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Full text of "Histoire chronologique des épidémies du nord de l'Afrique"

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KURTLSCHWARZ 

Booltsellçr 

Beverly Nllls, CoJifornlo 






mSTOIBI (IHROIIOLOGIQOB 

DES ÉPIDÉMIES 



NORD DE L AFRIQUE. 



HISTOIRE CHRONOLOGIQUE 

DES ÉPIDÉMIES 

DU NORD DE L'AFRIQUE, 

DEPUIS LES TEMPS LES PLI S RECULÉS JUSQU'A NOS JOURS ; 

PAJt 

LE DOCTEUR J.-L.-G. GUYON , 

IHSPECTECn DU SERVICE DE SANTÉ DES ARMÉES , CORRESPONDANT. DES ACADÉMIES 

DES SCIENCES DE USBONNE ET DE MUNICH , DES ACADÉMIES DE MÉDSaNE DE VIENNE , 

DC SA.1NT-PÉTERSB0UR6 , DE DRESDE ET DE FLORENCE, DE LA SOCIÉTÉ 

BOTANIQUE DE RATISBONE , DE l' ACADÉMIE DES SUIENCES 

ET LETTRES DE MONTPELLIER ,. ETC. , ETC. 



A l'égard des événements qui appartiennent aux. 
temps reculés, la vérité est difficile à saisir. 

DiODORE, liV. XIII. 

In rehv» tam antiquis , ai quœ similia vert» 
iint, pro verts accipiantur, satiê haàeatn. 
TiTE-LivE, lib. V. 



ALGER 

IMPRIHERIB DC GOUVERNEMENT 

1855 



\-'ui I - - 

I ■ ' 



^cu^^ ae ^o^àf^c, eéc. , elc. 






g^o.;. 



Xfjeo , ii> %o juui 4 855> 



931 



/ 



UN MOT D'INTRODUCTION. 



L'ouvrage que nous offrons au public est moins une 
Histoire des épidémies du Nord de V Afrique , comme son 
titre le porte, qu'un recueil de matériaux propres à com- 
poser cette histoire. Nous nous sommes surtout attaché à 
indiquer les sources où nous avons puisé, et où des mains 
plus habiles pourraient puiser avec plus de fruit ; — nous 
avons toujours cité nos autorités, et, le plus souvent, 
textuellement , bien que ce ne fût pas le chemin le plus 
court pour arriver à la concision, ce grand mérite de 
toute œuvre littéraire. La nôtre, quoi qu'il en soit, nous 
paraît devoir être utile , et c'est à ce titre que nous la pu- 
blions , appelant l'indulgence sur son exécution typo- 
graphique , faite , à de longs intervalles , dans une feuille 
périodique (1). 



(1) Le Moniteur a!gérien,io\iTna\ du Gouvernement, de 1846 à 1835. 



HISTOIRE CHRONOLOGIQUE 

DES ÉPIDÉMIES 

DU NORD DE L'AFRIQUE, 

DEPUIS LES TEMPS LES PLUS RBCCLtS JUSQU'A NOS iOUli. 



PREHIËRE PARTIE. 



ÉPIDÉMIES AVANT J.-C. 



TEMPS INDÉTERMIliÉS. 

Des maladies épidémiaues régrèreot à Carthage dés les premiers 
temps de sa foodatioo. LabréviateurdeTrogue-Pompée. Jastio , parle 
d*uoe de ces maladies pour laquelle Garihage recourut à des sacrifices 
humains. 

« Affligée , entr'aulres calamités , de la peste {peste), dit Justin , elle 
» ensanglanta ses autels , et chercha la guérison de ses maux dans le 
» crime. Bl e immola des hommes comme de simples yictimes (homimê 
» ut victimas immolabant) , sacrifia jusqu'à des enfaus [et impuhereê) 
3 dont rage tendre sollicite la pitié d'un ennemi même, et crut apaiser 
» les Dieux par le sang de ceux pour lesquels on a cootome, le plus 
9 souvent , de les implorer. » 

( Histoire universelle, liv. xvui , traduction de Tabbé Paul. ) 

Les Carthagino's recoururent , bien souvent encore, à ces sortes de 
sacrifices , dans leurs épidémies postérieures. Aussi, cette superstition 
est trop intimement liée à notre sujet , pour que nous ne lui consa- 
crions pas de suite quelques mots. 

On sait que ce n'était pas seulement en temps de peste> mais encore 
sous le poids de toute autre calamité publiçiue , que les Carthaginois 
y recouraient , dans Tespoir d'apaiser la divinité, qu'ils supposaient 
avoir ofifensée. Celte superbtiiion , qui venait de la Phénioie , leur patrie 
(Quinte-Curce, Silius-Iiallcus, etc. ), les suivit en Sicile ^ puis en Espa- 
gne, où nous voyons que, dans une calamité qui affligeait ce royaume, 
on crut ne pouvoir se rendre les Dieux favorables que par le sacrifice 
da fils aîné du roi (i). 

Les enfaos, offerts en holocaustes, périssaient par le feu, flagrantihui 
arts, dit Silius-Ualicus, mais rapportons, tout entier, oe que dit le 

^(1) Ifariana , Histoire d'JUpague, liv. i*', traduct. du père Chareatoû, 



— a — 

chantre des Guet ns puniques , de l'horKble pratique cafthagiooise : 

« Mos fuU îe |U)^ilia^uos cojitKdit advena Dido , 
» Po9C€re ca^tie Deos veoiaiu, ae (ligrantibos arîs 
9 (lafaQtfiun djctu !) parviis iinponere natos. » 
( Guerres puniques , liv. iv. ) 

Les Carlhaginois avaient , pour ces î«orles de sacrifices, une slalue 
colofisale, qui représentait un taureau farouche; ello était creuse ,'ei 
ses flancs entretenaient , pour les sacrifices, une fournaise ar'tentd, où 
se précipitaient les efifin;» dès qu'on tes présefitaii à ta gueule béante 
du monstre; il s*ené.happait alors des mugisseniens semblables à ceux 
d'un troupeau sortant d'un étable : c*é(aient k's cris des viciimes , 
ainsi transformés par Thorrible machine. A ce rooAieul » le peupla 
poussait de grands cris, au bruit des tambours et d'autres instrumfus , 
afin de ci»uvrir les pUinles des enfans , et de ménager aii;si U trop 
vive sensibilité des parens. 

L'horrible machine était de l'invention du tyran Périllus . qui, sans 
doute, en punition de ce forf.ut , y périt lui-même. « Il mugit . à soq 
» tour, dans son taureau , dit Siiius-lialicus, \mmugit flelnle tauro. 

Le même pcëte nous représente le fils d'Annibal désigne, par le sort , 
pour être livré au même supplice, alors que son père, tout couvert de 
gloire, s'avanç:iit vers le lao Trai?ymène. 

La mémoire du taureau de Périllus fut conservée longtemps : il était 
WM sur le bouclier d'un chef de troupe du nom de Grosphiis. C'est 
ce même Groiiphus qu'envoya Arigeule au secours de Syracuse , alors 
assiégée par Marcellus (1). 

Les sacrifices humains se continuaient à Cat ihnge dans les premiers 
t^ïpsdu-chtistianisnte; mais, à cette époque, le mode en avait cliingé : 
alors ies viciMoes n*étaient plus précipi.ées d^ns les fiimmes. elles pé*^ 
rissaieni sous le couteau. Alors aussi , et soit que I homme fùl devenu 
ou plus fanatique, ou plus dénaturé, le- enfans étaient présentés à Tau- 
tel par les auteurs mêmes de leurs jours, qui allaient jusqu'à les cares- 
ser, pour les empêcher de pleurer , au moment où le prêtre levait le 
fatal couteau !..... « lit .t.fantibus blanditbantur parentes , ne lacry* 
» mantes iminolar^Qlur • dit Terlutlien, dans sofi Apologetieus. 

A Marseille, cLcij.s «-etrouvons 1rs sacntices humains en u?age 
contre la peste , et l étaient pas de frêles et innocentes victimes qu'^^n 
oflratt en holociusfes , mais un malheureux qui se dévouait lui-même 
pour te salut de ses concitoyens, à la seule con lition d'en être nourri ^ 
pendant une année , des mets les plus délicats* Nous laissons parler 
Pétrone^ à qui nous devons la connaissance de cette étrange pratique. 

« A .Marseille, dit Pétrone, chaque fois qu'on était affligé de la peste 
» {quoties pestilentid laborabant), un pauvre se dévouait à cooditioa 
» que la viite le nourrit , une année entière, des mets ies plus délicats* 
» L^année révolue, couronné de verveine, et revêtu d'habits consacrés, 

> on te promenait dans toute l'enceinte de la cité ; on le chargeait d'rm- 
» précat^ous pour faire tomber sur sa tête les fléaux publics , et ou la 

> précipitait aiosi du haut d'un rocher. » 

{Satyricon, sect. cxt.) 

(1) StUtts-ltallcus , Op, cit., lib. xiv. 



— s — 

Les sacrifices des Carthaginois furent toujours en horreur aux 
nations contemporaines. Aussi nous voyons quMls leur furent 
jnterdits par une clause de leur traité avec Gélon , tyran de Sy- 
racuse , par suite de la défaite d'Âmilcar sous Himere ( Plutar- 
que , Apophtegmes, et De sera numinum Vindietà j. Pareille 
interdiction leur fut encore faite par un édit de Darius, roi de 
Perse, en même temps que celle de manger des chiens et d'en- 
terrer les morts , au lieu de les brûler ( A. de R. 260 ). a Un 
édit de Darius, dit Justin, leur défendait d'immoler des victimes 
humaines, et, de plus , de manger des chiens (4). Il leur était 
encore ordonné, par le même édit , de brûler les morts , au lieu 
de les enterrer ( Op. et*., /t6. XIX). » 

Les sacrifices humains furent de nouveau interditsàCarthage, 
età une époque plus rapprochée de nous, par le proconsul Tibère. 
Alors florissait, en Afrique, le célèbre TertuUien , qui nous ap- 
prend que Tibère alla jusqu'à faire attacher les prêtres de 
Saturne aux arbres qui couvraient le lieu de leurs horribles sa- 
crifices. Ce fait, TertuUien le tenait des soldats mêmes qui 
avaient exécuté les ordres du proconsul. Teste militià patrio 
nostr® (Carthage) quœ idipsum munus illi proconsuli functa 
est, dit TertuUien (Qp. ct^). Mais l'impie praticjue qui avait 
résisté à la clause du traité de paix avec Gélon, ainsi qu'à l'édil 
de Darius, résista également à la défense du proconsul , et ai» 
frappant exemple dont il avait cru devoir l'appuyer. Les sacri- 
fices humains se coutinuèrent donc à Carthage, non eo public, 
il est vrai, mais en secret, comme nous l'apprend encore Tertul- 
lien. Sec et nunc in occulto pe^severatu^ hoc sacrum facinus, dit 

(4) L'usage de manger des chiens se continue dans l'intérieur, 
et il n'est pas rare de voir des indigènes en manger aussi sur la 
côte. Ainsi l'auteur d'un ouvrage sur Tripoli, dû à la plume d'une 
Anglaise ( belle-sœur du Consul d'Angleterre Tully ) , rapporte 
avoir vu taire un repas de chiens rôtis, sous les murs de cette 
viUe, à Toccasion d'une victoire que venait de remporter un chef 
arabe ( Voyage à Tripoli^ etc. , traduit de l'anglais par Mac- 
Carthy. Paris, 4849 ). Le chien, dans l'intérieur, n'est pas seu- 
lement employé comme aliment, mais encore comme médica- 
ment. Ainsi, à Biskara, on en fait usage contre la maladie érup- 
tive qui s'est manifestée dans sa garnison , pendant le premier 
hiver qu'elle y a passé. Presque toutes les troupes en ont été 
atteintes , jusqu'au médecin de l'hôpital. D'abora, on crut y voir 
une sorte de lèpre , ce qui , un instant , donna quelque crainte 
à l'autorité. On V vit , depuis, le Bouton d'Alep, opinion qui 
n'était pas plus fondée qiie l'autre. C'est une éruption propre à 
la contrée , où on l'attribue à l'usage des eaux et des dattes. 
Elle ne sévit guère que sur les étrangers, klle est douloureuse , 
mais sans gravité , puisque personne n'en meurt. EMe se rap- 
proche du Bouton d'Alep par ses cicatrices indélébiles , mais elle 
s'en éloigne par sa courte durée , qui n'est que de deux mois au 
plus , tandis que celle de la maladie syrienne s'étend à une an- 
née , ainsi que l'indique le nom qu'elle porte dans le pays. Ce 
nom est Habbat-eUsenna ^ qui veut dire Bouton d^un an. 



— 4 — 

l'orateur chrétien (Op. cit.). Assurément, on serait tenté de 
croire que cette superstition surgissait, en quelque sorte, comme 
un produit naturel , de cette sanglante terre de Garthage, et 
alors surtout que nous Vy retrouvons encore bien des siècles 
après, chez un peuple qui avait succédé à lant d'autres, ei diffié- 
rant de tous ses prédécesseurs , de la maDiére la plus tranchée, 
par ses mœurs comme par ses croyauees. Nous vouIobs parler 
de la population musulmane de Tunis, en 4^3.5. Nous devons la 
connaissance de ce fait à Marmol, racontant le débarquement de 
Charles-Quint à Tunis, qui eutlieu, comme on sait, en l'annéepré- 
citée. On venait de dresser les tentée de rEa^pereur et de l'Infant 
Don Louis sur une petite colline, entre Carthageet leFort-de4'Eau. 
C'était sur ce même point que St. -Louis avait campé, en 4*270, 
pour une entreprise semblable à celle qui amenait Charles-Quifit. 
Après avoir fait connaître ces circonstances^ Marmol ajoute : « U 
» y avait alors dans la ville cette prédiction , qu'un puissant roi 
» devait dresser là ses tentes, puis prendre Tunis, et leurs sor- 
» ciers, entendant cela, égorgèrent cinq enfaos, et firent plu- 
» sieurs sortilèges de leur sang pour détourner ce malheur 
» (L'Afrique de Marmol^ traduct. de D'Ablanpourt, t. U, p. 465 ).» 
Les Sacrifices en usage à Carlhagô Tétaient sans doute aussi 
sur d'autres points de l'Afrique. Quoi qu'il en soit, il est na- 
turel de rappeler , à cette occasion , les tombieaux du Ras- 
Aconater (1 ) , monumens qui , bien qu'aux portes d'Alger , 
pour ainsi dire , n'ont pas encore attiré, d'une manière pnr- 
ticulière, l'attention des voyageurs (%). Ces tombeaux, que 
nous avons fait fouiller l'écemment, contiennent, chacun, avec 
des ossemens de ruminans, des squelettes provenant d'individus 
des dmix sexes et dQ tous les âges. S'il fallait y voir de siniples 
sépultures, oq ne s'expliquerait pas cette réunion de corps qui 
onfc dû être inhumés en même temps. Toutefois, en adoiiettant 
ce qui peut être contesté, que ces restes sont ceux d'individus 
oQiprts en sacrifice, il est vraiseoublable qu'ils Tout été sous l'em- 
pire d'autres idées que celles que Qous avons en vu)9 dans ce 
moment. Aussi ne nous arrêtons-nous pas davantage sur les res- 
tes authropplogique^ du Ras-^Aconater ( 3 ). 

(4) Lfe cap despanis. Le3 Arabea désignent ainsi àm restes 
d'aquéduc qui se trouvent daus cette Ipcalité. 

(^) Shaw est, jusqu'à ce jour, le aeul voyageur qui en ait 
parie. Vpiqi ce qu'il en dit : 

« Près du tombeau (marqimkt) deSeedy-ïIallif /'St(W-'£al«/'>, 
» environ à moitié chemin entre Seedi-Ferje (Sidi-Ferruch) et 
» Alger, pn rencontre un grand nombre de tombes , couvertes 
» de grandes pierres plates, lesquelles sont assez larges pour 
» deui^ ou trois corps. » Voyages en Barbarie^ etc. , t. 4 •^, o. 5, p. 85. 

(3) Les monumens qui les renferment sont semblables , pour 
le mode de construction , comme pour la forme des matériaux , 
aux monumens druidiques qu'on trouve sur différents points de 
la France. Aussi sont-ils indiqués comme suit, sur la Carte d'une 
partie de la province d'Alger, publiée en 4845 : Petites construc- 
tions semblables aux monumens druidiques. 



— s — 

De nos jours , les saeriBoes humains ont disparu du nord do 
l'Afrique , mais que ce pays vienne à relomber dans la barbarie 
d'où nous t'avons retiré naguère , qui sait ce qui adviendrait 
alors? qui sait si l'odieuse pratique des sacrifices n'y renaîtrai) 
pas avec des événemens de la nature de ceux qui y ont fait re- 
courir <ko6 les siècles passée? On est naiurellemeat amené à le 
penser, en regard de ces sacrifices d*animaux qui , tous les jours, 
s'y ùm\, sous nos yeux , dana le bui d'obtenir la guérisoo des 
maladies qui ont résisté aux Ubibs (médecins) et aux amulettes. 
De ces sacrifices aux autres , il n'y a qu'un pas : ils sont inspi- 
rée par c^U^ même croyance , qu'on peut , par du sang répandu, 
se rendre propices les auteurs des maux rebelles à la science ; 
il n'y a de difierencç quQ dans la nature de ces êtres malfaisans. 
Pour les Carthaginois , c'était une divinité, c'était Saturne ; pour 
les peuples «ctoels de l'Afrique , ce sont des esprits aniquels 
ils ne donnent aucune forme, esprits qu'ils désignent sous le 
nom de Djaunès (4) , et qui habiteraient, tout^à-la-fois , les airs 
et les entrailles de la terre. Ajouterai -je que, dans l'Afriaue 
centrale , ce ne sont pas seulement des animaux , mais aussi aes 
hommes , qu'on offre en holocaustes , dans les sacrifices dont 
nous parlons ? Mais écoutons , sur ce fait , l'auteur d'un Voyage 
à Tripoli^ parlant d'un prinqe du Fezzan , qui était alors dans 
cette ville : 

« Il nou3 confirma, dit rauteur, dans ce qve nous avions 
» entendu dire auparavant, que des sacrifices humains ontenco- 
» re lieu dans certaines parties de l'Afrique. Ainsi , au sud de 
» l'Abys^inie , les habltans sacrifient aux esprits malins les es- 
» claves qu'ils ne peuvent pas vendre ( Op. cit., 1. 1*% p. 337 )• » > 

L'auteur ajoute , parlant du même prince : « Il nous assura 
» même qu'il y avait des cannibales dans ces régions. Ce qui 
» prouve assez la vérité de cette assertion, c'est que nous voyons 
» quelquefois un eunuque noir , qui vit dans la maison de 1 am- 
tt bassadeqr Abderrbuian , et qui est connu pour avoir été adon- 
» né à oette féroce habitude H n'y a pas même long*tems 
» que l'on eut quelque peine à l'empêcher de donner une preuve 
)> dQ ces habitudes sauva^^. » 

Je reviens à mon çujet. 



(I) Pluriel du mot Djenoun, qui veut dire Diable^ Démon , 
esprit malin, 

Diego de HsEido , écrivain espagnol , le seul auteur qui ait 
parlé des sacrifices d'animaux en Afrique, écrit Ginones. Topo^ra- 
phia e HUtoria génial de Argtl^ etc. Valladohd, 4642. 

Le voyageur Sbaw écrit Jejones, Cet auteur parle des Jejones 
à l'occasion de sacrifices d'anims^nx que les marins indigènes 
font à la mer, à l'approche d'une tempête ou de Quelque aulre 
danger. On s^it que cet usag^ existait aussi chez les marins de 
l'antique Grèce. Amenez, dit Aristophane , un agneavk noir , car 
le typke se prépare à s^tir avec violence, Bt Virgile»: U ordonne 
de sacrifier trois veam à Erioo , et un agneau à la tempête. 



— 6 — 
5- SIÈCLE AVANT J.-C. 



lit* Année de la LXXXVII* olympiade , 43^ ani avant J.-G. 

Nous plaçons ane épidémie dans le nord de l'Afrique en la 
ni" année de la lxxxvii* olympiade, 430 ans avant J.-G. Nous 
admettons cette épidémie d après Thucydide , interprète de Topi- 
nion qui faisait venir, de la partie de TÉthiopie qui domine 
yi^^^fDle et de la Libye , l'Afrique septentrionale d'aujourd'hui , 
la célèbre peste d'Athènes de Vannée précitée. Ainsi s'exprime 
à cet égara l'historien grec : 

« Le fléau commença ; dit-on , par cette partie de l'Ethiopie 
» qui domine l'Egypte , descendit en Egypte et dans la Libye , 
» gagna le vaste empire du grand Roi , et soudain Athènes en 
» fut infectée ( Guerre du Péloponèse ^ liv. ii , chap. 48 , Ira- 
» duction de Larcher ). ?> 

Une maladie épidémique aurait donc affligé le nord de l'Afri- 
que à l'époque de la peste d'Athènes ; elle l'aurait même pré- 
cédée si , en effet , la maladie athénienne était passée par la 
Libye. Mais Diodore de Sicile, que nous aurons à citer si sou- 
vent; Diodore , qui, de son côte , a transmis à la postérité un 
historique de la peste athénienne , ne dit al>solument rien de son 
origine exotique ; les détails qu'il donne sur les causes auxquelles 
on l'attribuait, infirment, au contraire, cette origine. Ce pré- 
cieux document n'ayant encore été mentionné par aucun auteur 
médecin , nous le consignerons ici. Les paroles de Diodore se 
rapportent à deux époques ou phases de la maladie : sa première 
invasion , et son retour , l'année suivante. Mais laissons parler 
l'auteur sicilien. 

« Les Athéniens , dit Diodore, n'osèrent pas entrer en cam- 
» pagne pour s'opposer aux progrès des Lacédémoniens , et se 
» renfermèrent dans la ville , où bientôt une maladie pestilen- 
» tielle se déclara , fléau qui devait naître naturellement à la 
» suite de l'encombrement de la foule rassemblée sur un espace 
» trop étroit pour la contenir, et forcée de respirer un air vi- 
» cié ( Bibliothèque historique , tradijustion de Miot , liv. xn , 
» sect. XLv ). » 

« Dans l'année suivante , continue Diodore , les Athéniens , 
» chez lesquels , pendant quelque tems , la peste avait suspendu 
» ses ravages , furent affligés de nouveau par ce cruel fléau , 
» qui éclata avec tant de force, qu'ils perdirent au-delà de 
» 3,000 hommes d'infanterie« 400 cavaliers et près de 4 0,000 ha- 
» bitans, tant libres qu'esclaves. Gomme il entre dans le domaine 
» de l'histoire de faire connaître les causes d'une si terrible ma* 
» ladie , il est indispensable de les exposer ici. 

» De grandes pluies étaient tombées pendant l'hiver de l'an- 
» née précédente ; elles avaient couvert d'eau toutes les terres; 
» un grand nombre de lieux bas et creux en furent tellement 
» remplis , qu'il s'y forma des lacs d'eaux stagnantes , et que ces 



— 7 — 

» lieux prirent l'aspect de yastes marécages. Ëuhaaffées par la clialear 
» He l'été suivant, le? eaux croupissantes répandirent des exha- 
» lâisons épaisses et fétides , et ces vapeurs, mêlées dans Tair envi- 
» ronnaoi , se corrompirenf. comme on voii qu'il arrive ordinairement 

> dans le voisinage des marais, où les cara^^lères pestilentiels se mani- 

> feslent. A C(*lle cause de maladie se joigriil la mauvaise nournlure; 
» car, pendanl celle année, tes fruits de la terre, vir.iés par une exces*^ 

> sive humidité , étaient d'une nature in^^ahibra. Enfin , un Iroisièma 

> principe de ce funeste mal fui Tabsence des vents étésiens qui, pen- 
» dant l'été, tempèrent toujours, parleur fraîcheur, l'excès du chaud : 
» ils ne soufflèrent pas celte aunée. Par ce concours de choses, la cha- 

> leur acquit une si grande intensité, que l'air devint embra^^é, et que 

> le corps humain n'étant jamciis rafraîchi , coniracta nécessairement 

> un genre d'afTeclion pe>lilentielle, toutes les nibladies qui se mari- 

> ferlaient alors , étant de nature inflammatoire , puisqu'elles étaient 
» causées far cette excessive chaleur. Aussi , la plupart des malades fs 
a précipitaient dans les puits, ou dans les bassins des f«»niaines, pou* 
» ses par le besoin pressant de procurer quelque fraîcheur à leur 
» corps. Ab) Il us par Texcès du mal, les Athéniens attribuèrent la 
» cause du Qeau qui les ciésolailau courroux <1e quelque Divinité » 

(0/). cit,, lib. XII, sect. Lviit.) 

Ces détails, donnés par Diodore, sur la mémorable peste athénienne, 
08 Liisseni aucun doute sur son origine locale. Du reste , et depuis 
I»ni:femps déjà, cette origine es-t admise dans la science, d'après l'ana- 
lyhC dk'S symptômes de la mal «die. Dépendant, elle n'infirme, en aucune 
manière, l'existence d'une epidénne cpji , vers la même époque, atirail 
régné dansie nord de l'Afrique; seulement la premèrc ne serait pas 
née de la seconde ; il n y aurait eu de commun entr'elles que leur 
concomitance. El alors la maladie du nord de l'Afrique, comme celle 
d'Athènes, comme é^^lt'ment encore les maladies qui ré<;naient eu 
ro^me temps, d'après Thucydide , et dans la parlie de l'Ethiopie qui 
domine TEîîypte , et dans !e vaste empire du grand Roi ; toutes ces 
mala lies, disons-nous, auraient reconnu pour origine des causes locales, 
développées sous l'influence de quelque anomalie Hans la roéteorologia 
dessalions. Quoi qu'il en soit , cVsi sous ce point de vee que nous 
serions disposé à considérer bon nombre d'épidémies , ou pandémies, 
que les nations se sont plu à faire voyager, en les faisant procéder 
I une de Pautre , comme si la nature n'elaii pas la même partout !.. 
comme si , parlent, les mêmes causes ne devaient pas engendrer les 
mêmes effets l. . . Ainsi , par exemple , en, Afrique, les sécheresses do 
l'hiver de 4845 à t846, avec les chaleurs précoces dont elles furent 
suivies, ont constitué un étal météorologique qui ns s'est pas borné à 
ce pays : il lui a été commm , et pour les mêmes caUsSes , avec l'E&pa - 
gne, la France, rilalie, la Grè^-e , la Turquie et tout le nord de 
t'Ëiirope. Eh bien! n'tst-it pas évident que, partout où il a été ob- 
servé , il a (iû produire des maladies semblables , comme leurs catises 
génératrices, à part, toutefois, leur intensité et l'époque plus ou moins 
distante de leur apparition relative (1) ? Aussi , et d'après leur presque 



l'y 



On nous écrîTait de Paris , h la date dn 8 août 1846 : 

ous STOD?, depuh un mois, une vi^ritablu chaleur africaine : le thcrmo- 



idenlité de causes , les maladies que qous voyons habiluetiemenl daris 
le nord de TAfrique, depuis roccupalion française, onl-elles la plus 
griDde analogie avec les maladies du midi de l'Europe, comme aussi avec 
celles qui , autrefois , furent observées et décriles en Grèce, par Hip- 
pocrate. Et ce que nous disons ici d'une constilulion atmosphérique 
dont les élémeus soni appréciables à nos moyens d'investigation ( teni' 
pérature, hygrométrie, pesanteur, électricité, etc.), nous le dirons 
égalemenl des constitutions atmosphériques contraires , c'est-à-dire A 
élémens ou principes qui rous échappent , constitutions des plus va- 
riées sans doute, et dont , très-vraisemblablement , les effets sur l'or- 
ganisation ne seront jamais expliqués que par le quid divinum du 
Père de la médecine. 

A l'époque où régnait la pandémie dont nous venons de parler, les 
Carthaginois qui , sous le commandement de Magon , se trouvaient en 
Espagne, furent affligés par des mala Jies que Mariana rattache à Tépi- 
démie d'i^ihènes. Les frondeurs mercenaires des lies Baléares , qui 
servaient dans Tarmée carthaginoise, en souffrirent particulièrement. 
Nous laissons parler Villa tba, sur l'autorité de Florian de Ocampo , que 
nous n'avons pu , à notre grand regret , consulter nous*méroe : 

t Los honderos mallorquines , asalariados en el exército cartagioes 
» de Magon , fuéron los que mas padeciéron , asf por la variacion del 
» clima , y mudanza de mantenimiento , como por la desnudez de sus 
• cuerpos, recreciendo de tal snerte en ellos el contagio, que muriéroii 
> cas! todos en muy brève tiempo. » 

( Db Yillalba , EpidemioJogia espanola o* Historia cronolâgica 
de las fœstes , cont agios , epidemias y epizootias que han acaecidaen 
Espana , desde la tenida de los Vartagineses hasta el. ano 1801 ; 
con nottcia de algunas otras etifermedades de esta especieque han sufrido 
los Espanoles en otros reynos , elc . , t. 1", pag. 8 ;— Madrid, 1802.) 

Nous voyons de plus , dans Marîana, que les maladies qui sévissaient 
alors en Espagne étaient , comme la peste d'Athènes , communes aux 
hommes et aux animaux, et qu'elles avaient été précédées , selon les pro- 
pres expressions de l'historien , d'une extrême et longue sécheresse {%). 

ni* Année de la XCIII* Olymplada, 406 ans avant #••€. 

En la m* année de la xciir olympiade , 406 avant Jésus-Christ, 
one armée carthaginoise se trouvait sous les murs d'Àgrigente , 



» mètre 8*est é]G^é k 40* an soleil , et k 87« à l'ombre . échelle centigrade. 
» En outre, le sud-ouest , qui souffle lentement , donne aux Parisien:* une idée 
» assez exacte du Simoun d'Afrique. Il y a beaucoup de n>aladics dan^ la 
> capitale et surtout des ophthaloiies. Moi-même , à peine suis-je convalcaceni 
» d'une ophthalmie qui m*a rete: u au lit pendant un mois. > 

L*auteur de ces lignes a longtemps habité la Grèce «t le ui>rd de l'Afrique. 
Ses paroles sont donc ici d'un grand poids. 

(i} Op. cit., liv. II, pag. 110. 



— 9 — 

dont elle faisait le siège. Cette armée était commanâée par Àn^- 
nibal, petit-fils d'Amilcar, et Itnilcoo. Afin de pouvoir pousser 
des terrasses jusqu'au pied des murailles , on était obligé de dé- 
truire les tombeaux qui étaient en dehors de la ville. Ces travaux 
marchaient rapidement, au moyen du grand nombre de braS 
qui y étaient employés. On venait de toucher au tombeau de 
Théron , lorsque , tout-à-coup , ce monument , qui était d'une 
grandeur immense , fut ébranlé par la foudre. Une terreur su- 
perstitieuse se répandit aussitôt parmi les troupes. <c Bientôt 
» après , dit Diodore , la peste se déclara dans l'armée ( 4 ] , 
» un grand nombre de soldats périt , et un nombre non 
» moins considérable fut saisi de douleurs violentes et d'hor- 
» ribles souffrances. Le chef de Tarmée, Annibal , succomba 
» lui-même, et les sentinelles des avant-postes déclarèrent 
» qu'elles avaient aperçu , pendant la nuit , les fantômes des 
» morts. Imilcan , voyant que la superstition s'emparait ainsi 
» des esprits , fit à'abord cesser la démolition des tombeaux , et 
» ensuite ordonna des supplications solennelles aux Dieux , se-. 
» Ion les rites pratiqués dans sa patrie , c'est-à-dire en sacri- 
B fiant un enfant à Saturne, et en faisant précipiter et noyer , 
» dans la mer, une foule de victimes en l'honneur de Neptune 
» (lib xm, cap. 86 J. » 

Ces désastres des Carthaginois ne les arrêtèrent pourtant pas 
dans leurs entreprises : ils finirent par s'emparer d'Agrigente et 
y prirent leurs quartiers d'hiver. 

IV* Année de la XCIII* olympiade , 405 ani avant J.-G. 

En la iv» année de la xcni* olympiade , 405 avant J.-C, Imil- 
con, qui n'était resté en Sicile que pour faire le siège de Gela , 
venait de s'emparer de cette ville. On était alors au commence- 
meqt de l'été, et la maladie dont les Carthaginois avaient tantsouf- 
fert l'année précédente, devant Agrigente, se renouvela à tel point 
devant Gela, que, malgré la prise de celte ville , Imilcon fut con- 
traint de faire des propositions de paix à Denys. Il ne nous reste 
aucun détail sur cette épidémie, bien qu'elle paraisse avoir été dé- 
crite par Diodore , à en juger par ces paroles, sans précédent, de 
rhistorien grec, a Tandis que ces évènemens se passaient , la 
situation difficile où se trouvait Imilcon le détermina à en- 
» voyer un héraut à Syracuse, pour offrir aux vaincus de trai- 
» ter avec eux ( liv, xm, sect. 144 ). » Cette opinion , du reste, 
est celle de M. Miot , qui dit, dans une note sur ce passage de 
Diodore : « Il parait qu'il existe ici uue lacune au texte, et que , 
ï> dans ce qui manque , il était question de la peste alors dé- 
» clarée au milieu du camp des Carthaginois , événement dont 
» les suites les avaient forcés à traiter de la paix. » 

En la même sonnée que la précédente, la iv* année de la 
xcm* olympiade, 405 ans avant J.-C , une maladie épidémique , 

(4) Elle se composait de 420.000 hommes , suivant Timée , de 
Sicile ( De Ségur , Abrégé de l Histoire ancienne). 



— 10 — 

qu'on peut supposer de la môme nature que l'épidémie sici- 
lienne , régnait en Libye. Diodore en parle à Toccasion du traité 
de paix conclu entre Denys et Imilcon. « Ce traité , dit Diodore, 
» ayant été ratifié de pari et d'autre, les Carthaginois mirent à 
» la voile , pour retourner en Libye , après avoir perdu, par les 
» maladies , plus de la moitié de leur armée. Lorsqu'ils abordé- 
)> rent dans leur patrie , ils trouvèrent que la peste n'y exerçait 
» pas moins de^ravages, et ce fléau emporta un grand nombre 
» de carthaginois et d'alliés ( liv. xni , sect. 444 ). » 



II« Année de la XCV* olympiade, 399 ani avant J.-G. 

En la u* année de la xcv* olympiade, 399 ans avant J.-C, une 
épidémie régnait dans le nord de l'Afrique, tant parmi les Car^- 
Uiagtnois que parmi les autres habitans du pays. Diodore n'en 
parle qu'à Foccasion des nouveaux projets d hostilités que De- . 
nys nourrissait contre Carthage. 

Par suite de la paix conclue entre les deux nations , beau- 
coup de grecs siciliens passaient dans les villes de la domination 
S unique, où ils acquéraient le droit de cité. Cet état de choses, 
ont on ne pouvait prévoir le terme , contrariait fort Denys ; il 
y voyait une atteinte portée à sapuissanct, qui ne pouvait que 
s'afflaiblir ainsi chaque jour. Aussi ne songeait^il qu'à rompre 
avec Carthage , lorsqu'une maladie qui éclata en Libye , 
vint le confirmer dans ses desseins , cet événement lui parais- 
i»ant devoir en assurer le succès, a De plus , dit Diodore , il était 
» instruit ( Denys ) que la peste , qui désolait alors la Libye , 
» avait fait périr un grand nombre de Carthaginois , et cette cir- 
» constance lui paraissant un événement favorable dont il devait 
» profiter, il jugea que le tems était venu de se préparer pour 
» la guerre [Uv. xiv, sect. 44 ). » 



III* Année de la XCV* olympiade ,398 ani avant J.-C. 

Eu la m* année de la xcv* olympiade , 398 ans avant J.-C., la 
Libye était de nouveau désolée par une épidémie qui faisait de 
grands ravages. Denys ne pouvait être plus puissamment servi 
par les évènemens. Aussi le fléau ^carthaginois était-il , pour le 
Tyran de Syracuse , l'argument dont il usait le plus souvent , 

Sour porter ses concitoyens à la guerre , ainsi qu'il fit encore 
ans une assen^lée dont parle Diodore. « Denys , dit Diodore , 
» faisait de plus observer que , dans ce moment , les Carthagi- 
» nois étaient réduits à une inaction forcée par la peste qui ra- 
» vageait la plus grande partie de la Libye ( Uv. xiv , 
» seot, 45). » 

L'assemblée dont il est ici question, eut lieu quelques jours 
après les réjouissances célébréiBS à l'occasion du double mariage 
dç Deu)^ , contracté en même tems , avec la Locrienne Doris, 
fille de Xenetus , et Aristomaque , de Syracuse. 



— 11 — 

IV* Année de la XCV* olympiade ^ 397 ani avant J.-C. 

En la iv« aoQée de la xcv* olympiade , 397 ans avant J.-G., 
ttoe épidémie , la même , sans doute , que celle des deux années 
précédentes , sévissait encore en Libye Diodore eu parie à pro- 
pos de la guerre qui fut enfin déclarée à Garthage , sur les pres- 
santes sollicitations de Denys. « En ce tems, dit Diodore , la peste 
» avait moissonné une grande partie delà nation, et aucun pré- 
» paratif n'avait été faitpour la guerre (liv. mv^sect, 47 ). » 

r* Année de la XCVr olympiade, 396 ani avant J.'C. 

En la 4'* année de la xcvr olympiade , 396 ans avant J.-C, 
par suite de leur rupture de paix avec Denys, les Carthaginois 
envoyèrent une nouvelle armée en Sicile. Cette armée fut en- 
core confiée aa même Imilcon qui avait conduit les précédentes 
opérations. Après avoir ravagé tout le territoire de Syracuse, et 
s'être emparé de FÂchradyne (quartier situé dans son enceinte)^ 
il pénétra dans les temp&s ae Cérès et de Proserpine. Après 
quoi, il fit enceindre son camp par un mur, pour la construction 
duquel il avait dû détruire tous les tombeaux des environs. Au 
nombre de ces tombeaux était celui de Gélon et de sa femme, 
monument de la plus grande magnificence. Des dispositions 
avaient été prises pour assurer le ravitaillement de l'armée, par 
des vaisseaux de charge qui allaient, en Sardaigne et en Libye, 
chercher du blé et c^autres approvisionnemens. Sur ces entre- 
Êiites, une maladie apparut parmi les troupes. 

» Enfin, dit Diodore, une maladie contagieuse survint et fut 
16 la prmcipale cause de tous les désastres qu'éprouvèrent les 
» Carthaginois ( lib. cit. , sect. 63. ). » Ce qu'ajoute l'historien , 
tant sur la nature de la maladie, que sur les causes auxquelles 
on l'attribuait, offre trop d'intérêt pour que je ne le reproduise 
pas ici. 

« Indépendamment , continue Diodore , de la vengeance 
» que la divinité exerçait ainsi, ce fléau s'augmentait encore, 
» d'une part, de la réunion de tant de milliers d'hommes dans 
» un même espace, et, de l'autre, par la saison qui donne le 
» plus d'intensité à ces sortes de maladies: c'était l'été, et les 
» chaleurs n'avaient jamais paru si excessives. Du reste, ce lieu 
» semblait destiné à être de tout tems le théâtre d'un immense 
» désastre; car déjà les Athéniens, qui, peu de tems auparavant, 
» avaient établi leur camp sur ce terrain enfoncé et marécageux, 
» y avaient éprouvé les ravages d'une maladie à laquelle un 
» grand nombre d'entr'eux succombèrent (4). 

(f) En la IV* année de la xci* olympiade , 443 ans avant J.C, 
selon la supputation de Diodore. D'après celle de M. de Ségur^ 
les désastres des Grecs devant Syracuse; auraient eu lieu 
un an plus tôt, c'est-à-dire {je copie M. de Ségur) l'an du-, 
monde 3592, avant J.-C. 442, de Rome 336, de Carthage 434 
( Op. cit. ). 

L'armée , sous le commandement de Nicias et de Démosthè- 
ne , était campée sur les bords marécageux du fleuve Anape. 



— la ~ 

» Avant le lever du soleil, un frisson glacial, causé par Tair 
9 chargé de l'humidité des eaux stagnantes, saisissait les corps ; 
» et, à midi, une chaleur étouffante accablait cette multitude 
» d'hommes entassés dans un emplacement si étroit. 

)> La maladie commença par attaquer les Libyens (4) , et fit 
» beaucoup de victimes. D'abord, on prit soin d'enterrer leurs 
» morts ; mais, bientôt, la foule des morts s'étant successive- 
» ment accrue, et tous ceux qui soignaient ,les malades, atteints 
)) par la contagion, périssant eux-mêmes, personne n'osa plus 
)) s'approcher des premiers. Ainsi, tout secours de Tart ayant 
» cessé, la maladie devint absolument sans remède. La mau- 
» vaise odeur qui sortait des cadavres sans sépulture, et les 
» exhalaisons putrides des marais, engendraient, d'abord, un 
» flux catarrhal, puis ensuite des tumeurs à la gorge. Ces acci- 
» dens étaient peu après suivis de fièvres, de douleurs nerveu- 
» ses le long de l'épine du dos, et de pesanteur dans les jam- 
» bas. Enfin, la dyssenterie succédait, et des pustules couvraient 
» toute la surface du corps. Tels étaient, presque généralement, 
» la nature et les effets de la maladie. Mais quelques hommes 
» étaient en même temps atteints de manie, perdaient toutà-fait 
» la mémoire , et, hors de sens , parcouraient le camp , en frap- 
» pant tous ceux qu'ils renconlraint. En un mot, la violence du 
» mal et la promptitude de la mort rendaient inutiles tous les 
« secours des médecins. Les malades mouraient le cinquième 

Elle ne manquait absolument de rien , comme le rappelait Ni- 
cias , alors qu'il voulait continuer la guerre , malgré l'épidémie, 
contre l'avis de son collègue Déniosthène , qui conseillait la re- 
traite. « Nicias objectait , dit Diodore , qu'il était honteux pour 
» les généraux d'abandonner un siège commencé , lorscfu'ils 
» avaient encore un grand nombre de trirèmes et de soldats en 
» état de combattre , de l'argent en abondance , et qu'ils regar^ 
» geaient de munitions (lib. xui , sect. 4%). » Nicias , pourtant, 
par suite des progrès du mal, finit par se ranger à l'avis de son 
collègue , mais alors survint une éclipse de lune qui retarda le 
départ; car, dans ces tems de superstition , il était de règle de 
ne rien entreprendre pendant les trois jours qui suivaient une 
éclipse de soleil ou de lune. Les seules causes de l'épidémie 
étaient la nature des lieux et les chaleurs de la saison. A ces 
causes se joignirent sans doute, comme presque toujours en pa- 
reil cas , l'encombrement et la démoralisation. Affaiblie chaque 
jour davantage par la mortalité, l'armée ne tarda pas à se rendre 
aux Syracusains. Le vainqueur usa mal de la victoire : les deux 
généraux, faits prisonniers, furent mis à mort, ainsi que tous 
les auxiliaires. Quant aux Grecs qui restaient, envoyés aux La- 
tomies , la plupart y périrent de misère. Les Latomies , comme • 
on sait , étaient des carrières qui servaient de prisons , et où les 
détenus étaient employés à tailler des pierres. Ce sont ces car- 
rières qui inspirèrent ce mot, devenu proverbial , du poète Phi- 
îoxène , aux satellites de Denys : Reconduisez <- moi aux car- 
rières /.... 
(1) Les habitans de l'Afrique au service des Carthaginois. 



— 18 — 

)x jour on , au plus tard , le sixième après rinvasion du mal , et 
» dans des douleurs si atroces, qu'ils estimaient heureux ceux 
» qui avaient péri daos la guerre , sous le fer des ennemis. De 
» plus , comme les hommes qui assistaient les malades, avaient 
» tous gagné le même mal , la situation dé ceux qui étaient at- 
» taqués , devenait effroyable, personne ne voulant rendre au- 
» cun service à ces infortunés. Ainsi , non-seulement ceux qui 
» n'étaient liés par aucune relation , s'abandonnaient récipro- 
» quement , mais des frères étaient forcés de laisser leurs frères, 
» des amis, leurs amis , par la crainte d'être eux-mêmes victi- 
» mes de la contagion ( liv. xiv, sect 70 et 71 ). » 

Denys, après cette désastreuse épidémie, eut bon marché des 
débris de l'armée d'Imilcon , qui se hâta de faire voile vers Car- 
thage , après une paix honteuse. Ce revers de fortune pour les 
Carthaginois , jusqu'alors si heureux en Sicile , est , pour Diodo- 
re , le sujet de réflexions dont quelques-unes sont trop intime- 
ment liées à notre sujet pour que nous les passions sous silence. 

« Ces Carthaginois , dit Diodore ; ces Carthaginois , maîtres à 
» peu près de toute la Sicile , à l'exception de Syracuse , et s'at- 
» tendant d'un moment à l'autre â s'emparer de cette ville , sont, 
» en un instant , forcés de trembler pour leur patrie même. Eux, 
» qui avaient renversé les tombeaux des Syracusains , contem- 
» plent cinquante mille cadavres des leurs , victimes de la peste, 
» entassés et privés djs honneurs de la sépulture ! Eux , qui 
» venaient de ravager les campagnes des Syracusains , voient , 
» bientôt après , leur flotte devenir la proie des flammes ! Ce 
)) même port , que leurs vaisseaux avaient , naguère , si pom- 
» peusement parcouru , où ils avaient étalé aux yeux des Syra- 
» cusains le spectacle insolent de leur prospérité, ils ne se aou- 
» taient pas qu'ils seraient obligés de le traverser, fuyant pen- 
» dant la nuit , et laissant , au pouvoir des ennemis , leurs alliés 
» abandonnés lâchement 1 Leur général lui-même , qui avait 
» dressé sa tente dans le temple de Jupiter, et pillé les trésors 
» sacrés que ce temple renfermait, fuit honteusement dans Car- 
» thage, avec un petit nombre des siens I W se soustrait à une 
» mort naturelle , mais pour subir la juste punition de ses im^ 
» piétés ! et , l'objet des reproches de tous ses concitoyens , il 
» traîne dans sa patrie unevie ignominieusement célèbre I II ar- 
» rive même à un tel excès de malheur, que couvert des plus 
» vils vêtemeos , on le voit parcourir tous les temples de Car- 
» thage, confessant ses impiétés envers les Dieux , et frappé par 
)> la main vengeresse de la Divinité I Enfin, se condamnant lui- 
» même à la mort , il se laisse périr de faim , léguant à ses con- 
» citoyens une crainte religieuse du courroux des Dieux ; car , 
» après cette funeste guerre, la fortune assemhla bientôt, sur 
» leurs têtes, de nouvelles calamités ( Op. cit. , seot. 76). » 

Justin , que nous avons déjà cité , a transmis aussi , a la pos- 
térité, le souvenir des désastres d'Imilcon sous Syracuse. « Aprèis 
» les plus heureux succès sur terre et sur mer , dit Justin ; . 
» après la conquête de plusieurs villes , il vit périr tout-à-coup 
>. son armée par l'effet d'une maladie contagieuse ( pesHlentis 
» sideris ). Cette nouvelle, apportée à Carlhage , plongea les ha- 



— 14 — 

» bilans dans k consternaUoo : les rues retentissaient de hur^ 
» lemens , comme si la ville elle-même eût été prise. Ou ferma. 
» les maisons et les temples; les prêtres suspendirent leurs sa- 
» orifices , les citoyens leurs travaux. On accourt en foule sur- 
» lie port ; chacun s'informait des siens auprès du petit nombre 
» de ceux qui avaient échappé au fléau. Mais , quand à leurs 
» espérances encore douteuses , à leurs craintes jusque là sus- 
» pendues par Tincertitude de leurs pertes , eût succédé la cer- 
» titude dans toute son horreur, on n'entendit plus sur le ri- 
» vage que des cris douloureux , des plaintes lamentables , et 
» les sanglots des malheureuses mères (Op, cit, , lib. xix , cap. ii). » 
Justin représente ensuite Imilcon débarquant à Carthage ; il 
le suit jusqu'à sa maison , où se rend le général en déplorant ses 
revers , au milieu de ses concitoyens. Je ne rapporterai ce pas- 
sage de lustin c^ue parce que le genre de mort qu'il assigne au 
général carthagmois n'est pas celui que Diodore lui donne. 

(( Cependant , l'infortuné Imilcon , dit Justin , sort de son 
» vaisseau , les vêtemens en désordre, et dans le costume d'un 
» esclave. A son aspect , la foule désolée se rassemble autour 
» de lui. Élevant alors les mains vers le ciel , il déplore tour à 
xT tour sa triste destinée et le malheur de sa patrie, reprochant 
ï> aux Dieux de lui ravir les triomphes et les nombreux tro- 
» phées qu'il devait à leur protection ; de n'avoir rendu son ar- 
» mée victorieuse de tant de villes, dans tant de combats sur 
» terre et sur mer, que pour la faire périr ensuite, non par le 

» feu , mais par la peste (nonbello , sed peste) ; que les 

» Carthaginois , au contraire , avaient vaincu leurs ennemis et 
» n'avaient cédé qu'à la peste ( quod ad pestem^ victos ) ; que , 
» pour lui , sa douleur la plus vive était de n'avoir pu mourir au 

» milieu de tant de braves ; que, quoiqu'il eut ramené à. 

» Carthage les tristes débris de son armée , il allait néanmoins 
» suivre ses compagnons d'armes , et prouver à sa patrie que 
» s'il avait vécu jusqu'à ce jour, ce n'était pas par amour de la 
x> vie , mais pour d& nas trahir en mourant ceux que la conta- 
» gion ( nefanda lues) avait épargnés et laissés , sans défense , 
» ad milieu des; ennemis. 

» Après avoir prononcé ces tristes paroles , il entre dans la. 
» ville , arrive à sa maison , salue , d un dernier adieu , la foule 
» qui le suivait; et, faisant fermer sa porte , sans permettre 
» même à ses fils de paraître devant lui , il se donne la mort 
» {mortem sibi conscivit), » 

Paul Orose , écrivain du v* siècle de notre ère (\) , parle aussi 
de la dernière épidémie essuyée par Imilcon , sous Syracuse , 
mais tout ce qu'il ea dit n'est que la reproduction , en quelque 
sorte, mot pour mot, de la description de Justin , le seul auteur 
[u'il parait avoir consulté sur ce point. Aussi , comme Justin , 
onne-t-il à Imilcon une fin violente. Je me bornerai à rappor- 
ter cette partie de la description faite , par Orose , des derniers 
désastres d'Imilcon. 



l 



(4) Paulus Orosius , évéque de Tarragone , écrivait vçfs l'an* 
420 de notre ère. 



— IS — 

« Inler haec exiens procedit et ipse de navi suà Imperaltar, 
1» sordidâ servilique tunicâ. Ad cujus coDspeclum piangeatia juQ« 
» guntur agmina. Ipse quoque mauus ad cœlam tendens , nunc 
, » suam, DUQC pubiicam infœTicitatem accusât et deflet. Ad pos- 
1^ tremum vociferans per urbem , tandem ingressus domum , 
» cuDctos qui lacrymantes prosequebantur , ummo dimisit allo- 
» quio, ac deindè , obseratis januis , exclusis etiam filits , gladio 
» dolorem yitamque finivit. » Paul Orosb. It6. iv. Veuise, 4 500. 

Villalba rapporte , d'après Ocampo ( Ho, xin , cap, 48 ) , que 
de tous les élraogers qui avaient suivi Imiicon en Sicile , il ne 
revint personne. No quedo' mallorquin hondero , dit Villalba , 
ni céltico , ni andaluz , ni africano , ni persona de la armada que 
nopereciese {Op, cit, t. 4", p. 9). Par erreur, sans doute , cet 
auteur rapporte l'épidémie dont nous parlons , à Tan 404 avant 
J. G. Il en est de même des éditeurs de la Collection des Classi- 
ques latins, dans la réimpression delà traduction de Justin, par 
rabbé Paul. Quant aux étrangers qui , selon Villalba , d'après 
Ocampo , auraient partagé le sort des Carthaginois , on sait que 
Carlhage recrutait presque toutes ses troupes hors de chez elle i 
dans la Libye proprement dite , en Numidie , dans les Maurita- 
nies , en Ibîerie , dans les Gaules et , enfin , partout où elle pou- 
vait se procurer des soldats. C'est ainsi que , par suite de ses 
conventions avec Xerxès, elle était parvenue à réunir , pour sa 
première descente en Sicile , une armée qui ne comptait pas 
moins de 300,000 hommes, avec 200 vaisseaux \on^ (vaisseaua 
de combat) et 3,000 navires de transport. C'est cette même ar- 
mée qui , sous le commandement d'Amilcar, fut défaite par Gé-> 
Ion , devant Himère , et dont les désastres furent annoncés à 
Carthage par ces brèves paroles : 

Tous ceuœ qui passèrent en Sicile , sont morts /... 

Tous étaient morts , en effet , excepté les quelques fuyards , 
^happés d'un naufrage, qui en portèrent la nouvelle ( 4'* an- 
née âe la lxxiv* olympiade , 480 ans avant J.-C, ). 

L'armée qui . soixante-onze ans plus tard ( 409 avant J.-C. ) , 
Tengea si cruellement, à Sélinonte et à Himère (4) , la défaite 
d'Amilcar, était composée des mêmes élémens. Nous y voyons 
figurer, entre autres , des Campaniens , qui avaient pris une 
grande part à la victoire ; ils le rappelaient peu après , en ter- 
mes amers , ayant été compris , avec les autres étrangers , dans 
le licenciement général. Le chef de l'armée , Annibal , les laissa 
crier, et fit voile pour Carthage , où les plus grands honneurs lui 
lurent décernés. C'est ce même Annibal qui , dans une nouvelle 
expédition en Sicile , périt dans l'épidémie de l'an 409 avant 
J.-C, laissant le commandement de l'armée à Imiicon , que son 
grand âge lui avait fait demander pour collègue. 



(4) Himère fut détruite de fond en comble. Les femmes et les 
enfans furent distribués aux soldats comme esclaves. Quant aux 
hommes , au nombre de 3,000 , ils furent tous égorgés sur le 
jieu même où l'aïeul du général avait été tué par Gélon. 



— 16 — 
II* Année de la XCIX* olympiade . 383 ani avant J.-G. 

Le souvenir des pertes faites en Sicile par l'Espagne , tant 
par les maladies^ que par les guerres , était encore si vif en An- 
dalousie en la ii* année de la xcix* olympiade , 383 ans avant 
J.-C, que les Carthaginois, qui devaient retourner en Sicile , 
ne purent y lever, cette année, les nouvelles recrues dont ils 
avaient besoin. En la même année , régnèrent en Espagne des 
maladies graves , notamment dans la partie méridionale. Ces 
maladies , nous ne les mentionnons qu'a cause des intimes re- 
lations qui existaient alors entre Tancienne Ibérie et Garthage, 
relations qui pouvaient rendre communes aux deux peuples les 
maladies dont nous parlons , si ce? maladies eussent été de na- 
ture transmissible. Mais telle n'était pas la nature des maladies 
qui sévissaient en Espagne , en l'année précitée : ces maladies , 
qui se prolongèrent et s'aggravèrent l'année suivante , 382 ans 
avant J.-G., étaient le résultat du manque des récoltes^ par suite 
d'une sécheresse prolongée. Je laisse parler sur ce sujet Villal- 
ba , d'après Ocampo. 

« En el agno de 383 , dit Villalba , faliaron muchos meses las 
» aguas del cielo en la Ândaîusia, ypor toda la costa meridio-^ 
» nal , que viene desde los montes Pirineos hasta el cabo de San 
» Vicente , por cuya causa se aumentoel hambre por todas es- 
» tas comarcas , y hubiera sido mucho mayor, si los cadizegno 
» consusgxandes y poderosos naviosno hubiesea transportadose 
» cons tiempo mantenimienlos de Grecia , Syria , Africa, y du 
» rauchas otras partes del mundo , para lo quel contribuyero- 
» los factores cartagiueses ; pero ni los unes ni los otros bast'a 
» ron el agno siguiente para remediar la grande carestia que 
» hubo con mortandad mas crecida , segun siempre suele ve- 
» nir ; y como los dos agnos pasados habian sido tan turbulen- 
» tos , quedo el avre tan dagnado , que padecian las gentes di- 
» versas enfermedades (De Ocampo, lib, m , cap.. 21 }. » 

D'un autre côté, nous ne voyons aucune maladie signalée chez 
les Carhaginois , par les historiens , ni en 383 ni 382 avant 
notre ère , bien que nous possédions d'assez grands détails sur 
cette période de leur histoire. Il résulte même de ces détails que 
leur piosilion était alors très-prospère. Ainsi , en la première des 
deux années précitées , nous les voyons , non-seulement retour- 
ner en Sicile , avec des forcer considérables , mais encore se 
Sorter en Italie. En Sicile, la même année, ils livrent deux gran- 
es batailles, l'une à Cabala , l'autre à Cronium : vaincus dans 
la première , où le général Magon est tué (1) , ils obtiennent , 
dans l'autre , un succès complet sur Denys , qui y perdit Lep- 
tine , son meilleur général. Le carnage fait par les Carthaginois 
fut si grand , que lorsqu'on releva les morts , on en compta 
plus de quatorze mille. Généreux cette fois , les Carthaginois of- 
frent la paix à Denys , qui l'accepte avec empressement , en 

(4) Les Carthaginois avaient déjà essuyé des pertes considé- 
rables, lorsqu'ils furent acculés sur une hauteur où l'eau man- 
quait tout-à-fait, ce qui décida la victoire de Denys, 



— 17 -- 



payant les frais de la guerre. Ces frais s'élevaient à mitle lalens, 
pu cinq millions cinq cent mille francs de notre monnaie. 

Je passe sous silence Tannée suivante , 382 avant notre ère , 
pendant laquelle les Carthaginois jouirent d'une paix dont ils 
avaient tant besoin , mais qui , malheureusement , ne pouvait 
durer long-leras avec l'implacable ennemi rte CartKage. 



IV' SltoLC AVANt J.-C. 



il* Année delà C° olympiade ,379 ans avant J.-C. 

En la n* année de la c" olympiade , 379 ans avant J.-C, les 
Carthaginois rétablirent à Hippoue , en Sicile (1) , tous les ha- 
bitans queDenys en avait exilés lorsqu'il la prit , en la 4'* an- 
née de la xcvin* olympiade, 388 ans avant notre ère. Bon 
nombre de ceshabitans, qui se trouvaient alors en Italie, 
<3n revinrent avec les troupes que Carthage entretenait , depuis 
quelque temps , dans ce pays. « Peu après cette expédition , dit 
» l'auteur sicilien , la peste se déclara aaps Carthage ; le mal y 
» fit de si rapides progrès , qu'un grand nombre d'habitans suc- 
» comba ( Hv. xv, sect. 24). ^ Celte maladie mit TEtat à deux 
doigts de sa perte , différens peuples de la Libye , avec les habi- 
tans delà Sardaigne , ayant profilé de ses ravages {ïour se ré- 
volter contre les Carthaginois. Mais laissons parler Diodore , de 
qui nous empruntons ces détails. » Divers peuples de la Libye, 
» dit cet auteur, croyant n'avoir plus rien à redouter des Car- 
» thaginois , que les ravages de la contagion avaient affaiblis , 
» se révoltèrent. Les habitans de la Sardaigne , jugeant égale- 
» ment l'occasion favorable , suivirent cet exemple ; et, secouant 
» le joug, prirent , de concert avec les Libyens , les armes con- 
» tre leurs maîtres. » L'auteur ajoute : 

« Dans ce même tems , d'autres calamités , qui semblaient 
» envoyées par un Dieu malfaisant, tombèrent sur Carthage. 
» La ville se remplit , d'une façon extraordinaire , de troubles , 
» d'épouvante , de terreurs paniques. Les habitans sortirent en 
» désordre de leurs maisons ; et , se jetant dans les rues, comme 
» si des ennemis les eussent envahies , se battirent entr'eux et 
» se tuèrent, ou se blessèrent , les uns les autres Enfin, ayant, 
» par des sacrifices, apaisé la Divinité, le mal , quoique très- 
» grand , diminua peu à peu ; et, reprenant courage , les Car- 
» thaginoiç soumirent promplement les Libyens tévoltés , et 

(4) On sait qu'il y avait deux ville-î du même nom en Afrique, 
Hippo Regius , près Bône , et Hippo Zaryius , aujourd'hui Bi* 
scrte , dans les États de Tunis. 

3 



— 1» — 

» rentrèrent égalenienl en possession de la Sar(]aigne(^'t;. ct7., 
» mémesect.). » 

r* Année delà GII|* olympiade ,368 an* avant J.-G. 

En la \'* année de la cm* olympiade, 368 ans avant J.-C, une 
maladie régnait parmi les Carthaginois, en même tems qu'ils 
éprouvaient une défection de la |«art des Libyens , leurs alliés. 
Diodore en parle après avoir exposé les affaires delà Grèce jus- 
qu'à la grande bataille gagnée , par les Lacédémoniens , sur les 
Ârcadiens, en l'année précitée. «En Sicile, dit l'historien , De- 
» nys, qui avaitune bonne armée, voyant les Carthaginois peu 
» en mesure de faire la guerre , tant à cause de la peste , qui 
» désolait leur propre pays , que de la défeclion des Libyens, 
» se décida à tenter une expédition contre leurs possessions dans 
» l'île ( lîb. XV, sect. 73 ). » 

Denys, qui n'avait aucune raison légitime pour reprendre les 
hostilités, prétexta que les Phéniciens , qui étaient sous la do- 
mination de Carthage , s'étaient avancés sur *ses terres. Il fut 
bientôt sur celles des Carthaginois, à la tête d'une armée 
de 33,000 hommes, dont 3,000 de cavalerie: il s'empara succes- 
sivement de Sélinonte , d'Entelle et d'Érix , dont il ravagea en 
même tems les campagnes. II entreprit ensuite le siège de Lili- 
bée , qu'il fut obligé de lever peu après,, à cause de la force de 
la garnison. Sur la nouvelle que le chantier des Carthaginois 
avaitété détruit par les flammes , il détacha seulement cent-trente 
de ses meilleures trirèmes pour aller occuper le port d'Érix : 
elles y furent atliiquées par les Carthaginois , qui en enlevèrent 
la plus grande partie. L'hiver, qui s'approchait, mit fin aux hos- 
tilités par une trêve. Bientôt après , le tyran mourut; il avait ré- 
5né trente-huit ans. Un oracle lui avait prédit qu'il mourrait 
lorsqu'il l'emporterait sur des adversaires plus habiles que lui : 
une tragédie qu'il avait fait réciter aux fêtes de Bacchus , à 
Athènes , venait d'être couronnée par la courtoisie des juges.... 
Toutefois , ce n'était pas de cette victoire pacifique qu'il croyait 
avoir à craindre pour ses jours. Aussi donna- t-il de grandes 
fêtes à cette occasion , et ce fut pendant ces mêmes réjouissan- 
ces , où il se laissa aller à des excès de table , qu'il fut atteint 
de la maladie qui en délivra le monde. Rappelons en>passant, 
pour le flétrir, l'acte de froide barbarie dont il s'est rendu cou- 
pable envers les habitans de Rhegium, qu'il tenait bloqués 
depuis onze mois. 

Ces malheureux , à qui rien ne pouvait arriver du dehors , en 
étaient réduits à sortir de la ville , pour aller disputer aux ani- 
maux l'herbe qui croissait autour de leurs murailles ( 1 ) : que 

(1) Les garnisons de Médéah et de Milianah, en 48iO, ont 
Tenouvelé cette calamité des habitans de Rhegium : les troupes 
qui les composaient, alors bloquées par l'ennemi, après avoir 
épuisé tous leurs approvisionnemens , abattu et mangé leurs 
bétes de somme, se répandaient tous les jours autour de leurs 
murailles , pour apaiser leur faim avec des mauves et quelques 
autres plantes rares qui s'y trouvaient. 



le 



--19 — 

failDenys? Je laisse répondre Diodore. « Denys, dil-il ; Den^rs^ 
» instruit de celte horrible circonstance , loin d'être ému de pitle 
» par le spectacle d'une détresse qui semblait dépasser les for- 
» ces humaines, fit , au contraire , sortir de son camp toutes 
» les bétes de somme et enlever, par elles , l'herbe qui croissait 
» dans ces lieux , de manière que toute végétation en disparut 
» {liv. XVI, sect. 111). » Mais, hâions-nous de le dire, cet acte de 
Denys trouve peut-être son excuse dans la barbarie de son lems : 
il vivait à une époqiie où des mères, à Carthage, vendaient leurs 
enfans pour être offerts à Saturne ; elles devaient , de plus, as- 
sister à ces horribles sacrifices , sans laisser échapper le moin- 
dre signe.d'attendrissement, sous peine de perdre le prix convenu 
de la victime ( Plut arque , de Supers titione ). 

Villâlba place, après la mort de Denys, mais, par erreur sans 
doute , en 382 avant notre ère ( puisque Denys ne mourut , 
comme nous venons de le voir, qu'en 368 ) , une maladie qui ré- 
gnait à Sagunte lorsque les Carthaginois envoyèrent aux Ba- 
léares, pour en prendre le commandement, leur général Bostao. 
Ce général était en même tems chargé de négocier le passage des 
Saguntins dans le parti des Carthaginois, négociation qui échoua 
par le fait de la maladie. Celle-ci était grave ; elle ne tenait pas 
au manque des nécessités de la vie, puisqu'elle atteignait les ha- 
bitans les plus aisés , tels que les premiers magistrats. Mais , 
pour plus de détails , laissons parler Villâlba. 

« La ciudad de Sagunto , dit Villâlba , hoy murviedro , pade- 
» cia alguna especie de epidemia en aquel tiempo , y los gober- 
» nadores del pueblo respondiéron al capitan carlaginés que la 
» ciudad estaba muy mal sana , y que la muerte de los magna- 
» tes principales traia a las gentes llorosas , tristes y desconten- 
» tas ; de que se infîere que el contagio séria de algiina grave- 
» dad , pues atacaba a la gente mas bien acomodada ( De Ocam- 
» PO , lib. m , cap. 24 ). » 



IV* Année de la GVIir olympiade, h; II*, III* et IV* année* 
de la CIX* olympiade , I'* année de la GX* olympiade , 345 , 
344, 343 , 342 , 441 et 340 ans avant J.-G. 

Les Carthaginois retournèrent en Sicile , avec des forces con- 
•sidérables , en la iv* année de lacviii* olympiade , 345 ans avant 
J.-C. ; ils y restèrent jusques vers la fin de la ii* année de la 
tx* olympiade. Diodore ne signale , dans ce laps de tems , au- 
cune maladie dans l'armée carthaginoise , immunité qui tenait , 
vraisemblablement , à ce que le théâtre de la guf*rre ir était plus, 
comme si souvent par le passé, dans des contrées insalubres. 
Aussi les Carthaginois ne quittèrent la Sicile , en 340 , que par 
suite de leur mémorable défaite sur les bords du Crimese. Ils 
étaient alors commandés par Hannon , et leurs forces n'étaient 
î>as moins de soixante-dix mille homnaes, et de plus de dix mille 



— t0 — 

chevaux. A la téie de l'armée ennemie élait le célèbre corinlhion 
Timoléon , Tun des hommes illustres dont Plutarque nous a 
raconté la vie. Le bataillon sacré, qui s'élevait à 2,500 hommes, 
appartenant aux premières familles de Carlhage , périt jusau'au 
dernier «les armes à la main. Du reste de Tarmée , aix mille nom- 
mes suterent le même sort , ei quinze mille furent f^its prison- 
niers. 

Ce désastre des Carthaginois , qui succédait à quelques suc- 
cès , fut dû à un ouragan accompagné de grêlons d'une gros^ 
seur extraordinaire. Cet ouragan , il est vrai , était commun aux 
deox armées ; mais , tandis que Tune , Tarmée grecque, par leur 
disposition de combat, le recevait au dos , l'autre , Varniée car-^ 
thaginoise , en éiait frappée droit à la face , avec une force telle 
qu'elle dût abandonner le terrain. 

César, dans son expédition en Afrique , fut surpris par un ou- 
ragan semblable. Je dis semblable , car , sans doute , il ne faut 
voir, avec plusieurs commentateurs , que des grêlons (si groa 
et si durs qu'on voudra) dans les pierres ou cailloux qui auraient 
accompagné , au rapport d'Hirtius , l'ouragan dont nous par- 
lons. Ces pierres ou cailloux, du reste, étaient pour l'auteur 
lui-même , et pour me servir de ses propres expressions , un 
événement inoui et incroyable. 



II* Année de la CXVII* olympiade , SU ans avant J.-G. 

Les Carthaginois qui , depuis assez long-tems , avaient perdu 
de vue la Sicile, y reparurent en la ir année de la cxvu* olym- 
piade, 3H ans avant J.-C, apportés sur cent-trente trirèmes. 
Cette armée , sous le commandement d'Amilcar, le plus illustre 
de leurs guerriers , était composée comme suit : 
Carthaginois , pris parmi les habitans les plus 

distingués de Carthage "2,000 h. 

Libyens 40,000 

Frondeurs des Baléares \ ,000 

Étrusques, avec 200 chars à deux chevaux de * 
leur nation 4 ,000 



U,000h. 



Après quelques succès, dont le dernier fui dû k Thabilelé de 
leurs frondeurs , les Carthaginois allaient être forcés dans leur 
camp , sans un secours inattendu, qui leur arriva par la mer. 
Ce secours , composé de troupes fraîches , vint envelopper, par 
derrière, les Grecs qui attaquaient le camp carthaginois. Les 
chances du combat changèrent alors complètement : les Grecs , 
mis en fuite , se retirèrent eu désordre , partie dans leur camp , 
partie sur les bords de l'Uiméra , poursuivis par la cavalerie car- 
thaginoise. Favorisée , comme elfe Tétait , par la disposition du 
terrain , terrain de plaine , cette poursuite eut les plus grands 
résultats : tout le trajet , parcouru par la cavalerie , fut bientôt 



— ai — 

jonché de morts. Alors se prosrnta un fait médical qui , assc2 
souvent déjà , s'est renouvelé dans nos guerres d'Afrique. Je 
laisse parler Diodore. 

« Le fleuve lui-même , dit cet historien , semblait conspirer 
» au désastre des Grecs. On était dans la canicule , et celte vive 
» poursuite avatt lieu à Theure même de midi , de manière que 
» les soldats , tourmeutés de la soif et épuisés de faligue , ne 
» purent s'abstenir de boire avec excès de l'eau de THiméra ; 
•» mais , comme cette eau participe à la salure de celle de la mer, 
y> qui reflue dans le courant , on trouva autant d'hommes morts 
» sans blessure , pour avoir bu de cette eau, que Ton en compta 
» de tombés, dans leur fuite, sous le fer de l'ennemi. Les bar- 
» bares (Carthaginois) n'eurent dans le combat qu'environ cinq 
» cents hommes tués , mais les Grecs n'en perdirent pas moins 
» de sept mille ( liv. xix , secL 409). » • 

Les accidens dont parle ici Diodore doivent être rapportes à la 
haute température extérieure , jointe à la température intérieure 
développée par l'action de la marche et des fatigues Ces sortes 
d'accidens s'accompagnent d'une soif inextinguible; mais, en 
pareil cas, l'eau , en général, n'agit d'une manière fâcheuse que 
secondairement. Une eau saumâlre , telle que celle dont s'abreu- 
vèrent les Grecs sur les bords de l'Himéra , peut aussi , avec le 
concours d'une température élevée, donner lieu à des accidens 
d'une nature particulière. Tels furent ceux qui advinrent à l'ar- 
mée de Ctirion , ce digne général de César , qui était passé en 
Afrique , pour soutenir son parti. Ces accidens , nous en parle- 
rons en leur lieu , en même tems que nous en citerons des exem^ 
pies offerts par notre armée d'Afrique. Ici nous consignerons 
quelques exemples des premiers , observés dans cette même 
armée ; nous les ferons précéder de celui qui coûta si cher au 
comte Pierre de Navarre, dans sa descente à l'île de Gelves , sur 
la côte de Tunis, en 4540. 

Pierire de Navarre se présente devant cette île. Son armée était 
celle qui venait de conquérir Bougie et Tripoli. L'île de Gelvea 
est entourée , à de grandes distances, de bas fonds où ne peut 
naviguer la moindre embarcation , de sorte que l'armée, pour 
gagner la terre ferme , dut faire un long trajet à gué. Après quoi, 
et déjà fatiguée, elle ne se reposa que juste le tems nécessaire 
pour entendre la messe , selon la coutume des Espagnols , avant 
de livrer un combat. M. deRotalier a résumé, en peu de mots , 
les diverses relations du désastre qui allait fondre sur les soldais 
du comte Pierre de Navarre A ce résumé brillant, que j'allais 
reproduire ici , je préfère les simples paroles de Marmol , auteur 
contemporain. 

« Il était plus de dix heures, dit Marmol, avant que l'armée 
y> fût en bataille , et ia chaleur était si grande , qu'il y en eut qui 
» offrirent de grandes sommes pour un verre d'eau. Il y avait 
» onze bataillons de gens bien lestes , qui faisaient tjuinze mille 
^) hommes , sans les gens de mer. Ils commencèrent à marcher, 
» ayant à leur tête deux gros canons, deux acres et deux fau- 
» conneaux , que traînaient des soldats et des matelots. Après 
» avoir marché ainsi en bon ordre, par des sablons ardens, on- 



— aa — 

v^ Viroiï une lieue et demie , la soif fut si grande , particulière- 
I). menlchez ceux qui traînaienirartillerie, et qui portaient les 
» balles et les barils de poudre , sur leurs épaules, que plusieurs 
» tombèrent morts , tandis que d'autres quittèrent leurs rangs, 
» sans qu'on fût capable de les arrêter. Le colonel Vionélo, 
» qui commandait l'avant-garde, n'en pouvant plus, fut le pre-^ 
» m ier à laisser débander ses gens, et les autres suivirent bien- 
» lot son exemple , à Texception de Don Diego Pacbéco , qui 
» commandait l'arrière-garde , venant du côté de la mer. Alors* 
» on commença à ressentir la violence de la soif, qui fut si 
» grande , que les hommes tombaient de leur hauteur, de telle 
» sorte que la plaine fut bien tôt couverte de morts. 

» Le brave Don Garcia de Tolède courait partout pour encou- 
» rager les soldats , leur donnant l'assurance de trouver de l'eau 
» sous des palmiers qui n'étaient pas loin. Dans cette espérance, 
» on fut , avec grand peine , jusqu'à des palmiers fort touffus , 
» sans qu'en tout ce chemin , ou rencontra personne, ni ami ni 
» ennemi, ce qui inspira des soupçons aux capitaines expéri- 
» mentes. Apres avoir marché, environ un quart d'heure, à tra- 
» vers les palmiers , Tavant-garde pénétra sous de grands oli- 
» viers , ou étaient , du côté du midi , quelques puits , parmi les 
» ruines d'un ancien bâtiment. Dans les environs, les Maures 
» avaient laissé des cruches et autres vaisseaux à boire , ^vec 
» des cordes pour tirer de l'eau , et irois mille chevaux , avec 
» quantité d'infanterie , s'étaient mis en embuscade , à un trait 
» d'arbalète de là, pour donner sur les Chrétiens, lorsque, selon 
» leurs prévisions , ils accoureraient en foule et seraient le plus 
» en désordre. -Cela réussit comme ils l'avaient prévu ; car, lors- 
» Qu'on se pressait et s'entrebaltait pour boire , ils vinrent fon- 
» are dessus nos gens , en poussant de grand» cris , selon leur 
» coutume. Mais , la soif était si grande , qu'encore que l'alarme 
» sonnât , et que les officiers accourussent, on ne put jamais 
» rallier sous les drapeaux ceux qui buvaient ; ils se laissaient 
» percer de coups avant que de quitter la cruche de la main.. . 

» Dans cette surprise , le reste fil halte , et commença à se 
» retirer. Don Garcia , qui était à cheval , ayant combattu long- 
» tems et repoussé l'ennemi par deux fois , mit pied à terre ; et, 
» prenant une pique à la main , de celles qu'on avait jetées , se 
>' mit à la tète des Soldats , pour les encourager, et de paroles et 
» d effet. Plusieurs s'étant ralliés autour de lui , plutôt par honte 
» qu'autrement , il chargea les Maures de telle sorte , qu'il les 
» fit retirer la longueur d'une carrière. Mais, comme ils virent 
» que ce gros de soldats était détaché du reste, ils revinrent à 
» la charge , et nos hommes s'éclaircissant déplus en plus, Don 
» Garcia , demeuré seul, se défendit long-tems et mourut tout 
» percé de coups , environné d'ennemis morts ou blessés de sa 
» main. Le Comte {Pierre de Navarre)^ qui était plus en arrière, 
» comme tout était dans le plus graud désordre , courut au de- 
» vant des fuyards, pour leur rappeler leurs devoirs ; il fit tant 
» par ses paroles , accompagnées de reproches et de larmes , 
» qu'il leur fit tourner la tête, mais ce fut avec si peu de vigueur, 
» qu'ils lâchèrent le pied aussitôt , et lui-même fut contraint de 



-- 23 — 

» les suivre. L'arrière-garde , considérant ce désordre , au lieu 
» de s'avancer, pour favoriser la retraite , prit la fuite avant 
» qu'elle se vît pressée par l'ennemi , et jeta même ses armes 
» pour courir plus vile...... Les Maures ne poussèrent pas leur 

» victo.re avec toute la chaleur qu'ils auraient pu y mettre, de 
» peur que les Chrétiens ne se ralliassent à leur sortie des pal- 
» miers, ce qui empêcha que le mal ne fût pas plus grand. 

( Je supprime ici quelques détails. ) 



» Comme on fut arrivé à la mer, continue Marmol , la soif 
» était si grande, que plusieurs en perdirent le jugement, et 
» firent d'effroyables extravagances. On perdit, ce jour-là, 
» quinze cents hommes , dont les deux tiers moururent de soif, 
» ce qu'on apprit par ceux des prisonniers qui se rachetèrent : 
» ils rapportèrent qu'il n'y avait pas eu plus de cinq cents tués 
» ou faits prisonniers, et que la plupart des autres étaient de 
» ceux qui étaient accourus à l'eau les premiers ( Op. cit.^ 
» t. II, p. 547 et 548 ). » 

Le rembarquemment des troupes se fit dans le plus grand 
désordre. Mais le désastre ne se borna pas là : la soif poursuivit 
la malheureuse troupe jusqu'à bord des vaisseaux, où toute 
Teau de réserve avait été épuisée, par les femmes , pour laver 
le linge. Peu après , pour comble d infortunes, Navarre, qui fai- 
sait voile sur Tripoli, fut surpris par une tempête qui lui enleva 
deux vaisseaux {\). 

Sandoval , qui , de son c6té, a donné aussi une relation du 
désastre des Espagnols dans l'île de Gelves , nous a conservé les 
paroles prononcées par Pierre de Navarre , pour ranimer le cou- 
rage expirant de ses troupes. « Que es esto , hijos mios , y mis 
liones (ï) ! Qu'est-ce donc , mes enfans^ mes lions ! » s'écriait-il 
en parcourant leurs rangs. Mais c'était vouloir arracher de la sen- 
sibilité au marbre !... Les forces humaines ont des limites ; elles 
y étaient arrivées chez les soldats de Navarre.... L'homme , en 
pareille circonstance , a été souvent calomnié , exemple ces Es- 
pagnols dont nous venons de voir la fin déplorable. Et, en ef- 
fet, ces Espagnols étaient ceux qui avaient donné tant de 
preuves de vaillance à Bougie et à Tripoli , deux places si rapi- 
dement conquises sur les Maures ; c'étaient ces Espagnols que 

(1) 11 en perdit encore dix Tannée suivante, dans les mômas 
parages. Peu après, cinq cents hommes qu'il avait débarqués 
dans l'île de Kerkéni , près Tunis , furent surpris et massacrés 
la nuit , parles Mauros. Rappelé alors en Espagne , il passa au 
service de France. ; puis, bientôt après, fait prisonnier par les 
siens, il se donna la mort dans la prison où il était renfermé. 
.Telle fut la fiu d'une carrière qui avait commencé avec le plus 
grand éclat. 

(2) Historia de la vida y hechos de! empcrador Carlos T, 
4. V%p. 9. 



- *4 - 

le brave mais malheureux Pierre de Navarre appelait ses erl- 
fans , ses lions ; et , sans nul doute , ces mêmes nommes , mal- 
pré l'accusation portée contre eux par Marmol , Sandoval et 
quelques autres historiens, contemporains et nationaux; ces 
inémes hommes , dis-je , se seraient montrés à Gelves ce qu'ils 
avaient été ailleurs , s'ils n'eussent été arrêtés , dans leur mar- 
che , par une terre brûlante , sous un ciel de feu.... Historiens , 
à venir, de catastrophes semblables à celle dont nous parlons, 
soyez plus jus tes envers l'humanilé: ne prétendez pas obtenir 
d'elle ce qu'elle ne peut plus donner!... N'oubliez pas qne 
l'homme aux prises avec les indicibles circonstances où se Irou^ 
vèrentles Espagnols à Gelves , et , avant eux , les Grecs sur les 
bords de l'Himéra, et tant d'autres armées dont les pérégrina- 
tions à travers les sables de l'Afrique , sont demeurées sans his- 
torien ; n'oubliez pas , disons-nous , que l'homme , alors n'est 
plus un homme; il n'en est plus que l'ombre ^ au physique 
comme aii moral. Et, pour donner de suite une idée des désor- 
dres qui , déjà , doivent s'opérer dans l'organisation , nous di- 
ronsque, dans la mort produite par une haute température, la 
décomposition peut arriver sans que le corps passe par cet état 
intermédiaire connu sous le nom de rigidité cadavérique. Il suf- 
fit , pour cela , que la mort survienne à une heure jdcu avancée 
de la journée, et que la température se continue la même jus- 
qu'au soir. L'homme peut donc encore vivant, pour ainsi dire, 
être surpris par les agens physiques , sans présenter, à propre- 
ment parler, les phénomènes ordinaires de la mort. Nous re-^ 
viendrons plus loin sur ce lait qui , à ce que uous sachions du 
moins , était encore inédit dans la science. 

Je passe aux quelques exemples , annoncés plus haut , d ac- 
cidens observés dans l'armée d'Afrique, par suite d'une haute 
tempérî^ture et des fatigues de la marche. — Cesaccidens, nous 
les désignerons désormais sous le nom de congestion par la 
chaleur , ou , seulement , sous celui de congestion , nous ré- 
servant de faire connaître ensuite le fondement sur lequel nous 
étayons celle dénomination. 

1830. L'armée française , dirigée sur l'Afrique en 4830 , dé- 
barqua à Sidi-Ferruch le 44 juin , époque à laquelle les cha- 
leurs étaient déjà assez fortes. Les troupes curent beaucoup à 
souffrir jusqu'au moment de leur entrée dans Alger, qui ne s'ef- 
fectua que le 5 du mois suivant ; elles en souffrirent particuliè- 
rement dans la matinée du ^9 juin , à la bataille de Staouëli(ll, 
et surtout dans la journée du 29. Dans cette journée , un ordre 
de retraite , donné par le général Loverdo, mit une grande con- 
fusion dans la marche de l'ennemi. 

(1) Elle était terminée à midi. Il faisait alors très-chaud , et 
les troupes , en mouvement depuis le point du jour, étaient 
très-fatiguées. 

« Il était midi , dit un historien , la chaleur devenait acca- 
» blante, et les troupes, sous les armes depuis le point du jour, 
» éprouvaient le besoin de se reposer. — Le Général en chef fit 
V suspendre leur mouvement. » Rolalier, Op. cit.^ t. ii,p. 445. 



— 25 — 

« Tandis que la division Loverdo , dil un hislorien , s'acbe- 
» minait vers les cimes du Boudjaréah , la division d'Escars en 
n descendait les pentes , et Tune et l'autre demeurèrent enseve- 
» lies, pendant plusieurs heures > dans de profonds ravins , où 
» un ennemi y plus habile , les eût facilement exterminées. » 
RoTALiBE , Histoire (f Alger ^ etc. , t. ii, p. 569. 

Cette marche , dans de profonds ravins , sous un soleil ar- 
dent , fut des plus accablantes et donna de nombreux malades. 
< La deuxième et la troisième divisions , dit le même historien , 
» étaient accablées de latigues ; et , quoiqu'elles eussent perdu 
n peu de monde par le feu de Tennemi , les marches pénibles 
» qu'elles venaient de faire, leur donnèrent beaucoup de malades». 
9 Dans son rapport . le général d'Arcine évaluait à plus de cent 
» le nombre des malades que lui occasionnèrent les fatigues de 
9 la journée. » Op, cO., p. 461 

Parmi les maladies observées dans le cours de la campagne , 
6guraient beaucoup de congestions , tant parmi les ofGciers que 
parmi les soldats. Le 34* de ligne , pour sa part, perdit, par cetU 
cause, un lieutenant et son chirurgien-major, Le docteur Petit. 
On raconte, de ce dernier, qu'appelé pour un officier qui venait 
de tomber dans un état semblable au sien , il n*eut que le tems 
de répondre : « Kouf U voyez lien , je suis frappé aussi, s II ex- 
pira peu après. 

4835. Dans les premiers jours de juillet 4 835, une colonne sedi' 
rîgeait d'Alger sur BUdah. Cette colonne était composée de deux 
bataillons fournis par les 4 0« et 63* de ligne , des spahis d'Alger et 
d'une batterie de montagne. A cette batterie était attaché un 
chirurgien des ambulances, M. Nacquet, à qui nous devons un 
compte rendu de la campagne. Je le laisse parler : 

a Partis du Tagarin le 3, à 4 4 heures du matin, ditM. Naoquet, 
» nous marchâmes jusqu'à Dely-Ibrahim « où nous fîmes une 
D halte. La chaleur, quoic^ue forte , était pourtant supportable , 
Y et le peu d'air qui se faisait sentir, suffisait pour nous dkuiner 
» quelque (ra!cheur. Nous poursuivîmes notre marche jusqu'à 
» Douera, oh nous arrivâmes vers les quatre heures, pour y bii- 
» vouaquer. Dans notre trajet , trois nommes du 63% épuisés 
9 par la chaleur et les fatigues de la marche , étaient entrés à 
» rambulance , avec la face injectée , l'œil cerné , une cépha- 
» lalgie intense et des douleurs lancinantes dans les parties an- 
» térieure et latérales du crâne. De ces trois hommes ^ deux 
» moururent rapidement , et le troisième , atteint à un moindre 
» degré que les autres , se rétablit. Une saignée avait été pratî- 
9 quée cnez un des deux premiers ; après quoi , des vomisse^ 
» mens étant survenus , on avait recouru , pour y reméditr, à 
» des frictions sur l'épigastre , avec la pommade deGondret, 

» Le lendemain , nous nous dirigeâmes sur Bouffarick. Nos 
» soldats s'avançaieiJt gaîment lorsque , vers les huit heures du 
» malin . nous commençâmes à nous ressentir de l'intensité à 
» laquelle la chaleur devait s'élever dans la journée. 

n Le 63* était encore tout consterné de la pertd de ses deux 
» hommes , enlevés si rapidement , avec une constitution si ro- 



— ae — 

buste , une saolé si florissante. ... Du reste , ces morts ino- 
pinées avaient aussi fâcheusement impressionné les autres 
corps de la colonne. D'un autre côté , et nous de vont le dire, 
c'était pour la seconde fois seulement que, depuis la conquête, 
nous nous avancions dans un pays ennemi. 
» Déjà quelques malheureux, qui n'en pouvaient plus, n'en 
devançaient pas moins la colonne , afin de se ménager le bien- 
être de se reposer en l'attendant. Celle-ci approchant , ils s'ef- 
forçaient de se lever, mais, le plus souvent , leurs forces tra- 
hissaient leurcourage Enfin, et non sans peine, nous arrivâmes 
à Bouffarick , où nous nous reposâmes environ deux heures. 
Nous continuâmes ensuite notre marche sur Blidah. La cha- 
leur était alors parvenue à un haut degré. D'un autre côté , la 
colonne marchait au pas donné par la cavalerie , pas que l'in- 
fanterie ne pouvait garder qu'à grand'peine. Aussi voyait-on 
la route s'échelonner, de plus en plus, de nos pauvres soldats 
qui tombaient , et que rien ne pouvait déterminer à se rele- 
ver (4). Le 63* laissait ainsi, en arrière , au moins la moitié de 
ses hommes. Nous dûmes faire plusieurs haltes , pendant les- 
quelles je m'efforçais de me transporter partout où ma pré- 
sence était réclamée , mais je ne pouvais faire face à tous les 
besoins. Mon rôle , du reste , était très-restreint : il se bornait 
à ranimer, autant qu'il était en moi , les forces défaillantes de 
nos malheureux soldats ; — je cherchais à les encourager de 
mes paroles , en même temps que, pour alléger leur mar- 
che , je les débarrassais de leurs armes et de leur fourniment. 
Des citrons étaient le seul moyen que nous eussions à notre 
disposition pour tromper leur soif : j'en exprimais le suc sur 
leurs lèvres sèches et décolorées. Ces mêmes soins étaient 
donnés , de leur côté , par la plupart des officiers dt la co- 
lonne. 

1 Un sous-officier de voltigeurs, altéré, comme tant d'autres, 
par la brûlante journée, fut placé sur un de nos mulets d'ar- 
tillerie, et j'en ns de même à l'égard d'un voltigeur qui, vers 
midi, ne pouvait plus avancer un pied devant l'autre, malgré 
le secours de ses camarades. Cet homme avait d'abord été mis 
sur mon propre cheval, manquant alors de tout autre moyen 
de transport , et je m'estime heureux d'avoir pu , par ce léger 
eervict, sauver la vie à un homme (2). 

(4)' Pas même les coups de fusil que le chef de la colonne fai- 
sait tirer par des hommes embusqués dans les broussailles, 
pour faire croire à une poursuite de l ennemi. 

(2) Depuis , les officiers de santé de l'armée d'Afrique se sont 
souvent trouvés dans le cas de rendre un pareil service ; il rap- 
pelle le trait si honorable pour la mémoire du général Bonaparte, 
dans sa retraite de Syrie. On Sait que, dans cette retraite, à 
travers un pays désert, et où l'armée, souffrant tout à la fois de 
la faim, de la soif et de la peste, manquait de moyens de trans- 
port ; on sait, dis-je, qu'alors Bonaparte fît mettre a la disposition 
des malades tous les chevaux de son état-major et le sien 
propre. <x Le Général en chef, dit un témoin oculaire , marcha 



— 27 — 

D Nous poursuivîmes notre marche jusqu'à l'Oued-lléred, où 
» nous nous arrêtâmes. C'est un ruisseau venant des montagnes 
» voisines ; Teau en est limpide en temps ordinaire , mais «lie 
» devint bientôt bourbeuse par la grande affluence des hommes 
« qui s'y précipitaient, pour se désaltérer; elle n'en était pas 
c moins humée, avec délices , par tout le monde. 

» Nous reprimes bientôt notre marche sur filidah, en laissant 
» à rOued-Méred les hommes les plus fatigués, qui s'élevaient à 
» environ deux cents. Cette nouvelle marche nous donna encore 
» des malades. Arrivés aux jardins qui précèdent la ville, et si 
» remarquables parleurs beaux orangers, nous nous arrêtâmes. 
» Les spahis se portèrent alors en avant. Bientôt des indigènes 
» vinrent à leur rencontre , et offrirent à leur chef, qui était 
» aussi celui de la colonne (4). des rafraichissemeuts pour lui et 
» sa troupe. On leur fil part de l'objet de la sortie. Pendant les 
» pourparlers, advint une rumeur qui fit donner l'ordre de 
» charger les armes : les Hadjoutes , disait-on , descendaient de 
» la montagne. De nouveaux pourparlers s'engagèrent. Après 
» quoi , l'ordre fut donné de retourner sur nos pas : notre 
» mission était remplie. La colonne se remit donc en marche. 

» Bien que les hommes fatigués eussent été débarrassés de 
» leurs armes et de leurs fourniments, qu'on avait chargés tant sur 
» les bêtes de somme que sur les chevaux des spahis, et bien aussi 
» qu'on eût ralenti la marche, à raison du court traiet à faire 
» pour arriver au bivouac, des hommes, en bon nombre, tom- 
» baient encore assez souvent dans les rangs. Chemin faisant , 
» j'aperçus un grenadier du 63* , qui n'avait plus qu'un soufiQe 
» de vie ; il gisait sur le gazon , soutenu par ses camarades. Je 
» le fis monter sur un mulet, mais ses forces étaient épuisées , 
» et il expira peu après. Un autre, que je vis tomber dans le 
» même état, eut bientôt le même sort. Tous deux, dans leur 
» courte agonie, avaient les mains et le /isciei violets, et rendaient, 
» par le nez, un sang noir et épais. Leurs camarades, saisissant 
» la pelle et la pioche, se mirent à leur creuser une fosse , der- 
» rière un figuier de Barbarie ( cactus opuntia) , et je ne saurais 
» dire tout ce que nous ressentions de poignant, à ce bruit sourd 
» du fer frappant la terre où nous allions, de nouveau, déposer 
)> deux hommes. L'inhumation terminée, la colonne reprit sileo- 
» cieusement sa marche. Le reste de la journée se termina sans 
» aucun autre accident. Nous passâmes la nuit à l'Oued Méred (2), 
» où nous BOUS étions déjà arrêtés en venant. 

» Le lendemain, au jour, nous partîmes pour Bouffarick : 
» nous y arrivâmes de bonne h^ure. Nous n^en repartîmes que 
» vers les une heure de l'après midi, en continuant notre route 
» sur Douera, avec le corps des Spahis seulement : comme la 
» chaleur était encore trés-forte, il avait été déckJlé que les deux 

» long-temps à pied comme toute l'armée, v Larrcv, Campagne 
d'Egypte, p. 342. 

(h) M. le lieutenant-colonel Marey. 

(2) Un village existe aujourd'hui sur ce point. 



— as — 

» bataillons ne se meUraieqt en marche que vers les quatre 
» benres de Taprés midi. 

« Ma batterie, pendant toute rexpéditiou, donna peu de mala- 
» des. n en devait être ainsi, jptiifique nos hommes, qui n'avaient 
* pas de 8acs à porter , sotifiraient moins que l'inianlerie de la 
» nitigue et des chaleurs. Deux hommes, seulement, durent être 
» mis sur des mulets, et j'en saignai un troisième, à notre retour 
» à Douera. Cet hcnnme accusait une c^halalgie intense, aoeoœ- 
» pagnée dTiin point pleurétique. » Rapport de il. Naeqmt , 
aéreni de ïkntéra, mui la date du hOjviîltt, 

Il est à remarquer : 

<• Que les quatre honomesperdaspar la colonneapparteQMQt. 
tous quatre, au 68* de ligne, rédment aui, arrivant de Fraoee , 
n'avait encore fait aucune marche en Afrique ; 

^ Que, tandis que les hommes du 4 0* ne portaient absolument 
que leurs effets de corps, ceux du 63* étaient pesamment char- 
gés, e»t par des effets de rechange, et par une épaisse couverture de 
laine , dont on avait cru devoir les munir , pour les mettre à 
Tabri de rhumidité de la nuit. 

A la petite expédition dont on vient d'entendre le récit, se rat- 
tache un trait de dévouement conjugal que nous rapporterons, 
moins pour ce trait en lui-même , que pour l'induction qu'on en 
peut tirer, sous le rapport de Tlmpressionnabilité de la femme à 
une température élevée. 

Un sous-officier du 63% du nom de Souquet , souffrait de la 
chaleur et de la fatigue : sa femme , toute jeune encore ( 4 8 à 
20 ans) , cantinîère au régiment, le débarrasse de son fusil et 
de son fourniment , qu'elle ajoute ensemble à son tonnelet et à 
ses propres effets. Ceci se passait dans le retour de Blidah sur 
Douera. La jeune cantinière arriva sur ce dernier point , avec 
son précieux fardeau , bien portante et joyeuse , frappant ainsi 
d'admiration toute la colonne. Cette femme courageuse , qui 
s'était acquise toutes les sympathies du soldat, s'est retirée à Al- 
ger lorsque son régiment rentra en France. 

4887. Le 3« bataillon de zouaves , en garnison à Tlemcen , en 
4837 , quittait cette garnison pour aller rejoindre la colonne de 
M. le général Biigeaud , avec laquelle il devait rentrer à Oran. 
C'était dans les premiers jours de juin. Le bataillon était dans 
sa deuxième journée de marche lorsque , se trouvant sur les 
bords de l'Oued-Mélah (4) , la chaleur devint si forte, que plu- 
sieurs hommes furent atteints des accidens dont nous traitons. 
J'en laisse faire l'exposé à M. le docteur Lâcher, alors chirurgien 
dudit bataillon. 

« Je venais de recommander, dit M. le docteur Lacger, de 
» mettre, autant que possible , tous les malades à l'ombre, lors- 

(4) Rivière salée , qui ne mérite ce nom que l'été, ce qui, 
du reste , lui est commun avec les nombreux cours d'eau sâiée 
de l'Algérie et de tout le nord de l'Afrique. Celui dont il est ici 
question , est le Rio-Salado des Espagnols , sur lequel nous au- 
rons à revenir par la suite. 



— as — 

» que je fus ippelé pour un zouave tiui se délMUait , comme ua 
» dés€»péré , oontre plusieurs de ses camarades qui cherchaient 
» à le marâteoir, à l'abri de quelque feuillage où lisravaieoi dé* 
» posé. U réclamait des secours avec instance. Sa soif ne poo- 
» Tait être apaisée; il avait déjà bu plusieurs liiras d'eau ^ et il 
» voulait boire encore. La tsce était rouge ; les yeux ^ in-- 
» jectés , tous^ les tissus , turgescens. La circulation battait avec 
» force» les veines étaient fortement prononcées. 

» J'ouvris la médiane : il en sortit , tout auasîtôl ,*«& jet si 
» fort , que sa courbe ne se terminait qu'à plus de douie pas ; 
» il se maintint à cette distance et la dépassa mtoe. Penctont 
» que le sang coulait . le malade se trouvait mieux et s'agitait 
j> moins ; il devint môme calme et tranquille , me remer|^nt 
» alors du bien-être que je lui procurais. Je fermai la veine , 
9 mais , à peine était-elle fermée , qu*il me pria de la lui rou- 
» vrlr, à cause do sentiment d'anxiété qui recommençait. Je cé- 
» dai à ses instances : je rouTris la veine « laissai couler du sang, 
» puis refermai le vaisseau. Le malade , presque aussitôt , en 
» demanda , de nouveau « l'ouverture , mais il me fallut passer 
» outre : indépendamment du sang projeté à terre , j'en avais 
» tiré neuf quarts de litre. Malgré cette forte déplétion , le ma- 
» lade me faisait demander, à tout moment , pour me prier de 
9 lui ouTrir encore la veiné , ce dont je m'abstins. Enfin , après 
» deux heures de soins , j'eus la satisfaction de voir mon ma- 
» lade presque entièrement rétabli. 

» Malgré tous mes efforts , dans cette pénible journée , je ne 
» pus me multiplier assez pour saigner tous les malades qui 
» avaient besoin de cette opération , et j'eus la douleur d en 
» trouver deux qui étaient morts avant que j'aie pu arriver jus- 
9 qu'à eux. » Rapport de M. le docteur Lacger, 

La température fut très-forte cejour-là , mais elle ne put être 
évaluée , le seul thermomètre qui existât dans la colonne s'ètant 
brisé le même iour, par suite de l'élévation de la température. 
Hàtotts-nous de dire que cet instrument ne mesurait que 48*, 
échelle centigrade. 

Le 2B septembre , même année , un corps expéditionnaire 
dont je faisais partie , sortit de Bône , se dirigeant sur Constan- 
tine , dont nous devions faire le siège. Notre première journée 
de mardie, qui fut très-chaude , nous donna, avec bon nom- 
bre d'indispositions produites par la chaleur, qudques cas de 
congestion dont un seul se termina par la ooort. Le sujet était 
un homme des plus vigoureux , et qui , au départ , jouissait de 
la meilleure santé Son cadavre nous fut apporté, encore très- 
chaud , à notre bivouac de Dréhan : tout le corps , mais surtout 
la lace, était d'une teinte violacée , avec balonnement du ventre, 
et r^et , par la bouche et les narines , d'un mucus sanguinMent. 
L'odeur mfecte qui s'en exhalait déjà ^ nécessita sa prompte in- 
humation. 

Le maximum de la température à Tombre , prise avec un 
thermomètre librement suspendu, fut, oe jour-là, de 32» centi- 
grades. 



— 30 — 

183S. Uo batailloQ du 1*' de ligne se rendait d'Oran à Mosla- 
^nem , pour en relever la garnison. C'était en ^ 83B , et par une 
journée très^haude. De nombreux accidens , produits par la 
chaleur, s'offrirent alors dans le bataillon, mais quelques-uns 
seulement furent portés au degré de la congestion. Un seul ma- 
lade mourut , mais sa mort fut rapide : elle s'effectua en moins 
de deux heures. Le bataillon soullrait autant de la soif que de 
la chaleur, ce qui fut cause d'un grand désordre à son passage 
dans les environs d'Arzew , où il rencontra un peu d'eau : plu- 
sieurs hommes en délire , s'étant dépouillés de leurs vétemens , 
s'y précipitèrent avec fureur, n'écoutant plus la voix de personne. 

4839. Le 40 août 4 839 , une colonne se portait de Sétif sur 
Djémilah lorsque, vers midi, on fit une halte d'environ une 
heure ; elle avait pour but de permettre à la cavalerie de pour- 
suivre , dans les montagnes des environs^ des arabes qui tiraient 
sur Tarrière-garde. Mais je laisse parler le chirurgien chargé du 
service de la colonne , M. le docteur Delmas. 

et Nous avions , dit M. Delmas , un calme plat avec une cha- 
» leur étouffante , et cette heure de repes n a pas profité à nos 
» soldats : quinze m'ont été apportés , successivement, dans un 
» état d'asphyxie assez inauiétant, mais que je suis pourtant par- 
» venu, non sans peine, à dissiper. Je crus devoir faire observer, 
)> au colonel qui commandait la colonne , que l'air, à la surface 
» delà terre , était raréfié au point de n*être plus respirable ; que 
» tout homme qui , en pareille circonstance , se couche ou s'as- 
» seoit à terre, court risque d'être asphyxié, et que chaque halte 
» ne pouvait manquer d'occasionner de nouveaux accidens. Je 
» proposai, en conséquence, de marcher lentement, en évitant 
» de s arrêter, ce qui fut fait , et bous arrivâmes à Ma-Allah (4], 
» sans ancun autre accident. » Rapport de M. Ferdinand Del- 
mas , écrit de Constantine sous la date du 45 août 48ft9. 

Quelques jours avant , le 30 juillet , la même colonne , qui se 
dirigeait alors de Constantine sur Sétif, avait vu tomber sur la 
route, pâles et froids, sans pouls et presque sans respiration, deux 
de ses nommes : ils furent rappelés à la vie par les soins éclairés 
de l'auteur du rapport dont nous venons de donner un extrait. 

(4) Cette localité , où nous avons eu un camp pendant plu- 
sieurs années, tire son nom d'une eau , abondante et délicieuse, 
qui sourde à l'ombre de la plus vigoureuse végétation , princi- 
palement constituée par des figuiers , des ormes , mais surtout 
par quelques peupliers séculaires , qui la signalent de loin au 
voyageur. C'est une oasis , sur une petite échelle , très-recher- 
chee des Arabes pendant les chaleurs , et pour son eau , et pour 
la fraîcheur qu'on y respire. Celle-ci, malheureusement, ne doit 
être goûtée qu'avec réserve ; il ne faut pas s'y livrer trop long- 
tems , surtout pendant le sommeil : alors , le plus souvent , on 
ne se réveille qu'avec le frisson de là fièvre, ainsi que nos trou- 
pes en firent , maintes et maintes fois , l'expérience , dans leurs 
campemens à Ma-Allah. 



— 31 — 

La température s'était élevée , dao^ la journée , à iG** et plus , 
échelle centigrade. 

Dans le cours de la môme année , 4 839 , une colonne , com- 
mandée par M. le général De La Moriciére , s'avançait sur le 
lac salé de Miserghine , alors desséché. De midi à deux heures , 
le sirocco étant venu à souffler, plus de deux cents hommes tom- 
bèrent à la renverse ; ils furent relevés et portés , les uns sur les 
cacolets de Tambulance et les caissons de l'artillerie , les autres 
sur les chevaux des cavaliers , ch&sseurs et spahis , et tous se 
trouvèrent mieux dès qu'ils furent placés sur ces moyens de 
transport. Aucun ne fut saigné. La colonne , poursuivant sa 
marche, arriva au camp du Figuier, où elle se reposa deux heu- 
res , pendant lesquelles les malades se rafraîchirent et prirent 
quelque nourriture. Le soir, ils rentrèrent à Oran, avec la co- 
lonne , tous assez bien rétablis pour qu'aucun d'eux n'eût besoin 
d'être envoyé à l'hôpital. 

M. le docteur Aussenac , de qui nous tenons ces détails , et 
qui était chargé du service de 1 ambulance de la colonne , fait 
remarquer : 

4* Que les troupes s'étaient mises en route sans avoir été pré- 
venues de leur départ la veille ; 

2« Qu'elles étaient parties sans avoir mangé la soupe; 

3* Que l'infanterie n était pas encore habituée aux marches 
pénibles ; 

4* Qu'elle était trop chargée et, de plus , obligée de marcher 
sur un sol qui , formé par un sable léger (blanchi par le sel) , se 
déprimait de plus d'un pouce par la pression du pied ; 

5* Enfin , que la plupart des hommes, au départ, ou ne 
s'étaient pas munis d'eau , ou avaient négligé de conserver, pour 
toute la journée , celle qu'ils avaient prise. 

4844. Un convoi fort de 250 hommes, fourni par le 43* léger ^ 
se rendait de Moslaganem à Mascara. C'était dans le courant de 
juillet Dans sa deuxième journée de marche , le convoi , après 
avoir bivouaqué à Aïn-Kébira , fut surpris par un fort sirocco : 
les hommes, alors, s'arrêtèrent et se débandèrent, en offrant 
de nombreux cas de congestion. L'olQ&cier de santé qui accom- 
pagnait le convoi , ne put suffire pour saigner tous les hommes 
qui avaient besoin de ce secours. Il en mourut, m'a-t-on as- 
suré , jusqu'à dix-huit , chiffre qui , bien certainement , est 
exagéré , et que je ne donne qu'avec le doute qu'il m'inspire. 
D'après la même autorité, les hommes étaient enterrés peu après 
leur mort , tant était grande l'infection qu'ils répandaient aus- 
sitôt après avoir cessé d'exister. 

4843. Le 3 août 4843 , yers les cinq heures du matin , une 
colonne part de Mostaganem pour l'intérieur. Arrivée aux trois 
marabouts, situés au lieu nommé Mesra, on fait une halte d'en- 
viron une heure et demie. Au départ, le sirocco soufQait , et la 
chaleur devint bientôt excessive. Chemin faisant, on rencoHtre 
un puits : tout le monde s'y porte avec acharnement On vit 
alors un homme , de la légion étrangère , se dépouiller de ses 



— 82 — 

vétemens et s'enfuir à toutes jambes , et on n'a jamais su depuis 
ce qu'il étart devenu. Alors aussi la route commença à s'éche- 
lonner d hommes qui tombaient et ne pouvaient plus se relever. 
On en saigna beaucoup y et on ouvrit même , à quelques-uns , 
plusieurs veines à la fois, il en meurt un sur la route. La colonne 
pdarsait lentement sa roule , et arrive à Madar^ où elle établit 
soo bivouac. Sept hommes y meurent avant la nuit , deux au- 
tres , un peu plus tard , et un autre encore , qui fut le dernier , 
dans le courant de la nuit. Cette nuit fut tres-fraiche, ce qui 
permît de conserver, jusqu'au lendemain , les onze cadavres. 
Iiên$9i§n»wien9dmmés par if. Letertre-Vallier^ témoin oculaire, 

1841. Ud bataillon du 53* de ligne se rendait de Btidah à Mi- 
Ikmah , dans la journée du 27 avril 4144 : comme il s'avançait 
dans la vallée de l'Oued-Ger, il fut surpris par un tems ora- 
geux , accompgné d'une haute température. Beaucoup d'hom- 
mes ^ alors , turent frappés de congestion , avec complication 
d'acddens dûs à une trop grande ingestion d'eau. Cet événe- 
meat fit le sujet d'un rapport dont j'extrais ce qui suit : 

« A notre entrée dans la vallée de TOued-Ger, dit l'auteur , 
» le tems devint orageux et la température très-élevée. Nos 
» hommes, fatigués par une marche trop rapide et tout en sueur, 
» aperçoivent un coi^s d'eau : ils s'y précipitent et boivent immo- 
» dérément. . . . Bientôt après , un grand nombre sont pris d'ac- 
» cidens nerveux trés-violens , et quelques-uns d'une sorte 
» d'apoplexie nerveuse , avec engouement pulmonaire. A ces 
» derniers accidens se joignaient une prostration extrême y le 
9 refroidissement de la peau , la cessation , plus ou moins com- 
» plète, de la circulation et de la respiration ; une bave écu- 
» meuse obstruait les bronches. 

» Une compagnie ayant été mise à ma disposition pour soi - 
» gner les malades, je les réunis tous au milieu de pluÂeurs 
» feux que je venais de faire allumer. Là chaque makde était 
» vigoureusement frictionné par deux hommes , qui terminaient 
» celte opération en rubéfiant les jambes et les pieds « avec de 
» reau bouillante. De mon côté , je stimulais la muqueuse ua- 
» sale, avec de Tammonliaque , et faisais prendre des infusions 
» de thé, des potions éthérées , etc., à ceux qui pouvaient ava* 
» IcNT; Bnfin , après quelques heures de soins assidus > j'eus la 
» satisfSaction de voir renaître , eu quelque sorte , tous mes ma* 
» lades, à l'exception de deux qui expirèrent presqu'aussitôt 
» lenr chute, et sans que j'aie pu réveiller chez eux aucune 
» sensibUilé. 

» A notre arrivée à Mîlianah , où nous ne fûmes que deux 
» jours après, nous déposâmes, à l'hôpital , les malades qui 
» avaient couru un danger sérieux. De ce nombre était le ser- 
» gentSire , delà 4'» compagnie. Ce sous-officier inspirait même 
» encore quelque crainte , ce qui tenait à la complicatiou d*ua 
)^ état féhril dont il était atteint depuis quelaues joura„ lorsjque 
» nous nous mimes en marche. » Rapport oisif. Udoateuir Itoy, 
éorit du biffouac^ à Hexrag, sous la àate iut^ jum 4844. 



— 33 — 

Le 8 juin de la môme année, 4844 , vers les cinq heures du 
matin , une colonpe part de Mostaganem pour Bel-Âssel : à dm 
heures du matin , elle arrive à El-Harro , où elle établit -son bi- 
vouac. Le tems , au départ , était très-beau. Le thermomètre , 
dans la journée , s*éleva de 26 à 30* sous la tente , et de 32 à 
3€* au soleil ; il descendit à 20* pendant la nuit. 

La colonne se remit en marche le lendemain , 9 , à quatre heu- 
res et demie du matin. Gomme elle descendait le versant sud 
des montagnes qui dominent Bel-Àssel , des hommes , en grand 
nombre, sont frappés de congestion , à divers degrés. Je laisse 
parler un témoin oculaire , M. le docteur Morel , alors chirur- 
gien-major du 6' léger. 

« La colonne, forte de 4,465 (4) hommes, dit M. Morel , 
» exécute sa marche , dans le plus grand ordre, jusc(ues 
» vers les neuf heures du matin , bien que, déjà , la tempera- 
» ture fût de 38 à 40*, accompagnée d'une poussière étouffante , 
» avec pénurie d'eau. Une halte, assez prolongée, eut lieu avant 
» de nous engager dans les npmbreux défilés d'une monl<)gne 
» que nous avions à traverser. Ce parcours , quoique des plus 
» pénibles , se fit pourlant sans aucun accident. 

», Chemin faisant, la chaleur s'accroissait toujours , et, faute 
» de la plus légère brise ^ la poussière , soulevée par nos pas , 
» s'élevant à plus que hauteur d'homme , incommodait à un 
» haut degré la respiration , qui en portait une grande partie 
» dans les poumons. Nous arrivâmes ainsi , non sans peine , sur 
» le versant sud-est de la montagne , d'où la vue s'étend sur 
» toute la Basse-Mina , que sillonne le cours d'eau du même 
» nom. Là , nous nous arrêtons , pour attendre les hommes fa- 
» tigués , que nous appelons, en expédition , les retardataires. 
» Bientôt , pendant cette halte, qui fut d'environ une heure , des 
» accidens de congestion s'offrent à mon observation , mais ils 
» deviennent à la fois plus nombreux et plus intenses peu après 
» nous être remis en marche. Sur une vingtaine d'hommes que 
» je vois tomber dans les rangs , comme foudroyés , trois meu- 
» rent presque instantanément. Ces trois hommes étaient un 
» chasseur du 6* léger, un artilleur et un grenadier de la légion 
» étrangère. Les autres malades , placés sur des cacolels , après 
» avoir reçu quelques secours, arrivèrent ainsi jusqu'à Bel- As- 
» sel, où ils furent, tout aussitôt, déposés à l'ambulance. 
1» Il était sept heures, et demie du soir. Une demi-heure après, 
» trois malades étaient déjà morts; il en mourut encore quatre 
» pendant l'heure qui suivit, de sorte que nous perdîmes 
» ainsi dix hommes. De ces dix hommes , cinq appartenaient 
T» au 6* léger, quatre à la légion étrangère , et le dixième à l'ar- 
» tillerie. 

» Le vent avait été sud-est toute la journée A neuf heures du 

(4) Ainsi composée : 

Artillerie et génie 460 hommes. 

6* léger (4" et 2« bataillons ).. . 900 id. 

Légion étrangère 300 id. 

Corps indigène 4 05 id. 

5 



- 34 — 

» mallD, le Ihermomètre ne s'était encore élevé qu'à 22«, échelle 
» çeDligrade. Le tema , alors, était nébuleux, et l'air ohargé de 
» miasmes qui affectaient l'odorat d'une manière désasréable: 
« une rouée, de» plus abondantes, mouillait le sol. Le soleil 
M n^avait commencé à se montrer que vers les sept heures du 
» malin. Dans l'appés-midi, depuis une heure jusqu^à cinq keu* 
» res , le Uiermomètre marqua de 49 à 50», échelle centigrade ; 
» il ne descendit pas au-^dessous de 36% même échelle , la nuit 
% suivante. » Raj^^i de M. le docteur ËÊwel. 

Il est à remarquer que le trajet de Mostagqnem à BeKÂssel . 
que la colonne mit deux jours a parcourir, fut feit en uu seul 
( le 9 ^ jour des accidens ) , par deux eseadronn de ohasseurg, 
qui arrivèrent à leur destip^tien sans avoir uo peut Homme ma- 
lade ou inAsposé. Partis , de Mostag;anem , le matin , avec M. le 
maréobal-de-camp de Bourjoly, ils étaient rendus à Bel^Asset à 
trois heures de l'après-midi , ayant rencontré la colonne vers les 
enie heures du matin ; elle était alors trèst-eouffirante. 

Le m juiQ de la m^e Aoné$ , 4dU , DP bAt^illon 4« 6i« de 
ligne , le deuxième, fort d'environ 600 hommes » quitte PbUipir 
pevitle pour aller tenir garpisovi h Biitboa. ParU dv pf^folor de 
Ç^ poi^^ vers les oÎQq hmires du kDatiii , il nrrive , CRtro les 
hwt et neuf heure$ , sur ki mumelou d'Ei-^Dys [K\ , oj^ il i^'afréte 
PQUf ffi^ire la g^ad'hall)9^ LA , te sifQQOo étî^ item», k fOufQjsn, 
QU , ppqr B^ s^vir ^es parotos. m soldHt^ de forts eoq^ de 
eb«ileuf s'él^ntiaitseeUr» presqiii^^taut le baU^lloe eMsaisI d^ua 
9ie«iimfHit 4e niaMfte , aveiQ déf^ll^lice cli^ un «r^d noiibre^ 
et ^ym oeaUiiw d'bofiwiies , au moiA« , tombaot. i^^ ^ mngs , 
saapi ^omaii^yasiÇQ et sans mo^vemeat, fvec b^fpiQQ pouge el 
viritueqse, Ctesi presque twsi, )e. p9^(s éMi phfts w mniMlrnr 
perefiptible, avec biiUeaieii« ^8<Moo»éft ^^ee^wr; «W» qui 
p^uvaiet^ eoeore ex|ri|B^ qi«9lq^e«. pai^4 , ^oeussieiii de 
viQteirt«s dcmlewmdaas Ut t*te, 9ïW9,çl«i« ^1[^lio^Ui^ealftfli^ 
aw régions. tempot^aleSt 

Le cbiPUR^ei^Ki^Qr du Tégii»««t, ^iieço!apagn«iH^ba.f 
MittoQ . M. le d^K^Df Ajijon , prafQi<pifi ia(ï ||W»i uotmlNre 4» sair 
gfkéw , mifis il ne sput se H^orîtiplier imm p««r saigna |(mis les 
hai!A^»0a qui ^wet^t hefifoin ii^ ce ^wmt% li^ti^iih^ «devait 
bivQuaqUer à Kl-Atrouah ; sw «rriyée y fut fetardée «er \m iio»- 
cidQim f ui l-avaieDt assailli. Il avait alors p«nlii trois hamfa«3 , 
9u éiaioni mort^ sur la ppute ; wveif : M9., iws l^oene lucres 
ÂûmUà, un, vepsmidi, et rautre.verf; les mw heure* lieb»- 
leiUou arvait ençQr0 vingHjinq m^lad^s , pli^eemo^eios cfi^iesir 
tipfiDés.; iln furent déposés à t'aQ»b<tlfl(qiae (fa U^ , o«( teus se 

(4 )* dette position , que nous avons «enservée , tH^e sou nom 
de Varundo festueoïdes , Desf., Vampelodes mostenox de Link, 
plante que les Arabes connaissent sous le nom d%l-S^. G^lte 

Elan te , qui eroît dans les lieux les plus ai^îdes , tiils que les sa- 
les du désert et les fissuries des i>oehers , est d^ttiie grande res- 
source pour notre oavelepie dans ses HUfvcbos daoïs Te sud^ où 
elle constitue à peu près la seule plante fourragère^qui s'y trouve. 



— •» — 

rétablirciU, gf&œ aa\ soins empressés dont ils fareot l'objet, 
de la part de M. le docteur Lesuaw, aiors chai^ du service do 
l'établisdemoiit. 

A fil-Àrrouch > le tiiermomètre » ^ soleÙ, s'éisMt élevé « daos 
la Joernée^ à 41% échelle. centigrade, et ii oiftrquait le môme 
joftr^ i l'ombre , même éohelke^ savoir : 

A hu4t tienhes dci matin , 23% av«o veirt oord^csi ; 
A neuf tél., S^S avec Veut sud ^ 

AoMe «'^., K% avee Veut DordUesl. 

tl va sab^ dli'e qtfe c'est de la tempéhattiré fttt soleM qu'H làti^ 
tenir compte ici , cette température étant celle -A la<t«MMe W 
troupes sont soumises dans leurs marches. RenseignemetkB don- 
nés par M. te rfocfcttr Anjon, chUtataief^fÊU^ot du^* dè^{ffne , 
et pat if. k docteur LèsUeur, déjà cité. 

Au mois dé sépleàibre de là même année, 4844 , Un cottroi se 
JwtUit d'Oran *ur Tterticen : surprispar Un fbrl É\tùcco ,^ommé 
il s^'eâgageait dàtts le défilé de la Ohaft* (1], bèatteoup d'^hcMnmes 
Ibdtbènsnt dans leâtaûgs, en tnèmé tèms (jfu'^n {Àuà grattd 
tH>tBbt*éei}CDk^ éprouvaient des sentiriieûs de maft^ise et dé suf-^ 
{6tti&àtï. DeiQlnfofùmes^ parmi les phis malades, fureïit sai- 
gbés , mais denxtnourufeDt avant d -avoir pu être soumis à <îetlé 
àfé MU toh^ Oa tait ^ isbi* les prolonges , lous les malades qttt ptl- 
l*fc« y th>ttvt8t place . e* fis afrîvéfent ainsi à Tlemceà , le lènî 
d6iii»n. A let3i*a[ttivée , ils furent cotiduits à l'hôpital , ùh la^ 
l-eçiit n. Aiissettac , de ^\jii nôûs tenons ^s Aétadls. 

lMn«1ètotrfB de la fùètoA aftnâé , tS4î , lé i* batàltfoh d^r- 
iéA&S se fendaH deUà&âèboiibe à Tteliiiàti (2)t 11 véftail de fàîfèiine 
liMte àtt foim intemédlaif e lorsque ^ surpris par une Toi'te i;ha« 
letlf . % Son eÊtffëé datislà plàriilè , trois hommes totibèfent pouf 
Hé l^las ser«levef. tiéfksHffitmsl^ doûniipàr Jf. LetéHtè^Vàl*^ 
îi&t, ténnmn tssuhttè. 

^^44. lé 43« légèMè^ç^iflônààrt, dans la pi^ôVltieé d'Alger , 
eHjîâRlétt ^19 .les ehàlèUrsétaht alors trés-fo^tés t le $Ï4, Il pei^ 
M im%dmmè jf Badi) siif là routé de Blidah à ttiHèrhâth , et, lé 
28 ,^n ^utre ( Laos) cheK léâ Béni-^uaghaonO. 'Ces dëài hdm^ 
mes , qui n'étaient en Afrique que dèpWls quatre à ciûq indlà , 
sudéombè^e^ tous deux à des accldens 'cérébrant , malgré -les 
Saluées qoi leur tiVàléôt été pratiquées bar les trffîc?ers de sablé 
dti torps Rtns^ynemtns dohité» pai- Mm, 'kê dotiMtit AWsmâà 
%tPHmé , ahfi aHMhës au i à* %éf . 

(4) Le nomde xe défilé lui a été imposé , p9r les indigènes , 
en -souvenir d^une défaite ^ue les Espagnols y ^rouvèreni» La 
tea>péralure y est toujours trés-élevée 1 été , à raison de Bob en<- 
caifiiemeai , et, de là, les eongestione qu'on y observe , de cou- 
tume H pavmi tes troupes qui lé parcourent a cette époque de 
l'année» 

(2) L'ancienne Uina , d'apréë M. de Montgravier. 



— 3« — 

4846. A la mi-juin 4846 , une colonne, sous le commande- 
ment de M. le colonel Roche, du 5* de ligne , expéditionnait dans 
les Schott de la province d'Oran (4) : surprise par le sirocco el 
le manque d'èau , elle eut , avec de nombreux cas de congef^tion, 
des accidens produits par la soif {journée du 47) , et qu'il im- 
porte de ne pas confondre avec les premiers. Déjà une rela- 
tion de ces deux séries d'accidens , a été insérée dans la Gazette 
médicale de Paris (2), relation à laquelle nous renvoyons en at- 
tendant celle que nous donnerons nous-mème , lorsque nous 
en serons à l'historique des maladies épidémiques de l'époque 
où nous écrivons. 

En la même année , 4846 , et sur la fin du même mois , un 
bataillon du 2* de ligne , fort d'environ 600 hommes , se portait 
de Constantine sur Bathna , pour concourir à la formation d'une 
colonne qui allait expéditionner dans l'Est, celle de M. le co- 
lonel Herbillon : la veille , ou l'avant-veille , de son arrivée 
à Bathna , la chaleur étant alors très-forte , des hommes, au 
nombre de peut-être une centaine, tombèrent le long de la 
route , dans un état plus ou moins alarmant. La plupart furent 
saignés par l'offîcier de santé qui marchait avec le bataillon , 
M. le docteur Prudhomme ; il fut assez heureux pour n'en perdre 
qu'un, le nommé Loiseau. «Chez lui, écrivait le chirurgien-major 
» du régiment (M. le docteur Félix) , il y avait, avec une grande 
» gêne dans la respiration , une exaltation cérébrale extraordi- 
)> naire , à tel pomt qu'il fallut cinq ou six hommes pour le 
» contenir. Le pouls était plein et dur ; la respiration, haletante ; 
)> la parole, entrecoupée. Après une saignée pratiquée avec 
» peine , à cause de l'agitation du malade , la respiration devint 
» moins difficile. Mais, bientôt après, au délire succéda un af- 
» faissement complet, avec retour de la connaissance. Vraisém- 
» blablement on serait parvenu à sauver le malade si, alors, 
» on avait pu lui procurer un abri et du repos. Mais , pendant 
» qu'on lui administrait quelques secours, le bataillon avait 
» continué sa marche , et il fallait le rejoindre. Le malade fut mis 
» à la hâte sur un cacolet où le soleil , d'une part , et les cahots, 
» de l'autre, ne tardèrent pas à épuiser ses rorces : il mourut 
» ainsi après environ une heure de marche. » Lettre de Conê- 
tantine, sous la date du 4 novembre 4846. 

La mort de Loiseau fournit l'occasion d'une remarque ioàpor- 
tante, c'est l'action pernicieuse du transport en expédition, pen- 
dant les chaleurs , pour tous les malades en général , mais no- 
tamment pour ceux atteints d'affections qu'on peut rapporter à 
l'influence seule d'une haute température. Nous voulons parler 

(4) Sortie de Daya le 40 juin , elle y rentra leâO. 

(2) Année \%il , iV» 47. Cette relation fait le sujet d'une lettre, 
la 6* qui a été publiée dans la même feuilU , et toutes remar- 
quables par les observations qu'elles contiennent, non moins 
que par le pittoresque de leur exposition. L'auteur, jusqu'à ce 
jour, a gardé l'anonyme, et c'est la seule chose que laisse à dé- 
sirer son attachante correspondance. 



— 37 — 

ici des différentes DuaDces de la maladie autrefois connue 
sous le nom de fièvre rémittente bilieuse des clinaats chauds. 
M. le docteur Dautcourt , qui les observait sur les hauts pla- 
teaux delà province d'Oran , en 4842 , écrivait à la même épo- 
que : « Ces maladies, en expédition, sont presque toujours mor- 
» telles , comme nous en faisons chaque jour rexpérienoe. 
» Ainsi , quand , sous la tente , nous sommes parvenus à les 
» maîtriser, s'il faut nous remettre en route, de suite nous 
» voyons reparaître tout le cortège des symptômes qui les cons* 
» tituent , mais notamment les symptômes cérébraux. » Plus 
loin , le même médecin dit encore , parlant du bon résultat de sa 
médication : « Mais , ainsi que je l'ai déjà fait remarquer, s'il 
» fallait changer de camp . sous rinfluence des rayons solaires 
» et du c&colet, les symptômes revenaient, et le malade succom- 
» bait alors à une véritable congestion cérébrale. » Lettre de 
Mascara j sous la date du 44 décembre 4842. 

Le 9 juillet delà même année , 4846 , un bataillon du 22% le 
deuxième , en garnison à Alger, reçoit l'ordre de se porter dans 
le petit Atlas , pour y travailler à la route de Sour-el*Ghozlan , 
aujourd'hui Aumale (4). Ce bataillon était fort de 6 à 700 hom- 
mes. Le lendemain, 40 , il va bivouaquer sur les bords de l'Ar- 
rach , au point connu sous le nom de Gué de Gonstantine. Le 4 4 , 
vers les quatre heures du matin , -il continue sa marche sur le 
marabout de Sidi-Ibrahim , lieu de sa destination. Il n'avait en- 
core parcouru qu'un court trajet , que des bouffées de sirocco 
commencèrent à se faire sentir, avec une violence telle , qu'on 
pouvait déjà prévoir le désastre qui allait fondre sur la malheu- 
reuse troupe. Ici je cède la parole à l'un des trois officiers de 
santé qui marchaient avec te bataillon , Taide-major chargé du 
service de l'ambulance, M. le docteur Gerrier. 

