tableau représen- 
tant S. François d'Assise; la tête du fondateur de l'ordre où 
seuls les yeux respirent la vie, paraît être celle d'un homme 
qui vient de ressusciter de la mort. Le nom du peintre qui a 
fait ce tableau est, à notre regret, inconnu. 



Le panorama de Visovac est surtout beau, vu des coteaux, 
près de Dubravice. Ici, où passe aussi la route de Scardona, on 
exploite une houillère. Cette route se joint à celle de Gjevrske 
à Drniâ et l'on met 3 heures de voiture pour aller de Scardona 
à Drniâ. 

Si l'on part de Drniâ, on peut quitter à Grabic la voiture 
pour gravir, en passant à gauche, par le village de Gornje 
Briëtane, une éminence où se produit un écho magnifique, 
et qui porte le nom de „Genius". De là, on peut héler une 
barque de Visovac qui vous conduira à la cascade de RonÔislap où 
vous attend la voiture avec laquelle vous reviendrez par Scardona 



122 Sebenico et les excursions qu'il offre. 

à Sebenico. Si l'on voulait continuer la course en barque jus- 
qu'à S. Arhangjeo, il faudrait faire attendre la voiture à Kistanje 
ou près du couvent même. Toutefois cette course absorbe trois 
journées entières, et nous engageons le touriste désireux de 
la faire à se munir de provisions et À s'entendre d'avance 
sur le prix de la course avec le conducteur de la voiture. 






XIV. De Sebenico à Knin. 



Voyage en chemin de fer Sebenico-Perkovic-Knin. 

De Sebefiico à Dmu. 

Partant de la gare de Sebenico, la voie longe la rive 
orientale du bassin de Sebenico en inclinant vers le sud-est. 
Après un parcours d'un quart de kilomètre, la „ligne de Riva" 
s'embranche à gauche et nous ramène à Sebenico en descendant 
jusqu'à la rive; la ligne principale coupe une langue de terre en 
avant de la presqu'île S. Maddalena et enfile la dépression entre le 
versant du Karst et les coteaux de la côte offrant jusqu'à Vrpolje 
de temps en temps la vue sur la mer. Après avoir passé Dabar, 
elle arrive, en montant vers l'est, à la station de Perkovic- 
Slivo où nous voyons aboutir la ligne de Spalato qui a tra- 
versé le défilé étroit entre les monts Jaklina et Trovra. 

La route que nous parcourons jusqu'à Uneâic offre peu 
de vue, vu qu'elle est encaissée dans les vallons agrestes du 
Karst. Après le passage de quelques défilés, nous apercevons 
DrniS dominé par les cimes de la Dinara (1831 mètres) et du 
Kosjak (1207 mètres). 

Pour descendre dans la plaine, la voie côtoie les pentes 
nord-est du Mosec-Planina vers le sud-est, traverse la Ôikola et 
entre enfin dans le défilé de Drniâ qui forme un des plus 
intéressants canons rocheux de la Dalmatie. La station se 
trouve à 2 kilomètres nord-est de la ville à une altitude de 
284 mètres. 

Drniâ. 

Nous traversons sur un pont la ôikola pour arriver à 
Drniâ. 

Ce bourg qui — fait rare — ne contient pas de souvenirs 
des temps romains, jouait au XVII® siècle un rôle si im- 



124 De Sebenico à Knin. 

portant dans la lutte avec les Turcs, que ces derniers l'appelaient 
le „petit Sarajevo". Ce ne fut qu'après la déroute au siège de 
Vienne de l'armée turque, en 1683, que le courageux Srdar Nakic 
affiranchit à jamais DrniS du joug des musulmans. 

Peu à peu les fortifications disparurent, aujourd'hui nous 
voyons encore les ruines d'un minaret. A côté du presbytère 
qui était autrefois la demeure du prêtre turc, se trouve une 
fontaine qu'alimentait l'eau venant de la Promina et qui servait 
aux ablutions religieuses. 

Aujourd'hui Drni§ dont la situation favorise le commerce 
des céréales et des bestiaux, compte 1456 habitants et possède 
plusieurs jolies maisons et de petites auberges proprement 
tenues. 

De Drni§ à Knin. 

(Continuation de la course en chemin de fer.) 

Après une course d'environ un quart d'heure, nous arrivons 
à Siveric dont les mines de houille appartiennent à une société 
de Turin qui porte le nom de „Società carbonifera Austro- 
Italiana del Monte Promina". Elles occupent près de 200 mineurs 
qui extraient par jour 22 à 24 wagons de houille. Un des puits 
qui a pris feu il y a quelques années brûle encore aujourd'hui, 
mais on l'a séparé des autres puits par un mur épais. 

Quelques kilomètres au nord de Siveric, le chemin de fer 
traverse le col S. Petar ou Lukavac et arrive, après avoir 
passé le village de Kosovo, à Knin à 27 kilomètres de Drniâ. 

Knin. 

La situation de la ville. 

Entre le Vélebit et la Dinara s'ouvre, dans la montagne, 
une brèche à l'ouest de laquelle prend sa source la Zimanja 
qui limite le Vélébit vers l'est et vers le sud; à l'est de la 
dite brèche coulent des deux côtés du mont Orlovica les ruisseaux 
de Radiljevica et de BudiSnjica qui vont se décharger dans 

la Krka. 

Knin ne manque pas d'intérêt au point de vue hydro- 
graphique. C'est là que se rapprochent le plus les princi- 
paux cours d'eau de la Dalmatie moyenne. La Krka n'y est 
éloignée que de 9 kilomètres de la Zrmanja et l'on n'a à 



Notions historiques. 125 

faire qu'une route de 17 kilomètres pour arriver sur la route 
de Vrlika dans le territoire des sources de la Cetina. 

A 20 kilomètres de Knin près du village de Badvika se ren- 
contrent les frontières de la Croatie, de la Dalmatie et de la 
Bosnie. Du nord- ouest viennent aboutir ici la route croate de 
Grab et celle de Bosnie dans la vallée de BudiSnijca, de Test 
la route de Sînj, du sud celle de Spalato à Glissa, de Touest 
enfin se rapproche la route de Zara.*) 

Notions historiquea. 

A la place de Knin s'élevait, au temps des Bomains, Arduba 
dont parle Dio Cassius, qui rapporte que les habitants s'étaient 
défendus avec courage contre Gerraanicus. 

Lors de ce siège les femmes aimèrent mieux se jeter à l'eau 
que de devenir esclaves romaines. Plusieurs historiens con- 
testent ce fait, mais ce qu'il y a de certain c'est que Con- 
stantin Porphyrogenète constate l'existence de la ville 649 après 
Jésus-Christ. Jusqu'en 1755, Knin était le siège d'un évêché. 

De 1396 à 1397 elle fut la résidence de l'empereur Sigismond 
battu par les Turcs à Nikopolis. Ce ne fut qu'en 1777 que le 
brave Stojan Jankovic combattant sous le doge Cornaro ré- 
ussit à chasser les Turcs et à consolider la puissance véni- 
tienne dont le souvenir se perpétue dans le lion de St Marc 
posé sur la porte de la forteresse. 

Knin joua pour la dernière fois un rôle important 
en 1805 où la ville fut prise par le général Molitor avec 
5000 hommes. Depuis elle a déchu peu à peu de son ancien 
rang et elle n'est digne d'intérêt qu'au point de vue pittoresque. 
Elle est dominée par la cime du Monte Salvatore (345 mètres) 
à la base duquel elle s'adosse. 

Knin, bourgade peuplée de 1270 habitants, possède un 
musée local et offre au voyageur la faculté d'entreprendre dans 
ses environs de jolies promenades. 

La vue dont on jouit en se plaçant sur le pont de la Krka, 
est fort belle, mais elle ne saurait égaler celle qu'offre la 
forteresse surtout si elle est éclairée par le soleil couchant. 



*) A Knin les auberges sont assez nombreuses et assez bonnes (Hôtel 
Knin). Les voitures mettent 3 heures pour gagner la frontière de la 
Bosnie, 4 heures jusqu'à celle de la Croatie et 1'/, heure jusqu'à la 
cascade Manojlovac. 



126 De Sebenico à Kuin. 

A l'église S. Barbara l'on a inhumé le Nobile Bartolome 
Borelli qui y avait été envoyé comme gouverneur et dont le 
sénat vénitien récompensa les mérites en accordant à son fils 
François le titre de comte et la seigneurie de Vrana. 

Knin est le centre d'une industrie domestique remarquable : 
les paysannes y tissent de jolies nappes et des tapis aux couleurs 
vives, qu'on peut y acquérir à des prix modiques. 

Le musée de Knin» 

Ce musée que nous devons à l'initiative de Fra Luigi Maruns 
qui non seulement recueillait les produits de toutes les fouilles 
et d'autres antiquités, mais encore fondait une société croate 
conservatrice des antiquités, est installé dans le couvent des 
Franciscains. 

Les objets les plus anciens datent des époques de la pierre, 
du cuivre et du fer; d'ailleurs des inscriptions, des pierres commé- 
moratives et des monnaies y furent mises à jour en si grand 
nombre qu'on put en céder à d'autres musées. 

Le musée réunit principalement des antiquités croates ; parmi 
les objets qui datent du moyen, âge citons des sabres, des 
monnaies byzantines datant du IX' et du X* siècle. 

Dans les tombeaux de femmes on trouva des boucles d'oreilles 
et des bijoux qui rappellent ceux que l'on a trouvés, dans le 
nord de l'Allemagne, dans les tombes des Venètes et des Tchèques. 

On a découvert aussi certaines pierres qui, par leurs in- 
scriptions, confirment l'existence des rois croates Trpimir, Mun- 
cimir et Zvonimir, que plusieurs historiens ont niée. 

Excursions de Knin, 

Outre la promenade au pont de la Krka, celles qui mènent 
à Golubic et à Plavic, dans la vallée de Budiânjica, offrent 
des charmes. Il y en a une autre qui conduit aux parties nord 
du Polje de Kosovo, mais les voyageurs préfèrent ordinaire- 
ment visiter la chute de Topolje qui, surtout en hiver, étonne 
par son volume d'eau. 

Sur la Dinara (1831 mètres). 

C'est à 16 kilomètres à l'est de Knin que s'élève l'énorme 
massif de roches calcaires de la Dinara dont le versant abrupt de 



De Knin par Razvogje à Drnis. 127 

l'ouest passe pour un des phénomènes les plus merveilleux non 
seulement de la Dalmatie, mais du territoire entier des Alpes 
calcaires méridionales. La route passant près de la cascade de 
Topolje monte au petit groupe des cabanes de Juric S tan d'où 
un petit sentier vous conduit dans la vallée de Mahnita Draga, 
puis sur une élévation d'où nous jouissons d'une belle vue sur 
la vallée de Vrlika. 

Parvenus à l'altitude du Semmering, nous pénétrons dans 
un défilé entre la Dinara et le Tominosic Vrh; le chemin 
s'incline de plus en plus vers le nord, on abandonne sa monture 
pour gravir la cime. Un bon marcheur peut faire cette excursion 
en cinq heures. Cette ascension n'étant encore que fort peu 
connue intéressera, nous en sommes sûrs, tous les alpinistes 
avides du nouveau. 

De Knin par RazYOgje à DrniS. 

La route de Knin conduit ensuite dans la contrée de Pro- 
mina bien cultivée en vignes et en blés. Oklaj et Promina sont 
les villages les plus importants. 

Sur l'emplacement de Promina s'élevait autrefois l'ancienne 
Promona bâtie par les Liburniens. Quand les Dalmates l'assié- 
geaient l'an 52 avant J.-Chr., les Liburniens appelèrent à leur 
aide les Romains, mais ce ne fut, selon Appien, que sous Octavien 
Auguste que les Bomains purent se rendre maîtres de Promina. 
On a découvert depuis des thermes romains et des inscriptions 
provenant de la XI' légion. 

Une route partant d'Oklaj conduit au gros village de E.az- 
vogje d'où l'on jouit d'une belle vue sur Sebenico. 

Un peu plus au sud de Veluâic, un sentier gravit la cime 
du mont Promina; un chemin qui perce un petit défilé entre 
les rochers de Promina et le mont Kalun fait communiquer 
VeluSié avec Drniâ. 

De Knin à Yrlika. 

Source de la Cetina, les tombes des Bogumiles, la grotte de Vrlika. 

La route de Knin à Vrlika monte doucement vers le village 
de Kijevo situé au bord d'un plateau et elle s'abaisse, dans une 
descente abrupte, de 70 ou 80 mètres vers la plaine de la Cetina. 

C'est au pied du dit plateau, que, non loin de villages 
de KotluSa, Citluk et Vukovic on rencontre des trous profonds 



130 De Sebenico à Knin. 

tacée, submergée sous la mer où sont venues se plaquer les 
puissantes couches (étages) de chaux rudiste. *) 

Dans la dernière époque de cette période, la mer laissa en 
se retirant dans le sud-ouest, des lagunes, tandis que, dans les 
régions de l'est, il se formait de vastes lacs intérieurs, d'où se 
désagrégèrent des couches de cosina qui se superposèrent à la 
chaux rudiste.**) 

C'est alors que la mer, envahissant pour la seconde fois 
la terre ferme, changea les lacs en lagunes au fond des- 
quelles vinrent se figer les chaux de foraminifères. Enfin, 
la mer battant encore une fois en retraite, il resta soit des 
terres toutes sèches, soit des eaux de littoral peu profondes, 
d'où a résulté la dépression des gisements de Paris.***) 
Ce second refoulement de la mer fut causé, dans la période 
néo-éocène, par un renflement des masses de couches submergées 
par suite du froncement du noyau du globe qui allait se recro- 
queviller, et le résultat en est la structure par plis actuelle de 
la région. Dans ce temps-là la Dalraatie septentrionale devenait 
le territoire où vinrent se déverser de grandes rivières qui 
déposaient, entre autres éléments, les gros éboulis des conglo- 
mérés promina. 

Les plus anciens minéraux sont les ardoises de „Werfen", 
lesquelles forment aussi dans les Alpes calcaires la base des 
puissants gisements de chaux ; elles se trouvent, outre le tuf et 
les dolomites, la chaux de Gutenstein et le calcaire conchylien, 
surtout dans le Kosovo et le Petrova polje. Ces minéraux font 
partie de la „trias" inférieure, la première des trois périodes 
(trias, jura, craie) dans lesquelles on a coutume de diviser le 
moyen âge géologique. 

Puisque la terre ferme s'était desséchée de sorte qu'il ne 
pouvait s'y faire de dépôt de gisements, il manque un certain 



*) Les „rudistes" ou „hippurites" étaient une famille de coquillages 
disparus, affectant la forme de lourds cônes à grosses parois qui étaient 
fixés, par la pointe, au fond de la mer. Ils formaient, à la façon des 
huîtres, de denses colonies et les résidas de leurs coquilles servirent à 
former d'importantes montagnes. 

**) On nomme couches ^cosina'' les couches limitrophes entre 
les formations crétacée et tertiaire de l'Istrie et de la Dalmatie. 

***) La période tertiaire se divise en trois époques: Téocène, le mio- 
cène et le pliocène. Ce sont les couches de Paris, le ^parisien", qui con- 
stituent la partie moyenne de l'éocène. 



Observations de géologie afférentes an parconrs de Drnis à Knin. loi 

nombre de couches, ou bien celles-ci n'apparaissent que ça et là 
jusqu'à ce qu'on rencontre ces restes de la mer crétacée qui 
jouent un rôle si éminent dans toute la Dalmatie, de même que 
dans les pays de la Méditerranée en général. 

La craie supérieure représentée par les chaux rudistes 
passant du gris au brunâtre, mais le plus souvent d'un blanc 
pur, est la plus répandue. Ces chaux, résidus de la dénudation, 
se superposent tantôt aux plaques calcaires plus anciennes, 
tantôt se montrent sur les hauts sommets, puisque, lors de la 
formation des montagnes, les dernières couches déposées sur la 
chaux crevaient de sorte que celle-ci fut mise à jour. 

La période crétacée, la dernière du moyen âge géologique 
du globe terrestre, fut suivie de l'ère moderne géologique, qui 
se divise en trois périodes celles du tertiaire, du déluge et de 
l'alluvion. 

Le tertiaire, de son côté, se subdivise en trois époques, 
l'éocène ou „temps de l'aurore", dans lequel des êtres pareils 
à ceux d'aujourd'hui commencèrent à peupler la terre, le mio- 
cène et le pliocène. L'éocène est représenté dans les régions 
que nous décrivons, en première ligne par les couches de 
„cosina" couvrant, sans intermédiaire, la chaux, auxquelles se 
superposent, à leur tour, les chaux de foraminifères supérieures, 
composées le plus souvent des coquilles de foraminifères ou 
animalcules crétacés. Une espèce intermédiaire entre les couches 
sous-éocène et moyen-éocène se présente dans les gisements 
de minerai lesquels se rencontrent à la MoseÔ-Planina et au 
mont Kalun près de Drnië; il y succède l'éocène supérieur 
dont les couches présentent, en Dalmatie, toutes les formes 
mixtes. 

Au Monte Promina la série de coucheâ supérieure se com- 
pose de couches de marne séparées, par des conglomérés qui 
s'y sont glissés, en trois profils. C'est à elle qu'appartiennent 
les gisements de lignite de Siveriô et de VeluSic (sur les flancs 
sud-est et sud-ouest du Monte Promina). 

Si nous considérons les formes que revêtent les différents 
minéraux, nous reconnaîtrons (dans la région à l'est du chemin 
de fer de Drniâ à Knin) que, dans la chaux en plaque grise 
de la formation crétacée, des plaques polygones tendent à se 
désagréger des bancs de pierres qui changent souvent les 

9* 



1B2 De Sebenico à Knin. 

pentes généralement douces en gradins naturels, comme par 
exemple dans le cirque de la PeÔina au sud de Karenovac^ 
où est encaissée une petite oasis de montagnes en gradins 
presque régulièrement étages. La formation du relief dans la 
chaux rudiste en diffère essentiellement : c'est que, aux endroits 
dont la position dépend de petites différences de dureté et 
peut être supposée tenir aux influences organiques, il se forme 
d'abord des enfoncements sur lesquels ne cessent d'agir les 
forces s'attaquant à la pierre de sorte que tout le banc de 
pierres finit par être taillé en poteaux et qu'il en naît un 
fouillis d'arêtes et de pics déchiquetés. De pareils reliefs en 
poteaux se dessinent le plus complètement dans le terrains 
calcaires au nord de la „Promina mala" et à l'ouest du 
mont Kalun. 

Parmi les chaux tertiaires plus anciennes, les bancs 
de chaux alvéoline*) et nummulite se découpent également, 
par suite de l'enfoncement et de l'élargissement successifs de 
crevasses, en un système de fentes et d'arêtes plus ou moins 
parallèles. Ils finissent par se décomposer en débris à bords 
tranchants que le géologue Strache a dénommés „champs de tessons" 
et comme ils font partie des terrains de désolation du „Karst" 
au nord de la Dalmatie, ils se trouvent dans le domaine des 
artères de chaux alvéoline et nummulite des deux côtés de la 
Krka et de la Cikola inférieures, principalement dans les alen- 
tours de Scardona, ainsi qu'à l'ouest de Visovac et de Bupe, 
au nord-ouest du mont Kalun. C'est d'une autre façon que 
s'effiritent les gisements, pour la plupart puissants, de brèches 
et de conglomérés solides des couches Promina éocènes. Ici se 
creusent, le long des endroits lesquels ne sont pas solidement 
soudés, des sillons et des fosses qui vont s'élargissant en profondes 
rigoles et en trous, et des bourrelets et des croupes arrondis 
finissent par naître, séparés les uns des autres par de profondes 
fosses, mais reliés de nouveau, en partie, par des ponts en 
pierre. De pareils bourrelets portant le cachet propre 
à ce phénomène, se voient à la pointe méridionale du mont 
Kalun, le long du chemin de fer entre Mideno- et Moseô-Planina, 
au sud de l'arête occidentale du Kosjak et au nord de 
Zezevo. 



*) Une espèce de foraminifères, qui caractérise une couche de 
l'éooène. 



Le site de Kosovo. 133 



Le site de Kosovo. 

Le voyageur qui vient de descendre du haut des plateaux 
rocailleux et dénudés dans le pays de Kosovo, qui s'étend depuis 
Petrovopolje sur un terrain d'une quinzaine de kilomètres vers 
le nord, se figurera être transporté, comme par la baguette 
magique, dans un autre monde si sa vue se repose tout à coup 
sur des prés plantureux, sur des bosquets de hêtres ombreux 
et sur des cours d'eaux limpides. Ce contraste tient à des 
phénomènes géologiques. Quand, dans la période tertiaire, les con- 
glomérés de „Promina", qui ne constituent pas seulement le 
sommet de la „ Promina", mais aussi la crête, le versant du midi 
et les contre-forts du sud-est du „Kosjak" haut de 1207 mètres 
venaient se déposer, ces hautes montagnes ne dressaient pas 
encore leurs cimes dans les airs, et le terrain qu'elles occupent 
de nos jours, relativement uni, était l'estuaire ou l'embouchure de 
grandes rivières qui découlaient de l'intérieur du pays. 

Ce ne fut que pendant ou après le tassement de couches 
de ,,Promina" que s'opérait l'érection de la montagne qui pro- 
voqua des déchirements de l'écorce terrestre très variés et pro- 
duisit la grande crevasse formant maintenant les „polje" de 
Petrovo et de Kosovolje. C'est à l'existence, prédominante dans 
cette crevasse et dans son voisinage, des ardoises de „Werfen" 
de la trias inférieure qu'est due la facilité qui distingue ces 
pentes, surtout celles du pays de Kosovo, à se prêter à la cul- 
ture. Le principal élément des ardoises de „Werfen", ce sont 
les ardoises argileuses rouge foncé et le grès ardoisé rouge 
Bordeaux, tandis que les ardoises argentées et riches en mica 
et les ardoises calcaires gris vert y figurent peu. Des grès d'un 
jaune sale ou d'un rouge jaune entrent dans la formation d'un niveau 
plus élevé, tandis que l'étage suprême de l'ensemble des couches 
de „Werfen" se compose d'ardoises calcaires grisâtres. Les 
ardoises, qui impliquent l'abondance de sources et consti- 
tuent des couches de désagrègement favorables à la végéta- 
tion sont, le plus souvent, surmontées de tuf noirâtre qui donne 
lieu à la formation de bizarres rochers déchiquetés et effrités. 
Ce système de couthes de la trias inférieure se fendait, lors 
de l'éruption des fissures mentionnées ci-dessus, en un grand 
nombre de rochers qui, dans le Petrovopolje, sont presque 
totalement submergés dans les alluvions de la Cikola, mais qui. 



134 De Sebenicô k Knin. 

dans le territoire de Kosovo, jaillissent, en grand nombre, des 
conglomérés au grain fin et à minces couches et donnent à cette 
région le cachet de paysage qui lui est particulier. 

C'est un charmant pays de collines, aux nombreuses croupes 
et à travers lesquelles glissent mollement des cours d'eaux 
bordés de prairies marécageuses. Les coteaux formés d'ardoises 
sont richement boisés ; le rouge foncé des ardoises mises à jour 
en beaucoup d'endroits tranche agréablement avec le vert foncé 
des coteaux tandisque les collines en tuf sont tapissées de pelouses 
herbeuses d'un vert clair d'où surgissent de sombres roches. 




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XV. Les Morlakes (Vlasi). 



"La population au nord de la Daîmatie. 



Comme la plupart des peuples ont donné à leurs voisins 
des surnoms, ainsi les Dalmates du pays intérieur appellent leurs 
frères slaves qui, habitant les côtes de la mer, paraissent être 
sous l'influence italienne, „Bodoli" tandisque ceux-ci, à leur tour, 
les désignent par le nom de Morlakes qui n'est autre chose 
que la réunion des mots „more" et „valacco" et qui veut 
dire „habitant près de la mer". Les historiens s'accordent 
à dire qu'au XV* siècle beaucoup de Valaques étaient venus, 
de la presqu'île du Balkan, s'établir en Daîmatie. On a retrouvé 
des traces de cette race près d'Abbazia. Généralement les Mor- 
lakes n'aiment guère qu'on les appelle ainsi, et préfèrent se 
nommer „Dalmates". 

Le paysan dalmate a toutes les qualités et tous les défauts 
du caractère slave, du paysan et du méridional. Les habitants 
du nord, de l'Europe s'appliquent au travail, et font cas de 
l'argent, ils sont plus ou moins raffinés sur la nourriture et ils 
aiment à être logés avec confort. Ceci tient aussi à la nature 
et au climat et surtout à l'esprit du gain qui les anime. 

Le Dalmate est très frugal, mais peu apte aux travaux 
d'agriculture ; il aime la belle nature et l'admire passionnément ; 
il est hospitalier et tient généralement peu à l'argent. 

Les Dalmates ont été, de tout temps, de véritables héros 
aimant la guerre et ne s'endormant jamais dans la mollesse. 



de labour étaient aban- 
dounéâ aux efmmes. 

Il n'est donc pas étonnant que les Daltnatea, et principale- 
ment les Morlakes, soient restés un peu sauvages et en somme 
l'extrême simplicité qui règne dans leurs habitations, où le 
mobilier et les ustensiles de cuisine se réduisent à moifcs qu'au 
nécessaire, ne laisse pas d'être fort originale. Et pourtant les 
habitants sont relativement heureux et contents, ne se souciant 
guère des richesses, fiers de posséder leur „Gusia" et de pouvoir 
paraître aux jours de grande f@te parés de leur costume national. 

Les hommes portent généralement des bonnets rouges et deux 
vestons, l'un rayé, l'autre garni de boutons en corne. Une 
écharpe épaisse entoure la taille, parfois remplacée par une large 
ceinture où ils serrent des couteaux et des ustensiles pour 
fumer. Le pantalon en drap bleu est ample en haut, très 
étroit vers le bas. En fait de chaussure ils portent les „Opance'', 
espèce de pantoufles en cuir. Certains paysans passent, en hiver, 
un manteau ou une jaqiiette par-dessus le veston. 

Les femmes mariées se coiffent généralement de fichus, 
tandis que les jeunes filles ont des bonnets rouges. Par-dessus la 
chemise aux manches richement brodées elles portent uu cor- 
selet ordinairement pailleté de clinquant. La jupe est gracieuse- 



La population du nord de la Dalmatie. 137 

ment coupée et une ceinture serre la taille. Le tablier est tou- 
jours joliment brodé; quant aux chaussures elles diffèrent de 
contrée à contrée. 

Les habitants des montagnes sont généralement très robustes 
et l'on habitue les enfants dès leur bas âge à courir, légèrement 
vêtus, en toute saison. Jusqu'à quinze ans, les garçons sont 
généralement pâtres, puis ils aident leurs parents dans les 
travaux des champs. Ils se marient très jeunes. Les noces 
donnent toujours lieu à de grandes réjouissances populaires et 
les coutumes nationales y sont parfois assez bizarres. Le Kolo 
est la danse nationale à laquelle les habitants se livrent avec 
passion. 

L'une des principales distractions du peuple dalmate, ce 
sont les marchés où l'on va acheter des bœufs. Les Morlakes 
aiment leurs bestiaux, mais ils sont de mauvais financiers, et 
il n'est pas rare que l'ancien maître d'une ferme devienne le 
valet de son créancier si celui-ci a su profiter de son manque 
d'entendement aux affaires. 

Les Morlakes mangent très peu: un peu de pain et du 
fromage leur suffisent pourvu qu'ils aient du vin et du tabac 
en abondance. Ils sont aussi bons musiciens et ils accompagnent 
leurs chants patriotiques ou lyriques des sons de la „Gusla". 

Le Morlake paraît avoir une constitution assez forte pour 
supporter toutes les intempéries du climat et arriver malgré 
cela à un âge avancé. 




fi^ oc^ ne ne ne ne ne ne 

cPti cPti C91» UN^ C9ti UN^ C91» C9ti 



XVI. De Sebenico à Traù. 



La course sur mer. 

30 lieues marines à 1852 mètres; durée: 3*/, heures. 

C'est à Sebenico que se remarque la transition de la végé- 
tation du Quarnero à celle de la Dalmatie moyenne, et à mesure 
que nous avançons vers Traù, nous voyons la nature changer 
complètement d'aspect. 

Après avoir quitté Sebenico, nous passons du canal S. An- 
tonio à celui de Sebenico et apercevons au loin de nombreux 
récifs. Nous entrons ensuite dans un archipel composé de près 
de 80 îles. A 9 kilomètres environ de la pointe méridionale de 
l'île de Zlarin se dresse le mont Vila (738 mètres), un peu au 
nord de Traù. Après avoir contourné la „punta Planka" qui, 
par la tempête, est dangereuse pour les marins, nous entrons 
dans le canal Zirona et la petite ville de Traù, autrefois fort 
célèbre, ne tarde pas à dessiner son profil. 

Traù (Trogip). 
La promenade à travers la ville. 

Arrivant par la route de Spalato, le voyageur sera surpris, 
de voir après les contrées agrestes et incultes qu'il a tra- 
versées dans l'intérieur du pays la verdure luxuriante qui 
entoure la ville de Traù. 

Traù est une ville d'un type à part; ses maisons sont 
vieilles et ses rues étroites. Les habitants l'aiment d'une ma- 
nière touchante bien qu'elle ne contienne rien de bien remar- 
quable à notre j^oint de vue. 



Traù. 139 

B distinguent tout«s par de riches ornements 
datant de la période florissante de Venise. Outre la cathédrale, 
dont nous parlerons encore plus longnement, Traù possède, 
auprès de la loggia, l'antique basilique S. Martin, aujourd'hui 
Ste Barbe, qui date du VIII' siècle. 

Dana la cour du couvent S. Nicolo il existe un fragment 
d'une inscription grecque datant du III* siècle avant Jésus- 
Christ, époque où Traù portait encore le nom de Tragurion. 

Dans l'église S. Dominique, le voyageur ne manquera pas 
de contempler le beau tableau de Palnia le jeune, la circon- 



Port de Traù. 

cision de Jésus-Christ, et le sarcophage en marbre de la famille 
Sobota. L'ancienne abbaye de St Jean-Baptiste est un bel édi- 
fice roman avec un portail superbe agrémenté de rosaces. 

Débouchant ensuite sur la grande place de Traù, nous voilà 
en face du campanile gracieux de la cathédrale, de l'hôtel de 
ville et de la loggia dont le plafond est porté par des colonnes 
de granit. Enfin un café s'ouvre sur cette place qui devient 
le corso pendant les belles soirées d'été. 

La „ Porta Marina" surmontée d'un lion tenant tin livre dans 
ses griffes est une des curiosités de Traù; il s'y rattache la 



140 De Sebenico ii Traù. 

légende que ce livre, autrefois ouvert, se ferma après la chute 
de U république de Venise. 

A la sortie de cette porte, on jouit d'une vue des plus 
attrayantes; nous voyons le pont qui relie Traù à Bua et les 
ruines calcinées par le feu de l'église S. Niccolo ; le castel 
Camerîengo qui s'élève tout près n'est séparé que par un pré 
de la petite tour ronde, bâtie par Sanmichel. Arrivés après 
une centaine de pas au canal (Fossa), nous noua trouvons avoir 
fait le tour de la ville du sud à l'ouest. 



Loggin de Traù. 



La cathédrale. 



Bâtie an XIII» siècle par Mathieu Dalmaticus, le même qui 
éleva le dôme de '^elen co à la place d'une antiqiie église 
détruite par les T rcs elle fut agrandie en 1421 et en 1600 par 
l'adjonction d ctn [ ac le iepuis 800 ans la cathédrale n'a 
toutefois subi a c ne t ansformation. 

Le portail n des pi s beaux qui existent dans le style 
roman, a été const t ei 12-10 par l'architecte Badovan, artiste 
du paj's. L'on suppose que certains ornements d'architecture 
datent de l'ancienue église Ste Marie k Biliac. La porte du 



Cathédrale de Tm 



142 De Sebenico à Traù. 

baptistère porte une inscription et la date de 1465. Les deux 
battants symbolisent l'ancien et le nouveau temps et sont 
flanqués de deux lions portant les figures d'Adam et d'Eve. 
Certains bas-reliefs représentent les apôtres et des scènes de 
l'histoire locale. 

Au-dessous de la statue de St Laurent sont inscrites les 
initiales de l'architecte. L'intérieur de l'église, qui se divise en 
trois nefs, présente un sombre aspect, la voûte en étant dénuée 
de peintures tandis que dans le parvis nous voyons la naissance 
du Sauveur, l'adoration des bergers et celle des sages. Au- 
dessous de la chaire se trouve une pierre tombale portant l'in- 
scription suivante: „Mladen Subie Croatorum Clipens". La cha- 
pelle de St Jean Orsini est très belle; dans un sarcophage en 
marbre reposent les reliques du saint évêque Jean Orsini de 
Traù. Ce mausolée a été édifié en 1467 par Andréa da Durazzo 
et continué par Nicolo da Firenze et Alessandro Vittorio 
vers 1570. 

Dans la sacristie nous voyons des figures dorées et le 
trésor contient, entre autres choses précieuses, une armoire 
sculptée par Gregorio di Vido et une chape d'évêque faite 
en 1250 du manteau royal de Bêla. 

Bétails historiques sur Ti'aiA. 

Sous les Bomains, Traù ne jouait qu'un rôle fort secon- 
daire. Pline la nomme Tragurion et en vante le marbre. Eu 
827 Traù payait un tribut aux Croates après avoir été sous la 
domination des Byzantins. En 997, le doge de Venise Pietro 
Orseolo II se liguant avec les rois croates, Traù passa 
successivement à différents seigneurs : les Croates, les Hongrois, 
les Vénitiens se la disputaient avec acharnement. 

En 1242, Bêla IV, chassé par les Mongols, séjourna long- 
temps à Traù. Enfin, Traù se donna aux Vénitiens et son pre- 
mier comte fut M. Morosini sous lequel Traù devint une ville 
florissante. 

En 1357, la ville passa à Louis le Grand de Hongrie, 
mais elle fut reprise par les Vénitiens et cessa dès lors de 
jouer un rôle historique. 

Dans ses murs naquit le célèbre historien dalmate Lucius 
qui a écrit une histoire de sa ville natale fort intéressante. 



Traù. 143 

A Draga, 

Cette promenade est recommandée à tout voyageur désireux 
de jouir du panorama délicieux sur Traù et ses environs et 
au delà sur Lissa dont nous apercevons les hauteurs. 

On monte à la hauteur de Draga en passant près du jardin 
vraiment beau du comte Fanfogna-Garagnin. 

L'île Bua {Oiovo), 

Bua, relié à Traù par un pont tournant, a été au temps 
byzantin un lieu de détention. En 1214, il s'y fondait un cou- 
vent de Franciscains doté par un des aïeux de l'historien 
Lucius. En 1432, la ville bâtit un couvent de Bénédictins, 
appelé Maria di Driti, où les habitants de Traù vont annuelle- 
ment en procession. Le couvent menaçant ruine n'est habité 
que par deux frères. 







XVII. La Riviera délie Castella (Kaâtela). 



De Traù à Spalato. 

„Rivièra di sette Castelli" (les sept châteaux) — c'est le nom 
du superbe rivage de Traù jusqu'à Spalato, où à l'abri de l'aquilon 
— grâce au Kozjak (montes Caprarii = monts de chèvres) — 
toute la végétation méridionale se déploie avec exubérance. Dès 
le mois de décembre le crocus bleu perce, émaillant le vert des 
prés; les rosiers fleurissent toute l'année, et des bosquets de 
myrtes et des grenadiers forment des haies vives. 

En général toute la contrée offre l'aspect d'une vaste vigne, 
ou s'élèvent d'antiques oliviers couverts de lierre, des dattiers 
et — lé long de la route — des aloès. Vers l'est, la campagne 
riante est dominée par le massif majestueux du Mosor dont les 
flancs nus et rocheux contrastent vivement avec l'azur de la 
mer; à la côte sont situés les sept petits villages — autrefois 
châteaux forts — auxquels est dû le nom du rivage.*) 



Détails historiques sur les „Oastelli". 

Entre Castelnuovo et Traù on remarque, à 2 kilomètres 
vers l'intérieur, une colline de 208 mètres qui porte la chapelle 
S. Onofrio; et un peu plus bas vers le sud-ouest se dresse une 
chapelle de la Vierge. Ces deux chapelles marquent l'emplace- 
ment de l'ancienne résidence royale de Bihaô, dont il ne reste 
que les ruines. 



*) Comme les grands bateaux à vapeur contournent le plus souvent 
l'île Bua et ne vont pas s'amarrer aux „Castolli", il faut faire en barque 
le parcours de 19 kilomètres de Traù à la station de Salone. Le voyageur 
que la voiture aura mené de Spalato à Traù enverra son véhicule en 
avant jusqu'à Castel Vitturi (Luksié) pour parcourir en barque les 
10 kilomètres qu'il y a de Traù jusque-là. 



Carte de la ville de Spalato et de ses environs. 



Explication de la légende. 



brév. 


Serbo-croate 


Italien 


Français 




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montagne 


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castello 


château 


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canale 


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montagne 


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cap 


— 


B* 




cap 


— 


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— 


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zalijev 


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canal 


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— 


valle 


vallée (baie) 


Vk 


Veliki 




grand 


Z 


Zaton 




baie 



jorni. 



4 



Course ea voiture de Salone à Traù. 145 

Dès les temps des rois croates (neuvième siècle) plusieurs cou- 
vents s'élevèrent sur cette côte, par exemple Sv. Petar od Klobuëca 
qui servit, avec le couvent y attenant, de lieu de réunion au concile 
de Salone, de même que Bêla IV y réunit la diète. (En 1420, 
régjise et le couvent furent rasés pour des raisons de stratégie, 
et le couvent ne fut rebâti que bien plus tard.) De même à 
Castel Sucurao s'élevait déjà en 830 une chapelle dédiée à 
St. George dont le duc Trpimir fit donation à l'église de Spalato. 

La Eiviera qui n'était pas ménagée dans les querelles 
des seigneurs du moyen âge, eut à subir de sérieuses atteintes 
de la part des hordes turques, qui, quelques lustres après l'occu- 
pation du pays par les Vénitiens en 1420, faisaient des invasions 
vers la côte. Pour défendre les paysans, le sénat vénitien créa 
des domaines et les donna en fief à des nobili, leur ordonnant 
d'y bâtir des châteaux forts, 

Coriolano Cippico en éleva un (Castel vecchio) en 1489 et 
deux frères, issus d'une famille de Traù, édifièrent le castel 
Vitturi. Enfin, Paolo Cippico, neveu de Coriolano, bâtit en 
1512 le castel Nuovo. Aujourd'hui, il reste encore sept de ces 
castels : Castel Stafileo (Stafilic), C. Nuovo (Novi), C. Vecchio 
(Stari), C. Vitturi (Lukâiô), C. Cambio (Kambelovac), C. Abba- 
dessa (Gomilica), C. Sucurac. 

Les familles qui habitent ces châteaux appartenant pour 
la plupart à la bourgeoisie de Traù passent ordinairement l'hiver 
à Traù ou à Spalato considérant leurs castels comme des villé- 
giatures. Les femmes, qui sont dans cette contrée d'une grande 
beauté et d'un charme particulier, portent des costumes pittores- 
ques. Mais parmi les paysans il y en a qui, au fort de l'été, 
portent sur leurs visages les traces de la fièvre, provoquée par 
des indigestions résultant d'une consommation excessive de fruits. 

Course en voiture de Salone à Traù. 

Si cette course est, au printemps d'abord, puis en hiver, 
ce qu'il y a de plus délicieux, elle ne laisse pas de charmer dans 
les saisons chaudes par la beauté du paysage d'un côté, et de 
l'autre par le contraste des teintes qu'offrent la verte côte, la mer 
bleue et le Mosor grisâtre. 

Déjà près de la station de Salone, nous apercevons le 
castel Sucurac, petit village entouré de vignes et de cul- 
La Dalmatie. 10 



146 Lb Kiviera délie Castelll. 

turcs d'oliviers, où les habitants récoltent des pêches, des 
grenades, des ligues et — comme tous les habitants des „Cast«lli" 
— des légumes qui y viennent é, merveille. Les pois, les tomates, 
les lentilles, les choux y sont exquis. Le long des routes, les mûres 
sauvages, les roses et les paliurus forment des massifs. Et 



([uelle variété, quelle richesse d'herbes méditerranéennes aux 
belles fleurs et aux senteurs embaumant l'air! Ce qui frappe 
dans le Castel Âbbadessa ce sont ses maisons gris&tres d'où 
l'on découvre, un peu au nord, la chapelle, 8t. Luka située à 
780 mètres d'altitude. 



Arrivés à Castel Vitturi (LukSic), vous ne regretterez pas 
de faire une visite à la belle église en style moderne. Vous 
passerez ensuite par Castelvecchio à.Castelnuovo où vous ne 
manquerez pas de déguster à l'auberge l'excellent vin que l'on 
récolte dans cette région. 

Les vignerons de cette riviera cultivent deusc sortes de 
raisins vermeils: la glavinuSa qui est plutôt un raisin de table, 
et le crijenak donnant un vin excellent qui s'améliore à 
rester en cave. En général, les crus provenant des coteaux sont 
plus forts que ceux que produit la côte de la mer. Depuis que 



dants des propriétaires des castel s, la culture de la vigne 
prospère de plus en plus. 

Nous pouvons affirmer avec certitude que cette charmante 
„Eiviera des sept châteaux" réalisera toutes nos espérances. 
Cet endroit charmant semble être créé pour des bains de mer 
et dès aujourd'hui beaucoup d'étrangers viennent s'y baigner, 
se promener en barque et jouir des fêtes de la vendange qui sont 
toujours fort courues en Dalmatie, car on y peut observer les 
us et coutumes du peuple qui met ces journées au nombre des 
grandes jouissances nationales. Près de Castelvecchio, nous 
voyons une vieille tour carrée portant la date de 1480; nous 



148 La Hiviera delte Castelli. 

continuons notre route vers Castelnuovo dont les jardins et 
vignobles sont abrités par des murs contre l'écume saumâtre 

A Caetel Staflleo, fondé en IBOO, vous voyez de nombreux 
câpriers qui ont pris racine dans les murs des maisons. Yotia 
pourrez observer dans les environs les occupations multiples 
des habitants qui sèment, plantent, cueillent les fruits, sèchent 
sur les terrains vagues la laine ou le chrysanthème, gais et 
contents de leurs divers travaux, qu'ils exercent généralement, 
à la façon des méridionaux, en plein air. 

Continuant de Castel Sfaflleo la course en voiture vers 
Traù, nous voyons apparaître les cimes du Kozjak, S. Onofrio 
et successivement la chapelle St. Barthélémy et le couvent Drit 
entouré de mûriers et de lauriers-roses qui bordent aussi le canal 
de Traù; c'est à cette petite ville que se termine la course 
faite le long de la ffïtiviera". 



Cttstel Vittnri. 




*'*'*'*'«plp^#'* 



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XVm. Spalato (Spljet). 



Arrivés par le bateau exprès. 

Les bateaux exprès qui ne s'arrêtent pas entre Zara et 
Spalato prennent, en venanfc de la Punta Planka (voir au 
chapitre XVI), la direction du canal Zirona à la sortie duquel 
nous jouissons d'une vue fort étendue sur les scogli du Karst. 
L'île Bua reste à notre gauche et nous naviguons dans le canal 
de Spalato, large de près de 9 kilomètres, vers l'est, jusqu'au 
point où l'île Bua sur la falaise de laquelle s'élève le couvent 
Madonna di Prisinac, se termine par le Cap Jove. A l'est, c'est 
le puissant et blafard Mosor qui domine tout le paysage et vers 
le sud, au loin, les rivages de l'île de Brazza tranchent avec 
l'horizon borné par la mer. 

A l'endroit où le mont Marjan s'abaisse soudainement, nous 
voyons s'ouvrir à nos yeux une baie immense, le port de Spalato. 
Sur la Punta S. Stefano on a établi le cimetière; nous venons 
ensuite dans le Borgo grande (grand faubourg) qui entoure la 
vieille ville, puis nous voyons les colonnes du palais de Dio- 
clétien et la tour Hrvoja qui date du moyen âge. A l'aile 
droite de la ville s'étendent les quais en maçonnerie, les môles 
destinés aux gros navires, le brise-lames portant le phare. 

Petit guide de l'étranger. 

