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Full text of "La magie naturelle; ou, Les secrets et miracles de la nature"

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J.-B. DE PORTA 



LA 



mAGIE NATURELLE 

ou LES 

SECRETS ET MIRACLES 

DE 

LA NATURE 



Edition Conforme à celle de Rouen 1 1631) 




Q 

155 H. DARAGON, Libraire-Editeur 

P814 

1913 96-98, Rue Blanche, 96-98 

c • 1 PARIS (IXe) 

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LA 

MAGIE NATURELLE 

ou LES 

SECRETS ET MIRACLES 

DE 

LA NATURE 



J.-B. DE PORTA 



LA 



MAGIE NATURELLE 

ou LES 

SECRETS ET MIRACLES 

DE 

LA NATURE 



Edition Conforme à celle de Rouen (163 1) 




H. DARAQON, Libraire-Editeur 

96-98,^Rue Blanche, 96-98 
PARIS {IX«) 



INTRODUCTION 



Il y a plus de deux siècles et demi que la Magie Na- 
turelle de Giambatiista délia Porta n'a plus été pu- 
bliée en langue française et les rares exemplaires que 
Von parvient encore à en trouver de temps à autre, se 
vendent à des prix très élevés. 

Il nous a donc paru utile d'offrir à nos lecteurs une 
édition nouvelle de cette œuvre intéressante et curieuse, 
à un prix abordable pour tous. 

Giambatiista delta Porta naquit à Naples en 1540 
eî y mourut en 1615. 

// fut élevé par un de ses oncles, homme fort instruit, 
qui avait remarqué sa rare et précoce intelligence. Il fit 
d'étonnants progrès dans les langues anciennes, les let- 
tres, la philosophie; dès l'âge de dix ans, il composai! 
des discours remarquables en italien, en grec et en latin. 
A quinze ans, il parlait le latin avec la même facilité 
ei la même élégance que sa langue maternelle. 

Giau Vineenzo delta Porta, son frère, partageait ses 
goûts ei son ardeur pour l'étude, et avec lui, Giambatiista 
ie passionna bientôt pour les sciences. Comme itjxppar- 



II INTRODUCTION 

tenait à une famille très aisée, il put, pour compléter 
ton instruction, parcourir la France, l' Italie, l'Espagne^ 
le Portugal, V Allemagne et V Angleterre, visitant par- 
tout les bibliothèques et les savants, amassant dans les 
musées, les laboratoires et les Universités des divers 
pays un fonds de connaissances énorme, qui devait plus 
tard justifier V immense réputation dont il jouit parmi 
ses contemporains. A une extrême curiosité, dit un de 
ses biographes, il joignait une vive imagination, beau- 
coup de hardiesse d'esprit, et à l'exemple de Cardan el 
d'Arnauld de Villeneuve qu'il prit pour maîtres, un 
penchant déclaré pour le merveilleux, ce qui le porta à 
s'attacher toujours de préférence aux choses bizarres el 
singulières, et à partager la confiance de ses contempo- 
rains dans les chimères de l'astrologie judiciaire. 

Tout ce qui était remarquable et curieux, bizarre e\ 
mystérieux, attirait invinciblement son esprit et il cher- 
chait des solutions positives aux problèmes qui, de sont 
temps, étaient réputés insolubles. Son érudition devint 
bientôt telle qu'avant l'âge de vingt ans, il avait déjà 
composé les trois premiers livres de sa Magie Naturelle. 
Il entretenait avec la plupart des savants de son époque, 
une correspondance suivie, écrite en un latin impeccable, 
rappelant les plus beaux modèles de l'antiquité. 

Lorsque, après plusieurs années de voyages et d'études 
à l'étranger, délia Porta revint à Naples, il prit une 
pari active à la fondation de l'Académie des Oziosi, où 
l'on n'admettait, contrairement au titre de la société, 
que les travailleurs les plus acharnés, puis, l'année sui- 
vante, fonda lui-même V Académie des Secreti, où Von 



INTRODUCTION IH 

n'était reçu qu'à la condition de s'être distingué par quel- 
que découverte scientifique. 

Le nom de cette dernière société fit croire que les mem- 
bres qui y étaient admis s'occupaient exclusivemeni 
d'arts magiques. Il n'en était rien, mais ce qui avait 
iuriout contribué à accréditer cette opinion, c'est que 
Giambaiiisia delta Porta, qui était le membre le plus 
en vue de cette Académie, y fit en effet des prédictions, 
dont quelques-unes, dit-on se réalisèrent. Dès que le 
bruit de ces prophéties réalisées se répandit dans le 
pays, on vit affluer chez lui une foule de gens qui de- 
mandaient à le consulter sur l'avenir et sur leurs chancet 
de succès dans le monde. 

Sur la dénonciation de quelques religieux qui pré- 
tendaient que delta Porta avait dit publiquement qu'il 
possédait la puissance de commander aux éléments et de 
lire dans l'avenir comme dans un livre ouvert, d'évoquer 
les morts et de disposer à volonté de la vie des hommes et 
des animaux, le savant fut mandé à Rome par le Pape 
Paul V pour venir s'y justifier. Delta Porta partit pour 
Rome, et n'eut point de peine à prouver aux autorités 
ecclésiastiques qu'il avait été grossièrement calomnié par 
des gens envieux de sa vaste science. Le Pape accueillit 
sa justification, mais ne lui permit pas cependant de 
rouvrir son Académie, qu'il avait fermée provisoirement 
lors de son départ pour la Ville éternelle. 

Pendant son séjour dans la cité des Papes, tous les 
savants de l'Académie dei Lincei le fêtèrent et l'admirent 
au nombre de leurs membres. 

De retour à Naples, delta Porta continua à te livrer 



iV INTRODUCTION 

avec ardeur à ses études favorites. Depuis un certain 
nombre d'années déjà, il avait réuni dans sa maison 
un riche cabinet de curiosités, que les savants étrangers 
venaient admirer, et où ils puisaient souvent les élé- 
ments de leurs propres investigations scientifiques. De 
même, il avait créé, dans le parc de la maison de cam- 
pagne qu'il possédait près de Adaptes, un véritable jardin 
botanique, où il cultivait surtout des arbres et des plantes 
exotiques. 

On a dit de lui, avec raison, que « plus qu'aucun autre 
savant de son temps, il répandit le goût des sciences na- 
turelles, auxquelles il rendit d'importants services. Il 
s'attacha le plus souvent à ramener à des lois générales 
les phénomènes alors inexpliqués et quelquefois à les ex- 
pliquer par des causes naturelles] il dénonça les ma- 
nœuvres d' alchimistes charlatans et porta ses investiga- 
tions sur de nombreux points de physique. On lui doit la 
découverte de la chambre obscure, ainsi qu'un grand 
nombre d'expériences d'optique très curieuses. Il a beau- 
coup écrit sur les miroirs planes, convexes, ardents, etc., 
et plusieurs auteurs lui attribuent même la première 
idée des télescopes. » 

Il y a malheureusement une ombre à ce tableau; delta 
Porta partageait les idées de ses contemporains et leurs 
superstitions sur l'aslrologie, la magie, la puissance des 
esprits, et ses ouvrages fournullent de puérilités, de 
bizarreries, de secrets ridicules, qui cependant ne doi- 
vent pas faire oublier les services très réels qu'il a rendus 
aux sciences physiques. 

Les ouvrages de delta Porta sont nombreux et variés; 



INTRODUCTION V 

voici la plupart d'entre eux, dans l'ordre chronologique 
de leur publication : 

Magiae Naturalis libri XX {Naples, 1589 in-folio), 
plein d'observations intéressantes sur une foule de sujets 
de botanique, de physique, etc., mais rempli aussi de 
puérilités ridicules. 

De furtivis litterarum notis [Naples, 1583, m-4°), 
Iraité de Vécrilure chiffrée, avec 180 procédés différents 
de cryptographie et les moyens de les multiplier indéfi- 
niment. 

Phytognomonica [Naples, 1583, in-folio), traité des 
propriétés des plantes et des moyens d'en découvrir les 
vertus par leur analogie avec les différentes parties du 
corps des animaux. 

De humana physiognomia libri IV [Naples, 1586, 
in-folio), ouvrage souvent réimprimé et traduit en fran- 
çais, en 1655, par Ruaull. Lavater a beaucoup puisé 
dans ce traité. Aux observations faites par Aristote 
Polémon, Adamantius, delta Porta a joint beaucoup de 
remarques curieuses faites par lui-même', après avoir 
constaté l'influence des affections de l'âme sur le corps, 
il traite des différentes parties du corps, indique les li- 
gnes qui décèlent le caractère des individus et s'attache à 
comparer les physionomies humaines à celles des ani- 
maux. 

Villae libri XII [Francfort, 1792, in-49), ouvrage / i 9 "^ 

dans le genre de la Maison Rustique et qui contient 
beaucoup d'observations intéressantes. 

De refractiono optices [Naples, 1593, zn-4°), iraité 
sur la réfraction el l'anatomie de l'œil. 



VI INTRODUCTION 

Pneumaticorum libri III {Naples, 1601, in-4°), 
traité sur les machines Jiydrauliques. 

De cœlesti physiognomonia [Naples, 1601, m-4°), 
traité dans lequel, tout en admettant l'influence des astres, 
il combat certaines aberrations de V astrologie judiciaire. 

Ars reminiscendi [Naples, 1602, in-4^), sur les 
moyens d'aider et de fortifier la mémoire. 

De distillationibus libri IX [Rome, 1603, in-4^), 
traité où Von trouve l'état exact de la chimie du temps de 
Porta. 

De aeris transmutationibus [Naples, 1609, in-A^), 
traité de météorologie où l'on trouve beaucoup d'idées 
saines. 

Sur la fin de sa vie, delta Porta revint vers la culture 
des leltres et composa des pièces de théâtre qui furent 
représentées avec succès. Chose presqu' incroyable, ce sa- 
vant pour ainsi dire universel, trouva encore le temps 
de composer quatorze comédies en prose, deux tragédies 
(Ulysse et George) et une tragi-comédie (Pénélope). Les 
comédies ont été réunies et publiées à Naples (1726) en 
4 volumes in-12. 



LA MAGIE NATURELLE 

ou 

LES SECRETS ET LES MIRACLES DE L\ NATURE 



LIVRE PREMIER 

Chapitre Premier 
Qu'est-ce que la Magie naturelle ? 

Porphirius et Apulée, qui occupent un rang consi- 
dérable parmi les Platoniciens, affirment que la magie 
a pris son nom et est née en Perse, tandis que Suidas 
estime que son nom lui vient des Maguséens : car les 
gens de cette nation appellent mages ceux que les La- 
tins honorent du nom de Sages. Les Grecs les ont nom- 
més philosophes, les Indiens gymnosophistes, les 
Egyptiens les ont appelés prêtres, les cabalistes pro- 
phètes, les Babyloniens et Assyriens, Chaldéens et les 
habitants de la Gaule lyonnaise druides et bardes, 
qu'on appelait aussi autrefois Semnothes, et pour tout 
dire en un mot, la magie a reçu des noms divers dans 
les différentes nations. Nous verrons que plusieurs 
hommes ont lui, comme des astres flamboyants, grâce 
à cette science qu'ils ont portée à un haut degré de 
perfection, comme par exemple Zoroastre, fils d'Oro- 



LA MAGIE NATURELLE 



mase chez les Perses, Numa Pompilius chez les Ro- 
mains, Thespion chez les Indiens, Hermès chez les 
Egyptiens, Buda chez les Babyloniens et Abbaris chez 
les Hyperboréens. On divise la magie en deux parties, 
à savoir en une infâme, composée d'enchantements, 
d'esprits immondes, et née d'une curiosité mauvaise, 
que les Grecs, plus savants, appellent Goëtsia ou Theur- 
gia; c'est celle qui suscite les charmes et les fantômes 
ou illusions, qui disparaissent soudain, sans laisser 
la moindre trace. L'autre partie est la magie naturelle, 
que chacun révère ou honore, parce qu'il n'y a rien 
de plus élevé ni de plus agréable pour les amateurs 
des bonnes lettres, qui estiment qu'elle n'est autre 
chose que la philosophie naturelle, ou la suprême 
science. Cette magie, douée d'une considérable puis- 
sance, abonde en mystères cachés, et fait connaître 
les choses qui gisent au sein de la nature, avec leurs 
qualités et leurs propriétés : c'est le sommet de toute 
philosophie. Encore enseigne-t-elle que par l'aide des 
choses, par leur mutuelle et opportune application, 
elle fait des œuvres que le monde estime être des mira- 
cles, qui surpassent toute admiration, de même que 
toutes les facultés de l'entendement. C'est pourquoi 
elle florissait principalement aux Indes et dans l'Ethio- 
pie, contrées où se trouvaient quantité d'animaux, 
d'herbes, de pierres, et beaucoup d'autres choses qui 
convenaient à cet effet. Aussi je vous dirai à vous qui 
allez là pour voir ces merveilles : ne croyez pas que les 
effets de la magie naturelle soient autre chose que les 
œuvres de la nature : l'art est esclave de la nature et se 
met diligemment à son service. Aussi comme en agri- 
culture la même nature engendre les herbes, les plantes 
et les blés, ainsi l'art les prépare. C'est pourquoi Plot in 



LA MAGIE NATURELLE à 

a appelé à bon droit le mage le ministre de la nature, et 
non l'ouvrier ou l'artisan de celle-ci. Or, quel doit être 
son office, et combien il doit être au courant des scien- 
ces, nous nous proposons de le montrer au chapitre 
suivant. 

Chapitre Deuxième 

De l'institution du Magicien, et ce que doit être un 
professeur de Magie naturelle. 

Maintenant, il convient d'exposer ce que le Mage 
doit connaître et retenir, afin que, instruit de toutes 
choses, il puisse comprendre les secrets de la nature 
et ses admirables effets. C'est la partie active de la phi- 
losophie naturelle; or, je voudrais que celui qui doit 
être doué d'un si grand pouvoir, fût consommé en 
philosophie, en connût toutes les parties. Un tel 
personnage recherche les causes des commencements 
et les premiers éléments des choses, et expose aux 
yeux de tous les richesses merveilleuses qui en pro- 
viennent; il indique la liaison réciproque et la con- 
jonction des éléments, d'où provient la source des 
causes et d'où dérive leur fin ou leur mort. Il étudie 
la science des choses humaines, d'où procède l'émo- 
tion des flots de la mer irritée, d'où proviennent les 
aveugles mouvements qui frappent la terre, ceux des 
animaux, bêtes à quatre pattes, oiseaux voletant par 
les airs, animaux aquatiques, en somme de toute créa- 
ture qui a le bonheur de vivre. Il recherche aussi la 
nature des métaux, les lieux et les noms de ceux-ci. Il 
apparaîtra aux lecteurs que nous avons longuement 
et laborieusement travaillé toutes ces matières, car 



LA. MAGI :""\TURELLE 



il n'y a rien de plus malséant à un artisan, que d'igno- 
rer les instruments qu'il emploie. Je voudrais aussi 
que notre mage ne soit pas ignorant des choses de la 
médecine, car la magie est une science du même genre 
et est fort semblable à celle-là ; on croit du reste que 
c'est sous cette forme qu'elle s'est d'abord fait con- 
naître et qu'elle a attiré l'esprit humain. Elle est aussi 
d'un grand secours, car elle enseigne à composer les 
mixtures et à fixer les températures, ce qui se fait au 
grand bénéfice des humains. De là est dérivée la con- 
naissance des plantes, tant indigènes qu'étrangères, 
qui est d'une si grande utilité qu'on peut dire que tout 
dépend de là. Il convient davantage encore d'être 
au courant des disciplines mathématiques, car il y a 
beaucoup de choses qui opèrent par la puissance des 
astres et leur chaleur, par le fléchissement et le mou- 
vement infatigable des cieux, dispositions qu'enseigne 
l'astrologie, qui fait connaître également les propriétés 
et les vertus des choses cachées. 

La magie contient une puissance et faculté spécu- 
lative, qui appartient aux yeux et pour les tromper, 
elle suscite de loin des visions dans les eaux, et dans 
les miroirs façonnés en rond, concaves, étendus et di- 
versement fermés, toutes choses dont la plus grande 
partie de la magie naturelle dépend. Tout bien consi- 
déré, la magie a asservi tous les arts, de sorte que celui 
qui les ignorera doit être à bon droit forclos de l'hon- 
neur d'être mage; et il convient de ne reconnaître 
personne pour magicien, à moins qu'il ne connaisse 
ces disciplines et ces sciences. Que donc le magicien 
soit ouvrier par don de nature, et savant, car étant 
savant sans artifice, ou ignare artisan, si d'aventure 
il n'a du naturel, tant toutes ces choses sont conjointes, 



LA MAGIE NATURELLE O 

il adviendra qu'il travaillera en vain et ne jouira de ce 
qu'il désire. 

Or, il y en a qui sont si savants en ces choses qu'ils 
semblent être façonnés de Dieu même. Et je ne dis pas 
cela pour vouloir insinuer que l'art ne puisse livrer 
quelque chose, et que toutes choses bonnes ne puis- 
sent encore être faites meilleures. 

Qu'il considère donc avec des yeux perçants les 
choses qui se présentent à lui, et que les ayant vues, il 
mette soudainement la main à l'œuvre. J'ai voulu dire 
ceci, parce que si par ignorance, il s'égare, il ne nous 
pourra imputer ce vice, mais qu'il en accuse sa propre 
bêtise, car un tel défaut procède non de la noncha- 
lance de celui qui apprend, mais de l'imbécillité du 
professeur. Car si ces choses sont maniées par les mains 
de quelque personnage moins expert qu'il ne convient, 
il en adviendra cet inconvénient que moins on ajoutera 
de foi à la science, plus ou estimera fortuites les choses 
vraies, et cela arrivera de toute nécessité. 

Ainsi ajoutant les dettes actives aux passives, vous 
ferez des choses merveilleuses; et si vous en recher- 
chez de plus merveilleuses encore, et que vous désirez 
qu'on les estime telles, ôtez la connaissance de leur 
cause efficiente. Car celui qui connaît les choses, prise 
moins leur autorité, et ne les estime rares que pour 
autant que la cause lui en est cachée. Si quelqu'un a 
éteint sa lampe et qu'il l'approche de nouveau d'un 
mur ou d'une pierre et la rallume, il estimera que c'est 
là un cas merveilleux; mais il cessera de voir cette 
merveille, comme dit Galien, lorsqu'il viendra à re- 
garder le mur ou la pierre saupoudrée de soufre. Et 
l'Ephésien dit que le miracle s'arrête là où il apparaît 
être un miracle. Pour retourner à notre magicien, il 



6 LA MAGIE NATURELLE 

convient qu'il soit riche, car nous pouvons difficile- 
ment travailler, si les richesses nous font défaut. Nous 
devons nous enrichir afin de philosopher et non pas 
philosopher pour nous enrichir. Qu'il n'épargne donc 
point la dépense, mais soit prodigue dans ses recher- 
ches, et pendant que curieusement il poursuit son 
cours commencé, quelque soit la difficulté qui se pré- 
sente, qu'il ne rechigne point au labeur, car les secrets 
de la nature ne se manifestent ni ne se dévoilent aux 
paresseux ni aux ignares. Epicharmus a parlé fort sage- 
ment, lorsqu'il a dit que les dieux vendent tout aux 
humains à prix de labeur. Et si l'effet ne répond pas 
à cette description, sachez que quelque chose est en 
défaut, car nous n'avons pas écrit ce bref discours 
pour les personnes rudes ou pour les apprentis, mais 
pour les ouvriers ingénieux et subtils. 

Chapitre Troisième 

Les opinions des anciens sur les causes des opérations 
merveilleuses. 

Les effets de la nature que nous admirons souvent, 
ont tellement enflammé les esprits des anciens philo- 
sophes sur la connaissance des causes qu'ils en ont 
écrit des merveilles souvent, mais que souvent aussi 
ils ont erré : avant de passer outre, nous trouvons qu'il 
est expédient de traiter des diverses opinions qui ont 
eu cours chez eux. Premièrement, pour commencer 
par les plus anciens, les Egyptiens, qui semblent avoir 
recherché les effets des cieux et avoir osé mesurer leur 
immensité, après qu'ils eurent établi leur demeure 
dans les plaines et les campagnes spacieuses, et voyant 



LA MAGIE NATURELLE 7 

que rien n'apparaissait sur la terre qui pût empêcher 
la contemplation du ciel, et considérant les astres ra- 
dieux brillant d'une perpétuelle clarté, consacrèrent 
tout leur labeur et vouèrent toute leur sollicitude à 
connaître les influences des astres. 

Or, comme la recherche laborieuse des causes éton- 
nait fort ces gens, ils attribuèrent tout au ciel et aux 
étoiles et prétendirent que chacun tirait de là son des- 
tin, du commencement à la fin de son existence, ce qui 
produisait des effets merveilleux. 

De là est venu qu'au point de certaines heures, en 
un temps fixé d'avance, toutes choses ont été prépa- 
rées et arrêtées aussi : ne passant plus outre, ils se sont 
arrêtés en leurs opinions. Après eux, les autres philo- 
sophes ont affirmé que tout procédait des éléments, 
et en ont fait les commencements ou causes de tout, 
comme Hippase Métapontin, Heraclite, qui ont attri- 
bué cette prééminence au feu, et Diogène ApoUoniate 
et Anaximène qui ont déféré ce pouvoir à l'air. Tha- 
ïes de Milet a vanté l'eau, Hésiode la terre; mais Hip- 
pon et Critias ont assigné cette vivacité aux vapeurs 
sortant des éléments. 

Il s'en trouve d'autres qui n'ont craint d'attribuer 
cette excellence aux qualités, au nombre desquels 
on compte Parménide qui la donne au froid et au 
chaud : la plus grande partie des médecins ont établi 
les racines de ces merveilles de la victoire du froid et 
l'humide, du chaud et du sec, quand ils se trouvent 
rassemblés ; toutes les expériences qu'ils ont tentées 
ils soutiennent qu'elles sont faites avec ces éléments el 
ils sont d'avis qu'on peut trouver toutes les causes 
des choses dans ces éléments. 

Empédocle d'Agrigente a ajouté aux éléments — 



8 LA MAGIE NATURELLE 

leur nombre n'étant pas suffisant — la concorde et la 
discorde, affirmant que l'une engendre les choses et 
que l'autre les corrompt. Zenon a fait des dieux de 
matière ; mais les plus récents philosophes, ayant con- 
sidéré cette matière, ont jugé que cela ne pouvait être 
soutenu, d'autant plus que souvent les choses con- 
traires en qualités opèrent de façon semblable, et de 
là ils ont conjecturé que, outre tous les éléments et 
toutes les qualités il devait y avoir quelque autre chose. 
Car Platon et Aristote qui ont atteint aux plus hauts 
sommets de la philosophie, ont, en recherchant plus 
loin, trouvé plusieurs autres choses, comme les vertus 
nées avec les formes substantielles, et d'autres encore, 
dont il sera parlé aux discours suivants. 

Chapitre Quatrième 

D'où procèdent les vertus des choses manifestes, et de 
celles qui sont cachées. 

Tous les anciens se sont occupés et ont obstinément 
débattu des vertus des choses découvertes et des 
choses cachées ; je n'ai pas jugé utile de les reprendre, 
attendu qu'elles ont été traitées abondamment par le 
commun précepteur de tous, le prince souverain des 
péripatéticiens. 

Or, maintenant, afin que toutes choses apparaissent 
plus clairement découvertes, il convient de se souve- 
nir de certaines choses dont nous recevons force et 
vertu; cela profitera grandement à trouver et à com- 
poser des choses nouvelles, et aidera aussi à ce que 
les studieux apprennent à séparer et à discerner, afin 
qu'ils ne troublent pas tout l'ordre du vrai. Et bien 



LA MAGIE NATURELLE 



que d'un même mélange découlent plusieurs effets 
fort divers, toutefois ceci est tenu pour résolu, à savoir 
qu'ils procèdent d'un seul commencement, comme on 
en verra plusieurs exemples au cours de notre discours. 