« Pendant une heure à peu près , dit cet' officier de santé , 
» nous ressentîmes, en marchant , cette chaude haleine qu'on 
» respire à la bouche d'un four. Cependant . personne encore ne 
» restait en arrière , grâce , sans doute , à la précaution qu'on 
» avait prise de débarrasser les hommes de leurs sacs , qu'on 
» avait placés , depuis la veille , sur les mulets de la colonne. 
» Arrivés à l'Arba , où nous comptions bivouaquer, l'avant- 
» garde , continuant sa marche , s'engage dans un sentier es- 
» carpe , à pente rude , sur les flancs des hautes montagnes 
» qui bordent cette partie de la plaine. Il était alors huit heures. 
j> Dés les premiers pas , des hommes , croyant que nous allions 
» bientôt bivouaquer, commencent à se coucher dans les buis- 
» sons. Malgré tout le zèle de M. Favier, sous-aide de l'ambu- 
» lance, et le concours empressé de mon collègue du 22% M. Tes- 
» nière, je ne pouvais visiter cette masse d'hommes qui, des 
» deux côtés du sentier, se précipitaient les uns sur les autres, 

(4) Sour-el-Ghozlao , le Château des Gazelles (parce que les 
gazelles s'y réfugiaient , en grand nombre, pendant les chaleurs 
de l'été ) , est l'ancienne Auzia , dont il reste encore aujourd'hui 
des ruines considérables. 



— M — 

pour trouver un pètod'onb^e. CeaK que nous aiipi^ns , ré^ 
» tRMdai«fti qu'ils A'élMenl ^ue latitwB , «i ^il'Hi r<i<N^aieii« 
» Iw bivodaOi Le ooUToi naf\)iiilbl tocgowrs , i'ambuliMioe suivait 
» éyemfjHéKûÊAi. Kotts làissIlÉilB «insi «kUNère *oim , èa noms 
» d'uae hemré et tienne , Iw dent tiers en batàHloii^ Plus cens 
» livtiiiôitMi^ , {AoA le noelbFe 4eft felM*dataires<aiifmantaii« Ans 
n loeraiens «'uaeohakur «xceceîTe. vinrent bîMitM s'i^leuter 
» ti seiT et là fakH <4). » . . Toujours dans l'espotr de reacHalrer 
» If ueki^è eeeroe > nos «wllnuretax soldats^ eourds è nos obeer- 
% f àUens^ «t A^tméisBimt qu'à «il bcsoia tepédëux , s'eofbn^ 
> osielitH SMisoesBè, daee las profcMs InatiUs q«i*nouS bor^ 
1^ âaneot^ «ii Itimanl ekiei is^éloifner la •eolooae. qui tKifttiawHrft 
» sa taaraliew €6l4^d , peMaîlt irais inortellÉs ëenres , mé fut 

• i ttterrm ftp fte que par ées peees rares et fort ^tHin«s> 

» n pôuTaH em «Kk hevM^s lorsque nous errivàiBes enr lin 
» petit plateau où umxA fîmes halte , pour aUeodre les retards^ 
» tairas. Au pied de ce plateau , à une distance de quatre à cinq 
ceals pas y, ^àoUrdeot qiHBil<)ties Boerœs ^ peu 'iibondfnfté& ^ où 
Mut fe «noilde be parié , à Texceplidii des bommes q«i étaient 
dM iBèledes od q^i « seutotneat , manquaient de feiMft pe«<* 
«wvre 4)èt ^«iixiple« vMx^ ^ bedreûsefeieilt , fut'ewtteeGounts 
^r del «amâMdes mri «dtaieni leifer cherelier de Teatu «ùk 
fteiuroeB Cta M fit piuèknirs se dévouer amei^'qoeiqiie eéttf^ 
(haut ettxHllêims , an «omkigemènt dés «iftladeB éoaA le uem^ 
èi^ ft'aaclt)iseÉfl au fbr «t& nnbure qve tel liefntnes aMif>- 
«traiieiillepliitmlit^Klénésdelatigueeldeieif. ilentoiii» 
oattf deioc» mtfkèêj peur m ploi se féle^r , de 4eHe «oile 
<qu\M qtielmies loitAuS , nos sëoeéts deWntmt èèilt<à^att 
ioimdMMSb utftre les «iàladee qui étaiieet sous «os ye«x , mm» 
aHoae «d0are «eue éeulL ^uf û*aVaîeot ^ atriver jos^e^ 
plateau , et qui se ireâvateitt éeMottnée eat^ un tf fcjil de pies 
éedeostlleoeft. 

» Latritttoar^ eloi'fe^ iMsait éUmffîmle , sens le «loifidre eouffle 
de veut, il «'«H faHèH pae «aotae nbas f^mMre en foulst Par 
«acte de reieâi|)eibent «dce themins ^ beauoe# de nol tiniteta 
^lent reeté» mi erriére^ ee qei taous .prit^lt , fpeûr nos «iia« 
tedee^ dàMiHt de mo^iew de iranspcii. Nous avions reprift 
notre nfiirebe depuis Mrè deiiii4wttre ^ loi«^ nètre téta de 
eolodoe, «lui M se eomposait ^eôre xfm d'ane trentaine 
41ieiMBeS , «*iltéta 4 eoân , poor bivoeétfoer-. Aetardèè , 'danê 
ea fittif ttie ^ 'p» les malades qu'elle avait retévés > Meaiio fki« 
MM , l'amMtatite'a'Mrrii^ sur -œ point qisie plus d^une heére 
aprôe» il était alors onae heures «t demie eawon. Après a*rt)ir 
d^polé tioi itotlidei , et pH* , a^i«to If. FaVier « des âiHpoeitSons 
pb\tt léft «oIm à leur donner, je ne reportais immédietemèot 
•n MTière , «vee If. le «xiMaadaOt de la colonne , pour àMer 
è la lUdherohe des «tndiiMretitqùi n^avtnentpte etoiVre. Noue 
» emmceions , avec nous , cinquante mulets , avec quelques 

• i>idens d'eau qttenoos étions parvenus à nous proeurer $ de- 

(1) l«ë vitres eaivaieni, fnais de loid , tes bêles qui en étalent 
chargées avançant diiiicilement, à cause des accidens de terraiil; 



— S0 — 

» puit long-'lems , toute l'eau de ^os tpaneAuii d*«mhiiiaDO« 
» avait été distribuée . par le comptable , aux plu» niewftileiUL. 
» Pédant plut de deiix heiifee . noua ne fmee que femeifier 
» ebeharg^ des malades. Les mulet&aiir lesouala noop en melr 
» tioDS , éta^eDl aosstièidirigéa aor le eaaif^ , im Ha loua élaieiU 
1» reaipoyésàviéek JeaepaapenlferauQaBaiiqiieiMimtoséeax 
» heures et d^e del^aprè^-midi : alors uoasavioia huit moKa, 
» el noua en eemplàmes, bientôt a|>rè8, up nanvièflAa. » 

Veuteur leriQiDe son reppor I en fai3aBl reaiarquer : 

4« Que les aoeideua ne Qpmmeneèrenl à se montrer tp^ terp 
les DduC beujrep ^| demie du malin ^ e^ ({^e les miUtalpes qui y 
suoeoml^èrent , étaient ^us niert^ a^nt iQidI \ 

9* Que six bompies expirèreet en anitant au Imto^q. et «roe 
FuQ d'eux, Yolllepur, étaM de eeux qui , sur le plateau joQi h a 
été question» s*ètaien| dévoués au soubgQraeot 9e leurs oaou^- 
rades, en allant leur chercher de Teau ; 

3* Que les trois autires fiiren^ tron^vés morte w arriére de |a 
cobnne , Y\m sur la roule , e<k liQS deex autres , dans de pr^ 
fonds ravins y où l!^ avait mos de^ coudulla l'espoir de |re«- 
ver de Teau \ 

4* Que les principaux symptémes observés furent des vepits- 
semens de matières visqueuses et filantes , avec déMcation lUr 
volonUire , prostration complète de^ forces, énpm\e confsslien 
de hi fiifie ^ augmentation du vglumô de te langue^ respiration à 
peine seusiMe, ràlg trachéal i pouU iMfenue ceïi^eidanla.vee des 
nattecpens tumultueux du ^up, oofitracltoii ou dQatetion de la 
pupille ; 

5* Que les moyeoe employés furei^l la saignée d*aberd, p«|s 
les IHc^ons eut* les ipemnres el 1$ st^ikulaÛoi\ des marines, av<ee 
rammooiaque et l*^cide acétique (4) ; 

6« Que la saignée Â|t généraleiuent v^iie . et que, ehea Ireie 
homo^ , l'ouverture de ^ veine M suivie élhstn f^i velu»)- 
neuxjî); 

1^ Que les nialades qui ayaient Qouserv^ leure fheulléa sen* 
sorialQB, a^éoot tous rétabli» après llnjeotioQ ^ queh)«ies goul*^ 
tesde liquide , aidée d't^n peu die repos ] 
• 8« Que ,' 9ans exception , tous oeu:fK qui avelMil eomplèlepueiift 
perdu connaissance , cnourureut ; 

9* Que les hpmmes qui auecoml^èrenl , étaîeni leiia vigpu- 

(0 ie moque d'eau m iie?mi m» 4e recourur ^ w mfffm ei 
ui^ie m paieii çae , We aSaeiaoft d^eaa ^f la tâu^ 

(tj 11 en est toujours de même loraqu'oD ne reeoiNr I nae tarep 
tard à ee moyen : seuAement le jet n*esl^ pas Yolunioeux oe «Nia; 
il ne le devienl que quelque tema après Vyufeartnre du YMM- 
seau. Âinaî qu'on l'a vu pseeédemoMat , ce veluaM du jel saa«- 
guln el sa iiaoe 4eproj6eliQn ont été obiei'^ par M. ledee- 
teur Langer^ tt a on» renairqaea auaai (^ le lajag élaU lûut 4 te 
fois plus ohfliud , plue liquide et pba^ eoh>ré a» rouge nm ^Mfi 
l'étal nemal. ' 



— 40 — 

reusènoieDt constitués , et que six d'entre eux appartenaient à 
des. compagnies d'élite ; 

40* Que tous les cadavres passèrent par la rigidité cadavéri- 
qoê , et que telle y fut la rapidité de la putréfaction , qu'on fut 
obligé de s'en défaire peu après la mort des sujets ; 

44* Que les mêmes causes qui frappèrent tant d'hommes , en- 
levèrent une quinzaine de bœufs (4) , plus de quarante mou- 
tons et deux cniens (2) , et que deux arabes qui accompagnaient 

(4 ) A la même époque , il v avait au camp de T Arba, où passa 
la colonne , un troupeau de nuit cents boBV fs : il en mourait de 
hait à douze par jour, et cette mortalité avait lieu surtout parmi 
les plus vigoureux. Le troupeau ne manquait ni de pâturages , 
Did^eau, mais, exposé à toute l'ardeur du soleil pendant le jour, 
rien ne l'abritait non plus de la fraîcheur pendant la nuit. 

(2) Plus que l'homme encore , le chien doit souffrir d'une 
haute température , et parce que rien ne le garantit de l'impres- 
sion brûlante du soi, et parce que respirant a une moins grande 
élévation que l'homme , Vair qui pénètre dans ses poumons est, 
de plusieurs degrés , plus chaud que celui respiré par ce der- 
nier. Aussi , dans nos expéditions d'été , «'est-il pas rare de voir 
des chiens s'arrêter et mourir. Dans le nombre des exemples que 
nous en pourrions produire , nous nous bornerons aux deux 
Buivans. 

Le 47 juillet 4839 , des chiens, en assez grande quantité, par- 
tent d'Oran, à la suite d'une colonne qui se rendait à Mostaga- 
nem. Peu après le départ , et la colonne se trouvant alors dans 
des bas-fonds , la chaleur devient si forte , le sirocco soufflant , 
que tous les chiens , comme s'ils en fussent convenus, s'en re- 
tournèrent à Oran. Un seul fit exception. C'était une chienne de 
chasse, qui marcha iusqu'au bivouac , qu'on établit à la fon- 
taine de âoudiel. Là était une mare d'eau où l'animal , n'en pou- 
vant plus de chaleur et de soif, sa précipite en arrivant : comme 
il voulait en sortir, il ne le put pasi, tout son corps étant devenu 
emphysémateux , de la tète aux pieds. On vint à son secours , 
mais il expira en sortant de l'eau. Ceci se passait en même tems 
qu'une trentaine d'hommes gisaient sur le sol , frappés de con- 
gestion ; il en mourut trois , et très-rapidement. Ces détails sont 
de M. le docteur Volage,' témoin oculaire, alors aide-major au 
4*' de lieue, dont un l)ataUlon faisait partie de la colonne. 

Dans Tes derniers jours de mai 4846 , une colonne , sous les 
ordres de M. le général Yussuf , expéditionnait au sud de la 
province d'Alger ; elle traversait alors la plaine de sable qui 
s'étend de Korireuch (dans le Djebel-Amour), et Guelt-el- 
Settel (dans le Djebel-Sahari). La chaleur était très-forte et le 
sable brûlant. En s'avançant sur ce terrain , les chiens ne ces- 
saient de pousser ^^s cris de douleur; ils sautaient plutôt qu'ils 
ne marchaient, pour éviter le contact trop prolongé du sable 
qui les brûlait. Presque tous s'arrêtaient au pied des rares touf- 
fes d'herbes.qu'on rencontrait : ils y grattaient la terre pour faire 
des trous où ils mettaient le nez , dans l'espoir, sans doute , d'y 
trouver de la fraîcheur On eu voyait qui tombaient peu 



-- 41 — 

le troupeau , disparurent , ne pouvant plus résister à tant de fa- 
tigues (1); 

42* Enfin , que la température prise sur le point où s'établit 
le bivouac , était , à l'omofe , de 42«, échelle centigrade , tempé- 
rature qui , sans qu'il soit besoin de le dire , n'était plus celle à 
laquelle les troupes venaient d'être exposées. Rapport de M» le 
docteur Gerrier^ écrit du bivouac ^ à Béni-Mousaa, le ^ juU- 
let 4846. 

M. le Maréchal-Gouverneor ayant reçu , le même jour, une 
dépêche qui l'informait desaccidens survenus au bataillon , des 
ordres furent aussitôt expédiés pour qu'il rentrât immédiatement. 
Ces ordres étant parvenus an bataillon dès le lendemain i 42 , 
il put se mettre en marche le même jour. Le camp fut levé à 
quatre heures de raprès-midi. La température était alors sup- 
portable. Cependant, à peine avait-on fait une lieue que , déia , 
les cacolets et les litières ne pouvaient plus suffire aux be- 
besoins. Les nouveaux malades étaient des hommes qui avaient 
plus ou moins souffert la veille. Il en mourut deux sur 
les litières qui les transportaieni. Chez l'un d'eux , M. Gerrier 
compta , bien distinctement , après la dernière expiration , trois 
ou quatre pulsations à la radiale. Cet homme , qui succomba 
dans un profond coma, avait d'abord offert quelques désordres 
dans rintelligencè , avec œil hagard. C'était un alsacien de la 
plus vigoureuse constitution. Il avait été saigné deux fois , et 
la première saignée avait tellement amélioré son état , qu'un ins- 
tant on l'avait cru sauvé. 

M. le docteur Tesnière , cité dans le rapport ci-dessus , en a 
fait un de son côté, sur le même désastre ; il y mentionne, 
comme ayant été les principaux phénomènes observés, les symp- 
tômes suivans : 

1 sentiment de malaise et 
, un serrement des tem- 



« Une soif ()lus ou moins intense , un s 
» de douleur à l'épigaslre , des vertiges , i 



après , pour ne plus se relever. Il en mourut ainsi dix à douze. 
On en sauva quelques-uns , qui avaient été placés sur les mu- 
lets de charge. La plupart étaient des chiens au pays , chiens bé- 
douins et lévriers du désert. Dans le nombre des derniers, en 
était un qui appartenait à M. le docteur Garnier, des zouaves , 
qui faisait partie de la colonne. Ces renseignemens sont de M. le 
docteur Martinot de Cordoux, témoin oculaire , chargé du ser- 
vice de l'ambulance. 

(4) Sans contredit, l'arabe supporte mieux la chaleur que 
l'européen , mais , parfois pourtant , il en ressent aussi les per- 
nicieux effets. On sait combien d'indigènes périssent dans leurs 
voyages à travers le désert , soit pour leur commerce , soit pour 
leur pèlerinage à la Mecque. Ainsi, nous lisons, dans un ouvrage 
sur Tripoli , au sujet d'uue caravane qui revenait de la Mecque : 

« Il est arrivé hier quelques personnes , dans un tel état 
» d'épuisement , qu'elles seraient mortes sur la route, si elles 
» n'avaient pas été promplement secourues par les Maures. La 
» veille , le manque d'eau et l'excessive chaleur avaient fait pé- 
» rir quatre de leurs compagnons. » Op. cit., t. 4", p. 446. 

6 



— 4a — 

» pes , das éblotiissemens , des tintemens d'oreille, une accélé^ 
» ration de la circulation et de la respiration , des coliques , des 
» déjections involontaires , une prostration des plus grandes. » 
Bapport de M, le docteur Tesnière^ chirurgien aide-major au 
22* de ligne, 

M. Faviér, également cité dans le rapport de M. Gerrier, si- 
gnale , dans une note sur Tétat des cadavres : 

4* La tuméfaction de toute la tète , mais des paupières et des 
lèvres particulièrement , tuméfaction qui était d'un rouge vio- 
lacé ; 

2* Un état semblable du cou , ainsi que de la langue , dont le 
volume avait doublé, et qui se trouvait comme étranglée par les 
dents, qui y étaieut implantées; 

3* Sur plusieurs sujets , et sur diverses parties , mais notam- 
ment sur les membres inférieurs , des taches semblables à Téchv- 
mose, avec soulèvement et déchirure de Tépiderme sur les mê- 
mes points ; 

4* Chez nn sujet , Texistence^e cette dernière lésion portée à 
un tel point sur les pieds, qu'on eût dit que ces parties sortaient 
de Teau bouillante; 

5* La dilatation de la poitrine et le météorique du ventre ; 

6* Des mucosités abondantes qui enyouaient les voies aérien- 
nes, et qui s'échappaient dé la bouche par regorgement; 

7* Enfin , la rapidité de la putréfaction, qui fut telle chez les 
neuf cadavres de la journée du 44, que, de quatre à cinq heures 
de l'après-midi, on ne pouvait plus pénétrer sous la tente où on 
les avait déposés. Note de M. ravier^ sur le désastre Ju 44 juil- 
let 4846. 

Je ne multiplierai pas davantage les exemples, observés à 
l'armée d'Afrique, d'accidens produits par la chaleur et les fati- 
gues de la marche. Quant à leur nature ou cause prochaine, ce 
n'est pas ici le lieu d'en traiter ; nous en dirons autant des con- 
ditions de leur développement, ainsi que des moyens les plus 
propres à les prévenir et à les combattre. 

Je clos, enfin, cette longue digression, en rapportant le récit 
que fait, de ses propres sensations, un médecin, alors en expé- 
dition, sous l'influence des circonstances d'où surgissent, de 
coutume, des accidents de congestion parmi les troupes. Ceci 
9e passait à la fin de 4846, dans la partie de la province d'Oran 
qui confine au désert. 

« Notre petite armée, ditl'auteur, futassaillie, dans ledésert, par 
» un sirocco qui dura trois jours. J'aimerais mieux être condamné 
» à vivre dans les étuves humides des Arabes, ou à chauffer 
» perpétuellement les fourneaux des bateaux à vapeur, que 
» d'être astreint à passer mes jours dans cet air aride , lourd et 
» énervant. Notre respiration était saccadée et sonore, et la 
» poitrine, oppressée, faisait de pénibles efforts pour aspirer un 
» air démesurément dilaté, et dont il eût fallu un large volume 
» pour suffire à une hématose complète. Une barre pesait sur 
» notre front ; nous avions des éblouissements, et nous enten- 
' » dions comme d'étranges rumeurs bruire à nos oreilles ; une 
» énergique constrlction nous serrait la gorge, et une sorte de 



— 43 — 

» cauchemar pesaii sur noire épigastre ; les lèvres et les nariûe8> 
» crevassées par la poussière ardeote, que fouettait le vent di> 
» désert, étaient douloureuses et arides. Nosjambes tremblaient, 
» et, de temps à autre, nous sentions des bouffées de chaleur à 
» la figure, suivies quelquefois de vagues frissons, et d'un sur- 
» croît de défaillance voisin de la syncope. Nous étions dans un 
» état de demi-asphyxie et de congestion cérébrale, le visage 
» injecté, les lèvres cyanosées. Le pouls était fort et rebondis- 
» sant, ou bien, au contraire, faible et irrégulier, quelquefois 
» plein, souple et leot, selon les diverses combinaisons des élé- 
» mens de la maladie, selon le mode de réaction de l'économie. 
» Notre intelligence était obtuse, nossens paresseux etpeu sûrs ; 
» le mouvement nous répugnait, Tanxieté et Tagitation nous 
» portaient à nous retourner en tous sens. On étouffait sous la 
» tente ; en plein air, la rafale brûlante nous suffoquait. On ne 
» pouvait se tenir debout, et on redoutait de se coucher à cause 
» de la plus grande élévation de température des couches infé- 
» reuses de l'atmosphère, chauffées par le sable. La sueur 
» coulait àQots; on buvait outre mesure, mais la soif était 
» insatiable, et quand l'estomac était, distendu, la dyspnée 
» augmentait, ainsi que le malaise général et l'anxiété épisgas- 
» trique. Le sol était st chaud, qu'on ne pouvait y tenir la main 
» appliquée. Les chiens, inquiets, haletants, respiraient avec 
» grand bruit, et changeaient de place à chaque instant, comme . 
» s'ils eussent marché sur un plaque chauffée au feu. Un grand 
» nombre de ces animaux périrent. Si l'eau avait manqué, c'en 
» était fait de la colonne, et ceux qui, après nous, auraient foulé 
» le sable du désert, eussent pu dire à la morne solitude : RendS" 
» nouB nos Légions ! » Lettre médicale sur l'Afrique, dans la 
Gazette médicale de Paris, déjà citée. 

ItX* Année de la CXVir olympiade, 310 ans avant J.-C« 

En la iii« année de la cxvii* olympiade, S40 ans avant J.-CL, 
les Carthaginois , toujours sous la conduite d'Amilcar, conti- 
nuaient leurs progrès en Sicile, et ils étaient arrivés à cb point, 
[u'Agathocle , après avoir été battu sur presque tous les points 
Je rîle , se trouvait acculé jusques dans les murs de Syracuse. 
Ce fut alors qu'il conçut le hardi projet d'abandonner la Sicile , 
pour reporter la guerre sur le territoire même de Carthage , qui 
fut bientôt envahi (4). Carthage , qui ne pouvait s'attendre à una 



l 



(4) L'idée, comme l'exécution, de reporter le théâtre delà 
guerre de la patrie du vaincu dans celle du vainqueur, n'appar- 
tient donc pas à Annibal, comme on pourrait l'inférer de ces pa- 
roles d'un poète : 

a Annibal Ta prédit, croyons-en ce grand bomitie, 
« Jamais on ne vaincra les Romains que dans Rome. 
Aussi, dans une allocution d'Agathocle à ses troupes, pour les 
entraîner à Carthage, le voyons-nous leur présenter cette entre- 
prise como^e à la fois glorieuse et nouvelle; il Leur disait^ 



— 44 — 

pareille invasion ; — Garlhage qai , au contraire , maîtresse de 
presque toute la Sicile, se croyait à Tapogée de sa puissance et 
de sa gloire ; — Garthage , disons-nous , tombe aussitôt dans 
la plus profonde consternation. Un revirement de fortune si su- 
bit, dans ces tems de superstition , ne pouvait paraître naturel. 
Aussi Girthages'en prend aux Dieux, ou, pour mieux dire, elle 
s'en prend à elle-même de la calamité qui la frappe ; — elle s'ac- 
cuse d'avoir offensé les Dieux , Hercule et Saturne particuliè- 
rement. 

Hercule était le Dieu protecteur de Tyr, dont Carthase était 
une colonie. Celle-ci , dans les premiers tems de sa fondation , 
envoyait annuellement à Tyr, pour Hercule , le (dixième de ses 
revenus , mais ce tribut , avec le tems , s'était converti en dons 
insignifiai?is. Les nations sont comme l'homme : dans la prospé- 
rité , elles oublient les Dieux. Mais les offenses de Garthage en- 
vers Hercule disparaissaient , en quelque sorte , en regard de 
celles dont elle s'accusait coupable envers Saturne. 

Les offrandes en usage pour ce Dieu , étaient , comme on 
sait , les sacrifices humains. On lui offrait , dans les premiers 
lems de la République , les enfans des plus illustres familles ; 
depuis, on s était borné à lui en sacrifier qu'on achetait et 
élevait en secret , pour, les substituer aux premiers. Cette 
fraude , soup^^nnée par les magistrats , fut bientôt constatée par 
. leurs soins. La superstition s'empare alors des esprits , et deux 
cents enfans» choisis parmi les plus puissantes familles, sont sa» 
crifiés dans une solennité publique. Diodore , de qui nous tenons 
ces détails, ajoute: « De plus, quelques habitans, accusés 
» d'avoir éludé la loi , offrirent volontairement leurs enfans , 
» pour être immolés , et le nombre de ces victimes ne se trouva 
» pas au-dessous de trois cents ( Op, ctt, (t6. xx, seet. 44). » 

r* Année de la GXVIII* olympiade , 308 ans avant J.-C. 

En la 4'* année de la cxviii* olympiade , 308 ans avant J.-C, 
Ophellas , tyran de Cyrène , vint joindre Agathocle dans la pro- 
vmce d'Afrique , à la tète d'une armée considérable (4). C'était 

entr'autres choses, que la gloire d'utie pareille expédition gran- 
dirait d'âge en âge, et triompherait du temps; qu'on citerait 
les Syracusains comme les seuls, entre tous les peuples, qui 
eussent porté, chez l'ennemi, la guerre qu'ils ne pouvaient soute- 
nir chez eux; qui, vaincus, eussent poursuivi leurs vainqueurs, 
et assiégé qui les assiégaient (et obsessores urbis suœ obseaeri'^ ). 
Justin , qui rapporte cette allocution , nous apprend qu'Aga- 
thocle était dans la 7« année de son règne^ lorsqu'il passa en 
Afrique (lib, xxu, cap. v). 

(4) Elle se composait de plus de 40,000 hommes de pied, de 
600 chevaux et de 400 chars de guerre, montés par plus de 
300 hommes, tant conducteurs que combattans. Sa suite était 
presque aussi considérable : elle s'élevait à prés de 40,000 indi- 
vidus, tant femmes et enfans de soldats, que gens chargés de 
conduire les bagages. Cette armée, comme le remarque Diodore, 



— 45 — 

par suite d'un traité qui avait été conclu entre ces deux chefs , 
et d'après lequel ils devaient se partager leurs conquêtes. L'ar- 
mée d'Ophellas ne mit pas moins de deux mois pour se rendre 
de Cyrène sur le territoire de Carthage. Dans ce trajet , elle eut 
à traverser des contrées désertes et sans eau , où elle faillit périr 
tout entière , par le manque de subsistances ; elle eut aussi à 
lutter contre les attaques des animaux venimeux, qui se trou- 
vent dans les mêmes contrées. Mais laissons parler Diodore , sur 
ce trajet de l'armée cyrjénéenne. 

« Poursuivant sa route , dit Diodore , l'armée d'Ophellas en- 
» tra dans un désert infesté d'animaux dangereux , où elle eut 
)> beaucoup à souffrir , non-seulement du manque d'eau , mais 
» encore de la disette des subsistances ordinaires , et faillit se 
» perdre entièrement. Des reptiles venimeux se trouvent sur- 
» tout dans les environs des Syrtes , et. comme la morsure du 
» plus grand nombre est mortelle , les hommes qui en fu«*ent 
» atteints , éprouvèrent les plus graves accidens , n'ayant ni 
» médecins ni amis qui pussent venir à leur secours. En effet*, 
» quelque&-uns de ces serpens étant d'une couleur peu différente 
» de celle du sol même , cette ressemblance empêchait qu'on né 
» pût les distinguer (1 ) , et les voyageurs se trouvaient , en les 

était plutôt une colonie qu'une armée; elle témoignait, par sa 
composition, des desseins de son chef. Agathocle, qui s'en îd- 
quiète, asssemble son armée; il lui expose qu'Ophellas, venu, 
en apparence, pour faire cause commune avec lui, songe à le 
trahir. Cette pensée de trahison enflamme les troupes d'Aga- 
thocle; elles prennent aussitôt les armes, et tombent, à l'im- 
provisle, sur l'armée cyrénéenne. Ophella^, qui ne pouvait 
s'attendre à une pareille agression, ne s'en défend pas moins, et 
il périt les armes à la main, soutenant ainsi la haute renommée 
qu'il s'était acquise k la suite du héros macédonien , qu'il avait 
accompagné dans toutes ses expéditions. 

L'assassinat d'Ophellas n'est pas la seule tache qui souille la 
mémoire d'Agathocle : un an après, iour pour jour, désespérant 
du salut de son armée, récemment battue par les Carthaginois, 
il s'enfuit de la Libye pour se retirer en Sicile, abandonnant 
au courroux de son armée, ses deux fils, Archagathus et Héra- 
clide ; ils en furent massacrés. Je passe sous silence d'autres 
traits qui ne ternissent pas moins le déclin d'une vie si glorieuse 
à son aurore. 

(4) Il est question ici de la vipère cornue, encore connue sous 
le nom de céraste, coluber cérastes , Linn. , qui .est très-répan- 
due dans les environs des Syrtes et dans tout le Sahara. Elle a 
été vue , plusieurs fois , dans le cours des expéditions qui, dans 
ces derniers temps , ont été poussées vers le sud. Sa morsure, 
encore sans exemple parmi nos troupes, est souvent mortelle. 
Parmi les habitans de Tintérieur , qui fréquentent les villes du 
littoral, bon nombre en portent des traces. L'année dernière , 
484S, une pie-grièche , qui fut piquée avec une dent arrachée 
à un céraste depuis deux jours , ne survécut à cette piqûre 
qu'une demi-minute environ. Cette expérieace est due à M. le 



— 46 — 

» foulant aux pieds, exposés à des blessures mortelles (4). » 
Diodore , en nous apprenant que l'armée d'Ophellas manqua 
de subsistances, ne dit rien d'une circonstance dont parle Théo- 
phrasle , à savoir qu'alors elle se nourrit , pendant plusieurs 
jours , du fruit du Lotus, Vel eo fructu diebus pluribus pastum 
Gommeatuum defectu accepiraus. Thëophraste. 

Mais quel était donc le végétal que les anciens connaissaienl 
sous le nom de Lotus ? Quel était donc le Lotus libyen (2) ? Des 
voyageurs , des naturalistes même , tel que Desfonlaines , ont 
cru le retrouver dans un Zizyphus qu'ils ont spécifié , pour cette 
raison , sous le nom de Zizyphus lotus (3). Mais .le fruit de ce 
Zizyphus n'a rien de nutritif : c'est un noyau seulement recou- 
vert d'une pellicule charnue , encore cette pellicule est-elle dé- 
pourvue de tout suc. Sans nul doute , pareil fruit ne saurait être 
d'aucune ressource alimentaire. Il faut donc chercher, dans un' 
autre végétal qi.e le Zizyphus dont nous parlons , celui dont le 
fruit servit, pendant plu sieurs jours, sinon à nourrir, du moins 
à calmer la faim de l'armée d'Ophelias. Mais si le Zizyphus 
lotus , comme tout porte à le croire , n'est pas le Lotus des an- 
ciens, il a pu, pourtant , être de quelque utilité à l'armée 
d'Ophelias , ainsi qu'il l'est parfois à nos troupes , non par son 
fruit , mais par les nombreux escargots dont il se couvre , et qui 
sont très-recherchés du soldat en expédition. Quant à leur pré- 

Faralion, elle est à la fois simple et prompte : ou met le feu à 
arbuste qui les porte , et ils tombent tout rôtis. Ces escargots 
sont des hélices dont les espèces varient selon les localités. 

Les circonstances fâcheuses dans lesquelles s'est trouvé Ophel- 
las , dans son trajet de Cyrène à Carthage , par suite du manque 

docteur Panier, qui la fit en expédition , dans les contrées sa- 
blonneuses du sud de la province d'Alger. 

(1) Les historiens anciens ont exagéré le nombre, comme le 
danger, des animaux venimeux du nord de l'Afrique, et les voya- 
geurs ont reproduit, sans examen, toutes ces exagérations. Nous 
aurons , bientôt , occasion de revenir sur ce sujet. 

(2) Sur le trajet qui a été parcouru par Ophellas , existe une 
plante dont le fruit est très-agréable au goût , et auquel on 
pourrait rapporter ce que les Anciens ont dit de celui du Lotus. 
C'est l'opinion de M. le consul Pélissier, qui , tout récemment, 
a goûté de ce fruit , dans l'île de Gerba (l'ancienne Lotophagitis)^ 
où la plante qui le fournit , est assez multipliée. Cette plante , 
qui est encore à déterminer, est connue des Indigènes sous le 
nom de Darmouss; ils en mangent non-seulement le fruit, 
mais encore la tige et les feuilles. Elle se rencontre sur toute 
la lisière nord du Sahara , depuis l'Océan jusqu'aux frontières 
de l'Egypte. Nous y reviendrons plus loin. 

(3) Il ne faut pas confondre le Lotus libyen avec celui des an- 
ciens Égyptiens, le nymphœa /ofo^ de Linnee , nelumbium specio- 
sum , Wild., que nous retrouvons, si fréquemment, sur leurs 
monumens, comme sur leurs papyrus. Autrefois Irès-multiplié 
sur les bords du Nil , ce Lotus ne se voit plus aujourd'hui que 
sur ceux de TEuphrate. 



— 47 — 



(le subsistances, nous engagentà indiquer sommairement les pro- 
duits naturels qui , en pareille occurrence , pourraient être uti- 
lisés par des troupes. Disons de suite , avant d^aller plus loin , 
qu'il s'en faut qu on rencontre ordiniirement plusieurs de ces 
produits dans la même localité. 



BiGME VÉGÉTAL. 



La truflb blanolie» le terfez des Indigènes , tuber algeriensis, 
monCag. 

Habitat. Dans tout le nord de TAfrique , depuis la côte jus- 
qu'à une profondeur indéterminée dans le sud , où elle est plus 
multipliée que sur le littoral. Elle se plaft dans les contrées sa- 
blonneuses et découvertes. Les terrains où elle se rencontre , 
sont ordinairement sillonnés par le boutoir des sangliers , qui 
en sonl très-friands Son siège est indiqué à la surface du sol par 
un soulèvement crevassé, qui sert à la faire reconnaître. Noo 
troupes l'ont aperçue bien souvent dans leurs expéditions, mais 
surtout dans celles dirigées vers le sud , où se trouve plus par- 
ticulièrement la nature de terrain qui lui convient. On nous 
signalait, en 4S44, sous le rapport de la quantité et du 
volume, celle qu'une colonne, se portant de Gonstantine sur 
M'gaous ( au sud des Ouled^Sultan ) , rencontra à trois journées 
de marche du premier de ces points. 

Usages. Les Indigènes en mangeni , et tous en font grand cas, 
surtput de celle de l'intérieur. C'est, sans aucun doute, le pro- 
duit naturel qui , dans le nord de 1 Afrique , offrirait le plus de 
ressources à un corps de troupe qui viendrait à manquer de vi- 
vres. J'en ai mangé , pour la première fois , en ^ 835 , à Bône , 
où les spahis de la garnison s'en régalaient tous les jours; ils 
les apprêtaient à la sauce blanche. En 4842 , dans la province 
d'Oran , quelques militaires du 43* l^er, qui en avaient mangé 
outre mesure, éprouvèrent des coliques, mais ces militaires 
souffraient alors de la faim, et sans doute *aue tout autre ali- 
ment, pris dans la même circonstance, et de la même manière, 
eût amené un résulat semblable. Ceci se passait dans la tribu 
des Sdasmas , à une journée de marche de Médroussa , en 
arrière du marabout de Sidi-Mohamed. 

Bon nombre de voyageurs , arabes et autres , ont parlé de la 
truffe blanche d'Afrique ; je me bornerai à rapporter ici ce qu'en 
disent Edrisi, écrivain du milieu du xn* siècle , et Léon l'Afri- 
cain , qui écrivait au commencement du xvi*. 

ff Ceci, dit le dernier, parlant de la truffe blanche ; ceci se peut 
» plus proprement appeler racine que fruit , car il croît en 
» l'arène aux lieux chaleureux , semblable à la truffe et plus 
» gros , ayant l'écorce blanche , et connaît-on là où il est à la 
• terre, qui est un peu enlevée et crevassée. Il s'en trouve de 
» la grosseur d'une noix , et d'une orange aussi. Selon l'opinion 



— 48 — 

» des médecins , qui rappellent camha , il a la propriété de ra- 
» fraichir. 

» Les déserts de Nuniidie en produisent en grande abondance, 
» de quoi les Arabes mangent autant volontiers comme si c'était 
» du sucre , et à bonne raison , car , à dire vrai , étant mis sur 
» le brasier, puis nettoyé et remis dans un bouillon gras, c'est 
» une viande trés-singuliére et délicate. Ils le mangent sembla- 
» blement bouilli dedans l'eau ou du lait , et s'en trouve à foi- 
» son en l'arène prochaine de la cité de Sela (4). » Description 
de V Afrique , traauctioD de Temporal, t. n , p. 320. Réimprimé 
à Paris, en 4830. 

a Divers voyageurs, ditEdrisi, voyageurs dignes de foi, qui ont 
» parcouru le Soudan, rapportent que« dans le territoire d Auda- 
» ghocht , on trouve , près des eaux stagnantes , des truffes 
» dont le poids s'élève jusqu'à trois livres et au-delà (2). On en 
» apporte , en abondance , à Audaghocht , où on les fait cuire 
» avec de la chair de chameau, ce qui compose , dit-on , un ex- 
« cellent mets. » Géographie de V Afrique, 

La connaissance du produit dont nous parlons , parait remon- 
ter à une haute antiquité ; elle remonte au moins à l'époque de 
la domination romaine , témoin ces paroles de Juvénal , qui dé- 
posent en même tems du prix qu'on y attachait : 

. . • Tibi habeframcntum, AHediBsinquit, 
O Libye; disjnnge boves, dùm tubera mitlas* 

Sat. V. 



Plusieurs espèces de ohamplgiiim , /îifij^tM , LinUé 

Habitat. Varie selon le& espèces , depuis la côte jusques dans 
l'intérieur. 

Usages. Les Indigènes ea usent comme les Européens ; ils en 
récoltent l'été pour l'hiver, en les faisant sécher. Dans k pro* 
vince d'Oran » il y a deux à trois ans , aqe espèce , de peiite 
taille , a été trouvée assez multipliée , pour que presque tout un 
corps de troupe ait pu s'en régaler. 



Le liohen oomeitible^ lichen esculentus^VàlL , parmelia e^ctt- 
lenta , Spreug. ; lecanora esoulenta , Dur. ; connu , des Indi- 
gènes , sous le nom à'Excrémens de la terre. 

Habitat Le Sahara , d'où il s'avance, plus ou moins, dans le 
ûord , avec les plages sablonneuses qui le produisent Ce lichen 
jonche le sol , où il forme, çà et là , des amas assez consîdéra- 

{{) Marmol, qui parle aussi de la truffe blanche , n'a fait que 
reprodnire , à peu près mot pour mot ,. ce qu'en a dit Léon 
l'Africain. Vid. Afrique de Marmol , Op. dt., t. m , p. 3. 

(31) Il se pourrait que cette truffe ne fût pas la même que celle 
qm existe dans des contrée» plus septentrionales. 



— 49 — 

blés. C'est ainsi qu'on le rencontre chez les Béni-M'zab , iloii il 
m'a été rapporté par un habitant de ces contrées , en 1835, mais 
par hasard : il se trouvait dans du sable que j'avais demandé. 
Il a été vu , en grande quantité, au printems de l'année der- 
nière , par les troupes qui expéditionnaient entre le Djebel-ttat i 
et le Djebel-Sahari , où M. le docteur Panier en a recueilli de 
nombreux échantillons. 

Usages. On sait l'emploi qu'on en fait dans le grand désert de 
Tartarie , ainsi que dans les Steppes de la Perse et de la Crimée. 
Dans le Sahara , on en confectionne une farine qui donne un 
pain remarquable par sa blancheur. C'est une grande ressource 
pour les pauvres gens de cette partie de l'Afrique , où tous les 
animaux en sont très-friands , notamment le chameau , le mou- 
ton et la gazelle. Un officier de santé , M. Raymond , qui faisait 
partie de l'expédition dont nous venons de parler, a fait manger 
à son cheval du lichen esculentus : l'animal paraissait le trouver 
de son«goût. Le même officier de santé, étant encore sur les lieux, 
en a préparé une gelée dûûi il mangea plusieurs fois , la trou- 
vant agréable. Cette gelée , du reste , doit être fort semblable à 
celle du lichen d'Islande , moins l'amertume de cette dernière. 



Le dattier , phœnix dactilifera , Linn. 

Habitat. Les contrées sablonneuses de l'intérieur , entre le 
Tell et le Sahara. 

Usages. Les jeunes feuilles, connues des botanistes sous le 
nom de bourgeon , -qu'on mange en salade ou bouillies. Quelle 
que soit la préparation qu'on leur fasse subir, c'est un mets dé- 
licat. Malheureusemenl; , pour se le procurer, il faut sacrifier 
l'arbre : il meurt peu après l'ablation du bourgeon. Cette partie 
du dattier est connue , depuis un tems immémorial , en Egypte , 
en Perse et ailleurs. Dioscoride en parle sous le nom de cceur 
de palmier , expression qui en indique assez bien la nature ; 
Xénophon , Nicander, Théophraste , Galien , Pline et quelques 
autres la désignent sous le nom de cerveau de palmier^ sans 
doute parce qu'elle est fournie par la tète ou partie supérieure 
de Tarbre. Voici , à cet égard , les paroles de Pline , parlant des 
palmiers : Dulcis medulla earum in cacumine , quod cerebrum 
appellant. Les habitans des Antilles donnent , à cette même par- 
tie , le nom de chou. Le chou palmiste, dont on f?iit. si grand 
cas aux Antilles , est le bourgeon de Vareca oleraceà. 

Les fleurs mâles du dattier, lorsqu'elles sont encore tendres , 
ne sont pas moins recherchées que les jeunes feuilles. On les 
mange seules , ou avec du suc de citron , et elles passent pour 
aphrodisiaques , selon Desfontaines , sans doute à cause de leur 
odeur spermatique. 

La moelle des jeunes dattiers est également comestible. 
« Cette roeëlle , de couleur blanchâtre , dit Desfontaines , est 
» nourrissanteet d'un goût sucré. » Flore atlantique. 



— 50 — 
Le palnie* nain I palmier éventail, chamœrops humilis , Lian. 

Habitat. Snr tout le littoral , ne s'avançant qu'à peu d*élé- 
TatioD au--dessus du niveau de la mer. 

Usages, Le bourgeon , coname dans le dattfer. Les Indigènes 
en font une gracde consommation. On en use à Tinstar de celui 
du dattier. Au printems , on en voit toujours beaucoup sur les 
marcbés des villes du littoral. 



Plusieurs espèces d'arum. 

Habitat. SeloD, les espèces, depuis la côtfe jusques dan» 
Tintérieur. 

Usages. On en mange la racine. Celle de l'arum colocassium 
paraît être la racine qui fut d'un si grand secours à César lors- 
qu'il faisait le siège deDyrrachium, en Albanie, aujourd'hui Du- 
razzo. « Ils eurent encore une ressource { les soldats de César ) 
» dans une certaine racine nommée chara^ que ceux qui avaient 
» servi en Sardaigne, avec Yalérius, avaient découverte ; ils la 
» détrempaient dans du lait , et en faisaient une espèce de pain 
» qui survenait à leurs besoins, et il y en avait en abondance 
» dans le pays. Lorsque les soldats de Pon pée les insultaient 
» sur leur disette , ils leur jetaient de ces pains , pour leur faire 
ir perdre l'espérance de les avoir par la famine. » Les Commen- 
taires de César. 

Selon Desfontaines , fes Arabes hiî font perdre son âcreté en 
Fexposant au soleil , et ils en préparent une farine qu'ils man- 
gent après l'avoir exposée , à plusieurs reprises, à la vapeur de 
Peau bouîtlante , comme le couscoussou ( Op. cit. ) 



L&itîppa barbata, Desfont. ; ledryine des Arabes. 

Habitat. Le Sahara et les contrées sablonneuses de l'intérieur, 
ar'avance, dans Touest, vers le littoral. 

Usager. Les habitants de l'intérieur, les Béni-M'zab enlr'au- 
Ifes, font; du pain avec sa semence mise en poudre. Toute la 
plante est un bon fourrage pour les bestiaux, notamment pour 
te chameau, qui parait le rechercher. 



L'aiptrge blanche, asparagus albus, Linu. 

Habttat. Les plaines du littoral, telle que la Mitidja, dan» les 
environs d'Alger, etc. 

L'asperge blanche d'Afrique a été mentionnée par le célèbre 
Apulée, auteur africain. 

Usage». Ceux de l'asperge cultivée ; l'asperge blanche n'en 
diffère que par un yolume moindre et un peu d'amertume , qui» 
ne la rend pas moins précieuse. 



— 51 — 

Les aulx rose et triangulaire , allium roseum eltriquetum, Liou* 

Habitat, Snr le littoral et dans tout ie Tell. 
Usages. Tous deux , le dernier surtout, sout employés far le 
soldat en expédition ou dans les canips. 



L oseille sauvage, rumex acetosa ^ Linn. 

Habitat. Sur le littoral et dans tout le Tell. 
Usages. Ceux de roscille cultivée. C'est une grande ressource 
dour le soldat en expédition ou dans les camps. 



Le phellîpœa lutea , Linn. ; le danoun des Arabes. 

Habitat. Les contrées sablonneuses de rintériear,où H est 
très-multiplié, offrant ainsi, par ses belles fleurs, un aspect 
agréable au voyageur. 

Usages. Les Indigènes en mangent la racine, qui acquiert 
des dimensions considérables. On la mange crue ou cuite , et , 
dans ce dernier cas, avec.le ^uscoussou. Les Indigènes en pré- 
conisent la farine dans la diarrhée. 



L arbousier , arbuiiAS unedo, Linn. 

Hsibitat. Sur le littoral, particulièrement dans les montagnes. 
Usages. Tout le monde en connaît le fruit, qui est fort 
agréable au goût. 



Les pMsenlîU bulbeux et tubéreuz, leontodoH bulbotum 
et leontodon tuberosum. Lien. 

Haiitat, Les plaines du l'iloral. 

Usages. Tous deux 'en ireni dans les préparations culinaires 
des Indigènes, et c'est une ressource qui est fort appréciée par 
tes troupes en marche ou dans les camps. 



L'artichaut sauvage, dnara spinosissifna, Oesf. 

Habitat. Les plaines de l'intérieur, très-multiplié sur le ter- 
ritoire de Constanline. 

Usages. Les Indigènes en nsent beaucoup, cru ou cuit, et quel- 
ques Européens lui trouvent un goût plus agréable qli'au notre. 



Un autre artiohaut sauvage, rartiohaut sans. tige, cinara. 
acaulis, Linn. 

Habitat. Les plages sablonneuses du littoral. 
Usages., Les Indigènes en usent comme du précédent, auquel 
on le dit préférable pour les ragoûts. 



^ 52 — 

L'atraotylU gummifera, Lino. ; carthamus gummiferus, Lam.'- 
l'added des Arabes. 

Habitat Le littoral et tout le Tell. 

Usages, Les IndigèDes en mangent la racine, qu'ils emploient 
aussi pour parfumer le linge , en la brûlant sur de la braise. Sa < 
poudre carbonisée, mêlée avec de l'huile , sert aux femmes pour 
se teindre les sourcils en noir. 

Je ne mentionne ici Yatractylis gummifera qu'à cause de 
l'emploi qu'en font les Arabes , car c'est une plante éminemment 
vénéneuse. Ainsi nous avons l'exemple récent de huit enfans qui, 
dans les environs d'Alger, ont été empoisonnés pour en avoir 
mangé ; il en est mort deux , dont un vingt-quatre heures après 
Tingestion de la plante. Cependant, lors de la retraite de Cons- 
tantine , au mois de novembre 1836, nous avons vu des arabes 
en mangar impunément. Mais il paraît que la plante n'est véné- 
neuse qu'au printems . alors que le suc laiteux qu'elle renferme, 
afflue en abondance. L'empoisonnement dont nous venons 
de parler, eut lieu au mois de janvier de cette année, 4847. 

Les propriétés vénéneuses de Yatractylis gummifera étaient 
connues de Léon l'Africain , qui en parle en ces termes : 

« Celle racine, dit ce voyageur, estamère, et a telle pro- 
)> prlété , qu'un dragme de son eau distillée peut exterminer un 
» homme en moins d'une heure , et cela est divulgué par toute 
» l'Afrique , voir jusques entre les simples femmes. » Op. cit. , 
t. II, p. 322, art. Added. 



Le ohrysantheinuin ooronarlum, Desf. 

Habitat. Sur le littoral , notamment dans les plaines où s^ 
cultivent les céréales. 

Usages Les Indigènes en mangent les jeunes pousses , crues 
ou cuites. C'est un mets qui n'offre rien de désagréable. 

Plusieurs autres chrysantèmes , de la côte et de l'intérieur , 
sont encore utilisés par les Arabes. 



La doucette ou mâohe , la poule-gi asse des Provençaux , en- 
core connue sous les noms de blanchette et de salade de cha- 
noines , valerianella olitaria. 

Habitat. Les champs cultivés et les terres incultes , sur le 
littoral et dans l'intérieur. 

Usages. Les Indigènes en mangent les feuilles sans aucune 
préparation. 



La fedie oorne d'abondance , fedia COrnu-COpiCB , Vahl. 

Habitat. Sur le littoral et dans l'intérieur, où elle est égale- 
pient multipliée. 
Usages. Ceux de la précédente. 



— 58 — 

Le fenouil, CD arabe besbàs, anethum fœniculum , Linn. 

Habitat, Les plaines du littoral et de riotérieur. Elle est très- 
mullipliée sur la route de Dréhan à Conslantine, et à tel point 
dans certaines localités , qu'on croirait qu'elle y est^cultivée. 
C[est ainsi qu'elle se présente sur les bords du ruisseau d'Or , 
où un établissement s'est formé dans ces derniers tems. 

Usages. Les Indigènes en mangent les jeunes tiges, et font 
une grande consommation des semences, que débitent, dans 
leurs boutiques , tousjes marchands ou épiciers maures. 



La noix de terre OU terre-noix, en arabe talqouda ou 
tdcr'ouda , bunium bulbo-castanum , Linn. 

Habitat, Les montagnes de Tintérieur. ^lle est trés-muUi- 
pliée dans les envirdns de Conslantine , de Sétif , de Mascara , 
de Tlemcen , et dans les contrées désertes au sud de Médéah. 

Usages. On en mange la racine crue ou bouillie. C'est un 
alimentrqui n'est pas à dédaigner, et que nos soldats ont baptisé 
sous le nom de pomme de terre bédouine. C'était une des plantes 
qu'on voyait aux mains des Indigènes dans l'affreuse disette qui 
affligea Médéah et Milianah , en 4840. Selon le docteur Lacger , 
elle aurait été d'un grand secours à la garnison de Tlemcen, lors 
du blocus de cette place par Abd-el-Kader, de 4836 à 4837. 

Les habitans de l'intérieur font grand cas de leur talqouda 
ou tdcr'ouda, auquel ils font subir diverses préparations. Ainsi, 
parfois , les Biskris le réduisent en poudre, après l'avoir fait sé- 
cher, et le mélangent ainsi avec de la farine. 



Plusieurs espèces du genre dauoui. 

Habitat. Toutes les plaines , celles du l'intérieur, comme celles 
du littoral , sont fertiles en espèces de ce genre. 

Usages. On en mange les jeunes pousses, ainsi' que les jeu- 
nes racines. 

Les pédoncules du daucus visnaga ^ Linn., sont des cure- 
dents naturels , et on s'en sert , comme tels , dans le midi de la 
France. Le principe aromatique qu'ils contiennent , en se dis- 
solvant dans la salive, peut modifier avantageusement l'état de 
relâchement des gencives, qu'on observe, assez souvent , parmi 
les troupes qui ont séjourné , quelque tems , dans les camps de 
l'intérieur. 

Les Indigènes connaissent , sous le nom de zeroudeya , le 
daucus cultivé. 



La roquette OU oreseop eauvage, le canonigo des Espagnols , 
brassica eruca^ Lfnn., eruca sativa^ Lam. 

Habitat. Sur le littoral et dans l'intérieur, dans une foule de 
localités. 



— 54 — - 

Usages. Tout le monde connaît l'usage qu'on en fait en sa- 
lade , mais les Indigènes en usent sans aucune préparation. 

Lo creison alénoîi OU cresson des jardlos, le nestOUfl de 
t Provence , tlhaspi &ativum, Cand. 

Habitat. Cette plante , qu'on rencontre dans diverses locali- 
tés du litloral et de l'intérieur, est cultivée dans tous nos jardins 
militaires. Tout récemnient, nous en avons vu dt^ fort belles 
cultures dans ceux d'El-Arrouch , deConstantine et de Sétif. 

Usages. Sont connus de tout le monde. Ses semences , dési- 
gnées sous le nom de harfe^ par les Indigènes , entrent dans plu- 
sieurs de leurs préparations culinaires. On en trouve chez tous 
les épiciers maures. 



Le cretsozs de fontaine OU cresson d*eauy le berro des 

Espagnols, le ghermussech des Arabes, sisymbrium nas-- 

turtium^ Linn. 

Habitat. Le bord des ruisseaux , sur le littoral et dans l'iD* 
térieur. 

Usages. Les Indigènes en usent comme les Européens , mais 
sans aucune préparation. C'est une ressource très- appréciable 
pour les camps dans le voisinage desquels il se rencontre. 

Plusieurs autres espèces de sisymbrium, qui peuvent servir 
aux mêmes usages , existent encore dans le nord de^l'Afrique, 
la plupart dans les contrées méridionales ; les autres sont Tarn- 
^ilexicaule^ Desf., et le polyceratium , Linn., qu'on rencontre 
sur les collines du littoral, et le murale, Desf., qui habite les 
sables du bord de la mer. 



Toutes les malvacées , à quelque genre qu'elles appartieunent. 

Habitat. Il est peu de localités sur la côte , comme da|]s Tin- 
lérieur, où ne croisse quelque malvacée. Ainsi , sur le littoral , 
se trouvent Yathœa officina'Us et Vathœa hirsuta; les malva ro- 
ttsndifolia, syhestris ^ parviflora , œgyptiaca, nicœnsis et his- 
panica ; les lavaiera maritima , hisptda , arborea , flava , thu^ 
ringiaca et trimes tris ; le malope malacoides et le sida abu^ilon. 

Usages. Même en tems ordinaires , les Indigènes mangent des 
malvacées , et c'est une de leurs plus grandes ressources dans 
les tems de disette. Ils connaissent la mauve commune sous le 
nom de khobbeiza ou khoubbeiza ; elle est plus connue , à Alger» 
sous celui de medji.. 



Le pourpier , en arabe redjela , portulaca oleracea , Linn. 
Habitat. Sur le littoral et dans lé Tell, dans les lieux humides. 
Usages. Les Indigènes en mangent, comme nous, les jeunes 
feuilles , crues ou bouillies , seules ou^vec d'autres plantes. 



— 55 — 

La àatmov»9 ou daglimouss , nilraria tridentata , Dcsf. 

Habitat La lisière du désert , où elle s'avaoce jusqu'à uDe 
dislance indéterminée. Elle a été rencontrée , pour la première 
fois ; par Dpsfoataines , au sud des Étals de Tunis , in arvis are- 
nosis (Desf ). 

Usages. Oo en mange le fruit , qui est des plus agréables au 
goût, circonstance qui a fait soupçonner à M. le consul Pélis- 
sier; ainsi que nous l'avons vu précédemment , que la dar- 
tnouss ou daghmouss pourrait bien être le lotus des Anciens. 
Desfonlaines ne dit rien de la comestibiltté du fruit , dont î| 
donne la description suivante : 

Bacca rubra , mollis , ovata , pendula , monosperma ; nudeus 
elongalus , triquetus , acutus , sulcatus , reticulatos , monosper- 
mus. Flora atlantica. 

Les Indigènes connaissent encore , sous le nom de darmouss 
ou daghmouss^ plusieurs autres plantes qui n'ont , entre elles , 
aucun rapport de genre ni de famille (1). L.i plus remarquable, 
au point de vue qui nous occupe, est la suivante , dont H a été 
omis de traiter en son lieu. 



La bocerosia tmmlriraiia , Êlore Algérienne , auctore DuHeu. 

Habitat. En Algérie, cette plante, qui s'avance tout-è-feit 
sur le littoral dans l'ouest , à Oran , par exemple (2) , ne se ren- 
contre , dans l'est , que par la latitude de Biskara. On la voit se 
rapprocher du littoral au fur et à mesure qu'elle s'avance d&ns 
l'ouest (^). Ceci , du reste , lui est commun avec tous les autres 
produits, végétaux et animaux , de l'Algérie, et tient à la con- 
figuration de la côte , qui , dans l'est , se prolonge davantage 
vers le nord qyie dans l'ouest. 

La bucerosia munbyana paraît s'étendre fort arant dans le sud, 
d'après ce que nous dirons plus loin. Elle croît dans les lieux les 
pins arides, à côté de Valpha {stipa tenacissima ) , dont l'abri 
semble lui être favorable , selon quelques Indigènes. Sa florai- 
son a lieu en automne , aussitôt après les premières pluies (4). 

(4) Voir ce que dit Gochelet, d'une plante qu'il désigne sous 
le nom de darmousse , plante qui doit être une euphorbe , et 
(m*i\ rencontra occupant de vastes plages , comme il côtoyait , 
de rouest à Test , la frontière sud du Maroc. Naufrage du brick 
français la Sophie , perdu ^ le 30 mai 1819 , sur la côte ûcci- 
dentale d^ Afrique, t. 1", p. 193. Paris, 1821. 

(2) MM. les botanistes Durieu et Munby Tout rencontrée, à 
Oran , sur les rochers qui dominent la mer , sur celui de SantO" 
Crux, entr'autres. 

(3) En marchant vers le sud , par le méridien d'Alger, on ne 
commence à la rencontrer que dans le pays des Ouled-Nayls. 

(4) Aujourd'hui , 10 octobre , elle est en fleurs, cliez moi , à 
Alger. 



— 56 — 

Usages. C'est une des grandes ressources alimentaires des 
conlréos qui la produisehL Le commandant supérieur de Bis- 
kara , M. de St-Germain , alors dans le Maagnan (4) , d'où il 
nous adressa celle plante , nous écrivait en même tems : 

a Les Ouled-Nayls s'en servent comme aliment ; ils mangent 
» toute la plante. Celle qui se trouve dans le pays du Maaghan , 
» croit au milieu des touffes d'alpha, plante très-commune dans 
» la même contrée. » 

M. de St-Germain ajoutait : 

« Outre la darmouss , les Ouled-Nayls mangent encore plu- 
» sieurs autres plantes particulières à leur pays. » Lettre écrite 
de rOued-Mahla, sous la date du 25 février 4847. 

Les Touareg paraissent faire une grande consommation de la 
bucerosia munbyana (2) , d'après un nègre qui séjourna chez 
eux comme esclave , et nous en dirons autant des habitans du 
Bournoù et du Tombouctou , d'après d'autres nègres , originaires 
de ces contrées , qui assurent que la darmouss ou daghmouss 
dont nous parlons, y est très-répandue. L'un d'eux , à Alger, 
apercevant cette plante , n'eut rien de plus pressé que d'en cas- 
ser un fragment , pour le porter à la bouche , ce qu'il fit avec 
l'expression d'une véritable sensualité. Cependant, hâtons- 
nous de le dire, la plante n'offre rien d'agréable au palais, 
et il faut être encore bien près de l'état de nature , pour appré- 
cier une pareille alimentation. Ajoutons que la bucerosia mun- 
byana est très-recherchée de tous les animaux herbivores. 



Le myrte, eu arabe rtftdn, myrtus communis , Linn. 

Habitat, Depuis le littoral jusqu'à une assez grande élévation 
dans les montagnes. 

Usages. Les Indigènes en mangent les baies, comme les habi- 
tans de l'Europe méridionale. Ces baies sont connues , en Algé- 
rie , sous le nom de chelmoun. Il s'en fait fait un commerce as- 
sez considérable sur les places publiques , à l'époque de leur 
maturité. * 



L'aserotier, mespilus azarolus. 

Habitat. Les eôteaux du littoral. Il est assez multiplié dans 
toute la province de Constantine, entre autres, dans les environs 
de Philippeville. 

Usages\ Le fruit n'en est pas moins recherché des Indigènes 
que des habitans de l'Europe méridionale. Aussi doit-on regret- 
ter que l'arbre qui le produit , ne soit pas plus répandu. 

(4] Ou Mehaguem^ selon la Carte de l'Algérie publiée , en 4 846, 
par le Dépôt de la guerre. 

(2) Voir, sur les Touareg, l'intéressant article que leur a con- 
sacré M. le colonel Daumas , dans son Sahara algérien. 



— 57 — 
Le sorbier (lomesLique , sorbus domesticus , Lion. 

Habitat. Les montagnes du littoral > où il est cultivé par les 
Indigènes. 

Usages. Les Indigènes en prisent beaucoup le fruit , qui ac- 
quiert un volume plus considérable que dans nos contrées mé- 
ridionales. 



Le prunui însîtîtîa. 

Habitat. Los montagnes du littoral , sur les bords des ruis- 
seaux. Il est multiplié sur les cours d'eau qui traversent la route 
de Constantine à Sétif. 

Usages. Le fruit , qui n'est bon qu'à calmer la soif, en ap- 
pelant la salive à la bouche. 



Le prunus postata. 

Habitat. In Atlante ^ dit Desfontaines. 
Usages. Le fruit , qui diffère peu du précédent , sous le rap- 
port comestible. 

Le caroubier, ceratonia siliqua, Linn. 

HMtat. Les collines et les montagnes du littoral. 

Usages, On en suce la pulpe qui enveloppe les graifiOS , et 
celles-ci , concassées avec leurs gousses , puis mises dans l'eau , 
font un excellent breuvage pour les chevaux , les mulets et les 
chameaux. Ce breuvage rafraîchit et nourrit, selon les Indigènes. 



Le pistaobler atlantique , le botum des Indigènes , 
pistacia atlantica , Desf. 

Habitat. Les hauts plateaux des contrées méridionales , où 
il est très-recherché de l'homme et des animaux pour l'ombre 
qu'il procure. Il existe , en grand nombre , au sein des rochers 
les plus escarpés , sur la droite de l'ancienne voie romaine de 
Cirta à Lambesa , deuxième journée de marche. Nos troupes , 
dans les trois provinces , l'ont souvent rencontré dans leurs 
marches. 

Usages. Les Indigènes en mangent les jeunes feuilles , comme 
Us mangent aussi celles du lentisctis communis , et ils en mâ- 
chent le fruit , pour faire venir la salive à la bouche , quand ils 
sont tourmentés par la soif. Ce fruit séché et réduit en poudre , 
sert à saupoudrer les dattes , qui en reçoivent un goût acidulé 
que recherchent les Arabes , surtout dans leurs voyages. Des- 
fontaines parle ainsi de ce mélange : a Les fruits du pistachier 
» atlantique ont un goût acidulé. Les Indigènes sont dans l'usage 
» d'en manger broyés avec des dattes. » Sans doute , c'est de 
ce même fruit que parle Cochelet , sous le nom de graines du 

8 



— 58 — 

désert , el ee qu'il en dit trouve trop aaturellernent sa place ici , 
pour que je ne le rappelle pas. 

« Je crus , dit M. Cochelet , que je pourrais calmer mon aitô- 
» ration en mangeant des graines du désert Nous en demandâ- 
» mes à Sidi'Hamet, qui consentit à nous en donner ; mais elles 
» doublèrent notre soif, et la rendirent plus* insupportable. 

» Cette graine , de la grosseur d'une petite cerise sèche , est 
» également ridée comme elle , et conserve sa couleur rouge. 
» Son goût est légèrement pimenté, et laisse momentanément , 
» dans la bouche, la fraîcheur de la menthe. Elle est connue , 
» dans le désert , au moins dans les parties que nous avons par- 
» courues , sous le nom dîenéfice, 

» L'enéfice ne pourrait remplacer long-tems une autre noar- 
» riture, mais elle est souvent d'un grand secours dans les longs 
» trajets , quand toute provision vient à manquer. Alors elle 
» devient , pendant quelques jours , le seul aliment des hommes 
» et même des animaux , et , par son transport facile , donne 
» aux Âr-ibes, qui s'en munissent toujours . le moyen de péné- 
» trer dans les parties les plus aridesdes déserts (1). » Op. cit., 
t./l-, p. 198 et 199. 

Le pistachier atlantique fournit , en été. un suc résineux qui 
se condense sur ses branches et tombe même par terre , atorft 
qu'il afflue en trop grande abondance. Les Indigènes , qui rem- 
ploient aux mêmes usages que le mastic de Scio , eu font la ré- 
colte à l'approche de l'hiver. Pour plus de détails sur ce sujet, je 
renvoie à Desfontaines, qui en parle De Visu [Flora atlantiea). 
Je me borne à ajouter que le même produit est employé, par les 
Indigènes , dans divers cas de maladie. 



Le jujubier sauvage, zizyphus lotus, Desf., 
le sidra des Indigènes. 

Habitat. Les vastes plaines de Tintérieur, d'où il s'avance, 
çà et là, sur quelques points du littoral. 

Usages. Les Indigènes en sucent le fruit, que l'on vend, 
dans la saison, sur les marchés de Constantine, de Sétif, etc. 
Nous ne reviendrons pas sur ce que n^us avons déjà dit du 
peu de ressources qu'il offre comme matière alimentaire. 

Nos troupes ont souvent à se plaindre des épines courbes 
dont l'arbuste est armé : elles aéchireot les vétemens, et 
peuvent produire des accidens graves , quand elles se brisent 
dans les chairs. En revanche , elles sont de quelque utilité : 
nos soldats s'en servent pour pêcher, dans les couri d'eau, 
des grenouilles et des poissons. Ce sont donc des lianeçoos 
naturels. 

La racine du même arbuste, dont le volume est asses 
considérable , peut être utilisée fMir un corps de troupe : on en 

(\) L'auteur ajoute, dans une note, qu'il n'a pas va faf bre 
qui le produit , mais que cet arbre , comme il l'a déjà dit précé- 
demment, se trouve , en abondance, au sud du cap Mogador. 



— 59 — 

fait un bon feu , el on retire un excellent charbon. Aussi , 
comme combustible , a-t-elle été d'un grand secours aux 
premiers colons d'Orléan ville, qui Tavaient baptisée sous le 
nom de Forét-Souterraine (1). 



Le jijubîer des oasis, ziziphtàs spina-Chrisli , Desf. 

Habitat. In sylvis dadyliferarum propè Tozer, dit Des- 
fontaines. Tout ré€emment, je l ai rencontré, à mon tour, dans 
les bois de palmiers, ou oasis, qui limitent, au sud, Thorizon 
de Biscara. Son élévation est celle du jujubier cultivé , dont il a 
le port et Taspect II en existe un fort beau à deux pas seulement 
de la Casbah de Biscara, prés d'une mosquée. 

Usages. Les Indigènes en mangent le fruit, qui parait être 
préférable à celui du zizyphus lotus. A mon départ des oasis , 
fin de mai, l'arbre était en fruit, mais le fruit n'était pas encore 
mûr, ce sorte que je n'ai pu en apprécier, personnellement , 
la valeur. 



Le mîooooulier, en arabe guégba, celtis australis, Linn. 

Habitat. Les ravins du littoral, où il acquiert des dimensions 
considérables. Nous citerons, sous ce rapport, ceux qui se 
voient à Bougie et à Gollo. 

Usages. On en mange le fruit. 



Le ohêne à glands , en arabe bellout, quercus ballotay Linn. 

Habitat. Les montagnes du littoral. 

Usages. Les Indigènes en mangent le gland , comme les 
Andaloux. Ce gland se mange cru , ou bouilli , ou légèrement 
torréfié. Les Kabyles, qui en font plus particulièrement usage , 
le préfèrent sans préparation. 



Le ohêne à feuilles de châtaignier, quercxAs Mirbeckii 

Habitat. Le petit Allas et plusieurs autres montagnes du litto- 
ral (2). 

Usages. Le gland, qui n'est pas moinsdoux que celui du chêne 
précédent , et dont les Indigènes usent de même. Les glands de 
ces deux chênes sont , en quelque sorte, la manne des Kabyles , 

(4) Pour plus de détails sur l'arbuste, voir l'article que nous 
lui avons consacré dans le Moniteur Algérien des 23 fé- 
vrier et 4*' mars 4844. 

(2) Ce chêne , qui s'élève fort droit , acquiert des dimensions 
considérables. Tout récemment , dans l'Egdoud , j'en ai mesuré 
qui avaient trois mètres cl plus de circonférence. 



— 60 — 

dans leurs voyages , comme la dalte est celle des Arabes , dans 
les leurs. Nos troupes en ont quelquefois usé eu expéditioo. 
Aiusi , les soldats du 3' léger, alors chez les Sdamas ^ province 
d'Oran, en mangèrent beaucoup : ils en avaient trouvé de grande» 
provisions dans des silos, avec des citrouilles. Les arabes du 
goum qui marchait avec la colonne , en firent même l'objet d'un 
commerce : ils vendaient , de 40 à 50 centimes , le képis ( coif- 
ture militaire ) de glands. 

Les chênes à glands doux étaient connus du tems de Pline , 
qui dit : a II est certain qu'il y a des glands qui font la princi- 
» pale richesse de plusieurs nations , même pendant la paix. 
» Ces glands , torréfiés et réduits en farine , servent à faire du 
» pain , dans les tems de disette. » Lib. xvi. 



Le oèdre atlantique, cedrtAS atlanticus, Lion. 

Habitat. Bon nombre de montagnes de Tintérieur, où il 
forme des forêts plus ou moins considérables. Les principales 
de ces forêts , en Algérie , sont celles de Téniet-el-Haâd , près^ 
Milianah, du DjebeUAlghin , près Sétif , et du pic de Tougourt ,* 
près Bathna. 

Usages. Les habitans des Aurès en font entrer les semences 
dans des confitures et différentes pâtisseries. Nous avons vu 
figurer de ces préparations sur la table du commandant 
supérieur de Biscara. 

La résine qui découle de Tarbre est utilisée par les Indigènes : 
ils la mâchent ainsi que font les Orientaux du mastic , et dans 
le même but, cesl-à-dire pour se fortifier l'estomac et rendre 
l'haleine agréable. 

Les Indigènes qui fréquentent la forêt de Téniet-el-Haâd, 
désignent sous le nom de Zerreit-el-Meddad les semences du 
cedrus Libani, et, sous celui de Zembay, les cônes où elles se 
trouvent. 



aÈGNC ANIMAL. 

laseotes. — Deux espèces d'orthoptères apparaissent, de 
tems à autre, dans le nord de l'Afrique , le criquet nomade , acri- 
dium peregrinum,ei le calliptame italique, calliptamus italicus. 
La première espèce est très-recherchée , des Indigènes , comme 
comestible , et ils en font de grandes provisions toutes les fois 
qu'elle se montre. La femelle est préférée au mâle, non-seule- 
ment à cause de son plus gros volume , mais encore à cause de 
sa mollesse plus grande et de ses œufs , alors qu'elle n'a pas en- 
core fait sa ponte. Ces insectes sont conservés en les salant , ou 
en les réduisant en poudre , après les avoir fait sécher. La pre- 
mière préparation est la plus ordinaire , et c'est celle que nos 
troupes rencontrèrent , en grande quantité , dans des couffins ,. 



— 61 — 

lorsqu'elles pénétrèrent dans TAurès , en 1845. Ces paniers 
étaient suspend us aux parois de l'intérieur des maisons A la même 
époque, le pays était le théâtre d'une nouvelle invasion, et 
nos troupes ont pu voir les habitans récolter les insectes, eu 
même tems qu'ils en mangeaient beaucoup. 

La farine ou poudre qu on en obtient , par broyement , fait 
l'objet d'un commerce d'échange , entre les habitans du désert 
et ceux du Tell, et on en donne ordinairemeut deux sacs pour un 
de froment. Cette farine entre dans le couscoussou et quelques 
autres préparations culinaires. 



Grustaoéei — Plusieurs espèces de crabes , dont deux seule- 
ment sont parvenues à notre connaissance. L'une se rencontre 
sur le littoral, ainsi que dans le Tell, et l'autre , qui est un peu 
plus forte, dans les Ziban. Toutes deux habitent les lieux humi- 
des parcourus par quelque ruisseau ou filet d'eau. 



Mollusques. — Plusieurs limaces , dont la limace agreste et 
bon nombre d'hélices (1) , notamment l'hélice chagrinée , hélix 
aspersa^ la plus importante comme substance alimentaire (2), et 
celle que le soldat se procure, toute cuite, en mettant le feu aux 
buissons sur lesquels elle s'agglomère en si grande quantité (3). 



Poissons. — L'anguille, anguilla nilotica^ et le barbeau, har^ 
bus callencis^ se rencontrent dans presque tous les cours d'eau 
du nord de l'Afrique. A ces deux poissons vient s'en joindre un 
troisième, le mu^u capito, poisson de mer. Celui-ci, du volume 
du barbeau, remonte, à d'assez grandes distances, les rivières qui 
s'abouchent à la mer. Ainsi, dans le Chéliff, il s'avance jusqu'à 
Orléanville et au-delà, et dans le Safsaf, à la hauteur d'Ël- 
Arrouch, qui est, à peu prés, à pareille distance de la côte 
qu'Orléan ville (de 40 à 41 lieues). 

Tout récemment, au mois;;de mai de celte année (4847) , nous 
avons constaté l'existence de deux autres poissons, l'un dans 
les eaux thermales situées sur la route de Sétif à Bathna (4), et 
l'autre dans les eaux tièdes de Farfar, l'une des oasis des 

(4) On en compte aujourd'hui quarante et quelques espèces 

(2) Cette hélice n'est pas moins répandue dans l'intérieur 
que sur la côte. C'est celle qui se vend sur les marchés, en 
Algérie comme dans l'Europe méridionale. 

(3) Yide suprà. 

(4) A peu dé distance et au sud-est de Sidi-Braham, montagne 
remarquable , et qu'on découvre de fort loin , dans toutes les 
directions. La température des eaux était, le 18 mai 4847, 
de 46" centig , celle de l'air ambiant étant alors de 32° , mèm& 
échelle. 



— sa — 

ZikMiii (4). Ce deroier exisie aussi daosles contrées méridionales 
dm Étals de Tuais, car c'est bien de ce poisson , eu eflei, que 
parle Shaw, à i'ocoasîoa des eaux tièdes d'Aïa-el-Houte, de 
Gafsa et de Tozer. « L'Âïn-el-Houte ei les sources de Gafsa et de 
t Tozer nourrissent, dit ce voya^ur, un grand nombre de petits 
t poissons approchant du mulet et de ta perche, et qui fiouX 
t faciles à digérer. » T. I*% p. %99. C'est une espèce d'ocaro, 
voisine de Vaoara nilotica. 



Batraciens. — Plusieurs espèces de grenouilles (rana)^ no- 
tamment la verte, qui paraît être la même que celle de l'Euro- 
pe méridionale, la rana esculenta. Cette grenouille est assez 
multipliée dans tous les cours d'eau du nord de l'Afrique, mais 
plus pariicnUèrementdans ceux des plaines élevées de l'ioté- 
rieur, lelle que celle de la Medjana. Elle est (rèen^echerchée des 
troupes à la portée desquelles elle se trouve. Elle nous fut de 
quelque secours dans nos deux expéditions de Constanttne, de 
4836 à 4837, mais surtout dans notre mémorable retraite de 
cette ville, en 4836. 

De nombreuses observations faites sur divers points de l'Al- 
gérie, dans l'est d'abord, puis dans l'ouest , ont mis hors de. 
doute qu'elle peut produire, chez les personnes qui en usent 
pendant les fortes ctialeurs de Télé, une vive irritation des voies 
urinaires et de l'urètre en particulier. 

Celte irritation, dont officiers et soldats ont été atteints, a pu 
faire croire, aux médecins qui l'observaient, à l'existence d'une 
afifection spécifique, de nature syphilitique. C'est un fait que 
nous avons signalé dans la Gazette médicale de Paris litt 43 fé- 
fyrier 4844 (2) , et qui a été reproduit, peu après, par M. Littré, 
dans sa traduction des OEuvree d>H^!pocrate, 

Seulement, alors, nous étions disposé à croire que les sueurs 
abondantes qui doivent coïncider avec le phénomène, pouvaient 
suffire à son explication. Mais, celte explication, nous avons dû 
y renoncer en regard de ce qui se passe chez les chauffeurs 
de haieaux à vapeur. En effet, outre que les sueurs auxquelles 
ils sont exposés, dans Texercice de leurs fonctions, ne sont pas 
moins abondantes que celles qu'éprouvent les troupes d'Afrique, 
pendant les plus fortes chaleurs de Télé ; ces sueurs, disons- 
nous, ont, en mêoie temps, une durée journalière plus longue, 
puisque la nuit ne vient pas y mettre un terme, comme dans 
celles produites par les ardeurs du soleil. Ajoutons que cette 
abondante, et presqu'incessante , diaphorèse constitue même, 
pour les hommes dont nous parlons, un véritable état normal. 
Cependant, iusqu'à ce jour, et d'après nos propres recherches, 
rien de semblable à l'irritation qui fait le sujet de cette note, n'a 
encore été observé parmi eux. 



(4) Au sud-ouest de Biscara. 

w ^ * 



8) Observations et réflexions sur différens points de médeci- 
ne et de chirurgie de l'Algérie, 



— 6» — 
OphidieiM. — Je cilerâi seuleiMDl, à raison de lear taiite : 

4" Le cçluber hippocrepis , qu'on rencontre également sur le 
littoral et dans le Tell y lusque» dans les habitations y où il fait, 
aux rats et aux souris» la guerre la plus active ; 

2** Le psammophis laceria , couleuvre remarquable , plus 
répandue dans nntérieur gue sur la côte (4) , et un uropeltiSf 
espèce nouvelle des contréfts sahlnnnensus ae Tintérieur (2). 



flaurieni. — Je me borne à citer, sous le rapport du volume : 

4» Le scinew ùfficinaUs, commun sur la côte et daMle Tell ; 

2* Le lacerta ocellata, non moins commun que le précédent , 
dans les même» conlrées ; 

3^ Le monitor terrestre, d'Egypte, oa le Ouarao des Arabes, 
aatant recherché pour sa chair que pour tei bovrses qu'on 
confectionne avec sa peau ; 

4*^ Enfin, le stellion du Levant, laeerta stellêo, Lm». 

Ces deux dernier» appartiennent au désert, d'où ils 9*9^ 
Tancent , phis ou moins^ sur le versant méridional du TeH. 



ChélmiMM. — Les reptiles de tordre des chéftenieBS. doivent 
étFfr nombreux dans le nord de l' Afrique; mais, jusqu'à ce /onr, 
nous n'en connaissons que quatre espèces, qui sont deax 
tortues {Ustudo) et deux émydes {émis). Les dieux premières 
babitect, l'une la proviace de Constantine, raulre celle d'Oran , 
s'avauçant, l'uee et l'autre,, dans 1» province d'Alger. Nos 
troufies en mangent la chair,, qui est fort bonne, et la carapace 
leur sert à puiser de l'eau aux sources et aux rivières. C'est 
une coupe naturelle , très-prisée du soldat , parce qu'elle n'est 
exposée ni à se briser ni à se déformer, et qu'il porte suspendue 
à une boutonnière de sa capote. 

Des deux émydes , Tune se rencontre dans presque tous les 
cours d'eau et jusques dans des eaux thermales ; l'autre, dans 
les lacs d'eau douce , dans ceux de La Calle, entr'autres. Ces 
deux émydes sont d autant plus multipliées, que les habitans 
m'en font aucun usage, du moins ceux de la côte. 

Une remarque, générale, qui trouve sa place ici, c'est ifa% 
les Indigènes de Tintéirieur sooA moins difficiles que ceux du 
littoral sur leur nourriture. Les premiers, par exemple , ne 
dédaignent pas, même en temps ordinaim, de manger leurs 
reptiles, parmi lesquels ils prisent surtout le monitor dont nous 

(i) Visitant, il n'^ a pas long-temps, les ruines de Dia$M , 
province de Coastantine, nous en avons tué plusieurs individus 
qui^ tous, se faisaient remarquer par leurs grandes proportions; 
Elle était tellement multipliée dans la même localité, qu'en ne 
pouvait faire un pas sans la reoconlireir. 

(2) Sa découverte ne remonte qu'àf l'an née dernière, t846. 



— Br- 
avons parlé. Quant à nos troupes, elles ne craigoent nullement 
d'user des gros reptiles qui tombent sous leurs coups, et il est 
même parvenu à notre connaissance que des hommes appar- 
tenant aux bataillons légers d'Afrique, ont quelquefois mangé 
de la grande vipère du pays, mais sans se douter, bien entendu, 
de la nature de l'animal auquel ils avaient affaire. 



Oîfeaux. — Les oiseaux sont très-multipliés dans tout le nord 
de l'Afrique , mais surtout dans l'intérieur. J^en citerai , en pas* 
sant, un exemple relatif au moineau. 

Une colonne qui , au printems de 4846 , alla camper sur les 
bords de l'oued Amman , à trois ou quatre journées au sud de 
Médéah, y trouva une telle quantité de nids de moineau , qu'ils 
suffirent, pendant plusieurs jours , à la nourriture de la cava- 
lerie et de toutes les bêtes de somme de la colonne. Ces nids 
étaient construitssur des tamarics ( tamarix ) qui formaient, sur 
les deux berges de la rivière , un bois des plus touffus. Toute la 
troupe se servit des mêmes nids pour se faire de la literie , et se 
procura ainsi un confortable auquel le soldat d'Afrique n'est 
pas habitué. 



Œuff d'oîfeanx. — Sur certains points de l'intérieur, les 
œufs d'oiseaux peuvent être de quelque secours aux voyageurs 
qui les rencontrent. Ainsi, ceux des nids, dont nous venons de 
parler, ne furent pas perdus : les soldats les recueillirent , et , 
pour distinguer les bons des mauvais , ils les plongeaient , par 
poignées , dans l'eau , ne conservant , pour les faire cuire , que 
ceux qui ne s'élevaient pas à la surface. Ici trouve naturellement 
sa place un document que nous devons à M. le docteur Panier, 
sur d'autres œufs trouvés à la même époque, et dans des loca- 
lités voisines. 

(( Dans ce grand triangle formé , dit M. Panier, par Boghar , 
» Taguin et El-Beida , nous avons trouvé , au mois de mai der- 
» nier, des œufs de plusieurs espèces d'oiseaux ; leur disposition 
» et leur abandon à terre, ne nous permettaient guère de com- 
» prendre leur mode d'incubation. Les uns , peut-être un peu 
» plus gros que des œufs de pigeon , mais plus allongés , blancs^ 
» avec un épais piquetage de taches brunes , de la grandeur 
» d'une lentille , nous étaient bien connus pour appartenir aux 
» gangas , de la petite et de la grande espèce ; d'autres , d'un 
» vert sale assez foncé, piquetés de noir, de la grosseur d'un 
» œuf de poule ordinaire , provenaient évidemment de la poule 
» de Garthage ; d'autres encore, de la grosseur d'un œuf d'oie . 
» mais plus arrondis , d'un fond rouge brun assez clair, et mar- 
» qués de taches de la même couleur, mais beaucoup plus fon- 
» cée , appartenaient, sans doute , à ces outardes que nous aper- 
» cevions , quelquefois , courant, au loin , devant nous. 

» Tous ces œufs étaient déposés à terre, au nombre de trois, 
» quatre et même cinq pour les gangas, et de deux ou trois pour 



— 65 — 

» les poules do Qirlhage et les outardes. Aucun nid n'avait été 
» préparé pour les recevoir; la terre n'avait pas été le moindre- 
» ment effleurée pour leur offrir quelque abri ; on les trouvait 
» même dans les endroits les plus exposés aux intempéries, et 
j» sans qu'on aperçût jamais, dans les environs, Toiseau qui les 
» avait déposés. 

» Au mois de juin, dans les années précédentes, j*avais vu, 
» dans des contrées analogues, situées dans la province de Cous- 
» tantine, de jeunes gangas et de jeunes poules de Garthage, 
» courir tout seuls et sans mère, presqu'à la sortie de l'œuf, 
» de sorte qu'on pourrait croire que la ponte de ces oiseaux est 
» abandonnée aux soins de la nature, et que laction seule du 
» soleil suffît à leur éclosion. » Lettre de M. le docteur Panier. 

Je passe sons silence quelques autres détails que je trouve 
encore dans le même document, et sur les œufs de grue qui 
siègent dans le creux des rochers, sur les hauts plateaui de 
l'intérieur, et sur ceux du rollier, du guêpier et du toucas [espèce 
de corneille)^ déposés, en grand nombre, dans les berges des 
rivières, mais qui, tous, se dérobent à la main de l'homme par 
la disposition des lieux qui les recèlent. 

Une ressource appréciable pour les caravanes qui traversent 
les contrées désertes de Tintérieur, sont les œufs d'autruche 
qu'elles rencontrent çà et là. Et, en effet, outre que la ponte de 
Tautruche est toujours assez nombreuse, un seul œuf, comme on 
sait, peut suffire au repas de plusieurs hommes. Ajoutons que 
Tœuf d'autruche a quelque chose de plus animalisé , déplus 
nourrissant par conséquent, que ceux de nos basses-cours. 
L'oiseau lui-même serait plus précieux encore, et si nous n'en 
avons pas parlé plus haut, c'est que la capture en est assez 
difficile. 



Mammifères. — Sur le littoral et dans le Tell, quelques petites 
espèces, tels que le raton, viverra ichneumon^ la gerboise, dypu^ 
sagitta^ le pore-épics (histrix), le hérisson ierinacewt)^ etc. 

Dans les contrées voisines du désert, la gazelle, aniilopa 
dorcas^ et la vache de Barbarie, ctntilopa b^ibalis^ pourraient 
être d'une grande ressource, s'il était plus facile de s'en 
emparer. 



1'* Année de la CXXX" olympiade , 492 de Rome , 
260 anf avant J.-G. 

En la i" année de lacxxy olympiade , 492 de Rome, 260 ans 
avant J.-C, une armée carthaginoise était assiégée dans Agri- 
gente , par les consuls L. Posthumius et Q. Mamilius. Ce siège 
durait depuis cinq mois , sans qu'il se fût encore passé rien d'im- 
portant, ni d'un côté ni de l'autre , lorsque la famine apparut 
parmi les Carthaginois. « Cependant , dit Polybe , les Carthagi- 

9 



— 66 — 

» Dois souffraient de la famine , à cause de la foule d'habilans 
» qui 6'étaieDt retirés dans Âgrigente , car il y avait au moins 
» cinquante mille hommes (Histoire générale de la République 
» romaine , liv. 4"). » Mais , outre cette grande quantité d'ha- 
bltans qui s'étaient réfugiés dans Agrigente , toutes les forces 
carthaginoises s'y trouvaient réunies. Annibal , qui en était le 
chef , envoyait incessamment à Carthage pour avertir de l'exlré- 
mité où il était, et demander du secours. On se hâta de lui faire 
passer des troupes et des éléphans ; le tout fut dirigé sur Héra- 
clée , où commandait Hannon , autre chef des Carthaginois. Ce- 
lui-ci , en même tems qu'il réunissait ses forces, pour marcher 
sur Agrigente , parvint à s'ouvrir les portes d'Erbesse, d'où les 
Romains recevaient tous leurs appro vision oemens. La position 
des derniers oe tarda pas à changer, et , bientôt, elle ne fut pas 
meilleure que celle des Carthaginois. « Alors , dit Polybe , les 
w assiégeans, comme les assiégés , se trouvèrent dans une si 
» grande disette de vivres et d'antres munitions , qu'ils mirent 
» souvent en délibération s'ils ne lèveraient pas le siège (lit;, cit).» 
Et Polybe ajoute que cela serait arri?é , si le roi de Syracuse , 
Uiéron , ne leur était venu en aide , en leur faisant passer un 
peu de tout ce qui leur était nécessaire. Les Romains , toutefois, 
ne s'en trouvaient pas moins très-affaiblis, et par les pertes qu'ils 
avaient faites, d'une part, par la famine, et, de l'autre, par 
les maladies qui étaient venues s'y joindre , et ce fut même celte 
considération qui détermina Hannon à les attaquer. « Hannon , 
A dit Polybe, voyant, d'un côté, les légions romaines affaiblies 
» par la peste et par la famine, et, de l'autre, ses troupes en 
» état de combattre , après avoir donné ordre à la cavalerie nu- 
» mide de prendre les devans , de s'approcher du camp des 
» ennemis, d'escarmoucher pour attirer leur cavalerie à un 
» combat, et de reculer ensuite jusqu'à ce qu'il fut arrivé ; Han- 
» non , dis-je, part d'Héraclée avec ses éléphans, qui étaient 
y au nombre de cinquante , et tout le reste de son armée ( liv. 
» cit. ), » 

Hannon parvint à s.'emparer d'une colline , du nom de Torus , 
qui dominait l'armée romaine ; mais la position d'Annibal ne 
s'en trouvait pas améliorée. Deux mois s'écoulèrent encore ainsi 
sans qu il advînt rien de décisif. Annibal, pour fahre connaître sa 
détresse , ne cessait d'élever des fanaux , et d'envoyer auprès 
de son collègue, qu'il informait, entr'autres choses, des nom- 
breuses désertions qu'il essuyait chaque jour, par suite de son 
extrême disette. Ainsi pressé par Annibal , Hannon se décide à 
livrer bataille. C'était aller au devant des désirs des Romains, 
qui , pour des raisons semblables à celles des Carthagi- 
nois , avaient également hâte d'en âûir. La victoire se déclara 
pour les premiers : après avoir fait éprouver, au général cartha- 
ginois , des perles considérables, ils s'étaient emparé de tout son 
bagage et de la plupart de ses éléphans. 

Le combat avait été long et pénrble. Aussi , k nuit venue , les 
Romains , fiitigués et satisfaits, tout à la fois, de leurs succès de 
l-a journée , se relâchèrent vm peu dans leur surveillance des 
assiégés. Annibal profita de ceHe négligence pour s'évader, avec 



— 67 — 

)e re&te de son arn.ée. Son arrière-garde , seulement , fut un peu 
inquiétée par l<>s Romains, lorsqu'ils s'aperçurent de sa fuite. 
Ainsi se terminèrent , dans les deux arméed; les misères et les 
maladies qui les afïligeaienl également. 

III* Aaaé« de la GXXXI* olympiade , «98 de Rome , 
254 anf avamt J.-C 

En la iir année de la cxxxr olympiade , 498 de Rome, 254 ans 
ayant J.-C, eut lieu le passage, en Afrique, do consul Ré- 
gulus , et ce fut, en cette même année, ou au commencement de 
la suivante , qu'il rencontra , sur les bords du Bagrada , le mons- 
trueux serpent dont tant d'auteurs ont parlé (1]. Remarquons 
que la non-existence , de nos jours , de serpens de grande taille 
dans le nord de l'Afrique , n'y impliquerait pas celle de serpens 
de celte nature dans les tems passés , car on sait que les grands 
animaux , dans tous les ordres , sont incessamment refoulés pàt 
la marche et l'agglomération de l'homme sur les points qu'ils 
occupaient primitivement. Trop d'historiens , d'ailleurs , témoi- 
gnent du fait dont nous parlons, pour qu'il soit permis de le 
révoquer en doute (2). Seulement, il faut rejeter, sur l'imagi^ 
nation de leurs auteurs , tout le fabuleux de leurs récits , et sur 
la longueur du reptile (3) , et sur le combat qu'on lui aurait li« 

(1) Vraisemblablement la rencontre du serpent, par Régulus, 
eut lieu peu après son débarquement, avant la bataille devant 
Âdis ( aujourd'hui Rhadès ) et la prise de Tunis, deux évène-» 
mens qui s'accomplirent en 499 de Rome. Le consul avait pris 
terre à Aspis. 

(2) Pline en parle en ces termes : 

Nota est , in punicis bellis , ad flumen Bagradam à Regulo im-^ 
peratore ballislis tormentisque, ut oppidum aliquod , expugnata 
serpens cxx pedum loogitudinis. Pellis ejus maxillâpque usque 
ad bellum numantinum duravêreRomsB in lemplo. Lib. vm. 

Ces mêmes termes , à peu près , se retrouvent dans l'histo- 
rien Tubéron , antérieur à Pline, ce qui a fait soupçonner, avec 
raison ^ au père Hardouin , que c'est dans cet historien que Pline 
a puise tout ce qu'il en dit. 

Voyez, sur le même sujet, Florus , Ub. u; Sénèque, 
epist Lxxxn; Valére-Maxfme , lib. i; Tite-Live, epttom, âxx 
liv. xviii ; Silius Italiens , lib, \i] ^lius Tubéron , dans Aulu- 
Gelle , lib, vi. 

(3) On a pensé , et cette opinion est celle de Guvier, que le 
reptile vu par Régulus était un python, genre de serpent dont la 
longueur atteint de trente à trente-deux pieds. Toutefois, de nos 
jours , aucun reptile de cette taille n'a encore été aperçu dans 
le nord de l'Afrique, malgré le dire des arabes, qui assurent 
qu'on rencontre , dans rinlérieur, des reptiles dont la taille se- 
rait plus grande encore. De plus , et toujours d'après les arabes, 
l'un d'eux serait pourvu , le long du dos, à partir de la nuque, 
d'une longue crinière , nouveau reptile dont l'invention pour- 
rait bien remonter aux Romains , car leurs historiens mention- 
nent, quelque part, un être de cette nature. 



— 68 — 

vré, comme aussi sur les exbalalsoDS mortelles qui s'en seraient 
dégagées après sa mort. Ces mêmes exhalaisons, et c'est le seul 
point sur lequel nous nous arrêterons, auraient même forcé les 
Romains à changer de campement, pour s'en éloigner. Ainsi 
s'exprimait Tite-Live à cet égard , d'après Valère-Maxime , 
lib. /, cap. 8 : 

Gorporisque jacentis pestifero afflatu vicina regione polluta , 
romana indè submovisse castra. 

QueRégulus , dans le campement qu'il occupait , ait eu à souf- 
frir par des exhalaisons malfaisantes , c'est possible , et c'est 
même très- vraisemblable , car il se trouvait sur les bords d'un 
fleuve fangeux , qui devait produire, avec des exhalaisons de 
cette nature , des maladies graves , d'autant plus qu'il parait que 
les chaleurs étaient alors assez fortes. Nous disons que Régulus 
se trouvait sur les bords d'un fleuve fangeux , et tel est, en ef- 
fet , le Méjerda (1), au point surtout où devait se trouver Re- 
gulus (2) , et c'est aussi ce qui ressort du tableau tracé de la lo- 
calité, par le Chantre des Guerres puniques; le voici : 

« Il est en Libye , dit Silius Italiens , un fleuve dont les eaux 
» fangeuses coulent lentement à travers des sables arides : c'est 
» le Bagrada. Aucune rivière, dans ces contrées, n'étend da- 
» vantage ses ondes où se mêle un impur limon , et ne couvre 
» un plus grand espace de marais stagnans. Nous campions , 
» joyeux , sur ces rives , afin de ne pas manquer d'eau dans 
» un pays où la terre en est si avare. Prés de là s'étendait un 
» bois sombre , au feuillage immobile , dont le soleil ne perçait 
» jamais la pâle obscurité. Une noire vapeur , qui s'en échap- 
» pait , répandait dans les airs une odeur infecte ( les Guerres 
» puniques , liv. vi ). » 



IV* Année de la GXXXI* olympiade , 499 de Rome , 
253 ani avant J.-G. 

En la IV" année de la cxxxr olympiade , 499 de Rome , 253 ans 
avant J.-C, Régulus , poursuivant ses opérations, vient inves- 
tir Tunis et assiéger Carthage. Les Numides qui, en même tems , 
faisaient les plus grands ravages dans les campagnes , en avaient 
éloigné les habitans, qui s'étaient tous retirés dans la dernière 
ville. Cette rapide accumulation de population dans Carthage , y 
fut bientôt suivie de la famine. « La famine s'y mit bientôt , dit 
» Polybe, à cause de la grande quantité de monde qui y 
» était {liv, cit.), » Sur ces entrefaites arriva, en Afrique, 
Xantippe, le lacédémonien , qui se mit à la tête des Carthagi- 
nois. Ce général , comme on sait , battit l'armée romaine, et ra- 
mena , dans Carthage, son général prisonnier. Cette victoire de 
Xantippe., en mettant fin à la guerre , mit fin aussi aux misères 
de la population. 

i) Le Macar de Polybe. 

'2) A peu de distance de son embouchure. 



— 69 — 

IV* Année de la CXXXII olympiade , 503 de Home | 
249 ans avant J.-C. 

Enla iv année de la cxxxii* olympiade , 503 de Rome , S49 ans 
avant J.-C, les Carthaginois , après s'élre emparé de Séiinonte , 
en Sicile^ en transportent les habitans à Lilybée (4). Les Ro> 
mains abordent alors à Panorme, avec une flotte considérable, 
et se porteut de suite sur Lilybée , pour en faire le siège. Il se 
poursuivait , arec activité, lorsque, dans une escalade , tentée 
par les Romains , le général carthaginois fond sur eux , leur tue 
dix mille hommes , et force les autres à prendre la fuite. Les 
Carthaginois, en même tems, parviennent à mettre le feu aux 
machines que les Romains avaient construites pour le siège. A 
cet incident qui , seul , eût pu engager les Romains à se retirer, 
venaient s'en joindre deux autres, le manque de vivres et une 
épidémie qui , en peu de jours, leur avait enlevé dix mille hom- 
mes. Mais laissons parler i'historieu delà Sicile, à qui nous de- 
vons encore ces détails : 

(( Les Romains , en effet , dit Diodore , se trouvaient dans une 
» position très-critique, où les avaient amenés l'incendie de 
» leurs machines de guerre , la rareté des subsistances et la 
» peste , qui , en peu de jours , leur enleva dix mille hommes. » 

Diodore ajoute : « Enân , comme eux et leurs alliés ne pou- 
» valent se nourrir que de viande , ils se trouvaient , plus que 
» tout autre réunion d'hommes, disposés à contracter la fu- 
» nesie maladie qui venait d'éclater ( ht;, xxiv ). » 

L'épidémie qui fit tant de ravages parmi les Romains , res- 
pecta-t-el le les Carthaginois? Diodore n'en dit rien. Quoi qu'il 
en soit, sa durée, chez les premiers , ne paraîtrait pas avoir 
été bien longue , car nous les voyons reprendre le siège 
de Lilybée, après avoir reçu des secours en grain , du roi dd 
Syracuse , Hiéron. La suite en fut pourtant funeste à Rome , 
qui perdit alors cent dix-sept vaisseaux, avec viugtmille hommes, 
sous le commandement du consul Claudius. Cette victoire , pour 
les Carthaginois , était d'autant plus éclatante, comme le re- 
marque Diodore, que, sur dix vaisseaux qu'ils avaient, ils 
n'en perdirent pas un seul, et qu'ils n'eurent que très-peu de 
blessés. Selon Polybe , Claudius n'aurait perdu que quatre-vingt 
treize vaisseaux *, trente autres, qui se trouvaient auprès de lui, 
l'auraient accompagné dans sa fuite. 

1'* Année de la CXXXIV* olympiade , 512 de Rome , 
240 ans avant J.-G. 

En la r* année de la cxxxiv* olympiade, 512 de Rome, 240 
ans avant J.-C. , les Carthaginois , après une guerre de vingt- 
quatre ans , sans interruption, firent leur paix avec Rome. 
Celte paix fut conclue en Sicile. Alors , sans doute , les Cartha- 
ginois, après tant de tourmentes et de sacrifices , pendant un si 
long tems, pouvaient espérer de goûter quelque repos. Il n'en fut 

(1) Aujourd'hui Marsala , célèbre par son vin. 



- ?• — 

rien : il ieurrcstaità recevoir une sanglante leçon. Carthage, dans 
toutes ses guerres , ne s'était jamais battu que par le bras des 
étrangers, qu'elle entretenaità sa solde. Ceuxqui, sous la conduite 
d'Amilcar, venaient de terminer sa dernière guerre en Sicile, toor- 
nèreol alors leurs armes contre elle-même. iTétaitun composé de 
Gaulois , d'KspagnoIs , de Liguriens , de Baléares et de Grecs (1 ). 
A ces étrangers européens se joignaient beauconp d'Africains 
qui , aux intérêts qui leur étaient communs contre Carthago , 
en avalent de particuliers. Leur nombre s'élevait au moins à 
vingt mille , et oe nombre s'accrut encore par la suite , de toti^ 
les Africains mécontens , qui venaient s'y rallier , de contrées 
plus ou moins éloignées. En outre, plusieurs cités importantes , 
telles queUltque et Hippone-Zarite (i), s'y étaient rangées de leur 
côté. Dès leur retour à Cartbage,et par suite deréclamations trop 
vives , sur la paye qui leur était due , on avait cru convenable 
de les reléguer à Sicca (3), et c'est de là que, bientôt après , ils 
partirent, pour entreprenclre une guerre qui ne dura pas moins 
de trois ans et quatre mois environ, selon Polybe , et d'un an de 
plus, c'est-à-dire quatre ans et quatre mois, selon Diodore. Cette 
guerre , qui , plusieurs fois , mit Carlhage à deux doigts de sa 
perle, est célèbre, dans l'histoire, parles atrocités, de toute na- 
ture, dont les deux armées se rendirent coupables. Ainsi , du 
côté de Carthage, ce sont des prisonniers qu'on torture, et qu'on 
livre, ensuite , à la dent des bétes féroces ; des deux côtés , ce 
sont des généraux qu'on crucifie, et qu'on expose, dans cet état, 
aux insultes de la populace, comme le forent Gescon et Anni« 
bal^ tombés au pouvoir des Étrangers, Aotarite, Zarxas, Spen- 
dius et Mathoa , généraux des Étrangers , avec d'autres chefs 
éminensv tombés au pouvoir des Carthaginois. Seuls , les alliés 
de Carthage, prisonniers des Étrangers, échappaient à la mort , 
mais non à une affreuse mutilation : on leur abattait une main , 
ou un bras , et ils s'en allaient, ensuite, où bon leur semblait. 
Mais, tous ces délails sortent on peu du cadre de notre tra- 
vail , où nous n'avions à enregistrer, à l'occasion de la guerre 
des Étrangers . que l'horrible famine à laquelle ils furent ea 
proie, alors qu ils étaient cernés par Amilcar , général carthagi- 
nois, a Ils furent contraints , dit Polybe, tant la famine était 
» grande, de se manger les uns les autres. » 11 paraîtrait qu'ils 
auraient commencé par manger les prisonniers et les esclaves, 
comme on peut l'inférer des paroles de Polybe , parlant de ia 
reddition de trois de leurs chefs, a Enfin , dit Polybe , n'ayant 
» plus ni prisonniers, ni esclaves à manger, rien n'arrivant de 
» Tunis , et la multitude commençant à menacer les chefs , Au- 

M) Diodore nomme, dans l'ordre suivant, les Étrangers qui, 
à 1 époque dont nous parlons , étaient à la solde de Carthage : 

Les Celtes , les Baléares, les Libyens , les Phéniciens, les Li- 
guriens f Génois ] et les esclaves demi-grecs ( grecs de père ou 
de mère). 

(2) Aujourd'hui Biserte. 

(3) Sicca Veneria, aujourd'hui Keff, sur un des afîluens de 
l'ancien Bagrada , au sud^ouept de Tunis. 



— 71 — 

» tarite, Zarxais et Spendius prireoi le parti d'alier se rendre 
» aux ennemis ( liv. cit. ). » 

Celte horrible calamité s*élant présentée vers la On delà guer- 
re, doit être rapportée à Tan 545 ou 516 de R., selon que Ton se 
range à l'opinion de Polybe, ou à celle de OiodoreY sur la durée 
de la guerre des Étrangers, encore connue sous le nom de 
Guerre L%bygue(\), 

Carthage, dans le cours de celte même guerre, eut aussi à 
souffrir d'une disette dont la connaissance ne serait peut-être 
f as panrenue jusqu'à nous , sans un incident qui s'y rattache , 
et que nous rappellerons en passant 

Alors que cette disette sévissait, des bâlimens chargés de 
grains, à destination pour Rome, viennent à passer à Garthage, 
et on propose de s'en emparer. Le sénat, assemblé pour déli- 
bérer sur cette proposition, la rejette unanimement, ne voulant 
pas compromettre ainsi sa paix récente avec Rome. Mais le peu- 
ple refusa de se souooeilre à cette décision du sénat, appuyant 
sa désobéissance de ce mot devenu proverbial : Ventre affamé 
n'a pas d'oreille ( Diodore) ! 

Il* Année de la GXL* olympiade, 533 de Rom-;, 
919 ans avant J.-C. 

En la II* année de la cxl* olympiade, 533 de Rome, 219 ans 
av. J -G (2), Annibal, après de nombreux succès sur diirereris 
points de 1.1 Péninsule, mette siège devant Sagonte, Hujnurd'htii 
Murviédro, ei s'en empare au bout de huit mois de sièiip (3). ( .<î 
siège, si mémorable par Théroïque défense de ses habiiaiis (A), 
ne l'est pas moins par l'horrible famine qui les décimait. « La 
» faim, dit Silius Italiens, a enfoncé leurs yeux dans leurs orbi- 
* tes desséchés ; elle a noirci leur peau laissée seule sur leurs os, 

{i) La durée de cette guerre, donnée par Polybe, doit être la 
véritable, car il est évident que Diodore n'a fait que reproduire 
Polybe dans tout ce qu'il dit de la guerre des Étrangers. 

(2) Sous le consulat de M. Livius Salinator et de L. i£milius 
Paullus. Tite-Live et ceux qui l'ont suivi, Orose , entr'autres, 
placent le siège et la prise de Sagonte un an plus tard, c'estrà- 
dîre en Tan 534 de Rome. G'est une erreur qui ressort du texte 
de Poîybe et de celui de Tite-Live lui-même, ainsi que l'a dé- 
montré un savant commentateur du dernier. 

(3) Polybe (liv. m), Tite-Live fliv. xxi; et Florus f in», n) 
sont d'accord sur cette durée du siège. 

(4) Mnlieres è mnro vtrorum mortes conspicatae., pars è teetis 
sese deturbare, pars suspend ère, alise liberosjuglare.... Appien, 
d'Alexandrie, De Bellis Hispan,^ lib. 

Guienim parci potuit ex iis , qui aut inclusi cum coujugibns 
ac liberis domos super se ipsos concremaverunt, aut armati nul- 
lum ante finem pognae, quaos merientes, fecernnt ? Tite-Live, 
liv. XXI. 



— 72 — 

» faiblement liés par les articulations, et leurs membres déchar- 
» nés n'offrent plus que l'image de squelettes affreux. » Et plus 
x> loin, le poète dit encore: « Us mettent leurs boucliers à nu , 
» mangent le cuir qui recouvrait ces armes, après en avoir 
» amolli dans Teau la dureté. » Les Guerres puniques, liv. n. 

Selon Pétrone, les malheurs desSagontins auraient été portés 
plus loin encore, car ils auraient été amenés, d'après cet auteur, 
à se nourrir de chair humaine. Sagunti oppressi ab Anuibale, 
humanas edere carnes. Pétrone , Satyricon 

D'après de Villalba, les assiégeans auraient été affligés par la 
peste. Cependant, Polybe ni Tile-Live, non plus 4ppien, ne 
parlent de cette peste ou épidémie. Je n'en rapporterai pas moins 
les paroles de TÉpidémilogiste espagnol : a Las fatigas de la 
« guerra, dit notre auteur, las precipitadas marchas de los 
« Carlagineses anles de llegar al sitio de Sagunlo, y la valerosa 
« defeusa de los Saguntinos, incomodandoles muchas veces con 
« sus salidas, pudiéron ser causas predisponentes de ïa peste 
« que sufriéron los Carlagineses en el famoso sitio de aquella 
<c ciudad. Op. cit. y p. 42. » Ajouterons-nous que, d'après le 
même auteur, cette peste aurait été annoncée par un prodige , 
prodi§io admirable , pour me servir de ses expressions ? Ce se- 
rait , en effet , un admirable prodige que celui qu'aurait offert, 
quelque tems avant, un enfant qui , venant de naître , serait 
rentré dans le ventre de sa mère , effrayé , sans doute , de? 
désastres qui allaient frapper la terre. L'auteur ne manque pas 
de citer les autorités d'après lesquelles il rapporte un pareil 
prodige , et ce n'était pas superflu.. . . Mais , écoutons-le : 

Pero que un nino, recien nacido, se volviese a entrar en el 
vîentro de su madré , admirable prodigio tenido por prediccion 
dedicha peste , segan Navarette en su libro tilulado Philopo- 
litœ speculatoris , que tomo de Florian de Ocampo, que lo créa 
el judio Apella. Op. cit., p. 42. 



IV* Année de la CXL* olympiade , 53S de Rome | 
217 anf avant J -O. 

La'iv* année de la cxl* olympiade , 535 ans de Home , 217 ans 
avant J.-C, est célèbre , dans l'histoire, par la grande expédi- 
tion d'Annibal, des bords de FÈbre aux plaines de l'Italie , a tra- 
vers les Pyrénées , la Gaule et les Appenins. Les obstacles, sans 
nombre, qu'il eut à surmonter dans le cours d'un si long trajet, 
donnent la mesure des souffrances et des maladies qui durent 
affliger son armée. Aussi fitril de grandes pertes, que nous allons 
indiquer successivement, en cherchant à en apprécier la nature. 

A son départ de Carthagène, l'armée d'Annibal était de 
80,000 hommes, dont 40,000 de cavalerie , elle n'était plus que 
de 59,000 hommes, dont 9,000 de cavalerie \ après sa sortie des 
Pyrénées. Les 29,000 hommes qui manquaient déjà à Annibal, i 
après ce court trajet, ne périrent pas tous dans les combats , 
quoiqu'assez vifs et multipliés , qu'il eut à soutenir contre les 
montagnard? du pays : 4,000 Espagnols, qui ne paraissaient 



— 73 — 

pas se soucier de le suivre plus loin , avaient élé renvoyés data^ 
leurs foyerSf avant même que l'armée fût sortie des montagnes. 
A ces 4,000 hommes, il faut ajouter 3,000 Carpétans (1) qui , 
déjà, avaient rebroussé chemin ou , pour mieux dire, déserté , 
pour nous servir du langage de nos jours. Peu après , et alors 
qu'il allait traverser le Rhône, Annibal perdit encore près de 
500 Numides, dans un engagement avec Tarmée romaine, qui 
marchait sur ses traces , sous le commandement de PubliusCor- 
nélius. Le général carthaginois fil de nouvelles perles au pas- 
sage du Rhône , qui lui offrit de grandes difficultés , de telle 
sorte qu'après ce passage , son armée se trouvait réduite à 
46,000 hommes , dont un peu plus de 8,000 chevaux. 

Les difficultés qui se présentèrent au passage du Rhône, s'ex- 
pliquent sans peine : on était alors dans la saison où ce fleuve 
sort ordinairement de son Ut. C'était du 17 au 18 octobre. Des 
difficultés de la même nature, mais moins grandes sans doute , 
s'offrirent aussi au passage de la Durance, qui eut lieu peu 
de jours après : les historiens, tout en les mentionnant, se tai- 
sent sur les pertes qu'elles peuvent avoir occasionnées. 

Mais les pins grandes perles faites par Annibal , dans tout le 
cours de son long trajet, eurent lieu au passage des Alpes, où 
il perdit 20 000 hommes sur 46,000 qu'il avait (dont 8,000 che- 
vaux), avant d'y pénétrer. Ce passage fût pourtant asse^ rapide, 
«u égard aux obstacles qui s'y présentèrent : il s'effectua dans 
l'espace de quinze jours (du 1" au 15 novembre), dont neuf 
pour arriver à la cime des montagnes, où les troupes se repo- 
sèrent deux jours, et trois pour descendre au pied de ces mê- 
mes montagnes , du côté de l'Italie. Les pertes essuyées dans la 
première parlie de ce parcours , furent principalement le fait de 
l'ennemi, des Allobroges , qui étaient venus attaquer Annibal, 
dans un défilé où ils l'avaient engagé par trahison. 

Ce défilé était dominé, de toutes parts, par des rochers inac- 
cessibles. Annibal V perdit un grand nombre d'hommes, de 
chevaux et bêtes de charge, écrasés par les blocs de rocher 
qu'y roulaient les montagnards, du haut des crêtes où ils 
s'étaient perchés. Ce genre de destruction, qui n'effrayait pas 
peu les Carthaginois, obligea leur chef à s'arrêter, pour occu- 
per une position qui lui permît de protéger le passage des 
chevaux et des bagages, clelle dont il fit choix , était un 
rofîher fort et découvert; il y passa une nuît entière, avec la 
moitié de ses troupes, et encore cette nuit suffit à peine pour 
voir la fin de ces impedimenta qui, dans tous les temps, ont 
fait le désespoir des chefs d'armée. 

Les pertes subséquentes, faites par les Carthaginois, c'est-à- 
dire celles qu'ils essuyèrent à ïa descente des Alpes, furent 
tout-à-fait étrangères à la guerre : toutes furent le résultat des 
fatigues et des misères produites par l'escarpement des lieux et 
les intempéries de la saison, et ces pertes furent presque aussi 
considérables que les premières. 

(1) Les Carpétans étaient de l'intérieur de l'Espagne, de 
celle parlie connue aujourd'hui sous le nom de Nouvelle-Caètille. 

10 



— 74 — 

» L'escarpement des lieux et la neige, dit Polybe, firent p«r- 
» dre à Ànnibat presqu'autant de inonde qu*il en avait perdu 
» en montant. » On le concevra dans peine, en se reportante tout 
ce que les Carthaginois souffrirent alors. Pour en donner une 
idée^ il nous suffira de rapporter ce que dit le môme auteur, 
d*un défilé aue ni les élépnans ni les bétes de somme ne pou- 
vaient francnir. 

« Annibal y fut arrêté , dit Polybc , par un incident 
» particulier et propre à ces montagnes. Sur la neige 
00 rhiver précédent, il en étail tombé de la nou- 
» velle : celle-ci étant molle et peu profonde, se laissait 
» aisément soulever; mais, quand elle eût été soulevée, et 
» qu'on marcha sur celle de dessous, qui était ferme et qui ré- 
» sistaît, les piedç ne pouvant s'assurer, les soldats, chancelans, 
9 faisaient presqu'autant de chutes que de pas, comme il arrive 
» q^and on met le pied sur un terrain couvert de glace. Cet 
9 accident en produisait un autre plus fâcheux encore : quand 
» les soldats étaient tombés, et qu'ils voulaient s'aider de leurs 

• genoux, ou s'accrocher à quelque chose, pour se relever, ils 

• entraînaient, avec eux, tout ce qu'ils avaient pris pour se re- 
« tenir. Pour les bétes de charge, après avoir cassé la glace en 
» ^e relflvanl, telles restaient, comme glacées elles-mêmes, 
» dans les trous qu'elles avaient creusés, sans pouvoir, sous le 
« pesant fardeau qu'elles portaient, vaincre la dureté de la 
y neige qui était tombée là depuis plusieurs années. » 

i^x fatigues et au froid qu'éprouvèrent les troupes cartha- 
^ooises, à la descente des Alpes, il faut ajouter la faim et la 
déiporalisation la plus complète. Aussi le premier soin d'Anni- 
baU rendu au pied des Alpes, fût-il de chercher à relever leur 
coqrage, en même temps qu'il s'occupait à réparer leurs forces , 
comme aussi celles des éléphans et autres bêtes de l'armée. Du 
restât <^ n'était pas la première fois qu'il avait cru devoir re- 
courir à ce moyen : d^à il en. avait senti la nécessité, alors que, 
pSiryena au sommet des montagnes, oui semblent être la cita- 
d$llede Vlialie (Polybe), et d'où l'on découvre toutes les vastes 

S laines arrosées i)ar le Pô ; alors, dis-je, qu'il leur montrait du 
oig( le point où était Rome, leur garantissant en même 
temps le succès d'une camt^gne favorisée par la bonne djspo- 
sHion des peuples qu'ils allaient traverser. 

JHoufi manquons de données sur la nature des maladies qui 
sévissaient dans l'armée carthaginoise, à l'époque dont nous par- 
lons, mais la science peut s'en former une idée d'après celle de leurs 
causes productrices. Polybe se bor pe à dire qu'arrivés au pied des 
AJipQS, les troupes d' Annibal avaient le plusgrand besoin de repos; 
qqeles fatigues essuyées à monter et à descendre, jointes au man- 
que de vivres, les avaient mises dans un délabrement affreux, 
qui les. rendait méconnaissables, et qu'il y en avait un grand 
nombre que la faim et les încessans travaux avaient réduits au 
désespoir. Tite-Live, parlant d'Asdrubal (qui, plus tard, vint 
joindre ses armes à celles de son frère, en Italie, et en suivant 
la même route), djt qu'il tira heureusement son armée des 



lieux (les Alpes) où Annibal avait vu la phipartde ses soldats 



— 75 — 

(majorem partemL moissoDoéd par les deux genres de mort tes 
plus misérables, la faim et le froid {famé et frigotià. 

Des données, quelque peu plus étendues, surrétatdes Car- 
thaginois à la descente des Alpes, se trouvent dans la harangue - 
de Scîpion à ses soldats , alors que, sur les bords du Tés^in, il 
allait à la rencontre d'Annibal.. 

« Ce sont, dit le général romain; ce sont des fantômes 
» (effigies)^ des ombres d'hommes (tmo umbrœ hominum) ; 
» des corps épuisés par la faim, le froid, la saleté la plus 
» hideuse (famé, frigore, illuvie, squalore enecti) ; froissés, 
B rompus au milieu des rochers, dont les articulations ont été 
n gelées (nive rigentes nervi), les membres paralysés paï la 
» glace {membra torrida gelu) ; ce sont des armes disloquées et 
» bridées, des chevaux boiteux et sans force. . . » et il ^oote : 
» Reliquias extremas hostium, non hostes habebitis. Tite-Live^ 
lih, XXI. 

Malgré ce fâcheux état des troupes carthaginoises, les batail- 
les du Tésin et de la Trébie suivirent de prés le passage des 
Alpes. Toutes deux, comme on sait, furent favorables a Car- 
thage. Les Romains perdirent beaucoup de monde dans la der- 
nière, au passage de la rivière qui donna son nom à la bataille : 
ils y avaient de l'eau jusqu'à la poitrine, selon Tite-Liva, et 
jusqu'aux aisselles, selon Polybe. Cette eau, en outre, était 
très-froide, car on était alors en plein hiver, et, ceiowrlà mê- 
me , il neigeait et faisait un froid glacial^ d'après Polybe. De 
plus, les Romains souffraient de la faim ; car, a après un strata- 
gème du chef carthaginois, ils avaient été provoqués à se met- 
tre en marche de bonne heure, et avant d'avoir pris aucune 
nourriture. Les Carthaginois , au contraire , se trouvaient dans 
des conditions toutes différentes : non-seulement ils n'avaient 
pas eu de cours d'eau à traverser, mais encore ils étaient res- 
tes dan& leur camp et sous leurs tentes ; ils v avaient bu et 
mangé tranquillement, et ils s'étaient frottes ahuile (4 ] , et revêtus 

(4] Cet emploi de l'huile en frictions chez les Carlha^'nofs, 
était en usage dans tout le nord de l'Afriaue, où nous le retrou7 
vous encore aujourd'hui, parmi les habitans des montages, 
les Kahyles, qui se frottent d'huAe l'hiver, pour mieux résister 
au froid de leurs contrées. M5I. Daumas et Fabar, dans Tou- 
vrage qu'ils viennent de publier, parlent ainsi de cette pratique, 
à l'occasion des Tolbas, tribu kabyle : 

a Pendant l'hiver, qui est très-rigoureux , ils s'enâuiséot le 
» corps d'huile. » La grande Kab^Ue, Paris, 4847. 

L'huile, ou lout autre corps gras, appliqué sur la peau, la 
pénètre plus ou moins, en s'introduisant dans les pores, et for- 
me ainsi une sorte de vêtement et de défense contré Taction trop 
vive, ou trop subite, des ageofs extérieurs, et du froid en parvf- 
culier. Or, si on considère qu'un gratrd nombre de iKos mala^ 
<fies recûiùtiaissent pour cause l'une où Tautre de des actions , on 
concevra combien t'huile , appliquée à l'ettèileur , est appro- 
priée aux besoins de notre éconottâe. Cet^e application conve- 
nait d'autant plus à l'hygiène des anciens peuples du nord de 



— 76 — 

de leurs armes, auprès du feu. Annibalis intérim miles , igmbiis 
aute tentoria faclis, oleoque per manipulos, ul mollirent arlus. 
misso, el cibo per otium capto, etc. Tite-Live, /t6. cit. 

La victoire fut complète pour les Carthaginois, dont les per-* 
tes furent très-minimes, et portèrent principalement sur les 
Gaulois, qui combattaient dans leurs rangs. Toute Tarmée n'ep 
souffrit pas moins beaucoup des inlempéries de la journée. 
« Beaucoup d'hommes et de chevaux , dit Polybe, périrent de 
« froid, et, de tous les éléphans, on en put sauver qu'un seul. »i 
Ce même désastre est rapporté par Tite-Live, mais en termes qui 
peirmettent de croire que plus d'un éléphani avait survécu. 
Imber nive mixtus^ et intoleranda vis frigoris, et homines 
multos, et jumenta, çt elepbantos prope omnes, absumpsit. Lia. 
cit. 

La bataille de la Trébie gagnée, Annibal chercha à s'emparer 
d'un marché (Emporium) situé près de Plaisance, et où se trou- 
vaient des vivres en abondance. Ce marché était très-forlifié et 
pourvu d'une bonne garnison. En outre^ il fut promptement 
secouru par le consul qui était à Plaisance. Toujours est-fl 
qu'Annibal fut forcé de renoncer à sod entreprise, après un 
combat de cavalerie dans lequel il flit blessé {^) , raaisiV fut plus 
heureux peu après, à l'attaque d'un autre marché , connu sous 
le nom de Victum-Viœ : il s'en empara, et se pourvut ainsi de 
vivres abondamment. Arrêté alors, par les rigueurs de l'hiver, 
il retourna sur ses pas , et alla prendre ses cantonnemens 
dans la Gaule Cisalpine. 

L'année suivante , au de Rome 535 , à peine le printemps 
s'annonçait que , déjà, Annibal quittait ses quartiers d'hiver, 
pour se rendre en Étfurie, dont il voulait s'assurer les bonnes 
dispositions des habitans. L'Apennin le séparait de cette con- 
trée : comme il le traversait, il fut assailli par un temps encore 
bien autrement affreux que celui dont il avait tant souffert 
dans les Alpes. Transeuntem Apennium adeo atrox adorta 
tempestas est, ut Alpium fœditalem prope superaverit. Tite- 
Live, /t6. cit. 

D'abord, ce fut une pluie mêlée de veut (vento mixtus imber)^ 
qui les arrêta tout court, ne pouvant plus respirer qu'en tour- 
nant le dos au vent. Puis, survint un ouragan épouvantable : 
c'étaient des éclairs qui semblaient embraser le ciel ; — des 
eoups de tonnerre qui ébranlaient les montagnes. « Les yeux 
a et les oreilles également frappés , dit Tite-Live , ils étaient 
9 tous immobiles d'effroi {metu omnes forpore). » La pluie ne 
sembla se ralentir, ensuite, qu^ pour donner plus d'impétuosité 
au vent. Après quoi, tomba une neigea la fois si forte et si 

l'Afrique , que ces peuples étaient bien plus légèrement vêtus 
que nous ne le sommes aujourd'hui , ainsi que nous pouvons 
en prendre une idée par l'état de presque nudité où nous voyons 
celui de ces peuples chez lequel se perpétue l'antique usage 
des frictions huileuses. 

(4) Déjà il avait été blessé à la cuisse, par une javeline, au 
^iege de Sagonte. 



— 77 — 

pressée, que, renonçant à tout espoir de salut, les hommes s'af- 
faissaient sur eux-mêfnes, comme ensevelis sous la neige. Et, 
enfin, à cette neige, succéda un froid tellement intense, qu'il por- 
ta le dernier coup aux hommes et aux bêtes qui avaient résisté 
jusqu'alors. Les Carthaginois passèrent ainsi deux jours ; un 
jour de plus, et c'en était fait, peut-être, de l'armée tout en- 
tière. Poor plus de détails, sur cet épisode de la deuxième cam- 
pagne d'Annlbal, en Italie, nous renvoyons à Tit«-Live, qui 
termine ce qu'il en dit par ces mots : 

Multi homines, multa jumenta , elephanti qnoque ex his, qui 
prsBlio ad Trebiam facto superfuerant , septem absumpsit. 
Lib. xxii. 

Descendus de l'Apennin , les Carthaginois se portèrent sur 
Plaisance , et établirent leur camp à peu dé distance de celte 
ville. Nous ne nous arrêterons pas à l'engagement qu'ils eurent, 
peu après, avecle consul Sempronius, voulant arriver de Fuite à 
leur triste position dans les marais de TËtrurie (4), près 
Clusium (2). 

Ces marais, qu'ils devaient traverser pour se rendre à Arre- 
lium, à la rencontre de Flaminius, étaient alors submergés par 
Je débordement de TArno, et ils ne mirent pas moins de quatre 
jours et trois nuits pour en sortir On s'y enfonçait jusqu'à mi- 
corps,et beaucoup d'hommes y restèrent, avec une infinité de bêtes 
de charge. Les pertes en hommes portèrent principalement sur 
les Gaulois, nation que Tite-Live dit être sans énergie pour une 
route longue et difficile (ut est mollis ad talia gens). L'historien 
romain trace un bien triste tableau du spectacle alors offert par 
'armée carthaginoise Je le laisse parler : 

« Mais les Gaulois, dit Tite-Live, ne pouvaient ni se retenir , 
» ni se relever quand ils tombaient dans un gouffre ; ils ne sa- 
» vaient pas soutenir le corps par l'âme, ni l'àme par l'espérance 
» (aut corpora animis, aut animos spe sustinebant). Les uns 
» traînaient, avec peine, leurs membres fatigués; les autres, 
» cédant au découragement, se laissaient tomber et mouraient 
» an milieu des bêtes de somme , étendues çà ei là. » Et, plus 
loin, il ajoute : « Comme les eaux recouvraient tout le terraip, 
» et qu'il ne restait plus un endroit sec, où les soldats pussent 
» étendre leurs corps barrasses, ils se couchaient sur les baga- 
» ges amoncelés dans l'eau. Les cadavres des chevaux , entas- 
» ses sur toute la route, servaient quelques instants de lit à ces 
» malheureux , qui ne cherchaient qu'un petit espace à sec , 
D pour y prendre un peu de repos. » Lib. xxii. 