Spalato, y compris ses faubourgs (Borghi), comptait en 1890 
16.597 habitants, tandis que la commune embrassant 131'25 kilo- 
mètres carrés était peuplée de 22.752 âmes. Toutefois ces chiflres 
ont depuis monté considérablement (à près de 36,000). 



1 



150 Spalato. 

L'ancienne ville (Starigrad), occupant l'emplacement du 
palais de Dioclétien, fait corps avec la nouvelle ville (Novi- 
grad) qui est venue se grouper autour de la „Piazza dei 
Signori" (gospodski Trg). Autour de la ville s'élèvent en 
amphithéâtre les faubourgs: Veli VaroS (Borgo grande), Do- 
bri (Borgo Pozzobon, en français Bonnefontaine), Borgo Ma- 
nu§ et celui de Borgo Luôac sur lequel surplombe le fort 
Gripi. 

Salle de spectacle: Opcinsko Kazaliste (théâtre commanal). 

Établissements de bains: „6acvice" et Bagno Polo (ouvert en été); 
thermes sulfureux Cattani. 

■ HOtelS : Hôtel de la ville (à la place Marmont) ; Hôtel Troccoli (à la 
place Gospodski Trg) ; Kovacevié, Uvodié, Mauro. 

Voitures: Copo, Tudoric, Valle, Kezic, Sinovcic. *) 

Promenade à Spalato. 

(Voir le plan de la ville.) 

Spalato est la ville industrielle et commerciale par excellence 
de la Dalmatie. Elle a beaucoup gagné au point de vue 
commercial depuis qu'elle exporte les vins de Brazza, de Solta, 
Lésina, Lissa. Pour les étrangers Spalato est d'un haut intérêt 
puisqu'elle renferme les ruines du palais de Dioclétien, qui 
comptent parmi les plus belles et les mieux conservées du monde. 

Façade du palais sur la mer. 

Nous commençons notre promenade sur la vieille rive ou 
„Stara Obala" qui nous mène dans la ville ancienne, empiétant 
sur une étendue de 38.236 mètres carrés sur les murs du 
palais de Dioclétien. Cette superficie, petite, il est vrai, pour 
le quartier d'une ville, est immense pour un palais. Dans 
la façade tournée vers la mer, l'œil discerne des demi-colonnes 
doriques qui, pour la plupart, ont été englobées dans les maisons. 

Au-dessus de l'étage à colonnes s'élèvent parfois 3 étages 
peu élevés dont les petites fenêtres aux stores à couleurs vives 
forment un contraste frappant avec leur entourage antique. 



*) Course à 2 chevaux : de la ville ou des faubourgs au bateau à 
vapeur et au chemin de fer 2 couronnes 40 h. ; à Salon 6 cour. ; (la demi- 
journée 8 cour.) ; à Glissa 10 cour, (la demi-journée 12 cour.) ; à Alm.issa 
ou à Traù 12 cour, (la demi-journée 14 cour.); à Sinj 20 cour. 



Partit (rneit du palais. 
ContinuEint à longer l'ancien mur, nous arrivons, en nous 
dirigeant vers le sud-ouest, au marché aux fruits, tout en 
jetant un coup d'œil sur la „tour Hrvoja" au-dessus de la- 



quelle s'étend une plate-forme surmontée d'un drapeau. Cette 
tour, bâtie de 14B0 à 1481 par les Vénitiens, a été appelée 
ainsi en souvenir d'un duc de Spalato qui a, joué un rôle im- 
portant au XV* sièc'e. Après avoir traversé le marché aux 
légumes (Trg zeleni) nous pénétrons dans la rue Mihovila, 



154 SpaUto. 

et arrivons sur la PiaKza dei Signori où se trouvent l'hôtel et 
le café Troccoli et la Loggia, aujourd'hui le palais de justice. 
AfFectant les formes du style vénitien -gothique, ce monument 
remonte au XV" siècle. Les archives contiennent le „livre d'or" 
de Spalato et le manuscrit d'un ancien ,,codex". 



En nous dirigeant vers le nord, nous rencontrerons encore 
le lycée, la tour située au nord-ouest du mur de l'antique 
palais, puis le jardin public vis-à-vis de Ja nPorla Aurea" 
(porte dorée). 

Porta Attrat, place de la Cathédrale. 

C'est par ce portail ou la „porte d'or" que Dioclétien en- 
trait dans son palais en venant de Salone. Une rue transver- 



Promenade il Spalato. 155 

sale partant de ce point partageait la partie uord du palais en 
deux quartiers ; elle aboutissait au parvis qu'occupe de nos 
iours la place de la cathédrale. Cette rue y était croisée pai' 
une autre voie qui reliait la Porta Ferrea à la Porta Argentea. 



Nous voici au „parvis de la cathédrale" dont l'aspect sais 
l'étranger d'une vive admiration. Ici fie joignait au parvis k 
vestibule consacré aux dieux, puis l'Atrium, c'est-à-dire l'anl 
chambre des appartements impériaux, tandis que les bains s'éte: 
d aient plus au sud vers la mer. 



De la lilace de la Ca^drale au temple ^Etculape et retour, 

La rue S. Ivana nous conduit k la chapelle palatine, 
autrefois dédiée à, £sculape ou k Jupit«r, puis, selon une légende, 
changée en baptistère au VII» siècle. Une inscription recule 
la date où elle fut consacrée au culte catholique à l'an 1393. 



Le sarcophage du chanoine Selemhrius se trouve à l'intérieur 
ainsi que les tombes en marbre de l'archevËque Laurent de 
Ravenne et de deux filles de Bêla IV. 

On passe de la rue S. Ivana, en suivant la direction du 
sud-ouest, à la „rue de la Grotte" et à la place 8. Claire où se 
dressent quatre superbes colonnes. Ensuite, dans notre passage 
Je la place de la cathédrale i la Porta Aurea, il faut signaler 



J 58 Spalato. 

le palazzo Ivellio; la Porta Aurea appartient aux œuvres qui 
marquent dans l'histoire de l'architecture, car on y trouve, de 
même que dans le palais de Dioclétien, pour la première fois 
les architraves horizontales remplacées par des arcs, et elle 
constitue cette connexion intime de construction entre les co- 
lonnes (ou piliers) et les arcs qui a facilité la transition des 
styles antiques aux styles roman et gothique. 

C'est à la Porta Aurea, qui ne fut découverte qu'en 1860 
par le comte Buratti, que se rattache le jardin public; un peu 
plus loin surgit, du côté nord-est, l'antique tour vis-à-vis de 
laquelle s'élèvent les bastions de Paparella, derniers vestiges 
des fortifications qui embrassaient la ville au XVII* siècle. 

En longeant le vieux mur à l'est, nous abordons le musée 
d'archéologie et, arrivés à l'ancienne „Porta Argentea", qui n'est 
aujourd'hui qu'un tronçon de rue, nous voyons en face de nous 
l'église des Dominicains. Continuant notre promenade, nous 
approchons de la tour sud-est de la ville, d'où l'on a la faculté 
de voir l'église S. Petar dans le Borgo LuÔac. 

La place Mannont Le couvent des Franciscains* 

Prenant du côté du Borgo grande, nous déboucherons sur 
la place Marmont où s'élève un grand bâtiment imitant les 
„Procuratie" de Venise, et faisant partie de l'hôtel de ville; en 
outre on aperçoit ici la grande fontaine François-Joseph érigée 
lors de la restauration de l'antique conduite d'eau de Salone. 

Du côté du mont Marjan s'élève le couvent des Francis- 
cains qui a été probablement fondé par St François d'Assises 
vers 1220. L'intérieur n'a de remarquable qu'un cercueil en 
pierre sur le couvercle duquel est représenté en relief le 
passage de la mer Bouge par les Israélites. Citons en outre les 
pierres tombales de l'archidiacre Thomas, mort en 1268, le plus 
ancien des chroniqueurs du couvent, et de Marco Marulic, 
théologien, mort en 1527, qui est censé être un des plus éminents 
représentants des belles-lettres en Croatie. 

Près de la Riva (Obala) jaillissent des sources sulfureuses 
dont l'une, Cattani, alimente les bains de la rue Ribarnica. 

Nouvelle rue. Fariie est du port. 

En arrière du faubourg de LuÔac s'élève, à une altitude de 
60 mètres, le fort Gripi, établi en 1656 par le général Camillo 
Gonzaga: c'est là que loge la garnison. 



Promenade à Spalato. 



plus marquants du tyran orgueil- 
leux qui le fit élever. 
Dioolétien, né à Salone en 245 après Jésus-Christ, fils d'un 
pauvre secrétaire du sénateur Anulinus, entra dans l'armée 
comme légionnaire et termina si brillamment sa carrière mili- 



160 Spftlato. 

taire qu'après la mort violente de Numerianus il fut élu em- 
pereur, l'an 284. Vainqueur de tous ses ennemis, il se fixa à 
Nicomède laissant Milan à son corégent, l'empereur Maximien. 
C'est de là qu'il lançait les sanglants édits contre les chrétiens, 
et qu'il déployait le luxe effréné de l'Orient s'attribuant le nom 
de Jovius qui signifie l'„égal de Dieu". 

Ayant abdiqué en 305, il vint se fixer à Salone; mais la 
paix dont il jouissait dans sa solitude fut souvent troublée: 
sa femme et sa fille furent faites prisonnières par l'empereur 
chrétien Constantin, et le vieux lion, toujours sanguinaire 
mais incapable de souffrir lui-même se donna la mort en 313 
pour échapper aux tortures d'une ai&euse maladie. 

Le palais. 

Le palais de Dioclétien tient à la fois de la résidence 
impériale romaine et des donjons du moyen âge. L'architecture 
en est imposante comme celle des monuments romains ; il ne se 
trouve pas au milieu de jardins comme la villa d'Adrien à Tivoli, 
mais occupe un espace étroit entouré de remparts, qui, le cas 
échéant, permettaient une vigoureuse défense. Le camp romain 
fortifié, d'où sont sortis les donjons de la première période 
du moyen âge, a servi de modèle au palais de Spalato. Des 
murailles qui atteignaient du côté sud 237, mètres, du côté 
nord 16 Va mètres de hauteur et avaient deux mètres d'épaisseur*) 
entouraient un rectangle de 216 mètres de long sur 175 à 
179 mètres de large. Ce rectangle était divisé par une allée longi- 
tudinale et une allée transversale en quatre quartiers. A l'angle de 
chaque quartier se trouvait une tour carrée de 12 mètres carrés 
de surface et qui s'élevait de cinq mètres au-dessus du mur.**) 
Au milieu de chaque façade s'ouvrait une porte d'accès flanquée 
d'une tour aujourd'hui disparue, mais du côté de la mer il n'y 
avait qu'une poterne où débouchait le canal***) par où entrait la 
barque impériale. Dans la première moitié de la muraille 
s'échelonnaient, de deux en deux mètres, des fenêtres de 3*/, mètres 



*) C'est-à-dire deux murs ayant chacun 44 centimètres d'épaisseur 
avec un espace rempli de béton. 

**) Trois de ces tours existent encore en partie, la tour sud-ouest a 
dû être détruite en 1550. 

***) C'est par ce canal, aujourd'hui „la Grotte", que se déversait dans 
la mer près de la porte d'or l'eau du réservoir de Salone. 



Le palais de Dioclétien. 161 

de haut et de deux mètres de large, à arcs doubles. Sur la 
partie supérieure des remparts était ménagé un terre-plein 
pour les patrouilles. 

La porte du nord, appelée aussi „Porte d'or", a été décrite 
lors de notre promenade en ville; il ne reste plus aucune trace 
de la porte de l'est, appelée „Porte d'argent", dont l'emplacement 
est facile à reconnaître par les ruines de la tour dont elle était 
flanquée. La porte de l'ouest, appelée „Porte de fer" est encore 
bien conservée, quoique resserrée par des maisons; c'est par là 
que Ton passe pour aller du Gospodski Trg à la cathédrale. 
La porte a une hauteur de 47^ mètres et une largeur de 3 Va mètres 
Sur l'architrave se trouvait, à l'origine, une tête de taureau 
en relief que Jean de Ravenne remplaça probablement au 
Vile siècle, par une croix avec deux rosettes en relief, à côté 
desquelles on remarque l'inscription grecque suivante: ïc xc 
Uyrjaov g X(Qiaxo)ç (Jesus-Christ). 

L'allée transversale séparait la moitié sud du palais, c.-à-d. 
les appartements impériaux proprement dits, des temples de la 
partie nord qui servait de dépendances pour les domestiques. 
On admet que c'est là que se trouvait le gynécée où vivait 
Diocla, la vieille mère de Dioclétien, tandis que vis-à-vis logeaient 
les domestiques. Ce ne sont du reste que des suppositions, car il 
ne reste de cette partie nord du palais que les murs et les 
pavés qui ont été mis à jour ces derniers temps lors du creuse- 
ment de canaux. On a constaté en outre que plusieurs des 
maisons actuelles ont leurs fondements sur des débris du palais 
acculumés et ces derniers n'arrivent pas même au pavé qui se 
trouve aune profondeur de 60 à 76 centimètres. Ce pavé se compose 
de pierres plates de 0'50 à 27^ mètres de long, de 60 centimètres 
de large et de 40 centimètres d'épaisseur. 

La „Place de la cathédrale", l'ancien portique, présente une 
cour à colonnes de 36 mètres de long, de 13 mètres de large, 
parfaitement conservée. Au sud toute la largeur de la place 
est barrée par la façade de 13 mètres de diamètre et jusqu'à 
la naissance de la coupole de 17 mètres de haut. On n'a pu 
malheureusement fixer la situation de l'ancien „ Atrium" et des 
appartements impériaux parce que, dans la suite des temps, cette 
partie du palais était occupée par un couvent des sœurs de 
St. Claire, ce qui ne permettait pas faire des recherches à ce 
sujet. Autrefois se joignaient à l'est et à l'ouest de cette 

La Dalmntie. 11 



162 Spalato. 

colonnade deux cours également ouvertes, intervalles qui sont 
comblés aujourd'hui d'un côté par la tour moyen-âgeuse et de 
l'autre par une rangée de maisons qui est venue s'y aligner. 

Le temple de Jupiter ou d'Esculape, aujourd'hui le bapti- 
stère, est un bâtiment carré où l'on pénètre en montant plu- 
sieurs marches. Les fonts baptismeaux de la chapelle ont la 
forme d'une croix grecque, deux battants d'un portail datent 
de 1214. 

La cathédrale. 

La cathédrale ou l'ancien „Mausolée" de Dioclétien est la 
partie du palais de Dioclétien la plus importante pour Spalato 
et pour l'histoire de l'art. On a voulu voir jusqu'à nos jours 
dans ce mausolée l'antique temple de Jupiter ou la chapelle 
palatine on bien encore un temple d'Esculape. 

Vue de l'extérieur, la cathédrale a la forme d'un octogone ; 
vue de l'intérieur celle d'un cercle. La partie inférieure dépour- 
vue de toute ouverture pour laisser pénétrer la lumière, a son 
entrée sous l'escalier principal; elle est enfermée par une ma- 
çonnerie de 3 mètre d'épaisseur qui supporte l'étage supérieur, 
formant actuellement la véritable nef dont la circonférence a 
13«/3 mètres de diamètre; cette église a jusqu'au toit une hau- 
teur de 21/4 mètres. Dans les murs se trouvent quatre niches 
en forme de demi-lunes et quatre en forme de carrés. Entre 
les niches s'élèvent, en faisant saillie, 8 grosses colonnes en 
style corinthien. *) Ces colonnes supportent une charpente et 
une deuxième rangée de colonnes beaucoup moins élevées et 
dont les chapiteaux arrivent jusqu'à la colonne de la coupole. 
La coupole haute de 4 mètres est en tuile et présente une con- 
struction en forme d'éventail qu'on ne trouve à aucun des 
bâtiments romains qui existent encore de nos jours. Elle 
est, avec la coupole du Panthéon, dont elle se distingue par 
l'absence d'une ouverture supérieure **), la seule des coupoles 



*) Ces colonnes sont d'une seule pièce, les fûts de 5'/» mètres des 
colonnes inférieures sont en granit d'Egypte, les fûts de 374 mètres des 
quatre colonnes supérieures sont en porphyre noir foncé. Pour la ca- 
thédrale, de même que pour le palais de Dioclétien, on a employé une 
pierre très dure de Traù et de l'ile de Brazza qui est encore utilisée 
maintenant pour la restauration des monuments. 

**) A l'origine, il n'y avait qu'une fenêtre en forme de demi-aro 
percée au-dessus de la porte antique. 



164 Spalato. 

datant de l'époque romaine. Aussi peut-on regarder, sous plus 
d'un rapport, la cathédrale de Spalato avec le Panthéon comme 
un des plus précieux spécimens de l'architecture romaine qui 
nous soient parvenus. 

Entre le chapiteau de la deuxième rangée de colonnes et 
le commencement de la coupole se trouve une corniche sculptée 
représentant des scènes de chasse: des génies qui chassent à 
pied, en char, à cheval des cerfs, des sangliers, des renards, des 
bouquetins. A l'extérieur le bâtiment est entouré d'un portique 
(à l'origine de 24 colonnes corinthiennes de 6*/, pieds) dont 
les chapiteaux de n: arbre*) supportent un toit de pierre 
faisant le tour du mausolée et s'appuyant sur son mur. Un 
escalier haut de 3 7, mètres conduit du péristyle de la cathé- 
drale au temple au-dessus duquel se trouvaient peut-être autre- 
fois des colonnes avec un frontispice. L'emplacement du bâti- 
ment a subi plus d'un changement dans le cours des siècles. 

Au VII* siècle, Jean de Bavenne, le premier évêque de 
Spalato, fit du mausolée de Dioclétien une église chrétienne et 
l'inaugura à la fête de l'Assomption. Le temple restait, il est 
vrai, tel qu'il était, mais les idoles païens durent céder la 
place à l'installation chrétienne. Jusqu'au XIII* siècle la 
bâtisse ne subit aucun changement. A cette époque, Marie de 
Hongrie, épouse de Charles II de Naples, fit élever le clocher 
dont la construction fut continuée au XV* sièlce par la reine 
Elisabeth, épouse de Charles Eobert de Hongrie, et achevée 
seulement au XVII* siècle. 

La tour se trouve entre la „Place de la cathédrale" et le 
portail principal. Elle a été construite de telle manière que le 
perron conduit au portail en traversant le rez-de-chaussée de la 
tour. Ce passage est orné de magnifiques peintures. La base 
de la tour repose sur des constructions souterraines destinées 
autrefois à servir de vestibule au mausolée ; **) le pied de cette 
tour supporte encore quatre étages à nombreuses ouvertures 
que l'architecte a richement décorées en utilisant des restes de 
sculptures antiques et des plaques de marbre des environs de 
Salone. 



*) Il n'existe plus que trois de ces chapiteaux de marbre. 
**) La base de la tour forme un rectangle long de 7'/, mètres et haut 
de 47 mètres. 



de l[i Cathédrale. 



166 Spalato. 

Comme sixième étage on a construit, en 1818, un octogone 
surmonté d'une coupole qui forme, de même que les étages 
supérieurs, l'objet des travaux de restauration. 

D'après l'architecte Hauser, cette tour est encore un des 
restes les plus intéressants du style roman. La lumière y pé- 
nètre par deux fenêtres percées dans la paroi de l'église entre 
les autels de sainte Anastasie et de saint Doimus. Les deux 
statues se trouvent dans les niches ménagées au sud et au 
nord, et que François Malipietro avait fait recouvrir, au 
XVI" siècle, par le sculpteur milanais Bonino et par l'architecte 
George Orsini de dais posés sur des colonnes. 

Les travaux en style gothique-italien faits par Bonino sont, 
suivant Hauser, très remarquables, ainsi que les portes en 
bois de la cathédrale, sculptées au XIII* siècle par l'artiste 
Guvina. Les deux battants de la porte larges chacun de 5 mètres 
et hauts de 3 Va mètres, renferment 28 scènes de la vie et de 
la passion du Christ. Entourés d'ornements, ils sont d'un style 
très caractéristique et artistement exécutés. 

La chaire est une œuvre d'art. Elle est soutenue par six 
colonnes dont les chapiteaux sont richement ornés. Sur une des 
colonnes se trouve un aigle dont les ailes déployées soutiennent 
le pupitre sur lequel on place l'Evangile.- 

Les changements survenus depuis le XVII* siècle n'ont 
guère contribué à l'embellissement de la cathédrale. L'archevêque 
de Dominis fit construire en face de la porte d'entrée un chœur 
en forme de boîte et au lieu de se borner à faire percer la 
niche, il fit aménager au-dessus d'elle une fenêtre devant laquelle 
les colonnes extérieures furent enlevées. Garagnin fit de même, 
en 1770, du côté nord, pour élever une chapelle à saint 
Doimus. Ponzoni avait déjà fait construire auparavant une 
sacristie sans style aucun ; de petits bâtiments vinrent s'y ajouter 
près des colonnes extérieures et, à l'intérieur on éleva dès le 
XV* siècle des galeries qui finirent même par exposer les visiteurs 
de l'église à des accidents. 

Les moulures qui s'étaient détériorées avaient été réparées 
à plusieurs reprises à l'aide de plâtre et on les avait fixées aux 
pierres du mur à l'aide de crochets de fer. Ce fut là que l'on 
appuya les galeries en bois et des parties entières ne tardèrent 
pas à se détacher du mur et à tomber dans l'église. 



Le palais de Dioclétîeu. 167 

Aussi l'église fut-elle fermée pour un certain temps le 
15 juin 1880, et seul le chœur restait ouvert. Les travaux de 
restauration furent commencés sous la direction de M. Hauser; 
Aadrija Periêic, un des entrepreneurs de bâtiments les plus ex- 
perts, se chargea de cette t&che. 



Spliinx. 

Depuis lors, on a enlevé les galeries; l'orgue qui cachait les 
vieilles fenêtres romaines a disparu et les parties détériorées ont 
été réparées, avec de la pierre de taille, exactement d'après 
l'original; en outre, on a démoli la tour jusqu'au quatrième 
étage. On a dépensé jusqu'à présent plus de 180.000 florins pour 
reconstruire, comme il le mérite, le bijou d'architecture de Spalato, 



168 Spalato. 

La cathédrale de Spalato possède encore dans les trésors de 
l'église un évangile des plus remarquables, écrit sur parchemin 
et datant du Vil* ou du VIII* siècle, les stalles du chœur roman 
sculptées en bois, ainsi que les plaques tumulaires et les monu- 
ments funéraires du moyen âge se trouvant dans le vestibule 
méritent d'attirer l'attention du visiteur. 

Lie musée archéologique impérial et royal. 

Plus d'un étranger qui a visité les musées d'autres villes 
sera quelque peu désappointé en voyant le bâtiment de peu 
d'apparence qu'on lui désignera comme le musée. Mais qu'il ne 
se laisse pas décourager par ses simples dehors; le musée de 
Spalato ne laisse pas d'être un complément indispensable pour 
ceux qui ont visité les ruines de Salone. 

Ceux qui désireront faire des études sérieuses, pourront 
s'adresser au conservateur Monseigneur Bulic qui se fera un 
grand plaisir de leur donner les renseigements voulus.*) 

Les inscriptions du musée s'élèvent au nombre de 2700; 100 
en sont dédiées aux dieux, 20 aux empereurs romains ; 800 épi- 
taphes offrent un vaste champ d'exploration aux historiens des 
premiers siècles chrétiens. La collection de sculptures compte 
1400 numéros. 

Les petits objets d'art en terre cuite sont d'une belle exé- 
cution; la collection de minéraux est des plus belles; il y a 
environ 500 pièces en cornaline, 200 en jaspe de toutes couleurs, 
300 en agate; enfin, nous ne pouvons passer sous silence la 
riche collection de monnaies qui comprend 15.000 pièces. 

Première partie. 

(Près de la Porta Argentea.) 

AVANT-SALLE. 

No. 13: Un sarcophage trouvé à Salone représente sur le 
couvercle, Jésus, bon pasteur. Il est en marbre blanc à veines 
bleues et porte par le trou qui y a été fait la trace des Avares. 

No. 80: Une pierre tombale à inscription grecque. 

No. 15 : Dans un sarcophage à bas-relief représentant le com- 
bat des Amazones, 54 plaques polies des différentes espèces de 
marbre trouvées dans les ruines de Salone. 



*) Nous recommandons au voyageur la petite brochure „Guida di 
Spalato e Salona", 1894, qui renferme tous les détails nécessaires. 



Le musée nrchéologique impérial et royal. IW 

PKEUIÈRE (OBANDE) SALLE. 

No. 37 et 3S: Quatre fûts de colonnes provenant de l'an- 
tique baptistère de Salone, de itiême que leurs chapitenus. 

No. 29 : Sarcophage d'une valeur exceptionnelle pour l'hiatoire 
de l'art, orné d'un relief représentant le mythe d'Hippolyte et 
Phèdre. 

No. 121: Sarcophage figurant la chasse par Mélèagre du 
sanglier calydonien. 

Un des objets les plus curieux, c'est le sphinx sans tête, 
qui, d'après les hiéroglyphes sculptés dans ta pierre, remonte 
au roi d'Egypte Amenhotep (Memnon) qni vivait 1500 ans 
avant Jésus- Christ 



Sarcophage avec le relief „Hippolyte et Phèdre". 

Nr. 127: Le torse d'une Vénus s'appuyant sur le dauphin 
et la statue de „Vénus Victrix". Enfin des briques dont les 
marques nous font supposer qu'entre Rimini et Arezzo il exi- 
stait au temps des Romains des tuileries dont les briques s'ex- 
portaient eu Dalmatie. 

LA SECONDE SALLE. 

I^i-' titrinei Entre divers bijoux à signaler un bracelet, dont 
i'or représente la valeur de 200 florins, une parure de femme 
et des jouets tirés du sarcophage du couple „Attiae Valerlae". 

II' vilrine: Des épingles ou aigrettes comme on en portait 
au IV' siècle avant Jésus-Christ ; deux encriers antiques, et 
divers talismans. 



170 Spalato. 

III' et IV' vitrines: Objets en verre et du verre coulé qui 
servait autrefois d'incrustation pour les meubles. 

V' vitrine : Des miroirs métalliques ; une collection de poids 
anciens, puis une petite statue de Jupiter. 

VI' vitrine: Des épingles en verre incrustées d'or; des fla- 
cons à parfum, des fioles, objets curieux en tant qu'ils témoignent 
de l'industrie verrière ; au-dessus de cette vitrine est suspendue 
une panoplie de cognées, de glaives et de ciseaux. 

IX' vitrine: Collection de lampes et de cruches d'argile ; les 
objets ou scènes qui y sont représentés varient à l'infini et 
sont parfois d'un haut comique. 

X' et XI' vitrines: Gemmes et camées. 

XII' et XIII' vitrines: Une partie de la collection de mon- 
naies qu'il faut compter parmi les plus riches pour la numis- 
matique des pays de Adriatique; pièces datant de la période 
grecque de Lésina, romaines, paléo illyriques, byzantines, ducats 
vénitiens, monnaies de ïtaguse et de Bosnie. 

Le musée a été visité en 1891 par Sa Majesté l'empereur 
François-Joseph qui a eu la gracieuseté de s'inscrire sur le 
livre des étrangers. 

Deuxième partie. 

(Maison Dimitrovic au Put Gimnazije.) 

Cette partie est remarquable surtout par ses sarcophages 
et ses épitaphes chrétiennes. Entre autres, il s'y trouve le sar- 
cophage d'Attia Valeria d'où l'on a retiré d'importantes quantités 
de parures en or. Dans les nombreuses pierres à inscriptions 
il faut signaler celle qui — unique en son genre — porte le 
titre et le nom de Dioclétien ; puis la plus ancienne inscription 
croate qui, à en juger d'après son texte, provient de Trpimir, duc 
croate, enfin des copies de portraits de martyrs dont le pape 
Jean IV fit porter les ossements à Rome par l'abbé Martin. 

Troisième partie, 

(Maison Brainovic au Put Vatrogasaca.) 

L'intérêt se porte de préférence sur les chapiteaux des 
colonnes de la cathédrale qui ont été démontés lors de la 
restauration de cet édifice et conservés intact pour la plupart, 
puis sur le plus grand de tous les sarcophages chrétiens trouvés 



^ 



172 Spalato. 

jusqu'à ce jour; on remarque enfin une inscription d'un légion- 
naire originaire de Brazza, Valerianus, dans laquelle il dit : 
„Lorsque j'étais cantonné en Syrmie où l'on sculptait les colonnes 
et les chapiteaux pour les bains de Licinius etc. etc." 

Quatrième partie. 

(Maison Gilardi sur le Put Yetrogasaca.) 

Cette partie servant principalement de magasin, mérite 
d'être visitée par ceux qui désirent être initiés au métier des 
archéologues. On y peut assister, à l'occasion, aux premiers 
essais faits par l'adjoint du conservateur du musée pour re- 
composer des inscriptions oblitérées ou pour tirer des clichés 
d'inscriptions. 

Spalato et son passé historique. 

En l'an 639, les habitants de Salone dont les Avares 
avaient détruit la ville, venaient s'établir dans l'intérieur de 
l'immense palais de Dioclétien. Ce ne'st pas que Salone ait 
cessé d'être habitée; la ville fut occupée, après le passage des 
Avares, par les Croates sous la domination desquels plus d'un 
monument fut conservé ; cependant une nouvelle décroissance de 
la population fut amenée par l'extinction de la dynastie croate 
et par les ravages des Mongols en 1242. Salone perdit aussi 
son ancienne importance à cause des rivalités de Spalato et de 
Traù et — après l'établissement des Turcs — parce que les 
peuples des campagnes préféraient les villages fortifiés des Castelli 
et les faubourgs de Spalato à la plaine de Salone, qui ne leur 
offrait point de sécurité. 

Spalato que l'on suppose être r„Aspalathos" consigné sur 
la „Table de Peutinger" et dans une antique chronique, était 
un petit village lorsque Dioclétien résidait dans son palais. Ce 
dernier n'a pas été abandonné immédiatement après la mort 
de l'empereur; probablement après lui les grands dignitaires 
venant visiter Salone s'y logeaient. Lorsque Severus, natif de 
Salone, y amena en 639 ses compatriotes qui s'étaient réfugiés 
dans les îles, cet établissement paraît avoir été le noyau autour 
duquel vint se grouper la nouvelle Salone. Un fait acquis, c'est 
que le palais avec le village voisin ManuS comptait, peu 
d'années après, une certain population, et que dès 649 le premier 



Spalato et son passé historique. 173 

évêque vint s'y fixer dans la personne du nonce Jean de 
Ravenne. Au V* siècle, Esychius était qualifié de métropolite 
de la Dalmatie et depuis 932 Tarchevêque de Spalato, au dio- 
cèse duquel ressortissaient 24 évêchés, s'intitule „primas de Dal- 
matie et de Croatie". 

Spalato payait alors (930) à Byzance un tribut double de 
celui qui était imposé aux autres villes de Dalmatie, puis elle 
passa sous la domination francque pour redevenir ensuite maîtresse 
d'ellemême. En 998, le doge Orseolo II, vainqueur, sous les murs 
de Spalato, des Narentains, se faisait rendre hommage de su- 
zeraineté; mais cette première domination vénitienne fut de 
courte durée. Lorsque Byzance recédait, en 1081, la souveraineté 
qui lui était restée de nom, le doge Michèle prit le titre de 
duc de Croatie et de Dalmatie; il fut aussi le protecteur des 
rois croates. Après l'extinction de la dynastie nationale en 1102, 
Spalato passa à la Hongrie pour rester, sauf un court inter- 
valle de domination byzantine, jusqu'en 1237 soumise à la cou- 
ronne de Saint-Etienne. 

Evidemment les rois croates ont favorisé l'établissement de 
leurs sujets dans les campagnes de même que le défrichement et 
la culture des terres, témoin la fondation de nombreux couvents 
au XI* siècle; sous les rois de Hongrie au contraire, l'ancienne 
prospérité des habitants de la ville semble avoir repris, ce qui 
est attesté par le commencement de l'édification de la tour de 
Spalato (XIII* siècle) et par l'adjonction de l'ancienne ville 
de Spalato à la nouvelle. 

C'est vers 1221 que commence la période guerrière de 
Spalato; tantôt guerroyant avec Traù, au sujet du village 
d'Ostrog, tantôt avec les pirates d'Almissa, la ville eut encore 
à soutenir une attaque des Mongols. 

Le XIII* siècle, l'époque glorieuse de l'initiative de la 
bourgeoisie de Spalato, y voyait fleurir l'école d'architectes et 
de sculpteurs qui, s'inspirant des enseignements du palais de 
Dioclétien, ont inauguré pour la Dalmatie l'avènement du style 
roman. Vers la fin du XIII' siècle les comtes Subie l'opprimaient; 
puit passant à Venise, Louis le Grand la réduisit sous le pouvoir 
hongrois ; enfin après nombre d'escarmouches et de petites guerres 
contre Tvrtko I" de Bosnie, Ladislaus de Naples nomma le célèbre 
Hrvoja Vukic duc de Spalato. 



1 74 Spalato. 

Après la mort de ce prince cruel, arbitraire et violent dont 
le souvenir se perpétue encore aujourd'hui dans la „tour Hrvoja", 
Venise annexa en 1420 la ville et la garda ensuite pendant de 
377 années. 

En 1607, l'archevêque Zane marcha contre les Turcs comme 
son prédécesseur Malabranca, fondateur du Castel de Salone, 
l'avait fait en 1349 contre les seigneurs de Glissa; cependant 
la guerre faite aux Turcs n'empêchait pas la poésie inaugurée 
par Marko Marulic (de 1450 à 1624) et la science de prendre 
un noble essor, ni Spalato de s'élever au rang de ville commerçante 
qu'elle a tenu jusqu'au milieu de XVIP siècle. 

Après s'être vue enfermée de 1646 à 1670 dans des forti- 
fications pour parer à l'agression toujours imminente des Turcs, 
la ville eût pu se relever et refleurir vigoureuse, si l'étroite 
politique de Venise jointe aux ravages de la peste qui, au 
XVIII* siècle y sévit à trois reprises, n'avait entravé de nouveau 
le progrès. 

Après la chute de la république de Venise en 1797, Spalato 
passa aux Français, à qui la ville doit la démolition de ses 
remparts et de ses bastions et dont le souvenir se perpétue 
dans la „Place Marmont" et la „Rue (ulica) Marmontova"; 
mais ce ne fut que sous l'empire de la dynastie de Habsbourg 
que Spalato fut déclarée ville ouverte; en activant les fouilles 
de Salone, l'administration autrichienne l'a mise sur la voie qui 
l'a conduite à devenir le centre archéologique de la Dalmatie. 

Promenades dans les environs de Spalato. 

Grâce à sa position au bord de la mer et à la ceinture de 
coteaux bien cultivés et s'élevant à de grandes altitudes, la 
ville offre une grande variété de charmantes promenades. La plus 
rapprochée, c'est la nouvelle „E,iva" s'étendant du côté est du 
port jusqu'aux bains Botticelle (Baôvice) où se trouvent le beau 
parc et les serres de la famille Katalinic et d'où l'on pousse 
jusqu'au phare érigé à l'extrémité de la jetée. 

Une autre excursion qui a pour but l'église de pèlerinage 
PoiSan, vous emmène vers l'est, et les personnes qui ont l'inten- 
tion de joindre à la course le long de la „Riviera" une visite 
la Poljica, pourront se faire mener en voiture jusqu'à Stobreô 
(voir chap. XXI). 



Promenades dans les environs de Spalato. 175 

Un troisième but qu'on atteint sans marche fatigante, 
c'est le couvent de Poljud (Madonna délie Paludi) au nord-ouest 
de Spalato, renommé par une précieuse antiquité: deux livres 
coloriés au moyen de sèves végétales par le P. Bonaventura 
Bazmilovic, travail qui lui coûta dix ans de labeur; pour 
arriver à la Paludi, il faut enfiler, après avoir passé le Théâtre 
communal (Opcinsko Kazaliâte), le Put Poljuda qui traverse de 
luxuriantes vignes. 

Enfin, une quatrième promenade conduit, en longeant la 
pente méridionale de Monte Marjan, au Castello Capogrosso 
érigé l'an 1513 et dont les ruines, flanquées d'une chapelle 
(Gospa od Svjeta) subsistent encore. 



^ 



XIX. Excursions dans les environs de Spalato. 



Au monte Marjan. 

C'est pour ainsi dire un prélude au plaisir que va vous 
donner l'ascension du Monte Marjan que de contempler, assis 
un beau matin, dans un des „cafés" de la „Riva" de Spalato, 
le panorama qui s'y présente. Nous nous dirigeons vers le ci- 
metière en passant près de sources sulfureuses, d'où émanent 
des odeurs rappelant celles des thermes de Baden près de 
Vienne. A l'endroit où ces sources se jettent dans la mer, la 
„Riva" s'élargit de façon à former la place Marmont. Sur la 
route on passe devant l'usine à ciment qui utilise la pierre du 
Monte Marjan et qui est l'une des spécialités industrielles de 
la Dalmatie. 

Nous voyons descendre les pentes du monte Marjan cou- 
vertes de terrasses où se cultivent la vigne et l'olivier. Près du 
cimetière nous jouissons déjà d'une belle vue, s'ouvrant entre 
le Monte Marjan et l'île Bua jusqu'au monte Elia au-dessus 
de Traù, cependant le Campo-Santo, placé dans un des sites les 
plus ravissants, nous salue par le bruissement de ses pins et par 
ses cyprès enveloppés de lauriers-roses blancs. On se croirait 
plutôt dans quelque parc splendide qu'au milieu du pieux asile 
des morts. Les pins et les cyprès élèvent leurs cimes gracieuses 
mais mélancoliques; ce sont eux qui abritent cette longue file 
de tombes blanches dont quelques unes sont entourées de grilles 
enfer. Plus loin se trouve le cimetière des pauvres; les tombes 
en sont plus simples, ornées seulement d'une croix en bois ; 
l'allée transversale du Campo-Santo est décorée d'un temple 
porté par huit r.olnnTip.s d'où l'on jouit d'une vue splendide sur 
les environs. — Sortant du cimetière nous continuons notre 
ascension de la pente sud du mont Marjan qui jouit d'un climat 
si doux que même en hiver on s'y croit au printemps. C'est 



s 

> 




Excursion à Salone (Solin), 1 • * 

la richesse de la flore qui est surtout surprenante: la vigne et 
l'olivier, le figuier et Tamandier, le laurier au vert sombre, le 
grenadier aux fruits vermeils vous accompagnent dans l'as- 
cension du Monte Marjan. Le cistus, la menthe, l'absinthe jaune 
(helichrysum angustifolium) , et l'inula candida aux petites 
fleurs jaunes voas saluent au passage; c'est là que resplendis- 
sent vêtues de feuilles vert gris veloutées ou couvertes de duvet, 
la sauge, le marrubium. Dans les taillis on voit végéter de 
nombreuses espèces de plantes dont il existe des variétés dans 
l'Europe moyenne et qui diflfèrent de celles-là par leur feuillage 
d'un vert éclatant, mais extrêmement dur. Les plantes caractéris- 
tiques pour ce littoral sont deux espèces de pistaches, dont 
l'une rassemble au caroubier, puis le paliurus, et l'erica arborea, 
qui s'é ève à la hauteur de buisson. La smilax aspera nous 
fait penser au gui en ce que, d'après la tradition populaire 
répandue en Angleterre, celui qui rencontrait une jeune fille 
sous cette plante, pouvait l'embrasser. 

Après une ascension qui ne nous paraît pas pénible, tant 
la nature s'y oflGre sous ses aspects les plus féeriques, nous 
approchons de la cime. Encore quelques pas et voilà, s'élevant 
de la mer, toute la Riviera des sept castels surmontée du Kozjak 
dont la cime porte la chapelle St-6eorge, et au pied de la for- 
teresse de Glissa la plaine de Salone avec le couvent Paludi et 
la presqu'île qui porte le joli village de Vranjica (piccola Venezia). 
Entre le Kozjak et le Mosor, le panorama s'étend jusqu'au 
Prolog, qui forme la frontière entre la Dalmatie et la Bosnie; 
sur la crête du Monte Marjan au contraire, ce qui vous émer- 
veille, c'est l'ermitage San Girolamo au-dessus duquel se voient, 
taillés dans le roc, quatre étages de cellules habitées autrefois 
par des ermites. 

Pour redescendre, vous vous promenez sur la crête vers 
l'est jusqu'à la „£el]a Vista" marquée par une croix en pierre, 
où se déroule le panorama do la ville de Spalato. 

De la dite croix une nouvelle route, flanquée de planta- 
tions de pins maritimes, mène à Spalato. 

Excursion à Salone (Solin). 

Bétails historiques. 

Salone, peut-être fondée par les Grecs, était dès le II' siècle 
avant J.-Chr. une ville considérable, certainement assez grande 

La Palmatie. 12 



178 Excursions dans les environs de Spalato. 

pour permettre au consul Caecilius Metellus d'y hiverner avec 
une armée. Plus tard en combattant bravement pour la cause 
de César, elle reçut le nom de Julia Martia Salona. La ville 
continua à s'agrandir rapidement, et au II* siècle elle devint le 
siège de la diète de la Dalmatie moyenne, d'un légat impérial 
et des autorités provinciales; Dioclétien y séjourna de 305 à 
313, pour surveiller l'achèvement du palais commencé avant 
son abdication. Mais déjà approchait le temps de la destruction : 
les Huns, les Goths, et plus tard les Avares réduisirent Salone 
en cendres, et les habitants durent chercher un refuge, en 639, 
dans le palais de Dioclétien à Spalato. 

Les fouilles. 

Salone dont les restes antiques ont fini par être recouverts 
d'épaisses couches de terre, fut tirée de l'oubli universel en 1550 
par le sénateur vénitien Giustiniani, qui le premier publia un 
rapport sur les restes antiques qu'il y avait vus. 

L'empereur François I" étant de passage, en 1818, à Salone 
au moment où l'on exhumait un superbe sarcophage, décréta 
en 1820 l'établissement d'un musée d'antiquités à Spalato et 
alloua une somme pour les fouilles à faire. Ce furent messieurs 
le docteur Karl Lanza et après lui Franz Carrara et M. Gla- 
vinic qui dirigèrent les fouilles. Carrara réussit à' retracer le 
plan de l'ancienne ville; il mit à jour une grande partie du 
,.mur cyclopéen" qui longe la route de Traù, de même que le 
théâtre. Depuis 1883, le conservateur du Musée, M. Bulié, a 
réussi, grâce à des travaux infatigables, à dégager les restes 
de l'ancienne basilique et le cimetière qui est l'un des plus 
beaux et des mieux conservés des premiers temps chrétiens. 

De Spalato à Salone. 

La gare de Spalato est à quelques pas de la Riva, à l'est du 
port. La ligne ferrée suivant les tranchées entre la vieille ville 
et les faubourgs, ce n'est qu'en entrant dans la campagne que 
l'œil peut jouir de la vue qui est des plus ravissantes. Bordée à 
gauche par les terrasses du mont Marjan, elle s'étend à droite 
sur le fort Clissa et sur le gigantesque massif du Mosor qui, 
grâce à sa dénudation, fait contraster, tant qu'il est éclairé par 
le soleil, sa blancheur avec la verdure du paysage. 



Dans les mines de Salone. 1^9 

La tour Glavicina, posée sur une éminence, remonte au temps 
où Salone était entre les mains des Tures ; puis entrés dans la 
baie S veto Trojstvonous apercevons la mer radiante et le train 
descend vers la côte de la baie où s'étale le village de Vranjic 
aux maisons blanches. 

Avant d'arriver à Salone nous passons près de la chapelle 
S. Doimo portant le nom du premier évêque de Salone qui 
souiFrit, l'an 107 après J.-Chr., le martyre avec quatre de ses 
coreligionnaires. 

Vers le nord-est vous voyez la vallée du Jader aux eaux 
bleues, et les arches de l'aqueduc de Dioclétien qui, tombé en 
ruines au moyen âge, fut restauré en 1868. 

Dans les ruines de Salone. 

(Voir le plan.) 

Nous nous bornerons ici à faire une courte description de 
la promenade qu'ordinairement le voyageur entreprend dans 
les ruines de Salone, en renvoyant, pour une description plus 
étendue, à l'ouvrage remarquable de MM. Bulic, Jelic et Rutar 
„Guida di Spalato e Salona". 