Et parce qu'il nous convient aussi de démontrer 
d'où elles sortent et dérivent, nous prendrons notre 
narration d'un peu haut : à la composition de toute 
substance naturelle. Or, j'appelle substance, ce qui a 
liaison de l'une et de l'autre : la matière et la forme, 
comme principes et commencements de tout, et ne 
rejetons pas les propriétés des qualités qui, dès l'ori- 
gine, étaient cachées dans les éléments ; ensemble elles 
accomplissent le nombre de trois. Lorsque les éléments 
mélangés forment quelque chose, ce qui est formé re- 
tient quelques qualités excellentes ; et bien que toutes 
s'assemblent pour la production des effets, on croit 
cependant que le tout provient des mouvements su- 
périeurs, vu qu'ils s'attribuent les vertus des autres 
qui restent : car s'ils se combattaient également, leur 
vertu demeurerait inconnue. 

Encore la matière n'est-elle aucunement vide des. 
forces et vertus; je ne parle pas de cette matière pre- 
mière et simple, mais de celle qui naît de la vertu et de 
la substance des éléments, et principalement des deux 
principaux, à savoir la terre et l'eau, qu'Aristote a 
coutume quelquefois d'appeler qualités secondes et 
effets corporels, et que nous appelons offices aux forces 
de la matière, soit encore que nous les appehons d'au- 
tres noms, comme le rare, l'épais, l'âpre, le léger, le 
dur, et le froissable ou aisé à fendre, toutes choses qui 
gisent au sein de la matière et qui néanmoins procè- 
dent toutes des éléments. 

Mais une telle vertu gît en la force de la forme qu'il 



10 LA MAGIE NATURELLE 

n'y a {comme je crois) personne qui ne sache que tous 
les effets que nous voyons à l'œil nu ne soient premiè- 
rement engendrés par elle, et n'ait un divin commen- 
cement. J'estime que toutes choses se peuvent faire 
par la matière, et que rien ne se fait que par elle. Car 
si l'ouvrier en exécutant quelque statue, use du ciseau 
ou du burin, il n'en use pas seulement comme tels, 
mais s'en sert afin que plus aisément il expédie son 
ouvrage. C'est pourquoi, comme il y a en chaque chose 
trois causes efficientes, ne croyez pas qu'elles cessent 
ou qu'elles demeurent oisives, mais soyez sûr au con- 
traire que toutes fructifient, l'une toutefois plus lente- 
ment, et l'autre plus vigoureusement : mais sur toutes 
la forme travaille avec efficacité, fortifiant les autres 
parties, car si elle manquait ou faisait défaut, elle les 
rendrait vaines et elles seraient frustrées, comme non 
suffisantes à recevoir les dons célestes. Et bien que 
seule elle ne les puisse exprimer, que les autres sembla- 
blement ne manifestent les leurs : toutefois elles ne 
deviennent pas confuses, ni ne se diversifient, mais 
s'allient tellement entre elles qu'elles ont besoin d'une 
aide et d'une vertu réciproque. 

Celui qui par une curieuse recherche de la raison 
pourra connaître ces choses n'aura rien d'obscur dans 
l'esprit, et ne confondra pas la science et la vérité. De 
là ressort que cette vertu qui est appelée propriété 
de la chose, ne procède pas du tempérament, mais de la 
forme, comme la plus excellente de toutes, puis du 
suprême mouvement, et après de l'intelligence, et fi- 
nalement de Dieu même, de sorte que la même nais- 
sance qui est en la forme, apparaît dans les propriétés. 
Car, après que Dieu, comme dit Platon, eut par la di- 
vinité toute puissante et par mesure convenable, prc- 



LA MAGIE NATURELLE 11 

mièrement créé les cieux, les astres et les mômes com- 
mencements des choses, il forma conséquemment les 
genres des animaux, des plantes, et les autres choses 
inanimées. Mais afin que ces dernières créatures ne fus- 
sent d'une même condition avec le ciel, ayant appelé les 
vertus et forces des cieux et des éléments, il les a assi- 
gnées par degrés et par une loi fatale a ordonné que les 
choses inférieures fussent assujetties et servissent aux 
supérieures : de sorte que par l'influence des astres, il 
a mis en chaque créature sa forme, pleine de vigueur 
et de vertu. Et afin que la procréation continue des 
choses ne faiblît point, il commanda que chacune eut 
à produire la semence nécessaire pour engendrer avec 
usure de nouvelles formes. 

Ainsi nécessairement vous jugerez que les formes 
divines sont descendues du ciel et constituent une 
cause très noble que Platon, prince des philosophes, 
appelle âme du monde et le souverain philosophe 
Aristote universelle nature, et Avicenne donneur de 
formes. Ce libéral donneur donne forme, non de chose 
caduque, mais la tirant de soi, et premièrement, il 
l'impartit aux intelligences et aux étoiles; puis il l'oc- 
troie aux éléments, comme instruments disposant la 
matière. Quel est donc le personnage si insensé ou si 
mal façonné par la nature qui, en présence de cette 
matière qui procède des éléments du ciel, des mtel- 
ligences et finalement de Dieu même, osera dire qu'il 
ne ressent rien de cette nature et ne sent rien de cette 
majesté divine, dont les œuvres sont si admirables 
qu'on ne peut rien former ni penser de plus.sublime? 
Nous avons négligé plusieurs arguments dans ce 
discours, parce que nous voulons plus amplement 
exposer les vertus de chaque chose en leur lieu et place. 



12 LA MAGIE NATURELLE 



Chapitre Cinquième 

Ce que c'est que les anneaux de Platon et la chaîne d'or 
d'Homère. 

Voilà donc la liaison des choses, leur ordre et leur 
disposition, servant à la Providence divine, et où l'on 
peut voir que toutes ces choses inférieures qui sont 
gouvernées premièrement et par ordre, procèdent de 
Dieu même et ne doivent qu'à lui leur vertu et leur 
efficacité. Car Dieu (comme dit Macrobe) qui est la 
cause première et principale des choses, et leur source 
même, par la fécondité de sa majesté a créé l'entende- 
ment, et celui-là l'aime, qui en partie développe la rai- 
son. Virgile, qui est de cet avis, appelle l'âme du monde 
entendement dans les vers suivants : 

L'esprit naît an deciaus, crailleurs renlendenient, 
Et parties infues fait admirablement 
Mouvoir cette grande masse, et vient à bref parler 
Avec cet ample corps sagement se mêler. 

L'homme étant ainsi établi au milieu de l'une et 
l'autre partie, est doué de raison, ce qui le fait exceller 
par dessus les autres animaux, lesquels, étant d'une na- 
ture inférieure à la sienne, ne font que croître et sentir. 
Toutefois, on dit que les arbres, qui n'ont ni sens ni 
raison, ne font que croître, et en cela, on estime qu'ils 
vivent. Le poète a exprimé cette idée dans les vers 
suivants : 

De là son être a jiris l'heureux genre des hommes 
Et animaux foulant le monde où nous sommes 
De là la vie aussi des volages oiseaux 
Et ces monstres hideux qui vivent dans les eaux. 



LA MAGIE NATURELLE 13 

Vu donc que l'entendement procède de Dieu, et 
l'âme de l'entendement, lequel anime toutes choses 
qui s'en suivent, la plante, l'animal et l'homme for- 
ment comme une corde tendue par une liaison réci- 
proque et conliiiue, de sorte que la vertu supérieure, 
répandant ses rayons, en arrivera à ce point que si 
on touche une de ses extrémités, elle tremblera et fera 
mouvoir tout le reste. C'est pourquoi nous pourrons 
appeler cette liaison des anneaux ou une chaîne, 
comme qui dirait les anneaux de Platon et la chaîne 
d'or d'Homère. De ce poète excellent, voici à ce sujet 
quels sont les beaux vers : 

Et si voulez dès maintenant savoir 
Ce que je puis, je vous le ferai voir : 
Il vous convient une chaîne d'or prendre 
D'ici à terre, et tout vous en descendre 
Pour employer votre divin pouvoir 
A me tirer en bas et me mouvoir. 
Vous aurez beau travailler, votre peine 
Enfin sera une entreprise vaine : 
Mais si je veux au ciel vous élever, 
Je le ferai sans en rien me grever 
Et tirerai par une même charge 
Avecque vous la terre et la mer large. 
Après cela attacherai d'un bout 
La chaîne au ciel, et suspendrai le tout 
A cette fin que l'on connaisse mieux 
Que je suis chef des hommes et des Dieux. 

Par ce discours, on peut entendre que Dieu, créateur 
de toutes choses, par sa Providence a fait que les cho- 
ses inférieures soient gouvernées par les supérieures, 
et cela de par une loi nécessaire de la nature. Le mage, 
connaissant ces choses, marie le ciel avec la terre, et 
de là, comme ministre des merveilles, il tire et expose 



14 LA MAGIE NATURELLE 

à l'œil nu les secrets cachés au seiu de la nature, et 
dévoile ce qu'il a reconnu être vrai, pour que tous les 
hommes, épris de la science de l'ouvrier, le louent et 
révèrent son omnipotence. 

Chapitre Sixième 
Des éléments et de leurs vertus. 

Jusqu'ici, nous avons traité de la naissance de la 
forme substantielle, et de l'ordre des choses. Mainte- 
nant nous allons nous efforcer de faire connaître les 
choses cachér'S et leurs propriétés diverses. Mais, pour 
ne pas troubler l'ordre de notre exposition, qui com- 
mence aux éléments, dont la nature a fait la semence 
première des choses, nous parviendrons peu à peu au 
reste que nous jugerons nécessaire d'être su et d'être 
connu en notre œuvre. Or, les semences de toutes 
choses sont les éléments, autrement dit les corps sim- 
ples, qui sont le commencement matériel des corps 
naturels, sujets à de continuels changements et à des 
agitations continuelles, et qui remplissent tout ce 
monde sublunaire. Car le feu, le plus léger et le plus 
pur de tous les corps, afin d'éviter la vue, s'est élevé 
et posé au sommet qu'on appelle ciel. L'élément le plus 
proche de celui-là est l'esprit, qu'on appelle air, un 
peu plus pesant que le feu et remplissant tout l'es- 
pace; il s'épaissit parfois en nuées et alors se résout en 
pluie. A ces éléments succède l'eau, et après l'eau, 
apparaît le dernier, nourri de la substance des autres, 
qu'on appelle terre, qui git étendue au-dessous de 
tout, spacieuse, impénétrable et très solide : de sorte 
qu'on ne peut rien toucher de solide, qui soit exempt 



LA MAGIE iNATURELLE 15 

de matière terrestre, ni rien de vide, sans feu. Cette 
terre donc est environnée de tous les autres éléments 
et seule demeure immuable; car les autres sont por- 
tés ça et là par un tournoiement et un mouvement de 
circonférence. Toutefois chacun est enlacé comme par 
des bras et ils ont des qualités contraires. Mais la sage 
nature, par une mesure admirable et opportune, a 
composé l'architecture de cette machine. 

Car considérant qu'en chacun il y avait double qua- 
lité, et en certains une société aimable et assujettie 
au même joug, et, en d'autres des qualités discordantes 
elle a donné à chacun d'eux pour compagne l'une des 
deux qualités, à savoir celle à laquelle il adhère. 

Voilà donc comment on les allie, à savoir l'air avec 
le feu, car l'un est chaud, et l'autre sec et humide. 

Or, le sec et l'humide sont contraires; toutefois, 
par la chaleur, leur compagne, ils se joignent ensemble. 
Ainsi, la terre est froide et sèche, et l'eau froide et hu- 
mide, et toutefois, bien que ces deux éléments, par le 
sec et l'humide, ne s'accordent pas et soient contraires, 
ils sont cependant alliés, car autrement il leur serait 
difficile de s'accorder. Ainsi peu à peu le feu se con- 
vertit en air par la chaleur et l'air en eau par l'humidité, 
l'eau en terre par la froideur, et la terre se joint au feu 
par le sec : voilà donc comment ils procèdent. 

Et après, tout à rebours, ils se transforment de 
nouveau; l'un se fait réciproqeument de l'autre; tou- 
tefois le passage ou changement est facile quand il 
leur arrive de rencontrer une qualité commune, comme 
le feu et l'air par la chaleur, mais ceux qui sont oppo- 
sés par deux qualités contraires, comme le feu et l'eau, 
sont changés moins vite et plus difficilement. Que les 
prémisses que nous avons posées ici, soient donc con- 



16 LA MAGIE NATURELLE 

sidérées comme les fondements de toutes choses, dont 
procèdent toutes les autres opérations. 

Chapitre Septième 
Des qualités des éléments, et de leurs opérations. 

Dans les quatre corps déjà décrits, il y a quatre qua- 
lités élémentaires, qui mutuellement passent l'une 
dans l'autre et par lesquelles toutes choses qui ont 
connaissance et sentiment, naissance et mort, com- 
mencement et fin, sont engendrées et périssent : à sa- 
voir la chaleur, le froid, l'humidité et la sécheresse. 
Ces qualités sont dites principales, vu que principale- 
ment elles dérivent des éléments, et que d'elles dépen- 
dent les effets seconds. Deux de ces qualités, à savoir 
la chaleur et la froideur, produisent des effets propres, 
alors que les deux autres, l'humidité et la sécheresse, 
sont conservées et transmises par les autres. Elles sont 
nommées secondes, comme servant aux premières, 
et sont dites opérer en second lieu, amollir, mûrir, ré- 
soudre, rendre plus tendre et déhé, comme quand la 
chaleur, travaillant quelque mélange, en tire la ma- 
tière impure et s'efforce à le rendre égal à son action : 
à ce qu'il se fasse plus simple, il devient tendre. Ainsi 
elle conserve le froid, l'épaissit et le congèle, épaissit 
le sec et le rend plus âpre. Cai alors qu'elle dévore l'hu- 
meur qui est en sa superficie, elle endurcit ce qu'elle 
ne peut dévorer, ce qui produit une âpreté en son des- 
sus. Ainsi l'humide augmenté corrompt et souvent 
par soi fait une chose et par accident une autre, comme 
de la constriction et expulsion. Encore produit-elle 
d'autres choses semblables aux premières, comme le 



LA MAGIE NATURELLE 17 

lait, l'urine, les menstrues, et attire-t-elle la sueur, 
effets que les médecins appellent des qualités troi- 
sièmes, servant ainsi aux secondes, comme celles-ci 
servent aux premières. Et quelquefois elles opèrent 
en certains membres, elles renforcent la tête, ou forti- 
fient les reins, ce qu'on a appelé les qualités quatrièmes. 
De la procèdent diverses expériences, comme on 
pourra le voir en maint endroit de cet ouvrage; tou- 
tefois, avant de retracer l'histoire de ces expériences, 
il n'était pas hors de propos d'avoir traité de ce qui 
précède, afin que l'ouvrier instruit connût d'une 
manière complète et sûre les vertus de ces qualités 
et la méthode de travail à suivre. 

Chapitre Huitième 

Diverses propriétés fies choses cachées qui dérivent 
de la même forme. 

11 y a plusieurs propriétés et vertus occultes des 
choses, non par la qualité des éléments, mais procédant 
de la forme, comme nous avons dit, et vu qu'elles dé- 
rivent de celles-ci, il s'ensuit qu'une matière petite 
produit un grand effet, et qui même est contraire à 
cette matière : toutefois, pour travailler plus promp- 
tement, elle requiert une matière plus abondante. Or, 
on appelle ces propriétés occultes et cachées, parce 
qu'on ne les peut connaître par des démonstrations. 
C'est pourquoi les sages anciens trouvèrent bon d'éta- 
blir une certaine borne ou limite, outre laquelle ils ne 
pourraient passer dans la recherche de la raison des 
choses : attendu que dans les secrets de la nature, il y 
a beaucoup de choses cachées, pleines d'énergie, dont 



LA MAGIE NATURELLE 



l'entendement humain ne peut scruter les causes, ni 
les comprendre. Car elles gisent ensevelies dans les 
arcanes de la nature, en une majesté cachée, ce qui fait 
qu'on doit les admirer plutôt que de les sonder. Théo- 
phraste, considérant cela, a sagement parlé lorsqu'il 
a dit : Qui cherche la raison de toutes choses, ôte la 
raison avec la science. Et Alexandre dit de son côté 
qu'il y a plusieurs choses dont on ne peut rendre rai- 
son, d'autant plus qu'elles dépassent totalement la 
mesure et la capacité de 1 entendement humain et 
sbht seulement connues du Dieu immortel, qui est 
père et auteur de toute chose. Car d'autant que ces 
choses surmontent la nature et la force des éléments, 
elles ne se peuvent enserrer ni comprendre en des dé- 
monstrations : c'est pourquoi s'émerveillant des choses 
trouvées par les philosophes, ils ont mieux aimé en 
laisser, la curiosité, que de s'efforcer d'en trouver la 
raison. Et non seulement émerveillés que cette divine 
grandeur ait créé tous les animaux et que ceux-ci diffè- 
rent en figure et en grandeur, mais épris de ce que se- 
lon la diversité de chaque espèce, Dieu a donné à cha- 
cun d'eux quelque propriété naïve et particulière, par 
laqyelle ils se distinguent et sont différents les uns des 
autres dans leurs mœurs et leur manière d'être, nous 
en proposerons plusieurs exemples qui peut-être se- 
ront agréables aux, lecteurs et qu'aucun bon esprit du 
reste ne dédaignera. Commençant donc, nous vous 
montrerons d'abord le taureau, farouche et furieux, 
qui attachjé .au figuier, est tout à coup dompté et de- 
vient, dc}|ix et, apprivoisé; et d'ailleurs, en lui oignant 
les i narines di' huile rosat, devenu tout étourdi, il se 
cpritournp.si souyeijit en rond qu'il tombe, ainsi que 
l'iaffirme Zoroastre, qui a écrit un traité des arrêts 



LA MAGIE NATURELLE 19 

choisis des anciens, appelé Geoponica. Le coq aussi 
s'attendrit si on le pend à ce même arbre. Les vau- 
tours et escargots, au dire d'Aristote, meurent de l'o- 
deur des roses. Si vous tirez avec les mains la barbe 
d'une chèvre rangée dans un troupeau, tout ce trou- 
peau s'arrêtera, laissera là sa pâture, et toutes les 
chèvres seront étonnées et ne cesseront de s'émer- 
veiller, tant que celui qui a tiré cette barbe ne l'ait 
laissée. C'est Aristote qui le dit, bien que plusieurs 
auteurs ont dit sur ce point la même chose de l'herbe 
nommée Erijngium, lui attribuant aussi cet effet, 
mais ils ont été abusés, je le crois, par la conformité 
qu'a cette diction latine Arnucus, qui signifie barbe 
de chèvre, mais cette plante ne répond pas à l'expé- 
rience. Si l'hyène vient à regarder un homme ou un 
chien dormant, elle s'étend tout de son long auprès de 
lui, et si son corps dépasse celui du dormant en lon- 
gueur, elle le rend insensé, et afin qu'il ne lui puisse 
nuire ou tenir tête, elle lui ronge les mains ; mais si 
elle est de même longueur, prestement elle s'enfuit, 
comme raconte Nestor dans le discours de sa Panacée. 
Si une hyène furieuse vient au-devant de vous, gar- 
dez-vous bien de la recevoir du côté droit, car elle vous 
causera une si grande frayeur qu'il ne vous sera plus 
possible de lui résister. Mais si vous l'assaillez du flanc 
gauche, vous la rendrez impuissante et vous la tuerez 
facilement. L'ombre des hyènes rend les chiens muets 
et sans force pour aboyer; sachant cela, lorsqu'elles 
sont poursuivies, elles courent contre la lumière de 
l'astre du jour, et dans son ombre, battent de coups 
vigoureux les gueules des chiens qui les pourchassent. 
Le lion, travaillé par la fièvre, est guéri s'il dévore un 
singe. Les chèvres et les boucs sont venimeux pour 



20 LA MAGIE NATURELLE 

l'agriculture, car certaines chèvres corrompent les 
oliviers plantés et les vignes, de sorte que ces plantes 
deviennent stériles. C'est pourquoi on a à bon droit 
immolé à Bacchus, inventeur du vignoble, le bouc, 
et la chèvre à Minerve, afin que par la perte de leur 
tête, ils fussent punis de leurs forfaits. L'olive plantée 
et cueillie de la main d'une pucelle, rendra ses fruits 
plus savoureux; mais si cela se fait par la main d'une 
paillarde, elle deviendra stérile. Le serpent (ou la vi- 
père) frappé d'un roseau, devient tout engourdi, et si 
vous le frappez de nouveau, reprenant ses esprits, il 
s'enfuit. Apulée en parle ainsi : « Si le serpent, se ca- 
chant dans une caverne, est saisi de la main gauche, 
il sera facilement tiré de là, mais si vous le prenez de 
la main droite, vous ne pourrez l'on arracher. » La vi- 
père est toute épouvantée si on jette un rameau de 
hêtre contre elle. Les fourmis, afin que les tas de fro- 
ment ne laissent choir leurs grains hors des épis, sont 
si adroites qu'elles en retirent la moelle. L'autruche, 
par une vertu secrète, digère le fer et le convertit en 
nourriture. Si vous mettez un cercle de serment au col 
d'un coq, vous l'empêcherez de chanter. L'étoile ma- 
rine a une telle puissance de digestion, qu'elle dévo- 
rera les couches ou coquilles et étoiles entières et les 
brisera. 

Il y a un petit poisson appelé en grec Etheneis, et 
que les Latins appellent remova ou remiligo, petit à 
merveille et qui, attaché au gouvernail des navires, 
bien que ceux-ci soient poussés par un vent favorable 
et naviguant à leur gré, peut par un frein robuste les 
retenir et les arrêter. Ce petit et puissant animal, soit 
que les vents soufflent en tempête, que les vagues s'élè- 
vent et que les orages grondent, apaise toutes les forces 



LA MAGIE NATURELL8 21 

des nerfs et les rend immobiles, comme si elles étaient 
liées et retenues par des ancres. 

La torpille a une telle vigueur d'engourdissement 
que, prise de loin, en touchant l'hameçon, la soie, le 
roseau, ou le bâton de la ligne du pêcheur, elle engour- 
dira et amortira les membres de celui-ci, et usant de la 
même violence envers tous les poissons qu'elle désire, 
quelque légers qu'ils soient, elle les engourdit si lour- 
dement qu'elle s'en repaît à volonté. Elle a encore 
une autre vertu : si vous l'appliquez sur la tête, elle 
en apaisera les douleurs; cela est confirmé par l'ex- 
périence de Platon, d'Aristote, de Galien et le témoi- 
gnage d'Œlian. Le lièvre marin provoque à vomir 
tous ceux qui le regardent et incommode les femmes 
prêtes à accoucher, arrivant même à les faire avorter. 
Il n'y a pas en mer d'animal plus exécrable et plus 
pernicieux que la pastinaca, dont l'aiguillon est si 
puissant, que si vous le poussez dans un arbre ver- 
doyant et vigoureux, il le tuera sur le coup. 

Le laurier et le figuier ne sont jamais frappés de la 
foudre du ciel, pas plus que le derrière du veau marin, 
la peau de l'hyène et la vigne blanche. C'est pourquoi 
les marins garnissent les voiles de leurs navires de ces 
choses, afin que, foudroyées par l'injure du ciel, elles 
ne brûlent et ne soient consumées. C'est aussi de ces 
choses qu'Octave se fortifiait pour se garantir contre 
les violences de la foudre. 