Ces détails de Tite-Live , sur le passage des marais élruriens, 
■ sont tirés , en grande partie de Polybe , qui nous apprend , 
déplus, qu'Annibal lui-même eut toutes les peines du monde à 
en sortir. Alors il était .atteint d'un mal d'yeux, qui était une 
ophlhalmie, à en juger par les causes que Tite-Live lui assigne, 
à savoir les variations de température ^qui ont lieu au printemps. 
Du peu qu'en dit Polybe , on pourrait inférer qu'elle s'était déve- 

(1) La Toscane d'aujourd'hui. 

(2) Aujourd'hui Chiusi. . ^ 



— 78 — 

loppée dans la locaHté. a Un mal d'yeux qui lui surviiU,» dit Po- 
lybe , parlant d'Annibal , traversant les marais étroriens. C'est 
ce qu'on pourrait inférer aussi de ce qu'en dit , de son côté, Si- 
Hus Italiens , qui nous apprend en même tems qu'Ânofibal mar- 
chait alors tète nue , circonstance qui eût pu favoriser le déve- 
loppement da mal, si elle n'avait pas été dans ses habitudes (4). 

Janii|iie duci» nados tanta Ivter faihoepha Certes 

Sievitia quatitur cœli 

Op. eit., lib. IV. 

MaiSf d'après les paroles de Tite-Live » le mal d'yeux â'Afinîba l 
existai déjÀ avant son entrée daus les marais ; seulement il s'y 
serait aggravé, par suite de la privation de sommeil, de rhumidfté 
des nuits et des brotiillards de la localité. Voici , du reste , 
sur ce point, to»Ues les paroles de l'historien : 

< Ânnibal , d<^jà malade des yeux ( œger oeuUs) , par Teffet de 
» ces variations de chaud et de froid qui ont lieu au priutems 
» {ex vema primutn intempérie variante ealores frigoraqw ), 
» quoique monté sur le seul eléphanl qui lai restât , afin d'être 
» toujours hors de l'eau, vit ses souffrances s'aggraver par les 
D veilles, rhumidilé des nmits et les brouillards du marais (t>t- 
» gilii^ tandem et noctumo humore pahtstrisque cœlo gravante 
» oaput ). » 

Ces paroles de Tite-Live , qui témoignent de l'existence de la 
maladie d'Âimibal , avant son entrée dans les marais précités , 
se trouvent corroborées par celles de Cornélius Nepos. Cet au- 
teur, parlant d' Annibal , comme il traversait l'Apennin , pour se 
rendre en Êtrmrte' {petens Etrwriam) , dit : 

Hoc itinere adee gravi morbi afficitur oculorum. (7a». rv. 

Le même auteur nous apprend, en outre, que l'œil malade était 
l'œil droit , et qu'Annibai en souffrait encore lorsqu'il livra ba- 
taille à Flaminius , sur les bords du Trasimène, ce qui l'obligea 
à se faire p(»rter en litière pendant toute la bataille. 

Selon Polybe et Tite-l.ive, qui n*a fait que le reproduire ici, 
l'ophthalmie d'Annibal aurait été suivie , non pas seulemenft de 
la perte de la vision , maris encore de ceHe de l'organe lui-même. 
Rappelons leurs paroles : 

« Do mal d'yeux qui lui survtat ( à Annibal ) , dît Polybe , le 
B tourmenta beaucoup ; et , comme la drcondtance ne lui per- 
nciettait pas de s'arrêter, pour se guérir, cet accident lui fît 
» perdre un œil. <» Chap, ivi. 

St Tite-Live , parlant d' Annibal , au milieu des marais étru- 
riens : 

a Comme ce n'était ni le lieu ni le tems de se &K!>igner, il per- 
» dit un œil : attero'oeulo capitur. t> Lib, xxn, cap. 14. 

Cependant, il paraîtrait qu'Annibai , avec le tëms, auraitre- 
couvre, en partie, l'usage de son œil , puisque C<>rnélius Nepos 
dit que, depuis, il ne vit jamais bien de l'ϔl <h*oit : ut postea 
nunquam dextro œque bene usus est. Op. cit. Mais toujours 

(1) On sait que telle était l'habitude du roi Massinissa. 



— 7J^ — 

est-il qu'Airaibal, après sod ophlhalmie , resta, toute sa vie , 
plus ou moins îoipotent d'un œil-, infirmité rappelée par Tacite 
( à l'occasion (d'un autre général également maltraité) (4) , et 
qui n'a point échappé au satirique Juvénal. x 

« Quel beau tableau , dit Juvénal, que ce général borgne sur 
» sa bête de Gétulie ! » Vota ^ satira x. 

Sans doute, i\ est inutile de faire remarquer que les causes 
qui, selon Tite-Live, aggravèrent le mal d'yeux d'Annibal , pou- 
vaient aussi le faire naître ; car, sans contredit, il n'est pas de 
causes plus favorables au développement de Tophtbalmie que 
rhumidité et les brouillards , joints aux veilles, que les Cartha- 
ginois rencontrèrent dans les marais de l'Ëtrune. Aussi est-il 
vraisemblable qu'elle atteignit alors un plus ou moins grand 
nombie des soldats d'Annibal. Cette maladie, du reste , devait 
leur être biea connue, puisqu'elle était , comme elle est encore 
aujourd'hui^ une endémie de leur propre patrie. Et , à cette oc- 
casion, je rappellerai ces paroles de l'Ëvéque de Carthage , St- 
Cyprien, aux pavens de son tems : 

Et oculorum aolor, et impetus febrium , et omnium valetudo 
membrorum cum caeteris communis est nobis, quandiu portatur 
in seculo caro ista communis. De Mortalité, 

Bien d'autres maladies sans doute , telles que des affections 
rhumatismales, scorbuliqjes, diarrhéiques, etc., durent être la 
conséquence , plus ou moins rapprochée , du passage des Car- 
thaginois dans les marais de l'Étrurie Toutefois , les historiens 
se taisent sur ce point. Polybe, seulement, parle du mauvais état 
dans lequel était l'armée, lorsqu'après la bataille de Trasimène, 
Annibal cherchait à la reCaire dans les riches plaines d'Adria (i). 
« Hommes et chevaux , presque tous , dit Polybe, étaient con- 
» verts d'une espèce degile. » Cette gale provenait, selon Po- 
lybe , d'une part, de la saleté et de la fange où s'était trouvée 
l'armée, durant son quartier d'hiver dans la Gaule Cisalpine, 
et, de lautre, de toutes les misères essuyées dans sa marche 
à travers les marais près Clusium {Liv. m , ch. 48). 

Ce fut pendant son séjotjr dans les mêmes plaines d'Adria , 
qui fut assez prolongé, qu'Annibal put donner par mer,. pour la 
première fois, de ses nouvellesà Carthage. Ce fut là encore qu'il 
s'occupa, d'une manière particuUère, de la santé de ses troupes. 
« Il fit guérir aussi, dit Polybe, les plaies des soldats qui étaient 
» blessés ; il donna, aux autres, le tems et les moyens de répa- 
» rerieurs forces.» Lessoinsquerequéraientles chevaux, n'y fu- 
rent pas négligés non plus : il les faisait laver avec du vieux vin 
rouge, qu'on aval: trouvé, en quantité, sur les lieux , et qui pa- 
raîtrait leur avoir fait grand bien. « Il fit laver les chevaux, dit 
» Polybe, avec du vieux vin rouge, qui se trouvait là en abon- 
» dance, et les remit en élat de servir. » 

En s'éloignait de la Péninsule, en l'an de Rome 53 i, consme 
nous l'avons vu précédemment, Annibal y avait laissée pour 

(4) ETt^fonoiftim libro iv , eap, xm. 

(2) Plaine des environs delà mer Adriatique. 



— 80 — 

ronliniier la guerre, ses deux frères, Âsdrubalet Magon (1). Le 
centre r?e leurs opérations était Carihagène, la ville la plus im- 
porlanTe des poinis quMIs occupaient (2). Selon de Villalba, une 
maladie, qu'il qualifie de cruel peste ^ s'y déclara au printems 
de l'an '214 avant J -C., de Rome 538. Celte maladie sévissait h 
la fois sur les Carthaginois et sur les habitans du pays , mais les 
premiers en souffraient davantage , à raison des fatigues et des 
misères inséparables de la guerre. Développée à Carthagène , elle 
ne tarda pas à s'étendre dans les environs, et les provinces voi- 
sines n'en furent pas épargnées non plus. 
. Je laisse parler de Villalba, qui en fait la description suivante : 
« Comenzo la peslilenlia, comn puede inferir se, en las inme- 
diaciones de Carthagena. La maltitud de marineros y soldados 
veteranos aqnartelados en pocos dias en el puerto, arsenales y 
quarteles; los campos inhieslos y mal cultivados; la escaez y 
mala calidad de los alimentos, y la lagiina de agua , que ha sido 
siempre un mananlial de epidemias, como veremos en el curso 
de esta historia, pudiéron dar origen a la infeccion putridraque 
retardo los projectados ataques de los générales cartagineses con- 
tra los dos Scjpiones. Al principio se limito el contagio a las in- 
mcdiacioues de su nacimiento, pero desgraciadamente se ex- 
tendio pronto a otrasprovincias. Los pueblos de la Bética, y sus 
vecinos, sufrieron inmediatamentesu rigor Castulon, hoy Caz- 
lona, experimento mas que otra los miseros afectos. La muerte 
de las principales familias, que no pudiéron libertar se de su 
furia, indica losfunesloseslragos que causaria en el pueblo. 
Himiice, esposa de Anibal , y Aspar , tierno infante, fruio de 
aquella noble coyunta, con una grau parte de sus parientes y 



(!) Son armée de terre se composait comme suit : 

Fantassins d'Afrique 11850 

Liguriens 300 

Baléares ^ 500 

Maures et Numides des bords de l'Océan. . . 1800 
Cavaliers Liby-Phéniciens (mélange de Phé- 
niciens et d'Africains ) 300 

Cavaliers Ilergètes , d'origine espagnole 200 

Total 14950 hommes. 

De plus. U élépbans. 

Ses forces de mer se composaient de 50 quinquérèmes , de 
2 quàdrirèmes et de 5 trirèmes. 

Magon, qui s'était avancé dans les Pyrénées , était particuliè- 
rement chargé de maintenir les communications d'Annibat avec 
la Péninsule. Comme on l'a vu précédemment, Annibal , avant 
d'entrer dans les Gaules, lui avait laisse 11,000 hommes. 

(2) Ou la nouvelle Carlhage, encore appelée Carthagena spar- 
taca ou spartaria , du nom d'une plante qui y croît en abondan- 
ce, le sparte , slipa tenacissimay dont nous avons déjà eu occa* 
sion de parler. 



— 81 — 

amigos, fueron victimas de tan terrible azote (4). » Ocampo, 
lib. V. 

Le lac mentionné dans celte description (2) , est , pour Carlha- 
gène, un foyer de fièvres paludéennes qui , certaines années , 
acquièrent un haut degré de gravité. Telles furent celles de 
Tan 4 637 de notre ère , mois d'août , septembre et octobre , dé- 
signées , par de Villalba , soiis le nom de fièvres tierces malignes 
et contagieuses. Quoique peu élevée , la population d'alors n'en 
perdit pas moins quatre cents personnes. Les habitations les 
plus rapprochées du lac , tel que le couvent de San Diégo^ furent 
œlles qui en souffrirent le plus. 

Une relation de cette épidémie a été donnée par Rodon , 
sous le titre d'Epidemia carthagena. Bon nombre d'autres écrits 
ont élé publiés sur l'Endémie de Carthagène; le plus remar- 
quable, sans contredit , est celui de Mimant , alors consul de 
France dansicette résidence. Journal complémentaire du Die- 
tionnaire de^ Sciences médicales. 

L'épidémie de Tan de Rome 538, comme nous l'avons vu dans 
la description précitée , s'étendit dans 1 intérieur , où elle aura 
été favorisée par d'autres causes, entr'autres par la rareté des 
subsistances,' dont de Villalba avait parlé précédemment, a Fal- 
» tâban, avait-il ^it, los preciosos alimentos en muchas partes 
» deEspagna. » 

r* Âonée de la GXLIP olympiade' ^ an de Aome 540, 
212 aof avant J.-C. 

En là 4'* année de la GXLii* olympiade , an de Rome 540, 
212 ans avant J.-C , les Carthaginois, alors occupés au siège de 
Syracuse , y furent afQigés d'uneépidémie qui leur fut coihmun« 
avec les Romains. Les premiers avaient pour chefs Himilcon et 
Hippocrate , les derniers, Marcellus. Le siégé durait depuis trots 
ans lorsque l'épidémie édata. Mais je laisse parler Tite-Live, 
qui fait , de cette nouvelle épidémie de Syracuse, la description 
suivante : 

« Aux mauK de la guerre, ditXtte-Live, vint se joindre une 
» maladie contagieuse (pestilentia) qui, frappant les deux par- 
^> tis, les obligea de suspendre les hostilités. Les chaleurs exces- 

(4) Nous devons faire remarquer ici que, d'après Silias Ilali- 
eus, Anoibaï n'aurait quitté l'Espagne , pour sa grande expédi- 
tion, qu'après avoir embarqué, pour Carthage, sa femme et son 
jeune enfant, qui, alors, n'avait pas encore un an révolu. Anni- 
bal, selon le poète, n'avait pas voulu laisser, sur le théâtre delà 
guerre, ces deux objets de ses aîffections, et il retrace, en termes 
touchans, leurs derniers adieuic, représentant Imilcée arrachée, 
en quelque sorte , aux embrassemens de son époux , par le pa- 
tron du navire : Abripitur divulsa marito. Lib. m. 

(2) C'est ce lac ou étang que mentionne Polybe lorsqu'il dit, 
parlant deScîpion: « Il n'ignorait ni la situation de la ville, ni 
» tes munitions qu'elle renfermait , ni la disposition de l'étang 
» dont elle est environnée. » 

41 



— 82 — 

» sives de l'automne el rinsalubrité du pays [et locis natura gra- 
» vibus) avaient, dans les deux camps, mais beaucoup plus en- 
» core au dehors qu'au dedans de la ville, causé une épidémie 
» presque générale. D'abord , l'intempérie de l'automne et le 
» mauvais air amenèrent des maladies mortelles ; bientôt les 
» soins mêmes donnés aux malades et leur contact {contaetus 
» œgrorum ) propagèrent la contagion ( vulgabat fnorbos ) : il 
» fallait , ou les laisser périr sans secours et sans consolation , 
j> ou respirer, en veillant près d'eux, des vapeurs pestilentielles ; 
» on n'avait, chaque jour, sous les yeux, que la mort ou des 
» funérailles ; on n'entendait, le jour et la nuit , que des gémis- 
» semens. Ennn, l'habitude du mal y avait tellement rendu insen- 
j> sible , que, non-seulement, on ne payait plus aux morts un 
» juste tribut de larmes et de douleur, mais qu'on négligeait 
» même de les enterrer et de les ensevelir. La terre était jonchée 
» de cadavres gisant sous les yeux de ceux qui attendaient le 
» même sort ; la crainte , l'odeur fétide des morts et des mou- 
]i> rans , hâtaient la fin des malades et infectaient ceux qui ne 
» l'étaient pas. Quelques-uns , aimant mieux mourir parle fer, 
t> allaient seuls attaquer les postes ennemis. Toutefois , la peste 
» (pestis) fit plus de ravages dans le camp des Carthaginois que 
» dans celui des Romains, qu'un long siège avait acclimatés 
i& ( diu circutnsedendo Syracusas j cœlo aqwsque assuerant ma- 
y> gis). Les Siciliens qui servaient dans i armée ennemie, 
» voyant que cette contagion provenait de l'insalubrité des lieux 
» [ex gravitate loci vulgari), se hâtèrent de regagner leurs 
» villes , assez voisines de Syracuse. Mais les Carthaginois , qui 
» n'avaient pas d'autre asile, périrent tous jusqu'au derniers, 
» avec leurs chefs Hippocrate et Himilcon ( cum ipsis ducibus 
D Hippocrate atque Himilcone , ad intemecionem amnes perte- 
» runt ). Le fléau redoublant de fureur, Marcellus fit passer ses 
» soldats dans la ville , où le couvert et l'ombre [tecta et umhrœ) 
» donnèrent quelque soulagement à leurs corps débiles. Cepen- 
)> dant , la même maladie ( eadem peste ) enleva beaucoup de 
» monde dans l'armée romaine. » Op. cit., lib. xxv. 

A cette description de Tite-Live , nous joindrons celle de Si- 
lius Italiens, d'où il résulte que la maladie s'étendit jusque sur 
les animaux , et qu'ils en furent môme les premiers atteints , 
comme dans la peste d'Athènes , comme aussi dans celle dont 
Apollon frappa les Grecs devant Troie. « Il atteint d'abord ( le 
» trait lancé par le Dieu ) les mulets et les chiens, a Homère , 
chant 4". 

La description du poète offre surtout de l'intérêt par les détails 
qu'il donne, tant sur les symptômes de la maladie , que sur les 
causes auxquelles on l'attribuait. Les Romains , après une vic- 
toire sur les Carthaginois, allaient se porter sur Syracuse , lors- 
que le fléau vint les arrêter. Mais écoutons Silius Italiens : 

« Les Romains , dit Silius Italicus, se préparaient à fondre , 
» sans retard, sur la ville épouvantée de cette défaite ( des Car- 
« thaginois); mais une maladie pestilentielle [importuna Ittes 
)> inimicaquê pestis ) , suite des fatigues de la mer, et que les 
» Dieux jaloux ont envoyée du ciel , leur enlève cette joie. Le 



— «3 — 

» soleil embrase de ses feux Tair empoisonné ; Todeur s'en 
)) élève des eaax stagnantes du Cooyte ( staonantem Stygio Co- 
^^ c^^O) que la vaste Gyanée dépose au loin dans ses marais. Une 
*) chaleur dévorante [fulminis imi) infecte l'automne., tout 
^ chargé des derniers présens de 1 année. De noires exhalaisons 
» se répandent dans les airs , comme une fumée épaisse ( cras- 
» s\ks nehulis ). La terre se dessèche , et s'embrase à sa surface ; 
» elle ne fournit plus d'alimens , elle n'a plus d'ombre pour les 
» animaux languissaos ; une noire "vapeur corrompt Téther ap- 
» pesanti. . .. 

» Les chiens, continue le poète , furent les premiers atteints 
» par le mal. Bientôt Toiseau défaillant ne peut plus se soute- 
» nir dans les airs , il tombe ; les cadavres des bétes fauves gi- 
» sent dans les bois ; Fhorrible fléau, qui va sans cesse se pro- 

» pageant, attaque enfin les armées, où il sème la mort La 

D langue devient aride, une sueur froide coule sur tout le corps 
» et le fait trembler. La gorge , desséchée , se refuse à recevoir 
D des alimeûs. Une toux violente secoue la poitrine ; la soif al- 
» lume, dans la gorge, un feu mortel. Les yeux abattus ne peu- 
» vent plus supporter le jour ; le nez se contracte ; la poitrine 
» rejette une salive mêlée de sang ; les os , décharnés , ne sont 
» plus couverts que de peau 

» La violence du mal triomphe des remèdes ; les morts sont 
» entassés les uns sur les autres, et les cendres des bûchers 
» s'élèvent en monceaux. Des milliers de cadavres sont étendus, 
» çà et là , sans sépulture : on craint de toucher les malheureux 
2> que le fléau a frappés ipestiferos tetigisse timentibus artus ). 
» Le mal , vomi par l'Âchéron , se nourrit et s'augmente par 
» le nombre dés victimes. . . • Syracuse n'est pas épargnée , et 
» le deuil n'y est pas moindre que dans le camp des Garthagi- 
» nois , où le même fléau produit les mêmes ravages. Partout 
» règne un égal désastre , partout la mort se présente^ sous la 
» même image. .. . » Qp. ct^, it&. xiv. 

Le fléau , comme nous l'avons vu , avait éclaté à la suite des 
fortes chaleurs de l'été: il disparut avec elles C'eSt ce que nous 
voyous encore dans le poète lorsqu'il dit , pour arriver à la re- 
prise des hostilités , par Marcelin s : 

Ut gravis ergo 

Primum letiferos repressit Sirlus sestus , 

Et minuere avidae mortis contagia pestes. . . . 

Quant à la nature de l'épidémie, elle découle naturellement des 
deux descriptions que nous venons de rapporter. C'étaient des 
fièvres d'origine paludéenne , sous tous les types sans doute , 
et telle était aussi la nature des mémorables épidémies des an- 
nées 443 et 396 avant J.-G., qui décimèrent , sur les mêmes 
lieux , deux armées considéraoles , ainsi que nous l'avons vu 
précédemment. 

En Tan de Rome 547 , Asdrubal , qui était resté en Espagne , 
y fut défait par Scipion : il prit alors , avec le reste de ses trou- 
pes , le chemin de l'Italie , en suivant le même itinéraire que 



— «4 — 

son frère. Cette expédition se fit remarquer à la fois eV par 1^ 
rapidité de sa marche^ et par la parfaite conservation des troupes- 
£t, de plus , Asdrubal avait su rallier, avec plus d^entraîaement 
encore qu'Annibal, les nations gauloises quHI avait traverséessur 
sa route. Malheureusement, la fin de ses opérations ne répondit 
pas.à leor début : surpris , sur les bords du Métaure (i) ^ par 
une armée plus nombreuse que la sienne , il y succomba avec 
cinquaute mille des siens ; raille quatre cents autres furent faits 
prisonniers. Les Romains reprirent en même tems, aux Cartha- 
ginois , trois mille prisonniers qui étaient tombés en leur pou- 
voir. Bon nombre d'éléphans furent tués , mais moins par les 
Romains que par leurs propres conducteurs (2). Il importe de 
dire , pour expliquer un pareil désastre , que les Carthaginois 
étaient alors exténués de fatigues , de soif et de chaleur ( 9itis- 
que et calor hiantes ) , car on était au milieu du jour, et la cha- 
leur était des plus fortes , de telle sorte que , n'en pouvant plus, 
obligés même d'abandonner leurs armes , les malheureux Car- 
thaginois se laissaient prendre et égorger en masse. La mort 
d'Asdrubal , comme le remarque Tito-Live , fut digne de son 
nom, digne du fils d'Amilcar et d'un fils d'Annibal : dès qu'il vit 
que la fortune Tabandonnait , il lança son cheval au milieu 
d'une cohorte romaine , et périt ainsi en combattant. Sa tète fut 
portée au consul Claudius , qui eut la barbarie de la faire jeter 
au devant des retranehemens de son frère Annibal. 

Le désastre des Carthaginois , sur les bords du Métaure , est 
considéré, par les historiens, comme la représaille de la bataille 
de Cannes. Peu après, Annibal se retira dans le Bruttium (3) , où 
il était depuis deux ans lorsqu'une maladie grave ( pestUentia ) 
apparut dans son armée. Cette maladie sévissait aussi chez les 
Romains, mais elle y faisait puoins de ravages que chez les Car- 
thaginois , où elle était accompagnée de la famine. Voici cet)u'eo 
dit Tite-Live : 

Pestilentia incesseratpari ctada in Romanos Pœnosque ; nisi 

(4) Aujourd'hui le Métro , duché de Spolette. 

(2) On attribue à Asdrubal Tiavention d'un procédé , à la foi» 
prompt et facile, de se défaire de ces animaux, et qui con- 
sistai{ dans la sectiou de la moelle épinière, entre Toocipital et 
la première vertèbre cervicale. A cet effet , un ciseau était placé 
entre les oreilles , au point de la dépression qui existe en cet 
endroit , et on l'y enfonçait rapidement à coups de marteau. 
a C'était , dit Tite-Live , le moyen le plus prompt qu'on eût 
D trouvé d'en finir avec ces masses énormes , quand on ne pou- 
» vait plus les maîtriser. » C'est ainsi, du reste, et comme nous 
Tavoas vu fréquemment , que les matadorês , en Espagne , se 
défont des taureaux indomptables, et de ceux , hors de combat, 
dont ils veulent abréger les souffrances. Cette pratique , dans la 
Péninsule espagnole , existe de tems immémorial ;, Asdrubal 
pourrait l'y avoir trouvée , et n'avoir fait que l'étendre du tau- 
reau à l'éléphant. 

(3) Le Bruttium formeaujourd'hai une province de la Calabre. 



— «6 — 

quod puDicum exerciluni super morbuni etinni famés at- 
fecil. Lib. xxvm. 

Tile-Live qous apprend encore que la consul P. Licinius écrl- 
yaii à Rome, au sujet de la même maladie : 

» Que lui el son armée étaient atiaqués d'une grave maladie* 
» (gravi m&rho ) ^ et qu'il o'auroil pu tenir tête aux ennemis , 
» si la même contagion (eadem vis m^li) ne se fût répandue 
» dans leur camp , avec plus de violence endore ( aut gravior 
». etiam ). j» 

Le consul ne voyait rien de mieux à faire, pour en obtenir la 
cessation, que de licencier les troupes, et il eu fit la proposition au 
sénat , en appuyant celte proposition de Tétat des affaires , qui 
rendait le maimien de l'armée sans objet , puisque le chef car- 
thaginois avait déjà pris ses quartiers d'hiver. 

Peu après , la maladie faisant de nouveaux progrès, le consul 
mandait encore au sénat que la force du mal (vis morbi) était 
telle, que si on ne se hâtait de congédier les troupes, il ne res- 
terait peut-être pas un seul homme ( nemo omnium superfuturus 
videatur). La réponse du sénat, à cette dernière dépêche ^ fut 
telle que le consul pouvait la désirer : le sénat lui mandait d'agir, 
dans cette circonstance , selon les intérêts de la République , et 
d'après sa propre conscience {fideque suâ), Ânnibal, alors, 
et ainsi que nous venons de le voir, avait déjà pris ses (quartiers 
d'hiver {jam in hiberna suos receperit ). Cette mesure était-elle 
la conséquence du fait de la maladie , nubien celle de l'approche 
delà mauvaise saison? C'est ce que nous ne savons pas. Nous 
sommes dans la même ignorance sur ce qui peut s'être passé 
dans l'armée carthaginoise , après qu'elle se fut retirée dans ses 
quartiers d'hiver. 

Ce fut vers L'époque de répidémîa dont nous parlons , peut- 
être môme pendant son règne * qu' Annibal fit graver en carac- 
tères grecs et puniques , sur une plaque d'airain , la célèbre ins- 
cription qui retraçait ses exploits. Cette inscription , qui a été 
lue par Polybe , se voyait sur un autel qu'Annibal avait fait éle- 
ver pour cette destination , à côté du temple de Junon Lacienne, 
Juno Lacinia , ainsi nommée du promontoire où se trouvait le 
monument qui lui était consacré (4). 

lir Année de U GLXIV* olympiade, an de Aome 550 1 
202 anf avant J.-C. 

En la m* année de la clxiv* olympiade , an de Rome 550 , 
202 ans avant J.-C., eut lieu la célèbre bataille de Zama(2) , qui 

(f ) Le promontoire Lacinium , encore appelé^ Bruttium , au- 
jourd'hui le Cap des Colonnes, nom dû aux colonnes qui s'y 
voient, et qu'on considère comme des restes du temple delà 
Déesse. 

(2) Zama , dans la Proconsulaire , qu'Û ne faut pas confondre 
avec la Zama de la Numidie. 

Ânnibal et Magon , son frère , avaient été rappelés d'Italie par 



— 86 — 

fut si désastrense pour Carlhage : 20,000 hommes y furent tués , 
et un pareil nombre y fut fait prisonnier. Carthage perdit en 
même tems onze éléphans et cent trente enseignes. Une telle 
quantité dccaiavres et d'armes encombrait la partie du champ 
de bataille où se trouvaient les auxiliaires , qu'on aurait eu plus 
de peine à s*y frayer un passage qu'à se faire jour à travers les 
rangs les plus pressés d'une colonne ennemie. 

La bataille de Znma mit fit à la seconde guerre punique (en- 
core appelée annibalique , du nom du général qui la provoqua 
et la soutint) ; aucun fait médical ne s'y rattache, ce qu'ex- 
plique , du reste , la rapidité avec laquelle les opérations y 
furent conduites ; ce n'est que lorsqu'elles traînent en longueur 
que les maladies se mettent dans les armées. Ce que nous ve- 
dons de dire de la bataille de Zania , au point de vue qui nous 
occupe , nous le répéterons à l'égard de quelques rencontres 
qui la précédèrent , et dont la principale fut celle dans laquelle 
Syphax fut pris par Lélius. 

Annibal , après la bataille de Zama , se retira à Adrumetum , 
aujourd'hui Mahometa (1) , en même tems que Scipion s'avançait 
sur Carthage , pour lui dicter ses conditions de paix. Ces condi- 
tions étaient très-dures ; elles n'en furent pas moins acceptées 
par les Carthaginois , et Annibal lui-môme ne contribua pas peu 
à cette acceptation. Le traité de paix , alors conclu entre Rome 
et Carthage , nous a été conserve par Polybe. Annibal se retira, 
peu après , auprès du roi Antiochus (2). 

leurs concitoyens, pour les opposer aux Romains , qui prélu- 
daient à leurs opérations contre Carthage. Magon ne put revoir 
sa patrie : grièvement blessé à la cuisse, chez les Gaulois Insu- 
briens , il mourut desa blessure , dans le cours de sa traversée. 
Déjà il avait été blessé à la batalile de Trasymène. « Le vieux 
» Synhalus, dit Silius Italicus, panse la blessure de Maçon, frère 
» d'Annibal, après la bataille de Trasymène. » Sur quoi je remar- 
que que, dans les armées anciennes, romaines et autres , c'était 
l'usage que les vieux guerriers pansassent les blessures de leurs 
jeunes compagnons. Ainsi , nous voyons encore , après la même 
bataille de Trasymène , le vieux Marcus panser les blessures de 
Serranus. Silius Italiens parle de ce guerrier avec éloge. « Mar- 
» eus, dit -il ; Marcus, vieux soldat , qui avait servi avec gloire 
» sous Régulus. » Les Guerres puniques, 

M] Sur la côte orientale de la Régence de Tunis. 

(2) On attribua au héros carlhagiuois l'introduction de l'olivier 
en Afrique , arbre dont il avait pu apprécier l'utilité pendant 
son long séjour en Italie. Cette opinion pourrait être contestée , 
mais ce n'est pas ici le lieu de le démontrer. 

Les historiens attribuent aussi à Massinissa , contemporain 
d'Annibal , la propagation des arbres fruitiers dans ses Etats. 
Quoi qu'en dise Polybe , cette propagation ne paraîtrait pas 
avoir été portée bien loin , du moins à en juger d'après ce que 
nous voyons de nos jours ; car il faut convenir que , non-seu- 
lement l'ancien royaume du roi MasAinissa , mais encore toutes 
les autres parties du nord de l'Afrique , sont encore bien pauvres 
en arbres fruitiers. 



— «7 — 

II* Année de In GLVir olyn^îndei an de Rome 601 , 
151 ani avant J.-G. 

Ed la n* anuée de la glvii* olympiade , an de Rome 601 , 
454 ans avant J.-G. , Massînissa , alors âgé de 88 ans , assiégeait 
Oroscopa , ville carthaginoise. Où était cette ville? Il n'en reste 
aujourahui aucun indice; mais , ainsi que le fait remarquer un 
traducteur de Tite-Live, Noël , les contestations du roi numide 
avec les Carthaginois , indiquent assez qu'elle était sur leurs 
commiines frontières. 

Carthage^ venait d'envoyer , au secours d'Oroscopa , 25,000 
hommes de pied et 400 cavaliers. Cette troupe était sous le com- 
mandement d'Âsdrubal. Un combat s'engage; il dure depuis le 
lever jusqu'au coucher du soleil , et Massinissa en sort avçc 
tous les avantages (41. Le général carthaginois se retire alors 
sur des hauteurs qui (dominaient une plaine où le combat avait eu 
lieu. Massinissa, qui ne s'en était pas écarté, coupe les 
vivres aux Carthaginois , en investissant d'un fossé la position 
qu'ils occupaient. Les ap[)rovisionnemens d'Asdrubal s'épuisent, 
et, bientôt, il est réduit aux dernières extrémités. Déjà ses 
malheureux soldats avaient tué leurs chevaux et leurs bètes de 
somme , et ils se trouvaient réduits à faire bouillir jusqu'au 
cuir de leurs javelots , lorsqu'à la famine vinrent se joindre les 
maladies qui en sont la conséquence. Mais écoutons , sur ce dé- 
sastre des Carthaginois , l'historien des Guerres Puniques. 

« Asdrubal , donc , dit Âppien ; Âsdrubal , frustré dans son 
» attente , après avoir perdu l'occasion de s'échapper, vit les 
» siens exténués par la famine , et fut réduit aux dernières ex- 
» trémités. Déjà ils avaient tué leurs chevaux, leurs bêles de 
» somme , et avaient fait bouillir jusqu'aux courroies de leurs 
» javelots. Bientôt la famine , comme il arrive ordinairement , 
» amena des maladies inévitables, d'ailleurs , par une si grande 
> multitude d'hommes resserrés dans un espace si étroit, et 
» qui , outre les incommodités d'une pareille situation , étaient 
» exposés aux ardeurs brûlantes de l'été d'Afrique. Affamés , 
» sans nourriture . malades et privés de soins , les mourans 
» n'avaient pas même de sépulture ; on manquait de bois pour 
» brûler les corps , usage auquel avaient déjà servi les boucliers, 
» et les postes ennemis ne permettaient pas de les porter hors 
» du camp. Les malades , les mourans et les morts , couchés 
1 pêle-mêle , ne tardèrent pas à infester l'air, et la peste fit 
» d'horribles ravages. » LiS, vm , cap. Lxxm. 

Les Carthaginois, battus ainsi par le fléau, durent se soumet- 
tre à toutes les conditions que Massinissa voulut leur imposer : 

(4) Scipion, qui , quelques années plus tard , devait détruire 
Carthage , fut témoin de cette bataille, du haut d'une colline où 
il s'était placé à cet effet. L'histmre rapporte que , long-temp» 
après, il disait que , des nombreuses batailles auxquelles il avait 
assisté, aucune ne l'avait autant impressionné que celle-là , où 
se trouvaient en présence plus de cent mille hommes. 



— sa- 
les plus hiirnilianles ne leur furent pas épargnées, jusqu'à les 
faire passer sous le joug, et en ne leur laissant qu'un seul 
vêtement pour s'en aller. Mais ce ne fut pas tout : Gulussa , 
fils de Massinissa , furieux du danger qu'ils lui avaient fait 
courir, et croyant , dit Appien , que la perfidie était permise 
avec des perfides, leur envoya un corps de cavalerie numide , 
qui en eut d'autant meilleur marché , qu'alors ils n'avaient ni 
armes pour se défendre ni même la force de fuir. Aussi , de 
58 000 hommes qu'ils étaient encore , au moment de cette at- 
taque imprévue , il n'en resta qu'un très-petit nombre , qui 
s'échappa avpc leur chef. Quelle infâme trahison ! Appien, il est 
vrai , pense que Massinissa y fut étranger, mais elle n'en té- 
moigne pas moins que les Numides d'autrefois valaient les Car- 
thaginois, leurs contemporains , à l'endroit de la foi des traités. 

IV* Année de la CLVII* olympiade, an de Rome 603, 
149 anf avant J.-G. 

En la IV* année de la glvii* olympiade , an de Rome 603 , 
U9 ans avant J.-C., une flotte romaine , envoyée contre Gar^ 
thage , était mouillée à peu de distance de cette ville , dans des 
eaux stagnantes qui , probablement , étaient celles connues au- 
jourd'hui sous le nom de lac de Tunis. Des maladies ne tardè- 
rent pas à être la conséquence de cette position , mais elles pa- 
raîtraient avoir cessé par la sage mesure alors prise par le chef 
de la flotte , le consul Gensorinus : il leva Faocre , et gagna la 
mer. On ne ferait pas mieux aujourd'hui. Voici , du reste , tout 
ce que nous savons de cet incident de la flotte romaine devant 
Car thage ; c'est Appien qui parle : 

Gensorini castra tu m laborabant morbis, ut stagnan tibus aquis 
apposita, et à mari disclusa magnis œdificiis, quam ob rem 
consul ea transmovit ad mare. 

III* Année de la GLVIII* olympiade , an de Rome 606 , 
146 ans avant J."G. 

La III* année de la glviii* olympiade, an de Rome 606, 4 46 ans 
avant J.-G., est une des époques les plus mémorables de l'his- 
toire du nord de l'Afrique : en cette année eut lieu la destruc- 
tion de Carthage, la aisparition de la scène du monde d'un 
des peuples les plus célèbres dQ l'antiquité. La ville de Didon , 
qui comptait alors 700 ans d'existence , avec 700,000 habita- 
tions , fut entièrement consumée par les flammes (I). Cet in- 
cendie ne dura pas moins de dix-sept jours , et ce fut le dix- 
septième qu'on vit s'avancer, auprès de Scipion (2) , des en- 

M) CorinXhe fut détruite la, même année. 

(2) Scipion , surnommé VÉmilien , dont Polybe , l'historien , 
fut le secrétaire ; et oui » quatorze ans après , devait faire 
éprouver à Numance le même sort qu'à Carthage. Sur les 
malheurs de Numance . voir Appien , De Bello Hisp. 



— 89 — 

voyés portant ù la main des feuilles de verveine , en signe de 
supplication (1). Alors, toute la population était renfermée dans 
la ciladelle de Byrsa ; elle demandait à en sorlir, ce qui lui fut ac- 
cordé , excepté aux transfuges , envers lesquels Scipion voulut 
ôlre sans pardon. Ceux-ci , désespérant de leur salut , se réfu- 
gièrent dans le temple d'Esculape , avec le chef carthaginois et sa 
famille. Us étaient au nombre de 900 ; les autres n'étaient pas 
moins de 50,000, hommes et femmes compris. Les derniers, sui- 
vant Florus, étaient au nomhre de 40,000 nommes, et de 55,000, 
dont 25,000 femmes , selon Orose. 

La deslruction deCarthage avait été précédée de plusieurs en- 
gagemens, car, déjà, depuis plusieurs années, les hostilités étaient 
reprises entre les deux armées (2). Le combat le plus important , 
celui qui décida de la perte de Carthage , fut le combat ou, pour 
mieux dire , la bataille dans laquelle Gulussa , fils de Massinis- 
sa , tua aux Carthaginois, 70,000 hommes , avec un grand nom- 
bre de paysans qui combattaient dans leurs rangs. Gulussa leur 
fit en même tems 10,000 prisonniers. Scipion , peu après, avait 
pris Néphéris, opération qui avait duré 20 jours , et ce fut alors 
que le consul s'était avancé sur Carthage. 

Cette ville était située sur une presqu'île : une des premières 
opérations de Scipion fut de la couper par un fossé qui , 
des deux côtés , abouchait à la mer. Ainsi se trouvèrent inter- 
ceptées les relalions que la ville avait avec l'intérieur ; il ne lui 
restait plus que ses relations maritimes , mais, outre que cel- 
les-ci étaient rares et insuffisantes pour ses besoins , elles se 
trouvaient encore entravées par la flotte romaine. Il résulta de 
cet état de choses que , bientôt , les vivres devinrent rares à Car- 
thage ; que, bientôt même, on se vit forcé de n'en plus distribuer 
qu aux seuls combaltans , qui se trouvaient encore au nombre 
de 30,000. En définitive ^ la famine se mit dans la population ; 
elle en souffrit d'autant plus , qu'elle s'était accrue , pendant la 
guerre , des habitans des campagnes voisines, qui étaient venus 
se réfugier dans Carthage. 

Toiis ces détails sont dus à Àppien. Polybe, de son côté, parle 
de la même famine , à l'occasion du chef des Carthaginois , As- 
drubal , qui paraissait s'en soucier assez peu. 

« Premièrement, dit Polybe, tandis que ses concitoyens mou- 
» raient de faim , il se régalait ( Asdrubal ) avec ses amis , leur 
» servait des repas somptueux , et se faisait un embonpoint qui 
» ne servait qu'à faire remarquer davantage la disette et la mi- 
» sère où étaient les autres ; car le nombre , tant de ceux que 

(1) Appien dit: les verveines d'Esculape. La verveine, à 
ce qu'il paraît , était dédiée à ce Dieu. C'était un signe de paix ' 
et l'on donnait, à Rome, le nom de verbenarius à l'envoyé qui 
en était c|iargé. 

(2) Celles qui existaient entre Carthage et Massinissa seule- 
ment, remontaient à l'an 6oo de Rome, 45^ ans avant notre ère, 
époque de l'expulsion, deCarthage, de quarante citoyens du parU 
du roi numide. 

42 



^ 90 — 

ii la faim dévorai l , que <lc ceux qui désertaienl pour l'éviter , 
» était innombrable, d 

La conduite du chef de Carthage , dans colle calamité , serait 
vraiment incroyable si elle ne répondait à l'ignominie dont il 
couronna son administration. Il avait dit , aux envoyés de Sci- 
pion , qui pressaient la reddition de la ville : Je prends les Dieux 
et la Fortunée témoin que le soleil ne verra jamais Carthage 
détruite et Asdrubal vivant ... Bien peu après , pourtant , le so- 
leil vit et Carthage détruite, et Asdrubal suppliant aux pieds de 
Scipion ; — il éclaira cette abjecte posture du chef carthaginois, 
à la vue des transfuges qu'il venait d'abandonner, avec sa pro- 
pre femme , dans le temple d'Esculape (4) ; — à la vue de cette 
même femme qui , d'abord , l'accable de toutes sortes d'oppro- 
bes , puis égorge ses deux enfans et se précipite, avec eux, dans 
les flammes allumées , dans le temple , par les transfuges... Su- 
blime désespoir jeté à la face de la plus insigne lâcheté !..^ 

IV* Année de la GLXIII* olympiade, an de Rome 62 7, 
125 ani avant J.-G. 

En la IV* année de la clxiii* olympiade , an de Rome 6^, 425 
ans avant J.-C, toute l'Afrique du nord fut envahie par des sau- 
terelles qui y firent les plus grands ravages. Après quoi, ces 
insectes, sous forme d'épaisses nuées, s'avancèrent sur la mer, 
où ils tombèrent et périrent. Leurs cadavres rejelés sur le ri- 
vage , en bancs considérables, s'y putréfièrent. De là une horri- 
ble infection , que les vents portèrent au loin , dans toutes les 
directions (2). Sur ces entrefaites, une épidémie éclata, et s'étendit 
à tout le nord de l'Afrique. Elle coïncidait avec une épizoolie 
désastreuse. Partout la mortalité fut grande: Il mourut 800,000 
honunes dans la seule Cyrénaïque ( Julius Obséquens); 80,000 
dans la Numidie (Orose et St-Augustin); 20,000 dans les villes 
du littoral, dont \o plus grand nombre à Carthage et à Utique 
( Orose ). 

De 30,000 soldats dont se composait la garnison de cetl^dcr- 

(1) Le temple d'Esculape , l'un des plus riches et des plus vé- 
nérés de Carthage, était situé dans une position favorable pour 
la défense : c'était un rocher au haut duquel on n'arrivait 
qu'en franchissant soixante degrés. 

(2) On pourrait rapprocher de ce fait deux autres semblables 
qui s'offrirent aussi, en Afrique, sur la fin du siècle dernier : l'un 
en 4790 , dans l'Afrique du sud, l'autre en 4799 , dans le Maroc, 
côte océanique. Le premier est rapporté par Barrow , le second, 
par Jakson , tous deux anglais. Nous reviendrons $ur le der- 
nier, pour iO discuter, lorsque nous en serons à la maladie pes- 
tilentielle du Maroc , en 4799. 

Par suite de l'invasion de sauterelles dans le nord de l'Afri- 
que, en 4845 , des sauterelles se putréfièrent aussi sur le rivage, 
après y avoir été lejetées par les flots. C'est ce qui se présenta 
sur plusieurs points , entre autres à Bougie et à Foulu , près 
Alger. 



— 91 — 

nière ville, Ipusseraienl morts selon Orose, et tous aussi, selon 
St-Auguslio, à l'exception de dix. D'après Orose encore, 5,00(^ 
cadavres seraient sortis, en un seuFjour, par une des portes 
d'Utique. Evidenoment , la mortalité produite par la pandémie 
dont nous parlons, a été exagérée par les historiens, mais cette 
exagération même témoigne assez des ravages de la maladie. Soiv 
importance, d'une part, et, de l'autre, les récits tronqués et peu 
fidèles qui en ont été faits, nous engage à reproduire ici, tout ce 
que l'antiquité nous en a laissé. Nous avons donc à citer Julius 
Obséqnens, Paul Orose et Sl-Augustin, qui, tous trois, en ont 
parlé, en la rattachant à l'invasion de sauterelles qui paraîtrait 
l'avoir immédiatement précédée. 

Julius Obséquens , Liber Prodigiorum , cap, xc : 

Locustarutn ingentiaagmina in Africa; quse a venlo in marc 
deject», fluclibns ejectae, odore inlolerabili (1) Cyrenis morlifero 
vapore gravem pestilentiam fecerunt pecori ; hominumquc 
DGcc millia consumptl tabe proditum est. 

Paul Orose , lib. v , cap. xi : 

M.PIautioHypsœo, et M. FulvloFlaccocoQsulibus(2], vixdùm 
Africam a bellorum excidiis quiescenlem , horribilis et inusitata 
perditio consecuta est. Namque quum per lotam Africam im- 
menses bcuslarum multiludines coaluissent, et non modo jam 
cunctam spem frugum abrasissent , herbasque omnes cum parle 
radicum et folia arborum cum teueritudioe ramoruni consum- 
sissent , verum etiam amaros cortices atque arida ligna perro- 
sissenl (3) , repenlinoabrepla vento atque in globoscoacta,por- 

(4) Cette expression d'Obséquens n'a rien de forcé : je en 
sache pas d'odeur plus intolérable que celle des sauterelles en 
putréfaction, si ce n'est peut-être celle des reptiles dans le mémo 
état. 

(2) Les consuls Plaulius Hypsaeus et Fulvîus Flaccus entrè- 
rent eu charge vers le 5 novembre de l'an 125 avant J.-C, date 
certaine. Partant de là , M. Hase serait disposé à reporter l'épi- 
démie qui régna sous les consuls précités, à l'année suivante , 
424 ans avant J.-C, 628 de Rome. Tout en partageant cette opi- 
rion , nous n'en maintenons pas moins la première date , qui 
est celle donnée par Julius Obséquens. 

(3) Ces paroles d'Orose établissent bien clairement pour nous 
qu il y eut en Afrique , en l'année dont nous parlons , comme 
en 4845 , deux invasions de sauterelles , l'une au printemps , et 
l'autre en été. En effet , nous voyons que les insectes détruisaient 
à la fois la verdure et le bois sec. Or, les sauterelles qui s'atta- 
quent à la verdure , respectent le bois sec, et vice versa (ex- 
cepté les larves ). Les premières appartiennent au criquet voya- 
geur [acridium peregrinum) , les secondes an calliptame itali- 
que (calliptamus italiens). Ce dernier orthoplère ne s'attaque 
pas senlement aux végétaux les plus durs , mais encore aux 
tissus animaux. 



— 92 — 

« 

taisequc diu per aërem , africano pelago immerso? sunt. HaruiTv 
quum immensos acervos longe undis urgentibus fluctus per ex- 
tenta late littora propulissent , tetrum nimis atque ultra opiaio- 
nem pestiferumodoremtabida et putrefacta coDgeries exbalavit : 
unde omnium pariter animantium tanta pestilenlia consecuta 
est , ut avium , pecudum ac bestiarum , corruplione .-^ëris disso- 
lularum , putrefacta passim cadavera vilium corruptionis auge- 
rent. Ât vero quanta fueritbominum lues ,ego ipsedum refero, 
loto corpore perborresco : siquidem in Numidia , in qua tune 
Micipsa rex erat , octingenta millia bominum , circa oram vero 
maritimum , qua& maxime cartbaginiensi atque uticensis littori 
adjacet , plus quam ducenta milKa periisse traditum est. Âpud 
ipsam vero Ulicam civitatem trigi nia millia mililum, quœ ad 
praesidium tolins Âfricœordinata fueranl, exstincta alque abrasa 
sunl. Quse clades lam repenlioa ac tam violenta inslitit , ut 
tune apud Uticam sub una die per unam portam ex iWisjunio- 
ribus (1) plus quam mille quiquentos mortuos elatos fuisse nar- 
ratur (2). 

Saint-Augustin , De Civitate Dei , lib. m , cap. xxxi : 
Locustarum eliam in Africa multitudinem prodigii similero 
fuisse , cum jam esset populi romani provincia , litteris manda- 
verunt : Consumplis enim fruclibus folîisque lignorum , ingenti 
alque inœstimabili nube in mare dicont esse dejeclam : qua 
mortua redditaque tittoribus, alque bine aère corrupto , tanlam 
orlam pestilentiam , ut in solo regno Massinissœ octingenta bo- 
minum millia periisse referantur , et multo amplins in terris lit- 
toribus proximis. Tune Uticae ex trigenla millibus juniorum , 
qusB ibi erant , decem remansisse confirmant. 

A ces trois auteurs , nous enjoindrons un quatrième, Tile- 
Live ; ca»*, très-vraisemblablement, c'est à la pandémie dont 
nous nous occupons qu'il faut rattacber celle dont traitait l'bis- 
torien romain, dans un de ses livres perdus, le lx, sous le 
litre suivant : 

« Peste en Afrique engendrée, dit-on , par des saute- 
» relies que l'on exterminait, et dont les débris restaient sur 
» le sol (3). » Commentaires sur Tite-Live , par Le Bas, p. 892, 

(1) Notre savant ami , M. Hase, se demande sur ce mot ju- 
nioribus : Étaienl-ce des conscrits , venus , peut-être , du nord 
de l'Italie ? 

(2) Les Musulmans, en tems d'épidémie , comptent les morts 
à la sortie des portes des villes , et les consuls européens , à Al- 
ger, avant noire occupation , n'avaient pas d'autre moyen pour 
supputer la mortalité en pareillecirconstance. Tl paraîtrait, d'après 
les paroles que nous annotons , que cet usage remonterait à une 
baule antiquité. 

(3) Les Indigènes du nord de l'Afrique ne se donnent pas la 
peine d'enfouir les sauterelles qu'ils tuent dans leurs cbasses , 
lors de l'apparition de ces insectes : ils en forment des tas qu'ils 
laissent ainsi se putréfier. Les anciens Africains ne faisaient pa& 
mieux , d'après les paroles de Tite-Live. 



— 93 — 

Quelle élait la nalnre de la pandémie qui frappa le nord de 
l'Afrique en l'an 425 avant noire ère ? Rieu ne le fait soupçon- 
ner dans les récits que nous venons de rapporter. Quant à son 
origine, ou à sa cause, leurs auteurs sout d'accord : ils la voient 
dans l'infection produite par la putréfaction des insectes qui , 
précédemment, avaient été rejelés, par la mer, sur le rivage. 
Nous ne nous arrêterons pas à établir que des sauterelles en 
putréfaction ne sauraient produire la peste proprement dite ou 
peste orientale^ maladie qui naît, pour ainsi dire, chaque jour, 
et sans cause appréciable, sur les bords du Nil; nous nous ar- 
rêterons seulement à la coïncidence observée, à l'époque dont 
nous parlons, entre l'invasion de sauterelles et la pandémie. 

Pareille coïncidence, entre une Invasion de sauterelles et une 
maladie épidémique, parait s'être assez souvent présentée, non 
seulement en Afrique, mais encore sur d'autres points du globe. 
Ainsi, dans les Gaules, en 864 (Frascator) ; en Italie, en 4309 
(Blondus); dans toute l'Europe en 4335 (Palmarius); en Italie de 
nouveau, en4478[Eusèbe]',enEspagneen 4495 et 4544 (Villalba). 
Aussi , dans les temps passés , une apparition de sauterelles 
était-elle considérée comme un signe précurseur de la peste. 
Aujourd'hui même, il en est encore ainsi chez les indigènes du 
nord de l'Afrique ; seulement pour eux, comme pour les peu- 
pies d'autrefois , il faut enlendre par le mot peste toute malaltlie 
grave sévissant d'une manière générale, épidémique. 

Sans doute, on nous accorderait sans peine que, dans des 
contrées qui, comme le nord de l'Afrique, sont exposées à des 
invasions de sauterelles et à des maladies épidémiques, il peut 
arriver que ces deux sortes de calamités se présentent la même 
année, sans que l'une dépende, en aucune manière, de l'autre, 
sans que leur rencontre , en un mot , soit autre que toute for- 
tuite et accidentelle. Toutefois, comme les croyances populaires, 
en apparence les pluâ absurdes, ont parfois un fond de vérité, 
voyons s'il n'existerait pas quelque •chose de semblable ici; 
voyons si, au lieu d'une relation de cause à effet , entre des in- 
vasions de sauterelles et des maladies épidémiques, il n'en exis- 
terait pas quelque autre, au point de vue de leur origine , par 
exemple. 

Sans doute, tout le monde est d'accord sur ce point, qu'une 
certaine sécheresse de la terre, en assurant la conservation des 
œufs des insectes, est favorable à la multiplication des derniers (4 ) . 
Or, il est d'observation que, sinon toujours , du moins sou- 
vent, un pareil état de la terre, s'accompagne de maladies épidé- 

(1) Lorsque les sauterelles font invasion, suit en Afrique, soit 
ailleurs, les autres insectes sont également multipliés. Ainsi , 
lors de l'invasion des premiers , en Algérie , au printems de 
4845 , un cloporte, le Glomeris flavo-maculata , qui , de cou- 
tume, vit isolément sous les pierres, formait alors, sur les bords 
de la Tafna, des bandes semblables à celles qu'y formaient., en 
même tems , des larves de sauterelles. 



— 94 — 

mlques(l). Si j'avais à appuyer cette assertion par des exemples^ 
je ne serais embarrassé que du choix , car c'était une vérité dé- 
jà reconnue du tems de Pline, qui dit, parlant dts Volsiniens : 

Quo propter faraem peslilenliaraque in agro romano, ex sic- 
citate caloribusque nimiis ortam, exercitus duci nequevil. 
Lib. V. 

Je me borne à celle citation. 

Mais, quelle corrélirtion peut donc exister entre un état de 
sécheresse de la terre et des maladies épidémiques? Le voici : 

L'incessante évaporalion qui se fait à la surface du sol, alors 
que les pluies ne viennent plus l'entretenir, met en contact avec 
l'almosphère des terres qui, depuis plus ou moins de temps, 
étaient couvertes d'eau. Or, il est d'observation que ces sortes 
de terrains renferment des miasmes qui n'y sont retenus quo 
par la couche d'eau qui les recouvre. Cette couche d'eau dis- 
parue, les miasmes se dégagent : de là les maladies qui en sont 
ia conséquence , et dont la nature nous est parfaitement con- 
nue (2). Et c'est ainsi, selon nous, que des maladies épidémi- 
ques peuvent coïncider avec des invasions de sauterelles. Ce 
sont deux phénomènes dépendant d'une même cause, bien que 
n'ayant entr'eux aucune sorte déconnexion (3). Et voilà, sans 

(1) Je dis sinon toujours , du moins souvent, car on pourrait 
citer de nombreuses exceptions ; je me borne à la suivante. 

Les hivers de 1844 à 1845 et de 1845 à 1S46 , dans le nord de 
l'Afrique , se firent remarquer par le manque d'eau et la grande 
sécheresse qui en fut la suite ; il n'en résulta pourtant aucune 
maladie insolite, et le chiffre des malades ordinaires ne fut pas 
plus élevé que celui des années précédentes ni de celles qui 
suivirent. Il paraîtrait même que , dans certaines circonstances, 
une sécheresse excessive, alors peut-être qu'elle s'établit promp- 
tement, pourrait avoir, pour résultat, un effet contraire , c'est- 
à-dire un élat sanitaire plus satisfaisant que de coutume. Ainsi, 
l'état sanitaire de Rome, en 1822, fut fort remarquable sous ce 
rapport. Or, l'hiver de 1821 à 1822, dans toute la campagne de 
Rome , avait été d'une sécheresse excessive , à ce point que le 
kc de Némi , ayant éprouvé une baisse de six pieds, permit d'y 
voir, pour la première fois^ depuis dix-huit siècles , une barque 
construite du tems de Tibère, et qui se trouvait au fond. Consul- 
tez, sur l'état sanitaire de Rome , en 1822 , le passage que nous 
rapportons ci-après , emprunté à l'ouvrage du docteur fiailly. 

(2) Ce sont toujours des fièvres paludéennes ou marécageu- 
ses. 

j3) Hoc propter hoc / tel fut presque toujours la logique des 
historiens à l'endroit des maladies épidémiques. Ce qui , dans le 
cas dont nous parlons, a dû aidera l'erreur, faire entrevoir un 
enchaînement entre des apparitions de sauterelles et des mala- 
dies épidémiques, c'est que les apparitions de sauterelles ont 
toujours lieu au printemps, et les maladies épidémiques, en été. 
Je remarque qu'il n'est question ici que de la grande espèce do 



— 95 - 

lîoiUe, tout ce qu'il y a de vrai dans les rappoiL^ ou connex'ons 
observées enlre des invasions de saulerelles eldes niidadies épi- 
dôiniques. Aussi les auteurs qui nous ont conservé la mémoiro 
dés coïncidences dont nons parlons, autres que celle de l'an ''i5 
avant noire ère , ne parlent-ils pas de sauterelles pulrétiées, 
comme causes d'épidémies, mais seulement d'apparitions ou 
invasions de sauterelles. Je n'insiste pourtant pas sur cet argu- 
ment, car toute invasion locustaire s'accompagne nécessaire- 
ment d'insectes putréfiés, puisqu il faut bien que les insectes 
qui ont paru meurent. Seulement, alors, ils meurent plus ou 
moins isolément, au lieu de périr en masse, comme lorsqu'ils se 
précipitent, par bancs, dans la mer. D'un autre cùlé, ce n'est 
pas seulement ainsi que les sauterelles périssent. accidentelle- 
ment : il en périt encore beaucoup de cette manière, et dans les 
lacs, et dans les rivières, et dans les moindres cours d'eau (I), 
comme aussi sur le sol nu, alors que ces insectes, s'étant mon- 
tres trop tôt. viennent à être surpris ou par le froid, ou par des 
pluies abondantes. Dans ce dernier cas, ils périssent par bancs 
entiers, et leurs cadavres forment alors , comme ceux qui sont 
rejelés parla mer, des amas de plusieurs pouces d'épaisseur, sur 
dtts étendues de terrain plus ou moins considérables, ainsi que 
cela fut observé sur plusieurs points de l'Algérie, en t845, par 
suite des intempéries qui avaient surpris les sauterelles appa- 
rues peu avant (2). 

Je reviens à l'opinion qui attribue aux sauterelles en putré- 
faction la faculté de produire, sinon la peste, du moins des ma- 
ladies épidémiques ; je reviens, dis-je, à cette opinion pour rap- 
peler Celle qui attribue aux insectes en général, également en 
putréficlion, la faculté de donner naissance à des fièvres in- 
termittentes, opinion qui a été combattue par le docteur Bailly, 
en relayant d'un fait que nous sommes beureux de pouvoir 
reproduire Je laisse parler l'auteur : 

« En 4822, dit le docteur Bailly, pendant que j'étais à Rome, 

sauterelle, qui, du reste, est celle dont tous les autours ont 
eu en vue, comme cause productrice de maladies épidémiques. 

Une erreur semblable à celle que nous combattons, se re- 
trouve parmi les habitans du cercle do la Calie : ils attribuent 
aux chenilles qui les aflligent souvent au printemps, et dont un 
grand nombre périt dans les eaux, où elles se putréfient, les 
affections paludéennes, parfois très-graves, dont ils ont à souf- 
frir l'été. Les chenilles en question appartiennent à une variété 
du Uparis dispar\ elles s'attaquent aux forêts de chêne-liège, 
et elles y font toujours les plus grands dégâts. 

(4) Ce sont particulièrement les larves qui, à raison de leur 
faiblesse, périssent ainsi dans les ruisseaux : l'insecte parfait, 
surtout s'ilesl réuni en bandes, peut franchir, impunément, des 
cours d'eau assez considérables. 

f2) Il y avait alors, sur la route de Philippeville à Constan- 
line, de vastes espaces de terrain couverts de sauterelles dont 
l'odeur infecte incommodait beaucoup les voyageurs. 



— 9è — 

» !e pays fut affligé d'une plaio semblable à l'une de celles qui, 
» autrefois, inquiétèrent si cruellement l'Egypte: pendant 
» tout Télé , il y eut une apparition extraordinaire de grosses 
» sauterelles qui, non-seulement, s'introduisaient dans les rues, 
» mais encore dans les maisons et jusques dans les appartemens. 
» A table , il n'était pas rare d'en voir tomber dans la soupe , 
» comme dans les boissons ; dans les champs , lorsqu'on mar- 
>> chait, on en faisait lever par milliers. On en écrasait à chaque 
» pas qu'on faisait dans les rues. Enfin, quand la mortalité 
» oomœença à s'en emparer, les rues, les places publiques, les 
» églises et les maisons, tous les lieux, en un mot. furent bien- 
» tôt couverts de leurs cadavres. Qu'on juge, d'après cela, de 
» la quantité qui en périt dans les différentes eaux des environs 
ï> de Rome (1). Eh bien, cependant, l'année 4822 offrit un bien 
rnoinsgrand nombre de fièvres intermittentes que l'an née 4 821, 
» pendant laquelle une telle cause de maladie ne fut point obser- 
» vée. On se convaincra de la réalité de ce fait, en consultant les 
» tableaux placés à la tin de cet ouvrage, etdans lesquels le mou- 
<' vement des hôpitaux est indiqué, jour par jour, pendant ces 
« deux années. Ainsi, pendant la dernière quinzaine d'août 
» 1821, et durant tout le mois de septembre, il y eut journelle- 
» meut, à l'hôpital du Sl-Esprit, plus de 800 malades. Le 5 sep- 
» lembre, ce nombre s'éleva à 874. Le nombre ordinaire des 
» enlrans, fut, chaque jour, de 60 à 80; il s'éleva à 117 le 
» 31 août. 

» En 1822, le chiffre le plus élevé des fiévreux, se présenta 
» le 5 novembre, jour où il était seulement de 427, ce qui n'est 
» môme pas la moitié de celui de 1821. 

» Le nombre ordinaire des entrans, à l'époque où il y avait 
» le plus de malades, fut de 40 à 50 par jour ; il s'éleva, une 
» seule fois, à 64, et ce fut lé 12 septembre Une telle compa- 
» raison, qui n'a rien que de positif, dépose, plus que tous les 
» renseignements possibles, en faveur de l'opinion que j*émets 
» ici. sur le peu d'influence exercée, par les exhalaisons des 
» substances animales putréfiées, sur la production des fièvres 
» intermittentes. » Traité anatomico-palhologique des fièvres 
intermittentes et pernicieuses, etc., p. 125 à 128. Paris, 1825. 

Nous ne saurions mieux terminer cette reproduction de l'ar- 
ticle du docteur Bailly qu'en donnant le résumé, pour les an- 
nées 1821 et 1822, des tableaux qui s'y trouvent mentionnés. 



( 1) L'espècede sauterelle dont il est ici question est évidemment 
le Calliplame italique : son apparition en été suffirait pour s'é- 
tablir, alors que d'autres circonstances ne l'établiraient pas 
encore. 



— »7 — 



TABLE£IJes matflklas Bêfaïs aux hôpitaux eu Str-Bsprit et de 
St-JeaD de Latrao, peodant les mois d'août, de septembre, 
d'octobre, de ùoveniDre et de décembre des années 4 824 et 
1822. 

[L'hôpital de Sf-Jean de JLatrç^n ne reçoU que des femmes.) 



ANNÉES. 


MALAJ^S ADMIS, 
hommes et femmes 
, compris 


SORTIS. 


MORTS. 


4821. 
4822. 


40,470 
6,542 


7,694 
5,096 


£40 

454 

J 



TABLEAU des malades admis à Thôpital du St-rEsprit, pendant 

les années 4824 et4829. 

(L'établissenjMU ne reçoit q^e.des hommes, ) 



ANNÉES. 



4824. 
4822. 



MALADIES ADMIS, 
hommes seulement. 

42,981 
40.480 



SORTIS. 



MORTS. 



4,02^ 
793 



IV Aimée de la GLXVir olympiade, an de JUune 641 , 
III aof avant J.-C. 

En la if année de la clxyo" olympiade, an de Rome ^644 , m 
ans avant J.-^C, une épidémie régnait à laifbis en Afrique et sar 
fHresque toute rEurope; le jésuite Kircher la signale en oes ter- 
mes, après avoir parlé de ses ravages à Rome et en Italie : 

;HaBC eadem et Africam et universam .ferè Europam per¥agata 
ingentem mortalium stragem-edidit. Tite-Live, J^teome. 

43 



— 98 — 

T" Année de la CLXIX' olympinde, 648 de Rome, 
104 anf avant J.HS. 

En la 4" année de la glxix' olympiade, 648 de Rome, 404 ans 
avant J.-G. les Lybiens éprouvèrent de grands désastres dans 
leur guerre contre Marius : il en périt des milliers dans une seule 
bataille rangée, au rapport de i>iodore. Fraymens des Liv, 35 
et 36. Les Lybiens étaient alors commandés par Bocchus et Ju~ 
gurtba, sou gendre. Leur guerre avec Rome ne ce termina que 
par la trahison qui lui livra ce dernier. 

IV* Année de la GLXXXII' olympiade, an de Rome 703, 
49 anf avant J.HS. 

En la IV* année de la cLxxxir olympiade, an de Rome 7^3, 
49 ans avant J. -G. , Curion, lieutenant de César, passe de Sicile 
en Afrique, pour y poursuivre Scipion, du parti de Pompée; ses 
forces se composaient de deux légions, avec les(|uellesil débar- 
que à Utiaue. Après avoir obtenu quelques succès sur les Nu- 
' mides et les Maures que commandait Juba, allié de Pompée, il 
veut pousser plus loin ses succès, afin, dit Appien, de se faire 
proclamer Empereur, titre fort ambitionné des généraux d'alors. 
Comme il campait dans un lieu qu'Appien ne désigne pas, mais 
qui devait être peu éloigné d Utique, toute son armée tombe ma- 
lade. Mais je laisse Appien raconter lui-même cet incident de la 
campagne de Curion, en Afrique. ^ 

» Venant adonq Curion de Sicile, dit Appien (4), cens qui es- 
» toienten Libye pensans que, lui, pour l'opinion qu'il avoit de 
» sa gloire, dust venir là contre Scipion, qui avoit son camp en 
» celui quartier, pour faire quelque grande chose, empoisonne- 
]» rent les eaues, et ne furent pasdeceux de leur opinion, car, 
» dès que Curion fut là arrivé, tous ses gens furent malades, 
» pource qu'incontinent qu'ils avoient bu del'eaue, premiere- 
» meut la vue leur troubloit, après estoient surprins de grand 
» sommeil, puis vomissoient incessamment, et fînalemant leur 
i> prenoit le spasme par tout le corps. » 

De Bellis civil. Lib IL 

Ces accidents obligèrent l'armée à changer de campement, ce 
qu'elle fit dans le plus tnste étaL » A cette cause, dit Appien, 
1» Curion vint planter son exercite, qui esloit moult débile et 
» inalade à VHce (Utique), auprès d'un marest grand et pro- 
» fond. » Bien que ce nouveau campement ne fût guère pro- 
pre à aiiiéUorer son état sanitaire, elle s'y refît pourtant, grâce 
à la bonne nouvelle qu'elle y reçut, d'une victoire remportée 
en Espagne, par César. « Estant auquel lieu, dit Appien, en- 
» tendit (Curion) que César avait eu la victoire en Espagne , 
y> dont il reprint cœun » Aussi Curion reprit-il de suite ses 
opérations. 11 obtint d'abord de grands succès sur Varus, mais 

(4) Je me sers de la première traduction qui a été faite , par 
Jean deTovrnes, à Lyon, en 4557. 



— »9 — 

il succomba bientôt après, avec tous les siens, sans qu'il en res- 
tât UD* seul pour aller à Utique, donner la nouvelle de ce dé- 
sastre. La tête de Curion fut portée au farouche Juba, qui, peu 
après, fit tuer à coup de flèches, après les avoir fait méUre en 
croix, les débris des deux légions dont se composait Tarmée- 
romaine. 

Cette défaite de Curion eut lieu sur les bords du Bagrada. que 
Juba venait de traverser. Outre que les troupes romaines étaient 
alors harassées de fatigues, par suite de la précédente bataille, 
elles devaient se ressentir encore des accidens qu'elles avaient 
éprouYds tout récemment. 

C<« accidens,. comme nous Tavons vu, furent attribués à un 
empoisonnement des eaux par les indigènes. La possibilité d'un 
pareil empoisonnement était très-accréditée dans les temps an- 
ciens, et, de nos jours même, nous avons vu cette croyance re- 
produite à l'occasion du choléra. Ainsi, en 4834, pendant 1& 
règne de ce fléau en Hongrie, on'en voyait la cause dans l'em- 
poisonnement des puits, qu'on attribuait aux juifs, renouvelant 
ainsi, sans le savoir, la même accusation dont ils avaient déjà 
été l'objet, en France et sur d'autres points de l'Europe, lors de 
la mémorable pandémie connue sous le nom de peste noire. (4.) 

La croyance à la possibilité d'un empoisonnement des eaux 
d'un pays, était partagée par l'Empereur Charles-Quint, quelea 
lieux ou nous écrivons ont vu portant, à la tète de son armée, 
une corne de licorne façonnée en gobelet, et dont il se servait 
. ou devait se servir pour se désaltérer aux sources. Devons-nous 
rappeler que, dans le siècle où il vivait, et qui touche de si près 
au nôtre, la corne de licorne passait pour avoir la propriété de 
neutraliser les venins qui pouvaient se trouver dans les liquides 
où on la plongeait. 

Sans doute il serait oiseux de nous arrêter à réfuter l'opinion 
qui attribuait, à l'empoisonnement des eaux, les accidens obser- 
vés dans Tarmée du général romain ; qu'il nous suffise de faire 
remarquer qu'on était alors dans les fortes chaleurs de l'été, 
comme nous le voyons dans Appien lorsqu'il dit que Curion, 
après sa victoire sur Varus, partit immédiatement (sans doute* 
le même jour), vers les trois heures de l'après-midi, bien qu'on 
fût alors au plus fort de Vesté^ et qu'il fit un merveilleux chaut, 
pour aller à la rencontre de Sabure, préleur de Juba, à travers 
un pays sablonneux et sans eau. Il ajoute que toutes les eaux de 
Tbiver avaient disparu par l'effet des grandes chaleurs, et que 
tout le pays d'alentour était brûlé du soleil. Or, cet état de cho- 
ses, qui se renouvelle annuellement, dans la saison de l'été, est 
la source de toutes les maladies graves qui sévissent à la même 
époque Nous ne pourrions, sans sortir de notre sujet, entrer, 
ici dans aucun détail -, nous nous bornerons à dire que des acci- 
dens identiques à ceux dont furent atte nies les troupes de Cu- 
rion, se sont assez souvent présentés parmi les troupes françai- 
ses , et dans des circonstances semblables> depuis qu'elles^ 

(4) Voir tous les historiens du tems. 



— !•• — 

expéditionneot dans l'iotéiieur (4). J'en citerai, en passant, un 
exempfe, qoi s'offrit cfans la province cfOraD, en 4 837. 

Un éorps ée trdupe quitte les bords de la Tafna, pour se por- 
ter stir Cran. C'était dans les premiers jours de œai^ la journée 
étaii des plus chaudes, et les hommes, tourmentés par la soil, 
ne pouvaient se désallérerqu'avec ^es eaux sau maires. Le soir, 
Vambulauoe Comptait jusqu à 37 malades, qui tous éprouvèrent, 
avec un grand trouble dans la vision, des vomissemeos abon-^ 
dans, des selles aqueuses et fréquentes, des crampes dan^ diffé- 
rentes parties du corps, un refroidissement général et la plus 
grande prostration. L'ensemble de ces symptômes simulai! telle- 
ment le choléra V que le chef de Tambulance, qui avait vu cette 
maladie en France et en Espagne, n'hésita pas à se rendre auprès 
du chef de la colonne, pour lui faire part de se» craintes Plus 
tard, le même officier de santé rendait compte, dans les termes 
$uivan^, de cet incident de la campagne : 

<t Le 5 mai, l'aprmée quitta la Tafna, où elle avait bivouaqué 
» ufté quinzaine de jours. Nous nous rendions à Cran. Verdies 
y 40 heures du matin, nous fîmes notre grand'halle. Ce fut sur 
yt les bords d*un ruisseau dont les eau:& étaient stagnantes et 
a saumfttfes , et qui , de plus , avaient été rendues troubles par 
» \e passage de la cavalerie. La chaleur était excessive , et lesol- 
» dat, altéré , n'avait pour boire que de ces eaux. Depuis ensi^ 
» ron deux heures, l'armée avait repris sa marche lorsque des 
» symptômes cholériques^ très- caractérisés, vinrent à s*y pré- 
» senter, Les malades étaient conduits de suite à râmbulance , 
» et, le soir, à notre bivouac sur l'oued EU AUouff, nou? en 
» comptions trente-sept chez lesquels existait tout l'effrayant 
» cortège des symptômes cholériques , à Texeeption de la cya- 

(1) Un grand nombre de cours d'eau de TAfrique du nord , 
sont plus ou i&oins saumâtres , ce qui tient à la nature des ter- 
rains d'où ils protiennent,' ou qu'ils traversent. Cette mauvaise 
qualité dès eaux, se prononce encore davantage l'été , par suite 
dei la grande évapora tîon qui s^en fait alors, et que les pluies ne 
viennent plus eompenser comme dans l'hiver. 

Un ruisseau de cette nature existe sur le trajet de Ténès à Or- 
léanville , et les troupies sont dans l'habitude de s'y arrêter , on 
pour faire halte, ou pour bivouaquer. Ses eaux occasionnèrent 
souvent des coliques^ avec des déjections alvines plus ou moini^ 
alloudanles, aux militaires qui en firent usage dans les premiers 
tenisde noire occupation de Ténès et d'Orléanville. Aujourd'hui 
((u'on en connaît les mauvais effets, on s'abstient d'en faire usage; 
on s'abstient même de s'en servir pour les usages culinaires, car 
on a* reconnu aussi qu'elles étaient impropres à la cuisson des lé- 
gumes, comme aussi au savonnage. L'analyse qui en a été faite, 
pendant la saison des chaleurs , a donné , pour un kilogramme 
d'eau, cinq granàDoes et demi de matières salines , qui se com- 
posaient de chlorure 4e sodium^ d'un peu de chlorure de magné^ 
mm, de sulfate de magnésie, en assez forte proportion, de beau- 
coup de sulfate de chaux, avec des traces de sulfate de magnésie^ 



» Hos^^f). Ge foi alorS' que je eo» décidai à en instruire le Gô- 
» Déral en chef (^). }» 

Ntfus iierâ(itDeron»ce qui bous resta à dire de» accideos ob- 
serYéft dans l'armée de CurioD, en faisaot remarquer que César, 
dans ses Cominentaiâres^ n'en fait nulle naeniion : il est vrai qu« 
des événdmens d une tout autre importance, devaient préoccu^ 
per Tesprit du ^aodhdmme qui empara des destinées deRooie. 

r* Année de laCLXXXItl* olympiade, 704 de Borne, 
49 ans avant J.-G* 

La 4'* année d&la glxxhiii* olympiade, 704 de Rome^ tô ans 
avant !.-€. , est célèbre dans les fastos historiques par la bataille 
dis Pharsale (3), gagnée par César. Dès qn'il en apprend la nen- 
véHe, Caton, alors à Dyrrachium y avec quinze cohortes , se ré«- 
soatà suivre la fortune de Pompée. Mais on ne savait où il èUni ; 
oasonpçDFDnaH seulement qu'il s'était rendu*en Egypte ou en Afri- 
que. CaUMi passe d'abord à Corcyre , avec les débris de son 
parti. Là se trouvait la flotte romaine, composée de 30^ galères, 
dont Pompée lui aivait donné le commandement Après avoir 
leevoyé tous ceun qui ne se souciaient pas d'aller plos loin, 
et Cicéron à la tète , il fait voile pour l'Afrique. Comnoe W en 
«angeait la côte , il rencontre Sextos , le plus jeune des fils de 
Fompéev qui lui apprend la triste fin de son père, mort assassiné 
en Egypte. Il débarque à Cyrèoe, où il est bien reçu par les ha- 
bitans , quoique , quelques jours avant , ils eussent fenrné leurs 
portes à Labiénns^ qui était de son parti. Selon d'autres Caton 
anratt été obligé dé faire le siégé de la ville. Seipion , qui l'avait 
précédé en Afrique, était alors dans l'Afrique propre , Afriea 
propria , auprès du roi Jnba , do parti de Porppée. Il s'agissait 
de S3 rendre dans celte dernière contrée, mais les froids com* 
mençaientà se faire sentir , et la navigation, sur la côté des Syr- 
les y qn'il fallait parcourir ^ est très-dangereuse en hiver. Partie 
de la flotte de Caton en fit même la triste expérience : ayant 
Touiu l'entreprendre, quelques bâtimens seulement échappé* 
rent ^ lès uns en rentrant au port d'où ils étaient partis , Ids 
autres, après avoir été rejetés, par hasard, sur les points où ils 
se rendaient. Mais si la voie de mer était ainsi interdite à Caton, 
celle de terre lui restait, et, bien que semée de périls d'une autre 
nature, et non moins redoutables, il n'bésite pas à s'y engager. 
Son armée se composait de 40,000 hommes, d'un grand nombre 
de mulets pour porter de l'eau , et de beaucoup de chariots, 
pour le transport des vivres. Pour qu'elle ne manquât pas d'eau, 
dans le pays qu'elle allait traverser, et ûii les sources sont si 

(I] Teinte bleuâtre de la peau , symptôme qui n'indique pas 
toujours, Comme on le croit généralement, une plus grande in-^ 
tensité du mal. 

i) Le maréchal-de-Camp Bugeaud « qui préludait alors à U 

\é carrière qu'il a accom/llie depuis. 

(3) Pharsala , en Thessalie. « 



— loa — 

rares , il la mit en marche sur trois coloones (Strabon). Sept 
jours , selon Plutarque, auraient suffi à Caton pour accomplir 
son expédition , mais il en aurait mis trente , d'après Strabon , 
ce qui est plus vraisemblable. Caton , pendant toute sa durée, 
marcha toujours à pied , sans qu'il lui soit arrivé , une seule 
fois , de monter ou sur un cheval , ou sur un mulet. En outre, 
il ne mangeait qu'assis (4) , et ne s^ couchait que la nuit, ainsi 
qu'il en avait pris l'habitude par esprit de deuil , depuis le désas- 
tre de Pharsale. 

Ce que l'histoire nous a laissé sur la marche de Caton dans le 
désert, se réduit à peu de paroles (2) , si ce n'est ce qu'en dit 
Lucain , dans sa relation poétique , et qu'à ce titre, nous pour- 
rions négliger, Nous n'en avons pas moins à nous en occuper, à 
raison des faits médicaux , réels ou fictifs , qui s'y rattacheqt. 
Nous en ferons d'abord un rapide résumé , prévenant de suite 
que nous en écarterons le grand détour que Lucain fait entre- 
prendre à Caton , en le conduisant à l'oasis d'Ammon : il n'y 
avait que faire au point de vue de ses opérations , et nous en 
dirons autant au point de vue religieux , puisque le poète lui- 
même nous apprend que le héros républicain, en cela plus su- 
perbe qu'Alexandre, dédaigna de s'approcher du Diea qu'où y 
révérait. 

L'armée quitte Cyrène. Peu après, an milieu des sables, elle 
est assaillie par une tempête telle, qu'elle eût ébranlé la terre^i 
la Libye était formée de rochers qui en eussent été frappés dans 
leurs flancs. Le soldat ne peut plus se tenir debout : le sol qu'il 
foule, s'échappe sous ses paschancelans.... Bientôt, force esta 
toute l'armée de s'abandonner sur le sable, dont la su face est 
entièrement bouleversée. Le soldat craint d'être enlevé par la 
force delà tempête, il rassemble tous les plis de ses vêtements ; 
il s'enfonce, tantqu'il peut, dans le sable, ils'y ancre, en quelque 
sorte, avec ses deux mains.... mais, alors que par son poids et 
ses efiforts, il se croit en sûreté Contre l'impétuosité du vent, un 
autre danger se présente : il est assailli par des flots de sable, 
(Kii tendent à l'ensevelir tout vivant ; ses forces s'épuisent en 
cherchant à s'en dégager, car c'est un travail incessant. Forcé 
de se relever, il n'en est pas plus avancé : de nouveaux flots 
ou tourbillons de sable ne cessent de l'accabler (3) , sa lutte doit 
recommencer.... 

(^) Lés Romains , comme on sait , mangeaient couchés. 

(2) Vide Strabon et Plutarque. Âppien parle de la réunion des 
chefs pompéiens en Libye , sans dire un mot de la marche de 
Caton dans le désert. 

(3) Lucain, sans doute, songeait alors à l'armée de' Cambyse 
qui, dans des lieux semblables, et à peu de dislance ^e ceux où 
était celle de Caton , fut plus malheureuse encore : on sait 

3ue les 50,000 hommes dont elle se composait, furent ensevelis 
ans les sables ( Plutarque] . De i^s jours, on voit, de tems à 
autre , des caravanes entières périr ainsi dans les déserts ^e 
l'Afrique. 



— 1«3 — 

A la fin, pourtant I la tempête s'apaise , le sable qui, pour 
ainsi dire, avait envahi le ciel, se dissipe, mais la fâcheuse po- 
sition de l'armée n'a fait que changer d aspect : alors se déroule 
à ses yeux une solitude sans limites et sans traces d'homme ; 
elle n'y a pour tout guide que les astres, comme au sein des 
mers... La sérénité du ciel, qu'accompagne un soleil brûlant, 
est un nouveau supplice pour le soldat : son corps ruisselé de 
sueur, et sa bouche , desséchée par une poussière brûlante, est 
embrasée d'une soif exaspérée par le manque d'eau. On 
aperçoit, au loin, une source qui filtre à peine à travers le sable : 
un soldat y court, il y creuse et s'empresse de porter au géné- 
ral le peu d'eau qu'il a recueilli dans son casque. Ce peu d'eau, 
dans les mains deCaton, était l'objet d'une convoitise générale. 
Mais, alors, Caton, au soldat qui lui présentait le casque : 

Mené, inquit, degener, unum , 
Miles, in bac turbâ vacuum virtute putâsti ? 
• Usquè adeô mollis, primisque caloribus impar 
Sum vîsus? Quantè pœnâ tu dignior istâ., 
Qui populo si tien te bibas ! 

Puis, avec indignation, il jette le casque par terre, et l'eau 
répandue leur suffît à tous. Ainsi, avant Caton, avait fait Alexan- 
dre, dans les mêmes circonstances, alors qu'il poursuivait Da- 
rius (Plularque). 

Un autre jour, on rencontre une source, dans un moment où 
l'armée souffrait encore de la soif, mais, sur ses bords, rampait 
le froid aspic (4 ], et le dipse brûlant, bien qu'au milieu des 
eaux , ne pouvait y étancher sa soif (2). Et , ce dernier 
était en tel nombre, que la source avait peine à le contenir. 
Aussi personne n'y aurait bu si Caton n'eût rassuré ses troupes, 
en leur disant que l'eau dans laquelle se baignent les serpens 
ne saurait inspirer aucune crainte ; que leur venin peut même, 
impunément, pénétrer dans les voies digestives, par la bouche, 
et qu'il n'est dangereux que lorsqu'il se mêle avec le sang, par 
l'intermédiaire d'une blessure. A peine avait-il prononlcé ces 
paroles qu'il boit à la source, et cette source fut la seule à la-, 
quelle il but le premier pendant toute la campagne. 

Caton poursuit sa route par des plages tout infestées de ser- 
pens dont ses troupes vont avoir à souffrir. 

Aulus, jeune porte-énseigne, est atteint par la dent subtile 
d'un dipse : il est embrasé par un feu dévorant ; il prend celte 
ardeur pour celle de la soif; rien ne le retient, ni l'honneur de 

(<) C'est l'hajo ou hadje des Égyptiens , vipera haje , GeofF. 
St-Hilaire. 

(2) La vipérine et la couleuvre à collier se voient souvent 
dans les cours d'eau de l'Afrique du nord. Cesjreptiles n'ont rien 
de venimeux. 



— IM — 

906 aroies oi la toîx de Gaton, flfiUgé de soo état ; il jetie 8od 
eaficrae^ court farieuaL, ^ et là, cherchaot uoe ^h qui le dé«- 
salière , pues , eoûo, .de sou épée, s'ouvre les KeîDes, et •s'a- 
breuve de soô propre sang (4). 

•Sabellus, à son tour, est mordu p9r un seps : !l rarrache de la 
lAaie oa ses deots s'étaient eofoiicees, puis, du fer de sou ^ve^ 
lot, le perce et le fiie à la terre. Le seps, quoique le plus pe« 
ttt des reptiles, d'eu est pas le moins eruel : a peine son veoin a 
coulé dans les Y«ines, que les chairs fondent comme la neige, 
ou comme la cire, aux rayons du soleil. Les os «n restent toui 
dépouillés, et si le venin vient à les pénétrer eux-mêmes, ils 
tombent en poussière, sans conserver aucune trace de leur 
forme première (2). 

Nasidius, soldat Marse , est atteint par un prester (3) : à l'ins- 
tant même, son sang bouillonne comme Teau dans l'airain brû- 
lant ; un rouge de feu colore son visage ; son corps s'enfle, sa 
peau se tend, sa forme naturelle est comme ensevelie dans une 
masbc prodigieuse. Ses compagnons n'osent l'inhumer ; ils s'é- 
loignent de son corps hideux, dont le volume s'acoroH encore; ils 
l'abandonnent aux oiseaux de proie, ^w s'abstiendront d'y tou- 
cher, et aux bêtes féroces qu'un trépas soudain piiaii;«^it d'en 
avoir fait leur pâture. 

TuUus, ce jeune admirateur de Caton, succombe à la morsure 
d'un reptile non moins redoutable que les premiers : du lieu de 
sang, c'est un poison vermeil qui jaillH de ses vemes ; sa bou- 
che le vomit à grandsflots, ses yeux le répandent en larmes, ses 
pores l'exhalent en sueur, et tout son corps n'est qu'une plaie. 

liévus est frappé par un aspic, sans avoir eu la conscience <lu 
coup: il sent couler vers son cœur, un ^roid mortel; ses yeux 
s'appesantissent, ils se couvrent d'un épais nuage, puis advient 
Icsommeil qui conduit, sans douleur, Lévus chez les morts. 

Polus, le brave Polus, est atteint à la tempe, al la vie, pour 
lui échapper, n'attend pas l'effet du poison. Le reptile qui Ta 
frappé est un Jaculus^ le laculus le plus subtile des reptiles : 
auprès de lui seraient lentes à fendre l'air, et la pierre détachée 
de la fronde, et la flèche partie de la main du Scyte (4). 

{^) Le Dipse, DipsOfS , est ainsi nommé de la soif dévorante 
attribuée à sa morsure. 

(2) En grec, le mot seps veut dire faire pourrir. Le seps , 
comme le dipse, tire donc son nomades effets attribués à sa mor- 
sure. Ou attribuait au basilic des effets semblables. Voir fira^s- 
Irale, qui dit, parlant de ce reptile : Il fait tomber, presque su- 
llHement, les muscles par lambeaux. 

(3J D'un mot grec qui veut dire enflammer. Quelques anciens 
confondent le prester avec le dipse , sous le rapport de ses 
ttfiKdts. 

(4) Sur le Jaculus, voyez -ïllien , Diodore de Sicile ^^SoHa., 
Pline, Phiiostrate, etc. 

Dans le tems, j'ai émis Topinion que le^urekfh ides Arabes , 
«spéce de seps, pouvait être }ejaculw des aûciens.'é^tMnmwiH*c«- 
tim à V Institut, ' 



— 105 — 

Murrhus perce, de sa lance , uq basilic : il n'en est pas, pour 
cela , à Tabri de ses atteintes , car le venin , si subtile (\) , se 
glisse jusque dans la main du jeune homme, le long de la lance 
qu'il tenait. Murrhus, d'un coupd'épée, se détache la main at- 
teinte par le poison ; il y conlinuô ses ravages, il la dévore , aux 
yeux .mêmes de Murrhus, qui s'applaudit de lui avoir livré celle 
partie de lui-même (2). 

Ceux qu'épargnent les reptiles , sont atteints par les scor-^ 
pions, qui donnent une mort si précipitée. D'autres sont surpris 
par la soipuga , dont les atteintes ne sont pas moins dangereu- 
ses. Et , enfin , il n'est poioi -de tourmens dont les Romains ne 
soient assaillis dans leur marche. La nuit même, ils ne peuvent 
goûter quelque repos, obligés qu'ils sont de la passer sans abri, 
étendus sur le sable Aussi leur démoralisation était grande , et 
c'en eût été fait d'eux jusqu'au dernier, sans le grand exemple 
de leur chef. 

Ipse nanu sua pila gerens, prsecedit anheli 
Militisorapedes; monstrat tolerare labores, 
Mon jubet. 

t LUCANUS, lib IX. 

La fortune , enfin , lasse de tant de souffrances , y apporte un 
secours. Ce sont les Psylles , peuple des Marmarides , pour qui 
les serpens sont sans action. Ce peuple oppose aux reptiles et la 
vertu des herbes, et la force des enchantemens, et, à le voir 
s'attaquer ainsi au danger, on dirait qu'il a fait un pacte avec 
la mort. Il est si convaincu que le venin des serpens est impuis- 
sant sur lui , qu'à la naissance de ses enfans , il les expose à la 
morsure de l'aspic , et c'est ainsi qu'il s'assure si leur sang n'a 
point soufierl de mélange adultère : il ne reconnait pour légiti- 
mes que ceux qui, sans en être effrayés, prennent le reptile et 
en sont respectés. Ainsi l'oiseau de Jupiter, dès qu'il a fait éclore 
ses petits ^ les présente au soleil levant , et ne conserve comme 
siens que ceux qui soutiennent l'éclat de ses rayons ; les autres 
sont abandonnés. 

La puissance des Psylles sur les serpens , ne leur sert pas 
seulement à eux-mêmes , mais encore aux voyageurs qui vien- 
nent à les visiter dans leurs contrées désertes. Ce furent eux ^ 
en partie, qui sauvèrent l'armée romaine , qu'ils suivaient dans 
sa marche. Le soir ., avant de dresser les tentes , ils purifiaient 
avec soin remplacement du camp, ce qu'ils pratiquaient en 
brûlant des plantes odoriférantes en usage dans leurs enchan- 

(4) Les effets du basilic passaient pour tellement prompts , 
qu'.Élius n'indique aucun remède à sa morsure. Voir, sur ce 
reptile, Solin , Pline, etc. Les naturalistes modernes ont donné 
son nom à un genre de sauriens. 

(2) On savait donc déjà , du tems de Lucain, que , dans les 
ïnorsures de reptiles venimeux , on peut sauver le corps en en 
sacrifiant une partie. 

U 



— 1«6 — 

temens. Le soldat passa , dès lors , des nuits tranquilles. Le 
jour, s'il venait à être touché par on reptile, alors se déployait 
tout l'art des Psylles , qui recouraient aux charmes les plus 
forts , soit pour arrêter le poison dans son cours , soit ponr le 
retirer des veines où il avait pénétré ; que si la force des herbes 
ne suffisait pas , ils appliquaient la bouche sur la plaie , la 
pressaient entre les lèvres , en aspiraient le venin en faisant le 
vide , Texprimaient ensuite entre les dents , et c'est alors qu'ils 
reconnaissaient au goût le reptile qui l'avait distillé. 

Ainsi secourus par les Psylles , les Romains s'avançaient 
moins péniblement vers leur but. Déjà la lune avait renouvelé, 
puis perdu et repris sa clarté, depuis qu'ils erraient plutôt qu'ils 
ne marchaient dans ces contrées désolées. Â la fin , pourtant , 
ïIn atteignent un sol moins 'mouvant, et qui s'affermissait de 
plus en plus par l'humidité qui s'y infiltrait. Déjà même se dé- 
couvrent, à Ihorizon, des arbres clair semés, quelques cabanes 
çà et là. Un autre indice non moins certain d'une délivrance 
prochaine , est l'apparition du lion , qui fuit le désert , où il 
périrait de faim. L'armée, en effet, était sauvée : elle approchait 
de Leptis (4), lieu si désiré ; elle y fut bientôt et y passa un hiver 
tranquille , exem[)t tout à la fois, et des chaleurs du midi , et 
des frimats du nord. 

Les reptiles venimeux , comme nous l'avons vu , jouent un 
grand rôle dans la relation ou , pour mieux dire, le po^fme' 
de Lucain. Ces animaux , pourtant , sont peu nombreux en 
espèces dans le désert du nord de l'Afrique. Eu revanche , Iç 
céraste , dont nous %vons déjà parlé plusieurs fois , y est très 
multiplié (2). Vraisemblablement , dans la partie du désert par- 
courue par Caton , existe aussi la vipère hadje , si répandue en 
Egypte , contrée limitrophe. On est encore autorisé à le soup- 
çonner, à la vue du reptile figuré sur plusieurs médailles du 
pays , reptile qui P'trait offrir , derrière la tête . le renflement 
particulier à la vipère dont nous parlons , et qui la distingue si 
bien de tous les autres ophidiens (3). On sait que c'est cette 
même vipère qui servit à Cléopâtre pour se donner la mort. 
' ' Nous ferons remarquer que les accidens signalés par le 
poëte , comme propres à chaque reptile dont il parle , s'obser- 
vent ou peuvent s'observer dans toute morsure de reptile , à 
Quelque espèce qu'appartienne le reptile qui a mordu. Ainsi , 
ans toute morsure de reptile , il peut y avoir : 

4* Comme chez Nasidius , un gonflement tel qu'un membre 
en acquiert des dimensions qui le déforment tout-à-fait , pbé- 

(4) Le0is minor^ aujourd'hui Lemto, sur la côte orientale 
des États de Tunis, à peu de distance de Thapsus, 

(2) Marmol le désigne sous le nom d'Hydre. Op. cit.^ t, 4*% 
lib. 4. 

(3) Fide, dans l'ouvrage démon savant ami, M. Falbe de 
Copenhague , les médailles des familles Fabricia , Maguinim et 
Pupia. Cfjrenaïoa romana^ Numismatique de l'Afriqqe ancienne; 



— 107 — 

Boméoe dû au sang qui s'eilravase dans tous les tissus, et 
auquel viennent se joindre des gaz lorsque la puiréfactioa 
s'en empare (4) ; 

2* Gomme chez Tulius , des hémorragies muqueuses et cu« 
tanées, phénomène qui se rattache au précédent (2) ; 

?• Comme chez Sabellus , une sorte de fonte de lous les tis- 
sus, par suite du sphacèle qui peut s'emparer de touie 
rétendue d'un membre , ou d'une grande surface de la péri- 
phérie du corps, en laissant à nu, et comme disséqués^ les mus- 
cles et les os (3); 

4* Comme chez Levus , à Tiostant même de la blessure , 
sensation d'un corps froid qui s'avance vers le cœur , et alors 
qu'aucun phénomène local n'apparaît encore à la partie mordue; 

5* Comme chez Levus encore , un état comateux qui se con- 
tinue jusqu'à la mort , terminaison ordinaire des accidens pro- 
duits par le venin des reptiles , que la mort soit primitive ou 
consécutive , c'est-à-dire précédée ou non d'accidens locaux ; 

6* Enfin , comme chez Polus , une mort foudroyante , sann 
qu'aucun phénomène local se soit encore manifesté dans la 
partie mordue (i). 

Le scorpion est très-multiplié dans le désert de l'Afrique du 
nord, mais seulement daus les lieux habités; il ne se rencontre 
pas dans les sables. De plus sa piqûre est à la fois fréquente et 
dangereuse (5). Aussi les habitans la redoutent autant que la 
morsure du céraste, morsure qui, d'un autre côté, estassezrare, 
malgré le grand nombre du, reptile. 

Quant à la soipuga, nous ne possédons aucun fait relatif ni à 
sa piqûre ni même à son existence dans le désert. S'il fallait en 
croire Pline, toute une peuplade africaine aurait été chassée de 
ses foyers à la fois par les soipuges et par les scorpions, 

(4) Les cadavres qui ont séjourné quelques jours dans l'eau , 
peuvent donner une idée de cet état. 

(3) Ambroise Paré donne le nom de Coule-Sang à un serpent 
qui , d'après Avicenne , produit un écoulement de sang , et par 
les narines , et par la bouche , et par les yeux , et par l'anus , 
et par la vulve , et par tous les points enfin. Ce phénomène est 
accompagné d'une gangrène subito , avec des vomissemens. 

(3) De là le nom de Pourris seur doûné, par Ambroise Paré , 
au serpent dont fut mordu un roi d'Arcadie, qui succomba à 
une gangrène générale. 

(4) Cette sorte de mort est très commune chez les animaux 
de petite taille, qu'on expose à la morsure des reptiles venimeux. 

(5) Il faut le reconnaître aujourd'hui, Ta piqûre du scorpion 
du désert , qui est très-grand , peut être mortelle pour 
l'homme. On m'en a cité des exemples à Biskara, en 4847, 
ainsi que dans les autres oasis que j'ai visitées à la même 
époque. 



seorpionibus et solpugis (1). Lib. viif , ch. 29 

Tous les auteurs parlent des Psylles dans le môme sens que 
Lucain , et Plutarque , dans sa vie de Gaton , meutioDoe ceux 
qui le suivaient dans le désert. « Caton, dit Plutarque, amenait 
» avec lui de ces hommes qu'on appelle Psylles , lesquels gué- 
)) rissent les morsures des serpens , sucent le venin avec la 
» bouche, charment et enchantent les serpens mêmes , de ma- 
i> nière à les rendre comme évanouis , el sans pouvoir aucun 
» de mal faire. » 

Disons-le , Tart des Psylles , au milieu de toutes les supers-- 
titions qui Tentouraient , ne devait pas être sans efficacité : la 
succion des plaies, qui en constituait l'opération principale, était 
une pratique fort bien entendue. Aussi César lui-même , dans 
la morsure de Cléopatre, ne dédaigna-t-il pas de recourir aux 
Psylles , ainsi que nous l'apprend un historien qui dit , parlant 
de cette princesse : « [Ma ât sucer par des Psylles , nation afri- 
<t caine. » Dion , lib. 41, cap. 44. Cette succion , du reste, 
était sans danger pour les Psylles , le venin des reptiles étant 
sans action , introduit dans les voies digestives. Cette vérité, 
que nous avons vue exprimée par le poëte, dans une allocution 
de Galon à ses troupes , se retrouve, en termes plus explicites 
encore , dans le Cicéron des médecins romains , Celse , dont 
voici les paroles : 

Venenum serpentum , non gustu, sèdin vulnere uocet. Ergo, 
iqoisquis exemplum P$ylli seculus , id vulnus exsuccerit , et 
ipse tutus erit , et tulum hominem prsBStabit. Dere medecinâ , 
If 6. 5 , cap. 27. 

Le poëte ne dit rien des secours apportés par les Psylles dans 
les piqûres de scorpion et de soipuga , bien que ces accidens 
dussent rentrer dans la pratique de leur art. 

L'Europe méridionale , dans ces temps reculés , avait aussi 

(1) La^olpti^aest encore désignée, dans les auteurs anciens, 
sous les noms desoUpuga^ solifuga et soUpunga. Ce n'est point, 
comme le pensent les entomologistes modernes, une arachnide, 
mais une sorte de fourmi, le mutile , ainsi qu'il résulte de ces 
caractères , donnés par Pline : Semblable a la fourmi^ main 
bea%icoup plus grosse , tête rousse^ corps noir semé de taches 
blanches, fait des piqûres plus douloureuses que celles de la 
guêpe. J'ajoute que le mutile produit, par sa piqûre, des accidens 
graves, et j'en possède des exemples pour l'Afrique et pour une 
jle voisine. 

Je remarque que Lucain ne dit rien d'une arachnide du genre 
auquel appartiendrait, selon les naturalistes modernes, l'insecte 
dont nous venons de parler. C'est une galéode de grande taille , 
qui habite les oasis, et dont la morsure est très redoutée des 
Arabes. Cette galéode est Vaerab-chUy des habilans du pays. 
Ils donnent le nom d'acrab au scorpion , et celui de chily 
au sirocco , de sorte qiïacrab-chily veut dire scorpioh du si* 
rocço. L'insecte est ainsi nommé de ce qu'il apparaît pendant le 
règne de ce vent. 



— 109 — 

ses Psylles, sous d'autres appellations (4). Ainsi , daos T Belles- 
pont , du cAté de Parion , c'étaient les Ophiogènes , dont le 
nom indique Torigine (Cratés de Pergame) , et , en Italie , les 
Marses, qui devaient la leur à une fille de Gircée (Pline). L'Afri- 
que du nord nous a conservé des représentans de ces diffé- 
rentes peuplades dans les AYsoua , secte dont les membres, 
dans leur réunion , se font mordre par des couleuvres , et ava- 
lent des scorpions , après les avoir écrasés sous les dents. Les 
Aïsoua se livrent encore à d'autres pratiques dont l'exposé ne 
saurait trouver place ici. 

lir Année de le GLXXXlir olyminade, en de Rome 706| 
46 ens evant J.-G. 

César, à son retour d'Egypte, passa en Afrique à la pour- 
suite de Scipion et de Catoo, qui s'y étaient retirés, comme 
nous Tavons vu précédemment. Ce fut dans les derniers jours 
de l'an de Rome 705 (<]. Son armée ne se composait que de 3,000 
hommes de pied et ae 450 chevaux; le reste était en Sicile, 
d'où il devait venir avec des convois de vivres. Ce renfort n'é- 
tait pas encore arrivé lorsque César se trouva engagé avec 
Labiénus, auquel vinrent se joindre Pétréius et Scipion lui- 
mên)e ; ils le cernèrent de toutes parts (3). Ses communications 
se trouvant ainsi interceptées, la disette fut bientôt dans son 
camp. Ceci se passait dans le courant de janvier (4), à Ruspina, 
aujourd'hui Salalel, ville du littoral. Mais je laisse parler Hir- 
tius, historien de la campagne de César en Afrique. 

« Par là, dit Hirlius, la disette se mit bientôt dans le camp 
« de César, qui n'avait point encore reçu de convois, ni de Si- 
c cile ni de Sardaigne, parce qu'à cause de la mauvaise sai- 
« son, il était dangereux de se mettre en mer, outre que, tout 
€ autour de lui, il n'avait guère que six mille l>as où il pût s'é- 
« tendre, pour aller au fourrage, ce qui le mettait fori à l'é- 
« troit-Les soldats vétérans et les cavaliers, qui avaient longtemps 
ft fait la guerre, sur terre et sur mer, et qui s'étaient déjà trou- 
« vés dans une pareille presse, nourrissaient leurs chevaux de 
« mousse ramassée au bord de la mer, lavée dans l'eau douce.» 

La guerre d* Afrique, liv. v. 

Cette position critique, qui donnait de si vives inquiétudes à 
César, changea tout-à-coup, grâce à plusieurs convois de vivres 

(4) Voir sur les Psylles , l'article que nous leur avons con- 
sacré dans le Moniteur Algérien des 45 et 22 mars 4844. 

(2) Parti de Lilybée, Sicile, le 25 décembre, il était devant la 
côte d'Afrique quatre jours après, le 29. Après avoir reconnu 
Clypea lAklibia) et Neapolis {Nabal)^ il débarqua à Adrumettum, 
aujourd'hui Herkla, selon Shawr. 

(3) Ce fut pendant que Juba était allé joindre ses forces à 
celles de Scipion contre César, que P. Sitius et Bogud s'empa- 
rèreut deCtrta, et de deux autres villes du roi numide. 

(4) César partit de Leptis pour Ruspina le 3 janvier ; il s'en 
était absenté le 4*', pour aller à Leptis. 



— lia — 

arriTés ea iDéme temps, les uos de Cercioa (4), les autres de 
Sicile. Avec les derniers se trouvaient les 4 3» et 14' légions en- 
voyées, du même point, par le proconsul Âlliénus, ainsi que 
800 chevaux Gaulois et mille archers ou frondeurs. ^ 

c Par là, dit Hirtius, il reçut en même temps un double sujet 
« de joie, se voyant renforcé de troupes et de vivres dont il 
« avait grand besoin. Son camp ne fut pas moins sensible au 
« plaisir de se voir délivré de disette, et fortifié en nombre. » 

ÏAh. eiL 

César continuait ses opérations lorsqu'il fut surpris par un 
orage, comme il était campé près d'Uzita (2), à peu de distance 
de l'armée ennemie. Cet orage était accompagné de gros gréions 
dont les troupes eurent d'autant plus à souffrir que, contraire- 
ment à l'usage établi, elles étalent dépourvues de tout* moyen 
d'abri. Je laisse encore parler Hirtius, sur cet incident de la 
campagne de César. 

« Presque dans ce même temps, dit Hirtius, il arriva, à son 
« armée, ud accident inouï et incroyable, c'est qu'après le con- 
a cher des Pléiades, ters la seconde veille de la nuit, il s'éleva, 
« tout d'un coup, un violent orage, avec une grêle de cailloux 
« (Nimbus cum saxea (3) graudin). Les troupes en souffrirent 
« d'autant plus que César, selon l'ancienne coutume, ne les 
« tenait point en quartier d'hiver, mais décampait tons les 
« trois ou quatre jours, pour s'approcher de Tennemi, de 
« sorte qu'en travaillant sans cesse aux retranchemens, elles 
« n'avaient ni casernes ni tentes pour se mettre à couvert. 
« D'ailleurs, quand on les avait embarquées, en Sicile, ilatait 
« été défendu qu'il entrât, dans les vaisseaux, rien autre 
« chose que la seule personne du soldat avec ses armes, 
« sans aucun équipage, valet, ni rien de tout œ qui lui servait 

« d'ordinaire. . ' . . 

« Ils souffrh^nl donc beaucoup, car très peu pouvaient se mettre 
« à l'abri sous des peaux ; le reste se faisait de petites tentée 
« avec leurs habits, mettant pardessus des clayes de roseaux, 
« ou des broussailles qui, bientôt imbibées d'une pluie et d'une 
« grêle continuelles, les accablaient de leur pesanteur* Les té- 

(4) Aujourd'hui l'île Kerkeni, voisine de la petite Syrien 

(2) Oppidum Usalitanum, aujourd'hui Jelloulah, ville située 
dans une plaine, au S. 0. d'Adrumète, roule de Tunis aux an- 
ciennes Eaux royales, Aquœ Regiœ. 

(3) Nous avons suivi les commentateurs qui interprètent 
ainsi les paroles d'Hirtius: De la grêle grosse comme des cailloux. 
C'est bien d'un orage, en effet, non d'un ouragan, qu'il est ques- 
tion dans son récit. Les pluies de pierres, du reste, sont bien 
connues ; les pierres oui les constituent, sont des matières vol- 
caniques lancées, par les volcans, dans l'atmosphère, d'où elles 
elles peuvent être portées, par les vents, à des dislances plus 
ou moins considérables. Sans doute, TAfrlque du nord, à raison 
de la proximité de l'Etna et du Vésuve, a reçu quelquefois de 
ces matières volcaniques. 



— 111 — 

« oèbres et l'eau les désolaient ; la nuit était extraordioaire*- 
« ment obscure ; tous les feux furent éteints, tous les vivres 
« perdus. Les soldats, consternés, couraient par tout le camp, 
« comme des gens oui avaient perdu la raison ; ils se couvraient 
< la léte avec leur^ ooucliers, et, cette même nuit^ la pointe des 
a jalots de la cinquième Légion prit feu d'elle-même. » 

Lib, cit 

Nous pourrions rapprocher de cet orage essuyé par César, 
près d'Uzila, celui dont une colonne française, sous les ordres 
du Général Baragay-d'Hilliert», fut aaauilie préfi de Tébessa, 
frontière de Tunis^ et non loin, par conséquent, des lieux où 
éclata le premier. 

C'était le 24 juin 4842, vers les six heures du soir. Les trou- 
pes étaient bivouaquées sur les bords de TOued Akel, rivière 
qui parcourt une plaine resserrée entre deux chaînes de moo- 
tagpes (4). Si, comme les soldats de César, ceux delà colonne 
avaient eu des boucliers, sans doute ils s'en seraient également 
servi pour se garantir des gréions qui tbmbatent alors, gros 
comme des œufs de pigeon. Cet orag^, henreosement, ne dura 
que dix minutes environ. Le chirurgien, chef de l'anibulanee. 
ayattt eu besoin de sortir la main hors de sa tente, pour Tassv- 
ielir contre le vent, y reçut un coup tel, par la chute d'un gré- 
Ion, qu'il lui donna la sensation d'un fort coup de bâton. L'orage 
terminé, deux chevaux étaient morts, ce qu'on attribua aux 
gréions qu'ils pouvaient avoir reçu sur la tôte. Hàtons-noos de 
dire que l'un des deux était souffrant depuis quelques jours (2). 
De plus, au moment de l'orage, qui avait été instantané, tous 
les chevaux et mulets, simultanément, s'étaient dispersés épou- 
vantés, après avoir brisé leurs entraves. Il se pourrsit done 
que, dans ce désordre général, les deux chevaux trouvés morts 
après l'orage, eussent reçu quelque coop mortel par les autres; 
On n'en concevrait pas moins la possibilité (itelamort par eoups 
de gréions, pour les gros animaux, comme pour t'homme, et 
l'histoire, d'ailleurs, nous en a conservé des exemples, pour le 
pays même où nous écrivons f3). Ajoutons que, le lendemaîD 
de l'orage, et les jours suivans, aescavaliers el des oondueteurs 
de mulets s'aperçurent que leurs bêtes portaient des traces de 
contusion plus ou moins fortes. 

Les dernières opérations de César, en Afrique, se passèrent 
dans une contrée à laquelle se ratladhent quelques assertioQs 

(4) Celle de l'est sert de limite à la Régence de Tunis; eHe 
était alors couverte de riches moissons. 

(2) Ce cheval appartenait au corps des spahis; l'autre, an 
tram des équipages. 

(3) Voir, plus loin, les ravages faits par la grêle dans le nord 
de l'Afrique et l'Espagne méridionale, en l'année 953 de J.-C, 
342 de l'hégire. » t- 



— lift — 

physiologiques sur lesquelles nous dirons un mot en pas- 
sant (4). 

Selon Vitruve, les eaux de Zama, point où se rendit César 
après la victoire de Thapsus, jouissaient de la propriété de 
rendre la voix des chanteurs plus mélodieuse. Cette assertion 
est ainsi reproduite par PUne, après avoir mentionné des eaux 
aux propriétés non moins meryeilleuses (9) : Zama in Âfricâ 
fontem qui canorse voces fiunt. Pline, hb. xiii. 

Selon Vitruve encore, les eaux de Zama jouissaient aussi de 
la pr opr été de faire naître de beaux enfans, et c'était un usage 
établi a Zama, d'y importer, pour les marier ensemble, des es- 
claves des deux sexes, pour en avoir des enfans qui joignissent 
aux charmes d'une belle voix les agrémens de la figure. Ces as- 
sertions, Vitruve les tenait d'un prince Numide, témoin ocu- 
laire, lequel prince était client de Jules César, avec qui il avait 
foit la guerre en Afrique, et à qui appartenait tout le territoire 
de Zama. Vitruve, qui nous donne ces détails, ajoute que le 
même prince avait été son hôte, ^u'il avait logé chez lui long- 
temps, et qu'ils dînaient tous les jours ensemble. 

Une autre assertion que Vitruve tenait encore du même 
prince Numide, c'est que sur le territoire d'Ismuc, ville située à 
vingt milles de Zama, il ne naissait aucun serpent, et qpe les 
serpens qu'on y transportait, y mouraient aussitôt. Ab eâ(Zama) 
miliia passuum viginti est oppidum Ismuc ; in ejus agris nulla 
serpens nascitur, aut allata, statim moritur,etc. Lib. viii, eap. 4. 

L'heureuse influence attribuée aux eaux de Zama, tendrait à 
faire croire que cette ville était située dans de favorables condi- 
tions de salubrité (3), car le propre d'un climat salubre est de 
se prêter au développement et à la perfectibilité du physique de 
l'homme. Quant à l'influence inverse, au point de vue de l'exis- 
tence ophidienncy qu'on me passe cette expression, sans doute 
il ne faut y voir qu'un de ces contes merveilleux dont sont si 
avides les peuples encore voisins de l'enfance, et que nous re- 
trouvons, si nombreux encore, chez celui qui a succédé aux 
contemporains du prince Numide, C. Julius, ainsi nommé de 
son patron le dictateur, Julius César. 

(4) César quitta l'Afrique le 43 juin, après un séjour de 
quatre mois et demi, et ce fut à Utique qu'il s'embarqua. 

(2) Une source en Cilioie, Asie, qui rendait plus spirituel, 
tandis qu'une autre, dans l'île de Zea, une des Cyclades, frap- 
pait de stupidité. 

(3) Il est bien regrettable que, malgré les reconnaissances, 
assez nombreuses, qui ont eu lieu dans le sud-est de la pro- 
vince de Constantine, l'emplacement de cette célèbre cité soit 
encore à déterminer. 



FIN DE hk PREMIÈRE PARTIE. 



HISTOIRE CHRONOLOGIQUE 

DES ÉPIDÉMIES 

DU NORD DE L'AFRIQUE , 

DBPms Lits TBMPS Lsa PLUS begulAs icsqu'a nos iOOlS . 



DEUXIÈME PARTIE. 



On lit dans Oribase , de Ber^ame (i) ^ le passage suivant, de Rufus , 
d'Ephèse , passade négligé de tous ks helléoisles^ jusqu'au savant 
cardinal MaK , à qui on en doit la découverte {Ij : 

« Les bubons appelés pesiilenlieis sont les plus dangereux elles plus 
» aigus, tels qu'on les voit surtout dans la Libye, l'Etiiypie et la Syrie, 
» et dont a fait (nenlion Denys , surnommé Kyrtus (3). Dioscoride et 
» Posi«lonius s en soni surtout occupés au sujet de la peste qui régna 
> de leur temps en Libye. JIs disent qiie^ dans cette peste , il y avait 
a une fièvre aiguë, de la douleur, une tension die tout le corps, et le 
» développement de bubons volumineux , durs, et qui oe venaient pas 
» à suppuration. Us se développaient, non-seulement dans les lieux 
» ordinaires, mais encore aux jarrets et aux coudes. » 

{Classicorum auctorum è vaticanis codicibus edttorum, tooa. iv , 
curante Angelo Maio, p. 41. — Roma) , 4831.) 

A qnellft époque écrivait Denys, surnommé Kyrtus , qui mentionne 
les bubons pestilentiels, à la fois les plus aigus et les plus dangereux « 
tels qu'on les voyait surtout dans la Libye, TEgypte et la Syrie? 
Hernuppe , de Smyrne, parlo d'un Denys Kyrtus qui vivait S'iO ans 
avant J -C. : que si c'était celui cité par Rufus, comme le même surnom 
porte à le croire, les maladies qu'il mentionne remonteraient donc à 
plus de 300 ans avant J.-G ; mais rien de positif ne peut être affirmé 
à cet'égard, et nous en dirons autant de l'époque où écrivaient les mé- 
decins Dioscoride et Posidonius, sur le même sujet que Kyrtus^ à l'oc- 

(1) Médecin Ae Tenipercur Justinten. quM accompagna dans les Gaules , 
et dans son expédition en Perse, de 362 à 3(^3. 

{%) A Romei 1831 , bibliothèque du Vatican. 

(3) t Appelé ainsi, soit h causnde sa conformation , soit à cause d'une villet 
» d'Et^ypte, soit à cau.«e que, dans Targumen talion, il prenait ses adversaires 
» comme dans un lilet. » [Note de M. LiUre\) 

D*antres faellénistcs ont traduit le mot Kyrtus par le mot court. Ainsi a 
fait notre si regretté confrère , feu Fariset. 

15 



— 114 — 

e&sioD de la pette qui régoa de leur temps 6D Libye. Tbulefois, Riifu», 
gui cite ces trois auteurs, était au moins leur contemporain, s'il ne leur 
étail pas postérieur. Or^ Rufus, comme le fait observer ootre savant 
beHéoiste^ M. Liltré, vivait sous Trajan , qui régna de Tan 98 à l'an 
117 après J. -C , de sorte que l'observation des bubons pestilentiels 
mentionnés, pour la Libye . par Kyrtus , ainsi que la peste observée , 
dans le même pays, par Dioscoride et Posidonius , peuvent être repor* 
tés, sans crainte d'erreur, jusque vers le milieu du 1*' siècle de l'ère 
cbrétienne. Ces mêmes maladies, et comme il résulte clairement du 
texte de Rufus, étaient bien la véritable peste, la peste à bubons, en un 
mot, la peste orientale. 

Sans doute, sa première apparition, dans le nord d e l'Afrique, remonte 
à Qoe époque plus reculée , et , très-problablement , nous en trouve- 
rions la preuve dans Hippocrate lui*mème, si le livre cp'il parait avoir 
écrit sur la Libye, était parvenu jusqu'à nous (l). Rufus , du reste , 
ainsi que nous l'avons vu , parle des bubons pestilentiels de Libye , 
mentionnés par Denys Kyrtus, comme de ceux dont Dioscoridc et Posi- 
donius s'occupèrent ( à l'occasion de la peste qu'ils observèrent dans 
la même contrée), non comme d'aCTeclions insolites, mais comme d'affec- 
ttoiis ou maladies ordinaires et bien conçues , de sorte qu'on pourrait, 
avec toute vraisemblance , rapporter à la peste orientale bon nombre 
des épidémies du nord de l'Afrique, antérieures au cbristianisme. Ceci 
nous conduit à dire un mot de l'antiquité de la peste en général, ques- 
HoQ dont s'est beaucoup préoccupée , dans ces derniers temps, l' Aca- 
démie de médecine de Paris. 

Les tk>cumens qui témoignent de la haute antiquité de ta peste, four- 
milleoi. A ceux que nous venon<* de produire pour l'Afrique du nord , 
Oous ajouterons les sulvans, déjà cités, ou non , dans la question : 

« Les fièvres , dans les bubons , sont toutes fâcheuses , excepté les 
» ûèvres éphémères* a 

(HiPfocaATB, Aphor%$m€$ , iv, 54. 

t Les fièvres , dans les bubons , sont fâcheuses , excepté les fièvres 
a éphémères ; et les bubons qui surviennent dans les fièvres, sont 
1 plus fâcheux. » 

(Id. , II* Hv. des Epidémies j 3.) 

Horrendos magrs est, perimit qui corpora , carbo : 
Urit hio Inclusus , vitalia rumpit apertus. 
Hùnc veteres quondam variis pepulere medelis. 
Tertia namque Titi simul et centesima Livi 
Charta docet (2), ferro talem candente dolorem 



(1) L'existence de ce livre est supposée par ces paroles d'Bippocrate, dans 
son traité Des Maux, des Airs et des (deux : t Voilà , ce Die semble , ce qui 
» en est des Egyptiens et des Libjrtns. » Or, rien de ce qui précède ne se 
lapt^Mte ni aux Egyptiens ni aux Libyens. 

(2) Livre qui n'est pas parvenu jusqu'à nous , ce qui , sans doute, 
est MOU f«grettable. Le passage de Sérénus n'en établit pad iiioins l'exis- 
tenoe de la peste orientale à une époque plus ou moiâs fceuîée aTanè 



— 115 — 

Ëxsectum, aut polo raporuin semioe pulsum : 

lofecli dicens vix septeni posse diebus 

Vilam produci : taDla esl violentia morbi. Q. Serenua S^nuh- 
nicus de medic.^ cap. xxxix. 

a Les bubons pestilentiels, dit Arétée, dépendent du foie, et 
sont extrêmement funestes (4). » Lt6. ii, 3. 

Sans doute, les carnctères de la peste orientale ressortent suf- 
fisamment des diffère n s passa{i;es que nous venons de rapporter. 
Et, quand on songe à ses fréquentes invasion» à Marseille, 
et sur d'autres points du midi de la France, depuis Tére 
chrétienne (S), on ne saurait se défendre d'y rattacher la mala- 
die pestilentielle pour laquelle les anciens marseillais étaient 
dans Tusage d'immoler une victime humaine, car qu'elle serait 
donc cette antique maladie provençale, si ce n'était pas la peste, 
la vraie peste? Déjà nous avons rappelé, à Toccasion des sacri* 
fices humains, les paroles atii nous font connaître l'holocauslf 
marseillais ; rappelonti^les cie nouveau : 

Massilienses quoties pestih*otia laborabant, unus se ex pau- 
peribus offerebat, aleodus anno. miegro publicis et purioribis 
cibis Uic posle<), ornatus verbenisei yesiibus sacris, circum 
ducebatur per totam civitateiu ciimexecrationibus, ut in ipsum 
reciderent mala oivilutis : etsie éb rupe projiciebatur. Péiroue, 
Satyricon, cxLi. 

Ejl n'etaitrce pas encore la-aième fléau qu'avait également en 
vue Pétrone lorsqu'il dit, blâmant le mode d'éducation reçu 
dans les écoles: « Ce oe so&t'que pirates embusqués avec des 
« chaînes sur lerivage^ que 'tyrans traçant des ^iis qui près- 
a criveataux fils de trancher la iéie à teiirs pères, que repuo* 
« ses d'oracles pour chasser la peste (sed responsa in pestilen-* 
a tiam data) en immolant trois vierges, soil plus ? Lib. cit., 
ch, 4-' (3). 

Et quelle était donc aussi, sinon là peste orientale, cette doo 
moins ancienne maladie qui se distinguait de toules les autre:» 
par la faculté de se reproduire en se communiquant, faculté qui 
est en même temps 'a circonstance à laquelle nous devons d'en 
avoir connaissance, l'auteur qui en parle, ne s'étant occupé de 

rère chrétienne. On sait qne Tite-Live vivait de Fan 69 avant 
Tère chrétienne à l'ao 48 ou Fan 49 après. 

(4) Arétée, médecin de Cappadoce, vivait avant J.-C, selon 
les uns, et sous l'Empereur Tr«^an, selon les autres. 

(î) La peste était soit à Marseille, soit sur d'autres points de 
la proveace, en 503 (ses caractères les plus saillans étaient des 
bubons aux aines), ^SH (elle s'avança jusqu'à Lyon), 599, 4347 
(elle emporta, à Marseille, les deux tiers de la population), 4390, 
447H, 4502, 4503, 4504, 1546, 4580, 458J, 46P7, 4589, ^598, 
46pO, 4664, j684, 4720 ot 4721. 

de J.-C. ^ 



— 116 — 

la maladie que sous oe point de vue ; voici ses paroles : 

« Pourquoi la pesle, seule des maladies, gagne-trelle surtout 
c ceux qui s'approchent des malades? Est-ce que, seule des 
« malailies, elle est commune à tous, de sorte que, par cela 
« même, elle s^étend à tous ceux dont la constitution est en 
« mauvais état? La maladie qui existe chez un individu est tne 
« sorte de foyer, et, prompleroeot, les autres sont Scisis du 
« mal. » Aristote (4), Problèmes, 

Et quand bien même Thistoire serait pour nous table rase eu 
témoignages sur la haute antiquité de la peste, ne la retrouve- 
rions-nous pas dans notre expérience contemporaine de cette 
maladie? N'est-il pas de toute évidence ; il Test du moins pour 
nous que la peste est un produit spécial du Nil (et par Nil j'en- 
tends ici, tout à la fols, et le Nil lui-même, et la terre qu'il fer- 
tilise). Et cetle opinion, du reste, était celle de la plupart des 
anciens, au nombre desquels il nous suffira de citer Ciciéron (2) 
et son ami Âtticus, Posidonius, dansStrabon (3), Pline (4| Se- 
néque (5), Théophraste, dans Athénée (6), et Fauteur de La 
Guerre d'Alexandrie^ Hirtius (7). Tous ces auteurs, en effet, 
voyaient dans le limon du Nil l'origine des maladies qui régnaient 
de leur temps sur ses rives. A notre sens donc, la peste serait 
aussi vieille que ce fleuve, aussi vieille du moins que les pre- 
miers hommes qui vinrent se fixer sur ses bords (8). Aussi nous 

(4) Aristote, qui fut le précepteur d'Alexandre, vivait de 38i 
à 322 avant J.-G. 

(2) Avertunt (Ibes) pestem ab iEgypto, cum volucres an- 
gués ex vastitate Libyse vente Africo invectas interficiunt atque 
consumunt. De naturd Deorum^ lib. 36. 

(3) Atque hinc propter siccitatem pestes incidere et lacus 
cœnosus fîeri , locustarumque existere copiam. Géograph, , 
lib. XVI. 

(4) loties et Nili rigua pluviœ amara fuere, magna pestî- 
lentia iEgypti. Lib. xxxi. 

(5) Nat. lib. iv. 

(6) Les eaux du Nil contractent parfois, dans les grandes 
chaleurs, une qualité délétère qui cause la mort de beaucoup 
d'Egyptiens. Lib. ii, cap. 4. 

(7) Quoique cette eau (celle du Nil) soit fort trouble, pleine 
de limon, et qu'elle engeudre plusieurs sortes de maladieSi etc. 
La guerre d'Alexandrie, lib. iv. 

(8J Peut-éire objeclera-t-on contre l'indigénéité de la peste 
en Egypte, ses interrègnes plus ou moins longs, mais n'en est-il 
pas de même de plusieurs autres endémies, entr'autres de la 
fièvre jaune aux Antilles. Et puis, d'ailleurs, ne faut-il pas rat- 
tacher à Tendémie Égyptienne les bubons connus sous le nom 
de Kiardji, qui s'observent annoellement dans le pays ? 



— 117 — 

Q^hésitoos pas à loi rattacher les maladies qui, lors du voyag» 
d'Hérodote en Egypte, ravageaient rinlérieiir des terres. « Les 
c frontières du désert, dit Hérodote, étaient infestées de bri- 
« gands, et I intérieur des terres, ravagé par les maladies. » 
Lib II. 

Et n'était-ce pas aussi de la peste dont voulait encore parler 
Hérodote lorsqu après avoir dit qu'en Egypte, il y avait des 
médecins pour les maladies de chaque partie ciu cortis (I), il 
ajoute qu'il y en avait également pour les maladies inconnues. 
Et, en effet, chez les anciens, la peste était au nombre des ma- 
ladies inconnues, qu'on appelait aussi sacrées, etc. Nous en di- 
rons autant, et avec plus d assurance encore, d'une certaine 
endémie qui apparaissait dans une saison à l'approche de la- 
quelle, pour éviter les coups qu'elle frappait alors, et sur les 
hommes et sur les animaux, le peuple redoublait en précau- 
tions hygiéniques, mais surtout le roi et les prêtres, qui ne se 
nourrissaient plus que de colombes, nourriture qu'on considé- 
rait comme un préservatif de Tendemie. Aiais ciUms les propres 
paroles de l'auteur à qui nous devons ce précieux document : 

Cum aeris constitutio pestilens est, omniaque tam animata 
quam inanimata eâ afficiuntur, quotque (columbà) vescuntur 
ab hac lue iminunes servantiir ; ideo que eo tempore ^gyptio- 
rum régi in cibo sumendo nihil aliud apponitur... Idem que lis 
qui diis ministrant. HorapoUon, Hierogl. lib. u. 