Débarqués, après une course en chemin de fer d'une demi- 
heure, à la station de Salone, nous voilà au milieu des ruines, 
entre autres celles du „mur des cyclopes" (Murazzo) qui court 
sur près de trois kilomètres parallèlement à la route. Ce sont 
en réalité les restes d'une voie romaine (Via munita) qui con- 
duisait de Salone à la mer. C'est à la droite de la route qu'on 
a déterré dès 1824 plusieurs sarcophages, restes d'une nécro- 
pole romaine, et en 1827 un mausolée dont le couvercle en pierre 
était solidement fermé au moyen d'un verrou de cuivre. A 
l'endroit où la voie ferrée et la route se croisent, nous ren- 
controns un superbe sarcophage trouvé en 1828, dont les sculp- 
tures représentent trois des fameux travaux d'Hercule ; on y a 
élevé en l'honneur du pape Cajus, natif de Salone, une petite 
chapelle et non loin de là on voit la vieille église Sv. Mihovil 
(St Michel) qui date peut-être du X' siècle et a été bâtie avec 
des pierres enlevées du théâtre de Salone dont on a également 
retrouvé les traces dans ces dernières années. 

Pour parvenir à l'amphithéâtre il faut cheminer, (sur la 
route de Traù) à la droite de la station, jusqu'à la'Osteria 

12* 



(auberge) Mikelic, puis enfiler un ciiemin non carrossable, moitié 
i avili ; ces ruines l'emportent en étendue sur celles du théâtre. 
En cous détournant vers la gauche, nous longeons les restes 
lie l'ancien mur de la ville dont l'origine eat éclaircie par les 



inscriptions déchiffrées par Cavrara sur deux pierres trouvées 
en 1849. 

Un peu plus loin on distingue les traces d'anciennes tours 
et dos sarcophages au nombre de seize qui sont posés dons une 
esi>èce de fossé, les uns à côté des autres. Arrivé près de la „Porta 



A Glissa. 181 

suburbia", on enfile un petit sentier qui, faisant un crochet vers 
le sud, mène à la plus ancienne „Porta Caesarea", qui servait de 
passage à Dioclétien quand il se rendait de son palais du bord 
de la mer dans la ville. Continuant notre chemin le long du 
mur antique, vers l'endroit où l'on a trouvé des restes de l'an- 
tique „Porta Capraria^', nous apercevons à la droite les ruines 
du baptistère, peut-être unique en son espèce, d'une église pa- 
roissiale du I" siècle („Basilica urbana") à carreaux en mosaï- 
que fort bien conservés. 

A la gauche une porte moderne composée de fragments 
antiques nous mène le long d'une jolie allée de romarins au 
„Coemeterium legis sanctae christianae*'. Nous passons près de 
la charmante villa de M. Bulic, construction où entrent des 
fragments de monuments antiques, et entrons dans un champ 
de débris que signalent de loin quelques colonnes encore debout; 
c'est là que gisent les restes de la grande basilique et de son 
cimetière, encadrés dans un paysage ravissant. 

Déjà dans le I" siècle après J.-Chr. un certain Ulpius avait 
érigé un tombeau sur sa ferme, dont un antique pressoir à huile 
et un pressoir à vin ont été conservés jusqu'à nos jours. 

Dans les !!• et III* siècles on inhuma près du tombeau 
d'XJlpius beaucoup de martyrs ; sur les tombeaux furent érigées 
de petites chapelles et bientôt il existait — hors des murs de 
l'antique ville — le grand cimetière nommé „Coemeterium legis 
sanctae Christianae^^ 

Au V siècle, le cimetière fut dévasté par les Goths et 
les Huns ; mais bientôt on le restaura et bâtit — sous l'empire 
de Justinien (625 — 565) — la „grande Basilica", cathédrale à 
trois nefs avec des colonnes-monolithes de granit et de syénit, 
dont quelques fûts sont encore debout. 

Tous les souterrains de cette église étaient remplis de sarco- 
phages — les mêmes que nous voyons aujourd'hui, la plupart 
montrant ces trous caractéristiques faits par les Avares, qui 
détruisirent en 639 la cathédrale et le cimetière, et fouillèrent 
avec avidité les tombeaux. 

A Glissa (Klis). 
Partant de Salone pour Glissa, jusqu'à l'altitude de 
200 mètres, le grenadier, le figuier, le pistachier et l'olivier nous 
accompagnent encore ; il y succède la végétation de l'Europe 



1B4 Excursions dans les environs de Spalato. 

riantes dont le centre est Spalato; vers l'est s'offre un coup 
d'œil dans l'intérieur de la Dalmatie, qui ressemble aux fertiles 
pentes de la Carniole. 

Retourné au village de Salone, dont l'entrée est marquée 
par un castel quadrangulaire en ruine, le voyageur fera attention 
à plusieurs maisons curieuses par l'incrustation dans leurs murs 
d'anciens fragments d'architecture. Les façades et le nom 
pompeux dont se pare le „Café Dioclétien" sont les seuls titres 
qui permettent à ce village de prétendre au rang de successeur 
de la plus célèbre ville de l'ancienne Dalmatie. 




XX. De Spalato à SlnJ et à Imoskl. 



Le défilé de Glissa s'allonge ensuite dans une vallée du 
Karst dont la route suit la pente gauche, ^t moatant à un col 
haut de 412 mètres la route va atteindre le champ pierreux de 
Dicmo qui a eu son quart d'heure de célébrité littéraire lorsque 
la comtesse Orsini-Bosenberg y plaçait le théâtre d'un roman 
dont le sujet est l'étude du caractère morlaque. — La route nous 
conduit en traversant le champ au défilé de Mojanka auquel se 
rattache la légende suivante. Une vieille femme, & la recherche 
de sa fille disparue, poussant entre ces rochers déserts le cri de: 
O Moja Ânka (ô mon Anne!) s'affaisse inanimée sur le corps de 
sa fille qui avait été poignardée par son amant jaloux. 

Sinj. 

En sortant des défilés arides du Karst 
nous ne verrous pas sans un certain étonne- 
ment s'étendre k nos pieds la grande 
plaine de Sinj inondée en hiver, en été 
propre à la culture, La petite ville de 
Sinj possède un musée local, qui est in- 
stallé dans le couvent des franciscains. 
Il renferme outre, de belles monnaies 
antiques, une tête d'Hercule fort bien 



Les habitants de Sinj ont de jolis 
costumes nationaux et les femmes surtout 
mettent de la coquetterie à se montrer, 
les jours de marché et le dimanche, dans 
leurs gracieuses et originales toilettes. 



La fête de VAlka (la Giortra). 
Lorsque le vizir de Bosnie arriva avec une 
armée formidable devant les mura de Sinj en 
1715, et mit le siège devant la ville, il se 
trouvait dans le couvent des franciscains qui 
avaient émigré de Sama, une image de Ste 
Marie garnie d'or et de pierres précieuses que 
les habitants allèrent invoquer avec une ardente 
foi. Tout d'un coup la peste éclata dans le 
camp des Bosniaques qui levèrent le siège. La 
population, attribuant son salut à la puissante 
intercession de la sainte Vierge, célèbre depuis, 
tous les ans, une fête en l'honneur de ta Vierge 
et en commémoration de la délivrance de Sinj. 
Cette fête populaire et locale a pour attrait prin- ( 
cipal une joute équestre à laquelle ne peuvent 
participer que les habitants de Sinj. 



Nous engageons le voyageur k visiter la montagne du castel 
et le village de Citluk (l'antique Glaudium Âequum), où l'on a 
déterré la plupart des objets du musée de Sinj. Otok, où l'on 
trouve des sources sulfureuses, a été, selon une légende, l'endroit 
où St Georges terrassa le dragon. 

De Sloj à Imoeki. 

Ayant parcouru le Sinjsko Polje 
vers le sud, la Cetina entre dans une 
vallée étroite — un vrai carton — qui 
s'étend jusqu'à Almissa, Devant l'entrée 
de ce canon est situé le village de Trilj 
où se trouvent les ruines de l'antique 
capitale des D aima tes „Delminium", 

Près de Trilj nous passons la 
Cetina, rencontrons un peu plus loin 
la tour NuCak et continuons le voyage 
jusqu'à Ugljan (18'/, kilomètres de 
Sinj) où les routes se séparent: l'une 
TÉte d'Herouio. va vers le territoire de la Nareuta 



D'Imoski par le Biokovo & Hakarska. 187 

(c^est la Strada Maestra, construite sous le gouvernement 
français), l'autre conduit à Imoski. 

Nous poursuivons cette dernière en nous élevant peu à peu 
dans ces régions agrestes jusqu'à Taltitude de 647 mètres où 
la route porte encore aujourd'hui le nom de „B^mski Pût", c'est- 
à-dire „Eoute romaine". 

De là notre chemin s'abaisse vers l'immense „Imosko Polje", 
nous traversons la plaine fertile où l'on cultive une sorte ex- 
cellente de tabac et enfin la route s'élève de nouveau vers 
Imoski, dont la situation toute singulière nous a déjà surpris 
en descendant dans la plaine. La petite ville couronne une colline 
et il ne faut regarder que ces pentes escarpées pour comprendre 
la témérité du provveditore Mocenigo qui, dans la nuit du 
27 juillet 1717, attaqua la ville et réussit à la prendre d'assaut. 

Les ravins des alentours d'Imoski sont des plus curieux, 
principalement celui du lac rouge (Crveno Jezero) qui est ren- 
fermé entre des pentes rouges et rocailleuses. 

D'Imoski par le Biokovo à Makaraka. 

Une route transversale vient relier à la grande Strada 
Maestra celle qui mène à Imoski en traversant le pays âpre et 
dénué du Karst entre les hauteurs de Imosko Polje et la chaîne 
du Biokovo. 

La route atteint, entre l'Orljaô et le Vitrnik, l'altitude de 
656 mètres, puis elle s'abaisse vers le village de Zagvozd, qui 
est juste au pied du massif du Biokovo, dont les cimes res- 
plendissent de neige jusqu'au printemps. Çà et là on trouve aussi 
un petit "bois et c'est pourquoi — chose rare en Dalmatie — des 
charbonniers existent encore ici. Les habitants de Zagvozd sont 
aussi d'habiles chaudronniers et d'excellents potiers. D'Imoski à 
Zagvozd on met 3 heures 10 minutes en chaise de poste. En con- 
tinuant la course vers le nord on arrivera en 2*/^ heures à 
Katuni, d'où une ramification conduit aux stations de bateaux 
Makarska et Baâkavoda. Prenant une direction méridionale il 
faut franchir le col de Turija (700 mètres) pour gagner la route 
llodic qui traverse la montagne à 897 mètres d'altitude et sur 
laquelle on roule encore 4 à 5 heures pour arriver à Makarska. 
Au lieu de faire ainsi le tour du massif Biokovo, un bon mar- 
cheur capable de fournir une marche de 10 heures préférera, en 
franchissant directement la montagne, suivre le sentier qui le 



1B8 De Spalato à Sinj et à Imoski. 

mènera par Zagvozd à Makarska. Ce sentier lui ofîre la faculté 
d'exécuter en 1 V^ heure l'ascension de la principale cime, haute 
de 1762 mètres, puisque à 1400 mètres d'altitude il va toucher 
à son but. 

De Sinj sur la Strada MaesU'a à Metkovlc. 

La grande route de l'intérieur du pays, la „Strada Maestra", 
qui, se raccordant à la route de Croatie n'est autre, jusqu'à Sinj 
(65 kilomètres), et même jusqu'au relais de poste d'Ugljan, que 
l'ancienne voie romaine qui conduit à l'Imoski. 

A TJgljane la „Strada Maestra" s'en détache vers la droite 
pour gagner à 37 kilomètres d'UgJjane la bifurcation de Zag- 
vozd; elle monte jus'quau col de Turija (près de 700 mètres) où se 
trouvait une inscription portant que „sous l'empereur Napoléon 
le Grand et sous la direction du vice-roi d'Italie Eugène, au 
temps que le maréchal Marmont commandait en chef en Dal- 
matie, cette routé a été percée de 1806 à 1809 sous la conduite 
technique du général Blancard avec l'aide des ingénieurs GrJjic 
et Zavoreo, et que de la frontière de la Croatie jusqu'à celle 
de l'Albanie elle est longue de 250 milles géographiques." 

De Vrgorac (38 kilomètres de Zagvozd), la route se tient 
sur la hauteur de la chaîne qui forme la frontière entre la Dal- 
matie et l'Herzégovine. Enfin nous descendons dans les terrains 
bas de la Narenta, passons ce fleuve sur un pont tournant 
près de la tour de Norino et arrivons, en longeant la rive gauche, 
à Metkovic. 



» 




f^ e$f ei» €$• €$• €$• €$• 




XXL De Spalato à Metkovic. 



Les bateaux express du Lloyd et de la Compagnie Ungaro- 
Croata font ce trajet, en se tenant au large, sans s'arrêter entre 
Spalato et Gravosa de sorte que le voyageur ne fait qu'entre- 
voir les contours de la côte. Le bateau du Lloyd partant pour 
Metkovic est destiné à desservir les côtes et les îles, et met, 
par suite de ce va-et-vient, 12 7^ à 13 heures, tandis que la 
course de nuit sur le bateau partant pour Metkovic de l'Un- 
garo-Croata n'est que de 7 heures. 

A peu près à 6 kilomètres à l'est de Spalato, nous voyons 
sur la langue de terre de la baie de Stobreô le village de ce 
nom, et à l'est de la baie une route qui s'étend jusqu'à Almissa 
et indique la frontière de l'ancienne république de paysans 
appelée Poljica qui formait encore, il y a un siècle, un pendant 
aux petites républiques de San Marino et d'Andorra. 



Dans la Poljica et sur le Mosor. 

Le Mosor qui s'élève à une altitude de 1340 mètres est pré- 
cédé, depuis Spalato jusqu'à Almissa, d'une chaîne de contreforts 
côtiers qui n'atteint que 594 mètres et porte le nom de mon- 
tagne de „Poljica". Pour la parcourir, nous partons de la baie de 
Stobreô vers le nord jusqu'à ce que nous entrions dans la 
fissure d'où sortent deux ruisseaux qui viennent former près du 
village de Zrnovnica le „Stobreô". Nous arrivons successivement 
aux villages de Zrnovnica, Srinjine, Tugari, Gâta, tout cachés 
dans la verdure, enfin à l'antique chapelle de St Georges, d'où 
la vue s'offre ravissante sur les vignes du village de Zakuëac, 
sur les rives rocheuses de la Cetina et sur la mer jusqu'aux 
côtes de l'île de Brazza. Les touristes qui voudront faire 



190 De Spalato à Metkovié. 

rascension du Mosor, partent de Zmovnica pour la „Poljica 
moyenne". Ils rencontrent près de l'église du village de Sitno 
un sentier montant qui, passant près des chapelles de St Luc et 
de St Clément, atteint à 1089 mètres d'altitude la crête du Mosor; 
puis il faudra suivre l'un des sentiers qui mènent, vers le nord, 
aux chalets (Staje) pour gravir le point culminant (1340 mètres). 
Les villages de la „Poljica inférieure", sont situés au-dessus 
de la helle route Spalato — Almissa. C'est là qu'on récolte la 
fameuse griotte dont on fait le marasquin. 

La Poljica d'autrefois. 

Cette petite république rurale fondée en 1235 par des 
gentilshommes hongrois ou bosniaques, était organisée de ma- 
nière à former 12 communes, administrées et présidées chacune 
par un Knez. En 1444, la Poljica se soumit spontanément à 
Venise, s' engageant à payer un tribut annuel de 3000 livres 
dalmates. Venise se stipulait en outre le droit de ratifier le 
choix du „Grand-Knez". 

Il faut signaler les combats de la petite république contre 
les Turcs, principalement ceux de l'année 1649 qui finirent par 
la victoire du „Grand-Knez" Pavic. Selon la tradition, c'est dans 
ce combat que débuta la „Jeanne d'Arc de la Poljica", audacieuse 
pucelle qui au prix de sa vie mit le feu à la poudrière ennemie. 

Au commencement du XIX* siècle, les Français amendaient 
le Statut spécial de la Poljica, et lorsque les habitants se sou- 
levèrent et demandèrent secours aux Russes, Marmont opprima 
la révolte avec dureté, faisant fusiller une partie des habitants 
et brûler leurs maisons. Pourtant le Knez Ivan Ôovio parvint 
à se réfugier sur un bateau russe, emportant dans une cassette 
tous les documents relatifs à la Poljica. 

Almissa (Omiâ). 

A l'embouchure de la Cetina s'abrite sous de haut rochers 
Almissa, autrefois mal famé auprès des navires marchands 
pour la piraterie que pratiquaient, grâce à leur situation fa- 
vorable, les habitants aujourd'hui si pacifiques. 

Almissa fut le théâtre de plusieurs combats à l'époque des 
Turcs et de quelques escarmouches livrées en 1807 aux Husses 
par les Français. 



Almissa (Omii). l&l 

Dans l'église, on vous fait, voir un crucifix d'argent, in- 
crusté de pierres précieuses, ex yoto offert par les corsaires; un 
autre mémorial des temps passés, le manoir Mirabello, dresse 
ses ruines sur une éminence de 311 mètres au-dessus de 
la ville. 

A 7 kilomètres est d'Almissa, s'adosse à un contre-fort de 
la ch^ne qui, reliant le Mosor et le Biokovo, s'élève entre la 
Cetina et la mer, le village de Rogoznica, d'où sont datés les 
plus anciens documents concernant la Poljica. 



Les moulins établis sur la Cetina ne fonctionnent guère ; 
c'est que les riverains préfèrent cultiver la vigne qui vient à 
merveille et qui produit deux excellentes espèces de vin: le „Pro- 
secco mouss s. I M at sa a b[ pel à ause de 
son fumet app lan 1 d d la f u 11 de o 

Alm ssa a de j I es p m nnd s pa ul è em nt elle qui 
mène aux m ul ns de Radman et à la hute de C ba ica que 
l'on atte nt aj è une ha mante u e e o t 



192 De Spalato à Metkovic. 

D'Almissa à Duare (Zadverje). 

Une route carrossable côtoyant les parois des rochers de 
la Cetina dévie auprès des moulins de Radman, dans un char- 
mant site, vers la droite. Après une course de près de deux 
heures, elle se rapproche de la rivière. La Cetina s'élargit à 
IV2 kilomètres en avant, de manière à' former le tranquille 
étang dans lequel se déverse, en sortant d'une gorge, la „Mala 
Gubavica", la petite cascade de la Cetina haute de 7 mètres. 
La route, après s'être abaissée jusqu'au lit de la rivière, remonte 
de nouveau au village de Duare (Zadvarje) où l'on atteint la 
route qui mène de la „Strada Maestra" à Makarska. 

C'est de ce point où la Cetina fait un coude, qu'on gagne 
après une centaine de pas la „Velika Gubavica", où tout le 
volume d'eau de la Cetina se précipite d'un seul jet du haut 
de 30 mètres avec un fracas assourdissant qui se propage au 
loin. Les parois des rochers sont tellement collées à la rivière 
qu'on a de la peine à trouver un point d'où l'oeil puisse em- 
brasser toute la chute. Ce qu'il y a de plus attachant, c'est le con- 
traste que présentent les rochers gris de pierre et la couleur 
blanche du volume d'eau qui s'éparpille en écume. 

La visite que vous ferez à l'ancien château fort de Duare 
rasé deux -fois par les Vénitiens et relevé deux fois par les 
Turcs, se recommande à ceux qui aiment à avoir une vue d'en- 
semble sur un paysage. 

D'ailleurs, la vieille masure offre un intérêt particulier au 
botaniste par la luxuriante végétation du fenouil sauvage (atha- 
menta verticellata) et du cytis arbuste. 

D'Almiasa à Makarska. 

Vis-à-vis de la côte orientale de Brazza la terre ferme de 
la Dalmatie s'élève en une falaise d'une structure grandiose: au- 
dessus d'une bande large de 2 kilomètres et qui ne dépasse 
pas la hauteur de 400 mètres, vous voyez saillir sans aucune 
transition les superbes murs à pic de la chaîne du Biokovo. 
Cette montagne haute de 1762 mètres est bien digne de l'attention 
et de l'intérêt des touristes; en 1838, le roi de Saxe Frédéric 
Auguste admirait la vue superbe qui s'étend jusqu'aux hautes 
montagnes de la frontière de la Dalmatie, jusqu'à Brazza et a.i 
Mosor. La route la plus courte d'Almissa au Biokovo est celle 



de Makarska par les villages de Makar et de Velobrdo, i 
un sentier assez raide serpente le long des parois de la monts 
jusqu'au plateau. 



Makareka, le chef-lieu du territoire de Primorje (c'est-à- 
dire territoire de côte), est situé dans une petite baie, et 
ofii-e peu d'intérêt, excepté l'église S. Pietro, et le monument 
du barde croate KaCi<5, œuvre d'Ivan Bendic. 

Selon quelques historiens Hakarska fut l'ancien Batanium 
de Pline, d'autres supposent que c'était une colonie phénicienne 



établie à l'effet de recueillir sur la côte le coquillage testaeé 
connu sous le nom de „pourpre" (murex brandaris). 

En 1818, la peste décima la population de la ville. Les 
habitants (en 1890 1672) s'occupent de la culture de la vigne, 
de l'olivier, du figuier, de l'amandier et du griottier. Elle est 
le siège de l'Entreprise de navigation de Rismondo. 

De Makaraka à Tembouchure de la Narenta. 
En continuant à longer la côte vers le sud, nous aurons 
devant nos yeux les contours de Lésina, dont la côte est sur- 
plombée des rochers grisMres de la presqu'île de Sabionceilo et 

La BBlmatie. 13 



194 De Spalato à MetkoTié. 

du puissant mont Yipera. Le long d'une bande de la terre ferme 
que le ciel a favorisée entre toutes se rangent à la file les 
villages de Tuôepi, de Podgora où se trotive la tombe du patriote 
et écrivain croate Pavlinovié, plus loin d'Igrane et de Zivogoigje, 
qui renferme dans un charmant site un couvent de franciscains 
et en£n, précisément sous la latitude du promontoire oriental 
de Lésina, le couvent de Zaostrog, retraite faite pour des contem- 
platifs solitaires, puisque les charmes et les beautés de la nature 
compensent largement la renonciation aux plaisirs du monde. 

Bientôt les rochers sauvages se rapprochent de la mer et 
le paysage montagneux se fend, entre les champs plats et les 
petits lacs, en une large brèche d'où la Narenta roule ses eaux 
bourbeuses vers la mer. 



De l'embouchure de la Narenta à Metkovic. 

Entrés dans le chenal aux eaux brunes de la Narenta, nous 
avons à notre droite la digue qui réduit la baie Jezero Parila 
en lac, mais bientôt nous passons la région des lacs côtiers, 
et des deux côtés du canal s'étend l'immense plaine connue 
sous le nom de „ terrain bas de la Narenta'^ 

Avant d'arriver à Kosmin, il s'ouvre dans les montagnes du 
Karst à la gauche une espèce de bassin entouré de villages et 
dont le centre est occupé par le lac de Modrovko. En automne 
on aperçoit à la droite des meules de paille de maïs, d'où sortent 
de nombreux peupliers à pyramide. Près de Komin on cultive 
le figuier et l'olivier et le rendement qu'ils donnent est un des 
titres de la plaine de la Narenta par lesquels elle justifie sa 
réputation de fertilité. 

Fort Opus *) aligne ses maisons proprettes sur la rive 
méridionale et possède un obélisque érigé sur la „Eiva" et con- 
statant pat une inscription qu'en 1888 on a mis en œuvre la 
régularisation du cours de la Narenta dont les bienfaisants 
résultats se font de plus en plus sentir. 



*) Dans les environs se trouvent : tamarix africana, glicirrhizza 
echinata, chenopodium ambrosiaides, sita abutilon, artemisia Narenti- 
tana; les marais sont couverts des fleurs jaunes et blanches de nym- 
phaea lutea. 



De l'embonchure de la Narenta à Metkovié. 195 

Naviguant de Komin jusqu'à la tour de Norino, où vient se 
jeter dans la Narenta la rivière de ce nom, nous voyons se dérouler 
la plaine de Seget au fond de laquelle est situé le village 
de Yid, et enfin nous arrivons à Metkovic, où le bateau aborde 
tout près de la gare du chemin de fer herzégovinien de Mostar. 

La ville fait une impression toute moderne; de jolis ponts 
en fer, de nouvelles maisons bien bâties, lui donnent un aspect 
propre et coquet.*) 



*) A Metkovic il y a le nouvel hôtel nAnstria". 




J*^ 'SiM^. «g*i^ ^rrt^. ^m^ mXB .bSB jSEE ^'*'^^ «g**^ .bEB mEK 

9^ f^ TV" 7^ 7^ 99^ TV" f9^ fSf^ W" 99^ f^ 



XXII. La région de la Narenta. Excursions de Metkoyic. 



Détails historicïues. 

Dès le temps des BomaÎDS la Narenta (nommée Naro ou 
Narbo par les auteurs anciens) jouait un rôle assez important ; 
au moyen âge elle était considérée comme frontière entre les 
deux républiques de Venise et de Baguse. On croit générale- 
ment que Narona, qui fut dans les temps anciens la capitale de 
ce territoire, occupait l'emplacement du petit village de Vid à 
3 '/a kilomètres au nord-ouest de Metkovic. 

En longeant les murs de cette ville, qui servait autrefois 
de frontière entre la Dalmatie vénitienne et l'Herzégovine turque, 
nous parvenons en une heure à Vid où nous voyons, comme 
à Salone, des restes et des fragments antiques, dont quelques 
uns sont incrustés dans les murs du presbytère bâti dans la 
première moitié du siècle. On n'a pu pousser très loin les fouilles 
parce qu'à une profondeur de quelques mètres on a rencontré 
de l'eau qui a empêché tout travail de ce genre. Toutefois les 
monnaies et les fragments trouvés ne sauraient laisser de doute 
sur l'existence de l'antique ville de Narenta. 



Plusieurs auteurs qui font autorité n'ont pas hésité à 
affirmer que déjà avant l'ère chrétienne ces côtes étaient habi- 
tées par les Croates et les Serbes. L'accroissement de la popu- 
lation due à une immigration slave au VII' siècle est confirmé 
par Constantin Porphyrogénète. 

Après la mort du dernier roi des Croates (1102), la dynastie 
serbe des Nemanjides obtint l'hégémonie, et c'est sous 
DuSan le Fort (1332) qui s'intitulait empereur, que l'empire des 



DétBila historiques. 197 

Serbes parvint à son apogée. Mais bientôt commença la décadence. 
Droâ IV, flls de DuSan, fut tué par son premier ministre Vu- 
kaâin et ce dernier pérît, en 1371, dans sa fuite précipitée qui 
suivit ]a victoire remportée par les musulmans. Il s'ouvie a'ors 



cette période de lutte glorieuse ponr l'indépendance des Serbes où 
Marko Kraljevic, un des héros nationaux des Serbes, joua uu 
rôle important. Lazar, qui fut le successeur de Vukaâin périt 
dans la bataille livrée aux Turcs au Kosovo Polje (1389) et lo 
vieil empire serbe disparaît avec lui. 



198 La région de la Narenta. Excursions de Metkovic. 

Les Narentins, 

Ou prétend que les Serbes qui étaient venus se fixer dans 
la région de la Narenta ne voulurent pas accepter, jusqu'au 
IX* siècle, la religion chrétienne. C'étaient des pirates si habiles 
qu'ils vainquirent les Vénitiens eux-mêmes et n'arrêtèrent leurs 
exploits qu'après la conquête de toute la Dalmatie moyenne. 
Ils réussirent même, en s'alliant à l'empereur d'Allemagne 
Othon I*', à sortir vainqueurs des combats engagés avec les 
Sarrasins. Ce fut l'apogée de leur grandeur militaire, car la 
victoire des Vénitiens, sous le doge Pierre Orseolo II, leur 
enleva une partie de leur importance qu'ils ne perdirent défini- 
tivement qu'en 1687. 

Du sol et du climat 

Petter compare les bas-fonds de la Narenta au delta du Nil. 
Situés près de la mer et inondés chaque année, ils sont comme 
le delta tout ce qu'il y a de plus fertile, et Petter affirme 
qu'il n'a vu nulle part en Dalmatie des mûriers, des figuiers 
et des grenadiers aussi gros. 

Les marais produits par les inondations ont pu faire courir 
le bruit que la fièvre régnait dans les régions de la Narenta, 
ce qui lui a fait donner le nom de la „Narenta maudite par 
Dieu". Mais d'après une statistique de Petter 11 hommes âgés 
de 90 à 100 ans vivaient en 1843 dans le district de la Narenta. 
En outre cet auteur rappelle que ceux qui menaient ime vie 
régulière, se sont acclimatés pendant l'été même. La culture 
de la vigne et les travaux d'endiguement de la Narenta ont assaini 
la contrée et ont desséché les marais ainsi que les bas-fonds. On 
a pu ainsi cultiver une étendue de terrain de 12.000 hectares 
et le territoire deviendra un des plus fertiles et le grenier & 
fruits de la Dalmatie. 

Outre les arbres fruitiers et les ceps de vigne dont les 
grappes atteignent la grosseur de celles du Canaan, on cultive 
encore dans les parties sèches des bas-fonds toutes les céréales, 
surtout le maïs et le millet. Les lacs ou les marais du littoral s'é- 
tendent sur une assez grande distance, et les Narentins y 
trouvent, ainsi que dans la mer, d'abondantes ressources en se 
vouant à la pêche. On y prend des poissons de toute espèce. 
Les truites saumonées y atteignent un poids de 20 kilos. Tantôt 



De Metkovic à Vrgorac. 199 

on les fume, tantôt on les sale, ou on les sèche. Les anguilles 
grasses de la Narenta, prises surtout d'octobre à janvier, sont 
renommées ainsi que les écreyisses. Il y a encore dans les 
marais des sangsues. Les gens les prennent en entrant, jambes 
nues, dans les marais, et en attendant que les animaux vien- 
nent les mordre. 

Pour circuler parmi les joncs et les roseaux, lesNarentins 
se servent tantôt de „Zoppoli^S tantôt de petits bateaux de 18 
à 20 pieds de long, construits de planches très minces et dont 
le fond n'est pas plat, mais a la forme d'un livre à moitié 
ouvert. Ces esquifs appelés „Trupina^^ sont si légers, que le 
Narentin, arrivé au bout d'un canal, met son esquif sur ses épaules 
et le porte jusqu'au prochain canal. C'est sur eux que l'on trans- 
porte, comme ailleurs sur les chariots à ridelles, le foin, les cé- 
réales et les roseaux. Ils servent aussi à la chasse des oiseaux 
aquatiques qui abondent dans les roseaux de la Narenta, sur- 
tout dans les mois de janvier à mars, et qui sont d'un grand 
intérêt pour l'ornithologie. Il s'y trouve encore des aigles, des 
vautours à tête blanche, des pélicans, des cygnes sauvages, 
des hérons, dont les plumes sont très recherchées. La 
mouette, la poule d'eau, la bécasse de marais, l'oie et le 
canard sauvages y pullulent. C'est très intéressant d'assister à 
un combat de canards avec des faucons; le canard bat si 
fortement de l'aile, que l'eau éclabousse de tous côtés le 
faucon qui, effrayé, abandonne sa prise. Le voyageur qui 
désire séjourner quelque temps dans cette contrée trouvera fa- 
cilement un indigène honnête, aimable et serviable qui lui 
servira de guide dans les joncs et les roseaux. L'étranger ne 
manquera pas de se plaire aux excursions intéressantes qu'il 
pourra faire dans toutes les directions, soit qu'il trouve plaisir 
à pêcher, à chasser les oiseaux, ou à collectionner des plantes. 
Si l'on préfère au contraire voir de nouveaux paysages, il suffit 
de faire une des excursions suivantes, ou bien, si l'on ne peut 
disposer que du temps qui s'écoule entre l'arrivée du bateau et 
le départ du train, il ne faut pas manquer de se rendre sur la 
colline où se trouve l'église du cimetière de Metkovic. 

De Metkovic à Yrgorac. 

Cette course qui nous conduit dans les hauteurs sauvages 
des monts BabinaGomila, nous fait connaître les curieux lacs 



200 La région de la Narecta. Excursions de Metkovié. 

hivernaux qui offrent plus d*un attrait à Pami de la nature et 
au chasseur. 

L'historien contemplera avec intérêt la sauvage localité 
de Vrgorac qui paraît être collée aux rochers et qui, 
malgré sa petitesse, a vaillamment combattu à l'époque turque 
pour le couvent de Zaostrog. Ce couvent, situé à 10 kilomètres 
sur la côte, était la retraite du Monténégrin Miletic qui avait 
embrassé le catholicisme, lorsque les Turcs vinrent assaillir 
]e monastère. La pierre sépulcrale qui a été posée en sa 
mémoire dans l'églife de Vrgorac lui fait un mérite d'avoir 
abattu dans sa vie (1667 à 1737) 99 têtes musulmanes. 

Vrgorac a servi de point d'appui, en 1878, au général Jo va- 
no vie pour sa marche sur Mostar. 

Le gouvernement a encouragé dans les temps récents la 
plantation du tabac. Près de Vrgorac, sur la pente du mont Ra- 
donjic, se trouvent des mines d'asphalte exploitées par la maison 
viennoise L. Kônig et fils. 

De Metkovic à LjubuSki. 

Perchée sur une hauteur rocailleuse, cette petite ville qu'on 
atteint facilement en chaise de poste,*) a un aspect tout-à-fait 
turc par ses minarets et ses petites mosquées, plus de la moitié 
des 3.500 habitants étant mahométans. Les costumes nationaux 
sont originaux, les jeunes filles accortes et gentilles portent avec 
grâce le fez rouge, une jaquette mignonne, un ample pantalon 
de soie bleue et des pantoufles rouges. Le château de LjubuSki 
est censé avoir été bâti par le duc Etienne en témoignage 
de sa tendre affection pour sa femme; c'est pourquoi les cita- 
dins appellent encore aujourd'hui la tour „ErzeguSa" (duchesse). 

De Metkovic à Gabela et à Mostar. 

Dix minutes après avoir quitté Metkovic, le train s'arrête 
à Gabela, premier village de l'Herzégovine, qui est surmpnté 
des ruines d'une ancienne forteresse vénitienne. 

Ensuite nous passons PoÔitelj dont la situation ressemble 
à celle de quelques villages d'Espagne et de Syrie. Les 
maisons sont dominées par la coupole d'une jolie mosquée. 



*) La poste part de la station Caplina du chemin de fer Met- 
kovic— Mostar. 



Mostar, capitale de l'Herzégovine, peuplée âé 12.700 habitants, 
est une ville fort ancienne. Sur la colline de Hum 3e voient 
encore les ruines d'une forteresse très vaste que l'on croit être 
identique avec la forteresse Chlum dont parle l'historien Con- 
stantin Porphyrogénète. 

Mostar (la ville des ponts) tire son nom du célèbre 
pont qui traverse la Narenta. Ce pont, d'une feule arche, 
large de 38'/, mètres, et dont la pierre de voûte porte la 



date de 1566, paraît être l'œuvre d'architectes istro-dalmates. 
Les tours à 4 étages défendant le pont servaient autrefois de 
prisons et de magasins k poudre. 

Le voyageur admirera à Mostar l'architecture turque aux 
bazars, aux mosquées et aux tombes ombragées de cyprès ; 
il sera frappé de la belle taille des hommes et de la diversité 
et de la bîzarreiie des costumes, surtout chez les femmes, 
il ne se lassera pas de parcourir les rues où, à chaque pas. 



202 La région de la Narenta. Excursions de Metkovic. 

quelque chose dé nouveau pour rhomme de l'Occident s'oifrira 
à sa vue. Ayant gravi sur la rive gauche la route montante, 
il jouira vers l'ouest d'une vue superbe sur la ville, sur les 
vieux toits gris des maisons turques, sur les gracieux minarets. 
Cette excursion se recommande surtout aux voyageurs qui ne 
connaissent pas l'Orient. Ceux qui désireraient pousser plus loin 
dans la Bosnie et l'Herzégovine ou parcourir la ligne de 
Mostar — Sarajevo, remarquablecomme voie percée dans la mon- 
tagne, feront bien de se munir de l'excellent guide „Eoutes de 
voyage dans la Bosnie et dans l'Herzégovine" (Vienne, Hart- 
leben), ou du livre de Benner „A travers la Bosnie et l'Herzé- 
govine" (Berlin, Beimer).*) 

Les Joueurs de gusla. 

Cet instrument qui tient un peu de la guitarre est l'instru- 
ment favori du Dalmate du Sud. C'est un délassement et une 
récréation pour lui que d'en jouer en s'accompagnant du chant 
de quelque vieille ballade ou d'une épopée nationale célébrant 
les grands guerriers dal mates. Le héros favori de la muse po- 
pulaire est, avec Lazar, le célèbre Marko Kraljevic**) qui, il est 
vrai, finit sa carrière aventureuse en combattant au service du 
sultan. Ce qui surprend, c'est que ces chansons ne sont pas 
brodées sur la période d'éclat du royaume serbe, mais plutôt 
la période de décadence marquée par la lutte contre la domina- 
tion turque. Et pourtant ce qui est vraiment curieux, c'est que ces 
chants dont quelques-uns sont pour ainsi dire le „cantique de 
la dive bouteille", sont entre-mêlés de citations comiques et 
pleines de verve; ces slaves méridionaux, tout en étant plutôt 
d'un naturel mélancolique et rêveur, ne . dédaignent pas dans 
leurs ballades la tarasconnade, la note gaie et gouailleuse. 



*) A Mostar, nous signalons l'hôtel „Narenta", érigé récemment par 
le gouvernement. 

**) Kraljevic, c'est-à-dire fils de roi. 



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XXIII. Les îles de la Dalmatie moyenne. 



Ces îles sont pour la plupart assez grandes et, à rencontre 
de celles de Tarchipel septentrional, elles ne sont pas entourées 
de scogli. Les îles de Petite- et de Grand Zirona au-dessous de la 
Punta Planka peuvent être considérées comme la transition 
entre ces deux grands archipels. 

Merveilleusement abritées elles offrent une végétation toute 
méridionale. En janvier, par exemple, quand il y a à Zara 6 degrés 
au-dessus de zéro, Lissa en compte 9, presque comme l'île de 
Corfou. Cela s'explique aisément: dans les îles de la Dalmatie 
septentrionale la Bora souffle encore avec une certaine violence 
et refroidit sensiblement l'air; dans les îles de la Dalmatie 
moyenne, au contraire, les vents du nord arrivent déjà échauffés 
par la zone plus tempérée qu'ils viennent de traverser, et il n'y 
a, pour ainsi dire, pas de gelée. Aussi le grand nopal indien 
y réussit fort bien, signe évident que la température est presque 
la même que celle des îles ioniennes. Il faut compter au nombre 
des îles de la Dalmatie moyenne, outre les deux îles de Zirona et 
l'île de Bua près de Traù, Solta et Brazza (archipel du nord), 
Lésina avec les Spalmadores et Torcola, Lissa et Busi, Saint- 
André et Pomo (archipel du sud-ouest), Curzola et ses scogli 
(le groupe central du midi), Lagosta avec les Lagostini à l'est 
et les scoglies Cazziol et Cazza (groupe méridional), auxquelles 
il faut joindre les scogli Cajola et Pelagosa, isolées, au sud- 
ouest de Lagosta. 

Solta (Solta). 

L'île de Bua, la Grande-Zirona à l'ouest et Solta au sud 
enceignent le bassin occidental du canal de Spalato. Solta douée 
d'une riche végétation, était dès les temps anciens, lorsqu'elle 
portait encore le nom d'Olintha, fameuse par son miel que les 



204 Les 11*8 de Ift Dalmatio moyonne, 

gourmets dalmatios apprécient encore av^iourd'hui Ainsi que la 
crème et le pain de Solta. On suppose que ce miel acquiert 
cet arôme délicieux par l'habitude qu'ont les abeilles de Solta 
de ne sucer les étamines du romarin que tant que cet arbuste 
âeurit. La culture de la vigne et du chrysanthème y a fait de 
rapides progrés. Entre Oliveto et Grohote s'étend la plus 
vaste plaine de l'île, où l'on cultive le blé, la vigne, l'olivier 
et le mûrier. 



On a trouvé dans l'île des parquets en mosaïque remar- 
quables qui témoignent de l'établissement dans l'île de familles 
de Salone; mais le fait que, de nos jours encore, une grande 
partie de l'île est la propriété de la commune de Spalato prouve 
que cette ville a recueilli cet l'héritage de Salone avec tant 



L'Ile de Brazia. 20B 

L'ile de Brazza (Brad). 
Cette ile, longue de 40 et large de 7 à 14 kilomètres, est 
la plus grande et la mieux peuplée de toute la Dalmatie, étant 
habitée par 22.G50 personnes. On croit que Brazza fut déjà 



colonisée par les Grecs et la légende conte que la mère de 
CoDstantin le Grand était native de Brazza, 

En 639, cette île fut le principal refuge des pauvres habi- 
tants de Salone ; elle rendit, en 80G, hommage à Charlemagne, 
puis tomba, en 846, au pouvoir des Narentins auxquels elle 
fut enlevée par Venise l'an 997, quelques années après les 



206 Les îles de la Dalmatie moyenne. 

guerres contre les Sarrasins, qui avaient engagé Othon II, em- 
pereur d'Allemagne, à faire une descente à Bri^zza. Dans les 
siècles suivants les Vénitiens, les Byzantins et les Hongrois 
alternèrent de telle façon que Ton compte quatre périodes de 
régime byzantin (en tout 401 années), quatre périodes hongroises 
(en tout 166 années) et cinq périodes vénitiennes (en tout 
576 années). Le dernier régime des Vénitiens dura de 1420 à 1797, 
et finit par l'établissement des Autrichiens, interrompu par les 
occupations de Tîle par les Russes (1806) et les Français 
(1807—1816). 

L^agnculture, 

L'île de Brazza forme dans la partie du sud-est un haut- 
plateau (400 — 450 mètres), sur lequel le mont Vito s'élève à 
776 mètres. Dans les régions montueuses et dans les vallées, on 
compte prés de 1500 hectares de terre arable, c'est-à-dire 4% 
de la surface totale de 39.400 hectares. Les pâturages rocheux, 
au contraire, couvrent presque la moitié de l'île, qui déjà dans 
l'antiquité était renommée par l'élevage de bestiaux. (Ca- 
pris laudata Brattia — dit Pline). 

Une des choses les plus rares dans l'île de Brazza, c'est l'eau, 
et on est généralement obligé d'en aller chercher dans les 
citernes ou réservoirs profonds qui se trouvent ordinairement près 
des couvents et offrent del'intérêt par leur construction singulière. 

La vigne se cultive avec succès et l'on exporte chaque année 
près de 150.000 hectolitres de vin. Le tabac, l'olivier et le chry- 
santhème y viennent à merveille de même que la figue. En 
fait de vins de grande marque, on recommande au voyageur 
deux excellentes espèces, le Vugava et le vin rouge de Crljenak. 

Détails topograpkiques. 

Le fait, fréquemment constaté pour les îles, que la popu- 
lation s'agglomère à la côte, s'affirme à Brazza avec évidence. 
Sur 22.650 habitants, 5467 (24%) seulement sont domiciliés 
dans l'intérieur. Sur la côte septentrionale seule, il en vit 
10.937 ou, en comprenant Povlje, 11.674, c'est-à-dire 51-7'Vo de 
la population totale. Par contre, la côte méridionale, où la 
principale montagne de l'île sillonnée de renfoncements de 
terrain, s'élève directement de la mer, ne compte que 
1795 habitants. 



Détails topographlqaes. 207 

Passons en revue quelques-iiaes des localités de l'île: le chef- 
lieu actuel S. Pietro (Supetar) est une Jolie ville respirant 
l'aisance et ceinte, vers l'intérieur, de bosquets d'oliviers et de 
pins maritimes vert clair. Ud chemin muletier, partant de là, 
conduit en une heure et demie à l'ancien chef-lien Neresi 



(NereÈiSée), où, en fait de monuments, il n'y a. qu'à noter le 
bâtiment du gouvernement et une „loggia" datant du temps 
des Vénitiens; il est vrai que l'on a l'avantage de se trouver, 
à 382 mètres d'altitude, dans unedes régions les mieuxaéréesde l'île, 
îfalbeureusement l'absence de marécages à laquelle la contrée 
doit sa salubrité est cause du manque total d'eau clans cette région. 