Tibère César avait coutume de prendre, pour éviter 
la foudre, comme défenseur le laurier, et s'en entourait 
la tête; les empereurs ont aussi employé ce moyen 
dans le même but. Car ces plantes n'échappent pas 
seulement à la violence de la foudre, elles sont aussi 
douées d'une nature si puissante qu'elles peuvent re- 



22 LA MAGIE NATURELLE 

pousser l'injure d'un adversaire : c'est pourquoi Tar- 
con jadis environna sa maison de vigne blanche. Le 
corps qui est frappé et tué par la foudre, demeure 
sans être corrompu, c'est pourquoi les anciens ont 
mis peu de soin à brûler les corps foudroyés. D'ail- 
leurs, ils ne les couvraient pas davantage de terre, 
parce qu'ils ne sentaient pas de corruption et qu'ils 
étaient exempts de pourriture. Aussi c'est à bon droit 
que nous estimons qu'on a bien fait de blâmer les 
poètes qui ont écrit que l'audacieux Phaéton, charron 
des chevaux célestes, frappé de la foudre, est allé pour- 
rir dans les vallées. 

Ceci est également merveilleux, c'est que par le re- 
gard d'un petit oiseau appelé rupex, un homme entaché 
de vérole recouvre la santé. La force de la Lysimachia 
est si grande que, posée au joug des bœufs hargneux, 
elle ne tarde pas à réfréner leur pétulance. La buglose 
mise dans le vin augmente la liesse et la volupté de 
l'esprit, et a acquis un tel degré d'excellence qu'on l'ap- 
pelle euphionona. Le balisic, ainsi que l'affirme Theo- 
phraste, agacé par les injures et les violences, croît 
et s'allonge, et plus on le provoque, plus il grandit. 
Perse y a peut-être fait allusion dans les vers suivants : 

Ayant du serf fêtard dit mainte injure étrange 
Dont l'oisif basilic autrement ne s'arrange. 

Encore est-il certain que si on blesse la rue, elle croit 
davantage, et que celle qui gît en cachette croît 
mieux, comme l'ont soutenu les anciens. Il en est de 
même du persil, quand on le foule lourdement des 
pieds. Le diamant indien résiste à toute épreuve, tant 
il est dur, mais s'il est arrosé de sang de bouc, il de- 
vient mou et aisé à rompre. De toutes les humeurs, 



LA MAGIE NATURELLE 23 

la rhubarbe purge la colère seulement, la teigne de 
thym la mélancolie, et l'agaric le flegme. Les remèdes 
qui ont été trouvés par les soins des médecins, pour la 
guérison des animaux malades, ne sont pas moins inté- 
ressants. En leur appliquant certaines herbes qui pro- 
voquent le vomissement, ils purgent le ventre du 
chien; l'ibis égyptien opère de la même manière. Les 
chèvres de Candie, blessées par des flèches fichées 
dans-feïïfs cuisses, vont chercher le dictam et en man- 
geant cette herbe, font sortir ces flèches de leur corps. 

Les oiseaux de mer, ayant leurs becs ulcérés, man- 
gent de la sariette pour se guérir. 

Quand la tortue, ayant mangé un serpent, devient 
malade, elle prend de l'origan et recouvre la santé. 
Après que les ours ont savouré les pommes de la man- 
dragore, de peur que le malaise occasionné par là 
n'augmente et qu'ils n'en meurent, ils vont au-devant 
et mangent des fourmis, ce qui les rend de nouveau 
sains et saufs. De même que si le cerf s'aperçoit qu'il 
a mangé quelque herbe vénéneuse, il se purge aussitôt 
en prenant une herbe qu'on appelle artichaut. 

Quand un éléphant a dévoré un caméléon qui s'ar- 
rête sous les feuilles des arbres et qui, par sa couleur, 
a trompé l'animal, celui-ci, reconnaissant son erreur, 
y remédie en broutant les feuilles de l'olivier sauvage. 
Les panthères qui ont mangé le venin répandu par les 
chasseurs sur des morceaux de chair, pour les suffo- 
quer, cherchent la fiente humaine qui remédie à leur 
malaise et les guérit. La palumbe, le geai, le merle, 
guérissent leurs infirmités à l'aide de feuilles de laurier. 
Les colombes et les coqs se nourrissant de la parié- 
taire, fournissent du guano à l'agriculture. Les hiron- 
delles ont montré suffisamment que l'éclair est salu- 



24 LA MAGIE NATURELLE 

taire à la vue, parce que c'est ainsi qu'ils guérissent 
les petits, dont les yeux souffrent d'un mal quelcon- 
que. Certains animaux se transforment en une autre 
espèce. Ainsi la chenille, ayant pris des ailes, devient 
papillon. Les chenilles qui naissent dans les figuiers 
deviennent des cantharides. Le serpent d'eau, après 
que les étangs ou marais sont desséchés, devient ser- 
pent parfait. Il y a d'autres transmutations en cer- 
taines saisons, comme par exemple l'épervier ou le 
faucon, la huppe, l'éritacus et le phœnicuturus qui 
muent alors leur plumage. Le bec-figue et l'atripala 
que les Grecs appellent melancoriphos se transfor- 
ment réciproquement l'un dans l'autre, de sorte que 
celui qui aura été bec-figue en été deviendra atripala 
au temps de la vendange. Ainsi le froment se change 
eu ivraie et d'ivraie de nouveau il devient froment, et 
semé, il se transforme en avoine. Si on sème souvent le 
basilic, ainsi que l'affirme Martial, il deviendra cresson 
ou menthe aquatique. Aussi, par le témoignage du 
père Galien, il appert de cette métamorphose natu- 
relle, — car ayant semé du froment tiré d'une part, 
et de l'orge bien net, de l'autre, afin qu'il connût cer- 
tainement l'expérience faite par d'autres, — qu'il 
trouva de l'ivraie dans le froment, mais bien peu dans 
l'orge. Cet auteur raconte encore bien d'autres choses, 
mais il nous suffira d'avoir donné les exemples qui 
précèdent, pour illustrer le sujet qui nous occupe. 



LA MAGIR NATURELLE 25 



Chapitre Neuvième 

De la sympathie ou de l'antipathie, à savoir convenance 
ou désaccord : comme par eux on peut éprouver 
et trouver les vertus des choses. 

Ainsi il y a dans les animaux, dans les végétaux et 
généralement dans toutes les espèces aux propriétés 
occultes une même passion que les Grecs appellent 
sympathie et antipathie, et nous plus communément 
convenance et désaccord. Car certaines de ces choses 
s'allient et s'enlacent sympathiquement, d'autres au 
contraire sont en désaccord et antipathiques l'une à 
l'autre, sans qu'on puisse trouver la raison véritable 
de cette sympathie ou de cette antipathie. 

Et cette raison existe pourtant, car la nature n'a 
formé aucune chose sans lui donner son créateur, et il 
n'y a rien dans les choses cachées de la nature qui 
n'ait une secrète et particulière propriété. Empédocle, 
épris des merveilles qu'il voyait sous ses yeux, affirme 
que toutes choses se faisaient par noise et concorde, 
et se dissipaient de même; il ajoute que ces deux con- 
traires étaient la semence ou la source de tout, qu'ils 
se trouvaient dans les éléments par quahtés discor- 
dantes et accordantes, comme nous l'avons exposé 
ci-dessus. Il continue en disant que la même chose se 
trouve dans les astres du ciel, alléguant pour exemple 
que Jupiter et Vénus aiment toutes les autres pla- 
nètes, excepté Mars et Saturne. Voici du reste com- 
ment Marilius s'exprime sur ce sujet : 



26 LA MAGIE NATURELLE 

Aussi par propres lois les astres éthérés 
Ont convenance entre eux et sont énamourés, 
Voire et heureusement l'un envers l'autre exerce 
De mainte et mainte chose et trafic et commerce. 

Ces choses se peuvent voir encore plus clairement 
dans les livres des astrologues, mais elles paraissent 
avec plus d'évidence encore dans les animaux. Par 
exemple, je citerai l'homme et le serpent, qui se haïs- 
sent d'une haine irréconciliable : de sorte que l'homme, 
ayant vu le serpent, soudain s'épouvante, et cet ani- 
mal pernicieux, se présentant devant une femme en- 
ceinte, la fait avorter, et perd son fruit. La salive de 
l'homme jeune a également un grand pouvoir, car elle 
tue les scorpions. Le crocodile du Nil et la panthère 
sont des animaux très cruels et très dangereux pour 
l'homme, car le premier, l'alléchant par des larmes 
feintes, le dévore incontinent, et l'autre lui cause une 
épouvante mortelle. Le rat d'Inde est pernicieux pour 
le crocodile, car la nature le lui a donné pour ennemi, 
de sorte que lorsque ce violent animal s'égaie au soleil, 
il lui dresse des embûches dont il meurt. Car s'aperce- 
vant que le crocodile dort la gueule ouverte, décou- 
vrant ainsi un gouffre monstrueux, le rat entre par là 
et se coule par le large gosier dans le ventre de la bête. 
Il ronge ses entrailles et sort enfin par le ventre de l'a- 
nimal mort. Toutefois cet animal ne s'accorde pas 
avec l'araignée, et combattant souvent contre l'aspic, 
il meurt. Le regard du loup est aussi très nuisible à 
l'homme; si c'est lui qui le regarde le premier, il lui 
enlève la voix, si bien que s'il désire même crier, il ne 
le peut plus, car il est soudain privé de l'usage de la 
parole. Mais si le loup se sent observé, il se tait, sa 
cruauté se ralentit et il perd beaucoup de ses forces : 



LA MAGIE NATURELLE 27 

d'où est venu le proverbe que Platon a énoncé dans 
Le loup est en la fable. Si le loup mord un cheval, c'est 
chose sûre qu'il sera merveilleusement léger et dispos 
à la course; mais si par sa chute il foule la trace du 
loup, il sera tout épouvanté et ses jambes deviendront 
toutes engourdies, comme l'assure Pamphile. 

Le loup éprouve une haine mortelle pour la brebis, 
qui le craint et le redoute tellement que si de la peau 
ou toison de la brebis tuée par le loup et filée, on fait 
des accoutrements, ils engendreront plutôt des poux 
que les autres. Les chairs aussi des brebis qui ont senti 
la dent du loup, deviennent plus tendres et plus savou- 
reuses. La queue et la tête du loup pendue dans l'éta- 
ble aux brebis, les consume de regret et de tristesse, de 
sorte que laissant le soin de la pâture, elles implorent 
aide et secours par leurs pitoyables bêlements. Le 
chien est l'ennemi du loup comme il est l'ami de l'hom- 
me; et celui-ci est aussi aimé du cheval. Mais ce der- 
nier a pour ennemis les griffons et les ours. 

La musaraigne ou musette ne s'accorde pas avec le 
crapaud et le serpent; c'est à tel point que sitôt qu'elle 
peut apercevoir son ennemi, elle se dépouille de sa 
toile et va lui planter son aiguillon au milieu du front 
et par ce moyen cause sa mort. Le lion surpasse tous 
les animaux en générosité, et il effraie toutes les au- 
tres bêtes. Mais il s'épouvante au seul chant du coq, 
principalement s'il est blanc, et sa crête aussi lui ins- 
pire de la terreur. Le singe a horreur de la tortue ; 
quand il la voit, il s'enfuit en poussant des cris sauva- 
ges. L'éléphant qui est le plus grand des animaux ter- 
restres, éprouve une crainte extrême en entendant la 
truie pousser des grognements. Il est aussi en conti- 
nuelle lutte contre le dragon. 



28 LA MAGIE NATURELLE 

Le coq ne se soucie guère de l'éléphant et ne le re- 
doute point; il méprise cette grande et lourde masse, 
mais il craint le milan. Lorsque l'éléphant est trans- 
porté de fureur et de cruauté, s'il aperçoit un mouton, 
il s'adoucit sur le champ, et son impétuosité cesse im- 
médiatement. Par cette ruse, les Romains ont mis en 
fuite les éléphants de Pyrrhus, roi des Epirotes, et ont 
remporté sur lui une victoire éclatante. La linotte haït 
l'âne et se bat étrangement avec lui ; ainsi, quand l'âne 
s'approche des arbrisseaux et des buissons pour se 
gratter, et qu'en se frottant contre les branches, il dé- 
truit les nids des oiseaux, de peur qu'il n'en fasse tom- 
ber les œufs ou les petits, la linotte vient à leur se- 
cours et piquotte de son bec la partie molle des narines 
de l'animal. L'épervier est le plus grand ennemi des 
colombes, mais elles sont protégées par la cresserelle, 
dont la voix et le regard effraient l'épervier; aussi 
elles ne s'éloignent guère de la cresserelle, en laquelle 
elles ont toute confiance. La corneille et le chat-huant 
sont en guerre perpétuelle ; ils épient les nids l'un de 
l'autre et mangent les petits qu'ils y trouvent. Le chat- 
huant opère la nuit, mais la corneille travaille de jour 
et a plus de force que son ennemi. La belette est l'en- 
nemie de la corneille, et le milan ne supporte pas la 
présence du corbeau. La force du milan réside surtout 
dans ses ongles qui sont très durs. 

Le pivert-rouge n'aime ni le héron ni le bruant, 
le corbeau hait le vautour, la guêpe est l'ennemie 
acharnée du cheval et de lâne. Quand l'âne dort 
dans son étable, la guêpe entre dans ses narines 
et à son réveil, l'empêche de manger. Le héron fait 
la guerre à l'aigle, l'alouette au renard. Contre l'aigle 
un épervier volant de nuit, nommé cibidus, guerroie 



LA MAGIE NATURELLE 29 

rageusement; acharnés à leur perdition, ils s'enirc-tuent. 

Les animaux aquatiques se font aussi une guerre 
continuelle; le congre et la lamproie, par exemple, se 
mangent réciproquement la queue. Les langoustes ont 
en horreur les poulpes, qui les enlacent de leurs tenta- 
cules puissants et les étouffent. Il y a aussi dans la mer 
un vermisseau, nommé Oslrum, semblable au scorpion, 
de la grandeur d'une araignée, lequel avec son ai- 
guillon pénètre sous les nageoires des poissons nommés 
Thinnis et les presse de telle façon que, saisis de dou- 
leur et de rage, ils sautent sur les navires qui font voile 
dans leurs parages. 

Le chou et la vigne sont pernicieux l'un à l'autre, 
car bien que la vigne, par ses tendrons tordus, ait cou- 
tume d'enlacer toutes choses, néanmoins elle fuit le 
chou, et la répugnance qu'elle a pour ce végétal est 
telle que, sentant le chou près d'elle, elle se retourne, 
comme si quelqu'un l'avait avertie que son ennemi 
est dans son voisinage. Et ceci aussi est digne de re- 
marque : pendant que le chou cuit, si vous mettez un 
peu de vin dans le récipient où se fait la cuisson, le 
chou n'arrivera pas à cuire à point et ne conservera 
pas sa couleur. La vigne ne souffre pas non plus le 
laurier, parce que par son odeur, elle empire sa condi- 
tion. L'ellébore et la ciguë sont, comme on sait, dan- 
gereux pour l'homme; toutefois c'est chose notoire 
que les cailles mangent l'un et les étourneaux l'autre, 
ce que le poète Lucrèce a très bien exprimé dans ces 
vers : 

Il est aisé à voir mainte caille barbue 
S'engraisser maintes fois de Tamère ciguë 
Combien qu'à l'homme, né pour regarder les cieux 
Elle soit un poison âpre et pernicieux. 



30 LA MAGIE NATURELLE 

Et ailleurs, le même poète dit : 

Et encore d'ailleurs, l'ellébore malin 
A nous humains appert dommageable venin 
Mais la graisse il augmente aux chèvres fort actives 
Et l'accroît mêmement en ces cailles lascives. 

La férule est une très agréable pâture pour l'âne, 
mais elle est un poison cruel pour les autres bêtes, 
qu'elle tue promptement; c'est pourquoi cet animal 
est voué à Bacchus, de même que la férule. Si le scor- 
pion rampe au pied de l'aconit, il en est tout épouvanté 
et s'engourdit aussitôt. Il y a une herbe nommée ceras- 
tis dont la vertu est telle, que si vous maniez entre vos 
mains sa graine, le scorpion ne pourra vous faire au- 
cun mal, mais vous pourrez au contraire l'écrabouiller 
tout à votre aise. Les chats ne toucheront pas aux oi- 
seaux qui auront sous leurs ailes des graines de rue 
sauvage. La belette qui veut se battre avec un serpent, 
se fortifie aussi en s'armant de cette plante. Le lion 
foulant les rameaux ou les feuilles de l'yeuse, devient 
tout à coup très craintif. Si le loup touche un oignon, 
il perd sa force, ce qui fait que les renards ont coutume 
d'en couvrir et d'en murer leurs gîtes. Les feuilles du 
platane chassent les chauve-souris, c'est pourquoi les 
cigognes en remplissent leurs nids, pour se préserver 
de leurs attaques. 

Les oiseaux qu'on nomme harpae se munissent de 
lierre, les corneilles, de verveine; la grive de myrte, la 
perdrix, de canne; le héron de carni, l'alouette de la 
dent-de-chien, ce qui a donné lieu à ce vers : 

Au lustre gracieux de l'herbe dent-de-chien 
L'alouette bâtit son gîte et repos sien. 



LA MAGIE NATURELLE 31 

Les cygnes voulant faire éclore leurs petits, appor- 
tent du vitex, ou agnus caslus dans leurs nids. Mais si 
nous avons raconté les choses contraires ou nuisibles, 
combien trouverons-nous plus merveilleuses celles qui 
sont agréables et bienfaisantes? Si j'ai dit que le ser- 
pent est l'ennemi de l'homme, je noterai par contre 
que le lézard l'aime et le chérit même, et que sa 
vue le réjouit. D'ailleurs, quel animal est plus ami 
de l'homme que le chien, qui le caresse jusques à lé- 
cher sa salive ? Et parmi les animaux aquatiques, 
qu'y a-t-il de plus aimable que le dauphin : il l'est 
même tellement qu'à bon droit on l'a appelé philan- 
thropos, et c'est chose notoire, au dire d'Appion, qu'il 
est sujet à l'amour. Ainsi que le raconte Théophraste, 
on a connu des dauphins éperdûment amoureux, tel- 
lement que voyant de jolis petits enfants naviguer le 
long du rivage dans des barquettes, ils en ont été 
soudain épris. Le renard vit en bonne intelligence avec 
le serpent; les paons aiment les colombes; les merles, 
les grives et les perroquets sont vite épris d'amour 
pour les tourterelles. Ovide en parle ainsi dans les vers 
suivants : 



Du verd oyseau, c'est chose bien notoire, 
Fort chérie est la tourterelle noire. 



Les corneilles aiment les hérons et s'entr'aident con- 
tre l'insolence des renards, leur ennemi commun. Il 
y a la même familiarité et la même entr'aide entre les 
poissons qui vivent en troupes. Il y a par exemple une 
réelle amitié entre la baleine et un petit poisson de la 
grandeur du goujon, que volontairement elle laissera 
ce petit animal nager devant elle pour lui servir de 



32 LA MAGIE NATURELLE 

guide, et elle le suivra comme celui à qui elle devra la 
sécurité de sa vie; et quand il se repose, elle se repose, 
et quand il reprend sa course, elle fait de même 
et s'asservit entièrement à lui. Aussi, parmi les 
plantes, les vignes aiment les ormeaux et les peupliers, 
tant et si bien qu'elles croissent magnifiquement au- 
près d'eux, car, mariées ensemble, elles épandent leurs 
tendrons, montent mignonnement et embrassent de 
leurs liens les rameaux de ces arbres, de sorte qu'ils ne 
peuvent plus s'en détacher, ce qui n'est pas le cas pour 
d'autres arbres. Les palmiers se chérissent d'un amour 
véhément; ils languissent l'un pour l'autre et sont tel- 
lement chatouillés du désir amoureux, que s'abaissant, 
ils inclinent leurs perruques ensemble et s'entr' entor- 
tillent par un aimable et doux attachement. Et si, 
entés l'un près de l'autre, ils sont enlacés d'un nœud 
de corde, ils s'embrasseront par un attouchement 
réciproque et jouiront des doux présents de Vénus, 
de sorte que joyeusement ils élèveront la ramée de 
leurs têtes gracieuses. A cette folie les laboureurs 
apportent un remède, que nous rapporterons plus tard, 
remède à l'aide duquel cet amour forcené s'éteint, 
et l'arbre dès lors est rendu fructueux. Leontius parle 
aussi de l'ardent désir de ces plantes et il s'appuie sur 
ce qu'en ont dit les anciens. Le désir vénérien, dit-il, 
est si grand et si vif dans la palme, qu'elle ne donnera 
relâche à son amoureux désir que le mâle aimé ne 
Tait consolée. Si on ne remédie à son mal d'amonr, elle 
meurt, ce qui n'est pas ignoré de l'expert agriculteur. 
Aussi, pourvu du remède qu'il lui faut, afin qu'il 
puisse connaître celui auquel elle a le désir de se joindre 
par le mariage, il va chercher tous les palmiers qui sont 
autour de la languissante palme, et ayant touché l'un, 



LA MAGIE NATURELLE 33 

il apporte sa main à l'amante passionnée, et des au- 
tres, il en fait de même; et lorsqu'il sent que ses mains 
sont frottées comme d'un baiser, alors il reconnaît que 
la palme annonce que son désir est assouvi et elle fait 
branler sa mignonne et gracieuse perruque. Alors le 
prudent laboureur va arracher des fleurs du tronc du 
mâle et en couronne la tête de l'amante qui, par ce 
moyen chargée du présent de son amoureux, porte des 
fruits, et réjouie de ce gage d'amour, se rend féconde. 
Le fruit ne peut durer en la palme femelle si on ne ré- 
pand pas des feuilles du mari avec de la poudre sur 
elle. L'amour aussi est grand entre l'olivier et le myrte, 
ainsi que le rapporte Androcius, les vergettes de celui- 
ci rampent sur l'olivier et leurs racines, s'entremêlant, 
s'entortillent mutuellement. Aussi ne plante-t-on au- 
cun autre arbre auprès de l'olivier, sinon le myrte; 
du reste, il est l'ennemi du figuier et même de tout 
autre arbre. Le myrte aime aussi le voisinage du gre- 
nadier, car s'ils sont plantés l'un à côté de l'autre, ils 
en deviendront plus féconds et plus fertiles. Si le gre- 
nadier est enté sur le myrte, il donnera beaucoup plus 
de pommes. C'est Didymus qui l'assure. Il y a aussi 
plusieurs autres arbres qui deviennent stériles, si près 
d'eux on ne plante un pieu ou que le mâle ne soit tout 
près d'eux. Le jeton de l'olivier sauvage ôte la stérilité 
de l'olivier domestique, ainsi que l'expriment ces 
vers : 

L.e sauvage olivier, fécondité naïve, 
Octroie heureusement à cette grasse olive 
Et enseigne à donner d'une largesse extrême 
Les dons lesquels porter il ne peut pas lui-même. 

lintre les roses et les lys il y a une secrète sympa- 



34 



LA MAGIE NATURELLE 



thie, en sorte que naissant les uns près des autres, ils 
s'entr'aident, et les lys et les roses en produisent des 
fleurs plus suaves et plus odoriférantes. Là où on plante 
la squille, toutes autres plantes viendront heureuse- 
ment, comme toutes sortes d'herbes potagères seront 
favorablement aidées dans leur accroissement, si on 
sème près d'elles de la roquette. Les concombres ai- 
ment autant l'eau qu'elles ont une aversion prononcée 
pour l'huile. La rue ne sera jamais aussi belle que sous 
l'ombre du figuier ou même entée dans l'écorce de 
celui-ci. Le chat se réjouit de la présence de la ver- 
veine, parce que cette plante fortifie ses yeux. Je crois 
que je peux clore ici ce chapitre, car m'est avis que 
nous vous avons amusé, ami lecteur, plus qu'il n'é- 
tait convenable. 