Les mêmes idées nous conduisent à retrouver la peste dans le 
fléau mentionné dans les Livres saints^ et dans l'histoire des 
premiers temps de l'Egypte et des contrées voisines. Ainsi nous 
voyons la peste, la véritable peste , 

Et dans VExode^ cap. v , vers. 3 ; cap. ix, vers. 3 et 45; cap. 
xu, vers. 9; * 

Et dans le LéviHqiie^ cap. xxvi, vers. 26 ; 

Et dans le Deuléronome, cap xxvui, vers. 25 ; 

Et dans le 4" livre des Hêis, cap. v, vers 9 et <2 ; 

Et dans le 2* livre des /?ow, cap. xxiv, vers. 43 ; 

Et dans Jêrémie^ rap. xxi, ters. 6 ; cap. xxix, vers. 47 et 13; 

Et dans Ezéchiel, cap. v, vers. 42 et 17 ; cap. vn, vers. 15 ; 
cap. XII, vers 16; cap. xiv, vers. 19 ; 

Comme d.ins Philon lejuif, liv, \*% feuillets 98, 102 et lOi, et 
livre avant pour titre Que tout homme de bien est libre , 
/etit7/et366(2); 

Comme dans Joseph l'historien (3), liv. 4*% cap 7 (pt-ste en 

(1) Tout y est plein de médecins, dit Hérodote. Les uns sont 
pour les yeux; les autres, pour la tête ,ceiix-ri, pour les dents ; 
ceux-là, pour les maux du ventre et des parties voisines, etc. 
Liv. ctt. 

(2) Les OEuvres de Philon lejuif, etc., mises de grec en fran- 
^is par Bellier. Paris. 1598. L'auteur, né à Alexandrie en 
Egypte, 30 ans avant J.-C, mourut à Rome 30 ans :iprès. 

(3) Flavius Joseph. Histoire des Juifs. Né à Jérusalem en 37 
de J.-C, Joseph mourut à Rome vers 95, après avoir été in- 
vesti de très-hautes fonctions par les Romains. 



— lit — 

Egyple, sous Pharaon, aa SâOÎ de ta C.) : liv. x, ean. 3 (pesle 
à Jérusalem, 5ous St^nnachérid, an 42&1 f^e la C); liv.xy, 
cap. 2 (peste en Judée, sous Hérode, an 4938 delà C). 

Comme dans Joseph encore, dans sa réponse à Appion,an sujet 
de la soriie des Hobreiix de la terre d'Egypte. Ce document le 
voici ; c'esl Âppion qui parle (1) : 

c Après avoir marche dtirant six jours, dit Appion, il leur 
c vint des ulcères dans les aines ; mais, le septième, ayant re* 
« couvre leur santé, et étant arrivés dans ta iudee, ils le nom- 
« mèrent sabbat, à caufie qtie les Egyfitieos donnent à celte 
« maladiele nom de SabUatosim. » Réponse à Ap|)ion, chap. 2. 
intitulé : Réponse à ce quil dit que MoUe était égyptien, et a 
la manière dont il parle de la sortie des juifs hors de l'Egypte. 

Joseph combat, par divers argumens, celte élymologie du mot 
sabbat, mais, en la combattant, il nous apprend qu'en effet, il 
existait en Egypte une maladiedu^noin de sahbo, et que ce 
nom, expression de la nature du mal, voulait dire douleur dans 
Us afnei. Mais citons fes propré*s paroles de Joseph. 

« Quffnd à niiiperlinenle raison qu'il rapporte, dit Joseph, 
« parlant d App/ion. louchant le nf>t>t de sabbat, elle ne peut 
« pfocétli»r que d'ignorifice «u de folie, car il y a une grand9 
« différence e»iCfe ces mots sabbo et gabbalon : Sabbalon, en 
« hébrrti, signifie f^pd*,' et Sabbo «;elon que cet auteur le dit 
« lui-ménrte, aîgnffie, en égyptien, doufcur dan* les oinw(2).» 

€ap ait' ' ' 

Il fautdôrtcife reconnaître; la peste, le lœmbs des Grecs, est 
trae production de^ l*Egyple ; elle y a existé de tout' tetrit)S, et 
c'ep.l c^ qiie npjjsj^rouxons^eacore dapis celle ficUoji, si mgé- 
nieuSQ de Typhon el o Rorui., se ço nbailanl caps cesse toute 
l'année Typhon triorui-haiî sûr flqrys^ ce fils d Uis, jusqu'au 
retour des venis élésiens [venls du nordji^ui refoulaient, dans 
leur seiou.% les vents dîj suU, lesquels engt-ndraienl les mala- 
dies. Alors vaincu, Typhon élaîl precipiiédans le licS,yrbon, 
silué préside Pélu^îe (3), et dont on ^^pelail les exhalaisous 
méphitiques' Ihateine du monstre. 

Le Nil étant pour nous le berceau, la patrie, la seule patrie de 
la peste, il res.Jte de cette o{)inion qu'elle n*a pu se développer 
ailleurs qi.e par voie d'imporlatioo, de contagion, de trans- 

(1) Plusieurs auteurs an nens p^^rlent de cet Appion ou 
Apion daos lesoierlleurs termes ; quMI me stiffise de citer ici ce 
qu'en dit AuUi-iieUe, iib. V, çap. 24 Apio, qui plistonù-es ap- 
pel lalus est, litleris houio mollis praeditus, rerutP graicaruiO 
plurima atque varia scieotia fuit. Aulu^Gelte. 

(2) Les deux adversaires sont donc d'accord sur l'existence, 
comme -ur le nom, d'une maladie qui régnait en Kgypie dès 
la plus haute aniiquilé, et qui ne pouvait élre que la p<'Ste, k 
eu juger par l'uu de ses principaux symptômes et par sa durée. 

(3) Il eai inniSle de faire remarquer que c'est toujours ^ur li 
c6te que la peste éolaie «n Egypte. 



— 1» — 

missibilUé Et o*C8( aiasî, pour le dire on paàsaol; c'est ainsi qu'elle a 
toujours dû apparaître dans le oord de l'Afrique, contrairement è l'opi- 
Dion dernièrenienl éiiii^e par rAca<1éinie de médecine de Paris (1) » 
venté qu'où ne saurait proclamer trop haut , pu i<(qu'el le ajoute a» prix 
de notre possession africaine. Le nord de l'Afrique n'en est pas moins, 
après ri^'^sypte, une des contrées où la peste , dans les temps anciens, 
a le plus fréquemment exercé ses ravag^^s. C'est , du moins, ce qu'au- 
torisent à pcuser, et la proximité des deux pays, et les mlimes relations 
qui exffttaient alors eotr'eux, surtout à Tèpoque et depuis ta fondation 
de Garthage. Aussi , selon nous , ce serait à la peste orientale qu'il 
faudrait rapporter bon nombre des épidémies dont nous avons déjà 
lait l'historique. 

a* SIÈCLE De L'ÈRE CHatTtClIlie. 

IIVNÉB lis. 

Sur la foi de Fraonstor, quelques loYmograplies , Papon et Oxanam 
entr'autres, ont 'admis, pour Tannée tlS, une maladif épidemique 
en Afrique, mais outre que Fracastor est te seul qui la signale , il 
est très-vraisemblable quUi s'est glissé ici, dans son texte, une 
erreur de date , et que Tepidémie ou , pour mieux dire , la pandémia 
dont il parle, est celle de l'an «25 avant noire ère, que nous «vonS 
exposée en son lieu. Nous n*en oroyons pas moins devoir rappeler, 
en passant^ les paroles de Fracastor. L'auteur, après avoir parlé de 
Timmense corruption (immensa corruptia) qui se produit dans une 
invasion de sauterelles^ par suite de la mort des insectes , ajoute ? 

Qualem in Africâ contigisse legimus, anno IIS. détails ad littora lo- 
Custis tocrediblli numéro , atque ibi è mortuis ; similiier et in Galliâ 
evenisse anno 861, memori» mandâtum est ; in ilalift vero anoo 1478, 
in agro Ferrariensi , Mantuano. Yeronensl, Brixiensique, et vicinis aliis 
quum^ ingens increvisset earum muililudo , paulo post miseraoda per- 
tllentia secuta est. 

( Decontagionihus, et contagiosis morbiSj chap. xiii, Intitulé : De signis 
eontagionum. — Genève, 1,6-21.) 

ANNfiE 171. 

On lit dans Easèbe, de Césarée , pour l'année 171 : 

« Lues moltas proviocias occupavlt, Roma ex parle vexalA. a 
{Euêebii Caesar. Chronicon, D. Hyeronimo interprète,) 

En ni, le nord d^ l'Afrique fai^^aît partie de l'Empire romain , dont 
il conï«tiluail plui^ieurs provinces. Nous pouvons donc, avpc assurance, 
comprendre c^s provinces au nombre de celles qui , alors , furent 
affligées par les maladies dont p^rle Eusèbe , de Cê^iarée. 

I- -' ■ - - I - ■-■■--■ - ■--■■,.- — 

(1) Rapport au JUinisi^ iur le régime des quarantaines. Il résulii» Hc no» 
techerctics sur rexistcncv de la pe>t»s dans Ws Etats liarbaresqtirs, qu'elle ne 
i*y est jamais développée que par voie <l*importatiOii. Nous renvovons , sur ce 
sttjet « A rbistoriqncdcs épidémies pestilentielles que nous avons à rapporter. 



hnnÈE 175. 

Oa lit encore, dans le même chroniqueur, pour l'année 175 : 

f T<inta per tolum orbem pestilentia fuit , ul penô usque ad interni- 
i tionem romanus exercUus delectus fuit t 

( BosiBB DB Cbsabéb , Op, cit. ) 

Sans doute, le nord de l'Afrique ne fut pas i Tabri de celte pandémie. 
Nous admelloQS donc , pour Tannée «75 , comme pour l'année 171 , 
l'existence d'une épidémie dans le nord de TAfrique. 

Vratsemblement , la pandémie européenne de Tannée 475, était, 
comme la précédente, la conlinualion de celle qui, sous Marc-Auréle, en 
466, se déclara dans l'Empire romain, alors que Lucius Vérus faisait la 
guerre aux Parthes. Nous sav'»ns , en elTôi , que ce fléau dura dix 
ans. 11 avait apparu en Italie , à la suite de Tarmée romaine, qui en 
avait pris le germe en Syrie. Il passa ensuite dans les Gaules , et 
s'avança jusqu'au Rhin. Il emporta, à Rome, nombre de personnes de 
là plus haute distinction, et le chilTre de la mortalité était tel parmi les 
pauvres , qu^n manquait de tombereaux pour porter Ips corps à leur 
dernière demeure. Aussi, et malgré toutes les dépenses faites par TEtat , 
pour le transport des morts , les maisous, les rues et les places publi- 
ques en étaient toujours encombrées. 

Galien se trouvait à Rome lorsque le fléau y apparut, et Ton sait 
qu'il lui échappa en se retirant , d'abord , à Pergame , sa patrie , puis à 
Smyrne. Mai» il était dans la destinée du grand médecin de Tépoque, 
de subir le fléau qu'il fuyait : il en futalteini trois ans après, à Aquilée, 
où il avait été mandé parles Empereurs. Il en guérit, etatliibua 
Sa guérison à des scarifications qu'il s était pratiquées aux jambes. Ce 

3u'il nous apprend du fléau , éclaire peu sur sa nature : Il se borne à 
ire que la fièvre était faible, que Kextréfpiié des pieds se gangrenait , 
et que la maladie » en général , était semblable à celle d'Atiiènes , de 
l'an 430 avani J.-G. 

Paul Orose parle , en ces termes , de la même pandémie : 

« Secuta est lues plurimis infusa provinciis totamque Italiam pesti- 
B lenlia tanta vastavit , ut passim villœ agri atque c^ppida sine cultoro 
» atque habilore déserta in ruinas silvasque conces^^erint. » 

{Op. cit. , lib. vu.) 

Le fléau recommença, dans Tempire romain , en 487. Il fit les plus 
grands ravages à Rome, où existait alors une population nombreuse, 
avec une grande afllnence d'étrangers ; on y compta , pendant quelque 
temps , jusqu'à 2,000 décès par jour. Sur Ta vis de ses médecins , 
Commode , alors régnant, se re'ira à Laurentum , lieu Irèï^-frais et 
entouré de bois de lauriers , d'où il avait pris son nom. La fraîcheur, 
d'une part, et,deTanlre, TodeuretTaRréable ombrage des arbres, étaient 
conhiiérés comme des préservatifs contre le mauvais air. Aussi, à Rome, 
on se remplissait le nez et les oreilles à la fois, des produits les plus 
odoriférans, en même temps qu'on ne cessait de brûler des parfums 
partout. Selon les médecins , ces sortes d'odeurs s'opposaient à l'accès 
du mauvais air, en occupaut le passage pir où il aurait pu pénétrer ; 
ils leur accordaient aussi la propriété de le neutraliser et d'arrêter 



— 121 -• 

àîiisi-soû aéUaD. Le.iléau n'en parcourut pas n^oins sa morclie^ • 
il èipporla. une effroyable multitude d'hoonnes. et d'aàimàui^, 
et; . lorsqtiL^H cessa^ la famine prit sa placé (Hérodien,> Hist. ro- 
maine^ liv, i*^). 

Grépétéiois Câlpornianus, qui écrivit Sûr la pandémie du mi- 
lieu du 44? siècle de notre ère, parlait de ses ravages à Nisibe, 
en' Mésopotamie. C'çst ce que nous voyons dans, un passlage de 
Lucien (4),çap. xv, iniïiulé : Quornodo historia eonscrtbenda $ù. 
L'auteur y raiUe, à sa manière, CalpUrnianas,qu'ri accuse d'une 
imitation servilê deThucydide, 

« .C^ést de sa propre autorité^ dit Lucien, qu'il a afGiig!& d^une 
« peste les habitants de Nisibe^ qui ne s'étaient pas déclarée 
«;pour lesi Roinains. Cette peste, it^Fa t>rise tout entière daub 
« Thucydide (Lib, u, eap. 47-5ij ; comme datis Thucydide , 
«.elle vient de t'Ethiopie, passe par FEgypte. et envahit plur 
« siéàr.s tefres du jgrand Roi.. Arrivée la, elle y reste : qu^l 
h^riheui: !,.., » 

tJn . eRsefgéément nous reste de cette railleuse critique de 
Lûcièu : nous y voyons que la maladiereeonnoissait une origine 
lointaine. Elle parcourut donc un grand nombre de pays» fait 
qui. ajoute aux probabilités de son passage en Afrique, en môme 
temps qu'il permet d'émettre quelque conjecture sur sa nature. 
Nous reviendrons plus loin sur ce sujet. 

DERNIÈBÏS ANNÉES DIT SIÈCLE. 

Une pierre tumnlaire aperçue, en 4846, parmi les ruines d'ilu- 
zia (2}, portait ce fragment d inscription : 

Nam duos una dies et peslis acerba àbstulit hos pueros, ainsi 
traduit par l'auteur qui l'a fait connaître : 

Car ces deux enfans ont été enlevés y en un jour, par une 
peste cruelle (3). 

La plupart des monumens épigraphiqoes découverts à Auzia, 
depuis que nous en avons pris possession, ont été publiés : sur 
quatorze qui portent le millésime de la province, dix appartien- 
nent au règne de Septime Sévère, dont le nom s'y trouve répété 
trois fois. A ces inscriptions, on peut en ajouter deux autres, 
consacrées à la mémoire de /ulia Augusta, matri eastrorum 
Auziensium, qiii paraît être la femme même de Sévère, qui se 
nommait iulia Domna (4). Or, le règne de l'Empereur Sévère 

(4) Lucien de Samosate, né vers l'an 420 avant J.-C.,mort 
vers l'an 200. . 

(2) Localité connue des indigènes sous le nom de Rempart 
des Gazelles, Sour-el-Ghozlan^ ainsi nommée de ce que les ga- 
zelles se réfugiaient, en grand nombre, dans ses ruines.. Cest 
aujourd'hui Aumalô. 

(3) Ce précieux monument a disparu de la'loéalité. 

(4) Vid. Notice sur le Sour-el^Chozlan, dans le journal VÀkh" 
bar, du 44 juin 4840. 

46 



— 122 — 

s'éleuil de Tan 193 à Van 211 de Qotre ère. Malnlenanl, si qous 
admettons que le moQumenl sus mealionDé, qui ne porte aucun 
millésime, appartient à celte môme période, nous serons suf- 
fisamment autorisé à rapporter aux dernières années du ii* siècle 
de notre ère, la peste cruelle, pestis acerha. qu'il rappelle à la 
postérité, et qui, vraissemblabiement, n'aura pas borné ses ra- 
vages à Âuzia, mais les aura étendus sur d'antres points de l'A- 
frique. 

3' 8IÈLE DE L'ÈRE CHRÉTIENNE. 
ÀNNÉB 252. 

Une des épidémies les plus mémorables qui affligèrent le nord 
de l'Afrique depuis l'établissement du christianisme dans ce 
pays, fut celle cle Cartbage en 252, sous le proconsulat de Dé- 
métrius. Nous possédons, sur cette ciilamité, des documens 
fournis par deux, témoins oculaires, St-Cyprien, le célèbre évê- 
que de Carthage, etPontius, son diacre. Le dernier nous a laissé, 
de répidéroie, !e tableau ci-après : 

. . . Erupit posl modum lues Dira, et detestabilis morbi vastitas 
nimia innumeros per diem populos a sua quemque sede abrulo 
impetu rapiens, continuatas per ordinem domos vulgi trementis 
invasit. Horrere omnes, fugere, vitare contagium. Exponere 
suos impie, quasi cum illâ peste morituro, etiam mortem ipsam 
posset aliquis excluere. Jacebant intérim totâ civitate vicatim, 
nonjam corpora, sed cadavera plurimorum ; et misericordiam 
in se transeunlium, contempla tione sortis mutusB, flagitabant. 
Nemo respexit aliud, praeter quàm lucra crudelia -, nemo similis 
eventus recordatione trepidavit; nemo fecilalteri quod pâli vo- 
luit,... Vita beatissimi martyris Cypriani, perPontium ejusdia- 
oênum. Lyon, 1554. 

Tel était l'affligeant tableau qu'offrait Carthage lorsque St-Cy- 
prien adressa, à son peuple, l'allocution suivante: 

« C'est pour l'exercice et la perfection de notre foi, dit St-Cy- 
« prien, que le Seigneur nous afflige de cette maladie qui ruine 
« et abat les forces par des évacuations extraordinaires ; qui , 
a par le feu qu'elle allume dans les entrailles, cause des inflam- 
« mations dans la gorge ; qui agile et déchire, en quelque sorte, 
a les intestins, par des vomissemens continuels; qui, par l'ar- 
« deur brûlante dont le sang est embrasé, forme une espèce de 
« feu dans les yeux ; qui, par la malignité d'une corruption mor- 
« telle, fait perdre, à quelques-uns, les pieds, et, à d'autres, des 
« parties du corps tout entières, ou qui, consumant la chair, par 
« la force du venin qu'elle répand dans les parties , empêche 
a les malades, tantôt de marcher, tantôt d'ouïr, et tantôt de 
« voir. » De mortalité. 

Le fléau frappait également les chrétieus et les payens (1), et 
c'est ce que nous apprend encore St-Cyprien lorsqu'il cherche à 
consoler son peuple dans cette commune infortune. At enim 
quQsdam quod œqualiter cum gentibus nostros morbi istius va- 

(1) L'épidémie qui régnait à Home la môme année, avait dé- 
buté sur les payens. 



— 123 — 

litudo corripiat, qua&i ad hoc credidcrit chrisUauus, ut el itn- 
muuis à cootaclukmalorum, mundoet seculo féliciter perfruatur, 
et Doo oEDDia hic adversa perpessus ad fataram lœtitiam rese- 
rueiur. Movet quosdam quôd sit nobis cum csBteris morlalitas 
ista comiDUDis Op. cit. 

Les payeos attribuaient le fléau à la colère des Dieux, qui les 
auraient ainsi punis de souffrir un culte étranger parmi eux. Du- 
reste, c'était assez l'esprit du temps d'accuser les chrétiens de 
toutes les calamités qui venaient à surgir dans TEmpire. 
Si Tiberis ascendit ad mœnia, si Nilus non ascendit in aryâ, 
si cœlum stetit, si terra movit, si famés, si lues, statim : Chris- 
tianos ad leonem ! TertuUien, Apolog. cap. 40. St-Cyprien s'ex- 
prime à peu près dans les mêmes termes, sur le même sujet, 
dans son traité contre Démétrius : 

« Mais aujourd'hui, dit le Saint Ëvêque, que c'est partout 
« l'Empire une plainte générale contre les chrétiens, qu'on ac« 
c cuse de la fréquence des guerres qui s'élèvent (quôd bella 
« crebius êurg'ant), des pestes et des famines qui sévissent {qudd 
« lues, quôd famés sœviant)^ des inondations qui se succèdent 
« sans relâche (quôdque hymbres et pluvias serena longa sus- 
« pendant)^ le silence ne nous est plus permis : on le regarde- 
« rait, non comme une résignation de notre part, mais comme 
t Taveu de notre impuissance à nous défeoare {videamur cri- 
ce men agnosoere). » St-Gyprien, contra Demetrianum, 

Les payens foulaient aux pieds tout principe d'humanité, et 
se livraient à toutes sortes de brigandages et de crimes. 

« Si lâches, dit le saint Évéque, s'adressant aux payens^ si 
a lâches à remplir les devoirs les plus sacrés *, si empresses â 
« courir après des gains sacrilèges ; toujours ardens à disputer 
« la succession des morts, il semble qu'on ne les avait abandon- 
« nés pendant leur maladie, que de peur qu'ils n'en réchappas- 
a sent ; car, s'emparer ainsi de la fortune du mort, n'est-ce pas 
« tén)oigner que l'on formait des vœux contre sa vie? » 

a Un aussi formidable appareil des vengeances divines ftanta 
<t clades)^ n'est pas encore capable de nous ramener à la règle 
« et à l'amour du devoir. Et.» au milieu de ce carnage affreux de 
« tout un. peuple, au milieu de tous ces morts amoncelés autour 
« de nous (et inter populum freqwnti strage mariêntem)^ per- 
« sonne ne pense que soi-même on est mortel. De tous cotés, 
« on s'agite, on s'empresse, on ne songe qu'au pillage, qu'à dé- 
« posséder son prochain ; on ne s'occupe pas même de masquer 
« ses brigandages ; nulle commisération, nulle crainte. U sem- 
c ble, vraiment, que tout cela soit chose permise. ...» 

Contra Demetrianum, 

Animé d'une charité inépuisable, St-Gyprien cherchait à la 
faire partager, en indiquant à chacun ce qu'il avait à faire selon 
sa position. « Il nous dit de si belles choses, écrivait St^Ponce, que 
« si les payens les eussent pu entendre, je crois qu'il n'en eût pas 
« fallu davantage pour leur faire adopter notre sainte religion. » 
op. dt. Tous les chrétiens en furent si pénétrés que chacun 
s'écriait qu'il était prêt à faire, pour sa part, ce qui lui serait 
commande. Les emplois furent partagés, selon la rorce et les 



— W4 — 

facoUés de chacan (Distributa sunt ergo continua pro quali- 
taU'ÎMminuin amue ordinum ministeria) : ceux-ci devaieol as- 
sister les malades; Ceg^x-tà\ edsévelir les mort», d-auti;e£r) prép- 
pai'er les remèdes, ou porter dés consolations. D'autres encore 
venatent ail secours des niabdes par dabondanl^s aûtbône^ ; 
cWes fiireiU asseV abondantes pquh que les payeivs de' 1« cU^ 
indisenie, abandonnés de leprs cOrreligionnaires,. pusçent y 
pArtïcfp^r. St-Ponc^Ë, ii qtii dous devons ces déta^, CaU/enoar- 
(^uerqyQ ks pauvres uo furent pa6 moins utiles que leç- riches 
Dar te^ services corporels qu*ils rendaient (covjip6n$an|espr<i/>ri« 
iûèon, merûedem divUiù omnibus cariorem)l . / r 

âi-Cypden avait des consolàlions pour tout (eraoudé. A te^ 
qui exprimaient des regrets tit>p vifs çur la perte 'de leqr5 pro- 
che», il dtsaît : * '. : . \ . '. 

«r Et ne savof)s-nous pas qu'ils ue sont pas perdus peurlîous,. 
« qu'ils ne font que nous précédei* de quelques joursy qne oè 
« n'est point uoe^éparatlotLf. mais un voyage qui nous éloigne 
« de tears pérsocnct en nous laissant Tespoir de. les revoir ?- 
Regrettons^Tes, ne les plotxrôns point ; ne prenons pas ïes^ha-* 
et bltsdedâuit, puisque, dans un monde meilleur^ il&pntrçç^ 
a lesornemens du ti-îomphé. Ne donnons pas aût ÎQfidèles le. 
H prétexte trop légitime de nops mettre en (^opti^adictipt) avec 
ff nous-mêmes, en pleurant* ceux que nous ^isops ètri^ vivans 
« danslacompagoic de Dieu, comme s'ils àvaieijt cessé dé vî- 
« vre, eljque nofus né dussions jmnais les reyotr.i» Qemofiiafi". 
tatê, , :•• ■; • .• '■ ' -, 

A d'autres, qui eratx^naient d'^Ire frappés dû fléau^^mais qui 
semblaient ù*avolr cette cninte que parce qU'il pop vwC leur tïi- 
vir la gloire du martyre, gloire à laquelle aspiraient^' à» cp.qtf il ' 
paraît^ les f^rvens chrétiens dé ^époque;* a cedx-^1^, le saipt 
Èvêque adreSîSail ces paroles : • . •' • ' ■."""■■ - '■ 

■ Ce qui vous afflige de mourir aujour4'l^uî, c'est,, m'alte^^' 
t vous dke peut-Être , que vous étant préparés à cd.nfé^r le. 
n nom de J.^C ot pleinement dévoués à touVspuffrir^pôur Iqi, 
« vous vous voyez prévenus pai.la mort, qui vqu$ énilève l^; 
« martre que ^ùm espériez. D'abord, ce n'es^ pas âî la tiW^ 
« de votre choix, mais à h pure grâce de D.içUr que î^ martyr^ 
<t est subordonné. Pourrie^-voï^s dire avoir perdu ce qoô voûë . 
<t ne sauriez répondre avoir mérité d'obtenir ?'Ela second ^ieu^ 
« losjl qui scruta les çœtirs et/lés reins, qqi pénétré. les choses . 
a les plus cac^éei?, vôpjs^voH; 11 vous juge-, il vous approuve, 
« et, puisqu'il connaît vos généretises dispositions, jl.saurabiék 
« vous en tenir compte* » De mortalitate. 

St-Cyprien rappelle^ à cette occasion, les reprochés; que, tout 
récemment, l.-C.'ltit-^mêtiie^ dans une apparitioii(« avait faits à 
un évéqUé de seB collègues, qui, afTaibli par la lùaladie, et 
alarmé ae sa fin ^ochainé, demandait à voir prolonger ses . 
jours; Je ne Ctte cô noavpau trait de l'allocutido du saiâtEvéque 
que pour établir qué toutes les classés de la population payaient 
leur tribut au fléau. I .. ^. 

Grâce à St-CyprieU, à ce modèle des St^Denis, à Àlexapdrjb 
(î55-262i), dés Charles Boroirtéc, à Milan (157l),.des Bélzunce» 



--12$ — 

à' Marseille {MÎO^Ml^), Carlhagëi un iostaoi troublée à Tin v»- 
«îon du fléau , chaiiged "biéolô^ de faoè ;. Tordre et la.pqUce s*y 
rétablireot, et le 'Calme/ enfin, succéda à làii^yeiu>0taa'déseS'r 
poîr. . ."-^ •:. • .*' • ■ * ' . ' . '. ;. ;••:*' 

Les si^rvices rèpdbs'p(^rSt-Çyprien.daq6.1eflëâg de sa patriev 
sont^B de Ses pVu^ beaux litres de gloifc 3 ils.rtjster.oDt çooiniè 
UQOdeë^lusbnllànles po^es de 4'hisU)îredu ehrisUsiMstne; $U. 
• PâfDCe1e^a»)^le anèreaientlorsqû'nparle del'eitir^ à CurUbe, du 
éélébré £vêquê. Hiis latQ boots et lam pii^ aQtibus.eiiliqkp^upidr' 
yeoit. ^t-PoijCig, op. cit.Oa sait que cet exil jsé termina pai: le 
martyre, que lé. saint Êvéque subit à CaKhage; Iç .48 octobre' 
d58.é , .. '..■.'.'*.. '.'""''.*'•• ,' ■ • 

yràiisâembliablidm'eDt, )a maladie de Garlbage .nia se borna pa$ 
à âon eoceiotë^ elle dut jsi,*éténdre.'dan3 la province,- «iùon. mê- 
me surtPaaj^res points de ^Afrique. Àueun dfotild n'éxfçterait » 
cet çgard, ai hùuà^adpptiènSi âan^ examen,. ce ;qûe dii.TiUemônt,^ 
à sîivbir qûètp^t le monde désertait les viUês, et qqê d'esévô- 
(fcBBS mémé^ se lôighirent aak fuyards,. i.Leot exemple, a j on lé- 
irû; parlant de >rt^.Cyprlçn, pe le tenta pas, » Vie de St-CypHëfn, 
p. ♦il> Mats TUjemotit oMnâiqflte pas la source; ojii ii^a puisé ce 
faH t!e Ttixistéoce-de répldépoLJebors de reoceinle'dj» farjthdge. 
De'nOlré côté; nous né trQbvdns rieQ.dans leihistorién^ -^nÊT. 
rieurâ., qui aitlraH àtsepoînti dé l^épid^mié de Cartbage^en.fôSi 

;Tiliepdi6nt dit en'cpreqù'ÙEie seule vitie-d'AfriqûeperdjJ. ep.un 
seu(|<Khr^ Jusqu'à ^fi(^Ù' Alliés : bien évidemment^ ce /ait est. le. 
mênie que-celat rapporté par Orose^ et qui se rattache .à la {5an- 
dièmié^e raà.4^& avant notre. ère (vtd0<£ti^rà). . •:.: 

SOu'éileiirt la durée de^.la njala^ie.dfe ÇarlUagè ?'Sè continua- 
t-eU!Ç^.l'ai>qée^;duiva.i»të,*253? JTous ioi.eh saVofhsrien. Nous, n^ 
sav6ôk()aâ nou ^ûs.à quelle époqae- de l^ nuée é;l|e' appànit ; 
oo(us.savo.ns seulement que ce fat pei> ap^èslà pbomul^tfpn de 
l'é'ditctùrQrctonnaUàuxqbr'étleôs de aurifier aux .Drei^x dupa- 
g^i>1dmë*; Or*; tjêt édit, rendb à Rçoiè en janvier, dut. être connu 
à ,GartK3gp «ât< la On* de février a^ plçs tard^ .da scrute q^cCàn peut. 
fîx«panidprém|ers toois :de Faifméé rinyasign dô.l'épidemfé daP^ 
cette yflle^Noùs âav<>ns, d-un atitre cOté,; (fuclamalâidlèduif la 
mônijëannée,- affligea la dapi(al&de r£qapire^^élaUknapîfestée> 
avant Tété^' et ç^â^elle aùgmenta^ d'intensUé durant. cette «aisop. 
« On Aattâloré^ ditBailiêt, dans tti3graii<ksphaleMRS .de l'été,. 
or'et.CiBtIé îaîèo)î/aû lieti. Je dripinyier^à maladie cpntagîegse, 
« servait' beaucoup à l'àuigmeBler.» Vi^ S^ Cfirfiel,'jp:Z'p^. . . . 

Je rémarque que l'épidémie^, à .Carlbagè, fuiprécèdèl^degi'aàds , 
troubles produits par' la nouvelle persécution exercée /siiu; les 
chrétren» (4),- et p Texécution de laqqelle'lès pay^s apporlèr|int » 
un acbarnemen^ frénétiques Et c est dànscêtte circonstance, 
•pour le dire- en passant , que Vbomme (jai, peu après, devait 
rendre, à Soppays, de : si . énoiipens services ; c'«st dans- cette 
circonstance, di^onsrDoûs , .que Sl-Cyprieh,* f^t demaùflé, pour 

(4.) C^tlc persécution étai.t-Ja: 4Q% en comptant, pour la 4^% , 
celloderan'35,.etdonf forent vîctiraes St:-Êlienoc, St-Jacrjue*^, 
et quelques autres disciples du Christ. 



— 126 — 

1.1 seconde fi)is, |>our èire jeté aux liODS ? 

Quelle étail lu nature de la maladie de Garthage ? Grèce à 
Si-Cyprien, nous pouvons ne pas rester tout^à-fait muet sur ce 
po'nt ; nous pouvons tirer quelque induction des détails qu'il 
doDne à co\ o^nr.l, duns son allocution précitée, et dont nous al- 
lons reproduire les paroles. 

1* Cette maladie qui ruine et abat les forces par des évacua- 
lions extraordinaires» (Hoc quod nune corporis virês golutus in 
fluœum vtnUr $tiscerat). 

Des évacuations extraordinaires ne s'observent pas dans la 
peste ; on y observe parfois des vomiturilions et des déjections 
alvines, mais, dans aucun cas, ces évacuations ne sauraient ôtfe 
considérées comme ruinant et abattant les forces. Dans le cho- 
léra, au contraire, des évacuations, et par le haut, et par le bas, 
semblent constituer te fond de la maladie (in fluxum venter evis- 
cerat)^ et ce sont elles qui, de tous les symptômes qui la carac- 
térisent, frappent le plus les personnes étrangères à Tart. Ces 
évacuations s accompagnent d'un abattement, d'une résolution 
complète des forces (corporie vires solutus), de la plus grande 
prostration, en un mot. 

2« Qui (la maladie), par le feu qu'elle allume dans les entrail- 
les, cause des inflammations dans la gorge {quoi tn faucium 
vuinera eonoeptus medullitus ignis exadetuat), 

A. Aucune douleur rappelant une vive chaleur intérieure, n*a 
été signalée dans la peste. Au contraire, dans le choléra, tous 
les malades accusent un feu intérieur (ignisLdWGc une soif sou- 
vent inextinguible. Celte soif a frappé tous les observateurs. Le 
cri proféré pour la satisfaire, retentit sans-cesse à votre oreille, 
dans une salle de cholériques -, il n*est inlerroaipu que par ce- 
lui ar*-aché par les crampes, à chaque nouvel accès. 

B. Aucun ouvrage sur la peste ne mentionne la gorge comme 
étant le siège d'une inflammation. Sans doute, ou ne saurait con- 
sidérer, comme une inflammation de cette partie, les parotides, 
assez fréquentes dans la peste , et dont le gonflement circon- 
voisin s'étend plus ou moins dans la région cervicale. D'un autre 
côté, un des symptômes saillans du choléra est une sorte de dessi- 
calioa plutôt qu une inflatbmation de la gorge, état qu'accom- 
pagne une aphonie plus ou moins profonde 7*'^ faucium vuinera). 
Delà, pour le dire en passant, ce timbre particulier de la voix, 
timbre que, déjà, en Pologne, nous désignions sous le nom de 
voiœ cholérique, 

3" Qui (la maladie) agite et déchire, en quelque sorte, les intes- 
tins, par les efforts des vomissemens continuels (quod assidue 
votnituintenUnaquatiuntur), 

il existe parfois, dans la peste, quelques vomiturilions au dé- 
but, mais on n'y observe jamais, dans aucun temps de la mala- 
die, de vomissemens continuels. Les intestins n'y sont dose 
pas déchirés ni agités par des vomissements continuels. Dans le 
choléra, au contraire, les vomissemens bont à la fois continuels 
ei des plus douloureux, par la raison que les contractions par- 
ticulièi«.situai lis dépendent, se rattachent à celles dont presque 
lout le système musculaire est alors le siège. Npus voulons parler 



— 127 — 

des cram|K>s, l'un des symptômes les plus remarquables du cho- 
léra. 

4" Qui (la maladie) , par l'ardeur brûlaote dont le sang est 
embrasé, forme une espèce de feu dans les ye\3X(quod oculi 
vi sanyuinis inardescunt) . 

La rougeur des yeux dans la peste, comme dans d'autres mala- 
dies fébriles, est toujours, quand il se présente, un phéncajéne 
insolite : dans le choléra, il est constant, et on le voit apparaître 
avec la maladie. Il a attiré l'attention de tons les observateurs, et 
la nôtre en particulier , dans Tépidémie de Varsovie , durant 
laquelle nous Tavons fait figurer. Cest une rougeur passive, un 
rouge livide dd à la stase du Fang dans les vaisseaux de la con- 
jonctive. Ces vaisseaux saillent alors plus ou moins, saillie ren- 
due plus sensible encore, d'une part, par le dessèchement de la 
niembrane, et, de l'autre, par la fonte, si je puis m'exprimer 
ainsi, du tissu cellulaire sous jacent, phénomène qui, du reste, 
se passe en même temps dans les autres parties du système cel- 
lulaire. 

5* Qui (la maladie)) parla malignité d'une corruption mortelle, 
fait perdre, à quelques uns les pieds, et, à d'autres, des parties 
du corps tout entières ( quod ouorundam pedes vel aliqH8R 
membrorum partes contagio moroidsË putredinis amputantur). 

Cette perte d s parties, par la grangrène, a été signalée, comme 
on sait, dans la célèbre maladie d'Athènes, décrite par Thucydide. 
Elle n^est pas rare dans le typhus, mais elle est encore à obser- 
ver dans la peste. Dans lecnoléra, au contraire, on la voitquel- 
quefois.Nousl'avons observée personnellement dans le^épidémies 
de Varsovie (l«3l) et de Vienne, en Autriche (1832). Ainsi, dans 
la première de ces villes, nous avons vu la jambe se sphacéler 
sur une jeune fille de 46 ans, qui entrait en convalescence (4) , 
et dans la seconde, la totalité des deux membres abdominaux, 
jusqu'à la région des aines, éprouver le même phénomène, sur 
un viellard de 75 ans (2). Nous avons également vu, à Vienne, 
une femme de 28 ans perdre l'extrémité du nez, dans le cours 
de^sa convalescence (3). En Hongrie , à la même époque , une 
jeune fille, également convalescente du choléra, offrit tout à la 
fois une gangrène du nez, des deux mains et de la jambe gau- 
che. Cette lésion a été figurée d après nature, et ce document, 
rapporté par nous en France, a été reproduit par feu le baron 
Larrey, dans la Clinique chirurgicale, t. iv. Paris, 1832. 

Je remarque qu'aucun exemple de ces grangrènes, à ma con- 
naissance du moins, ne s'est offert dans les épidémies choléri- 
ques du nord de l'Afrique , de 4834 à 4837 ; j'en dirai autant de 
celles que j'avais eu occasion d'observer en France , de 4832 à 
4833 (Paris, Arles et lieux voisins). 

6» Ou qui (la maladie) consumant la chair par la force du 

(4) Catherine Rarpinska, à rhôpital des cholériques, service 
du docteur Searle, médecin anglais. 

(2) Au grand hôpital, service des docteurs Ha bel et Koessler. 

(3) Anne Blumaner, au grand hôpital, service des docteurs 
Ralter el Prinz. 



▼enin qu'elle répand <Iànâ iovtloR Içq parties, cni^échc lés œa^ 
ladedy tantôt de maircher^tàatdt d'ouïr, tadtôi de voir, (quod fmt ; 
jfoet^ras et damna sôrporuih prérum pente languçfrè vel'délkli' . 
tatur.incèssus, velauditus jobêtruitur^ vel càbcatur'QSpectus). 

A. Dans la peste, dans le' typhus et dans diverses autres 
maladies aiguës , les malades se lèvent souvent sous Tin- 
lluence du délire, ce qui ne se voit jamais dans le choléra , 
maladie qui, à la lettre, vous àttère pu, pour mieux dire, 
vous cadaverise plus ou moins, selon j'e.^pression, si juste, d'uki> 
célèbre physiologiste contemporain, M* Magendie/. 

B. L'ouïe peut être a&iblie dans la peste et diverses autres 
maladies a'iguës, dans le typhus ei les affeclions typhoïdes, pat*" 
exemple: cet affaiblissemefat; da'nsle choléra, xsi un phéno-. 
ùiène constant et de&plus prononcés; toujours, dans le.onolérav 
pour se faire entendre des malades, il faut élevef la voïkcénome 
si on s'adressait à' des sourds. Celte'lôsion de Touïé est par- 
fois portée jusqu'à la surdité complète, j'en iA . r^ueilli\ pour 
ma part, des elemples,* tn- Pologne, pn Autriche, en France et ' 
en Afrique. . '' — • . ■ •• • • , ♦ .:« 

C. La vue peut être plus ou mt>lns affaiblie dans diverses 
maladies aiguës, n^iais elle Test toujours dacis le choléra ; elle y 
est, en outre, altérée de Içllej sorte que les objets apparaissent 
déformés et, souvent, sous les aspects. les plus bizarres. L'affai- 
blissement de la vue, chez les cholériques, peut être porté jus- 
qu'à la cécité, et on possède des exemples de la persistance de 
cette lésion après la guérison de la maladie première. Nous en 
dirons autant de la surdité dont il vient d'être question. 

De l'examen que nous venons de faire des symptômes offerts 
par la maladie de Carlhage, en 25^, il résulte Djeu évidemment 
pour nous qu'elle présentait tous les caractèresd'ûne endémie non 
moins terrible que Tendémie égyptienne. Nous voulons parler 
de l'endémie des bords du Gange, de Tendémie indienne, du 
choléra, en un mot, maladie qol, au moment où nous écrivons, 
octobre 4848, se présente pour la seconde fois; en moins de 
vingt ans (1 830-4 8i8][, à Tobservation de la médecine euro- 
péenne (1). 

La maladie de Carthage se rattachait-elle à celle qui, à la 
même époque, sévissait à Rome et sur les autres points de 
l'Empire ? On peut le soupçoniiier, et c'est ce qui nous engage à 
terminer ce que nous avions à dire du fléau Carthaginois par un 
exposé rapide de la pandémie côncommiltanle en Europe. 



(1) On nous mande de Pétersbourg, sous la date du 30 sep- 
tembre 1848: 

a Le choléra est venu me trouvera Revel (en Esthonie), où 
t j'étais allé prendre les bains de mer. Cette année, il s'est avancé 
« jusqu'en Sibérie, où il a fait de grands ravages notamment 
« à Orenbourg, à Tobolsxet à Toiiisk » Lettre de M. le Conseil- 
ler- d'État Eichewald , professeur de zoologie à Pétersbourg, 



— 129 — 

€ette paDdémie apparut dans VEmpire «n 250 de notre ère, 
1003 de Borne, sous le règne de Dèce, qui Tenait de succéder à 
Philippe. Le mal fit peu de progrès pendant deux ans, c'est4- 
dire jusqu'en 252, sous le règne de Galius, époque à laquelle il 
exerça de grands ravages dans tout l'Empire, et en Egypte plus 
particulièrement encore. Un témoin oculaire de la pandémie du 
^* siècle, Jornandus, parle en ces termes de [celle dont nous 
nous occupons : 

(K Â cette époque (année 252), une maladie pestilentielle {pes- 
« tilens morott5), presque aussi terrible {paene istius n^ceMito- 
« tis comsimilu^ que celle qui nous a décimés il y a neuf ans 
(K environ, désola toute la surface de la terre (faciem iotius or- 
« bis fa^avit), et exerça d'inexprimables ravages dans Âlexan- 
c drie eC dans toutes les parties de TEgypte. » De rébus Ge- 
ticis 0). 

Le néau [pénétra dans le palais de l'Empereur, et y enleva, 
en peu de jours, plusieurs personnrs de sa suite. Hostilien. son 
fils par adoption, en mourut lui-même ; mais cette mort, a la- 
quelle Gallus pouvait avoir quelque intérêt, fut attribuée au 
poison par ses ennemis. Les chrétiens, alors persécutés par 
Uallus, ne furent sans doute pas étrangers à un bruit dont la 
science peut retirer quelque enseignement : il témoigne de la 
rapidité de la mort du prince, et aussi, par conséquent, de l'in- 
tensité du fléau. Une médaille en bronze, frappée à cette oocck 
dion, est parvenue jusqu'à nous. Elle représente la tète du 
prince couronnée de laurier, avec la légende 

IMPERATOR CAIVS VALBNS 
HOSTILIANVS MES91VS 
QVINTVS AVGVSTVS. 

Au revers, ^st Hygie, fille d'Esculape et Déesse de la santé^ 
donnant à manger à un serpent, entortillé autour d'un autel^ 
avec la légende 

SALVS AVGVSTA (2). 

Le fléau fut l'occasion de la nouvelle persécution dont nous 
avons déjà parlé (Épidémie de Garthagé)^ et qui prit son origine 
dans le refus fait par les chrétiens de prendre part aux sacri- 
fices et autres cérémonies religieuses ordonnés, par le Sénats 
pour obtenir la cessation du fléau. Tous les historiens sont 
d'accord sur les ravages qu'il exerçait. Au rapport de Zozyme» 
on n'en avait pas encore vu de pareils, et ainsi auraient disparu, 
dans l'Empire, tous ceux que les armées des barbares y avaient 
épargnés dans une récente invasion. Histoire romaine^ Uv. \*\ 

Oroae, de son côté, s'exprime, sur les mêmes ravages, dans 
des termes non moins explicites. Gatenus incredibilium mor- 
borum pestes extenditur , nam nulia fere provincia romana , 

(4) Jornandus (encore ap^lé Jordanus et Jordanès], Goth 
d'origine, écrivit cette histoire vers l'an 552. C'est une sorte 
d'abrégé d'an ouvrage qui n'est pas parvenu jusqu'à nous, ce- 
lui du sénateur Cassiodore, et dont parle le roi Athalaric, dans 
une lettre au Sénat. 

(2) Vide: Visconti , Iconographie romaine, ph 56, fig. 9. 
Paris 4847. 47 



— 130 — 

fiuila oivitas, nnlla domus fuit, quo) non illa generali pestileQ-- 
lisB correpta atque vastata cit... Op. cit.^lib. vu, De seplimà per- 
secutio, faclâ a Decio. 

Gallus et Yolusien, son fib, apportèrent, dans ce deuil géné- 
ral, tonte la sollicitude possible, et méritèrent surtout de la pa- 
trie par les soins qu'ils mirent à faire rendre les derniers devoirs 
aux citoyens de la classe pauvre qui succombèrent au fléau. 
Tous deux, cependant, n'en furent pas moins tués peu après, 
par leurs propres soldats Ceci se passait en 254, près d'Inte- 
ramna, aujourd'hui Terni, en Ombrie. 

Le fléau se continua sous Galien , dont le règne ne se fît 
guères remarquer que par des calamités de toute nature. 
Mais écoutons Zozyme, sur la maladie qui nous occupe, sous le 
règne de Galien. Après avoir dit qu'alors l'Empire était envahi 
par les Scythes, jusqu'aux portes mêmes de Rome, il ajoute : 

« La maladie contagieuse revint d'ailleurs avec plus de force 
«t que jamais , et, dans le temps même qu'elle désolait les villes, 
« elle semblait rendre supportables les violences que les bar- 
« bares avaient exercées, et apporter quelque sorte de conso- 
« lation à ceux qu'elle faisait mourir. » Liv. 4". 

Orose, parlant du règne de Galien, qualifie de pestilence 
grave, continue et universelle, la maladie qui ravageait alors 
1 Empire romain. Sublimatus respirante paulis per ab illâ suprà 
solitum jugi et gravi pestilenlia humano generi provocat penam 
suam obliviosa malicia. Lib. cit. , De octava persecutione facta 
à Valeriano. 

La mortalité qui frappa, à cette époque, les habitans de l'E- 
gypte, fut des plus grandes, et nous trouvons, dans une des 
homélies de St-Denis, évêque d'Alexandrie, des détails sur celle 
au milieu de laquelle il se trouvait alors. Ces détails ne sont pas 
sans intérêt, même au point de vue médical Ainsi, il en res- 
sort, entr'autres choses, que les Alexandrins croyaient à la con- 
tagion ou transmission du mal qui les affligeait. Mais citons 
quelques passages de ce document loïmograpbiqne : . 

ot Tout le monde pleure, dit St-Denis, et la ville ne retentit 

« que de gémissemens On regrette ou ceux qui sont déjà 

a morts, ou ceux qui se meurent Il n'y a point de maisons 

<c où il n'y ait des funérailles, et plut à Dieu qu'il n'y eût pas 
« plus d'un mort dans chaque maison !.... 

a Cette peste, cette plaie terrible (pestilens morbuSf plaga ter- 
« ribilis) ne nous a point épargnés, bien qu'elle se soit jetée 
ff sur les payens avec plus de fureur que sur nous {sed illis 
« muîto ierribilior et gravior). 

« Plusieurs de nos frères, négligeant le soin de leur santé, 
a sont morts en pansant les malades, et en demeurant sans- 
a cesse auprès d'eux (cum iltis pariter quibus ministrare votue- 
« rant^ interibant) ; ils se sont chargés de leurs douleurs en 
« cherchant à les soulager, et sont morts, en quelque sorte, 
« pour eux, en s'attirant ainsi leur mal (aliénas in se mortes 
a haud segniter transferebant). 

« Plusieurs de nos frères nous ont été enlevés de la sorte ; 
t quelques-uns étaient prêtres, quelques-uns diacres, et les 



— 131 — 

« autres, des plus pieux parmi le peuple. Ce genre de mort » 
« bien son mérite, qui n'est point inférieur à celui du martyre. 

< Après avoir tenu les malades entre leurs bras, leur avoir 
a fermé la boucha et les yeux, les avoir portés sur leurs épau- 
« les, les avoir embrassés, lavés et parés de leurs meilleurs vè- 
« temens, ils les ont suivi, peu après, dans la tombe, et ont 
' « reçu par d*aulres, les mêmes devoirs que leur avaient 
a inspirés leur zèle et leur charité. 

« La conduite des payens a été toute contraire : dès que Tun 
« des leurs était malade, ils le fuyaient; ils fuyaient même jus- 
« qu'à leurs plus proches parens (parentes^ charos liberoê ; 
« filiosqtAe parentes, exorem conjuoo) qui tombaient malades, et 
oc qu'ils jetaient à demi-morts dans les rues, les laissant ainsi 
« sans sépulture, de peur de contracter leur mal (vim marbi 
« quam per hsdo se effugere opinabanturV mais ils augmentaient 
« par là le danger, puisque la fétidité aes cadavres venait s'a- 
« jouter à la force de la maladie (dum ad pesHlenttBd rabiem 
« etiamfœtar insepultorum cadaverwn jungeretw), » Eusèbe, 
Hist. ecclesiasticay lih, vu, cap. 22. 

Cette peste d'Alexandrie, qui succédait à la guerre^ débuta 
Un peu avant les fêtes de pâques, ainsi que nous l'apprend en- 
core St-Denis. Très vraisemblablement, cette maladie, qui 
s'étendit à toule l'Egypte, était la peste orientale, la peste à bu- 
bons, et nous la signalons, sous ce rapport, aux loïmographes 
qui ne reportent pas plus haut qu'au 6» siècle de notre ère la 
première apparition de la peste orientale. 

Au rapport de St-Grégoire de Nysse, surnommé le Père des 
Pères (1], la maladie du 3* siècle était toujours précédée, dans 
là maison où elle dt^vait se montrer, par l'apparition d'un spec- 
tre dont les efiTets ne pouvaient être détournés aué par les priè- 
res de St-Grégoire le Thaumaturge, oui vivait dans le Pont (2J. 

Selon Zonare, dans ses Annales (3), la pandémie du 3* siècie 
aurait duré quinze ans, mais elle en aurait duré vingt au moins 
si, comme tout porte à le croire, nous devions en voir la conti- 
nuation dans la maladie qui, en 270, 4023 de Rome, décimait 
les Goths renfermés, par les Romains, dans la Thrace et dans la 
Macédoine. Celle même maladie s'étendit aux derniers, et, dans 
le nombre des victimes qu'elle leur fit, fut l'Empereur Claude 
lui-même, Claude-le-Gothique (&), qui en mourut à Sirmium (5), 
fort regretté de ses sujets auxquels il s'était rendu cher par 

(1) Frère de St-Basile-le-Grand, vivait de 331 396. 

(2) Disciple d'Origène , de Néocésarée , dans le Pont , mort 
en 253. 

(Sj) Zonare, ou Zonaras, Jean, écrivain du 42* siècle. Il se 
fonde, je crois, sur un passage d'Evagre, que nous aurons oc- 
casion de citer, dans l'historique de la peste du 6* siècle. 

(4| Ainsi nommé de ses victoires nombreuses sur les Goths. 

(5) En Pannonie, aujourd'hui Sirmich, ou Szerem. dans la 
Basse-Hongrie, sur la Save. Je ne puis ne pas faire remarquer 
que, dans des temps plus rapprochés de nous, celte contrée & 
souvent été le théâtre de la peste orientale. 



— 132 — 

loutes tes vertus dont il était doué (Zozime, lib. cit.). 

Quelle était la nature de la pandémie du 3* siècle ? Etait-elt» 
la môme que celle de la maladie à laquelle nous avons cru de- 
voir rapporter l'épidémie de Carthage, sous St-Cyprien? Sa lon- 
gue durée dans 1 Empire, tantôt sur un point, tantôt sur un 
autre, tendrait à le faire croire. Nous en dirons autant de sa 
marche géographique, de Test à Touest, marche qui a toujours^^ 
été celle du fléau indien, dans ses invasions en Europe. Tou- 
jours est-it que la pandémie dont nous parlons, apparut à la 
suite des Scythes (4) qui^ après avoir tenté plusieurs fois de 
pénétrer dans l'Empire (d'abord sous Philippe, puis sous Dèce), 
accomplirent enfin leur dessein sous Gallus, et s'avancèrent alors 
jusqu'à la mer, commettant partout les plus grands ravages (2). 
Ces mêmes ravages, ils les continuèrent jusqu'en Asie, où ils se 

Ç^rtèrent en côtoyant les bords de la mer (Hérodien, lib, cU,)* 
oujours est-il encore que lorsque le même fléau se renouvela, 
après quelque temps d'interruption, ce fut parmi les troupes de 
Yalérien, comme elles revenaient de la Cappadoce, la Caraménia 
d'aujourd'hui, dans l'Asie mineure(Hérodieu, lib, cit.). Les rava- 
ges qu'elle fit parmi ces troupes» donnèrent à Sapor le temps de 
prendre les armes et de réduire, sous sa domination, loutes les 
possessions romaines en Orient, a La maladie contagieuse, dit 
a Zozime, s'étant mise parmi ses troupes (celles de yalérien)i et 
c en ayant enlevé une partie considérable, Sapor, en Orient, 
« prit les armes et réduisit tout sous sa puissance. » Qp. ct^, 
Hb. 4*'. 

Je termine ce qui me reste à dire du fléau du 3* siècle, ea 
feisant remarquer que le célèbre évêquede Césarée, Eusèbe (3), 
ne le mentionne que pour l'atinée 255, et voici dans quels ter- 



Annipomini. Pestilens morbus totius orbis multas provincial 
occupavit maxime que Âlexandriam et iËgyptum, ut scribît Dio- 
nysius et Cypriani de mortalitate testis est liber. Eusebii CâBsar. 
Chronicon^ D. Hieronymo interprète. Bâle, 4549. 

Des évènemens qui purent avoir quelque retentissement dans 
la santé publique, se préseatèrent en Afrique durant le siècle 
dont nous venons d'esquisser l'épidémologie ; nous les passerons, 

(4) Les Scythes nous sont représentés aujourd'hui par les 
Russes. Je rappelle qu'en 4 834 , le choléra, qui existait dans 
Farmée Russe, venant de l'Asie mineure, apparut dans l'ar- 
mée polonaise le lendemain même de la bataille d'Igagnie (40 
avril), bataille dans laquelle les deux armées en vinrent jus- 
qu'à se prendre corps à corps. 

(2) Rs s*étaient arrêtés sur les bords dii Tanaïs f le Don) sous 
te règne précédent. Ils étaient maîtres de Constantmople 
dès 263. 

(a) Eusèbe, Pamphile, auteur d'un grand nombre d'ouvra- 
ges, vivait de 267 à 358. Il passe, dans l'histoire, pour avoir 
partagé en secret les erreurs d'Arius. 



— 138 — 

lapidemeDt en rerae. 

£a 236, de Rome 994, éclata cette révdte qui, pour trois 
mois seolement (de mars en juillet], établît ea Afrique le sîè^ 
de TEmpire. Noos Toulons parler du résoe des. deux Gordiens, 
le rère et le ffls. Le premier en fut réduit, comme on sait, à 
s^étraogler arec sa ceinture, et le second périt dans la mêlée qui 
s'était formée aux portes de la ville. Le massacre des Cartha- 
ginois y fut si grand, que le corps du prince ne put être re- 
trouvé parmi les morts, dont la plupart restèrent sans sépul- 
ture. Les Carthaginois, pourtant, étaient les plus nombreux , 
mats, sans expérience de la guerre comme ils rétaient, et habi- 
tués, d'un autre cété, à passer leur temps dans la mollesse et 
les plaisirs, ils ne purent tenir contre leurs adversaires qui se 
composaient des Numides les plus aguerris, conduits par ,un 
chef habile, Capellien. L'histoire ajoute qu'ils furent plutôt étouf- 
fés que tués, c Ils se pressèrent si fort les uns contre les autres, 
« dit EérodieU; qu'il en mourut plus de la sorte que de la main 
c des ennemis. » Lib. vu. 

Obligés de s'armera la hâte, pour courir à la défense de leurs 
murs, un grand nombre n'étaient munis que de simples bâtons 
auxquels ils avaient brûlé les extrémités, pour les rendre dures 
et pointues (Hérodien). Les blessures qui en résultaient n'en 
devaient pas moins être bien graves, et c'est, pour les guerres 
d'autref(MS, un exemple de ces blessures qui variaient, pour 
ainsi dire, à l'infini, comme les moyens de toute nature aux- 
quels l'homme dut recourir, soit pour attaquer, soit pour se dé- 
fendre, jusqu'à la découverte qui, en donnant naissance à de 
nouveUes armes, enfanta pour rhomme de nouvelles douleurs. 
Nous voulons parler de la découverte de la poudre à canon 
(4320). Jusqu'alors ou, pour mieux dire, jusqu'à l'emploi, dans 
les armées, de la poudre à canon (4), les blessures faites par des 
armés moins savantes, si je puis m'exprimer ainsi, que celles 
d'aujourd'hui, tuaient généralement moins vîte, mais faisaient 
souffrir davantage que celles résultant des dernières, et c'est ce 
qui devait être d'après la nature de leurs causes productrices, 
consistant, pour la plupart, en des corps contondans dont le 
propre est de produire de vastes désordres auxquels les blessés 
ne succombant que consécutivement , c'est-à-dire après ua 
traips plus ou moins long, n'arrivent à ce terme qu'après avoir 
traversé, en quelque sorte, toutes les phases de la douleur. 

De l'an 260 à l'an 268, tout le nord de l'Afrique fat boule- 
versé par des tremblemens de terre ; la terre s^entrouvrit sur 
plusieurs points, et la mer, refluant sur la côte, fit disparaître 
plusieurs villes. Comme par une sorte de compensation , les 
Africains de cette époque furent à l'abri des tourmentes politi- 
ques qui agitaient alors les autres parties de l'Empire, par suite. 

(4) Les auteurs ne sont pas d'accord sur l'époque précise de 
l'emploi de la poudre à canon dans les années. Il paraît qœ, 
déjà, en 4338, on l'employait à l'attaque des châteaux et des 
forteresses. On se servit de Tarquebuse au siège de Parme, en 
4524, et du pistolet à la bataille d'Ivri, en 4590. 



— 134 — 

du règne, plus ou moins éphémère, de ces usurpateurs connus,. 
dansPhistoire^ sous le nom des Trente Tyrans. Un seul se mon- 
tra en Afrique, Celsus, mais son règne ne fut que de sept jours, 
et encore n'ayait-il été reconnu que par la Libye seulement, 
Arrêté à Sicca, le malheureux Celsus y fut livré aux chiens, 
aui le déyorèrent, en même temps qu'on le crucifiait en effigie. 
Ceci se passait en 965. 

Probus, avant d'être élevé à TEmpire, c'est-à-dire avant 277, 
de Rome 4030, fut envoyé en Afrique, pour faire la guerre aux 
Marmarides, peuples qui habitaient entre l'Egypte et les Syr- 
tes (4): il les vainquit, et ne fut pas moins heureux à réprimer 
les rébellions qui s étaient élevées dans la Cartilage à la môme 
époaue. L'histoire raconte qu'ayant tué, en combat singulier, 
un cnef africain, du nom d'Àradioo, il lui fit élever un lumulus 
magnifique, pour honorer la grande bravoure dont il avait fait 
preuve dans le combat. Ce tumulus, qui avait 200 pieds de lar- 
geur, existait encore du temps de FUvius Vopiscus, le biogra- 
phe de Probus. 

De 278à 279, de Rome 4 034 à 4 032, des Francs, au grand éton- 
nementdes Africains, apparurent sur leur côte, où ils exercèren 
des brigandages sans nombre, et ainsi s'ouvrît, en quelque sorte 
la route que devaient suivre, un siècle et demi plus tard (429), 
des peuples plus septentrionaux encore, qui vinrent attacher, 
pendant un siècle, leur nom à la terre d'Afrique. Nous avons 
nommé les Vandales. Les Francs, leurs prédécesseurs sur cette 
terre, servaient, sous Probus, dans le Pont, où ils s'emparèrent, 
sur les Romains, des bâtimens qui leur étaient nécessaires pour 
accomplir leurs desseins. Déjà, lorsqu'ils a bordèrent en Afrique, 
ils avaient inquiété et les côtes de la Grèce, et celles de la Si- 
cile, où ils firent le plus de mal. Continuant ensuite leur route 
vers l'ouest, ils franchirent le détroit de Gibraltar, ravagèrent les 
côtes dé l'Espagne et des Gaules, puis rentrèrent dans leurs 
foyers, par l'embouchure du Rhin, accomplissant ainsi l'une 
des plus mémorables navigations de ces temps reculés. 

En 294, de Rome 4044, l'Afrique fut violemment agitée par 
les Quinquégentiens {^QuinquegentianiJ ^ ayant pour chef Julia- 
nus (2). Ces Quinquégentiens étaient des tribus indépendantes 
qui habitaient l'Afrique occidentale, dans le voisinage de la 
Mauritanie tingitaine. Bien que toujours divisées entr'elles, elles 
s'étaient réunies cette fois, pour fondre ensemble sur les pos- 
sessions romaines. Elles en furent repoussées par Maximien, 
envoyé à leur rencontre, et leur chef ne put échapper au vain- 
queur qu'en se donnant la mort. 

(4) Scylax et Strabon. D'après le dernier, les Marmarides 
s'étendaient, au sud, jusqu'à l'Oasis d'Ammon. 

(2) C'est à la date que nous! donnons ici (294) qu'Eusèb6,de 
Césarée, parle de la révolte des Quinquégentiens. Chronicon, 
op. cit. 



— 136 — 
4« SIÈCLE DE L*ÉRE CHRÉTIENNE. 

Au commencement du 4* siècle, sous le règne des Empereurs 
Constantin, Maxence et Maximin, un hiver pendant lequel \eê 
pluies avaient été moins abondantes que de coutume ( tfii6re« 
restringit in nuhibus), fut suivi d'une famine qui n'était pas 
moins fatale aux animaux qu'à Thomme. Et non solum homi- 
nibus fructum, verum etiam pecudibus pabulum negat. Avec ce 
fléau régnaient des maladies épidémiques. Eusèbe, à qui nous 
devons la connaissance de ces calamités, ne dit pas si toutes les 
parties de l'Empire en furent affligées. Aussi les eussions- 
nous passées sons silence si, parmi les maladies épidémi- 
ques, on n'en distinguait une dont nous sommes bien aise de 
constater l'existence en passant Mais je laisse parler l'écrivain 
ecclésiastique, que nous avons déjà cité si souvent ; il venait de . 
décrire l'afiligeanle et hideuse famine { famés obscœna) qui dé- 
solait l'Empire : 

Aeris qiioqae temperies, quam suis impiis actibus descripse- 
rat famulari, in tantam corruptionem versa est, ut homana 
corpora ulceribus pessimis, qui ignis sacer appellantur, nec 
non et his qui dicuntur Garbunculi replerentur, ita ut ora ho- 
minum atque oculos occuparent ; ut si quis forte ex his effu- 
gisset mortem, luminibus orbaretur. Sed et aliis nihilominus 
pestilentibus'morbis virorum, ac mulierum immenses multitu- 
dines, et prBdciptAè infantum, acervatim cadebant (1). Op. eit, 
Hh. 9. 

n résulte bien évidemment pour nous que la maladie dont il 
est ici question, était la variole, et le fait de ;son existence en 
Europe au commencement du 4* siècle, a de l'importance au 
point de l'opinion des Loïmographes qui en fixent la première 
apparition dans ce pays à l'invasion des Arabes en Espagne , 
c est-à-dire au commencement du 8* siècle. C'est une question 
sur laquelle nous aurons à revenir. 

Bien des maladies sur lesquelles l'histoire se tait, durent affli- 
ger les Africains du 4* siècle, par suite des misères au milieu 
desquelles ils se trouvaient plongés. Un édit de Constantin, 
rendu en 322, de Rome 4075, donne une idée de cet état de 
choses pour le commencement du siècle. On y voit que des > 
pères et des mères, ne pouvant plus nourrir leurs enfans, en 
étaient réduits à les vendre. Constantin, par le même édit, in- 
diquait la nature des secours à donner, ainsi que la source où 
il fallait les puiser ; il diminuait en même temps les inppôts, et 
affranchissait les provinces agricoles des tributs d'huile et de 
blé qui, volontairement offerts d'abord, sous Septime Sévère, s'é- 
taient convertis, avec le temps, en contributions régulières. 

Sans doute, ce serait sortir de notre sujet que d'entrer dans 
des détails sur les évènemens qui engendrèrent tant de misères 

(4) Devons-nous rattacher à ces mêmes maladies celle qui, 
accompagnée de la famine, régnait en Syrie et en Cilicie (Asie), 
en 336, et ainsi mentionnée dans le Chronicon d'Eusèbe : 

Anni Domtnt 336. Pestilens et famé innumerabilis multitude 
in Syriâ Ciciliâque periet ? 



— 136 — 

en Afrique, au i" siècle de notre ère ; nous nous bornerons à 
les énumérer sommairemeat 

Dès les premières années du siècle (308), c'est un préfet da 
pirétoire, le Pannonien Alexandre, qui est revêtu de la pourpre 
malgré lui ; il en est dépouillé, trois ans après, par un autre pré- 
feldu prétoire, Volusianus, aidé de Zénas, général habile. 
Geax*ci font le siège de Cirta (Constantine), où Alexandre, pour^ 
suivi depuis Garthage, avait pu se réfugier. La ville ne peut 
tenir : elle est prise, saccagée, et Alexandre étranglé ; tous ceux 
de son parti sont dépouillés de leurs biens et sacrifiés. Garthage 
elle môme n'est pas plus épargnée : elle est pillée et incendiée, 
et loule r Afrique, enfin, paye, plus ou moins cher, le tort de 
n'avoir pas su vaincre. 

Après toutes ces vengeances, dictées par Maxence, viennent 
les dissidences religieuses, dont nous ne nommerons que la 
principale, celle des Donatistes. Ges plaies de l'Eglise succédaient 
aux persécutions dont elle avait été l'objet jusqu'alors, comme 
s'il eut été dans la destinée d'une religion de paix d'être sans 
cesse militante, et d'avoir à se déchirer elle-même, après avoir 
été déchirée par les autres !... Mais peut-être ces douleurs de 
l'Eglise étaient nécessaires à son affermissement 1 peut-être ne 
devait-elle sortir victorieuse qu'après avoir été éprouvée par 
tous les genres d'épreuves !... Quoi qu'il en soit, les dissidences 
religieuses se continuèrent dans le cours du siècle, en prenant, 
chaquejour, de plus en plus d'extension. En 396, de Rome! 4 49, 
vient s'y joindre celle des Machinéens ( du nom de Manès, son 
auteur), et qui, pour quelques années, devait compter, dans 
son sein, le grand St-Augustin lui-même. Tous ces schismes> 
en s'angmenlant toujours, traversèrent les siècles suivans, et 
n'eurent de terme que l'existence du christianisme en Afrique* 
Gé fait était accompli, comme on sait, à la fin du 7* siècle, alors 
que la domination arabe fut parvenue jusqu'à l'Océan. 

En 371, de Rome 1424, advient la révolte de Firmus, depuis 
longtemps amenée par les exactions deRomanus, préfetde la mi- 
lice. Théodose» envoyé pour le combattre, ne parvint à le 
défaire qu'après une guerre des mieux conduites, et qui ne dura 
pas moins dô quatre ans (375]. Sa victoire s'accomplit près du 
château ou forteresse de Subicara (4), où il se trouvait campé. 
Surpris et désespérant de son salut, Firmus se pendit, et ses 
restes furent portés à Théodose sur le dos d'un chameau. Théo* 
dose se rendit ensuite à Sétif (Sitifi), dont il était peu éloigné, et 
où il entra en triomphateur. 

En 397, de Rome 4450, le comte Gildon, investi, en Afrique, 
de tous les pouvoirs militaires, soulève l'étendard de l'indépen- 
dance. Son propre frère, Maskelser, dont il venait d'égorger 
les enfans, lui est opposé par les Romains ; il le rencontre en- 
tre Téveste et Ammédera, et met toute son armée en déroute. 
Gildon, abandonné de«5 siens, cherche à fuir en Orient; il s'em- 
barque (l'histoire ne dit pas où), mais, surpris par des vents 

(4) Quelques-uns écrivent Rusubbicari, localité à chercher 
dans les environs de Sétif. 



<x>airafre». il est <^Hgé d'ahordef .àTabraoa :(TAbdrqae, -prè^die 
là Càlle)': il y es£ ëmprisoané^ çt devance XsnaJort ^U» lui était 
réservée; eo se ^ dônoaDC lui-même (S98j, •. ' . 

Le sî^cte touchait à sa fin. I^rsqu^ rAfriqiie» aveçr)es deux ', 
autres parties du inonde alors doi^in}) dçymt le Ibéàlrâ (Fuoe 
maladie désastreuse. Cette ^a1a4i^ était m$fkrtiqB9éie.d^QS(iîè^ 
ffistoiré.deVEaiise, par Philosiorge, dont il ne.notis tateiplus : 
qu'un abrékif dû à Photîus^ joatf îarcQQ de Cotr$tan(i'n6(de. V<>i(3i^ 
sur ce sàiBt,*les paroles de Pholicis ; • .' : " . ^ ' " \ 

<i Phiititttôrgé.raconteQu'énsoti'temps, il y eut uùe pe^plus' 
a maligi^ et plus viulente que Jamais, et qui avaU été présagée 
« par rdt>paritbn .d'un dstre ôa fprme d'^ée. ISt, en «tfet, oH 
« ne vijC jamais. ^utAntd^ calamités publi^uesquè dansce temps- 
«r -là f jamaîd^'il ne péri i autant de tnôode'eû Eurôpe^^Pr Asie et 
< eh Afrique, par des gèni-^'de teor( différens, mais égalem^ent 
« limestés. Les uns furent pèrçés par le fer^des B^bdité^-rd'^U'^- 
c. très; edleTés pVr U maladie copStagieu?^^ d'au trâ3^en(9()jre' par 
é U famiûè/.BttsotnlMeQ de mecdQ péril aussi dans lesirén^blêT 
« mens de terre (|'oi. .renversèrent ^es'^viflea entières. f3)'l.\^'r 
Abrégé dé Vhistotre de PEylfM\iê Philpstorgéy pftr ^hotiiU, . 
W6. xii t&apJ X . '*: * * * . • ..-• '-.. 

L'astre. qu*oi) ' considérait: comme ayant présagé le.il^u:dobt . 
il est question, était tineèométe sur laquelle Ppotlusdonime de» 
détails, t)U6 .Âojiis croyons devoir reproduire. Cest* t<Hgours* 
d'après Phitbîs^rge que jéfle Phptius; . 

«L Après que ttàiinie eût été Vaincu^ dit cet auteur; et dans le ' 
« temps que Théodoee,4e' retour à Rotade, se disposait à en par^ 
« tir, il apparqt au ciel Un astre, nouveau et extraordinaire, qui 
« menaçait le monde desmalhem*s les plus funestes (i). Il corn- 
« mença à paraître vers le milieu de la nuit, près de la planète 
« de Vénus, qa'il tendait à égaler par sa grandeur et par sa 
« clarté... Les moindres étoiles (expression du traducteur de 
« Pbotius) s^^ssemblèrenC ensuite autour de loi, i peu près delà 
« sorte que les abeilles s'assemblent autour de leur Aeinç ( il y 

(4V Pbotius signale eûcofe une autre comète qui apparut sous 
le règne du petit Gis de Tbéoddse, Tbéodosé n,. dit (a j'etih^, eô 
même temps qu'une éclipse de soleil qui, au grand étonnemeut . 
des populations, fit voir lés étoiles en plein jour. Ou ne manqua 
pas aa).tribner à ces deui: phénomènes célestes différentes ca<» 
lamités qui se pr^entèrent Tannée suivante!^ Op. eit., lib. n, 
eap. 8; . • 

(2> De tout temps, Papparition d'une comète a été, pour les 
pepulations, te présage de- grands malbeurs.* Cependant) de 
grands niall^eurs, de grandes calamités n'ont pas toujours suivi 
Tapparitioa des comètes; des évènemèns, plus eu moins beu- 
reux, au'^çûptrairé, ont même été/de temps à autre» observés à 
leur ^uite^ et noù^ en possédons un exemple as^ ràpprocbé 
de nous. Nous voulons parler de Tabondante et excellente qua- 
lité de vin récollée en France, en 4844, et qu'on a attribuée à 
l'influence de la Comète de bette même année. 

48 



— 138 — 

« a Roi dans la Iradactioii ), et il se forma, par leur coDCOurSy . 
a une sorte de feu ayant la forme d'une épée ; la lame 
« était représentée par les étoiles, et la poignée, par Tastre 
a nouveau. Que si cette apparition, par elle-même, avait lieu 
« d'étonner les esprits, il en était tout autant de son mouve- 
« ment de progression. 

« D'abord, elle accompagnait la planète de Vénus, se levant 
« et se couchant avec elle *, elle s'en éloigna ensuite insensible- 
« ment, en se portant vers le septentrion , et mit quarante jours 
« à accomplir cette marche. Elle se jeta alors dans la grande 
a Ourse, et disparut ainsi auxregards des populations effrayées.» 
Op. cit. lib, X, cap. 9. 

De tous ces détails , il n'en est qu'un qui nous intéresse , 
c'est l'époque de l'apparition de la comète , puisqu'elle fixe ap- 
proximativement celle de l'invasion du fléau qui fait l'objet de 
nos recherches. 

La défaite de Maxime , qui venait d'avoir lieu lorsque la co- 
mète apparut , s'accomplit en l'an 388 , de Rome 4441 , le 26 
août (4 ). 

Combien de temps s'écoula-t-il entre la défaite de Maxime et 
rapparitioii de la comète ? L'histoire n'en dit mot. D'après les 
paroles de Pholius , nous serions autorisé à placer l'apparition 
de la comète eu la même année que la défaite de Maxime , 
c'est-à-dire en 3S8 , mais le premier événement a été fixé, par 
les astronomes, en l'année suivante , 389. Nous rapporterons 
donc en la même année 389 , ou en l'année 390 an plus tard , 
le fléau de la fin du 4* siècle de notre ère. Je dis au pîus tard , 
parceque , pour qu'on ^it pu entrevoir quelque liaison entre 
les deux événemens , il a fallu qu'il ne se fût pas écoulé, de 
l'un à l'autre, un trop long espace de temps (2). 

Nous terminerons ce qui nous reste à dire de l'épidémologie 
du 4** siècle , en consignant deux faits d'hygiène publique qui s'y 
rattachent : l'un , est l'institution des Lazaristes en Espagne y 
en 365, de Rome 44 48 ; l'autre, est un édit de Théodose-le- 
Grand, sous la date de 392, de Rome 4 445, portant interdiction 
d'enterrer dans les Églises , ce qui avait été en usage jusqu'alors. 
Un mot sur ces deux actes des temps passés (3). 

L'institution des Lazaristes avait pour but les soins à donner 
aux lépreux, ce qui témoigne à la fois de l'existence et de la 
multiplication de la lèpre en Espagne, à l'époque de l'institution 
dont nous parlons. Alors, sans doute, l'Afrique du nord devait 
être dans les mêmes conditions que l'Espagne « sous ce rapport, 
à eu juger , du moins , parce que nous y voyons aujourd hui. 
La lèpre, en effet, y est aujourd'hui une des maladies familières 
aux indigènes sédentaires, et j'entends par cette dénomination 

(4) Cette date est celle de la décapitation de Maxime. 

(2) Les Égyptiens ont attribué à Tune des cinq comètes de 
4825, la maladie qui, en la même année, leur a enlevé leurs 
bestiaux, leurs chevaux et leurs ânes. 

(3) De Villalba, op. cit., l. 4", p. 35 et 36. 



— 139 — 

ê^indigénes sédentaires les habitaos des montagnes qai habitent 
des demeures fixes, non sous la tente, comme les Arabes. Nous 
reviendrons , en son lieu , sur cet important sujet. 

Les Lazaristes ou chevaliers de St-Lazare, aussi appelés frères 
hospitaliers , se composaient d'hommes distmgués , vivant sous 
la règle de St-Bazile (\). Ne donnant d'abord leurs soins qu'aux 
lépreux, ils les étendirent ensuite aux malades atteints du feu 
sacré, encore 9ppelé feu persique, feu d'enfer, etc., ainsi qu'aux 
pestiférés. En résumé, avec le temps , toutes les maladies endé- 
miques, épidémiques et contagieuses, au point de vue du traite- 
ment, rentrèrent, successivement, dans le domaine des Laza^ 
rlstes. 

L'ordre religieux des Lazaristes se transforma plus tard, après 
l'invasion arabe, en un ordre militaire, particulièrement destiné 
à combattre les infidèles, ainsi qu'on appelait alors les Arabes. 
Dans cette nouvelle position, ils combattaient et pansaient les 
blessures de leurs frères d'armes, renouvelant ainsi ces vieux 
guerriers qui^ chez les Grecs et chez les Romains, paiisaient les 
blessures de leurs jeunes camarades, instruits dans cet art par 
rexpérience de leurs propres blessures. 

L ordre des Lazaristes s'étendit hors de TEspngne, et nous le 
retrouvons, dans le xii* siècle, avec les Croisés en Orient. Il 
redevint, en 4624, ce qu'il était lors de son institution, c'est-à- 
dire purement religieux. Cette nouvelle ère des Lazaristes parait 
due à St-Vincent de Paul, qui lui donna de nouveaux statuts, 
approuvés par le pape Urbain viii, en 4634. 

Les anciens Lazaristes de l'Espagne nous sont représentés 
aujourd'hui par les frères de St-Jean-de-Dieu, religieux qui, 
comme leurs prédécesseurs, reçoivent, dans les établissemens 
qu'ils dirigent, les malades atteints de certaines maladies épidé- 
miques, telle que la variole, et même ceux atteints delà syphilis. 
J'ajoute que les frères de St-Jean-de-Dieu traitent cette der- 
nière maladie, non seulement chez les hommes, mais encore 
chez les femmes. 

Sans doute l'édit de Théodose aura été rendu par suite des 
calamités épidémiques de la fin du 4* siècle : outre qu'il devait 
être difiicile de trouver place, dans les églises, pour tant de 
morts, lorsqu'une grande mortalité frappait les populations, on 
aura reconnu l'inconvénient que pouvait avoir l'infection pro- 
duite par la réunion d'une grande quantité de cadavres au sein 
même des villes, et dans des lieux à la fois très-circonscrits et 
très fréquentés. Nous manquons de détails à cet égard. 

5' SlèCXE DE L'ÈRE CHRÉTIElfNE. 

ANNÉB 430. 

Les Vandales, depuis plusieurs années, s'avançaient du nord 

(4) Selon le Dictionnaire des dates ^ les Lazaristes auraient prû» 
leur nom du prieuré de St-Lazare , qui leur fut cédé , en 4 632, 
par les chanoines de St-Victor, à Paris. 



— 1«0 — 

rers le sud: en 4S9, 4483 de Rome, aii moi^ de mai, ils frao- 
chirent Le détroit de Gibraltar, au uombro de 80,000 Ï4) , 
y compris des Alains, des Golhs et d'autres peuples encore 
(PosaidtusV 

Déy'à, dès l'été de Tannée suivante, 430, ils étai(»itsoos le» 
m«rrs d'Hippoue, Hippie Re^ius y Hippone-M-Royate (prés 
B6nd 1, tlonllls faisaient le siège. Ce siège durait depuis quatorze 
mois lorsqu'ils furent obligés de le lever, par suite de la lamine 
^ui, après s'être manifestée chez les assiégés, s'était étendue 
jusqu'à eûxia Après qu'ils^urent été beaucoup, de temps' de-' 
< vaut Hippone , dit Procope, sans la pouvoir prendre, ni par 
tt composition ni par assaut, la famine les obligea à lever le siè- 
a |e. » Histoireâe I0 gumrè contre les Vandateê, chap. 8, tra- 
duction du Président Cousin. 

L'histoire ne dit pas si, pendani le siège d'Hippone, les Van* 
dales usèrent, tpoùr la réduire, d'un moyen auquel ilsètatént 
dans l'usage de recourir contre les places assiégées. Ce moyen 
consistait à rassembler, autour des murs de la place, les prison- 
niers qu'ils avaient faits ; ils y étaient ensuite égorgés et aban- 
donnés, afin que l'infection de leurs cadavres, se portant sur la 
population renfermée , y produisit des maladies pestilentielles. 
Mais écoutons Victor Utioensis (2) , qui s'exprime ainsi à cet 
égard : 

Ubi vero munitiones aliquœ videba&tur, quas hostilitas bar- 
barici furoris oppugnare nequiret , congregatis in circuitu cas- 
trorum inuumerabilibus turbis , gladiis feralibus cruciabant , 
ut putrefactis cadàveribus , quos adiré non poterant arcente 
murorum defensione, corporum liquescentium enecarentfœtore. 
Historia persecutionum quasinAphriea olim drea D. Auguatini 
tempora, Christiani perpesêi sub Genserieho et Hunerycho Van- 
dalorum regibus, Àuetore beato Vietore Episoopo patrm Vtieery- 
sis, lib. L Colonia, an. 4 537, mense Âng. 

M. Marcus, auteur d'une Histoire des Vandale^y pense que 
Victor, dans cette circonstance, les a calomniés -, que les Van- 
dales Ont bien pu ramasser des cadavres d'hommes et d'ani- 
maux morts dans les combats, ou d'une tout autre manière, 
pour les jeter ensuite aux postes avancés des ennemis, dans le 
but de vicier l'air qu'ils respiraient, mais non tuer des prison^ 
niers tout exprès pour employer leurs cadavres à ce perfide 
dessein. M. Marcus fait remarquer en même temps que c'était, 
du reste, l'usage adopté par les Maures en pareille circonstance. 
« Les Maures, dit-il, se servaient de ce moyen pour réduire les 
« places fortes (3). » Histoire des Vandales y liv^ m, p. 446. 

(4) Gibbon n'en porte le nombre qu'à 50,000. Histoire de la 
décadence et de la chute de l'Empire romain, ch, 33. 

(2) Victor de Vita écrivait soixante ans après le passage des 
Vandales en Afrique. 

(3) L'auteur ne cite pas son autorité» 



— 141 — 

Lu oiâme apteur rappelle, à cette ocoasion , que Giaérie /4), 
alersqe'il craignait que rEmpereiir BfejoriD ne c&oisit, poyr rat- 
teiodre eo Afrique, là mêùaô route qu'il avait suivie pour s'y 
reudre , fît jeter , dans les puits et dans les sources de cette 
route^ force ordures, et plantes vénéneuses, dand Tespoir d'en 
emp<|isonner les eaux. 

Saint- Augustin, dont la présence était d'un si grand secoure 
aux assiégés, et |^r ses conseils, et par ses bonnes œuvres, leur 
for ravi le. 3* naôis du siège. Il avait 76 ans. mais il succomba 
moins aux progrès des aînées qu'à la tnalaaie dont il était atr 
teint. €'iest, du moins, ce qu'on peut inférer de sa bonne et heu- 
reuse consljtutiôn, d'après les paroles,jCi -après, de son ancien 
diacre el biographe Possidius, évoque de (^lama (Guelma] : 
.... Alacriter et fortiter sana mentOi sanoqùe consilio in eo- 
clesià prsedicavit ; membris omnibus sui corporis incolumis, in- 
tègre adspectu atque auditu, et ut scriptum est, nobis adstan- 

tibus, et videntibus S. Aurelii Augusiini Hipponensis Epis^ 

eopi tHto auctore 5. P4)Ssid%o Calamensi Episoopo iûsius dtsei- 
pûlo, qui eum eodêtn annis fermé quadringinta familiariter 
viaoU. Romœ, 4734. 

Sans doute, toutes les peines morales qui accablèrent le saint 
évéque dans les derniers temps de son existence, auront eu une 
grande part dans la maladie qui Tenleva au monde chrétien : 
plus de eoups ne pouvaient le frapper à la foisl Et, en effet, 
qu'on se rappelle, pour s'en faire une idée, que les Vandales n'é- 
taient arrivés à Hippone qu'après avoir dévasté et incendié tous 
les points qui leur avaient opposé quelque résistance ; — oue 
tant de cités, naguère encore si florissantes, sur la côte d'Afri- 
que, trois seulement r^istaient encore , et c'étaient Hippone , 
urta et Carthage ; — qu'aux Barbares du nord, ces ennemis ex- 
térieurs, étaient venus se joindre, pour l'illustre prélat, des en- 
nemis intérieurs, des eanemis de sa croyance, et contre lesquels 
il avait combattu jusqu'alors, avec tant de persévérance et de 
succès. Nous voulons parler ici, et des Donatistes, et des Mani- 
chéens, et des Pélagiens, avec d'autres schismatiques encore, et 
qui, tous, partageant plus ou moins les opinions religieuses des 
Vandales (2), les secondaient de leurs efforts contre leur propre 
patrie. 

La levée du siège d'Hippone ne fit que retarder la perte et les 
malheurs de cette cité célèbre : bientôt après , elle fut prise et 
brûlée (fuit ooncremata, Possidius;. Ce fut après une affaire 
générale, qui eut lieu en pleine campagne, et que le chef des 
troupes romaines avait cru pouvoir engager, à l'arrivée d'un 
renfort enroyé par PUcidie. Ce chef, au milieu de tous ses re- 
vers, fut encore assez heureux pour que Giséric voulut bien en- 
trer en négociation avec lui. Il s'en suivit une trêve dont les 
conditions furent arrêtées en août 434. A cette trêve succéda 

^4J D'autres écrivent Grenséric. Nous suivons icLMarcus, qu^ 
suit lui-même Victor de Vite. 

(3) Les Vandales étaient Ariens. 



— 142 — 

quatre ans après, 435, un traité de paix qui fat sigoé à Hippone- 
le 44 février, et d'après lequel une grande partie de l'Afrique 
passait aux Vandales (4). 

AMICÉB 439. 

Carthage , depuis la faible colonie qu'y avait conduite Gaïus 
Graochus, s'était relevée de ses cendres ; elle était môme rede- 
venue très florissante lorsque, par suite de Finvasion Vandale, 
elle tomba au pouvoir de Giséric, le 49 octobre 439. Les persécu- 
tions qu'il exerçait déjà sur les catholiques des terres à lui 
concédées par le traité de 437, (conclu avec Justinien), se conti- 
nuèrent alors sur une plus grande échelle, et c'est à peu près le 
seul fait important signalé par les historiens, à l'occasion de là 
prise de Carthage par les Vandales. 

ÂNNés 488. 

En l'année 488, de Rome 4242, pendant les derniers mois du» 
règne d'Hunérie, roi Vandale, une affreuse famine, produite par 
une sécheresse insolite, vint se joindre à la persécution exer- 
cée par les Vandales sur les cattioliques Un témoin oculaire, St- 
Victor de Vite, en a fait un tableau si palpitant, que nous croyons 
devoir le reproduire tout entier, malgré sa longueur ; il venait 
de parler de la persécution : 

« Cette tempête passée, dit Victor, une incroyable famine (tn* 

< eredibilis famés) commença d'affliger toute l'Afrique Aucune 
« pluie, pas une goutte d'eau ne s'échappait du ciel.... Certes, 

< ce ne fut point par hazard, mais par un juste châtiment de 

< Dieu , que l'eau manqua aussi dans une contrée où , par un 
« bienfait de la providence, elle n'avait jamais manque jus- 
« qu'alors (gusd semper affluenter aderat^ pluvianegaretvar). 
« C'était une contrée où existait une sorte de marais d'eau bouil- 
« lante et sulfureuse (cctnasi gurgitis aqua ignis et sulphurii (2) 
<K bùlliebat ) Toute la suriace de la terre était desséchée ; la 
« vigne ne se couvrait plus de pampres verts ; la terre, privée 

< de sa sève, ne verdissait plus le gazon ; l'olivier , toujours 
<K chargé de son feuillage, avait perdu tout son ornement; les 
« arbres fruitiers ne se couvraient plus de ces grappes de fleurs 
« qui promettent une riche récolte; tout était pâle et mort, et les 
« ravages de la peste (pestileniidd clades) s'étendaient sur l'A- 

< frique entière La terre refusait toute nourriture aux 

« hoDunes et aux animaux. Toutes les sources, jusqu'à celles- 

(4) Les promesses de Dteu, Chronique attribué à St-Prosper. 

(2) C'est bien ici la célèbre localité d'Hammam Meskoutin, 
dont on recherche, depuis notre occupation des traces dans l'an- 
tiquité. Et, en effet, ces eaux sont les seules, à l'état d'ébuUi- 
tion, que possède le nord de l'Afrique. D'un autre côté, nous 
savons que la contrée où elles se trouvent, entre Bône et Cons- 
tantine (Hippo Regius et Girta)^ a été un des grands foyers de la 
persécution Vandale. 



— 143 — 

tt des fleuTes les plus rapides, avaient tari Les bœufs et 

< les moutons, les animaux domestiques, tous les animaux en- 

« fin, jusqu'à ceux des forêts, succombaient Que si, par 

« hazard, un brin d*herbe perçait dans une vallée encore ha- 
« mide, son feuillage, qui naissait plutôt pâle que vert (palUn^ 
« t&m potius quamvirentem)^ était aussitôt détruit par un souf- 
« fle de feu qui desséchait tout dans sa course (totum torrendo 
« dessicans) 

« Nul commerce, nulle culture de la terre , faute de bras et 

« de bêtes de somme Au milieu de tant de maux . les la- 

c boureurs qui avaient pu résister jusqu'alors , ne désiraient 
« plus que la mort (jam sepuHuram querebat). Tout cessant, 

< commerce él agriculture, viel lards et jeunes geus, femmes et 
c eofaos, et jusqu'à déjeunes filles, venaient en foule, pressées 

< par le besoin , expirer autour des villes , des bourgs et des 
a villages (oppida , vicos vel singulcu urhes) 

« D'autres, répandus ça et là , ou dans les champs, ou dans les 
« forêts, se repaissaient avec avidité, et de racines desséchées, 

« et des moindres débris de matière végétale On en voyait 

« qui, se croyant assez de forces pour sortir de leurs demeures, 
a expiraient de faim sur le seuil (catervatim famé debellante 

« êadebantj 

< Les rues et les routes étaient couvertes de cadavres dont les 
« exhalaisons frappaient de mort ceux qui respiraient encore. 
« Des morts chaque jour et partout , et , nulle part , personne 
« qui s'occupât de leur sépulture. Les survivans « d'ailleurs , 
« succombant sous tant d'infortunes, n'auraient pu suffire à cette 

< tâche. On en voyait qui , pour se procurer du pain , cher- 
« chaient à se vendre comme esclaves , eux et les leurs, mais 
« c'était en vain : cette ressource même leur manquait... Places 
« des villes, voies publiques, campagnes, collines et montagnes 
« (montes et colles) , tous les lieux, enfin, étaient devenus le 
a tombeau des malheureux qui mouraient de faim. Les Van- 
« dales eux-mêmes , enrichis des dépouilles de tant de provin- 
« ces, et possesseurs de l'Afrique presque entière, avaienCleur 

< part de la misère générale : ils en souffraient même davantage, 
« car plus ils se glorifiaient ae leurorigine, plus ils supportaient 
« impatiemment les privations communes (tanto ampliui défi- 

< eiebant famé torauente defecti), 

a Personne ne s occupait plus de son fils , de sa femme , de 

« son esclave chacun sortait et allait , non où il voulait, 

« mais où il pouvait. On en voyait qui, errant et se soutenant à 
« peine, tombaient pour ne plus se relever. Alors une foule de 
« cadavres vivants (animata cadavera) venant du dehors , se 
« rassembla autour de Carlhage , et , comme elle s'augmentait 
« sans cesse, et que la mortalité y était grande, le roi crut devoir 
<i l'éloigner , dans la crainte que l'infection de ses cadavres ne 
« produisit des maladies dans son armée (ne oontagio deficien-- 
« tium, commune pararet etiam exereitui ejus sepulcrum ) , Il 
« fut donc ordonné , à cette foule malheureuse, de regagner 



— 144 — 

« ses foyers (provinciis e| âornihis êingulot), maispès un ne put 
« aller au-delà^ àir >a piort les atiajeoti déjà totls frappés (éum 
<r qùisqne ult^ue sépultutàmwam invult^pàrUret}.^ ... .... 

• *••• ., ^ ....•••» ....••#• ••-••4 • '•> •• .. 

« B(, enfin; la (àmine fit tant de ratages, que. les lieux» lîis plus 
« J^ulem, devenus sans hâbitans, reposent dans le plos 
i morne sîlenoe , nWrant plus que des ruines. » Op. cit, lib. m. 

En la.i(nôme année, 488, le 43 octobre, mourut Sunéric^ tout 
le corps potri^fié et boailloonant de vers, mais.citojis, à cet é^;ard, 
les propres paroles de Victor de Vite. Nam putrefoctus et bùUir- 
eus vermibus, non corpu^f sed partes corporis ejos videntnr 
esse sepuUse (4) .Op. cit., lib. in. Cette fin d'Hunéric fut consi- 
dérée , par les catholiques qu'il persécutait , comme une ptint- 
tioq du ciel. Rappelons, à cette occasion, qu'il est assez souvent 
que9tiQh) dansai histoire, de cas semblables. 

a Ma chair, dit Job^ est revêtue de poussière et de vers ; elle 
« se consume et reparaît pour tomber encore en lambeaux. » 
Cap. vu. «. 5. 

Le même Job dit encore, cap, xxx, ©* 47 «r 48 : 

« Mes douleurs^ pendant la nuit, tradsportent mes os , et 1^ 
« vers qui me dévorent, ne dorment point ; leur multitude con- 
« sume oion vêtement ; et ils m'environnent et me serrent 
« comme le haut d'une tunique. » 

fit rEcclésiaste, cap. xix, «. 3 : 

« Celui qui se joint à une femme^ prostituée, perdra lôule 
« honte y il sera la pâture de la pourriture et dés vers; » ' ' 

Hérodote, parlant dePhérétime> femme de Battus, roi dé 
Barca^ dit : • 

if Pbérétime fit une fin malheureuse: à peine fut-elle de re- 
<c tour de Libye en Egypte , «près s'être vengée des Barcèens , 
« qu'elle périt misérablement, dévorée par les vers dont son 
<K corps fourmillait ( 2 ). » Melpomèney liv. tv. . 

On lit, dans les Macahées^ Uv. n, cap. ix, F. 9 : 

« .... Car il sortait des vers dn corps de cet impie (Antiochus, 
« mort l'an 464 avant J.-C.) , comme d'une source; et, vivant 
« au milieu de tant de douleurs , toutes les chairs lui tombaient 
« par pièces , avec une odeur si effroyable , que l'armée n'en 
<c pouvait souffrir la puanteur (3). » 

(4 ) On peut inférer de ces paroles qu'Hunéric succomba à 
quelque grande lésion delà périphérie du corps, lésion traumati- 
queou médicale, telle qu'une variole confluen te, par exemfde. 
C'est, du reste, ce qui ressortira de ce que nous dirons, plus 
loin, des vers comme complication de blessures. 

(3] Pbérétime mourut en l'an 505 avant J.-C. ; elle venait de 
se hvrer à de grandes vengeances, à la tête d'une lirmée de 
Perses^ sur les Barcèens , meurtiers de sbn 'fils Arcésîlâs. 

(3] Antiochus iv, surnommé Epiman^s, mourut des suites 
d'une chuté de cheval. Les grands désordres qui sont la consé- 



— 145 — 

Joseph , l'historien , parlant d'Hérode-ie-Grand « roi des Juifs, mort 
fan 90 de notre ère» dit : 

« Ses pieds étaient enflés et livides ; ses aines ne l'étaient pas moins ; 
• les parties du corps qu'on cache avec le plus de soin, étaient si cor- 
» rompues qu'on en voyait sortir des vers. » ( Lib. xvn, cap. viii. ) 

Un certain évoque de Palestine, du nom d'Âëce, était accusé d'un 
grave délit. C'était au temps où Anastase, autre évéque de Palestine, 
cherchait à répandre ses erreurs , et , comme il était puissant , Aëce, 
pour se le rendre favorable, venait d'embrasser ses doctrines. 

» Incontinent après , dit Philostorge, il reçut le châtiment de son 
» crime : il lui vint un abcès aux parties que la décence ne permet pas 
» dénommer, et d'où les vers sortaient en quantité effroyable*. Aëce 
3 périt ainsi misérablement. » ( Op, ctt. , lib. ni. ) 

Eusèbe , le célèbre auteur de V Histoire ecclésiastique ^ dit, parlant 
de l'empereur Maximin, mort en 313 : 

c Un ulcère lui rongea les parties les plus internes et produisit une 
«> prodigieuse quantité de vers ( Vermiculatio quanta ) qui rendaient 
» une odeur insupportable. » {De vitâ Canstantini imperatoris , lib. 1.) 

Lactance raconte, en ces termes, la triste fin de Galère, Maooimianus 
€aleriuSy mort à Sardonique (Dacie ), en 311 : 

< L'an xviip de son règne , Dieu le frappa d'une plaie incurable 
» {Insanibili plaga) : il lui survint, dans les parties sexuelles, un 

» abcès qui s'étendit dans les environs • 

» 

» La mort S'approchait ; elle s'était déjà saisie de toutes les parties basses. 

» Les entrailles étaient gâtées et tout le siège tombait en pourriture 

9 Le mal , enfin , gagne les parties les plus profondes, les vers s'y en- 
» gendrent ( Vermes intu» creantur ), le palais et la ville sont infectés de 
» l'odeur qui s'en exhale. Les conduits de l'urine et des excrémens 

> étaient confondus et rongés par des vers iComesii vermibus)^ tout 
9 le corps se fondait en pourriture , avec aes douleurs intolérables 
» ( Intolerandis doloribus). On appliquait des animaux vi vans et de la 
» viande chande ( Cocta et calida animalia ) , pour attirer les vers au- 
» dehors ( Ut vermiculos eliceret calor) ; mais , quand on en avait 
» nettoyé les plaies , il en ressortait de nouveaux , comme d'une four- 
» milière : les parties profondes étaient une source inépuisable de cette 
» sorte de peste » {De mortibus perseeutorum, cap. xxxiv.) 

Sozomène , parlant de Julien , oncle de l'empereur du même nom , 
mort en 361, dit : 

« Ses parties naturelles se corrompirent , les chairs d'alentour se 
» résolurent en pourriture (1) et produisirent une si effroyable quan- 

> tité de vers, que les médecins avouèrent que la malignité de cette 
» corruption était au-dessus de la force de leur art. Ils é{)rouvèrent 
» pourtant tous les remèdes , de peur d'encourir les mauvaises grâces 
» de l'empereur. Ils appliquèrent, sur les chairs pourries, les plus gros 

(1) On peut supposer que ce Julien, oncle de l'empereur, était atteint d'un 
abcès urineux, et nous en dirons autant de Tévéque Aëce et des deux empe* 
reors Maximin et Galère. 

19 



— 146 — 

» oiseaux qu'ils purent trouver, pour attirer les vers au-dehors (1) , 
» mais cela ne servit de rieu, parce qu'à mesure qu'ils en tiraient , il 
» s'en formait d'autres qui rongeaient toujours tes chairs , et qui ne 
» cessèrent point de le consumer jusqu'à ce qu'ils lui eussent ôlé la 
» vie. » (lîiêtoire de l'Eglise, liv. v, chap. vra, p. 278.) 

Evagre, parlant du l'évoque Nestorius, de Constantinople , mort en 
432, dit: 

«c J'ai lu un auteur qui , racontant le genre de sa mort, assure qu'il 
» eut la langue rongée par des vers , et qu'il passa de ce supplice à, un 
» autre qui est éternel. » ( Histoire de rÈglise , liv« !•'. ) 

Théodore parle de ce môme Nestorius à peu près dans les naèmes 
termes. 

c Nestorius , dit Théodore , eut le corps tout rongé de vers avant de 
» mourir, et, dans le temps qu'on le rappelait de l'Oasis (2), pocir le 
» transporter ailleurs, il fut enfin consumé par ce mal, qui lui dévorait 
» les entrailles (3). » ( Abrégé de Vhistoirô de Théodore, par Nteéphore 
CaUistë y \\y. Il, p, 746.) 

Nous ne multiplierons pas davantage les citations. Quant à la nature 
des animalcules qui en font l'objet , ces animalcules n'étaient pas des 
vers proprement dits, mais des larves de diptères. La plus remarqua- 
ble de ces larves, par son volume, comme par sa fréquence dans les 
plaies i est celle de la Musca carnario^ Il ne se passe pas d'année, dans le 
nord de l'Afrique, sans qu'on la rencontre dans les plaies, et toujours 
en nombre plus ou moins considérable. EUe s'observe dans les plaies 
qui ne son! pas pansées régulièrement, ou dont le pus qu'elles four- 
nissent séjourne sur des points qui ne lui permettent pas une libre 
issue. Assez souvent, du reste , cette complication est plutôt un bien 
qu'un mal , ainsi que l'a déjà fait remarquer le célèbre chirurgien 
Larrey, dans la relation de sa Campagne d^ Egypte, et il en est touioors 
ainsi lorsque les insectes ne sont pas immédiatement en contact avec 
les tissus vivaus : ils se bornent alors à les débarrasser de la trop grande 
suppuration qui les recourre , et qui n'est pas toujours sans inconvé- 
niens. 

Nous revenons aux paroles rapportées ci-dessus , de Victor de Vite, 
sur la fin d'Hunéric ; nous y revenons seulement pour dire qu'elles 
sont une peinture fidèle du spectacle que nous avons eu sous les yeux, 
après l'assaut de Constantine, en 1837, et qui nous fut offert , non pas 
seulement par quelques individus isolés , mais par la plupart des mili- 
taires qui , enveloppés dans l'explosion de poudre à canon qui eut lieu 
au moment où nos troupes franchissaient la brèche, avaient été plus 
ou moins profondément.brûlés ( bon nombre restèrent sur la place, en 
quelque sorte, carbonisés). Dès que ces brûlures, qui, toutes, occupaient 



(1) De nos jours, et en pareille circonstance, ce moyen est eneore employé 
par lies habîtans de nos campagnes , et c'est ce que nous avons vu pratiquer 
aussi aux Antilles, contre la morsure et la piqûre des animaux venimeux. 

(2) C'était en lieu d*exil , en Egypte. 

(8) Il est superflu de faire remarquer qu'il est ici question d'une maladie 
Interne coïncidant avec la maladie cutanée. 



— 147 - 

uoesur^eplus ou moius étendue, commeocèreot h suppurer, elles 
furent aussitôt envahies par des myriades de larves, déposées par la 
Muscacamarta (1). Nous avons vu des malades, un officier de zouaves 
eolr'autros, qui ^d avaient jusques dans les oreilles et dans les yeux^ 

Le chiffre àes militaires atteints de brûlure par suite de la castasiiro- 
phe dont nous venons de parier, fut coasidéranle ; ceux d'entfeux qui 
entrèrent dans les hôpitaux ( les moins grièvement brûiés restèrent 
dajQS leurs corps ), étaient encore, leii novembre ( l'assaut avait eu Jîeu 
le 43 ), après les fortes pertes essuyées les premiers jours, »u nombre 
de ii4 ^ dont huit officiers. Pour plus de détails sur ce sujets nous 
renvoyons à la relation que nous avons donnée de rexpéditioo de Coos- 
lantiœ, on 1837. (MémtHres de médecine , ds ehirurgis «I de pharmacie 
militaires^ t. xliv. — Paris ^ lft39« ) 

Nous terminerons ce qui nous reste à dire de Tépidémologie du v* siè- 
cle (2), par quelques mots sur ce que nous ap|ielerons la partie médicaJe 
des œuvres du prélat qui en fut la plus fraude gloire. 

Do trouve signalées, dans les o&uvres de Saint-Augustin, la plupart 
des maladies de notre cadre oosologique , et ce qu'il en dit témoigne 
qu'à peu de choses près, elles étaient aussi bien connues de sou temps 
que du nôtre. Ainsi , parlant d'un (Àthysique, Saint«Augu;btin dit : 

Pbihysicus est , quis hoc curât ? Necesse est ut pereai , necesse est ut 
moriatur. 

(Seiimo Lxivn, Deverbis evangelii Math.) 

Ainsi, dit encore SaJot-Augustin, parlant de niydropkobte : 

< La rage d'tta^ieii plus à eraindre que les lions lei les dragons, 

> el qoî rend un hoonne qui en est mordu plus redoutable à ses pro- 

» près que les bêtes les pkis farouches. • 

( até de Dieu , liv. xxii. ) 

L'évoque d'Hippôpe dit aussi « parl«Bt d'ms cancer au sw ( M nuimUié 
canerum) chez une dame de Carthage, nommée Innocente : 

Rem fShut medici dicunt, nuîlis medicamentis ^anabilem. 

Nous bornons là nos citations , pour passer de suite à quelques 
paroles du saint évoque, d'où ressort ce fait important dans l'histoire 
des épidémies du nord de l'Afrique, à savoir que le territoire d'Bip- 
pêne, -oii vivait «e grand homme , n'était pas pins salubre autrefois 
qu'aujourd'hui {3}. C^ paroles, nous les trouvons dans la corres- 



(4) Wons avons vu éclope cette mouche à Algvr, de larves que nous avions 
recueillies sur des brûlés de Coostaotine. 

(t) Lapesie orientale >ët)att à Rome, avec la femlne^ en 408, «t eous lavetrou- 
TODs en Italie, en 461, -dôtelaDt également les vUleset les campâmes. Yfn^-^eux 
ans auparavant, en 443, elle était en Espagne, avec une famine telle que les 
boianes se dévoraient entr'euz avec fureur. C'était souple fègeedujrol|;oth 
B&^&Âco. {SatMt'Ieidoae et Omse,) 

,(3} Au moment où nous écrivons ceci, BÔne et son territoire tiennent d'être 
le théâtre d'une épidémie et plus firoioni^ que 4b coutume^ et plus gEav,e ver# 
la fin« Le pourquaj, le voici sans doute .* 

A Bône, comme fAttwsX a^eurs» dans les josémes conditions dimatérîqueâi, 
les maladies qui se développent par suite de llévaporation d« rété , cessent 



— 148 — 

poodance de Saiût-Augustio avec uoe Doble famille qui venait de 
quitter Rome, pour échapper à rinvasion des Golhs, sous Âlaric, eu 410, 
comme on sait. Cette famille s'était d'abord rendue en Sicile , d'où elle 
était passée à Carthage, puis à Tagaste, où elle s'était fixée. 

Un jour, Pinien , qui en était le chef, vient de ce dernier pointa 
Hippône, pour voir Saint-Augustin, qu'il ne connaissait encore que par 
correspondance. 

Comme il assistait à la célébration de la messe, dans l'église d'Hippône, 
le peuple se lève en masse et demande , selon Tusage du temps, qu'il 
soit ordonné prêtre , ce qui n'entrait nullement dans ses vues. Par là , 
le peuple avait pour but de le fixer à Htppôoe. à cause de sa fortune , 
qui lui aurait permis d'y faire du bien. Pinien fil alors dire , par Saint- 
Augustin, qu'il était disposé à s'y établir, pourvu qu'il ne fût pas obligé 
d'entrer dans la cléricature, ajoutant qu'il était prêt à en prendre l'en- 
gagement par écrit. Le peuple rejette, puis accepte cette proposition , à 
la condition , toutefois, que s'il se décidait , par la suite , à entrer dans 
la cléricature, il ne le ferait qu'à Hippône, ce qui fut accepté par Pinieo, 
sans hésiter. Cependant, comme il n'entendait pas se constituer prison- 
nier, en quelque sorte, dans Hippône, il était embarrassé pour la rédac- 
tion de sa promesse, voulant s'y réserver la faculté de sortir de la ville 
au besoin, comme il disait. A cet effet, il spécifia le cas où elle viendrait 
à être menacée, par l'ennemi, d'une invasion à laquelle on n'eût pu échap^ 
per qu'en fuyant. Cette raison, pour s'éloigner de la ville, ne paraissait 
pas des meilleures à Saint- Augustin ; car, comme il le disait à Pinien , en 
pareil cas, il eût été loisible à tout le monde d'en faire autant. Pinien 
n'en persistait pas moins dans sa réserve , telle qu^il l'avait exprimée. 
Alors intervint Mélanie , sa femme, qui , pas plus soucieuse que lui de 
se renfermer pour toujours dans Hippône, demanda qu'on en ajoutât 
une autre, qui serait le cas des maladies qui pourraient s'y développer 
par suite de la corruption de l'air. Mais rappelons, sur ce sujet , les pro- 
pres expressions de l'évêque d'Hippône , dans sa lettre à Albine , mère 
de Mélanie, femme de Pinien (1). 

a Je reviens à notre cher fils, écrit Saint- Augustin, que je trouvai en 
» peine sur le choix des termes de la promesse qu'il allait faire avec 
» serment, voulant qu'elle fût conçue d^une manière qui lui laissât la 
» liberté de sortir d'Hippône au besoin, comme s'il arrivait, disait-il , 
« quelque irruption d'ennemis ( Ne quis irruissH hostilis cursus) dont 

lorsque les sa i faces qui ont été découvertes par celte ëvaporatton,8e recouvrent 
d'eau en automne. Or, en 1852, rAlgérie a été privée d'eau en automne. Qu'en 
est-il résulté ? Que révaporation se continuant , des surfaces qui n'avaient pas 
été en contact avec l'atmosphère depuis plusieurs années, l'ont été en 1852 , 
et que ces mêmes surfaces ont dû fournir, non-seulement de nouveaux mias- 
mes, mais encore des miasmes d'un caractère d'intoxication plus grande que 
ceux qui se dégagent annuellement , par la raison qu'ils avaient séjourné plus 
longtemps que ceux-ci dans les terrains qui les renfermaient. 

(1) Ces deux Mélanie sont an nombre des grandes dames romaines qai , à 
l'époque dont nous parlons, visitèrent la Terre sainte. «Ce n'était passeule- 
» ment, dit de Chateaubriand, les prêtres, les solitaires, les évoques , les doc- 

> teurs, qui , de toutes parts, se rendaient alors en Palestine : c'était des dames 
» illustres , et jusqu'à des princesses et des impératrices. J'ai déià nommé 

> Ste-Paule et Ste-Eustochie ; il faut compter encore les deux Mélanie. Le 

> monastère de Bethléem se remplit dt-s plus grandes familles de Rome , qui 
» fuyaient devant Alaric. » {Itinéraire, introduction, p. 108.) 



— 149 — 

» on D*eût pa éviter la fureur qu'eu se reliraut , à quoi la sainte dame 
» yélanie voulait qu'on ajoutât les maladies qui pourraient provenir 
» de la corruption de Pair ( Etaëris morbidi eausationem ). » 

( Auguitin à la sainte et vénérable servante de Dieu , la trés-illustre 
dame Albine^ salut en J,-C. ) 

yrais<>mblublement, par les maladies qui pouvaient provenir de la 
corruption de Fair, d'un air mal sain, aëris morbidi , il faut entendre 
les épidémies paludéennes qui , du temps de Saint-Âugustin, comme de 
nos jours, devaient affliger, de temps à autre, le territoire d'Hippône , 
sans doute marécageux alors , comme il Test encore aujourd'hui. Et 
peut-être serait-il permis de supposer que la maladie qui enleva le saint 
évéque lui-même, dans le cours du siège de la ville, était de la nature 
de celle dont nous parlons. En effet , nous voyons , dans son biogra- 
phe, quMl s'alita épuisé par des fièvres, febribus fatigatus. Or, le mot 
febris, au pluriel , parait avoir été employé par les latins dans le même 
sens que nous employons aujourd'hui « au même nombre, celai de fièvre, 
c'est-à-dire pour désigner des acres de fièvre , des fièvres d'accès , en 
d'autres termes, des fièvres rémittentes et intermittentes, et, en un mot, 
des fièvres d'origine marécageuse ou paludéenne. Quoi qu'il en soit, voici 
toutes les paroles de Possidiussur la maladie à laquelle Saint- Augustin 
succomba : 

Et eeoe tertio illius obsidUmis mense deeubit febribus fatigatus , et 
illâ ultimd eœercebatur aegritudine, ( Op. eit» ) 

Le VI* siècle est , pour le nord de l'Afrique, l'une de ses époques les 
plus mémorables, et par l'expédition qu'y fit Bélisaire , et par l'expulsion 
des Vandales, qui en fut la conséquence. Nous trouvons, dans l'acoom- 
pUssement de ces deux grands évônemens , des faits qui se rattachent à 
notre sujet , et que nous ne pouvons passer sous silence. Uo autre grand 
événement se passa encore en Afrique dans le même siècle, mais l'his- 
toire, en le signalant, n'y ajoute aucun détail. Nous voulons parler de 
rexpédition dirigée sur les Gaules par les Maures, en 575. Mauri 
expeditionem in Gallias suscipiunt , dit Morcelli. ( Conspectus annalium 
eeclesiae africanae ^ voU 11.) 

ANNfiS 533. 

L'expédition de Bélisaire sur le nord de l'Afrique se fit. comme on 
sait, en 533 de notre ère, dans la 7* année du règne de Justinien. 
L'armée se composait de 15,000 hommes, tant romains que confédérés 
et alliés , savoir : 

Infanterie , • • . . 40,000 hommes. 
Cavalerie , . . . . 6, 000 — 

La flotte qui portait cette armée était sortie de Constantinople au 
solstice d'été (22 juin), après avoir reçu la bénédiction du patriarche 
Bpiphane, et se trouvait devant Métone , aujourd'hui Modon, lorsque le 
vent vint à tomber complètement. Bélisaire profita de ce contre-temps 
pour faire débarquer et reposer ses troupes. On ne dit pas depuis 
combien de iours elles étaient débarquées c|uand une maladie vint les 
atteindre et leur enlever 500 hommes en très-peu de temps. Cette ma- 
ladie fut attribuée, à tort ou à raison , à la mauvaise cuisson du pain. 
Celle-ci , d'un autre côté, était imputée au préfet do prétoire, des attri- 



— IftO -- 

butions duquel reesorlait raJinioistratioa de l'armée. Mais laissoos 
Prooope, lui-même, raconter cet épisode de la traversée de la petite 
armée de Justioieo. 

« Jeao, préfet do prétoire, dit Prooope, était on scélérat qoi savait tant 
» de moyensdifférens de remplirrépangne da bien des peapleF,qo'll m'esi 
9 impossible de les indiquer tous. J'eo ai touché quelque chose aox 
» endroits où rhittoire m'y a obligé , et il £ioi que je dise maintenant 

• comment il fut cause de la mort d'un bon nombre de nos soldats. 

9 Le pain que l'on distribue anx soldats doit être mis deux fois dans 
» le four, afin qu'il puisse ètr^ gardé plus longtemps, mais il ne peut 

• être cuit de cei4e sorte, sans qu41 soit pins l^er qu'il ne le serait s'il 

• était moins cuil. C'est pourquoi les hommes foni une remise de la 
9 quatrième (lartie du poids qu'il devrait peser. Jean, qui voulait don- 
» ner moios de bois et moins d'argeoi an boulanger, ei qui désirait 

• néanmoins que le pain fût du même poids , commanda, iorsqu'oo 
» porla la pâte dans le bain public, de mettre plos bas que de couiume 
» la plaque de cuivre sous laquelle on allume le feu. Dès que cette 
» pâte eut pris un peu de couleur, il la tit charger^ dans des sacs, sar 
3 Iss vaisseaux. Lorsque la flolie fut arrivée à Métooe, on distribua aox 
» soldats^ par boisseaux, non pas taot do pain qu'une sorte de pâte 
» moisie et qui tombait toute en poudre. Les soldats ayant pris une si 
> mauvaise nourriture , dans un pays fort chaud, et au milieu de Tété, 

• en contraclèreot diverses maladies dont 66<l moururent. Le mal eût 
» été plus grand si Bélisaire n'en eût arrêté le coors , en faisant onire 
» lui-même du pain à Métone. » 

Procope ajoute malicieusement que la conduite de Bélisaire , dans 
celte circonstance, fut louée par l'empereur, mais que , pourtant , Jean 
ne fut pas puni (1) . 

Nous ne voyons pas que b maladie se soit continuée dans Tannée 
après son départ de Métone ; nous voyons seulement qu'à partir de 
ce moment, le vent fut si faible que ce ne fut qu'après vingt-six jours 
de navigation qu'elle aborda en Sicile , sur une plage déserte , à peu de 
distance du mont Etna, et que Teau dont elle avait fait provision à Mé' 
tooe, était alors toute corrompue. Cette corruption de l'eau pouvait avoir 
exercé un état fâcheux sur la santé des troupes, maïs Procope n'en dit 
rien ; il se born e, à cette occasion, à faire remarquer que l'eau delà pro- 
vision particulière de Bélisaire s'était parfaitement conservée. Cette pro- 
vision, el c'est ce que Procope nous apprend encore, avait élé faite par 
les soins de la femme même de Bélisaire, Anionina, qui avait mis l'eau 
dans des bouteilles en verre, qu'elle fit ensuite placer dans une caisse. 
Celle-ci , à son tour, fut déposée au fond du navire , dans un endroit 
où le soleil ne donnait jamais. 

Il est vraisemblable, Ixien que le reste de la narration de Procope ne 
le dise pas, que l'eau d'Anloaine se conserva saine jusqu'à l'arrivée de 
Bélisaire en Afrique, qui n'eut lieu que trois mois après son départ de 
Constantinople (23 septembre). On sait que c'est à Cêpuî^-Vada (S) , 
régence de Tunis, que s'opéra son débarquement. 



^1) La lean sont de tontes les époques ; nous avons «Q aussi les nôtres, 
q«i fie fuvciM: pas «ioIds heureax. 

(ft) Br SiO , Jdntmetttm, qui avait succédé à cette ville, ffçnl le nom de 

Jttstiniapalis. 



— Iftl — 

AziNÉB 534. 

Gélimer, défait par Bélisjûre, près de Carthage, se réfugie à Ifidéne (1), 
ville située dans TEdoogh, l'aDcleoDe Papua^ près d'Hippôoe: il y est 
sarvi et ceroé par Pbaras, Iteuienant de Bétfsaire. Bientôt, les nabitans 
ne recevant plus rien de rextérieor, sont assaillis par une famine qni 
se fait sentir jusques dans la famille du roi fugitif, et elle en souffre à 
ce point, qu'elle détermine Gélimer à se rendre. Mais laissons raconter 
au secrétaire de Bélisaire ce dernier épisode dd la campagne de son 
général. 

« Plusieurs jeunes gens des parens de Gélimer, dit Procope, avaient 
» le corps tout rongé de pourriture {î]. Bien que cela lui fût extréme- 

> ment sensible , il le supportait, néanmoins, avec an grand courage 
» jusqu'à ce qu'il vit, devant ses yeux, le triste spectacle que je vais 
» décrire. 

« Une femme maore avait mis cuire un petit pain sous la cendre, à la 
» manièredu pays, il y avait , devant le feu , deux eofans dont l'un était 
» fton fils, et l'autre le neveu de Gélimer. L'un et l'autre enrageant de 
» faim, attendaient que le pain fût cuit , afin de se jeter dessus. Le Van- 
» dale fut le plus babile, et, ayant pris le pain encore tout cbaud et 
» fout plein Ae cendre» il le mit dans sa boucne. A Tinstant, l'autre lui 

> sauta au visage, et lui donna plusieurs coups pour lui faire sortir, 
» de force, le pain d'entre les dents. Gélimer, touché à la vue d'une 
» action si pitoyable, écrivil à Pharas en ces termes : 

, J'ai résolu de suivre votre avis, je ne résiste plus à la fortune, 

et je m' abandonne à Vordre des destinées, quelque part qu'elle me mène; 
seulement^ faites en sorte que Bélisaire m'assure ^ue l'emperêur eœécu^ 
tera, de bonne foi, tout ce que vous m'avez promis de sa part. Aussitôt 

r j'aurai sa parole, je me rendrai aveo tous les Vandales qui sont ici. 
dt.j, liv, II, chap. vu.) 

Ainsi se termina , pour le dire en passant , Texpédition de Bélisaire , 
et se réalisa cette ancienne prédiction qui était passée jusques dans 
les chansons des enfans : 

G* . . chassera ^. . . , et G. . . sera chassé par B..., 

prédiction qui devint alors claire pour tout le monde. Et , en effet , 
Genseric, à la tète de ses Vandales, s'était emparé de TAfrlque , sur 
Boniface, et cette même Afrique venait d'être reprise par Bélisaire , 
l'envoyé de Justinien. 

Année 542. 

La peste du vi« siècle, qui parcourut le monde entier, au rapport dtes 
historiens, parcourut donc aussi l'Afrique. Elle apparut à Constant inople 

(i) On écrit aussi medeos, mideos et midenos. Quelques pierres taillées et 
quelques pans de mur, voilà tout ce qui reste aujourd'hoi de cette historique 
population. 

(2) Que fant-il entendre ici par pourriture ? Nous noQs bornons à foire re- 
marquer que tes Indigènes des contrées paludéennes, tel que le territoire de 
B6ne, par exemple, sont souvent atteints d'ulcérations aux jambes. 



?*': 



— 125 — 

vers Tan 54% (1) ; Procope , qui l'y observa, en décrit ainsi rappariiioo et 
la marche géographique : 

« Elle commença , dit cet aatear, par les Egyptiens de Pélase. De lâ , 
» elle se partagea et alla, d'un côté, vers Alexandrie, et, de Taotre , 
» dans la Palestine. Ensuite , avançant toujours, et avec une marche 
» réglée , elle courut toute la terre. Elle semblait garder une mesure 
» égale, et s'arrêter un certain temps dans chaque pays. Elle, s'étendit 
» jusqu'aux nations les plus éloignées , et il n'y eut point dé coin , si 
» reculé qu'il pût être, où elle ne portât sa corruption. Elle n'exempta 
» ni île, ni montagne, ni caverne. S'if y avait quelqu'endroit où elle 
» n'eût pas touché, ou si elle n'y avait touché que légèrement, elle v 
» revenait sans toucher aux lieux d'alentour, et elle s'y arrêtait jusqu'à 
» ce qu'elle y eût produit autant de funérailles que dans les autres. 
B Elle commençait toujours par les contrées maritimes, d'où elle se 
» répandait sur celles qui étaient loin de la mer (2). » 

( Histoire de la guerre contre les Perses^ par Procope , trad. de Cousin.) 

(1) L'antear des Fasta^ universelê, etc. , qui fait nattre la même maladie eo 
543, dit qu'elle fut précédée de trembiemens de terre presque continuels, 
qui eurent lieu dans le mois de septembre. 

(2) Il n'échappera mus doute à personne que la marche de wcette épidémie 
est absolument celle du choléra : la peste orientale ne nous parait pas pouvoir 
s'étendre si loin de «son origine. Oep^idant» comme nous allons le voir, 
dans les descriptions du fléau et par Evagre, et par Agathias^la maladie s'accom- 
pagnait de (»ustules, de cbarhons, d'abcès dans les aines, etc. Nous ne voyons 
qu^un seul moyen de . mettre tous les auteurs d'accord en ce point, ce 
serait d'admettre, que, dans certaines localités, dans les contrées orientales 
surtout, il y aurait eu coïncidence des deax £éaux, du choléra et de la peste 
orientale. 

Ajoutons que la peste orientale, la peste à bnbons, était en France dans les 
années 503 (Marseille) » 
540 (Auvergne, Pari*, etc*), 

643 (Provence) , \ 

564, 

570 et 571 (Auvergne, oCi on mourait dans l'espace de trois jours au plus ; 
on y observa des bubons aux aines et sous les aisselles) , 

579 (précédée par des inondations extraordinaires) , 

580 fdeux filles de la reine Frédeç^onde en moururent) , 

582 (Touraîne,oùSt-Grégoire,de Tour8,'la désigne suus le nom d*Inguinaire), 

583 (le roi Chilpérie en perdit ses deux fils et sa femme Contran ) , 
586 marbonnaise), 

688 (Provence, jusqu'à Lyon] , 

589 (Marseille, où elle fut importée d'Espagne, d'après Grégobe, de Tours), 

59a, 

591 (Tonraîne, Vivarois et Aragonoit , où elle portait le nom d'Inguinaria) , 

599 (Marseille et toute la Provence). 

Elle était en Italie dans les années 588 (dans l'armée des Goths qui 
assiégeaient Borne , sous la^conduite de Vitigès) , 
589 (dans l'armée de Théodebert, roi d'Austrasie, passé en Italie au secours 

des Ostrogoths) , 
543 (Lombardie , Etat de Gènes) , 

564 (mêmes localités, d'où elle se répandit dans toute l'Italie) , 
589 et 590 (toute l'Italie, Rome surtout, après un débordement du Tibre). 
Cette dernière, qui se propagea jusqu'en Espagne, n'était sans doute pas la 
peste orientale, car nous voyons qu'elle s'accompagnait d'une vive irritation 
de la membrane pituitaire, qui donnait lieu à un éternnment convulsif pen- 
dant lequel on mourait. De la l'origine de cette coutume de dire aux personnes 
qui étemuent : Dieu vous bénisse ! Dieu soie avec vous , etc. ! 

(De Yillalba, Op. cit,, p. 87.) 



— us — 

Procope fait ensuke rhistorique des ravages du fléatt à Coostaoiioo- 
pie ; après quoi , il ajouto : 
« VoilàlesdésordresqneprcKluisil la maladie ooatagieoaedanaCon- 

• sUrUioople ei dans les autres pays de robéiSBance des Romains. BUe 
» infecta aiJSât les Perses et d'autres barbirea. » i Op. dL ) 

Bvagre, témoin du mémo fléau, à Ântioche (1), en parle dans d<*8 
termes à peo prés semblables, sous Le rapport de sa marche géogra- 
phique ;'seulemeot, au lieu de le laire oflilre à Péluse^cooime Proeope» il le 
fait sortir de TEifaiople. Mais ce que nous eu apprend Evagre olfire 
trop d'intérêt pour que nous ne le rapportions pas tout enlMT* 

« U commençi, dit Evagre , doui ans aorés la prise d'Aotloohe par 

• les Perses, et parut sembUible à la peste d'Athènes (décriie par Tbticli' 

• dide) sous certainb rapports, et en dUTérer soae d'aairea. Il toinba 
» d'abord sur TEtbiopie, et, de là , se répandit , tour è iour, sur toutes 
» \e» parties de l'univers. Quelques vules en furent ai horribLemant 
» affligées qu'elles en perdirent tous leurs habitans; d'autres en furent 
» Trappées moins fortement. Elle n'arriva pas partout de la méoie ma-*- 
» nière, et il en était de même lorsqu'elle cessait* Elle apparut eo 
» hiver dans quelnues endroits , en d'autres au printemps , ao d'autres 

• en été, et, en d autres , en automne. Il y eut des villes où elle o'in- 

• fecta qu'un quartier, épargnant les autres. Dans d'autres villes, on 
9 vit des q<»ariiers oè elle enleva plusieurs familles lout eotières, tandis 
» que , daiis d'autres , elle ne touchait qu'è deox ou trois maisons. 