208 Les îles de la Dalmatie moyenne. 

De Neresi partent, dans différents sens, des chemins 
muletiers qui aboutissent à la côte, entre autres le sentier de mon- 
tagne de Bol qui conduit jusqu'au versant septentrional du 
S. Vito (à 734 mètres). Le touriste aura, en faisant cette ex- 
cursion, une notion nette de la qualtité des chemins de cette 
île dépourvue de grandes routes ; il y côtoiera des pré- 
cipices et des ravins qu'il ne s'attend pas à rencontrer dans 
une montagne de si peu d'élévation et il pourra admirer la 
sûreté du pas de la mule. 

Bol avec un port ensoleillé jouit d'une situation superbe que 
les dominicains surent apprécier en se faisant donner en 1475 
une petite propriété afin d'y élever un couvent. Le visiteur ne 
manquera pas de se ^aire montrer la collection de monnaies du 
couvent comptant 2000 pièces qui remontent aux temps de l'an- 
cienne Grèce, de même qu'un tableau de Tintoretto qui décore 
le maître-autel. 

Lésina (Hvar). 

Cette île est un peu plus petite que Brazza (312 kilomètres 
carrés) et se distingue par sa forme oblongue, à laquelle elle doit 
à ce qu'on dit, le nom de Lésina qui signifie alêne ou poinçon. 
Longue de 68 kilomètres (ouest— est) et large de 10*/, kilomètres 
au maximum. Lésina est fort montueuse (la cime principale, 
le mont Niccolô, atteint 626 mètres) et n'offre des plaines qu'au 
nord, où les grandes baies de Civita vecchia et de Verbosca 
s'enfoncent dans le corps de l'île. L'extension que l'île a prise 
en longueur a eu cette conséquence que les habitants n'ont pas 
délaissé, comme ceux de Brazza, l'intérieur de leur île ; mais tandis 
que Brazza, depuis l'antiquité, nourrissait une population de pré- 
férence agricole, celle de Lésina s'appliqua de bonne heure au 
commerce et à la navigation. Ce n'est que dans le nord de l'île 
qu'on cultive le blé ; une surface 20 fois plus étendue est couverte de 
vignes, produisant d'excellent vin, et de plantations de figuiers, 
de romarins etc. Outre d'exquises figues et de l'essence de ro- 
marin, l'île produit du miel qui ne le cède pas à celui de l'île 
de Solta. 

L'île de Lésina fut colonisée dans les temps les plus reculés 
par les Grecs et portait dans l'antiquité le nom de Pharia» 
conservé aujourd'hui dans le nom croate Hvar. Au moyen âge, 
l'île partageant le sort de Brazza, appartenait depuis 1420 



Ln ville de Lésina. SX) 

aux Vénitiens, sous lesquels les habitants jouirent d'une 
certaine antonomie. L'assemblée des Nobili de Lésina et de Lissa 
formait un gouvernement sous le titre de „Gommunità" et élisait 
aussi le ijBettore", élection que le sénat vénitien avait & confirmer. 

La tille de Lésina. 
Lésina, qui dans le cours des siècles a plus d'une fois 
changé de nom, est située sur la côte sud-ouest de l'île. Cette 



Loggia do Lésina. 

jolie petite ville est dominée par le fort Spagnuolo, rebâti en 1551 
par les Espagnols lorsque ceux-ci, alliés sous le règne de 
Charles-Quint à Venise, combattaient contre les Turcs. A l'est du 
sommet que couronne ce fort, les Français bâtirent le fovt 
Nicolô tandis que les Autrichiens fortifièrent le scoglio Golesuik 
qui barre l'entrée du port. Montant aux forts, le voyageur 
sera enchanté de voir la variété des formes pittoresques et des 
vives couleurs que lui offrent ces côtes d'îles et de scogli, ei 

La DalmBtia. 1] 



210 Les îles de la Dalmatie moyenne. 

une végétation si luxuriante qu'aucune autre contrée de la Dal- 
matie ne peut lui être comparée. C'est surtout le long des chemins 
qui bordent les rivages et dont l'un porte le nom de „prome- 
nade égyptienne", qu'on trouve de superbes palmiers, des 
cyprès, des agaves à fûts gigantesques, des caroubiers. Très 
nombreuses sont aussi les plantes exotiques que des marins 
natifs de Lésina, retournant de l'étranger, ont acclimatées 
dans leur île natale, par exemple l'„arbre à tabac" (nicotiana 
glauca) originaire du Brésil. Ce n'est pas sans raison qu'on 
a appelé Lésina la „Madère de la Dalmatie". 

En entrant dans la ville, c'est la „Piazza" qui s'ouvrant 
sur la mer est, tant par ses dimensions (150 pas de long sur 
60 de large) que par le cadre que forment, à l'entour, les 
belles constructions, l'une des places publiques les plus remar- 
quables. Nous admirons ici la Loggia, œuvre de Sanmicheli, qui 
sert aujourd'hui de café, et vis-à-vis le palais de l'ancien 
„conte" de la ville qui porte maintenant le nom de palazzo 
Gazzari. 

La cathédrale de Lésina, eq style lombard, se distingue par 
ses parois en marbre miroitant et possède onze autels égale- 
ment en marbre. Au-dessus du maître-autel est suspendu le 
portrait de saint Etienne, pape et martyr, peint par Giacomo 
Palma. L'arsenal et le „Fondaco" ne brillent guère par leur 
architecture, mais par le rôle qu'ils ont joué dans l'économie 
sociale et politique de l'île. Bâti par les Vénitiens, l'arsenal 
servait à l'équipement de la galère que Lésina fournissait à la 
tiotte des Vénitiens, dont l'escadre dalmate stationnait autre- 
fois près de Lésina et — au grand dommage de la ville et 
de toute l'île — il fut transféré, en 1767, dans lesBocche di Cattaro. 
Le „Fondaco" était affecté à l'emmagasinement des blés ache- 
tés par la commune. 

En longeant la côte vers l'est, nous arrivons au vaste 
couvent de franciscains qui fut détruit par les Turcs en 1571, 
et qui, restauré depuis, est l'un des plus riches en toiles de valeur. 
Le bijou de ce couvent est le tableau de la Sainte-Cène par Matteo 
Eosselli, donné à la congrégation en reconnaissance des bons 
soins que les moines lui avaient prodigués quand, de passage, 
il y était tombé malade. On y voit encore des tableaux de Palma 
le Jeune, de F. da Santa Croce et de Bassano. 



Les autres localités de Lésina. 

Città vecchia, en langue serbo-croate Starigrad, villf» an- 
tique, est le Pharia ou Pharos dont Diodore dit qu'elle 
fut fondée par dea Grecs dans la 98' olympiade (l'an 384 
avant Jésus-Christ). Détraite en 221 avant Jésus-Christ par 
les Bomains sous Lucius Aemilins Paulus, la ville semble 
avoir été rebâtie bientôt^ 
témoin une collection très ' 
complète de monnaies que 
l'on a déterrées dans le 
environs de la ville, et qui 
datentdes époques grecque 
et ilijrienne jusqu'aux 
temps des empereurs ro- 
mains et byzantins. 

Aujourd'hui Citti vec- 
chia paraît toute moderne 
et il n'y a guère que le 
campanile isolé qui éveille 
l'attention des étrangers. 

A Verbosca, on ne 
manquera pas de visiter 
l'église S. Lorenzo qui ren- 
ferme des tableaux signés 
Paolo Veronese et G. Ala- 
bardi. Un „8t Laurent" est 
dû peut-être au pinceau 
du Titien; car il se trouve 
dans les archives de l'é- 
vêché un écrit où l'on peut 
lire ces mots: „Pagati al 
maestro Tiziano Vecelli 
1000 ducati" (payés lOpO 

ducats au maître Tiziano ■ ^'^'""^ •'" couvent {voir pag. ai2). 
Vecelli). 

Au sud se joint k la baie de Verbosca le port de Gelsa 
d'un aspect gracieux et riant. Une végétation luxuriante où 
les cyprès, les amandiers, les oliviers et les tamarins jouent le 
rôle principal enveloppe la ville. 



212 Les îles de la Dalmatie moyenne. 

En continuant notre route de Gelsa vers le sud-est, nous 
arrivons au village de Pitve, où l'on est acculé au pied du 
mont Hum sur les pentes orientales duquel un sentier s'élève 
jusqu'à la hauteur de 420 mètres pour redescendre vers la côte 
méridionale. En suivant cette dernière, que côtoie un chemin 
muletier, on arrive au village de S. Domenica, où s'ouvre une 
caverne à stalactites près des ruines du couvent des augustins. 

Près de Gelsa le terrain va s'aplanissant vers l'est et la 
côte n'est presque pas habitée jusqu'à S. Giorgio, à l'extrémité 
est de Lésina, où l'on vous signale une curiosité archéologique: 
un tas d'urnes antiques submergées, on ne sait comment, il y a 
IVi siècle, et qu'on aperçoit fort bien quand la mer est calme. 

Lissa (Vis). 
Bemarques générales. 

Parmi les îles d'une certaine étendue, la célèbre Lissa est la 
plus éloignée de la terre ferme. Mesurant 17 kilomètres de long 
sur 7 kilomètres de large, et occupant 100*6 kilomètres carrés, 
l'île est entamée par deux grandes baies j l'une à l'ouest, le 
„vallone di Comisa", l'autre au nord-est, le port de Lissa. Entre 
ces deux baies s'élève comme point culminant le mont Hum 
(585 mètres). 

Grâce à sa situation Lissa jouit du climat le plus maritime 
de tout l'archipel de la Dalmatie moyenne, et les plantes les 
plus délicates comme les palmiers y viennent à merveille. Le 
„jus de la treille" qui gonfle le raisin fournit le vin qui, 
connu sous le nom d'Opollo, est surtout apprécié des gourmets 
viennois. 

Lissa dans V antiquité. 

Lissa, qui en latin comme en grec s'appelait Issa, peut 
revendiquer une certaine célébrité classique. Polybe nous parle 
en effet d'une colonisation grecque qui aurait eu lieu sous 
Denys l'ancien de Syracuse (392 avant Jésus-Christ) ; d'autre part 
des monnaies déterrées qui montrent les initiales (12) de la 
ville antique d'Issa (aujourd'hui Lissa) sont une preuve que 
l'île fut un Etat libre au moins depuis les jours du Corinthien 
Timoléon qui, en l'an 340 avant Jésus-Christ, affranchit du 
joug de Denys le Jeune la Sicile, à laquelle Issa appartenait 
dans ce temps-là. 



LiB9». 213 

Ensuite Lissa fut la ville-méra des autres colonies grecques ' 
en Dalmatie, par exemple de Tragurion (Traù) ; mais lorsque 
le roi Agron d'Illyrie se fut emparé de l'île Fharia (Lésina) et 
que sa veuve Teuta menaça Issa, les habitants recherchèrent 
l'alliance des Romains à la disposition des quels ils mirent plus 
tard 20 navires, pour combattre Philippe de Macédoine. 



Dans le temps d'Auguste, Lissa fut incorporée à la pro- 
vince romaine de Dalmatie et la ville d'Issa (aujourd'hui 
Lissa) florissait jusqu'à l'époque où elle fut détruite par les 
Goths (536 après Jésus-Christ), 

Au moyen âge, la ville fut anéantie par les Narentins et ~ 
le 24 août 1483 — par une flotte du roi d'Arragon; cependant 
les habitants rebâtirent leurs maisons dans le même lieu. 



Bataillea navaka. 
Pour la première fois Lissa fut le théâtre d'une grande ba- 
taille navale en 1814, lorsque la flotte anglaise bous le commodore 
Hoste déât celle des Français commandée par Dubourdieu. Ensuite 
les Anglais tâchèrent d'établir à Lissa une espèce de „Malte de 
l'Adriatique", un rocher de bronze, pour rompre le blocus que 
Napoléon I" avait décrété contre l'Europe. Les fortifications 
créées par les Anglais furent renforcées depuis l'établissement 
des Autrichiens en 1815, et Lissa fut transformée en port 
de guerre lorsque, en 1866, l'amiral italien conte Pellione 
di Persane parut avec une flotte de 19 navires pour attaquer 



la ville. Déjà il avait bombardé, le 18 juillet, les forts et se 
préparait à débarquer des troupes, lorsque, la nuit et par un 
brouillard épais, l'amiral Tegetthoff accourut et accepta la ba- 
taille que Persano lui offrait sur la mer entre Lissa, les Spal- 
madori de Lésina et l'île de Solta. Tegetthoff rangea sa flotte 
en forme de coin, mit à la tête le vaisseau commandant 
(„Fernand Maximilien") et attaqua le „Re d'Italia" avec un 
tel élan qu'aussitôt ce bâtiment cuirassé coula à fond. Les 
tonnerres de 118 canons grondaient et la fumée de la poudre 
couvrait la mer, lorsqu'il éclata sur le „Palestro" un incendie 



qui força ce vaisseau de se retirer. Bientôt toute la flotte de 
l'amiral italien le suivit, et Tegetthoff avait remporté la victoire 
(20 juillet 1866). 

Détails topographique». 

Dans la petite presqu'île qu'occupe le couvent des Mineurs 
S. Girolamo prés de la petite baie de Porto Inglese, se dresse, 
dans le cimetière catholique de la ville de Lissa, le célèbre „Lion 
de Lissa", monument élevé en l'honneur des braves tombés 
dans le combat naval du 20 juillet 186G. C'est derrière cette 
langue de terre que s'étend le „Porto di Lissa", entouré des 
quartiers Banda piccola, Luka et Kut de sorte que toute la 



Le LIoQ de Lissa. 

ville ne forme qu'une avenue d'un kilomètre et demi remplissant 
le fond de la baie. 

Comisa (Komiïa), bien plus petite que Lissa, surprendra le 
naturaliste par le grand nombre de caroubiers*) qui y sont 
cultivés; le port est le point de départ habituel pour la visite 
de la célèbre „Orotte bleue" de Busi. 

•) Le bois sec du caroubier est roux et très dur. Ln réoolto des 
cosses a lien eu août quand les fmits sont encore verdfttres et d'un goiU 
de thérébentine. Un arbre produit 3O0-S60 kilogrnmmes de cosses. 



216 Lts Itea de U Balmati» moyenne. 

La ..Grotte bleue" de Buei. 
Buâi est une toute petite ile aux côtes raides et déchiquetées ; 
elle n'a que 4 kilomètres de longueur sur 2 de largeur. MaAs ce 
qui nous intéresse est moins ce village en soi avec sa pauvre 
église S. Sylvestre, que l'existence de nombreuses grottes, sur- 
tout la „Grotte bleue" que le baron de Sansonnet découvrit en 



1884. Si le temps est beau, l'accès en est facile; elle s'ouvre sur 
la côte du nord-est comme une porte de2Vi mètres de large de 
façon à permettre à une barque montée par une dizaine de 
personnes d'y pénétrer. Au premier abord c'est une sorte de 
crépuscule, mais la couleur de l'eau pat 
du bleu foncé verdâtre au bleu ciel et les rames, ait 
d'autres objets plongés dans l'eau, semblent argentées. 



CnrEoU. 217 

Vera le milieu de l'enceinte, la nappe d'eau brillant comme 
la. nacte est séparée par une bande limpide en 2 bassins, et on 
y voit la paroi qui termine la grotte et qui se fend au-dessus 
de l'eau, profonde de l(ià 18 mètres, de façon à former un portail 
large de 10 mètres par oit perce la lumière du jour. Le rocher 
calcaire est gris clair, mais excessivement dur et celui qui 
voudrait emporter un souvenir de la grotte de Busi serait obligé 
d'en détacher un éclat à coups de marteau. 

Ourzola (KorCule). 

Tandis que les côtes méridionales de l'île de Lésina se distin- 
guent par le gris blanc de leurs rochers dénudés, les côtes 
du nord de Curzola offrent encore aujourd'hui çà et là l'aspect 
de pentes boisées. Peut-être ces bois sont-ils les beaux restes 
des forêts qui, dans l'antiquité, avaient valu à Curzola les 
noms de Kovkyra Melaena ou Coroyra nigra (Korkyra noire) 
qui seuls servaient à distinguer notre île de Korkyra c'est-à- 
dire Corfou. 

Les auteurs classiques citent Curzola comme étant une colonie 
des Cnidiens de l'Asie Mineure, et une inscription latine sur la 
„Porta marina" de Curzola semble justifier cette version. 
En 997 Pietro Orseolo ayant conquis la Dalmatie maritime, 
Curzola fut réduite sous la domination des Vé- 
nitiens; mais ce ne fut qu'en 1420 que ces der- 
niers s'y fixèrent. Dans les siècles précédents 
on voit alterner des périodes de domination 
génoise, hongroise, et bosniaque etc. Entre temps 
l'île était presque indépendante, et c'est dans 
une de ces périodes qu'on a promulgué le statut 
de Curzola, l'un des premiers qui prohibèrent 
la traite des esclaves (XIII' siècle). 

Longue de 47 kilomètres et large de 6 à S kilo- 
mètres, Curzola tient le juste milieu entre Lésina 
et Brazza. L'élévation de terrain la plus consi- 
dérable est la KlupÈa (568 mètres). Les villages 
se trouvent pour la plupart dans l'intérieur de 
l'île, les côtes de l'est et de l'ouest étant les 
seules qui soient bien peuplées. 



218 Les lies de In Dalmatie moyenne. 

Étant donné que le „Canale di Ourzola" serrait de passage 
à tous les petits navires, la population de l'île s'est appliquée 
dès les temps les plus reculés à la construction de bateaux, et elle 
excelle encore de nos jours à construire et à équiper des barques 
appréciées par les hommes du métier. Toutefois le déboisement 
déplorable des terrains semble pousser la population à s'adonner 
de plus en plus à la viticulture. 

Curzola est une de ces villes du genre vénitien qui offrent 
encore aujourd'hui presque le même aspect qu'aux jours où 
les Morosini et les Falieri se promenaient dans ses rues. Rien 
de plus charmant que ces petits palais, rappelant par leur riche 



ornementation le „Palais des Doges" de Venise, et mis dans \in 
ensemble de rues étroites qui s'élèvent en amphithéâtre vers la 
place de la cathédrale. Celle-ci date du XIII' siècle et est rangée par 
des connaisseurs tels que Wilkinson et Jackson au nombre des 
plus remarquables monuments de la Dalmatie. Le tableau du 
maître-autel est attribué à Tintoretto. 

Beaucoup d'anciens us et coutumes se sont maintenus à 
Curzola, particulièrement la ronde „MoreSka" et le jeu 
chevaleresque „Kumpanjija", la contre-partie de r„Alka" de 
Sinj et de ta „Marinerezza" de Cattaro. 



LagOBtft. 219 

Lagoata (LaBtovo). 

En débarquaat dans cette île k 13 kilomètres sud de Cur- 
zola, le voyageur met le pied sur le territoire de l'ancienne 
république de Raguse et, s'il est connaisseur, il trouvera que 
les 1200 habitants parlent encore aujourd'hui le patois ragusain, 
mélange d'italien et de croate. Pêcheurs passionnés, ils pra- 
tiquent surtout la pêche des sardines, et habitant presque tous 
le village de Lagosta, situé au nord-est de l'île. 

Ijagosta, dont la superficie est de B2-7 kilomètres carrés, offre 
sur toutes ses côtes des vues pittoresques, principalement au 



nord-ouest, où le port Lago grande, i 
poissons et en écrevisses, renferme le scoglio Makarac. Le na- 
turaliste trouvera un grand plaisir à visiter la grotte à stalac- 
tites qui, lorsque le vent soufSe dans une certaine direction, fait 
entendre des sons gutturaux tels qu'ils produisent un véritable 
fracas. Une des presqu'îles de la côte méridionale de Lagosta 
porte un phare qui, couronnant une hauteur de 80 mètres, 
s'élève à 25 mètres de haut. C'est ie premier phare de 
l'Adriatique que la chambre de commerce de Trieste fit ériger 
eu 1849, considérant que les eaux de Lagosta sont extrêmement 



220 Les îles de la^ Dalmatie moyenne. 

riches en récifs et en scogli. La côte nord-est de Lagosta est 
entourée d'une série de ces petites îles („Lagostini di Ponente"), 
et vers l'est, dans la direction de Meleda, on remarque toute 
une traînée de récifs et de scogli, les „Lagostini di Levante". 

Lee îles eolltaires de TAdriatique. 
Cazza, Si Andréa, Porno, Pdagosa, 

A 23 kilomètres ouest de Lagosta s'élève, d'une grande pro- 
fondeur de la mer, à une hauteur de 243 mètres l'île de Gazza, 
dont les rochers ne portent qu'une petite chapelle et un phare. 

A une distance égale à celle qui sépare les îles de Lagosta et 
de Cazza, nous trouvons, à l'ouest de l'île de Lissa, la petite île 
de St Andréa, dont les 18 habitants font partie de la commune de 
Comisa. St Andréa possède une petite église et une ruine 
(KraljiÔin). On y trouve du marbre et le scoglio Mellisello, 
surgissant à 4 kilomètres sud-est, contient du porphyre. 

A une certaine distance des grandes îles de la Dalmatie — 
à 49 kilomètres du cap ouest de Lissa — s'élève un rocher de 
57 mètres de haut aux côtes inaccessibles pour les bateaux: le 
scoglio Pomo. 

Mais les plus éloignées des îles de la Dalmatie, sont les 
scogli Pelagosa grande et piccola situés à 70 kilomètres au sud 
de Lissa et à 55 kilomètres au nord de la presqu'île de Gargano, 
appartenant donc, au point de vue orographique, à l'Italie ; cepen- 
dant la faune et la flore portent le cachet de la Dalmatie. Pelagosa 
sert, ainsi que tant d'autres scogli, de pâturage aux moutons 
et aux chèvres. Deux gardiens du phare habitent cette solitude 
en compagnie de leurs familles. Lorsqu'on jetait les fondements 
du phare, on trouva des armes datant de l'âge de la pierre et, dans 
une caverne, un squelette humain avec une flèche de pierre à 
la place du cœur. En 1894 la marine autrichienne y a installé 
un observatoire météorologique. 




XXIV. De MetkoYic à Raguse. 



Les bateaux express faisant le trajet de Spalato à Gravosa 
sans arrêt passent entre les îles de Solta et de Brazza et traver- 
sent les canaux de Curzola, de SabHoncello et de Meleda pour 
entrer dans les eaux de Eaguse. C'est à peu près la même course 
que font les bateaux des Messageries sauf qu'ils font escale 
à plus ou moins de stations. Les navires de la „Compagnie 
Topic", qui vont de Metkovic à Trappano (côte de Sabbioncello), 
après avoir doublé le cap ouest de la presqu'île, s'arrêtent à 
deux stations de la côte du midi ; les petits vapeurs de l'entreprise 
„Cesare et C"" desservent la côte nord de Sabbioncello. 

La presqu'île de Sabbioncello (PeljeSac), s'é tendant de 
l'isthme de Stagne jusqu'à la Punta Gomena (le cap nord- 
ouest) sur une distance de 61 Va kilomètres, s'avance encore (vers 
le sud-est) en une pointe longue de 9 kilomètres qui sépare 
le Canale di Stagno grande du Canale de Meleda. Sa superficie 
est de 342 kilomètres carrés; la partie centrale, resserrée par 
des baies, forme un isthme de 3-2 kilomètres de largeur. 

Sabbioncello est habité par 10.800 hommes. Les habitants sont 
établis de préférence sur la côte sud, où les villages forment 
presque une seule colonie de 20 kilomètres de longueur vis-à-vis 
de l'île de Curzola, ou bien encore dans les baies susmentionnées, 
dans la vallée de Kuna, dans l'enfoncement qui s'abaisse derrière 
la montagne côtière Zagorje, et sur l'isthme de Stagno, qui relie 
la presqu'île à la terre ferme de la Dalmatie. 



La côte sud de Sabbioncello. 

En longeant la côte nord de l'île de Curzola nous voyons 
apparaître de plus en plus distinctement le mont Vipera qui, 
s'élevant à 961 mètres d'altitude et dénué de toute végétation, 
offre un aspect pittoresque. Brillant en rouge dans l'aurore, en 



222 T)e Metkovid à Ri^ase. 

grisâtre dans la lumière du jour, les pentes escarpées de cett« 
imposante montagne s'abaissent vers la verdure d'une „Hiyiera" 
ensoleillée, où le figuier et le grenadier, le cyprès, l'olivier 
et le laurier entourent de jolis petits villages. Les maisons 
blanches et propres, entourées de jardinets sont pour la, plupart 
la retraite de vieux marins qui, après une longue vie de labeurs, 
viennent y couler les derniers jours que Dieu leur a. mesurés. 

Après avoir passé les rades de Eosario et de KuciSte, nous 
voyons sur la hauteur, au commencement d'une série de villages, 
le cwjveiit des franciscains Sottomonte (sous mont), surplombé 
des parois rocheuses du mont Vipera qui, à ce qu'on dit, est 
encore habité par le chacal d'Orient, le loup d'or (canis aureus) 
des auteurs antiques. Jouissant à notre gauche de la vue du 
mont Vipera, à notre droite du panorama de la ville de Curzola 
entourée d'un archipel, nous admirons la scène la plus grandiose 
du canal de Sabhioncello. 

Un peu plus loin, nous voyons Orebic*), station pour 

l'ascension du mont Vipera, et noua continuons notre course 

dans la mer ouverte, dont l'horizon est sillonné au sud par 

les récifs des „Lagostini"' 



Ln cOte and de Snbbioucello. 



carpée et inhabitée, et forme la rive gauche du canal de Me- 
leda qui fire son no de l'île de Meleda, dont noua longeons les 
côtes presque inhabitées. Enfin, la presqu'île de Sabbioncello se 
termine par la Punta Nosice (Vratnik), et le bateau entre 



par l'un des deux détroits de Bocca Ingaunator 
Falsa*) dans le canal de Calamotta. 



224 De Metkovid & Bagase. 

De Metkoiric par l'iathrne de Stagno. *) 
Partant de l'embouoliure de la Natenta, les bateaux de 
la compagnie „Cesare et C'b" abordent à Trappano, petit port 
dominé par une forteresse, pour entrer dans le canal de la 
Narenta. Le canal passe ensuite dans celui de Stagno piccolo 
et l'on voit s'avancer dans la tuer la presqu'île de Klek qui, 
excepté la punta (cap) du même nom, appartient à l'Herzégovine, 
Arrivés à Stagno piccolo, nous voyons cette petite ville pit- 
toresque, entourée d'un grand mur, s'abaisser de la hauteur 
d'une colline au rivage pour y flniï avec une tour ronde. 



Orné de campanules (campanula pyramidalis) et des âeurs 
violettes d'une plante grimpante (oonvolvolus), ce mur offre 
un aspect bien d'accord avec celui de Stagno piccolo, qui éveille 
l'impression d'une ville tombant en ruines. Toutefois il s'y 
fait un comiperce actif; les habitants embarquent des sardines 
(en tonnes) et des huîtres élevées dans les baies bourbeuses du 
canal de Stagno ; les bateaux qui y abordent déchargent des nattes 
de paille servant au pressurage de l'huile, et du foin importé 
quelquefois de Bosnie. 

') De Metkovii Jasqn'ii Stagno piccolo tl mDles ii 1852 mètres en 
B'/t lieures, de Stagno piccolo à Stagno grande 2 kilomètres (h pied un 
quart d'heure), de Stagno grande à Graïosa 42 milles en 4 heures. 



De Uetkovid par l'isthme de Btaguo. 225 

En nous promenant à Staguo grande le long d'un chemin 
bordé d'une luxuriante végétation, nous longeons, à la droite, 
par le mur qui s'étend du vieux fort de Stagno piccolo jusqu'au 
fort de Stagno grande. Ce fut la république de Bagiise qui, 



ayant acquis l'isthme de Stagno en 1333, fit construire ces 
lortifications exigeant une dépense de 12000 ducats. 

Arrivés k Stagno grande, nous voyons à la droite des 
bancs h huîtres, à la gauche les salines, qui rapportaient encore 
en 1B75 une somme de 15.900 ducats. 



Cesare et C'a, nous prenons, par le canal de Calamotta. le cours vers 
Gravosa qui nous apparaît comme une émeraude sortie de la 
baguette d'un magicien. 

Le canal de Calamotta. 
S'étendant d'abord comme un lac puissant, puis se rétré- 
cissant jusqu'à 2'/, kilomètres, le canal de Calamotta est 
limité à gauche par la terre ferme, à droite par les îles de la 
Dalmatie méridionale: Giuppana, Mezzo, Calamotta, qui, con- 
trastant en cela avec îles de la Dalmatie moyenne et septentrionale, 
e distinguent par la verdure épaisse de leurs pent«3 




228 De Metkovic à Ragnse. 

Itinéraire de la couree. 

à la gauche à la droite 

Baie de Slauo ; Scogli au sud de la Bocca Falsa (plus 

loin les hauteurs de Meleda) ; 
Ile de Giuppana; 
Scoglio Buda; 

Bocca di Mezzo (Vue sur la pleine 
mer) ; 
^*^°^«*'* Ile de Mezzo; 

Val di noce (Orasac) ; ^^^^^ ^^ Calamotta (vue sur la pleine 

mer jusqu'au scoglio S. Andréa); 
Baie de Malfi ; Ile de Calamotta ; 

Bocca grande (entre l'île de Cala- 
motta et la presqu'île de Lapad), 
plus loin les récifs nPettini'* ; 
Scoglio Daksa; 
Embouchure de l'Ombla; Presqu'île de Lapad (côte du nord); 

Q-ravosa. Lapad, côte d'est. 

(Voir l'esquisse page 255 et la carte de Raguse et ses environs.) 

De Gravosa à Raguee. 

Gravosa, le port nord de Eaguse, est séparée de la ville 
par un isthme large d'un kilomètre. La route monte doucement 
vers la célèbre „Bella Vista" auprès de laquelle a été établi, 
en 1896, le superbe Hôtel Impérial. De Gravosa par la „Bella 
Vista" à Baguse (37, kilomètres), c'est bien la plus charmante 
promenade que l'on puisse faire, soit de grand matin en été, 
soit, en hiver, à une heure plus avancée de la journée. Tournant le 
dos au port nous voyons se dérouler à notre gauche en contre- 
bas du Fort Impérial une large ceinture de cultures et de 
maisons propres, à notre droite des pelouses et des vignobles, et 
bientôt s'ouvre à gauche la rue Ornatova, la première des rues 
à escaliers du faubourg Pile, pendant que, à droite, se déroule la 
„Bella Vista", d'on l'on décourre du haut des rochers roux la 
mer, dont les eaux bleues contrastent avec la verdure de la 
presqu'île de Lapad et des magnifiques jardins de Pile. 

En avant de la Bella Vista nous examinons avec un vif 
intérêt la végétation „sauvage" croissant sur les murs et la 
paroi de rochers : le figuier, le nopal, le Chrittmum maritimum etc. ; 
à partir de là, la route s'abaisse encaissée entre les magnifiques 
jardins du faubourg Pile, où des murs tapissés de romarin, de 
lierre, d'aloès, enferment une foule d'arbres et d'arbrisseaux 
superbes, verdoyant et fleurissant en chaque saison. Dans ces 



jardina la magaiSque Paulownia déploie ses âeurs bleues; le 
laurier et le dattier , la rose grimpante qui, même en hiver, 
n'est pas dépourvue de boutons, le bambou dont les goupillons 
tendres se meuvent au vent, les buissons de marguerites, les 
lauriers-roses, tous ces beaux représentants de diverses flores 
semblent se réunir pour saluer au passage le voyageur émer- 
veillé. Voici, à gauche, dans de un ces jardins la façade de 
„loggie" aux balooas de bronze doré de l'Hôtel Impérial et, eu 
quelques pas nous voilà arrivés à la place ombragée de 
platanes et de mûriers qui précède la magnifique Porta Pile où 
à certaines heures, se promène le monde élégant. Franchissant le 
pont qui traverse le fossé, nous abordons la „Porta Pile" couronnée 
par une statue de saint Biaise (BiE>gio), le patron de Baguse. 



^^ 1^ -^-^ 



XXV. Raguse (Dubrovnik). *) 



PETIT GUIDE DU VOYAGEUR. 

Bureau des postes et télégraphes : Ulica (rue) Siroka. 

Navigation : Siège de la „Bagiisea^ ; les agences du Lloyd, de la Com- 
pagnie Ungaro-Croata, de Topid et C'% des FratelliRismondo, se trouvent 
à Gravosa, 

Librairies et vente de photograpliies :Pretner et Tosovic (Pred Dvorom) ; 
B. Weiss (dans la rue Stradone). 

HOtels: Hôtel Impérial en avant de la Porta Pile (v. p. 233), Hôtel de 
la Ville (sur la Poljana, restauré en 1895), Hôtel Lacroma, Albergo al 
Sole, Albergo all'Ancora. **) 

Restaurants: Buon Pastore, Al Vapore, Ancora, Birraria (brasserie) 
nuova. 

Voitures de louage : Devant la Porta Pile, près de l'Hôtel Impérial.***) 

Promenades à Raguse. 

(Voir le plan.) 

De la Porta Pile la route, faisant un coude et passant sous 
une porte, nous mène dans le „Stradone" („Placa"), la principale 
rue de Eaguse qui est toute droite. Dès l'entrée de la rue 



*) Baguse comptait en 1890, y compris ses deux faubourgs, 7143 habi- 
tants. 

**) À Gravosa : Hôtel Petka, Hôtel Pavlovic. 
***) Tarif des voitures: De la Porta Pile à un point quelconque de la 
ville ou à la Bella Vista 60 hellers (aller et retotir 70 hellers) ; à la Riva 
Badié de Gravosa 80 hellers; à l'église délie Grazie, au Molo S. Crooe 
1 couronne, au Cantafico de Gravosa, à la Villa Gondola de Lapad ou 
à S. Giaoomo 1 couronne 20 hellers ; à S. Stefano, S. Michèle ou Dubac 
(Val Breno) 2 couronnes. (Pour les courses d'aller et retour, un quart 
d'heure d'arrêt est compris dans les prix du tarif). 

Tarif des barques: Course d'aller et retour, j- compris 15 minutes 
d'arrêt, de Porto Cassone : au port de Lacroma ou à S. Giacomo 1 couronne 
60 hellers (pour 1 personne), l*couronne 80 hellers (pour 2 personnes), 
chaque personne de plus 60 hellers. — Tarif à l'heure : course d'une 
heure 1 couronne, chaque heure de plus 50 hellers. 



u I 



Plan de la vUle de Raguse. 

Renseignements à l'usage du voyagour. 

La légende du plan estcon^-ue en langue seil>o-croato et donne les 
noms que le voyageur lira dans la ville même. Ensuite il en trouvera 
la traduction ci-contre. 



Serbo-croate 

Birraria nuova 

Biskupova Polaca 

Bolnica Vojnicka 

Divona 

Djecje Zakloniste 

Dvor 

Grad 

Grebi zudioski 

Jadransko more 

Kafana 

Kazerma 

Lucki ured 

Miri od Grada 

Muzej 

Okruzni sud 

Opcina 

Poljana 

Posta 

Put 

Ribarnica 

Sjemeniste 

Srp. pravoslavna crkva 

Sv. Vlalîo (Biagio) 

Tamnice 

Teatar 

Ulica 

Vojnicke Peii 

Vrata od Pila 

Vrata od Ploca 



Français 

brasserie neuve 

palais éi)iscopal 

hôpital militaire 

douane 

hospice des enfants trouvés 

palais des recteurs 

ville 

cimetière des Israélites 

Adriatique 

café 

caserne 

office du port 

murs de la ville 

musée 

tribunal de l'arrondissement 

mairie 

place 

poste 

chemin 

marché aux poissons 

séminaire 

église serbo-orthodoxe 

St Biaise 

]>rison 

théâtre 

rue 

boulangerie militaire 

porte de Pile 

Porte de Ploce 



Promenadea à Bseass. 291 

nous apercevons à notre droite la rotonde de la fontaine de 
Onoirio, datant de 1437, époque où la république était à 
l'apogée de sa puissance; puis — à notre gauche — le joli portail 
de l'église des franciscains, remarquable par son cloître; au bout 
du Stradone se groupent autour de la colonne de Eûland les 
belles maisons rappelant l'ancienne splendeur de la ville, mais, 
qui après le tremblement de terre de 1667 et d'autres calamités, 
pour la plupart détériorées et remises à neuf. Cette colonne a. été 



\ < 
\ 



232 SMgaae (Dabrovnik). 

PloSe. A droite du campanile se trouve une vieille fon- 
taine et nn peu plus loin le ^Palais des Secteurs" (Dvor) qui a 
un« grande ressemblance avec le „Palais des Doges" de Venise. 
Non loin du palais nous voyons s'élever l'église 8. Biagio et la 



cathédrale de Raguse dont les formes actuelles datent de 1713 
et de 1715. 

Prenant ensuite et gauche nous arrivons au Porto Cassone, 
l'ancien port, où vont s'amarrer aujourd'hui la plupart des bateaux, 
ars de forteresse, approchant en grosseur de ceux 



de Eome, et 1» perspective qui s'ouvre vers le midi, complètent 
ce tableau dea plus originaux. 

Sagu»e tiue ⣠l'Hôtel Impérial.*) 

En nous plaçant sut un des balcons de la façade du sud, 
le regard pénètre, sur la terrasse de l'Hôtel et au delà dans les 
jardins et les villas de Pile, entre lesquels des ruelles en gradins 
montent au Monte Sergio; nous voyons sur la même pente la 
puissante tour ronde „ Mince ta" qui forme un angle du 
mur d'enceinte de la ville. Par-dessus ce mur nous voyons le 
fouillis des maisons de Baguse, le Porto Cassone, Lacroma et 
au loin, derrière S. Giacomo, la grande baie de Breno. 

A la gaucbe de la tour „Min<Seta" et en haut des jardins 
de Pile s'élèvent les pentes rocheuses du Monte Sergio, dont la 
crête est couronnée par l'imposant Fort Impérial; à la droite on 
voit sur le plus haut point de la cité de Eaguse l'ancien couvent 

*) L'HOtel Impérial dû à l'initiative du prÉsident du Lloyd, le liaron 
de Kalohberg, et ïnaugnié en 1891, appartient à la ^Société anonyme 
d'Hôtels et de Villes d'eaux Baguse-Cattaro'. Élégamment installé, il com- 
prend 70 pièces et est pourvu do toutes les améliorfttions modernïs, 
telles que : éclaiFage électrique, bains, ascenseur, atelier de peinture, 
chambre obscure etc. Le prix des chambres varie de 3 b 8 couronnes ; 
la pension s'y cote à partir de 11 couronnes. Prix réduits dans la 
saison d'été. 



234 Bagnse (Dnbrovnik). 

des Jésuites,*) et Pœil découvre un peu plus loin une croupe 
boisée : le Fort Koyal sur la plus haute élévation de l'île de 
Lacroma. C'est un tableau magnifique et, pour le compléter, il 
s'y joint à la droite le Fort S. Lorenzo, qu'on aime à appeler 
„le Gibraltar de Baguse'^, parce que, de la hauteur d'un puissant 
rocher roux dont les pentes corrodées se précipitent à pic dans 
les flots azurés de la mer, il semble défier toute attaque. 

A la vue de ce beau paysage historique, on éprouve bientôt 
la juste impression de ce qui fait l'originalité de Baguse. Si 
Zara porte un cachet plus moderne, si Sebenico peut être qualifié 
de porte d'entrée aux beautés de la nature les plus merveilleuses 
du pays, si Cattaro l'emporte par ses puissants massifs de mon- 
tagnes et ses Qords, et si Spalato éveille en nous, par ses monu- 
ments, les souvenirs de l'antiquité, Baguse, oflfrant tous ces 
avantages à la fois, a, par les charmes de la végétation, par sa 
situation et par ses fortifications monumentales, des titres à passer 
pour la ville la plus pittoresque du pays. 

Situation générale de Baguse. 

Baguse est située à ce point remarquable de l'Adriatique où 
le grand Archipel illyrien se termine vers le sud et fait place 
à une mer ouverte, baignant une côte qui, habitée par un peuple 
peu hospitalier, n'offre, jusqu'à Corfou, pas un seul port de com- 
merce de quelque importance. C'est grâce à sa situation maritime 
que Baguse devint l'étape du commerce entre le nord de l'Adria- 
tique et les eaux ioniennes. Mais à cet avantage vient se joindre 
le voisinage des vallées fertiles de l'Ombla et de Breno entre 
lesquelles passait la bonne voie de communication, reliant la 
côte de Baguse à l'Herzégovine. 

Un troisième moyen pour obtenir un rang dans le monde, 
les Bagusains se le créèrent eux-mêmes : dès les temps les plus 
reculés, ils veillaient à ce que les murs de la ville fussent assez 
forts non seulement pour protéger les habitants, mais aussi pour 
donner asile aux réfugiés des pays voisins. Pendant tout le 
moyen âge ces pays étaient désolés par les guerres et les troubles ; 
et presque chaque fois les vaincus se réfugiaient à Baguse pour 
rentrer, s'ils ressaisissaient la puissance, dans leur patrie. 



♦) Aujourd'hui hôpital militaire. 



De ces pays et principalement de l'Herzégovine vinrent 
aussi les premiers colons slaves qui fondèrent, en abattant une 
forêt (Bubrava), à l'est du canal, remplacé at^ourd'hui par le 
Stradone, le village qui plus tard s'unit à la colonie romaine de 
Baguse et lui valut le nom slave de Dubrovnik. 

Histoire de la ville.*) 
Sou» U ict^trt byiantin, du VII' sièck jusqu'en 1305. 
Lorsque, sous le règne des empereurs Fhocas et HéracUus, 
les Slaves et les Avares ravageaient le pays, beaucoup de villes 
dalmates ne purent se maintenir, cntr'autres Epidaurus, '**) dont 
la plupart des habitants s'enfuirent, en 639, pour fonder une nou- 
velle colonie nommée en latin Bagusium, puis en italien Ragusa. 
Ce nom rappelle les sons de la langue illyrienne, tandis que 
Dubrovnik est slave et vient de „dubrava" (bosquet), dans 
l'ancien slave „dubr" (arbre). 

La vieille cité de Baguse était bâtie sur des rochers es- 
carpés. La population était romaine et le latin s 
comme langue administrative, dans les proto- 
coles du sénat jusqu'en 1808. Pourtant des 
éléments slaves s'étai- 
ent fusionnés avec l'an- 
cienne bourgeoisie dès 
le XII' siècle, ce que 
prouvent les noms slaves 
de quelques magistrats de 
ce temps. 

Le territoire que la 
ville possédait sur la terre 
ferme était tort restreint 
d'abord (la ,,A8tarea") et 
les Bagusains payaient une 
j redevance pour les vignes 

I qu'ils cultivaient, aux pr i n- 

mer au contraire, les Ràgii- 



236 Raguse (Dubrovnlk). 

sains maintinrent d'abord leur hégémonie et possédaient, dès les 
premiers temps byzantins, les îles de Lacroma jusqu'à Giuppana. 
Au IX' siècle les Arabes vinrent assiéger Raguse. Sous 
Basile II, 976 à 1025, le prince bulgare Czar Samuel, ravageant 
ces contrées, brûla Cattaro et Baguse. Pendant cette guerre, 
l'empereur byzantin avait confié au doge Pietro Orseolo II la 
surveillance des provinces de la côte et depuis ce moment l'in- 
fluence byzantine et celle de Venise se contrebalancèrent à Baguse, 
où aussi entre temps (1085 et 1185 — 1190) dominaient les Normands. 
En général les empereurs de Byzance maintinrent leur suzeraineté 
jusqu'en 1204, et c'est de la dernière époque byzantine que pro^ 
viennent les plus anciennes conventions d'Etat de Baguse qui 
nous sont conservées, et les premiers rapports sur les entreprises 
maritimes des Bagusains. 

Sous la domination de Venise, 1205—1358, 

Après la conquête de Constantinople en 1204, Venise avait 
obtenu le rang de première puissance maritime du moyen 
âge et les Bagusains, ayant éprouvé la supériorité de la flotte 
vénitienne, se mirent sous la protection de la république de 
St Marc. Un comte vénitien vint résider à Baguse, et on régla 
l'administration de la ville jusque dans ses moindres détails 
d'après le modèle offert par la ville suzeraine. La protection 
vénitienne profita à Baguse qui ne tarda pas à développer 
son commerce avec l'Orient, à organiser l'administration 
et à agrandir son territoire. Déjà en 1272 parut le pre- 
mier „Statut" et la même année on acquit l'île de Lagosta. Les 
Lagostains s'unirent de leur gré à la république de Baguse, 
qui s'agrandit plusieurs fois dans la suite, non par conquête, 
mais en achetant des territoires ou en les recevant en retour 
de bons services rendus aux princes voisins. 