Chapitre Dixième 

Des vertus des choses, qui sont dans les animaux 
tandis qu'ils vivent. 

Nous pouvons considérer et voir plusieurs beaux 
et excellents offices, qui opèrent seulement pendant 
la vie, et s'évanouissent après le trépas ou gardent 
très rarement quelques-uns de leurs effets. Les yeux 
du loup hument la voix, le serpent nommé catoblepas 
et le basilic soudain ôtent la vie, l'echeneis, que les 
Latins appellent rémora arrête le cours impétueux des 
navires et l'autruche digère le fer. Mais quand ces ani- 
maux sont morts, ils n'ont plus ce pouvoir, car lorsque 
la vie s'évanouit et vient à manquer, cette vertu dis- 
paraît de même. C'est pourquoi dans les préceptes de 
la magie naturelle, j'estime que si l'on veut avoir quel- 



LA MAGIE NATURELLE 35 

que chose dos animaux, il le leur faut prendre tandis 
qu'ils vivent, et ce sera encore meilleur, si c'est pos- 
sible, s'ils demeurent en vie après, car si l'animal ex- 
pire, toute vertu expire avec lui. Car l'âme, comme dit 
Albert, aide beaucoup dans les choses qui naissent 
chez les animaux; mais le trépas ou la corruption les 
pervertit, et surtout les humeurs naturelles meurent 
avec les corrompues, au moyen de quoi on peut se 
persuader que les parties vives travaillent plus vigou- 
reusement et ont des vertus plus efficaces. Les méde- 
cins sont tous d'accord à ce sujet. 

Chapitre Onzième 

Qu'après la mort, il reste encore quelques vertus dans 
les corps décédés. 

On peut remarquer qu'il existe encore une certaine 
efficacité ou vertu dans les choses privées de vie : 
certaines propriétés ne cessent en effet d'opérer, voire 
même avec plus de force. Les loups sont des ennemis 
si acharnés et si mortels des brebis qu'ils se font re- 
douter encore après leur mort. Car si vous battez un 
tambourin de la peau d'un loup, et que près de lui 
soient d'autres tembourins couverts de peaux de mou- 
ton, lui seul les fera taire, ou bien, selon quelques au- 
tres auteurs, les peaux des autres tambourins se rom- 
pront. Le tambour monté de la peau d'un ours ou 
d'un loup, et battu, chasse et fait fuir au loin les che- 
vaux. Si de tous les boyaux de ces animaux on façonne 
des cordes, et qu'on en monte un luth, elles rendront 
un bruit fâcheux et il n'en sortira aucun son harmo- 
nieux. L'hyène et la panthère sont ennemies : celui 



36 LA MAGIE NATURELLE 

qui se munit du cuir d'une hyène morte fera fuir devant 
lui toute panthère. Et si vous pendez les peaux de ces 
bêtes l'une vis à vis de l'autre, le poil de la peau de la 
panthère tombera. La peau du lion consume et ronge 
les peaux de tous les autres animaux; les peaux des 
loups font de même envers celles des agneaux et les 
plumes de tous les oiseaux même celles de l'aigle 
tombent d'elles-mêmes. Le bréant et la linotte sont 
ennemis et si obstinés dans leur haine que, selon ce 
que l'on raconte, le sang de l'une et de l'autre, morts, 
ne peut être mélangé. Les pigeons ou colombes portent 
une telle amitié à la cresserelle, au dire de Columelle, 
que si quelqu'un enferme les petits de la cresserelle 
dans des pots de terre et en bouche les couvercles, et 
que ces pots, enduits de plâtre, soient pendus aux 
quatre coins d'un colombier, les pigeons ne voudront 
plus habiter d'autre lieu, tant ils aiment les petits, 
après leur mort. De même les herbes, et tous autres 
simples ne cessent d'opérer, même arrachés de leurs 
tiges et desséchés; ils conservent une amoureuse affec- 
tion et des vertus efficaces. Or, considérez ceci, vous 
qui désirez opérer des choses merveilleuses, et pensez- 
y beaucoup et longtemps, afin qu'en travaillant, vous 
ne soyez déçus. 

Chapitre Douzième 

De la mutuelle communication des choses, et qu'elles 
opèrent en leur substance totale et en leurs par- 
ties. 

Il y a dans les choses naturelles certaines communi- 
cations qui réciproquement travaillent et opèrent, et 



LA MAGIE NATURELLE 37 

que je vous conseille d'observer soigneusement. Dans 
une putain, voire même la plus effrontée du monde, 
on ne rencontre pas qu'une audace et une effronterie 
téméraires, mais quelquefois aussi on y peut observer 
de la vertu. Car elle pourra faire que tout ce qu'elle 
touchera, ou portera sur soi, aura la vertu de donner 
de l'audace et de rendre un homme impudent. J'en 
donnerai pour exemple ceci : à savoir si quelque per- 
sonne se contemple souvent dans son miroir, ou se re- 
vêt de ses dépouilles, elle deviendra semblable à elle 
en impudence et en paillardise. Et non seulement le 
fer que l'aimant aura touché, est attiré, mais celui-ci 
à son tour allèche et attire tous autres morceaux de 
fer; un anneau que l'aimant aura attiré à soi en attire 
plusieurs autres, de sorte que tous ces anneaux sem- 
blent pendre comme une chaîne, tant la vertu de l'ai- 
mant est transportée de l'un à l'autre anneau. 

Les robes de deuil, dont on se sera servi aux obsè- 
ques d'un être cher, rendront la personne triste et par- 
fois mourante. Le même phénomène s'observe encore 
dans d'autres choses. Ainsi j'estime digne de remarque 
que les vertus des choses arrêtent quelquefois toute 
leur substance dans certains endroits, et dans d'autres 
seulement quelques-unes de leurs parties. L'écheneis, 
comme nous l'avons vu dans un chapitre précédent, 
retient et arrête un navire, non pas principalement 
par l'une ou l'autre de ses parties, mais par toute sa 
substance, et l'on connaît plusieurs phénomènes du 
même ordre. Il existe plusieurs animaux qui opèrent 
selon leurs parties, à savoir des yeux, comme le basilic, 
le serpent catoblepas, et le loup. Les fourmis fuient 
les ailes de la chauve-souris, et non son cœur ou sa 
tête, et elles fuient le cœur de la houppe, et non sa tête 



38 LA MAGIE NATURELLE 

OU ses ailes; vous pourrez constater le même phéno- 
mène dans nombre d'autres animaux. Maintenant, 
nous allons enseigner comment il convient d'opérer 
par la similitude des choses. 

Chapitre Treizième 

Des similitudes des choses, et de ceux qui doivent 
opérer des vertus par elles, et être recherchés. 

Quand les choses que nous avons dit procéder de la 
propriété de la substance totale, sont favorablement 
assemblées, nous pouvons croire et nous l'avons vu, 
qu'elles s'allient par une affinité naïve ou se combat- 
tent en vertu d'une haine étrange. Mais laissons cela; 
notre intention est maintenant de traiter des choses 
qui opèrent par une certaine simiUtude. Il y faut em- 
ployer une diligence extrême, voire même une dili- 
gence aussi grande que celle des anciens dans leurs 
écrits. Or, nous voyons que les espèces et les qualités 
universelles des choses peuvent incliner, attirer et allé- 
cher à soi quelques autres, selon leur pouvoir, et les 
convertir en leur semblable ; et même si elles sont ex- 
cellentes en opération, cela arrivera plus facilement, 
comme l'expérience témoigne que le feu se met au sen- 
timent du feu et l'eau de même. Et Avicenne affirme 
que si quelque chose reste longtemps dans le sel, tout 
en ressentira la saumure, et ce qui croupira en rap- 
portera de la puanteur. Ainsi l'homme accompagné 
d'un personnage hardi, se fera magnanime, et celui qui 
fréquentera un craintif, deviendra couard et de cœur 
faible. Si quelque animal a coutume de converser avec 
les hommes, il s'apprivoisera et deviendra gracieux. 



LA MAGIE NATURELLE 39 

L'œil droit de la belette, enchâssé dans un anneau, 
délivre des charmes ou sorcelleries qui se font par les 
yeux, comme nous l'expliquerons plus loin. Celui qui 
portera avec lui l'œil d'un loup ou d'un hornme sera 
vu avec plaisir. S'il porte avec lui les langues d'un 
loup ou d'un homme, les langues ou paroles des en- 
vieux ne lui nuiront pas. Si vous mangez l'estomac 
d'une poule avant votre souper, encore que vous digé- 
riez avec difficulté, il vous fortifiera toujours votre 
estomac. Le cœur du singe empêche le battement du 
cœur, et augmente sa hardiesse. Si la verge virginale 
du loup est mangée rôtie, elle poussera la personne à 
la luxure, si ses forces venaient à défaillir. Le ventre 
du lièvre sert à donner la fécondité. Si vous mettez le 
cuir du talon droit du vautour sur le pied droit d'un 
goutteux, ou le gauche sur le gauche, il apaisera la 
douleur occasionnée par la goutte. Finalement, en 
quelque partie du corps que cette humeur travaille 
la personne, un membre de l'oiseau sur le membre 
semblable s'appliquera avec profit pour la guérison. 
Vous pourrez apprendre plusieurs autres remèdes 
semblables dans les écoles de médecine; ce n'est pas 
notre intention de les répéter ici. Si vous voulez rendre 
une femme stérile, considérez un animal stérile, voire 
un de ceux dont l'excellente passion surmonte toutes 
choses, et vous obtiendrez le résultat que vous désirez. 
Si la sueur, l'urine, le cœur, la matrice et la partie 
naturelle et les génitoires du mulet sont imposés sur le 
ventre, avalés en breuvage ou mangés avec quelque 
sauce, ou améliorés par quelque parfum et versés 
dans la bouche de la personne, il est certain que cela 
empêchera la femme de concevoir et lui ôtera même 
l'espérance d'une conception future. La sauge peut 



40 LA MAGIE NATURELLE 

opérer de la même façon car si on boit de sa décoction, 
elle fera avorter ou rendra stérile : voilà pourquoi on 
l'appelle la plante perd-fruit. Si vous voulez rendre 
quelqu'un audacieux ou impudent, faites qu'il porte 
sur lui la peau d'un lion, ou les yeux d'un coq, et il 
marchera courageux et invincible contre ses ennemis 
et les épouvantera. Si vous voulez aimer quelqu'un 
ou être aimé de lui, cherchez les animaux que retient 
principalement le désir amoureux, et qui sont sujets à 
l'amour, comme les passereaux, les colombes, les tour- 
terelles et les hirondelles. Il sera nécessaire d'observer 
surtout l'heure à laquelle elles s'abandonnent à leur 
passion amoureuse et sont en chaleur. De même ce sera 
pour vous chose utile et profitable de prendre les par- 
ties où réside principalement le chatouillement amou- 
reux, comme le cerveau, le cœur, les génitoires, la par- 
tie naturelle, la matrice, le sperme, les menstrues. Si 
vous dressez des embûches aux femmes, présentez leur 
les génitoires ou le sperme, et si vous en voulez à 
l'homme, les menstrues, la partie naturelle et la ma- 
trice. Si vous voulez faire caqueter quelqu'un et le 
rendre babillard, donnez-lui des langues et apprenez- 
lui le moyen d'en jouir. Vous lui présenterez des lan- 
gues de grenouilles, de canes sauvages et d'oies. Ceci 
encore est à considérer, à savoir, que si pouvez pren- 
dre des animaux criards, et renommés pour l'impor- 
tunité de leur babil, et que vous posiez les langues de 
ces bêtes sur la poitrine ou sous la tête d'une femme 
endormie (ces animaux criant plus la nuit qu'autre- 
ment) elle déclarera tout le secret de son cœur. Il y a 
encore plusieurs autres choses, que nous préférons 
taire, parce qu'elles sembleraient mieux appartenir 
à une leçon superflue qu'utile et profitable. 



LA MAGIE NATURELLE 41 

Or, pour savoir comment on pourra adroitement 
administrer ces choses, nous l'enseignerons, Dieu ai- 
dant, ci-après, lorsque nous en traiterons plus ample- 
ment. Maintenant, nous allons parler de quelques 
opérations célestes. 

Chapitre Quatorzième 

Que certaines vertus viennent du ciel et des astres, et 
que de là plusieurs choses dérivent. 

A mon avis, il n'y a point de doute que les choses 
inférieures servent aux supérieures, et que de la nature 
éthérée découle et dérive une vigueur et une efficacité 
certaines, de sorte que les choses qui, en vertu d'une loi 
naturelle, sont sujettes à mutation, arrivent à se cor- 
rompre. J'estime que les Egyptiens ont eu raison d'at- 
tribuer toutes choses aux influences des cieux, con- 
sidérant que toutes leur sont asservies. C'est ce qu'af- 
firme Ptolémée qui a déterminé les règles des influen- 
ces célestes et en a tiré plusieurs présages. Aristote 
ayant constaté que le mouvement des astres était la 
cause et l'origine de toutes choses, déclare qu'elles 
périssent également sous la même influence : néces- 
sairement, dit-il, ce monde a été fait sous leur action 
et il se gouverne par elle. Le même philosophe, sa- 
chant que le soleil épandait et dardait ici-bas la vertu 
de ses rayons, a dit encore que la naissance et la mort 
de toutes choses dépendent de lui. 

Platon dit qu'il y a quelques circuits célestes qui 
sont cause de la fécondité et de la stérilité. Le soleil 
gouverne le temps et les saisons, et règle la vie univer- 
selle, Jambhque, se basant sur la doctrine des Egyp- 



42 LA MAGIE NATURELLE 

tiens, dit: «C'est chose certaine et indubitable que tout 
ce qui apparaît de bon nous est communiqué par la 
puissance du soleil, et si nous recevons quelque chose 
des autres corps célestes, c'est à l'intermédiaire du so- 
leil que nous le devons. » Heraclite appelle cet astre 
radieux la fontaine de la céleste lumière. Orphée le 
nomme lumière de vie, Platon feu céleste, être animé; 
les physiciens le cœur du ciel, et Plotin affirme que le 
soleil a été révéré des anciens comme un dieu. Voilà 
quant aux vertus du soleil. La lune n'opère pas moins 
tant par sa vertu propre que par celle du soleil, et 
d'autant plus même qu'elle est plus rapprochée de 
nous. Albumasar affirme qu'en toutes choses c'est le 
soleil et la lune qui font sentir leur action. Le très 
docte Hermès a dit qu'après Dieu, le soleil et la lune 
sont à l'origine de la vie dans tous les êtres. Cette lune 
argentée, voisine de la terre, surpasse tous les autres 
astres et est connue comme « dame de toutes choses 
humides ». Sous son influence, les mers, les rivières et 
les flots croissent et décroissent. Les flots de la mer, 
par le flux et le reflux, sont agités d'un perpétuel mou- 
vement que tous attribuent à la lune, qui tour à tour 
hume les eaux et ensuite les dégorge, mais on ne sait 
pas d'où provient ce phénomène. Les germes et les se- 
mences des plantes ne dédaignent pas non plus l'état 
du ciel, et les laboureurs savent cela très bien, parce 
qu'ils l'ont souvent éprouvé. Ainsi le bois croissant 
ne grossit pas les fruits, mais quand le bois languit et 
s'amaigrit, les fruits s'en ressentent considérablement. 
Les gens experts et savants en agriculture estiment 
que le cours que fait chaque mois la lune est nécessaire 
à la vie des plantes. Pendant que la lune erre par les 
signes terrestres du Zodiaque, les arbres jettent force 



LA MAGIE NATURELLE 43 

racines dans la terre, mais si marchant par l'air elle 
s'arrête, l'arbre produira et épandra des rameaux 
nombreux remplis de feuilles, et croîtra plutôt par le 
haut que par le bas. Le grenadier est un exemple mani- 
feste de ce que j'avance, car l'arbre portera autant 
d'années qu'il y a de jours entre la vieille et la nou- 
velle lune. On dit aussi que si l'ail est semé alors que la 
lune est posée sous la terre et si on l'arrache quand elle 
est de nouveau cachée sous le globe terrestre, il n'aura 
pas de mauvaise odeur. 

Toutes les choses qui sont sujettes à être coupées et 
à tomber abondent en humeurs alors que la lune re- 
prend sa nouvelle clarté, deviennent vermoulues et 
pourrissent. C'est pourquoi Démocrite dit, n'en dé- 
plaise à Vitruve, qu'on peut couper le bois sur le dé- 
chu de la lune. Les philosophes chaldéens témoignent 
que l'herbe appelée lunaria, qui a des feuilles rondes, 
façonnées en forme de croissants, bleues et entassées 
l'une sur l'autre, a reçu cette dénomination parce 
qu'elle connaît et observe les jours de la lune. Car 
quand elle croît, cette plante, en un jour, produit une 
feuille, et quand elle vient à décroître, elle la laisse. On 
peut encore voir mieux ce phénomène dans les ani- 
maux apprivoisés et dans les plantes; nous en pou- 
vons faire l'expérience journellement. La fourmi, qui 
est parmi les plus petits des insectes, sent les change- 
ments des astres, de sorte que dans le temps qui s'é- 
coule entre la nouvelle et la vieille lune, elle cesse son 
labeur habituel et se repose, et pendant la pleine lune, 
elle travaille sans discontinuer, voire même durant les 
nuits. 

Les veines des souris répondent également au nom- 
bre lunaire, car alors que son globe est plein et arrondi, 



44 LA MAGIE NATURELLE 

elles croissent, et quand elle décroît en concavité, elles 
s'amincissent. D'ailleurs, les cheveux coupés et les 
ongles rognés après l'espace qui est entre la nouvelle 
et la vieille lune, reviendront plus tôt; coupés et rognés 
avant cette époque, ils reviendront plus tard. Les 
paupières des chats connaissent aussi les changements 
de la lune, de sorte que tantôt elles sont plus amples, et 
tantôt plus étroites. Si quelqu'un veut en faire l'expé- 
rience, qu'il se tienne dans une lumière égale et mo- 
dérée, car la splendeur trop grande les arrête et les 
retient, et une lumière moindre les relâche et les fait 
grandir. 

Le scarabée manifeste et découvre les âges des as- 
tres, car il façonne un petit amas de fiente en rond, 
en forme d'une pelotte, et ayant creusé une fosse sous 
la terre, il l'enferme là pendant vingt-huit jours, l'es- 
pace du premier au dernier quartier de la lune, et 
alors, ouvrant ce globe, il donne naissance à une fa- 
mille nouvelle. L'oignon, qui est encore plus merveil- 
leux, seul parmi toutes les plantes potagères, connaît 
les forces et les modifications des astres ; il vit et germe 
au déclin de la lune, et décroît quand la lune est nou- 
velle. C'est pourquoi les prêtres égyptiens n'en man- 
gent point, comme je l'ai lu dans Plutarque, au com- 
mentaire sur Hésiope. 

Il y a un genre de tithimale, ou herbe à lait appelée 
Helioscopius qui suit le soleil. Selon le cours du soleil, 
elle se contourne et se tient ouverte, éveillée, puis vers 
le soir se laisse gagner au repos et au sommeil. Le ma- 
tin, elle semble se réjouir du retour du soleil, et la nuit 
elle ferme sa fleur. 

Il y a encore plusieurs autres herbes solaires, comme 
le souci. Aussitôt que le soleil commence sa course ra- 



LA MAGIE NATURELLE 45 

dieuse, il penche sa tête et s'incline là où l'astre se 
transporte. Autant en font les fleurs de la mauve et de 
la chicorée. 

Le lupin aussi regarde le soleil à son déclin et n'en- 
tortille alors aucune de ses feuilles. Et s'il arrive que le 
Mage importun cache le rayon solaire, qui indique 
l'heure au laboureur, cette plante fait journellement 
office d'horloge et sert de montre. Et Théophraste ra- 
conte que sur les rives de l'Euphrate la fleur du loius 
non seulement s'ouvre et se ferme, mais que quelque- 
fois elle cache sa tige et d'autres fois la montre, depuis 
le coucher du soleil jusqu'à minuit. Ainsi l'olivier, le 
saule, le tilleul, l'orme et le peupher blanc indiquent 
le solstice, car ils contournent leurs feuilles et montrent 
un dos recouvert d'une petite barbe blanche. L'irion 
et l'herbe du pouliot, encore qu'ils soient privés de 
racines, pendus et attachés en un bois, fleuriront et 
ont cette propriété de montrer l'égalité des jours. Le 
Selivite (qui est autant que si vous nommiez les 
rayons de la lune) est une pierre appelée aproseliniim. 
Or, cette pierre porte empreinte en elle l'effigie de la 
lune qui la rend de jour en jour et croissante et décrois- 
sante. Il y a aussi une autre pierre contenant une nuée 
qui de la même façon que le soleil se lève et finalement 
se plonge, s'entortille et se contourne quand il se cou- 
che. Le cynocéphale se réjouit de la venue de la lune 
et élève les mains au ciel et orne sa tête d'un atour 
royal; il a une telle conjonction avec elle qu'alors il 
jouit, tandis que dans l'intervalle du mois, elle ne luit 
pas de nuit et ne colore point toutes choses de son 
lustre argentin, mais demeure ombrageuse et obscure 
et alors le triste cynocéphale mâle ne mangera point; 
il tiendra la tête baissée contre terre, comme pour se 



46 LA MAGIE NATURELLE 

plaindre que la lune lui ait été indignement ravie. La 
femelle aussi, gravement attristée de passer une nuit 
sans splendeur lunaire, ne sait ou fixer son regard et 
souffre autant que le mâle; dans sa détresse extrême, 
elle lance au loin le sang de ses parties génitales. Voilà 
pourquoi jusqu'à nos jours les cynocéphales sont nour- 
ris dans les lieux sacrés, afin qu'on puisse apprendre 
d'eux à connaître la conjonction du soleil et de la lune. 
Ceci est tiré d'Orus, au livre de ses Hiéroglyphiques. 
Lorsque l'archirus commence à naître, il suscite des 
pluies. Les chiens connaissent très bien l'étoile Sirius, 
car ils deviennent enragés. Les vipères et les serpents 
sont furieux, les étangs sont émus, les vins bouillent 
dans les caves, et on a le sentiment que de grands 
événements vont se produire. Le basilic pâtit à la 
naissance de la lune, et le coriande sèche, ainsi que le 
raconte Théophraste. Les anciens, comme écrit Pon- 
ticus Hermelides, observaient tous les ans soigneuse- 
ment le lever de la canicule ou Sirius, et en prenaient 
conjecture et présage pour savoir si l'année serait sai- 
ne ou pestilentielle. Car si elle était obscure et sombre, 
et comme ténébreuse, ils estimaient que le ciel était 
gras, épais, de sorte qu'il présageait une année pleine 
de pestilence. Mais si cette étoile apparaissait resplen- 
dissante, cela signifiait que le ciel était pur, et par 
conséquent salutaire. Cet astre était si redouté que les 
anciens lui sacrifièrent un chien, comme Ovide l'a dit 
dans ces vers : 

Pour le chien éthéré qui ses feux darder ose 
Sur l'autel gracieux voici le chien qu'on pose. 

L'animal sauvage que l'Egypte appelle oringes 
sent la venue de cette canicule, car alors contemplant 



LA MAGIE NATURELLE 47 

les rayons du soleil, il l'adore. Et Hippocrate dit qu'a- 
vant son lever, les purgations sont nuisibles et qu'a- 
près il n'est pas bon d'ouvrir la veine. Galien aussi dé- 
montre que plusieurs opérations se doivent faire dans 
les jours déterminés et qu'on ne doit pas appliquer 
moins de soin à semer les blés et à conserver la semence 
éparse. Et encore, ô professeur de magie, ne faut-il pas 
que tu ignores les configurations des grandes planètes 
et comme les impressions du feu et de l'eau sont ve- 
nues dans l'air. Que si vous venez à considérer toutes 
ces choses dans un bon cœur et que chacun fasse de 
même, qui donc n'estimera que les astres ne soient les 
causes de toutes choses ici bas. Il faut connaître tout 
cela, sinon la science des opérations secrètes est vaine. 