• Mais, comme nous l'avons observé exaetenaept^ elle s'attaqua, Tanaée 
» suivante, aux maisons auxquelles elle n'avait pas touché la pramièra 
» année. Ce qui paraîtra extraordinaire , c'est que lorsqu'on oitoyeq 
9 d'une vUie qui en était alïli^ , se trouvait dans ope autre ville qui 
j» en était exempte, il était frappé de la même nuladio qui affligeait 

• ses oompatriotes. 

» Elle arrivait . pour l'ordinaire, i la fia des ladietloQS. «t redodUail 

• de violence en la seconde aonée de chaque indiotioa (9)« 

A Comme je crois qu'il m'est permis de parler de l'auteur de c^ta 

• histoire, je dirai que j'étudiais en grammaire lorsqu'elle oommança^ 
» et que j'en fus alors attaqué Plus tard, j'en perdis ma femme ^ 

• qnelques-uns de mes enfans, de mes parens et de mes esclaves* 
» Mainteaaot que j'éa*is ceci, me trouvant en la ^%* aonée de 
» mon âge. Il y a deux ans que la ville d'Âatioche ao est affligea pour 
9 la q'ualrième fois, el il y avait d^à quatre indictioos qu'alla d^w^t^ 
•> lorsqu'elle en fut attaquée la dernière fols. Elle m'enleva alons «na 

• fille et un petit- fils, outre les enfaus qu'elle m'!avait dé^i «atavés 

• précédemment. 

» Au reste, cette maladie était une maladio composée, et qui senahlai^ 
m r4uqlr la malignité de plusieurs autres. Il y ^vait des peraoaues 
» auxquelles elle commentait à la tète, au visage et aux yeux, qui 
» étaient ordinairement ennés ; puis , descendant A la gorge « elle les 
A emportait impitoyablement. D'autres avaient des dëvofemens , d'au- 

• très des abcès dans Kaine, et d'autres des fièvres auxquelles \\$ suc^ 

(i) Evagre, né à Epifthadle (Syrie), vers Tan StS, passa presque tante ta vie 
à Anfloclie, où 11 composa son ÉUtoire tie VEgUst. Cette fai8loire,eomiaencëe 
«n Tan 431, 8*arréte à Tan 694. 

{Il) IMriode ou eyde de quinze ann^s. qui commença en 343 selon les^ms, 
«t en 318 scion les autres. I«a cour de Borne compte encore par iodlctions. 

20 



— 154 — 

9 combaieDl le second ou le troisième jour, avec pleine connaissance 
» et beaucoup de force en apparence. D'autres perdaient la connaissance 
» ftvantde perdre la vie, etd'autreg, en mourant, eurent tout ie corpg 
» couverts de pustules et dech^rbon^. Quelques-tins finirent par suc» 
» comber à la maladie , après en avoir déjà éprouvé deux ou trois 
j» attaques. 

» H y a%alt diflërente^ manières de la contracler, et plusieurs étaient 
» fort difficiles à comprendre. Quelques-uns moururent pour avoir 
» ^meuré dans des maisons où il y avait des malades , d'autres pour 
v y être entrés une seule fois, d'autres prirent le mal sur les places 
» publiques. Quelques-uns s'en préservèrent en fuyant les villes 
» mfectees, mais ne laissèrent pas de le donner aux autres. Qu^lques-^ 
» uns demeurèrent au milieu des malades tl des roorl^, sans en ressen- 
» tir aucune incoQUDodité. Oo.^q^v.il^q«ii, las de vivre, après avoir 
» perdu tous les leurs» ^ tinrent çuiiuntiotlem^nt au milieu des ma- 
» iades^san^y pooifoîr trouvçf Ipi mui'li. Eiifio^ cette maladie fut la plus 
» ierhble qu'on eùiinco^e-yJ^è.iu^q^'â prçirCQt, et il' y a cinquante^- 
» deux ans qu*etle dure. » " ^ 

{Hi$Mrê4e.XM^li^ ^^hj^f^^^fk ^'•a^.i»ction de Cousin , 

Agathlas^ q4Û.,/cQ^maPrpp9i^j^JË^ du même fléau» 

en rait la de^lption ^uivaaip : \ .^^ H, \^- 
V Au^ouMB^iÇQmf^iÏH ^>îjaten[^p& âë,^\^,^ffi£cffQ année, la maladie 



» contagieuse paru t de noù vei|f u ilï^^^^iAi^n^^ £^ Y ^" ^^^^ bea ucoup de 
» personnes. Il est vrai que, depuis' la 5* anhée (lii règne do Justinien, 
» époque oè elle avait commencé à affliger l'Orient , elle n'avait point 
9 cessé entièreo^ ent ; e'Ie avait beuleme nt" chan'^e de lieu ; infectant 
» tantôt L'un et tantôt l'autre. Elle revint dtocàConstantinople, comme 
» si elle eût regretté d'y être demeurée si peu de temps la première fois. 
» Plusieurs mouraient subitemeni , comme s'ils eussent été attaqués 
» d'une forte apoplexie. Ceux qui avaient plus de vigueur pour résis- 
» ter, ne passaient pas le cinquième jour. 

» Le mal était ^iccompagné, cette seconde fois, des mêmes symptô- 
» mes que la première, l^f jy'a^|^g[r#s'(lf^.ipas de fièvre sans charbons , 
» charbons qui les rendaient plus dangereuses ; elles n'étaient pas in- 
» termittenles , mais dtiaitoiss, et se fioissaient que par la mort du 
» malade. Quelques-uns, sans avoir éprouvé aucun accès, ni aucune 
» douleur, étaiei^t surfids/«u imilitfU^ 4p>ltiur« fon<;tions ordinaires et 
» emportés en u^ instant, par la violence du mal. Il mourait des pèr- 
» sonnes de toutes sortes é^yièir itoi^*««rlout des jeunes gens et , plus 
« particulièremeàt encore, des garçons. » 

(Histoire de Justinien y chap. &, p. 537 'd<3 la traduction de Cousin. ) 

JorcJandus parle de la même maladie à l'occasion de celle qui sé- 
vissait àCarthage , sous Saint-Cyprien , Oallus et Volusius , empereurs 
régnant. . ^ 

« A cette époque, dit Jornandus (1^, une maladie pestilentielle ( Pesii" 
» lens morbue), presqu'aussî terriote que la contagion qui nous a 
» décimés il y a neuf ans encore, désola toute la surface de la 
» terre » (De rébus Geticis , cap. vu. ) 

(1) Il écrivait vers Tan 552. 



— 1S5 



Nous la trouvons aiusi mcnlionnée dans l<s Ckronkon de Paluierios, 
de Florence : 

Ânnisalutis 542, Conitaniinopoli multoa hominum pestes absumpêii, 
(Mathajbi Falmsrii Florsmt. Cbrohigoii. ) . 

La pandémie du vi* siècle cessa précisément en Tannée où Evagre 
écrivait ( V%de suprà ) qu'elle durait depuis cinquante-deui. ans. 

ANZfiB 557. » 

« Ea fanâée 557, dit Buret de Longch^imps , la peste continue de re- 
» vager rEiirppe , TAsie et TAfrique. » 

( Les Fastes ùmverselles ou Tableixux historiques, chfonohgiques et 
géographiques. — Paris, 1^21. ) 

Nous n'en savons pas davantage sur rexistence de la peste en Afrique 
à cette époque; seulement oo^ pourrait soupceoner que c'était bien la 
peste orientale, car celle-ci réjgù^U. à <!onstanunopher^^^^ suivante, 

538, à en juger par les fiubbn^ i^bi y'furent observée, particulièrement 
sur les enfans. , .^ a. .r «' 

(Cedrénus, cité pà^liTi'iÈ^Bil^tt^diftitiôd àês'WUvres d'Hippocrate, 
t. m, p. 4.) ^'' ' - 'î 

Remarquons qu*en^. Ta^nnée précitée, 657^ mourut à Hippône, Hippo 
regius, une femmè^quf ftH'-^tn-litréMQ d^^^^^^ 
alors régnante en Afrique. Qji'on nous petiuette' de reproduire ici son 
épitaphe,qui se lisdiV'à^J)6tie?l Mtf^^Pâè dé cetlè^mé, sur une pierre 
qui, depuis, a été iriiB^'rtétf^^»^ . • 



uy / ^ un jI- j". >'ji oli/I (i-'ck'! Jojf bI 



.» 









.ANN9 X^mi 



|CA9T^G|:,nSS. 



( ApriUa fidelis viœit septuagihta quinque, Recessit in pace sud die 
tertio ïealendas septembres^ armo vicesimo quarto kartaginis.) 

(1) Elle se trouve aujourd'hui à }a Bibliothèque impériale^ où elle a été 
encastrée^ avec d'autres , dans une des salles du rez-de-ebaussëe. 



— IftS — 

knnàK 599. 

Eo i'aDoèe 599^ la pest'^ parcourait l'Afrique, mais nous maoqqon» 
do détaits sur ses ravages. Uorcelli en parte eo ces termes, â la date 
précitée : 

Lues Àfricam quoqu» peragravit : ah quam epiêcopum erga miseros 
mra snituit. ( Op. cit. ) 

Ainsi qu'on l'a vu dans une note précédente, la peste orientale était, 
en la même année, 599, à MarselUe et dans toute la Provence. 

AMMÀB 600. 

La peste qui régnait en Afriqtie l'année précédente , 599, s'y contt- 
■itill en Vatt (SOO. Lueg twsum p$f Afri&m serpit , dit Morcellt. ( Op^ 
eU. ) 

viv atietE de vèwé cmiËTiEiiiie. 



aMittfc MO. 



Eo Tannée 610 • par suite ,de.l%, révolte dai tout l'Empire contre l'em- 
pereur Phocas , de grands inouvèinens eurent lieu dans le nord de 
l'Afrique (1), aiaiaoomi;i»\sO':Toyona'Xeasanir? aucun fait médical. 

1.es Perses qui, eo 6itif.4fifint ye^ûs,^^ siège devant Car- 

tilage, la prirent etfi^tiitléreiu Yws^.w^a^a^ U6 (t). L'histoire, 
malheureusement, fait coDhâUre^ôeiëvinoD^^nt. sans raccompagner 
d'aucun détail* , , ^^^ ,,, , |. " 

Les Arabes, qui étaiëiU entf^j^ Egypte éajÇai de notre ère, s'avan* 
6i5^ ^ de. rhëgire. D«i^ ipaladies graves les affli - 



cèrent en Afrique eu v«a^^ «,# mv « h«?b"v* ^«^ Mf «*«>»•««* ^«..«» ,^ «».. 
gèrent alors et arrélèr^oi £éur^ çooqvù&i;^., Q^ ces maladies ? 

Voici tout ce qu'en 4\t . Céràquoef 

c L'armée musulmanf^ était, en Al^i(4Qè|depu|^ quinze mois ; les corn- 
» bats et les maladies Tavaient l>eaucoup diminuée. Le triste état dans 
» lequel elle était , req^pêcha de pousser, ses conquêtes plus loin. » 
{Histoirede V Afrique et aelrEspagne, i. <•', p. 25 ) 

C'était sous le califa d'Osman, et les choses en restèrent là pendant 
tout son règne et celMi de son successeur Ali , et ce ne fut que 
sous le califa suivant, ôehil de Moavie, que les Arabes tournèrent 
de nouveau leurs regards vers TAfrique. 

ARifÉB 665. 

Blorcellf dit qu'en l'année 665, la peste parcourait l'Italie et les autres 
provinces, Pestisper Italiam imaiqme provineku pervagatur : les pro- 
vinces d'Afrique iaisateaUelles partielles provinces affligées ? On peut 
raisonnablement le suppeseré * ; 
I- - - - - ■- '■' • - '■■ 

fl) On vit alors sortir, do port de Carthage, une flotte DombreoM se rendant 
à Gonstantinople» soua les ordres du jeune Uéracliu*, fils du. préfet d'Afrique» 
et qui, arrivé à Constantinople^ précipite dutréne Phocas et se fait proclamer 
" . a 0^ plaça* 



(S) Je Sufà, pont Cette date, Bufct. Cousin, dans la Cbronolocie qnf fait HuSte 
à sa traduction de V Histoire de Constantinople, t. 'Vllf, place la prise de 
Gartbàge, par le8Perseii,en dt7. Ceak-^l étaient vcnosen Afrique par PCirfpte^ 
romme nous allons j voir arriver. aussi les Arabes. 



— 157 — 

Ce fut en celle même anQé<%, 665, sous le califa de Mo.ivm, que Ben- 
HadMje Tut envoyé en Afrique, pour en reprendre el pour^Ulvre I4 
GODquôtc}, qui né s'acheva que beaucoup plus tard. 

AIWÉB 678, D& l'héoibb 59. 

Bo Tannée 618 , de rhégire 59 , sous le califa de Uoaviey la pesie 
était en Egypte , où elle exerçait iaaplus grao^ls ravages parmi tea 
Arabes. Alarmol dit même que presque toute leur r^ce en fut détruite. 

< En 678, dit Marmol, il y eut une si grande coulagion en Egypte, 
» que presque loule la race arabe y fut êteiuie. » 

(Op. eiL , t. fr, liv 2, p. U7. ) 

Ainsi que nous Ta voua vu préoédemmeati depuis plus de irenle ans 
(33 ans) déjà, les Arabes avaient pénétré en Afrique, et , depuis ce mètue 
lajss de temps, les rapports les plus nittltipliés devaient exister entre ce 
dernier pays et l'Egypte. Il est donc vraisemblable qu'eu 678, de l'hé- 
gire 59^ les Arabes d'Afrique ne sont pas restés étrangers au llôau qui 
décimait alors leurs co-religionnaires «8r£gypte. 

AKNÉB 6*; iJfi'i'ilÈtfftrB M. ' 

Ed 698, de Thégire 79^ sons tetmlile Abiietoialek'; Carihage fut atta- 
quée et prise par Hassan , malgré ioutç la résistance du patrice Jean , 
général de Tempereur Léon. L'histoire est bieo. silencieuse sur celte 
prise. Qu'en dit-^lfe eridn^^^t^oliàèlÉa^ detrliidit , (|ë footl en comble , 
Cartbage, et qu'il éle^ uli^1bH«^e§èe^^k' se^ déè6l|iibrèd. Kous n'avons 
dono pas à nous arrête!^ îil^iS fohgtèÉp^ "fd. ' - ' ' 

Eu terminant notre revue dn vit* siècle, au point de vilré qtil nous 
occupe, nous ne pouvons He^pars'C^ire remarquer cetref p'^ës^ue Immu- 
mté pour TAfrique, à t'âniiroîlîdé^ maludies t^énémlâi^ou épidémiques, 
durant le vu» siècle. Nôiî^ r^toarqitfon s encore que cet heureux état de 
choses fut partagé' par la France . où iwus ne voyor^ alicune maladie 
signalée; par les autecrfir, p^dàfht^ mèniQ laps de LettipS (1). 



Aî(}(tiifiii^ DB i/BÂaiu 9i. 

, En l'année 714, de Thégire 92 , lors dé la bitàilie perdue , par le roi 
Rodrigue {t), sur les bords du Guadalète (3), il y avait deux ans que la 

■ ■ " '■* »■■ - i*ii« W 1.III w .ii'ii> ■i<»i ' dhi m il it« p».iii -; »..i» ; n , m . -. ■ ■ |. 

(1) Il en fut autrement pôor nrstte., A4ilsS« tieus ir ToyonS la peste pendant 
lesaonées ^0$ (Borne)» 615 (borrifcdestretnbleniâia de terre, cette même année, 
en Italie ), 617(aRorae, avec la famine), 618 (à Rumeî eoiucidant avec des trem- 
blemens de terre), Ô65 (ItaUs et tes autres. pxovUices^X^ 6SÛ (à Rome surtout, 
aocompa^éede ploies continuelles, de ventiim^éttieux et d*orages effroyables). 

(t) Rodrij^, digne, par ton cotfirage , d'an mêilleor sort, y perdit aussi la 
▼ie. Ce fut le troisième jour de la lune de XawaI, qui a commence le 73 ou le 
)4 juillet, deux jours après celle de Ramadan. C'était le troisième jour de la 
bataille. La tète du malheureux roi Ail envoyée, par Tarik, à son chef Maxa , 
resté en Afrique, et qui l'envoya, à son tour, au califé, k la Mecque. 

(t) La bataille eut lieu dans la plaine que traverse le Gnadalète , à deux 
lieues de Cadix, et près de la place où se voit aujourd'hui Xérès de la Frontera. 



— 158 — 

famioe et la peste désolaient le midi de TEspagne. Narinol, parlant des 
deux armées, l'arniée chrélîeone et l'armée arabe, alors réunies sur les 
bords de la ri? iére ( la première du c6té de Se ville, la seooode du c6t6 
de Tarife ), dit t ^ ^ 

« L'Espagne était fort traVaillée , depuis dettX;ans , par la Tamine et 
» parla peste. » (Op. eif., t. 4«% liv. ii, p. 460). Sans doute, l'au- 
tre côté du détroit devait partager ce même état de choses, tant à raison 
de leur commune position f^graphique, qu'à raison des communications 
journalières que 1» guerre établissait eotr'eax. 

En raânée'344v^^^^bégire/^Sfla;varMe apparut en Espagne, et oo 
Tattriboa aux An^es^ qiu enauraifint «ppotté le germe de rAfriqae. 
( De VillalbayOp. eUi «qi:! 36-^8911). A|ais; «v»iild*aller plus loin, faisons 
observer que de VttlalharAx^^/ni 44 4U)venibi!e 914, le première invasion 
des Arabeft éOiBspagM'.^r 0^, laoprémièrff' expédition de Tarik-ben- 
Zeyad(U Ans ee pa^neilonte à'l'mik.0lr'del<'bégirie, lune de Ramadan, 
7IOde'Jif^,v 9l]ift«ee«Mle,)<[aà'ful;BtM|«ied8; te bataille livrée au roi 
Rodrigue,. 4 Taenée'SatvantèLv 12,ée ^^bég^re , 1» fi* jour de la lune de 
Regebï^ fini<)tAiirrJLd0il/an f7il de(ii^.îtl|ràsuh^>dei4à:que ce serait en 
71i^:Q«iijen,SMf.eQffltaM«kditide«iVIillali)jBffl^^^ la première 

appatilioucdecfotwaEiflteenfEspagnip^.si oéKeëprariiioo y coïncida avec la 
.premlèreiini«d8ipniarabeiiQuAiian'4l^ «qtf^tofsflpiel la^ variole se montra 
en Ëspttg»e.pOurJai'j|MrebiiàreifqH; i€|n^ «QQOKtiok.'Til ou en 714, on la 
conaîiléraJ odratna QMitMe/inDti^séiilemeM pour l^s^pagne, mais encore 
pour l'Europe entière. On lui doiiQlit&.pQBr patrie t'Ârabie, d'où elle 
sérakp8saéaiff^B{ypteiiaviioîles'.Aiiyibe8(!ublBap9>da'0^^ et ee 

secaiieDtlea«(fieai(f atfiûBaunMaote^siikefvopalg^^ dans toutes contrées 
qu'ils pftreQuoii«iiA»>lon^i(^iq -•>.'' .. . ool r- . 

i/opM^ien-jAB ^'^irigiae modeeneLdetla i^pDiolo^eit àfiea près abandon- 
née :âUjOtif;d'ii«ri.<AiH9fi|»ai|sèreiie'^n'éua^ m tes recherches d'où 
résôUek^it) xtilèi lif . Variole :qenait lDdii|oée dans une soorce que nous 
n*avC(DS;4]|U ^ooo8t»Ua;!,<^àètiu^t^éciii2Vdin< dubU^iSiàiie de notre ère; 
nous lesrpaasfl^airà«DU8. sUenee ^ est, vdaisediblàblament, la variole. 
comm&.'q«elj[|)ttefi>aflê#easDali(dids!ausEnialleë on a assigné des époques 
d'apparition, est vieille comme le monidevivi^ttle comme l'homme , qui 
a dû eneppiiMbairJe^erméeifriiiissaîkti. . * 

N'étl^•Q9;p9a;te.x)a9}olb^qliC^I;elleJQaladi&>efxvqoy^ Moïse et son 
frère, auîpei^He de]PhQeaoil,jebfeiittsimeQtioodiéêdans VExode, v. 10? 

« Ei«ils.^rneaR4BlaQattdTe dnsfeytir, et.)lH)iBé présentèrent devant 
» Pharae!n,']dt Moïse Ja jeta meesitè ciel^ etplors se formèrent les ulcè- 
» res et les enflures brûlantes , sur les hommes et sur les animaux. » 

(f) teshistorii^DS r^pp^Uèiifcift^ââtT'itirir e^ Tairtf-beQ-llalik. Dans sa première 
expedltioti surVEspa^ine, tl fi^mparâ d^Héraclêei, aujourd*hdl Gibraltar, et c'est 
de lui que la montagne 8ûr laquelle se trodve cette vllte a emprunté son nom 
dans la langue arabe, Djebel t^ifouTarik, dont nous avons fait Gibraltar. 

(7) Il est asses digne de reoiarqdb que les premiers médecins an! en ont 
traité, sont tons des médecins arabes, à partir d'Aaron, médecin d'Alexandrie» 
à qai nous en devons la première description. 

Vinrent ensuite Rasés, qui avait fréquenté les écoles arabes de FEspagne, 
Averroès et Avenzoar , tous deux mMecIns de Cordoue, et Avicenne, que les 
Arabes dé:»ignent sous le nom de Persea Jvicenna. 



— 159 — 

Joseph et Pbtlon parlent aussi de cette même maladie , envoyée , 
par Moïse, au peuple égyptien . 

«'lia se trouvèrent tous couverts d'uhèreo, dit Joseph, parlant des 
» Egyptiens , et plusieurs moururent ainsi ^véritablemeni. o [Hiitoire 
ancienne des juif a , liv. 44, chap. 6. ) 

Phiion entre dans de plus grands détails sur ce lléao de Dieu , et 
ooos le laissons parler, ou, pour mieux dire, son traducteur. 

« Tous deux par le commandement de Dieu, dit Philoa (1) , parlant 
9 de Moïse et de son frère , prirent dedans leurs uiaiiis de la cendre 
» du foier , la(]uelle Moyse espandit fort menue par l'air. Si tobt que 
» cette poussière fut esparse çà et là, eHe fil venir, taut aux hommes 
» qu'aux bestes irraisonnables , des estranges tt fascbeux ulcères par 
» toute la peau, de telle sorlo qua le^icorps, tout incontinent, s'enfle* 
» rent de bourgeons ellmbes, et:fuiieAt tout couverts de pustules , 
» pleines de boue et ordurev (esc^clolJ^ ëdûiitoyeul , comme on peut 
» penser, pour la graodè ehalBor de dèdansv douteltes estoyent enflam- 
» bees« encores qu^oèi.B^i^ ^Bisè-viesl Su 8e«lim8i ainsi accablez de 
» douleurs et toariiiealii'decel9Uuloeies9lîi«flMiaiaittpa^, n'esi^yent pas 
9 moins travaiUex sde leuts:e9pcit94ij0<^t^4ewrs><c(Hrpiss eslaoïs totale- 
» ment alteoaexet liae>2de'(^ohlefjii,riFau!iaoiqukHv nevèyayt, dessus 
9 aux ( eux }, qu^UK uitera qui (Hrebeil et '^banUialoU^ <<tèpm^ la teste 
» jusquesauxpieds^ Mvena^S:^ réUnfi»sfant«) ioasttei'autneè. (fuiestoient 
9 espars partoutdKcieRjpfvtiesjda ourps^^j^bne mésmefoitmtt'd 'ulcère, 
9 jusqu'à ce que,^ de:Jiiirhfl[f,^pjH*ies!pr«Biibi/iitu.<bo»^legiBla^ Moyse , 
9 qu il faisoit pour.lc&pMBrBBs papepB^riaimalaiÉiïylkji altegee. a 

( Philoh, le jçftfi,. Dé irità JAnuv bb^^tr^i p^: Idt^ndide la Iraducton 
de Pierre BELLl£lt..-'^d^risv«lâ98u^:»i:U;' :m, s-ij.^- j.\ 

Ne pourrail^oiLpaSiToir itui$6èdlai^^vii!i1iat»idails^(^tfe^ des 

épidémies déc^ite&so^^lja.nwnvdft 1^4 !Mmr^Ed«r(^8-9Mf^ de feu de 
Saint-Antoine^ et dont nous ne savons pluj^;(fucSi/iA6eaoor« (2)? Celle 
décrite par Eusèbe^ ei^quc nagnaftb^anssià'^iivsisii^otet, cik)U8 paraîtrait 
avoir ce caractère; iiMBÎliqi»!nai»)i'aveneiie^4iè^tl^ haut ( Epidémies 
du IV siècle). NoysnensrboDoerofB jàHrmppèlerifrJ qu'elle. consistait en 
des ulcérations ^ taanFatœ antui!sc*( l^/bsfièàs j»i($<fN«»:), qui s'éten- 
daient jusques sur la boiiehe el^.su^ les yônas. (0^ Admiitum atque 
oeulos occuporei )v^tq ufel te Beapuriifit h^ueaiip die" mooée, mais surtout 
des enfans (Praaiafiu^iti^(oiiii)v ; itm/ :. r 

Nous pourrions voir encore^ ia barioler dffns- la tualaRèie qui enleva 

lajeune£oli>DQei]airaoè^(^àlaqnel[|ioMi9Miooii8ii6^^^ épitaphe : 

« Gi-gitl'EjlieiicîeCteeciâf enfant. ddat 11 sepiiètoé année fut la der- 

» nière. crime 1 èrforfalll "iPasdanl pDloyc^uol teMierde pleurer? 

9 II ne s'agit pas iek de déplorer la hriéttfté'de sa /Vie : le genre de sa 



(1) Pbilon, le juif, né À AU?xaiidricy^p aQ;^,a^i)!^( J-C, a ^is$é bo^ nombre 
d*oavrages, entr'anfroa ceax-cl : Ve vUdJ^^is. Z>e inundi creatione secun» 
dum Mosen , De vitd conpcntplatii'd t^ï>(^ rnunaOf. ';; 

(2) Mais quelle étajt donc cette singulière matadîe qui s*acconipaf;nait sou- 
. - . . . . . ^ orteils, mainfl , 

1 serait, certes, 
V hospices spécialement 
fondés, dans diftérens états de l'Europe, pour eu recevoir les Diala<les, semble- 
raient établir qu'elle appartenait à la catégorie des maladies chroniques , 
comme les maladies lépreuses. 



— 160 — 

B mort est (\lus tristo q'K" sa mort mèHi4>. Une lèpre affreuse a détroit 
» son visage; elle s'est Giée sur sa bouche iléJiûate ( in ore luea ), et a 
• ravi , pres^que tout entières , ses lèvres au bûcher. » ( Epigrammts , 
liv. XI.) 

Nous terminons le peu que nous voulions dire sur Vancienoetè de la 
variole, en reportant 1 alt(*ntion sur la maladie qui, dans les premières 
années de notre ère, se iransm^^ttail, en Italie et ailleurs, à 1 aide d'ài- 
touilles empoisonnées^ dit l'histoire. &lais rapportons tout ce que nous en 
savons, ei que nous devons à Dion Cassius , qui en parle à roccasioo 
des règnes de Domitien et de Commode. 

I* Régne âe Uomitien ^ proclamé empereyL? en 81, mort en 96. 
« Certains individus, dtt ct*t auteur, empoisonnant des aiguilles, se mi- 
f» rent è piquer ceux qu'ils voulaient; fvlusieurs personnes piquées 
« nooururent sans rien savoir Quelques-uns de ces scélérats, dénoncés, 
» furent suppliciés, et cela arriva , non-seulement à Rome, mais, pour 
t ainsi dire, dans toute la terre habitée, b ( Histoire romaine^ ch. lxvu. ) 

V Règne de Commode. « 11 y eut alors une maladie, la plus violente 
» à ma connaissance : il en mourait souvent, à Rome, 2, 000 personnes 
» en un Seal jour. De plus, beaucoup périrent ^ non-seulement dans 
B Rome, mais, pour ainsi dire, dans tout l'Empiré, d'une autre façon. 
B Des scélérats, empoisonnant de petites aiguillef^, avec certaines subs- 
B tances détélèri^s , transmettaient, par ce moyen , à prix d'argent , la 
B mahdie. » {Op, eit.t lxxii ) 

Maintenant , quelle était la maladie dont nous vrooDS de parler T 
D'abord, on avait pensé h la -variole et à fon ioocotation , mais cette 
inoculation donne une maladie plus légère que ceile*oi , tandis que 
te mal communiqué dont parle Dion Cassius , emportait les malades 
aussi rapidement que le msï\ primitif. Etait-ce donc la peste orientale 
qne ce «nal ? Et, é:%n& l'affirmative, qoe penser de la possibUîté de sa 
irunsaiisainn , question sor laquelle existe enooh^tatit^ dirergeuces 
d'opinions? 

AmtK 760. 

Kircber, après avoir parlé de la peste qni , en 6S0. avait affligé ftome 
et les autres villes de ritalie, pendant trora mois, eotia le pape Agatbon, 
ajoale : 

MecÊmduit pestis anno 760 in loto mwido, [ ScnurmiUM psme, p. US. 
Lipsiae, 4671.) 

La peste <le l'année 760 ayant affligé tout te monde, a donc dû affliger 
aussi l'Afrique. Nous ne possédons, toutefoii; . aucun document é cet 
égard. £n outre, Kircher est le seul auteur qui . à notre connaUsance. 
parle de cette pandémie de Tannée 760, comme aussi de celle de 680, 
q«e nom ne trouvons, non plus , mentionnée nulle part (1). 



^i) La pc4te ^ait en ftalio dans U» années 7ft (Breurla ei ^am le veSsmaf^R ; 
ît ne restait plo» pn'sonne |>oiir enterrer les mort»), 740 (Sicile, Calabres, Grècr 
i^t tout rOricnt], 744 {Pavic, itù la famin<> Tavait fnt^cédée). BHe faisait de grands 
ravages 4. Constantinoplc en 746. ( Nicéphore, ch. 13.) 



n* élIÈGLE DE L'àBE GHftÉTIBlIlIB. 



ANIIBB 812. 



En Taonée 812, des noées de sauterelles, veDaDl d'Afrique, iofestèrent 
ritalie. LocustoB gregatim ex Àfricd volantes Italiam infeslarU , dit 
Mathaeti$. {Mathaet Palmerii fiorentini tempofum $t hUtOTiarum eonlt- 
rwMtio (1). --Bâlè, 4519.) 

Puisque ces nuées de saulereUes vetfaieut de l'Arrique, elles avaient 
doue infesté ce dernier pays avant d'infester l'Italie. 

Est-il nécessaire de le rappeler ici ? Les sauterelles sont un fléau pour 
les populations , et parce qu'en détruisant les récoltes, elles engendrent 
la famine et, par suite, des maladies qui en sont la conséquence ordi- 
naire ^— et parce qu'en se putréfiant en masse, comme cela arrive assez 
souvent, elles donnent lieu à des exhalaisons méphytîques qui peuvent 
ne pas être sans ibconvénieûs. Noos Favôns d^à vu précédemment, 
une opinion populaire, répâtée par'présaue tous* les historiens, 
leur attribue la propriété ou faculté d'dn^enarer des maladies pestilen- 
tielles et la peste même. Nous ne reviendrons pas sur les doutes que 
nous avons émis i cet ét^rd^ à'fodcasion de l'épidémie de l'an 425 
avant l.-C, de Rome en. 

Cette année, 8lt2, ènt^avo^ida nftentisseMeiil parmlles Arabes 
d'Afrique, par ha reAif'que Ot ii^plKmse^le^CMaté, foî de» Asturies , 
de payer au rcM maure de: €ordé«e ^ AbdëMDile'li , le tribut de cent 
jeunes filles que lui piryaieât ses'aneêirtds.' Gel Mlâme tribut remontait 
à Mauregat , qui i'evail eoMentii^iftiis un Hrtttté'de fiait avec un roi de 
Cordoue. Deux ans pHietard, AbderaBie' réclama le même tribut à 
Ramire, rot d'OviédoL5il4l9BiiTa4r«aê«i0MfiMie'^|^qd^leS'rois cbr^ 
tiens d'alors commençaient a se lasser du joog indigne^ eous lequel 
ils étaient courbés depuis s^ longtemps. 

Ce refus réitéré, essuyé par Abderame, ne fut sans doute pes étranger 
à la guerre qui éclata deux ans plus tard, en 894, entre Abderame u et 
le roi Ramire. L'armée du premier fut taillée en pièces ; il perdit, dit-on, 
plus de soixante-dix iniHe des âtdfeiâ. 

ANMiB S£l 

Bn Vannée 828, Louls-lè-fiéboniiairéëAydya une ard^ée en Afrique, 
à l'effet d'obtenir des Ârabes^( alors appelés Satrasins) qu'ihi abandon- 
oas^nt U Sicile. L'histoire manque ae tout détail sur cette expédition, 
qu'on peut supposer n'avoir pas été heureuse. Or, les revers^ sur mer 
comme sur terre, sont toujours accompagnés de misères et de maladies. 

▲NNÉB 873, DE l'hégirb 260. 

Cette année, 873, de l'hégiré 260, une sécheresse affligea à 
la foia l'Espagne , l'Afrique et la Syrie» et c'était la troisièttie fois, 
depuis vingt ans, que cette calamité s^ faisait sentir. La pesie , cette 

- ' — - I ■ mj-il-_i-___^j___i__ 

(1) Cette chroniqoe de XatbMds f«it mite à odle de I^rospér dUqnitalne. 

«1 



— lea — 

fois, AD fut la conséquence (1). i Ces malheurs, dit Conde, communs 
» aux Chrétiens et aux Arabes, semblèrent suspendre, des deux côtés, 
» cette haine invétérée qui les tenait toujours armés les uns contre 
« les autres. » {Op. cit., p. 350.) 

ANNÉ8 878, DB l'hAgirs 265. 

En Tannée 878, de Thégire 265, la famine désolait l'Afriqne. Tunis , 
Alger, Siufour et Ramondé (2) se révoltèrent eu même temps contre 
la tyrannie du calife agiabîte Ishak ou Jalab, qui oocQpatt le troue du 
Maroc. ( Buebt, Op, cit. ) 

ANNÉB 881, DS L*BÉOmB 268. 

En Tannée 881 , de rhégîre 268 , TAfrique fat, de nouveau, affligée 
d*une grande sécheresse , qui fut suivie d'une famine épouvantable. 
C'était sous le règne d'tbrabtm-ben^Atimed (3), rot do Maroc. Le catiz de 
blé s^ yendaii jusqu'il huit diqars, et le canz n'égale, pour la capacité, 
qu'un ardab et un (^oart d*Eg^pte. ' ' . 

< BeaucQpp d^ gens moururent de fâîm^ dit Ké^VaYfl , et on en arriva 
» même au point de 3e manger les uns les autres, i ( Manuserit 702, 
fol. 21, verso, ) 

L'flijStoire se tait sur lesmaladies qaf ; ùé coutume , accompagnent 
un par/eilétat de choses (ij. 

>X«^làGUE OH VkUEf GWttTlEJVNS. 



aunéb 916. 



^Eal'anifeée 9iOi^ Im FaUmistes s'emparèrjeai de Péz et de toutes les 
««Ares'poasefflioos é^s, Edrisites en Afrique. Le calife des derniers, prince 
savant, fut tué* Celte go^erra , cpmme toutes les guerres . dut avoir, 
danslflspopulAlion»', d« ces retentissemens de misères et de maladies 
sar lesqmsii'hî^taire gardfi h slfeoce. 

anmAb 918 y OB l'h^girb 306. 

]Bn cette ani^, 91B, dé Th^îre 806, la pesta ravageait également 
l'Afrique et l'Espagne. « Le nombre des mot\9^ ditOoade, étatt si oonsi* 
j» dérable q\fon pouvait à peine suffira à tes MUrwf. On fit des prières 

I ■ " ■ "< ■■ ■■ ■ . 7-: ' . 

(l)'ltii AraMe, ladite ^ H Mectfoe en fvt^éçeuplée» et le templp de la 
Gaaba resta fermé pendant longtemps, par suite de cette.dé^opulation- ^ 

(2) Saufour et ftamoodé ': qtkelies sont èes'popùlàftldaiS en Aftfqae ? 

(S) Frère d'Alma^HabaranilL. 

(4) Bes maladies pé^tlleiitfellês ëLfetéient: savdSi^ : • . 
!• Bn Freoeé Kaiissi en AHem^^a) . en wl , 920 '(aussi en Attamagne \, et 
825 ( aussi en Atlemagne), apvèa une grêle fpnidigieaie ; 
2» En Italte, en 801, U%, «S» «t «SO ; . j^ 

8« A Gonstantinople, en 812 ; 

4* En Espagne (aussi en Syrie et en Arabie), en 87S; 
a*» En Angleterre, eu 869, 897, 898 et 899. 



~ 1«3 — 

»- publiques ; les Alfaquis s'imposèrent des péoiteDces , et les mosquée» 
»• étaieoi sans cesse remplies de dévots qui ne se doutaient pas que , 
» par ces réunions nombreuses Jls donnaient à la contagion les moyen» 
» de s'étendre. Depuis un demi-siècle , oe fléau avait paru plusieurs 
» fois en Espagne , tant6t apporté de l'Afrique, tantôt venu à la suite 
» d'une horrible disette , et toujours il enlevait une grande partie de la 
» population » 

( Hiêtoire de la dwmUuUianJles Arabes et des Maures en Espagne et 
en Portugal, 4^., par Joseph Conde, traduite en français par de Mariés, 
t. !•% p. 405. — Paris, 1825.) 

Nous n'avons pas d'autres aétails sur la maladie épidémique de 
TAfrique et de l'Espagpe, en l'année 918, de Thégire 306 , que ceux 
que nous venons de donner. Cette même maladie se renouvela sur les 
naémes lieux Tannée suivante^ 919, do. l'hégire 307. ( Dict, des dates^ 
t. li, p. 663.) 

A«KÉB 953^. M I^'^iGUB 312. 

L'anlenr que nous avons déjà cité, J. Cônde , dit que vers la fin de 
9J&3, de rhéftîre 34%, Abderahn^Qp régnant à Cordoue, une grêle hor- 
rible ûh périr t<i'un bout dé r£spague à l'autre « beaucoup de bestiaux 
et détruisit toutes les récoltes sur pied ; que la même calamité se fit 
seatir trois ans aprési 4' un^. manière encore plus générale » et qu'alors 
des gréions du poids d'une livre tuaient les bestiaux et tes hommes, 
renversaient les arbres et brisaient les toits des maisons. Le même ao--^ 
leur ajoute : 

« Les mêmes ravages eurent Heu dsus la rafauipe de Fez et 
» dans tout le pays d'Almagreb ( l'Afrique occidentale y. b {Op, cit., 
t. 1« p. 440.) 

Nous croyons devoir rappeler iei U<foeslion que nous avons soule- 
vée précédemment, à l'occasion des grêlons dont Tarmée de César eut 
A souffrir, lors de son expédition tn Afrique (f ) ; nous nous demandions 
alors si « en effet . des grêlons peuvent , dans feur chute, luer des uni- 
maux et même des hommes , et nous penchions pour l'affirmative. 
Or. voici ce que nous lisons dans une note sur un voyage d'Oreoboorg 
à Bouckara (Russie) , que vient de nous Féisser H. Evershmaon , pro- 
fesseur de zoologie à Casao : 

« Les orages, dans tes steppes . sont rares , mais très-forts ; ils sont 
» aoeotopagnés d'un vani.épaavantable et souvent de grê^. Les gréions 
» sont queiquelbift d\il|jb teVIe grosseur qu'ils tuent les hommes et parti- 
» cttliérenient les allilDaftXiq^i,ço«lme^homl^^,ne.sayentpasse cacher. 
» Les grêlons peuvent avoir la grosseur d'un œuf de pigeon et même 
» d'un œuf de poule, et il y a' des orages qui s'accompagnent d'une telle 
9 quantité de grêle que la lerre^n eat recouverte jusqu'à ^ hauteur 
» d'un pied el plus, i» < 

Depuis ooire occupation en Algérie « j,^6qu'à présent, aucun fait 
d'homme tué par la grêle n'est parvenu à notre connaissance, mais €et 
accident a été , plusieurs fois , observé sur des a utuwa x. Dé|ià, nous 
avons eu occasion d'en citer des exfimple^ auxquels nous renvoyons. 
I>epuis, notes iroufsaot à Sebdou, au st^à .de Tlemcen , province, 
d'Oran, le commandant du camp, M. Beagle, nous racontait que le, 
4 septembre 185t, il y était tombé des grêlons du poids de quinze à^ 

' '■■ ^ '■'■ " ■ I ■■ 1^ ..1 , Il 1,1, ■ ., 1 1 . 

(1) ride suprà , 1» sifecLE avant Tère Chrétieune. 



— IM — 

dix*hqit grammes, et que des bestiaux qui s'étaieDt trouvés exposés à 
leur chute, ayaieot été trouvés morts après. 11 ajoutait qu*ea ayant reçu 
on sarl'avant-tNras, il eo avait éprouvé la seosaliou d uq fort «oup de 
l)âtoQ^ el qu'il souffrait eooore de la eoutusioo qui s'eo était suivie, un 
mois après TaccideDt (4), 

ANNiB 956, DE L^HÉGiae 344. 

En l'année 956, de ThégireSii (2), un tremblement de terre effroyable 
se fitsentir en Egypte, en Syrie et eu Barbarie. Le célèbre phare d'Alexan- 
drie en fut tellement ébranlé, qu^il s'en écroula une partie d'environ 
trente coudées, ( ^<^^0 d'Egyp^ et dé Nubie , par F.-L, Norden, t. m , 
p. 168. — Paris, t^8). Nous ne trouvons , dans les historiens, rien 
sur les désastre? que ce tremblement de terre peut avoir produit en 
Barbarie ou nord de TAfrique, où les tremblemens de terre ne sont pas 
rares, coa\me on sait. 

ANNÉB 97^. 

Eo Tannée 9tt , les Berbères ( Kabyles ] se révoltèrent en masse 
contre les Arabes. Les grands mouvemens de population qui en furent 
la conséquence, durent engendrer bien des misères et , par suite , des 
maladies sur lesquelles l'histoire est silencieuse. (Burbt, Op. dt. ). 
Nous en dirons autant des guerres qui eurent encore lieu sept ans plus* 
tard, en 979, et par suite desquelles Yuseph, fondateur de la dynastie 
des Zéréites, s'empara de Fe2 , de Sugulmèse et de toutes les provinces 
qui ressortatent de la domination des Qmmiades d'Espagne (S). 

Xr SIÈCLE DE L'ÊRB GBOtiTIENNE. 



AxmiBB 1,011 87 1>012. 

La peste qui, de 1,011 à 4,012, fut générale en Europe, a-t-çlle 
respecté V Afrique ? Nous n'en savons rien. La même question se repré- 
sente à r^rd des pe$tes ou maladies qui furent également générales 
en Europe, pendant les années 1,016, 1,029, 1,031, 1,065 et 1,698, 
et nous ne sommes pas plus en mesure d'y répondre, faute de docu- 
mens à cet égard. 

(1) Setidou est k 1*200 mètres au-dessus 4u ni?eau de la mer (400 mètres 
au-aessus de Tlemcen). L'hiver, qoij s'y fait fortement sentir, commence de 
bonne heure et finit tard. Ainsi , en 1S51, il y gelait dès le 10 octobre, et une 
gelée y fut encore assez forte le 10 mai}, pour y faire périr tous les jeunes 
ceps de figue. 

(2) Langlès, éditeur de Norden, fait remarquer que le 18 de ramadhân 344 
répond au 9 de kânoùn !•' et au 9 de tiby, Maqr. , Janvier 956. 

(S) La peste était en France dans l'année 917 (aussi en Allemagne), et, en 
lUlîe, dans les années 954 (lli)an)% 985 (toute l'Italie et en Allemagne , où 
elle fut précédée d'un froid qui avait fait périr tous les poissons des lacs]. 

De Villalba, Op, cit., signale en Espagne, pour l'année 92â, l'existence endé- 
mique de la lèpre, A laqoeUe succomba , en cette même année , Don Froela» 
S* fils d'Alonso, roi de Grenade ; il signale aussi , dans la même contrée, et pour 
la même année, une grande sécheresse dont l'Afrique a pu se ressentir, & raison 
de son voisinage. 

Une peste, Sur fa nature de laquelle n'existe aucun détail , éclata en Chiné 
en 994. {Dict, des dates,) 



— 16^ — 

AxmtM 1,049. 

Bq Tanoée 1,048 , les Arabes de l'ooest de T Afrique furent désolée 
par la famioe ; ils demandèrent des livrée à Souese, ville qui apparte- 
nait alors aux califes d'Egypte. Dix ans après , en 4,058, nous retroo- 
TOQS le même fléau parmi les Almoravides du Grand Allas ( Maroc ) ; 
ils enrent recours aux habitans de Sugulmesse pour avoir des subsis- 
tances. 

ANNÉB 4,06«. 

Famés ingens per arbem et Ittgubris pesiiSy dit Nathaeus , signalant 
lesévénemens de Tannée 1,062. {Op. dt,, p. 119). Nous manquons 
de détails sur ces deux grandes calamités, en ce qui concerne TAfrique. 

ANsâB 1,090, PB VntQWÊ 483. 

En l'année 4,090, de l'hégire 483 , la famine et la peste désolèrent 
l'Afrique, a Cette dernière,dit£l-K'alrQuftQi, n'avait jamais été plus ter- 
» rible qu'elle le fut alors.» (//M(oire «^6 T^/'riçue de Mobammed-beo- 
Abi-el*Raïnî-eI-K'aïronâni, traduction de M. Pellissier, pt 440. •'- 
Paris, 4845.) 

A?f If te 1,096. 

En Tannée 1,096 fut institué, eu Franco , l'Ordre de St-Antoine , en 
faveur de ceux qui soignaient les malades atteints d^ feu sacré , encore 
dit de St-Anîoine^ etc. Cette circonstance témoigné , par elle seule » 
de Textension de la maladie ou épidémie dont il est question , et qui, 
du reste, régnait en France dès 4,089 (1). 



(1) Bon nombre de maladies pestilentielles, ou vépatées telles, régnèrent, sor 
dWers points de TfinnMte , dans le conrs du xv siècle , savoir : 

Bn 1,006, à Venise, épidémie précédée d*un froid excessif ; 

Ea t,007, éi»ldéniie dans plusieurs villes de l'Italie , entr'autres à Bologne et 
à Modène; 

De 4,011 à 1.0 U, épidémie générale en Europe; 

Bn 1,013, épidémie en Italie (on mourait presque subitement, avec un 
grand feu dans les entrailles , conrs de ventre extraordinaire^ Btait-ce le 
choléra ? ) ; 

Bn 1,016, maladie générale en Europe, sortoot en Italie, où eHe semblait 
fixée plus particolièreuient ; 

Bn 1,022 , encore maladie générale en Europe , emportant les malades en 
pen d'heures ; 

Bn 1,025, épidémie en Angleterre; 

En t,031 , maUdie générale en Europe, avec la famine, précédée d'une comète, 
d*orages violées et d'inondations ; 

En 1,065« de nouveau, maladie générale en Europe, à la suite d'une grande 
stérilité, d'où réâultèreut la disette et la famine ; 

Bn l,0â6, maladiepestilentielleA Gènes, oùellefitles plus grands ravagea; 

En 1,089, maladie en France, qui était le /eu sacré ou feu de $i'Jntoine\ 

£o 1,091, épidém'le en Allemagne; 

Bn 1,096, maladie pestilentielle en Espagne, accompagnée de famine ; 

Eq 1,098, épidémies en France, en Allemagne et en Orient surtout. En cette 
même année, les Croisés éprouvèrent, à Antiocbe , \^ horreurs de la famine 
et de la peste. 



— lit — 

Zir BlàOLB DB L*ÈRE CHÈftTlElIliB. 



ANNte itH% DB l'hègibb 537. 

Eq TaDDée 1 . Uî, de l'hégire 537, il y eut, dans le royaame de Tunis» 
une disette tette (foe beMicoop d'habiiaa» aèttudonnèrent le pays pour 
passer en Sicile. ( B&kK'ÀlRovANi , Op. ûit, , p. i56« ) 

La mène mipee^ 1,14% ^ voyail AbdelamiBen . roi dee Âlmohades, 
prentire Tlemoa», Ora«i^ Fez et assiéger féaree. ( Bubbt, Opi dit ) 

AiwÉB 1,146, DB l'bAgibb 541. 

^ i i 

Bq Tannée 4,146, de Thégire 541, la ville de Maroc, par saîle 

du slégi» ou'eo (4»^^ AbdeUDumeQ («), fifi réduite à une famine 

horrible ; (es trois quarts àe^ l^Mim^ y supcçjpEiberenl, liais rapporloos 

ce qu'en dit un témoin x)cuJaire, Tarabe A|\^dn-Ysà. : ^ 

a Le^vîvans, dit Àben-Ysâ, différaient pan d^. morts, et. pour pro- 
» longer leur misérable existence , ils étaient contraints à aevorer des 
» cadavres huCûaffifs. Cette ville, jadis si populeose, n'était plus qu'un 
» vaste désert tout couvert de morts ; un affreux silence régnait dans 

» les mes et les places publiques » 

(J. CoNDB, Op. cit. y l II, p. 393.) 

Sans doule^ il est superflu d^ dire que cette calamité accéléra beau- 
coup lapise de la ville, p^ AI)die^umen. Qe conquérant venait de 
prendre la ville de Tlpo>9ea#d^eqi| m^^sèacrer je9 babitans, au nombre 
de cent niille. selon Aben-Ysà. Ce mêcpe auteur ajoute que la ville fut, 
livrée au pillage pendant plusieurs jours. » , . . , 

^ , 4N:r(i^. 1,175, Dç l'hêq^^b 570. ,^,. 

Eo.Vaiif)ée.4',47S , de l .hégire: 570 (2), Iti pest« fit de grands ravages, 
dans rAfrique occidentale. M. Walsin Esterhazy parle de cette peste à 
Toccasion de JousseNben-Âbou-Yaooub , ro^ de Marne, qui veoaitde 
repasser ifB^agbé en Afrique/ pour apaiser des troutrtes survetHis- 
dans la province de tiemcen, et qui étalent Ye féit'des Zénéles. 

ff II apj^isa proa^)tement ces troubles, dit M, Walsin Esterhazy, mais 
» un horrible fléau., qui vint désoler toute;^ les contrées de l'Afrique 
» ocoideniale. TobljgeaA remettre à un autre, temps l'exécution de ses 
» projets sur la Péninsule. La peste avait éclaté à Maroc et y faisait 
» d'aff^QX ravages (570 it. , 1,1^5 l.-C). Uo grand nombre d'hâbitaos 
» périrent vietlmes de la èoâtâfgion. Trois frères du roi, atteints par 
» l'épidémie, en moururent -, les jours de Joqssef furent respectés. » 

{De M domination turque dans l'ancienmJ^éymçi d'Alger, p. 79. ) 

Sur cette peste, comme sur les précédentes, rien ne nous éclaire sur 
la nature de la maladie : auoua symptôme ne se trouve indiqué. Les 

(i> Abdelmuned , pHsiœ des Almobadeii, qui lat plus tard roi de Maroc » €t 
Tun des.inieiiners qui firent Je plu» de oonquétes eo Afrique, deiNMJs les Svries 
À rest, jusqu'à l'ooéan A ^oucst. 

(S) Deux àm auparavant, en i,i78, la Tîlle de Cataoe, en Sicile, fut engloutie 
par un tremblement de terre, avec plus de 15,000 personnes. (Bu bbt, Op. cit.y 



— l«7 — 

bîstorieos qui ont meoUoDDé les épidémies , même à une époque assez 
rapprochée de doqs, épidémies africaines et antres , ne parlent guère 
que de leurs ravages, ravages qui , il faut bien le dire, ont toujours été 
exagérés par les auteurs, par les auteurs arabes surtout. 

ANNÉE 1,186. 

En l'année l.tas, le& Alaikohwks , sous El-liiftnf>Mir , rttmaent tonta 
TAfrique du nord ; ils assujettissent Fes, la NumkUt, Tunis et Tripoli, 
ju&qufauK déseÉts.de la L&ye. Nous ne re^adrons passvrœ qui 
a déjà été dit plnsieurs fois, sur ta oonséquences^fàchansas et însépaK 
râbles de ces grands mouvemens de population. 

ANNÉE 1.200. 

Cette année. 4,200, paraîtrait avoir été une année de paix et de calme 
pour f Afriqné du norfr;;eàf tlbus voyons ses navigateurs vfsîfer les ffes 
Fortunées, aujourd'hdl les Ci^ttaries, qu'on atalt oubliées , en quelque 
sorte, àepujs le t* slè(5fô (f Jl ' ' 

Slil* ^PUIIIB LitatS QHKÉTimnifl. 



A9IIÉ4 1,211. 



En Tannée 4,244 , Mohammed- el-Nazir (2), prince des Almohades, 
après avoir apaisé des troubles qui exibtafènt en ^frique^ pafsse en Anda- 
loQslO, avec toutes les trouâtes qu^fl aVàit pQ' riisèeml^ei' chez hi? dans 
l'intention de renouveler edBspagnél fé Y6\e de T^ifé et de IMoâsa. Tous 
les Maures et Arabes de TAndalou^ie se réunitent à Iut , eti! put ainsi 
compter une armée de 600, 000 hommes, areb lâqùelTe ît marcha sur la 

(1) Des maladies quaiiûéeâ dé' peste régnèrent, pendant le 3lii« siècley dans 
les contrées européennes ci-après , savoir : 

Bn i,iOi!,mm*nB en afugîeterre» précédée décide #raDtfe'ni6rttIltâ-Ékir les 
miiaaax; • - •■-. ^ . . f. i . • •,' .'>•-•• 

En 14l2f éfûdémie en lta%; . a . . , 

En 1,119, ncmreUe ^démie.çn Italie, précédée d'un froid r igoareux , df 
chaleurs cxcçshIv^, de tremtiilefnensde tierre surpc^ana; ^ ^ 

JEn l,iai>, épidémie en Allemagne ; , ' .^ ' 

De i,f27 h i,lâ8, maladiéf sûr divers points de rEurb^, à la suite d'une 
guerre croelte et d'une f^ànélé famine ; ' ' 

En i43S, maladie enIUimbardieet dans le UHanais; après descbialeafs ex- 
cessives; • • •• ■-.' •»•" . • ■ . , * .■ ■ 

la. d,lft2t ^Ndénrie à GtMndone^ observée par AbeBEear^ médecin de<îetl0 ville ; 

Sa i,ijQ7i maladie i^ lîtiit^ xlgnt Tarroéf; de Itempcreisr Bdib^rQnafse.soiif&rit 
heancoiM»; . . • 

En 1,185, maladie en CastiJTe, sartout dans la ville de Léon ; 

Kn 1,19^. maladie dans rarmée de Tempereut Henri Ti, âér&ùt Naples, 
dont il ftiî&it le Sî^ ; ' 

En 1,198; tttaîadie éh eàVàlù^^i^t^nt la asttilne; ^ 

En 1,198, maladie en Portugal , avec la famine ; 

De 1,199 à 1,200, de l'hégire 595 à 596, maladie à Cordone, Espagne, ma* 
ladie observée pat averraés, qui remarqua ^uedes iB^adeamtesMaiHiit 
avant de purger'moovalent. Un célèbre éiédédn de. Gordouej lltoamapa>en«- 
Abdul, Mule-ben-Xahar, fut une de ses victimes. ( Dtt TiKLàMMA^'^^pvcU^ ) 

f2) Surnommé le P^t/it canse de la couleur de Son turban; 



— 168 — 

Castille, où régnait alors Âlphoose-le-Noble. De sod c6(é, Alphonse 
rassemblait des troupes aozaaelles vinrent sa joindre celles des rots 
Pierre ii, d'Arragon, et Sanche vtif , de Navarre. Ces troupes s'ang'- 
menlèrent encore de Croisés français et italiens qoi , par suite de la croi- 
sade préchée par rarchevéque de Tolède , Rodrigue , d'après les ordres 
du pape Innocent III, passèrent en Espagne au nooibre de 60,000. Le 
rendez-vous général était à Tolède. 

L'année 4,3H se passa en engagetnens peu sèrteax, et ce ne fut 
que l'aDDée suivante , it^^^i <)ue ies dent armées se trouvèrent eo 
présence, au pied de la Sierra-filoreoa, qui était occupée par les Maures. 

Les rois d'Arragoo et de Navarre, contre FaVis d'Alphonse, voulai'enl 
battre en retraite lorsqu'un simple pâtre ouvrit à l'armée chrétienne le 
chemin de la victoire. L'armée arabe fut complètement défaite , et l'on 
porte à S00,(»00 hommes le chiffre de ses pertes. Cette bataille, si glo- 
rieuse pour les rois chrétiens , est connue sous le nom de bataille de 
Tolosa^ parce qu'elle eut lieu en un point de la montagne qui porte le 
nom de Las navaa de Tolosa. Bile n'en coûta pas moins beaucoup de 
monde à l'armée chrétienne, tant en tués par I ennemi qu*en hommes 
enlevés par l'épidémie qui s'y manifesta. « En esto afto, 1,212, dit de 
» Villalba , hubo pestilentia y mortandad en los exércilos de los reyes 

• de Castilla , de Aragon y de Navarra , en l^gfan batalla de Ubeda, 
» en la quai muriô gran numéro de gentede guerra, y se viéron preci- 

• sados los reyes à volverse 4 Calatrava. » ( Op. 4dt. , p. 53. ] 
Mohammed-el-Nazir, après Sa défaite, repassa en Afrique, où il 

nfiourut l'année suivante, 1,213, méprisé de ses peuples, et, aTOCce 
souveram, cessa , en Afrique, la dynastie des Almohades, après une 
de ces grandes févolutions qoi y étaient si fréquentes sous la domination 
musulmane. 

.ra L'AimàB 1,236 A h'àmiM 1,212, m iHàorni 634 ▲ 640. 

Bl-K'alrouftni dit que la peste et la famine signalèrent le règne de l'émir 
Er-Hachid, oui se noya dans une pièce d'eau (i } . Or, le régne de cet émir, 
qoi mourut le 9 de djoumâd-el-9kher 640 , neiut quâ de ciuq ans, cinq 
mois et quelques jours. Nous croyons donc pouvoir placer, de l'an 634 à 
Tan 640 de l'hégire, 1 , 236 à 1 , 242 de notre ère, la peste et la famine dont 
il est question (2)4 Celle-ci était si grande que la mesure de blé se Ten- 
dait jusqu'à 80 dinars, ce qui était un prix des plus élevés. {Op.ûU.^ 
trad. de M. Pellissier, p. 243. ) 

ANNÉE 1,230. 

En l'année 1,230, la peste , à laquelle vint se joindre le feuêocré, 
p€r9iqiêê ou àe St^ Antoine ^ régnait à Majorque, l'on des Baléares, sons 
son roi Don Jayme ( De Villalba ). L'Afrique, malgré son vo^sinagie de 
Majorque, a-t-elle été à l'abri de l'un et de l'autre de ces fléaox (3) t 
L'histoire n'en dit rien. 

(1) Bl-Rarhid était son surnom : son nom était Bmir^-Moomenhi-ben- 
Jaconb-tl-MaDsonr-Abd-d-Momiien^ben-Ali. C'est un peo Imig* 

(1) Nous vo;^ons« dans Abd-Allatif , que la peste avait exeteé de grands 
ratages en Egypte, de i,tQO à l,âo4. 

(t) En la même année, 1,230, des maladts atteints dn/p» deSt^ÀmaUe^ 
encore appelé mal des ardens, étalent traités dans Tabbaye du petit St-Antolne, 
à Paris. Du reste, la même maladie éUit connce tn France dès le z« siècle. 



En Tannée 4.917, pendant Je« troubles q«jl a^tlAtent rATriquo, 
Saf^our-E4sen4>en-Ziari ^emp^ri de Tiemoen el y étiiblit tm royiiiinir, 
«n firenani le litre de ftalife. En lui commence la dynastie des ltenî>ZiaM 
ou Zènanieofl. Ce Jagmonr-Essen-ben^Zian $e diaaU deseendsiit d^Ali 
el de Fatime. (6ukxt, Op. dt.) 

A:<i5iB 1,970. 

En l année 1,2Î0 eut lieu la désastreuse épi Jé^nie quicmpoi laSl Lo»;i*5, 
alors eampè, avec son armée, sur les runies do Carth»iiie. ci avec hii 
icrii Tuq de ses Gis, le piioce Jean Tristan, qui le précéda uténie dans 
la tombe. « 

L'épidémie éclata comme le roi "venaii de s'emparer do Carth.ij;© , 
allendanl, pour marcher sur Tuiiif!», l'arrivée du roi de îiicite, son frère. 
Alais, laissons racoaler cei événemeni à son historien et cocupa^Mon 
d'armes eii Egypte, Messire Jean Sire, seignetir da Joiuvitle el scbcchal 
de Champagne (1}. 

t Nous dirons donc, écrivait Joînvllle, «jae le roy el toute son armée 
» vindrenl jusqu'au port de Cartha^e , où ils descendirent el prinrenl 
» ferre ferme.; el, après quelques batailles, tant par mer que parterre, 
9 Carlhage fut pririse d'assaut (î), el entra le roy dedans et son 
» Osi (armée). Et, combien qu'il cust grand vouloir d'aller h Turies, 
» toutefois îl. voulut séjourner a Carlhage, attendant le r^r de Sicile , 
9 son frère, qui deuoit arriver, a lout grosse Irouppe de gemlarmerie. 
» Ce pendant quM séjourcioit , a cause de la corruption de l'air et çles 
» eaus pourries , la peste fe mit en Tost du roy [3) , dont plusieurs 
I» ivieururent, et, parespecial, J an Tristan, eomtede Nevers, et le 
» Ié(;aft du pape. » 

{ L'histoire ei ehnmique du très chrestien roy S. Loys^ IX eu nom, et 
^LIHI roy de France, chsp, xciil, ayant, pour titre : Comme lé roy 
estant au port de Carihcfge, prini la villê a assaut , ef , romain estant 
en» dit heu //a peste se mit en son eamp , etc. Poitiers , m. d. lui.) 

La maladie dont nooe venons de pat^er é<alt-^tle biea la >f teste oHfn- 
taie ? Dai>9 l'affirmative , les aseféges devaient partager le 9ort de» tis- 
^iégeane. Or, nut auteur, «oH chrétien , soit erabe , ne mentionne de 
maladies parmi les habHaos de Tums, à l'époque dont il est question. 

(i) On sait que Jolarille^ q|ii avait accowpagpé St-Louli en l^g^i^te > 
n'était pai avcp lui à Tunis. 

(7) n neccMali.dc CArthajze, qae des ruinai surlesquelles'érait alors b pcl|tc 
population âfi Mar!«a. Marmol, du reste, dàt que |crp4 s^mpnra, n<>n de Qir- 
tha^e , n.aÎ!< de Marsa , q^u c(m«lMc , hujonrd'bnl , en quelque:» ni/ti^us de 
campagne où les habitans de Tiinis vont passer les chaleurs de Télé. 

(S) L'armée était campée fur le monticule dNiù s'élève aujourd'hui h» rl^apCtJc 
qui, sous te dernier Gouvernrmen?, a ùl^ con>truite en mémoire de St-Limis 
Cett'Ç r«>aUien r&t fort bien indi(|u»^e par Naimol , qui dit que iv vi , apvé» 
A'étre emparé <|c llatsa, se caMipa pr^s d« la mer, Kwr une cglimew ( Op. cit, ^ 
t. II, p. 579 de la tratluction ) 

22 



— 1^0 - 

La maladie ou épidémio régnail au mois d'aoûi (I), qui est tout i la ^oiB 
l'éiioque des grandes clialeurs et des maladies eQuéiPO-épidémiques qui 
en €ont la conséquence, et ceii maladies, en tout état de clioses, devaient 
d'autant plus sévir dans l'armée du roi, qu'outre ses priyationsde foeau- 
coup'de ctosçs nécessaires à la vie, elle se trouvait mal abritée contre les 
intempéries de la saison (%). Or, le peu de paroles de Join ville sur la ma- 
ladie du roi. porterait assez h la rattacher aux maladies propres 
à la saison. Et, eu effet, d'après Joinvitle, la maladie du roi aurait dé- 
buté par un fluco de ventre^ accompagné d'une fièvre întermiUente ou 
d*a«c^s. Mais, laissons parler Join v4 Ile : 

t Durant le cours de cette maladie (épidémie dans Tarmée), il prinst on 
» Ikis de ventre au roy et a Monsieur Philippe, son fils, avec les Qeures 
M quartes. » 

Nous en dirons autant des facultés intellectuelles du roi , qd*il con- 
serva, intactes jusqu'à bon dernier moment (3).. 

c Et connaissant , le bon roy, dit Joinvill.e, que l'tieure de sa mort 
» approchoit, estant couché au lit, appela M. Philippe, son filsaisné , 
» ati quel ( commet son «oir principal ) donna plusieurs bons enselgne- 
9 mens, qu*il lui commanda de garder comme par testament, les quels 

• euseignemens l' oui dire que le roy mesme les voulut escrire de sa 
» main, avant que mourir ' 

• Quand le bon roy S. Loys eusl ainsi enseigné et endoctriné M. Phi- 
» lippe, son Bis, la maladie qu*il avoit, lui commença, incontinant, a 
» croistre durement, et lors il demanda les sacremens de S. Eglise» 
» les quels lui furent administrés en sa ferme mémoire, et bien Tappa- 
» rut ; car, quand on le mettoit en onctions , et qu on disait les sept 

• pseaniues, lui-roesme resnondoit les versets des dits pseaumes 

» Et ai oui dire a M. le &; d iVIençon, son fils, qu'ainsi que le roy appro- 
» otioit de sa mort, il s'eflbrçotv d'appeler les s** et s^** du paradis, pour 

» lui venir aider et secourir a son trespas Et, après, se fit met- 

» tra en un lit couvert de cendres , et mit ses mains sur la poitrine ; 
» et, eu regardant vers le ciel, rendit l'ame a Dieu , a telle mesme 
» heure que lesus rendit l'esprit sur Tarbre de la croix ; et trespassa 

• de ce siècle eh Vautre , le lendemain de la-feste Saint Barthelemi , au 
» regret de tool le monde. ^ ( Op* cit. ) 

Nous ajouterons que des ambassadeurs de l'empereur Michel, de Cioas- 
tantlnople, arriyés depuis .peu auprès du roi, furent témoins de cette 
mort édifiante. Ces ambassadeurs étaient Veccus Cartophylax et Mélite* 
niote, tous deux ecclésiastiques considérables et par la sainteté de leur vie^ 

(1 ) L'armée, partie d' A Ignés-Mortes lé 4 juillelt ( le i«, selon Chateaubriand ), 
était débarquée A Carthage le 18 du même mois, après avoir tesaoyé ooe fti- 
rieuse tempête ( Marlana). Elle se composait de 80,000 fantasdns et de eOO 
cavaliers. , 

Mariana fait partir St-Louis de Jlarstiiie, le i» mai)B. C*cst une erreur 
sans doute : dans le cas contraire, la traversée eût été bien longue. ^ 

(3) Il n'est point question de tentes ni d'autres moyens d^abii dans Farmée 
du saint roi. 

(t) Si Lonis IX n*a pas succombé à la peste , il aurait succombé à la dyssen* 
terie. Or, dans la dy^aterie , en général, les malades conservent > Jusqu'au 
dernier moment , leurs facultés intellectuelle»-. 



—.171 -r- 

çtpar réminjence de leur dignité. Le dernier était arcliidial^îre âiK clergé 
du palais. Ce que dit Pachytoére, de leur'enlrevueavec le roi , pouvant 
éclairer encore la qtiesliou dont nous nous' occupons , nous le rappor- 
terons. 

« Ils tronvérent le roi , dii Pachymère , allaaué d'une maladie dan-> 
B gereuse,et ne laissèrent pas, nôatimoins, de lui présenter les lettres 
1 de Tempereur. Le roi , pressé, d*un c6ié, par son mal , et, de l'autre, 
» par ses ennemis, les remit à un antre temps. » 

Plus loin, apfés qqelques détails ^ur ce qui se passait dans le camp, 
Pachymère ajoute : , 

c La maladie du roi s'étant tellement accrue qu'il ne restait^ presque 
n nulle espérance de sa guérison, il témoigna aux ambassadeurs -qu'il 
» désii;aU, de tout son ooQJir, procurer la paix entre leur maître el le 
B roi, son frère, et leur promit d'y travailler de tout son pouvoir (1). 
B Le jonr suivant, il mourut, et ses gens embaumèrent son corps, pour 
B le remporter dans leur pays. « ( Op, eii. , liv. v, p^ 217 de la traduc- 
tion de Cousin. ) 

Ce qui vient ajouter encore à Tihccrtitude sur la nature de^la maladie 
du^samtfoi, ce sont les briiits divers qui circulèrent à cet égard dans 
les rangs ennemis : les uns disaient qu*il avait reçu un coup de flèche 
4aas un combat ; d'autres, qu'il avait succombé à une maladie fébrile, 
et d'autres encore^ que sa mort était le résultat du contact d'une épée 
dont la poignée était empoisonnée. ^Cet le épée lui aurait été envoyée 
par lesmtan, et par Tintermédiaire d un nommé Soleiinan-Ibn-Djeram- 
ed-Delladji. Ibn-Rhaldoun, qui rapporte ces divers bruits, considère, 
avec raison, le dernier comme peu vraisemblable. 

( Histoire dis dynasties musultmnes et dés tribus arabes et berbères, 
de l'Afrique septentrionale , traduction de M. le1i>aron de Slan(».) 

JUaintenant, que Saint-Louis ait succombé ou non à la peste , cette 
dernière maladie n'en pouvait pas moins être celle qui aurait dommé 
dans son arfnée. Celle-ci esldésignée,8oa8 le nom de maladie eontaçisuse, 
par Pachymère, et cette dénooaination , employée par les historiens du 
Bas-Empire, se rapporte bien à la peste orientale. 

€ Les combats étaient continucfls , dit Pachymère, parlant des deux 
B armées, et il mourait, chaque jour, un grand nombre de soldais de 
» part et d'autre. La maladie contagieuse en enlevait une telle quantité, 
B qu'il n*en restait pas assez pour enterrer les morts^ Au lieu de les 
B brûler, on les jetait dans le fossé qui avait été fait pour le retrancher 
B ment au camp, et ce retranchement fut bientôt comblé, b (Histoire 
des empereurs Michel et Andronique , liv. vi, ch. ix, p. 216. ) 

Deux historiens espagnole, Marmol et Mariana, désignent aussi, sous 
. le nom de peste, la maladie qui régnait dans l'armée du roi de France, 
à Çarthage» 

« Après un mois de siège, dit Marmol , la fiestese mit dans sop cami» ; 
B elle l'emporta lui-même , un de ses flls et le légat du pape, avec une 
B grande partie de l'armée, b ( Op. cit. , liv. ii , t. !•'. ) 

« Comme les chaleurs de ce pays sont extrêmes, dit Uariana, et qiiUl 
j^ était fort difficile de trouver des rafraîchissemens et des provisions, 

(1) Les amttassadeurs de IViiipereur Michel avaient pour mission de prier le 
roi de France de s'interpo^^rf cntie lai et Charles d^AnJou, son frère, q^( 
avait d^iaré la (jfucrrc k l'empereur. 



- 172 - 

» h (tiâetlé, jointe ant chakurd, proJiiUit litfs mntiidies oonlagii|ilsefi , 
9 ei la peste se mit daûs te earn^r, où elle enleva beaucoup de moûde , 
v fhtr'aiUres te prrftcô Jeam , fils de St-L'ouis. Le foi, lui-méii^, tm 
» lui survécul pa^^ longtemps, car, ayant été atteint de ladyssenterto, il 
» passa de cette Yi<e à une plnd héureufte, le S&« jour d'août. » 

(MArBtANA, Histoire d'Ëf^Mnnjni, t. lit. p. lU.) . 
Et^K'atroiîàni, q'He nous avoflfft déj^ cité , et Ton des historiens afrafoeét 
l(*â plus considères, désigné égaleiiient, sous le nom de peste, la mala 
diéqiri sévissaii dans le carmp français, i Carthape, eti 1,2*70. Après 
«fvoir dit que les Frauçuis étaient débarqués à Carthage , dan« h»mois 
de zil-k'jtfda. Il ëjooltf : 

c (Is febtèronl quatre fnots et dix jours iXkf lo territoire !ni)f(i<*rt {K). 
» Le 10 ifioh'arrem 669, leur chef mourut dé morl natordje , dit-^on. 
» Là fye^U et les autres maladies éelaircirent leurs rangs, v ( 0/>. cit^ 
p/î25 de fa traduction.) 

La grande mortalité essuyée par Tartnèe, d'une part, et , de Taiïtre', 
Il perle du roi el de plusieure éminens personnages^ de sâsuit^, avaient 
Jeté l'afofic^ dans le dét^ouràgement et la consternation. Le^ hostlHtés 
ne s'en cot)|rnuaiéot- pars ntoins, sous la direction du ro^ de N.iples , 
rhartes d'Anjou , arrivé devant Carthage avec sa flotte, cômiile soff 
frè«-e, Sl-^Lotiis, rendait le dernier sooptr. Peu après, \it\ traire de paix 
fot conclu avec le^ouverain du p^ys, Mestamer (2). traité paf lequel il 
s'uhti^^eait A pstyer, an roi de Naples, un tribut annuel die 1, 100 quiPuterOX 
d'rfrgeni (3) 

L*arnièe fit ators voilé vers N^ples, d'où e*lé deVarfise tendre f*û Pa- 
lestine, pour la conquête des l:eux saints (4) ; mais le découfagenaent 
ét^lt tel ptfrmi les chefs , par suite des désastres qu'on avait: éprotrtés , 
que tout lé monde ne songeait phi^s qu'à rétoarûtirr chacun dhez soi. Où 
ne séjourna donc ^s longtemps <»n Sicile. 

La maladie se continua sur bi flotte qui ramenait l'armée en Fraince. 
Alphofifé, le frère. du roi , en mourut, et Thifoniut, le roi de Navarre, 
en était mort dans là traversée de Carthage en Sicile (5). 

L'histoire ne dit rien, au point de vue de répidémte , des priociifssfe^ 
qui se trouva^nt danâ Varmée. Que devons-nous conclure de cé sHénée ? 
Qa'elleà peuvent avoir mietix résisté'qUp les princes , FeurS maris , dut 

(t) Nous verrons, dans une note sulvarate, que les hostilités dorèreoê mofins 
longtemps. , 

(2) Désrgnë AAusle mftnd*0(iiar-éMliiley-Ho2tailca, et par GecffTrcyyde Béau^ 
Hvt», et par Gaillaorne de Nantis, et d'Atiou^ AbdonlIsti^Mébéniet, par Buret. 

(3) Le tribut, selon Mariàna , était de 40,000 duc^ats , qui était préciséàient 
celui que le rot de Naples devait payer tous les ans au pape, polir lés deux 
royâuUM^ qu'il tenait en fief du saint sié^^e. ( MilfttAiVÀ, Op. àii., KV. xlïi , 
t. III, p 115. ) 

La piiicfut couclae le Bi ocik>bre, de sorte que les bos^llités avafeat duré 
trots mois et treize Jours. , 

(4) Hnirianà est le seul historien qui , h notre connaissance , parle de cetfe 
exféditioft en Palestine, cotiHue devant fa r«: suite à ceUe de lunk. 

(i) Il mourut le 3 décembre, à TrapanI , point situé à unc^ des cxtréiiiitc^ 
de ta Sicile. 



— I7S — 

fatigues de la campagne et à rinclémence des lieux et de la saison ? 
L'une d'elles , p6itmi\i , Éfèi/f i»i ^ kiM 6«t»1eM»ttt FAimée suivante , 
1 . 271 ( le 25 avril , à Hiôres, où elleifut inhumée ), et il serait permis do 
supposer que répîiémie dans laquelle elle s'était trouvée , n'avait pas 
été étrangère à la maladie qpi l'emporta. Cette princesse était fsaMl.e 
dé Praoce, femme de Tbibau}, le roi de Navarre. Les autres princesses 
qui n'avaient pas craint de quirter.le foyer domestique, pour aller s^aVen- 
turer outre mer, avec leurs mariSy étaient la dame de Poitiers, la com- 
tesse de Bretagne, Jolande de Bodr^oi^ue, leanoe de Toulouse et Amicie 
de Courtenay. 

Etï Ht méta^ annéQ t,?70, mourut Vasik-Aboa-Alf^tMJahiisàYd . dérAier 
féi de^ Ahttoliaifés, nVort pia^ f^iiitê (le hqt^Hé s'éitftMfrént lèé tfofe 
dynasties des Mérioites à Fez et à Maroc, dés Âbiatisf^ ft ttïiiïÉ, et d^ 
Benl-Zian à Tlemcen (4). 



(1) Des maladies dési|;née<i soufs lêf ntittt de ptsXe, par lea hi5torienji, ont réjsoë 
sur différens points de l*£urope et ailleurs, pendant le xiii««8iècie ; savoir : 

Kii t^iOd^ etrEspa^sné, après des hififRdaCi«>iiê ; 
. De? Iv^l'i h 1 ,3 1 a y ef ainsi que noM l'avéïis déiàr va. eneerc en EspSfM y iliiM 
les armdes des rois de Castille, de Navarre et d*Ara|ron ; 

Bn 1,214, de nouveau en Espagne (c^était \efeu sucré) > 

En 1^217, encore en Espagne^ avec éptzootie, àpiès une sécberéSfrè géâÀale« 
qui fût suivie de famine ; 

l^ir h, M, AaitH Patiudë de< Crdkiséè devant bâitt!ètté« eci lÉ^p^ ; 

En 4,925, à Boogne, avec forte mortalité ; 

K* îMl% A Bologne enctire et à Borne ; 

}ih t,929,^ à Home et dans plusieurs antres v'dfes Aé Pftatié^ som IVIcola!» IV, 
qw , pour s*ea préserver, fit allitmev .de grands feux dana les cours de eiAi 
|ialais et dans ses apparteuiens ; 

Hn i,!230, à fi^aiorqué, avec Te fitt sacré ; 

Ërï i.iLrt, en Cbine, oti elle enleva 90(r,ot)(r pérSôiïtiés ; 

^n 1,234, en Italie, en Gascogne, en Angleterre» à la suite de grands froids 
( Le Pô était couvert do glafce ) ; 

En l,â43, dans l'armée de Louis IX , devant Blaye, alors quUl poursuivait 
son beau-frère, Henri III, roi d'Angleterre ; 

£ii 1,254, dans le UUanais ; . 

En 1,256, en Espagne ( c était le /eu saéré Otf dé MAi-JHtôiàè , ^ la fèj^ré, 
et détfe même année, c^emblAlt y prendre une nbuveUe exten^oà ) ; 
' Eà f,:iÉ3, dans rarnàée de pimivpe , de Prauce , eomitid il mtfMialt sur 
rAragon; 

Bn i,288, à Borne; 
^ En 1,296^ dans Tarmée de Don Pedre d'Aragon, devant Rfayorga, doiit fl 
faisait lé siège (les principaux chefs en moururent et bon Pedre lui-même). 

I^ôns refnarquerona ici que ce fut seulement Sur la fin du xiti* siëclè qu'on 
songea, ei# Europe, à preùdtte des toé^nres préventites centre les lliatàdie^ p^ 
nrentièlle». A cette époque, leS Ôénois et les Vénitiens, iftA éàkht à h iéte 
d'un si grand commerce, firent adopter au Caire la niétbelllë'dë FiltèlélBctet. 



.— 174 — 
XIVVfllàCLC OE l.*ÈEE GHRfeTlEllllE. 



Le XIV* siècle se fit remarqaer par des épidémies sur presque toutes 
les parties du globe ; l'Afrique n eo fut pas è Tahri. 

.• ANNÉE 1,315. 

c Eo Tannée 4; 315» dit Cousin, des pluies extraordinaires sont sui- 
». vies d'une famine, et d'une peste qui enlèvent le tiers des hommes 
9. qui étaient sur la terre* p 

( Chronologie de Cousin, faisant suite à sa traductiou de VHùtoire de 
Constantinople^ depuis le règne de l'ancien Justin jusqu'à l'Empire ^ 
I. VIII. — Paris, 1.685.) 

' Cette pandémie , hàtons-nous de le faire remarquer, n'est signalée 
que dans la Chronologie de Cousfn, de sorte que nous devons néces- 
sairement supposer qu'il s*y est glissé une erreur d'époque, et que 
la pandémie dont il est ici question est celle du milieu du xiv* siècle , 
sur laquelle nous aurons à revenir plus loin. 

▲MNt« 1,312. 

« En 1, 342, dit Ozanam, il surgit, sur la mer de l'Archipel , un vent 
» tellement empesté que beaucoup d'hommes tombaient morts subite* 
» ment. » 

Où se passaient ces faits? Où tombaient morts ces hommes ? Etait- 
ce sur la côte d'Europe , ou sur celle d'Afrique? Qu bien était-ce 
sur ces deux côtes à la fois? Ozanam ne s'explique pas à cet égard, 
et nous passons outre. 

Il est question, dans la Chronique de Mansfeld^ pour la même année, 
4 ,342, d'un globe de feu courant de Test à l'ouest, et qui , en éclatant 
dans l'atmosphère, avec un fracas horrible, Vempesta au 4oin ; il détruisit 
ainsi , dans un espace de cent lieues, tout ce qui avait vie. Le vent 
empesté dont il est question plus haut, venait sans doute de cette source. 

ANNÉE 1,346, DE l'qégire 747. 

En l'année 1,3&6, de rhégire747, le bey régnant de Tunis, Abou- 
lah'ia, mourut d'un charbon à l'épaule. 

« S'éUnt gratté à l'épaule, dit Bl-K, airouâni , il y fit venir un bou- 
» ton qui lui occasionna une forte fièvre dont il mourut le 2 de redjeb, 
» après avoir désigné son fils Abou-eI*'Abbas, pour son successeur. » 
( Op. cit. , traduction de M.,PelIissier, pag. 244. ) 

Sans doute, il n'est ici question que du charbon sporadiqoe , non de 
celui qui accompagne souvent la peste orientale. Or, le charbon spora« 
dique se présente fréquemment à Tunis , où le dernier bey de cette 
régence, Mustapha-Bev, en mourut. Goel se passait le 44 octobre 4S37, 
40 redjeb 1,263. ' , 



— 17S — 

Nous ajoutons que le charbon sporadiqua n'est pas rare, non plus, 
à Bdne, oii de nombreux cas en ont été observés depuis Toccupation 
française. 

AllIfÂE I,di8, DB l'bÉGIRB 719. 

En celte année 1,318, de rhégire749, une maladie pestilentielle ré- 
gnait à Tunis, et. plusieurs personnages importais de cette ville y suc- 
combèrent. Elle eHQportait , pendant le mois de rsbi'-ei-aoual , plus 
de mille personnes par Jour. 

( El-K'alrouâni ^ Op. cit. , 2* partie, liv. Vt , tradoclioo, p. 217. ) 

Deux ans après, eu 1,350 , 75t de Thégirë, une maladie, qualifiée de 
contagieuse , décimait l'armée du roi Alphonse IX, devant Gibraltar, 
dont il faisait le siège depuis six mois. H est vraisemblable que le même 
fléau 8*étendait jusque de Tautre côté du détroit, en Afrique, mais rbi&» 
loire n'en dit rien. Nous n'en rapporterons pas moins ce que nous 
savons de la maladie, à laquelle succomba le roi^ Alphonse Ix (1), si 
digne' d'un meilleur son. Mais laissons parler 'Conde. c Dés que le 
» printenlps fut venu , dit cet historien , Alphonse se mit à la tite de 
» son armé^ , qui était nombreuse , et alla camper sur le bord de la 
» mer, entre Algéziras et Gibraltar, Cette ville fut bientôt investie... 
» toutes les avenues en furent si bien gardées , par terre et par mer, 
» qu'après six mois de siège , la disette commença à sV faire sentir. 
» Mais, au moment où, peut-être, il allait obtenir le prix de sa 
» persévérance , Alphonse eut à combattre le plus cruel des Iléanx : ' 
» une maladie contagieuse se déclara dans son camp et y exerça 
» d'affreux ravages. Ses généraux le conjuraient de 8*éloigner, pour 
^ faif le danger : il refosa de se rendre à leurs instances , et ce fut 
M pour le malheur de TEspagne et pour le sien \ car, atteint par le 
» mal , il en. fut victime , et sa mort , arrivée en peu d'heures (?), priva 
B l'armée du chef qui l'avait tant de fois conduit à la victoire. » ( Op. 
«*., t. l-%pag. 2îl.) 

Jussef, roi de Grenade , était alors dans les montagnes de Ronda 
(Andalousie); il témoigna beaucoup de douleur à la nouvelle de la 
mort d'Alphonse, bien que, intérieurement , il s'en réjouit peut-être. 

Disons en passant, puisque nous en trouvons Toccaslon , que ce roi 
de Grenade a^^ait^pour médecin, Abu-Békir-ben-Zobar, plus connu 
sous le nom d'Abenzoar, né à Maroc, et qui accompagna son souverain, 
lorsque celui-ci passa d'Afrique en Espagne : il nJB le quitta qu'à sa 
mort. Il retourna alors dans sa patrie , où il mourut à rage de 94 ans 
arabiques, le 21 de la lune de dylhagia de l'an 595, 1.199 de 
notre ère. 

ANNÉE t,365. 

. Palmérius signale, pour l'année t,355, une Invasion de sauterelles 
qui eut lieu en Afrique et dans llle de Chypre ; il parle de la stérilité 
qui fut la suite des ravages des insectes, mais il ne dit pas que des ma- 
ladies en aient été la suite. Voici, du resté, ses propres paroles : 

(1) Père de Pierre-Ie-Gruel. 

(S) Le 10 Maharr. Chénier fixe la ncort d'Alphonse au 16 mars 1,350. 



— lis — 

Infiniims prope hws^amm nummitu in Afneâ Cypr&que çpparui^ , 

?\uaê hÊrbarvm simul et arkerum imeroê depaseenêes frondeê ma§niHn 
rugum gterilitatem fecere. ^ 

(MATHJBUfl PALVCRff», Op. et ^1 

DB l'amnAb l,38d a l'annéb 1,384. 

' Pl9 Tannée I ^ 3.8Q à Tannée 1 , 384, da9 malaiies, qualifiées de pestilen- 
tielles, décimaient, devaot Lifrboi>ne, dont elle lals^it le siège, Taripée 
du roi de Ce8|iUi9* L'Afrii{ae ne reçat-elie |>as (ii»e^(]ue contre-<^oiip de 
ces maWdie^ qui, ep 4.3))4^ enle<vaient josaa'à ftrès à% 200 personnes 
psir joujr ? Daus le nombre des vlctiaies 4e cette nnnée étaient uqq Pedro 
F^rnandeXt GiWd-yaltre de gt.-* Jacques , P«n Ruy Gonzelés de Afezia , 
qvî M j^vait sooioédé, i'Ainir»Qte Dqq Ferdinand, Alvju*^s$ de Tolède e^ 
l^a juAQ M^rUl)^ de Dojss* 

£eMf ili^ladie, qvâ ataiA déboîté dan? Tantoipne de 1, 3SiO , étajt atlri • 
buée k Ter du pays, aiiqnel les G^stiltaos o'étaient pas habitués. 
« ^'fMA|Q||M||»éû^V devenu Irés-fàcheuK , djl Mariant, produisii desma- 
M U4jes din^ lec^inp d^ Ç^stillabs , quj n'éltaieiit pas habitués ^ l'^rr 
» dM {viys* ^ 

{)mB^N4 , Op' Cil., liy. xvw , U m , pag. 796 de la traduction, ) 

Pes giiivres pii#tîp1iées epreql He|] en Afrique dans le cours, du siéde, 
nais M bistorfens qMJi tes pnenlioonppt, se taisent sur (es maladies qui , 
parfeis, ô^i dû. ^e montrer dans les aripées béljigérjuOes. Aiesj : 

En 4; 309^, prise de Ceuta par les Espaj^nols ; , 

Rq f,912, AI»n9-Baiiu)u,rréred'Abou-Zian, reléTelesAkujrsde^Tliem-:* 
Kiiefie^ S'etm>are d'Alger ; 

E^ l,|i^ |}é?elutiQn k Tunis, de«»^ princes y ^^^ Siitocesfivemenl 
. fQase^erés ; ^n iroisiéme est çba^sé , l4Î9«)ant V(^ii|e( 
sur te tr^^ ; 

^ %tW^, §ii0fri^ ei^tre-tes roîsdeTtiois et de Tlemcen, celui de Fez 
et d^ Mareu , Abon^Qassan , y prend part ooptr/ç Abou - 
TMh-Fin,voit)eTlefpcen ; fa^ trancher U féje hce der- 
nier, ^jqfii qu'à ^n 8ts, et s eoparc de Fç;^^ de Tl^mcpn 
elfieTttOis; 

^n 1.3999 lie FOi de Maroc, Abep'Ba^san.deladyfiasliedesMérieiief,, 
l^se en Bï^ptagne , à ta tête d'pne armée tnnombrabK 
dO ri^iiHoire, pour se joindre à Jussef , roi de Grenad», 
iQPQtre cel-le des^ rpis de Csstille ^t de Portu^l rétiM^s l 

En 1,347, le mémo Bou'Uassan s'empare de 'toute TAfrique; 

En 1,348, révolte contre Pou-Ilassao , qui se réfugie à Kaïronan; 
Abou-Fast reprend Tunis; Abl^Sald-Osman et Abi- 
gAhitiparens d'Abou-^Tach-Fin et dcsceodans d^^ginour, 
fj^rent daps Tlemcen, et lé preogii^r est noiQU^é calife ; 

Bn 1,349i F#ris-Abp|irAfteo s'ewpare de Fez et de Marpç ,sur À.bo^- 
Hi^ssAD,£0P père, et iparche sur tkn^çp, en même 
temps que son père se retire à Alger; 

En tjSM, le précédent, FrtHs , chef des Mérintics , prend Ticmcen ; 

En 4,366, le roi de Fez assiège Tunis et la priend ; 

En 1,358, révolte à Maroc contre Abou-B^kre; ^on neveu Ibrahim 
détrône 40b fils ; 



*- 177 — 

Bd 1,38^, le roi de Maroc^ Ibrahiio, est dètrôoi par MéhémeUAbotH 

Zian ; 
En 1,389, Abou-Tach-Fin, fils du roi de TIemcen , se révolte contre 

son père, qui se réfugie, auprès du roi de Fez , lequel 

prend son parti ; 
En la même année, 4,389, les Génois font une expédilloo sur Tunis, 
aidés de quelques princes chrétiens. 

Durant le cours do mêoie siècle , le xiv*, des épidémies, plus ou 
moins graves, fureut observées dans les contrées ci-après : 

En Egypte, en 4,343, 4,344 et 1,3*77; 

En Italie, en 4 , 301 ( ce fut en cette apnée que SaintRoch, de l'illustre 
maison des Lafayetle, d'Auvergne , se distingua et immortalisa son nom, 
à Plaisance, par son dévouement auprès des malades) » 4,311 « i,3i5 
(invasion de sauterelles en EuÉ*ope cette année), 4,340 ( parlicalière- 
ment en Toscane, qui' perdit le siiième de sa population ), 1,374 ( dans 
le Milanais surtout, de cette année datent les premiers règlemens sani- 
taires), 1,377 (Venise, Gèoes, etc.), 4,383 (le Milanais et Venise ; 
elle perdit son doge Michel Morosinl , avec 18, 000 âmes ), 4 , 399 — 4 , 400 
{ Lombardie, Fiorenee, etc. ) ; 

En France, en 4,3i6 (Bourgogne), l,3t1, 1,325,1,342, 1,361 

i Avignon), 1,374 (à Paris, entr'autres), 1,390 (Provence , Lorraine, 
[elz particulièrement ) ; 

En Espagne, de 4,399 à 1,400; 

Eo Allemagne, en 1)380 ; 

En Angleterre et en Ecosse, en 1 , 361 et 4 . 367. 

Mais, une maladie qui a dominé toutes celles que nous venons de^ 
mentionner, et à laquelle plusieurs des dernières devaient nécessairement 
se rattacher^ est la pandémie qui ^ dans le milieu du siècle, a parcouru le 
monde entier, au rapport des nisto riens. E4, sans oui doute, c^est à cette 
même pandémie qu'appartenaient les maladies qul^ à la même époque» 
affligèrent TAfrique, et que nous avons rapportées en leur lieu. C'est ce 
qui nous conduit, tout naturelleoient, à entrer dans quelques détails 
sur la célèbre pandémie du milieu du xiv* siècle. 

Ce grand fléau apparut en Orient sous le règne des empereurs Jean 
Cantacuzèoe et Jean Paléologue : c'était en 4,347. Selon tanlacuzène, 
qui en décrit la marche et les ravages, il venait du nord,^contrairemeiti 
au cours ordinaire des pandémies observées jusqu'alors. Les ani- 
maux dd toutes sortes, et jusqu'aux poissons mêmes (1) , en étaient 
atteints, et il ne leur était pas moins funeste qu'à l'homme. Mais lais- 
sons parler l'historien précité. 

« La maladie contagieuse , dit Cantacuzène , était sortie de la Scythie 



(1) En B^pte. dit Villanî, elle 8*étendît aux animaux. 

Gaza , qui en perdit 29,000 Ames en six semaines, \it périr en même lempN 
presque tous les animaux qui s*y trouvaient. 

L*auteur d*uD manuscrit anonyme, trouvé à Lyon, et dont il sera question 
plus loin, dit qu^elle fut également funeste aux animaux, aux oiseaux et même 
aux poissons. Cet auteur était médecin et observait la maladie à Lyon, où Ton 

rut supposer qu*a été puisée , là ou dans les environs, son asiscrtion relative 
la mot talité sur les animaux. 

ta 



- 11B -. 

» hyt>erborée(l),ei,Byiinlpàr6oiira les côtes i)e la iiier,et1tfén a^fti(«otiiTé 
» tou9 les habitaos. Elle oe s'éteodil pas seulement dans le Pool, en 

• Thraoé et en Macédoine, maisencore en Gréée» en Italie et îles voi- 
» sioes , «n. Egypte , en Jirdée , en Afrique , en Syrie et presque par 
» toute la terre. Le mal était si violent que rien ne pouvait le surmon- 

• 1er» ni régime^ ni diète, ni médfcamenfs. Il triompha également des 
» forts et des faib!es, de ceux qui étaient secouros comme de ceux qai 
» ne l'étaient pas. Il ne régnait alors que cette maladie, et elle succé* 
» dait à toutes les au^tres. Elle éludait toute Tindustrie des médecins ; 
» quelques-uns en mourraient le jour qu'ils en étaieht frappés , quel- 
» ques-unsâ l'heure même. Ceux qui résistaient (Jeux ou trois jours, 
» étaient atteints d'une fièvre très-violente ; puis, lé transport se fai- 

* san't au cerveau , ils perdaient la voix et le sentiment, et tombaient 
i»,dans un ass^oupissement semblable à un profond «ommeiL Ceux qui 
à revenaient lâchaient de prononcer quelques paroles, mais, parce que 
B leur langue était sans mouvement <, et que les* nerfs de derrière la 
» tête étaient assoupis , Hs ne formaleut qu*un son inarticulé et expl- 
» raient à Tiuslant môme. Il s*én voyait quelques-uns é çui le mal , 
% au lieu de monter au cerveau, tombait Hur te poumon, oii il causait 

* une inflammation et une douleur très-<aiguô. Ceux qui et lient ait»-. 
» qoés de cette sorte, crachaient du sang et avaient l'haleine trés- 
% mauvaise. La bouèhe et la langue étaient desséchées et noircies pat* 
t rexcèsd*uile chatéar qui ne pouvait être appalsée par les plus abon-- 
» dantes boissons. Les malades étaient tourmentés par de continuelles 
9 douleurs, sans pouvoir jouir d'aucun repod. 11 naissait, A plusieurs, 
» des abcès et des ulcères au haut et an t>as dés bra&, aux Joues et en 
» d'autres endroits. Chez d^auftres malade; il paraissait des meurtris- 
» sures sur tous lés membres, avec cette diffëre^ice qii^aox uus , elles 
» étalent rares et peu apparente.«, tandfs, qu'aux autres elles étalent 
È multipliées et tfôs-prononcées. Toutefois, malgré le petit nombre et 
%\e peu d^étendue de ces meurtrissures (ecchymoses, pétéohies, etc.), 
»' tous ceûX qui les préjsen talent, n'en mourraient pas'moios. 

» Les ihatadeS a$sez heureux pour échapper, avaler^t eet espoir quo 
» t^As rechutaient, ils guériraient. Â ceux* ci survenaient des abcès 
» aux bras et aux cuisses, d'où 'sortait une quantité de pus qui opé- 
» i-âiit fetir guêrison. 

» Lès ibaladés chez lè^uels se montraient les plos fâcheux symptd- 
» knés, en apparence, ne laissaient pas de guérir. Enfin, il n'y avait pas 
9 de remède assuré : ce qui paraissait favorable aux irns ^ était Dui* 
» sibfe aux autres. 

» Celte cfuêtie contagion dépeupla les maisons, en en]ev<iat les bêtes 
» avec les hommes. Le plus fâcheux accident qui raccompagnât , était 
» h dêseàpoir ; Car, dès qu'on en était frappé , on perdait toute espé- 
» rance , et aa ajoutait ainsi à la'gravité de la iaalad46» 

» Andronique,fi)sde Temperetir, en mourut le troisième jour qu'il 
» eo fut frappé. L'impënitHce» sft tdérb (Irène}, eut le cœur lielteinent 



(1) Andréas Gallus la laitmâcreen CfeiBe«a,poitr roieut dire, dansleKafhay,. 
noni<|iiepoitajt1a€hloedans.iefliiojeii âge. Il fijBe,à Tannée lvS48,celle de sod 
ap^ritién dansée pays; tuaif, dès «ettc même alHiée , <«34B » eile^^tait tsk 
France ; elle y était même déjà en 1,345» comme moa k vemrtis pUm Mit, 



— in — 

it p«f!e& dé OÊi\m iq<K^. qu'elle en eonearva U sonveùir loale m vie (f). 

• U nalUFO du aiaL était etKleeeiie de toitl ce qa'oo peut imegioer, 
» ce qui fait peoeer quelle avait quelque ohose d'exiraordioaire , et 
» qu'elle éleit, saos doute, envoyée, par Qieù, pour leohûtimeot des 
» bMDiDee. Parmi oeoiqui eo fureol frappés, lafntdeceiix qui eo mou- 
9 rnreDt qaa de ceux qui en échappèreol, boo qombre en retiréreol 
m l'avantage d>D réformer leur cooduile et leurs mœurs , chercbani 
» aio$i à appaiser la colère do Dieu avant de paraître devant son tri- 
» bunaU On en vit atéme qui, avant d'en être atteints , distribuèrent , 

» dans un but semblable, bous leurs, biens aux pauvres » 

(Histoire d€8 empereurs Jsan Paléologueet Jean Cantacuzêne ^ 
liv. IV, t. 8, p<»g. 36 de la traduotion, ] 

La pandémie dont nous, parlons était dans les lies de TArcbipel 
en 1,347, et, de là, ^ucoessiv^ment, elle envahit la Sicile, la Sardaigne, 
la Corse la France, Tltalieet TEspagne, où elle était dans Tété de 4 ,348. 
Cette même année, 4.3t8, elle ravagiea la France et passa en Angle- 
terre, au mois d'août de i'annéa suivante, 1,349» Tandis qu'elle niar- 
ebait ainsi vers le midi, elle suivait cette autre marche vers le nord : 
f!lle passait, des bords de la mer Caspienne, sur ceux de la me.r Noire ; 
elle envahissait la Torquie , la Moldavie , la Bulgarie, la flongrie, la 
Traosylvaaie, TAltemagne, ta l^ologne, U Russie, la Suède et li Korwège, 
où elle étaileft 4,3(^4 Les pérégrinations du fléau ne s'arrêlèrent qu^n 
4,363, après {ivoir plua ou moms pesé, de son poids de mort, sur l«s 
}iapulation^ qn'il avait travef^séea, boa nombre plusieurs fols, dans le 
eours d^ sa loogu€l existence. 

Papon^ qui , en sa qualité d'blstorlegraphe de Provence, a pu com« 
poleer Ions ks .ouvrages imprimés et manuscrits qni^ en ont traité, 
sous différens poinls de voe, tr»ce sa marche géographique avec l>eau- 
ooap plus de détails que ceux que nous venons de donner, délails que 
BOUS croyons devoir reproduire, noàobstant les reprocbes de répétitloQ- 
auxquels nous nous exposons, . 

« La peste noire, dit Fapon, partit, suivant les historiens, du royaume 
» de Kathay, an nord de la Chine, en 4 . 346 ; elle se glissa d^ns t'Inde, 
» parcourut les deux Turqpies, celle d'Asie et celle d'Europe, pénétra 
» en Egypte et dans une partie de TAfrique ; fut portée en Sicile par 
• des vaisseaux venant du Levant , en i,34'7; passa, de là ^ et de la 
9 même manière, à Pise et é Qéne^ ; infecta , en 4,348, toute l'ftalie , 
» d l'exception deMilan^Je pays des Grfsons et quelques autres contréea 
s alpines, où il ^ D^u de ravages ; ffanchit les Alpe$ la même année ; 
» désola la Savoie, la Bourgogne, le Dauphiné, la Provence, le|^angue- 
» doc ; passa.en Catalogne , dans les royauo^es de Grenade et de Cas- 
B tille, et parcourut , enfin, toute l'Espagne; puis, en 1„349, elle rava- 
» geajt l'Angleterre, TEcosse^ l'Irlande H la Flafidre , i rexceptloodU' 
» Brabant,oùellefit peu de mal.Eo l,350,elle parcourait TÂllemagne, 
a la' Hoog^rie, le D^oemarck et presque tout le nord de l^fiurope, d'où, 
» revenant, pour ainsi dire, sur ses pas, elle dévasta la partie de la 
» France qu'elle avait d'abord respectée ; désola de nouveau, en 1,364, 
» ceile qu'elle avaH déjà attaquée, retombaattrr|talierqu'^lW<l^P«iup*P> 



(f ) Andnnpiiqiiq étaSt le plus |enne des enfant de Cantacazène et de Pimpéca*^ 
triœ Irène. 



w. IgO ^ 

» et fiait eo 1,363, après, avoir empoHé, au rapportée YiHani et 
» â*autre8 historiens, les quatre cinquièmes des babitaos de l'Europe. » 
{Op,cit., l. !•% pag. 403.) 
Le fléau apparut è Âvigooo en janvier 4,348 , en-la 6* année di» 
pontificat de Clément VI , qui s'y trouvait alors. Eu la même année, 
1,348, il éclatait à Lyon , le jour même de la Noël , comme rétablis^ 
sent les vers suivaos, traduits du latin , et écrits sur parchemio,ea 
gothique de l'époque : 

t Donc le monde fut tourmenté 
>. Buis la naissance de Jésus t^rlt 
* » L'an mil CGC quarante huit 

» H^Qsnt alors de bon courage 
à Le roy Pbetipe preux et saga 
» Geste malencontreuie peste 
9 Gomparust de Noël la faste (4) » 
> 
Le fléau ravageait Paris en la même année, f,3i8: il y dura sept 
mois^ et ses ravages y furent. des plus grands. 

Ce fut aussi en 4,348 qu'il aflligeaii Tltalie, où il s'était mani- 
festé dès le printemps. En Toscane , où il dora cinq mois ( des pre- 
miers jours d'avril aux derniers jours de septembre) , il emporta les 
trois einquièmes des babilans. On estimait a 100, OQO âmes la seule 
mortalité de Florence pendant quatre mois ( de mars à la fin de juillet)» 
Plus tard, en 1,383, celte même ville de Florence perddit, delà même 
maladie, jusqu'à trois cents individus par jour. . 

Nous ferons remarquer, en passant, que le fléau que des historiens 
font naître en Chine en 4, 3i8,et apparaître dans lesiles^de l'Archipel en 
1,317, était déjSen France, à Montpellier, sur la fin de 1,345 {î) ; il s'y 
prolongea jusqu'en 1,348, année pendant laquelle ses ravages furent 
considérables : presque tout le peuple périt, et, sur douze consuls 
qu'avait la vi)ie,^leen perdit six. La noéme maladie y reparut en i,36t, 
enlevant, dansiefort deVépidémie, de cinq a $,\t cents personnes par 
jour. « ♦ 

( RAKcm», professBur en médecine et conseiller de VUniversité, ) 

Le fléa^ daxiv^sièole s'attaquait à toutes les classes des populations, 
à la classe ja plus ^lévéê , conâme A la eUsse la plus infime. Ainsi , en 
Europe, parmi ses victimes dans la première deces classes, on citait : 

Pour La SuôJe ies deux frères du roi Magnus, Itakan et Knut ; 

Pour Constantinople , le jeune Andronique (1,347), dont il a été 
question plus haut ; 

(I) Lemamiscritdont il e^t le! question existe à Lyon, àla bibliothèque de 
St-Pierre, où ils été^découvert et la par Ozanam. Il est sans ponctuation au- 
cune. 

I Du reste, et ainsi que nous le veirons btentôt. c'est en cette même année, 
S, et au moi» de murs, que Guy de Chauliac le fait naître en^Oiient, cequl, 
à la rigueur, permettrait d'y rattacher la pe^te de UontiN^Uier. Ajoutons que 
Boret fixe, à Tann^ 1,347, son apparition en France, et dit qu'il y arriva par 
^t narlref du Lerant. 



(S) Dur 
1,845. et j 



— 181 — 

Pour l'Bspagoe, devant Gibraltar, dont il faisait le siège, Alphonse ix, 
roi de Castille ( U mars 4 , 3S0 ) ; 

Poar la France , Jeanne de Bourgogne, femme de Philippe de Valois ; 
Jeanne de Normandie, Jeanne de Navarre, fille de Louis x, et la 
célèbre Laure ( 1 , 3i8 ), immortaliséd par Pétrarque. 

Les deux sexes et tous les âges en étaient atteint3. Cependant, à Lyon, 
il s'attaquait surtout aux enfans au-dessous de sept ans, aux femmes 
eoceintes et aux hommes gras et repletSr 

( Manuscrit anonif me ^ de la bibltothèquedd St-Pierre, déjà cité. ) 

Ses ravages étaient à peu près les mêmes p-trtout où il se montrait. 
En France , la Bourgogne' paraltraii en avoir été plus maltraitée que 
les autres provinces. Ainsi , Bçaune, Tune des villes de cette province, 
n'en sauva pas la vingtième partie de sa population, et il existe encore, > 
dans le pays, un vieux proverbe qui dit : 

En Van mil trois cent quarmUe^huit^ àSuit»^ dé cent tes firent huit. 
(<h5a(dâm, Op, Cit. ., t^iv, p, 86.) 

Les plus grands désastres exercés par le fléau du xiv* siècle paraî- 
traient avoir eu lieu en 1,349, du moins c'est en cette. derQiè«*e année 
que Palmérfus le signaTe comme ayant ravagé Je monde. Voici ses pa- 
roles ; 

Anni salutis 1,349. Luguhrisèt miseranda^pestis petU.çrbem, qwie in 
Aêid apud Jridos incipiène^ passim^fue provincias if repenti tri&rum anno' 
rum spacio usque BHtannoe ulnquae terrarumih omne^ portée desevit (1). 

. « mon frère (2) 1 ipon frère I » sféerie Pétrarque^ aaf menait de faire 
on» perte si douloureuse, celle d« Laure; « mon frère! comment se 
» fait-il que, sans guerre , «ans . ioceadie., sans 'fondre céleste , la 

» terre soit restée sans habitans I Vit-on jamais de semblables 

9 désastres? En croira>-t-on. lee Iristes^^ananles^? LeiT' tilles abandon-' 
9 nées, les maisons désertes , les champs incultes, les voies publiques 
» couvertes de cadavres, ^^ partout une vaste et affreuse solitude (3), — 
» et, malgré tant! de déiaslres, la inoi(t poursuit et moissonne encore, 



(1) EnBurope, h l'exceptron de la Rusàie , ses plus grands ravages eurent 
lieu de 1,348 à 1,852. 

(î) Gérard, moine du monastère de Mont-Rleux, en Provence ; il y rwta seul 
après répidëmJe, de 3!^ religieux qnfi\$ y étaient avant. La conduite de Gérard, 
dans cette circonstance, Jut admirable ; il aoignaet.iabuina tous ses frères, 
victimes da fléau. 

(8) Un eut de la mortalité gért^rale produite par le fléau, et qui fut présenté 
au pape Clément Tr, porta'rt cette mortalité à 42,836,486. Or, un très-grand 
noml)re de pays ou contrée» qui avaient été frappées par le fléau, telles que 
toute l'Afrique, la Suède, la Norvège, le Danemarck , le Grotoland, etc. , ne 
llgaraleot paa sur cet état. 



— lit — 

» de M fiiiix iosaliablp, i«» rares bamiiiiie qu'elle anit épergeés Jiifqe'» 
> présent (4). » 

Pir*AB^ù«, EpUê. c($. 

Les historiens font le plas lagabre tableau de la démoralisation de 
l'époque Les malades étaient abandonnés de tout le inonde, même de 
leurs propres parens. Ainsi , des mj^rie fuyaient leurs femmes , (les* 
femmes fuyaîeiu leurs maris, des mères abandonoaieni leurs enfans. 
Tous les liens étaient rompus, toqte sensibilité était éteinte,-^ l'homme 
était passé à la brute. Ùbstupuêre mentes et ob4umerunt , dit O^hon 
d'Arezzo. Cependant, en regard de cet égoîsme général, an fait bizarre 
se produisait, c'étaient les réjouissanees de tontes sortes auxquelles se 
lltraienc les survivans. Ecoutons, sur ee sujet* MéxeraU 

c Touiefoi!», c'est nne cbose étrange, dtt cet brstorien, ifiie ni le fléau 
» de la gtierre (2), ni eelui de la peste, ne corrigèrent poliit notre na* 
» tioo : les danses ^ les pompes, les jeirt et \tê tournois comiouaieot 
» toujours ; les Fr^oçais dansAieol , pour «Mai dire, sur le corps de 
» leurs parens ; ils semblaient témoigner de la réjouissance de I*embr8- 

V sèment de fenrs maisons et de la mort de leurs amis. » 

Voilà ce qui se passait en France , à Paris : voyons maintenant ce 
qui se passait eu même temps à l'étranger, eo Italie, à Milan. 

a G*est l'usage à Milan, dit Papoo« que le c«rna.VB4 dure jusqu'en 
a premier dimanche du carême* Rien ne sert plus à propager la eoota^ 
» gion que les baccan»les qui se font peodaot ces jours de plaisir et de 
» folie : le chancelier Perreo proposa de les supprjmer. 11 semble que 
9 telle propestlioo, dans un temps de deuil , et oii chacun avait des pa- 
» reos, des amis et deeconnai^iwoçesà regreiteri n'aMraitd& rencontrer 
» aucune opposition. Il en fut autrement ; 1» munieipTilUé s'y uppose t 
» et le peopte se souleva, en disant qu'il voulaK conserver le rite am- 
» brûsien, et se divertir cooMneà Tord in aire. On aimait mieux danser 
a sur les cadavres de ses parens, et sur les bords de la tombe, que de 

a ne point faire le carnaval » 

{pp,ct<.,t. l^p. 159.) 

^ 8t le même Papon dit encore, parlant de la peste de Lyon, de 4, (^8 
à 1,629 : 

« fi(è qui est plus 6reya!)/le , c^est la facilité avec laquelle en oublie 
» ses maus et se console. Il y eo^eut beaucoup qi)1 se livrèrent aux 

V roêmei< plaisirs qu^anparavant ; plusieurs se marièrent jusqu'à trois 
» fois. Une femme épousa . successivement. Jusqu'à six maria en peu 
D de temps, çt les enterra tous sans avoir elle-même pris la maladie. 

p Les cabarets . reien lissaient toujours de chansons bachiques, et 
» l'oo vit dès hommes suivre, eu chantant, les tomberaux chargés de 
» morts ,eomiiie on a vu à Paris, pendent la révolutioo, suivre, aveo 



(t) i}ette lettre de Pétrarque parait avoir ét^ éerîte de Yaodtise, piéa de lai 
'senrae de la «orgues, aii^ U «'étatt ratiré aprèa Ja mort de taure. 

(S) A oette épsiqve, la Fraipee teit en gnem evee l'Aogletane, de sertir 
qu^elle souffrait à la fois et du fléau de répidémie et decfèei de ta fucrfc. • 



• on afï: de saUsfdCiioo, la fatale charretta qui , tous les Joart , i coUe 
> époque, cooduisaii, à l'échafâud, dUnooceotes victioiea. » 
(0/i.ca., l. 1", p. 180.) 

A quoi tenait donc cette soif àe plaisirs , de réjouissances, d'émotioos 
de toutes sortes ? Btail^ce pour se féliciter d'être respecté par le fléau , 
ou pour s'étourdir sur le danger dont on étaii menacé^ semblable à ce 
faux brave qui marche au «upplice en chaotanl ?..... Qui sait ce qui 
se passait aturs dans le cœur bumain , —dan» ce dédale qui nous est , 
à nous-mêmes, si souvent impénétrable? 

On ne savait' à quoi s'eô prendre pour s'ei[pliquer le fléau ; on en 
accusait , tour à tour, des e^balatsons sorties du ^obe , par suit(^ des 
trembtemens de terre, qui furent fréqtiens à celle époque j(l) ; des flam- 
mes ou vapeurs échappées des volcans (2) ; des .^lot>es et colonnes de 
feu traversant l'atmosphère, et qui furent aperçus dansdifl'érentes 
coalrées c^); ou des sécheresses prolongées (4) , ou des pluies dilu- 
viennes, avec débordemeos des cours d eau (5)\; un trouble ou étai 
particulier de 1 atmosphère , décelé, soit par utie slérilité générale (6) , 
soit par des productions ioaceoutumées d'raseates (7), soit par Taltera- 

(i) En l.asa, des treihbEeiMn« do larreëelatërettt, sur une foole de pointa 
du f(lohe, depuis la Chine jusqu'à rOoéan atUntiqtte, et, en 1^94, la monta- 
gne de Tsm-C.béoo f dans tii première de ces coïKrée»'^ se fendit en profonde^ 
cretasses. Pén après, égalf^ment en Ctiine, une autie montagne, Rimlng-Cha- 
Ou, dans le Kwg>aî, a'afft^i^sa et fut remplarfîe par un lac de plus de cent 
lieues de tour '• ' ' 

Le dS janvier i. 347, un tVenmlenierit de terre ^éhmnfa àhi'fbts la^Êrdee et 
ritfltie ; Mtfples, Rone , Pise, Hôtofnie; Padove et VeMtoe «n «eeffrirenr beau- 
cotfp : des maiMins, des châteaux et des «Iglîjiea qui »'éoraulèrant,ieity6H<el|ffenC 
de bcimbreuses victimes. Dans la CarnioJe» Cr^te vlHages fusent. ei^gkMiti»^ ^ 
Ih i>etite viTle de Villach , détruite de tuud encMniUte, .eujt tous sca babitana 
ensevelis sous ses ruines. L'Allemagne et la. Pologne se ressentirent de «es 
désastres. / 

Vtllani parle., ^nr le royaume de l^âsam de tfeÉdblemens de terre qut 
engloutirent des villages et des villes entiètt»* 

(i) L*Stoa vomît beaucoup de . flammes en 4,333. 

(3) Au mois d'août 1,834, un globe.de feu se montra sur Parts, et, le se dé- 
cembre suivant, une colonne de même nature roulasur Avignon. 

(4) En Chine, en 1,334 une nécht res»e dévorante,, suivie de famine, a|Q||ea 
les contrées qu'arrosent les fleuves Kiang et. Boal. 

(t) En 1,333, enco,re,à Kingsa! , alors capitale de Temptre cbiqolsdes dëborde- 
mens de rivières, par suite de pluies ionaccoutunities^ 'englontinent 40,1)0d 
perMtnne^. 

(6) ViUani nous apprend qu'il y eût, vers le milieu du siècle, ime'Slé- 
rinté presque générale, et qne bi fkmiae ée iÊt vcùiir presque partout, mais 
surtout en Italie. 

(7) en i,34«, après, des inoiidatleDect demapioiises «Icoltes, des myriades 
d*insectea mfestèrent la France. Jkiais, remarquoiis>le (eo terminant ces notes» 
sur les quelques phcnomènes signalés^ par J«e auteurs • comme 'piécnraeurs 
de la pandémie du xiv* siècle) , c'est touiours la même logique eu pareille 
circonstance, c'est toujours \ekoc pnpter ^htte. Qu'un nouveau fléau épidémi- 
que s'abatte demain sur l'Europe , on ne manquera^ pas de lui as^gner, 
comme l'ayant annoncé, quelque pbéMMnène naturel, tel que , par exemple, 
pour l'Europe; la maladie de la pomme de terre, ou celle de la vigne, et^ pour 
nos coloDêes éràmérkfoê, ceUedu caBer. ■ .^ 



^ lft4 - 

lh>D du viû dans les taves, soit par d'autres iodfces i^ncore, itidicfes « 
qui, il faut bien le dire, u'appelleot ratteultoD que lorsqu'on se trouve 
eo présence de quelque grande calamilé. 

En même temps qu'on cherchait sur la terre, pour trouver une cause 
à la maladie, on cherchait auSsi dans le cieK Ainsi, l'auteur du manus^ 
crit de Lyon, cité plus haut, l'attribue à la fausse conjonction de Jupi- 
ter avec Mars et Saturne (1) ; — Guy de Chauliac , à la conjonction de 
Saturne, Jupiter et Mars, ç{ui avait eu lieu le 23 mars 4 , 345, au 4* degré 
du Verseau , époque de ribvaston de la maladie en Orient ; — la Faculté 
de médecine de Paris , à une èorte de lutte ou combat qui se 
serait passé dans l'Iode, et dans leS contrées de h grande mer, entre les 
astres, ou les feuX qui en partent et les eaux de la mer. De cette lutte 
ou combat seraient nées des exhalaisons ou vapeurs qui , en obscur- 
cissant le soleil, auraient changé sa lumière en ténèbres. ...... C'est , 

en vérité, à n'y rien comprendre; et nous ne nous sentons pas le cou- 
rage d'alleu plus loin , renvoyant , pour la suite , à la consultation 
donnée par la Faculté de médecine de Paris , à l'époque dont nous 
parlons, et commençant ainsi : 

« Nous, membres du Collège de médecine de Paris , après une mûre 
3 délibération et un examen approfondi de la mortalité actuelle, et 
» avoir pris Tavis de nos anciens maîtres , nous nous proposons de 
»' produire clairement au jour les causes de cette pestilenne , suivant 
» les règles et principes de Tastrologie et des sciences naturelles. .... » 
( Ozanam , Op. dt, , pag. 90-92. ) 

La pandémie do xiv* siècle était connue en France sous le nom de 

1)este noire ; on l'appelait i/orr-no<r0 {Schwartz tode) eu Allemagne; 
a Mortalegi grande ou VAnyuinalgia (2) en Itjalie ; Diger toden eo 
Suède; Den sort dod en Danemarck; Swdrthur daude sanbye eo 
Irlande ; Yagebœh en Groenland, etc. , etc. 

Une foule d'auteurs, contemporains et antres, se sont plus ou moins 
occupés de la pandémie ou peste cuire dii xiv* siècle , entr'autres les 
suivans : 

Guy de Cht^uliac, Chirurgiœ tractatus ; 
Gentile de Foligno^ de Padoue, De febribus ; 
Galeazzo di Santa Sofia, aussi de Padoue : 
Chaulin de Vinario, dans Dalechamp , De t>este ; - 
Andréas Gallus ^ De peste; 

(f ) L'auteur appelle ces trois astres ou planètes les trois grands sanguins 
spéciaux. 

Trois grands san^ins spéciaux 
Par ce^ antres réle^tiaux 
Qui toujours ont grevé le inonde 
Par tous les climats^ la ronde 
Ft mis à mort avant droit âge 
Cent miUioos d*hunialn lignage 
Pour savoir les causes adroit 
- De la peste qui lors regnoit 
Ht aussi pour y obvier 

(3) Dn latin inguinalis, qui se rapporte À Taine, maladie de Vaine. 



Viitatà (\) , Slorie florentine , Hb. iwi ; 
Baccàcè , DecAmefone, Pf-éf. ; 
Pétrarque , Epîslolœ ; 
Olhon , Di Uezzo ; 

Les historiens Mezerai, Guili. dé Nângis, Ânt. Vood, la Chrô*- 
ni^iie dé Maosfeld et beaucoup d'autred rapportés par sdcer, de 
Bèfilu , Det Sckwattzer tod, «te. 

Le pays où on a peut-être le plus écrit sur là pandémie du iiT< siè- 
cle, est , sans Contredit , TEspagne, qui n'en a pas moins été éprouvée 
que les autres états de l'Europe. Quelques noms , parmi ceui de ses 
auteurs, sur ce sujet, feront naiurelieilient suite aux precédens. 

Abu-Giaphàr«Ahmah>Bbn-Àli-Ebn-Khatemar, né à Alméric^ èl mé- 
decin de cette ville , 

Morbi in posterum vitandi desoriptio et remédia , ouvrage composé 
de dix chapitres ("écrit en lettres cuBques , qu'on dit avoir appartenu à 
la bibliothèque de Maroc), et mentionné par Gasiri , t. u , p. 334 } 

Abu-Âbdalla-Mohamad-ben-Âlkhathib) né à Grenade et médecin 
de cette ville , 

Quaeeita de morho harribili per ntiliû , également tacntlonné par 
€asiri , Op. cit. ; 

Andrés Laguna , De pente ^ p. 14 ; 
HartiBVZ de Leyva , Pe peste, p. 12; 
Duarte Nunez , Del Garrotilîo , p. 10^ 

Mendez de Sllva , le père Sarmlentd , Diago^ Pandul , Viéénte Hdt , 
2tirtta et pltisieurs autres encore, Arabes et Ghrétietis, sinsi que 
Taùfeiir de l'ouvrage sut là Sbce^sofk real de Espaçai 

Examinons rapidement les idées émises par quelques-uns des atiteft^Hr 
préciiés, seloù le point de vue sous lequel ils odt envisagé là màladte. 

Guy de Chauliac en voyait la cause prochaine ou immédiate dans 
la faiolesse ou délibité , la cacochyme , les obsiructtons , etc. , et 11 
s'expliquait ainsi pourquoi les pauvres des villes et les paysans en 
étaient plutôt atteints que les riches , et pourquoi aussi elle leur était 
plus funeste. . 

Gomme préservatifs, il préconisait la purificatioD de l'air par le feu , 
la saignée , les purgatifs d'aloes, la thériaque, les fruits acides, le bol 
d'Arménie, et, avant tout/risoleoieDt. Ses remèdes étaient, avec la sai- 
gnée et les purgatifs , les sirops et électuaires cordiaux. On appliquait 
des cataplasmes maturatifé sur les bubons , qu'on incisait ensuite , et 
dont oh provoquait la suppuration. Des scarifications élalenl pratiquées 
sur les charbons et les ulcérations, et, par fols, des tentousés étaiènfi 
appliquées sur ces mêmes lésions , pour y appeler la Suppuration. 

(t) Deux Villani oilt écrit sur le déau du XiV* Sîëcle, Ràytnond et lÉatfiiés. 

24 



— i«e — 

-Gentile de Foligno , professeur de Perugla , est le premier médeein 
qai s'en soit occupé ex professa , d'après la doclrîDe de Galien et des 
médecins arabes. Il croyait à Tiofection de l'air, comme cause de la 
maladie. Le point de vue sons lequel il en considérait la cause prochaine 
ou immédiate est à Tabri de toute critique : c'était pour lui « une cor- 
» ruftian i aujourd'hui, nous dirions altération , ce qui revient au 
» même) ou sang dans le cœur, s*étendant. par suite, à tout le corps. » 

H conseille, comme moyens préservatifs, les fumigations de bois odo- 
riférans,un régime analeptique (dans le but de résister à la contagion), 
et, comme moyens curatifs, la saignée, les évacuans, les lotions d'oxy- 
crat; des potions cordiales en grand nombre , potions qu'il préconise 
comme merveilleuses . 

(Ozanam, Op. cit , t. iv , p. 92. ) 

Ajoutons que Gentile deFoligno succomba lui-môme, le 18 juin 4 ,348, 
à la maladie qui avait fait le sujet de ses recherches , et dans laquelle 
il avait rendu des services éminens à ses concitoyens. 

Galeazzo de Santa Sofia passe pour en avoir écrit avec une grande 
lucidité d'esprit, mais nous ne savons rien de ses idées sur aucun 
point de la maladie ; il vivait à Padoueen 4,350. 

L'auteur du manuscrit de Lyon conseille, comme moyens de 
réservation, de s'éloigner do foyer de la contagion, pour aller ha « 
biter un air par; de faire des fumigations aromatiques , de se garantir 
du froid et de l'humidité , de suivre un régime modéré, de faire usage 
de la thériaque et du diascordium , de prendre beaucoup d'exercice 
{ recommandant le jeu de paume à cet effet ) , et de se maintenir 
pur comme au jour du baptême. 

La consultation précitée, de la Faculté de médecine de Paris, n'em- 
brassait pas seulement la cause ou les causes du mal , mais encore le 
régime à suivre^ comme aussi les précautions à prendre pour s*en 
mettre à l'abri. Que conseillait donc , à cet égard , la grave FacuUé 
d'alors ? 

Ses conseils se composaient de deux ordres de prescriptions , satoir : 
prescriptions d'abstention, et prescriptions d'application. 

!• Prescriptions d^abstention : 

Eviter la rraîcheur du matin , du soir et de la nuit ; manger peu, ne 
manger ni vieux bœuf, ni jeune porc, ni oiseau aquatique, ni poisson , 
ni viande grasse surtout, ni huile d'olive dans les alimens (4) ; 

S'abstenir de carottes rouges et autres légumes , frais ou marines , 
et de toutes sortes d'alimens aqueux ou humides ; 

Ne neû faire cuire avec l'eau de pluie , vu les particules délétères 
dont elle se chargeait en traversant les airs (2) ; 

(1) La consultation revient deux fois sut TabstentioD de l'huile dans les 
alimens ; l'usage en est nïortel, y est-il dit , et il en est dit tout autant des 
relations conjugales. 

(2) C'est ici le lieu de rappeler l'expérience du docteur Schagt, de Leyde» 
démontrant, selon'lui, que l'air d'alors contenait des vapeurs nuisibles, déié- 



— 1«- 

N« se livrer à aucuo graod exercice ; 

Ne point dormir le jour, dormir seoiemeDljusqu^au lever du soleil 
ou JQsque pea après ; 

^abstenir de bains ; 

Ecarter les inqaiélades de l^esprit, la colère et autres vives affections* 
de rame ; 

S'abstenir des relations conjugales. 

2« Prescriptions d'application : 
' Se vêtir chaudement ; 

Paire des feux de sarment , de laurier et antres bois toujours verts ; 

Brûler de grandes quantités d'absinthe et de camomille sur les places 
publiques et dans les lieux très-peuplés ; 

Ne point rester longtemps sans manger ; 

Faire usage d'animaux aune chair chaude et sèche, de fruits secs et 
frais, de plantes aromatiques, telles que la sauge et le romarin; de sauces 
faîtes avec du poivre pilé, de la canelle et autres substances analogues ; 

Souper à onze heures, et boire, à ce repas, un peu plus qu'à celui dvr 
matin ; 

User d'un vin clair et léger, mêlé avec un 1/6 d'eau ; 

Se tenir le ventre libre, en prenant des clystères. 