A la vérité, il s'en fallut de beaucoup que l'on eût tou- 
jours la paix. Des différends s'élevaient à cause de la délimita- 
tion des vignes, ou à cause de l'interprétation des droits de 
commerce ou enfin quand la république donnait asile à quelque 
prince ou noble qui était adversaire des princes des Serbes 
ou des Bosniaques. Mais Baguse savait s'obliger ces princes en 
leur payant le tribut que l'on devait depuis 1237 au roi 
des Serbes, de 1378 — 1463 au roi des Bosniaques. En revanche 
les Bagusains jouissaient de grands privilèges de commerce. Ils 



Histoire de la ville. 237 

entretenaient une messagerie régulière et importaient dans Tin-' 
térieur les produits de l'industrie venus de Venise, exportant 
en même temps les produits de Serbie et de Bosnie, c'est- 
à-dire du bétail, du cuir, de la laine, du miel, de la cire, des 
bois de construction et des métaux. Dans le même temps où le 
commerce âorissait, des mineurs allemands avaient ouvert des 
mines dans l'ouest de la presqu'île du Balkan et les Bagusains 
en profitaient aussi, en s'établissant dans les districts miniers. 

Sot*8 la domination hongroise, 1358 — 1526, 

Par la paix de Zara, 1358, Venise ayant perdu toutes les 
îles et villes du Quarnero jusqu'en Albanie, Eaguse passa sous 
la domination de la Hongrie où régnait alors Louis le Grand. 
Ce roi renonça à installer un représentant à Baguse, se bornant 
à lever un tribut annuel de 600 ducats, et par conséquent la 
ville devint presque libre, commençant à développer sa con- 
stitution de république aristocratique. 

Le sénat gagna d'importance : il élisait le recteur, qui rem- 
plaça le „conte" vénitien, les institutions d'Etat furent perfec- 
tionnées ; bien que le commerce de l'intérieur fût atteint par 
les troubles de Serbie et de Bosnie, la navigation et l'in- 
dustrie florissaient d'autant plus et inauguraient cette période 
d'éclat de la première moitié du XIV* siècle qui a laissé ses 
traces dans les grandes œuvres de la république: le Palais des 
Becteurs, l'aqueduc etc. 

En 1459 les Turcs s'établirent dans la Serbie, et de 1463 à 1482 
successivement la Bosnie, l'Herzégovine et Castelnuovo tom- 
baient entre leurs mains; mais les Bagusains surent s'entendre 
aussi avec leurs nouveaux voisins, ayant déjà traité 
en 1397 avec le sultan Bajezid. Le tribut levé par les Turcs 
montait à 1000 ducats en 1442, et s'augmenta jusqu'à 12500 ducats, 
que les Bagusains payaient depuis 1703 toutes les trois années, 
pour la dernière fois en 1804. Malgré ce tribut, la domination turque 
était favorable au commerce de Baguse, parce que les commer- 
çants ne payaient qu'un octroi modique. 

Sous la domination turque, 1526 — 1806. 

La bataille de Mohacs ne mit fin qu'à une suze- 
raineté tiominale des rois de Hongrie. Pourtant, dès 1526 



238 ilaguse (Dubrovnik). 

'Raguse, si habile à se faire bien venir de toutes les puis- 
sances, sentit de plus en plus le voisinage des Turcs dont les 
sultans infligeaient aux ambassadeurs de la république de 
graves humiliations, pendant que les pachas de la Bosnie et de 
l'Herzégovine se permettaient toutes sortes d'empiétements. 
Malheureusement dans le même temps où le commerce de l'intérieur 
commençait à déchoir, la découverte de nouveaux chemins mari- 
times et l'hégémonie commerciale qui passa des Vénitiens aux 
Hollandais, Français et Anglais, réduisirent aussi le commerce 
maritime de Raguse, et la petite république de l'est partagea 
le sort que toute la Méditerranée eut à subir aux XVI' et 
XVII' siècles : elle déclina. Ce fut dans le XVII' siècle que 
s'abattit sur elle le plus grand désastre, puisque le terrible 
tremblement de terre du 6 avril 1667 détruisit la plupart des 
maisons et coûta la vie à plus de 4000 personnes. 

Pendant les guerres turques (1683 à 1699 et 1714 à 1718) les 
Vénitiens avaient occupé les contrées de l'intérieur de la république 
et Trebinje ; mais les Eagusains, secondés par l'Autriche et la 
Porte Ottomane, surent manœuvrer avec tant d'habileté que les 
puissances laissèrent à la Turquie non seulement ces contrées, 
mais aussi les deux territoires de Klek et de Sutorina, enfonçant 
depuis ce moment des coins entre les territoires de Kaguse 
et de Venise son adversaire. Ce fut le dernier succès des 
diplomates de Raguse qui, en eifet, survécut à la chute des 
grandes républiques de Gênes et de Venise, et servit de modèle 
encore en 1800 lorsqu'on fonda la république des îles ioniennes, 
bien qu'elle approchât alors de son déclin. 

Pendant la guerre entre la Russie et la Turquie (1768 — 1774), 
Raguse fit confisquer un bateau russe muni de lettres dé marque; 
il en résulta un conflit avec les Russes et ce conflit réagit 
plus tard sur la lutte entre les Français et les Russes. 

Chute de la république sous Napoléon P*" (1808), 

La Dalmatie ayant été cédée par l'Autriche, en 1806, à la 
France, Napoléon avait donné à ses généraux l'ordre d'occuper 
Raguse, vu que cette ville pouvait intercepter la communication 
avec Cattaro. Le 25 mai 1806, le général Lauriston entra dans 
la ville et y fit arborer le drapeau français à côté de celui de 
Raguse. Sur ces entrefaites les Russes, joints aux Monténégrins, 



Histoire de la viUe. 239 

ayant occupé Cattaro avaient mis le siège devant Eaguse. Les 
traces des dévastations que ce siège de 20 jours avait causées 
se voient encore de nos jours dans les environs. Lauriston fut 
remplacé par le général Molitor, et le maréchal Marmont, chargé 
de l'administration de la Dalmatie. Après la paix de Tilsit 
Napoléon procéda à l'annexion à la France du pays. Marmont, 
ayant dissous le sénat en janvier 1808, reçut de l'empereur le 
titre de „Duc de Eaguse". 

Raguse, appartenant depuis 1809 à la province française 
d'Illyrie, eut heaucoup à souôrir des attaques des Anglais, 
qui prirent tous les navires des Ragusains et, occupant depuis 
1813 les îles de la Dalmatie, fomentèrent une insurrection contre 
les Français, et vinrent bloquer la ville dans laquelle le général 
Montrichard ne commandait qu'un faible détachement. 

Profitant de ces troubles, les Autrichiens sous le général 
Milutinovic firent en 1814 une descente et, le 15 février 1814, la 
ville prêta serment de fidélité à l'empereur d'Autriche. D'après 
les stipulations du „Congrès de Vienne", Raguse et tout son terri- 
toire furent réunis à l'empire d'Autriche et ces territoires res- 
sortissent depuis à l'administration du royaume de Dalmatie. 

Constitution et administration, 

Raguse avait à son origine une constitution démocratique 
et il y siégeait encore en 1394 une assemblée nationale, remplacée 
alors par le „6rand Conseil", auquel ne participaient que les 
„Nobili" majeurs, enregistrés dans le „Specchio", le livre d'or 
de Raguse créé en 1440. 

Le Grand Conseil élaborait les lois et élisait les 45 membres du 
sénat qui, à leur tour, élisaient les 7 membres du Petit Conseil. 
Le Petit Conseil détenait le pouvoir exécutif et constituait le 
gouvernement proprement dit. Il était présidé par le recteur, 
que l'on élisait depuis 1358 pour un mois seulement. 

BéHes-lettres et sciences. 

Comme Raguse fut fondée par des Latins, il est naturel 
que la langue latine ait continué à rester la langue officielle 
dans l'Eglise et dans l'administration. C'est aussi en latin que sont 
écrits les plus anciens monuments littéraires de Raguse, c'est-à-dire 
des épitaphes et une intéressante chronique de la ville rédigée 



*) D'après un essai du professeur Resetar. 



Histoire de la ville. 241 

en hexamètres par un certain Miletius qui paraît avoir vécu au 
XIII' siècle. Cependant la ville, romane à Torigine, s'était peu 
à peu transformée en ville slave et lorsque, dans la seconde 
moitié du XV' siècle, des habitants de Aagase débutèrent 
dans la littérature, ils se servirent de la langue serbo- 
croate parallèlement au latin et à Pitalien. Parmi les plus an- 
ciens représentants de la littérature du pays, il convient de 
citer Elias de Cerva (1463 — 1620), poète latin qui s'escrimait en 
pure perte contre la langue slave qu'il qualifiait de „barbare", 
tandis que deux poètes slaves de Baguse, Si^ko Mencetic (1457 — 
1527) et Diore Drzic, composaient dans leur idiome natal des 
poésies assez prolixes et froides, dont l'une peut être regardée 
comme une des plus anciennes chansons populaires slaves qui 
aient été consignées par écrit. 

Le XVI* siècle produisit toute une phalange de poètes, pour la 
plupart lyriques: entre autres le bénédictin Mavro Vetranic (M. Ve- 
trani 1482—1576) et Dinko Banjina (1536—1607). En imitant les 
„canti carnescialeschi^^ florentins, Vetranic composa des chansons 
carnavalesques et de moquerie légère, genre qui eut un grand 
succès et une longue existence à Raguse. Le spécimen le plus 
réussi en est „Jegjupka^ (la Bohémienne) à^ Andrée Cubranomc (vers 
1527) qui a été bien souvent imitée. 

La gloire littéraire de Eaguse atteignit son apogée dans la 
première moitié du XVII' siècle. Dzivo Gundulic (1588 — 1638) 
dont la supériorité est incontestée, composa l'épopée à^Oaman^ 
dont le plan et l'exécution sont imités delà „ Jérusalem délivrée" du 
Tasse. Ses drames sont faibles ; par contre sa pièce de vers lyrique 
„Suze sina razmetnoga^ (Les larmes du fils prodigue) ne manque 
ni de vérité ni de sensibilité. Son drame pastoral „Dubravka^, 
hymne enthousiaste célébrant la liberté de Raguse, n'est pas 
sans mérite. Il faut regretter que le plus fertile des poètes 
dramatiques, Pàlmotic, l'ait suivi servilement dans le choix et 
dans l'exécution des sujets. Le joyeux réaliste Vucicevie (mort 
en 1658) célèbre, en connaissance de cause, dans des vers sonores 
et harmonieux la femme, le chant et le vin. Ignjat Gjorgjic 
(J. Giorgio, 1675—1737), enlevé à la poésie par son entrée dans 
l'ordre des Jésuites, nous a laissé les „Uzdasi Mandalijene po- 
kornice^ (Les soupirs de la Madeleine pénitente) et d'autres 
ébauches lyriques, beaux fleurons de la lyre ragusaine. Le 
XVIII' siècle compte le meilleur poète latin de Raguse, JRai- 

La Dalmatie. 16 



242 Bagnse (Dubrovnik). 

mand Kunic (1719 — 1794), dont la traduction de l'Iliade est 
estimée, tandis que Junius Eesti (1755 — 1814) brillait dans la 
satire latine. Au XIX* siècle appartiennent le lyrique Medo 
Pticié (conte Pozza 1821 — 1882) et le poète dramatique Matija 
Ban, notre contemporain, qui se sont mis au premier rang dans 
le mouvement littéraire serbo-croate. 

Dans le domaine des sciences on voit, dès le XV* siècle, 
quelques savants originaires de Baguse occuper des chaires 
dans des universités d'Italie; Naljeskovic, poète et mathémati- 
cien, collabora à la réforme du calendrier (XVI" siècle) ; EUenne 
Gradi (1613 — 1683) jouissait auprès de ses contemporains de la 
réputation de savant, de poète et d'homme d'Etat; il convient 
de citer encore l'archéologue et historien Banduvi (t 1743), le 
médecin Baglivi, auteur d'ouvrages de médecine; enfin Boger 
Boskovié (t 1787), astronome, physicien et mathématicien. 

Agriculture, commerce, industrie et navigation. 

Dans les alentours de Baguse on cultive principalement la 
vigne et l'olivier qui fournissent, celle-là une espèce de vin 
de Malvoisie se conservant bien, celui-ci, grâce à l'intelligente 
façon de l'extraction, de l'huile très estimée. La culture des 
légumes est très ancienne dans les vallées de l'Ombla, de Breno etc. 
où l'on cultive, comme dans toute l'Adriatique, une espèce de 
choux (proskwe) qui donne toute l'année. Il faut y joindre les 
amandes et les figues; les blés, au contraire, ne suffisent pas à 
nourrir la population et l'on est obligé d'en importer. 

Quant au commerce, celui de Baguse se faisait dès les temps 
les plus reculés sur une vaste échelle et, grâce aux conventions 
que l'on avait conclues avec les Espagnols (1494), les Vénitiens 
(1509) et Soliman II (1526), les Bagusains entretenaient des 
„factories" (comptoirs) même en Egypte et en Syrie. Les commer- 
çants ragusains établis à l'étranger payaient sous le titre de 
„don de commerce" une contribution d'un pour cent de leurs 
profits, et il en résultait des sommes si considérables que les 
„dons de commerce" comptaient parmi les revenus les plus 
importants de la république. 

En 1450, on comptait à Baguse 300 bateaux de commerce 
et dans la suite ce ne fut pas rare de voir les marins ragusains 
se distinguer dans les guerres navales, par exemple lorsque 
Charles-Quint entreprit ses expéditions contre Tunis. 



Monuments d'architecture de Baguse. 248 

Dans les beaux jours de la république, les diverses indus- 
tries y âorissaient ; les habitants exerçaient avec zèle la fabrication 
du drap, le tissage de la soie, la corderie, la savonnerie, l'or- 
fèvrerie, et la prospérité commune était telle que l'Etat put 
renoncer presque à toute imposition directe. 

Monuments d'archiieoture de Raguse. 

La cathédrale S. Maria Maggiore, 

La vieille cathédrale qui, dit-on, doit son existence à un 
vœu formé par Eichard Cœur -de-Lion fut détruite par le 
tremblement de terre de 1667, et on commença à bâtir un nou- 
vel édifice (1671) qui fut terminé en 1713 par Angelo Blanchi. 
La cathédrale couronnée d'une coupole contient quelques ta- 
bleaux très remarquables: l'Assomption de la Vierge, attribuée 
au Titien; une tête du Christ des plus expressives par Porde- 
none; une Madonne avec l'enfant Jésus, attribuée à Eaphaël; 
un Ecce homo d'André del Sarto; un petit portrait de Sainte 
Catherine par Palma Vecchio. Dans la trésorerie, qu'on ne peut 
visiter qu'après s'être inscrit à la sacristie, la pièce la plus 
belle et la plus ancienne est une cassette en or qui vint en 1206 
de l'Orient. La cassette portant le cachet du temps de Justinien 
est couverte de médaillons datant du XIP siècle qui, selon les 
inscriptions en caractères longobards, représentent saint Biaise 
et les apôtres. St Biaise tient à la main un vieux modèle de la 
ville de Raguse (d'environ 1350). 

S, Biagio (Sceti VlaJw), 

Cette église, rebâtie en 1715 après un incendie, ne con- 
serve de l'ancienne église que la statue en argent de St Biaise 
qui résista, comme par miracle, aux flammes. La nouvelle église, 
construite dans le style de la Renaissance, est précédée d'un 
beau perron ; pour la construction on a employé, comme pour la 
plupart des bâtiments de Raguse, cette pierre de grain fin 
(travertin) qui se distingue par sa belle patine brune. 

L'église et le couvent des Dominicains. 

En tournant, après avoir passé par la porte de Ploôe, à gauche, 
nous arrivons au couvent des Dominicains qui, commencé en 1304, 
ne fut achevé qu'à la fin du XVI* siècle. La nef longue et 

16* 



1 I 



UonumeDte d'architecture de Kaguse. 2ib 

simple comprend lecbœur et deux chapelles latérales; à l'intérieur, 
au-dessus de l'arche moyenne, se trouve un crucifix byzantin, 
cadeau du roi de Serbie Etienne TJroS III. Le maître-autel est orné 
d'un tableau de Nicolo Bagusano représentant saint Biagio. Le 
premier autel latéral, à gauche, est décoré d'une Madeleine du 
Titien (tableau votif de la famille Pozza); en outre un tableau 
de Vasari (l'Avent) est fort remarquable. La cour du couvent 



est bordée d'un cloitre dont les arches sont posées sur des piliers 
entre lesquels de mignonnes colonnettes portent des panneaux 
aux n m nt a La i 1 f nta n date d Ib^ L'église 

du co p èd b bl th q t f t è iche, un 

manu t t t mp ta t p la na an d 1 h stoire de 
la vili t pi doc m nt nte nt d D Serafino 

Cerva (168b— 1 59 



Autres églises. 

Selon certains hiatoriens, le couvent de» Franciscaine fut fondé 
par saint François d'Assises. Le CAQvent ayant été détruit, en 1290, 
de fond en comble, les moines obtinrent en 131T la permission 
de se bâtir une demeure dans la ville. Dans l'église une épi- 
tapke nous rappelle la peste qui, en 1526, enleva 26 moines, et la 
chronique du couvent rapporte qu'il fallut reconstruire en 1690 la 
tour détruite par le tremblement de terre de 1667. La tour est 
quadr angulaire en baa, et octogonale en haut; l'église est de 
Btyle byzantin et renferme la tombe de GunduHc. La bibliothèque 
eet très riche en manuscrits des principaux auteurs dalmates. 
L'église 3. SalvatoTe, qui n'est séparée que par un très petit 
passage de l'église précédente, élevée h, l'occasion du tremblement 
de terre de 1620, présente une façade qui rappelle celle de la 
cathédrale de Sebenîca 

L'ancienne église des Jésuites a été transformée par les 
Français en un hôpital militaire, qui existe encore de nos jours. 
Hors de l'enceinte de la ville il faut 
signaler l'église consacrée îi la Mère 
de la Miséricorde; c'était, à l'instar de 
„Notre Dame de la Garde", un lieu de 
pèlerinage de marins et les m.urs sont 
couverts de plus d'une plaque commé- 
morative concernant l'histoire de la 
marine ragusaine. 

Hdifices ciciïï. 
LE PALAIS DES RECTËUES {DTOB). 

Le palais, sans contredit le plus 
ancien et le plus intéressant de Baguse, 
tient, par son origine et par son exté- 
rieur, du palais des doges à Venise. 
' Élevé en 1388, il fut consumé par le 
feu en 1435 et en 1462; ce ne fut 
qu'à la fin du XV* siècle que G. Mati- 
jevic et Orsini Dalmatico lui donnèrent 
sa forme actuelle. La loggia, à ta fois 
""des RecuurB" '" gracieuse et imposante par ses cinq 



Uonumeuts d'architectare de Ragase. ^( 

colonnes,*) aous conduit au portai) principal dont les vantaux 
portant deux intéressants battoirs (l'un en tête de lion avec un 
anneau byzantin). Des deux câtéa du portail on aperçoit les 
bancs de pierre d'où autrefois les sénateurs regardaient les fStes 
publiques. 



OoiiT di 

La cou 
d'arcades r 

lonnps prov , , 

daure. Un perron conduit de la cour 

à la salle du „Petit Conseil", où l'on distingue çà et là, de 
même que dans plus d'un vieux bâtiment de Raguse, les cram- 
pons de fer servant depuis le tremblement de terre de 1667 à 

chapi- 



248 HnguBB (Dobroïnik). 

assujettir les murailles. Baaa la cour, on voit le buste du 
patriote Michel Prazzsto, curieux en ce qu'il se compose d'un» 
souche de bois recouverte de plaques de bronze. 

LA UAIBIE (OPCINA). LE MUSÉE LOCAL. 

Bâtie en 1862 dans le style lombard par l'architecte PeriSic, 
entre le Palais des Recteurs et le corps de garde, la mairie 
-;^ — ~.^ présente sa belle façade 

- .■ ''-'/ ';,~.I ^,~ - ornéedesreliefsdecélèbres 

'~Jy ,.,<-' C ~-^--, Eagusains, C'est au deu- 

xième étage qu'est installé 
le musée local où sont 
réunis des restes de Ra- 
gusavecchia, une collec- 



datant des 
temps de la république, et 
quelques autres objets 
relatifs à l'histoire de la 
ville, par exemple le man- 
teau de soie rouge du der- 
nier recteur, qui portait 
aussi une longue perruque 
et qui, lorsqu'il sortait du 
palais, était précédé de lic- 
teurs (appelés „Zduri"), 
comme les consul s romains. 
Le cabinet d'histoire natu- 
relle du musée contient 
une collection zootogique 
(faune de Raguse). 

LA DOGANA (DIVONA). 

Tour MtncetH. On suppose que cet 

édifice affecté d'abord à 
la fonte des monnaies fut élevé par des marchands. Terminé en 
1629, il servit dans la suite, avec ses sous-sols, de douane tandis 
que l'étage supérieur fut aniénagé en salle de réunion pour les 
matinées et les soirées données par la noblesse de Raguse. 
C'est là que siégeaient les deux „acndémies" que Raguse vit 



Corps de Garde. For 



250 Bagnes (Dubroïnik). 

naître dans le temps de sa splendeur : l'académie des „Con- 
cordi" et celle des jtOaiosi" (les oisifs), laquelle créa à Baguse 
le théâtre slave. Giunio Palmotta qui fut l'âme de cette so- 
ciété, fit représenter en 1667 son drame „Pot)Knitr" sur une 
scène dressée devant le Palais des Becteurs. 



Les murs de la forteresse, qui sont antérieurs à l'année 
97G, et le fort S. Lorenzo, créé par le sénat vers 1050, de- 
vinrent, par suite de l'introduction des armes k feu, insuffi- 



252 Baguse (DnbrDVuik). 

sants au XV* siècle et durent être traDsforméa pour 
résister k l'action du canon. Vers 1469 — 1464 s'élevaient le fort 
de Leverone pour préserver la ville contre les Turcs, et la belle 
tour Minfieta près de la porte Pile. Enfin le port S. Mar- 
gherita termina cette superbe enceinte, qui cependant ne reçut 
qu'au XVII' siècle sa forme déânitive. 



Chapelle S. Biagio. 

Fromenadeg. 
San Giacomo. 

En quittant Baguse par la „Forta FloCe", noue commençons 
par nous engager dans le sombre raison des fortifications pour 
passer dans le faubourg de FloSe. £n avant de cette porte 
il y avait autrefois un „bazar" ou marché où les cultivateurs 
venant de l'Herzégovine étaient tenus en quarantaine pour 
prévenir l'infection de la ville par la peste. 

Nous continuons notre cbemin toujours en vue de Lacroma 
et au milieu d'une riche végétation composée d'aloès et de 
cyprès, d'orangers et de dattiers etc. 

San Giacomo,'') autrefois couvent, n'est habité aujourd'hui 



il 



256 Raguse (Dubrovnik). 

que par un garde-chasse et ne tire son charme que de la vé- 
gétation qui l'entoure et de la perspective qu'il doit à sa po- 
sition sur une falaise abrupte. La crevasse que la mer y a 
creusée, haute de 24 mètres, large de 38 mètres et longue de 
64 mètres qui compte parmi les merveilles de la Dalmatie, 
s'appelle la „Grotte du magicien Beta" (Spila Betina); 
accessible aux barques, elle intéresse le naturaliste par la riche 
flore de fougères et de romarins qui en tapissent les parois. 

La presqu'île de Lapad, 

Les excursions dans la presqu'île de Lapad offrent une 
grande variété de beaux sites; mais c'est principalement sur 
la route de la „Bella Vista^^ à la chapelle San Biagio, au pied 
du mont Petka, que l'on jouit d'un panorama étendu qui offre 
une vue enchanteresse sur les falaises de la baie de Danëe. 

PROMENADE LE LONG DE L'AQUEDUC. 

En suivant la trace de l'aqueduc à partir du faubourg 
Pile, on peut pousser cette promenade, en deux heures, jusque 
vers les sources de l'Ombla, d'où la ville tire l'eau potable, 
tout en ayant sous ses yeux une vue superbe sur l'archipel de 
Eaguse qui cependant le cède en splendeur à celle qui s'offre 
au voyageur qui aura gravi le Monte Sergio. 






Carte de Raguse et ses environs. 



Explication de la légende. 



arév. 


Serbo-croate 


Italien 


Français 




— 


bocca 


bouche 


— 


dol (dô) 




vallée 


— 


don je 


— 


inférieur 


— 


draga 


— 


vallée (baie) 




gornje 


— 


supérieur 


• 

1 




isola 


île 


— 


luka 




baio 


o 


otok 




île 


TL 


— 


j)nnta 


cai) 




Rt- 




cap 


V 


— 


valle 


vallée 


Z 


Zaton 





haie 



^^ 



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f? f? fï fç fî f? fç 



^ 



I 11 



XXVI. Excursions à faire de Raguse. 



De Gravosa aux sources de rOmbla (Rijeka.) 

Partis de Tun des cafés qui flanquent l'église de Gravosa, 
la barque nous mène en un quart d'heure à l'embouchure du 
chenal qui pénètre, à 5 kilomètres à l'est, dans la terre ferme 
et au fond duquel l'Ombla prend sa source. En continuant 
notre route, nous voyons le bac vert sur lequel les voitures 
venant par la route côtière traversent le chenal, puis nous 
passons près du village de MokoSica aux terrasses bien cultivées, 
d'où un vallon resserré monte au village élevé de Petro- 
voselo. Sur la rive sud, non loin de ce bac, s'élève la villa du 
comte Caboga à laquelle succède le charmant village de San 
Stefano. La végétation qui tapisse les pentes des deux 
rives de l'Ombla et des jardins est toute méridionale et 
forme comme une ceinture verdoyante aux rochers calcaires 
et arides qui s'y élèvent. (A la gauche l'„0§tra glavica", haute 
de 615 mètres, en face la „Vla§tica", 909 mètres, qui montre 
sur une croupe de la pente droite un petit point blanc: une 
ancienne koula — tour d'observation — datant des temps 
turcs.) A peu de distance de MokoSica, nous apercevons le cou- 
vent de franciscains de Eozato ; un chemin bordé de cyprès et 
de pins nous mène à ce couvent qui, fondé en 1123 par Savino 
Gondola, ne reçut qu'en 1515, grâce aux travaux des frères mineurs 
de Bosnie, sa forme actuelle; ce qu'il renferme de plus original, 
c'est un cloître à colonnes séculaires. Un peu plus loin se trouve 
une villa habitée autrefois par le duc Sorgo. Entre le couvent et 
le village, le canal, large jusque-là de 140 mètres, devenu 
un cours d'eau douce, l'Ombla, se rétrécit, et traversant des 
touffes de roseaux se détourne vers le nord-ouest. Aban- 



La Dalmatie. 



17 



donnant la barque près d'une „ost6ria" et suivant un sentier, 
nous verrons, derriÈre un moulin à farine possédant un pressoir 
à huile, rOmbla se précipiter avec fracas par-dessus un barrage 
pour former ensuite une nappe d'eau fort tranquille. Les rochers 
sont, en cet endroit, de formes aussi capricieuses que pitto- 
resques. Us semblent former une muraille et le peuple les nomme 
,.sokô" (mont de faucon). 



Excuraion sur le mont Sergio (Srgj). 
C'est surtout la flore printanière de cette pente du Karst qui 
vous émerveillera par son éclat. Vous voyez pousser dans les 
interstices des murs les fleurs rouges de la „gorge-de-lion" à 
laquelle viennent s'associer la giroflée mordorée et le romarin 
bleu odorant, tandis que la ramure des lauriers abaisse ses 
fleurons jaunes. Un peu plus haut entre les rochers, le beau violet 



A Cannosa. 259 

de rirîs rivalise avec celui de la violette; lé genêt tapisse les 
flancs de la montagne de sa belle couleur jaune et les humbles 
herbes sont surmontées des faisceaux jaunes de l'euphorbe, de 
l'aubépine et du genévrier. Quelques semaines plus tard, ce sera 
l'odorante sauge, diverses labiées, telles que la phlomide, l'inula 
candida, la saponaria et le ciste, qui épanouiront leurs clo- 
chettes pour faire place, plus loin, à l'églantier et à la cen- 
taurée noire. 

A peine a-t-on mis le pied sur la région du Karst qu'on 
rencontre la route en lacets qui part de la Porta Ploôe de 
Baguse; dans cette ascension vous voyez le fort S. Lorenzo se 
rapetisser peu à peu en une très petite saillie décote; la ville ne 
semble former qu'un bloc gris carré; Tîle de Lacroma flotte 
comme un tapis de velours foncé sur la surface de la mer. 
L'œil a beau scruter l'horizon vers l'ouest et le sud pour 
discerner la mer : il ne trouve rien où se fixer puisque la ligne 
la plus rapprochée de la côte de l'Italie, où, à 180 kilomètres, 
s'élève le Monte Gargano, disparaît sous l'horizon. Vers le 
nord-ouest, nous voyons jusqu'au mont Vipera sur la presqu'île 
de Sabbioncello. 

Arrivé au fort qu'ont bâti, en 1808, les Français sur l'em- 
placement d'une chapelle de St Serge, vous apercevrez le vaste 
bâtiment et vous serez frappé de voir, vers l'est, une région toute 
difîerente. C'est un vrai désert du Karst, couvert de myriades 
d'écueils, dont les arêtes aiguës ne produisent qu'une végétation 
stérile de genévriers, de helichrysium et de buissons de 
bruyères. Entre les monts dénudés qui entourent le vaste plateau 
du mont Sergio s'élève la Vlastica, au pied de laquelle la route 
de Eaguse mène à Trebinje. 

A Oannosa (Trsteno). 

Une des plus belles excursions dont le point de départ est 
le port de Gravosa, nous mène, en passant devant l'em- 
bouchure de l'Ombla, à Cannosa, célèbre par ses gigantesques 
platanes. Cet endroit, éloigné de 11 kilomètres de Gravosa, peut 
être atteint en barque pour peu que les heures du bateau à 
vapeur ne conviennent pas au voyageur, et ce mode de trans- 
port nous paraît être préférable pour quiconque aime à jouir, dans 
le calme et dans le recueillement, des réflexions que lui suggéreront 

17* 



2W Exoureions k faire de Bagnsa. 

les effets de lumière d'un ciel a^uré et d'un soleil méridional. 
Après une course de prés de deux heures, nous voilà tout-à- 
coup, après avoir dépassé une petite presqu'île, dans la baie 
de Cannosa, dont les côtes sont fort raides mais dont la 
végétation est riche en cyprès et en bosquets d'où saillent 
les platanes. Nous montons par un chemin en gradins entre 
les lauriers, les caroubiers, les grenadiers, les mûriers revê- 
tus de vigne ; le sentier continuant à serpenter le long d'un fossé, 
longe, à gauche, le mur de clôture du papc de la famille Gozze, 
tandis que, à droite, la vue s'élève, par-dessus le clocher de 



l'église et les maisons éparses du village, à la croupe dénudée 
du Veliki Stô. 

Enfin, suivant le cours d'un petit ruisseau, on aborde le 
groupe de deux platanes «patriarches". Le plus gros de ces 
arbres, qui mesure à sa base 25 pas de circonférence, est une 
véritable merveille; il est encore com.plèteraent vert et sain. 
Les principales branches qui ne sortent du tronc qu'à quatre 
fois la hauteur d'homme, s'ét«ndent horizontalement, et dans les 
deux sens à 32 pas. Une plaque de marbre nous rappelle que 



l'empereur François^oseph a. espiimé en 1875 sa vive admiration 
en apercevant ce vénérable patriarche entre les arbres qui 
l'emporte même sur les légendaires platanes de Bi^ukdere près 
de Constantinople. 

Le parc Gozze, ouvert à tout visit«nr qui s'adresse au 
jardinier, oâre au promeneur le retour le plus charmant à la 
mer et à la fois l'occasion de contempler les plantes exotiques 
de superbe venue qui croissent le long de l'aqueduc: le cèdre 
du Liban à côté de l'arbre à pain, le cyprès de Géphalone au- 



Les platanes «patriarclieB''. 

près du cyprès de Chine, le pin élancé aux resplendissantes 
aigrettes, le camphrier, le laurier, le laurier-cerise, et le laurier 
des Carolines y sont représentés par des spécimens rares. La vue 
qui s'ouvre au promeneur sur le Veliki Stô à la cime chauve, 
près d'un palmier (cycas revoluta), est ravissante. 

Ce parc a reçu plus d'un auguste visiteur ; déjà l'empereur 
François I" et son épouse Caroline séjournèrent dans ces lieux; 
l'archiduc Maximilien et son épouse Charlotte gravèrent lents 
initiales dans deux châtaigniers au temps où ils coulaient des 



262 ExoDTsionB il faire de BSKDBe. 

jours paisibles àCannoaa; et récemment l'arcbiduc Louis Salvator, 

cet exquis connaisseur des bords de la Méditerranée, y recueillait 

les impressions qu'il a consignées dans son livre de nCannosa" ; 

l'archiduchesse- veuve Stéphanie (depuis 1900 comtesse Lonyay) 

prit un repas dans une clairière du parc, et parmi les honunes 

célèbres l'amiral Tegetthof aimait k séjourner à Cannosa. Le 

petit cb&teaa, en lui-môme un petit bijou historique, renferme 

dans son musée une quantité de souvenirs de toutes sortes 

qui concernent tous la famille 

Gozze, une des plus anciennes 

et des plus illustres familles 

patriciennes de Dalmatie et dont 

les tù'eux se sont distingués plus 

d'une fois dans l'histoire de 

Saguse. 

Du côté de la mer le petit 
château est fl&nqué d'un superbe 
groupe de palmiers et de cactus ; 
ici s'élève aussi un petit pavillon, 
oflrant une vue enchanteresse 
sur le canal de Calamotta et 
principalement, le long des pentes, 
sur la baie de Cannosa. 

A Tretiinje. *) 
£n sortant de la porte PloSe 
nous jouissons, sur la route de 
la „Biviera dalmate", du pano- 
rama de la mer jusqu'à ce que 
subitement la route s'engage 
Fnrc Gozze. La Grotte. dans un défilé à la sortie duquel 

elle dévie vers celle de Trebinje 
qui domine bientôt la cb^ne de la côte et vous laisse revoir la 
mer; cependant à la droite se développent les profondeurs de 
la vaste et fertile vallée de Breno, qui paraît être un cirque 
submergé au-dessous du niveau de la mer. 

Après une course d'une heure, nous arrivons près du village 
de Gornji Brgat situé sur un col d'où se déploie, au nord-ouest, le 

•) Conras en voiture 3'/, h. Prix : aller et letonr 18 A 20 conronnes. 



A Trebinje. 263 

val Gionchetto jusqu'à son embouchure dans le val de l'Ombla, 
tandis qu'un regard en arrière nous montre la façade est du 
Fort Impérial. 

La route s'élève peu à peu à la hauteur de la chaîne qui 
entoure la partie supérieure du Val Breno, et franchissant — 
près des petits villages de Sela Carina et d'Ivanica *) — la fron- 
tière de l'Herzégovine, nous sommes enchantés d'un côté par la 
vue grandiose qui s'étend sur la mer et de l'autre par les 
terrains montueux du Karst qui nous entourent. 

Laissant au nord la reine de ce paysage, laVlaâtica (909 mètres), 
au sud-est les montagnes de la frontière du Monténégro, au sud 
la crête de la Malastica, nous continuons la course vers l'est 
où s'ouvre le défilé de Drijen, marqué par une petite auberge 
et surmonté de deux vieux „koulas". 

Après le défilé, la route commence à s'abaisser et nous passons 
une série de koulas, un poste de gendarmerie et, tandis que le 
terrain rocheux et presque absolument nu fait place à des bos- 
quets de chênes, nous descendons dans la vallée de la Trebiânjica 
et arrivons en peu de temps en vue des forts de Trebinje. 

Trebinje était au X* siècle le siège d'une principauté serbe ; 
après la chute de la dynastie serbe elle passa à la Bosnie, pour 
changer plusieurs fois de maître, jusqu'au jour où les Turcs s'y 
installèrent à demeure. Aujourd'hui cette ville se divise en deux 
parties: la ville nouvelle, dont le centre est la rue François- 
Joseph, menant de l'hôtel Naglic au petit jardin public, et l'an- 
cienne ville, où le bazar turc, deux dzamias et de petits 
cimetières représentent le passé. 

En .faisant un tour dans les environs, l'œil, il est vrai, peut 
se reposer sur les cultures de vignobles, de maïs et de tabac; 
mais malgré les plantations faites depuis 1878 la nudité des 
pentes de la montagne offre une scène de désolation. Dans la 
canicule, la chaleur atteint des degrés élevés, pourtant, sur la crête 
de la Babina Gora, on trouve dans les „dolinas" des restes des 
neiges de l'hiver et les paysans en transportent de nuit à Tre- 
binje, où l'on s'en sert pour rafraîchir les boissons. 



*) Ici le premier débit de tabacs de Bosnie et d'Herzégovine. 



XXVII. Les îles méridionales dalmates. 

Meleda (Mljet. 
Cette île, à trente kilomètres nord-ouest de Baguse, se 
glorifie, encore de nos jours, de renfermer les ruines d'un palais 
dont la construction est censée remonter au Ciliciea Agésilss 
Anazarbé, exilé en ces lieux lorsqu'il refusa de rendre hom- 
mage k Septime Sévère. Les ruines sont assises dans une des 
deux baies, „Porto Palazzo", qui divisent l'extrémité ouest de 
l'île ; dans l'autre, celle du sud, a été érigé au XI' ou au XII' siècle 
un couvent de bénédictins. Le 10 avril 1857, l'île passa, par con- 
trat de vente, à la république de Saguse après que ses statuts, 
datant de 1345 et écrits en caractères gothiques sur 31 feuilles, 
eurent été recueillis. En 1&72 le couvent fut pillé et ravagé 
par des corsaires turcs ; mais il ne tarda pas i se relever, car 
le prieur Ignazio Giorgi publia en 1706 un poème descriptif 
d'un intérêt local : „Ma- 
Tunka", et, en 1730, un 
, gros volume où il discute 
la (question de savoir si 
St Paul, lorsqu'il fit nau- 
I frage, aborda à Malte ou 
i à Meleda. 

£n 1822, de mars en 
septembre, on entendit à 
Meleda des bruits rappe- 
lant des cannonades loin- 
" laines et causant une telle 

Porto Palazzo. sensation, que l'empereur 



Ucle<3a. 265 

François I" oidonna des recherches à ce sujet. Les savants 
Partsch et itiepl qui en furent chargés, constatèrent la nature 
volcanique de l'île, attribuant à cette cause les dits phénomènes 
que le monde savant connaît depuis sous le nom de ^phénomènes 
de détonation de Meleda". Les mêmes savants ont décrit aussi 



deux grottes à stalactites, percées dans la principale oliaîne de 
montagne de l'île. Toutefois le principal attrait pour l'étranger 
consiste, dans la partie ouest de l'ile, dans les ruines au fond du 
Porto Palazzo et dans les paisibles charmes que la nature offre 
autour de l'ancien couvent. 



De Porto Palazzo on atteint facile- 
ment le Lago grande*), puis la baie 
paisible où s'élèvent, dans un îlot, les 
poétiques contours du couvent qui, vu 
de loin, offre quelque ressemblance 
avec un château surmonté de tours 
gracieuses. 

Qluppana (Slpan). 
Cette ite, dont l'extrémité sud se 
rapproche de Kaguse à près de 17 kilo- 
mètres, est la plus grande des trois 
îles appelées par Pline „Iles aux cerfs", 
et appartenait déjà au XI' siècle à la 
république de Raguse. Son principal 
port est Luka, adossé au fond d'une 
étroite baie de la cote nord-est, ou 
une langue de terre se détache vers 
l'île de Jakljan. Le détroit entre les deux îles porte encore 
aujourd'hui le nom de „Bocca Pompejana", rappelant un '-. 
épisode des guerres entre César et Pompée. Vatinius, partisan 
(le César, crut avoir enfermé dans la baie quelques navires de 
son adversaire Marc Octave — mais ce dernier réussit à échapper 
par la bocca dont Yatinius ignorait l'existence. 

Un agréable che- 
min long de 5 kilo- 
mètres mène de Luka 
au village de S. Giorgio 
(Sugjuragj) situé sut 
la côte sud. **) 



Lnkn [Ginppnna). 



)n prêt. 


!iid qu'il 


ins le Lago gmade 






mrines i 


lyantjus- 








ueAnglo- 


enne ft établi 



Mezzo (Lopud).*) 

Mezzo n'a que le cinquième de la. superficie de Gluppana., et le 
voyageur' qui aborde dans la rade sud parvient facilement en une 
heure à la rade nord (Bada di Mezzo), d'où le petit chef-lieu de 
l'île (Mezzo) s'élève en amphithéâtre vers les pentes d'une 
colline. Sur ces pentes on aperçoit les ruines d'un des deux 
couvents que l'île possédait autrefois (St Maria) et qui fut 
changé en fort par les Français; la cime en est couronnée par les 
ruines d'un fort érigé, à ce qu'on dit, par Cosme III de Medici. 

Les habitants de Mezzo jouissaient d'une certaine aisance 
dans le temps où ses marins prenaient part aux expédi- 
tions de Charles-Ouint contre 
Tunis 



Ile Ginppana. Séchoir de sardines. 

contre Lisbonne et l'Angleterre (1571 à 1588). Ce qui en fait foi, 
c'est qu'un capitaine de Mezzo, M. Prazzato, décédé au XVII' siècle 
au Mexique, légua 200,000 ducats à la ville de Eaguse. Dans 
l'église de Mezzo on montre encore de nos jours le pavillon de 
ce capitaine et un autel qui, au dire du peuple, se trouvait 
autrefois dans la chapelle de Henri VIII, roi d'Angleterre. 

Le maitre-autel de l'église paroissiale est entouré d'une 
superbe grille en fer, don d'un Visconti. "Un tableau de l'Annon- 
ciation, peint en 1613 par Nicole Eaguseo, est encore à signa- 
ler dans le couvent des dominicains. 

mètres carrés, de Giuppana 20-6, de 



268 LcB 1l«s raéridion&lâB dalmates. 

L'île de Me>:zo échut à la république de Raguse IVa 990, 
près d'un siècle plus tôt que Giuppana. En 1538 il s'y réunissait 
l'escadre qu'avaient équipée contre les Turcs le pape Paul III, 
les empereurs Charles-Quint et Ferdinand I", et la république 
de Venise. 



Calamotla (Kolocep). 

Cette î!e est tellement petite que les deux hameaux qui se 
trouvent à ses extrémités nord-ouest et sud-est sont h. peine 
distants l'un de l'autre d'un demi-kilomètre. 



Lacroma. 269 

Calamotta est tournée vers l'isthme derrière lequel se 
cache la baie de Malfi, au nord-est, vers les phares de Daksa 
et des Pettini, à l'est. Le scoglio S. Andréa (Donzella), très 
rapproché dans la direction sud-ouest, présente un point d'arrêt 
dans les flots bleus qui contrastent avec la falaise aux formes 
variées. Une belle vue s'ouvre de tous les côtés ; c'est pourquoi 
le petit îlot mérite d'être visité. 

Iiacroma (Lokrum). 

En partant de Eaguse (Port Cassone), nous arrivons, 
après une ravissante course en barque de 25 minutes, sous les 
rochers de Lacroma. Une croix blanche, plantée à la lisière de 
la forêt, nous rappelle l'affreux accident arrivé en ces 
lieux: le brigg de guerre „Triton" y sauta en 1859 par suite 
de l'explosion de la poudrière et tout l'équipage, sauf un seul 
matelot, y périt. Nous contournons un cap et entrons dans 
le port. Une jolie petite maison attire notre attention; elle est 
habitée par un brave vieillard qui a été serviteur de feu l'em- 
pereur du Mexique Maximilien. Une allée de pins, de cyprès 
à pyramide, de bouquets de romarin, de lauriers-roses (Via 
Calaroga) nous conduit au couvent fondé, dit-on, à la suite d'un 
vœu de Richard Cœur-de-Lion. Dès le XI' siècle, le sénat de 
Raguse y faisait élever des fortifications; au XII' siècle, les 
bénédictins venaient y fonder un monastère. En 1396, Sigis- 
mond, roi de Hongrie, y séjourna. Dans les siècles suivants, 
le couvent perdit peu à peu son ancienne importance, et 
lorsque l'archiduc Maximilien acquit l'île pour s'y construire 
un châtelet, le ' couvent était en ruine; après lui Rodolphe, 
prince-héritier d'Autriche-Hongrie, en fit l'acquisition, mais ce 
superbe séjour parut ne pas porter bonheur à ses habitants, 
et après la mort prématurée du jeune archiduc, l'empereur en 
fit donation aux dominicains qui s'y sont installés depuis. 