Chapitre Quinzième 

Que tous les simples soient cueillis en leur temps, et 
préparés et appliqués de même. 

Nous avons trouvé bon d'ordonner que l'on amasse 
et que l'on apprête toutes choses en leur temps, car 
de même que le ciel rend l'établissement et le cours des 
ans divers, ainsi aussi il varie la saison des plantes ; 
et comme dit Théophraste, la température du ciel fait 
beaucoup à l'accroissement, à la nourriture et à la 
substance des végétaux. C'est pourquoi le proverbe 
ne dit pas hors de propos que l'année produit le fruit 
et non le champ. Et afin que nos simples conservent 
leurs meilleures vertus, sachez que certains d'entre 
eux retiennent longtemps leur efficacité et que la vi- 
gueur des autres expire très rapidement, comme il est 
facile à tous de le voir et de le constater. Aussi les mé- 



48 LA MAGIE NATURELLE 

decins ont très bien su discerner quels étaient les sim- 
ples que l'on pouvait conserver de longues années, et 
quels autres étaient sans grande utilité. Plusieurs esti- 
ment souvent les expériences des anciens tout à fait 
vaines, lorsque d'aventure il leur tombe dans les mains 
quelques simples consumés de vieillesse. Il en est de 
même pour les vertus qui se trouvent dans les perles 
et dans les pierres précieuses. Il y aura certes une plus 
grande efficacité dans les racines, les fleurs et les feuil- 
les des herbes, si elles sont cueillies en temps propice. 
Toutes racines doivent s'arracher en automne, parce 
qu'alors elles abondent en eau et qu'elles sont vigou- 
reuses ; si vous les cueillez en une autre saison, elles 
s'épanouiront en séchant, et leurs feuilles tomberont. 
Au printemps, il convient de cueillir les fleurs, d'autant 
plus qu'elles naissent alors et qu'elles ont une grande 
vertu. Quant aux feuilles, nous estimons convenable 
de les amasser en été. Dioscoride est à ce sujet entiè- 
rement de notre avis. Il faut avoir soin, dit-il, en pre- 
mier lieu, que chaque chose soit cueillie et serrée en sa 
saison, car ainsi on s'apercevra ou bien qu'elles ont de 
la force, ou bien qu'elles se fanent, et que par consé- 
quent elles sont inutilisables. Il faut aussi les amasser 
alors que le ciel est pur et le temps beau, sans quoi elles 
perdent de leur vigueur et deviennent langoureuses. 

Chapitre Seizième 

Que les régions et lieux où naissent les simples doivent 
être considérés. 

Il n'est pas étonnant de voir plusieurs personnes se 
tromper lourdement dans la connaissance des plan- 



LA MAGIE NATURELLE 49 

tes et des métaux, lorsqu'en ne tenant pas compte de 
la situation des lieux, ils présentent tout ce qui leur 
tombe dans les mains. Si quelqu'un veut bien appren- 
dre à connaître la science des plantes et des simples, il 
sera nécessaire qu'il considère l'état du ciel et les lieux 
propres à la diffusion des herbes. Car de même qu'un 
lieu peut avoir diverses températures, de même il peut 
y avoir diversité dans les vertus des plantes. Non seule- 
ment ceux qui ont acquis les rudiments de cette dis- 
cipline sont souvent déçus, en recherchant les vertus 
des plantes; mais les médecins eux-mêmes, qui ont 
parfois étudié longuement la philosophie naturelle, s'y 
fourvoient également. Platon a parlé sagement à ce 
sujet. La nature, dit-il, a muni les divers lieux de la 
terre de vertus diverses, de façon à ce que chaque en- 
droit ait des qualités propres. Porphirius dit la même 
chose en d'autres termes : le lieu est le commencement 
de l'engendrement, comme le père. Quant à Disocoride 
il dit que quant à la vertu des simples, il importe 
beaucoup si les heux dans lesquels ils croissent sont des 
lieux élevés ou inclinés, exposés aux vents et man- 
quant d'eau, car en ces lieux les forces sont plus vigou- 
reuses. Au contraire ceux qui croissent dans des lieux 
champêtres, ombragés et arrosés d'eau, là où les vents 
sont faibles et ne pénètrent pas, souvent dégénèrent 
et en tout cas ont moins de valeur. Théophraste, qui 
connaît excellemment les simples, raconte qu'en 
Achaie et en Cabynia, il y a une espèce de vigne dont 
le vin fait avorter ; et si les chiennes mangent des grap- 
pes de ce raisin, il est certain qu'elles avorteront. 
Quant au goût de ce raisin, il ressemble à celui de tous 
les autres vignobles et son vin ne diffère pas non plus 
des autres vins. Et non seulement la région où la con- 



50 LA MAGIE NATURELLE 

trée change la nature des plantes, mais même les 
mœurs et les formes des hommes. Qui ne sait par exem- 
ple que les gens d'Asie et de Lybie sont gens pusilla- 
nimes et craintifs ? Et au contraire que les gens de 
l'Europe, quant au corps et au courage, sont tout diffé- 
rents, à savoir qu'ils sont hardis, belliqueux, magnani- 
mes et doués d'une vivacité d'esprit admirable. 

Qui ne sait que les Tartares sont efféminés, châtrés 
et impuissants ? que les uns ont une face grasse et 
charnue, et les autres une figure tendre et délicate ? 
Hippocrate en parle dans le livre qu'il a écrit de l'air, 
des eaux et des lieux. Platon et Galien s'accordent 
avec lui sur ce sujet. C'est pourquoi si, par rapport aux 
régions, les simples semblent beaucoup différer de 
leurs domiciles premiers, et transportés ne retiennent 
pas leurs vertus natives, qu'ils soient transportés aux 
lieux où leur efficacité est la plus grande. Car ceux qui 
sont opposés au septentrion n'opèrent pas, ni au vent 
du midi, que ceux-là qui regardent le soleil levant ou le 
couchant. Le pin, le sapin, et le thérébenthin aiment 
les rivières; les yeuses, les frênes, Ise érables et les 
coudriers aiment les forêts, et se délectent aussi dans 
les eaux courantes, dans les lieux marécageux, dans 
les cavernes ombragées. Je ne nie point que ces plantes 
ne puissent venir en d'autres lieux, mais non pas avec 
la même vertu, car en un endroit elles croissent avec 
plus de vigueur que dans l'autre, selon la disposition 
de la nature, qui la fait naître plutôt ici que là. Le suc 
de la ciguë a été jadis fort odieux, pour avoir été ordon- 
né par les Athéniens comme un venin établi pour un 
châtiment, venin que Socrate avala par suite d'une 
condamnation indigne. Toutefois cette herbe est man- 
gée le matin par les mages sans aucun dommage et les 



LA MAGIE NATURELLE 51 

bêtes s'en repaissent à leur gré sans aucun inconvé- 
nient. 

On raconte aussi qu'en Perse croît un arbre dan- 
gereux et mortel, dont les pommes ont un venin si 
dangereux qu'il tue soudain ceux qui en mangent; 
voilà pourquoi dans les supplices ils usaient de ce 
fruit. Toutefois cet arbre, transporté en Egypte, est 
devenu bon à manger et très sain. 

Chapitre Dix-Septième 

De certaines propriétés des lieux et des fontaines qui 
peuvent servir à notre œuvre. 

La diversité des lieux produit aussi des effets di- 
vers ; il convient par conséquent que le mage les con- 
naisse bien, parce que souvent il arrive que certaines 
choses n'opèrent qu'en raison de leur situation, par 
rapport au soleil. 

Car si une terre ne différait pas de l'autre, non seule- 
ment il n'y aurait point d'odeur dans les cannes, les 
joncs et les herbes, il n'y aurait point d'arbres à en- 
cens en Syrie et en Arabie, il n'y aurait point de grains 
de poivre, et l'arbre de la myrrhe ne produirait point 
ses petites motelettes, mais partout, sur toute l'éten- 
due de la terre, tous les fruits seraient les mêmes. 

Certaines fontaines aussi font que des plantes ont 
des propriétés qu'elles n'auraient pas, si elles étaient 
dans d'autres lieux, privés d'eau par exemple. Il y a 
une ville en Afrique nommée Zama, et à vingt milles 
de là il y en a une autre nommée Ismuc qui a une pro- 
priété admirable : car bien que l'Afrique soit mère et 
nourrice de nombreuses bêtes, et principalement de 



52 LA MAGIE NATURELLE 

toutes espèces de serpents, les champs et campagnes 
de cette ville sont tellement favorisés de la nature 
qu'il n'y en a pas un seul, et si d'aventure on en porte 
un dans cet endroit, il meurt subitement. La terre de 
cette contrée a la même propriété, car si on le trans- 
porte ailleurs, elle tue aussitôt les serpents qui se ris- 
quent sur elle. Au grand lac d'Italie, nommé Tarqui- 
nensis, on voit des forêts entières transportées sur les 
eaux et flottant en masses carrées ou rondes ou trian- 
gulaires. En une contrée qui est en deçà du Pô, il y a 
une espèce de blé ,que l'on appelle seigle, et qui semé 
trois fois, devient du froment. Près de Harpasa, ville 
d'Asie, il y a un rocher singulier que l'on peut mouvoir 
d'un seul doigt, mais si vous y employez toutes les for- 
ces de votre corps il résistera et demeurera immobile. 
Il y a aussi des terres qui abondent en feux, comme en 
Sicile le mont Gibello, où l'Etna fait souvent irruption, 
et le mont Chymera en Phasélide. Cresias raconte que 
le feu s'allume par l'eau et s'éteint par la terre, et que 
ce phénomène se présente aussi à Mégalopolis et qu'à 
Arcie, si un charbon tombe, la terre brûle. En Lycie les 
monts d'Ephestus touchés d'une torche brûlent, de 
sorte que les pierres et le sable brûlent même dans 
l'eau, et ce qui est plus admirable, si quelqu'un trace 
quelque sillon avec un bâton, on dit qu'il verra suivre 
des ruisseaux de feu. 

Il y a aussi plusieurs espèces d'eaux et qui ont beau- 
coup de propriétés diverses. En Sicile on trouve une 
rivière nommée Hymena, qui est divisée en deux par- 
ties : l'eau qui coule contre le mont Gibello ou Etna 
est d'une douceur suave admirable, et l'autre partie 
retient la saveur du sel. Pareillement on dit qu'entre 
Mrazaca et Tuava, villes de Capadoce, on trouve un 



LA MAGIE NATURELLE 53 

lac OÙ, si VOUS y plongez une canne ou un bois quel- 
conque, petit à petit il s'endurcira et deviendra pierre, 
sans pour cela perdre sa forme. En Hierapolis, ville 
située au delà du fleuve Méandre, il y a une eau qui 
se durcit en pierre de tuf, de sorte que les conduits qui 
en dérivent, sont tous enveloppés de cette pierre. 
D'ailleurs Cemphysius et Mêlas, fleuves de Béotie, sont 
fort célèbres à cause de leur propriété admirable: quand 
les bestiaux de cette contrée, lorsque la saison de con- 
cevoir s'approche, s'abreuvent des eaux de ces fleuves, 
qui sont blanches, ils produisent des petits de couleur 
grise, noire ou brune. 

Il y a plusieurs espèces d'eaux pernicieuses et mor- 
telles comme celle de la fontaine de Terracina qui 
s'appelle neptunienne. Ceux qui buvaient de cette 
eau, en mouraient, c'est pourquoi les anciens, dit-on, 
l'ont condamnée et bouchée. Il y a pareillement en 
Thrace un lac nommé Cychros, qui est si dangereux 
que non seulement ceux qui boivent de son eau, mais 
même ceux qui s'y lavent, meurent presqu'aussitôt^ 
En une région d'Arcadie, nommée Nonacris, des pierres 
d'une fontaine distillent des eaux tellement froides, 
qu'on nomme cette eau stygoshydo ; elle ne peut être 
conservée dans des vases d'argent ou d'airain, qu'elle 
rompt et brise, mais bien dans l'ongle d'une mule. 
On dit qu'Antipater fit porter par lollas, son fils, de 
cette eau dans la province où séjournait Alexandre et 
cet heureux monarque fut tué à l'aide de cette eau. 
Dans la voie Campane et sur le territoire de Cornette, 
il y a un lac d'où sourd une fontaine dans laquelle 
apparaissent de temps à autre épars plusieurs os de 
serpents, lézards et autres bêtes de cette espèce, et 
chose remarquable, si vous voulez les retirer de l'eau. 



54 LA MAGIE NATURELLE 

VOUS ne trouvez plus rien. Il y a des fontaines dont 
l'eau est aigre, comme la fontaine de Lynceste ; et en 
Italie, dans la campagne de Theavo et ailleurs, il y 
en a qui ont cette propriété que l'eau que l'on en boit 
peut rompre les pierres dans la vessie. En Paphla- 
gonie, il y a une fontaine qui enivre ceux qui boivent 
de son eau, et qui ne boivent jamais de vin. Dans l'île 
de Chios on trouve une fontaine qui rend fous ceux 
qui s'y désaltèrent. L'eau du Nil est si féconde que les 
mottes de terre en sont animées. En Ethiopie existe 
une source dont l'eau, sur le coup de midi, est si extrê- 
mement froide qu'on n'en peut boire, mais qui devient, 
sur l'heure de minuit, si démesurément chaude qu'on 
ne peut pas la toucher, comme on peut le voir dans 
une des Métamorphoses d'Ovide. 

Il y a encore d'autres propriétés de lieux et de fon- 
taines, et celui qui voudra les rechercher, n'aura qu'à 
lire les œuvres de Théophraste, de Timens, de Possi- 
donius, d'Hegerias, d'Hérodote, d'Aristide et de 
Metrodorus, qui ont, avec grand soin et un labeur in- 
fini, recherché les lieux divers qui ont des propriétés 
extraordinaires, et les ont décrits avec beaucoup de 
science. Après eux, on pourra consulter également 
Solin et Pline qui ont amplement traité de ces sujets, 
dans les ouvrages qu'ils ont consacrés aux sciences 
naturelles. 

Chapitre Dix-Huitième 

Comment on doit mêler et composer les simples, et les 
incorporer dans nos mélanges. 

Or, maintenant nous allons traiter de la composition 
des simples, pour que les hommes studieux, après avoir 



LA MAGIE NATURELLE 55 

appris à rechercher les secrets de la nature, appren- 
nent encore la méthode de composer les simples, et 
de mettre en lumière toutes les merveilles naturelles. 
Les médecins observent soigneusement cette pratique. 
Comme nous n'avons pas toujours besoin d'un effet 
seulement produit par les simples, mais d'un effet 
double et parfois triple, il convient que nous appre- 
nions à les mélanger, pour qu'ils produisent tous les 
résultats qu'on en attend. 11 arrive aussi que certains 
simples opèrent très lentement, et alors afin de les 
faire agir plus promptement, nous avons l'habitude 
de les fortifier de diverses façons; et au contraire, il y 
en a qui travaillent trop hâtivement et avec une effi- 
cacité excessive, et dans ce cas, nous ralentissons et 
restreignons leurs forces. Or il arrive souvent que quand 
nous voulons frapper quelque membre, auquel nous 
voulons nous attacher plus spécialement, comme la 
tête, le cœur ou la vessie, nous ajoutons certaines 
choses aux simples, qui parfois y sont mêlées d'une 
façon abusive. Mais passons sur ceci et poursuivons 
le discours que nous avons commencé. Quand vous 
voudrez donc commencer quelque œuvre, considérez 
premièrement ceci : à quoi surtout nous tendons et à 
quels simples nous devons avoir recours; à ce que 
nous posions un fondement de composition, dont la 
chose composée prenne la dénomination. Pour opérer 
heureusement, les simples requièrent une quantité 
déterminée. Si vous voulez par exemple présenter une 
mixture damer et de puant, elle est re jetée par cer- 
taines personnes ; aussi faut-il mêler les parties grosses 
et rudes des simples aux parties molles et tendres. 
Si nous voulons prendre les oiseaux endormis, la noix 
méthelle sera pour cela fort commode, car elle est 



56 LA MAGIE NATURELLE 

douée de cette propriété qui consiste à susciter le som- 
meil, à rendre les membres stupides et hébétés, et à 
causer de la pesanteur au cerveau. Afin que cette 
mixture opère plus vivement, nous y ajoutons de 
l'opium et de la lie de vin. Et si d'aventure ces choses 
que nous leur donnons sont trop dures et que nous 
voulions les rendre plus coulantes, afin qu'ils puissent 
mieux les ingurgiter, nous leur présenterons des lé- 
gumes, comme nous le dirons au chapitre des prépara- 
tions. Nous les ferons aussi dissoudre dans du jus de 
mandragore ou de ciguë ou de fiel de bœuf, et afin 
qu'ils ne soient ni amers ni malodorants, nous y mê- 
lerons du miel, du fromage et de la farine ; pour que 
la viande soit plus savoureuse, il faudra que les lé- 
gumes soient plongés dans ce mélange, puis présentés 
aux oiseaux pour qu'il les mangent. Cela aura tant 
d'efficacité que, s'étant gonflés de cette viande, ils 
tomberont à terre, tout endormis et ne pourront plus 
s'envoler, de sorte que vous les pourrez prendre faci- 
lement avec la main. 

Chapitre Dix-Neuvième 

Comme on doit rechercher et observer le poids dans 
chaque mixture. 

Il convient également de prendre garde à ce que la 
proportion de chaque ingrédient soit observée dans la 
mixture, parce qu'une opération ne peut être bonne 
si elle n'a pas été bien proportionnée; et les mixtures 
ne produiront pas les effets qu'on en attend, si toutes 
les parties qui les composent ne sont pas parfaites. 
Les anciens, dans le mélange des simples, ont toujours 



LA MAGIE NATURELLE 57 

tenu compte du choix, du poids et de la quantité des 
plantes. 

C'est pourquoi nous vous dirons à vous, qui vous 
adonnez à l'étude de cette science, occupez-vous d'a- 
bord et premièrement à trouver le poids qu'il vous 
faudra; et si vous trouvez qu'on a mis plus que le 
poids requis dans la médecine que vous préparez, il 
faut absolument l'en ôter. Sachant le poids qu'il vous 
faut, posez cela comme fondement et puis ajoutez-y les 
autres ingrédients, mais ne donnez jamais plus que la 
mesure exactement dosée, bien que ce soit le simple 
seul qui a de la vertu. Mais tous les degrés comptés, il 
ne doit pas être plus grand en quantité qu'en vertu, 
car nous ne l'ajoutons point pour accroître la dose. En- 
core ceci est bien digne d'observation, à savoir que 
l'on doit changer la dose des mixtures et médicaments, 
selon la diversité des régions et des climats, car ils 
acquièrent une vortu différente, plus vigoureuse ici, 
plus lente là, selon les lieux, comme nous vous l'avons 
déjà dit dans un autre endroit de notre ouvrage. 
Quant à vous, votre devoir sera de balancer tout cela 
d'une façon juste, pour que les simples opèrent comme 
nous le désirons. 

Nous avons usé d'un très bon moyen dans la des- 
cription des expériences, en décrivant les poids par 
parties, et afin qu'on puisse les connaître plus facile- 
ment, parce que par aventure les divers noms des poids 
que nous avons vu employer par les autres, pourraient 
empêcher l'ouvrier dans son travail. Ainsi chacun 
pourra user librement de la quantité requise et dési- 
rée, comme nous l'avons vu faire par Cornélius Cel- 
sus, car par ce moyen on peut plus commodément sa- 
tisfaire à tous. 



58 la magie naturelle 

Chapitre Vingtième 
Des préparations des simples. 

Nous avons enseigné plus haut à composer et à re- 
chercher les poids : or, maintenant, il nous reste à 
raconter quelques préparations de simples, qui nous 
semblent être très à leur place dans notre œuvre, et 
très utiles à connaître. Et il convient ici de considérer 
que les opérations ne consistent pas tant dans le choix 
des simples eux-mêmes que dans les préparations de 
ceux-ci, car sans une bonne préparation, les simples 
opéreront bien peu, ou même point du tout. 

Disons donc tout d'abord que plusieurs simples 
sont d'habitude préparés par artifice, afin qu ils 
soient plus convenables ou plus commodes à l'usage. 
Or, quant aux préparations qui sont surtout fréquen- 
tes et d'un usage presque journalier, ce sont celles-ci, à 
savoir la mutation, la putréfaction, la détrempe, la 
décoction, la cuisson, la réduction en poudre, la dis- 
tillation, l'assèchement et quelques autres. Nous fai- 
sons bouillir les simples alors que le jus ne peut en 
être retiré par quelqu'autre moyen; en les faisant 
bouillir, nous tirerons la substance de son centre à sa 
circonférence. Et encore qu'il arrive que par la dé- 
trempe ou par l'infusion on ne parvienne pas à la fin 
du dessein qu'on a en vue, au moins cependant cette 
préparation résout les vapeurs subtiles. Ainsi nous 
usons de réduction en cendre et de combustion, afin 
de priver les parties de toute humeur, ce qui a lieu 
lorsque nous les réduisons en poudre. Aussi nous brû- 
lons les simples alors qu'ils ne se peuvent broyer pour 



LA MAGIE NATURELLE 59 

les réduire en poudre; mais nous devons avoir soin 
qu'il n'y ait rien de réellement brûlé, de peur que le 
brûlé ne perde ses forces, mais que ce soit rôti seule- 
ment, pour qu'il devienne plus tendre et plus délié. 
Les simples sont distillés pour qu'on puisse en tirer 
une eau de vertu plus puissante, et que le médica- 
ment puisse opérer plus aisément et plus commodé- 
ment. Nous avons estimé qu'il était convenable et 
opportun d'ajouter ceci à notre œuvre, mais si quel- 
qu'un désire des renseignements plus amples et plus 
détaillés sur cette matière, nous le prierons congrû- 
ment d'avoir recours aux ouvrages des médecins. 

Nous commencerons maintenant à vous enseigner 
les transmutations admirables des plantes. 



LIVRE DEUXIEME 



Chapitre Premier 

Comment nous pouvons faire produire des fruits hâtifs 
et tardifs. 

On sait que l'art imite la nature, et tandis qu'il la 
suit, dans son émulation obstinée, il réussit parfois à 
faire des choses plus hautes et plus belles qu'elle. 
C'est pourquoi le mage, revêtu et paré des atours de 
l'art, ainsi que d'une seconde nature, voit plusieurs 
choses naître grâce à l'appareil, à l'industrie, aux arti- 
fices des hommes; ainsi par la force et la violence, il 
empêche souvent l'œuvre de la nature ou la fait recu- 
ler, il contraint la plante tardive à se lever et à sortir 
soudainement de terre et à produire, en vertu de son 
commandement magique, des fleurs et des fruits. Et 
d'ailleurs sachant que par la diversité des temps et du 
cours continuel de la chaleur céleste, les fleurs et les 
fruits varient, voire même tout ce qui naît sur terre, 
si bon lui semble de les retarder ou d'en hâter la saison 
pour qu'ils soient plus précieux et plus chers, il le fait 
à certains intervalles de temps, changeant ainsi les 
saisons. 



LA MAGIE NATURELLE 61 



Quand on veut faire naîlre, et avoir des jruils avant la 

saison. 