La consultation se termine en faisant remarquer que les prescriptions 
qu'elle renferme sont surtout applicables à ceux qui habitent les bords 
de la mer et les îles, contrées sur lesquelles souffle, plus particalière- 
ment, le vent empesté , cause de la maladie. Il est dit aussi, dans la 
même consultation , que ceux qui ne se soumettront pas aux susdites 
prescriptions, doivent s'attendre à une mort inévitable, avec cette res- 
triction , Dourtant , aue , par la grâce du Christ , il se pourrait que la 
vie leur fut rendue aune autre manière. 

Selon Abu-6iaphar-Ahmed-Bbn-Ali-Ebn-Khatemar, le fléau du 
uv« siècle serait primitivement venu de l'Afrique. Voici , du reste , 
ses paroles sur ce point : 

« {«a infeccion azoté prireramente al Africa , luego se extendiô nor 
» todas las partes del Egipto y del Asia ; y finalmente, atacô à la Italia, 
» Francia y Espana . » 

L'auteur ajoute qu'à Alméric, ea patrie, le fléau se continua près de 
onze mois, à savoir du commencement du mois de rabiu V de l'au 
de l'hégire 749 , de Jésus-Christ 4 , 348 , jusqu'au commencement de 
l'année suivante. ( Op. dt. ) 

Abu-Abdalla-Mohamad-ben-Alkhathib a traité de la peste qui affligea 
Grenade, sa patrie, sous le rapport de ses causes productrices et des 
moyens propres à lui opposer. ( Op. dt» ) 



tèresmème, disons le mot. Cette expérience consistait à exposer à l'air, pen* 
dant la nuit, des vases pleins d'eau : le matin, la surface de Feau était' 
coQverte d'une sorte d'écume qui , donnée à un chien , le faisait mourir en 

peu d*heuns Bt Papon, à qui nous devons un travail historique sur la 

peste en général ; Papou , dis-je , qui rapporte ce conte , y ajoute foi. ( Op", 
cit. , t. 1", p. m. ) 



— lis — 

n exista on antre Arabe da même nom, Aba*AbdaUa-llohaiDe(f- 
I^Q-Alkba^hib , également médecin et dç Grenade, yraisemblableméni 
Tan des ancêtres du précédent. Il était d'une famille illustre ( familia 
illustre , de Villalba ), très-versé dans toutes les br$(ncbç8 des connais- 
sances hniQaînes, et d'une grande autorité auprès des rpts de Grenade. 
Halbeureusement, accusé de trahison sous le règne d'Ebn-AIahmoz^ 
il fut incarcéré et mourut peu après , en l'an 776 de Thégire, 4,33i de 
notre ère. laissant divers ouvrages sur la médecine humaine et vétéri- 
naire, etaontun sur les Moyens préservatifs de la pests, cité par Ç^siri ^ 
dans sa Biblioteca àrabigo hispana escurialense , pag. 71-72. 

Ce même Casiri ojieotioone encore aq autre médeoin musulman de 

Îpmarès, Hohamar-ben-Ali-benrYusuf-Alsekuni, qui y mourut en 
, 3(9, de la pandémie dont nous parlons C'était un poëte distingué , 
poeta nadavulgar^ dit de Villalba. Quelques-una de les vers sobl rap-^ 
Qqrtéi^ p^r Çfairi, ^an^. s^ mhfioteca pi^écitéo, t. q ^ p. &9. 

Vicenle îlut* av^tewr d/une HistQtia^ del reynoi de MqUorca^ y EDef\-. 
tionn^ npyaslo(i Se )a| maladie dans ce pays. 

Zurita ne parle du Qéau qn'au point de vue historique , dapa ses 
Anales de Aragon, H?, viq. il le fait passer, de la Sicile, en SarJaiàfie 
et à Majorque , qu'il dépeupla , selon lui , dans le court espace d un 
mois, laps de temM pendant lequel il en serait mort 15,000 personnes. 
Diago, ae son côté, porte la morlalHé dp ce même mois à 30, 000 per-^ 
sonnes, et on lit , dans les Memortas de la UnivêrsUad , qu'il moorol 
alors 90 personnes sur 100. — On n'avait jamais vu une aussi grande 
mortalité , ce qui lui fit donner , dit Zurita , le nom de Gtan mor^^ 
tandad. 

Nous l'avons déjà dit précédemment, ses ravage^ en Espagne furent, 
comoàe partout ailleurs , considérables. Ainsi , à Valence, où il appa* 
put en mai 4 , 3i8 , il emportait , vers le milieu du mois suivant ^ 
jusqu'i 300 personnels par jour, et , à Barcelonne, où il sévissait dans 
Je même mois, il frappa de mort quatre conseillers et presque tooa le» 
membres du Consejo de Ciento, ( Capmani , Compendlo histérica y 
ehrànôlogica de las pestes , etc. ] 

En même temps que ces désastres se passaient dans le. Midi de la 
Péninsule , des désastres semblables en affligeaient le Nord. Ainsi ^ à 
Saragosse, au commencement d'octobre, înéme année , ohaqoe jour 
enregistrait jusqu'à 30O décès et plus , et Don Pedro iv, qui s'y trouvait 
alors, fut obligé d'en sortir pour cette cause; il se retira à TerueK 
( Zurita, Op. cit. ) 

De ce que nous venons de voir, dans les principaux auleors qui ont 
èopit soF la pandémie du xivt siècle. Il résulte qu'on était alors dana 
la plus profonde ignorance et sui^ la cause ou les causes du mal, 
comme aussi sur les moyens de le prévenir, et qu'on n'était pas 
plus avancé à Tégard des moyens propres à le combattre. 

9 Consultes les historiena, dit Pétrarque : ils sont muets ; ioterroge& 
a les physiciens : ils sont stupéfaits ; demandez aux philosophes la 
» raison de tant de maux : ils lèvent les épaules , froncent les sourcile r 

y^ et, le doigt sur les lèvres , ils imposent le silence » 

( PAtbaroue , Lettre à son frère Gérard. \ 



Dm restai oos çopDai35^ooes, eo fait d^ maladies ^pidémtquoft. ^nt-ellet 

beaucoup progressé depuis que Pétrarque écriYail oes ligoes? El 

ces mêmes Ugnes ne pourraienUelles pas être retracées à chaque 
nouvelle apparition d'un fléau épidémique quelconque, que ce soit : en 
Europe, ou la peste, ou le choléra ; en Amérique, La fièvre jaune ? 

D'où vient |e mal ? Quelle en est la nature ? Quelle en est la cause t 
Estr il contagieux ou non ? Questions qui se renouvellent é chaque 
apparition d'un fléau épidémique.et quj,toutes,sont plusog moins oiseu- 
ses pour beaucoup, mais une question qui n'est riseuse pour personne , 
qui intéresse tout le monde au contraire, est celle relative aux moyen» 
curatifs. Or, ces moyens quels sont-ils? On n'en connaît pas, on connaît 
seulement des moyens de préservation , et ces rooyeus sont toujours , 
pour nous servir de leur appellation italienrie, lesmluleêauœ trois ad* 
verbes , ou , pour mieux dire , le conseil exprimé dans ces trois mots i 

Mox, longe t ced9, reccedi, redi , 
S'enfuir vite, aller loin, revenir tard. 

La même pensée es^ rendpe plus concise par ce vers, dont nou» 
ignorons Tauteur : 

Cède citOy Umginqmts aU, S6msq¥e revtrtù 

Le prophète Ezéchiel avait déjà dit , ciP. vu : 
Qui in dvitate >&\ànt^ famé et peste devorabuntur, et salvabuntur çitf 
fugerint ex cd. 

Le fléau du xiv* siècle était contagieux : c'était Topinioa popnlah*e 
du temps, coqnme aussi celle des médecins, qui , tous, sont d'accord 
sur ce point Quelques citations, à cet égard, ne seront pas déplacées ici. 

< La contagion, dit Boccace, se propageait comme (a flamme au bols 
» sec; elle se communiquait en touchant les malades, leurs vétemens 
» et autres objets qu'eux- mêmes avaient touchés. . • Le seul moyen de 
9 se préserver de fa contagion était de se séquestrer chez soi , ainter- 
9 rompre toute communication avec le dehors, de vivre sobrement et 
» de boire du bon vm. 

» Les animaux mêmes en étaient atteints de la même manière ^ c'est--' 
» à- dire par contagion. Ainsi, des porcs périrent, comme empoisonnés, 
» deux heures après avoir fouillé dans des haillons peslilérés,, qui 
» avaient été jetés dans la rue (t). » 

(BocGAGB, Préface de son Décaméron, 

f La maladie était si contagieuse» dit Guy de Ghauliac , que Tappro- 
» che seule des malades suffisait pour la contracter. Les malheureux 
» mouraient sans secours, et leurs cadavres restaient sans sépulture, 
» faute d'assistance de prêtres, car tout le monde fuyait la contagion, » 
iOp.cit.) 

a Les habitansde Lubec, dans l'inlentiei^ de désarmer le courroux oé^ 
» leste, jetaient aux moines, par-dessus les murailles de leurs cloîtres , 

{i)ta admettant que U peste orientale pcissie exister auf ks aniniaax , 
«t qa*eUe puisse aussi s'y veprodnlre par contagioe, le fait d'une BEiort al 
lapide ne nous paraît guère adsiisslble. 



- Iftd -^ 

» de l'or et de Targent , mais ceux-ci n'osaient y toucher, car ces objets 
» aussi communiquaient la contagion. » 

(OzANAM, Op. cit., t. IV, p. 87.) 

t En 1,350,1e papa Clément vi ayant appelé tous les fidèles à Rome , 
» pour y célébrer un jubilé, les pèlerins s*y rendirent en foule, mais ce 
» rassemblement eut les résultats les plus funestes : à peine écbiappa-t-î 1 
» un pèlerin , et l'Italie, qui avait déjà tant souffert , fut de nonveaQ 
» dévastée. 

(02AMAM, Op. cil., p. 87.) 

En France, on vit mourir, en grand nombre, les personnes qui avaient^ 
avec les malades, des rapports plus ou moins intimes, tels que les mé- 
decins , les chirurgiens , les notaires , etc. , et c'est ce qui s'observa 
f>lus particulièrement encore à Paris , où le chiffre des sœurs hospita- 
ières, victimes de leur dévouement auprès des malades, s'éleva à plus 
de cinq cents. 

« En Egypte , dit Villani , l'haleine seule suffisait pour propager la 
» maladie. » 

Nous ne multiplierons pas davantage les citations sur ce sujet. Nous 
ajouterons seulement qu'à Milan, on se préserva quelque temps du mal , 
en fermant les portes aux étrangers, et en barricadant trois maisons où 
il s'était déclaré. Ce fait ne fut pas perdu pour l'alvenir, car il est 
permis de croire qu'il entra dans les motifs détermioans des premiers 
règlemens sanitaires qui furent promulgués en Europe , et qui le furent 
précisément à Milan. 

C'était, évidemment, la peste à bubons, la peste orientale que le fléau 
du xiv siècle. Et, en effet, toutes les descriptions que nous en possédons, 
mentionnent l'existence de bubons, de charbons ou anthrax, et d'autres 
exanthèmes propres à la peste orientale. Qu'on nous permette quelques 
citations à cet égard ; nous en serons sobres : le nombre , d'ailleurs ^ 
ajouterait peu à l'établissement du fait qu'elles tendent à démontrer 

Chaulin de Vinario, qui observait la maladie à Avignon, où il avait été 
le médecin de trois papes, dit : 

« Du S* au 3* jour, la peau se couvrait d'exanthèmes rouges ou 
» livides. Des tumeurs, qui se changeaient eu bubons, ou en charbons, se 
» manifestaient aux aisselles ; peu de malades passaient le 7* jour. » 

( De peste, ] 

Andréas Gallus, après avoir indiqué la marche géographique du fléau, 
et donné quelques détails sur sa léthalité, continue ainsi : 

c La prostration des forces était extrême et le pouls très-irrégulier. 
» La maladie conservait ce caractère les deux premiers mois de son 
» existence, mais, ensuite, elle se montrait avec des exanthèmes et des 
» charbons qui tuaient au 5* jour. » 

{De pesté.) 

Guy de Chauliao, médecin de Clément vi, et à qui nous devons beau- 
coup de détails sur le fléau dont nous parlons, signale ainsi les bubons 
dans la 2« phase ou période de l'épidémie : 



— 191 — 

« Dans celle-ci, qui dura cinq mois, c^élait aussi une fièvre condoue, 
» avec des bubons et des anthrax, surtout aux aisselles et aux aines, 
» et, en <;inq jours, elle emportait ceux qu'elle attaquait. » ( Op. cit, ) 

Guy de Gbauliac, comme on sait, observait le fléau k Avignon, où la 
mortalité était si grande qu'on jetait tous les cadavres dans le Rh6ne ; 
les eaux, à cet effet , en avaient été bénies par le pape , dont le siège 
était alors à Avignon. 

Un .auteur contemporain , mais qui habitait Tltalie , fait mourir 
dans cette ville , dans le court espace de trois mois , jusqu'à 120,000 
personnes. ( Hist. Pistol. , in^fine, ) Sans nul doute , pareille mortalité, 
est invraisemblable pour la ville d'Avignon, -bien qu'elle fût , à cette 
époque , le siège de la cour papale. Aussi , Papou, en admettant cette 
mortalité telle que telle , pense qu'elle n'était pas seulement celle 
d'Avignon, mais celle de tout le Gomtat du même nom. 

Le même Guy de Gftauliac, que nous venons de citer, fut atteint de 
l'épidémie vers la fin de son règne ; il eut , à l'aine droite , un bubon 
qui suppura et le mit ainsi hors de danger, après six semaiues de ma- 
ladie. On dit que, désespérant de ses jours, ses confrères l'avaient aban- 
donné, mais il est permis d'en douter. 

Boccace^ observateur du même fléau, à Florence (1), mentionne ainsi 
les bubons , après avoir dit que le saignement de nez était un signe 
mortel : 

c Dès le début, il survenait, aux aines et aux aisselles, des bubons 
» de la grosseur d'un œuf ou, seulement, de celle d'une prune ; ils 
» étaient également mortels.» (Op. ct^) 

Yillani , qui , également , observait le même fléau à Florence, parle 
des bubons à son tour. 

« A Florence, dit-il, au début, on voyait se manifester, à l'aine et sous 
» les aisselles , un gonflement qui égalait ou surpassait même la gros- 
» seur d'un œuf, et qu'on nommait gavocdolo ; plus tard, il en surve- 
» nait dans toutes les parties du corps. » ( S/orte florentine , lib. xu. ) 

De Viltalba ^ parlant de la maladie qui, en 1,350, décimait l'armée 
d'Alphonse ix, sous les murs de Gibraltar (2), dit : 

« Esta peste consistia en una especie de landra 6 manera de seca , 6 
» tumor, de la hechura y tamano de una bellota que se hacia en los 
> sabacos, en las ingles, y muy de ordinario en la garganta, que ahogaba 
» con bravedad à los patientes. » ( Op. cit. , t. 1*', p. 83. ) 

Lopez de Ayala, parlant de cette inême épidémie, à laquelle Al- 
phonse IX succomba, mentionne les landres dont ce dernier fut atteint. 

« Dios, dit Lopez de Ayala, dispuso otra cosa, porque adoleciô de 
» landres, que era el caracter cierto de la pestilencia , i acabô la glo- 
» riosa carrera de su vida i reinado en el dia viornes SO de marzo del 
9 ano 1,350, à los treinta i ocbo de su edad. » [Historia de Gibraltar, 
p. 164. — Madrid 4782.) 

■ I I É j .11 ■ 

(1) BUe débuta à Florencf au printemps de 1,848. Boccace, dans son D£cA- 
MÉBON, préface» 

(2) Fide suprà 



RâppcloDâ , en termioant ces cltatioos , que Caotacazèoe , datas 
9tf reiaiioQ de l'épidémie de Goosladtidople , raj3porlée plus haut, itteo- 
iionne les biiboDS et les autres exanthèmes pestilentiels. £t , eo effet , 
c'étaient bien des bubons , suppurans ou non , que ces abcès et ulcères 
qui survenaient au haut et au bas des bras, et dans d'autres endroits 
encore, lésions dont parle Càntacuzène, et c'étaient bien aussi des pé* 
téchîes et autres lésions analogues que ces meurtrissures , ou rares ei 
peu apparentes, ou multipliées et tris-prononcées , dont parie égale- 
ment le même auteur (1). 

Les preuves surabondent , comme bous, vedons de le voir, pour éta- 
blir que le fléau du xiv* siècle était bien la peste orientale. Ceci posé , 
8*il nous était permis d'émetlre une opinion sur son origine, nous di:- 
rions qu'an lieu de le représenter, comme l'ont fait les historiens, bem- 
blable à un monstre à plusieurs corps, parcouraot le globe de l'est k 
l'ouest, un corps se rapprochant du nord , un autre du ca'xil, un troi* 
sième suivant une route plus direôte , etc., il fallait le voir sortir de 
çon foyer naturel , de sa source intarissable, qui a été, de toute éternité, 
qu^on nous passe cette expression, les boras du Nil , dans la partie de 
son parcours à travers la basse Bgypte, d'où il devait s'avancer ou se 
projmger dans toutes les directions parcourues par Tliomme , soit au 
oord) soit au sud, soit à Test, soit à l'ouest. 

Une question se présente ici. Des maladies désastreuses régnèrent au 
«ein dâ l'Asie > eo Chine, vers le OHlieu du xfv« siècle : étaient-elles 
de même nature que celles qui , en même temps, ou à peu près, ré- 

Snalent eu Afrique et en Europe? Difficulté insoluble fians doute, fauta 
'élémens propres à la résoudre. Toutefois, pourquoi la peste n'aurait-^ 
elle paspu, à Tépoque dont nous parlons, s'étendre et se propager jus- 
qu'en Chine , et comme , sans doute , elle pourrait le faire edéoré 
aujourd'hui, si, en effet, elle est contagieuse, transmissible, c'est-à- 
dire si un individu qui en est atteint, peut la transmettre à un autrer 
qui de l'est pas, oo si , seulement, des objets provenant du preinier peu- 
vent aussi la donner au second? Qu'importent les distances? elles sont 
effacées par les relations commerciales, c'est-à-dire , au point de vue 
qui nous occupe, par cette chaîne qu'établit le contact des hommes 
et des choses , et qui , semblable , en quelque sorte , à notre télé^ 
graphe électrique, pourrait reproduire à Pékin tin fait produit à Paris. 
Ajoutons que, depuis un temps imméfûorial , des relations comider-^ 
<;iales existent, sur une plus ou moins grande échelle, entré le Levant 
«t la Chine. Ainsi , nous voyons, dès 710, les Arabes aborder daùs cette 
coùtréei et lés habitans de cette même coutrée, à leur tour, fréquenter, 
vers ta âo du xiv* siècle, et le Golfe persique et la Mer rouge. Erun aiH- 
tre ^té , le climat de la Chine est fort semblable à celui de Constan- 
tiuople et autres lieux où la peste orientale, pendant longtemps, avait, 
tti quelque sorte, élu droit de domicile. 

Non, et la logique ttous force à le reconnaître ; non , le fléau du xiv* 
siècle n'était pas d'origine chinoise ; il n^éclata pas comme une bombe>^ 
pour ainsi dire, en Orient, et il ne^se porta pas ensuite en Occi^ 
dent, semblable à une colonne dW; — non, le fléau dont nous parions 
D^eut pas de direction déterminée , qui eût été de Test à l'ouest ; il n'eut 
% ,- ' t ' • ^ • ' ■ 

(1) yide Sttprà. 



d autre directiop , à savoir : sur mer, que la direotioo suivie par les 
tâtimens qui portaient ou des malades , ou des élémeus propres à en 
produire, et, sur terre, que celle parcourue par les hommes qui » en 
caravaues, ou isolément, avaieut eu la maladie , ou qui eu portaient le 
Çerme, soit en eux-mêmes, eo leurs propres personnes, soit en des^ ob- 
jets ayant été en rapport avec des individus qui en étaient atteints. 
Sa direction déterminée , en apparence , de l'est à l'ouest , s'explique 
du reste , par les relations coTnmerciales qui , de tout temps, ont. 
été à la fois plus multipUées , et sur une plus grande échelle , de 
l'Egypte vers l'Occident que de ce môme pays vers l'Orient. Et, sam 
nul doute, nous pouvons te dire maintenant , c'est au manque de me- 
sures préventives à cette époque, qu'il faut attribuer et la dissémination, 
du mal , pour ainsi dire, sur tous les points du globe, et les affreux ra- 
vages qn*il y fit. Toutefois, malgré l'expérience des faits de contagion, 
ou de transmission , expérience nul dut être acquise de bonne heure ,* 
dans la pandémie dont nous partons , ce n'est, pourtant, *que bon 
nombre d'années après son ipparition, c'est-à-dire en 1,374, que nous 
voyons promulguer les premières ordonnances en matière de salubrité 
publique. Ces ordonnances , qui furent rendues en Italie, comme nous 
ravons déjà dit, sont le fait d un due de Milan, Barnabe Visconti. 

L.'opinloo de Papon , sur Torigine chinoise du fléau du xiv* siècle , 
diffère peu de la nôtre ; elle n'en diffère , en effet, qu'en ce que , pour 
lui, Â répoque dont nous parlons, la peste était endémique en Europe, 
tandis que, pour nous, cette endémicité n'existait alors, comme aujour- 
d'hui , que sur les bords du Nil , dans la Basse-Egyptg. Voici, du reste, 
les paroles de Papon : 

« Les auteurs qui donnent à la peste cette origine , cette unité d'ac* 
» lion, ce mouvement progressif, ne l'auraient pas fait partir si légère- 
» ment du Kathay, pour l'envoyer dans toot le Midi de l'Europe, s'ils 
» avaient su qu'elle y était endémique depuis plusieurs siècles, comme 
» elle Test aujourd'hui à Gonstantinople, et qu'avant l'année 1,S46, 
9 en remontant seulement jusqu'à l'année 1,301, elle avait signalé ses 
» fureurs au moins six fois, en différentes contrées^ dans ce CQuri e^ 
s pace de temps, » ( Op. dt.^ t. I*% p. 405. ) 

Hons terminerons oe qui nous reste à dire sur le fléau du xiv* siècle, 
par quelques mots et S"r l'accusation dont elle fut Toccasion contre la 
nàtloD Israélite , et sur les asaociatians ou confréries auxquelles elle 
donna naissance» 

l^rs des pestesquî régnèrent en France en 1,320 et 1,342, la nation 
israéUta était accusée de les avoir produites (I) ; il en fut de même de 

la pandémie dont nous traitons Quelle puissance!... Et de quelle. 

manière rexerçaieat- ils ? Bn empoisonnant l'air, selon les uns : les 
eanx, selon les autres, et, selon d'autres encore, ces deux sortes d'élé^ 
meus à la fois. Et quel était le prodigieux poison usité à cet effet ? On 
ne le dit pas pour tes pestes de 1,320 et 4,342 ; on le dit seulement 

(l)Enl,S209 dlc se serait aidée des lépreui, qui furent brûl^ vifs poic 
cette cattae. On sait combien les lépreux éta cnt nombreux à cette (époque, eu 
France et dans les autres états de TEuvope. 

25 



— 164 — 

pour la pndémic de 1,348. C'était..... quoi ?. .. Âurons-Dous le 
courage de le dire? Pourquoi p»s, puisque, déjà, nous nous sommes 
engage si avant dans l'absurbe. Eh , bien ! c'était un composé d^arai^ 

gnées^ de sang de hibou ei d*auires animaux venimeux (1) 

¥A quels pouvaient être les intérêts de la nation israélite dans ces 
méfaits successifs? 

En 1 , 320, des Israélites auraient été envoyés en France dan^ ce but , 
par les rois de Tunis et de Grenade, qui , par là, espéraient prévenir 
de nouvelles croisades contre l'Islamisme. X celte époque, en effet ^ 
une nouvelle croisade était projetée par Philippe V, surnommé Le-Long. 
Les Israélites producteurs de la peste de 4,342, remplissaient-ils, dans 
ve nouveau méfait , quelque mission semblable à celle de leuTS prédé- 
resseurs dans la peste de 1 , 320 ? L'histoire n'en dit rien ; elle dit seule- 
lient : « La peste régna en France en 4 «342. On accusa les juifs de 
i ravoir causée en empoisonnant les puits, et il n*en fallut pas davan- 
» lage pour exciter contre eux la fureur du peuple. » ( Papon, Op, cit. , 
I. II, p. 275.) 

L'histoire n'est pas plus explicite à cet égard pour la pandémie de 
1,3&8 ; elle Test davantage en ce qui concerne tout ce que les Israélites 
eurent alors à souffrir de la barbare ignorance de Fépoque (2). 

En Suisse, notamment à Chillon, Berne, Bàle et Fnbourg, ils étaient 
torturés pour les forcer à avouer leur prétendu crime ; — en Alsaze, 
et par suite d'un arrêt rendu par une assemblée réunie à Bennefeld , 
laquelle se composait d'évêques , de seigneurs , de barons , de députés 
des comtés et desiPilles ,— en Alsaze, disons-nous, on les brûlait et mas^ 
nacrait de toutes parts. Deux mille furent brûlés à Strasbourg; à 
Spire, réduits au désespoir, ils se renfermèrent dans leurs maisons e( 
s'y brûlèrent eux-mêmes 

(4) Dan5)a peste de i»628 à 1,629, à Lyon , et dans celé de 1,629 à 1,630 , 
à Milan, des malfaiteurs avaient ima^^iné, dans le but de reproduire la maladie, 
un onguent composé de tous les produits morbides qaUls croyaient propres à. 
cet effet, et qui consistaient, principalement, dans le pus fourni par les bubons 
< t autres lésions de la périphérie cutanée. Nous ne savons si radmioistration 
de ce moyen a été bien constatée, mais le fait de sa composition Ta été suffi- 
samment, du moins à Milan : plusieurs médecins contemporains en parlent, 
enfr'autres le docteur Tadino , de Milan , membre du tribunal de santé 
à cette époque, et qui en parle à la fols comme médecin et comme fonction- 
dalre public 

A la même époque, k Milan , on croyait que les cendres de vétemenc et au- 
tres objets provenant de pestiférés , pouvaient reproduire la maladie. Des 
oindres de cette nature auraient été Jetées dans les rues , par la mal- 
veillance, et on s'expliquait ainsi une mortalité qui s'éleva, en un seul jour, 
h 3,555 pcrsoimes. Mais cette grande mortalité trouvait une explication plus 
naturelle dans les grandes réunions qui avaient journellement Ueu à la même 
époque, soit dans les églises, soit aux processions , réunions qui avaient pour 
but d'implorer la miséricorde du ciel, dans les circonstances où on se trouvait. 

(2) T<ie perdons pourtant pas de vue, en accusant ainsi nos ancêtres, que, de 
nos jours même, à la première invasion du choléra en Europe (1831 , 1832 
et années suivantes) , des soupçons d*enipotsonnement ont plané, non plus sur 
la nation israélite en ma«8e , mais sur des pharmacieuH et des niédecias. lit 
quand on songe que ceci fe passait Jusqu'au sein de Paris, de cette métropole 
du monde (au point de vue dû faisceau de lumières dont elle est le siège) , ne 
faut-il pas déses|)<rcr à Jamais de la logique populaire en parelHe circonstance ? 



— 19» — 

L'assemblée dont nous venons de parier annula toutes leurs créance?, 
et fil distribuer tout leur argent aux pauvres. 

A Mayeoce, 12.000 furent brûlés dans leurs maisons ; à Bsllng , ils 
forent tous brûlés en masse dans leurs synagogues , où ils s'élaient 
réfugiés. 

Les femmes juives, pour dérober leurs enfaus au baptême, les jetaient 
elles-mêmes dans les flammes, puis elles s^y précipitaient à leur tour, 
couronnant ainsi leur œuvre de sublime désespoir 

Et à Paris même , que se passa-t-il alors en leur endroit ? A Paris , 
après s'être réfugiés dans la forêt de S*^-Opportune, non loin delà ville, 
et menacés d'y être cernés, iU rentrèrent dans la rue qu'ils habitait nt 
depuis longtemps, la rue dite des Hérétiques : le peuple se rua sur eux et 
les égorgea en si grand nombre, que leurs cadavres, pendant plusieurs 
mois, servirent de pâture à des troupes de loups, qui rendirent longtemps 
cette partie de la ville inabordable. La rue prit alors la nom de TranS' 
noniière, dont on fit le verbe transnoniser, qui voulait dire masfacrer, 
égorger ; elle prit , depuis , celui de iransnonain , sous lequel elle étdit 
encore connue, lorsqu'elle acquit une nouvelle célébrité par les massa* 
çres de 1834. 

A la fin , pourtant , quelques èmes généreuses se déclarèrent en 
faveur de la race proscrite : le ciel , sans doute, était fatigué des holo- 
caustes \ sans doute assez de sang israélite avait arrose la terre» — 

assez de cendres Israélites y avaient été déposées Le pape Clément V 

éleva la voix , il se déclara le protecteur des Israélites, surtout de ceux 
d'Avignon,et il les reconnut, par un bref mémorable, Innocensde tout ce 
qu'on leur imputait : il était temps ! De son côté, remf)ereur Char- 
les ly se prononça aussi en faveur des Israélites, et le duc Albert d'Au- 
triche alla même jusqu'à faire incendier et piller toutes les populations qui 
les avaient persécutés. Honneur à ces hommes généreux, qui. par là, ont 
si bien mérité deThumanité 1 Toutefois, le peuple, dans le même temps, 
n'en brûla pas moinseocorequelquescentaines,dans la citadelle deKys- 
bourg (1). Enfin, grâce à une de leurs coreligionnaires, Esther, femme 
de Buleslas V, ce qui en restai^, après tant de destruction partout, put 
se réfugier en Lithuanie , dans la partie la plus éloignée de cette pro- 
yioce, où nous les retrouvons aujourd'hui et en grand nombre. 

Les confréries de pénitens ou flagellans auxquelles donna naissance 
la pandémie du xiv* siècle , rappellent celles qui existent, de nos jours, 
dans le Midi de la France ( pénitens blancs , bleus, noirs , pénitens de 

(1) Bn Al|(érie, sous radmînistratlon de se? anciens 80uverains,fks Israélites y 
étaient assez souvent brûlés sans grandes formes de procès, et c'est ce qui s'y 
vit encore très-peu de temps avant notre prise de possession d'Alger. Voici le 
fait en pea de mots : 

Un, Israélite rccommandable d*ATs;er avait contracté, envers nu puissant 
Maure de cette ville, une di;tte dont il ne put s\icqui>ter au terme de I Yctiéance. 
Plainte ayant été portée contre lui au dey, il fut condamné à être brûlé. Tou- 
tefois, le Jour où cet arrêt devait s'accomplir, la famille était parvenue à réunir 
la somme due : elle se hâta de la porter au dey, mai.« il lui fut répondu quM 

était trop tarJ, et Parrét reçnt son exécution On n'en garda pas moins 

l'argent qu'on venait d'apporter .... Ajoutons que, selon rusa$;e en pareille 
circonstance, la famille du supplicié avait été oblî^^éc et d'éievcr le bûcher, et 
d'y mettre cl entretenir le feu 



— 196 — 

toutes les coulears eoâa ) ; t\\eA se composèrent d'abord d'Iioaun^s sor- 
tis, la plupart, de la plus basse classe du people» mais , bieol^, tio- 
rent s'y joindre et des prêtres , et des dames pieuses , et , en uo mot , 
iootes sortts de personnes honorables. 

Velus cRiabillemens grossiers, la tête couverte d'un sao et de cen* 
dres, avec une croit de drap rouge sur la poitrine, ils parcouraient ainsi 
les t opulations , en chantant des hymnes et des cantiques , le Salve 
Regina et le Slabat Mater, par exemple. Ils se donnaient la discipline, 
avec des fouets de corr'e noués et armés de petites croix de fer, et ils 
marchaient, cela faisant, ayant à leur tète des torches allumées et de 
riches bannières. Cette pratique , pour le dire en passant, est encore 
usitée dans le Midi de l'Espagne , par des associations ou confréries 
de femmes , qui suivent ainsi les processions, djns certaines fôies de 
rannée (1). 

Tartout où ils se présentaient, les pénitens, ou les fla^etlaos , ou les 
frères de la croix, comme on les appelait encore; partout ou ils se présen* 
laient, disons-nous, les cloches sonnaient , et les plus grands honneurs 
leur étaient rendus. Toutefols^ces excentricités religieuses devaient avoir 
'iQ terme ; nées sous une inspiration pieuse , sainte, elles ne tardèrent 
pas à dégénérer en abus de toutes sortes, et ce fut à tel point, que des 
souverains se virent obligés de leur interdire, sous peine de mort, len* 
tréede leurs états. Ajoutons qu'ils prirent une grande part dans la perse*- 
cuiion alors exercée contre les Uraélites , notamment dans nelle qui 
eut lieu à Uayenoe, au mois d'août 4,349, et dont nous avons parié 
précédemment. 

XV SIÈCLE DE LÈRE CHRtTICNNE. 



On lit, dans la Chronique de Palmérius, pour Tannée 1,450, ce qui suit: 

Pestilentia ingens^ quae primo in Asid exorta^ ao deindè per liliri" 

cum Dalmatiamque in Italiam gerpme, pluree postmodum annos ad 

ultimoe Germaniae et GaUiarum fines mteere per amnes ferè populos 

debaohalur, (Op. cit.) 

Celte pandémie s'est-elle étendue jusqu'à l'Afrique? Oui, vraisembla- 
blement. Remarquons qu'elle parcourait te monde précisément un siècle 
après celle de 1,348, sur laquelle nous sommes entré dans d'assez 
grands détails. 

▲iiNés 1,466. 

En Tannée 4,466. il parut en Espagne, sur le territoire de Jeaën^ une 
si prodigieuse quantité de sauterelles, que le soleil en était obscurci. 
« Le peuple, dit Marlana, était intimidé de ce prodige, que chacun ex- 
» pliquait à sa manière. » (Op, dt. t.iv, liv. xxiii, p. 186.) 

Mahana, à qui nous devons tout ce que nous en savons, ne dît pas 
que des maladies aient été observées après; il ne dit pas non plus d où 
venaient les insectes. Ses paroles tendent pourtant à établir qu'elles 
étaient étrangères au pays. Et, en effet, sans cela, les populations au 

(1) Les feniines qui en font partie, et qui appartiennent à la classe élevée de 
la société, marchent nu-pieds, les épaules d(^cuuvertes et ensang'antées par les 
coups quVIIes s'y portent, toutes eu méaie tciiipset à des inter?alies donnés, 
nvecane lorte de martinet dont les lanières (ont garnies de nœudfct, sou* 
vent, de pointes de fer acérées. 



— 1»7 — 

mftiea desquelles ils apparureDt, eo eosseol élé moioê effrayées sans 
doute. Que s'ils étaient étrangersau pays, ils Tenaieiit vraisemblable* 
ment de l'âfrtq'je, poiot de départ de presque toutes les iurasioiis de 
sauterelles étrangères qui »oreot lieo en Espagne* depuis un temps im~ 
mémorial. Toutefois, l'histoire de l'Afrique ne mentionne auouue ap- 
parition de sauterelles dans ce pays pour l'année précitée, ce qui ne 
▼eut pourtant pas dire, tant s*en fauty que rien de semblable ne s^y soit 
alors présenté. 

Di l'anmAb 1,468 ▲ l^amnÀb 4,469, S73 db l'hAoiak. 

De Tannée 4,468 à l'année !,46d, 873 de l'hégîre, la peste régnait à 
Tunis, et ses ravages y furent considérables, tant dans la ville que dans 
les autres parties de la rég^^nce. Mais, laissons parler El-K'aïrouàni, 
que nous avons déjà cité si souvent. 

ff En 873, dit cet auteur, la peste se déclara à Tunis avec tant de 
» violence, qu'il y mourrait, a-t-on dit, 14,000 personnes par jour» et 
il que les pertes totales s'élevèrent è 501,000 âmes, dont 400,000 en 
» ville et 100,000 au-dehors. » [Op, cit , p. 265 ) 

Sans doute, nous pourrions nous dispenser de le faire remarquer, 
une pareille mortaliié pour la régence de Tunis est învraisemblat>le ; 
elle établit seulement que les pertes faites à cette époque, dans la ré- 
gence de Tunis, furent considérables, et celte induction suffit à notre 
objet. 

ANNiB 4,475. 

L'année 4,47$ mérite d'être signalée dans les annales épidémiques : 
en cette année fut instituée, à Majorque, sous l'administration du gou* 
veroeur Berengario Blanels, la première junte de santé du pays, junte 
qu'on appelait Morberia^ de Morbero^ maladie, seul nom sous lequel la 
peste était alors connue. 

La Morberia ou junte de santé de Majorque fut créée à l'occasion de 
la peste qui régna , en la rr.éme année , 4,415 , dans cette île, oà elle 
avait été apportée du Levant, selon Alexandre de Laborde (I). 

La junte de santé de Majorque avait l'inspection de tous les Toyageurs 
qui arrivaient, soit par terre, soit par mer, et t'intendanoe du Lazaret 
pu Jlfor60ria. Elle jouissait de certaines prérogatives nécessaires à son 
indépeniance, et ses pouvoirs étaient très-éteudus. Ainsi, elle pouvait» 
sans être assujettie à aucune sorte de contrôle, faire brûler la cargaison 
d'un navire soupçonné d*ètre infecté. L'un de ses membres , le docteur 
Ltician Golomioés , déjà médecin de la Morberia, medico morbero ^ en 
1,471 (2},futcharge,avec plusieurs autres notabilités du pays, de rédiger 
une instroctton ayant pour objet le but de l'institutian de la Morberia 
oa junte de santé. Cette instruotion se composa de 34 cbapitres, tant 

(t) Itkiérain descriptif de r Espagne, etc., t. m, p. 460. 

(2) Don Vincent Mut , que nous avons cité plus haut, prouve trës-daUenieDt , 
contre Juan Dameto, qu'il existait déjà à Majorque, antérieurement à Tannée 
1,475, une Morberia û hospital pour la peste ; il le prouve , disons-nous , en 
étahlissant que Lucian Coloniinés» de cette même lie (que nous y voyons fign* 
fer comme, membre de la Junte de Santé, en i,475) , était le médecin de la 
susdite Morberia dès 1,471. (Op. cit,, p. 845 ^ l48. ) 



- 10$ — 

niédioaux que politiques, sur les moyeos de se préserver de toute sorte 
de contagion, ei sur le meilleur mode de visite de las Almonedas ou 
lieux recevant des provenances contaminées ou soupçonnées telles. Pour 
plus de détails sur ce sujet, nous renvoyons à de Yillalba, Op. ctï., 
t. i*', p. 404 et suivantes. 

Quelques années plus tard, en 1,490, une institution semblable à 
celle de Majorque s'établit aussi à Minorque, et, toutes deux, se conti- 
nuent encore de nos jours. Nous devons à M. le docteur Raphaël Her- 
naodez, qui faisait partie de la dernière, en 1841, des détails sur les 
épidén^kies et faits de contagion dont Mabon et les autres parties de Mi- 
norque ont été le tbéâlre, depuis la fin du xv« siècle jusques dans ces 
derniers temps. ^ 

DB l'année 4,484 ▲ l'ann^b 1,485,889 db l'hâoibb. 

« De Tannée 4,484 à Tannée 4,485, 889 de Théglre, la peste, de nbu- 
» veau, régnait à Tunis, et le souverain de ce pays, Âbou-Zaccbaria, 
» fut une de ses victimes. • 

(EL-KAÏaouANi, Op. cit., p. 265.) 

Cette peste, la 22^ année de son existencoi c*est-à-dire en 1,485, 
coïncidait avec celle qui, en cette même année, régnait aussi à Sévilie 
f Andalousie), et qui força le roi Ferdinand, qui s*y trouvait alors, avec 
la reine IsabellCt à s'en éloigner : suivis de la noblesse, ils se retirèrent 
à Cordoue, où les troupes, destinées aux conquêtes qu'ils projetaient , 
avaient ordre de se rassembler. 

ANNÉB 1,494 1 900 DE l'bêgirb. 

En l'année 1, 494, 900 de Tbégire, une invasion de sauterelles eut lieu 
en Afrique ; Léon TAfricaio en fut témoin à Tagtessa , ville située sur 
une haute montagne, dans le Alaroc. « J'y arrivai , dit Léon, en un 
» temps qu'un grand nombre.de locustes (sauterelles) se posa sur le 
> froment , qui étoit pour lors épié ( en épis ) ; mais la multitude 
» d'icelles.surpassoit le nombre des épis de plus de la dixième partie, 
» tellement qu'à grande peine pou voit-on apercevoir la terre , et ce 
» advint en l'an neuf cent de Tbégire. » 

( Op. cit. , lib. u, p. 437 de la traduction. ) 

L'auteur ne mentionne aucune maladie observée pendant ou après 
cette invasion de sauterelles. Du reste , Tespèce de sauterelles dont il 
est ici question y n'est point la grande espèce (ck^rtdtumper^j^'num), 
celle à laquelle des épidémies ont été attribfiées , mais la petite espèce 
Ifiedipola cruciata), dont les ravages, pour être d*une autre nature 
que ceux de la grande espèce, n'en sont pas moins à redouter (!)• 



' (1) Pour plus de détails sur ce sujet , voir nos rommunîcationa à TAcadé- 
mie des Sciences» dans ses séances des 19 mai et 17 novembre 1845, ainsi que 
le Tableau de la situation des etahlissemens français en Jlgéric, de iSkb à 
1846, p 245 et 246 - Paris, J846. 



La peste orientale a souveot affligé l'Europe dans le cours du kv* siô- 
cle, ei il est permis de supposer que telle était la nature de quelques-unes 
des épidémies africaines que nous venons de relater ; car, si nous 
considérons^ comme nous Tavons fait jusqu'à présent , Tcgypte comme 
le point de dépari de toute peste h bubons ou de la véritable peste, en un 
mot, nul doute que les chances de transmission ou importation de 
celle-ci n'aient été , pour le moins, aussi grandes pour TÂfrique que 
pour l'Europe, pendant le siècle dont nous traçons Tépidémiologie. Kt, 
en effet, pendant ce siècle, les relations commerciales, cet intermédiaire 
des Importations morbides, n'étaient pas moins multiplias entre l'Egypte 
et l'Afrique, qu'entre la première de ces contrées et l'Europe *, on peut 
même avancer, sans crainte de se tromper, qu'elles l'étaient davantage, et 
nous croyons pouvoir nous dispenser d'en donner ici les raisons. Or, 
les épidémies pestilentielles qui eurent lieu en Europe dans le cours du 
XV* siècle, furent nombreuses ; il suffira à notre objet d'en rappeler les 
principales. 

La peste (ou des maladies ainsi qualifiées ) était dans les contrées 
ci-après : 

V La France, en 1,436 (à Paris); — 1,348 (à Paris, où on compta 
plus de 50,000 morts); — de 1,448 à 4,450 (à Paris, où il y 
eut 40, 000 morts en deux mois, et, dans toute TEurope, en l,450);-~ 
en 1, 465 f sur différens points (4), mais surtout à Paris ) ; — de 4,466 
à 4,467 (d'abord à Paris, qu'elle dépeupla (2) , puis dans toute la 
France ) ; — en 1 , 476 ( à Marseille ) ; 

2* L'Italie, en 1,405 ( surtout à Padoue , qui , seule, perdit 40,000 
âmes ) ; — 1,406 (à Monaco ,. où un cardinal eu fut victime, d'après 
Mariant ) ; — 1 . 41 3 ( à Bologne ) ; — 1 , 418 (surtout à Venise, où il y 
eut 45,300 décès en un mois) ; — 4,423 (à Bologne, en Lombardie); 

— 1, 428 (à Rome, avec de fortes chaleurs, après un hiver doux ) ; <— 
de 4,438 à 1,439 (sur différens points, et à Brescia en 1,439, avec la 
guerre et la Lmine ) ; — en 1, 443 ( dans les Abruses , avec épizootie , 
dans l'armée d'Âlphonse-le-Sage ) ; — 1,448 (dans le Milanais ) ; — 
1 . 456 ( à Venise ) ; — 1 , 473 ( sur divers points, précédée d'une famiiio ) ; 

— de 1 , 475 à 4 , 476 ( à Rome surtout ) ; — en 4 . 478 ( à Florence et dans 
d'autres villes, avec une invasion de sauterelles ) ; — 1, 479 ( à Venise) ; 

— 1, 482 (avec la famine) ; — 4, 485 ( surtout à Milan, où il y aurait 
en 137,000 morts, selon Corio}; — de 1,495 (à Naples, avec la fa- 
mine et la peste, apportée par l'armée française, sous Charles YIII ) à 
1 , 497 (3) ; — en 4 , 500 ( sur différens points, précédée de grandes inon- 
dations } ; 

■ ■ I I II ■■ I II .11 I II» ■ —— , I ■ I II I ■■■ I M^— ^ 

(1) Cette peste fat précédée d*une comète flamboyante, qui parât dans la. 
matinée da 18 septembre. 

(3) Les deux épidémies de 1,466 et 1,467 avalent tellement dépeuplé Paris 
que Louis XI. par une ordonnance , c absolvait de tooA crimes et meurtre*, 

> antérieurs a sa publication , tout homme à quelaue condition quUI appar- 

> tint, qui viendrait habiter en illec, » IDict. des dates, des faits, etc. 
Paris, 1848.) 

(8) Bile cessa sur la fin de janvier 1,497. Or, comme le 13 de ce mois, avait 
eu lieu la translation, de l'alibaye de Monte Firgen à la catliédrale de Naple», 



- U9 - 

a* L'B$p»gDe , en 4,102 et 4,4^0 ( à 8é?ille) ; — 6d 4, iOS el i,l29 
(à BaroelonDo) ;— eo 1,433 ( en Aragoo el dans la Navarre, avec épizoo- 
tie ftor les troupeaux); —1.436 (daus la Castille) ; — 1,439 ) à 
Hoesca , en Aragon ) ; — 1,448 ( à Barcetoone , sur d'autres poinlA d9 
la Catalogne et dans rarmée d'Alphonse Y, devant Pomblin , dont il 
faisait le siège, qui (ut levé pour oelte cause ) ; -* 4 , 450 ( à Saragosse ) ; 
— 1,452 ( à Baroelonne; el!e obligea la reine Dona Maria è en sortir (1); 
— de 1 , 457 à 4 , 458 ( encore à Barcelonoe, d'où le roi de Navarre, Juan, 
se retira pour l'éviter ) ; —de t , 455 A 1 , 466 (de nouveau à Baroeionoe ); 

— en 1,466 (è Cadix , qui en fut presqu'enlièrement dépeuplée . selon 
Perreas ) ; _ 4 .471 ( dans l'Ile de Majorque ) ; •- 4 ,474 (à Valence , 
où elle donna lieu à un opuscule que nous menlionnerone plus loin ) ; — * 
4,475 (de nouveau dans l'ile de Majorque) ; — de 4,476 à 1.477 (à 
Baroelonne , d'où elle s'étendit à toute la péninsule ) ; — - en 1 , 478 
(à Valence et on Aragon ) : — 1,478 el 4,483 (à Barcelonne) ; ^ 
en 1,485 (à Sévilla, où ells farç.i Ferdinand el Isabelle à s'éloigner, 
comme nous l'avons dit plus haut ) ; *— 4,486 ( en Catalogne , en An* 
dalousie , à Saragosse et autres lieux de l'Aragon, désignée, par les: 
historiens du temps, sous le nom de terrible enfêrmedad de h iandrt ) ; 

— 4,489 (à Barcelonne et dans Tarmée de Perdinand-le*Calholique ) ; 

— de 4,489 à 1 ,490 ( à Barcelonne encore, à Grenade (^i), à Saragosse); 

— en 1 , 493 ( à Barcelonne et ailleurs ; on l'attribuait aux sauterelles, qui 
avaient détruit les récoltes de cette même année ) ; — 4 , 494 ( sur diffé* 
rens points); — 4,495 (à Grenade, Taragone, etc.); — 4,497 (è 
Barcelonne (3) ) ; 

4« Le Portugal, de 1,436 à 1,438 (4), et en 1 480 ; 

5* L'Angleterre, de 4 , 402 à 1 , 404 ( Irlande ) ; ^ en 4 , 407 ( à Londres, 
où II mourut 30, 000 âmes ) ; — ' 1 , 472 el 1 , 486 ( sur difiTérens points ) ; 

du corpi de St>JaD^ier, on attribaa à ce saint la cessation du fléau. Fie de 
St'JanvUr de Bénévent, d'après Caraccioli , Chioccarelli ^ Beroardtn de Sicile, 
Falconlas, Stllting, etc. 

(1) Elle se retira à Viliafranca. 

(2) A Grenade, ce n*étalt pas la peste orientale oui réfiaaft, mais ta 
Calenium mmUgaa puniicular ( notre fièvre pëtéchiale ), que les habitant de. 
ce paya «Itribealeot aux cadavres restés sans sépulture, pendant la guerre 
dvile qui les affligeait slora^ 

(8) La fréqnéhce de la peste dans cette iFllle depuis le commenceoieat du 
XV* siècle, trouve son explication dans la double importance de sa population 
et de son commeroe. 

(4) te rof Vdooard en «onrut le aeptembre, à Tâge de 17 ao& au mooas* 
tère de Thomar, où il s'était retiré pour Téviter. On dit qu'elle loi lut cof»> 
mcnlquée par une lettre infectée à cet effet. (Le cardinal Gastaldi, De ace/- 
tenda et profliganda peste, p. 16.) 

Bemarquons qoeBaret, Op, ett., fait mourir Edouard, non en f,43S, mata 
en 1,438. Bn adoptant la première de ces annéea pour celle de sa mort , . 
nous avons suivi Gastaldi et, après lui, de Villalba et |*lu5ienrs antres. Cn 
fut le même Edouard qui , après une expédition malheureuse en AfWqne , en 
1.487, se vit obligé d'abandonner Ceuta et de laisser Tinfiint Ferdinand en 
Ota^e. 



,6* LIAtlemdg&e , e,Q 1,412 (1) e( t,4i9 (à Bâle, arec la guerre cA 
la imioe ) ; — de 1,45$ â 1, 460 ( cUps plusieurs coQ.t,t:éeifi ) ; 

7« Eiifio, le GroëQlaod^ qui eu fui dépeuplé en 1,408. 

Ajoiitoos qu'en Taouée 1,485, ^ine ouiladie eu apparence nouvelle , 
la6aeUeanglai««, Suâoranglicus (i), apparut, pour la première fois, eo 
Angleterre. C'était dans les premiers jours d'août, et dans l'armée 
d'Henri Vif, où elle sévissait surtout après la bataille d9 Bosworth , qui 
eut lieu le 22 du.méme mois. Henri VU, qui en fut a^eint lui-même , 
faillit y succomber ; il arrivait alors de. France , sous le nom de duc 4e 
Richemont , pour monter sur le trOae d'Angleterre. Ceci se passait à 
llilfort , comté de Cornouailies. 

Le 21 du mois suivant (septembre) , le fléau éclatait à Londres avec 
foreur ; il ne gagna ni l'Ecosse , ni l'Irlande , ni Calais ( alors annexée 
aux trois royaumes ),, et , en un moi, ii ne sortit pas de l'Angleterre, 
où il s'éteignit au commencement de l'année suivante, 4 , 486. Ce fut £ous 
Tiolluence d'un fort vent de sud, et on lui en attribua la disparition. Il 
re|)arulen Angleterre dans les années 4,506, 1,517, 4,528et 4,551, et, 
de 1.525 à 1,530, la Hollande, la Belgique et la Basse- Allemagne en fu- 
rent aUligées à leur tour. Plus tard, le Danemarck et la Norwège n*en fo- 
rent pas épargnés non plus. 

Sa dernière apparition en Angleterre est celle de 4,550 : elle en dis- 
parut complèiement l'année suivante , 1,551 , après un règne de sept 
mois. Depuis, on n'en entendit plus parler en Europe. 

La suette anglaise n'apparut jamais que dans l'ét^ attaquant toujours 
un grand nomnre de personnes à la fois, et elle fut grave partout. Ainsi , 
dans l'épidémie qui régnait en Angleterre en 4,547, elle emportait des 
malades en trois heures. Dans quelque? villes, la mortalité s'éleva, dans 
le cours d'une épidémie, à Ii moitié de la population. 

Forestus rapporte qqe la maladie se manifesta à Amsterdam le 27 sep- 
tembre 1,529, qu'elle n'y régna que quatre jours , mais qu'elle y fut 
terrible , n'épargnant que les eofans et les vieillards. 

La fuite n en mettait pas à Tabri : elle arrêtait les fuyards sur les 
routes, ou dans les Heux où ils s'étaient réfugiés. C'était , en ce point , 
toul-à-fait rhistpire du choléra de nos jours. 

E^t-ce à cette même maladie que nous devons rapporter, comme la 
. Youdrail Damianos Vissenaco, celle qui affligea l'armée d'Octavien, dans 
.^a guerre contre les Cantabres, comme aussi celle dont les Turcs eurent 
tant è souffrir dans leur siège de Rhodes, en 1,480 f 

Selon Caïus Britannicus et Méad, c'était nue variété de la peste oriea- 
t9!e, qui, d'abord,, aurait été apportée en France de Tile de Rhodes, lors- 
, aue les Turcs assiégeaient cette tle. Cependant, elle ne s'accompagnait 
. d'aucune éruption ,; ses. principaux .caractères étaient, avec un feu inté- 
rieur et une soif inextinguible/ uae sueur extraordinaire et fétide. On y 

(1) La reioe Vargoerlte, dite la Sémiramia du nord, en mourut fajr ^ bprds 
de la Baltique, le SI octobre de cette même année. 

et) Gains Britannicus. La suette anglaise est VHydropyreton de Sennert , la 
Vebris sudorifica ^ Fernel, VBydronosos de Forestus^ la FthHs. Modes 
sttdaforià de Cullen , VEphemera bfitannica de Bacon. 



— aoa — 



, des palpilalioos qai , chose remarquable, peraistaîenl après 
e, jusqu'à durer plusieurs aunées et môme toute la vie. L'ex- 



observait ( 

la maladie, , 

périeoceapprit'bleotôtquè ce qu'il y avait de mieux à faire pour la 

combattre, c'était de tenir les malades chaudement, ea évitant les re- 

froidissemens , et do soutenir les forces par des cordiaux. 

Joachim Schiller, qui a écrit sur la suette anglaise , parle d'oiseaux 
qui , penciaot son règne, auraient été trouvés morts sons des arbres. 

On ne trouve aucune trace delà suette anglaise, ni dans Hippocrate, 
ni dans Galien, ni dansiez auteurs arabes. Selon Ozanam, ce que nous 
n'avons pu vérifier, elle serait mentionnée dans Isaac et dans Haly-Abbas. 
D'assez nombreux auteurs en ont traité , notamment Damianus Vis- 
seoaco , Bacon de Vérulam , Forostus , Gaïas Britannicus , Poly- 
dore Virgile , Sennert , Feroel , CuUen, etc. Tous ces auteurs ont été 
habillement résumés par notre savant confrère Hecker, dans on article 
sur la suette anglaise , ayant pour titre : Vissmchùftliehê armalen der 
gesammten Heilhtnde. (Journal de M. Hecker, publié à Berlin.) 

La maladie que nous venons de mentionner n'est pas celle à laquelle on a 
donnéaussile nomde suette. Nous voulons parler de la suette de Picardie, 
qui n'est qu'une fièvre inflammatoire, tandis que l'autre est une fièvre 
ou maladie peslileniîelle. Ces deux maladies n'ont de commun entr'elles 
que les sueurs profuses qui les accompagnant. Quant à leurs signes ou 
caractères disiinctifs, Lavoisien les a fort bien établis dans un journal 
italien, le Giornale délia piùricerUe létteratura medica. Malgré la diffé- 
rence symptomatologique qui existe entre la suette anglaise €t celle de 
Picardie, la dernière est, partois , aussi rapidement mortelle que l'autre. 
Ainsi , la mort , dans celle-ci , peut avoir lieu dans les vingt-quatre 
heures, et Boyer, l'un des médecins qui l'ont observée, en a même vu 
des malades mourir en quinze heures. 

La suette de Picardie s'accompagne d'une éruption de petits boutons 
rouges, de la grosseur d'un grain de moutarde. La transpiration répand 
alors une odeur d*urine corrompue. 

Des personnes qui avaient eu la suette picarde,on t été sujettes, pendant 
plusieurs mois, et même durant une année entière, à des sueurs noctur- 
nes , accompagnées d'une éruption semblable à celle de la maladie , 
et qui disparaissait à la plus faible impression de l'air. 

On ne fait remonter qu'à l'année 4,7tS la première apparition de la 
suette de Picardie, qui s'observa alors dans le canton de Vimeux, d'où 
elle se porta dans les environs, notamment à Abbeville. Les travaux sur 
<rette maladie ne manquent pas ; l'un des meilleurs, sans contredit , esl 
celui que nous devons à nuire savant confrère , M. Rayer, fruit de ses 
observations dans la suette du département de l'Oise, en 4825. Ce 
même département en fut de nouveau affligé en 1833 ; la maladie se 
compliquait alors du choléra, complication qui fut observée par les doc- 
teurs Bourmann, Menicieet Pinel Granchamp. 

Tous les auteurs qui se sont occupés de la suette de Picardie sont 
d'accord sur sa non contagion. 

Bon nombre d'écrits parurent en Europe, dans le cours du xv* siècle, 
«ur les épidémies que nous venoLS de mentionner ; nous nous borne- 
rons à citer quelques-uns de ceux qui virent le jour en Espagne. 



— aos — 

FraDcisco Franco, médecin de Séville, sur la pesie de cette Tille 
ea4,40?, intilulé : De peatê. 

Sévllle, 1.402. 

L'aatear dit, p. 64, qu'elle consistait en landrei queataeaban loi ingUi 
y $obaco8^ de la quai escajMban alffunos eon es/or car la virtud ; esto ee, 
como dicê el mi$mo autor^ eonsêrvando las fuerzas commando t7arofit7- 
mente, conformé al preapto médico de algunos arabes : aquelloa eeca- 
pan que comen vigwosammte y conservan las fuersas* 

Eegiment preservatiu ê curatiu de la pestilencia , compost per mestre 
Luis Aleanys, mestre en medtctna, cité par Haller, en sa Biblioteea 
médicale, soug le oom de Luis Àlcanss^ 

De epidemia et peste magislri , Vallestii Tarentini artium medici^ 
niieque doctoris ecdmii. 

fiarcelonne, 1,475. 

Ce livre fut traduit en catalan par Juan Villar, natif de Barcelonne # 
selon que le soupçonne Nicolas Autonio. 

Diego deTorrès, 

Medieimas presermtivas y eurativas de la pesiilsnma. 
Salamanque , 4 , 485| in-4<^« 

Francisco Lopez de Villaiobos , médecin de Charles Y et de Phi- 
lippe II , son fils , 

sumario de la medicéna , suivi d*un traité sur la inftrmsdad de las 
^bas. 

Salamanca, 4,498/ 

Des révolutions et des guerres , e'est*à*dire » à notre point de vue > 
des rassemblemeos d'hommes plus ou moins considérables, et qui 
pouvaient donner lieu à des épidémies , s'offrirent asseï souvent en 
Afrique, dans le cours du xv* siéde; nous rappelons, trés-brièv^ment, 
les principaux de ces événemens. 

En t., 402, Abou-Méhemet, frère d'Abou-Ziau , roi de TIemcen , lue 
ce prince et lui succède ; il est bientôt chassé par Abdallah-Ibô-Ehoulé ; 

En 4 , 409, Muley-Abou-Saïd^ roi de Maroc, est assassiné par son visir ; 
guerre entre ses deux frères, Sald et Yakoub ; Abdallah, fils de Muley 
Abou-Sald, est nommé à sa place ; 

En 4,410, mort d'Abdallah-Ibo-Roubé , chef des Zénanians de 
TIemcen ; 

En 4 , 411, Abdoul-Yahed chasse, du tréne de Fez, l'usurpateur Saïd ; 

En 1,415, le 44 août, Jean 1*', roi de Portugal, s'empare de Ceuta ; 

En 4,423, révolte, à Maroc, contre Abdoul-Yahed; sa dynastie est 
éteinte, son empire se partage entre ses anciens gouverneurs ou vice- 
rois , qui se rendent mdépendans , et la puissance souveraine passe 



MBfsi daus pfusîears tribus , josqo'en 4,472, époque à laquelle Bébl^- 
Oatez 8'empare de toutes ces petites souverainetés et rétablit l^sndefr* 
empire ; 

Bq i,42§, prise dëTlemcen paf le roi de TudIs, sur lléfaédiet, qii?y 
rentre après i'éloignemont du premier ; 

En 1,436, expédition du roi de Portugal, Edouerd, snrrAfnqiie', 
elle se termine 1 aornéé striraote, 1; 437,'par lar perte de Cema et Tabath- 
don, aux mains des Maures, de Tinfant Ferdinand, laissé en ôcage ; 

En 1 , 448, mort de Mébémei, roi de TIemoen ; sa ' couronne ' efl dit- 
putée par ses deux fils, Yaiab et Afeool-Abbas^Ahmed ; 

Bô 1,472, Alphonse, roi dePoridgal , étend sa domination en Afri- 
que, en s'emparant d'ÂrziUe et de Tanger ; 

En 1,492, leslfaureset les Israélites espagnols , chassés de leur 
patrie, te réfugient en Afrique, en grand nombre ; 

En 1,496 , les Maures et les Israélites portugais , éjgalement diass^s' 
de leur patrie , se réfugient aussi en Afrique , et en gratid nombre , 
eomme les précédens ; 

En 1,500, fondation, dans l'ouest de l'Afrique , de la dynastie des 
Scbérifs , par Hassan , se disant descendant du Prophète ^ et ses deux 
fitsr, tous trois célèbres par leur zèle pour la fol musulraaoeV parmi 
les Arabes des tribus errantes. 

XVr SIÈCLE DE L*ÈRE GHRËTIENlfE. 



Des maladies graves; notamment la peste orientale, frappèrent asser 
souvent le nord de l'Afrique dans le cours du xvr siècle ; assez sou^ 
vent aussi > la famine s'y fit sentir à son^ tour. 

Disons d*ab6rd que la peste orientale , dans le nord de l'Afrique , 
pendant le xvi* siècle, se trouve signalée : 

4* Dans les Chroniques de la régence d'Alger (,4), pour les années de 
l*hégire 959, sous Sàlah-Pacha ; — 969', sous Ahmed-Bbstanji , — ' et 
979, sous Arâb-Ahmedv 

. 2* Dans un Mémoire sur la peste en Algérie , faisant partie des tra- 
yant delà Commissiûiï scientifique de V Algérie , pour les annéeâ de 
nôtre éi'e t,552, sous Salah-RaVs ; — 4,55$, sous RaisSao-ben-Khafr- 
el-Din ; — 4 , 661, sous Ahmed-Bostaàdji ; — 4 , 671, sous Arab^Ahme^*, 
— ^t 4 , 58i, sous Mohammed. . 

Dans ce que nous allons dire des épidémlesTôfricaînôë du iif>' siècle ,. 
nous suivrons surtout Diego de Haedo, dans son ouvrage intitulé : 

Tàpoffraphia e Histùtia gênerai de Argel , reparMa en cinco tratados, 
etc., etc., publié à Yâiladolid, en m. dg. xn (2). 

. (1) Tradoction, par M. Alphonse Rousseau, d'un manuscrit arabe Intitulé : 
El'ZohraC'el'Nayerai, — Alger, 1841. 

(î) Cet ouvrage a été fait d'après des notes fouhiies par dés IbpagnMy qUl 
avaient véco^ plus où uioioa ae temps, ér esclavage, à Alger. 



— SM — 

ANNftK i,5l9. 

Fterre de Navarrrvéna'l de s*emparer de Boo^ie, au oom de Ferdi- 
naDd V, lorsqa'uiie maladie grave se mil parmi ses troupes. Marmol , 
l'ao dès hislorieDS qui parlent de celte maladie , dit « qu'il y eut tet 
» jour oh elle emporta jusqu'à cent hommes. » 
( UAfriqv^deMarmol, tr. ded'Abiancourl, t. ii , p. 417.— Paris, 1,667.) 

Quelle eoétait la nature? Celle des maladies qiii règoeot annuelle* 
meni eu Algérie, pendant les fortes chaleurs , et que nous avons bapti- 
sées, ddus autre» médecins français en Algérie , do nom de fièvres oa 
tnalada^ê endémo^épidemiquts , A en juger^ do moins » par ces paroles 
de MaHana : 

ff Navarre cherchait à donner de roccupatloo à ses troupes, a6a de 
li lés tenir tôQJonrs en haleine; et, voyant que la maladie commençait 
» à se mettre dans son armée, qui n'était pas accoutumée à Voir et aux 
» ci^f«tfi^ du elimat^ il sortit do port de Bougie le 7 juin , et prit la 
» route de Favignana^ l'ancienne Cofyra (1). » 

( Op. dt. , p. 685. ) 

âKnés 1,514. 

En cette artnée, t,5fi, Gigelli ( Taocienoe /«^t/^iTt^ ) et ses environs 
furent désolés par une grande famine , c mucha hambre » , dit Haedo. 
Heureusement qo-elle fut d'une courte durée, grâce au célèbre corsaire 
Batberousse, qui y apporta un prompt remède , en distribuant libéra*- 
lement, aux hafoitaos de la ville et des environs , trois navires chargé» 
de grains ( très naves todàs cargadas de trigo), qu^l venait de capturer, 
après une sortie de trois jours^ Ces navires se rendaient de Sicile eo 
Espagne. 

Cette générosité du corsaire envers ses nouveaux compatriotes, 
Témioent service qu'il leur rendit dans cette pénible circonstance , no 
furent) pas perdus pour lui : les habitans en conçurent d'abord la plus 
haute opinion, et ils ne tardèrent pas à se donner volontairement à lui , 
en le proclamant leur souverain. Il dévint aussi, Tannée suivante, 
1,615, souverain d'une contrée voisine , à Touest, la contrée de Cuoo , 
après qo^il e» eut détrôné le roi , à l'aide de ses premiers^ sujets. 

vfiBS l'annéb 1,521. 

Vers-rannée 1,521 , et alors que les schérifsdu Maroc prirent le titre 
de rois d'Afrique , la peste et la famine désolaient ce dernier pays. 
La famine y était si grande, au rapport de Diego de Torrès, que les In* 
dtgènes se dérobaient, les uns les autres, pour se vendre aux chrétiens 
des forteresses voisine», et à si bas prix , que rien, pour ainsi dire , 
ne valait moins qu'un ôtre humain à celte époque. Ainsi, pour un 
panier de figues ou de raisins , on avait , soit un homme . soit tine 
femme. Du temps de Torrès , il y avait encore , en Espagne , beaucoup 
d'esclaves qui avaient été achetés de cette manière. 

(i) Delà, il se porta sur Tripoli (de Barbarie), qu'il attaqua et prit. 
Navapfé , à son départ de Bougie, venait d'être remplacé dans le gouverne- 
ment de cette place, par Don Garcia, qui n'était pas encore arrivée 



- 2M — 

La tàtalne et la peste, chacune de son côté, enlevèrent beaucoup de 
inonde, t des milliers de personnes, dit Torrès. » 

Ces deux calamités durèrent un an entier, et nuisirent beaucoup à la 
nouvelle autorité des scbérifs ; t car le peuple croyait, dit Torrès, que 
» le Prophète les avait envoyées en vengeance de la mort du roi de 
» Maroc , dont les schértfs s'étaient rendus coupables. » Le peuple 
croyait encore que le Prophète n'avait pas tu avec plaisir qu'ils 
eussent enlevé ^ du haut de la mosquée de la citadelle , l'une des 
quatre pommes d'or qui y avaient été placées par un de leurs pré- 
décesseurs (t), < de sorte que , partout, dît Torrès, ce n'étaient que 
» malédictions et menaces proférées contre les nouveaux maîtres, a 

( HUtoin de» sehérifs et dês royaumes de Matroe^ de Fez, de Tarudant , 
etc. , faisant suite à V Afrique de Marmol , par Diego de Torrès, traduite 
par M. le duc d'Angouféme, le père, t. lu, p. S3-*54. — Paris, 1,667. ) 

Pour apaiser le peuple , nous apprend encore de Torrès, les schérife 
remplacèrent la pomme d'or par une pomme en cuivre doré, en même 
temps qu'ils firent pendre , aux créneaux du minaret, le juif qui l'avait 
enlevée d'après leurs ordres. Ceci se fit la nuit et très secrètement , de 
sorte que , le lendemain matin, apparurent, tout à la fois , à la popula- 
tion satisfaite, et la pomme en apparence restituée, et le juif puni en 
expiation de son crime. 

Ce fut en cette iDéme année , 1,52t , que Kaîr-eUDin, qui avait 
succédé à son frère Barberoosse, dans le gouvernement d'Alger, s'em- 
para de GoQstanltne» qui, pendant tant d'années, avait défendu sa 
liberté contre les rois de Tunis, auxquels elle avait appartenu. L'an- 
née suivante, 1 , 522,' Kaïr-el<*Din, poursuivant ses conquêtes, s'emparait 
aussi de Béue, qui avait vécu , si longtemps, libre de toute domination 
étrangère. 

ANNÉB 1,542, sous L*KGnk HASSAN, III* ROI d' ALGER. 

En l'année 4,542 , sous l'Agha Hassan (2), la peste régnait à Oran , 
et ses ravages obligèrent les Espagnols qui l'habitaient, à s'en éloigner ; 
ils allèrent camper dans les environs. 

ff En una peste , dit Haedo , que dio en la ciudad de Oran, con que 
» forçado que se saliesse la gente a vivir y habitar foera en el campo , 
» en sus tiendas y pavellones. » 

( Op. cit. , fol. 71, verso ; dialogo sbgundo ds los hauttrbs. ) 

L'histoire contemporaine nous apprend peu de choses de cette épi- 
démie, si ce n'est que, par ce même fait, le service de la garnison se 
trouvant relâché, des prisonniers arabes, dont elle avait la surveillance, 
profitèrent de cette circonstance pour s'évader, en emmenant avec 

(1) Ce fût , dit-on, une sainte femme, à qui le royaume était écho en héri- 
tage. Elle fit le pèlerinage de la Mecque, et consacra une grande partie de son 
tr&or à fondre les pommes de la tnosqoée, qui pesaient six cents livres. 
A ces pommes avaient été attachées, par la souveraine, de grandes malédictions 
contre celui qui y toucherait. 

(2) Has5an était d'origine sarde, et ce ftit ce même Hassan qui, Tannée pré- 
cédente , i,54i, défendit si bien Alger , contre Tarmée de Chartes-Quint. 11- 
mourut deux ans après, en 1,543, à Tâge de £6 ans. 



— ao7 — 

eax ao jeuoe eofaot des leurs , qu'un charitable espagupl (1) avait 
acheté comme esclave et converti au christianisme. C'était le jeune Gé- 
ronimo qui , plus tard, en 1 , 569, devait sceller de son sang , à Alger, 
sa foi en Jésus-Christ, et dont tes restes, au moment où nous écrivons^ 
viennent d'être découverts au lieu où il avait été enseveli tout vivant (2). 

En la même année, 1,549 , TEspague fut affligée d'une plaie de sau- 
terelles trop générale pour que l'Afrique n'en ait pas reçu quelque 
atteinte. Voici ce que dit de Villalba de cette plaie péninsulaire, d'après 
Lopercio Panzano, dans ses Anales de Aragon : 

« Hubo en este ano, f ,542, una plaga de langostas bermejas y pesti- 
» Icnciales que venian de Turquia , pasaron por Esolavonia , Croacta , 
M Auslria é Italia, y llegàron é Espana oon tal velocitad , que lo des- 
» troian todo, por lo que se puso todo et orbe suspense y contrite , 
» pîdleado à dios miser icordia. » 

(Op. ci*., t. l", p. 154.) 

DE L'AlfUÉB 1,551 A l'aNNÉI 1,552, SODâ LB CAÏD SAPPA , 
BOI d'ALGBR, sons LB TITBE DB OALIPAT. 

De l'année 4,551 à Tannée 1,559, sous le caïd Saffa , la famine 
et la peste désolaient l'Afrique , mais Alger souffrit peu de la première , 
grâce à la sage prévoyance du caïd régnant (3) , qui y fit affluer, en 
pea de temps, des bâtimens chargés de vivres de toutes sortes. Ce que 
rapporte, à cet égard, Diego de Haedo mérite d*ètre rappelé : 

c Hubo in su tiempo , dit cet historien , parlant an règne du caïd 
» Saffa, una grande y général hambre , pero fue tant diligente en pro-* 
» veer a la ciudad Ht^ Àrgel de toda suerte de bastimentos y ritualias , 
» que muriendo itiucha gente pro fuera, y en todas partes de puni 
» hambre , los vezinos de Argel gozavan de una abundancia muy 
» grande. • 

Op. cit, , fol. 66, verso; cap. vi , intitulé : db el algatdb safpa sbxto. 

(1) Le licenclado Juan Caro, auquel Haedo donne le titre de vicario^ et qui 
était devenu gênerai au moment où ce dernier écrivait l'histoire de Géronimo. 

(2) D'après les ordres do pacha Ali Aluch\ renégat calabrais » surnooiBié 
el forihaz , c'est-à-dire le teigneux, parce qu'il avait eu la teigne dans son 
enfance. 11 était le xix* roi d'Alger, et 8on rej;ne 8*étendit du mois de mars 
i,56S au mois d'avril 1,571. Ce même Ali Aluch ou el-Euldje, quequelquea- 
uoA désignent sous le nom d*Ulackeli ou Ochali , commandaU la flotte turque 
au célèbre combat de Lépante, en 1,671. 

Hiedo donne , avec les plus {grands détails , Tliistoire du célèbre martyr 
alirérlen. ( Gp. etdialog. cit., fol. ilX, verso ; fol. 178. recto et verso, ) 

Nous avons à nous féliciter d'avoir fourni l'occasion de la découverte des 
précieux restes de Géronimo, par la possession où nous étions du seul exem» 
plaire qui existât à Alger, en 1847, de l'ouvrage de Haedo , et d'où U. le Biblio- 
thécaire de la ville fit alors l'extrait de l'histoire du martyr Géronimo, inséré 
dans r^At A6ar du 5 octobre, même année. 

(3) Saffa, d'origine turque, était gonveineur de TIemcen lorsqu'il fut appelé 
par son prédécesseur, Hassan, pour faire l'intérim du gouvernement d'Alger. 
Hassan viol reprendre son gouvernement Tannée d'après 

Le règne de Saffa ne fotooe de sept mois ,depols la fin de septembre 1,551 
jusqu'au milieu d'avril de Vannée suivante, 1,552. 



ANXÈB 1,556. 

En llaoDée 1)556 , et dès les premiers mois de cette apnée , la pe&te 
régoait en Afrique. Haedo en parle à l'occasion des troupes que Saiah^ 
Raïs attendait de Conslantioople, et qu'il ne foulait pas lais6er arriver 
jusqu'à Alger, dans la crainte qu'elles y contractassent la iBaladje. 

< Muria en ella (Alger), dit Haedo , enlonces de peste inucha gente , 
» y lemia que la gente.que de GostaniioopJa veoia , si entrava en Argel 
» no epfermase » 

( Op, cit, , fol. 69 ; verso, cap. vu , intitulé ; Db Sala Baxa 

SBTIMO BET. ) 

Salah-Raïs, lui- môme, fut victime de l'épidémie dont il voulait ga- 
rantir les troupes ottomanes (1), et ce fut au cap Matifoux (S), ou il 
était allé les attendre, que se termina sa brillante carrière (3) : il mou- 
rut dans l'espace de viogt-quatre heures , au moment où il allait à 
Oran , attaquer la garnison espagnole. Celte eupédition était la consé- 
quence naturelle de ctrlle qu'il avait faite, avec tant de succès, l'année 
précédente, contre la garnison espagnole de Bougie (4). Haedo raconte, 
en ces termes, la fin du héros africain, fin qu'il considère, à son ppint 
de vue, comme uu heureux événement. 

« No hubo llegado a Metafuz , qusndo justo juyzio y provideada de 
» Dios , que qaiso enlonces librar la ciudad de Oran de on tirano lao 
» cruel, le dio subito la landre, y pesie en unaJogle muyrecio;y 
» deotro de veynte y qualro boras, sin afM-ovechdr remedio, leafr^nco 
» laalnua. » 

( Op. et loc. dt. suprà. ) 

Selon Marmol , la maladie de Salah^Raïs aurait duré.tois jx>urs ^ ^t,fl 
serait mort à Alger, au lieu d'être mort au c.p AJatifoux. Voici , du 
jreste, ses propres paroles : 

a Gomme il arrivait ( Salah-Raïs ) au cap Matafus ( Matifoux ), la 
» pe&te le prit , avec une fièvre chaude, ce qui le fit retourner à Alger, 
» où il mourut trois jours après. » 

(Op. cit., t. Il, p. 417.) 
' ■ ' III .1 .-1 .1 ,, ,1 1 >,.■■■ . j |. j, I I , 

(1) Elles lui étaient envoyée» par le grand teignear, sur sa demande , potir 
son 4îxpédition d'Oran. 

(2) A dou2e milles à Test d*A1ger. 

(3) Salah^Raîs^ Arabe de naissance, était né à Alexandrie (Egypte) ; il mioa- 
rat au moment où, couvert de gloire, et par sa brillante expédition sur TufÇ- 
^urtb et Wuerguela, et par ses conquêtes de- TIemreo , de Eez, de» Bougie, 
etc. , il allait diriger sur Oran une flotte coufiidérable. 

Cet anden pacha d'Alger est, sans contrfdit, de tous les anciens chefs; afri- 
cains , celui qui poita le plus loin la gloire des armes indigènes, sur terre , 
eomme sur mer. Nous regrettons de ne pouvoir reproduire ici la oot^ *^- 
graphique que nous lui avons consacrée, il y a quelaaes années déjà, dans on 
Journal de Toulon. {La Sentinelle de la Marine et de fMgérie, du i5. janvier 
1855, Feuilleton.) 

(4) Elle était commandée par cet Alonso de Péralle qui , peu après, fMya.^e 
«a tèle la reddition de la pla4.<e dont la défense luiéuit eonfiée. Gel te exéention 
eut lieu en 1,556, à Valladodid. La mise en Jogement de Hvàïtfi avait été 
•ordonnée par Charles-Quint« 



âelon \t mécDeaateur, Marnidî , ce Q*était pas au cdp Matifoux, mats 
à Kne, que Salah-Raïs devait aller attendre lés troupes ottomaoes. 
« Gomme H altait lès attendre à Bôoe, dit Marmoi , » parlanl deâ qua- 
rante galères, chargées de troupes, que lui envoyait le grand seigneur. 

( Op. eit, , Mv. H , pag. 480 de la tradoctioo ; chap. intitulé : Db Maho- 
met ET DE SES SOCCESSEUBS. ) 

Matifbox , du reste , est sur la ronte de Bûne. et c'était alors, en 
quelque sorte, le port d'Alget, Tilôt où sont aujourd'hui nos é*.ablis- 
semens de la marine , n'étant pas encore joint à la ville, par la jetée 
4|u'on y a pratiquée depuis. 

fiaedo parle encore de la peste de T Afrique , en *,656 , à l'occasion 
du pacha Théchéoli , 9* pacha d'Alger, qui soriit de cette ville pour 
-s'en mettre à l'abri ; il se rendit au cap Caxioe, à l'ouest d'Alger, où il 
^ampa, avec toute sa cour. Voici , sur ce sujet, les paroles de Haedo : 

« A este misrao tiempo avia en Argel una peste muy cruel , de quat 
• muria cada dia mucha gente, ))or lo quai el Techeoti se f^lro de Im 
» ciodad, y sefue à las Caxinas : vn logar despoblado, junlo à la marina, 
» que esta de Argel , para poniente cinco millas, y en tiendas de campo 
» y pavellones estuvo alojado cou toda su casa y ministros hasta casi 
» navidad de aquel ano 4 , 556. » 

( Op. dt. , fol. 72, recto ; cap. 4x , iotiiulé : Db Thbchbou , Baja 

NOVO RBT. ) 

Là peste de 1 , 556 parait avoir exercé les plus grands ravages dans 
tout le nord de l'Afrique. Salah-Raïs ne fut pas le st^iil souverain ou 
prince qu'elle emporta : elle en emporta encore trois autres, qui furent 
le pacha Yussaf, M uley-Hassen , ancien roi de Tlemcen , et Bubquer, 
fîls d'uo roi de Pez détrôné. 

Yussuf succomba à l'épidémie le 6* jour de son régne, et n'ayant 
encore que 26 ans. Il venait de succéder à Tékéli , qu'il avait assaa- 
giné (1), pour venger la mort de son patron et ami , Hassan^Gorao (2), 
le précédent pacha d'Alger, mis à mort par Tékéli 

Yussuf, dWigine calabresse , était arrivé fort jeune à Alger. Il 
était, avaat son élévation , gouverneur de Tlemcen Sa mer t eut lieu 
à Alger, dans les derniers jours de décembre. Haedo la mentionne ainsi , 
parlant de son régne : 

c En ultime de los seys dias , aviendo grande peste entonces à la 
» ciudad ( d'Alger }, dio la landre al Yussuf , en una ingre , con tanta 
•» furia que en menos de veynte y quatre horas , perdio la vida y el 
» reyno, con gran sentimento de todos. » 

(Op. cit. , cap. X.) 

Muley-Hassen , l'ancien roi de Tlemcen, mourut à Oran, où H était, 
depuis trois ans, retiré auprès du gouverneur espagnol ; il avait ete 

(1) Tékéli , que Haedo écrit Thecheoli , oe régna que trois mois, du commen* 
cernent d*octobre à la fin de décembre 1,556. Il fut tué par trois ou quatre 
coups de lance ( très o quatre lançadas ) que lui porta Yussuf. 

(2) Hassan-Corso, comme son nom Tindique, était Corse et avait eu, pour 
patron ou protecteur, Salah-RaEs. Il périt , d*une mort cru^ei par les orales 
<le Tékéli , à Tâgc de 3S ans. 

27 



— aïo — 

détrôné par Salah-RaVs. Cest ce qnéme Muley-Hassea dont le fils , alors 
âgé de six ans, fut fait chréti.eD sous le nom de Don Carlos , et qui , 
ensuite, passa en Casillle, ou le roi Philippe H lui forma un établisse- 
ment. 

Bubq^uer, le fils du roi de Tlemcen détrôné, mourut à Alger, au mo- 
ment ou Salah Raïs se proposait de le rétablir sur le trône de son père. 
Blarmol s'exprime ainsi sur sa mort : 

« Bubqudr , qui s*étai trouvé aussi au combat ( sous Salah-Raïs, 
» contre le schérif de IViaroc), s*enfuit à Tlemcen, et , delà , à Alger, 
• où il mourut de la peste. » 

(Op. dt,, t. 1", p. 430. ) 

ANNÉE 1,557, sous LE PACHA YaHATA, XI* ROI D'ALGBR . 

En Tannée 4,557, sous le pacha Yahaya , la peste enleva beaucoup 
de monde à Alger et dans les environs. Haedo , parlant du règne du 
pacha Yahaya (1), c{ui fut à peine de six mois ( du commencement de 
janvier à la "fin de juin suivant), s'exprime ainsi sur ce sujet : 

« En el quai tiempo ninguna cosa sucedio digna de escrivirse aqui , 
» solamente que murio entonces mucho numéro de génie de pe&te, tanto 
9 en Argel , como eu toda su comarca . » 

( Op. oit. , foL 73, verso ; cap* xi , de tahata baja honzbno ret. ) 

Vraisemblablement, c'est à cette deroière invasion pestillentielle, 
celte de 4, 556 à 1 ,557, qu'il faut rattacher la peste qui , avec la famine 
et la guerre , dévastait . vers la môme époque , plusieurs localités au 
ceotre de Tempire de Maroc. Marmol, le seul voyageur qui parle de 
cette peste, ii'en indique pas l'époque, que nous croyons pouvoir pla- 
cer , d'après celle où voyageait Marmol , aux premières années de la 
2* moitié du xvi* siècle (2). Voici, du reste, tout ce que nous en 
savons d'après Marmol : 

< Et la ville demeura déserte, dit Marmol , parlant de Terga (3), sans 
» qu'elle se soit repeuplée depuis , à cause des fléaux de la guerre , de 
» la pesle et de la famine, dont le pays a été tourmenté. » 

( Op, ctf. , DU royaume du Maroc, liv. m , chap. lxiv. ) 

« Elle était autrefois, dit le môme auteur, parlant de Benaeafiz (4), bien 
» peuplée de Berbères, mais, après la conquête d'Azamor, par lesPortu- 

(1) Yahaya succéda à Yussuf-, et 11 eut, pour suc^cesseur, Hassan, fils de 
Ka!r-e1-Din , frère de Barberousse. 

(2) Marmol, qui est né à Grenade, comme il nous l'apprend lai-méme, sui- 
vit Texpédition de Charles-Quiot sur TunLs en 1,535 ; il était en Afrique depuis 
20 ans, avec l'armée espaj^ole, lorsqu'il fut fait prisonnier par les Arabes. Ceci 
se passait donc vers 1,553, et c'est à partir de cette époque qu'il commença ses 
pérégrinations de l'ouest à l'est de l'Afrique, de l'empire de Maroc à la régence 
de Tonis. Plus tard, à la suite d'on chef qui s'appelait Mohammed, il s'avança 
amt confins de la Guinée, jusqu'à un endroit qu'il désigne sous le nom 
d'Açequia-el-JIamara . 

(3) A dix lieues d'Azamor, sur les bords de l'Ommirabib. 

(4) A quinze lieues d'Azamor, et & deox lieues de la tf ontagne-Verte , sur 
les bords de l'Ommirabib , comme Terga. 



— au — 

» gais, ceux-ci ratlèreot saccager, aiosi qu'une peuplade voisioe ; il les 
B brûlèrent ensuite toutes deux . sans qu'on ait songé à les rélablir 
» depuis, à cause de la peste et de la famine qui les affligèrent aussi , 
» de sorte qu'elles sont demeurées désertes avec plusieurs autres. » 

{Op. cit., DC7B0TAUMB DK MàlOG , Uv. III, Cap. LXYI. ) 

Di l'annés 1>567 ▲ l'annéi 1,568, sous lk pacba mobaiuibd, 
XYiii* aoi p'algbr. 

De Tannée 1,567 à Tannée 4,563, sous le pacba Mohammed (1), une 
grande famine désola A lger« mais elle dura peu, grâce aux prompts 
secours qu'y apporta le pacha ou souverain régnant (2). Voici ce que 
Dous apprend, à ce sujet, Diego dé^aedo, parlant de Mohammed-Pacha : 

c Llego a Ârgel, como diximos , en principio de enero, del ano 1 , 567, 
» con ocho galeras, que le aconpaâavan, regno solamente un ano j dos 
» meses , en los qnales hubo a Argel una grau hambre, pero con su 
9 buena diligeucia todo se remedio. » 

( Op. cit, , fol. 76, verso; cap. xyii, intitulé : Db Mabambt Baja, 

DIBZ T OCHO. ) 

DB l'annéb 1,572 A l'annAb 1,573, sous lb pacha arab-ahmbd, 

XX* BOI d' ALGER 

De Tannée i , 572 à Tannée 1 , 57 3, soqb le pacha Arab*Ahmed (3) r «t 
alors qu'il fortifiait et embellissail Alger, la peste y enleva le tiers 
de la population. Haedo en parle à Toccaston du règne d'Anb^Ahmed, 
qu*Haedo nomme Arab^Amat. 

« Non sucedio en su tiempo , dit Haedo , cosa notable mas de uoa 
w grandissime peste, que dure oasi dos anos en Argel , en la quai mu- 
9- rio mas de tercia parle de la gente. » 

( Op. eit. , fol. 81, rceto ; cap^ xix , iotitiilé : Db Abab-Amat, 
Baia ytentb. ) 

Cette calamité ne laissa pas d'être Irés-profitable à Arab-Ahmed, 
car les pachas étaient les héritiers naturels de tous ceux qui mou^ 
raient sans enfans ; ils avaient même une part d'enfant dans la succes- 
sion des autres, à moins que les héritiers de ceux-ci ne fussent gens 
d'une certaine condition. 

ff Y como en su tiempo, dit Uaedo, hubo graodissima peste en Ar- 
» gel , y los reyes alli heredan, como en olra parte diximos , a todos 
9 los que mueren sin hijos, y si son morosaun que los tengan, sino son 

(1) Mohammed était fils de Salah-Rafs. Il succéda au pacba Hassan, après 
le a* règne de celui-ci , en janvier 1,&67 ; il fut remplacé par le pacba Ochali 
(encore appelé Ali-el-EuIdje, mentionné plus haut), au commencement de mars 
1^568, après un règne d'un an et deux mois. 

(2) La ville d'Alger dut aussi , à ce même pacba, d'importantes amétiorationsi. 

(3) Arrivé à Alger an mois de mars 1,572, i) en partit en i,574, après un 
règne de deux ans et deux mois, pour aller prendre le gouvernement de Tlle 
de Chypre, ot 11 fut assassmé quatre ans après, en S»578. A son départ d'Al- 
ger, il commençait à blanchfr, et pouvajt avoir 50 ans. Il avait remplacé Iv 
pacba Mami Aroaute , et il eut pour tucce^seur Rabadan. 



— II» — 

f liijos. varooes y y auoque los (aogan, hereda UQla parie quaoio pq 
» bijo. J> 

( Op, et bc. cit. ) 

Les héritages ainsi faits, par Ahmed , dans la peste dont noas par- 
h>ns, s'élbvèrent à des sommes considérables et qui formèrent une 
grande partie du trésor (|u'il amas^ durant son administration. 

L'histoire représente ce souverain comme un homme rapace , vio- 
lent et cruel. La justice historique fait pourtant un devoir de dire que 
la rapacité qu'on lui reproche pouvait ôlre nécessitée par tous les tra- 
vaux qu'il fit exécuter pendant son règne , travaux de fortifications 
et autres d'utilité publique. 

ANNés 1,578, 80D8 LB PACHA ÛASSAN, XXU* ROI o'aLGISB. 

En Tannée 1,578 , sous le pacha Hassan (t), la disette étaft (elle en 
Afrique y que les habitans se séparaient de leurs femmes , ne pouvant 
plus les nourrir. A Alger seulement , et en un même jour, celui de la 
Saint-Jean, on compta jusqu'à soixante divorces de cette nature , tant 
parmi les Turcs que parmi les Maures. 

t En Argel, el ano 1,578 , dit Haedo , se descasaron, dia del bien^ 
<r aventnrado S. Juan-Baptista , sesenta entre Moros et Turcos de sus- 
» mugeres, y los mas deilos porque valia entonces el trigo caro. » 
( Op. cit. , foi. 35, reeto ; cap . xxv, intitulé : MisgblAnba, db 

ALGUNAS OPiraOMBS , COSTUMBaBS , US08 t 0BSBBVANCIA8 , BTQ. ) 

DB l'ANNÂB 1,579 A t'ANNÉB 1,580, T0C10UB8 SOUS l'B PACHA BASSAH, 
XXH** ROI d'ALGBR. 

De Tannée 4,579 à l'année 1,580, sous le pacha Hassan, la disette 
se continuait à Alger, et la famine y devint si grande, qu^OD y mou- 
rait comme des mouches , au rapport de Haedo, qiii s'exprime ainsi 
sur cette grande mortalité : 

% Todo el aôo de 4,579 y el de 4,580, murieodo eo Argel ooQO 
a moscas infinités Moros y alarbes pobres, por la gran bambrey 
» falta de pan que avia. b 

( Op. dt. , fol. 86 ; cap. xxi , iatUulé : De Asan-9aja , VBifBGtANCh 
vbtntb t do». ) 

Le chiffre de la mortalité, dan^le court espace d'un mois, du 17 jan- 
vier au 47 février 4,580, ne fut pas moins de 5 656 individus , tant 
Maures qu'Arabes, non compris les Juifs. Ce chiffre est exact : il res-^ 
sort d'un acte qui fait le plus grand honneur à Hassan pacha , et que 
nous sommes bien aise de rappeler, pour amoindrir on peu , s'il est 
possible , les griefs dont il fut l'objet de la part de ses sujets. 

C'était le 17janvier i , 580, jour de la Pâques des Musulmans. La misère 
était alors si grande à Alger, que les cadavres étaient iuhumés sans lin- 
ceul. Hassan , qui en fut informé, donna aussitôt l'ordre qu'à l'avenir 
des linceuls seraient fournis, à ses frais, à tous les morts, ce qui reçut 

(1) Hassan (oa Bussein j, renégat vénitien, régna deux feÎ9 à Âlser ; Ia prt- 
nière fois, il arriva dans cette viUele 39 Juin i,tt71, suoeédiat à Aabadas, 
dmu le règne avait été de trois ans et un mois. 



I 



soù eiécolioD. Or, comme il était tenu, par le fournissear des lineeub^ 
compte de lous ceux qu'il délivrait, on put aiosi coDoaître, au juste, b 
mortalité d'no mois, pendant la mémorable famine dont nous parlons. 
Ainsi qu'on Ta vu précédemment, sa durée embrassa les deux années 
1.579 et 1,580. La population affamée, pendant ce long laps de temps^ 
se livra à bien des excès. Ainsi , dès l'hiver de 4 , 579, nous la voyons, 
pour se procurer des vivres , pénétrer de force dans les maisons les 
plus riches et même dans les maitasins du pacha , menaçant celukci 
de le toer ou de le renvoyer au grand seigneur, ainsi qu'ils avaient 
déjà fait de quelques-uns de ses prédécesseurs , comme nous l'ap- 
prend encore l'historien Haedo. 

La famine, dans le nord de l'Afrique, pendant les années 1,679 et 
1,580, avait été précédée et s'accompagnait d'une grande sécheresse 
produite par le manque d'eau. A la date du 2 avril 4,579, une proces- 
sion fut faite à Alger, pour obtenir de l'eau du ciel, et , alors déjà , 
(es Algériens se plaignaient beaucoup de leur pacha Hassan, qu^ils ac- 
cusaient de toutes sortes de méfaits {insultos^ injusticias. extorciones, 
violencias y robos)] ils l'accusaient aussi du manque (l'eau' dont ils 
souffraient, et cette accusation , un Marabout célèbre n'avait pascrainll 
de la proclamer à la face même du pacha (1) • 

€ Le dixo , dit Haedo , en mitad de la cara , que el era la causa y 
» sus pecddos, porque Dios no dava agua. » 

( Op. cit. y fol. 84, verso; cap. xxi , intitulé : Dh Asan-Dau 

YBNECIANO , VfiYNTB T DOS. } 

Haedo désigne, sous le nom à'Ochaçiz principal, le Marabout qui 
eut cette témérité , et c'est ce même Marabout qui avait conseillé la 
procession dont il a été question plus haut. 

t Y un Morabuto, Ochaciz principal , dit Baedo, haziendo los Moros 
» clerta procession demaodando agua porque no llouia avia dias. » 
( Op. et loc. cit. êuprà. ) 

Le manque d'eau se faisait encore yivement sentir, dans ie nord de 
l'Afrique, à la date du 4 avril de l'année suivante, 4,580, jour de l'arri- 
vée d'un nouveau pacha , le pacha Ramadan ou Ramdan , envoyé par 
la Porte. Mais , précisément oe jour-là et la nuit suivante surtout , il 
plut abondamment. 

« Y como entooces , dit Haedo , hnviesse muy grande necessidadde 
» agua del cielo, para les panes, y fructos, porque avia muchos dias que 
» no llovia , acaecio que luego aquella noche , que llego el Rahan- 
» Baja, al puerto de Ârgel , y aun anles que desembarcase» llouiô ona 
». buena cantidad de agua. » 

( Op. cit, , fol. 83 , recto ; cap. xx , intitulé : De Rabidan-Bau ^ 

VbTNTB y UNO BEY. ) 

Celte heureuse circonstance, sans qu'il soit besoin de le dire, fut 
d'un bon augure pour l'administration du nouveau pacha, à Tarri- 

(1) Par suite dea plaintes nombreuses port<^es contre lui, au {;rand seigneaiv 
Hassan fut rappelé à Constantinople , en 1,580 , mais il revint deux ans après, 
en l,58i, dans sa première posiHon. Son %• règne fut d^eaviron en an. 
On n*tat , eette fois , qu'à a*eii louer, et, lorsqu'il quitta Algeff» en %,tAt , il y 
fut-vivemeat legrctté. Aioai change l'opinion publique, el parfois en SMCS pc* 
detempa, comme noue venons de le voir. 



— ai4 — 

Tée dQqael la saperstition masolmaDe devait Datorellemeot Tattribuer . 
« Pot \o quai toda la çiudad, dit Haedo, commeDço a pregooar que, 
» por los merecimientoB de Rabadau-Baja , que era hombre saolo y 
» morabuto, avia Dios dado eo su ilegada aquella agua. » 

( Op. €t lœ cit. iuprà, ) 

AlflfÉB 1,592, sous LE PACHA YaBAN, XXTHI* ROI d'ALGER. 

Eo ranoée 1,592, sous le paoha Yaban (encore appelé RamdaD et 
Ramadan ), une grande famiue se fît sentir en Afrique, mais il y fut 
remédié , arec une grande sollicitude, par le pacha régnant (I). 

« Hubo eo su tiempo » , dit Haedo, parlant de celui-ci , < gran ham- 

» bre en aqueila ciudad y reyno, la quai remedio con mocho cuydado. » 

( Op. cit., fol, 94, recto; cap, xxvii, intitulé : De Yaban-Bau , 

BBT DE ÂaGBL , YeYNTE T OGHO. ) 

Haedo fait remarquer qu'il y avait eu, Thiver précédent, une teapéle 
effroyable, avec forte pluie et vents furieux , et qu'une grande partie du 
Iù6\e d'Alger s'en trouva détruite, en même temps gue de nombreux si- 
nistres eurent lieu parmi les bâtimens de la rade. L'un de cesbâtimens, 
la Galéote du patron Morato Arraes, qui se nommait la Serena de Malte, 
fut entièrement brisé, avec quatre autres , dont deux de vingt bancs 
de rames chacun. 

t Tambienen el invierno del proprio ano, dit Haedo , que alli llego 
» stioedio ona tan granjtempestad de aguas y vientostas furiosos que 
» abrio y deshizo una gran parte del muelle de Argel , donde estava 
ift la galeota patrona de Morato Arraez, que era la desgraciada Serena 
» de Malta, que se hizo pedacos con otras dos , cada ona de Veynte y 

» dos banooS; y dos naves » 

( Op. et toc, cit. suprà, ) 

La plupart des épidémies que nous venons de mentionner pour le 
XVI* siècle, appartenaient bien à la peste orientale qui , pendant ce mê- 
me siècle, se montra si souvent en Europe , tantôt dans un état, tantôt 
dans nn autre, le plus souvent dans plusieurs à la fois. Les citations 
dont nous pourrions nous étayer^à cet égard,ne seraient pas moins nom- 
breuses que celtes que nous avons faites pour le siècle précédent , le 
XV* : nous n'en ferons aucune. Seulement nous rappellerons que This- 
toire a enregistré quelques noms célèbres parmi les victimes des pestes 
européennes du xvi* siècle. Ainsi , la peste qui régnait en Angleterre en 
1,557, enleva , avec la reine Marie, Pôle, cardinal-archevêque de Gan- 
torbéry, et celle qui régnait à Venise, ainsi que sur d'autres points de 
l'Italie , en 4 ,'576 , ravit aux arts le Titien. Cest en cette dernière 
année et la suivante, pendant la peste de Milan, que Charles Borromée, 
archevêque de cette ville , s'illustra par tant de vertus chrétiennes. 

Des remuemens de population eurent assez fréquemment lieu dans 
le nord de rAfric[ae, pendant le xvi* siècle ; nous rappellerons les prfn- 
paux, au point de voe des maladies qui en pouvaient être la consé- 
quence. 

(1) Parti de Gonstantinople ponr Alger, en Juin 1,592, ce pacha n'arriva à sa 
destiaaticHi que dans les premiers jours d*août suifant ; il retonma à t^oastan* 
tioople en joiUet 1,595, après on règne d'un peu moins de trois ans. 11 avait soc- 
eédéàHeder-Pacha, et» fut remplacé par Mustapha-Pacha, le 49» roi d'Alger. 



— 315 — 

En 1,505, FerdinaDd-le-Catholiqae s'empare de Mers-eUKébir, io 
port d'Orao ; les deax fils du schérif Hassan , Mohammed >t Ahmed , 
sont faits gouvernears, l'ao de Maroc et l'autre d'Héa ; 

Ed 4,509 , les Espagnols s*empareDt d'Orao et assiègent Alger, où 
ils élèvent on fort, sur Hlôt voisin ; Abou-Zein-Masoud et Abdallah , 
dans l'ouest , se révoltent contre leur oncle qui , pour se venger, se 
rend tributaire de l'Espagne ; 

En 1,510 . les Espagnols , poursuivant leurs conquêtes en Afrique, 
s'emparent ne Bougie et de Tripoli ; 

En 1,512, les fils du schérif, ci-dessus nommés , soulèvent les Ara- 
bes contre les Maures et les Chrétiens , Portugais et Espagnols ; 

En 1,515, Aroudj (que nous nommons Barberousse) et son frère 
Kalr-el'Din , qui étaient venus se fixer en Afrique Tannée précédente, 
détrônent Abou-Hamou, roi de Tlemcen, et mettent son neveu, Abou- 
Zein, à sa place ; 

En 4,516, les Algériens, pour se défendre contre les Espagnols , qui 
proietaient nne expédition sur Alger, se concertent avec Eutémi , chef 
de la plaine voisine ; Aroudj et son frère, appelés à leur secours, vien- 
nent et ne tardent pas à se défaire d'Eutémi , en l'assassinant dans un 
bain ; le frère aîné , Aroudj , se met sur le trône d*Alger ; il déclare la 
guerre au roi de Tutus et le bat plusieurs fo s ; dans l'ouest , le schérif 
Mohammed prend le titre de roi d'Héa et s'empare de Maroc , dont il 
empoisonne le souverain ; 

En 1,548, Aroudj, poursuivi par Gomarès , souvernenr d'Oran , entre 
Tlemcen et Oran, est pris et massacré ; son frère lui succède , à Alger ; 
AboQ-Hamon est rétabli, par les Espagnols, sur le trône de Tlemcen ; 

En 1,524, les deux schérifs , maîtres de Maroc, secouent la dépeu* 
daoce du roi de Fez, qui en meurt de chagrin ; 

En 4,526 , guerre entre les deux schérifs, Ahmed, roi de Maroc , et 
Mohained ; le premier est vaincu et fait prisonnier ; 

fin 1,530, Abou-Hamoo, roi de Tlemcen meurt, et Abdallah, qui lui 
succède , se met sous la protection de la Porte-Ottomane ; 

En 4,533, Mûley-Hassan , roi de Tunis , se soumet à Soliman II , 
empereur des Turcs, qui, sans égard pour cette soumission , charge 
Kaïr-el-Din de s'emparer de ses états ; 

L'année suivante, 4,531, M uley-Hassan, dépossédé par Kaïr-el*Din, 
a recours , pour remonter sur son trône, à Charles-Quint , au roi de 
Maroc et aux Arabes du Désert; il est rétabli , dans ses états , par 



Charles-Quiot, qui élève, près de Tunis, pour s'y maloleDir lui^mèioe , 
le fort de la Goulette ; il délivre en même temps 20, 000 esclai^es chré^ 
tiens qui étaient dans les bagnes de la Régence ; bientôt après , révolte 
à Tunis , laquelle oblige le roi Hassan à aller, de nouveau , implorer 
les bons offices de Gbarles-Quint , alors en Sicile ; il est encore, peu 
après, rétabli sur son tréne ; 

En 4,536, le scbérîf Mohagumed, roi de Maroc, s'empare de Sus, de 
la Numidie et de la Libye ; 

En 1,538, mort d'Abdallah, roi de Tlemcen ; il est remplacé par 
Aliaied-Âbou.Zein ; 

En 1,541, expédition malheureuse de Charles-Quint sur Alger ; 

Eo 4,571, par suite d'un différend élevé entre le roi de Tunis et son 
fils, les habitant se déclarent en république , sous le protectorat de la 
Turquie ; peu après, le pacha d'Alger, Ali-el-EuIdje (1) , s'empare de 
Tunis et met fin à la dynastie des Abi-Hafs , qui avait régné 33i ans ; 
mort d'Abdallah, roi de Maroc, Huley-Mohamed lui succède ; 

En 4 , 515, celui-ci est détrôné par Muley-Moluch, son oncle ; 

En 4,577, Mohamed, dépossédé du trône de Maroc, offre de se rendre 
tributaire du roi d'Espagne, Philippe II, qui refuse cette offre; Moham- 
med la renouvelle auprès du roi de Portugal , Dom Sébastien , qui Tao- 
cepte et débarque, peu après, à Arztlle, royaume de Fez , avec 45,010 
hommes, portés sur 800 navires ; 

En Tannée suivante, 1,578 , Dom Sébastien , malgré les représenta- 
tions de tous les grands de son royaume, passe en Afrique : il y est tué, 
à la bataille d'Alcasar, dite encore des Trois^Rois, parce qu'avec le 
roi Sébastien , périrent aussi le roi de M^iroc , Muîey-Moluch , et son 
neveu Mohammed , qu'il avait détrôné ; Muley-Atimed , premier frère 
de Huley-Moluch, est proclamé roi de Maroc, au milieu de la victoire 
remportée par les Portugais ; 

En 4 ,594, Muley-Âhmed, sthérif de Maroc, entreprend des conquêtes 
dans Tintérieur de l'Afrique, du côté des royaumes de Coogo et de 
Tombouctou. 

En signalant , comme nous l'avons fait jusqu'à présent , les guerres 
comme ayant pu être accompagnées ou suivies de maladies épi- 
démiques , il ne faut pas perdre de vue que, dans les siècles passés , e4 
par suite du manque de toute prévision , à l'endroit de l'hygiène du 
soldat, les moindres guerres s'accompagnaient ou étaient suivies de 
maladies épidémiques , et si ceci est vrai pour les guerres des nations 
<3ivili8ées , en général , il l'est encore davantage pour les guerres des 
Ifidigèoes du nord de l'Afrique, qui n'ont jamais eu , pour leurs arméeè 
ou, pour mieux dire, leurs rassemblemeos d'hommes, d'orga nidation 
«administrative d'aucune sorte. 

(1) Le mémt dont il a été question précédemment, sous les noms d'Ali-Alucb, 
•d^laebeU, d*Ochati; il est désigné soua celai d'Och^ali , dans leDict, des dates. 



Déjà, Dous savions quelque chose de la pathologie du Dordde rATri* 

Îue, autre que cel!e des épidémies , par les écrits d'Apulée (1) , de 
ertullieo [t) , de St-Cypriea (3) , de St-Âugustin (4), etc. : une sorte 
de complément nous en est fournie par Léon l'Africain (5), qui 
parcourait le n-Td de l'Afrique dans les premières années do xvr siècle , 
et c'est par quelquss mots sur les maladies qui ont atiiré son attention, 
que nous oiorons ce que nous avions à dire de l'épidémiologie de 
ce même siècle. 
Les maladies dont parle Léon sont les suivantes : 
Le mal caduc ou épilepsie , — le rhumatisme , — la goutte , — la 
gale , — la teigne , — le goîire , — la lèpre , — réléphaniiasis , — la 
syphilis , — les fièvres endémiques , «— la peste orientale , — les hernies. 

4* Du mal caduc ou épilepsie, 

« Les enfans d'Afrique, dit Léon, sont souvent surpris du mal caduc, 
b mais venant à croilre (l'enfant), il décroît et se passe. Oe lual même 
■ survient à plusieurs, et mèmement en Barbarie , là oè , par sottise e( 
» ignorance, on estime que ceux qui en sont entachés , soient vexés 
9 du malin esprit. » 

L'épilepsie ne nous a pas paru plus fréquente chez les Indigènes du 
nord de l'Afrique que chez les Européens dans leur patrie. 

(1) Apulée, d-; Madaarc, par e de l'cpilepsîe, de rhyHrophobie, rie Topbthal- 
iiiie,de la morve chez les aaimaoïL. ( Âpuleii Àpologiai — Apuieii metamër- 
phoseon, Kb ix. ) 

Cl? qu'il dit de l'épilepaie a trait à uo enfant qui en était atteint, et il serait 
permis d'en iuféier qu'Apulée n'était pas étranger à la pratique du ni«gnéliune. 

(2} Tertullien, de Cartbage , mentionne i'épilepsic , dans soa Apoiogeticus^ 
cap IX. 

(3) St-Cypiien, outre sa de«cii|)tion de IVpidémie de Carthafre, en 252 de no- 
tre ère, et que nous avons reproduite et iateriirétce i:i-desf>u8, p. 222 et sui« 
vantes, parle des maladies qui ft'ub.«crvvnt annuellcirtent en Afiique, et qui sunt 
le produit des fertes chaleurs . La ^eule mention qu'il fasse de l'ophthalmie, 
en noéme temps que des fièvres et autrt^s maladies en çr^nérui , autorise à 
croire que cette affection réfçnait alors épidéuiiquemeni, connue de nos loars, 
tant parmi les Chrétiens <au« parmi les Payens. c Et cculorum doior, * it 
St-Cypiien , et impei-us febrium , et omnium valetudo membrorum cutn 
a caeteris commuais est nobis. .... a 

{ Dk Mortalitatb ) 

(4) St-\ugustln parle des fièvres, continues et intermittentes, do l'hydropi- 
Sie, de la ph^bii^ie, du cancer, etc. Voir ci-dessus, p. 147 et suivaatcs, ce que 
nous avons d^à dit à ce sujet. 

(5) De nation arabe, né h Grenade, en Fspa^^no, qu'il quitta en 922 de Vhé- 

Ë*re, 1,513 de J.-C. Apre;» avoir parcouru le nord de l'Afiique, il vl^ita l'Ara- 
e, la Pcr»e, la lartaii» ,l' Arménie, ia Syrie,rËgypte et Coa>taaliiiople. Pris, 
à la mer, par de^ Corsaires cb retiens , il fut conduit au pape Léon X, qui le 
bapti^ et fut son parrain 11 fit, à Kciiue, un cours de langue arabe, et relourn» 
en Afrique après la mort de son bienfaiteur, Léon X. 

l^a relation de ses voyages ^e tit à Konie , où il la termina le 10 mar» 1,526. 
c Et, depuis, dit Léon, me retrouvant à Konie, appliquai ho {rneusement tqut 
> le meilleur de mon espiit fromme aussi la commodité ^^ offioît) à réduire 
» tous les membres de ce mien petit labour épars en un corp^, courant Tas 
» de rincamation de J.-C. util ucq ccui vip{;t et oix, et le dixi nie (ie mars. 



V Des douleurs rhumaiiimale$ de divereeê natures. 

t Sdaliques et douleurs de geooui, dit Léou, y sout assez sou veut 
» proveo^ot de se coucher ordioaireiueul par terre et de ne porter 
» point de chausses. » 

Les affections rhumatismales» de toute nature, s'ohservent assez fré- 
quemment dans le nord de l'Afrique, sur le littoral et dans rinlérieur. 
£es affections sont communes aux Indigènes et aux Européens , qui 
ne sauraient apporter trop de soins à s'en garantir, en usant dee pré- 
cautions propres à cet effet. 

3* De la goutte. 

€ Il y en a bien peu, dit Léon, qui deviennent goutteux, sinon quel- 
» ques seigneurs , parce qu'ils s'accoutument à boire du vin , manger 
» liéloudeaux et autres viandes délicates. » 

La goutte, chez les Indigènes, ne s'obs^erve guère que dans les villes ; 
les Kabyles , dans leurs gourbis , et les Arabes , sous leurs lentes , en 
offrent peu d'exemples. 

4* De la gale. 

< Par trop mangT d'olives , dit Léon , de noix et telle manière de 
» viandes grossières, plusieurs sont souvent rogneux, ce qu'ils suppor- 
» tent très-impatiemment. » 

La gile est, sans contredit, l'une des maladies les plus multipliées^ 
du nord de l'Afrique, tant chez les Kabyles que chez les Arabes; 
ils naissent, en quelque sorte , avec elle ,et ils ne cherchent pas trop 
à b'en débarrasser. Le pou de la tête el celui du pubis, ses fidèles com- 
pagnons, viennent ajouter encore au hideux de cette dégoûtante maladie. 

L'Arabe Békri, qui voyageait dans le nord de l'Afrique vers le milieu 
du xip sièole , a signalé sa fréquence chez les Zagbawiens , l'attribuant 
à Tusage qu'ils faisaient de la chair de serpent, t Ces peuples, dit Békri , 
» sont très-sujets à la gale, de sorte qu'à ce signe , on reconnaît un 
» Zaghawien ; s'ils s'abstenaient de manger du serpent , ils en seraient 
» totalement exempts. » 

( Géographie d^Edrisi^ t. !•', p. 3.) 

Du temps du même voyageur, la ville de Barca fournissait une terre 
qui était exportée au loin , sous le nom de terre de Barca. Cette terre, 
délayée dans de Thoile, était employée, avec succès , contre la gale , la 
teigne et les vers. Ce succès s'explique, du reste , par sa composition : 
c'était un produit sulfureux, ainsi qu'il résulte de ces paroles du voya- 
geur arabe : « Cette terre est une sorte de poussière qui , jetée sur le 
» feu , exhale une odeur de soufre et une oJeur puante ; sa saveur eft 
» également ti ès-désagréable. » 

( Op. cit. , p. 287. ) 

La gileest rare chez les Maures ou habltans di's villes, qui se tien» 
nent généralement très - propres , contrairement aux habitant delà 
tente et des villages. 

5* De la teigne, 

Léon n'en dit que ce peu de mots : 

t Coutuinièrement, en la (ôle des petits cnfans, el en celles des vieilles 



— si» — 

» malrones, vient à oattre une espèce de teigne qui ne «e peot guérir 
» qu'arec grande dii&cuUé. » 

La teigne , rare chez les Maures on habitans des villes , n'est pas 
moins multipliée que la g^le parmi les Kabyles et les Aral>es. Noos 
n'avons rien de particulier à en dire. 

6* Du g^tre. 

Léon le mentionne sons les noms d*apo3thume et de grossei gourma. 

c Les habitans de cette montagne , dit Léon , parlant d*uoe moo« 
» tagoe très élevée (siiuée dans la contrée d'Brrif, royaume de Fez\ ont 
» de grosses gourmes sous la gorge, et tous sont généralement diffbr- 
» mes et ignora ns. » 

Léon revient sur le même sujet dans sa description de la montagne^ 
qu'il désigne sous le nom d'Ahmed. 

c Flusiears de ses habitans, dtt Léon, comme iioos l'avons déjé nen- 
» lionne autre part, ont une aposlhume irès^grosse au gosier, sans qu'Us 
• laissent , pour cela, à boire le viu pur. » 

( Op. eit y t. 4«% p. 524. ) 

Ce que dit Léon de la montagne elle-même, mérite d'être rapporté , 
â cause du ïo\ , à la nature duquel des auteurs médecius attribuent la 
production du goitre. 

c C'est une montagne fort scabreuse , dit Léon , longoe de dix-huit 

■ milles et large de «ept. Dans et autour son circuit, y a force ruisseaux 
B et fontaines , mais troubles et améres, dont l'arène (détritus de la 

■ montague) est quasi semblable à la chaux. » 

Ces paroles de Léon, à savoir que les Béni-Ahuied sont généralemeiU 
difformes et ignoranSy noùs représentent bien le caractère des popu^ 
latiuns goitreuses, lesquelles, avec le goitre, offrent, ordinairement, des 
cas, plus ou moins nombreux, de crétinisme, sorte de dégénérence qui 
n'est, comme on sait , que le summum de l'iofluence gottreuse. Vraisem- 
blablement donc , le crétinisme existait aussi du temps de Léon , 
comme il existe sans doute encore aujourd'hui, dans la contrée 
d'Brrif. D'un autre côté, nous tenons, de quelques Indigènes du Maroc, 
que le goîire n'est pas rare dans les vallées de ce pays ; Il l'est davan- 
tage eo Algérie et dans la régence de Tunis, contréds pour lesquelles 
nous n'en connaissons, personnellement , que peu de cas, dont un 
fourni par la population indigène de Blidah. 

Quant au crétinismo, malgré toutes nos recherche? , nous n'en pos- 
sédons encore qu'un seul exemple pour l'Algérie, et cet exemple nous 
a été offert par un enfdnl que nous avons trouvé à ChercLell , dans une 
maison abandonnée, lors de notre prise de coite ville , en 1810 (1). 

(1) Il était tout nu, ao-desfons d'un haillon déchiré, et au fond d*un eoujfin 
(paoier indigène) suspendu à un clou placé , à hauteur d*homn:e , k Tun den 
quatre murs d*une pièce obscure. Retournant à Alger ce Jour-là , par voie de 
mer, nous emportâmes avec nous cette curiosité anthropologique, que noua dé- 
posâmes à rbôpital civil d*Algcr, où, malgré ton* les bons soins qu'on en ent 
(les sœurs de l'établissement), il mourut quelques Jours après. Nous nous 
hâtons d'ajouter qu'il n'y fut re;rretté par per^ionne , à cause de f>es vagis- 
saïuens continuels, «idi troublaient le sommeil de toul le monde. 



-^ MO — 

L'enfant y avait-il pris naissance, on bien proTenait-il des raontaH 
gnes voisines? C'est ce que nous» ne pûmes savoir, toute la population 
ayant fui , à Texceplion des f jus et des imbéciles , à notre approche 
de la ville. 

Pour plus de détails sur le goîlre et le crétioisme en Afrique , nous^ 
renvoyons aux comrnunicatious que nous avons faites , sur ces deux 
affections « à rÂcadérole des Sciences , dans sss séances des 30 octobre 
et a novembre 1845. 

7* De la lèpre ou ladrerie. 

Léon en parle dans sa description de la ville de Fez ( où il paraît 
a voir reçu sa première éducation, après avoir quitté sa patrie) ; il venait 
de décrire un bourg assez mal habité , situé p^és de la ville ; il conti- 
nue ainsi : 

• I! y a on antre bourg hors cette cité, qui contient environ 200 mai- 
»^ sons, là où habitent les ladres , qui ont des chefs et gouverneurs , 
» recevant le revenu de plusieurs possessions qui leur ont été données 
9 pour l'amour de Dieu, par quelques gentils homoïes et autres ; et , 
» par ce moyen , ils sont tanl bien traités et accommodés , que je leur 
» sobbaiterois- que santé. 

» Les chefs ont la charge de faire vider la cité à ceux qui sont 
» entachés de celte maladie, pour les faire mener et demeurer en ce 
» bourg là , où-, avenant que quelqu'un d'entre eux vienne à mourir 
» sans héritiers, la moitié du bien revient à la commune du bourg, 
» et l'autre demeure à celui qui donne la connaissance de ceci ; mais, 
» survivant quelque enfant , il hérite sans qu'on lui puisse quereller. 
» Il faut aussi noter que tous ceux qui se trouvent avoir taches blan- 
» ches sur le corps (f )t et autres choses incurables, son: compris au 
»^ nombre des malades (2). » 

( Op. cit. , lib. III , p. AÎ6-IÎ7. ) 

Marmol, qui voyageait en Afrique quelque temps après Léon l'Afri- 
eain, parle aussi de la ladrerie , dans sa description de Fe:^, mais il est 
évident qu'en ce point, comme en beaucoup d'autres de son ouvrage , 
il.s^est contenté de copier Léon , avec le tort gr»ve de ne point le citer. 

Lemprière , médecin anglais , qui séjourna dans le Maroc de 4790 à 
17^1, donne, sur la lèpre de ce pays, les détails suivans : 

« L'affection lépreuse semble élre héréditaire (3) : plusieurs généra - 
» lions de «mite en sont affectées, ce qiii peut f^lre soupçonner qu'elle 
» a beaucoup de ressembrance avec la lèpre des anciens. Les pustules (4) 
yy. dont le corps est couvert, forment, en quelques endroits , des ulcères. 



(1) Il est question ici de cetttr décoloration de la peau connue sous le nom 
d*albini<«me partiel, et sur laquelle nous reviendrons plus. loin. 

(2) C'est une u.épriAe déplorable, et dont nous fournirons un ciemple ei|) 
•oa Jieu. 

(3) Elle Test sans aucun doute. 
(4J Le mot propre est tubercule,^ 



— aai — 

» q^ii paraissent se guérir pendant un certain temps(l) ,mais ils ne tardent 
w pas à reparaître. Pendant mon séjour àMaror, j'essayai d'attaquer cetttt 
» maladie avec quelques remèdes qui ne firent qu'en tempérer les 

> douleurs : le mal reparaissait aussitôt que les malades discontinuaient 
» le traitement. » [Voyage dans l'empire de Maroc et le royaume de 
Fez , pendant les années 179>> et 1791 , traduis de l'anglais par SU. de 
Sainte-Suzanne. — Paris, 1801. ) 

Nous voyons encore, dans Léon, qu'il existait de son temps ,dans le sud 
de la régence de Tunis , près de Gabs (i), une source thermale, sulfu- 
reuse , très-chaude, qui traversait cette dernière localité, où elle était 
utilisée par la population , et qui , continuant son cours , se rassemblait 
dans un lac qui s'appellait le Lac des lépreux, Lacum leprosorum, parce 
qu'il avait la vertu de faire recouvrer la santé à ces sortes de malades , 
et aussi de consolider les plaies ; enfin, que, dans les environs, demeu- 
raient beaucoup de lépreux ou, pour mieux dire , de ladres , pour nous 
servir des expressions de sou traducteur. Mais, tout ce passage de Léon 
a trop d'importance pour que nous ne le rapportions pas en entier. 

< Du côté de la tramontane (nord), et hors de la cité, dit Léon, par- 

> lant de l'eau thermale d'El-Hammam , cette eau s'écoule tout en un 
» lieu, auquel elle forme un lac qui s'appelle le lac des lépreux , parce 
» qu'il a vertu et propriété de faire recouvrer santé à ceux qui sont 
% entachés de la lèpre , et aussi de consolider les plaies , au moyen de 
» quoi, Fur le rivage d'icelui , demeurent une infinité de ladres, 
» lesquels , avec le t^mps, retournent en santé (3). » 

[Op. cit. y l. II, liv. v, p. 68.) 

Léon nous apprend encore que « l'eau du lac a odeur de soufre , 
ik laissant toujours une certaine envie d'en boire » , comme il dit l'avoir 
éprouvé lui-même, ayant bu de cette eau plusieurs fois , bien que, 
pour lors , il ne fût nullement altéré. 

Shaw, qui a visité El-H^mmam, qu'il appelle El- Hammam de Gabs 
(i), pour le distinguer d'El-Hammam de Tozer, parle à la fois du lac 
des lépreux et d'uu bain, pareillement qualifié, qui, peut-être, n'exis- 
tait pas du temps de Léon. « Il y a ici , dit Schaw, plusieurs bains , 
» qui ont , chacun . un toît couvert de paille ; et, dans leurs bassins, 
» qui ont à peu près douze pieds en carré et quatre de profondeur, il 
» y a , pour la commodité de ceux qui se baignent , des bancs de pierre 
B un peu au-iessousde la purface de l'eau. L'un de ces bains s'appelle 
1 le Bain des lépreux , un peu au delà duquel Teau s'amasse et 

(I) Les plak» résultant de la perte de quelque partie, telle qu'un d(figt ou 
on orteil, fie cicatri&ent ordinairement assez. vite 

{%) Gabs est à peu de distance de l'an» ienne Capsa, qui était consacrée à 
Hercule, et dont Marins s'empara sur Jujrnrtha. « Par un l>onbenr >ingijlier, 
» dit Floras, parlant de Marius il se rendit nialtre de Capsa , ville consacr<^e 
• à Hercule, située au milieu de l'Afrique, et environnée de serpens et de dé- 
» serts , comme d'un rempart » 

(8) Ceci , sans doute, n'était pas plus vrai alors qu'aujourd'hui. 
Cf) Le village d'BI-Hamraam en est à quatre îicues, à l'ouest, 



» forme uo étang qui po'jrrail bien être le même que celii que Léon 
• nomme fe Lao des lépreux, » 

[Op. cte.,l. 4*'.) 

Shaw, ici , nous laisse ignorer une chose fort importante, â savoir si , 
lors de son passage à Bi-Hammam de Gabs, il y a aperçu des lépreux 
ou autres malades. Ne semblerait-it pas résulter, du passage que nous 
Tenons de rapporter, que les lépreux qui , du temps de Léon , se bai- 
gnaient dans le lac , se baignaient , du temps de Swah , el par suite 
d'une sorte de progrès dans leur tbérapf^ulique , dans le bain qu'il dé- 
signe sous le nom de Bain des lépreuao ? 

Le bourg de Fez, destiné aux lépreux , exisie toujours., et Maroc en 
a iiD semblable , si en peut appeler du nom de bourg une rénoion de 
tentes sous lesquelles vivent les malades. Un ancien janissaire dn dey 
d'Alger, Abdallah , né Marocain (1), désignait ce bourg sous le nom 
d'EI-Hartz; il y avait vu des familles entières de lépreux, et quelques-- 
unes de ces familles appartenaient aux plus grandes noiabiliiés do pays. 
Les malades d'El-Hartz sont fournis , non-seulement par la ville de 
Maroc, mais encore par les localités voisines. Us vivent du pro(.uît des 
aumônes qu'on leur fait en numéraire et en nature , et n'ont aucune 
relation avec les babitans de la ville. Au souvenir de l'ancien mufli 
desmalékis, è Alger, Sidi -Mustapha , qui était né dans le Maroc, ils 
passaient pour v-ïTre assez longtemps. 

Un antre Marocain, né berbère, qui a voyagé en France et en An- 
gleterre, après avoir habHé le Maroc, nous a parlé dc.s lépreux du bourg 
près de cette ville, dans le même sens qu'Abdallah et Sidi-Mustapha. 
Ce aui Va particulfèrement frappé , chee les lépreux en général , c*est 
queneaucoup étaient privés de leurs doigts ou de leurs orteils , et 
quelques-uns de toutes ces parties à la fois. 

Op nous a parlé encore, comme existant dans le Maroc, d'une autre 
population lépreuse vivant aussi sous la tente , mais celle-ci à l'état 
nomade , et en exécration dans le pays : c'est sur elle qu'on re- 
jette, comme autrefois chez les Juifs eu Europe, tous les fléaux qui 
viennent à y surgir (2). Cette abjecte population , qui , alors , avait ses 
tentes sur la route de Tanger i Maroc , se présenta , pour le compli- 
menter, à M. le général C^ de La Kue , qui, il y a quelques années, 
se rendait à Maroc, chargé d'une mission de uotre gouTeroement auprès 
de l'empereur. 

Un médecin de notre armée d'Algérie , M. le docteur Dulac . qui a 
passé deux ans auprès du Consulat-général de Maroc , à Tanger, 
nous a fourni , sur la lèpre de ce pays , des renseiguemens qui trou- 
vent naturellement leur place ici. 



(1) AbdaHab fut longtemps rhiaoïix de I*bôte1 du procurear- général , à 
Alger II ^e trcavait, CDinnie Janissaire, au rort-!'Bmpereur, lorsque la garni- 
son y mit le feu aux poudres, à l'approche de l'armée française. 

(2) Précédemment , noua avons vu que les lépreux d'Europe partagèrent^ 
aTcc les Juifs, l'accusation d'avoir produit la pc&te de 1,320. 