Entré dans le couvent, vous trouvez dans les corridors et 
dans les cellules de moines une variété de choses collectionnées 
dans le cours des temps: bustes, portraits, paysages, une 
table généalogique d'Arpad etc. Mais toutes les pièces étant 
grandes ouvertes, nos regards vont chercher cette vue superbe 
sur la région qui, à chaque fenêtre de la chambre de la tour*), 
s'offre à nous sous son aspect le plus féerique. 

*) Restaurée en 1898. 



270 Les lies méridionaleB dalmatea. 

Eetournés au couvent, nous jetons un coup d'oeil sur son 
jardin qui oSre une série de groupes de palmiers et d'autres 
plantes méditerranéennes, puis nous entrons dans le parc, qui 
nous accueille dans ses bosquets sauvages et enchanteurs 



où des chemins soignés conduisent &\ai. points intéressants de 

Earement on se dirige vers la côte du nord où la colline qui 
porte le vieux fort*) s'abaisse verticalement en murs rocheux, 

»j Ce fort iiigi pHr les FrunçaU est h présent abandonné. 



Lacrom». 271 

que les brisants ont corrodés d'une façon effrayante. C'est là 
-~ selon la tradition —• que les Ragusains avaient leur mont 
Tarpéien car c'est de là qu'on précipitait k la mer les criminels pré- 
venus de haute trahison et les sacrilèges. Mais il arrivait aussi 
que l'on amnistiait le délinquant, après avoir mesuré, au moyen 
d'une corde, le sac dans lequel on enfermait le malheureux. 
C'est de là que vient la phrase: Usque ad ostensionem funis, 
c'est-à-dire; ,jusqii'à, montrer la corde". 



Ordinairement le voyageur visite la côte sud, où la nature 
.se présente sous les formes les plus bizarres. 

tJn petit sentier nous mène dans un enfoncement de la 
mer, appelé Mare Morto, où la lumière produit de curieux 
reflets. Nous pouvons passer en barque sous r„Arco naturale" 
(pont naturel), formé de roche, sous lequel la mer se brise en 
bouillonnant. Après avoir visité la grande grotte de Lacroma, 
il nous est loisible de traverser, pour retourner au port, un 



âtidîonalea dslmates. 



petit boia de pins marina où l'on b, tracé une série de sentiers •- 
Via Marie- Thérèse, via FrUhwirt etc. Le bois brille par sa flore 
où dans le taillis formé de ruscus et de smilax végètent une 



foule de beaux arbres et d'arbrisseaux; l'arbousier, le pista- 
chier, le myrte, le laurier, la viorne, l'yeuse toujours verte, la 
phyllyrea aux fleurs blanches, le grenadier etc. Après Ôtre 



Lacroma. 273 

redescendus de la lisière du bois à la côte sud-est d^où nous 
sommes partis, nous ne manquerons pas de recueillir sur la 
plage formée de roches calcaires grises, déchiquetées par 
Paction des vagues, quelques spécimens de la riche variété de 
coquillages que la mer vient y déposer. On y trouve fré- 
quemment le coquillage brillant comme la nacre que les Italiens 
ont dénommé „Orecchio di S. Pietro" (oreille de St Pierre), 
et la carapace du hérisson marin qui, après avoir perdu ses 
épies, présente une boîte verdâtre en forme de melon. 

En général, Lacroma offre un séjour délicieux et poétique, 
et permet au voyageur de respirer un air pur et doux et de rêver 
en contemplant soit le jeu des ondes le long d'une côte aux 
écueils corrodés, soit, sous un ciel azuré, ce paysage béni et pitto- 
resque qui en chaque saison est une merveille. Surtout vous 
serez enchanté, en y arrivant en hiver, de voir resplendir le petit 
îlot de verdure et de fleurs, pendant qu'au nord des Alpes 
la neige recouvre encore la terre. 



fç 



La Dalmatie. ^^ 




# 



4» 



«♦ 



«I 




XXVIII. De Raguse dans les Bocche di Cattaro. 



Route par terre de Raguse à Caatelnuovo. *) 

La route longeant la côte dans la direction sud-est se 
bifurque dans la direction de Trebinje vers le nord et continue 
en route principale vers Test. Ce qui frappe, c'est le contraste 
qu'oppose à la conformation de la côte la circonvallation par le 
Karst du Val Breno, et au premier plan le puissant VlaStica 
qui s'élève en forme de cône grisâtre. Nous préférons la vue 
sur la Malastica dont la longue crête borne l'horizon à l'est et 
dont les flancs sont couverts de vignobles et de jardins 
verdoyants s'abaissant peu à peu vers le Val Breno. Cette 
vallée se divise en deux parties: celle du Breno supérieur, qui 
comprend la dépression enfermée entre la Vlaâtica et la 
Malastica jusqu'aux „Molini (moulins) de Breno", et celle du 
Breno inférieur, formant une bande de côte qui va se perdre près 
de Eagusavecchia dans le „Val Canali". 



Yal di Breno (Zupa). 

Les habitants de la vallée de Breno, pour la plupart 
bien faits de corps et d'une saine constitution, doivent leur 
aisance à l'économie rurale. Les jeunes flUes sont connues pour 
leurs jolis minois, leur propreté et leur gentil costume. 
On voit à Raguse de ces filles accortes qui, dans leurs ja- 



*) Communications par diligence (3 fois par sem.aine) : 
De Raguse à Molini di Breno, 11 kilomètres, 1 h. 5 m. couronnes 1.40 
De Baguse à Ragusavecchia, 19 „ 2 „ 45 „ „ 2.20 



De Baguse à Gruda, 40 

De Baguse à Castelnuovo, 57 



5 n 10 

?« 10 



3.20 
6.20 



qaettes et leurs jupes courtes, leurs bas blancs et leurs 
brodequins de couleur, évoquent le souvenir des âUes du 
penple de Venise ou d'Espagne. 



Fille du VftI di 1 



La toute descend ensuite, en serpentant entre des bosquets 
de chênes et de pins marins, dans U vallée qu'elle atteint près 
du TÎllftge de CibaÊa, A droite, on aperçoit sur une colline le 



276 De Ragnse dans les Bocche di Cattaro. 

hameau de Kupari derrière lequel il y a le village de Blato et 
les tuileries du comte Caboga; puis la route s'approche de la 
mer et monte vers l'auberge Molloi di Breno, oît les excur- 
sionnistes de Ëaguse aiment à faire station le dimanche, avant 
d'entreprendre la promenade aux moulins dont la partie qui borde 



le ruisseau Breno, avec une cascade et un moulin à foulon, est des 
plus pittoresques. De là nous parvenons au village deUolinioù 
s'arrêtent les bateaux circulant entre Baguse et Bagusavecchia.*) 



Bagusattcdtia (Gavtat). 

DÈS les Molini di Breno, la route côtière ae tient au haut 
des pent«s de façon que l'on jouit presque toujours d'une vue 
grandiose en B'approchant de Bagnsavecchia. Enfin, deus langues 
de terre saillant comme des tenailles dans le golfe de Breno 
forment deux baies longues de près d'un kilomètre, et sont 
précédées, l'une du récif de Superka et du scoglio Supetar (devant 



Clottre di Hadauna délia Neve. 

le cap Puuta S. Rocco), l'autre des „Pettmi de Bagusavecchia" 
qu'il ne faut pas confondre avec les Pettini de Eaguse. L'un est 
le scoglio Bobara, l'autre le scoglio Mrkan sur lequel- se voit 
la ruine d'un couvent de bénédictins. Les Pettini protègent 
comme un brise-lames la baie entre les deux langues de terre 
sur l'une desquelles avait été fondée dans l'antiquité la colonie 



278 De Baguse dans les Bocche di Cattaro. 

grecque Epidaure. Quant au temps de sa fondation et aux 
destinées de la ville, il n'y a que des légendes controversées. 
On sait toutefois par une inscription datant de l'époque romaine 
qu'Epidaure était, dans la période romaine, la capitale de PlUyrie 
inférieure. En 639, les Avares saccagèrent Epidaure et les 
habitants fuyant devant ces farouches barbares s'en allèrent 
fonder Eaguse. 

Aujourd'hui Bagusavecchia est une bourgade de 723 habi- 
tants. Nous recommandons au voyageur la visite de la cour du 
couvent Madonna délia Neve près du port ou bien un tour de 
promenade de la chapelle à la Punta S. Stefano. ordinairement 
Bagusavecchia sert de point de départ pour les excursions 
dirigées dans l'intérieur de la vallée de Canali, 

Yal Oanali (Konavli). 

La route côtière, partant du village d'Obod, monte jusqu'à 
une espèce de plateau rocailleux d'où l'œil plonge à gauche 
dans la dépression du ruisseau Dugi potok et dans la vallée de 
Canali. Cette vallée est un véritable polje, c'est-à-dire un bassin 
à fond plat dont les pentes montent à gauche jusqu'au bord 
du plateau Snije^nica, en moyenne haut de 700 à 800 mètres, 
tandis qu'à droite s'élèvent les collines plus basses de la Donja 
Gora. La vallée de Canali se rétrécit vers le sud et permet 
à la route de franchir un col bas pour redescendre dans la 
vallée non moins étroite de la Sutorina. 

Près du village de Ljuta le ruisseau du même nom s'échappe 
de dessous des rochers ; il reçoit d'autres cours d'eau et disparaît 
soudain près du plateau rocailleux dont nous avons parlé plus haut, 
pour reparaître dans la Grotte Jazovi (à l'est de Bagusavecchia) 
dont les eaux tombent dans la mer. La vallée que la fonte des 
neiges transforme, au printemps, en un lac, est, par suite de 
l'extraordinaire fertilité du sol, très peuplée et riche en habitations 
qui, de même que la route, ont été posées, par mesure de pré- 
voyance, sur les versants des rochers. Elle paraît avoir été 
le comté le plus florissant de la république de Baguse. Le 
comte résidait anciennement à Pridvorje, mais, dans la suite, 
Gruda devint le chef-lieu de la vallée. 



Sur la Snijeznica. 279 

Sur la Snijeznica (1234 m). 

Voilà une excursion qu'on ne saurait assez recommander aux 
touristes qui pénètrent dans la „vallée de Canali". Parti de 
la station de poste Gruda, on suit d'abord la route de Trebinje 
qui monte en lacets au village de Ljuta (200 mètres) ; de là un 
sentier se bifurque vers l'ouest reliant entre eux de 
nombreux villages et hameaux qui forment jusqu'à Obod, 
à 10 kilomètres de Bagusavecchia, une file presque continue 
d'habitations. Près de Lovorno et de Pridvorje les zigzags de la 
route deviennent plus raides et nous gravissons le plateau de 
Snijeènica où est posé, entre l'église S. Nicola (725 mètres), et le 
mont Kiânik (959 mètres), le petit village de Kuna. Poursuivan t 
notre chemin vers le nord, nous atteignons en une heure de 
marche le col encaissé entre le Veliki Vrh (1154 mètres) et la 
Snijeânica pour escalader, en déviant vers la gauche, le point 
culminant où s'offre un vaste panorama: vers le nord-ouest 
se déroule toute la côte de Ragusavecchia (à 11 kilomètres) 
jusqu'à Haguse (à 22 kilomètres), et l'œil perce jusqu'aux 
îles de la Dalmatie moyenne (Lissa, à 181 kilomètres). Au 
nord, on découvre Trebinje (à 15*2 kilomètres) entouré des 
montagnes du Karst; à l'est l'Orjen, haut de 1895 mètres, à 
15*7 kilomètres, présente, jusqu'en plein été, le tableau de la 
haute montagne aux cimes neigeuses ; vers le sud-est enfin quel- 
ques tronçons de la côte (Punta d'Ostro distante de 25 kilomètres) 
forment la transition entre la terre ferme et la mer qui ondoie 
jusqu'aux limites de l'horizon. D'après Petter, la Snijeènica est 
intéressante par sa végétation, entre autres par une espèce rare 
de vulnéraire (anthyllis Weldeniana). 

Ixa Sutorina. 

Cette vallée qui se trouve près de la frontière de l'Herzégovine 
a sa place marquée dansl'histoire : c'est l'une des bandes de terrain 
que les Ragusains réussirent, lors de la paix dePassarovitz (1718), à 
faire conserver aux Turcs afin d'éviter le voisinage de Venise. 
Le défilé dans lequel entre la route après être sortie du bassin 
de Konavli, est rocailleux, mais par suite de son peu d'altitude 
il est riche en une flore sauvage. De l'autre côté du défilé, les 
champs de maïs, les vignobles et les bois d'oliviers se pré- 
sentent moins bien cultivés que ceux du Val de Canali et la 
Sutorina paraît relativement déserte, les habitations étant 



280 De Ragnse dans les Bocche di Oattaro. 

clairsemées. En revanche le coup d'œil dont le voyageur jouit 
du haut du col le dédommagera amplement de cette petite 
déception. La vallée s'élargit: nous voyons la haie de Topla où la 
route devient belle et large tout en longeant la mer et depuis 
le village d'Igalo les maisons s'échelonnent jusqu'à Castelnuovo 
que domine le fort Spagnuolo. 

Course en mer de Gravosa à la Punta d'Ostro (OStro).*) 

Le commencement et la fin de cette route sont mis au 
nombre des parcours les plus beaux et les plus pittoresques 
de la côte dalmate, surtout quand, par une sereine matinée 
d'été, les magiques charmes de la mer, de la lumière et de la 
végétation défilent devant le voyageur qui côtoie le rivage. En 
quittant le quai de Gravosa, c'est la perspective qui s'ouvre 
vers l'est dans la baie de l'Ombla dont le fond aux montagnes 
agrestes forme un contraste frappant avec les collines boisées 
saillant au sud dans la presqu'île de Lapad. Le bateau serre 
de près les côtes du nord et de l'ouest en laissant à droite le 
scoglio Daksa, les écueils corrodés des „Pettini" et les hauteurs 
de Calamotta qui le dépassent, puis il change successivement 
de cours pour cingler vers le sud près de la baie de DanÔe 
au-dessus de laquelle s'étend la falaise magnifique depuis la 
chapelle de Lapad jusqu'à la Bella Vista et à la terrasse de 
Pile que surplombe le Monte Sergio. Nous voyons succéder à 
ce tableau celui de la petite baie, formée par une roche schis- 
teuse et effritée, dans laquelle s'avance le roc couronné du 
fort S. Lorenzo. Le contraste de la mer bleue avec le rocher 
rouge est d'un effet surprenant. A notre droite se rapproche 
l'île de Lacroma tandis qu'à gauche le port Cassone flanqué du 
fort Leverin et de la caserne du môle se découvrent à l'œil. 
La jolie côte déroule jusqu'à S. Giacomo sa plage semée 
d'écueils et entrecoupée de rochers et de grottes qui servent de 
bains. Pendant que l'œil ne peut se lasser d'examiner en détail les 
charmes de cette scène, le tableau de la ville] grisâtre aux 
toits jaune rouge s'efface devant l'attraction qu'exercent sur 
le spectateur les régions de l'est et du sud. 



*) Bateau express de Gravosa à Cattaro (44 lieues marines à 1-582 kilo- 
mètres) en 3'/4 à 3/j heures. 



Coarae en mer ds Onvaga k U Punta d'Ostro. 281 

A la hanteur de la Funta PellegriDO (Srebrno), noua voyons 
monter successivement la longue crête de la Malastica et de 
la Vlaâtica et s'étaler la vallée supérieure de Breno avec la route 
de Trebinje jusqu'à la koula de Drijen, et à l'est, nous distin- 
guons la route côtiëre, puis au sud-est Bagusavecchia. 

Après Bagusaveccbia, la côte devient monotone jusqu'à ce 
que subitement la falaise de Konavli tachetée de rouge cède la 
place à de verdoyants coteaux. Toujours en vue du scogUo 
Mrkan, nous apercevons à gauche la presqu'île de IXolonta, 
tandis que l'œil découvre la Punta d'Ostro qui est encore 
à 10 kilomètres. Cette extrémité sud-est de la presqu' île 
est depuis longtemps en grande estime chez les marins; 
c'est que, par le gros temps, la mer y soulevant les vagues 
les plus formidables, les voiliers sont bien aises de pouvoir 
entrer dans les jjBocche" qui, même par la tempête la plus 
violente, offrent une nappe d'eau relativement calme. Un phare 
et une station de sémaphores se dressent sur le cap et, à 
2'2 kilomètres on voit sortir des ondes l'île de Rondoni avec le 
fort Mamola. L'impression que produisent ses formidables forti- 
fications nous fait quelque peu oublier les Qords pittoresques 
de la côte qui pourtant nous donnent l'avant-goût des charmes 
des tjords des „Bocche". 



Fort UfliMolB sur Vile Je nondoni. 













(J ^5^" 





XXIX. Les „Bocche« (Boka Kotorska). 



Par „Bocche" on entend proprement le canal maritime qui 
forme trois grands bassins et plus d'une douzaine de petites 
baies et qui, mesurant à vol d'oiseau, de la Punta d'Ostro 
jusqu'à Cattaro, 20 kilomètres de long, possède, grâce à ses 
nombreuses sinuosités, une étendue bien plus grande. Outre ce 
golfe, on désigne encore par le nom de „Bocche" tout le 
territoire qui l'environne, appelé depuis 1420 ,,-â^lbania Veneta" 
par les Vénitiens et qui forme actuellement la préfecture de 
Cattaro. 

Détails historiques. 

Dans l'antiquité les„Bocche" s'appelaient „SinusRhizonicus", 
et l'histoire rapporte que la reine Teuta, attaquée par les Bo- 
mains et forcée d'abandonner Skutari, sa capitale, se retira 
en ces lieux. L'an 168 avant J.-Cbrist, le dernier roi de l'ancienne 
Illyrie, Gentius, tomba aux mains des Bomains. 

Certaines antiquités trouvées dans les fouilles font sup- 
poser que les vainqueurs y fondèrent Ascrivium (Cattaro) et in- 
corpèrent ces contrées à la province Praevalitana. Dans le par- 
tage de l'empire romain, les „Bocche" échurent à l'empire 
d'Orient, mais furent conquises, au VI' siècle, par les Ostro- 
goths; cependant, sous Justinien (527 — 565), elles étaient rede- 
venues une province de l'empire de Byzance. Vers 960, elles for- 
mèrent avec la Serbie, le Monténégro et les environs du lac 
de Skutari le royaume de Dioclea (Duklja). 

On suppose qu'Etienne Nemanja l'aîné, qui avait enlevé, 
en 1173, Cattaro à l'empereur Emmanuel de Byzance, fortifia cette 
ville et y résida ; il en fit passer le gouvernement à son fils Etienne 
le jeune, qui fonda l'évêché serbo-orthodoxe de Zêta. Sous les 



Carte des „Bocche^. 



Explication de la légende. 



brév. 


Serbo-croate 


Italien 


Français 


— 


— 


baja 


baie 


— 


— 


bocche 


bouches 


— 


brdo 




montagne 


— 


— 


catena 


chaîne 


— 


dol (dô) 


— 


vallée 


— 


donji 


— 


inférieur 


— 


draga 


— 


vallée 


— 


gornji 


— 


supérieur 


— 


luka 




baie 


— 


malo 


— 


petit 


P 


potok 




ruisseau 


pa 


— 


l>unta 


cap 


— 


K* 


— 


cap 




Svetijonik 


— 


phare 


— 


tijesnac 




détroit 


Z 


Zaton 





baie 



Détails historiques. 283 

Nemanjides, Cattaro, presque indépendant, était gouverné par 
les patriciens, et les vice-rois de Zêta d'abord, et plus tard les rois 
serbes eux-mêmes figurent comme dispensateurs de privilèges 
dans les documents et inscriptions. Vers 1370, les habitants de 
Cattaro se mirent sous la protection hongroise, mesure qui ne 
leur épargna pas la nécessité de capituler devant les Vénitiens. 
Tvrtko I" qui s'était fait couronner, en 1377, roi de Bosnie et 
de Serbie, ayant bâti la forteresse Saint-Etienne, autour de la- 
quelle vint se grouper Castelnuovo, la ville de Cattaro qu'Eli- 
sabeth avait déjà formellement cédée, se soumit à ce prince; 
cependant elle redevint ville libre, conservant sa constitution 
républicaine même après le traité du 23 avril 1420, par lequel 
les Vénitiens obtinrent la suzeraineté. Ce traité laissa à Cattaro 
sa constitution et son administration et entre autres avantages 
le droit de battre monnaie; en effet on continua à frapper 
les pièces connues sous le nom de „triffoni'^, dont la face est 
à l'effigie de saint Trifon, tandis que le revers est marqué des 
inscriptions „Uroschmirus Imperator" ou „Ludovicus Eex 
Hungariae" ou bien est à l'effigie de saint Marc. 

Dans les premiers temps du régime vénitien, le pays 
au nord des Bocche — les anciennes principautés de Tribunia et 
de Zachlumia — furent unies par le duc Etienne, fondateur 
du duché d'Herzégovine (Erzegnovi) ; mais bientôt (en 1483) les 
Turcs conquièrent le duché et l'histoire des territoires des Bocche 
devient une histoire des luttes entre les Turcs et les Vénitiens, 
jusqu'au temps du déclin de la puissance ottomane. 

Depuis le jour où les Vénitiens eurent pris Castelnuovo, en 
1687, ils possédèrent tous les territoires des „Bocche" excepté la 
Sutorina et la côte de Punta d'Ostro jusqu'à Ragusavecchia, 
qui restait aux Eagusains. 

Le régime des Vénitiens ne pesait guère sur Cattaro, car 
ceux-ci laissaient aux communes de Cattaro, de Perzagno, 
Perasto etc. et aux diverses contrées leurs administrations locales 
et, se contentant du contingent de matelots et de volontaires 
que leur fournissaient spontanément les communes pauvres et les 
côtes du pays, ils se bornaient à leur demander, en fait d'im- 
pôts, quelques taxes de vaisseaux ou droits d'entrée. 

Un tel régime était avantageux dans le temps où la popu- 
lation des côtes profitait de l'importance maritime de Venise, 
cependant les montagnards guerriers ne songeaient qu'à 



284 Les aBocche". 

combattre contre les Turcs. Mais depuis le XVII* siècle, où Tétoile 
de Venise déclinait, les „Bocche" partagèrent le sort de la déca- 
dence générale et les anciens édifices, les anciennes institutions 
et le bien-être commencèrent à déchoir de telle façon que l'on 
travaille encore aujourd'hui à les relever. 

Ce fut encore sous la domination vénitienne qu'un mou- 
vement populaire dans le district de Paâtrovic détermina la 
Signoria à diriger, en 1767, contre Cattaro l'escadre de galères qui 
stationnait à Lésina. 

En 1797, les Autrichiens occupaient „les Bocche" sans 
trouver de résistance, mais les habitants s'opposèrent d'autant 
plus violemment à l'annexion de leur pays par la France 
en 1806 que les Russes venaient de s'emparer de Cattaro. Joints aux 
Monténégrins, ils manœuvrèrent si habilement contre le maréchal 
Marmont qu'il dut battre en retraite. Ce ne fut qu'en suite de 
la paix de Tilsit que les Français purent prendre possession, le 
12 août 1807, des „Bocche", qu'ils détinrent pendant 6 années. 
Après la bataille de Leipsic le général Gautier sut se maintenir 
à Cattaro jusqu'au 27 décembre 1813 où le commodore anglais 
Hoste, ayant reçu des mains de Gautier la capitulation de la 
ville, la remit au prince (vladika) de Monténégro. Cependant 
ce prince ne tarda pas à renoncer, moyennant une indemnité, 
à ses prétentions et, dès le 19 juin 1814 la ville ouvrait de 
nouveau ses portes aux Autrichiens. 

Mais les diverses peuplades, habituées à la vie libre, et 
réfractaires à toute discipline et à toute subordination, ne pou- 
vaient oublier le régime vénitien qui, s'il n'était d'aucun profit 
pour le pays, avait du moins l'avantage de ne rien lui demander. 

Le premier sujet de mécontentement pour la population, 
fut l'introduction, en 1840, dans le pays de l'impôt foncier; 
les troubles qui avaient éclaté ne purent être apaisés qu'en 
1850. Une seconde insurrection, dirigée surtout par les KrivoSijens, 
fut provoquée par l'application de la loi sur le service militaire, 
promulguée en 1869. L'insurrection ourdie de longue date fut 
d'autant plus difficile à réprimer que la masse des insurgés s'était 
retranchée dans les montagnes d'un accès difficile entre Castel- 
nuovo et Eisano. Enfin, en 1882, le lieutenant-maréchal Jovanovic 
eut recours à des mesures énergiques qui firent rentrer les 
rebelles dans l'obéissance. Ils se soumirent en grande partie et 
le reste des mécontents émigra dans le Monténégro. 



A travers les „Bocch9". 
C'est UD magnifique tableau que noua allons contempler 
en voyant la mer agitée fouett«t de ses vagues écumantes les 
rochers de la Punta d'Ostro; peu à peu la furie des vagues se 



lime et les eaux prennent l'aspect d'un lac tranquille dont 
s rives, en pente, sont bien cultivées; et quand, par un beau 
>ucher de soleil, les cimes des hautes montagnes sont illu- 
inées par les derniers rayons de l'astre du jour, une promenade 
ir ces eaux a quelque chose de féerique. 



286 



Les „Bocche". 



Dès son entrée dans les „Bocche" le bateau dirige sa course 
vers le défilé qui mène, entre le cap ouest de la presqu'île de 
LuStica et le Kôbila (452 mètres), dans la baie de Topla. Avant 
de passer Porto Eose on aperçoit au nord Casteînuovo, qui, 
grâce à son site ensoleillé et à sa riche végétation, est en train 
depuis que sa communication avec le centre de la monarchie 
est en voie d'être . réalisée, de devenir un séjour hivernal 
favori. 

GastelnuoYO.*) 

Castelnuovo, qui doit son existence au roi 
<:^^ . de Bosnie Tvrtko, est encore aujourd'hui dominé 
"^ ' ^ par les ruines pittoresques de ses fortifications. 

A une demi-lieue vers le nord, le fort Spag- 
nuolo, dont la tradition attribue l'érection aux 
Espagnols (Gornji Grad), dresse son quadrilatère 
à 4 tours. Castelnuovo tomba entre les mains 
des Turcs en 1539 et leur resta jusqu'en 1687, 
époque où la ville leur fut enlevée par les 
Vénitiens et les chevaliers de Malte. Si la route 
de Savina qui suit la côte est renommée, de 
temps immémorial, par sa richesse en palmiers 
et en cyprès qui en rehaussent l'éclat, la „!Riviera" d'ouest 
présente une promenade tout aussi charmante. Nous recom- 
mandons au voyageur de visiter le petit village de Podi, 
délicieusement situé à 3 kilomètres de la ville et où se trouve 
la petite église S. Sergio e Baccho construite dans le style 
byzantin, qui semble avoir prédominé dans les „Bocche." 

Le couvent Savina, dont l'origine remonte au XI* siècle, 
autrefois le siège du métropolite de Trebinje, sert aujourd'hui 
de villégiature estivale à l'évêque de Cattaro. Il n'occupe pas seu- 
lement un des points de vue les plus charmants, mais excite 
aussi l'intérêt de l'historien par les épitaphes de ses anciennes 
pierres tombales. L'Assomption de la Vierge qui s'y célèbre le 
27 août y attire une grande affluence de monde qui office un 
curieux champ d'observation à l'étranger. 




Blasonde 
Castelnuovo. 



*) A Castelnuovo on a bâti récemment, grâce à l'appui généreux 
prêtée par le comte Jean de Harrach, un petit hôtel moderne. 



Ueljine. Détroit de Kombur. Baie ds Teodo (Tivat). 
Le Datene (Verige). 

La baie de Topla*) a entamé la côte septentrionale de façon 
Val Meljine, où l'on a construit, dès le 



XVII' siècle, un lazaret marin, et où se trouve à présent u 
établissement de la marine. Le bateau traverse le détroit o 



. cédèrent aux habitants de 

Cattaro les terrée à l'entour ; 
2. l'île plus grande S. ii&rco (Stradiotti) ; 3. un scoglio 
portant le couvent d'Otok. Filant vers le nord-est, le bateau 
va s'engager, entre la Punta Gjinovid et celle de Ojurovid, 
dans le canal délie Catene,*) où se déroule un ravissant 



tableau: dehors, dans le canal de Perasto, surgissent, vraies 
trouvailles pour le pinceau, les îlots S. Giorgio et Madonna 
dello Scalpello et en face, sur la terre ferme, le cqlosse 
rocheux du Monte Cassone haut de 893 mètres. La scène 
grandit encore en magniâcence quand, à notre droite, se montrent 
les hautes parois du golfe de Cattaro, à notre gauche celles 
de la baie de £isano. 



Eisano (Rlsan). 
Eisano que mentionneat Polybe et Tite-Live sous le nom de 
Rhizinium et que Porphyrogénète dénomme Rhizona, paraît être le 
plus ancien établissement des „Bocche". Après avoir été ravagé 
par les Sarrasins et les Bulgares, il partagea le sort de 
Castelnuovo, passant des Vénitiens aux Turcs pour repasser à 
Venise. Bisano est un bourg composé de liameaui épars et 
qui charme le voyageur soit par le paysage qui fait le fond 
du site, soit par la cuirasse de forts établis sur les hauteurs 
qui indiquent qu'on se trouve à la tête d'une ligne donnant 
Ln Dalmatie, 19 



accès & la KrivoSije, C'est à l'occasion des grandes t'êtes que 
les habitants de Bizano se parent de leurs riches costumes dont 
quelques-uns ressemblent aux robes de fête des anciens Romains. 



Auprès de Eisano on voit la source Sopot qui, après de 
grandes pluies, sourd soudain et se précipite en cascade dans la 
mer, pour disparaître quelque temps après sans laisser dans 



I-a KrlvoSJje- 

Derrière Ei- 
aano nous voyons 
une route neuve 
s'élever en im- 
menses lacets à 
600 mètres de 
hauteui-, puis 
tournera gaucHe 
elle forme le 
sucement de la 
qui mène entre 
i Vrh (1277 mèt- 
3t le Goli Vrh 
mètres) à la 
le de Grkovac 
ans le Dvrsno 
au Fort Dragalj. 
route, construite 
ssure stratégique, 
em branchement 
le fort du Goli 
C'est en faisant 
vers le Polje 
peut à loisir 
nerleaprimitives 
uEui^ares de pierre et 
les costumes tout aussi 
simples des habitants 
de la Krivoâije. Les hommes, robustes et aguerris, sont 
d'excellents et adroits chasseurs et grimpent à l'égal des 
chamois. Leur costume se compose d'une ohemirie de grosse 
toile, d'un gilet, d'un pantalon à la turque et d'une espèce 
de tunique d'étoffe blanche sur laquelle ils passent la 
„struka", espèce de châle; ils sont chaussés de guêtres 
attachées avec des aiguillettes et des „Opance", espèce de 
pantoufles. 

A 7 kilomètres au nord de Bisano s'étend à une altitude de 
600 mètres, le Dvrsno-Polje, hassin pierreux, jusqu'à un col qu'il 

1&* 



Femme de Risaco. Homme de Riaano. 

faut franchir pour atteindre le polje de Grahovo, faisant déjà 
partie du Monténégro. 

Ascension de l'Orjen (1894 raètrea). 

Il est rare qu'un étranger visite le Dvrsno-Polje, où 
s'élève le fameux fort Dragalj qui joua un rôle important dans 
l'insutrection de 1869. Il n'existe ni hôtel ni auberge dans 
cette pauvre vallée qui ne peut mettre à la disposition du 
voyageur que les refuges primitifs des gendarmes ou des 
douaniers. 

Il en est de même de la nouvelle route militaire de Risano 
à Crkvice, dont peut profiter le touriste qui, ne craignant pas 
les fatigues, désirerait faire l'ascension de la plus haute cime 
de la Dalmatie, l'Orjen. 

On met prés de 3'/, heures pour monter de Bisano à 
Crkvice et 2 heures pour gravir la hauteur du col de l'Oijen 
(1684 mètres), d'où l'on compte encore 1'/, heures de marche 
jusqu'à la cime. Le panorama dont on jouit d'une part sur les 



Pemsto. 293 

hautes chaînes des confins de la Dalmatie, de l'Herzégovine et 
du Monténégro, jusqu'au géant des Monts noirs, le Durmitor, 
(2528 mètres d'altitude, à 75 kilomètres), d'autre part sur les 
eaux de Baguse, est en vérité merveilleux, et unit les charmes 
alpins à ceux de la Méditerranée. 



Peraeto (Peraet). 

Au pied du mont Cassone se trouve Perasto, bourgade 

de 400 habitants déchue de son ancienne aisance qu'elle devait 

à la supériorité de ses marins; c'est de ses beaux jours que 

datent les maisons bien bâties, telles que les Pala^.zi. A la 



mairie et à l'église on conserve plusieurs trophées qui témoi- 
gnent de son ancienne splendeur; un drapeau que les bourgeois 
de Perasto enlevèrent aux Turcs, le glaive dont le célèbre Pierre 
Zriny leur fit cadeau, le gonfalon offert à la ville par les 
Vénitiens et inhumé, après la chute de la république, sous le 
maître-autel. 



Les scogli de S. Giorgio et Hadonna del Soalpello- 

Ces deux îlots, vous frappant déjà de loin, l'un par ses murs 
!, l'autre par ses coupoles vertes, ajoutent un, élément 
pittoresque à ce paysage grandiose de ijords, entouré de mon- 
tagnes majestueuses. 

S. Giorgio, îlot qui sort des flots non loin de Perasto, possé- 
dait autrefois une abbaye, détruite en 1571 par les Turcs, 
rebâtie en 1624, puis renversée par le tremblement de terre de 
1667. L'autre Ecoglio, iforfonwa (ïdta Scaij)eKo (Gospa od âkrpjela), 



doit son nom à une image brillante de la Vierge qui, selon la 
légende, apparut à un marin. L'église a été élevée sur un tas 
de pierres que les habitants de Perasto transportèrent, durant 
plusieurs années de suite, dans leurs barques et qu'ils 
accumulèrent autour d'un petit récif qui constitue maintenant un 
îlot de 119 mètres de long sur 34 de large. L'intérieur de l'église 
récemment restaurée est décorée de deux séries de tableaux dus 
au pinceau de Tripo Kolioljic, natif de Perasto, lesquels sont 
entremêlés de nombreux ex voto déposés par des marins 
échappés au naufrage; c'est le sculpteur A.. G. Capellano qui 
a sculpté en marbre blanc la scène lumineuse du maître-autel. 
Le musée local évoque le souvenir de faits d'armes remar- 
quables dans divers tableaux consacrés ex voto, p. ex. le combat 
naval de Durazzo de 1716, la Nave Léon Coronata, le premier 
vaisseau vénitien qui ait navigué, en 1741, dans la Baitique; le 
bateau du Llojd „Poseidon'' dans les mers des Indes. La manière 
dont certains artistes ont représenté la mer battue par la tem- 
pête nous semble parfois très drôle. 

Le go If 3 de Oattaro. 
Le moment où le bateau passe du canal des „Catene" dans 
celui de Perasto et où les parois des rochers de la côte est se 
hérissent et forment un contraste avec les pentes verdoyantes de 
Stolivo ne manquera pas de frapper vivement l'imagination du 
voyageur. Gornje Stolivo et Donje Stolivo*) sont posés sur la 
même pente, l'un au-dessus de 
l'autre (à la droite). Près du 
village d'Orahovac (à la gauche) 
commence cette ligne ininter- 
rompue de petites maisons 
blanches qui s'étendent jusqu'à la 
ville de Cattaro. Un village se 
joint à l'autre sous le nom col- 
lectif de Dobrota, qui, dès 1361, 
était échu à Cattaro. Les anciens 
marins venaient établir leur de- 
meure dans cet isolement pittores- 

♦) C'est-fc-dire Stolivo supérieur 
Kglise rte Periagno. ^^ inférieur. 



que, pour y „ptendt6 leurs invalides". Presque tous avaient 
gagné de quoi finir paisiblement leurs jours et quelques-uns 
embellissaient leurs maisons de souvenirs précieux rapportés 
de leurs lointains voyages. Pour ne pas être molestés par 
l'intrusion de visiteurs importuns qui, descendant de la montagne, 
venaient indiscrètement fureter dans leur mobilier hétérogène, 
ils perçaient parfois de meurtrières les murs de leurs maisons. 
Vis-à-vis de Dobrota se trouve Perzagno que le commerce 
avec Venise avait enrichi. Dans les beaux jours du village on 
commença à b&tir la nouvelle église, restée inachevée jusqu'au- 
jourd'hui. A l'extrémité sud du village on montre la „maison des 
trois ateurs" & laquelle se rattache une légende. 

En avant de Oattaro. 
A partir de Perzagno le fond du golfe se découvre de plus en 
plus: le Pestingrad, dont les rochers pittoresques forment le 
versant abrupt du mont Mrajanik (1315 mètres) et, séparées de ce 
mont par la gorge profonde du torrent Skurda, les pentes du mont 
Lovcen, vers lesquelles tendent les lacets de la nouvelle route. "Un 
contrefort du Pestingrad porte la vieille forteresse au pied de la- 
quelle s'abrite la ville de Cattaro. La verte Riviera s'étend fort 
loin vers le sud, en forme d'un enfoncement vallonné en- 
fermant le village 

de Skaljari, derrière ^ ,-- ■ ■. " ^ 

lequel s'arrondit la . Jj , "' 

croupe du Gorazda. 
La côte ouest est 
déchirée par les ri- 
goles profondes du 
Vrmac, d'où des- 
cend , partant du 
fort principal, un 
chemin en zigzag 
dans le „Westend" 
de Cattaro, où se 
trouvent, entourées 
de jardins, les mai- 
sons des habitants 



298 Les „Bocche". 

Cattaro (Kotor.)*) 

Arrivé à Cattaro, on a devant soi la jolie Marina, et bien- 
tôt, entre les superbes lauriers-roses du jardin du café Doj mi et 
les baraques des forains, on entrevoit, tapissé de plantes grim- 
pantes et de clématite sauvage, l'ancien mur de la ville percé 
par l'ancienne „Porta marina". Ayant passé par cette porte, au- 
dessus de laquelle nous voyons le lion vénitien surmonté de 
l'aigle autrichien, on se trouve sur la place la plus animée de 
la ville qui laisse voir les seuls vestiges de la domination 
romaine que le temps ait respectés : un autel romain devant le 
campanile et la pierre tombale d'une jeune fille et de son pré- 
cepteur. Plusieurs rues, étroites, il est vrai, mais propres et bien 
pavées, se dirigent de la place dans diverses directions. Les 
tremblements de terre qui, à trois reprises, ont ravagé la ville, 
ont détruit plus d'un monument ancien; aujourd'hui Cattaro 
ne possède, à part son église qui est très vieille, rien de bien 
intéressant. 

La cathédrale, bâtie en 809 par Andrçazzo de Sarazenis en 
forme de rotonde, a reçu sa forme actuelle au XI' siècle : trois 
nefs à 2 tours quadrangul aires dans le style byzantin qui flan- 
quent le portail et la galerie. A l'intérieur on voit des reliques 
enchâssées dans des reliquaires de métal précieux : les restes 
de saint Trifon, dont la tête est enfermée dans un vase d'or; 
les habitants ont voué à ce saint un culte pareil à celui que 
Venise a pour saint Marc. — La cathédrale est à présent en 
voie de reconstruction. 

La fête de Trifon et la Marinei'ezza, 

St Trifon subit, à l'âge de 18 ans, le martyre sous l'em- 
pereur Décius. La légende raconte que des marins apportèrent 
son corps à Cattaro en 809, où l'on institua en son honneur 
une fête populaire, tout en fondant la confrérie de la Marinerezza, 
dont faisaient j^artie, du temps des Vénitiens, tous les marins 
des „Bocche". Cette Marinerezza, à l'origine une institution 
humanitaire, s'organisa dès le XII" siècle en milice territoriale. 



*) Cattaro comptait, en 1890, 3300 habitants. Il n'y existe pour le 
moment que des liôtels de troisième ordre : A la Ville de Trieste, A la 
Ville de Graz, Au chasseur (Kod Lovca). 



dOJ Les ,B oc elle-. 

nime les impressions singulières montera, à une centaine de 
mètres, jusqu'au village de Spiijari, où s'ouvre une belle vue 
sur le golfe de Cattaro, et où l'on acquiert aussi une juste 
idée de la configuration de la forteresse de cette ville. Vus de 
la „Marina", les murs de la forteresse semblent adhérer directe- 
ment à la pente du mont Pestingrad; arrivé à âpiljari, on 
découvre que la forteresse est située sur une croupe abrupte 
et séparée du corps du mont principal par ua ravin profond. 

A la forteresse S. Giovanni (Kastio). 

Uoins fatigante que la „vieillB route", la montée qui mène 
à la chapelle „Madonna délia Saluta", est enfermée dans les 
zigzags du mur de la forteresse. Il est défendu de continuer 
l'ascension jusqu'au fort S. Giovanni, encore plus élevé, et même 
pour se promener à la dite chapelle il faut se munir d'un 
permis que l'on reçoit ordinairement sans difficulté, après avoir 
présenté sa carte de visite au commandant de place de la ville de 
Cattaro. 

Du point où est située la chapelle, on jouit d'un bel aspect 
de la ville, dont les toits bruns et entourés de ia verdure des 
cultures en terrasses, forment une belle avant^scène du panorama 
enchanteur du golfe. 

Dq Cattaro à Cetinje. *)' 

Les efforts de la „ Société protectrice 
des intérêts du royaume de Dalmatie" n'ont 
pu vaincre les difficultés locales qui se sont 
opposées, jusqu'à ce jour, à la réalisation du 
projet de bâtir un hôtel qui satisfasse les 
prétentions du voyageur d'aujourd'hui. Pour 
cette raison et parce que les auberges 
existant à Cattaro n'offrent pas de confort, 
on ne s'arrête ordinairement à Cattaro que 
depuis l'arrivée jusqu'au départ du bateau à 
vapeur, à moins qu'on n'ait l'intention de 
faire une excursion à Cetinje. 

■«) Voitiiro Jt deux chevaux (D— i places) 



Cette excursion mérite d'être recom mandée et est très facile 
à exécuter depuis que le gouvernement autrichien a créé 
— de 1876 à 1881 — la ^nouvelle route", si bien tracée qu'on 
peut faire trotter les chevaux sur tout le parcours, quoiqu'il 
s'agisse de s'élever du niveau de la mer jusqu'à iine altitude 
de 1274 mètres. La route qui traverse le territoire monténégrin 
n'est pas moins bonne; c'est pourquoi 5 à 6 heures suffisent 
pour parcourir la distance des 45 kilomètres qui séparent Cattaro 
à Cetinje, • 

Partant de la Porta „Marina" de Cattaro, nous passons le 
marché et le pittoresque ravin de Gordicchio au sud de la ville; 
à l'extrémité sud du golfe, la route commence à s'élever dans 
les régions bien cultivées 
qui, entourant les maisons 
du village de Skaijari, mon- 
tentdoucementvers 
arrondi du Gorazda, 
d'un fort. 

Eegardant en arrière, 
nous voyons se dérouler le 
panorama du golfe de Cattaro 
jusqu'au Monte Cassone, dont 
les flancs rocailleux et gri- 
sâtres sortent de la baie 
d'Orahovac. A droite, nous 
avons le Vrmac, distingué I 
par des pentes vert brun et 
sillonnées de gris ; à gauche, 

nous admirons les pentes colossales du Lovcen, sur lesquelles 
on aperçoit quelques douzaines des lacets de la route. 