Choisissez la fleur qui vous convient le mieux, car 
ce qui est vrai de l'une est vrai de toutes dans ce que 
je vais dire. Prenez par exemple la rose, et aux envi- 
rons du mois d'octobre , semez-en le bout en terre 
passée au crible, engraissée de fumier et posée dans 
un pot de terre assez molle et liquide pour l'entretenir. 
Deux fois le jour, arroscz-la d'eau chaude, et s'il arrive 
que l'air soit agité et troublé de vents tempétueux, ou 
qu'une pluie excessivement abondante survienne, 
vous serrerez votre pot dans la maison, le tiendrez à 
couvert, et la nuit ne le laisserez pas au dehors. Mais 
lorsque vous saurez que les gelées et les pluies d'hiver 
ont cessé et que l'air rasséréné deviendra doux, met- 
tez le pot au soleil, si le temps le permet. Or, quand le 
premier printemps sera arrivé et que le bouton de rose 
commencera à germer, arrosez-le d'eau chaude, car 
cette plante demande beaucoup d'eau, mais à petites 
doses à la fois. Ainsi vous verrez que la fleur qui avait 
coutume d'apparaître la dernière, entre toutes celles 
dont le printemps se décore, sortira la première. Il 
convient aussi de considérer qu'une saison précoce 
de fleurs apparaît volontiers quand l'hiver est doux, 
et que le vent du midi y a régné beaucoup, quand il 
n'est point rigoureux, ni plein de neige, ainsi que le ra- 
conte Théophraste, car alors les plantes ont une grande 
vertu générative et une humeur féconde, qui fait 
avancer toute végétation. 



62 LA MAGIE NATURELLE 



Pour avoir des concombres et des courges fort mûres. 

Un peu avant que la saison du printemps arrive, 
vous placerez la semence de ces plantes, comme nous 
le dirons ci-après. Après que cette graine aura pris 
de la force, et que les froidures auront cessé, vous les 
mettrez dans un lieu cultivé et humecté souvent 
d'eau, et vous y creuserez une fosse. L'ayant posée là, 
vous romprez votre pot et l'enfouirez jusqu'au bord, et 
jusqu'à ce qu'il soit à fleur de terre, et si vous élevez 
là encore les surgeons plantureux, ces plantes rendront 
plus tôt du fruit. Et soyez sûrs de ne pas laisser ces 
plantes dans les jardins ou dans les lieux qui sont 
exposés à l'air, à cause de la rigueur du temps, mais 
plantez-les pour plus de commodité sur chariots ser- 
vant de chambre ou faits en façon de litière; lorsque 
le froid arrivera, elles seront gardées dans des lieux 
couverts, secrets et garnis de verres, et de la sorte vous 
éviterez la rigueur de l'hiver. Par ce moyen, on servait 
chaque jour des concombres sur la table de l'empereur 
Tibère, qui les aimait beaucoup. Et c'est par ce moyen 
aussi que les habitants de PouzzoUes produisent des 
fruits hâtifs, plus tôt que ceux des pays environnants. 
Car par la chaleur souterraine et par les feux souter- 
rains dont ce domaine abonde, ce terroir nourrit les 
arbres avec plus de vigueur et de vivacité que les 
autres. 

Pour produire des grappes de raisins au printemps. 

Lorsque nous apercevons, comme c'est parfois le 
cas, le cerisier produire au printemps ses rouges pom- 
melettes et que nous désirons aussi avoir des raisins, 



LA MAGIE NATURELLE 63 

on en pourra avoir à foison (comme disent Tarentin et 
Pamphile). Commandez que l'on ébarbe un petit poil 
qui environne l'arbre, car cela pourrait nuire aux 
greffes que l'on voudrait enter. Après cela faites une 
ente qu'on appelle amphylismon ; faites une incision 
dans l'écorce de l'arbre et posez un petit coin, assez 
fort néanmoins, entre le corps ou bois de l'arbre, et 
l'écorce; que cela se fasse avec un délicat tour de 
maiin, pour que la pièce de l'écorce ne soit blessée. 
Ayant fait cela vous ôterez le coin et enterez ou greffe- 
rez là-dedans un jeton ou rameau fort long et aigu 
d'une vigne noire et féconde, puis liez l'arbre avec son 
écorce. Ainsi au printemps et en la même saison des 
cerises, la vigne produira des raisins à foison, attendu 
qu'elle sera contrainte de dérober la nourriture du 
tronc qui lui est assujetti. Vous pourrez en faire autant 
au poirier et au pommier, si vous en avez envie. Par 
ce moyen aussi, nous ferons les figuiers automnaux et 
printaniers porter deux fois; par ce même artifice nous 
produirons aussi des raisins en automne. Voilà donc 
un art à l'aide duquel nous aurons des fruits en toute 
saison, comme l'a enseigné Didymus, à savoir si on 
ente un pommier sur un citronnier, attendu que cet 
arbre tout le long de l'an est doué d'une perpétuelle 
fécondité, il produira toujours des pommes mûres, les 
unes naissant alors qae les autres seront blettes. Mais 
encore faut-il noter ceci, à savoir que ces propriétés 
ne viennent que dans les arbres humides et fertiles et 
non dans ceux qui sont moins féconds. Toutefois, il y a 
des moyens aussi qui peuvent porter aide et secours 
à ces derniers, comme nous le verrons ci-après. 



64 LA MAGIE NATURELLE 



Pour avoir des fruits et des fleurs précoces. 

Premièrement, pour avoir des roses, vous planterez 
le rosier après vendanges et le taillerez chaque mois, 
sans autre intervalle, les roses en sortiront, comme 
l'enseigne Didymus, Afin qu'aussi les lys fleurissent^ 
il convient de planter dans le terrain des échalottes, 
les unes à la hauteur de douze doigts, les autres de 
dix, de huit ou de quatre. Qu'aussi l'on plante sou- 
vent les artichauts et alors ils produiront souvent des 
fruits. Si vous désirez avoir des figues avant saison, 
et bien mûres, vous pourrez en obtenir en imposant 
à l'arbre de la fiente de pigeon, de l'huile et du poivre. 
Ceci pourra encore se faire autrement, à savoir en 
faisant de petites et menues incisions et ouvertures 
au tronc du figuier, au moment où il aura le plus de 
lait. De même si dans les plantes des figuiers vous met- 
tez en abondance des cornes de moutons près de la ra- 
cine des arbres, et aussi si vous y plantez de la ciboule, 
ils donneront plus tôt leurs fruits. Si vous mettez de 
la chaux aux racines des cerisiers, vous aurez des cerises 
avant saison. Mais quoi ! l'entendement humain a osé 
si curieusement fureter dans le cabinet de la nature, 
que grâce à son expérience, il ne craint plus d'en dé- 
couvrir les secrets. 

Pour faire en bien peu de temps, croître du persil. 

Bien que parmi les plantes qui proviennent de se- 
mences, elle ne soit pas des plus difficiles, ce n'est 
qu'au cinquantième ou au quarantième jour qu'elle a 
coutume de sortir de terre, comme Théophraste et 



LA MAGIE NATURELLE 65 

les autres en témoignent. Or, les Latins appellent 
cette plante apium et nous l'appelons persil; pour la 
bien faire venir, soyez très attentif, car la moindre 
erreur vous fera manquer votre affaire. Que vos se- 
mences soient de la même année et vers la venue de 
l'été plongez-les dans du vinaigre et laissez-les dans de 
la terre bien labourée et mêlez-y de la cendre de fèves 
brûlées. Mais après que vous les aurez arrosées d'une 
pluie légère, de cette eau qu'on nomme eau ardente, et 
que vous les aurez fréquemment arrosées, couvrez-les 
d'un drap, afin que la chaleur ne s'en aille ; alors en très 
peu de temps, l'herbe percera la terre. Cela fait, ôtez 
le drap, arrosez la plante, et la tige s'allongera à la 
grande stupéfaction de ceux qui assisteront à cette 
merveilleuse croissance. 

Pour produire des concombres en très peu de temps. 

Si vous plongez la semence des concombres ou des 
melons dans le sang humain, en été, il faut que 
l'homme ne soit point malade, mais sain, âgé et fauve 
ou brun, car alors il aura une vigueur plus grande 
et d'une efficacité plus considérable. Changez-la sou- 
vent, afin qu'elle ne sèche, car il convient qu'elle soit 
exempte de pourriture. Après avoir laissé sécher cette 
graine au soleil, vous creuserez des petites fossettes 
dans une terre féconde et poudreuse et vous y mettrez 
votre semence que vous aurez garde de ne pas mettre 
à l'envers. Vous pouvez sans inconvénient y intro- 
duire de la chaux vive, car cela fait, si vous l'arrosse 
d'eau chaude, la tige en sortira incontinent. Toutefoiz 
couvrez-la de drapeaux, afin que la chaleur élevée ne 
s'envole; et alors vous verrez cette tige ramper et 



5 



66 LA MAGIE NATURELLE 

croître prodigieusement en grandeur, bien qu'en très 
peu de temps, elle perdra cette vie acquise par l'art 
et qui partant n'est que peu durable. Il faut noter 
que ces plantes qui produisent ainsi avant saison, sont 
plus faibles que les autres, de sorte qu'ayant jeté tout 
leur effort avant le temps, elles ne peuvent plus subsis- 
ter. Or nous avons déjà vu comment nous pourrons 
avoir des fruits très hâtifs et avant toute saison ; 
maintenant il nous reste à indiquer comment nous 
pourrons en avoir de tardifs. J'en donnerai ici quel- 
ques exemples. 

Pour rendre les concombres et autres fruits tardifs. 

Nous savons que ces plantes ne souffrent pas les 
gelées et les pluies et qu'elles craignent plus encore 
le froid ; c'est pourquoi vous planterez en été vos se- 
mences environnées de fumier et par ce moyen, elle 
résisteront au froid qui ne les tuera pas. Si vous voulez 
qu'elles demeurent longtemps vigoureuses, plantez-les 
près du puits, puis mettez dans des puits les fruits 
qui en sortiront heureusement et en saison ; ayant fait 
cela, vous couvrirez la gueule de dessus, afin que le so- 
leil ni les vents ne leur nuisent en les séchant, car les 
vapeurs de l'eau qui s'élèvent leur donnent de la vi- 
gueur et les maintiennent longtemps en leur verdeur. 
Autrement encore vous pourrez faire ceci : si dans un 
lieu gras et fumé et exposé au soleil, où vous voudrez 
poser votre semence, vous planterez aussi des ronces 
après l'équinoxe d'automne, coupées près de terre et 
enfouies, et que par après, avec un couteau ou poin- 
çon de bois vous mettrez (comme nous le faisons) 
du fumier entre les moelles de ces plantes, puis y ajou- 



LA MAGIE NATURELLE 67 

terez la semence de concombre, de là naîtra un fruit 
qui ne pourra pas mourir, même s'il est exposé au 
froid. — Si nous désirons avoir au printemps ou en 
hiver des fraises qui d'ordinaire ne sortent qu'en été, 
nous en prendrons la plante avec les feuilles alors que 
les fraises sont encore blanchâtres et n'ont reçu leur 
teint de pourpre, et nous mettrons le tout dans une 
canne dont les bouches seront remplies de fumier; 
puis nous enfouirons le tout en terre, et par ce moyen, 
en quelque temps que nous voudrons qu'elles rougis- 
sent, nous les montrerons au soleil. Si vous voulez 
avoir des citrons tout le long de l'année, vous vous y 
prendrez de cette façon qui est familière en Assyrie 
et dans plusieurs autres lieux. Quand il sera temps de 
les cueillir, vous couperez une partie de la partie géni- 
tale. Or en cette partie que vous aurez entourée, par la 
fécondité de l'arbre, il en reviendra une au lieu de celle 
qui en aura été distraite, et vous pourrez à votre gré 
cueillir les premiers fruits et la plante produira encore 
une nouvelle floraison. Mais si vous voulez faire un 
figuier fort tardif, ôtez les premières figues lorsqu'elles 
seront déjà grosses comme une fève, car par ce moyen 
il produira un autre fruit. Nous pouvons encore par le 
même moyen, avoir des raisins et des roses tardives, 
comme enseigne en cette matière le Florentin. Si 
après que vous aurez enté un jeton de vigne au ceri- 
sier, vous entez alors le rosier sur le pommier : car 
croissant et prenant nourriture et vigueur en une 
écorce étrangère, alors que l'arbre donnera son fruit, 
la rose s'épanouira avec splendeur dans un parfum 
suave et doux, au grand émerveillement de tous. Si 
nous désirons des cerises tardives en vendange, nous 
enterons un jeton de franc cerisier sur celui qui pro- 



68 LA MAGIE NATURELLE 

duit des cerises fort amères, qu'on appelle amarines, 
et si cela se répète trois ou quatre fois, cet arbre don- 
nera des fruits tardifs ; le même arbre alors, par un 
trop rapide accroissement, oubliant son premier suc, les 
cerises un peu aigrelettes en sortiront plus agréables. 
Voilà comment nous produisons divers fruits en di- 
vers temps et vous pouvez user de la recette à votre 
gré. 

Chapitre Deuxième 

Comment on peut faire des fruits composés de diverses 

espèces. 

Dans les gigantesques compositions de la nature 
et ses admirables mutations, on ne peut pour ainsi dire 
rien trouver de plus grand que ce que l'on appelle 
Tenture ou la greffe. Nous l'avons louée suffisamment 
déjà, et le ferons davantage encore au cours de notre 
œuvre, parce que par un réciproque embrassement 
des choses diverses, elle les lie d'une façon indisso- 
luble et merveilleuse. Bien que certains trouveront 
ces entures laborieuses, voire même impossibles, 
car je n'ignore pas qu'il se trouvera des gens pour se 
moquer de ce que je dis, toutefois je désire qu'ils exa- 
minent les effets et les résultats de mes expériences. 
Pour vous amener à admettre mes idées, je ne veux 
que les propos d'un rude laboureur et d'un ouvrier 
ignorant, qui vous démontreront par l'expérience ce 
que j'avance. Puis, considérez dans votre esprit la 
doctrine des anciens concernant la greffe d'un figuier 
sur un mûrier. Ces vieux pères ont encore enseigné que 
si le mûrier est enté sur le châtaignier, le thérében- 
thin ou le peuplier blanc, il produira des mûres blan- 



LA MAGIE NATURELLE 69 

ches. On peut enter également le châtaignier sur le 
noyer et sur le chêne ; le grenadier peut aussi être greffé 
sur toute espèce de plantes. Le cerisier aime à être 
greffé sur le pêcher et même sur le thérébenthin. 

Le thérébenthin se plaît. dans la société du cerisier 
et du pêcher. Les anciens nous disent aussi que la vi- 
gne greffée sur un olivier peut produire des fruits 
qu'on appelle en grec Elœsophilos, que les Latins 
appellent oleuva, qui est comme qui dirait une olive- 
grappe. Le Florentin, dans la onzième Géorgique, dit 
l'avoir vue chez le grand Marins et affirme qu'il lui 
semblait exactement goûter d'un grain de raisin et 
d'une olive tout ensemble. Le myrte enté sur le saule 
a produit des grenades, à ce qu'on raconte, mais nous 
ne l'avons jamais vu. Enfin, Columella tient pour vrai 
et enseigne que sur tout arbre on peut enter ou greffer 
toute autre espèce d'arbre. De là vient alors toute 
composition de fruits divers et inusités et des feuilles 
aussi qu'on n'est pas accoutumé à voir, ainsi que Vir- 
gile dit dans les Géorgiques : 

S'émerveillant de si grand nouveauté 
Qu'avec l'honneur d'une gaie beauté 
Feuille nouvelle en grand heur lui survienne 
Et mainte pomme inconnue et non sienne. 

A la vérité, ce genre d'enture ou de greffe est chose 
admirable et fait grand honneur à l'industrie de l'hom- 
me. Ce que nous allons voir dans la suite est plus mer- 
veilleux encore et mérite toute l'attention du lecteur. 



70 LA MAGIE NATURELLE 

Manière de faire une pomme d'une pêche et d'une pêche- 
noix. 

Vous ferez cela au moyen de ce que nous appelons 
Tenture ou la greffe, et que les laboureurs appellent 
emplâtrement. Vous coupez les rameaux d'un pêcher 
et d'un pêche-noyer qui soient nouveaux et portent 
des fruits. Vous les présenterez sur l'arbre sur lequel 
vous voulez greffer, éloignés l'un de l'autre de deux 
doigts et de sorte que les fruits se trouvent au milieu. 
Puis avec un couteau vous ôterez doucement l'écorce 
du bois afin de ne pas blesser les fruits, puis vous fen- 
drez les pêches et les pêches-noix, afin que jointes en- 
semble, elles croissent sans laisser de cicatrice et 
comme si les deux fruits n'en faisaient qu'un. 

Cela fait, entez l'un ou l'autre sur la partie de l'arbre 
qui sera la plus nette, reluisante, et enlevez tout le 
reste pour que toute la nourriture de l'arbre aille à la 
partie greffée. Après cela, ouvrez l'écorce de l'arbre 
et faites une ouverture de la grosseur du fruit sus- 
mentionné, puis appliquez-y ce fruit de façon à ce 
qu'il remplisse exactement l'ouverture. 

Enveloppez-le ensuite et liez-le, en vous gardant 
bien de le blesser. Garnissez aussi la plaie de terre 
grasse que vous recouvrirez d'un hnge pour que la pluie 
ne la fasse pas couler. Ainsi ce fruit germera et don- 
nera un exemplaire de l'une et de l'autre progéniture, 
comme on n'en aura jamais vu de semblable, car il 
représentera une pêche et une pêche-noix tout en- 
semble. Par le même moyen, on peut arriver à avoir 
sur le même arbre d'un côté des grenades douces et de 
l'autre côté des grenades noires. Et Diophane enseigne 



LA MAGIE NATURELLE 71 

de faire la même opération avec des pommes et des 
poires odoriférantes et les appelle myrapidia. 

Les pommiers se greffent heureusement avec les 
coigniers en Grèce, où les Athéniens les appellent meli- 
mela, et nous pommes douces, ou pommes de para- 
dis, suivant Diophane. 

De même encore les citrons joints aux limons, bien 
qu'ils soient de genre et d'espèce divers, deviendront 
moitié doux et moitié aigres. 

La pomme également imitera parfois, par le dehors 
l'apparence de la pêche, mais au dedans elle aura une 
douceur ressemblant à celle de l'amande et non à celle 
de la pêche, ce qui fait qu'à bon droit nous pouvons 
nommer ce fruit la pomme-pêche. 

Pour faire qu'une vigne donne des grappes blanches 
et des raisins noirs. 

Quoique, par les exemples que nous avons donnés 
ci-dessus, nous puissions produire des raisins de diver- 
ses sortes, toutefois, pour satisfaire les curieux, j'en 
donnerai encore d'autres, à savoir, comment un même 
cep pourra porter des raisins blancs et noirs ensemble, 
et que sur une même grappe apparaîtront des raisins 
blancs et noirs et que ceux-ci également seront divi- 
sés en noirs et en blancs. Pour faire cela, vous pren- 
drez trois ou quatre marcottes de vigne, ou davantage 
si bon vous semble, de diverses espèces et de diverses 
couleurs et qui puissent facilement croître. Vous les 
lierez en un faisceau, les introduirez dans un petit 
tuyau ou dans une corne de béHer, de sorte qu'elles 
sortent par l'un ou l'autre côté. Vous réduirez dessous 
les sarments, les enfouirez dans un creux que vous em- 



72 LA MAGIE NATURELLE 

plirez de terre fumée et vous les arroserez jusqu'à ce 
qu'elles commencent à produire leur germe et à fruc- 
tifier. Après un laps de deux ou trois ans, rompez votre 
tuyau, si toutefois la corne où vous avez introduit les 
marcottes, est déjà pourrie. Après cela, avec une scie, 
coupez tous les rameaux à trois doigts au-dessus du 
tronc, et après qu'il aura donné des tiges, laissez-en 
une et retranchez toutes les autres, de peur que si vous 
les laissiez toutes, les sarments ne puissent donner 
tout leur suc et toute leur vigueur. De cet assemblage 
naîtra un arbre qui vous donnera des raisins de di- 
verses couleurs. 

Autrement, en employant la méthode de Didymus, 
nous pourrions le faire encore plus facilement. Prenez 
deux sarments, l'un blanc l'autre noir, et lorsqu'il est 
temps de les tailler, coupez-les par le milieu, mais en 
ayant soin que rien ne tombe de la moelle, et ces sar- 
ments ainsi divisés, vous les joindrez ensemble, de 
telle façon qu'ils semblent bien n'être qu'une seule et 
même taille. Puis vous les lierez étroitement et aurez 
soin de les frotter de terre grasse et pendant trois jours, 
vous les arroserez souvent, jusqu'à ce qu'il sorte des 
germes de l'une et de l'autre partie et produise des 
grappes dans lesquelles vous trouverez des grains de 
l'une et de l'autre couleur. Si les marcottes coupées du 
tronc du cep ne peuvent facilement croître de cette 
manière, où s'il y a une autre plante qui ne puisse se 
loger en un autre tronc, vous agirez plus sagement en 
faisant votre greffe de la manière que nous avons 
l'avons décrite pour d'autres arbres. Par cette manière 
de greffer, on obtient aussi plusieurs grenades et coings 
diversement colorés, voire même beaucoup d'autres 
fruits, dont nous ne parlerons pas, estimant que ce se- 



LA MAGIE NATURELLE 73 

rait chose superflue. Mais il convient encore de noter 
que l'on amollit les verges (parce qu'elles sont dures) 
avec un marteau, parce qu'alors elles croissent mieux. 

Pour faire des pêches-amandes. 

Cueillez un rameau ou jeton d'un pêcher, et entez- 
le sur un amandier doux, et si vous entez le germe 
qui en naîtra sur un autre, et que vous répétiez 
l'opération trois ou quatre fois, l'arbre enfin vous 
produira une pêche, ayant le dedans de son noyau 
doux. Le diligent ouvrier pourra encore, si bon lui 
semble, composer ainsi plusieurs autres choses, mais il 
suffira d'avoir montré la voie à suivre, pour que nous 
puissions passer outre. 

Comment la figue peut se faire également blanche et noire. 

Pour arriver à ce résultat, nous voulons vous donner 
une autre méthode que celle qu'a enseignée Leontius, 
mais vous prendrez naturellement celle que vous juge- 
rez convenir le mieux. Vous prendrez des grains de 
figuier blanc et noir, et les envelopperez et lierez étroi- 
tement dans un drapeau ou sachet de papier sur le- 
quel vous écrirez quels sont les blancs et quels sont les 
noirs. Puis, quand il sera temps, vous les planterez 
et il en naîtra des figues de deux couleurs, en sorte 
que d'une part le fruit sera noir, et d'autre part blanc. 
Il nous semble qu'après le discours laborieux que nous 
venons d'écrire sur ce difficile sujet, nous pouvons ar- 
rêter ici nos indications et nos expériences. Il y a bien 
encore d'innombrables espèces d'arbres et de plantes 
dont je pourrais parler, mais il me semble que ce serait 



74 LA MAGIE NATURELLE 

véritablement chose superflue d'y insister, après tout 
ce que j'ai dit dans les pages qui précèdent. 

Nous allons donc parler maintenant de choses plus 
étonnantes et plus merveilleuses encore, en commen- 
çant par ceci, à savoir comment un fruit peut venir 
sans écorce ou sans peau, et sans noyau. Ce sera là le 
sujet de notre chapitre troisième. 

Chapitre Troisième 

Comment un fruit peut venir sans écorce ou peau, et 
sans noyau. 