- Ml — 

t La maladie la plus redoutée dans le Maroc, dît M. Dulac , est la 
» lèpre. Les Marocains la considèrent comme contagieuse (t) , et des 
» mesures très-sévères sont prises, dans tout Tempire , pour que les 
» lépreux ne puissent communiquer avec les populations. Dès que , 
1 dans une contrée, on lépreux est reconnu tel , if est aussitôt signalé 
» aux autorités, qui'Tobligejit à porter des signes dislioctifs indiquant 
» son état. Repoussés par tout le monde, les lépreux sont réduits à de- 
i> mander Taumône près des places publiques , où il ne leur est pas 
» permis de pénétrer. Lorsque, dans les» environs, ou dans quelque coin 
» de ces places , vous apercevez un homme sur un cheval olanc , sans 
» selle, avec un grand chipeau de paille sur la tète, un long bùlon ou 
» une escarcelle ( instrument dont le bruit sert à éloigner les passaos) à 
» lamain,Fotlicitaiit,àhaulevoix. la charité publique, vous êtes sûr que 
» c*est un lépreux. Bien des villes ferment leurs portes aux lépreux, ei , 
B partout, il leur est interdit de puiser de l'eau aux foniaines publiques ; 
» lis ne peuvent en prendre que dans certains puits qui leur sont affectés. 

» A six milles environ de Mazigan , sur le bcd de la mer, est la 
» petite ville de Tidde, qui leur a été entièrement abandonnée. C'est une 
» très-ancienne cité, qui a dû avoir de l'importance, à en juger par la 
» sûreté de son port, et par sa situation au milieu de la province de 
» Ducala , Tune des plus fertiles et des plus commerçantes du Maroc. 

> Deux mille lépreux, environ, en sont aujourd'hui les seuls habitaos, 
» et ils y sont administrés par des règlemens particuliers. Ainsi , ils ne 
» peuvent s'allier qu'à des femmes également atteintes de lèpre, ou bi en 
» provenant de lépreux. Assez souvent, les eofans qui naissent de ces 
» unions ne portent aucune trace de maladie jusqu'à i'àge de puberté ; 
» ils sont même, généralement, d'une beauté et d'uLe pureté de sang 

> remarquables (S). Des Arabes prétendent que, pendant la grossesse, 
» une lépreuse voit presque toujours son mal disparaître , mais qu'il 
» revient après Taccouchtfment (3). 

• Les Theubibs appellent la Xëprejeddan; ils en reconnaissent deux 
■ ttippéces : une blanche , qu'ils nomment bakria (provenant de la vache), 
Ê eiune noire, qu'ils appellent relmia (provenant du mouton). La lèpre 
» blanche est considéréîe comme beaucoup moms dangereuse que la 

• lèpre noire, qu'on croit tout-à-fait incurable. 

» Plusieurs fois, j'ai voulu traiter des lépreux, mais ils se sont tou- 
» jours soustraits à mes soins, préférant leur mal et leur vie vagabonde 
» à une guérisou douteuse. 

» Les Theubibs préconisent, comme très-utiles dans les maladies eu- 
» lanées en général , et dans la lèpre en particulier, les eaux thermales 

• de Muley-Yacoub-Almansor. Aussi , tous les ans , des milliers de 
9 malades s'y rendent des différens points de l'empire. 



(1) GoBtagieuse, non; transmissible par la génération, oui , et encore, padols, 
se pa3s<^-t-il une ou deux géaératiuns, sans qu'on la voie &e icproduire. 

(S) C'c^t aussi ce que nous avons vu aux Antilles. 

(3) D*autres maladies offrent un phénomène semblable. 



— 2U — 

B Ces eaux , qni proviennent d'une des chjîoes de l'Âlltis , arrivent 
B par la roule do Tanger à Frz , quelques lieues en deçà de celte der • 
B nière ville. Leur teuipéralure e^l lelloinenl élevée, que ce n'esl qu'à 
» une certaine dislance de leur source qu*on a pu éublir des rés»er* 
■ voirs pour les baigneurs. » 

(Extrait d'un Manuscrit de M, U docteur Dulac, médecin aide-major 
de 1'« classe^ intitulé : deux ans AxTangea.) 

La lèpre ou ladrerie , eî^héâam en arabe vulgaire , ou el-jeiém en 
arabe liUéral , est le nejdém uu nedjdém des indigènes du nord de 
l'Afrique. Niébubr, dans l'a relalion de son voyage en Orient, la désigne 
sous le nom de dsjuddam. C'est une maladie (rès-redoulée des Arabes, 
et QQ de leurs auteurs, auteur religieux , a dit, parlant du lépreux : 

Fer men el medjedoum ferarka mefi el assed ! 

(Fuis le lépreux comme tu fuierais le lioni ) 

El Uaditz. 

La lèpre existe dans toutes les localités montagneuses du nord de 
TAfrique, depuis l'Océan , à l'ouest , jusque vers l'Egypte , à l'esl ; elle 
y est endémique , comme elle Tétait auirefois eu Europe, où elle tenait 
aux mêmes causes, c'esi-à-dire à la misère des populations, et, par suite, 
à leur fi^auvaise alimentation et à l'insalubrité de^leurs habitations Ces 
habitations, chez les peuplades montagnardes du nord de l'Afrique Jouent 
sans doule un grand rôle dans la production de la lèpre. Nous fondons 
celte assertion sur la rareté de la lèpre chez les Arabes , à tel point 
que , jusqu'à ce jour, nous n'en avons encore observé un seul cas 
parmi eux. Or, le mode d'atimenlalion de l'Arabe diffère peu de celui 
du Kabyle, Brèbe ou Berbère, iijais le premier vil sous la tente, en plein 
air, et te deuxième , dans des huiles ou gourbis , ne respirant qu'un 
air plus ou moins rare, humide et vicié (4). Ce mode d'habitation est 
donc fort semblable à celui de nos aïeux dans le moyen âge , mode 
d'habitation sur lequel s exprimait ainsi un romancier célèbre : 

« Le peuple laboureur relevait sa chaumière abbattue, travail assez 
» facile, qui ne demandait que quelques pierres el de la boue pour 
» les joindre, avec quelques branches d'arbres que fournissait la 
» foi et voisine. » 

( Walter -Scott, /e Monastère, ch. 1", p. 54.) 

La forme tuberculeuse est celle sous laquelle la lèpre s*offre géné- 
ralement dans le nord de l'Afrique, et c'est celle forme que nous oni 
offerte tous les lépreux qui , de 183S à 184(1, ont été reçus el traités à 
Ihôpital militaire da Bougie. Ces malades, au nombre de vingt, doni 



(1) Pour plus de détaUs sur ce sujet, nous renvoyons à notre article intitulé : 
De l'immunité de l'Arabe à l>gard de la lèpre, «hins les Comptes rendus 
de l'Académie des Sciences de Paris , séance du i^juia I852. 



— «M — 

dix-sept hommes (1), deux femmes et uq enfant (*2), provenaient des 
villages ci -a près : 

Béoi-Sermen , tribu des Beni-Berbacha ; El-Maï n ; Coloha , tribu des 
Beni-Suramel ; Callah , près des Bcfii-Abbès ; Beni-Soliman , Benl- 
Àbbés , Beni-Mtmoun, Beni-Berbacha, Mioulis, Beni-Miabud. 

La lèpre tuberculeuse du nord de rÂfriqae est , en tous point, sem- 
blable à celle des régions tropicales; seulement, dans ces dernières 
contrées, fa forme tuberculeuse n'est pas la forme prédominaole, mais 
celle dite mal rouge de Cayenne , qui, du reste, se complique souvent 
de la première. 

La forme tuberculeuse est aussi celle sous laquelle se présente généra- 
lement la lèpre du nord de l'Europe, la lèpre polaire ou boréale. Dans cette 
lèpre, comme dans la lèpre tropicale ou équatoriale^ que nous appelle- 
rons lèpre aastrale, afin d'y rattacher celle du nord de l'Afrique ; dans 
celte lèpre , disons-nous , les malades perdent les cils , les sourcils , 
les doigts, les orteils et des parties, plus considérables encore, des ex- 
trémités ; de plus, il se forme , sur leur cornée , ce qui n'a pas encore 
été observé dans la lèpre australe , une pseudo-membrane qui a pour 
résultat la perte de la vue. On a tenté d enlever^, avec le bistouri , cette 
pseudo-membrane, mais elle est tellement unie à la cornée, qu'elle fait, 
pour ainsi dire, corps avec elle, d'où résulte que son ablation ne remé- 
die à rien, celle-ci laissant toujours la cornée imperméable à la lumière. 

La lèpre du nord a déjà été observée par des médecins distingués , 

âui ont publié le résultat de leurs observations, entr'aulres les docteurs 
olland (3), Landeberg« Struve(4), Munk, Hiinefeld (5),Tode (6), Da- 
Dielsseo (7], etc. La plus importante de ces publications est, sans 

(i) Nous fîmes Tenir deux de ces malades à Alger, afin de pouToir noufl livrer 
à quelques recherches sur leur état. L*an des deux, El-Bedaoui-ben-Abdelkader, 
né & El-MaîDy âgé de 3t 9ns, n*était atteint de la maladie que depuis deux ans. 
C*était un homme lettré, dont la conversation offrait de l'intérêt. Il coDnai&- 
sait parfaitement la maladie dont il était atteint , et il avait consulté , sur 
cette maladie, tous les ouvrages qui y avaient trait. Avant de quitter ses mon- 
tagD&<(, pour se rendre à Bougie (où il fut embarqué pour Alger), il avait extrait » 
de l'un d'eux, un chapitre sur la lèpre, document qull laissa entre nos mains, 
et auquel nous empruntons ce qui suit , relatif aux signes propres à reconnaître 
cette maladie : 

a Oo reconnaîtra le nejdem à une altération de la voix, accompagnée d*une 
1 affection des fosses nasales, avec démangeaisons aux allés du nez et à Tex- 
» trémité des doigts et des orteils, et tous ceux qui en seront atteints seront 
» tristes et mélancoliques. » 

( Keieb el Rahama , Livre de la miséricorde,} 

(2) Cet enfant , de Tàge de 14 à 15 ans, était à ThOpital , en compagnie de 
son père et de sa mère, tous deux lépreux comme loi. 

(3) De morbis Islandii. Edimb., 1811. 

(4) Sur la maladie lépreuse du Holstein, — Altona, 1820* 

(5) La Radesyge. — Leipsic , 1828. 

(6) De lepra norwegia, — Hanau, 1785. 

(7) Sur Véléphantiasis des Grecs en Norwège, etc. Communication à TAca- 
demie des Sciences de Paris» — [Séance du !•' avril 1844.) 

29 



— ne — 

contredit, celle de M. Edouard de Graefe (1). qui n paru dans un 
journal médical de Berlin , il y a déjà quelques années (2). 

La lèpre du nord, lèpre polaire ou boréale, a été soumise, dans ces. 
derniers temps, à de nouvelles observations, celles de la savante Com- 
mission envoyée en Islande par notre Gouvernement, et qui avait 
pour président l'infatigable voyageur Paul Oaimard , de notre marine 
militaire. Sans doute que ces observations, jointes aux précédentes , 
permettraient d'entreprendre aujourd'hui une étude comparative des 
deux lèpres boréale et australe , étude qui pourrait jeter un nouveau 
jour sur leurs causes productrices , comme sur leur prophylaxleet leur 
traitement. 

Aux caractères qui leur sont communs , et que nous avons donnés 
plus haut , ajoutons que la lèpre polaire ou boréale est transmissible 
par la génération, cooîme la lèpre australe (3), cl qu'elle est également 
non contagieuse, comme cette dernière ; seulement, on croit avoir re- 
marqué que les personnes qui , comme les gardes malades , habitent 
avec les lépreux , ne vivent pas longtemps, il y aurait donc quelque 
chose de transmissible dans la lèpre, — quelque chose qui affecterait 
tes premiers rouages de l'organisation, sans déceler sou existence à 
l 'extérieur ?.. . 

L*>s taches blanches dont parle Léon l'Africain s'observent dans les 
(J ITerentas contrées du nord de TAfrique , où elles sont connues, des 
Indigènes , soas les noms dé bars ou barz, de haras ( barras , Niébuhr), 
él c'est sous ce dernier nom qu'en parle Àvlcenne. Ces taches, qui n'ont 
rien de morbide , comme nous l'avons déjà dit , consistent dans une 
simple décoloration de la peau , et constituent l'albinisme partiel des 
nosologistes. C'est la carate ou taches endémiqties des Cordillières ^ 
dont feu le baron Alibert a traité, soas ce môme titre, dans la Revue 
médicale , année 4829, t. xxiii. Nous y reviendrons plus loin, à l'oc- 
casion de l'antiquité de la lèpre. Ici nous nous bornons à ajouter 
aae la méprise dont elle était l'objet dans le Maroc , du temps de Léon 
1 Africain , n'était pas rare dans nos colonies des deux Iodes, il n'y; 
à gue peu d'années encore. En voici un bien déplorable exemple, 
oui nous a été fourni dans un voyage que nous avons fait , en 1824 , à 
lile de la Désirade, Tune des Antilles françaises. 

Il existait alors, à la léproserie de cette île (4) , un nègre dont les 

(1) Alors conseiller de médecine, professeur à runîvenité de Berlin, médecia 
supérieur aux gardes de S. M. le roi de Prusse. 

W Journal de chirurgie et d*ophthaîmiatrlque , de MM. de Graefe et de 
^ Walter (d'après les observations de M. Monrad, pharmacieo des plus distingués 
de Bergen, en Norwège), t. xxiv, cah 4«,.p. 480. 

Le travail de M. Ea. Graefe tôt accompagné d'excellentes figures qui n'ai- 
dent pas peu à l'intelligence de la symptomatologie de la maladie. 

L'auteur, dans le temps, eut l'extrême obligeance de nous faire passer une 
^vadoction française de son travail , et nous saisis sons cette occasion poar loi 
^n exprimer de nouveau nos seotimens de bien vive gratitude. 

(3) Nous eûmes occasion de voir, à notre léproserie de la Désirade, en 1824, 
trois générations d'une famille lépreuse. 

(4) De tout temps, les Arabes, comme les nations civilisées, ont éloi- 
gné les lépreux de leur sein. C'est ce que nous avons déjà vu pour le Maroc , 



— M7 — 

lèvres, les avanl-bras et les jambes élaieot d'une blancheur de neii^e» 
à part quelques petites taches, d'uD ooir d'ébéoe , qui s*y trouvaient 
diaséminées comme des taches d'encre sur un papier très-blanc. Tout 
le reste du corps était noir, à Texception dcs cheveux, qui étaient à la 
fois très-fournis et très-blancs. Cette blancheur tenait sans doute aux 
progrès des ans, car le cuir chevelu avait conservé sa couleur normale. 

Le nègre dont nous parlons, âgé de 60 ans, se nommait Charles René. 
H était né à Québec , capitale du Canada. Il avait eu huit enfans qui^ 
tous les huit, se portaient bien. Il avait été maître d'hàtel à bord du 
bâtiment qui , dans Torage de notre première révolution , porta à la 
Guadeloupe , l'uu de nos plus fougueux représenlans , le trop célèbre 
Hugues. 

Charles René avait voyagé aux Etals-Unis, en Angleterre, en France, 
en Allemagne et nous ne savons plus dans quelle contrée encore, et U 
savait amsi beaucoup de choses qu'il racontait avec autant d^esprit que 
de volubilité. Aussi était-il une véritable bonne fortune pour tous ses 
malheureux compagnons, dont il adoucissait les ennuis par le récit de 
ses voyages et de ses aventures , et c'est ainsi qu'il s'acheminait lente- 
ment vers la tombe, mais non sans protester, chaque jour, contre l'ar- 
rêt qui l'avait mis et le maintenait, pour nous servir de ses expressions, 
en pareille compagnie , nous désignant , de cette manière , ses corapa* 
gnons d'infortune. 

Sans contredit, la lèpre est , de toutes nos maladies, la plus ancienne- 
ment connue : elle est , comme on sait , fréquemment nommée dans 
DOS Ecritures sacrées, où elle figure et sous son propre nom [Sôaradt), 
et sous ceux d'ulcère d'Egypte ( chihin Melsraim ) , d'ulcère malin 
ou mauvais . ou simplement d'ulcère et de plaie. Nous renvoyons ^ 
pour ces difféientes appellations, à presque tous les livres dont se 
composent nos Ecritures 6aintes,mais notamment au Lévitiqub, Uv. xiii. 
Sans doute que, dans ces livres , la lèpre proprement dite se trouve 
confondue avec l'élephantiasis et cette décoloration partielle de la peau 
dont nous avons parlé plus haut (4). Vraisemblablement, c*e8t à cette 
même décoloration de la peau qu'il faut rapporter la lèpre dont était 
atteint Naaman , et dont Giézi fut frappé à son tour. 

« Mais la lèpre de Naaman s'attachera à toi et à toute ta race, ponr 
y jamais , et Giézi s'éloigna de son maître, couvert d'une lèpre b'anche 
» comme la neige. » 

( Les Rois , lib. iv, cap. v.) 

Nous en dirons autant de celle dont fut frappée Marie, sœur do- 
Moïse , pour avoir murmuré contre celui-ci , avec Âaron. 

« La nuée se retira en môme temps de l'entrée du tabernacle , et* 
9 Marie parut aussitôt toute blanche de lèpre comme de la neige. » 

(Les Nombres , ch. xii. ) 



et c'est ce qui existe aussi pour tout rOricnt. Voir, !^ur ce sujet , les voyiÇifuitB 
dans ce pays, entr'autres Niébufar. {f^oyage en Arabie et en d'autres contrées 
de l'Orient^ t. il. — Suisse, 1780.) 

(l)[La Désiradc , cette première terre aperçue par Cliristophc Colomb, dans 
son premier voyage de découvertes , reçoit, dc|Hiis la Un dii siècle dernier, Ics- 
léprcux fournis par les aut»es Antilles. 



— gras — 

Ce serait encore de cette aième lépre que Dieu frappa et déli vra de suite 
Hoïse , pour prouver au peuple d*lsraël la mission divine de ce dernier. 

a Le seigneur lui dit encore : Mettez votre main dans votre scio ; et , 
9 l'ayant mise dans son sein , il Ten retira couverte d'une lèpre blanclm 
V comme la neige. 

)> Remettez , dit le Seigneur, votre main dans votre sein : il Ta remit 
» dans son sein , puis l'en retira, et elle était toute semblable au reste 
» de son corps. » 

( ExoDB , ch. IV, (J et 7. ) 

Flavien Joseph, à l'occasion de quatre lépreux qui demeuraient bors 
de Samarie , nous i»pprend qu'il était d'usage , chez les Samaritains, 
que ces sortes de malades ne demeurassent pas dans les villes (1). 

9 C'était un usage entre les Samaritains, dit Joseph, que les lépreux 
» né demeurassent pas dans les villes, et, pour cette raison , quatre 
» personnes de Samarie , affligées de cette maladie, étaient dans un 
» logis en-dehors. » 

( Histoire des Juifs , liv. ix , chap. 2. ) 

Joseph nous apprend encore que les lépreux n'étaient point admis à 
offrir des sacrifices, non plus que certains autres malades et les femmes 
lors de leur période menstruelle. 

c On n'admettait à offrir des sacrifices ni les lépreux, ni les femmes 
» à l'époque de leur menstruation, etc. » 

( Guerre des Juifs contre les Romains , liv. vt , cb. 45. ) 

B'après Tacite , ce serait cette maladie qui aurait fait chasser les 
Israélites de l'Egypte. 

« Ce qui est plus géaéralement reconnu, dit Tacite, c*est que l'Egypte 
» Ayant été infectée d'une espèce de lèpre qui couvrait tout le corps , 
y> et le roi Boccoris ayant consulté l'oracle d'Hammon , pour eu savoir 
» le remède , on lui ordoi^na de purger son royaume de cette race de 
» lépreux, qui semblait réprouvée du ciel , et de la reléguer sur une 
» autre terre. On fit une recherche exacte de tous ces malheureux ^ 
» qu'on rassembla, et ils furent abandonnés au milieu des déserts, o 
{TaeiH histuriarum^ lib. v. ] 

La lèpre, dans le nord de l'Afrique, y a sans doute existé de tout 
temps. Ebn-Beitar y signale la tribu des Benon-Abi-Schoaïb, qui fai- 
sait partie des Benon-Wadjhan, comme possédant un remède souverain 
contre la lèpre. 

<c Ces Berbères, dit Ehn- Beitar, possèdent an remède souverain 
» contre la lèpre. » 

( Manuscrit de la Bibliothèque impériale , n« 1 , 071 . ) 

Nous ne savons à quelle époque écrivait Ehn-Beitar, mais Bàkri , qu' 
le cite, écrivait en 460 de l'hégire, 1, 067 de noire ère. 
Les Benon-Wadjhan , dont faisaieut partie les Benon-Âbi-Shoalb, 

(1) Et , sans duute , avec d'autres maladies encore , à en juger par les ^ué- 
|.isoEiS qui s'en opéraiei>t quelquefois. Fide : BxoD., iv, 7 ; MCJMB. Xii, 15^ 
HEG., IV , ch. V, 14 ; M4TTU. , VIII , a ; LUC. , XVI , 14. 



— %M — 

habitaient, nousappread encore Bekri, les environs de Badjaïah, que 
nous appelons Bougie. Or, la lèpre , qui existait dans ;le8 environs de 
Bougie da temps d'fihn-Beitar, y existe encore aujourd'hui ; elle y est 
même assez commune, ainsi que nous l'avons déjà vu. 

Ebn-Beitar ne dit pas quel était le remède souverain que possédaient 
les Benon-Âbi-Shoaïb contre la lèpre ; mais, il y a quelques années, 
nous enqnérant de la lèpre parmi les tribus kabyles de Bougie ( qui , 
alors, envoyaient bon nombre de leurs malades a l'hèpital militaire de 
cette place ) , on nous parla aussi d'un remède souverain qu'ils possé- 
daient pour la guérir, et ce remède n'était autre que le foie de sept 

jeunes enfans ! Ce remède rappelle les bains dans lesquels entrait 

le sang humain, et dont usaient les rois d'Egypte» atteints de la lèpre. 

Et quum in reges inddissêi ( malum ) , popuHê funèbre, quippe in 
balineis solia lemperabaniur humano sanguine ad medicinam eam. 

(Punk, lib. xxvi, cap. v. ) * 

Il est permis de croire que ni l'un ni l'autre de ces remèdes ne furent 
jamais employés. A cette occasion, nous rapporterons une autre 
médication également connue dans les montagnes de Bougie, et que nous 
empruntons à l'extrait, précité, du manuscrit intitulé : Keteb el 
Rahama (f). 

Après. avoir dit que « la maladie provient d'un grand froid ; que si 
» elle ne date que de six mois , il y a espoir de la guérir, mais qu'il y 
» a doute i cet égard, si elle est plusancienue », l'auteur continue ainsi : 

« Beaucoup de ses symptômes sont très-appparens, et celui qui les 
» présentera se trouvera bien de l'usage du kohol {i), qu'il fera suivre 
» de celui d'une madjoun ( nom générique d'une foule de préparations 
» sucrées ) qui se composera ainsi : 

» On fera chauffer, à petit feu, du miel dont on jetera l'écume , e: 
» on fera chauffer de même du beurre de vache bien pur. Ces deux 
» substances , mêlées ensemble , on y ajoutera des oignons et de l'ail 
» piles, parties égales, avec de Taloës frais et réduit en poudre (3). Le 
» tout sera bien malaxé , en l'approchant du feu. 

» Tous les malins, à jeuu, et , tous les soirs avant de se coucher, 1 e 
» malade prendra un peu de celte préparation, et il s'en trouvera bien. 

» Le régime du malade sera le suivant (4) : 

» Il se nourrira de la mie d'un pain préparé sans sel , et prendra des 



(1) BMiedaoui , cité plus haut , et de qui nous tenons cet extraH , était de 
la tribu d'El-Main, située dans les montagnes , à trois journées de Bougie. Il 
existe, dans cette contrée, beaucoup d*eaux salées, et les maladi<:a cutanées, la 
lèpre entr'autres, y sont communes. 

(2) C'est la substance dont les femmes* se servent pour se teindre les pau- 
pières (l'antimoine). C'est sans doute l'usage extérieur f\ux en est recommandé 
ici, bien que cela n*y soit pas dit. 

(3) L'aloës, sous le nom de mérous ber, est recommandé, par tous les méde- 
cins arabes, dans le traitement de la lèpre. 

(4) Les habitans de la Kabylie se nourrissent priucipalcmeiit de farineux , 
et font un grand usage d'huile et de ligues sèche?. 



— aao — 

9 bouillons de jeanes poulets, qu'il mangera également sans sel; ii 
» asera en môme temps de beurre et de miel. Il ne prendra aucune 
» autre nourriture, et la guérison , s'il platt à Dieu, ad se fera pas 
» attendre. 
» Quelques malades peuvent user aussi de cette autre préparation : 
» Quantité égale de beurre fondu et de miel bien puriOé , mélange 
» au*on approchera du feu , et dans lequel on versera du lait sortant 
» du pis delà vache. Cette préparation devra être bue sur le champ (1). » 

Vraisemblablement , la lèpre a existé de tout temps dans les monta-- 
gnes du nord de l'Afrique ; elle a dû s'y développer , comme elle s'y 
développe sans donte encore , c'est-à-dire spontanément , de tontes 
pièces , comme on dit , en même temps qu'elle s'y est transmise , 
comme elle s'y transmet sans doute encore, par voie de généra- 
tion. Disons , à cette occasion , qu'on se rend difficilement compte 
de ropinion vulgaire qui attribue, aux croisades , l'introduction de la 
la lèpre en Europe. Et , en effet , la première croisade ne remonte qu'à 
l'année 4,095 , et l'institulion, en Espagne , de l'ordre de St-Lazare , 
dont le but étaient les secours à donner aux lépreux , est de l'année 
365 (2). De plus , celte institution suppose qu'à l'époque de sa création, 
la lèpre y avait déjà pris une certaine extension, et que , par conséquent, 
elle y existait depuis longtemps. Quelques-uns la font arriver en Eu- 
rope avec les Sarrasins, admettant que les croisades n'ont fait que la 
renforcer, mais la première invasion arabe en Europe, qui eut lieu sur 
l'Espagne, comme on Sait , est également postérieure à l'institution pré- 
citée, puisqu'elle ne remonte qu'an commencement du viii* siècle. 

Il existe, sur la lèpre du nord de l'Afrique, des observations du docteur 
Fochs, qui ont été publiées en 1831 (3] ; nous croyons pouvoir en rap- 
procher celles du docteur Heinecken , qui ont été faites dans l'île de 
Madère, et dont la publication remonte à l'année 1826 (4). 

Sans doute, et avec le temps, la lèpre disparaîtra du nord de l'Afrique, 
comme elle a disparu de l'Europe méridionale ; elle en disparaîtra au 
fur et à mesure que notre civilisation y pénétrera , et ce sera un nou- 
veau bienfait que ces contrées aorout reçu de notre implantation sur 
le sol africain. Malheureusement , depuis bientôt un quart de siècle 
que nous y avons abordé, nous n'avons encore que bien peu progressé 
dans ses parties montagneuses. 



(1) El-Bedaoui, le lëpreax lettré dont nous avons parlé , avait étrangement 
abusé , sur lui , des saignées locales : il s*eo était pratiqué plus de ileox cents 
dans le court espace de huit mois. 

(2) Ano 365 de Ghristo, se iastituyo la orden de los caballcros de San Lazaro, 
llamados hospitalarios, cuyo principal objeto era la curation de los enfermOs 
lepros^Sy ba\o la régla de San Basil io. 

(De Villai^ba, Op, dt., t. 1«% p, 35.) 

(3) Dissert, de lepra arabica in maris mediier. litlore septemàr, ohserv, 
— Wirieburg, 1831. 

(4) Obs. on leprosy of Madeira. The edimii. MED. AND suBGic, nu- 
méro du J8 juillet 1826, 



— 291 — 

8* De l'éléphantiasis des bourses, 

« Â aocoD, dit LéoD, s'enflent les génitoîres si fort, que c'est piteuse 
» chose à voir, et estime- t-oo que cela leur vienne pour manger trop 
» de fromage salé. » 

[Op.dt,, liv. !•', p. 402.) 

Environ une vingtaine de cas d'éléphantiasis occupant les bourses, 
sont parvenus à notre observation pendant notre séjour en Algérie , 
et plusieurs ont été opérés avec succès (I], tant dans cette dernière 
contrée que dans la régence de Tunis, où se trouvent , depuis quelques 
années, de fort habiles opérateurs (l) . 

L'éléphantiasis, en général» n'est pas moins répandu dans les mon* 
tagoes du nord de l'àfrique que la lèpre proprement dite. On en ren- 
contre, assez souvent, des cas dans les populations des villes de 
rintérieur et du littoral, et ils y sont généralement offerts par la nation 
Israélite. Presque toutes.les parties du corps en peuvent être atteintes, 
mais ce sont les membres iuférieurs qui en offrent le plus d'exemples ; 
viennent ensuite les parties génitales chez les deux sexes^ notamment 
chez l'homme, où le mal s'attaque surtout au scrotum. Fixée sur cette 
partie, la maladie est connue sous le nom d'éléphantiasis des bourses 
ou élépbantiasis scrotale, et c'est ce que Prosper Alpin appelait hernie 
charnue; Kempfer, andrum ; de Reisselius , hernie gélatineuse; Larrey, 
sarcocèle d'Egypte; Camper, ï'hydrocèle endémique du Malabar, eto.^ etc. 

L'éléphantiasis , en général , est connu des Arabes sous le nom de 
mardony, et sous celui de Koummezid (quelques-uns prononcent 
Koumliazid ) par les habitans d'Alger. Bien d'autres noms lui ont été 
donnés dans d'autres localités ; nous n'en rappellerons que les suivans ; 

Mal de Jérusalem , le kylhéta des habitans du Caire ( Chabassy ) , 
le dhâei \ephil dessavans égyptiens, Vœdem^asargue de Séverin et de 
Clot-Bey, le pé de St-Thomas (côte occidentale d'Afrique], maladie 
glandulaire des Barbades {Allard), V andrum des Indes orientales, 
V œdème dur, Vangio-leucite ou inflammation des vaisseaux blancs , 
Yérysipèle du Brésil ( Da Fooceca ), etc. 

L élëphantiasis, comme Tune des formes de la lèpre, a été observé 
et mentionné dès la plus haute antiquité, et nous ne reviendrons pas 
sur oe que nous avons déjà dit , à oet égard , sur la lèpre en général. 
L'éléphantiasis , en particulier, a été mentionné dans Ttle de Méroé, en 
SgyplO) comme siégeant ordinairement à la mamelle. 

(1) Une de ces tumeurs, eolevée par nous , à Al^er , en 1849, pesait , après 
son ablation , une dixaine de kilogrammes. Le sujet , de la trihu des Beni- 
Moiissa, s'est marié depuis, et il Jouit de la meilleure santé au moment où nous 
écrivons. 

(2) MM les docteurs Lumbroso et Castelnnovo , tons deux attachés à la per- 
sonne de S. A, le Bey de Tunis. Le dernier a fait deox fois cette opération 
avec le concoars de son collègue. La relatioa des deux cas morbides a été 
publiée en Italie, par Popératenr. {Pensieri suUa elephantiasi seroiale o degli 
arabi, etc, Torino, 1851.) 

M. le docteur Cotton, roédecin-major dans Tarmée de S. A. le Bey de 
Tunis, a fait deux fois aussi cette même opération , et nous eûmes occasion 
de voir Pun de ses deox opérés , guéri depuis longtemps, à notre passage à la 
Mahomedie, séjour habituel delà Cour tunisienne. 



_ aaa — 

Ju vénal, après avoir dit: 

« Quis^étonoe de voir des goitres sar les Âlpas? » ajoute : 
« Ou, dans l'île de Méfoé, ou e mamelle plus grosse que l'épais 
» nourrisson. » 

( Aui quis 
In Mtroe crasso majorem infante mamilïam ?) 

Sans doute, l'existence de l'éléphantiasis, dans le nord de l'Afrique, ne 
remonte pas à une époque moins reculée qu'en Egypte. Toutefois , les 
premières traces que nous en trouvons dans les auteurs ne s'étendent 
pas au-delà de St -Augustin (fin du iv* siècle], et encore est-il incertain 
si c'est de l'éléphantiasis en particulier, ouae la lèpre en général , dont 
il a voulu parler. Ses paroles â cet égard, paroles que nous avons déjà 
données, nous les reproduisons ici : 

Elephantiosus est^ nec morhus iste curare potest ? 

L'arabe Bekri , qui écrivait en 460 de l'hégire, 1,067 de notre ère, 
est peut-être le premier auteur qui en ait parlé, mais il nous apprend 
seulement qu'il ne s'observait pas à Sedjelmàlab , ville située au sud de 
Maroc , et que lorsqu'on y arrivait, atteint de cette maladie, ses pro- 
grés cessaient. 

« L'éléphantiasis, dit Bekri, est inconnu parmi les hab'tans de Sed- 
» jehnàlab ; et , lorsqu'un homme qui en est atteint , entre dans la ville, 
» sa maladie cesse de faire des progrés . » 

[Notice des Manuscrits, p. 601.) 

Selon Lucrèce , l'éléphanliasis ne naîtrait qu'au centre de l'Egypte , 
excepté sur les bords du NiU 

Est elephas morbus , qui praeter flumina Niti 
Gignitur, Mgypto in média, neque praet&ra usq^m, 
( LuGBÈCE , De naiurâ rerum , lib. vi.) 

Celte croyance ne pouvait tenir qu'au peu de connaissances géogra- 
phiques du temps de Lucrèce : outre que celte forme de lèpre accom- 
pagne la lèpre proprement dite dans toutes les montagnes du nord de 
l'Afrique , elle l'accompagne aussi sur les différens points des régions 
équatorialeS; soit sur les continens, soit dans les lies. Nous renvoyons, 
sur ce sujet, à tons les médecins circumnavigateurs , parmi lesquels 
nous citerons MM. Quoi , Paul Gaimard , Lesson , Liautaud M) et Dubois, 
de Rochefort. A ces noms, nous ajouterons celui de M. Brandin, qui 
a exercé la médecine au Pérou , et celui de M . Sigaud , qui l'exerce 
encore aujourd'hui au Brésil. 

Un doute se présente ici , et nous nous hâtons de l'exprimer. Par 
éléphantiasiSy Lucrèce entend-il l'éléphanliasis en particulier, ou bien 
la lèpre en général ? Toujours est-il que toutes les paroles de Pline sur 

(1) Connu par son séjour en Chine, aujourd'hui en Algérie, où il est chargé 
d'expériences sur la culture du thé, dans les environs de Blidah. 



— 233 — 

i'élé|>liantiasis se rapportent à la lôpre en g6ncr.il , el que, pour lui, 
coitiine pour Lucrèce , l'éléphanliasis était une maladie particulière i 
l'Egyple. 

jEtjypti peculiare hoc malum , dit Pline. 
(Lib. XXVI, cap. v. ) 

Plusieurs médecins arabes ont traité de Téléplianliasis , et , en pre- 
mière ligne, Ali-Abbas , Ra«ès et Avicenne. Un itiéJetnn de la même 
nation, l'égyptien Chabissy, a soutenu, dans ces derniers temps, 
devant la Faculté de médecine do Paris , une excellente thèse sur la 
même maladie. 

9» De la syphilis. 

« Et quanta ce mal, dit Léon, qu'on appelle communément , en 
» Italie , mal français , et , ea Frauoe , mal de Naples , je nie pense 
tt que la dixième p:)rtie de toutes les villes de Barbarie en sott échappée, 
» et vient avec douleurs, aposthumes 6t plaies profondes. » 
[Op. cit., t. 1", p. 100.) 

Le môme voyageur parle du fils puîné d'un roi de Tunis , qui aVait 
alors le gouvernement de Gonstantine (I), et qui e:) péril misérable- 
ment , pour nous servir de ses expressions. 

Selon le même voyageur, cette maladie était encore inconnue dans 
les montagnes de l'Atlas et dans d'aaires contréds qu'il désigne sous 
les noms de Numidie (le BeleJ-el-OjériJ ou pays des d.ittes) et de 
Libye ( le Sahara ou grand Désert ), do même qo'en U terre des Noirs, 
ainsi qu'il appelle le pays des Nègres ou l'Afrique centrale , m lîs 
rapportons ses propres paroles sur ce sujet : 

« Aux territoire et montagnes d'Atlas, dit Léon, ce mal est inconnu 
» des habitants d'icelles ; semblablement , par toute la Nnrcidie (J'eu- 
» tends du pays seulement où sont produites les dattes), il n'y » per- 
» sonne qui en soit attteint, encore moins en Libye , ni en la Terre- 
» Noire , ne s'en parle aucunement. » 

(Op. cit., t. 1", p. 400.) 

Vraisemblablement , cette opinion du voyageur arab3 était moins le 
résultat de ses observation^ personnelles que celui de Torigine aniéri- 
caiae qu'on attribuait à la syphilis à l'époque où il écrivait, opinion ^ 
laquelle donnait tant de crédit un poème célèbre , alors tout récem- 
ment publié, la Syphilide de Fracastor. 

Léon croyait donc à la nouveauté de la syphilis en Europe, el il fait 
ainsi l'historique de son introduction dans le nord du l'Afrique : 

« Cette espèce de maladie , dit Léon , n'avait point couru auparavant 
» par l'Afrique , mais elle prit son commencement du temps que Fer- 
» nand, roi des Bspagoes, expulsa les Juifs hors les limites de son 
» royaume, lesquels s'en vinrent , de là , habiter en Barbarie , là où 
» quelques méchans maures , et de perverse nature, se couplèrent 
» avec les femmes de plusieurs de ces Juifs , qii étaient entachés de 

(!) Lorsque Gonstantine appartenait aux rois da Timi^, leurs lils puînds en 
étaient ordinairement les gouverneurs. 

30 



» cette m:ila<lie, q«ic pi li celte canaille ; de là , suiiraDt d'ua à l'autre , 
» cl à h Ole, commençi d'infecter toute ta Barbarie^ lellemeot qu'il 
» ue se trouve gônéraliun que ce mal trail entacliée ; et tiennent , les 
» Africains, pour coup sûr, qu'il a pris son origine des Espagnes , sui- 
» vaut laquelle opinion plusieurs rappellent mal d'Espagne, » 

Léon fiil remarquer que les habilans de Tunis lui donnaient le nom 
de mal français^ à Timitalion d.'s Italiens , « sur lesquels , dit Léon , 
» il a bien fait conooilre, par aucun temps, comment il sait miner 
» jusqu'aux cntrailUs. » 

[Op. cit., l. 4", p. 400.) 

La syphilis est, en effet, comme le dit Léon l'Africain, une des 
maladies les plus répandues du nord de l'Afrique; elle y est commune 
aux babitan? des plaines et à ceux des montagnes, et on Ty connaît 
ftous les noms d'el-merd^l-douni , ài'el'merd-eUkéhiry à^eUmerd-enessa, 
c'est- à-dire de mauvaise maladie , de grande maladie , de maladie de 
femme ; elle n'y existe pis seutoment , comme cbez nous , à l'état de 
maladie contagieuse ou transmissible , mais encore à l'état de maladie 
conslitutionnetle, héréditaire. Lindigène du nord natt avec elle, ou 
bien elle se développe chez lui vers t'âg) de la puberté , absolument 
comaie la lèpre , ainsi que nous t'avons vu précédemment. Sous ia 
hutte du Knbyle, comme sous la tente de l'Arabe, rien n'est commun 
lomme de voir des malheureux ^ tout jeunes encore , défigurés et 
déformés par celle terrible maladie. Ce sont des tètes sans chcveux et 
plus ou moms édentées ; — ce sont des ulcérations qui ont détruit le 
nez et d'autres parties de la face , le voile et la voûte du palais , des 
portions des organes sexuels ; — des exostoses ( tumeurs osseusses ) 
avec carie , plus ou moins profonde , des os du crâne et des autres 
parties du corps. Nous passons sous silence celte éruption sui generis 
qui, (e manifestant d'abord sur le front (corona veneris), s étend 
ensuite sur le reste de la périphérie cutanée, éruption qui signale, de 
coutume, le début de l'ivifeclion générale, et qui fait souvent défaut 
dans la syphilis constitutionnelle, héréditaire , la plus répandue dans 
le nord de TAfrique. La syphilis primitive y est rare, et c'est une re- 
marque qui a été souvent faite par nos médecins de l'Algérie , et par 
ceux de la régence de Tunis. De son côté, M. le docttur Dulac, que 
nous avons souvent cité, nous écrivait dans le temps, du Maroc, pour 
nous faire part de la même observation. « J ai rarement vu , écrivait 
» ce médecin, des phénomènes primitifs de la syphilis, d 

Celte maladie a été vue à une grande distance dans rinlérieur de 
PAfrique. Pézzant, qui Ta observéd dans le royaume de Barcah, en 
parle en ces termes : 

« Je ne sais, dit Pezzanl . comment, parmi des tribus entièrement 
» séparées du commerce des autres nations (1), s'était propagé un mal 
» qui, d'ordinaire, n'a son siège que dans les villes , où il est entretenu 
9 par la débauche. Ce mal est tellement commun chez eux, que plu* 
D sieors en portent des traces hideuses sur le visage. Les petits en fans 

(i) Bruce, dans son voyage aux sourccf» du Nil , si{;nale au8>i la fréquence 
^e la syphilis dans le Scnuaar. t Les maladies véoérienaes, dit Bruce, sont très- 
» comaïunes dans le Sennaar. > 

[Foyage aux sources du Nil, etc., t rv, p. 556.) 



— sas — 

» et les jeunes iodividas, qui ont des communications avec eux , sans 
» prendre les précautions convenables , en contractent des ulcères 
» qui deviennent plus funestes encore par leur négligence (I). » 

( y^oyage en Afrique, au royaume dô Barcah et dans la Cynéraïque^ 
à travers le Désert , etc. — Paris , 1U40. ) 

L'hérédité de la syphilis, dans le nord le l'Afrique, fait qu'on n'y at- 
tacha aucune idée deshonnôle, honteuse, et aussi, tous les jours, ceux 
de nos médecins qui , en Algérie, sont employés aux avant-posles , 
reçoivent- ils des chefs de ffunille venant les consulter, soit pour leurs 
femmes, soit pour leurs filles , atteintes de celte nnladie. 

On a souvent dit ot répété que la syphilis était moins grave . plus 
bénigne, par conséquent , dans les climats ch.iu>ls({uo dans les climals 
froids; on a même pensé qu'elle s'éteignait naturellement sous Tin- 
fluence d'une haute température, et oeite dernière opinion est aussi 
celle de Léon, qui dit , parlant des habdans du littoral nord de l'Afrique : 

«r Et s'il se trouve aucun qui en soit entaché, et qui s'achemine en la 
» Terre- Noire ( Négritie ), Il n'a pas plutôt senti l'air de cette région , 
» qu'il s'en retourne soudainement en sa première santé et convalescence, 
» demeurant aussi net comme si jamais il n'eût été malade ; vous assu- 
» rant que j'ai vu , de mes propres yeux, plus de cent personnages 
» qui , sans chercher autre remède, pour le seul changement de l'air, 
» oot recouvert entière guérison. » 

Que les premiers accidenis ou axidens primitifs, locaux de la maladie 
60i«int moins intenses, plus bénins dans les climats chauds que dans 
les climats froids, on le conçoit sans peine , et c'est aussi notre opinon, 
mais noas ne pensons pas qu'il en i-oit de même do la syphilis géné- 
rale, qui , pour nous du moins . reste la même sous tous hs climats. 
Toujours est-il que nous avons vu , sous les tropiques, aux Antilles 
des ravages syphilitiques en tout comparables à ceux qui s'observent 
dans nos régions septentrionales. Ajoutons que ces ravages, qui consis- 
taient surtout dans des pourritures d'hôpital, étaient moins dus à la 
maliidie elle-même, qu'au traitement mercuriel outré et tel qu'on 
l'employait encore il n'y a qu'une trentaine d'années. Nous n'en pen- 
sons pas moins que le mercure, quel que soit son mode d'administra- 
tion, reste toujours le seul moyen sur lequel on puisse co.mpier contre 
la syptiilis 

Le traitement employé contre la syphilis, dans le nord de l'Afrique, 
consiste dans une sorte de diète ou régime connue sous le nom de 
parise, et qui s'applique aussi à beaucoup d'autres maladies Sa durée 
varie selon la gravité des cas : elle est de quarante jours pour les cas 
ordinaires, et de quatre-vingt-dix pour les autres. Nous ne nous occu- 
perons que du traitement ayant celle dernière durée. 

Pendant les quarante premiers jours de ce traitement, on ne mange 
que du pain sans sel, composé d'un quart de f.irine de blé sur trois 
qujrts de farine d'orbe , avec des fîgues, de.s raisins et du sucre ; — ' 
pendant les quarante jours qui suivent, on permet la volaille bouillie, 

(1) La maladie peut >c transmettre ainsi , mais il est permis de croire qu'ici 
Tauteur aura pris, pour une maladie transmise par conta^iuii» une maladie 
conslitut&onncilc, c'est-à-dire transmise par vuic de génc^ration. 



— 136 — 

iliu'S sans sel , el \à Jcojclion qui en provient; — pendant les dix jours 
qui restent , pour compléter le traitoment , on permet le laita<;.*, dans 
lequel ^n commence à mettre nn pea de sel. 

Dans les deux premières périodes du tmitem^^nt , on oren 1, pour ti> 
sano, une décoction desaUep.ireilie (haskbi),ei . penlant la dernière, 
celle de dix jour-;, on remplace cctic décoction par une autre laite avec 
des feuilles de laurier-rose. 

Dans Id Maroc, au lieu de la décoction de salsepareille, on use de la 
salsepareille elle-même, que les teubibs font manger aux malades , ne 
l>eusant pas qu'on puisse en obtenir toutes les propriétés par la décoc- 
tion. La dose journalière de cette racine est d'un gramme environ. 

Pendant toute la durée du traitement, le malade doit rester renfermé et 
ne voir personne. Uâtons-nous de dire que le petit parise ou traitement 
do quarante jours est plus souvent employé que Tautre, qui peut avoir 
degraiis inconvéniens pour la santé générale de l'individu. 

Les deux traitemens se terminent par Tadministration d'un ou deux 
purj;alirs. 

Les teubibs marocains emploient parfois aussi le mercure dans le 
traitement de la syphilis, et c^est lorsque leur grand traitement a écboné. 
Leur prcparalioti mercurielle est fort simple : c'est du mercure fout 
pur ou vif argent, éteint dans du miel. Les malades n'en prennent 
qu'une fois par semaine, el ils ont bien soin de. se purger après chaque 
fois. Leur purgatif ordinaire est le sel anglais, ou Thuile de ricin, qu'ds 
se procurent, Tuu et l'autre, par la voie de Gilbratar. 

Cette préparation racrcurielle employée pRr les médecins arabes du 
Maroc, rappelle qu'on attribue, au célèbre Kaïr-el-Din, une com|K)si- 
tion ipcrcurielle qui s'administrait sous forme de pilules, et dont il 
aurait vendu la recelte à François I". Cette recette , on n'en dit pas la 
composition, et on ne dit pas non plus si elle était le fait du célèbre cor- 
saire, ou sM la tenait d'autrui , ce qui est vraisemblable (I). 

Les accidens locaux de la maladie soot combattus par des moyens 
également locaux ; nous les résumerons en peu de mots. 

I^our les ulcérations de la bouche , on mAchc , puis on avale , des 
sommités d'olivier sauvage ; -r pour celles des parties de la génération, 
après les avoir lavées avec de l'eau tiède, on les saupoudra avec de la 
noix de galle pulvérisée. 

Les engorgimens des bourgs sont combattus avec des cataplasmes 
cie son , parfois humectés de vinaigre ; on y pratique aussi , selon les 
nirconstaoces, des embrocations dhuile dans laquelle ont n^acéré des 
fleurs de lys. 

Les écoulemens muqueux f^ont traités avec une décoction de 
feuilles de laurier-rose, prise à l'intérieur. Une autre plante, dont on 
n*a pu nous dire le nom, est quelquefois jointe aux feuilles de lanrier- 

(1) L'empfni du mercure dans le traitement de la syphilis remonte à 1,497, 
mais un ne remployait alors qu'à l'extérieur , comme dans la lèpre, dont on 
considérait la «yphilis comme une sorte de variété. Le premier qui remploya 
à rinléricur fut Jean de Vi{çrt , et c'était sou.-» forme de précipité roufçc , qu'il 
administrait aussi en fumi<;ation. Vint ensuite Oéranver de Carpi, qui rem- 
ploya en frictions sou:$ forme de pommade. P. A. Maltioli croyait avoir été 
10 première l'employer en pilules, mais cette innovation parait appartenir 
(^u corsaire Kaîr-cM>in. 



— M7 — 

rose pour celte décoction. Dans quelques circonslances, les mêmes 
accidens sont combattus par des pilules composées de mie de pain et 
de feuilles de capillaire ( adianthv^ capilla veneris ) grillées et réduites 
en poudre. Il est encore un autre moyen très-préconisé en pareil cas , 
mais qui n'est pas de nature à pouvoir ôtre indiqué ici . 

Pendant longtemps, oo a voulu voir, dans la syphilis , une maladie 
nouvelle, etqui nous serait apparue avec la découverte du Nouveau- 
Monde, qui eut lieu, comme on sait, en 1,492. On se rend difficile- 
ment compte d*une pareille opinion en regard des réglemens établis , 
|)Our la direction ou administration des filles soumises , dans plusieurs 
villes d'Europe, à des époques plus ou moins antérieures à la décou- 
verte du Nouveau-Monde. Ceux de ces réglemens , qui ont été enre- 
gistrés par rhistoire, sont les suivans : 

1* Celui d'Avignon, fait par ordre de la reine Jeanne, en 1,437 ; 

2* Celui de Londres, en 1,430: 

3* Celui de Poitiers, en 1,4f8, clû à Guillaume IX , duc d'Aquitaine 
et comte de Poitiers. Dans ce dernier, la maladie est désignée sous le 
nom de morbus pudendagra , et , sous celui de lues , dans le premier, 
celui d'Avignon. 

Nous passons sous silence , bien qu'elles témoignent hautement de 
l'existence de la maladie dont nous partons, les poésies d*un certain 
Pacificus Maximus, qui virent le j<Mir h Florence , en 1,189 , et dont 
un exemplaire se trouve à la bibliothèque de Ste-Geneviéve , à Paris. 
Nous renvoyons à cet ouvrage (lib. m , intitulé : Ad Priaptim, et lib. x , 
intitulé : DeMatronâ), prévenant les personnes qui voudraient le consul- 
ter, qu*il a été cité par Sanchez , dans sa Dissertation sur la maladie 
vénérienne ; il Ta été aussi dans le Journal général da médecine , année 
1,759 , t. XI, p. 372, et dans le Recueil intitulé : Quinque illustrium 
poetar%im Ittsus in venerem. ( Paris, 4791.) 

( Pacifici Maœimi poetae jEsculani. Floreniiae , anno gra- 
tiae MCGCGLXXXiv idibus novembris , per Antonium 
Mescomium. ) 

D'un autre côté , nous trouvons , dans les auteurs anciens , grecs et 
latins, des traces multipliées de la maladie dont nous parlons ; il suffira, 
à la sf^écialité de notre travail , d*e/i rappeler les principales. 

Nous citerons d'abord les historiens grecs Joseph, Philon et Lucien, 
les deux premiers de nation israélile , et qui écrivaient dans le 4*' siè- 
cle de notre ère. 

(c On n'admettait, dit Joseph, à offrir des sacrifices oi les lépreux., ni 
» ceux qui étaient attaqués de maladies vénériennes (l), ni les femmes 
» à répoque de leur menstruation , etc. a 

( Guerre des Juifs contre les Romains^ chap. XLV. ) 

Philon parle d'un de ses accidens, l'uréthrite, sous le nom de char- 
bon (du Grec anf/iraa? ), et cet accident serait, selon lui, l'une des 
quatre raisons qui auraient introduit la circoncision chez les Israélites. 

« Or, dit Philon , il y a beaucoup de raisons qui nous ont moe de 
» garder ceate manière de faire introduitte par nos ancestres , entre 

(1) Nous devons faire observer que le texte de Joseph nous manque , et que 
^ous nous servons Ici de la traduction de M. Bachot). 



» lesquelles il y en a qualre principale^ , dont une pour s'exornpter de 
» la maladie,* faschease et difficile à gaarir, qu'on appelle charbon ^ le 
9 quel nom, à mon aduis, Iny est eseha parce qu'il brusle d'une grande 
» roideur. Or, ceste maladie plus facilement adulent à ceux qui ont 
» la peau du bout du membre tout entière , qu'aux autres qui l'ont 
a ronguéc. a 

( Op. eit, , fol. 298, cbap. intitulé : De h Circoncision. ) 

Sans contredit, la circoncision pouvait être favorable non seulement 
à la préservation de l'accident dont parle Philon , mais encore à celle 
do la maladie en général. Cette opération, du reste, n'était pas particu- 
lière à la nation Israélite: elle lui était commune avec plusieui*s autres 
nations contemporaines, en Orient. Strabon dit, parlant des Créo- 
phages ( mangeurs de chair ) : « ils se retranchent le prépuce » 

Artémidore, dans le même auteur, dit : 

« Le cap de l'Arabie opposé à celui de Dire, s'appelle Ocila » et les 
» babitans des environs de Dire se retranchent entièrement le pré- 
» pu':e(l). » 

Lucien, de Samosate, qui écrivait vers le milieu du l* siècle de notre 
ère, la désigne sous le nom de maladie lesbienne, à cause de son exten- 
sion dans rtl6 de Lesbos , alors la plus corrompue des fies de l'Ar-- 
chipel. 

( LcciAN. In psiudo'logista. ) 

Dans le nombre des auteurs latins qui ont parlé de la syphilis , ou 
qui ont fait allusion à cette malailie, nous citeroos rhistorieu Tacite et 
les poëtes Horace, Martial , Juvénal . 

« Erantqui crederunt m senectute corporis qu^que habitum pudori 
» fuisse ; quippè illi prœ gracilis et incurva proceriias , nudus capillo 
» verteXy ulcer osa faciès^ ut plerumquè medicamioibus interstiocla. . . » 
(Tagiti ANNALiDU, llb. IV, cap. 47.] 

Ces ulcères ou postules de Tibère ont attiré l'attention de l'empereur 
Julien, qui s'en raille dans sa Satyre des empereurs romains. 

« Après maints quolibets sur le mal de Campanie ( Campa- 

» numin morbum ), sur sa figure, Il le pria de nous danser le cyclope. » 

( floRACB , Salira v. ] 

Ce mal, à ce qu'il parait , était commun en Campanie, surtout h 
Capoue, à laquelle Cicéron infligea l'énergique épithète de domicile de 
Vimpudicité. 

(TuiL. Oral, in Rullum.) 

(1) Le mot entièrement eiiç^e une explication. Le retranchement <?taU de 
deux sorte» : complet, ou incomplet ; comp*et lorsqu'il se pratiquait derrière 
la partie recouverte par la membrane, comme chez les hahitans de Dire , dont 
parle Stratmo ; incomplet lorsqu'il se pratiquait devant , comme chex les Isra- 
litea et les Musulmans d*au|ourdliui. Les individus qui avaient été soumis au 
premier mode de retranchement <^iai^nt désignés sou^ le nom de mutiles^ et 
oeoi qui avaient été soumis au s econd , sous celui de mutilés à demi , de 
demi-mutilés. 



— as9 — 

A Tocoasion de Cléopâlre, alors que, dans Tenivrement de sa fortUDe, 
elle rêvait ta chute da capitole et la ruine de Tempire romaîD, Horace 
la représente contaminato cam grege turpium morbo virorum. 
( Carusn XXXVII , Ad sodales. ) 

« Quum dix! , ficus, rides quasi barbara verba , 

» Et dici, ficos , Cœciliane , jubés. 

» Dicemus ficus , quas scimus in arbore nascî : 

A. Diceraus ficos , CieciliaDO , tuos. » 

( Martial , Epigr. lib. 4*% Ad Caecilianum^ De 
génère et declinatione ficus, ) 

c Ficosa est uxor, ficosus et ipse inaritus ; 

» Filia ficosa est , et gêner, atque nepos. 
» Nec dispensator, oec villicus ulcère turpi , 

» Nec rigidus fossor, sed oec arator eget. 
» Quum siot ficosi pariter juvenesque senesque , 

Res mira est , ficos non habet unus ager. » 
( Idbu, Epigr. lib. vu , De familid ficosd. ) 

<K Indignas prçmeret peslis quum tabida fauces , 
» Inque ipsos vultus serperet atra lues *, 

» Siccis ipse gt^nis fientes horiatus amicos 

» Decrevit stygios Festus adiré lacus » 

(Idbu , iib. 4", De Feslo.) 

« Sed podice levi 

» CœduQtur tumid» , medico rideule , marîscœ. » 
( JuvÉNAL , salira ii , Hypocrilae* ) 

Le père Calmet, dans des notes accompagnant sa traduction de la 
Bible , croit avoT trouvé aussi des traces de la syphilis et dans Suétone 
( Hisîoria augusta \ et dans Apulée ( Ane d^or^ liv. x ), et dans Valère- 
fifaxime (hv. m, chap. v, ayant pour titre : Qui a parentibus clarté 
degenerarunt), et dans Ausone (Epig. intitulée : Subscriptum picturae 
Crispae, muluris impudicae) , mais ces auteurs, que nous avons consuU 
tés aux passages indiqués par Calmet , ne nous ont pas paru confirmer, 
d*une manière satisfaisante, l'opinion de ce dernier. 

Les auteurs ecclésiastiques ofl'rent également des traces de la mala- 
die dont nous nous occupons. Ainsi , Lactance, sur la mort de Tempe- 
renr Galèrios ; — Sozomène, sur celle de Julien , oncle de Tempereur 
du môme nom , gouverneur de l'Egypte ; — Philoslorge (4), sur celle 
d'Âëoe, évêque de Palestine. Ces difiérens personnages, comme nous 
l'avons dit précédemment , pag. 145 , paraissent avoir succombé à des 
dépôts urineux. Qu'il nous suffise de citer, à Tappuî de cette assertion, 
les paroles de Lactance sur le début de la maladie de Galérius : 
« Ulcus malum in ioferiori parte genitaliom. » 

( De moriibus persecutorum , cap. xxxiu. ) 

Ajoutons que les dépôts urineux sont souvent la conséquence de 
rétricissemens deTuréthre, d'origine syphilitique. 

(1 ) Il y eut UD niédecin de ce même non qui vi?ait soos le règne de Valen- 
tlDieoetde Valens, et dont un fils , i^ous le nom de Possidonius, parvint à une 
grande célébrité dans la profession de »on père. 



— «40 — 

Il est aussi question, dans Philostorge, d'une femme qui portait , sur 
sa personne, ta preuve dé sa débauche (h). C'est cetif$ môuie fommc 
qui, selon Philostorge, ce que contredit Photius, aurait été gagnée , à 
prix d'argent , par Aihanase, évéque d'Alexandrie, pour déposer contre 
Eusébe , président d*un concile assemblé à Tyr. et devant lequel il 
devait comparaître. 

( Abrégé de IHistoire de l'église de Philostorge , par Photius , 
patriarche de Conslantinople , liv. 2. ) 

Mais la syphilis remonte i une époque bien plus reculée encore que 
celle où vivaient les auteurs que nous venons de citer. Et, en effet , 
ne nous faut-il pas la reconnaître dans plusieurs passages de nos Ecri- 
tutres saintes, notamment dans les suivans : 

« 2. PrsBcipe filiis Israël , ut ejiciant de castris omnem leprosum , et 
» qui semioefluit (2), pollutusque est super mortuo. « 

( NuMsai, cap. v. ) 

t 2. Loqnimini filiis Israël , et dicite eîs : Vir, qui patitur fluxum 
» seminis , immundis erit. » 

a 3. Et tune judicabitur huic vitio subjacere , cùm per singula rco- 
B menta adhaeserlt carni ejus, atque concreverit fœdus humor. » 

« 43. Si sanatus fuerit qui hujusce modi sustinetpassionem, numc-. 
» rabit septem dies post emundationem sui. . ...» 

a 32. Ista est lex ejus , qui patitur iluxum seminis , et qui polluilur 
» coïtu. • 

(Lbvitici , cap. xv. ) 

« 11. Ossa ejus implebuntur vitiis adolescenti» ejus , et cum eo in 
» pulvere dormient. o 

(Job, cap. xx. ) 

« 17. Nocte os meum perforatur doloribus , et qui me comedunt(3), 
» non dormiunt. » 

. « 18. In muUitudine eorom consumitur vestimenlum meu m, et quas 
» capitio tunicœ succinxerunt me. » 

( Idem , cap. xxx . ) 

« 3. Et qui se jungit fornicariis, erit nequam : putredôet vern\es hc- 
» reditabunt illum , et extolletur in exemplum niajus , et tolleturdc 
» numéro anima ejus. » 

( ECCLESIASTICUS , Cap. XIX. ) 



(1) Le texte latin nous manque. 

(2) Nous pensons qu*il faut voir ici , non le liquide séminal , mais bien uu 
produit muqtieux du canal. 

(3) On peut voir ici ces douleurs ostéocopes qui , dans la syphilis devenue 
générale, ôtcnt tout sommeil au malade , et constituent son plus grand tour- 
ment. 



- Ml — 

Sans doute , l'existence do U syphilis , dans le nord de l'Afrique, d« 
remonte pas i une époque m«>iiis recalée que dans \eê entrée partiei 
de rancifn continent ; il nous sufOra d'établtr qu'elle y a été signalée 
par Procope , qui vivait» comme noas l'^vone déjà vu, vers le milieu 
du ¥!• siècle. 

« Huâéric ^ dit l¥ocepe, arracha la langue à quelques-uns que j'ai 
» vus depuis, à Constanlinople, avec le parfait usage de la parole; it 
» y en eut sealéodeiii deux qui la perdirent , pour avoir commis , avec 
» des femmes débauchées, un péché contraire à la chasteté (t). » 

( De la guerre contre les Vandales , t» U , ch:*p. viii , 
traduction de Cousin, p. tsf 9. ) 

Ce même fait , qui se passait sons .lustinlen ( vers Tan 53t de notre 
ère ), est reprodnii par Evagre, dans son Histoire de V Eglise i liv. iv, 
chap. XIV ), et il en est question aussi dans une constitution oe Justi- 
nien. 

Celse , le célèbre chirurgien romain, parle de la syphilis , et il traite 
desdifférens accidens qui la constituent. 

(Medicina, lib. Vf, If h. vi , cap. xvHi , intitulé : De obseenarum 
partium vities. ) 

Ajoutons qu'on médecin aUeman<l 4 M. Roseubaum, cité par Littré 
(traduction des Œuvres d'Hippocrale), a cru retrouver la syphilis 
tout entière dans la Constitution épidémique du m* livre du père de 
la médecine . 

( Die Lustseuche im AHerthume. — Halle, 4S39 ) 

Cette opinion do Bosenbaum est contestable, mais ce qui ne sanraît 
réire , c'est ce que dit Hippocrate des teberctiles qui se fornieiit dans 
rurèthVe, et dans lesquels on ne saurait méconnaître Turéthrile. 

ff Ceux chez qui il se forme des tubercules dans Turèthre, obtiennent 
» du soulagement quand ces tubercules passent à la supptirailon et 
• se rompeut. » 

Gai ieo, dans soa commentaire sur cet aphorisme, fait remarquer 
que la rupture des tubercules guérit l'ischurie ( difficulté d'uriuer) 
que les tubercules avaient produite. * 

10» Des mal€^di€9 cnâéma'-épiâémiqu''s, 

Léon en parte à roceasioâ ées pluies qui, quelquefois, toaibent pen- 
dant les chaleurs de Tété, dont il fixe la un au 6 août. Nous liaissdns 
parler notre voyageor. 

« L*étédure, dit Léon, jusqu'au sixième d'août, durant lequel il 
f> fait de grandes et extrêmes chaleurs, spécialement aux mois de juin 
» et juillet , pendant lesquels il fait toirjourg beau ; mais si , d'aventure, 



(t) Dans ce» derniers temps, un bfcliilc cbirur^i^n , U, Maisoimruve , a pré*, 
sente, àrAcadiîoiie impériale de Midecîne, un malade à qui il avait coupé une 
(grande partie de la langue, et qui n*eii avait pas moins conservé l'usage de la 
l>arule. 

( Gazette médicale de Parts , année 1853, p. 686. ) 

3t 



— U2 — 

» il vient k pleuvoir par le mois de juillet ou d'août» kg eaui engen- 
» drent uoe très-grande corruption d'air, tant que plusieurs en tombent 
» malades avec une fièvre continue, dont Ton en volt peu réchapper. » 

Marmo), qui , sur ce même sujet , a encore copié Léon, san& le citer, 
dit : 

a Les pluies de juillet et d'août causent plusieurs maladies et, parti. 
» colièrement , des fièvres pe^tilenlselles. » 

(Op.cit.j liv. 4»', chap. 8, p. 14. ) 

Les maladies dont il est ici question sont bien nos maladies ou fiè- 
vres enJémo-épidémiques , dont nous avons déjà parlé plusieurs fois. 
Remarquons que ces maladies, qu*on considère comme principalement 
dues aux ém<ina tiens marécageuses , se font pourtant sentir en des 
contrées tout-à- fait exemples de points marécageux. Toutefois, presque 
partout, dans le uord de l'Afrique, principalement sur les hauts pla- 
teaux , on observe , en été, quelque chose du phénomène dont parle 
Marmol , dans sa description du pays des Gélophes (entre le Sénégal 
el la Gaiûbie), pays où il a pénétré, à la suite d'un chef arabe. 

« La terre, dit M;>rmol , y est grasse et fertile, particulièrement celle 
» que les fleuves arrosent par leur débordement; mais le soleil , dans 
» Télé, y fait de si grandes crevasses, qu'un cheval y entrerait tout 
» entier. » 

( Op, ct7., cap. xviii , intitulé : des Gélophes, ) 

Les parois des crevasses dont il est ici question , et on le concevra 
sans peine, sont toujours humides, et leur fond eht toujours aussi le 
dépôt d'insectes et de détriius végétaux en décomposition , d'où résulte 
qu'il doilsVu échapper des émanations fort analogues à celles des plages 
marécageuses, comme nous l'avons déjà fait remarquer ailleurs (1*. 
C'est, du reste , la S3ale explication plausible à donner aux mala iies 
pyrexiques qui , dans le nord de l'Afrique, se font sentir, en été , dans 
des contrées où, selon toute probabilité, ne peuvent arriver les effluves 
des plages marécageuses. 

h \* Delà peste (et c'est bien de la peste orientale qu'il est question ici ). 

« La pesie se jette coutumièremenl sur la Barbarie au bout de dix , 
9 quinze et vingt-cinq ans ; mais , quand on la sent venir, beaucoup 
» de personnes abandonnent le pays, pour autant qu'on ne fait aucun 
» remède pour la fuir et s'en garder, sinon qu'avec certains oignements 
9 et terre d'Arménie, dont tis oignent l'aposthume tout autour. 

» Les Numides ne savotent ce que c'était , sinon depuis cent ans en 
» ça, mais la Terre-Noire en est totalement exempte (S). » 
(Op. cit. y t. f, liv. 1", p. 402.) 

(1) Relation médicale de Vexpédition des PorteS'de-Fer, en 1839, etc. — 
Paris, 1840 

(2) S'il en est ain^i , comme c*est vraisemblable , la pesfe , sans doute , ne 
s*éreint pas brusquement , mais insensiblement , au fur et à mesure qu'elle 
s'avance vers la Terre-Moire 00 , pour mieux dire , les régions équatoiialea. 
C'est UD<; étude h faire , et dont l'occasion pourra être fournie dans Tayenir, 
avec rextcDsion , dans le sud , de la civiUsadon européenne 



— 243 — 

Celle malaJie parailrail n\ivoir pas ré|;oé en Afrique iicndaul le sé- 
jour qu'y fit Léon , car il n'en mentionne rextstence dans aucun des 
lieux qu'il y a parcourus. 

iV Des hernies. « En D^rbarie, dit Léon, bien peu se 8enl<3nt grevés 
» de ce mal qui est, par. les Latins , appelé hernia , mais , en Egypte , 
» plusieurs s*en trouvent vexés. » 

Est-ce des hernies ou de U hernie en général que Léon veut parler 
ici? Dans Taffiraiative, nous ne voyons pas de raisons pour une Tré- 
quence plus grande de cette maladie en Egypte que dans le nord 
de l'Ârrique, mais une hernie dont la fréquence aurait pu frapper Léon, 
dans ces deux contrées « c'est la hernie ombilicale chez les enfans , ce 
qui lient aux efforts produits par leurs pleurs incsssans , pleurs qui , 
chez les Indigènes , préoccupent beaucoup moins les mères que chez 
nous. 

La même maladie, et pour la même cause, est également commune 
chez les négrillons de noâ colonies d'Amérique et de llnde , comme aussi 
chez les enfansde toutes les peuplades sauvages. Ajoutons qu'eu géné- 
ral, elle disparaît insensiblement , ets^ins remploi d'aucun secours, au 
fur et à mesure que l'enfant approche de Tâge de la puberté. 

Mais dd quelle maladie veut donc parler Léon , par celte toux que 
ceux d 'un ^ compf<;d;2'on ^anputne contractaient pour trop souvent se seoir 
en terre? Ne faudrait-il pas y voit notre catarrhe épidemique, auquel 
tant de noms divers ont été donnés , selon les contrées où il a régné? 
Voici , du reste , tout ce qu'en dit Léon : 

a Ceux qui sont de complexion sanguine , pour trop souvent se seoir 
9 en terre, prennent une toux qui leur apporte un grand ennui et 
» fâcherie ; au ÉDoyen de quoi , les g^'ns prennent un singulier plaisir 
» de s'assembler le vendredi ( le même jour qu'ils se transportent dans 
» leurs temples, par milliers, pour ouKr le prêche] , lorsque le prêtre 
» est fort affectionné à p»>ursuivre8a matière encommencée, pour avoir 
» le passe-temps de ceux qui ont cette loux ; car, s'il advient que queU 
» qu'un prenne envie de tousser, il est par un aulre secondé , que le 
» tiers ensuit, puis le quart, et ainsi conséquemrn^nt à la file, tant 
» que toute l'assemblée se met à tousser comme si c'étoit à l'envi, de 
» sorte qu'on ne cesse jusqu'à ce que la prédication soit parachevée, 
» et s'en va-t-oo du temple aussi bien instruit comme quand l'on y 
» entra. » 

{Op. cit. , liv. 4", p. 100. ) 

Du reste, le catarrhe épidémique se montra fréquemment en Europe 
dans le cours du xvr siècle (<) , et il est permis de supposer qu'une 
maladie qui , lorsqu'elle apparaît, règne sur un si grand nombre de 
points à la fois (2), n'aura pas épargné l'Afrique du nord, dans les in- 
vasions dont nous parlons. Toujours est-il qu'elle y régnait en 1,580 , 
diaprés Cesare Campana, dans son Jstoria del Mvndo. Bella Gotta en 
parle ainsi d'après lui : 

(i) En 1,510 ( sous Louis Xll ), 1,515, f,543, 1,557 (fut très-^r^péraleX 1,563, 
1,574, 1,578, I,580(au8slcn Asie et en Afrique), 1,590, 1,591 et 1,597. 

(2) Oir Ta vue régner, en môme temps , en Cfirope et en Am6ique. 



— «44 — 

« Eli 1,580, loule l'Europe, TAsio ol TAfrique cprouvôrenl uie ma- 
» ladie si grave, quo si elle eiSt eu un peu plus de force, elle aurait fait 
» mourir plus de monie que la pesle elle-môme. » 

La première épidémie ou p.indém'e calarrhale mentionnée par les 
historrens rte remonte qu'au xui* siècU ; elle appanU au mois d'août 
1,239. et l'historique s* m trouve dansJa Chroniqu^e des frèr99 minimes j 

Son nom, parmi les historiens , a varié à Tiofini ; elle en a changé ^ 
pour ainsi dire, à chaque nouvelle apparition : rdpf»elons<^ea quelques- 
una : 

Baraqueête , grippt , petits poste , pHit courrier, folUtte , iac , horion * 
coqueluche ( du bon n al «ppdlô coqueluchon ) . 

Chaque nouveau nom imposé, par les populaltond, %u catarrhe épi* 
dé«iiiqiie,s*esl presque toujours rattaché à quelque événenveut contem- 
porain. Ainsi, aux Antilles franc lises, il p>rta 80cce»aivemeot les 
noms de ccfcarde, de vapear et de (/tra/f^, p.irce qu'elle y coïncida succès* 
sivemoDt : 4* avec la prise delà cocarde tricolore, dans notre premiôre 
révolntion ; V avec la nouvelle qu'on y reçut de la mise en marche de 
notre premier bateau à vapeur ; 3* avec la nouvelle qu'on y reçut encore, 
plus tttrd, de rarr.vée ^ Pans, de la girafTe envoyée par le vîee-roi 
d'Egypte. 

Après avoir parlé des miladies des Africains, Léon parle de leur olf* 
mat et de leur longévité, sujets qu'il traite dans deux chapitres , «ous 
les litres suivans : JUufations de l'air naturelles en Afrique ; — Qualités 
des âges. Pour pouvoir suivre Léon sur ce nouveau terrain, il impose 
d'mdiquer ses quatre divisions de TAfriipie, qui sont : la Barbarie , la 
Numidie , la Libye et la Terre-Noirtt. 

i* De la Barbc^rie. -* Elle s'étend de l'est à rouest, dn mont Meîeâf 
( formant la pointe orientale delà chaîne de l'Atlas , près Alexandrie ) 
a l'Océan, et, du nord au sud, de la Méiiterranée au revers septen- 
trional de la chaîne de l'Atlas. 

« Cette partie de l'Afrique , dit Lcon , est estimée la plus noble , et 
» en laquelle aont situées les villes et cités das blancs , qui goaver-r 
» nent et régissent par police de loi et ordre de raison. » 

2* De la Vumidie. — La Nuotidie (appelée par les Latins Numidia. 

et, par les Aîriwns, Beled -> el - djèrid , dit Léon) s'étend de Testa' 

l'ouest, de la cité d'Eloacat ( 400 milles à l'ouest de l'Egypte ) . à Nun , 

feur l'Océan, et, du nord au sud , du revers méridional de la chaîne r'e 

- J 'Atlas aux sables de la Libye. 

3* De 2a Libye, — La Libye ( que les Latins appeilCLt Lilyay et les 
AfricaiBP, Satra, c'tsl-à*dire Désert , dit Léon ), s'étend de Test à 
l'ouest, des coofios d'Eloacat ( à Pouest du Nil ) à TOcéan, et, du nord 
au sud, de la Komidie ou Pays des dattes à la Terre des nègres* 

!• De ta Terre-Noire. — La Terre-Noire ou Négritie s'étend de Test 
à Pouest , du royaume de ûoa à Oualata, et , du nord au sud, de la 
Libye ou Sahara à la Mer océane , « qui sont, à nous , dit Léon , lieux 
f Inconnus » ... 



— 94» — 

DU GLlHAt DB LA BiRBAnM. 

• La moilié d'octobre o*est pas plutôt passée, dit L^od, que les pluies 

• et froidures commencent à Tenir q<iasi par foulé ia Barbarie ; et^ 
» environ te mots de décembre et janvier, le froid y est plus véhément 
s (comme il advient aussi aiHt autres lieux ) , mais le matin seule* 
» ment, de sorte que personne n'a besoin de s'approcher du feu pour 
» se chauffer. En mars , il s'élève des vents terribles et si impétueux ^ 
» du côié du ponant et tramontane, qu'ils t'ont boutonner les arbres et 
» avancer les fruits de la terre, lesquels, en avril , prennent leur for^ 
» me naturelle , tant qu'aux plaioes de Uauritaute , au commence- 
» ment de mai, et encore à la fin d'avril , on commence à mander des 
» cerises nouvelles; et , ainsi qu'on est dans le mois de mai , environ 
> trois semaines, on se uiei à cueillir dds figues, qui sont mûres comme 
9 si c'étoitau cœur de l'éié ; et . trois semaines dedans juin, les raisins 
» commencent à taveler et devenir mûres , de sorte qu'on en y aianga 
» dès ce temps*là. Les pommes, poires , abricots et prunes mûrissent 
» entre juin et juillet. Les figues de Tautomne deviennent mûres au 
» muis d*août, semblablemeot les jujubes ; puis, au mois de septem- 
» bre, vient l'abondance des figaes et pèches. 

» Passé la mi-août , ils s'adonnent à fjire sécher les raisins, les met< 
» tant au soleil ; et, si d'aventure, il pleut en septembre , de ce qui 
» leur est resté de raisio , ils font des vins et moost cuit , prinçipale- 
» ment en la province de Rif. . . . . A ml -mois d'octobre, les habitants 
» de ce pays cueillent les pommes » les grenades et les coings ; puis, 
» venant le mo^s de ooveaibre, les olives, non pas avec l'échelle comme 

» c'est la coutume en Europe fin toutes les saisons , termes et 

» qualités de l'an, cou tu mièremeni les trois mois de la primeur sont tem- 
» pcrés, et'commence la primeur le quatrièYne de fé\rier, puis finit le 
» dix-huitlèa*e de mat , durant laquelle saison l'air se rend doux, le ciel 
» clair et serein ; mais , si le temps n'est pluvieux depuis le vingt-cin- 
j» quième d'avril jusqu'au cinquième de mal , la cueillette de Tannée 
» sera petite* L'eau qui tombe eu cette saison est appelée, par les habi* 
» taots , ncdgain^ laquelle Hs estiment béaite de Dieu , teltemeni que , 
» suivant celte opinion , plusieurs en gardent soigneusement dans deà 
» vases et fioles en leur maison , par une très-grande et singulière 
» dévotion. » 

9 L'été dure jusqu'au sixième jour d'août, durant lequel il fait d« 

• grandes et extrêmes chaleurs , spéctalement anx mois de juin et 
» juillet, pendant lesquels il fait toujours bean ; mais , si d'aventure , 
» il vient à pleuvoir par le mois de juillet ou d'août, le» eaux éngen- 
» drent une grande corruption d'air, tant que plusieurs en tomnent 
» malades avec une fièvre continue dont l'on en voK peu réchapper. 

9 La saison de l'automne, selon t'usage de ces peuples, entre au dix- 

» septième d'août , finissant au seizième de novembre , et sont ces 

» deux mois, à savoir août et septembre, moins chaleureux ; combien 

• que les jours qui sont entre le 5* d'août et le 15* de septembre , ont 
» été , par les anciens , appelés le four du temps , parce que le mois 
9 d'août fait venir en maturité les figues, grenades, pommes de 
» coing , et sèche les raisins . 

» Au ii^ de novembre , le temps d'hiver commence, et s'étend jus- 
» qu'au 44* de février. A reulrée de cette saison, Ton commence à 



» semer les lerres qui sont en la plaine, et celies qui sout eu la monta- 
» gne , à rentrée d'octobre. 

» Les Africains sont d'opinion qu'il y ait en Tan quarante jonrs fort 
« chaleureux, qui cûmaiencent au 42* de juin ; aussi , par le contraire, 
» ils trouvent, ppur chose certaine, qu'il y en ait autant de froids, en 
» toute extrémité, qui commencent au 1*2^ de décembre, et approuvent 
» aussi les équinoxes étant au 16* de mars et décembre. Ils croient 
» encore que le soleil reloamç au 46* de juin et décembre ' o 

Après bien des détails que nous supprimons^ Léon parle d'un ou- 
vrage sur Tagricnhure que possédaient les Africain;: , et qu'ils appe- 
laient le Trésor de ragricuUure, Cei ouvrage, qui' se composait de trois 
partieUf avait, été traduit du latin en leur langue, à Cordoue, du temps 
que Uansor régnait à Grenade. Léon, revenant à son sujet, continue 
ainsi : 

« Faut encore noter qu'à la fin d'automne, et le long de l'hiver, et 
» .partie de la primeur, surviennent des tempêtes émouvant de terri - 
» blés grêles, foudres et éclairs, et se trouvent bdauooup de lieux où la 
» neige se trouve bien épaisse , et là sont fort dommangeables trois 
» vents : siloch, midi et levant; memement au mois de mai , parce 
» qu'ils gâtent et consomment tous les grains, empêchant iceux dé 
» r<>cevoir leur nourriture de la terre, et les fruits de venir en leur 
» parfaite maturité. Outre ce , les brouillards sont fort contraires aux 
» grains , memement ceux qui tombent quand ils vienent en fleur, 
» car, le plus souvent, ils dorent tout le long de la journée. 

» Au mont Atlas, l'an n'est que de deux saisons, à cause que, depuis 
» octobre jusqu'en avril, ce n'est qu'hiver, et, d'avril jusqu'en 
» septembre, été ; mais, à la sommité de cette montagne , les neiges y 
» sont continuelles. » 

DU CUVAT DB LA KOMIDIE. 

« En Numidie, le coors des saisons est pkis soudain qu'en autres lieux, 
» parce que leà grams sa cueillent en ijàai , et les dattes en octobre. 

» Depois la moitié de septembre jnsqu'en janvier, est la plus grande 
» froideur de l'année. S'il tombe de la pluie en septembre, tous les 
» dattiers, on la plus grande partie, se gâtent , au moyen de quoi il s'en 
9 fait on bien pauvre et maigre cueiUette. 

» Toutes les terresde Numtdie veulent être arrosées pour la semence, 
» dont il advient que , ne tombant point de pluie au mont Atlas, tous 
» les fleuves de la région demeurent quasi à sec, de sorte que le terri- 
9 toire d'iceux ne peut être arrosé ; et , avenant encore que le mois 
» d'octobre Le soit pluvieux , alors on rejette toute espérance de pou- 
» Toir jeter le grain en terre. Semblablement , que l'eau vienne à 
» manquer au mois d*aTril , on ne saurait recueillir ï>ucun grain en la 
» campagne, mais on fait très-bonne cueillette de dattes, ce qu'advient 
» mieux anx Numides que non pas avoir des grains en abondance » 

DU CLIMAT DB LA LIBYE. 

s 

« Outre plus, si le temps se change à la mi-août , aux déserts de la 
» Libye, et que les pluies ne cessent qu'au mois de novembre, et, au 
9 semblable, pour tout décembre , janvier et quelque peu de février. 



— «47 -^ 

» elles causent une grande aboodaoce d'herbes , d'où provient qu'on 
» D*a faute de lait, et trouve-t-oo plusieurs lacs eo Libye, à cause de 
]» quoi les marchands de la Barbarie se traosporteot ep la Terre-Noire , 
» U où les saisons sont un peu plus avancées* . . . . » 

DO CLIMAT DB LA TBRRB-NOIEK OU NÉGBIT». 

Léon , après avoir dit qu'eo la Terre-Noire, les saisons sont plus 
avancées qu'en Libye, continue ainsi : 

« Et commence à y pleuvoir à la fin de juin , mais c'est si peu que 
•» rien, ayant, toutefois , la pluie telle propriété en ta Terre-Noire, 
19 qu^^lle ne nuit ni aide en rien , parce que les eaux du Niger sont 
» suffisantes à arroser le territoire, lesquelles, débordant, engraissent 
» et rendent fertiles toutes les campagnes , non autrement que fait le 
» Nil en Egypte. Il est vrai que quelaues lieux de ce pays-là ont be- 
» soin de ploie, et croit le Niger en même temps que le Nrl se déborde, 
» qui est au 15* de juin ; il s^enfle et se fait gros par quarante jours , 
» et demeure autant à retourner en son entier; et , quand il se déborde, 
» on pourrait facilement aller par toute la Terre des Noirs avec une 
» barque » 

QUALITÉS DES AGES OU LONGÉVITÉ DES AFRICAINS. 

Habitans de la Barbarie, — Léon fixe à 70 ans « le plus haut âge 
» que puissent alleindre les habitants de toutes les cités et lieux de 
» Barbarie , » ajoutant qu'il s'en trouve bien peu qui dépassent cet 
âge. Il dit pourtant que, dans les montagnes de ce pays , se trouvent 
des individus âgés de cent ans et plus ; « que tels personnages sont 
» encore fort gaillards et de robuste vieillesse ; qu'il y a vu des vietlllards 
» de 80 ans labourer et cultiver la terre, fossoyer aux vignes et faire, 
9 d'une promptitude et dextérité incroyables, tout ce qui était Déces- 
» saire. » L'auteur ajoute : « Et qui, plus est, je me sui<( trouvé au^ 
» mont Atlas ( dans le Haroc ) avec aucuns personnages âgés de 80 ans, 
» venir au combat , et s'éprouver contre de jeunes hommes forts et 
» puissants, des quels ils se savoient merveilleoëemenl bien défendre, 
» dont la plus grande partie desdils vieillards fatsoil quitter la place à 
» l'ennemi, obtenant bravement la vicloire de loi. » 

{ Op. eU. , liv. <•', p. 97. ) 

Léon , dans sa description d'une montagne connue sous le nom de 
Secciva , dans le Maroc , parle, à peu prés dans les mêmes termes, de 
ses habitans. « Et sont gens , dit Léon , qui vivent longuement , par- 
• venant jusqu'à l'âge de quatre-vingts et de cent ans, avec une vieil- 
9 lesse robuste, et totalement délivrés de mille et mille incommodités 
» qui accompagnent les anciens ; et, jusqu'à tant que la mort les vienne 
» surprendre, ils ne cessent de suivre les troupeaux , sans jamais voir 
» passer ni avoir la connaissance de personpe que ce soit » 

Peyssonnel, oui visitait le uord da l'Afrique prés de deux cent% ans 
ap'^ésLéoo ( 4,124- l;7i5], parle d'un voiturin qui avait cent huit ans, 
et qui était encore fort ingambe. Cet homme, qui raccompagnait 
comme il allait de Porlo-Farina à Bizerte , avait avec lui un de ses 



pétits Als, âgé de soixaoie-dix ans» et no dd ses propres enfans , qwt 
n'en avait que huit. Il avait éfoiwé, sucoessivemeni, viogt-qiiatre 
remoBes. Peyuoooel lui ayant demandé eoinbieu il en araiteu d'enfans^ 
il porta la main i sa barbe pour tonte réponse , Toulaut exprimer par 
là qu'il n^eo savait pas le nombre. 

(Op. eti. , p. 239 ) 

Habitans de la Numidie. — « En Numidie , dit Léon, au (erriioire 
» des dattes, les habitants sont de longue vie, mais les dents leur 
» tombent bientôt, et onl la vue courte, ce qui provient d*un vent 
» soufflant du levant et qui les moleste fort, à cause q^il enlève tant 
» d'arène ( sable ) en haut, que la poussière leur v>ént à entrer aux 
A yeux le plus souvent, et leur gjite la vue ; et le trop continuel. mân* 
» ger de dattes est cause que les dents ne leur demeurent long temps 
» dans la bouche («). d 

L^ Numidie de Léon sont les oasis 'd*aujourd*hui ; il en est de très- 
marécageuses, telle que « par exemple, celle de M'Iili , voisine de celle 
de Biscara. Or, dans ces oasis , les habitans sont plus ou moivs souf- 
freteux et perdent les dents de bonne heure, mais il n'en e^ pas de 
même des habitans des oasis placées dans de meilleures cqnditJOB^ , 
bien que , par suite de la culture du palmier, elles soient toutes plus 
ou moins humides. 

L'action ftoheuseqne fes dattes exerceraient sur les dents, selon Léon^ 
pourrait avoir quelque fondement, puisque nous gavons que les corps 
su<^és, en général , ne leor sont pas favorables. Toutefois, remarquons 
aoe les habitans des hauts plateaux , qui font aussi un grand usage de 
(laites (qu'ils se procurent abondamtuent en échange de leUr blé,avec les; 
habttansdes oasis), sont tous remarquables par la beautéet la blancheur 
de leurs dent». Pour pivs de détails sttr l'habitant des oasis, au poiint 
de vue médieal et autres , nous ne saurions mieux faire que de renvoyer 
â|la relatioft du voyage qoe nous avotrs fait dans ces contrées, en 1847, 
et où nous treitons, assez tenguement , de tout ce qui se rattache 
à leurs habitans (î). 

HabUans de la Uhy^, — «Ceux de Libye, dit Léon, ne sont d'aussi 
» Umgii^ àuiée aoeles habiianta des autres régions , mais ifs se main- 
». tiennent §ail)ardemenl et sains jiMqa'à làge de 60 ans, Cfntorre quils 
9 soient maigres et de f^etii» corpulence, s 

Nous manquons d^élémens pour conlrôfer les assertions de Léon , 

en ce qui touche les habitans de sa Libye ou Sahara , qui nous sont 

eiu^ore si pea connus, état de choses qui chingera avec le temps , et 

les opéra^tipos aititalres deraièremeQt dirigées dans le sud , par M. le 

-— ^ » ; 

(f } Bea«ict)Hp d'habitans des oasis attribuent auAM aux jattes , roai« seule- 
«tnc aux 4*tti« frskiieb , une nialatKe éruptive particulière à ces contrées » 
•t qfA a ëfié observée , sur oiie grande échelle , dans la première (garnison 
française de Biscara, «b Ii844. Celte maladie, que noas avons rue sur les 
lieux, est coonuede nos médecins miKtaires sous le nom 4e h^nÊon 4e Bèseara. 
Nous aurons k v rereoir lorsque noos en acoona anx 4Îpidéii|ies «liferTées en 
Afrique depuis roccapation ft'aaçaise de TAJ^rie. 

(2) r4iy»gf d'Aigvt aux Zikan en 1847, etc. , bvcc Atlas, -^Algtr, 185Î, 
Ib-8«. 



— «<• — 

Gonveroenr- Général , comte Randoo , n*aiiroot pas pea contribué à 
amener ce résultat. 

Habitans de la Terre -Noire ou Négriiiê. — > • Les habitants de la 
» Terre-N(nre , dit Léon , sont de plus courte vie que ceux des autres 
» contrées, mais ils se maintiennent toujours robustes , sans être su- 
» jets aux douleurs de dents, é'ant fort enclins à luxure ; de quoi no 
» sont aussi exempts ceux de Libye et de NomiJie , ni ceux de Barba- 
» rie , qui sont ordinairement plus faibles. » 

Le développement de l'homme étant plus rapide dans les cKmals 
chauds que dans les climats froids , il en résulte que son exisleflce y 
doit être de moindre durée , et c'est ce que tout le monde sait. Nous 
n*en avons pas moin^ connu , à la Martinique , une négresse âgée de 
109 aàs ; elle était née dans T Afrique centrale , et avait encore toutes 
ses dents, tousses sens et toute son intelligence; seulement, depuis 
plnsie^urs années, elle était privée de Tusage de ses membres Inférieurs. 

Une étude sur la longévité des habitans du nord de l'Afrique seriit 
fort difficile à faire ; ils n*ont pas , comme on sait , d*état-civil , et le 
souvenir de leur naissance , lorsqu'il est conservé , ne Test que ratCa- 
ché, soit au régne d'un souveram, soit à quelqu'aulre événement eoo- 
temporain , qui sera , pour celui-ci , une guerre ou une peste, pour 
celui-là , un tremblement de terre ou une invasion de sauterelles, etc. 
Ainsi, tel vous dira être né un peu avant, ou pendant, ou peu après 
tel règne; un autre, un peu avant, ou pendant, ou peu après telle 
guerre, ou telle peste, ou tels autres ealamités ou évéoemens pubUos. 
En résumé, vouloir arriver à Tâge précis d'un Indigène,. c'est s'enga- 
ger, presque toujours, dans un dédale sans issue. ' 

Reportée sur les Romains qui habitèrent !e nord de l'Afrique, l'étude 
dont nous parlons pourrait être faite plus fructueusement, par l^çxamen 
des mooumeos tumulalres qu'ils y ont laissés. Daosie teiups, nous nous 
sommes livré à cet examen, au point de vue de la salubrité des lieux qui 
furent habités par les Romains del'Afgérie (4), et nous croyons devoir 
en reproduire ici le résultat , en y ajoutant celui d'un examen sembla- 
ble fait sur les monumens tumulaires romains de la régence de 
Tunis (2). Ce travail n'est qu'un relevé des âges inscrits sur les monu- 
mens, à partir de celui de soixante-dix ans. Ces monumens, malheu- 
reusement, sont en petit nombre, mais ils n'en ont pas moins 
quelque valeur, en ce sens qu'ils sont fournis par des localités dont 
bon nombre, en Algérie, sont habitées aujourd'hui par des popula- 
tions européennes. 



(1) De ta plus grande longévité des anciens Romains de r Algérie y d'après 
tes restes de leurs monumens tumulaires^ comme pouvant sen'ir à appré- 
cier la salubrité des lieux oà ils vivaient Communication à T Académie des 
sciences* dans sa séance du 26 octobre 1840. 

(2) Sans doule des monumens tumulaires romains doivent exister dans Ie« 
Btatsdc Tripoli et l'Empire de Maroc, mais, jusqu*à ce jour, aucuii de ces 
monumens n'est parvenu à notre connaissance. 

32 



— 2ft0 — 

HÉGBNCE DE TUNIS. 

A Bège ou BaJja, l'ancienne Vacca (4)* sur une pierre comprise ilar*5 
son mur d'enceinte, Peyssoonel a lu Tâge suivant : 

Lxxxii, avec les noms I* mâmnivs prisivivs. 

(Relation d'un voyagé sur les côtes de la Barbarie «fait par ordre 
du roi , en 4724 , p. 249. — Paris , 1838. ) 

A Ksarin, rancienne Scillium , scillitana Colonia (2), Sbaw a lu I âge 
suivant : 

Lxxx , sans nom , ta portion supérieure du monument qui suppor- 
tait te nom ayant disparu ; c'était celui d'un militaire qui avait servi 
dans neuf légions, et à qui de grandes récompenses avaient été décer- 
nées. Sa femme, qui reposait dans le même monument » se nommait 
Claudia Marcia Capitolina, et elle mourut à Tâgede lxv ans (3). 

(Shaw, Op. cit., t. 1", p. 263.) 

Dans la même localité, Ksarin, queShaw écrit Cassareen, ce voya- 
geur a encore lu, et M. Pellissier après lui , sur un magnifique et même 
mausolée , les âges snivans , qui étaient ceux de personnages d'une 
même famille : 

Gxii, a\cc le nom J. Flavius Sbgundus ; 

cv , avec celui de Flavia Urbana , femme du précédent ; 

Lxxxviii, âge d'une femme qualifiée d'tixor pia (4). 

(Shaw, Op. cit., p. Î62 ; — • E. Pellissier, Description de la 
régence de Tunis , p. 274. — Paris , 1853. ) 

(1) Yiltn de Faneiennc Bizacèac, i 16 lieues O. de Tunis, ctA 9 S. S. E- du 
Cap-Kègre. 

<2) Ville de Tancienne Bîzacènc, roinme la prdcddcntc, situ<^c sur une énù- 
nence , à 6 lieues O. S. 0. de Spuitla , au pied de laquelle serpente la riviènï 
Derb C'est cette même vdie qui paraît avoir fourni tant de martyrs, y^ide : 
Ruinait, Not, in Not, Africae ^ p. 275. 

(3) Le monument élevé à la mtîmoire de Claudia Marcia Capitolina et de 
son illustre mari, avait disparu de Ksaiin lors du |>assagc de M. Pellissier 
dans cette localité , il n'y a que peu de temps. 

(4) Le mausotée sur lequel se trouvent inscrits ces âges, est , sans contredit, 
l'un des plus remarquables monumcns qui existent aujourd'hui en Afrique. 
Il a été élevé, par Mareus Secnndus , à ses pèie et mère , J. Fiavius Secutt- 
dus et Flavia l/ràana,et à huit autres membres de sa famitlu , qui devait 
être très*opulente.' 

Au-dessous de Tinscription , h droite et à gauche de la porte du mausoîëe, 
sont deux poèntes, Tun de quatre-vingt-neuf vers lieiamètres, Tautrc de vingt 
vers élégiaques, où se trouve la description de ce monument. M. Pellissier nVi 
pu en copier que les deuf premiers vers , à cause de rapproche de la nuit , 
où il se trouvait alors, mais ils sont rapportés, tout entiers, par Sir Grenville- 
Templc , cet infatigable voyagenr dont nous avons eu le plaisir de Htire Li 
connaissance daus rexpédition ditigée sur Constantioe , en 18B7. 



— 251 — 

Provinm de Gonitantine. 

 fiône. l'ancienne Aphrodisium , sur une pierre aujourd'hui à Paris , 
au musée delà bibliothèque impériale, on lit : 
Lxxv, avec le nom Aprilia. 

A Philippeville , Vancienne Rusicada, noua avons lu, en 1838, les. 
âges suivans : 
cv, avec les noms Philippus Ctrbnaigus ; 
Lxxx , avec le nom Pompomus ; 
Lxxx , avec le nom Jdnia , 
Lxxx , avec le nom Vietia ; . 
Lxxv , avec le nom P^enius ; 
Lxxv y avec le nom Oppia ; 
LXXV , avec les noms Porica Agathembe ; 
Lxx , avec les noms Ganius Primbgbnius ; 
Lxx, avec le nom Joua. 

Près de Philippeville, roule de Gonstantinc, nous avons lu sur un 
cippe, au-dessous d'une tête d'homme, l'âge suivant : 
Lxxxxvi, avec le nom Puscus. 

A Bougie, l'ancienne Sûlda$, nous avons lu les âges soirans : 
Lxxxx , avec le nom Pbtronius ; 
LXXX , avec les noms G. Volumnius ; 
Lxxxiii , avec le nom Tbrentius ; 
Lxxxv, avec le nom P. Clodius. 

A Guelma, Tancienne Caîama (1), nous avons lu» dans notre expédi- 
tion dirigée sur Coostantine, en 4836, les âges suivans : 
LXXX , avec les noms Gae. Julius, et le môme âge répété sur la 

même pierre , avec le nom Gbbmana (^2] ; 
LXXXX ou Lxxxv ( H Y B incertitude sur te dernier chiffre } ; 
LXXV , avec le nom Foetunatos ; 
LXX, au-dessoQS d'une 6gure d'homme; 
LXX , avec d'autres , sur Ta môme pierre. 

(f ) Sîtaée à moitié chemin de Béoe â Goostantine , position ainsi détermindt; 
par St-Au|{ustin, dans une de ses lettres : 

c Inter Constantiiiam quippe, ubi tu es, et Hipponem, ubi ef{0 sum, Calama 
» util iUe (Grispinas) est , vicinior quidem nobis, sed tamen intcrposita est. » 
{In Peliiian, lib. il , cap. 99. ) 

(2) Ces deux âges sont riaos une ioscription en vers , ainsi terminée : 

Valeas viator lector maeis carminis, 

La pierre où clic se trouve est cuuiprisc dans le mur d'encciittc de la ville, 
prë« des jardin^. 



Parmi les ruines deMaouna , à une lieue de Guelma , sur une mon- 
tagne qui domine celle ville , et qui pourrai! être Tancienne Suthul 
(d'après sa position et le grand nombre d'inscriptions Ubyques qu'on y 
a trouvées) , nous avons lu, en 48^7, les deux âges sulvans : 
Lxxv, avec les noms Sbftima Uebana (son mari Q. Abmilivs 
FvNDANVs, dont répitaphe est sur la mâme, pierre, vécut 
Lxviiii ans ) ; 
Lxx , avec le nom Appius. 

A Medjez-Âmar , sur un cippe qui se trouvait dans la maison de 
commandement de notre caïd, nous avons lu , en 1847, TAge suivant : 
Lxxi , avec les noms L. Coavinus. 

A Anounah , très*prob1abl«meot FaneieDOii Tibilis , nous avoqs lu , 
dans notre expédition dingée sur Constantinc« çn 4836, lage suivant : 

Lxxxans, avec les noms Q. Bquatus. 

•\ 

Parmi les ruines de Krémissa ou Kramissa , au sud -est de Quelma , 
H. le docteur Colau a lu , en 4847, dans une expédition sur Tébcssa , 
les âges suivans : 

Gx , avec les noms L. Abmiuus ; 

cil , avec le nom Postuhius : 

Lxxxxv , avec les noms P. CALPURffius ; 

Lxxx , avec les noms M. Calpurnius ; 

xc , avec les noms de CeaTsis Postumia ( femme de Postumiw , 
ci-dessus mentionné ) ; 

Lxxxiii , avec les noms C. IIemius Satornius \ 

Lxxxi , avec le nom Suggbssus : . . 

Lxxv , avec les noms Pbtbonia Rogata ; 

Lxxv , avec un autre nom de femme ; 

Lxx , encore avec un nom de femme. 

Parmi les ruinesde M'daqrouch (4), également au sud-est de 
Guelma , M. le docteur Goiau a encore lu , Ma même époque , Tâge 
suivant : 
GV, avec les noms T. Cmudius. 

A Constantine , Tanoienne Cirta , après notre siège de cette ville , 
en 1837, nous avons lu les âges suivans : 
LXXXXV , avec les noms Cannrts SsvEaas (à fa batterie d'El-Kantara) ; 
Lxxxx I avec les noms C. Juliu» ( dans la voûte du mar^ibout de 
Sidi-Memnon (il), à Textérteur). 



(i) Madaura ? patrie d'Apulée, où St*Augostia fit ses études. 

(2) Par suite d*ébou1eiiiens provenant du rocher sur lequel 8*éléTe Constan- 
tine , ce marabout a disparu , et la source qui existait dans son ialérieur, a été 
prrccf le sol un peu plus loin. C'est une source thermale. 



— a$9 — 

Parmi les riiioes do Khroney ( déûlé). situées à cinq. lieues ouest de 
Goosiantine , sur les bords du Ruminel (i), ou lit Tâ^e suivant : 

Lxxviiy avec les noms M. Sittius. 

A MiUh , rancienuQ Mileu , nous avons lu , dans notre expédition 
dirigée sur les Portes-ae-Fer, en 1839 : 

XG , avec le nom Janvabius. 

A Sélîf , Pancienne Colonia êUifensis , nous av<Mi8 lu , en 18^9, 
lors de notre expédition dirigée sur tes Portes-da-P^r, les âges suivans : 

Lxxxxii, ou Lxxxxvi, avoc les noms Q. Var. Pusgcs; 

xc , avec le nom VALsaiA ; 

Lxxx ,' avec les noms P. Nbltus VicTicmtirus ( mert en Pan clxx de 

la province ) ; 
Lxxvii , avec les noms Bassilius Satdbninus ; 
Lxxiii , avec les noms Novius C. Dianus ; 
Lxxiii , avec un autre nom dhomme ; 
Lxxiy avec le nom Valbria ; 
Lxx , avec les noms C. Julius Jànvariub 
Lxx , avec les noms Avidia Rogata ; 
LXX, avec les noms Cic. Pria Donata ; 
LXX , avec les noms II. Ulpics ; . 

Lxi^ , avec le nom Antonics ; 
LXX, avec le nom Domitia. 

Parmi des ruines situées à douze lieues sud-est de Gonstantine , pré^ 
de DjebeUeUGuérioun, et de la voie romaine de Cirta à Lambasa (î)y 
on lisait, en 4838, Page suivant : 

Cl, avec les noms de C. Julius Maxihos. 

A notre passage sur les ruines de Lambasa ^ en 4847 , nous avons 
tu , mes compagnons de voyage et moi (3), les âges suivans : 

ex , avec le nom Valbria ^ 

Lxxii , avec les noms Valbria Tbbgula ; 

LXX| avec les noms Vetubia Pbogilla {sur nn monument élevé 

â sa mère par Cornélius Flaccus , soldat do la m* Légion 

Auguste). 



(1) Dans une position fort semblable à celle de<2oDstantine , car elles sont, 
comme celles de Pantiqae Cirta, sur un rocher presque partout à pic , et dont 
la base est également parcourue par nn eours d'eau , <iui est aussi le même 
qoe celui qui parcourl eelle du rocker de Constaotiiie , le Ruminel» VAmp- 
saga d'autrefois. 

(2) On soupçonne que ces ruines sont Celles de Biduxis, ou de Visalia 

(3) MM; les docteurs Lorent et Rouet , à ciuî W nous est bien agrdable de 
donner une nouvelle preuve de souveuir en rappelant ici leurs noms. 



^ 254 — 

Au pont d'EUK^Dlara, sur un tombeau provenant du village de ce 
inémenooi (i), nousavonslu, M. Lorentei moi, en 1817, l^âge suivant : 
Lxxx, avec les noms J. Uaei/nosTiibmaesa. 

La femme de /. Uarianua Themarsa , Herennia Ruffilla , poussa sa 
carrière jusqu*à l'âge de lx ans, ainsi qu'il résulte d^un monument en 
tout semblable à celui de son mari , et qui , également , a été transporfé 
du village d*El-Kanlara au pont de ce môme nom. 

Province d'Alger. 

Parmi les ruines du cap Malifbux , l'ancienne Rusgunia Coïonia , on 
lisait, il y a quelques années» Tâge suivant : 

Lxxiv, avec les noms Publics Atilics Atininos, qui étaient 

ceux d'un édito dé8tgné( Aedilis designatus) mort en Tan cLxiii de la 

province , 130 de notre ère. 

(Hase, membre de rtnstttut — Rapport sur quelques inscriptiGns 

latines récemment découvertes dans l'ancienne régence d^ Alger. 

— Paris ; 1837. ) 

A Chercbell , l'ancienne Julid Caesarea, à notre prise de cette ville, 
en 1840, nous avons lu Tâge suivant : 
An. lxxx, u. m, d.xii , avec les noms Tullia Iugsns. 

A Sour-el'Ghozlan, Tancienne Auzia^ d'après un relevé des diffé- 
rens âges lu? sur ses monumens tumulaires , peu après la prise de 
possession de cette ville, cinq individus y moururent de Tâge de 70 à 
72 ans ; cinq autres , de 80 à 85 ans ; deux de 9o à 91 ans , et une 
femme y atteignit Tâge de t iO ans. 

(Akhbar du 44 juin 4846, n* 741.) 

Depuis , un médecin de Tarmée, M. Marleool de Gordoux, a lu , dans 
la même localité, Tâge suivant : 

GUI , avec les noms Mammia Siddia. 

Provlaoe d'Oran. 

A Tiemcen (2), lors de notre pri e de possession de cette ville , 
en 4836> on lisait les âges suivans : 
Lxxxv , avec les noms L. Marius Namphanids ; 
lxxxv , avec les noms Abua EaiBaiTA ( morte en Tan ccccxxx de 
la province ) ; 

(1) Tire Kon nom du pont , comme ce nom même l'indique. C'est le premier 
villa^ des Ziban, »îtaé au milieu d'une des plus belles oasis de cette contrée. 
Là , et danâ les environs , sont des ruines romaines norobreu^es , et on pourrait 
y Toir, pour les raisons que nous en avons données ailleurs , la station Calceus 
Herculi de la table de Peutinger. ( Vaytige d'Alger aux Ziban, p. 151, ) 



(2) Sur des pierres encore sur place, ou conipri 
iudig(>nes. 



ises dans des construclious 



— M5 — 

Lxxx (I), avec les nom? Jouus Fftoamuâ ( mori en l'an dx! de 

la province ) ; 
Lxx (2), avec les noms Jclius Jadir ( mari en Van dxv de l.i 

province), 
LXX , avec le nom Romancs ; 
LXX , avec \es noms* Valcria Saado. 

Parmi des ruines situées à h^iii lieues suJ de Mascara, sur TOued 
Beoiam , M. le docteur Larue-Dubary a lu , il y a q'iolqiles années , 
rage suivant : 

LXX , avec un nom illisible. 

A Tiaret , l'ancienne Gadanum Castra ^ M. le doelcor Lusnardi a In , 
en 1844 , les âges suivant : 
Lxxxix , avec le nom Tarquinia Silvius ; 

LXX , avec on nom de fem^ne (morte en l'an ccccxxxix de la pro- 
vince, le m* jour des kal. d'avril ). 

Parmi le.< ruines d*Ad Rubras^ connues dos Indigènes sous le nom 
ô'Hadjar-Rcfum (3), M. le docteur Aussenac a lu, en 181i, les â;j;os 
suivans : 

Lxxxv , avec le nom Martu ; 

LXXX , avec un autre nom de fe.T.me ; 

LXXX , avec les noms L. Crep. Segundinos ( mort en Tan cclxxxiii de 
. la province ) ; 

LXXX, avec un nom de femme (morte en Tan cccli de la pro- 
vince ) ; 

lxxv, avec un autre no;Q de femme, Popilla. 

Comme on a dû le remarquer, neuf centenaires figurent sur le relevé 
que nous venons de donner des Ages inscrits sur les restes des tom- 
beaux romains du nord de l'Afrique. Pendant quelle période de temps 
se sont-ils présentés? c^est ce qu'on ne saurait dire . les inscriplions 
lumulaires romaines étant , presque toujours, privées du millésime de 
Panace de la mort des individus dont elles rappellent le souvenir. Nous 
dirons seulement, comme terme de comparaison , qu'un relevé fait des 
centenaires aujourd'hui existant parmi les Indigènes de l'Algérie, don- 
nerait un chiffre bien autrement élevé que celui fourni par les monu- 
mens dont nous venons de parler. Ainsi , pour l'Algérie du sud seule- 
ment, il en existe aujourd'hui trois ou quatre chez les Ouled-Djelall , 
deux à Sidi-Kaled , un à M'iika, un aux Beni-lzguen , etc. , cl il en 
mourut, dans ces dernière? années, savoir : 

A Tol{;a, un de 112 ans; 

A M'Iika, un de 114 ans (Issa-ben-Âhmed) ; 

A Sidi-Kaled, un de 130 ans (\ïcha-bent-Leiadj). 

(i) Au cimetière des Juifs, où sont un grand nombre de pierres tumulairea 
romaines. 

(2) Dans une mosqade en raiiH>s , sur un cinp!accnicnt romain nommé Aga- 
liir^ du nom d'uns mosquée qui s'y trouve 

(3) A sent Heurs de TIemccii , à Test, cl à dix de Sidi-bol-Abbè-S Tenlrée d'une 
valU^c conduisant aux sources de Tisser, rive droite, deux lieues environ en- 
deçà de ces sources, sur un plateau dominant toute la plaine de ri>8er. 



- 2S« — 

Ua autre cenlenatre de ces mômes contrées, Thaba-ben-Saâda, né 
à Zaâlcha (Zibau], habile Alger depuis plus de 80 ans; il en avait 22 
lorsque les Danois , en 4,7*^0, vinrent faire une démonstration devant 
Alger. Il chemmo encore fort bien ; Torgane de Touïe est intact , mais 
il perdit les yeux il y a environ 60 ans. Ce fut par suite d*uneopblhalmie 
contractée f ous l'iniluence d'un froid vif auquel il fut exposé , étant à 
lire le Coran chez les Chellala (Jorjura) , avec plusieurs autres, qui , 
selon lui , y auraient éprouvé le même sort et par la même cause. 

Plusieurs autres centenaires, hommes et femmes, existent encore à 
Alger, entr'aotres un Maure né à Deltys, et un nègre de TAfrique cen> 
traie, Faradj-ben -Mohimmed , qui est à Alger depuis ta prise d*Oran , 
sur lei Eâpai^olSf par le bey Mohammed, en 1,792 (t). 

ANNâs 1,600 

En Tannée 1,600, qui clôt le xvi* siècle, une pandémie terrible 
ravagea l'Europe entière et , plus partienlièi^ement encore, la Péninsule 
espagnole. S'étendtt- elle à la côte d'Afrique (2)? nous ne trouvons 
aucun document qui le dise , mais nous n'en rapporterons pas moins 
ce que nous en savons , pour la Péninsule espagnole. 

L'une des plus grandes célébrités médicales de son temps, Zacutus 
Lusitanus, nous en a laissé la description suivante , dans son article 
De peste : 

a Kgo anno 1 , 60(^, quùm haec truculenta hydra , totam ferè Europam, 
» praeserlimquo Hispaniam devastasset , in pago qaodam plures notavi 
» dira pesté correplol. Nam post morbi invasionem , subite oœni 
)> sensu privatîs, pitî excaplte dcfluebant. Pustuli livens In lepore nasi 
» suboriebatur, quaé Inlra 20 horas totum nasum arrodens , aegros 
T) deindè cum exlremarum partium algore , et morti6cat:one in mortem 
» praecipitabat. Nullus evasit. » 

( Zâgcti LusiTANi , medici et philosophi praestantiasimi , etc. , Praxi 
medica admiranâa, t. u , p. 404. — Lugluni, m. dc. lxvu.) 

Cette description de Zacutus . qui témoigne d'une haute gravité de la 
maladie, oe suf&t pourtant pas pour la caractériser et en faire connaî- 
tre la nalurOf mais «i'autres écrits conlemporaios ne laissent aucun 
doute à cet égard : la maladie dont il est question était bien la peste 
orientale (3). Et , en effet, les écrits doiit nous parlons mentionnent 
Texistenoe de bubons, de charbons et autres lésions cutanées propres 

(1) Il importe de faire remarquer que Je siècle Qiusulnian diffère du mUre 
c'e trois années, en moins pour le premier. 

(2) La môme question se présente h l'yard de la peste dc Halte, en l,59â, 
d<^critc par Pari^^i , et de celle de Pile Minorque, en 1,565. Remarauons que 
ceUe-t'i était considérée , par les bahitans de Tlle» comme imporK^e des Côtes 
barliaresques, ce qui établirait re>i<4tcncc de la peste en Afrique , en 1,563. 
Mous avons vu , précédemment , qu'elle y était dans les années 1,557 et 1,567. 

(3) La peste orientale avait fréquemment réf^né en France , surtout rn Pro- 
vence, dans le cours du xvi« siècle. Les f^ranrls ravages quVIic rai.«iiit dtins 
cette dernièie contrée, en 1,580, lui firent alors donner le nom de grande peste. 
hlle sévissait encore à Mar^eitle en 1,59S, tt clic était à no'dcaux f année sui- 
vante, 1,599. 



à cette peste, entr*autres celui da Ktcolas Bocangelino, de Madrid^' méde- 
cin ée l'Iofaote Marguerite d'Autriche, publié sous ce titre : 

De febrihui morbUquemaligniê , êipestilêntialibus^êarumquecausis^ 
preservatione ei curatiohe, — Uadrid , 4,600 et 1)604. 

Cet ouvrage fut. réimprimé à Madrid , eo 1,618 , par Pedro Carrera , 
qui en fit en même temps ane traduction espagnole sous le titre suivant : 

Ubro de las enfer mtdaéeg maîignas ypesîikntes^ eauioSf frmioêticos, 
curaeùm y inreservaeion.. 

DeVillalba parle, en ces termes, de Tœuvre de Nicolas Bocangelino : 
« Refiere que esta peste, accompanada de bubooes y carbuncios , 
» acometiô à Bspaoa et ano 1,599, cuyo oontagio se propagô por 
» anos vestidos traidos de Flandes. Las glandulas , b^ibooes y carbon- 
» clos.fuéron salodables : conservaban Tos enfermos, ô losexponian 
» ménos al peligro de la muerte ; su aosènsia era un presagio de muerta 
» prôiima. Los que tenian dos , très 6 mas carbuncios, estabao ménos 
» expuestos; pero, si se desvanecian , acarreabao la muerte; eran 
» funestos los que acometiao al pecbo 6 cuello, » 

{Op. cit., t. iiy p. 41.) 

 ce témoignage de Bocangelino , sur la nature pestilentielle delà 
pandémie péninsulaire de Tannée 1,600, pandémie qui avait débuté 
Tannée précédente, 4 , 599, nous ajouterons ceux de Martin de Andosilla 
et»de Francisco de Soria, qui , tous deux, prirent une part active dans 
son traitement : ils furent envoyés à cet effet, par leur Gouvernement, 
dans plusieurs localités de la Péninsule. 

Martin Andosilla traita, àNavaretta, jusqu'à 1,200 épidémies dans 
les deux mois de septembre et octobre. Bien que, dans la relatioi^ 
qu'il a donnée de la maladie, Tauteur la considère comme n^ayant pas 
encore été observée, et comme nouvelle par conséquent, il y signale 
pourtant Tapparition de charft>ons , de pustules etautres phénomènes 
exaBthématiques propres à la peste orientale. 

« Trae, dit de Villalba , muy bueua doctrina en la caracion de los 
» carbuncios , pustules y otros tomores que se complicàron en esta 
p enfermedad, y produxéron su esencia. > 

(Op. cit., t. n , p. 42.) 

.Voici le titre de Toovrage de Martin de Andosilla , qui était à la fois 
médecin et chirurgien : 

« Libre en que se prueba con claridad el mal que corre por Espaûa 
» ser nuevo y nunca visto ; su naluraleza, causas, prooosticôs^ curacion 
» y la providencia que se debe tomar con él , con muchas dificultades 
» y causas nuevas. » ^ Pampelune , 4,604. 

Une foule d'autres auteurs espagnols ont encore écrit sur la pandé- 
mie de leur pays, de 1,599 à 4,600. A ceux que nous avons déjà cités, 
nous ajouterons les soivatis : 

Antonio Ponce de Santa Grux , de TUniversité de Valladolid , auteur 
d*on ouvrage intitulé : De las causas y curaeion df las fiebres consecas 
pestilentiales. — Valudolid , 1 , 600. 

33 



— MS — 

€6l o«Tra^ fut réimprimé en 4,601, réimpressfon citée par le 
ifocleorSoria^ dans le t. i*'de Bon ouvrage intitulé: Cerîaminis medeei, 

Antonio Ponce de Santa Crux , direclear de l'Uuiverflité de Valladoltd . 
at»bé de GoTarrubias , était ai versé dans la pratique de son art , qu'il 
iFeconnot Tépidémid de Valtadolid^ chez te premier malade qui en fut 
atteint. 

François de Soria, qui était médecin de Grenade (Andalousie^, écri- 
vait à son frére, le docteur Diego de Soria, qui occupait une des plus 
hautes poMliosa médicales de k'Bspagoe : 

c Que lial>ia euraé» machos enformos acometUos de k fcbre pesti- 
» lente, à quienes habian sobrevenido bubones malignos, ya en IdS 
• IngleSi'ôy* en icfs sobacds, r^n petechias en la piel al mismo tiempo. » 
{Dm ViUM^Ay Op.eii.f t. n, p. 14.) 

. Jayme Ferrefff de Yiilenee. auteur d'un ouvrage aymi pour titre : 
Uhro^ tn^ il'qym u trtUada d$l neriadero eonocimiento d$ la peste , 

$ êU8 remedioe par^. qnalquier ealidaà d$ pers<mA9. 

. Valence, 1,600. 
laymeFeirer èstineatioaiié dans la Biblioteca medica d^EàWet, p. ^ZZ, 

Pedro Yalénefa de Cordoba , de la ville de Ziifra, qui écrivit , en 
l»600, un opus(fèfe ayant poar thre : 

y^Discurso para el gobierno del pûbUco en hê lugaree de Espafia 
ibnde hay peste» 

Cet opuscule , resté manuscrit , existait , au dire de Don Nicolas 
Antonio, é SégjO^ie^ UÎtf'iririe de Dod Gaspard Nunez. 

Fernanctb fiustôs , médecin de Greqade, ou il observa la pandémie 
^ninons parlonii, auteur d'un oirv rage publié en 4,600, et portant 
pour titre : De, rébus Granatensib^us. 

Cet ouvrage ,^.qul n'a pas été yu par Don Nicolas Antonio, sus-men- 
iionné, esiifuliè ,par. Pedraza. 

La pandémie de 1,600 semblerait s*étre fait plus fortement sentir à 
Grenade' ({Ué daps touteç les autres localités de la Péninsule espagnole. 

Luis Ochoa , médecin de Salamanque , auteur d'un manuscrit oà il 
soulève la qnesiioti de savoir si hi fièvre maligne ou pétéchiale diffère, 
ou non, de ta peete. 

« Suscitésé , dit de Vtfldlba , «ina disputa medica sobre si la febre 
» maligna 6 punticular se diferenciaba de la peste. » 

{Op. cit., t. H, p. 15.) 

ANrAb. 1^601 , M VAGBA SOUMÀll RÉGNAIIT A ALGKZ. 

En l'année 1,601, la peste régnait dans l'ancienne régence d'Alger, 
mais nous manquons de détails sur cetle peste. 

En cetle même année , 1>604, tout le Portugal fut affligé d'une épi- 
démie de fièvres malignes et pestilentielles , malignos et oestilentes , 
accompagnées dee plus graves symptèmes et de production d une grande 

Suantité de vers, insectes qo'on considérait comme étant la cause pro- 
uctrioe de ces maladies. 



— tM — 

. En la même ^onée encore , 4 , 601 , fut imprîiDé à Goimbre, Portugal \ 
tin ouvrage iû-4% intitulé : D$ pette. L'auteur, Ambroise Nunez , de 
rUniverstié de Salamanque , était premier médecin et chirurgien de 
fbilkppe 11; son ouvrage , publié en latin, fui traduit en espagnol , et 
réimprimé , en cette langue, sous le titre suivant : Trak^ wiiversai 
de la peste. — Ma<1rid , 1,648. 

Cet ouvrage, dont parle Nicolas Antonio, est cité par Duarle Nonoz. 

L'Bspagne ne resta pas étrangère à t'é|)idémie qui afBigea le Portugal 
en 1,601. Ainsi , nons voyons, dans 4e Villalba , gne Vateiioe, en An^ 
dalousie, souffrit, en 1,601, d noe peste qui sé jproUmgea tu l,>602,ei 
qui fut le sujet d*uo écrit d'un médecin de œtlevilie, Don Alenso Nunez. 

ANNÉi 1.60i on l«60l^, 4,013 ou 1,014 n« LnéftiAiç i 

tB DBT OtIIAN RéO?IANT A TtNlS. 

En l'année 4,601 on 1,605, 4,013 ou 1,0U de l'Kfglfc, \a pes'o . 
et la disette se faisaient sentir à Tunis , ^i la morta'ité^ prfxiuite par 
la première fut grande , ad rapport d*EI - R*a1^tuâni , Op. eit» , 
p. iil.CLiàh sons l'administration du dey Olmdn , et ce fut sons cette 
même administration , pendant les années ii^^ «t t/ff9 deThégire^ 
que les Andalous, chassés del^Bspagne , affluèrent^ en si grand notnbre, 
à Tttois , où ils contribuèrent tant à la prospértlé du. pays , en échange 
de ta bonne hospitalité qu'ils y reçurent, 

ANNÉE 1,605, LB PACHA RhADEA RÉGNANT A AlOBE. 

En l'année 1,4(05, 1»044 de Vb'^gfre, la pe6te régnaU '^ans Tan. 
clenne régence d*Alger, mais . sur cette pei>te , comn)^ sur celle de 
4 , 60 1 , les détails nous font défaut* 

La ville de Plasencia souffrit aussi , en la même année 4 /60S , d*unè 
.maladie pestilentielle qni ^e prolongea Pànnéeswv^i^e, i;60€', et oui 
futobservéeparAlonzo Nunez médecin de S. Si l'evâqirt» de Plasencia, 
Don Pedro Gonzalez de Avacevedo. 

Cette maladie sévissait en même temps snr d'autres points des envi-^ 
TOUS de Plasencia ; elle était connue sous le noni de garrotiiio , et atta- 
quait particulièrement les enfans. 

L'ouvrage où Alonzo Nunez a consigné ses observations, exif^Uit à 
U grande bibliothèque de Saint-Ude(.hoDse, à Siira^^osf^e.. Nuo<^z,de 
Lerena en parle dans son traité sur le garrolj^Uo, traUido de ^ArxuiUh , 
p. «. 

Les maladies pestilentielles furent si multipliées dans la Péninsule 
espagnole, l'année suivante, 1,606, mais burtuut le tabard^llo, que 
cette même année, 4,606, est restée, dians les souvenirs des habitaus, 
BOUS le nom de Tannée des tabardiUos , ano de lot tabardillos {i). 

L'année 4,606 donna le jour, dans la Péninsule espagnole, a un des 
meilleurs ouvrages ( de las majores obras) qui eussent encore été écrits 
sur la peste. Cet ouvrage, dû à Don Alonzo de Frcylas, médecin du 

(i) Tabardillo on morbo punticulart febris punticularis. C'est une dçs 
maladies sur laquelle les médecins eapagnois ont le plus écrit. 



cardîaal Doo Bernardo de Roxas et Saadoval, arcbev^ue de Tolède , 
avait pour litre : 

ConodmiefUo , curadùn y prMfrvqeian de la pM'e, adondê se iraia 
2o guê han de hacer las ciudades y g^jbernadores de ellas , etc. , etc. 
— JaëQ , 4,606. 

intit^ 1,613. 

Eo cette année, 1,613, la peste parait a toir régné dans le nord de 
TAfrlque, pniaqae les habitans de Uinorque lui attribuaient celle 
qui les affligea en cette même année, 4,613 ; elle se déclara d'avoir à 
Ciudadella , au nord de l'Ile , qui était en relation de commerce avec 
la céte d'Afrique. 

( Archives de àîinorqw, compulsées , sur noire demande , par M. le 
docteur Heriiaddéz , médecin du lazaret de Mahon. ) 

Mï/àmàz 4«6iO k l'ankAi 4,621, 4,019 k 4,^30 di l'hégibb, 
HArPE2->KotfS90a (appelé par d'autres H'ouçetn'V^âïd'Kouea ) 

kiGNATT A AlGEB. 

De l'année 4,620 à Tannée 4,6t4, 1,029 A 1,03* de l'hégire, 
la peste aflli$;pait l'ancienne rég^ace d'Alger. Le nom de grande peste, 
haboubat^l'kebira , qui lui fut donné, témoigne assez de ses ravages. 
Ils ne furent pas motus eomridérables dans les Etats de Tunis , où ello 
régnait en même temps que dans la régence d'Alger, et voici ce qu'en 
dit , pour la ville de Tunis , EI-K*aïrouàni , que nous avons déjà cité 
plusieurs fois : 

« En 4,030 et l,.03l ( 4,610 et 4,6^Jl ). une grande mortalité, pro- 
» duite par lat pesie « régnait à Tunif^. On lui donna le nom de peste de 
» ^idi'Bélkris , parce que ce scheiçk en mourut, a 

(Op. cit., p. 349.) 

De l'année 1,620 -à l'année 4,621, une maladie contagieuse, qui était 
vraisemblablement ta peste, existait à Villa franca de Niza, en Espagne, 
et ansst en Pranœ, «insi qu*il répuile du passage suivant de Capmany , 
p. 10*71 , et reproduit par de Vlllîilba, I. ii , t»* 39 : 

« A 8 de mayo de 4 , 620 , se publiée , en Baroelona, un bando por 
» causa de a^isoe^ de eonlaglo en VlHafranca de Ntza ; et , por otras 
a Doiicias deque la habfa eii Franeia, se pubticéron nuevos bandos en 
» %1 diciembre ^ 1, iti . » 

De Tannée 1,6^0 A Tannée 4,621 régna aussi , parjQQÎ les troupes du 
roi catholique, dans le Palatloat inférieur, une épidémie qui donna le 
jour à l'écrit suivant, du portugais Antonio de Fonseca, médecin de 
Tarmée du roi catholique. 

De epidemia febriti grasscente in exereitu régis catholici in inferiori 
PakUinaêo, alio 4,690 y 1,621, etc. 

Cet ouvrage, in-4\ fut publié en 1,623 ; il était dédié au général en 
chef de Tarmée de S. M. C» , le marquis de ios Ralvases. 

ANNÉE 4,622. 

En Tannée 4,622, la peste se continuait dans l'ancienne régence 
d'Alger. C'est ce qui résulte d'un avis donué par le -roi d'Espagne à la 
ville de Barcelone, avis qui , en Tinformant de Texistence de Ta peste 



— a«i — 

à Alger, lui prascrirait de o*adaieUre , dans soo port , ni eâclaves ni 
autres choses suspectes de contagion. 

< A 20 de Julio de 4 «622, dit Capininy , p. 71, la ciudad de Barce-^ 
9 loua recibiô un aviso del rey, dé que habia peste en Argél , mandandn 
» no se admimitiesen esclaves, ni oiras cosas que fuesen so^pechosas. » 

Nous trouvons encore , dans Capmany, qu'à la date du S7, môme 
mois,» foeron pablicadosbandos sobre este asunto. » 

Ces passages de Capmany sont reproduits dans ÏEpidemiolopa de 
Villalba, Op. eit., p. 13. ^ 

AHiffiB 1;696. 