A partir du col de Trinità, où se trouve une petite fortifi- 
cation, la route quitte pour un quart de lieue le bassin du 
golfe de Cattaro et oftre en se déroulant bar la cote ouest du 
Gorazda, une Mie superbe sur la liie de Teodo et sur K 
plaine vert clair de Grblje nommée aussi la ,Èupa " (La 
Zupa, c'est ce terrain bas, couvert en ete, de plantations de 
maïs et inondé en hiver, qui se divisait autrefois en „quatio 
conti-' (quatre coratcs| et toime la transition entie la région 
des Bocche et les districts les plus mendionaux de la Dalmatie 
Budua et S pizza 



304 Les „Booche«. 

Eevenus dans le bassin du golfe de Cattaro, nous traver- 
sons la côte nord du Gorazda, jouissant d'un beau coup d'oeil 
sur les cultures en terrasses qui s'abaissent de la. route vers 
le golfe. Jusqu'ici, nous avons joui de la flore méditerranéenne 
dont la verdure contraste avec l'effrayant gris de pierre des pentes 
du Lovcen, sur lesquelles se déroule un amas de débris de 
pierres gigantesques, qui, vu du rivage, semblait être un éboulis 
fin, et où l'on aperçoit diverses touffes de paliurus, de char- 
dons, d'eryngitftn etc. 

Parcourant les lacets de la route l'un après l'autre, nous 
voyons se dérouler le panorama des Bocche : le Gorazda s'abaisse 
et on découvre à la droite de sa calotte plate la Punta 
d'Ostro et le bassin de la baie de Topla; le Vrmac dévoile son 
caractère de presqu'île et sur les forts qui couronnent sa chaîne 
l'oeil erre jusqu'aux montagnes grisâtres de la Krivoâije. 

A la fin de ces courts lacets qui ont frappé l'œil depuis la baie 
de Topla, la route s'étend sur presque trois kilomètres vers le 
nord comme une superbe „ grande route" qui, en franchissant la 
frontière, laisse voir à travers les pavés quelques pierres incrustées. 

Enfin la route atteint l'étonnant ravin entre le Lovcen 
et le Mrajanik dans lequel monte la vieille route ; nous passons 
une grotte intéressante et, laissant à droite les hautes régions 
boisées du Lovcen, nous voyons en face s'étendre un paysage 
typique du Karst : la voiture s'arrête près de la primitive auberge 
de Krstac, sur le haut-plateau du canton Katunska-Nahija, 
qui est pour le Monténégro ce que sont les trois cantons pour 
la Suisse. 

Après avoir franchi Krstac (à 963 mètres au-dessus de la 
mer), la route atteint bientôt le village de Njegusi, berceau de 
la dynastie du Monténégro ; puis elle s'élève de nouveau jusqu'au 
col de Krivacko Ëdrjelo (1274 mètres) d'où l'on jouit, à gauche, 
d'une splendide vue sur les nombreuses chaînes du Karst qui 
remplissent la partie ouest du Monténégro, pendant que devant 
vous le lac de Skutari miroite dans la direction que prend 
la route s'abaissant vers Cetinje. 

Ce tin je. *) 

Située presque sous la latitude de Kome, mais à 660 mètres 
au-dessus du niveau de la mer, la petite résidence du prince des 

*) A Cetinje nous recommandons le „Grand Hôtel". 



306 Les «Bocche". 

Monts noirs occupe le bord sud-est d'un polje entouré de tous 
côtés des chaînes du Karst. 

Une de ces chaînes, c'est l'Orlov Kr§ (c'est-à-dire: mon- 
tagne pierreuse des aigles), au pied duquel s'élève la „niaison 
historique de Cetinje", le monastère (Manastir). 

Fondé en 1484/85 par Ivan Crnojevic, le héros national des 
Monténégrins, et détruit plusieurs fois par les Turcs, mais chaque 
fois rebâti, il était autrefois la résidence des „Vladikas", anciens 
princes du pays, et sert aujourd'hui de sépulture à la dynastie 
des Petrovic. (C'est là que reposent Danilo I", f 1735, Pierre I", 
le grand Vladika, f 1830, le Veliki Vojvoda Mirko Petrovic, père 
du prince Nicola etc.) 

Sur les hauteurs qui dominent le monastère s'élève le mo- 
nument de Danilo II, couronné d'une coupole dorée. 

Pierre II (1830 — 1851), le dernier prince du Monténégro qui 
ait tenu la dignité ecclésiastique de Vladika*), quitta le 
monastère et se fit bâtir le palais „Biljar" ainsi nommé d'après 
une salle de billard où cet „honime d'Etat, héros et poète" 
recevait les étrangers. C'est là qu'un soir Pierre II fit, en 
l'honneur de son hôte Auguste, roi de Saxe, un poème que l'on 
imprima la nuit même dans l'imprimerie de l'Etat de Cetinje, 
afin que le Vladika pût le présenter à son hôte encore le lendemain. 

Danilo II, **) le prédécesseur du prince Nicola, ***) fit ériger 
le nouveau palais, habité depuis 1860 par la famille régnante et 
dont l'aspect extérieur est presque aussi simple que celui de tous les 
bâtiments anciens de Cetinje. Ce n'est que dans les dernières 
années que l'on a commencé à y bâtir un peu plus élégamment, 
témoin le palais du prince héréditaire Danilo, f) le palais du 
résident d'Autriche-Hongrie etc. 

Malgré cela et malgré sa petitesse, la ville de Cetinje ff) 
est digne d'une visite, et le voyageur ne regrettera pas d'avoir 
fait la petite excursion au „Belvedere", ou se déroule i^ne belle 



*) Les Vladikas n'étaient pas mariés, et c'était par un usage, non 
par droit de succession que le gouvernement restait héréditaire dans 
leur maison. 

**) Assassiné le 13 août 1860 par un Monténégrin sur la Marina de 
Cattaro. 

*♦*) Né le 7 octobre 1841. 
t) Né le l*'juillet 1871. 
tt) Cetinje compte 1200 habitants. Tout le Monténégro (9085 kilomètres 
carrés) en compte un quart de million. 



vue, d'une part sur le po^e de Cetinje, de l'autre sur le lac 

de Skutari. 

Avis aux touriatee. 
Le Lovc'en (1759 mètre»). 
Le touriste qui serait tenté de joindre à l'excursion faite à 

Cetiuje une ascension fort intéressante, fera bien de prendre à 
NjeguSi un guide pour gravir 
leLoYcen, qu'on peut regarder 
comme le Mont Sacré des 
Monténégrins. 

Le Lovcen a deux cimes 
séparées par la vallée deVudji 
dô dont le fond est k environ 
1400 mètres d'altitude. On 
commence l'ascension près de 
l'auberge de Krstac et, arrivé 
dans la dite vallée, on a le 
cboix entre deux sommets: à 
droite s'élève la cime prin- 
cipal e,Stirovnik (1759 mètres), 
qui offre un vaste panorama 
sur la mer ; à gauche un 
sentier et puis un chemin 
muletier mènent sur la cime 
duJezerskiVrh*)(1667 mètres) 
qui porte une chapelle érigée 
en niémoire du Vladika 
Pierre II. 

Pour redescendre du Je- 
zerski Vrh, on choisit le 
chemin muletier tracé par 

Une rne d Budua. , . ,,,,.. ■ 

le prince de Monténégro, qui 
autrefois aimait à gravir à cheval cette cime et à considérer le 
panorama ravissant qu'elle offre. 

On met S heures pour monter de Krstac (983 mètres) au 
sommet et autant pour redescendre par le chemin muletier 
à Cetinje. 

") C'eat-ii-dire Moat do lac. 



L'extrémité sud de 



L'extrémité sud de la Dalraatie. 
On sait q^ue les Vénitiens possédaient, dans les beaux jours 
de leur république, outre la Dalmatie les côtes de l'Albanie. 
En 1797, il ne leur restait de cette possession que les environs 



de la ville de Budua, c'est-à-dire une partie de la côte au 
sud de la Èupa (voir page 303). 

Ce petit territoire qui était appelé, pour le distinguer de 
l'Albanie turque, „AlbaniaVeneta" échut après Ja chute de Venise 
k l'Autriche, qui acquit aussi, en 1878, le territoire de Spiaza. 



Les Monténégrins reçurent en même temps la Tille d'Antivari 
et quelques kilomètres de côtes, afin que le prince Nikola eût 
le port qu'il désirait depuis longtemps. 



De Budua*) jusqu'à Spizza, ce n'est qu'une bande de côte 
de 26 kilomètres ; pourtant elle est digne d'être visitée, parce 

*l Ue Cattaro à Bndua (Hl lienes marines ii lg&2 mèlres) en S lieurea 



L'extcémité Bud de 1b Uftlmatie. 



en tenta en vain l'assaut. . , . 

Vers le sud, la ville se "" "'' ''"'■'■ 

termine par un vieux fort restauré en 1839 ; vers le nord 
s'ouvre la „Porta Terra ferma", ornée du lion de St Marc, qui 
s'harmonise avec la tour de la cathédiale (bâtie en 1418) et avec 
l'aspect des rites sombres et étroites pour rappeler au visiteur 
le temps où les combats entre les Vénitiens et les Turcs 
faisaient le sujet des discussions du jour. 

Continuant le voyage par le bateau à vapeur, nous avons h 
notre gauche les montagnes de Maini et de Faâtrovidi, paysages 
peu civilisés, qui rappellent divers événements des temps où — 
selon un mot du Vladika Pierre II — l'état du Monténégro 
ressemblait encore en tout à celui de la Grèce aux temps 
héroïques. 



312 Les ^Bocche". 

Les pentes de la montagoe sont parsemées de villages; cà 
et là subsiste encore une petite fortiûcation datant du t«mps 
vénitien, par exemple la caserne fortifiée de StanjeviiS, que les 
Vénitiens, en 1714, laissaient pour quelque temps au Yladika 
Danilo I", lorsque les Turcs avaient détruit le monastère de 
Cetinje. Plus tard le Vladika reprit son domicile à Cetiiye; 
mais le droit de propriété à Stanjevic et à ses environs restait 
litigieux, et l'Autriche, pour terminer les luttes continuelles 



Fort Haj Nehaj vu de la mec. 

entre les habitants de la frontière, acheta, eu 1841, le hant- 
plateau de PaStroviÉ. Mais cette acquisition n'empêcha pas le 
moins du monde les Monténégrins de mener putre comme dans 
le passé leurs moutons dans les pâturages vendus, et lorsque les 
Autrichiens se plaignaient, le Vladika répondait qu'il avait vendu 
le territoire, mais non pas le droit de paître. Aussi — à ce qu'on 
dit — fallut-il acquérir spécialement ce droit. 



L'extrémité sad de la Dnlmatie. 313 

Après avoir passé Budua et le scoglio S. Nicolo, nous avons 
& notre gauche les villages & terrasses des montagnards de 
Maini, puis le bord du haut-plateau de Faatrovicî, s'abaîssant 
vers la cAte, où le village S. Stefano rappelle par sa situation 
celui de Badua. 

Près de Castellastua s'ouvre la baie de Popova Njiva, d'où 
un chemin muletier mène sur le col Mokrc (720 mètres) et en- 
suite dans la vallée de Crmsica (Monténégro) & Virpazar, au lac 
de Skutari. 

Enfin nous arrivons dans la région montueuse parsemée de 
koulas et de petites casernes qui servit jusqu'en 1878 de 
frontière entre rÂutricke et la Turquie. Située sur une éminence, 
l'ancienne forteresse turque Haj Nebty domine le village de Suto- 
more où les bateaux s'arrStent; les maisons de la commune de 
SuSanj semblent défiler devant vous, et les pentes boisées 
s'abaissent vers la rivière de Éeljeznica, frontière de l'Autriche 
et du Monténégro. 

Au delà de la rivière s'élève la villa Topolnica du prince 
Nikola, entourée d'une plaine verte qui s'étend jusqu'à Antivari; 
ville à demi en ruines depuis les attaques qu'en 1876 les 
Monténégrins, dirigèrent contre elle. 

Antivari est située au pied de la Itumija dont la pente 
orientale s'abaisse vers le lac de Skutari. Toutefois l'excursion 
à Skutari est plus facile à faire de Cetinje, d'où une route 
carrossable mène jusqu'à la ville de Eijeka. Entre les villes 
de Bjeka et de Skutari circule le bateau à vapeur monté- 
négrin „Danica". 



SUPPLEMENT. 



♦ 



PETIT VOCABULAIRE. 



Prononciation : 



Langue serbo-croate: 

c = ts en tsigane 
c = tch. 
c = tch. 

gj = dj. 

Ij = 1 mouillé 

nj = gn en campagne. 

s =: ch en Champagne. 

z = s en rose. 

z 1= j en journal. 
dz = dj. 



Langue italienne : 



c 


devant 


a, 0, u — ca, co, cou. 





« 


e, i — tch. 


e 


n 


a, o, u — ga, go, gou. 


s 


» 


e, i — dje, dji. 


gi 


« 


a, o, u _ gla, glo, glou. 


gi 


n 


i, e 1 mouillé 


gn 




gn, en compagnie. « 


se 


n 


a, o, u sca, sco, scou 


se 


n 


e, i = ch en chez. 


z 




— z en zéro. 



IV 



Français 


Serbo-croate 


ItaUen 


Allemand 


à (Bagnse) 


u (Dubrovnik) 


a (Bagusa) 


nach, in (Ragusa) 


à part 


na stranu 


a parte 


auf die Seite 


abeille 


pcela 


ape 


Biene 


aborder 


pristati 


approdare, ac- 
costAre 


anlegen, landen 


adieu ! 


zbogom ! 


addio ! 


adieu ! 


adresse 


adresa 


indirizzo 


Adresse 


aifaire 


posao 


affare 


Geschftft 


Age 






Alter 


quel âge? 


koliko godina? 


quanti anni? 


wie ait? 


Agé 


star 


vecchio 


ait 


agneau 


janje 


açnello 


Lamm 


agréable 


pnjatan 


piacevole 


angenehm 
Hilfe 


aide 


pomoé 


aiuto 


aigre 


kiseo 


garbo 


sauer 


aiguille 


igla 


ago 


Nadel 


ail 


cesan 


aglio 


Knoblauch 


ainsi 


tako 


cosi 


so 


air 


vaEduh, zrak 


aria 


Luft 


aire 


ognjiste 


focolare 


Herd 


aisance 


uljucinost 


urbanità 


Anstand 


aller 


ici, hodati 


andare, cammi- 
nare 


gehen 


aller en voiture 


putovati 


viaggiare 


fahren 


alors 


onda 


allora 


dann 


allumer 


uzeéi, pripaliti 


accendere 


anzûnden 


allumette 


sibica (£igica) 


fiammifero 


Zandhôlzchen 


amande 


badem 


mandorla 


Mandel 


ami 


prijateljtpobratim amico 


Freund 


amusement 


zabava 


divertimento 


Unterhaltung 


ancien 


star 


vecchio 


ait 


an 


godina 


anno 


J.ahr 


antérieur 


prije 


prima 


frliher 


appeler 


zvati se 


chiamarsi 


nennen, heissen 


comment s'ap- 


kako se zove? 


corne si chiama? 


wie heisst? 


pelle ? 








appétit 


apetit 


appetito 


Appétit 


bon appétit! 


prijatno, u slast ! 


buon appetito! 


guten Appétit! 


araignée 


pauk 


ragno 


Spinne 


argent (monnaie) 


novae 


denaro 


Geld 


argent, (métal) 


srebro 


argento 


Silber 


armée 


vojska 


esercito 


Heer 


arrivée 


dolazak 


arrive 


Ankunft 


arriver 


prispjeti, stici 


arrivare 


ankommen 


arrêtez ! 


stoj ! 


alto là! 


Hait! 


art 


umjetnost, vje- 
stina 


arte 


Kunst 


assiette 


tanjir 


tondo, piatto 


Teller 


attention ! 


cuvaj ! pozor ! 


attenzione ! 


Acht! 


auberge 


gostiona 


locanda 


Wirtshaus 


au-dessus 


gore 


sopra 


oben 


aujourd'hui 


danas 


oggi 


heute 


automne 


jesen 


autunno 


Herbst 


avant que 


prije 


prima 


bevor, ehe 


avec 


sa 


con 


mit 


avoine 


zob 


avena 


Hafer 


avoir 


imati 


avère 


haben 


bagage 


prtljaga 


bagaglio 


Gepftck 


baigner 


kupati se 


fare un bagno 


baden 


baignoire 


kada 


vasca 


Badewanne 


salle de bains 


kupaonica 


cabina da bagno 


Badezimmer 


banque 


banka 


banca 


Bank 


barbier 


brijac 


barbiere 


Barbier 



Français 


Serbo-croate 


Italien 


Allemand 


barque 


éamac, barka 


barca 


Barke 


bas (le) 


bjecva, carapa 


calza 


Strumpf 


bas (adj.) 


nizak 


basso 


niedrig 


bateau 


brod, lagja 


bastimento, nave 


Schiff 


bateau à vapeur 


parobrod 


piroscafo 


Dampfschiif 


bâtiment 


zgrada 


edifizio 


Gebftude 


bâton 


stap 


bastone 


Stock 


beau, belle 


lijep, lijepa 


bello, bella 


schôn 


beaucoup 


mnogo 


molto 


viel 


besoin 


potreba 


bisogno 


Noth, Bediirfnis 


bétail 


stoka 


bestiame 


Vieh 


beurre 


maslo 


burro 


Butter 


bicycle 


" velociped, tocak 


vélocipède, bici- 
cletta 


Fahrrad, Bicycle 


bière 


pivo 


birra 


Bier 


billet 


putna karta 


biglietto da viaggio Fahrkarte, Billet 


blanc 


bio 


bianco 


weiss 


blanchir 


prati 


lavare 


waschen 


blanchisseuse 


pralja 


lavandaja 


Wâscherin 


blé 


lito 


frumento 


Getreide 


bleu 


plavetan, modar 


azzuro 


blau 


bœuf 


govedo 


manzo 


Ochs 


du bœuf 


govedina 


carne di manzo 


Rindfleisch 


boire 


• j • 
piti 


bere 


trinken 


boisson 


pice 


bevanda 


Getrftnk 


bon 


dobar 


buono 


gut 


c'est bon ! 


dobro je! 


bene ! è buono ! 


es ist gut! 


botte 


cizma 


stivale 


Stiefel 


bouche 


usta 


bocca 


Mund 


bouillon 


corba, juha 


brodo, zuppa 


Fleischbrûhe 


bouteille 


boca 


fiasco, bottiglia 


Flasche 


bouton 


dugme, puce 


bottone 


Knopf 


bras 


lakat 


braccio 


Arm 


bretelles 


poramenice 


tiracalzoni 


Hosentrftger 


brosse 


cetka 


spazzola 


Btirste 


brosse à dents 


cetka za zube 


spazzola da denti 


Zahnbûrste 


brouillard 


magla 


nebbia 


Nebel 


bruit 


zamor, buka 


rumore 


Gerâusch 


brûler 


gorjeti { saforjeti a^^ere, bruciare 


/ brennen 
i verbrennen 


bureau de cbang( 


3 mjen jacnica 


cambia valute 


Wechselstube 


Café 


kafa, kavana 


caffè 


Kaffee, Kaffeehaus 


canard 


patka 


anitra 


Ente 


canif 


nozic 


temperino 


Federmesser 


capitaine 


kapetan 


capitano 


Capitân 


câpre 


kopar 


cappero 


Kapper 


carte de géogr. 


geografska carta 


carta geografica 


Landkarte 


jeu de cartes 


igra karata 


giuoco di carte 


Kartenspiel 


carte à jouer 


karta od igre 


carta da giuoco 


Spielkarte 


carte à manger 


jelovnik 


lista dei cibi 


Speisekarte 


carte de visite 


karta posjetnica 


biglietta da visite Visitkarte 


cave 


podrum, konoba 


cantina 


Keller 


cendre 


pepeo 


cenere 


Asche 


cerise 


tresnja 


clliegia 


Kirsche 


chaise 


stolica 


sedia 


Sessel 


chaleur 


toplina, vrucina, 
zega 


calore 


Hitze, Wftrme 


chambre 


soba 


caméra 


2immer 


chambre à coucher spavaéa soba 


caméra da letto 


Schlafzimmer 


champ 


polje 


campo 


Feld 


champignon 


gljiva, pecurka 


fungo 


Pilz 


• chandelle 


svijeéa 


candela 


Kerze 


chandelier 


svijecnjak 


candeliere 


Leuchter 



VI 



Français 

chant 

chapeau 

chapon 

charbon 

charger 

chasse 

chasse à courre 

chasseur 

chat 

château 

chaud 

chaudron 

chemin 

chemin de fer 

cheminée 

chemise 

cher 

cheval 

cheval de selle 

cheveux 

chez soi 

chien 

chien de chasse 

chien de manchon 

choucroute 

cigare 

porte-cigare 
cigarette 

cime 

ciseaux 

citron 

clair 
clef 
cloche 
clocher 
clochette 
clou 
cocher 
cochon 
colère 

collet (d'habit) 
colline 
colombe 
combien? 
comment ? 
Gomment vous 
portez-vous ? 
commerce 
commissionnaire 
comprendre 
compte 
concert 
concombre 
content 
contracter 
contre 

contremander 
conversation 
coq 

cordonnier 
corne 



Serbo-croate 

pjevanje 
sesir, klobuk 
kopun 
ïigalj 

3uniti, krcati 
! ov 

lajka 
'. ovac 
macka 
zamak, grad 
topao, vruc 
kotao, ka2an 
put 

zeljeznica 
pec 

kosulja 
skup 
konj 

jahaéi konj 
kosa 

doma, kod kuée 
pas 

lovacki pas 
nakrilôe, pse- 

tance 
kiseli kupus 



Italien 

canto 

cappello 

cappone 

carbone 

oarioare 

caccia 

caccia forzata 

cacciatore 

gatta 

oastello 

caldo 

caldaja 

via, strada 

ferrovia 

camino, stufa 

camicia 

caro 

cavallo 

cavallo da sella 

capelli 

a CHsa 

cane 

cane da caccia 

cagnolino 



Allemand 

Gesang 

Hut 

Xapaun 

Kohle 

laden 

Jagd 

Hetzjagd 

Jftger 

Katze 

Schloss 

heiss, warm 

Kessel 

Weg 

Eisenbahn 

Kamin 

Hemd 

theuer 

Pferd 

Beitpferd 

Haar 

zu Hause 

Hund 

Jagdhund 

Schosshund 

Sauerkraut 



cigara 

cigarica, cibucio 

cigareta 

vrh 

nozice, makaze 

citron, ôetrun, 

limun 
vedar 
kljuô 
zvono 
zvonik 
zvonce 
cavao 
kocigas 
svinja, prase 
jed, Ijutina 
ovratnik 
brezuljak 

folub, golubica 
oliko ? 
kako? 
kako je? 

trgovina 

posluzitelj 

razumjeti 

raéun 

koncerat 

krastavac 

zadovoljan 

pogoditi se 

prama, proti 

otkazati 

razgovor 

kokot 

postolar, crevljar 

rog 



capucci garbi, 

crauto 

sigaro Cigarre 

portasigaro. Cigarrenspitze 

sigaretta, spagno- Cigarette 

letto 

Gipfel 



cima 

forbici 

limone 

chiaro 

chiave 

campana 

campanile 

campanella 

chiodo 

cocchiere 

majala, poroo 

ira 

coUaretto, solino 

collina 

Colomba 

quanto ? 

come? 

come va? 

commercio 

facchino 

comprendere 

conto 

concerto 

cocomero, citriuolo 

contento 

contrattare 

verso, oontro 

rinunciare 

conversazione 

gallo 

calzolajo 

corno 



S chère 
Citrone 

hell, klar 

SchltLssel 

Glocke 

Glockenthurm 

Klingel 

Nagel 

Kutscher 

Schwein 

Zom 

Kragen 

Hûgel 

Taube 

wie viel? 

wie? 

Wie beônden Sie 

sich? 
Handel 
Dienstmann 
verstehen 
Zeche, Bechnong 
Concert 
Gurke 
zufrieden 
abmachen 
gegen 
absagen 
Gesprftch 
Hahn 

Schuhmacher 
Horn 



VII 



Français 


Serbo-croate 


Italien 


Allemand 


cornichon 


kiseli krastavac ' 


citriuolo sotto 
aceto 


Essiggnrke 


corps 


tijelo 


corpo 


Kôrper 


côtelette 


rebarce 


costoletta 


Côtelette 


côte 


obala, primorje 


Costa, littorale 


Kûste 


côté 


strana 


parte 


Seite 


cou 


vrat, grlo 


collo, gola 


Hais 


coucher du soleil 


zapad sunca 


tramonto del sole Sonnenuntergang 


coudre 


siti, sasiti 


cucire 


n&hen 


coupé 


kupé, odjeljenje 


coupé, riparto 


Coupé 


couper 


rezati 


tagliare 


schneiden 


court 


kratak 


brève, corto 


kurz 


coussin 


jastuk, blazina 


cuscino 


Polster 


couteau 


noz 


coltello 


Messer 


coûter 


stojati 


costare 


kosten 


que coûte? 


sto stoji? 


quanto Costa ? 


was kostet? 


couverture 


pokrivac 


coperta 


Decke 


cravate 


ogrlica 


cravatta 


Cravatte 


crayon 


olovka, pisaljka 


lapis, matita 


Bleistift 


crème 


skorup, povlaka 


crema, panna 


Rahm (Sahne) 


crème à la glace 


slatki led 


gelato 


Gefrorenes 


crible 


sito 


crivello 


Sieb 


Croate (le) 


Hrvat 


Croato 


Kroate 


Croate (la) 


Hrvatioa 


Croata 


Kroatin 


croate 


hrvatski (a) 


croato (a) 


kroatisch 


cruche 


vrc, kondir 


brocca 


Krug 


cuiller 


ozica, zlica, 
kasika 


cucchiaio 


Lôffel 


cuisine 


kuhinja 


cucina 


Kûohe 


cuivre 


bakar, mjed 


rame 


Kupfer 


cuve 


bacva, bure 


botte 


Fass 


dame 


dama 


dama 


Dame 


danse 


igra, pies 


ballo 


Tanz 


danser 


igrati, plesati 


ballare 


tanzen 


déjeuner 


dorucak 


colazione 


Frûhstûck 


demain 


sutra 


domani 


morgen 


après-demain 


prekosutra 


dopodomani 


ûbermorgen 


dénoncer 


otkazati 


dare la disdetta 


kûndigen 


dent 


zub 


dente 


Zahn 


départ 


polazak, odlazak 


partenza 


Abfahrt 


descendre 


iskrcati se, (à Thô 


- scendere, (à l'hô 


- absteigen 




tel) odsjesti 


tel) prendere 
alloggio 




désirer 


zeljeti 


desiderare 


wunschen 


dessert 


zaslada 


pospasto 


Nachtisch, Dessert 


dessous 


dolje 


abasso 


unten 


dessus 


gore 


sopra 


ûber, oben 


dîner 


objed, rucak 


pranzo, desinare 


Diner, Mittagessen 


dire 


veliti 


dire 


sagen 


que dites-vous? 


sto velite? 


che cosa dice? 


was sagen Sie? 


distance 


dalecina 


lontananza 


Entfernung 


document 


dokumenat 


documente 


Document 


doigt 


prst 


dito 


Finger 


donner 


dati 


dare 


geben 


donnez-moi ! 


dajte mi! 


mi dia! 


geben Sie mir ! 


dormir 


spavati 


dormir e 


schlafen 


avoir sommeil 


sanjiv 


essere sonnolento 


schlâfrig sein 


d'où 


odakle ? 


da dove? 


woher ? 


douleur 


bol 


dolore 


Schmerz 


doux 


sladak 


dolce 


sûss 


drap 


sukno 


panno 


Tuch 


duc 


vojvoda 


duca 


Herzog 


dur 


tvrd 


duro 


hart 



21 



VIII 



Français 


Serbo-croate 


Italien 


Allemand 


6au 


voda 


acqua 


Wasser 


eau de vie 


rakija 


acquavite 


Brantwein 


échecs • 


sah 


scacchi 


Schach 


éclair 


strijela, munja 


fulmine 


Blitz 


écrire 


pisati 


scrivere 


schreiben 


table à écrire 


pisaci sto 


scrittoio 


Schreibtisch 


église 


crkva 


chiesa 


Kirche 


empereur 


car 


imperatore 


Kaiser 


employé 


cinovnik 


impiegato 


Beamter 


encre 


mastilo, crnilo 


inchiostro 


Tinte 


encrier 


divit 


calamaio 


Tintenzeug 


endroit 


mjesto 


luogo 


" Ort 


enfant 


dijete, cedo 


fanciuUo, bambino Kind 


entendre 


cuti, slusati 


udire 


hOren 


entier 


sav, citav 


intero, tutto 


ganz 


entre 


megju 


tra, fra 


zwischen 


entremets 


umetka 


intraposto 


Zwischenspeise 


éperon 


mamuza, ostruga 


sprone 


Sporn 


épice 


zacin 


condimento 


Gewttrz 


épouse 


supruga, zena 


moglie, consorte 


Gattin, Gemahlin, 
Frau 


époux 


suprug, muz 


marito, consorte 


Gatte, Gemahl, 
Mann 


escalier 


stepenice 


s cala 


Stiege 


est 


istok 


est 


Ost 


estomac 


stomak, zeludac 


stomaco 


Magen 


et 


i 


e 


und 


étage 


rod 


piano 


Stock 


étang 


ribnjak, bara 


peschiera, stagno 


Teich 


étoife 


sukno, roba 


stofFa, roba 


Stoff 


étoile 


zvijezda 


Stella 


Stem 


éteindre 


ugasiti 


spegnere 


auslOschen 


éventail 


lepeza, mahac 


ventaglio 


Fâcher 


éveiller s' 


probuditi se 


destarsi, svegliarsi erwachen 


évêque 


biskup, episkop 


vescovo 


Bischof 


excellent 


izvrstan 


eccellente 


ausgezeichnet 


excursion 


izlet 


partita 


Ausflug 


facteur 


pismonosa 


portalettere 


Brieftrâger 


faible 


slab 


debole 


schwach 


faim 


glad 


famé 


Hunger 


fauteuil 


naslonjac 


poltrona 


Fauteuil, Lehn- 
stuhl 


faucon 


sokô 


falco 


Falke 


faux 


neprav 


falso 


falsch 


fenêtre 


prozor 


finestra 


Fenster 


feuille 


arak, list 


foglio 


Bogen, Blatt 


feu 


oganj, vatra 


fuoco 


Feuer 


femme 


zena 


donna 


Frau 


fer 


gvozgje, zeljezo 


ferro 


Eisen 


fiancé 


zarucnik 


sposo 


Brttutigam 


fiancée 


zarucnica 


sposa 


Braut 


figue 


smokva 


fico 


Feige 


fille 


kci, djevojka 


figlia, fanciulla, 
ragazza 


Tochter, Mftdohen 


fils 


sin 


figlio 


Sohn 


fin 


fin 


fino 


fein 


fleuve 


ri j eka 


fiume 


Fluss 


foie 


jetra 


fegato 


Leber 


fontaine 


studenac, zdenac, 


pozzo, fontana 


Brunnen, Quelle 


forcer 


prisiliti [cesma costringere 


zwingen 


four 


peo 


forno, stufa 


Ofen 


fourchette 


vilice 


forchetta 


Gabel 


fourmi 


mrav 


formica 


Ameise 



IX 



Franyais 


Serbo-croate 


Italien 


Allemand 


frais 


svjei, taze, hladan fresco 


frisch 


fraise 


jagoda 


fragola 


Erdbeere 


framboise 


maiina, sunica 


lampone, framboè Himbeere 


Français 


Fracuz 


Francese 


Franzose 


Française 


Francuskinja 


Francese 


Franzôsin 


français 


francuski 


francese 


franzôsisch 


frère 


brat 


fratello 


Bruder 


froid 


studen 


freddo 


kalt 


froidure 


zima 


freddo 


Kftlte 


fromage 


sir 


formaggio 


Kftse 


front 


celo 


fronte 


Stirne 


frotter 


potrti 


fregare 


einreiben 


fruits 


voée 


frutta 


Obst (Frûchte) 


fumée 


dim 


fumo 


Rauch 


fumer 


pusiti 


fumare 


rauchen 


fumoir 


pusionica 


fumatojo 


Bauchzimmer 


fusil 


puska 


schioppo 


Gewehr 


fiTage 


zalog 


pegno 


Pfand 


galoche 


kaljace 


galoscie 


Galoschen 


garçon 


djecak 


ragazzo 


Knabe 


garçon (au restau- 


- posluiitelj 


cameriere 


Kellner 


gare [rant) stanica, kolodvor 


stazione 


Bahnhof, Station 


gâteau 


pogaca, kolac 


focaccia, pasticcio Kuchen 


gelée 


mraz 


gelo 


Frost 


genou 


koljeno 


ginocchio 


Knie 


gibecière 


lovacka torba 


carniera 


Jagdtasche 


gibier 


divljac 


selvaggina 


Wildpret 


gigot 


ovnujska butina 


coscia di montone Hammelkeule 


glace 


led 


ghiaccio, gelo 


Eis, Gefrornes 


goût 


ukus 


gusto 


Geschmack 


gouvernail 


kormilo 


timone 


Schiffssteuer 


graisse 


salo 


strutto 


Fett, Schmalz 


grand 


velik 


grande 


gross 


grappe 


grozd 


grappolo (d'uva) 


(Wein-)Traube 


gras 


mastan, pretio 


grasso 


fett 


gratuit 


badava 


per niente, gratis 


; umsonst, gratis 


grenade 


sipak 


melagrana 


Granatapfel 


grenouille 


zaba 


rana 


Frosch 


gris 


siv 


grigio 


grau 


guêpe 


osa 


vespa 


Wespe 


guêtres 


tozluci 


ghette 


Gamaschen 


guide 


vogja,provodic,ka 


- guida 


Fuhrer 


conduisez-moi! 


vodite me ! [lauz mi conduca ! 


fûhren Sie mich! 


habit 


haljina, odijelo 


vestito 


Kleid 


habitation 


slan 


abitazione 


Wohnung 


hache 


sjekira 


scure 


Axt 


hanneton 


gundelj 


maggiolino 


Maikafer 


haricot 


bob 


fava 


Bohne 


haut 


visok 


alto 


hoch 


hérisson 


jez 


riccio 


Igel 
Uhr 


heure (temps) 


sat, ura 


ora 


quelle heure est 
il? 
hier 


- koji je sat? ? 


che ora è? 


wie viel Uhr ist es ? 


jucer 


ieri 


gestern 


hier soir 


sinoc 


ieri sera 


gestern abends 


homme 


covjek, muz 


uomo 


Atonn, Mensch 


hommes 


Ijudi 


uomini 


M&nner, Menschen 


horloge 


sat 


orologio 


Thurmulir 


horloger 


sadzija, urar 


orologiajo 


Uhrmacher 


hôte 


gost 


ospite 


Gast 


hôtel 


gostiona, hôtel 


albergo, hôtel 


Gasthof, Hôtel 


huile 


ulje 


olio 


01 



21^ 



Français 

ici 

image 

impératrice 

intention 

inviter 

Italien 

Italienne 

italien 



Serbo-croate 

ovdje 

slika 

carica 

namjera, nakana 

pozvati 

Talijanac 

Talijanka 

talijanski 



Italien 

qui, quà 

quadro 

impératrice 

intenzione 

invitare 

Italiano 

Italiana 

italiano 



Allemand 

hier 

Bild, Einbildung 

Kaiserin 

Absicht 

einladen 

Italiener 

Italienerin 

italienisch 



Jamais 

j'ambon 

qambe 

jardin 

jardinier 

jaune 

jeu 

jeune 

jeûner 
jour de jeûne 

jour 
bonjour! 
il y a quelques 
jours 

journal 

joyau 

jugement (tribu- 
nal) 



nikada 

prsut, sunka 

noga 

basta, perivoj 

bastovan 

zut 

igra 

mlad 

postiti 

posni dan 

dan 

dobar dan ! 

onomadne 



mai 

prosciutto 

gamba 

giardino 

giardiniere 

giallo 

giuoco 

giovane 

digîunare 

giorno di digiuno 

giorno 

buon giorno ! 

giorni fa 



novine, list, zurnal giornale 
dragulj, dragi gioiello, gemma 

sud [kamen giudizio 



nie 

Schinken 

Bein 

Garten 

Gartner 

gelb 

Spiel 

JTing 

fasten 

Fasttag 

Tag 

guten Tag! 

vor einigen Tagen 

Zeitung, Journal 

Edelstein 

Gericht 



là, là-bas 

lac 

laine 

lait 

lampe 

lard 

langue 

lecture, cabinet de 

légitime 

légumes 

lent 

lentille 

lettre 

papier à lettres 
lever, se 
lézard 
libraire 
libre 

lieutenant 
limaçon 
limonade 
linge 
liqueur 
lire 
lit 
livre 
loin (adv.) 

quelle distancé 
lorsque [est? 

long 

longtemps 
louer 
louer à quelqu'un 



tamo, onamo 

jezero 

vuna 

mlijeko 

svijeôa, lampa 

slanina 

jezik 

citaonica 

pravovrstan, prav 

varivo, povrée 

polako, pomalo 

leca 

pismo 

hartija za pisma 

ustati 

gusterica 

knjizar 

Slobodan, prost 

porucnik 

puz 

limunada 

rublje, perivo 

liker 

citati 

krevet, postelja 

knjiga 

dalek, daleko 

koliko je daleko? 

kad 

dug 

du^o 

najmiti 

dati u najam 



là 

lago 

lana 

latte 

lampada 

lardo 

lingua 

cabinetto di 

lettura 
vero, genui'no 
légume, verdura 
piano 
lente 
lettera 

carta da lettere 
levarsi 
lucertola 
librajo 
libero 
tenente 
lumaca 
limonada 
biancheria 
liquore 
leggere 
letto 
libro 
lontano 

quanto è lontano? 
quand o 
lungo 

lungo tempo 
prendere a pigione 
appigionare 



dort 

der See 

Wolle 

Milch 

Lampe 

Speck 

Zunge, Sprache 

Lesezimmer 

echt 

Genjûse 

langsam 

Linse 

Brief 

Briefpapier 

aufstehen 

Eidechse 

Buchhandler 

frei 

Lieutenant 

Schnecke 

Limonade 

Wasche 

Likôr 

lesen 

Bett 

Bucli 

fern, weit 

wie weit ist es ? 

als, wann 

lang 

lange 

mieten 

vermieten 



XI 



Français 


Serbo-croate 


Italien 


Allemand 


lumière 


svjetlo, svjetlost 


luce 


Licht 


lune 


mjesec 


luna 


Mond 


lunettes 


naocari 


occhiali 


Augenglas 


madame 


gospogja 


signora 


gu&dige Frau 


mademoiselle 

• 


gospogjica 


signorina 


Frftulein 


maigre 


mrsav 


magro 


mager 


main 


ruka 


mano 


Hand 


mais 


ali 


ma 


aber 


maïs 


kukuruz 


mais, frumentone 


Mais 


maison 


kuca, dom 


casa 


Haus 


maître 


ucitelj 


maestro 


Lehrer 


mal 


zlo, rgjavo 


maie 


schlecht 


malade 


bolestan 


ammalato 


krank 


maladie 


bolest 


malattia 


Krankheit 


manche, la 


rukav 


manica 


Armel 


manchon 


kolcak, narukavni 


- manicotto 


Muff 


manger 


jesti [ca, micica mangiare 


essen 


manteau 


ogrtac, kabanica 


mantello 


Mantel 


marchand 


trgovac 


negoziante 


Handler 


marron 


kesten 


castagna 


Kastanie 


marteau 


korac, maljic, cekic martello 


Hammer 


mât 


arbuo 


albero 


Schiffsmast 


matelot 


mornar 


marinajo 


Matrose 


matin 


jutro 


mattina 


Morgen, Vormittag 


du matin 


rano 


di buon ora 


friih morgens 


mauvais 


rgjav, zao 


cattivo 


schlecht 


mécontent 


nezadovoljan 


malcontento 


unzufrieden 


médicament 


■1 • • !_ 

lijek 


farmaco 


Arzenei 


mer 


more 


mare 


Meer 


mère 


majka 


madré 


Mutter 


merci ! 


hvala ! 


grazie ! 


danke ! 


métier 


zanat 


mestiere 


Handwerk 


mets 


jelo 


piatto 


Gericht (Speise) 


mets de farine 


slatkarija, tjestanc 

jelo 
pokucstvo, na- 


) pastume 


Mehlspeise 


meuble 


mobiglie, forni- 


Môbel 




mjestaj 


mento 




midi 


podne 


mezzo giorno 


Mittag 


après-midi 


po podne 


dopopranzo 


Nachmittag 


mieux 


bolje 


meglio 


besser 


minute 


cas, minut 


minuto 


Minute 


miroir 


ogledalo, zrcalo 


specchio 


Spiegel 


mode 


moda 


moda 


Mode 


moelleux 


mekan 


molle, tenero 


weich 


moine 


kalugjer 


monaco 


Mônch 


monde 


svijet 


mondo 


Welt 


mont 


brdo, planina 


montagna 


Berg 


montagne 


brda, planine 


montagne, monti 


Gebirge 


monter dans 


ukroati se 


montare 


einsteigen 


monter à cheval 


jahati 


cavalcare 


reiten 


montre 


sat 


orologio 


(Taschen-)Uhr 


mort, la 


smrt 


morte 


Tod 


mot 


• • V 

rijeo 


parola 


Wort 


mouche 


muha, komarac 


mosca, zanzara 


Fliege, Mucke 


mouchoir 


mahrama, rubac 


fazzoletto 


Taschentuch 


mouillé 


mokar 


bagnato 


nass 


moutarde 


gorusica, slacica, 
mustarda 


mostarda 


Senf 


mouton 


ovca 


pecora 


Schaf 


mouton (masc.) 


ovan, brav 


castrato 


Hammel 


mur 


stijena, duvar, zic 


L pare te, mura 


Mauer, Wand 


mûre 


murva 


m ora, gelsa 


Maulbeere 


musique 


muzika, svirka 


musica 


Musik 



XII 



Français 


Serbo-croate 


Italien 


Allemand 


Ilager 


plivati 


nuotare 


schwiTnmen 


nature 


priroda, narav 


natura 


Natur 


neige 


snijeg 


neve 


Schnee 


ne pas 


ne 


non 


nicht 


net 


cist 


netto 


rein 


noce 


svadba 


nozze 


Hochzeit 


noir 


crn, garav 


nero 


schwarz 


noix 


orah 


noce 


Nuss 


nombre 


broj 


numéro 


Zahl 


non 


ne 


no 


nein 


nord 


sjever 


nord 


Nord 


nouilles 


rezanci 


lasagne 


Nudel 


nouveau 


nov 


nuovo 


neu 


de nouveau 


opet, ponovo 


di nuovo, nuova- 
mente 


von neuem 


nuage 


oblak 


nuvola 


VVolke 


nuit 


noc 


notte 


Nacht 


Obscurité 


tmina, tama 


oscurità 


Dunkelheit, 
Finsternis 


oie 


guska 


oca 


Gans 


œil 


oko 


occhio 


Auge 


yeux 


oôi 


occhi 


Augen 


œillet 


karanfilj 


garofano 


Nelke 


œstre, taon 


zapor, utega 


freno 


Bremse 


œuf 


jaje 


uovo 


Ei 


œufs 


jaja 


uova 


Eier 


jaune d*œuf 


zumance 


rosso d'uovo 


Eidotter 


blanc d'œuf 


bj élance 


bianco d'uovo 


Eiweiss 


œufs durs 


kuhana jaja 


uova dure 


hartgekochte Eier 


œufs à la coque 


obarena, rovita 


uova in sorbola, 


weiche Eier 




jaja 


da bere 




œufs brouillés 


prigana jaja, 


uova fritte, al 


Rûhreier, Eier- 




kajgana 


tegame 


speise 


officier 


oficir 


ufâciale 


Officier 


offrir 


ponuditi 
îuk (cipula) 


offerire 


anbieten 


oignon 


cipolla 


Zwiebel 


oiseau 


ptica 


uccello 


Vogel 


opticien 


opticar 


ottico 


Optiker 


or 


zlato 


oro 


Gold 


orage 


bura, oluja 


burrasca, tempesti 


a Sturm 


orange 


naranca 


arancio 


Orange 


oreille 


uho 


orecchio 


Ohr 


orge 


jecam 
istok 


orzo 


Gerste 


orient 


oriente 


Orient 


os 


kost 


osso 


Knochen, Bein 


ou 


ili 


o 


oder 


où 


gdje? 


dove? 


wo? 


d'où 


odakle ? 


da dove? 


woher? 


où 


kuda ? kamo ? 


dove? 


wohin ? 


ouest 


zapad 


occidente 


Westen 


oui 


jest (da, dakako) 


si 


ja 


outil 


alat 


arnese 


W erkzeug 


Paillasse 


slamnica 


p&glione 


Strohsack 


paille 


slama 


paglia 


Stroh 


pain 


hljeb, krub 


pane 


Brot 


pain blanc 


bijeli hljeb 


pane bianco 


Weissbrot 


pain noir 


crni hljeb 


pane nero 


Schwarzbrot 


petit pain 


zemicka 


semel, panetto 


Semmel 


pantalon 


hlace, gaée 


brache 


Hose 


paon 


paun 


pavone 


Pfau 


papier brouillard 


upijac, bugacica 


carta sugante 


Lôschpapier 



XIII 



Français 


Serbo-croate 


Italien 


Allemand 


papillon 


leptir 


farfalla 


Schmetterling 


paratonnerre 


strjelovod 


parafulmine 


Blitzableiter 


parent 


svoj, rod, srodnik parente 


Verwandter 


parenté 


svojta 


parentela 


Verwandtschaft 


pardessus (paletot) Ijetni kaput 


sopratutto 


Ûberzieher 


pardon I 


oprostite ! 


perdoni! 