L'ancienne tradition des philosophes, principale- 
ment de ceux qui ont écrit le mieux sur l'agriculture, 
est telle, à savoir que quand on veut enter les jetons 
ou les vives racines, on leur arrache la moelle avec un 
cure-oreille ou un couteau d'os, persuadés par ce moyen 
que les plantes qui en proviendront, produiront un 
fruit sans écorce, et sans noyau enveloppé de bois, pour 
autant que cett^ même moelle soit mûre et nourrie 
de la substance forte, qui participe du bois. Toutefois 
les Arcadiens sont d'une autre opinion, car, disent-ils, 
tout arbre auquel on a arraché quelque chose, vit 
encore, mais si vous lui ôtez sa moelle, non seulement 
il ne produira pas des fruits sans noyaux mais il est 
certain qu'il séchera sur place et mourra. Car tout ali- 
ment de créature vivante est tiré de la moelle comme 
par une seringue. Et cela se prouve à toute évidence 
par ce fait que la matière vide ou dépourvue de moelle 
se tourne et se courbe, jusqu'à ce qu'elle soit complè- 
tement sèche. 



LA MAGIE NATURELLE 75 



Pour faire qaiine grappe de raisin n'ait point de pépins. 

Prenez le sarment que vous voulez planter en terre, 
et fendez-le avec une petite pierre, depuis le sommet 
jusqu'à l'extrémité de son tronc; puis, d'un côté ou 
d'autre, ôtez-en toute la moelle avec un burin, cou- 
teau ou autre instrument d'os, en cette partie seule- 
ment qui sera cachée en terre. Après liez étroitement 
les deux parties d'une branche d'osier, enveloppées 
soigneusement de papier; puis, creusez une fosse en 
une terre humide et grasse; attachez votre sarment 
à une canne pour lui servir d'appui, et afin qu'il ne se 
puisse tordre ou entortiller. Ainsi les deux parties de ce 
sarment se lieront comme auparavant. 

La chose se fera encore mieux si dans la partie 
creusée vous mettez un oignon de squille, car il tiendra 
la plante humide et s'y appliquera comme glu et l'en- 
tretiendra d'une chaleur vigoureuse. Le même effet 
se produira si en plantant le jeton, on en retire toute 
la moelle. De même si vous voulez qu'un cerisier pro- 
duise des cerises sans noyau, vous y arriverez de la 
façon suivante : coupez le tronc de cet arbre encore 
tendrelet, puis fendez-le et ôtez-en la moelle, ensuite 
rejoignez et serrez très étroitement les parties sépa- 
rées et couvrez-les de boue, de fumier ou de terre 
grasse, jusqu'à ce qu'elles aient pris tout leur dévelop- 
pement et vous aurez le fruit désiré. 

Pour faire venir une pêche sans noyau. 

Par une nouvelle manière de greffe ou d'enture, dont 
voici la façon, nous planterons un pêcher près d'un 
saule, en un lieu continuellement arrosé d'eau, ou s'il 



76 LA MAGIE NATURELLE 

ne l'est, il le faut aider par un arrosement artificiel, 
pour que le bois s'enfle et donne une vigueur abon- 
dante et à l'arbre et aux rejetons étrangers. Que le 
saule soit de la grosseur d'un bras, qu'on le perce au 
milieu par une tarière, et y ayant seulement laissé la 
tête du pêcher, nous couperons tous ses rameaux et les 
introduirons dans le trou du tronc du saule. Cela fait 
avec soin, nous boucherons l'orifice de terre grasse et 
puis, l'an écoulé, après que le tout se sera joint et in- 
corporé, de sorte que les deux arbres n'en feront plus 
qu'un, nous retrancherons tout ce qui apparaîtra au- 
delà de la perçure, afin que la nourriture ne soit trans- 
portée à cet endroit, et que la vigueur ne soit détour- 
née de la croissance, et aussi de peur que l'arbre grevé 
d'une autre race ne se courbe sous le poids des fruits 
étrangers qu'il aura à porter. Ensuite, voici une autre 
manière. Couchez la tête du saule en terre et courbez- 
le en forme d'arc et après qu'en cet état il aura pris son 
pli, et sa nourriture et sa croissance, il faudra couper 
le pêcher, le transporter en terre avec le saule. Par ce 
moyen le pêcher marié avec le saule produira des fruits 
sans os ou noyaux. Il en sera de même du prunier, du 
jujube, du pain de pourceau et des autres sortes de 
pommes. 

Pour faire venir la courte sans semence. 

Comme on peut le voir dans les écrits de Quintillien, 
si nous prenons un surgeon de courle, de melon et de 
concombre, après qu'il aura pris croissance, et sera 
allongé et multiplié comme la vigne, et ayant creusé 
un trou en terre, l'y enterrez de sorte que rien n'en 
apparaît sinon la tête droite, et après que la plante 



LA MAGIE NATURELLE 77 

sera arrivée à croissance, de rechef faites la même 
chose pour la troisième fois. Vous répandrez ensuite 
de l'eau dessus et après que vous aurez reconnu que 
vos plantes ont jeté toutes leurs racines et que vous 
les verrez éparses sur la terre, vous prendrez ces je- 
tons courbés^et les fendrez par le milieu, et la dernière 
tige donnera des fruits sans semences intérieures, 
mais seulement des petits tendrons ou cartilages enve- 
loppés. De même façon aussi naîtront des fruits sans 
semence, si pendant trois jours ou plus vous laissez 
tremper les grains dans l'huile de sisame, avant que 
de les semer. 

Pour faire naître une noix iendreleite, et sans coquille. 

Voici ce qu'en dit l'Africain : rompez de toutes 
part l'écaillé d'une noix parfaite, de sorte que le noyau 
entier soit divisé en quatre parties, et tirez-en le bon 
avec la petite peau dont il est enveloppé et qui sur- 
vient entre la coquille et la chair de la noix, sans tou- 
tefois qu'elle soit aucunement endommagée ou blessée, 
et cela fait, vous l'enveloppez de laine, de papier ou de 
feuilles de vigne, afin que ce noyau ainsi dépouillé ne 
soit pas rongé par les vers, et par ce moyen vous aurez 
des fruits bien tendres. Ou bien, à l'endroit où vous 
aurez décidé de planter la noix, creusez une fosse et y 
mettez de la terre poudreuse, et y semez semence de 
férule, et après qu'elle aura germé, ouvrez-la et posez 
le noyau de la noix nue dans la moelle de celle-ci, et 
vous aurez de la sorte pendant longtemps des fruits 
suaves et agréables. 

Nous pourrons ainsi rendre la tarentina, que d'au- 
cuns appellent molusca, car on appelle seulement 



78 LA MAGIE NATURELLE 

tareutina celle qui a une coque molle et fraîche, qu'on 
rompt facilement à la main. Pour la rendre très déli- 
cate, arrosez la plante pendant un an d'eau de lessive 
et entourez ses racines de cendres : c'est Damageron 
qui l'enseigne ainsi. 

Puis, si vous percez l'arbre de part en part, vous ren- 
drez les noix molles et dures et aisées à réduire en 
poudre. Vous ferez de même de l'avellaine et de l'a- 
mande, si avant que ces arbres aient donné des fleurs, 
vous déchaussez les racines, et de temps à autre y ré- 
pandez de l'eau chaude ; ils produiront alors leurs fruits 
tendres, avec des noyaux nus, et leur coque sera fraî- 
che et friable, de sorte qu'ils seront couverts seule- 
ment d'une peau si fine et délicate qu'on pourra la 
manger avec le fruit qui y est enclos. On peut en faire 
autant de tous autres fruits qui sont enveloppés dans 
des écailles ou des coques. 

Pour faire que le myrte produise ses grains sans peliis 

noyaux. 

Vous fouillez la terre de deux palmes de profondeur 
en rondeur, et vous l'arrosez souvent d'une eau tiède, 
ce que Théophraste raconte avoir été fortuitement 
trouvé, parce qu'il arrivait parfois qu'un myrte dé- 
daigné était né près d'un bain et donnait des fruits 
sans rîoyau, ce qui amena beaucoup de gens à en pren- 
dre de la graine pour en semer à leur tour. C'est ainsi 
que cette espèce vint tout d'abord à Athènes. Le même 
auteur prétend que le même effet se produisait aussi 
avec le pommier, au printemps. Je ne veux pas non 
plus passer sous silence ce que dit l'Africain, qui pré- 
tend savoir faire en sorte (ju'un grenadier porte ses 



LA MAGIE NATURELLE 79 

pommes sans grains. Et cela adviendra réellement, si 
vous en ôtez une partie de la moelle apparente, comme 
nous l'avons dit à propos de la vigne, et que vous plan- 
tiez le bois fendu, et si après quelque temps vous cou- 
pez la partie supérieure de la plante, qui aura déjà 
bourgeonné, elle donnera alors le fruit désiré. 

Chapitre Quatrième 

Comment on pourra faire que les fruits soient plus doux, 
plus odoriférants et plus grands. 

Il y a certains arbres qui pour avoir eu leurs troncs 
fendus ou avoir reçu quelque mutilation ou blessure 
par suite d'un soudain coup d'air ou de chaleur, pé- 
rissent; ils deviennent langoureux, et sèchent pour 
ainsi dire soudainement. Il y en a d'autres aussi qui 
endurent qu'on fende leur tronc, et souffrent qu'on les 
perce avec une tarière, ce qui, de peu fertiles qu'ils 
étaient, les rend féconds, ce qui est le cas du grena- 
dier, de l'amandier et du pommier. Car ainsi blessés, 
ils porteront un fruit plus doux et plus suave, parce 
qu'ils ne prennent de nourriture que juste autant qu'il 
leur en faut et rejettent l'humeur superflue et nuisible, 
comme on peut le voir parfois chez les animaux, digé- 
rant par ce moyen plus facilement ce qui leur reste de 
suc et de vigueur. Ce qui fait que ces plantes donnent 
des fruits plus doux et plus beaux, c'est qu'elles vivent 
ensemble en plus petit nombre et gardent ainsi tout 
leur suc, sans avoir à le partager avec d'autres. 



80 LA MAGIE NATURELLE 



Pour faire que les amandes el les dirons deviennent 

doux. 

Encore que les amandes amères soient estimées les 
plus saines, toutefois on les dédaigne et, comme on dit 
communément, on les foule aux pieds. Cependant si 
vous voulez rendre douce l'amande qui est amère, 
voici de quelle manière vous devrez vous y prendre. 
Déchaussez la racine de la largeur de quatre doigts 
tout à l'entour, puis percez avec une tarière la partie 
la plus basse de l'arbre. Par ce moyen l'humeur fleg- 
matique qui abonde en lui s'écoulera continuellement, 
et l'arbre sera rendu plus doux et portera son fruit 
plus tôt et plus mûr. Nous aurons aussi des citrons 
bons à manger par ce moyen, s'il advient que son ai- 
greur démesurée vous empêche de les goûter. Voici ce 
qu'il faudra faire dans ce cas. Vous ferez un trou de 
tarière oblique dans la racine lorsque le citronnier 
laissera écouler son suc nuisible, et lorsqu'après quel- 
que temps, ses pommes seront formées, vous boucherez 
la plaie avec de la boue ou de l'argile. Ou vous coupe- 
rez le plus gros rameau de cet arbre et l'enterrerez à la 
hauteur d'une palme, après vous ferez couler du miel 
dessus, puis le couvrirez de paille, de claie, de tuiles 
ou autre chose semblable pour le préserver du soleil 
et de la pluie. Après que la plante aura bu tout le 
miel, vous en remettrez d'autre, et répandrez de l'u- 
rine sur la racine et lorsque vous verrez que l'arbre 
commence à porter des fruits, arrachez les pommes de 
la partie de l'arbre où vous n'aurez point répandu du 
miel et laissez les autres, et de la sorte vous aurez 
des citrons qui seront doux et agréables à manger. 



LA MAGlli NATURELLE 81 



Pour faire que les grenades soient douces. 

On peut, comme dit Paxamus, adoucir les grenades, 
car si elles sont aigres, vous pourrez les amander de la 
manière suivante. Vous ferez une fosse en rond autour 
de l'arbre, puis vous fumerez ses racines découvertes 
de fiente de pourceau et d'homme et les arroserez 
d'urine vieille; à l'époque où il commence à bourgeon- 
ner et à donner des fleurs, vous déchausserez ses raci- 
nes et les arroserez d'eau chaude, et par ce moyen 
avec une saveur aigrelette elles plairont à la bouche. 
Ainsi que le dit Anatolius, les pommiers rendent leurs 
fruits fort doux, si assidûment on arrose leurs racines 
d'urine, de fiente de chèvre et de lie de vin vieux, Dio- 
phane de son côté enseigne que vous rendrez le poirier 
doux et très fertile, si vous percez le tronc de cet arbre 
près de la terre et que vous y introduisiez un coin de 
chêne ou de hêtre. 

Pour rendre les fleurs des fruits plus suaves et plus odo- 
riférantes. 

Pour rendre les fleurs des melons, concombres, 
artichaux, citrons, poires, plus odoriférantes, appre- 
nez-le du Florentin qui enseigne qu'il faudra pendant 
trois jours tremper les semences de ces plantes dans du 
vin mielé, du lait de chèvre, ou de l'eau dans laquelle 
vous aurez fait fondre du sucre. Cela fait, vous les 
exposerez au soleil, car ainsi les fruits acquerront 
plus de suavité et de douceur. Mais si vous les désirez 
plus odoriférants, prenez les semences que vous vou- 
lez mettre en terre et mettez-les dans de l'huile de 



82 LA MAGIE NATURELLE 

nard, ou dans de l'eau de rose passée par l'alambic, 
dans laquelle auraient été dissous et fondus quelques 
grains de musc et de civette. Après les avoir laissé sé- 
cher quelque peu, vous les sèmerez. Il en naîtra des 
fruits plus odoriférants et doués précisément du par- 
fum des essences qui auront servi à mouiller les se- 
mences. Si vous voulez faire un vin ou un raisin fort 
odoriférant, Praxamus en a enseigné la recette. Pour 
le faire, nous prendrons un sarment que nous enfoui- 
rons avec toute drogue odoriférante, dont nous vou- 
lons que la grappe retienne le parfum, puis nous lais- 
serons la plante tremper pendant quelque temps dans 
l'eau pénétrée de cette drogue. Elle produira un raisin 
qui aura le parfum de cette drogue. Il en sera de même 
du malabathrum, appelé autrement Feuille d'Inde et 
de toutes autres fleurs odoriférantes. De même encore 
si dans chaque greffe ou jeton on introduit quelques 
grains de musc, la plante reproduira la même par- 
fum. C'est la raison aussi pour laquelle on voit des poi- 
res muscatelles. Si vous voulez rendre la rose aux cent 
feuilles, blanche et très odorante, entez en une greffe 
au rosier^muscat (ainsi appelé pour la merveilleuse 
odeur de musc qu'il répand) et en répétant plusieurs 
fois la greffe, elle vous réjouira autant par sa forme 
que par son odeur. Si vous voulez aussi rendre une 
laitue odoriférante, semez-en les graines avec de la se- 
mence de citron. Si nous enfouissons, comme dit Var- 
ron, des grains de laurier, là où nous avons planté de la 
graine d'artichaux, nous arriverons à donner à ceux-ci 
l'odeur du laurier. Nous vous avons présenté ci-dessus 
à suffisance des fruits suaves et odorants. Il nous reste 
maintenant à enseigner la manière d'augmenter le 
nombre des fruits. 



LA MAGIE NATURELLE 83 



Pour augmenter toute espèce de fruits. 

Si vous voulez avoir des grenades qui soient gros- 
ses, posez un pot de terre plein d'eau auprès de la ra- 
cine, puis mettez-y la fleur de la plante liée avec son 
rameau courbé et pour qu'elle ne bouge, liez étroite- 
ment. Puis mettez votre pot en terre et couvrez-le 
pour que l'air n'y entre. Lorsque le temps des fruits 
sera venu, vous serez étonné de leur merveilleuse 
grandeur; en effet ils seront plus gros que les plus 
grosses pommes ; toutefois elles seront couvertes d'une 
fort grosse écorce. Car le pot gardera l'humeur que le 
soleil et l'air lui déroberont et les vapeurs qui s'élève- 
ront grossiront les fruits et en accroîtront le nombre. 
Nous pouvons également grossir de la même façon les 
grains de grenade. Entez un grenadier près d'un cor- 
nouiller et percez avec une tarière le tronc du cornouil- 
ler et par le tronc jetez-y la plante de grenade. Au bout 
de trois mois environ, vous la séparerez des racines, 
et couperez le cornouiller à l'endroit où il aura com- 
mencé de se lier et de prendre nourriture, afin qu'il 
n'ôte sa vigueur à l'arbre étranger et ne la puisse atti- 
rer, ou afin qu'il ne serve plus qu'à la plante qui est 
entée avec lui. Il donnera ainsi des fruits dont les 
graines imiteront les fruits du cornouiller et seront 
doués d'une saveur insigne, de sorte qu'il sera impos- 
sible vraiment d'en voir de plus beaux. Si vous désirez 
encore avoir des citrons gros à merveille, coupez plu- 
sieurs de ses rameaux, et n'en laissez que quelques-uns, 
car plus petit en sera le nombre, et plus grosses seront 
les pommes qu'il produira. Si de même vous voulez 
faire qu'une courle soit grosse, ôtez lui sa graine cen- 



84 LA MAGIE NATURELLE 

traie et plantez-la le sommet renversé; si vous la vou- 
lez petite, prenez de celles qui seront au pourtour et si 
vous les voulez larges, prenez celles qui sont au fond. 
C'est ce qu'enseigne Columelle dans des vers fameux. 
Maintenant, pour rendre les concombres sans eau, 
vous opérerez de cette manière. Après que vous aurez 
fait le creux où vous voulez planter vos concombres, 
vous remplirez la moitié de sa profondeur de paille 
ou de sarment, puis le couvrirez de terre. Vous plan- 
terez alors la semence de vos concombres et les recou- 
vrirez de terre sans les arroser. De la même façon le 
persil, la roquette, le poireau et autres plantes sem- 
blables croîtront en hautes tiges et en feuilles très lar- 
ges (au dire de Sotion), si vous plantez les semences 
de ces plantes encloses dans des crottes de chèvre, 
ou si vous les enveloppez de trois doigts de papier, et 
que vous les posiez dans une fossettf-, en les recouvrant 
de terre fumée. 

Pour faire naître une laitue abondante en plusieurs 
semences. 

Elle naîtra telle si vous arrachez les feuilles qui se- 
ront près de la racine et que vous y semiez de l'herbe 
nommée dragée aux chevaux, ou de la roquette, ou du 
cresson ou autres plantes semblables, et que vous 
l'enfouissiez en la couvrant de fumier : il en naîtra une 
laitue couronnée de toutes ces semences ensemble. 
Vous obtiendrez le même effet, si vous prenez une 
crotte de chèvre ou de brebis et mettez au centre ou 
au milieu de cette crotte les graines de laitue, de basi- 
lic et autres semences semblables, puis frotterez cette 
crotte de très gras fumier et la poserez en une fosse 



LA MAGIE NATURELLE 86 

assez profonde, dans laquelle vous jetterez à suffisance 
de la fiente et l'arroserez souvent, peu à peu, pour la 
rendre féconde. Ainsi la laitue et toutes autres plantes 
semblables germeront, chaque semence gardant toute- 
fois sa saveur particulière. Didymus dit encore que si 
dans chaque crotte vous enfermez une graine et la 
plantez enveloppée dans un papier, elle aura le même 
effet. Et encore (suivant la doctrine de Florentinus) 
vous pourrez rendre les laitues cabusses ou pommes; 
vous y arriverez si, déchaussant sa racine, vous ren\'i- 
ronnez de dents de bœuf et l'arrosez, et lorsqu'elle pro- 
duira sa tige, vous la couperez; cela fait vous la met- 
trez en un pot de terre, pour qu'elle ne puisse s'élever 
en haut; de cette manière, vous l'aurez large et ses 
feuilles amassées en rond. Si encore vous désirez que la 
laitue soit d'une saveur plus délicate, Aristoxenus, 
philosophe de CjTène, homme voluptueux et friand 
de mets délicieux, vous en enseignera le secret. 

Car cet homme qui s'abandonnait démesurément 
aux friandises de la bouche, pour avoir des laitues 
telles que nous les avons dépeintes, les arrosait le soir 
de vin miellé et les saoulait littéralement de bon breu- 
vage. Aussi avait-il de par le monde la réputation bien 
étabUe d'un grand gourmet. 

Pour faire que les artichaux n'aient point d'épines. 

Rebouchez le sommet de la semence des artichaux 
que vous voulez planter, en le frottant au moyen 
d'une pierre. Ou bien vous coupez une laitue en pièces 
et en chacune de ces pièces, vous introduisez une se- 
mence d'artichaux; par ce moyen, ils croîtront sans 
épines. Le pêcher aussi produira des fruits fort gros, 



86 LA MAGIE NATURELLE 

si alors qu'il fleurit, vous jetez à son pied trois setiers 
pleins de lait de chèvre. 

Chapitre Cinquième 

Comment les fruits, en croissant, pourront prendre 
toutes figures et impressions. 

Le hasard est un grand maître qui nous montre bien 
des choses ; ainsi nous voyons souvent les citrons abon- 
der en images et impressions de rameaux ou divers 
autres dessins, que des hommes ingénieux alors com- 
plètent à grand labeur. 

Or, quoique la cause de ces choses merveilleuses soit 
inconnue à la plupart des hommes, il en est d'autres 
qui les considèrent avec admiration, de sorte qu'on 
estime que ces choses arrivent contrairement aux rè- 
gles, ordonnances et lois de la nature. Ainsi si vous 
accommodez des pots de terre à la croissance exacte 
des pommes, elles rempliront, en croissant, les effigies 
qui leur seront présentées et prendront telle forme que 
vous voudrez. Il adviendra encore un autre cas, à sa- 
voir, que si ayant broyé quelques couleurs, vous les 
posez dans des lieux convenables, ils produiront des 
fruits semblables et comme naturels. Voilà pourquoi 
on voit souvent l'effigie du chef d'un homme em- 
preinte de pommes de coing, montrant des dents blan- 
ches et découvrant un teint rouge dans les joues et un 
teint noir dans les yeux. Pour obtenir ce résultat, voici 
la manière à employer : si vous voulez représenter 
une tête d'homme, de cheval, ou d'une autre bête 
quelconque, il vous faudra faire telle forme qu'il vous 
plaira sur de l'argile, ou du plâtre mou, mais presque 



LA MAGIE NATURELLE 87 

sec. Ayant fait cela, avec un instrument aigu vous fen- 
drez votre forme afin d'en tirer votre moule, et si 
adroitement que les deux parties puissent commodé- 
ment se rejoindre. Toutefois si vous voulez votre 
forme de bois, faites la creuse au dedans, mais si elle 
est faite d'argile, faites la cuire au four d'un potier; 
puis quand vous verrez que le coing ou citron aura 
pris valeur ou la moitié de sa grandeur, vous le mettrez 
entre ces deux formes, que vous serrerez de forts 
liens d'osier, afin que, par la croissance de la pomme, 
ces pièces ne s'ouvrent, et vous pouvez être assurés 
que si le fruit arrive à sa juste grandeur, il vous pré- 
sentera les naïves figures qu'il vous aura plu lui don- 
ner. Et cela sera merveilleux réellement dans les 
courles et les poires (ainsi que le raconte Démocrite) de 
même que dans les citrons, les grenades et les pommes 
d'amour. Je trouve encore dans Quintillien que si 
ayant fendu une canne en long et arraché l'entre-deux 
des nœuds et que là dedans on enferme une courle 
longue ou un concombre nouvellement né, ce germe 
croissant remplira tout à fait la canne, s'étendant en 
forme longue. Mais si vous enterrez la tige de la courle 
nouvelle entre deux pierres rondes percées au milieu, 
elle croîtra ronde également. 

Pour imprimer des traits ou linéaments aux pommes. 