En l'année 1, 626, des corsaires al0&rjens poossent leurs courses 
jusques dans le nord de l'Europe ; ils Of>èrent plusieiMTs .descentes eo 
Islande, y commettent des cruautés et en ramènent, à Alger, 242 pri- • 
sonniers (I). Nous ne signalons cette oourse lointaioe-des «ertaires al- 
gériens qu'a cause des épidémies peslileatielles <iui<, à diverses époques , 
ont été observées dans TEurope boréale. Nous nous bornons à rappeler 
les pesies de Copenhafcue de 4.622. 4,654 et 1,711 ; la peste de Laponio 
eo 1,670 ; celle de Suèd<i en 1,710 (2). 

ANNÉE 1,636. 

En 4,636, la peste régnait dans la régence .de Tunis, et; le dey 
Méhemed- ILhodja.ea mourut* Ce Méneaaed*Kodia » frère de Don 
Felipe, venait de succéder au dey Stamourad. 

( DfiLCAMBas , Manuscrit, ) 
iNitftB 1,639, 1,649 BB L'dÉstn. * 

L'année 4,6o9, 1,019 de l'hégTe, est restée dans les' souvenirs des 
Algériens, par le tremblement de terre qui stf fit seotif dani leur 
ville à cette époque. 

AifNÉB 4,6iO, 1,050 DB i'Hfiaian. 

En l'année 4 , 640 « 4 , 050 de l'hégire , la pest^ fmreonniH l^ancienne 
régence d'Alger ; tout détail manque sqr.se6 ra vagesl A 4»mâme époque, 
une f^rande disette se faisait seutir dans la régeocede Tiioîa , sous le 
dey Ah'med*Kodja« fil*K'aKrouâoi en parle en oes 4eraieft ; 

a II y eut , dans la première année du règncf d'Ab'med*&odja, «ne 
» disette considérable. Moustafii- Pacha et Aamed-DjUib* firent beau- 
» coup de bien dans cette circonstance ; ils faisaient des .distributions 
*» de pain aux pauvres, prés de la Zaoula du cheikh Bl-Zellaïdji , où 
» la foule était si erande, que plusieurs y furent écrasés. Le blé et 
» l'orge montèrent a des prix sans limite. » 

(0/). cit.^ p. 355.) 

En la même année, li640, à Alger, deux souverains monlèrent , 
successivement, sur le tréne, Hussein et Yussef. Ce dernier, dans une 
révolte des Janissaires, fut pris et emprisonné , en même temps qu'on 
exila dix hauts dignitaires: fagha (commandant des troupes) fut 
étranglé (3). 



(1) tarée. Op. cH. 

Die t. des dates ; OzsNAV, Op. eii. 
Chronologie des pachas d* Alger, ouv. cit. 






Aussi, en l'année précitée, 4,610 , une épîzootie grate régfM en fispa*- 
g06 et en Portugal , dans ta cavalerie de ces deux royaumes. Bile para!- 
traii avoir débuté dans le dernier ; car, en Espagne , on rattiribua A la 
cavalerie portugaise, parce qu'elle apparut dans la cavalerie espagnole 
à la suite d'un engagement q«i'eUe avait eu avec la première. Ses rava-^ 
ges, dans la cavalerie espagnole , furent grands , au rapport de Martin 
Arredon, qui nous apprend que plus de cinq cents cbevarus en 
moururent à Badajoz , malgré tous les moyens employés pour Tarrèter. 

Cette épizootie, iésignée sous le nom de lamparcneê eontagioêos par 
de Vil!alba, était évidemment la morve (l),sur laquelle nous dirons un 
mot en passant. 

La morve s'observe dans le nord de l'A frique comme en Rurope. En 
Algérie, il en eiiste toujours quelques cas dans Tarmée, où elle fait 
parfois d'assez graiidâ ravuges. Cest à la suite de ces longues et pénibles 
expédiiieiis durant lesquelles leâ chevaux et les bêtes de charge fati- 
guent beaucoup, en même temps qu'ils ne reçoivent qu'une nourriture 
sofi mauvaise , seit itisufiigante. Ces différentes causes de maladie 
pesaaiyd«€Outume, r^us sur les bétès de charge que sur les chevaux, il 
FO résuHe qtie les premiers de ceô animaux sont encore plus exposés A 
h morve que les derniers. Ainsi , par ex/emple , à Âlg<>r, en 1846 , le 
corps du H*ein ées équipages , sur un effectif d'environ 2,000 mulets^ 
en eut jusqu'à 5t0 atteints de morve (2). 

La morve , vraisemblablement , a été observée de tout temps dans 
le nord deTAfrique. Elle y était fort bien connue du temps d'Apulée « 
dont on nous peripetlra de rappeler les paroles ou, si Ton aime mieux, 
celles de son âoe, <^ , afw^s bien de^viseissitudes, ^venait d*étre affecté, 
par son Jl(>^v^u maître, à fotre tourner on moulin de to «orte de ceux 
que les apimaux de son espèce font encore, les yeox bandés , tourner 
aujourd'hui. Mais, laissons parier Tàoe d'Apu&èe, ce beau Lucios d*au^ 
irefois : 

« Que dire des anioaaux, mes conspagnons d'infortone? Par où m'y 
» prendre pour en trao^ ie itableaa ?«...• Queile coHéetîon de cous 
» rongés d ulcères purjuleos, de oafiesttx essuulUs , de ûanes épuisés 
• et battuf par la touji , de poitrails excorias par le tirage du manège , 
» de côtes mises é nu par les coups , de sabot« démesurément élargis 
» par on piéUnement ooatimiel , de cuirs tout raboteux , couverts do 
ê croûtes invétérée» ! » 

( L'Ane d'or cfipul^, ou la Métatnorphost , tfv. ix ) 

i^NâB 1;6i3y i,0a3 db L^AtcanK. 

En l'année 4,643, 4,053 de rhégire, la peste régnait sur différons 
points du nord de l'Afrique ; elle s'y maintint pendaot plusieurs années, 
notamment dans la rëgeooe de 'Tunis , où elle oe dura paa moins «de 

(I) Bn espagnol ^ muermo, lamparones de caballo. Les Bapagool* dooneat 
\e nom de cucaz au farcin qui n'est qu*UD diminutif de la morve., on en 
d'antres termes , que le premier degré de cette maladie. 

{%) Sur CCS 510 bétes. Il en irourut 342 , et il en restait ea itrait^ment • au 
81 décembre , 144 , savoir : 28 , sur 55, seulement soupçonnés de morve, «oift 
aiguë, soit chronique ; 31, sur S5, atteintes de farcin, soit aigu, soit 
chrosiiqae. 



^ a«s — 

tepi années. « En 4,053, dit El-K'atrouâDi , coinmença à Tunis une 
» peste oui dura sept ans. » 

(Op. cit., p. S55.) 

En la même année, 1,613, la peste régnait en France , et nous 
croyons , dans Capmaay, qa'è la date dul*' septembre, à Barcelone , 
tontes les provenances de France, personnes et marchandises » étaient 
absolument prohibées pour cette cause (1). 

Aimii 1.647, 4,0S7 ni l'hâgirb. 

En l'année 4,647, 1,057 de Thégire, U peste afik'geait à la fols la 
régence d'Mger(9)et celle de Tunis. A Alger, régnait Alors te pacha 
Tusssef,et , A Tunis, le dey Ahmed^Kodja, qui, en la méaie aànée, 
mourut de maladie. 

La peste du nord de T Afrique , en 1,647 , s'étendit jusiq^'en Espa- 
gne ,du moins ony considéra, comme ayant été importée d'A>ger,par an 
navire chargé de cuirs, la peste qui se manifesta à Valence 8«r la fin 
du mois de juin. 

c Se atribuyé» . dit de TlUalba , el origan de este eontagiio a mias 
» pieles traidas de Arg^l , en r'onde habia^pefite... » 

{Op. cit., p. 72.) 

Papon, t. If , p. !IM , et le jésuMe Kircher parient aussi de cette 
importation. Seuiemeiit , le dernier, par erreur Wn évidemment , la 
rapporte à l'année 4,648, pnisqne, d après de Viliafba et d'antres au^ 
torités , la maladie exislail dés i^année précédente, f ;6I7. fold les pa- 
roles de Kirchtf sur rimportalios dont nous parlonts : 

« Multae sanè inter medicos fuerunt de tam insolîtae contagionis 
» causa altercatiooeS'; soitom taademr.fiiH, oav4fl»'»lgarîo solefs coria- 
a eels subenbusqueennsiam non ila prideaa appufisse . qdae In Afrlcft 
a. Tehemente peste laborai^ ; eentractis coi^tagfonls eflhiviis. « 
( Scrutinwm peêtis , 9to. , cap. n . — Leipsick , 4 , 674 . ) 

Selon le même auteur, les premiers cootagiés de Yaleoee siiraieiM 
été les cordonniers , puis ceux qui portaient des souhers (3)r Mais cib- 
lons encore, sur ce point, Kircher iu&nmôme. 

< Yalentiae sutures, dit Kircher, qui pnùs ea coëmerant , et deindé 
» quotquot lis usi fuerant , et hi denique alios et al*os innumeros 
» concepts lue infecerant. » 

La peste de Valence , en 4 ,647, ne se borna ni à cette ville ni à la 
province do même nom : elle passa dans le royaume de Murcie (4), et 

•i^— ———^—— ■——■—— —i"^——— I ■■ I p».—— — — »^ 

(1) Op. cl/., p. 71. 

(S) Chroniques de ia régence d'Alger, ouvr. cit. 

(S) n lénilteralt de là que llitage de porter de0 souliers n^éiait pas cesi* 
" à Valence en 1,647. 



(1) Bezon , op, cit. , p. lis . 



-• a«4 — 

finit par envahir tout le midi de l'Espagne. Nou^ voyons, dans Çapma- 
ny, qu'à la date du 26 octobre, Barcelone cherchait encore à s'en pré- 
server. 

« A 26 de octabre de 1,647, dit Capmany , en el Goncejo de ciento , 
» se tratô de que habia en Valencia peste ; y, à 27, se acordô nombrar 
9 guardas en las puerlas de esta ciudad, y que se planlasen horcas 
» enJas misoiaspuertas. » 

( Op. cil. , p. 78. ) 

Majorque et MiDorqne ne furent pas épargna par la peste dont nous 
parlons , et leurs hab'tans croyaient en avoir reçu le geroie , non de 
l'Espegne « mais des côtes barbaresqoes avec lesquelles ils étaient en 
relation. Minorque en fut des ptus maltraitées, et les ravages qu'elle en 
essuya furent comparés à ceux de la peste noire de 1,348, qui avait 
presqu'enlièrement dépeuplé l'île. 

( Archives de Minorque , compulsées , sur notre demande , 
par M. le docteur Hernandez , médecin du lazaret de 
Mahoo. ) 

La peste de Valence, en 4,647, donna naissance A l'ouvrage suivant, 
écrit sur la demande du gouverneur de cette ville , le comte Oropesa , 
d'après un ordre ruyal , de Philippe IV, en date du 24 avril 4 ,648 : 

Eelacion y diêcurso de la esencia, preservacion y curaciùn de las 
enfertnedades pestilentes en la M. N. y L. eiuadad de Valenda el 
ano passado de 1,647. ^Valencia, 4,648, in-4*. 

Les auteurs de ce travail étaient les docteurs Melchor de Villena , 
Vicenle-Bliguel Gil et Diego Pruûonosa. 

Le docteur Xlmeoo , dans sa BibUoteca de Escriiores valencianos , 
nous apprend que les médecins étaient loin d'être d'accord sur la na- 
ture de la maladie. « Il s'éleva , dit cet auteur, une grande et difficile 
» question entre les médecins, celle de savoir si la maladie était la peste 
» ou non , si fue peste 6 no, » 

Le docteur Pruûonosa, l'on des auteurs dû travail précité, soutenait 
énergiquement l'affirmative , el par ses paroles ^ et par ses écrits. 
« Pruûonosa , dit de Vilialba, defendiô con solides fundamentos, en 
» vos y por escrilo , que fué peste. » 

(Op. cit., p. 76.) 

L'épidémie était des plus meurtrières : la ville seule perdit , dans la 
premiière semaine de novembre, douze mille âmes , et trente mille dans 
Tespacé de quatre mois. 

Le docteur Melchor de Villena , cité plus haut , pour son travail en 
collaboration avec les docteurs Diego Prunooosa et Miguel Gil , a écrit 
aussi sur la peste gui, en 1,617, se fit sentir à Âlcalà de Henares, 
dans la même province. « On observa dans celle-ci , dit ce médecin , 
» que tous ceux qui se purgeaient , même avec de simples miooratifs, 
» mouraient , et , de là , un décret du roi Don Philippe IV, par lequel il 
» était recommandé de ne plus se purger à Ta venir, et l'envoi, à Alcalà 
» de Henares , p. ur le traitement des malades , d'un licencié en méde- 
» cine et de plusieurs médecins valenciens. » 



- MS — 

ANNéBS 4,648 « 1,649 et i.bbO. 

La peste qui , en <,6i7, s'était développée dans les régences d'Alger 
et de Tunis, s'y continua pendant leg années t,6l8, 1,619 et 1,6&0. 
Le fouverain d'Alger était alors Yussef, 

. Nous avons vu précédemment que, dans la régence de Tunis, la peste 
se maintint durant sept ans, de l'année t,643 à Tannée 1,650. Du reste , 
toutes les fois qu'elle s'introdui«ait dans les états barbaresques , elle y 
durait toujours plusieurs années. 

Selon Rircher, la peste qui régnait en Afrique en 1,648, aurait été 
importée ea Sicile. 

« Universam quoque Sicîliam , dum ex Africà suas infectionis lue 
» inquinatas rocrces Messanam millit , horrenda lue correptam , Gam- 

• panelta in suo de Medicina opère , refert. » 

( Op. cH^ , cap. IX. ) 

Kircher parait être le seal auteur qui parle de cet(e importation. 
En 4,648, la peste se continuait en Bspagoe, ou elle s'accompagnait 
de la fcimine. 
a Cette année fut célèbre, dit Manana, parlant de l'année 4,648 , par 

* la peste et la famine qui ravagèrent FEspagne. » 

( SUPPLBHENT à l'^wtotre d'Espagne , Op. cit. , l. vi , p. 100. ) 

Dans le nombre des populations de la Péninsule, qui ont été frappées 
par la peste de 4,648, est celle de Mirambci. il existe , dans les archi- 
ves de cette ville, Libro de las cuentas , pour l'année 4,649, un docu- 
ment précieux sur la peste de la même ville , en l'année >»récédenle , 
1,648, et rapponé pa>* de Yillalba, p. 79-84 de son otivraj^e. Ccbt un 
historique de l'épidémie, avec une description, assez détaillée, de ses 
symptômes, qui, tous, sont bien ceux de la peste orientale. 

La peste de l'Espagne , en 4,648, donna le jour aux ouvrages sui- 
vons : 

Tratado universai , en que déclara^ ^ sea peste^ de que causas pro~ 
venga este contagio^ etc. , par Juan Nunez de Castro. — (Madrid, 4,648) ; 

Antiâoto ûnico de maies publicot. *-^ ( Antequera , 4 ,648 ) ; 

Remedios espirituales y corporales para préservât de peste , publié 
en la même année, 4,648, et attribué à Thomas de Castro ; 

Resumtade la materia de la peste , par Pedro de Barba. — (Madrid , 
4,648); 

Don Baltasar Vicente de Alambra , infant d'Aragon , traduisit, en la 
même année. 4,648, de l'italien en espagnol , pour l'utilité de son pays, 
l'ouvrage suivant : 

InsUrucion sobre la peste del doctor Miguel iferea(fo.— Zaragosa, 4,648. 
L'original avait été imprimé à Home, en 1,516. 

En cette même année , 1,648, la peste, selon de Yillalba , aurait été 
importée d'Espagne aux Indes occidentales , et celte importation aurait 



— 9«f — 

«Il lieu par des bâiim^ns partis de Séville, où la maladie exerçait alors 
ses ravagps accoulumés. c De là, dit cet auteur, parlant de Séville , 
» elle passa, coq los Bspanoles, à las lodias occidentales. » 

[Op* ctl., t. 11, p. 82.) 

Papon , d*après l'auteur que ooas venons de citer, mentionne aussi 
cette importation de la peste, en 4,6i8, de TEspagne aux Indes occiden- 
tales. Il régna bien , dans ces contrées , en 1,648, une maladie grave ^ 
qui exerça les plus grands ravages parmi les colons (Humais cette mala* 
(lie , qui était alors toute nouvelle pour TEuropéen, n était pas la peste, 
mais bien la fièvre jaune, comme l'expérience ne l'a que trop souvent 
confirmé depuis. Ajoutons quMl est fort douteux que la peste puisse 
s'avancer jusques dans les régions tropicales , è raison de leur haute 
température, qui ne serait pas favorable à son développeirent. QnMl nous 
suffise de rappeler, à cette occasion, ce dicton en cours parmi les habi- 
tans européens de TEgyple : San Juan venir, gandoufle andar^ ce qui 
veut dire que lorsque la Saiot-Jean vient, la peste s*en va. 

La peste qui aflligeait l'Espagne de 1,647 à 4,618 , y avait pris une 
plus grande extension en 4,649 : il était alors peu de points qui n'en 
eussent été frappés ; les provinces méridionales étaient pourtant celles 
qui en souffraient encore le plus (2). 

Les ouvrages publiés en Espagne, sur la peste de ce royaume, en 
1,64^. sont les suivans : 

Tribunal médieo^poHtieO'fnàgico , par Gaspard Caldera de Heradia , 
médecin do Séville. — - ( Sevilla , 4,649 } ; 

(L'auteur traite surtout de la maladie de Séville. U écrivit son ou- 
vrage sur la demande de ses compatriotes.) 



(1) Bile était alors connue, par les colons français de St-Gbristophe . sous 
le nom de coup de batre , nom qui exprimait on ne peut mieux ce sentiment 
de brisement qu'on éprouve âaw^ la région de^ reins, au début même de la 
maladie. Aucun niéde< in ne l'avait encore observée. Vo^fz, sur ce sujet, le 
père Dutertre, le premier voyageur qui ait parlé de la lièvre jaune insutaire; 
dans son Histoire générale des Antilles, p. 81. 

{%) Elle cessa à Xéièsde la Prontera, en 1,649, ce qu'on attribua à une pro» 
cession faite par la population , en l'honneur «c la vierge de la Mercede. C'est 
-ce que rappelle un tableau du ooavent de la Virgen de la Mercede, à Xérès, 
tableau que les moin&s de ce convent nous firent voir à notre passade chez 
eux , en \W» On voit aa«si • dans te même coovent, une liste des différons 
fléaux dont la ville fut affligée, depuis l'année 1,800 jusqu'à i'amiée 1,770 indu* 
vivement En voici un extrait relatif aux pestes : 



1,569. 
1,600. 



peste* 
id. 



1,649 
1,681. 
1,682. 



peste, 
id, 
id. 



La peste qui métissait sur Xérès de la Frontera, en 1,649, métissait en même 
temps sur Séville, qui en cet |)eu éloîffoée. Nous vtiues également, et à la même 
époque , dans la chapelle du cimetl^e de cette dernière ville , un tableau qui 
rappelle que 23,448 personnes, mortes pendant l'épidémie de 1,649, furent 
enterrées dans ving-HZ fosses. Mous remarquons, en passant, que de Villa] ba 
porte è 300,000 le chiffre de la mortalité qui » dans l'ei^pace de deux mois et 
demi , aurait eu lieu à Séville et dans les environs , dans l'épidémie de 1>649. 



Remédias espirituales y corporatés para curar y preservar eimal d& 
la p^sU^ par fray Fruocisco de Cabrera i d'ADtequera. — ( Antequera , 
4,649); 

Pohtica contra la pesté ^ gobierno espiritual, temporal ^y médico , 
par FrapciFCO Sala Jo. — Uirera , 1,649. 

A ces oQirragis, ajoutons-en deux autres, looa deox s^if la pe^te 
deCordoue, en 4,649, mais qui ne furent publia» qfi'ea 1,651, Tuo 
du docteur Nicolas de Vargas, Tautre du dooteur Rtirgos, médecin du 
Saint-Office de rioquisiiiou de la susdite ville. L'ouvrage du dernier 
a pour litre : 

Tratado de la peste , su esencia , preHrvacion y euracùn. 

Aux épidém'es pestileotielles du midi de l'Espagne ^eo 1,619, se 
rallaclie le nom d'un médecin que nous ne pd&vons passer sous silence. 
Ce médecin était le licencié Manuel Alurlllo , médecin des plus distin- 
gués de son temps, par son savoir el son dévouement , et qui , après 
avoir tendu des services à son pays, devait en rendre aussi , plus tard, 
dans ia ville où nous écrivons. 

Né à Malaga , Murilto venait de ee distinguer dans la peste de cette 
ville, en 4,649, lorsqu'il fut envoyé, par i-on g'uverncment, d'abord à 
Blarbella, puis à Gibraltar, que la peste envahit succcssivei/ient. Mu- 
riilo ne se distingua pas moins dans les épidémies de ces deux popula- 
tions qu'il ne l'avait fait dans celle de Malaga. Après avoir ainsi payé 
son irrbul professionnel, aox calamités de Marbella et de Gibraltar, il 
retournait, par mer, à Malag;i , lorsque , rencontré par des corsaires 
algériens, il fut pris et conduit captif à Alger, où il resta treize ans. La^ 
captivité, disoos-le de suite , pesa moins sur lui que sur ses compa- 
gnons d'infortune : sa profession le fît employer, comme cirujano mayor, 
à I hôpital des esclaves, et il lui duteosuilesa liberté. Ce fut à l'occasion 
d'une forte peste qtii dura trois ans à Alger, et pendant laquelle il ob- 
tint les meilleurs résultats. « En cnyo tiempo , dit Je Villalba, 

» exerciendo su facultad de cirujano mayor en los hospîtales de drcha 
D ciudad, se introdnxo en ella una grao pestiteucia, la quai duré très 
» anos continues, do cuyas résultas reeuperada su tiberiad. » 

[Op. cit. ^ p. 92.) 

Le licencié Murillo < rendu à la liberté , retourna à Malagi , où nous 
le retrouvons en 4,678, rendant encore des services, dans la nouveller 
peste de cette ville, en la même année , 1,678. 

Tous les écrivains contemporains* font le plus grand éloge du iiceneié^ 
Manuel Murillo, enir'autres le docteur Blaoco Salgado, dans son ou- 
vrage portant pour tilre : 

Tratado de la epidemia pestilenle que padece U oMad dû Malaga ,. 
anos 1,678 y 1,679. — Malag», 1,679. 

En Tannée 4,650 , de Thégire 4,060, la-peste exerçait de grands ra- 
vages au sud des régences d'Alger et de Tun». Le voyageur arabe 
El 'Aïachi parle de ceife peste à l'occasion d*ua homme ds3 science et 
de bien, qui en mourut. 

oc Je rencontrai à Biekra, en 1,059 (4,649 de J.-C. ), dit ce voyageur, 
» un homme de bien qui unissait la science aux bonnes œuvres ; H 



— 268-7 

» s'appelait Sid-Âbou-el^T'aïeb-K'ocVîr; je n'ai jamais vu son pareil. 
» Quand je revins de rHedjàv, eu 4,0&0, il avail succombé à ta peste 
• de celle année, laquelle avait sévi avec beaucoup de \ioIence. Il 
» mourut afors à Biskra, de celle maladie , soixante-el-dix mille per- 
» sonnes. Quant nous enlràmes dans la ville, après la un du fléau, 
» nous la trouvâmes presque vide, et les mosq^iées étaient désertes, /y 

( Voyage d^El ^Aïacki, p. 140 de la traduction , faisant partie des 
travaux de la Commission scientifique d'Algérie. ) 

En la même année , 4,650 , la peste étail toujours en Espagne ; elle 
n'y cessait sur un point que pour se remontrer sur un autre, sou veut 
revenant, plus ou moins de temps après, sur le premier de ces points. 
Telle est, du reste, sa m.ircbe accoutumée dans un pays dont elle 
s'est une fois emparée, et c'est ce que nous verrons encore en son lieu , 
pour la dernière pesie d'Alger, celle de 1817 à 1822. 

Nous passons sous siUnce les quelqties écrits auxquels la peste 
péninsulaire de 1.650 donna le jour. Celle maladie se continna dans la 
pémnsule en 4,651 et années suivantes , mais nous ne Vy suivrons pas 
davantage. Nous ferons remarquer que c^est en 4,650 que le cardinal 
deOastaldi fait passer, d'Espagne en SarJaigue, la peste qui ravagea 
ce dernier pays pendant cinq années (1). 

ANNÂF 1,654^ 1,064 DE LHftGIBB 

En Tannée 4,654, 4,064 de l'bégire, la peste désolait de nouveau 
le nord de l'Afrique (2). Tout ce que nous savons de ses ravages, à 
celte époque, c>st qu'ils furent Irès^grands. En celte même an^iée , 
1,654, il y eut^ à Alger, une révolte des esclaves chrétiens. Le dey 
d'Alger étail alors le pacha &]ourad. 

ANNÉE 1,6S9. 

En l'année 4,659, la peste apparut à Majorque, d'tù elle passa à 
Minorque. Les habitans de Majorque l'attribuaient à leurs relations avec 
les côtes bar baresques : elle régnait donc, sur ces côtes, en l'année 1 ,659. 

(Archives de Minorque , compulsées, sur notre demande , par M. le 
docteur HernanJez, médecin du lazaret de Mahon. 

ANNÉE 1,661. 

En l'année 1.661, la peste étail dans la régence d'Alger, où elle por- 
tait le nom de torie peste, h*aboubat (3)-6/-i^'out'a (4). Le dey régnant 
étaU alors le pacha Isma'ïU 

En cette même année, 4,661, la peste étail à Mars^eiUe depuis l'an- 
née précédente , 4,660 , et , à la date du 20 janvier 4,661, la ville de 
Barcelone, pour calle cause , prenait des mesures contre les prove- 
nances do France (5). 

il) Tratade poUHco-legal, de avertenda et profliganda pfste, 
2) Chroniques de la Régence d* Alger , ouv. cit« 

(3) Mémoire sur h pesfe en Algérie, ouv. cit. 

(4) C'est aussi le nom de la peste en Bgypte , où quelques-uns la dësîgnent 
aussi sous celui de Kobhah ou Koubba, que Pugnet écrit goubbéh. Les 
Berbères du Maroc appellent la peste e/ khère, qui veut dire le fléau de Dieu. 
Marcel , dans son Dictionnaire, donne le mot de terga couune étant Icjnoni de 
lik peste en berbère. 

(5) Capiuany, Op. cit. , p. 72. 



— 269 — 
AM«ÉB 1,663, 1,074 DE l'hêgi9E« 

En l'année 1,663, 1,074 de Thégire, la peste se continuait, o<i s'était 
renouvelée, dans le sud des régences d'Alger et de Tunis. Le voyageur 
que nous avons cité plus haut , El 'ATiclii , en parie plusieurs fois dans 
Sa relation de son trajet de Tripoli (Barbarie) à Aït<^*Aliach , à son 
retour de la Mecque ; it en parle d'abjrd à Toccasion des habitans de 
Zeribet-Âb'med , dans les Zibm. 

« Nous les trouvâmes tout pensifs, dit El 'Aïachi , parlant des babi- 
» tans de Zeribet- Ah'med, parce que la peste était dans le canton , et 
B qu'ils craignaient qu'elle vint jusqu'à leur pays. Ils avaient te désir 
» de s'éloigner, et me demandèrent si , légitement , ils pouvatent fuir 
» la maladie avant qu'elle fût arrivée cbez eux (1). » 

[Op. cit., p. 132.) 

El 'Aïachi était è Zeribet-Ah*meh le vendrai , 49 mars. A cette date , 
il n'y avait pas longtemps que la pesie avait visite l«i même contrée , 
rar Éi 'ATachi , sous (a même date, parle d'un Sid-et*Touàii>ebn-Nadji , 
homme savant parmi les savons , qui en était mort depuis un temps 
qu'il ne précise pas , mais qui ne pouvait être long. Voici , du reste, 
les propres paroles du voyageur : 

« Mon maître , dit ErAïachi . parlait du savant Abou-Méhèdi , partit 
» ensuite d'Alger, et se mit à voyager de côté et d'autre ; il vint chez 
» Sid-et-Toiiât! , pour recevoir ses leçons , et il resta son ami J4igqu'à 
j» sa mort- Et-Touâti étant revenu gravement Oiftlale du t'an('2}, 
» Abou-Méhèdi le soigna jusqu'à son dernier soupir et l'enterra. » 

( Op. cit., p. 432.) 

El 'Aïachi parle encore de la peste à l'occasion de Sidi-Okba , vers 
Irquel il se dirigeait en partant de Zenbet-Ah'med. C'était le dimanche, 
i. raoïad an , 21 mars. Nous laissons parler ii voyageur. 

« Le lendemain , dit El 'Aïachi , comme nous arrivioas en face do 
» Sid-'Ok^ba, nous eûmes la certitude que la peste était en ce lieu et 
» dans le canton qui en dépend . ainsi qu'à Biskra. Cela fut cause que 
» nous n'allâmes pas visiter la K'oubba , et que nous couchâmes entre 
9 elle et Biskra. » ( Op. cit., p. 135. ) 

(1) Nous renvoyons à Tauteùr lul-méine, p. 132 , 193 et 134, pour sa réponse 
aux habliaoâ de Khanga , et à son traducteur .pour une note sur la p&«^tecn 
généra! , au point de vue médical , traduite du cheikh Daoud - ei - Antaki, 
luanusciit de la bibliothèque d'Alger, numéroté 67. 

(2) Tkdn on Tkdon. C'est un de<« noms sous lefqiicls la peste est connue en 
Egyijte ; on le donne plus pafticulièrement è l'un de ses symptômes l«*8 plus 
communs , le bubon. En Egypte encore , on donne le nom de kkia/dji à ces 
bdbons sans tièvre qui s'y obseivcnt annuellement. Koud tenons ce i enseigne* 
ment de II le docteur Baffalovitch, médecin tusse, qui , il y a quelques années, 
fut envoyé en Egypte , par son Gouvernement, pour étudier la peste au point 
de vue de la question de la contagion. M. Raffalovitcb est passé à Alger en 
18*8, à son rt'tonr d*Egypte. Il croyait i la ptssibilijté de Icxtinction delà 
ineste dans ce pay^, à l'aide de mesures hygiéniques dii>nt il a fût le sujet d'uu 
r;q>|)ort à l'Intendance sanitaire d'Aleiandrio. ( Mémoire sur Cétat hygiénique 
de h Basse-Egypte , lu h rintendaucc sanitaire d'^lcxandiie, le 17 aviil 1848. 
- aiar>cillc, lb48. ) 



— 270 — 

L*auteur revient , uo peu plos loin , sar le même Bujél , c'est-à-dire 
sur ce qui rerapôcha d aller visiter te célèbre sanctuaire de Sidi- 
Okba (1). 

« La phipart des personnes , dit le voyageur, qui viennent visiter la 
» yesdjid, écrivent leurs noms sur les murai'les, pratique qui est passée 
B en coutume. Ja suis entré bien souvent dans cette mosquée ; mais , 
» cette fois , à cause de la peste , nous nous en abstînmes , et nous 
» fîmes nos hommages en dehors. » 

(Op. cit., p. 436.) 

El 'AYachi pat le de nouveau de la peste à l'occasion d'un de ses amis 
de la caravane, et avec qui 11 retournait daus sa patrie» Ceci se passait 
entre ÂbJ-eUMedjid et El Aoutna, h la date du mercredi , 12 ramad'ân , 
31 mars. Mais^ laissons faire, au voyageur lui-même, le récit de cet 
événement. 

« Le lendemain ( 42 ramad'ân , 31 mars , mercretii ) , dit El Alachi ,. 
» nous mîmcfc pied à terre au d'ohor, avant El 'Aouïna. Là mourut 
» un de mes amis de Filala (TafiléU)i un des enfans de l'Imân des 

» gens de Sedjelmâça. Il succomba à la peste Que Dieu lai soit 

» miséricordieux 1. '. . » 

En la même année 4,663, 4,074 de l'hégire, les saoterelles affligeaient 
les mêmes contrées que la peste. El 'Aïachi , qui se trouvait à B'âmi-es- 
Soltan, prés de Neft a , le 14 roars^, dimanche , 25 cha'bân , dit qu'il y 
avait de$i gens de celte dernière ville occupés à chasser les sauterelles, 
et qu'ils ne parvenaient pas à les exterminer complètement. Il ajoute 

3ue les ravages de ces insecies amènent la famine , et que , du temps 
u Mâd'i , il y eut une grande disetle produite par celte cause (^). 
Deux jours après, le 16 mars, mardi , 27 cha'bân, comme la caravane 
d'EI 'Aïdchi était à EI-KeiâbYa, un vol de sauterelles passa la nuit sui- 
vante près de iepr bivouac ; ils en prirent beaucoup, ce qui augmenta 
d'autant leurs provisions Mais nous cédons la parole an voyagt^ur. 

< Un vol de sauterelles, dit ce dernier, passa la nuit à El Kelâbla , 
» auprès de la caravane ; quelques pèlerins se rendireol à leur bivac 
* et en prirent une grande quantité , ce qui augmenta d'autant leurs 
» provisions. Les sauterelles étaient à Tépoque de reproduction , lors- 
» qu'elles déposent leurs o&ufs (3). » 

(Op. ciL, p. 130.) 

(1) Tuât le monde sait que Sidi-Dkha est le général arabe qui , sur la fin dit 
VII* siècle df* notre ère, accomplit , sur les Grecs et les Romams la Citnquétc 
(lu non! de l'Afrique . Soq sanctuaire ou tombeau est un lieu de pèlcrinAge 
irès-fréqueiité par les Arabes, et nous Pavons visité uous-méme dans nos deux 
voyages «ux Zib«in, Vmi en t847, et Tautre en 1852. Sur la porte du sanc- 
tuaire, n)untaot gauche, se lisent^ en caractères cufirues, ces ^iaIlples 
paroles : 

Ici est le tombeau de Sidi-Okba, fils de Ife/a.. 

(2} Op. cit., p. 129. 

(3) Ces sauterelle^ appartenaient à la grande espèce , Vacridium peregrinum. 
dont nous avons dc^jà dit quelque chooe, p 91-96 

Voir aussi ce que nous en avons dit dans nn travail spécial intitulé : Ravages 
des sauterelles (acii»Hunï f)ere*i[rinuni , credipoda crticiata) sur difjérens points 
€ie r Algérie , en 1845. ( Tableau de la situation des établissemens français en 
Algc^rie, de 1844 à 1845, — Paiis, 1846 ) 



— a7i — 

Nous Ircuvons , dans la relatioQ à laquellâ Doas empruntons ce qui 
précèdt^ , an autre fait que nous enregistrons en passant , à savoir la 
croyance à ta contagion de ta pesto, sur tes points que parcourait alors le 
voyageur. Déjà, nousavons va qu'à leur passage à Sidi-Okba, Et 'AYaclii 
et ScS compagnons s'étaient abstenus d'entier dans sa mosquée , cepen- 
dant si vénérée, à cause de la peste qui régnait alors dans la vilîe , et , 
maintenant, nous allons voir les habitans d*Bt-Ar'ouM'(t) s'opposer 
à leur entrée chez eux, parce qu'ils les supposaient contagié<). 

El 'Alachi se dirigeait, avec sa caravane, d El 'Aouïna sur EIAr'ou&l\ 
où il arriva le dimanche , 16 ramad'ân , 4 avril. • Il y avait, dans la 

» caravane, dit El 'Alachi , de ces Arabes appelés souat Ces gens 

» étaient dé Demer; ils dirent aux habitans d'EI-Ar'ouàt' d; ne pas 
» nous Isiisser entrer en ville, parce que la p >ste était parmi nous ; et , 
» en effet, pas un d'entre nous n'y put pénétrer 

» Il ne vint personne de la ville eu bivac de la caravane. On jetait 
» le blé que nous achetions du haut des murailles, et on lavait Targ* nt 
» que nous donnions. On ne prenait rien de nos mains £aus lui faire 
9 subir celle purification. » 

{Op. cit., p. 150.) 

Deux voyageurs arabes, El-Bekri , déjà cité, et Moula-Ah'met , dans 
on temps beaucoup plus rapproché de nous, en 4,7f0, parlent , tous 
deux , de la peste à laquelle seraient sujets les habitans de K'abes (2) ; 
le peu qu'ils en disent., suffit pour établir que ce n'est pas de la peste 
proprement dite dont ils veulent parler, mais bien des fièvres paludéennes 
qui tiennent à l'insalubrité de la localité. D'un autre côté, cette insalu- 
, britése trouve conSrmée par un voyageur moderne, M. le consul général 
Pélissier , qui dit, p;^rlant de Medou , l'un des villages de I oasis do 
K'abes : c Medou passe pour être très-ma!sain ; en général , tous les 

• villages de Gabès le sont plus ou moins. » 

( Deicription de la régence de Tunis , p. 4G2. — Paris, 1S52. ) 

Nous n'en rapporterons pas moins ce que disent,.de la peste de K'abes, 
les deux voyageurs qui l'ont précédé , et qui , en tout état de choses , 
a aussi son enseignement au point de vue de la pathologie africaine. 

< Gf*tie ville, dit Ei-Bekri , est en proie à la peste et aux scorpions (3) . 
» L'air y est mauvais : à quoi bon, dès-lors, les dattes, les raisins et 
fi autres fruits qu'on y trouve ? il ri'y demeure que ceux qui manquent 
» de gîte ailleurs , et son eau n'est bue que par ceux qui meurent 

• de soif » 

( Op. cit. ) 



(1) Que l'on <*cnt g(^n>Valeaicnt El-Aghouat. C\M auJonrdMiui le point le 
plu)i sud de nos possesdiuns algériennes. 

(2) On écrit généralement Gabès. C'est l'ancien je Capsa, duot nous avons 
déjà eu occasioo de parler. 

(3) Sous le rapport des scorpions , K'abes n'est point en reste avec les autres 
contrée* sud dont nous parlons : toute5 en siint également infestées. L'espèce la 
plus mulriplide, et qui est celle dont il eAt question Ici , est le butkus superius^ 
sur lequel nous sommes entré dans d'assez grands détails dans notre Voyage 
d'Alger aux Ziban , p. 229-234. — Alger, 1852. 



— 317a — • 

Itfoula-Ah'mcJ rail lin tab'eau encinnteur de K^abes, sous le double 
rapport de la bt^auté df s sites «l de Taboodance des proJuctious de 
toutes sortes ; il continue ainsi (1) : 

« Mais, comme toute cbose a son mauvais côté , K'abesest sujet â la 
» peste , dont ses hab tans sont toujours malades , et les gens de re 
» pays prétendent que la cause en est dans la granle quantité de lau- 
» rierà-roses. En respirant sans cesse l'amertume de cett^ plante , ils 
» deviennent malades , disent-ils , et c*edt pour cela qu'ils ont le teint 
» jaune. » 

( Voyage âe Moula- Ah'med , iêpu's la Zaouïa en Nas'rïa jusqu'à 
Tripoli^ etc, , du il juillet1,'709au 17 octobre 1,710, traduction, p. 270.) 

La peste a souvent été observée au sud des régences de Tunis et 
d*Alger, et de l'empire de M<iroc ; on peut même dire qu'elle s'y est 
présentée toutes les fois qu'elle a régné sur le littoral. C'est ce que 
nous verrous pour quelques pestes dont nous aurons à parler, loisque 
nous arriverons aux époques où elles se sout produites. 

ANNÉE 1,664. 

En Tannée l,66i, la peste régnait dans la régence d^Alger ; elle sévis- 
sait à Bougie dans le mois de juillet. Aussi Beaufort, qui , le 2< de ce 
mois, s'étaU présenté devant Bougie pour Tatt^quer, et qui ne le fit pa«, 
en éprouva du regret lorsque , plus tard , il apprit qu'alors la garnison 
turque avait été détruite par la peste, et qu'il aurait pu s'en emparer 
sans résistance. « Plus tard, Beaiifort, dit Rotalier, éprouva des regrets 
« en apprenant que la garnison turq«te avait été détruite par la peste, 
» et qu^il sérail entré dans la ville sans coup ferir. o 

(Histoire d'Alger, elc, t. ii , p. 350. — Paris, <84l.) 

On fait que le lendemain , 22 juillet. Beau fort se trouvait devant 
Gigelli ; on sait aussi qu'il prit cette ville , mais qu'elle ne tarda pas à 
ôtre reprise par ses habilans. 

En l'année 1,664, la peste régnait aussi à Toulon et à Cuers , en 
Provence , mats les historiens , en mentionnant cettd peste , u'entreot 
dans aucun détail sur ses ravages (2) • 

ANNÉB 1,666. 

En l'année 4,666 , le garroHUo, qui , depuis bon nombre d'années 
déjà , était éteint dans la Péninsule espagnole , s'y ralluma ^ et ce fut 
sous forme générale , pandémique , comme en l'année 1,613, restée 
dans les souvenirs des habilans, sous le nom d'El aiio de los garro-- 
tiUos(Z). 

A n'en point douter, les ravages faits en Espagne, par cette maladie, 
pendant les dernières années du xvi* siècle et les premières du xvii% 
n'ont pas été moins considérables que ceux faits par la peste orientale , 
durant le môme laps dé temps. 

(1) Moula-Ah*raed était à K'abes dans les Journées des 14 et 15 août 1,710. 

(2) Papou , Op. cit. , t. II , p. 291. 
^3/ Navarette , Epist , p. 64. 



- i7i - 

^e!6a AlpIiODse da'Fdntécha, le garrotilh se serait montré en Èspâ^ 
t^ne, pour la première fois , p^ après le catarrhe épidômique de 1,583. 
D*un antre éôté, Miguel Martioéz deLeyvn, dans son Prologue ^ éi 
€hristobaI Ferez de'Berrerà,'dans son Traité sur le garrotWa, signa- 
lent , pour Tannée 4,583, en Espagne , une épidémie de charbons an^ 
gineux et mortels, epidémia de cdrlmnelos anginosos y mortaleê. 

La môme maladie , le càrhùhelo anginoso ou garrotillo , se remontra 
en Espagne en 1,596, et ce fut d'abord daios la ville de Grenade, d'après 
les docteurs Sébastian de Solo et Francisco Gonzalez de Sepolveda , qui, 
tous deux, la croyaient alors nouvelle, opinion qui fut fortement eontro^ 
versée, avec raison , par leurs confemiiorains. Quoi qu'il en isoit , ce^ 
deux médecins désignent la maladie sons le nom de earbunclo anginoso, 
faisant remarquer que d'autres l'appellent gàrrotillb (1). 

Zacutus liusitanos, que nous avons déjà cité , la signale à la fois en 
Espagne et en Portugal , pour l'année 1 ,604 ; il dit , entr'autres choses , , 
que les malades ne pouvaient irien avaler ; iiu'ils vdyàient tous lés li«' 
qnides aVec horreur; que les parties servant à-la déglutition se garigre* 
naient; qu'aucun remèda ne pouvait dompter la maladie, à laquelle on 
succombait le quatrième jour. D'autres auteurs donnent, au garrntillo , 
une marche encore plus prompte. Ainsi , dans l'épidémie de Nérac et 
lieux voisins, de 1.718 à 4,?50, des malades mouraient déis le troi- 
sième(â) jour ; et , dans celle àe la vallée de Siemènthal ,-«9 Suisse «.de 
4,752, la mort arrivait souvent dans les vingt-quatre iieqres (3). 
« C'était , dit Ozanam , une angine contagieuse , souvent mortelle dans 
» leis vingt*quatre heures. » 

{Op. cit. , t. lii , p. 47. ) 

Un autre médecin portugais, le docteur Barbosa (Sanrez- Luigi ), de 
Lisbonne , auteur d une relation de l'épidémie qui régnait en Portn- 

Sat en 4,749, dit que cette maladie avait été observée en Portugal 
u temps d'Accius Amiénps, et qu'elle y reparut en 1,690 , époaue à 
laquelle elle était aussi en Espagne , selon Giovanni de Villaréal (4). 

Le garrotillo des Espagnols (5) . le lacet de la gorge des Napolitains, qui 
l'appelaient encore le mal stràngulatoire ^ etc .; le gcêrrottllo , disons- 
nous, est notre anoiMa ou esquinancie maJigne, que l'on trouve par- 
faitement signalée dans les écrits d'fiippocrale , d'Arétée et d'Aétius. Ce 

(1) Gonzalez de Sepolveda , Discuno medico-moral. 

'{%) Raalin , Uénwiresur les maladies occasionnées par les variations de 
ritir, 

(8) Daniel Langbans, de Zurich, Actes helvétiques, t. <I« 

(4) On la revit en Ifortugal en 1,749 , puis en 1,786 , époque à laquelle elle 
portait le nom de bolhos degargemta. Le docteur Barbosa , qui nous apprend 
avoir traité plus de 200 mâuides , en perdit peu , à l'exception de ceux déjà 
atteints de quelque affection chronique, de la poitrine surtout. Le bolhoa de 
garganta était fatal à ces sortes de malades , qui sont également les victimes 
privilégiées du choléra. 

it\ Nom qui lui yient , dit Herrera, de ce qu'elle suffoque ou étouffe à la 
«nanièrc du garrot>, iastruttient de supplice alors usité en Espagne» 

35 



qQ*eo dit le dernier e«i encore plus explicita qae ce qu'en avaient dit 
ses devanciers. La plus ancienne descripUoD que noas en possédions 
pour ces derniers temps, est celle de Foreslus, qui l'observa à Alkmaërt , 
où elle apparut en octobre 1,564 ; vient ensuite celle de Schench, rela- 
tive à la pandémie de 4 ,561 , qui fut commune à TEurope , à l'Asie et 
â rAfrifue ; puis celle de Reusner, qui observa la maladie en 4,572, 
à Nordlmgue, où elle se renouvela en 1. 587. L'épidémie qui régnait en 
France de 4,564 à 4,565, et qui a été décrite par Xivier, appartenait , 
trés-vraisemblablement , à la môme maladie. 

Presque tous les auteurs contemporains des grandes épidémies de 
garromlo, considéraient cette maladie comme contagieuse Toutefois, 
comment concilier cette contagion avec une autre observation , si elle 
était exacte, à savoir que la maladie se montrait sur les animaux avant 
d'apparaître sur Thomme ? Ozanam, parlant de Yesquinancie épidémique 
de Paris, en 4,743, laquelle s'étendit sur toute la France, les années 
suivantes , dit : » Cette épidémie ressemblait à celle de Naples en 
» 4.618 , en ce qu'elle fut précédée, comme celle-ci , de Yesquinancie 
• des bétes à corne. • 

(Op. ctl. , t. ni, p. 38.) 

D'antres raifons encore donnèrent, à Topinion dont nous parlons,, 
quelques contradicteurs. Qu'il nous suffise de citer le docteur Pedro 
Mancebo, dans sa réponse à la question suivante , à lui proposée par 
le docteur Rodrigo-Manuel de Unerta : 

Utrum êi $1 morbo punticular^ 6 garrotilh , las viruelas y la angina 
$ean contagiosas, y 8% lo9 qm te ae<iican à eurarlas^ se eœponen a set 
contagiados ? 

La réponse du docteur Pedro Mancebo, publiée en 4,626, avait pour 
titre: 

Est dUptUatio utrum feMs puntieularis , ffulgo tabardillo , variofas 
et angina sint affeetimts contagiosae , c(mlagium pro gignentes assiden" 
tibus eum aegrotis. 

Les écrits spéciaux auxquels le garrotilh a donné naissance sont des 
plus nombreux ; la seule liste de leurs auteurs serait difficile â établir, 
même pour nn temps assez court. Ainsi , seulement de Tannée l,61f à 
Tannée 4,638 inclusivement , nous aurions à enregistrer les noms qui 
suivent , savoir : 

Pour Tannée 4,611, Francisco Perez de Gaseales, de Guadalaxara, 
et Juan de Villareal, d'Ubeda ;^pour Tannée 4,643vCbrist6bal Ferez 
de Herrera ; — pour Tannée 4,615 , Alonso Nu&ez de Lerena et Ilde- 
fonso Menesius ou Meneses ( ouvrage cité par Haller, et qui ne se trouve 
plus en Espagne ) ; *— pour Tannée 4 ,616, Antonio de Lapena , de Gre- 
nade; Francisco de Figueroa et Lorenzo de San Milan, les deux der- 
niers de Séville; — pour Tannée 1,648, don Fernando 6ola , de Se- 
ville (1) ; —pour Tannée 4,625, Alonzo Gomez de la Parra y Arévalo, 

(i) Ferdinand Sola, dans un écrit adressé à la population de ^éviBe^ tous la 
date da !•' décembre 1,630, rappelle que, lors da garrotilh qui y régna en 
i,618, il fut le premier qui écrivit sur as nature, ses causes et son traitement. 
Vécrit dont nous parlons a pour titre : Pareeer a la mmy noble x hal 
ciudad de SevUla acerea de hs polvos vwenosos de Milan, 



--*»» — 

d6 Tembleque; — < potir Tannée 1,6S6, à Saragosse, Gerônimo GH 
de Pina, de Fresneda, en Aragon; — pour l'année 4,638, Micola» 
Guterferrez de Angalo. 

ta plapart de ces auteurs ont pris, pour titre de leurs écrits , des 
dénominations qui ne permettent pas de méconnaître la maladie dont 
Ils traitent. Ainsi , Vouvrage de Juan deVillareala pour titre: 

D$ signis, eausis^ esêintiae ^ ftognosticù et curationê morbis suffo-- 
canlt(AlcaIa ,4,611); 

Celui de Christôbal Ferez de Herrera : 

Brevis et eampendiosus traetatuè de eeserUia , êousiê , notis, praeta- 
gio , curationê , et preeautionefaueium et guttuHs anginosorum , ulœrum 
morH êuffocanti garrotillo aiêpane appellati ^ etOm (Madrid, 4,613); 

Celui d'Alonso Nonez de Lerena : 

Deguiturtset fauoium ulcenbui anginoêiê^ vulgo gofrotiUo (Sevilia ^ 
1,645); 

Celui d'IIedefonso Menesius 6 Bieoeses : 

De gutturie uîceribue anginosie ( SevilU , 4,615 ) ; 

Celui de Francisco 'de Figueroa : 

De las caUdades y efecto de la aloxa , de una eêpecie de angina , 
garrotillo, 6 eaquinancia mortal (Lima, 1,616). 

Ce dernier ouvrage est dédié au vice-^ro! du Pérou , le marquis 
de Montesdaros , dont de Figueroa était le médecin. 

Hâtons^nous de dire que l'ouvrage le plus eomplet sur la matière, qui 
ait paru en Espagne pendant le laps de temps dont nous parlons, est 
celui du docteur Pina, ci^dessut nommé. Cet ouvrage est dédié au 
comte d'Aranda , dont Tauteur éiait le médecin ; il porte pour titre : 

Tratado brève de la euracion del garrotillo , dividido en narradoiies 
médicas, muy utiles y proveckosas para todos los que exercitan el arte 
medeeina y ctrurgia. — Zaragoza , 4 ,636. 

Selon Marc • Aurèle Séverin , à qui nous devons une descrip- 
tion de l'angine épldémique (4), elle se serait , d'abord , développée en 
Bspagne, d'oii elle serait passée à Malte , en Sardaigne, en Sicile (2], à 
Otrante , dans la Pouille, en Catabre , puis à Naples , oh elle se déclara 
en 1,618; elle ne s'y éteignit qu'en 1,640, c'est-à-dire après vingt- 
deuxans de durée. Nous avons vu qu'elle se maintint bien plus longtemps 
encore en Espagne. Or, n'est-il pas vraisemblable qu'une maladie qui 
a régné fi longtemps , et sur une si grande échelle , dans des contrées 
si rapprochées de la côte d'Afrique, n'aura pas épargné cette dernière 
contrée? Nous n'en dirons pas davantage pour justifier la place que 
nous avons cru devoir lui accorder ici. 

Le garrotillo de Tannée 1,666 n'épargna pas Tolède ,où il donna 



{i) De pedanchone malignâ , seu de theriomate fauciam pestis pueros 
proefoeante» — Neapoli , 1,635 

(1) Elle n*appariit en Sicile qa*eD 1,620 , c'est-à-dire deux ans -après 50a:: 
invasioD à Naples. 



oaisbaooe à l'écrit suivant , do docteur Pedro Vasqaez , médecîo de 
cette Tille : 

Marbi esmitiaqui non êolum per hanc insiffnem wrbem Toletanum , 
êêd per totam Biipamam spartim grassaiur^ qwm vulgus garroHilo 
appelïat apolegetiea diisertatio; et ea qwu tn cmuHone hujus morbi 
suMt animadverienda. 

Cet ouvrage ne porte ni date ni lieu d'impression , et il a échappa 
aux recherches de Nicolas Antonio, qui ne le mentionne pas (4). 

ANNÉB& 1,675 IT 1,676, 1,086 bt 1,087 mb l'hégim. 

De Tannée 4 , 675 i Tannée 4 , 676, 4 , 086 à 4 , 087 de Thégire, la peste 
était dans la régence de Tunis (2). EI-K'aïrou4ni, que nous avons déjà 
cité si souvent , en parie en ces teripes, p. 369 : 

« De 4,086 â 1,087, sous Ei-H'adj-Maoïi , la peste ravagea Tunis, 

• et H'oceïn-Pacha fut une de ses victimes. » 

Elle apparut dans le mois de choual 4 , 086 ( 4 , 675 de notre ère ) , 
comme Mohammed ,. I'ihi des deux princes régnant , était allé , dans le 
Djerid , selon Tusage , pour y percevoir l'impôt. Mais laissons parier, 
lui-même, Thistorien de la régence de Tunis» 

0. En 4,086', dit Bl-K'aîrouàni , au mois de< choual , Mohammed 
» partit pour le Djerid , selon l'usage. Pendant son absence, la peste 
1 éclata à Tunis. Plusieurs parens et des sœurs d'Ali-Bey en mouru* 
» rent , ainsi que sa femme ; il n'assista pas à leurs funérailles ; il ne 

• parut qu'à celles de son oncle E'acen-Bey, que le fléau frappa égaie- 
» ment. La tristesse était dans toutes les âmes. » 

( Op. et^ , p. AI64 ) 

Comme nous l'avons vu, la peste de Tunis, en 4,675,. se eontiàuaen 
1,676. En cette dernière année, elle faisait de grands ravages à 
Halte (3) , où elle avait peut-être été importée de la régence de Tunis • 
Et, en effet, nous verrons plus loin que, sans doute, à cause de leur 
yoisinage, ces deux contrées ont souvent été affligées de la peste 
simultanément ou presque simultt^nément. 

De l'année 4 , 676 à l'année 1. 677, 4 , 087, i 4 » 088.d» l'hégjre, la peste 
régnait aussi dans la résence, d'Alger. Son existence dans celte 
Tille , en 4 , 676. 1 , 087 de niégire , est signalée par M. Rousseau, dans 
sa Chronologie des pachas^ Alger ^ p. 208 des CAront^uM dêlaréi 
euvr. dt. , et celle de Tannée suivante , 4,C 



,677, comme la I 
dans le Mémoire , également cité , eur li peste en Algérie, 

Yraisemblahlement , ce fui dans la peste de 4 , 676 à 1 , 677, à Alger, 
que le docteur Murillo, dont il a été question précédemment , rendit 
les services auxquels il dut sa liberté. Ainsi que nous l'avons dit , il se 



(i) Don Ricolai Antonio , Biblioieca Hispano nova, 

W Elle était à Marseille trois 
)p. cit., p. 73. 

($} Papon, Op, cii,, p. ^2-. 



(2) Elle était à Marseille trois ans auparavant, en 1.S72, Fide Capmany^ 
Çp. cit., p. 73. 



— «T — 

frouvait à la nouvelle peste de Malaga, sa patrie, en 4,678. Or, comme 
la peste à laquelle il avait assisté , à Alger, dora trois ans . d*après de 
Villalba, nous sommes autorisé à penser que la peste qui régnait à Al- 
ger de 1,676 à 1,677, avait comnaencé en 4,675, époque à laquelle 
nous l'avons trouvée à Tunis, comme on Ta vu en son lieu. 

En la même année l|677, la peste régnait aussi à Oran , oe qui res- 
sort des paroles , ci-aprés , de notre épidémiologiste de Villalba : 

a La ciudad de Mélaga gozaba el ano de 1,678 de la salud mas per- 
»j fect», aunqueoon la Zi^zobra de la peste aue se'padecia en Ôrâo 
» dtsdeet ano antécédente. Sin embargo de baber poesto el cuidado y 
3| vîg^ncia que exlgjan taies circunstancias para evitar el peligro que 
» le amenazaba per su proiîmidad al mal , no fuéron bastantes â im- 
» pedir que aportase à su puerto , el dia 28 de mayo de 78 una saetia 
» que ocvltando el rumbo que traia desde Orân se le admitiô al comer- 
» ôo^ conduciendo con los géneros la danina peste que temian. » 

( Op. eit, , p. 125-126. ) 

Nous aurons à revenir, plus loin , sur cette épidémie de Malaga , en 
1 , 678. 

Sur la Qp de Tannée 1,677, commencement de l'année 1,088 de Tbé- 
gire, Tunis eut â souffrir d'une borrible famine , par suite de l'attaque 
de cette ville par Mohammed-Béy. Cétait sous radministraiion de 
T'abak'-Dey. Voici comme en parle l'historien de la régence de Tunis : 

c Comme les arrivages avaient cessé , dit El-K'aïrouàni , la famine 
• était dans la ville. Le prix de h mesnre de blé a^éleva à un demi-réal , 
» soit six réaux l'oniba , le kafiz à quatre-vingt-seize réaux. On n'avait 

» jamais vu pareille chose à Tunis Les riches habltans furent 

» rançonnés ; on arrêta les deux muftis, le cheikh Mohammed-Felata 
» et le cheikh loucef-Dragut : le premier s'évada , el le second fut tué. » 

( Op. cit. , p. 376. } 

Cet état de choses, heureusement, ne oura que vingt-quatre jours. 

annAb 1,678. 

En Tannée 1,678, Temptre de Maroc, sous le règne de Maley-Ismaôl , 
fut afiOigé par la peste. Un historien de ce pays, de Chénier (1) , qui 
fut , pendant plusieurs années , chargé d'affaires de France auprès de 
l'empereur de Mf roc, parle ainsi de cette calamité : 

« En 1,678, l'epipire de Maroc, affligé par une suite de dévastations, 
» en éprouva ddi nouvelles encore : la peste, qui s'y Introduisit 
» par des commpnicatioos entre Alger et Tétuan {t) , y fit des 
» ravages affreux, Les relations disent que la contagion y fit périr 
» près de quatre millions de personnes , ce qui me parait extraor- 
» dinaire. Les désolations de ce fléau, les sacrifices que Muley-Arcbid 
» et Muley Ismaël firent à leur ambition » 

(i) Père de l'illustre poète, André de Chénier, qui , si jeune encore (32 ans), 
périt sur l'échafaud , le 85 JaUlet i,79(. Son frère , Joieph de Chénier, après 
afoir rempli de très-baatet fonctions en France, a laissé aussi un beau nom, 
comme poète dramatique. 

(2) Recherches historiques sur les Maures el histoire de tempire de 
Maroc, t. m, p. 385. — Paris, 1,787. 



- «§ — 

'* La marohe suivie par la peste dans le Maroc, ea 1,678 , témoigoerail 
encore, s'il en était besoin, de son importation dans ce pays. Ainsi, nous 
Ty voyons exercer ses premiers ravages dans le nord, où elle avait 
d'abord éclaté. « Malgré, dit de Gbénier. malgré les progrés de la conta- 
» gion, qui se manifestaient encore pins dans la partie du nord , les 
K Âlcaldes , des environs de Tanger, firent des incarsions sur celte 
» place, qui était alors au pouvoir des Anglais . , . • » 

( Op. dt. , p. 386. ) 

Mal?, bientôt après , les ravages du fléau se continuèrent du' nord au 
centre même de Tempire. « Muley Ismaôl , dit Gbénier, se détermina t 
» la même année» à sortir de Méquinès, autant par rapport aux ravages 
» que la peste faisait aux environs, aue parce que I esprit d'inquié- 
» tude, dont il était constamment dévoré , ne se conciliait pas avec 
» un si long repos. » 

{Op. ci^,p. 387.) 

D'après ce que nous venons de dire de la peste du nord de l'Afrique, 
de 1,675 à 1,676 , cette peste paraîtrait avoir débuté dans la régence 
de Tunis, d'où elle se serait propagée , de procbe en procbe , jusques 
dans le Maroc, où il n'est pas probable qu'elle se soit éteinte l'année 
même de son spparition. Toutefois , les faits nous manquent pour ap- 
puyer cette assertion. 

AiOfii 4,680, 1,091 M l'héoibb. 

En Tannée 1,680, 1,091 de Thégire. eut lieu , à Alger, l'explosion de 
la grande poudrière, et l'expédition de Baba-Bassan , souverain de ce 



pays, sur Tunis. Cette expéaition avait pour but de faire cesser, parmi 
tes Tunisiens , la guerre civile qu'y avaient allumée les deux princes 
et frères , Mobammed et Ali-Bey : le dey d'Alger obtint ce résultat , 
en réconciliant les denx frères. Ce fut ce même dey qui , quelques 
années avant, en 4,676, 1,087 de l'hégire, dirigea, de sa personne, 
une expédition sur Tlemsen, qui avait secoué le joug du gouvernement 
d'Alger. Trois ans plus tard, en 4,683, 1,094 de l'bégire, it fut assassiné 
A la marine, dans une révolte des Janissaires. 

En Tannée 1,678, la peste régnait aussi à Malaga, et nous avons tu , 
précédemment , qu'elle y était attribuée à un navire chargé de lingerie 
{ropa), et venant d'Oran (1) , où elle existait depuis Tannée précédente, 
1,677. L'épidémie apparut dès les derniers jours de mai (2) , et nous 
ferons , brièvement, l'historique de ses premiers cas. 
. Quelques marins du navire venu d'Oran débarquent et se logent sur 
la place St-Jean. Le lendemain, Tun d'eux , jeune homme de quatorze 
ans, toml>e malade et meurt dans les vingt-quatre heures. Le jour sui- 
vant , un autre de ces mêmes marins est frappé è son tour, et il suc-* 
combe au commencement de son cinquième jour de maladie, eon 

m ■ " ' ■ • ■■■ ' 

(1) Nous devons faire remarquer qu'à la date du 11 Juin de raooëe précé^ 
dente . 1,677, une maladie contagieuse, dont on ne précise pas la nature , ré» 
gnait à Murde et k Garlhagène. Fiiie CapmaDy, p. 79. 

(2) On se rappelle que le navire était arrivé le 28. 



— t9« -r 

calenlura (fièvre) , earbuncloi (charbons) sur le Cf^ç$ » et una seca (tu-* 
meur), landre ou bubon dans Taioe. 

Alors deux femmes de la place St-Jeao , deux sœurs , soot alteiotes 
d'une maladie offrant le môme caractère que celle des marins ; elles ont , 
l'une ei l'autre , un carbunch à la jambe, et una landre (bubon) à Taioa 
correspondante; seulement, elles éprouvent , toutes deux, des vomis-^ 
semens porrac^-s {porraceos)^ ce que n'avalent pas éprouvé les marins* 
et Tune meurt an commencement de son troisième jour de maladie » 
tandis que Taotre se rétablit. Gelle^i était rainée. 

A ces deux premiers cas fournis par la ville , sur la place St-Jean , 
en succède un troisième, également fourni par cette même place. C'est 
encore une femme qui avait joui , jusqu'alors , de la meilleure santés 
Les symptèmes qu'elle présente sont , en tous points, semblables è. 
ceux observés sur les précédons malades, entr'autres un bubon {landre) 
sous l'aisselle gauche , et elle expire à l'entrée de son troisième jour 
de maladie. 

Vient ensuite un quatrième cas , également offert par une femme , 
âgée de trente ans, qui avait été voir un marin du navire d'Oran. Cette 
femme présente encore des accidens semblables à ceux des précédeos> 
malades , entr'autres une tumeur {landre) sous le bras p et meurt en 
moins de vingt-quatre heures. 

On ne dit pas quelle partie de la ville elle habitait , et on ne dit pas 
non plus celle d'où provenaient cinq autres personnes qui , bientôt 
après , furent atteintes de la maladie importée , et sur lesquelles on 
observa et des pustules charbonneuses {pustulae earbunculosae) ^ et des 
bubons (buboneê) dans les aines et sous les aisselles , avec calenlura 
maliqna. 

Bientôt, le fléau fut dans toute la ville et les environs ; il s'étendit , 
ensuite, à Ântequère, â Murice, à Carlbagène, à Grenade, à YeXtz- 
Malaga, é Ronda, à Montril, à Rio-Gordo, à Igualesa, etc. L'année 
suivante, il était dans toute l'Andalousie, et sur d'autres points encore 
de la Péninsule espagnole , et nous le voyons, de nouveau» à Malaga , 
en 1,680, soit qu'il s'y fût continué , soit qu'il y fût revenu, 
, Le mal s'attaquait plus particulièrement aux femmes ; les enfans et 
lés vieillards en étaient moins souvent atteints. Le plas grand nombre 
mouraient avant le cinquième jour; quelques-uns allaient jusau'au 
septième, et ceux qui dépassaient ce t^me, guérissaient , à moins d'une 
rechute (1). 

La léthalité du mal n'était pas très -grande. Ainsi, en 4,678, 
sur 4,^13 malades qui furent admis à l'bôpital , il n'en mourut que. 
896, c'est-à-dire on peu moins que les trois quarts. Or, et nous pour«* 
rions ne pas le faire remarquer, les malades qu'on transporte dans tes 
hôpitaux en pareil cas, sont toujours les plus grièvement frappés. 

Le chiffre t^nnu de la mortalité fut de 4,000, non compris beaucoup 
de Maures des deux sexes , nation qui était encore assez nombreuse à 
Malaga, à Tépoque dont nous parlons. Ajoutons que , dans ce chiffre 
de 4,000 , ne figurent pas non plus ceux qui furent enterrés , la nuit, 



(1) U V avait donc , dans rëpidémie de Malaga, des rechutes, et ces rechutes 
étalent fatales , comme dans 1^ choléra de nos Jours. 



<l)aibs1e8 chatiips , iii èeul qu'on allait déposer à la porte déâ coùvénfe ^ 
et qal étaient sortoot des enfans. 

La contagion du fléau n'était pas des plus prononcées. Ainsi , sur six 
médecins employés à Tbôpital des pestiférés , qu'on appelait l'hôpital de 
separacieni sur ces six médecins , disons- nous , aucun ne fut atteint , 
et sur trois cliirurgiens employés dans le même établissement , un 
seul fut touché , mais il se rétablit. Disons pourtant que Tannée sui- 
vante , 1,679, le docteur Jean Bspinosa, l'un oes médecins de l'hôpital , 
mourut de la peste è Velez-Malaga, Htteînt de deux bubons (da$ landres], 
et que le docteur Blaoco Salgado , qui était chargé d'un- service dans 
le même hôpital , le cessa le 49 avril , frappé de la maladie régnante , 
dont il parvint à se rétablir. Il présenta , dans le cours de sa maladie , 
un bubon et cinq charbons [una làndre y cineà earbunelos) ^ avec acci- 
deos graves, sur différentes parties du corps. Sans doute que les bons 
soins qu'il re^ut du docteur Murilio \ ne contribilérent pas peu à sa 
guérison. 

bans le nombre des étfrits publiés sur la peste dont nous parlons , 
nous citerons ie^ suivans : 

Tratado de la epidemia pestilente que padeciô la dudàd de Malaaa et 
ano 1.678 y 1,679, par le docteur Don Diego-BlancoSalgadô.— (Malaga « 
1,679) ; 

Tratado sobre la peste de Malaga , publié dans cette Ville en 4,679 , 
par Don Bernardo«-Prancisco de Acevedo'; 

Carta apologética, en que se prueba que la infermedad que eorriâ esté 
anopasado en la ciudad de Malaga , no fué peste , par Marco-Antonio 
de 'Oieca. — (Malaga, 4,679); 

Carta antiapologética , ou Respuesta à otra del doetor Mm eo- Antonio 
de Checa, en que se defiende y prueba , hcdfer sido peste la enfermedad 
que eorriô este ano pasado de 4,678 , en la ciudad de Malaga , par el 
doetor Btozca Gasonava , médecin de Don Alonso de Santo Thomas , 
évéque de Malaga. — ( Malaga, 1,679). 

A ces ^rîts sur la peste de Malaga de 1,678, ajoutons celui de Jean- 
Baptiste Orivay y Monreal , de Valence , sur l'épidémie d'Oribuela , eu 
la même année 4,678 , l'une des cités sur lesquelles se porta , en cette 
dernière année, le fléau dont nous parlons. L'écrit d'Orivay y Monréal 
portait pour titre : 

Teatro de la verdad , y elaro manifiesto dêi canoeimiehto de las infer- 
medades delaciudadde Orihuela del ano 4,678 (1). — Zaragota, 4,679. 

Comme on a dû le Voir par le titre de son ouvrage , auquel répond 
oelui de Biozca Casanova , Marc-Atatoine de Checa ne croyait pas à là 
contagion de la maladie de Malaga,opioion qui lui était commune avec son 
collègue Michel Lorenzo, qui , tous deux, avaient été envoyés, de Gre- 

(4) Orivay y Monreal est auteur de plusirars antres ouvrages de médecine 
qui avaient de Tintérét à l'époque où il écrivait. 



- ani - 

i)A(l9, par U Uoyald Ch^nceMrie de cette ville , pour ol^^eryer Vtpi^ 
mie (i) • Leur opiaion vini corroborer celle da s^ul rpédeoln de wlImi 
qui Bîaii au^l la coDta^ioD de la maladie régoaotf . De Tilkilha pane^ 
aipsi de celle divergeDce d'opmions : 
« gin em^rga qi»e todos los oiédicosde la ciadad io?iéFeo por catist 

• eieria del couina la roba que de Ofàn ce trai^.> y reparllô en dif^r 
« reule» ealles y barrios , uo solo médico liiH^ de la opii^lop çoQt,raria, 
« que <l»ô à este acbaque por de ninguo ciydade dI vm^; preposiciofi 
tt liftOQgera qpe acarreô mucbo danoi » 

Dès son début, réptdémle fut déclarée pesltlefitielte d eootafpeti«Q 
tpestilenci^ de contagiota) par deux médecins de la yill«, les dootei^rs 
9eraardo Francisco de Acevedo et Alotkso Gonzalez, qui furent d'avis 
de séparer de la populailon ou , en d^aiitres termes ,.âe séquestrer les 
malades et ceux qui avatcni eu des rapports avec eqx. ' 

De là ta création de l'faôpiCdl dont nou«avou& pariépHisbaut , Vhùspi^ 
tal de separadon , qu*on plaça au fort Ste-Caiberine. L'opioieti des 
deux luéileciDS grenadins le lit aband09per, mais il fallut le rétablir 
par suite du progrès de répidémie. D^un autre côté, était arrivé, envoyé 
par le PratomeJkccilo , sur la demande di^ Conml d$ <Ja$tiUe ^ le doc- 
teur Diego DUnoo Salgadp, qui approuva Topiolon des médecins de lu 
ville, en déclarant la maladie pcirtilenlielle, contagieuse et mali^qe , 
fiétilentê, contagwo y maiiono» 

Le n^vel b6piial des pestiférés ou de separaciên fut placé roe de to 
(kuco perde , et on ne commença à y recevoir des malades que le S oç-» 
tobre. Nous avons vu , précédemment ^ que le fléau avait débuté des 
derniers jours de mai aux premiers jours de juin. 

yépidemiolog^ste espagnol attribue à (opinion de la non coi^t^igîoii 
de la maladie de Milaga , en 4,Ç78, et son existei)çe /ie trois annéee 
4aoe cette ville , et son extension à TAndalousie^ il attribue à la mé^e 
o^nion, qui prévalut é Cariba^œ, à Tai^rUionclu a»éme Qéau da^ 
«ette ville, sa propagation à Murcie, Oran (^), Oribuela, etc,, etc. 

« Por no creerse , dit de Villalba , que esta epidemia era pe^le» hjxo 

• tanta dano en la ciudad que durô très auos, y apeslé à la Andalucia ; 
« y lo que no se quiso créerai principio en Gartbagena , lo padeciéroo 
» despues Murcia , Orân ^ Malaga y Oribuela. » 

i'bôpiti^ ee Mala^ avait, pour administrateur, un bemose di^ué d'^ne 
graade expérience en matière de madadies pestilentielles. Celait le fréi^ 
François de la Grux, émineut ecclésiastique, qui avait été envoyé par 
le Conseil royal ; il fi'ètall trouvé ai^i; peeVes de Séyilte, de fiiarceloiie , 
de GéroJie et d'Osterlique i2) , eio«i qo'a«ix pestes de i'eiigoas et éfi 
Bruxelles, en l^W , et 4 celles de Terra-Miieda , de Gand e( plusteure 
atitrea iieux de Flandres, ee 1,^74, Daos ees derniérea peslee, le liiière 
François de la Crux était admtpistratear des bépitauxde rarmAe eepe*- 
ênole. 

■ ' ■■■■ » ' I I ' I I . II. ' l _ .1 ^ ■■ « i » ! ^ I 1 II ■-■■ ■ ■ M 

(1) De Cfieca était x|uaTiaé de pirofessear < Catedratice ) de ^ma, et 
l4»renzo , de professenr de rUperas. 

(1) Petite population du rovaume de Valence , dans nntérietir» qu'il boporte 
fie ne pas eenli^tidre ici avec rOran aft4ca4iie. 

(^ 6(hronc et Dstertique, en €ata1(i^«e. 



^ M2 — 

Nous aTOos va, plus haut, que rhôpital araii n\% méJecios : dé Vtl- 
talba D'en nomme que trois , les docteurs Jean Espinosa , Bernard Ace- 
Tedo et François Lamt^ra , auxquels vint se joindre , à la date du 49 
novembre l,6f9, le docteur Salgado, envoyé par le Gouvernement, et 
dont il a déjà M question. Ce médecin , dans l'ouvrage que nous 
avons mentionrré, parle, avec tous les éloges qu'elles méritent , detf 
personnes qui se distinguèrent, par leurs services, dins l'épidémie de 
Malaga. Dans le nombre de ces personnes est cet ancien esclave et 
cirurjano major do Thôpital d'Alger, lô licencié Mnrillo, à qui le docteur 
Salgado lui-même, comme nous l'avons vu plus haut, dut peut-être 
U conservation de ses jours. 

Pour plus de détails sur la peste de Malaga des années 4,678, 1,679 
et 1,680, nous renvoyons à de TiUalba ^ t. ii, p. 125 6 135, ajoutant 
que ceux que nous venons de donner sur le même sujet, paraîtront 
ftuffîsammeni justifiés par l'origine africaine du fléau péninsulaire des 
années précitées. 

Milfts 1,682. 

Bo ra0né6 1,6S^, la peste et la famine désolaient Alger, assiégée en 
même temps par Tamiral Duquesne , è qui ce& deux ûeaux vinrent eo 
aide. 

Duquesne se présenta devant Alger le 21 juin, avec onze vaisseaux, 
quinze galères, cinq gdiiotes à bombes, trois brûlots, quelques flûtes ei 
tartdoes.: LeméBiejmir, le bombardement commença et fut poussé 
avec une extrême vigueur. Le résultat ne parait pourtant pas en avoir 
été satisfaisant, puisque Duquesne le recommença Tannée suivante , à 
la même époque. Le dey d'Alger était alors Babji- Hassan , homme 
d'énergie^ d'après ce que nous avons ^u occasion d*en dire. 

En la même année, 4,682^ la peste était aussi en Andalousie, où elle 
existait depuis t'aû née précédente ,4,681 , époque à laquelle elle était 
également en Castille et sur d'autres points de TEspagne , ainsi qu'en 
ârdaigne et à Perpignan (!}• 

ANNÉE 1,6^. 

En rannée i,6rSf3 , la peste se continuait à Alger, en même temps 

3u*elle existait sur d'autres points de la régence. C'est ce qui résulte 
g passage Suivant, de Capmany, p. 73: 

« A 10 de juDio de 1,683, se juntô (en Baroelona) el Conœjo de ciento, 
» de résultas del aviso de que éo Argel y otras parles de Berberia ha- 
» bia peste, para tomar las disposiciooes convenientes. » 

Eo cette môme année 4,683 , l'amiral Duauesne vint , de nouveau , 
bombarder Alger, ou il se trouvait , à ta date du 20 juin , un jour 

Î>lu8 tôt, par conséquent, que l'année précédente. Ses forces, cette 
ois, se composaient de dix vaisseaux, sept galiotes , quelques galères 
et navires de charge* Uu parlementaire fut envoyé par le dey à Du- 
quesne. Ce parlementaire, qui était Hussein, plus connu sous le nom 
de Mezzo-Morto , quitte Duquesne dans les meilleurs termes , en Tas- 

(1) De Tillalba, t. ii , p. 142; Tableau ducom'^iàe Notre-Dame de la 
Mtercede, k Xérès de la Frontera, cité plus haut, en note. 



— S8$ — 

surani que toutes les diflicuUés seraient aplanies à son retour à terre. 
Loin de là : de retour à terre, Mezzo-Morto soulève tes troupes contre 
le dey, le fait assassiner, slnlronise à sa place, et se déclare contre là 
France. Le bombardement commence avec vigueur ; il secontinue ainâi 
jusqu'au 11 août. Ce fut durant ce bombardement qu'on vit les Algé- 
riens, dans leur exaspération contre les assiégeans, mettre à la bouche 
d'un canon, et le lancer sur ces derniers, le consul français qui , avant 
l'assassinat de Baba-Uassan, avait été chargé de hégoc;er la paix (1). 
Ce consul était le vicaire apostolique Levacner, chef des Lazaristes en 
mission â Alger (2), et c'est sur Mezzo-Uorto, l'assassin et le successeur 
de Baba-Hàssan , que pèse toot l'affreux de son suppllc-e. 

Le second bombardement d' Alger» par Duquesne, ne paraît pas avoir 
eo de meilleurs résultats que le premier, puisque ce ne rut gu*après un 
troisième, sous les ordres de Tourville , eo 4,684 , que les Algériens se 
décidèrent à envoyer un ambassadeur au roi , alors Louis ^Y; qui , 
ne pouvant mieux sans doute, voulut bien fc déclare!* satisfait. La pai^ 
fut donc signée entre ce soiiverain et Mezzo-Morlo. 

Rappelons que ce fut en celte dernière année , 4,6Si, 4,095 de 1 hé- 
gire, que Mezzo-Uorto , tranquille du côté de la France , crut pouvoir 
faire une expédition sur Tuni». lie commandement de cette expédition 
fut confié à Brafaim-&bodjel^URhail (3). 

avnAii 1,686. 

En Tannée 4,686, la peste était à Alger, où régnai! alors le dey Uo- 
hammed(l). 

AIIN£B 1,687, 1,(^8 DB L'HfiGIftB. 

Hn l'année 4,687, 1»098 de l'hégire , de grands troubles eurent lieu 
dans la régence d'Alger : à Oran, le bey Chaâban est assassiné ; à Al- 
ger, la milice se révolte , et le dey régnant , Mezzo Morto, est contraint 
à prendre la f jite : il se réfugie A bord d'une frégate, qui le conduit à 
Smyrne (5). 

MiNftB 1,688. 

. En l'année 4,688, Alger es4.de nouveau bombardée, cette fais par le 
maréchal d'Efetrées, auquel étaK venae se joindre l'escadre de Tourville , 
après son combat avec le pacha Hassen, amiral turCrCette réunion eut lieu 
devant Alger, sur la fin de juillet. Plusieurs milliers de bombes furent 
jetées dans la ville et la bouleversèrent. Cinq vaisseaux furent coulés 

-- ■ ■ ■ ... ■ . ^ . ^ . - ^ ■ ' " r . 1 I... _ . 

(I) flje canon à la tioacfae duquel M mis Levacher porta , depaia, le nom de 
Comsmlaire. Il etIsUit encore lors de la prise d'Alger, en 1880, époqoe A 11* 
quelle il Ait transporté en France. C'est une plèee du plus fort calibre. 

(S) Atora les vicaires apostoliques remplissaient les fonctions de consul.. 

(8) Chroniques de la ''égence 4 Alger 

(4) Delcambre , Manuscrit cité, 

(5) Chroniques de fa régence d'Alger^ 



dibs le port, et un autre y fût brûYé. On vît se fenoweler, iam ce» 
eirdb&stances , râlroclté (^mtnide , en 1,683 , strr le vicaife apostoHipio 
Levachet- : les Algériens mirent eyicore à la bouche d'un canon le suc- 
eeiseoir de be mdme Le vacher, le tlcaife apostolique de Montmasson (i), 
et lancèrent cette nouvelle vlcilTre sùrTescadre du maréchal d*BstP6es«. 
Elle ne fut pks la seule : presque chaque jour, pendant toût te tetnp^ 
^e ddfa le kimbardeûient , le même supplice se répétait pour le» 
tBAlheûNuk rran$4lé en captivité dans les bagnes d'Alger. Mais écon- 
;tons , sur les atrocités algériennes de t,69$ , un témoin oculaire , le 
toiarisld Jacques Lecletc , qui , lui-même , Talllit en être victime (SQ. 

« Bq 1,6^^ du Jacques Leclerc, l'armée nav&ite de France p9if\itTie- 
]i viAt Alger, sur te sn di) mois de juin. C'était pour àroir salisfactfon 
• des Contrateottons que Ces puissances bJirbaresqnes étaient faites à 
a h pailk-Le commandant de 1 armée ne fit aucune démarche d*accom- 
» modéfiieot, et les barbares h'eo tirent aucune non plus pour comiat^ 
% Ite tes Intentions du commanaant. On commecifa à tirer des bombes 
a sur la ville ; les barbares, de leur côté, se vengèrent sur les Français, 
a en les ikiettant à là bouche du canon , St)l. dô Montmasson , vicaire 
a ëpostqtiqtifl , et le consul de Krauce , les premiers (3) ; ils continué* 
a rebt ainsi , quasi tous les jours, d'en mettre quelques-uns , jusqu^an 
a nombre d^environ quarante , tant que Tarmée jeta ses foudres 

a Le bombardement dura environ quinze jours, pendant lesquel» 
a mon tour vint , qui fut le 1 dtn mois di) juillet. Alors, on me prit et 
a me conduisit pour subir le sort des autres , je veux dire pour être 
a mîft i ta bouche dti canon. . .-. * ^ . • » 

a Je fus donc conduit pour aller sacrifier à Dieu la vieqM'ît m'^vtîl 
a donnée, mats je-fi'eus pasplos^têt fait environ deox cents pas , que 
a ie me vis reconduit au lieu d*où j'étais parti , qui est un fondouc , â 
» ta porte Babazouo, lieu où on a^afteonduit M% Je vicaire apostoii^e, 
a M« ie coQsai de France , les CapitaÎBes et les esclaves français 
a des bagnes. Je croyais que c'était pour me faire sonfrir de pluï 
« ^eruels tourraens que celui du canon , car le bruit courait qu'on vou- 
a lait faire souïflrir aUx Français d'autres tourmens , qui étaient de les 
a clouer sur des planches en crois. 

Vi) maiel de Monteia&^n ëtatt à Alger dis l,1Bee, ahisi que le It. F. Anfeiae 
d^i>rebsa, aâmifiistrateur de rtiêpitarl des esclaves ^ et dent le frère l»cq«ea 
Iteçtere Mt le ptas gmnd èlege, 

m Aiérsvet d<pBisle»Kteinp9 ôé^i^ tes UoaHates étalent à Alger44ltf avaiast 
été introduits par St-Vi«icent-de-Pau1. Les vicaires apostoliques , employés S 
Alger, apparTâiaîent à cette congrégation, dont UnstHùlîon ranonte * 1*in« 

~ Ijcs 4A»iH»les, ^As 4ft9 'siMt iKsolfi ^ le éif e , fWMUnent de i^raw Isaarvtoas 
aux tûsXbmrtéx esclaves en llafrbai#, ®a sait que ¥iiicent^e'f^iil4iM esctaw 
lui-même, d'abord à Alger, pais à Tunis. Il avait été pris par des corsaiiea 
algiMeiiiB, coMtte fl se rendait 4e ^arbomw A HaKeille , en l,SOS. 

(3) Deux consuls français auraient Aone M iifis 4 la 4iMiclia4li «WMn a1gé« 
rien , l'un en 1,688, et l'autre en 1,688, à moins de ne voir, dans le vicaire 
apostolique et le consul dont parle le frère Jacques, t|q*mi seal et même 'person* 
nage. Nons ne possédons aucun document propre a éclaircir nés d^ulca kett 
égard. 



9 Cepeitthtit , 'quand je fu9 arrivé «o Ciiodouc , le gardien (fl^liy, 
» nocnroé Br.ba-Aly, oie demanda si j*él%îs frère dn vicaire a|M»s<olJque 
» qu*0D 9vail mis au canoo les années précédentes, ou de celui qu'on ve- 
» naît d*y mettre : je )uî répondis que je n'en é'ais point le frère charnel , 
• de père ou dé mère ^ mais qne nous nous qualifions de frères entre 
» nous. Il me dit alors de n'avoir point de peur, et que je restasse 14 
» en repos. Le soir précédent, j'avais envoyé, par un serviteur de 
» TMpital^ un Villei au père d'Cspinosa , qtii en était Tadministrateur, 
» et lui représentais Texirèmité ou je me trouvais , et qu'on a vail déjà 
» fdil mourir mes deux confrères. » 

Pour plus de détails sur, ce sujet , nons renvoyons à la lettre do 
frère Jacques Leclera, écrite d'Alger en France, à un père de {'Ordre 
de la Sainte Trinité , insérée p. 126 et suivantes , dans l'ouvrage inti- 
tulé : 

Voff^ge p&ur h rédemptt<m des captife , aux raynmes ê*Af^er et de 
Tunis, fan«n mo, par les PP. François Comelin , PhilenMin de te 
Motte et loseph Bernard , de VOrdre de ta Trinité , dit tfet Menhmrinm. 
— Paris, 1,lîl. 

Nous ajoutons seulement que le frère Jacques fut assez heureux 
pour échapper au danger; son heure, comm« Û le dit lui-même, 
n'était pas encore venue, et le ciel« comme il le croyait alors, lé 
résenrail peut-être pour une autre fin* 

ANiiéB 1,689. 

Bnfannée 1,699, mms le dey Mustaphi. ia peeie léguait é Ai«er (I). 
D'où venaft nette petle ? Quels ravages fii-«lia ? Se bMrna*4-eile à Al- 
ger ? Les doonmetis noos manquent poffir répowlFe A ces cfn^tioiis. 

AIIIIÉB 1,690. 

En Tannée 1,690, la peste était dans la régence de Tunis. Le docteor 
Peyssonnel , qui voyageait dans ce pays, de 4,721 à 1,725 , parle ainsi 
ieta peste qui y régnait en t,69ii, en même temps q^iede^eelVe qvi y 
élarfl encore en 4,705 : 

« Il y a près de vingt ans que la peste n'a ravagé ce pays; mais j'ai 
» appris de M. Lapérouse, directeur et gouverneur, pour la compagnie 
• des Indes, au Cap-Nègre, et de plusieurs autres personnes qui étaient 
a dans ce pays en 1,690 et en 4,705, pendant que la peste y sèvis- 
» sait, qu'etle est ici atrssi nteTiMnère qfi'en Europe. • 

( Relation d'un voyaae sur les côtes ée Bisrbttrie ^ fait par ordfB.du roi , 
en 4, 724 et 4,725, publié par M.DureaudeJa JMLalle^ pu 227. — Paris, 
4a3%. ) 

Peyssonnel ajoute des détails qui se rattadient àlapeSteile 1,705, 
etrxfni tronveroni leur place «a lewr^ien. 

vn Pannée 4 ,690, et vratsemblablement depuis la Bn de Tannée pré- 
eédente , 1 ,689^ la peste existait aussi à Perpignan et à Bellegarde, ainsi 
qu'à résulte de la réunion qui eut lieu à Barcelone « le 26 janvier de 
•neUe^aiioée, en C(mseil4e€iento.y à l^effet d'aviser aux moyens d'en 
préserver Barcelone. Peu après , le !•' février, le même Conseil €«t 

(1) Mémoire sur la peste en Algérie. 



-- M6 — 

encore à se réunir à rooed&loo de la nouvelle qu*il venait de recevoir 
de Tinvasion de la peste en Italie (I). 

AXNél 1,692, 1,103 Dl L^BÉGIBI. 

En Tannée 1,692 eureut lieii , pour Alger, quelques événemecf étran- 
gers à notre travail , mais que nous croyons devoir enregistrer en pas- 
saut. Nous voulons parler de rinceodie du port , de la victoire remportée 
sur les Marocains et du trai é de paix conclu avec la France ( mois 
d'avril), par l'intermédiaire du coofui D^nls DusauU (3). Le dey ré- 
gnant éta.t alors Uadj Chjâban. 

- AltXÉK 1,693, i,i4^i HB L*BiOllB. 

En rannée 1,693, 4;10l de iS.égirev la p«sle était à Alger (3). dont 
le dey régnant èlail êocar^ Hadj-Chaftbatt« £o celle même année, l,C 9 3, 
et le jour de la grande Idte des MosqIibbim , Ald*et«>Kébir ou Beiram, 
furent massacrés à Alger^ hors de la porte Bab-el-*Oued, des Arabes des 
Inbos de la plaine et de différentes «utres tribus de l'intérieur (4). 

, A2YN«R 1,691^ 1«105 DE I^'HÉOiai. 

En l'année 1,694, 4J05 de lliè^ire, la peste était encore k Alger (5). 
Le pacha régnant était alors Hadj-Ahmed, qui venait de succéder à 
Chaâban>Ro(jya, étranglé dans une révolte des janissaires. 

L'année l,69i , (.105 de l'hégire , se flt remarquer, dans le nord de 
TAfrique, par un biver rigoureux ; elle est restée dans, le souvenir de 
ses habîtans^ sous le nom de âam ettedje. Vannée de la neige (6). La 
France conserve également le souvenir de l'hiver de cette même année , 
4,694 ; la famine en fut la suite i tous les produits delà terre ayant 
péri par la rigueur du froid (7). 

AN^ÊE 4,i695. 

En rniittée f ,69S, la peste se cbotfnnait à Alger, où elle «^ 
alors le nom é^et-4>efourciû (S). Le dey régnant était tûtore le préceux 
Hadj-Ahmed. 

(1) Caproany , p. 73. 

(S) Cknmiques delm régence d* Alger et les Hémeins du temps. 

(3J Mémoire sUr là peste en Algérie. 

(4) Chroniques de la régence d'Alger» 

(5) Chroniques de )a régence d'Alger, 

te) Le fait est rappelé dans la Topographie de Blidah , par le docteur 
Fioot , médecio mUitaire , insérée dans les àlémtdres de médecine et de phar» 
macie militaires , t. lvi« 

Remarquons qu'il y a ici , dans TouTrage de Pinot , une erreur de deux ans 
de date, dans la concordaiice des années Diu«u1niane et chrétienne, Taoteur 
faiunt concorder Tannée l,t05 de l'hégire avec l'année l«69î de Tére cbré* 
tienne. 

(7) Buret, Op. cit. 

(8) Mémoire sur la peste en Algérie. 



— M7 — 

ANNÉB 1,696, 1,108 DE l'hÉGIRC. 

Eu rannéc 1,696, 1,108 de l'hégire, régnait dans la régence d'Alger, 
et aussi, sans doute, sur d'antres points da nord de l'Afrique, une 
maladie qui enleva beaucoup d'enfans. Gtslle mtiadie était connue sous 
le Qom àe maladie roage, ce qui autorise h croire que c'était ou la 
la scarlatine^ ou la rouyeoh* Finot, Op. cit, , en parlé sous le nom de 
choléra rouge. 

AKNÉKS 1,697, 1,^9», 1;699 Bt 1,760 

La peste, sans doute ta méadd que eelle^des années précédentes, é'ait 
encore en Algérie dans les années 1 697, 4,698, 1,699 et 1,700. Ces 
quatre anoeett pestilentielles sont*^ seulemenl meotiontiées. dans le 
Mémoire sur la peste tak Al férié, et , de «smi rô4é , Helùtuabre^' Manquera 
ctl<^, mentionne seulement sussioeUe de 1,700. 

Année 1,697. *—Âucua évéoemeot import mt. povr [fifnarài &e l'Afri- 
quo, n'a été recaeiltfpar l'hisiorre poar t'aiifiee l^eftîr L'aimée soivaoïe, 
1,698, Muley-<%rchi , roi de Maroc, meurt, et son frère, Muley-ismaïl , 
lui succède. L'historre représente lé def rif\3f coinarê le tyrao le plus 
barbare qui eût encore paru sur un trône; il ne régnait' que par la 
terreur, mais, à cette terreur, se joignait une politiq^ie qui rendit au 
pays on éclat qu'il avait perdu depuis longtemps. 

Année 1.699. — En l'année 4,699, la pe^te etai^ aussi d Dvoarne , à 
Gènes , en Sardaigne , à Narbonne et à Kismes. « A 28 de abril 
» de 1,699, dit Capmany, se tratô , en et €<nictpjo de liarcelooa , el 
» contagio que se bibia descubtcrto en' Liorna, Genova , Cerdena , 
» Narbona y Nîmes. » 

{Op.dl.- pjî^.y 

Année 1.700. — L'année 1,700 ii'ej^t pas seulement mémorable eo 
Algérie par la peste qui y régnait en cette année, mais encore par l'ar- 
restation du pacha turc, par le «ley Baba->4l^i ^^ ^^ e<];i|iac(|ueiBcnt 
pour Constanlinopte. Cet acte de vigueur, au U^t^ d'être p,uni par la 
Subiime Porte , eo est . au contraire, récohipensé par t'eavoi , à Baba- 
Ali , du firman de pacha à tr is queues. </est depuis lors que les deys 
qu'élisait la milice , étaient ensuite confirmés par ta^orte , qui leur 
envoyait le titre de pacha . 

En la même année, 1, 760 , l'empiarei^r da Maroc, qui , Taonée pré- 
cédente, avait envoyé un ambassadeur à Louis XlVr assiégea Ceata^ur 
les Espagnols , mais nous manquons de détails sur ce siège, qui, 
vraisemblablement, s'accoœpagua, pour r<;.4 assigés, des calamités qui 
s'observent en pareil cas. 

Eo la même année, 1,700^ l'angine pe&iyt^nllelle, dopt nous ayons 
assez longuement parlé sous le no» de gmratilh^ était ^ de nouveau , 
dans la péninsule espagnole ; elle y fit beaucoup de ravages , surtout 
parmi les eofaùs , dont bien peu éehappaiiârvt. Voir, sur le garrotillo 
espagnol de la dernière année du xtk* siècle , Bruno Fernandez, 
Observctciones nuevas , p. 5. 

Nous terminerons ce qui nous reste à diro sur les maladies épidémi - 
ques du norJ de l'Aftique pendant le xvn* s ècte , par un mot sur une 



tnaLidie qualiûéo de |«ftle |iaf les historwnR , et qnï , sur la fia de ce 
fLéme siècle, régna en Amérique, depuis le Brésil jusqu'au Pérou , dans 
une éiondue de |il(i9 de roiMe tieii<»8 Ce fléau u'épaFg&ail personne , m 
le» étrangers, soit bl.iitcs . soit tiotrs , ni teurs descende na , provenant 
d'eux-méfnes. oti de leur ui^ion avec les Indigènes (créoles , mulâtres , 
etc. ). De ViHatlia , parlant de celte maladie, dit : 

« Désolé CASi todo el pais , siu pardoosr el Espanol, al mestizo , nî 
» al uegro. j» 

( Op. cil, , p. 15^ ) 

Un témoin oculaire , Don Manuel de Alsivia , médecin à Guamanga , 
dans le Uexiqoe, en a fait une description citée , avec les plus grands 
éhges, par Bétooi , dans un ouvrage publié à Lima , sous ce titre : 
Ëcidmeia àê la cirtMÏacioA de la sangre. Ces éloges, malheureusemectl, 
8oni lotit ce que iioius ftivons anjourd hui de TcBavre d'AUivia , qui , 
avant d*étre médecin à Guamanga , avaii été professeur de prima dit 
naUiématiques à Mexico. 

Le fléatt observé et décrit par AWivia ii*étatt-U pas cette fièvre jaune, 
ce gra»l fléau des tropiques, que nous allons voir, dans le siècle su- 
vaut, apparaître, sur If s cèles ibériques , apporté dans le fl^nc des 
▼aisseaux ? Mats le théâtre de ce fléati softt les bords de la mer ; il s'ea 
écarte rareoMot : la maladie observée par Alsivia, au contraire, régnait 
sur les lieux les plus élevés ; puis, d'un autre cèié, elle s'attaquait à tout 
le monde ^ sans distinction de race ou de variété tte race, taudis que la 
ièwe jauae , le vomidQ pHelo des Espagnols américains , rei^pecte gé* 
DéraleôieQt leb habitaos du pêya (t), ainsi que les étrangers ¥«iiaot de 
clioials teœpérés (i), qui y ont fait «in certain séjour (3). 

La maladie dont nous parlons était-elle cet autre fléau améi î<ïaici , 
aussi des tropique, le desas^treux mallazahuaU , dont nout» connais- 
sons deux épidémies ou pandémies pour le xvi* siècle , la première en 
I,5é3, et la seoonée, en 4,576? Le tbéâtre de eet^te msiadie soat les 
lieuY les plud élevés, et celle observée par Alsivia exerçait ses rava- 
ges eer des lieux également élevés , mats elle ne di^Unguait , dans 
se» «Itaqttes , aueuiie race ni variété de race , tandis quB le mai- 
hziûmait s'aitaqiie parlicBlièreineBt aux Indiens , et commence ton* 
JOINTS par €wx ^ ce qni résulte des observaliotis d'AJzate y Eamirex , 
peadaQl répidéiDÎe du Mexique, de 1« 161 é 4,7^2 (I). L'dluctre baron de 

(i) Les Créoles et les Indigènes. 

(2) Climats tf mpérés, sort en raison de la lafftude, ft<iit en raison de l'attitude 
dti sol, Ainni , les halntans deUeiico, qtti tc»nt «xempts de la fièvre Jaune sur 
leur haut plateau , en sont frappés à Tôgal ces EuropécDS iorsqa*lls descendent 
è i^er^'-Cnue. 

(S) Cem-d sont tM\v» dits arct!roat<^, c*est-à*i^ire à Tabrl de la llévrc jraie« 
eomiBc le«'Cteoles et les Indigènei». Il m est généralemenl ainsi dans les épidé* 
mies orttin aires .: dans d'autres , an contraire , el sans qu'on en puisse dite la 
raisea. Il n*y a d^iinmenité pour personne; ^eulemi'nt, le» acclimatés, les Créoles 
et les Indigènes sont . en général , frappés en plus petit aombre et moins 
grièvement que les étrangers. 

(4) leAT/v insérée dans le yttyage de Ckappe d'AïUerocbe, publié par Cas- 
sWii fils, p. 55. — Paris, 1,772. 



Bitmboldi, q<iia |Miroouru, ea ai htlûle explorateur ea toulea cboMs^ 
le Ihéàtre ordioaire des ravagée du mtUlazàiualt « va pkis loin : il dii 
positivemeot qu'il n'allaque oi les hoaiines blaoce ol leurs desceodaoe 
l»foveoaiii de leur uoioD aréoles lodigèoea. Quel éUU doDC le fléau 
ob&ervé par Don Maaoel de AUivia ^ 

Ajoutons, touchaot le nnUiozalmaU , que M. de Humboldl peofe que 
c'est probUbleiDent la œeiadieqttt, daos leit* siècle, força lesToU 
lèques à cootiouer leur émigration vera le sud. Nous pouvons en dire 
autant de celle qui , en tf'ÏSd, parcourait toute l'Amérique mèridioDale, 
depuis Potosi et Oruso jusqu'à Quito et Popayao , ei qui a éié décrito 
parUiloa. Il« de Humboldt signale les années 4,545 , 4,516, 4,736, 
4,737, 1,761 et 1,762 comoie étant celles où le fléau des Cordillères a 
fait le plus de ravages an Mexique (4). Dana la derrière de ces épîdé* 
mies, celle de 4,761 à 4,762, tes indiens succoml»aient pt milliers « 
dans la vallée de Mexico, et sur 9,000 qui entrèrent alors a l'hôpital de 
celte ville , il en mourut euviron 7,000. Les hémo^rëagie8 nasales et 
èuccales, qui furent observées dans cette épidémie, fiar Alaaie y 
Bamirrz , et qu*il avait diégà observée dans d'autres épédèmlee de même 
nature, sont problablement ce qui a eonduit le médecio napolitain 
'Sevarésy (2) a retrouver le matlazahuaU dans la fièvre jaune, oii les 
iBémes phénomènes se présentent quelquefois, 'ee que- nous avons 
observé nous* même aux Antillee francises. Ne^is feroi» remarquer 
à ce sujet qu'en général, les médecins qui ebercheot à rapprocher les 
iLaladSes enir^Ues, perdent trop de vue que la plupart des mala- 
dies graves , — et doivent être considérées comme telles toutes cell« 
dont la terminaison par la oiort est rapide , -* ont bon nombre de 
«ymptômes communs , et c'est ainsi , par exemple, que ceux dMil nous 
parlons , également observée dans la maladie décrito par Qlloa , sa 
▼oient aussi dans les morsures deserpens qui se (erminent rapideoieiit 
par la mort.TJu grand caractère , du reste , diSérenoie, dana leurs pre- 
miers i^lémens , le mailazahuaU et la fié^ejanÊm : noua voulona parler 
du siège topegraphique de leurs ravagea respectifs « le premier lléau 
efant, en quelque sorte, étobli son siéga sur les pluia hautes monU^ 
{jnes, et le second ayant , en quelque »orte aussi, établi le sien sur les 
vives de l'océan qui baigne ces mêmes montagnes Plus haut, nous 
aivona donsé ise dernier caractère comme différenciant aussi la fiévf^ 
§Qmnê de ia maladie observée par Dca Manuel de Alslvia» 

ANNéB 1,704« 

Le 8 juillet 1.701 , trois vaisseaux que le bey de Tunis , Âmurat , 
avait envoyés dans le Levant, pour y prendre des troupes , entrèrent 
k PortQ-Parina (3), avec 4200, Turcs parmi lesquels était la peste. A lia 

■ ■ ' ■ '■' ■ ■ j ' ■ ' - -' " ■■ ■ ■ ■■■'■■'■■■■ ■ ' ■ I' 

(i) Essai politique sur le royaume de ia nouvelle Espagne, t. i", p. ast. 

(2) Savarésy,. Tan des médecins les plus distingués de nos armées « sous la 

républiflUe ^' AÎnna l'AmnîiMk W a Anmit Anm la MAAf-A aiii* la AÀ«»A iaiinA 0# fiflt* 

d'autres su^.. 
il fut envoyé 
de-Pranee 



[ue et sous l'empire f a écrit sur la peste , sur la flèvte jaune et sur 
sujets encore. Il faisait partie de TexpédltioD d'I^ypte, après laqueUe 
iToyé à la Martinique , comme médecin en chef de Phépttal de Port- 



(3) Fort de mer à Fouesc de Tunis. 

37 



notryelle qu'il en reçoit , le bey se rend à Porto-Farioa , pour aviser â 
«e qu'il y avait à faire pour arrêter le mal à sa source. Une commis- 
sion, composée d'un médecin et de plusieurs chirurgiens, est réunie à 
cet effet, et son avis fut de faire débarquer les malades , de les placer 
sous des tentes et de s'opposer à toute communication avec eux. Cet 
avis de la commission n'est pas goûté par le bey, dont la conduite, 
dans cette circonstance, fut bien extraordinaire. Bt , eq effet, à peine 
a-t-il congédié la commission qu'il avait réunie, qu'il s'embarque dans 
une chaloupe , pour aller à bord des vaisseaux oii régnait la peste , 
donnant Tordre de trancher la tète à tous ceux de son entourage qui ne 
le suivraient pas. On pense bien qu'il n'en fut aucun qui resta sur le 
rivage : un danger incertain était préférable à une mort certaine. C'est 
ce que fait remarquer l'historien à qui nous devons ces détails ; il 
ajoute : « Et le tey, comme un héros , pour marquer le peu de 
9 crainte qu'il avait de la contagion, s'étant transporté au vaisseau où 
» il y avait le plus de malades, et, voyant un pestiféré qui fumait , il 
» lui prit sa pipe et l'acheva avec un visage riant , en présence de tous 
» les pestiférés et de tous ceux qui l'avaient accompagné. » 

On doit supposer ^ue l'exemple d'Amurat , sur le bâtiment pestiféré, 
ne resta pas sans imitateurs, et que ses courtisans durent s'y faire 
remarquer aussi par d'autres actes d'une témérité analogue : la cour- 
toisie , auprès des puissansdn jour,* n'est pas moins grande chez les 
Musulmans que chez nous. 

Sans doute , il est permis de penser, après ce que nous venons de 
dire, que tous les malades furent débarqués, et que nul obstacle ne fut 
mis à leur libre communication avec les habitans. Toutefois , l'histoire 
da temps ne dit pas que la santé publique en ait souffert : aucune épi- 
démie, en effet, n'est signalée, pour l'année 1.701 , ni à Tunis, ni sur 
d'autres points de la régence. D'un autre côté^ si la peste eût été, pour 
les Tunisiens, la conséquence de l'étrange conduite de leur bey Âmurat , 
le témoin qui nous a instruits de l'une', n'eût sans doute pas manqué 
de nous instruire aussi de l'autre. Or, ce témoin n'en dit rien ; ii ne 
dit rien d'un événement qui n'eût pas moins intéressé la postérité que 
ce qu'il dit de quelques tètes, provenant de notables du pays, qu'Amu- 
rat se fit servir toutes sanglantes sur sa table , et dont il mangea ou 
dévora, pour mieux dire, plusieurs morceaux tout crus. Nous en* dirons 
autant de cette singulière aspersion dont il gratifia, un beau jour, dans 
son palais du Bardo , toute la justice tunisienne. 

c il donna l'ordre, dit l'auteur, d'appeler tous les officiers de justice 
» au Bardo ; ils y furent dan.s le moment , et leur surprise fut extrême 
a lorsqu'ils le virent jeter par terre le turban du mufti ; puis , après 
» l'avoir plongé dans l'eau , s'en servir comme d'un aspersoir pour 
» asperger, par le visage , toute l'auguste assemblée. Ne les croyant 
» pas encore assez arrosés, il leur fit verser des cruches d'eau sur la 
» iéte , et les laissa dans cette posture jusqu'au lendemain. » 

{Mémoire pour servir à Vkistoire de Tunis , faisant suite au Voyage 
du sieur Paul Lucas , dans la Grèce , VAsi% mineure , la Macédoine et 
V Afrique (\). — Paris, 1,712. 

(1) Ce mémoire est une hhtoire de Tanis à partir de l'année 1,684 jusqu'au 
17 Juin 1,706 inclusivement ; Paal Lacas n*en nomme pas Tanteur, sans doute 
par suite de conTention faite avec lui. 



— 99t — 

Amsi donc, daprès ce que nous venoDS de dire, oui incoovénteni or 
serait résulté, pour la populatibo luoisieooe, eo 4,70t, de ses commu- 
calioos avec les 4,200 Turcs sur lesquels la peste sévissait alors. Quaot 
au bey lui-métue, nous savons qu'il régna jusqu'au 10 juin de Tannée 
suivante , 4,702, heureux jour où uo coup de pistolet, tiré par son agha, 
délivra la régence d'un des hommes qui y commirent le plus de crimes 
persoooels, et qui mêlèrent à ces crimes le plus de cruautés et d'extra- 
vagances. Ces crimes, ces cruautés, ces extravagances, toutes ces cho- 
ses en un mot, peuvent faire apprécier la pensée qui porta le bey 
Amurat à fumer dans la pipe do soldat pestiféré ; elles mesurent toute 
la distauce q^ui sépare cet acte du souverain de Tunis de celui du géné- 
ral Bonaparte relevant , à la vue de son état-major, un pestiféré dans 
ThôpUal de Jaffa (1). Disons-le hardiment, Âmurat se rendant à bord 
du navire pestiféré, et menaçant de mort tous ceux qui ne l'y suivraient 
pas ; — Âmurat preoaot la pipe du malade , et la portant à la bouche 
eo oargoaotla multitude , — tout cela est l'acte d*uo homme eo délire, 
d'un forceoé; rien dephiJanlropique , rien de politique ne s*y rattache, 
et de cet acte à celui dfu jeune héros égyptien, il y a toute la distance 
de la plus violente frénésie à la plus belle, à la plus noble inspiration. 

Ajoutons que le même souverain de Tunis renouvela , envers bon 
nombre de soldats de sa garde , le supplice souffert , à Alger, par des 
esclaves français , en 1,6S3 et 1,688, et dont il a été question précé- 
demment. 

C'était le 7 avril 1,701. Les troupes envoyées dans le Djerid , pour y 
recouvrer l'impôt annuel, venaient de rentrer à Tunis. Les spahis, 
qui étaient de garde au palais , voulaient se faire remplacer de suite, 
dans leur service, par ceux qui arrivaient du Djerid, et qui s'excusaient, 
pour prendre ce service , sur leurs fatiguesi et le besoio qu'ils avaient 
de se reposer d'abord quelques jours. Les premiers, ne tenant compte 
de ces excuses, voulaient obtenir, par' un ordre du bey, ce qu'ils 
n'avaient pu obtenir volontairement. A cet effet , ils se rendent auprès 
d' Amurat , en foale et armés. C'était une démarche à la fois inconve- 
nante et menaçante : le bey, qui ne s^y méprend pas , fait aussitôt saisir 
une quarantaine de ces mutins, dont une partie fut mise à la bouché 
du canon et l'autre taillée en pièces ; leurs cadavres , jetés par- 
dessus les murs du Bardo , restèrent longtemps exposés à la vue des 
habitaos (2). 

Eo la même aonée 4,701, 1,113 de Thégire", de grands mouvemens 
de troupes eurent lieu entre Alger et Tunis. Ainsi , nous voyons les 
Tunisiens marcher sur les Algériens et remporter sur eux une victoire, 
puis foodre sur Coostantine et Tassiéger. A Alger, sur ces entrefaites , 
les Janissaires se révoltent et assassinent , dans son lit, leur pacha 
Kara-ben*AIi« auquel succède Ahtchr-Mustapha. Les Algériens se 
portent alors sur Tunis, pénètrent dans cette ville , la pillent, profaoeot 
et saccageot les mosquées. 

(1) Ce n*e8t pas ainsi qae le général Bonaparte est représenté dans le célèbre 
tableau de Gros , mais c'est ainsi que le fait s'est passé, et c'est ce qui résulte 
également du dessin original de ce même tableau , dessin qui exidte encore. Oo- 
comprendra , sans que nous ayons besoin de le dire , ce qui a pu engager le^.- 
peintre à s'écarter de la vérité historiqi^e. 

(») Mémoire cité. 



AlfNftl 1,70&. 

Eb Tannée 1,705, et dès les premiers mois de cette année» la peste 
régnait i Tunis. Le Conseil des Cents, de la Tîlle de Barcelone, en eui 
avis i la date du 23 avril • 

. c A i3 abril de 1 J05, recibiô et Concejo de Ciento (de la cludad de 
« Barcelona) aviso de que habia contagio en la ciodad de Tunez , y se* 
» diéron^ las cbn ven tentes dispoatdones (t). » 

(CiPiuivT, p. 73^ > 

Cette peste parcourut toute la régence, où elle fit de grands ratages. 
Feyssonnel , oui , comme nous l'avons déjà dit , voyageait dans ce pays 
de 1,124 à l,i25 (2), eut occasion d'y voir un arabe qui eu avait été 



.4îl 



Le même Conseil , el Comsêjù de Ctento, en la marne annéê^ eet encore 
Tde^ pestes de Malaxa et de Sardaigne ^à savoir : de la première^ le 14 mai $ 
rt de la seoende , le fS août. 

00 En pttbtrint , eii iSBS , le Vùyaee de Pe][S8onneI , H. Ihireau de la Saf fe 
a donné, sur ce médecin, une notice biographique où it passe ra ptdement sur 
mie circonstance d'autant plus importante pour Peyssonnei , qu*e!fe paraît avoir 
étàtSMA^ te«ite «a canière ullërieeve. Nous voulons parler de la part qa*il 
prit , comme médecin, dans l'a mémorable peste de Marseille, sa patrie, en i,720. 
Alors, Peyssonnel (né en 1,694 ) n'avait que 2& ans , et bien qoe n'étant pas 
encore agrésé , H exerçait deià la médecine sou» Végide de son vieux père » 
doyen du ccHlége des méderins de Marseille. On Taceusa d'avoir jeté Talarme 
et dans la ville, et dans toute la Provence , en divulguant, dès le début de 
l'épidémie « ion opinion sur sa nature pestilentielle, ceqn^ aurait fait par 
ses paroles et par ra correspondance , et d'avoir ainsi donné lieu à Fédit du 
Parlement de Provence, en date du 2 joâlet , qui interrompit toutes les corn'* 
ttttnieations mtre Marseille et les filles voisines. Mais , laissons parler , sur ce 
au|et^ le docteur Bertrand, dans «ne des mtilleures relations que noua possé- 
dions sur le fléau marai illaie de l,7i0. Disons d'abord que le médecin Peyson» 
Bel nère et le chirurgien Bouzou étaient chargés d'envoyer, aux infirmeries, les 
malades qu'ils reconnaissaient atteints de l'épidémie régnante. • M.Peyssounel, 
a dft Bertrand, M . Peyssonnel , accablé des infirmités de l'âge, se décharge de 

> ce travail sur 8<)n fX% , jeune médecin qui n'était pas encore agrégé. €e jeoUe 
» èoËMUe , ne prévoyant pas lés conséquences que sa conduite pouvait avoir^ 

> répandit la terreur dans toute la ville, en publiant partout que la peste était 
» dans tous les quartiers. 11 récrit de même dan» les villes voisines , qui pri- 

> vent aussi Talanae et s'interdirent tout commerce avec Marseille C'est en 

> coneéipieoee de ceit lettres que le Parleoient de Provence rendit cet arrêt 
a fulminant , le Z juillet , par lequel il défend toute communication entre 
a les habitans de la province et ceux de Marseille. > 

(Mation historique de ht peste de MarseiUe, en 1,729,. p. 4B'>4S — 
Amsterdam , t,77»y. 

Plus loin, Bertrand revient sur cette même accusatioA,^ à l'occasion d'un rap-^ 
port officiel sur la maladie régnante , fait par une commission de médecins et 
de chlrnrg:en$, qui avait été désignée à cet effet , rapport dans lequel on dé-^ 
élirait, dama les Urmea les plus pmïis, la nature pestilentieire do fléau. Bertrand 
Ail qn'aleits c^tte déclaration ne ponvaic occatiionner aoemi trouble dam I» 
vHle, potsqae tout le mai â cet égani avait déjà été fait par le jeune Pevsaemiet. 
Mata Ber«niBd dit encore, au sujet ée cette même déclaratioii , qu^aters iea^ 
médecins Sicard, père et fils, qui avalettt vu les premiers malades de le«r quar^ 
ticr^ oelulde la Miséricorde ^. se plaignirent qu'on n'avait paa ajouté Ma kur 



— fit- 

léffloio ; il faisait partie d'oû dooar (tillaga) composé de qoa^anle-cloq 
persooaes, aar lesquelies il eo nioorut quaraote en Irèa^-peu de Jours. 
PeyasoiHiel parie encore d'on autre arabe qoi avait va sepi foia la 
peste dans sa iriba, ce qui (émoignersit de k nréqoence de celte maUK 
die dans la régence de Tunis, à l'époqae dont nous parlons* Il est vrai 

Sue ce dernier arabe était plus que centenaire, et que , dttns le cours 
e &a lonf^ enisience > le fïéao avait bien pu le visiter plusieurs fois. 
Cet arabe est le même que oslni qui accompagnait Peyssonnel dans 
son voyage à Bizerle, cl dont H a Mjii été question, à l'occasion des 
eenienaires de la régeooa de Tunis. 



pnaàètt dëdârattoii* reyisonivél n'était donepis te seul qui, â rinvasioii du 
fléau de Marseille , eftt émis son opinien ssr aa nature ptialileDiidIe 

Bn résumé, tes serfices rendus par te jeune Fe;rs»oimel , daas la peste de 
Marseille, eurent la sanction du Gouvemementi puisque^ par surce de ce fléau» 
il Alt gratiâé d*une pension qui , il e«t frai , pouvait être considérée comme 
étant a la foii une récompense de ses propres services et de ceux de son .vieux 
pèle mort, A l'â^ de 80 anS . fictime de Son dévouement , dans Tbôpitaf dit 
8alnt*fisprit , oÉ il s'était renfermé pour donner tout s<»n temps et tons ses sotn^ 
aux pestiférés. Sans dooie , la misi^ien ootfOée an teune Peyssmioei « trois ans 
aiarès la peiU de Marseilte, en î»734, pour alter expiorer les cOies barbarelqaea 
au point de vue scientiOque ; puis, au retour de cette mission, son envoi à la 
Ooadeloope comme médecin du Gouvememeut , sont de noavelles oonsécra-^ 
tlons de ses bons services dorant le fléau de sa patrie. 

On doit , à Peyssonnel , une découverte fort importante en histoire naturelle . 
malheureusement , elle fût alors méconnue par TAcadémie des Sciences (l,7â7), 
ûh Réanmur. chargé de la présenter, n'osa même nus, par égard pour £on auteur, 
te nommer* Noos voulons parler de la nature animale ^s preunctions marines 
soi, depuis le c^ Maraigli jnsqu'A lui , avaient été considérées comme des pro- 
duits végétaux* Ce ne fnt donc pas à Tépoque où elte lut faîte que la découverte 
de Peyssonnel prit rang dans la sctence ; ce aeftit que plus tard , en 1,742^ et 
alors que Bernard delossieula reproduisît par suite de ses observations person- 
nelles^ sur les bords de TOcéan. Une gravure de Pessard , qui existe encore , 
représente ^yèsonneT tenant , de Ta main gauche , un flacon au milieu duquel 
est un pted de corail baigné par de reau de mer. Ced témoigne assez , comme 
te ràit femarqéer M« Dureande la Maltei délinquance que Feyssonnd, avec 
raison t- atta«aiait à sa déceuTerte. 

l^ssonnel a teiSsé bon nombie de travaox ou publiés y ou enoare inédits. 
Outre la relation de son f^orage sur les côtes de Barbarie et divers mémoires 
d'histoire naturelle , tant d'Afrique que d^Amérique, nous avons encore de 
lui un mémoire de médecine qui a été mséré, en anglais, dans les Transactions 
philosophiques de Londres , et portant pour titre : Sut la lèpre ou ia maladie 
fui règne dans Nie de la Ùranae^Terréâe la Guadeloupe, Cette maladie était 
sans dfoute celle qui était déjà connue à Gayenne sous le nom de mal rouge. 

Peyssonnel , deux ana après te peste de Marseille, en 1,722, avait publié ses 
observations sur cette maladie , sous le titre suivant : 

La contagion de la peste expliquée , et les moyens de s'en présenter. 

Ce fut cet ouvrage» à ce qu'il parait , cnil ouvrit , à PeyssonneT , îes portes 
de l'Académie des Sciences, où il entra , a titre de correspondant , te Si aoât 
f ,723 , à rage de 2S ans. 

Teiri sur Peyssonnel , Jean-André, que des biographes ont confondu avee 
son frère aloé, Charles Peyssonnel ( mort consul de France à Smyvae, en 1,78^ ),. 
la notice biographique que lui a consacrée M. Bureau de la MaHe, la ]^u» 
complèla que noua possédions sur un homme qui a marqué sa place à Pépoque 
0à It vivait, et qu'auront à citer te plupart dci écrivains à venir, qui s'oeeu* 
peront de l'Afrique du nord. 



— M4 — 

D'après PeyssoDoei , il serait mort, dans la seule ville de Tuais , de 
la peste dont nous parlons, 44,000 habitaos , et il n'eu serait pas resté 
un seul au Gap-Négre. Le même voyageur douoe, sur la peste eu gé- 
néral , au point de vue de la régence de Tunis , quelques détails qui 
nous paraissent devoir trouver leur place ici. 

« Les Maures, dit Pessoonel , se comportent en temps de peste 
» tout comme dans un autre temps ; ils ne savent et s'embarrassent 
9 fort peu d'où elle vient , d'où elle procède, ni quelle en peut être la 
» cause ; ils la regardent comme un effet de la volonté de Dieu , et , 
» résignés à cette volonté , ils en attendent les effets sans t&cber de 
» les prévenir ni de les arrêter. Cependant , Mobammed-Bey, dans la 
» dernière peste, sortit de Tunis, fît entourer son camp de cbameaux, 
» avec des gardes pour empécber toute communication extérieure. Ils 

> rendent , aux malades, les secours et les services ordinaires. 

» Si la peste se développe avec des symptômes favorables, ils tàcbeni 
» de faire suppurer le bubon en mettant dessus de la scille ou oigoon 
» d'Espagne, très-commun dans ce pays (1), ou quelque autre remède 
» ordinaire, et, comme suppuratif, du beurre mêlé avec le miel, le 
» tout battu ensemble. Si le malade meurt , ils prennent sans façon les 

> dépouilles du mort et s'en servent à l'instant même. 

» La loi leur défend de quitter le pays à cause de la peste , mais 
» elle ne les oblige pas d'aller où elle est . C'est sur cette restriction 
» ou défaut d'obligation que le bey et les puissances do Tunis se fondent 
» pour prendre des précautions contre la peste, les cbrétiens leur 
» ayant persuadé qu'elle est contagieuse , qu'on peut s'en garantir en 
» évitant toute communication avec les malades, et que c'est au moyen 
» de ces précautions que les cbrétiens peuvent vivre au milieu des 
» pestiférés sans être atteints de la contagion. Le bey et les puissances 
» de ce royaume, adoptant ces idées , ne veulent plus accorder l'entrée 
» à aucun bâtiment venant de lieux infectés ; ils l'ont refusée aux 
9 Français pendant que la peste a ravagé la Provence. Alors, ils ne 
» voulaient recevoir aucun bâtiment , pas même sous Toblgation de la 
» quarantaine. Il y a des ordres à tous les aghas des places maritimes, 
» de visiter les patentes des bâtimens , venant du Levant , et de leur 
» refuser l'entrée lorsqu'ils auront patente brute,c'est-à-dire lorsqu'ils 
» viendront d^un endroit suspect. J'en ai vu refuser plusieurs pendant 
» mon séjour dans le royaume , et les babitans croient que c'est à ces 
» précautions qu'ils sont redevables de s'être garantis de la peste. 

» Voilà, Monsieur, quelles sont, au sujet de cette terrible maladie , 
» les idées et les opinions des peuples, et celles des puissances qui 
» gouvernent ce royaume » 

[Op. cit., R, 227-Î30.) 

Ces détails, sur l'existence de la peste dans la régence de Tunis, sont 
extraits d'une lettre, toute mé<iicale, écrite à Chirac (2), par Peyssounel, 
sous la date du 6 octobre 4 ,724 . 

(1) C'est la scille maritime , scitia maritima , plaute si commune sur tout 
le littoral nord de TAfrique. 

(2) Chirac, qui avait été médecin de l'armée de Catalogne, sous le maréchal 
de ffoailles, était alors premier médecin du régent, associé de l'Académie des 
Sciences , surintendant du Jardin des Plantes ; il fut depuis , en 1,731 , premier 
médecin de Louis XV. 



— S95 — 

Ëo4a même année , 1,705, 1,117 de Thégire, la milice d'Alger se ré- 
volte, le pacha Âhtchr-Mastapha est pris, garotté et envoyé, sur noâné, 
à Kallah, où il est étranglé. Il est bien peu de deys d'Alger qui n'aient 
péri ainsi, d*une mort violente. Lors d3 notre entrée à Alger, en 
4830 , on Voyait encore, au [lieu où est aujord'hui Tesplanade Bab- 
el-Oued (alors vaste cimetière), sept tombeaux réunis, de même 
grandeur et de mêmes formes , tombeaux qui étaient ceux de sept 
deys qui, en un même jour, furent élevés sur le trône et en furent 
précipité? (1). . 

En cette même année , 1,705, une épidémie de fièvres malignes, epi- 
demiade fiebres malignas , régnait à Geo ta (2). Beaucoup de nécropsies y 
furent faites, en présence de Don Antonio de la Locha , médecin de 
chambre et premier médecin de Tarmée, de Don Antonio Ferez, méde- 
cin de la place, et de plusieurs autres médecins encore. Ces nécropsies 
ne portèrent que sur Tétat de plénitude ou de vacuité du cœur et des 
gros vaisseaux , et sur le plus ou moins de liquidité et la coloration du 
sang; nous ne les rapporterons que parce qu'elles sont peut-être tout 
à la fois , les premières et les dernières qui furent pratiquées dans le 
nord de l'Afrique avant roccupation de l'Algérie par la France. 

Le sang était coagulé dans les ventricules du cœur, principalement 
dans le ventricule droit , ainsi que dans la veine cave , près du cœur, 
et dans l'artère pulmonaire ; — il était seulement très-épais, et en petite 
quantité , dans Taorte ou grande artère. 

La veine pulmonaire était presque entièrement vide ; la veine cave , 
très-grosse, noire et rénitente , et son ouverture donnait issue à beau- 
coup de caillots de sang. 

Les phénomènes ci-dessus ne s'observaient pas également chez tous 
les sujets : chez le plus grand nombre, le sang n'était ni coagulé, ni en 
grumeaux (engrumedda), mais très-épais et noirâtre. L'aorte était très- 
flexible (muy floxc^ avant son ouverture , ainsi que la veine cave , qui 
était en même temps rénitente [mu^ floxa y rénitente), La veine pul- 
monaire était vide chez tous les sujets. 

La cause de ces différons états , dit Tauteur à qui nous devons la 



(1) Nous ne savons k quelle époque eut lieu cet événement. Les trois mis- 
sionnaires que nous avons mentionnés plus haut , et qui étaient en Barbarie 
en 1,720 , parlent ainsi des sept tombeaux, à Toccasion de ceux du cimetière 
Bab-el-Oued : 

c Noos en vîmes sept autres , de figure quarrée et couverts d'autant de 
» dômes soutenus , chacun, de quelques pilliers ou colonnes. On dit que ce 
» sont les tombeaux de sept deys qui , par un événement bien digne d*étre 
f transmis à la postérité , avaient , dans un même jour, été mis sur le tréne 
» et massacrés par le même peuple. » 

( Op. cit., p. 84.) 

(2) Ceuta , l'ancienne Septa , sur le détroit de Gibraltar, en face de cette 
ville. Ce fut une des premières colonies fondées , par Garthage, dans l'ouest de 
la Méditerranée. SonnomdetSiffp/alni vient des sept montagnes on monticule» 
sur lesquels elle est assise en partie, et dont Te plus élevé est VÂbila d'autrefois , 
le pendant , en Afrique , dn mont Calpe en Europe. Selon la mythologie, Calpe 
et Abila ne formaient primitivement qu'une montagne (lue le bras d'Hercule 
partagea en deux , pour faire communiquer l'Océan avec la Méditerranée , et 
ainsi se serait formé le détroit de Gibraltar. 



— «M — 

coDoaissaooe de» oéoro|)sieft doot doqs parlons (1), était le plas oq moins 
d'aorimoilie du feroieDi [fermênto) morbide. Le rnâmo auteur dîteoeoro 
qu'il est remarquable que le saog était coagulé ohez oeux qui rnooraienl 
le aeptièœe jour ou avaot , taudis q