Entschuldigen! 
Pardon ! 


parler 


govoriti, veliti 


parlare 


sprechen, reden 


parquet 


patos, pod 


pavimento 


Fussboden 


partie 


partija, igra 


partita 


Partie 


partir 


otputovati, kre- 
nuti 


partire 


abfahren 


pas 


korak 


passo 


Schritt 


pas bon 


ne valja 


non vale 


nicht gut 


pas ainsi 


ne tako 


non cosi 


nicht so 


passager 


putnik 


passeggiere 


Fassagier 


passer la nuit 


prenociti 


pernottare 


ûbernachten 


p&te 


tijesto 


pasta, lievito 


Teig 


pauvre 


siromah 


povero 


arm 


pavé 


kaldrma 


selciato 


Pflaster 


payer 


platiti 


pagare 


zahlen 


paysan 


seljak, tezak,ratar campagnuolo 


Bauer 


peau 


capra, koza 


pelle 


Fell, Haut 


pêche 


ribanje 


pesca 


Fischfang 


pêcher 


ribati 


pescare 


Fischen 


peigne 


cesalj 


pettine 


Kamm 


pelisse 


krzno 


pelliccia 


Pelz 


père 


otac 


padre 


Vater 


petit 


malen, mali 


piccolo 


klein 


peu 


malo 


poco 


wenig 


très peu 


veoma malo 


(molto) assai poco sehr wenig 


trop peu 


premalo, suvise 
malo 


troppo poco 


zu wenig 


piano 


klavir, glasovir 


pianoforte 


Clavier, Piano 


pièce de drap 


krpa 


pezza 


Lappen 


pied 


noga 


piede 


Fuss 


pierre 


kamen 


pietra 


Stein 


place 


mjesto, zemljiste 


luogo, terreno, 

T\l Cl V7Q 


Platz 


piqûre 


ubod 


puntura 


Stich 


plaine 


ravnica 


pianura 


Ebene 


plante 


biljka 


pianta 


Pflanze 


plat 


plitioa, cinija 


piatto (piatanza) 


Schlissel 


plomb 


olovo 


piombo 


Blei 


pluie 


dazd, kisa 


pioggia 


Kegen 


plume 


pero 


penna 


Feder 


plus 


vise 


più 


mehr 


poche 


dzep, spag 


tasca, scarsella 


Tasche 


poêle 


prosulja, tava 


padella 


Pfanne 


point 


tacka 


punto 


Punkt 


poire 


kruska 


pera 


Birne 


pois 


grasak 


pisello 


Erbse 


poisson 


riba 


pesce 


Fisch 


poivre 


papar 


pepe 


Pfeffer 


pomme 


jabuka 


porno, mêla 


Apfel 


pomme de terre 


krompir 


patata, pomo di 


Erdapfel, Kar- 






terra 


toffel 


pommes frites 


przeni krompiri 


patate fritte 


gerôstete Kartofl 


pont 


most, cuprija 


ponte 


Brùcke 


porc 


svinja, prase 


majale, porco 


Schwein 


port 


pristaniste, luka 


porto 


Hafen 


porte 


kapija, vrata 


portone, porta 


Thor, Thttre 


porte-monnaie 


kesa, novcanik 


portamonete 


Geldtasche 


portier 


vratar, pazikuéa 


portinajo 


Portier 



1 



XIV 



Français 


Serbo-croate 


Italien 


Allemand 


poule 


kokos, pile 


gallina, poUastro 


Henné, Huhn 


poudre à canon 


barut 


polvere da 
schioppo 


Schiesspulver 


pouvoir, savoir 


moci, umjeti 


potere, sapere 


kônnen, wissen 


prêt 


gotovo 


pronto 


fertig, bereit 


prêtre 


zupnik, paroh, 


parrooo, sacerdote Pfarrer, Geist- 




svecenik, pop 




licher 


prie (je) 


molim! 


prego ! 


Bitte ! 


prince 


knez 


principe 


Fûrst 


principauté 


knezevina 


principato 


Fûrstenthum 


printemps 


proljece, prama- 


primavera 


Frtthling 




Ijeée 






prix 


cijena 


prezzo 


Preis 


à prix modeste 
professionnel 


jeftin 


a buon mercato 


billig 


zanatlija 


artigiano 
proiondo 


Handwerker 


profond 


dubok 


tief 


promener se 


setati 


passeggiare 


spazieren 


prompt 


brzo 


presto 


rasch 


propreté 


cistoca 


pulizia, nettizzia 


Reinlichkeit 


pot 


lonac, vrc 


pentola, vaso 


Topf 


potage 


corba 


zuppa, minestra 


Suppe 


poussière 


prasina 


polvere 


Staub 


puce 


buha 


pulce 


Floh 


punaise 


stjenica, kimak 


cimice 


Wanze 


Quand 


kad, kada? 


quando 


als, wann 


quelqu'un 


neko 


qualcuno 


jemand 


buille 


cunj 


birillo 


Ke^el 


quittance 


priznanica, namir 


- quietanza 


Quittung 




nica 




^ 


rafraîchir, se 


rashladiti se 


rinfirescarsi 


sioh abkûhlen 


rame 


veslo 


remo 


Ruder 


rameur 


veslac 


rematore, canot- 
tiere 


Ruderer 


ramer 


veslati, voziti 


remare 


rudern 


raser (faire la 


brijati 


radere 


rasieren 


barbe) 






- 


rave 


repa 


râpa 


Rtibe 


récolte 


zetva, Ijetina 


messe, raccolta 


Emte 


refroidir, se 


prehladiti se 


rail'reddarsi 


sich verkûhlen 


reine 


kraljica 


regina 


KOnigin 


rendez-vous 


sastanak 


appuntamento, 
ritrovo 


Rendezvous 


rhum 


rum 


rum 


Rum 


riche 


bogat 


ricco 


reich 


rideau 


zavjesa 


cortina 


Vorhang 


rire 


smijati se 


ridere 


lachen 


rivage 


obala, brijeg, igal< 


D riva, sponda, costa Ufer 


riz 


oriz, pirinac 


riso 


Reis 


robe 


zensko odijelo 


vestito da signera 


Damenkleid 




suknja 


gonella 


Damenrock 


roi 


kralj 


re 


KOnig 


rôti 


pecenjo 


arrosto 


Braten 


rose 


ruza 


rosa 


Rose 


roue 


kolo, tocak 


ruota 


Rad 


route 


put, cesta, drum 


strada 


Strasse, Weg 


roux 


crven 


rosso 


roth 


rue 


ulica, sokak 


contrada, via 


Gasse 


ruisseau 


potok 


torrente 


Bach 



XV 



Français 


Serbo-croate 


Italien 


Allemand 


Sain 


zdrav 


sano 


gesund 


saison 


zeman, doba go- 
dine, secona 


stagione 


Jahreszeit, Saison 


santé 


zdravlje 


sainte 


Gesundheit 


salle à manger 


trpezarija 


sala di pranzo 


Speisesaal 


sans 


bez 


senza 


oline 


salade 


salât a 


insalata 


Salât 


sauce 


umaka, salsa 


salsa 


Sauce 


saucisse 


kobasica, mesnja- 


■ salsiccia, salsiccia Wurst, Bratwnrst 




ca, djevenica 


arrostita 




savon 


sapun 


sapone 


Seife 


savoir 


znati 


sapere 


wissen 


seau 


kabao 


tinozza 


Kttbel 


sec 


suh 


asciutto 


trocken 


seconde 


sekund, casak 


minuto, secondo 


Secunde 


séjour 


boravak 


dimora, soggiorno Aufenthalt 


sel 


sô 


sale 


Sal± 


selle 


sedlo 


sella 


Sattel 


semaine 


nedjelja, sedmica 


settimana 


Woche 


Serbe, masc. 


Srbin 


Serbo 


Serbe 


Serbe, fém. 


Srpkinja 


Serba 


Serbin 


serbe 


srpski 


serbo 


serbisch 


serpent 


zmija 


serpe 


Schlange 


serviette (de toi- 


otirac, rucnik 


asciuga mano 


Handtuch 


lette) 








serviette 


pokoljenak, ubrus tovagliula, sal- 


Serviette 






vietta 




service 


sluiba 


servizio 


Dienst 


service divin 


sluzba bozja 


ufficio divino 


Gottesdienst 


serviteur 


sluga 


servo 


Diener 


servante 


sluskinja 


serva, fantesca 


Dienerin, Magd 


serrure 


brava 


serratura 


Schloss 


seuil 


prag 


soglia 


Schwelle 


sifflet 


lula, simsija 


pipa 


Pfeife 


signal d'alarme 


znak u nevolji 


segnale d'allarme 


Nothsignal 


singularité 


znamenitost 


singolarità, curio- 
sità 


- Merkwûrdigkeit 


société 


drustvo 


società 


Gesellschaft 


soif 


zegja 


sete 


Durst 


soir 


vecer 


sera 


Abend 


ce soir 


veceras 


sta sera 


heute Abend 


bonsoir! 


dobar veôer! 


buona sera! 


guten Abend ! 


soirée dansante 


igranka 


ballo 


Tanzabend 


sol 


potplat 


■ suola 


Erdboden 


soleil 


sunce 


sole 


Sonne 


lever du soleil 


istok sunca 


levata del sole 


Sonnenaufgang 


coucher du soleil zapad sunca 


tramonto del sole 


Sonnenuntergang 


sommeil 


san 


sonno 


Schlaf 


sonner 


zvoniti 


suonare 


klingeln 


soulier 


crevlja, cipela, 
postola 


scarpa 


Schuh 


souper 


vecera 


cena 


Abendessen, 
Souper 


station 


stanica, kolodvor 


stazione 


Station 


statue 


statua, kip 


statua 


Statue 


sucre 


cukar 


zucchero 


Zucker 


stid 


jug 


sud 


Stiden 


tabac 


duban 


tabacco 


Tabak 


table 


stô, trpeza, sofra 


tavola 


Tisch, Tafel 


tableau (peinture) slika 


quadro, pittura 


Gemalde 


tailleur 


savac, krojac 


s art or e 


Schneider 


tapis 


cilim, sag 


tappeto 


Teppich 


tapis (sur la table 


) trpeznjak, carsav 


copri tavola 


Tischtuch 



XVI 



Français 


Serbo-croate 


Italien 


Allemand 


tant 


toliko 


tanto 


so viel 


tard 


kasno 


tardi 


spat 


plus tard 


kasnije 


più tardi 


spftter 


trop tard 


prekasno, suvise 
kasno 


troppo tardi 


zu spiit 


tasse 


zdjela, zdjelica 


tassa 


Tasse 


taxe 


taksa 


tazza, chicchera 


Gebttr, Taxe 


temps 


vrijeme 


teaapo 


Wetter, Zeit 


quel temps 


koliko vremena 


quanto tempo ? 


wie lange ? 


tenailles 


klijesta 


tanaglie 


Zange 


terre 


zemlja 


terra 


Erde 


tête 


glava 


testa 


Kopf 


télégraphe 


telegraf 


telegrafo 


Telegraph 


thé 


V • 

caj 


tè 


Thee 


théâtre 


kazaliste, teatar 


teatro 


Theater 


toast 


zdravica 


brindisi 


Toast 


toile 


platno 


tela 


Leinwand 


toit 


krov 


tetto 


Dach 


toujours 


uvijek, vazda 


sempre 


immer 


tour, la 


toranj, kula 


torre 


Thurm 


tout 


sve 


tutto 


ailes 


tout de suite 


odmah 


subito, presto 


sogleich 


trace 


trag 


orma, traccia 


Spur 


train 


voz, vlak 


treno 


Zug, Train 


trajet 


prijevoz 


traghetto 


Ûberfahrt 


transport 


prijenos 


trasporto 


Transport 


très bien 


vrlo dobro 


benissimo 


sehr gut 


trop 


suvise 


troppo 


zu viel 


trou 


rupa 


buco 


Loch 


truffe 


gomoljika 


tartufo 


Trûffel 


Vain, en 


uzalud 


in vano 


vergebens 
Thaï 


vallée 


dolina 


valle 


vendanges 


berba, jematva 


vendemmia, 
raccolta 


Weinlese 


venir 


doci 


venire 


kommen 


vent 


vjetar 


vento 


Wind 


ventre 


trbuh 


ventre 


Bauch 


verre 


casa 


bicchiere 


Glas 


verrou 


kljuôanica, kra- 


chiavistello, cate 


- Riegel 




kun 


naccio 




vert 


zelen 


verde 


grttn 


verrouiller 


zapeti 


chiudere a cate- 
naccio 


verriegeln 


vêtement 


promjena, odijelo 


vestito 


Anzug 


viande 


meso 


carne 


Fleisch 


viande rôtie 


przeno meso 


carne fritta 


gebackenesFleisch 


viande frite 


peceno meso 


carne arrostita 


gebratenes ^ 


viande étuvée 


poduseno mezo 
kuhano meso 


carne ail' umido 


gedûnstetes „ 


viande bouillie 


allesso 


gekochtes „ 


viande fumée 


suseno meso 


carne aifumicata 


gerftuchertes „ 
Hammelâeisch 


viande de mouton ovnovina 


carne di castrato 


viande fumée de 


kastradina 


castradina, a£fu- 


gerftuchertes 


mouton 




micato 


Hammelfleich 


viande de veau 


tele 


vitello 


Kalbiieisch 


cervelle de veau teleéi mozdani 


cervello di vitello Kalbs-Gehirn 


tête de veau 


teleoa glava 


testa di vitello 


Kalbskopf 


viande d'agneau 


janjetina 


carne d' agnello 


Lammâeisch 


viande de porc 


svinjetina, prasce- 


• carne di majale 


Schweinefieisch 


VXJULC» 

côtelette de porc svinjeée rebarce 


castoletta di 


Schweins-Cote- 






majale 


lette 


vie 


zivot 


vita 


Leben 


vieux 


star 


vecchio 


ait 



XVII 



Français 

vigoureux 

village 

ville (cité) 

vinaigre 

vin 

vin blanc 

vin rouge 

violette 

violon 

visage 

vis-à-vis 

visite 

vite (adv.) 

vive! 

vivre 

voile, la 

voici 

voir 

voisin, le 

voisin, voisine 

voiture 

voiturier 

voix 
voyage 
sac de voyage 



Serbo-croate 

jak 

selo 

grad, varos 

ocat, kvasina 

vino 

bijelo vino 

crno (crveno) vino 

Ijubica 

vijolina 

lice 

preko puta, lice 

i lice 
posjeta 
brzo 
zivio ! 
zivjeti 
jedro 
ovdje 
vidjeti 

susjed, komsija 
blizu, bliznji 
kocije, kola 
kocijas 

glas 

put, putovanje 
putna torba 



Italien 

forte 

villaggio 

città 

aceto 

vino 

vino bianco 

vino nero (rosso) 

viola 

violino 

viso 

dirimpetto 

visita 

presto 

evyiva ! 

vivere 

vêla 

qui 

vedere 

vicino 

vicino 

carrozza 

vetturino, carre- 

tiere 
voce 
via^gio 
valigia da viaggo 



Allemand 

stark 

Dorf 

Stadt 

Essig 

Wein 

Weisswein 

Rothwein 

Veilchen 

Violine, Geigc 

Gesicht 

vis-à-vis, gegen- 

uber 
Besucli 
scbnell 
Vivat! Hoch! 
leben 
Segel 
hier 
sehen 
Nachbar 
nahe 
Wagen 
Fulirmann 

Stimme 

Fabrt 

Keisetasclie 



je 


ja 


tu 


ti 


il 


on 


elle 


ona 


(neutre) 


ono 


nous 


mi 


vous 


vi 


ils 


oni 


elles 


one 


(neutre) 


ona 


j'ai 


imam 


tu as 


imas 


il (elle) a 


fma 


nous avons 


imamo 


vous avez 


imate 


ils (elles) ont 


imaju 


j'avais 


imadjali 


tu avais 


imadjase 


il (elle) avait 


imadjase 


nous avions 


imadjasmo 


vous aviez 


imadjaste 
imadjahu 


ils avaient 


j'ai eu 


imao sam 


tu as eu 


imao si 


il (elle) a eu 


imao je 


nous avons eu 


imali smo 


vous avez eu 


imali ste 


ils ont eu 


imali su 



io 




ich 


tu 




du 


egli 
ella, essa 




er 




sie 






es 


noi 




wir 


voi 




ihr (Sie) 


essi, loro 




sie 


esse, loro 






io ho 




ich habe 


tu hai 




du hast 


egli (ella) 


ha 


er (sie) hat 


noi abbiamo 


wir haben 


voi avete 




ihr habt 


essi (esse) 


hanno 


sie haben 


io aveva 




ich liatte 


tu avevi 




du hattest 


egli (ella) 


aveva 


er (sie) hatte 


noi avevamo 


wir hatten 


voi avevate 


ihr hattet 



essi (esse) avevano sie hatten 



io ho avuto 
tu hai avuto 
egli (ella) ha avuto 
noi abbiamo avuto 
voi avete avuto 
essi (esse) hanno 
avuto 



ich habe gehabt 
du hast gehabt 
er (sie) hat gehabt 
wir haben gehabt 
ihr habet goliabt 
sie haben gehabt 



XVIII 



Français 


Serho-croate 


Italien 


Allemand 


j'aurai 


ja 6u imati 


io avrô 


ich werde haben 


tu auras 


ti ées imati 


tu avrai 


du wirst haben 


il aura 


on ) 

ona ^ 6e imati 

ono ^ 


egli (alla) avrà 


er (sie) wird haben 


nous aurons 


mi cemo imati 


noi avremo 


wir werden haben 


vous aurez 


vi éete imati 


voi avrete 


ihr werdet haben 


ils auront 


oni ) 


essi (esse) avranno sie werden haben 




one ? ée imati 








ona, ' 






je suis 


ja sam 


io sono 


ich bin 


tu es 


tl SI 


tu sei 


du bist 


il est 


on je 


egli (ella) è 


er (sie) ist 


nous sommes 


mi smo 


noi siamo 


wir sind 


vous êtes 


vi ste 


voi siete 


ihr seid 


ils sont 


oni su 


essi (esse) sono 


sie sind 


j'étais 


bijah 


io era 


ich war 


tu étais 


bijase 


tu eri 


du warst 


il était 


bijase 


egli (ella) era 


er (sie) war 


nous étions 


bijasmo 


noi eravamo 


wir waren 


vous étiez 


bijaste 


voi eravate 


ihr waret 


ils étaient 


bijahu 


essi (esse) erano 


wir waren 


j'ai été 


ja sam bio 


io sono stato 


ich bin gewesen 


tu as été 


ti si bio 


tu sei stato 


du bist gewesen 


il a été 


on je bio 


egli (ella) è stato (a) er (sie) ist gewesen 


nous avons été 


mi smo bili 


noi siamo stati 


wir sind gewesen 


vous avez été 


vi ste bili 


voi siete stati 


ihr seid gewesen 


ils ont été 


oni su bili 


essi sono stati 
esse sono state 


sie sind gewesen 


je serai 


ja eu biti 


io sarô 


ich werde sein 


tu seras 


ti ées biti 


tu sarai 


du wirst sein 


ils sera 


on ce biti 


egli (ella) sarà 


er (sie) wird sein 


nous serons 


mi cemo biti 


noi saremo 


wir werden sein 


vous serez 


vi cete biti 


voi sarete 


ihr werdet sein 


ils seront 


oni ce biti 


essi (esse) saranno sie werden sein 


un 


je dan 


uno 


eins 


deux 


dva 


due 


zwei 


trois 


tri 


tre 


drei 


quatre 


cetiri 


quattro 


vier 


cinq 


pet 


cinque 


fûnf 


six 


sest 


sei 


se dis 


sept 


sedam 


sotte 


siebeii 


huit 


osam 


otto 


acht 


neuf 


devet 


nove 


neun 


dix 


deset 


dieci 


zehn 


onze 


jedanaest 


undici 


elf 


douze 


dvanaest 


dodici 


zwôlf 


treize 


trinaest 


tredici 


dreizehn 


quatorze 


cetrnaest 


quattordici 


vierzehn 


quinze 


petnaest 


quindici 


funfzehn 


seize 


sesnaest 


sedici 


sechzehn 


dix-sept 


sedamnaest 


diecisette 


siebzehn 


dix-huit 


osamnaest 


dieciotto 


achtzehn 


dix-neuf 


devet naest 


diecinove 


neunzehn 


vingt 


dvadeset 


venti 


zwanzig 


vingt et un 


dvadeset i jedan 


ventuno 


einundzwanzig 


vingt deux 


dvadeset i dva 


venti due 


zweiundzwanzig 


trente 


trideset 


trenta 


dreissig 



XIX 



Français 


Serbo-< 


croate 


Italien 


Allemand 


trente et nn 


trideset i 


jedan 


trentuno 


einunddreissig 


trente-denx 


trideset i 


dva 


trenta due 


zweiunddreissig 


quarante 


cetrdeset 




quaranta 


vierzig 


cinquante 


pedeset 




cin quanta 


filnfzig 


soixante 


sezdeset 




sessanta 


sechzig 


soixante-dix 


sedamdeset 


settanta 


siebzig 


quatre -vingt 


osamdeset 


ottanta 


achtzig 


quatre-vingt-dix devedeset 




novanta 


neunzig 


cent 


sto 




cento 


hundert 


deux cent 


dvije stotiue 


due cento 


zweihundert 


mille 


hil^ada (tisuéa) 


mille 


tauseud 


deux mille 


dvije hiljade 


due mila 


zweitausend 


un million 


milijon 


[(tisuée) un milione 


eine Million 


florin 


forint a 




fiorino 


Gulden 


couronne 


kruna 




corona 


Krone 


kreuzer 


novcié 




soldo 


Kreuzer 


heller 


para, heler 


heller 


Heller 


lundi 


ponedjeljak 


lunedi 


Montag 


mardi 


utorak 




martedl 


Dienstag 


mercredi 


srijeda 




mercoledl 


Mittwoch 


jeudi 


ôetvrtak 




giovedi 


Donnerstag . 


vendredi 


subota 




venerdi 


Freitag 


samedi 


petak 




sabato 


Samstag 


dimanche 


nedjelja 




domenica 


Sonntag 


Français 


Croate 


Serbe Italien 


Allemand 


janvier 


sijecanj 


januar 


Gennajo 


Jftnner 


février 


veljaca 


februar F ebbraj o 


Februar 


mars 


ozujak 


mart 


Marzo 


U&rz 


avril 


travanj 


april 


Aprile 


April 


mai 


svibanj 


maj 


Maggio 


Mai 


juin 


lipanj 


jïinij 


Giugno 
Luglio 


Juni 


juillet 


srpanj 


• 1 • • 


Juli 


août 


kolovoz 


august 


Agosto 


August 


septembre 


rujan 


septembar Settembre 


September 


octobre 


listopad 


oktobar Ottobre 


October 


novembre 


studeni 


novembar Novembre 


November 


décembre 


prosinac 


decembar Dicembre 


December 


Français 


Serbo-croate 


Italien 


Allemand 


celui-ci 


ovaj 




questo 


dieser 


celle-ci 


ova 




questa 


dièse 


celui-là 


onaj 




quelle 


jener 


celle-là 


ona 




quella 


jene 


mon 


moj 




mio 


mein 


ma 


moja 




mia 


meine 


ton • 


tvoj 




tuo 


dein 


ta 


tvoja 




tua 


deine 


son 


njegov 




suo 


sein 


sa 


njegova 




sua 


seine 


notre 


nas 




nostro 


unser 


votre 


vas 




vostro 


euer 


leur 


njihov 




loro 


ihr 


qui? 


ko? 




chi? 


wer? 


qu'est-ce qui? 


sto? 




che cosa? 


was? 



Index des localités. 

V =^ station du bateau à vapeur ; F = station de chemin de fer ; 

P = station de poste. 



Abbadessa Castel F 145 

Abbazzia Y P 56, 67 

Almissa V P 27, 190 

Andréa S. scoglio près de Lissa 220 

Andréa S. scoglio près de Baguse 228 

Antivari Y 313 

Antonio S. canale 110 

Arbe, île d' Y 23, 26, 78—81 

Arcs romains 100 

Arhangjeo Sv., Couvent d' 100 

Arta grande, scoglio 109 

Arzano 8 

Ascrivium (Cattaro) 282 

Asseria 95 

Babindub 87 

Bacina, lago di 18 

Bankovié 14 

Barbato (île d'Arbe) 80 

Barone, fort (Sebenico) 116 

Baskavoda Y 187 

Bellavista 228 

Belvédère (Cetinje) 306 

Benkovac P 87, 88, 95, 98 

Biagio S., chapelle de 252, 254, 256; 

église 243 
Bihaé 144, 146 

Bijelober (lac de la Krka) 103 
Bilusic, 2'''"« chute de la Krka 103, 104 
Biograd 108, 109. 
Biokovo, mont de 187, 192 
Bobara , scoglio près de Ragusa- 

vecchia 277 
Bocca Palsa 223, 228 
Bocca grande 2*28 
Bocca Ingannatore 223, 22S 
Bocca Pompejana 266 
Boccagnazzo, lac de 75 
Bocche di Cattaro 16, 16, 282 
Bol (île de Brazza) Y 208 
Brazza, île de 27, 205—208 
Breno, Val di 274, 276 
Bribir, Ponti di 98 
Bua, île de 143 
Budua Y P 307, 309, 311 
Bukovica (Obrovazzo) 88, 90 
Bukovica (Kistanje) 99 
Burnum 100 
Busi, île de 216 

Calamotta, canal de 226, 228 
Calamotta, île de Y 228, 268 
Cambio, castel F 145 
Canali, vallée de 278 
Cannosa Y 23, 259—262 
Carminé, Madonna del 110 
Cassone Monte 289 
Castellastua 310, 313 
Castella, Biviera délia 144 
Castelnuovo (sette castella) Y 145 
Castelnuovo (Bocche) Y 2, 26, 283, 286, 
286, 287 



Castelveochio (sette castella) V F P 

145, 147 
Castelvenier 93 
Catene (Bocche) 288, 290 
Cattaro Y P 283, 298—302 
Cattaro, golfe de 296 
Cazza, île de 220 

Cetina, rivière 15, 19, 127, 128, 192 
Cetinje P 302—306 
Cherso, île de 58, 59, 90 
Cikola (rivière) 15, 107 
Cittavecchia (Lésina) Y 211 
Clissa P 181—184 
Comisa (Lissa) Y 215 
Corio (3'«'»« chute de la Krka) 104 
Crappano, île de 116 
Crkvice 292 • 

Curzola, île de 217, 218 
Curzola, ville de 218 

Daksa, scoglio (près de Gravosa) 228 

Dance, baie de 254. 

Dinara mont 15, 19, 126 

Dioclea 282 

Dobrota Y 296, 297 

Domenica S. 211, 212 

Draga 143 

Dragalj, fort de 291 

Drijen, fort de 263 

Driti, Maria di (couvent) 143 

Drnis F P 123, 127, 129 

Duare P 192 # 

Dubrovnik (voir Raguse) 

Dur mit or 293 

Erizzo, Borgo 66, 73 
Eufemia, couvent 81 

Fasana Y 45 

Filippo, S. e Qiacomo 108 

Fiume Y F P 54, 66 

Fiumara 301 

Fort opus 194 

Gabela F 8, 200 
Gelsa (Lésina) Y 211 
Giacomo, S. (Raguse) 252, 253 
Giorgio S., île Giuppana 266 
Giorgio S., chapelle, Kozjak 177 
Giorgio S., île de Lésina 212 
Giorgio S., scoglio, Bocche 293, 294 
Giovanni S., fort p. de Cattaro 302 
Girolamo, ruine du couvent (Spa- 

lato) 177 
Giuppana, île de 17, 266 
Gorazda près de Cattaro 
Gordicchio 303 
Gravosa Y 17,^227, 228, 257 
Grbalj (voir Zupa) 
Grégoire, île de 14, 59 
Grohote 204 
Gruda 278, 279 
Grujica, scoglio 14, 61 
Gubavica (chute de la Cetina) 192 



XXI 



Haj Nehaj 311, 313 
Hvar (voir Lésina) 

Igalo 280 
Imoski P 186, 187 
Incoronata, île de 83, H)9 
Isola Lnnga 83 
Iso, île de 52 

«ladera (voir Zara) 

Jader (rivière) 179 

Jarebica (source de la Cetina) 128 

Jezerski Vrh (voir Lovcen^ 

Jezero Blato près d'Imoski 18 

Jurasinka H8, 90 

Juro Sv. (Biokovo) 16 

Karin, mer de 84, 85, 88 

Katuni 187 

Katunska Nahija (Monténégro) 304 

Kistanje P 95, 99 

Klek, presqu'île de 224 

Klicevica, rivière 96 

Knin F P 19, 101, 124-126, 129 

Kombur, canal de 287 

Konavli (voir Val Canali) 

Korcula (voir Curzola) 

Kosovo 15, 1)33 

Kosovopolje 133 

Kotor (voir Cattaro) 

Kozjak près de Spalato 16, 144 

Kriz, mont 77 

Krivosije 16, 291 

Krka 2, 15, 19, 103—107, 117-122 

Krstao (col, Monténégro) 304 

Krusevo 90 

Lacroma 22, 269-273 
Lagosta, île de 17, 24, 219 
Lagostini, scogli 220 
Lapad, presqu'île de 22, 256 
Lasekovica 99 

Lésina, île de 17, 22, 208—212 
Lésina, ville de 209 
Lissa, île de 22, 212—215 
Lissa, bataille de 214 
Ljubuski 200 
Loparo 81 
Lovcen, mont 308 
Luka (Griuppana) 266 
Luksic, Castel 147 
Lunga, Isola 83 
Lussin, île de 50, 51, 59 

Madonna del Carminé 110 

Madonna délia neve 277 

Madonna dello Scalpello (Bocche) 

293, 294 
Madonna délia Sainte (Cattaro) 302 
Maggiore, monte 64, 57, 81 
Makarska V P 27, 181, 193 
Malfi, baie de 228 
Malastica, mont de 263 
Mali Halan 92, 93 
Malpaga, fort 76, 87 
Mamola, fort 281 

Manojlovac (chute de la Krka) 104, 105 
Maon, île de 52, 59 
Marasovic (Krka) 103 



Marco S., île de 288 

Marjan, mont (près de Spalato) 176 

Meleda, île de 52 

Melcda, île de V 17, 22, 62, 264, 2<36 

Meliine, Bocche V 287, 288 

Metkovio V F 188, 194, 195, 197, 221, 224 

Mezzo d'Istrie, canale 58 

Mezzo, île de 267, 268 

Mezzo, porto (Meleda) 265 

Miljecka (6'''»« chute de la Krka) 104 

Milnà (Brazza) 207 

Molini (Val di Breno) 276 

Molonta 281 

Morter, île de 109 

Mosor 1\ 144, 189, 191 

Mostar F P 8, 201 

Mrajanik, mont près de Cattaro 297 

Mrkan, scoglio 277, 281 

Nadinium 94 

Nadinsko Blato 94 

Narenta (rivière) 16, 19, 193, 196-199 

Neresi 207, 208 

Nicolô, fort S. 110 

Njegusi 304, 308 

Noce, Val di 228 

Nona 67, 76 

Norino, rivière de 195 

Xovigrad, mer de 84, 85, 89 

Novigrad V 89 

Obcina près de Trieste 41 
Obrovazzo Y P 84, 87, 90 
Oliveto 204 
Ombla 19, 257, 258 
Orahovac 295 

Orebic (Sabbioncello) 222, 223 
Orjen, mont 16, 292 
Ossero, mont 50, W 
Otok, scoglio di 288 

Pago, île de Y P 52, 82, 93 

Paklenica (Vélebit) 84, 91 

Palazzo Porto 264 

Paludi, couvent (Spalato) 175 

Parcnzo Y P 44 

Pasman, île de 82, 108 

Pastrovici 311, 312 

Pelagosa, île de 220 

Peljesac (voir Sabbioncello) 

Perasto V 293 

Perkovic-Slivno F 123 

Perzagno Y 296, 297 

Pestingrad près de Cattaro 297 

Petka, mont 255, 256 

Pettini dans le canai Selve 52 

Pettini de llaguse 226 

Pettini de Ragusavecchia 277 

Pietro S. (Brazza) 207 

Pirano Y P 44 

Planik, île de 62 

Ploca Y 87 

Pocitelj 200 

Podprag 92 

Pola Y F P 20, 45—47, 48, 49, 50 

Poljica 189 

Pomo, île de 220 

Porto Rose 286 



XXII 



Prémuda, île de 52 
Prevlaka, île de 288 
Prokijan, lac de 98, 107, 118 
Promina, mont 15, 26 
Promina 127 
Prznna', mine de 85 
Punta d'Ostro 281 
Puntadura, île de 52, 75 
Pnntamica 75 
Punta Planka 138 

Quarnero 57 
Qnarnerolo 58 

Radman, moulins de (Cetina) 192 

Bagusavecchia 276, 278 

Kaguse V F P 8, 229, 230—256 

Razanac, scogli 84 

Bicica, vallée 93 

Bisano 289, 291 

Biviera délie sette Castella 144 

Bodié, route de 188 

Boncislap (7^*"« chute de la Krka) 106 

Bondoni, scoglio 281 

Bovigno V 44, 45 

Budele, village de 100 

Sabbioncello 17, 221 

Salona 177—181, 183 

Salvatore, monte, près de Knin 102 

Sarajevo 202 

Savina, couvent 286, 288 

Scardona, ville de 118 

Scardona (8^*'»" chute de la Krka) 119 

Scutari V 282, 313 

Sebenico Y F 15, 29, 111^116 

Selve, île de 52, 59 

Sergio, mont 2ô8, 259 

Sinj P 6, 129, 185, 186 

Sis, mont 58 

Siverié F 26, 124 

Skaljari, village 297 

Snijeznica, mont 279 

Sokô (val d'Ombla) 258 

Solta, île de 23, 29, 203 

Sondovjel (5>*-« chute de la Krka) 104 

Sottomonte, couvent 222 

Spalato V F P 8, 29, 149-175 

Spalmadori 203, 214 

Spiljari 302 

Spizza Y 14, 311 

Staiileo, castel 145, 148 

Stagno Y 224—226 

Stanjevié, couvent 312 

Starigrad Y 85, 91 

Starigrad (île de Lésina) voir Citta- 

vecchia 
Stefano S 309, 313 
Stirovnik (voir Lovcen) 
Stolivo (Bocche) 294, 296 
Strada litorale 30 
Strada maestra 187, 192 
Strada mediterranea 30 
Strada Napoleone 188 
Strada romana 187 
Stretto (île de Morter) 109 
Su6urac, castel 145 
Sutorina, vallée 279 



Sutomore 311, 313 
Sveto Brdo 15, 91 
Sveti Juro 16 
Svilaja 15 

Tartaro, mont 15, 117 

Teodo, baie de 288 

Tersatto près de Fiume 55 

Tignarossa, montagne (Arbe; 81 

Topla, baie de 287 

Topolje, chute de 126 

Torrette Y 108 

Trappano Y 224 

Traù Y P 138—142 

Trebinje P 6, 8, 262-263 

Trieste Y F P 42 

Trilj P 186 

Trinità, fort (près de Cattaro) 303 

Turija, col 187 

Ulbo, île de 52, 59 
Ugljan île de Y 52, 82, 108 
Ugljane, village 188 

Vaganski Vrh (Vélebit) 15 

Val Canali 278 

Val Cassione baie (Pago) V P 84 

Val di Noce 228 

Veglia, île de 58 

Vélebit 15, 23, 58, 91 

Vélebit, route du 92, 93 

Velika Paklenica ravine 84 

Velika Bovina 92 

Velika Solina 110 

Verbosca (Lésina) Y 26, 211 

Vid 196 

Vila, mont de 138 

Vipera, mont 222 

Visovac, couvent de 117, 121 

Vito, mont S. 208 

Vitturi, castel 145, 147, 148 

Vlastigrad 91 

Vlast^ca, mont 263 

Vrana, lac de 18 

Vrana, ruines du couvent de 96, 97 

Vranjica 179 

Vrgorac P 188, 200 

Vrlika P 6, 128 

Vrmac (Bocche) 297, 305 

Vrpolje F 123 

Zablace 116 

Zagvozd P 187 

Zaostrog, couvent 194 

Zapuntello, île 83 

Zara 8, 27, 60—72 

Zaravecchia 108, 109 

Zaton 118 

Zeljeznica, rivière 14 

Zemonico 87, 94 

Zengg 

Zêta 282 

Zirona, canal de 138 

Zlarin, île de 110, 116 

Zrmanja, rivière de 15, 19, 85, 86 

èupa 303 

Zuri, île de 110 



ANNONCES. 



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Maison fondés Bn 1821. i 



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Vins des propres crus. 




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(Premlftre Banque Populaire de Dalmatle) 

Spalato 

Ulica Gimnazi je (près THôpital du Pays). 



Capital versé : couronnes 480.000 parta- 
gées en 4000 actions à la valeur nominale 
de 120 couronnés. 

Fonds de réserve au 31 décembre 1898 : 
cour. 161.506'3. 

Ouverte depuis 1870. 

Dividendes pour Tannée 1896 : 8'»/o ; 
1897: 9%; 1898: 9'Vo. 



a) se charge de toutes les opérations de banque. 

b) consent des subventions aux actionnaires contre 
lettres de change ou reconnaissances de dette, 
jusqu'à quatre mois de terme. 

c) escompte les lettres de change. 
d) consent des prêts sur gage. 

e) consent des emprunts sur garantie hypothécaire 
moyennant intérêt. 

fj reçoit des dépôts d'épargne et de compte-courant 
contre intérêt. 

gj reçoit en dépôt les titres et valeurs, bijoux et do- 
cuments dans ses cuffr es-forts, contre provision. 

h) se charge de l'encaissement et de payements 
sur toute place de banque pour le compte 
d'autrui et contre provision. 

i) se charge de l'achat et de la vente de titres 
de fonds publics, de traites sur l'étranger et de 
l'échange pour son propre compte et celui 
d'autrui. 





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Commerce de vins en gros 
Distillerie à vapeur 
Fabrique de marasquin 



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Cognac de Dalmatle I 

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11 



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flacon liliputien 
la petite bouteille 
la double bouteille 
la bouteille 



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1.60 



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En outre toutes sortes de vins de Dalmatie, de 

vieille eau-de-vie et d'eau-de-vie de marc de 

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toute rîiutriche-Hongrie. 




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Spalato. 
Fabrique et dépôt de Upears. 

Marasquin & Balcan & Cognac ■% Grands vins da pays. 

Seul producteur de la Liqueur „Vi§njevo". 

Au coin de la Stara Obala et du Vocni Trg. 
Maison fondée en 1857. 










Spîridione Tocigl 

cL>palato. 

Exportation en gros de vins de 2)almatie 

et 

maison de commissions. 





Damjan Katalinié et Bra(^a 

©astQlli ppQS Spalato. 

Ppodactears-viticalteaps. 

Commerce en tous produits du pays. 




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Fabrication et exportation de 

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Spécialités : Yugava et f rosecco. 

Véritable eau-de-vie de marc de raisin. 

Dépôt ppineipal: IBol (Bra^^a). 

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Exposition du Jubilé Vienne 1898. 



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du Jubilé Vienne 1898. 



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commerce autorisé. 


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de Raguse et des environs. 

Se charge de commissions de toute sorte. 

Correspondance : en français , 

allemand, italien, croate, serbe, 

hongrois. 





(Ouvert toute Tannée.) 




Inauguré en 1897. Offre tout 
le comfort désirable, dans toute 
saison, pour un séjour prolongé; 
70 chambres (100 lits), pourvues 
presque chacune d'un balcon et 
ayant vue sur la mer : éclairage 
électrique, ascenseur; corridors 
et escaliers chauffés ; chambre 
obscure, atelier de peinture; 
salon ; cabinet de lecture et salle 
de jeu; lawn-tennis; parc ré- 
servé; terrasse offrant une ra- 
vissante vue sur la ville et la 
mer; yacht à vapeur pour ex- 
cursions; voitures de louage. 

Exquise Cuisine à la table d'hôte 
et an restaurant. 

Prix des chambres selon la 

grandeur et la situation à partir 

de 3 couronnes. 

Logement et pension complète, 

déjeuner, dîner, souper (non com- 
pris la boisson), pour nn séjour 
prolongé, à partir de 11 cour. 

Retenir des chambres par télé- 
graphe ^Impérial Ragusa". Ren- 
seignements aux Bureaux de 
voyages et à-la „Société d'Hôtels 
Ragusa - Cattaro" Vienne, I. 
Freisingergasse 4. 




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OraSac (Valdinoce) près Raguse 

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Véritable huile de table vierge 

qualités l"; II-, IIP, IV. 

Envoi en gros et en détail en t'ûts, bouteilles et vases 

de fer-blanc ù partir de 6 kilos. 

Produit qni 6« recommande A tons les ménages. 

Excellente qualité et pureté garanties. 

Médaille d'argent Prague 1698. — Pris décerné par 
le Conseil agricole de Zara 1898. 



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Malsg Ison 
nmilfie 11 B 1884. 


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G. Gutunic 


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de la „ïiiviera des Sept Castella, Dalmatie". 


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Vienne, I. Fleischmarkt 14. 


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Vins purs de Dalmatle, huile l'ollves de 

qualité supérieure, vinaigre de vin, marc 

le raisin, cognac, liqueurs etc. 


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Exécution soignée efc élégante de tous les travaux d'inipri- 
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Français +■ Oeutscti + Magyariil *■ )taIiano -v CE8KY 
{UebPUt. + Latine 4- ^oHanbfdî + Po poisku + Slovanski 
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Portuguez -V Ilo BtjrapcKH «f* HrvatSki + Româitasa 
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Maison Alfred Hôlder. 

Libraire-éditeur de la Cour et de rUniversité,Vienne, 1. Rolhenthurmstrasse 15- 



Spalato 



et les momuments romains 
de la Dalmatie. è k h h ^ 



l^lestauration de la Cathédrale de Spalato. 

Par 

A. HAUSEt^ 

ancien architecte, professeur impérial-royal, chargé de la restauration 

de la cathédrale de Spalato. 

^vec un plan et deux illustrations dans le texte. 

Prix: Couronnes 1.60 = marcs 1.60. 

(En allemand.) 



Notre Marine de Guerre 

Par 

le baron Alfred de Koudelka, 

lieutenant de vaisseau impérial et royal, 

illustrée de 122 gravures d'après les aquarelles et les dessins 

originaux 

du baron Auguste de Ramberg, 

lieutenant de vaisseau impérial et royal. i 

Avec une carte (506 pages in octavo). 

Prix: broché couronnes 9.60 = marcs 9.— ; 
en reliure de luxe: couronnes 12.— = marcs 11.—. 

(En allemand.) 

SoonGS do voyago et étudos, 

par 

Jean d'Asbôth, 

ancien Conseiller de division au ministère de la maison de l'Empereur 
et de l'étranger, membre du Parlement hongrois. 

Orné de 37 illustrations couvrant la page et de 175 illustrations 

de texte d'après les photographies du lieutenant impérial et 

royal C. M i e n z i 1, et d'autres, de même que d'une carte 

historique et de 3 cartes et tableaux de statistique. 

Prix: brocbé cour. 16 = marcs 16, relié cour. 19.80 = marcs 19.20. 

(En allemand.) 



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