Pour arriver à ce résultat, vous prendrez du plâtre 
détrempé fort clairement, et en enduirez toute l'écorce 
du coing ou de la grenade; puis avec un poinçon vous 
écrirez les lettres ou autres marques qu'il vous plaira. 
Et soyez sûr que lorsque ces fruits seront parvenus à 
la grosseur qui leur appartient habituellement, et que 



88 LA MAGIE NATURELLE 

VOUS les cueillerez, les traces des linéaments du poin- 
çon enfoncé y demeureront. Mais si quelqu'un veut 
peindre ou graver l'effigie de quelque chose sur un fi- 
guier, qu'il écrive avec un poinçon ou un burin d'os 
ou de bois dans l'œil du figuier; lorsqu'il sera arrivé à 
sa croissance, il produira un fruit orné des mêmes ima- 
ges et figures que vous aurez gravées. Autrement, selon 
Démocrite, si vous écrivez ce qu'il vous plaira à l'œil 
du figuier que vous voudrez greffer, les figues sortiront 
écrites. 

Pour faire que les amandes naissent écrites. 

Laissez tremper la coque d'amande deux ou trois 
jours, ou plutôt un noyau de pêche, comme Démo- 
crite l'a enseigné, vous pourrez mieux le rompre, 
sans que le noyau soit blessé et écrivez dessus assez 
profondément ce que vous voulez. Après cela envelop- 
pez le de papier ou d'une petite pièce de drap et en- 
graissez-le de fiente, et il vous donnera des fruits 
écrits. Le même auteur affirme qu'il en sera de même 
avec toutes autres espèces de fruits. 

Comment nous pourrons former une mandragore, j'en- 
tends celle qui est feinte — et se vend souvent par 
les femmelettes, — imposteurs et bateleurs. 

Prenez une grande racine de couleur dite Bryonia 
avec la pointe aiguë d'un burin, formez-y la figure 
d'un homme ou d'une femme, lui ajoutant les parties 
génitales, et lorsque vous verrez qu'elle sera parfaite, 
percez avec une touche les parties naturelles, ou les en- 
droits qui sont sujets à porter des poils et dans ceux- 



LA MAGIE NATURELLE 89 

ci posez du millet ou quelque autre graine, de sorte 
qu'en jetant quelques petites racines, elle produise 
aussi des barbes qui ressemblent à des poils. Cela fait, 
vous enfouirez celte racine dans une fosse très étroite 
et la laisserez-là jusqu'à ce qu'elle se soit revêtue 
d'une écorce et ait jeté ses petites racines. 

Chapitre Sixième 

Comment les fleurs et les fruits réciproquement quit- 
teront leurs couleurs, pour en prendre de nou- 
velles. 

Parmi les fleurs innombrables qui couvrent la terre, 
celles que la nature a pourvues de diverses couleurs 
donnent tant de plaisir, que rien de plus agréable ne 
peut être offert aux yeux des hommes. La fleur qui 
resplendissait par exemple d'un éclat pourpre, haute 
en couleur, prend une nouvelle couleur et devient 
perse; celle qui naguère avait une apparence blanche, 
se revêt de couleur jaune ou de violet rougeâtre : le 
mélange des teintes diverses délecte ainsi merveil- 
leusement. Dans la contemplation de ces délices, l'es- 
prit humain est confondu à la vue de cette exubérance 
florale, et admire la grandeur de ces sublimes assem- 
blages, sans pour ainsi dire en comprendre l'excel- 
lence. Il y a beaucoup de moyens d'arriver à produire 
ce résultat, comme les greffes, les arrosages, les tailles 
et autres moyens, dont les anciens ont déjà beaucoup 
parlé et dont nous allons dire nous-mêmes ce que nous 
en savons, augmentant de la sorte les renseignements 
qu'ils nous ont donnés. 



90 LA MAGIE NATURELLE 



Pour faire que les roses el les jasmins prennent une 
couleur jaune. 

La fleur du genêt resplendit merveilleusement 
diaprée d'un teint jaune, comme on sait; si nous dési- 
rons que la rose et le jasmin l'imitent et lui dérobent 
sa couleur, voici comment il faudra s'y prendre. Nous 
plantons la rose tout près du genêt; toutefois nous la 
transportons avec sa terre — car les roses croissent 
plutôt dans le sein de leur mère que de leur marâtre. 
Après cela, nous perçons avec une tarière cette plante 
et retranchons de toutes parts les parties superflues 
de la rose ; puis nous l'entons. Ensuite nous la couvrons 
de terre grasse et la lions ; puis nous la séparons de la 
racine et au-dessus de la greffe, nous coupons le tronc; 
de cette façon la rose deviendra jaune. C'est par un 
moyen semblable que dans notre pays le jasmin re- 
luit d'une couleur si élégante et si resplendissante 
qu'il éblouit presque les yeux. Vous en ferez tout au- 
tant, si vous vous servez des mêmes moyens. 

Pour faire que la fleur de Vœillel ou giroflée, devienne 

perse. 

Cette fleur, pour l'odeur du girofle qu'elle répand, 
est appelée giroflée ; et quant à sa perfection et à son 
excellence, si cette fleur tant renommée et qui, soit 
pour son parfum, soit pour sa couleur ou sa beauté, 
n'est inférieure à la rose, a été connue des anciens, 
mais laissée par eux dans l'oubli, nous trouvons, nous, 
à propos d'en parler en cet endroit de notre œuvre, 
parce que d'aucuns pourraient trouver cette meta- 



LA MAGIE NATURELLE 91 

morphose de couleur difficile. Voici donc comment 
vous pourrez en venir à bout. 

Vour prendrez une plante d'endive ou de bluet, ou 
plutôt de l'endive erratique et fort ancienne , donc 
grosse, ayant plus d'un pouce de largeur. Vous la cou- 
perez près de la racine et la fendrez par le milieu, puis 
vous ficherez en terre la tige de la fleur arrachée de sa 
racine. Cela fait, vous la lierez au moyen d'une verge 
d'osier, et la couvrirez de terre que vous engraisserez 
de fiente grasse tout autour; de la sorte, cette plante 
vous donnera une fleur dont le teint bleu réjouira vos 
yeux. De même, si vous fichez cette fleur blanche 
dans une racine d'orchanette, vous aurez une fleur 
rouge. Si encore vous parfumez cette même fleur ou la 
rose avec du soufre, ou d'autres matières, l'œillet ou la 
rose changeront encore de couleur. 

Pour faire la rose verte^ jaune ou perse. 

Voici comment, pour arriver à ce résultat, nous au- 
rons à opérer. Nous fendrons en dehors la tige de la 
rose près de la racine, et nous ferons de même à tous 
ses rameaux, puis nous remplirons les fentes de telle 
couleur qu'il nous plaira. Si nous la désirons verte, 
de vert-de-gris ; si nous la voulons perse, de pierre 
d'Inde, et si nous la voulons jaune, de safran, bien 
entendu toutes ces substances réduites en poudre. 
Toutefois n'y mêlez point d'orpiment ou quelque autre 
drogue semblable, car son venin tuerait la plante. 
Ainsi donc, ayant opéré de la sorte, vous fumerez la 
plante, et la lierez, et par ce moyen elle teindra la 
fleur de la couleur qu'elle aura reçue. Nous pouvons 
encore arriver au même résultat par un autre moyen, 



92 LA MAGIE NATURELLE 

à savoir par des arrosages qui donneront à la rose di- 
verses couleurs. Pour cela, il faudra planter vos fleurs 
en des pots de terre, dans une terre criblée et très fé- 
conde, et deux fois le jour vous l'arroserez d'eau colo- 
rée : j'entends de la couleur dont vous voulez que la 
fleur soit teinte, et tous les soirs, vous mettrez votre 
pot en un lieu bien clos et à l'abri du froid. Lorsque 
vous verrez que le soleil devient passablement chaud, 
vous la remettrez au jour. Il faut colorer votre eau, 
non de matières nuisibles, cela va sans dire, mais de 
matières profitables : ainsi si vous voulez que la fleur 
soit de couleur perse, vous cueillerez des mûres de 
ronces qui naissent dans les haies. Vous saurez qu'elles 
sont mûres, si elles teignent vos mains en noir; faites 
les bien sécher à l'ombre et colorez-en votre eau. De 
même si vous désirez avoir une fleur jaune, il faudra 
prendre ces mêmes mûres, mais encore vertes et vous 
opérerez de même avec elles; la couleur de vos fleurs 
deviendra jaune. Puis encore, si vous arrosez les fleurs 
de quelqu'autre hqueur, l'effet produit sera le même : 
elles prendront la teinte que vous voudrez. 

Pour faire que les lys rougissent. 

Le Florentin nous a enseigné d'ouvrir les oignons 
et d'y jeter force vermillon, ou telle autre couleur 
qui s'en approche, de sorte que l'oignon soit suffi- 
samment coloré; mais ayez soin de ne pas blesser l'oi- 
gnon. Vous le couvrirez d'une terre grasse et bien fu- 
mée, et ainsi il vous donnera des lys rouges. Et encore 
(selon le dire d'Anatolius et des Anciens) nous for- 
merons ainsi des petits lys purpurins très fleuris. Au 
mois de juillet, alors qu'ils commencent presque à per- 



LA MAGIE NATURELLE 93 

drc leurs fleurs, prenez-en dix ou douze liges liées en- 
semble en faisceau, et pendues à la fumée : par ce 
moyen, ils jetteront de leurs tiges des petits nœuds 
nus, qui ressembleront à des oignons; puis, au mois de 
février, alors que le moment de les planter sera venu, 
vous tremperez ces tiges dans de la lie de vin ver- 
meille, et lorsqu'elles auront pris une teinte purpurine, 
vous les planterez dans des petits creux. Epandez alors 
largement de cette lie de vin sur ces plantes ; lors- 
qu'elles s'épanouiront, ces fleurs seront d'une belle 
couleur rouge. Maintenant que nous avons enseigné la 
manière de teindre les fleurs, nous allons parler des 
fruits. 

Pour faire que par la greffe, les pommes deviennent 

rouges. 

Or ceci adviendra si nous entons ou greffons un 
jeton de citronnier, ou de poirier sur un mûrier rouge : 
les pommes qui en naîtront seront rouges. De même 
il appert que les pêches deviennent sanguines si elles 
sont entées sur le mûrier rouge ; mais si vous les dési- 
rez encore plus vermeilles, Démocrite vous l'appren- 
dra : il plantait des roses auprès des plantes. Le même 
auteur décrit une autre manière d'arriver au même ré- 
sultat. Après que l'on aura enfoui et couvert un noyau 
de pêche, et qu'on le découvre au bout de sept jours, 
puis qu'on le saupoudre de vermillon, qu'on l'enterre 
de nouveau et vous aurez des pêches rouges. Si vous 
voulez les colorer autrement, mettez-y telle couleur 
qui vous semblera convenable. Il en sera de même de 
toutes autres plantes, quelles qu'elles soient. Et même 
si vous désirez rendre les mûres blanches, il faut ficher 



94 LA MAGIE NATURELLE 

une greffe de mûrier dans un peuplier blanc ou l'enter 
en forme d'écusson, et elle vous donnera des mûres 
blanches, comme l'affirme Beritius. Par ce moyen, 
nous faisons un raisin muscat noir ou vermeil, si nous 
greffons sa plante sur le cep d'un plan noir ou vermeil. 
Vous rendrez les poires noires, si vous les entez sur cet 
arbre, que pour son teint brun et obscur, nous appe- 
lons Pyrus. Et comme dit Beritius, ces mêmes fruits 
commenceront à rougir, si on les arrose continuelle- 
ment d'urine. Les grenades seront plus rouges si l'ar- 
bre est arrosé d'eau et de lessive chaque jour, au dire 
de Diophane. D'ailleurs, les grains des grenades de- 
viendront plus rouges, si vous mêlez un quart de plâtre 
avec de l'argile et de la craie et que vous la mettiez 
aux racines de l'arbre. Il est vrai qu'il faut le faire pen- 
dant trois années consécutives pour arriver à ce résul- 
tat. Nous pouvons encore produire autrement le 
même effet, mais de manière peu commode cependant. 
Si nous l'indiquons ici, c'est uniquement parce que 
Beritius en a parlé. On arrache les rameaux qui por- 
tent des fruits, près de la racine, et près d'eux, on pose 
quelques vaisseaux remplis d'eau. On fait darder sur 
cette eau les chauds rayons du soleil de midi ; la vapeur 
chaude qui enveloppera les pommes, leur donnera une 
couleur rouge. 

Chapitre Septième 
De divers fruits et de vins mélangés et médicinaux. 

Les Anciens se sont appliqués avec grand soin à 
trouver divers moyens par lesquels, avec diverses dro- 
gues, antidotes et remèdes, ils pourraient composer 



LA MAGIE NATURELLE 95 

un vin et raccommoder à des usages utiles à l'homme. 
Pour commencer, on dit qu'en Arcadie on fait un 
vin qui fait devenir les hommes insensés et les femmes 
stériles. Atheneus raconte qu'un vin semblable se fait 
sur le territoire de Tercense. Et dans le pays de Tarse, 
on fait un vin qui endort. On compose encore un autre 
vin artificiel qui rend les personnes plus éveillées. Il 
y a encore diverses autres compositions que vous trou- 
verez chez plusieurs écrivains qui ont traité plus spé- 
cialement la médecine et l'agriculture. Ces compositions 
ne sont pas difficiles à connaître, et elles seront sans 
peine préparées par ceux qui connaissent les vertus 
des simples. Finalement, elles opèrent les choses qui 
leur adviennent par la propriété du lieu et j'estime 
qu'elles sont très utiles à ceux qui craignent les médi- 
caments et ont horreur d'en boire. 

Pour faire la vigne laxalive. 

Il convient de prendre le sarment que vous vou- 
drez planter, comme raconte le Florentin aux livres 
premier et second de ses Géorgiques, et de le fendre 
trois ou quatre doigts dans la partie de dessous ; et 
après en avoir ôté la moelle, nous remplacerons celle-ci 
par du triade, après nous l'envelopperons de papier 
et lierons étroitement d'une vergette d'osier et nous 
l'enfouirons en terre. Et par ce moyen il donnera des 
raisins qui, en les mangeant, amolliront et évacueront 
le ventre. Encore si vous voulez qu'ils l'évacuent avec 
une plus grande énergie, posez ce sarment rempli de 
cet antidote dans un oignon, et le plantez en terre, 
toujours et continuellement y épandant ce même mé- 
dicament tant qu'il en soit suffisamment abreuvé. 



96 LA MAGIE NATURELLE 

Mais si vous voulez que les breuvages ou vins médici- 
naux naissent d'eux-mêmes, ainsi que l'enseigne Pal- 
ladius, prenez les sarments de la vigne que vous vou- 
lez planter, puis posez-les dans un vaisseau plein du 
breuvage dont vous voulez qu'il soit imprégné, com- 
me du vin d'absinthe, du vin rosa, ou de violettes, 
puis plantez-les en terre, et arrosez-les de ces compo- 
sitions en forme de lessive, jusqu'à ce que les yeux des 
sarments sortent et germent en nouvelles feuilles ; 
alors vous pourrez mettre ces sarments en tous lieux 
qu'il vous plaira comme on plante les autres vignes, et 
ils vous donneront les fruits que nous vous avons dé- 
crits. 

Si vous voulez faire du vin qui fasse avorter les 
femmes et tue leur fruit, vous le ferez ainsi. Vous ente- 
rez de la scammonée ou de l'ellébore noir au cep de la 
vigne en perçant celui-ci avec une tarière et il vous 
rendra tels rameaux de vigne que vous désirerez. Au- 
trement, semez à l'entour de la vigne de la semence 
de concombre sauvage, car elle en tirera la force et la 
vigueur. Et encore si nous trempons l'ellébore dans 
du vin, il produira le même effet, et acquerra les vertus 
de divers mélanges. 

Pour avoir des figues, dont l'absorption lâchera le ventre, 
et qui produiront un autre effet que leur effet na- 
turel. 

Si vous jetez de l'ellébore pilé avec de l'herbe à lait 
aux racines des figuiers, ou les plantez avec la semence 
de ces herbes, vous obtiendrez ce résultat. Encore ne 
faut-il pas oublier que ces plantes ainsi entremê- 
lées languissent, si elles sont souvent replantées ou 



LA MAGIE NATURELLE 97 

entées, et la vertu surnaturelle de ces plantes dispa- 
raît et s'éteint alors ; mais vous remédierez à cet incon- 
vénient en y mettant de rechef du même antidote. Les 
courles aussi et les concombres vous videront mer- 
veilleusement le ventre, si deux ou trois jours avant 
que vous les semiez, vous les laissez tremper dans le 
jus des susdites plantes. Du reste les concombres, 
dans leur état naturel, produiront déjà ce résultat. 

Pour avoir des prunes purgatives et endormantes. 

Il faut percer avec une tarière un rameau de pru- 
nier, ou toute la plante, et remplir le pertuis de 
scammonée ou d'opium ; puis laissez-là bien enveloppée 
de papier ou d'écorce et après que les fruits seront 
mûrs, ils feront dormir et seront en même temps d'ac- 
tifs purgatifs. Encore si vous désirez que cela se fasse 
plus tôt, prenez des figues que les Grecs appellent 
Ischiadae et des raisins secs et faites-les tremper pen- 
dant une journée entière dans du vin ou de l'eau, dans 
laquelle vous aurez dissous la scammonée ou l'opium, 
jusqu'à ce qu'elles viennent à s'enfler, et si vous jugez 
qu'elles sont encore trop amères, raèlez-y une subs- 
tance douce ; après que vous aurez séché ces fruits au 
soleil, usez-en. Mais c'est assez parlé des vins artificiels 
ou mélangés. 

Chapitre Huitième 

De la manière de conserver les fleurs et les fruits. 

La force et l'inconstance de la chaleur de l'astre 
céleste est si grande, que toutes choses que le monde 
sublunaire environne et embrasse tendent à leur fin, et 



98 LA MAGIE NATURELLE 

ne cessent point leur mouvement. Toutefois les esprits 
ne s'éblouissent point tellement et les sens ne s'en- 
gourdissent point si démesurément, que plusieurs de 
ceux-ci ne restent suaves et non nuisibles. Bien que 
nous les ayons diaprés d'une forme agréable de fruit 
d'une saveur suave, et d'une couleur alléchante, afin 
que leur beauté ne se ternisse trop tôt et que les intem- 
péries du ciel ne les flétrissent, vous devrez, pour les 
rendre constants et durables, les garantir contre la vé- 
hémence du froid et les ardeurs de la chaleur. De tout 
votre pouvoir, il faudra les garantir contre les injures 
de l'air ambiant, qui environne et pénètre toute chose. 
A ceci la situation des lieux vient beaucoup en aide. 
Pour cela, vous aurez des fenêtres ouvertes dressées 
contre le septentrion et vous aurez soin de fermer 
celles qui sont exposées au vent du Midi. Car ce der- 
nier vent les riderait complètement. Cependant vous 
ne laisserez pas les fenêtres sans de petites ouvertures, 
afin que les pommes, si elles avaient une tache de 
pourriture, ne se pourrissent complètement. Mainte- 
nant, nous traiterons de la manière de conserver les 
fleurs et les fruits, d'abord d'après la doctrine d'Ana- 
tolius. 

Comment les roses et les lys pourront conserver leur 
vigueur. 

Vous cueillez les roses et d'autres fleurs, alors 
qu'elles sont épanouies ; puis plongez-les dans la poix 
liquide, infuse dans une canne fendue et lorsqu'elles 
seront bien poissées, vous les poserez à l'air, dans un 
lieu couvert, afin que la pluie ne les endommage. Ou 
autrement fendez une canne verte et posez-y la rose 



LA MAGIE NATURELLE 99 

OU une autre fleur et ayez bien soin que la fente se 
puisse joindre, et de cette façon, vous aurez ce que 
vous désirez. Pour faire que les lys demeurent tels que 
vous les aurez posés, faites ce qui suit. Cueillez-les 
alors qu'ils sont encore fermés, c'est à dire en boutons, 
et introduisez-les dans les petites bouteilles couvertes 
et bouchez-les fortement pour que l'air n'y pénètre 
pas, vous les garderez ainsi toute l'année en pleine vi- 
gueur. Ou encore vous pouvez faire ainsi : faites un 
vaisseau ou récipient de chêne, remplissez-le de roses 
et d'autres fleurs qui ne sont pas encore ouvertes, 
couvrez le récipient très hermétiquement pour que 
l'eau n'y entre, puis plongez-le dans l'eau d'un puits 
ou d'une citerne, ou dans une eau courante, afin 
qu'elles pourrissent moins vite; là elles resteront long- 
temps vertes et closes, et lorsque vous voudrez qu'elles 
s'épanouissent toutes, fichez la queue de chaque fleur 
dans une pomme ou plongez-les dans du vinaigre et 
exposez-les au soleil. 

Pour faire que les pommes demeurent longtemps en 

vigueur. 

Cueillez des pommes, des poires et des coings, mais 
pas les douces qui mûrissent avant terme, puis des 
figues, des truffes, des jujubes primerouges avec leurs 
feuilles et rameaux et que tous les fruits soient encore 
verts, toutefois pas trop crûs et hors de saison. De 
ces fruits vous séparerez ce qui se trouvera gâté; 
vous aurez soin qu'ils soient entiers et que vous ne les 
blessiez avec vos mains. Ayez soin aussi que les tenons 
soient brûlés tout à Tentour avec de la poix chaude, 
en les touchant très peu, sans quoi ils montreraient 



100 LA MAGIE NATURELLE 

plus facilement le commencement de leur putréfac- 
tion. Après cela, vous les envelopperez de chanvre ou 
d'étouppe, et les enduirez de cire fondue et bouillante; 
ainsi préparés, vous les mettrez dans du miel, de sorte 
que tous y seront plongés, et après que vous les aurez 
séparés, ne les mêlez plus ensemble, afin qu'ils ne se 
touchent, car l'un corromprait l'autre. Après mettez le 
couvercle sur votre pot et bouchez-le d'une peau, et 
toute l'année vous aurez des pommes vertes, et l'on 
peut ainsi garder toutes sortes de pommes dans du 
miel, surtout celles qu'on veut garder pour l'arrière- 
saison. 

Africanus enseigne de garder des figues vertes de 
cette manière. Otez les courles vertes, les parties ou 
pellicules qui ressemblent à des emplâtres ou drape- 
lets et les sèmerez comme des graines ou des petites 
bourses. Et puis dans chacune de ces bourlettes, vous 
poserez une figue avec sa queue, car elles seront d'au- 
tant plus durables si on les y met entières. Cela fait, 
bouchez-les et pendez-les en un Heu ombragé, afin que 
le feu ou la fumée ne les flétrisse. Autrement encore vous 
aurez des pommes cueillies en pleine maturité et qui 
se garderont très bien, selon l'opinion de Sotion, si 
vous les frottez de plâtre détrempé, ou les encroûtez 
de terre de potier; car après que ce couvert se sera 
durci, vous les garderez longtemps fraîches et saines. 
Vous pourrez, quand bon vous semblera, les arroser 
d'eau douce. Vous les empêcherez aussi de se flétrir, si 
vous mettez chacune d'elles dans des pots de terre, au 
col desquels vous laisserez une ouverture, sur laquelle 
vous mettrez une motte ou gazon de terre, pour en 
chasser la pluie, ou de peur que les pots ne se brisent, 
vous les entourerez de branchages menus. Vous pou- 



LA MAGIE NATURELLE 101 

vez encore faire autrement. Environnez les pommes de 
verre broyé, ce qui vous permettra de les conserver 
longtemps. On les garde aussi en des tonneaux pois- 
sés, et plongés dans du moût. De même manière vous 
garderez des verges de myrte avec leurs grains et des 
rameaux de figuier plongés dans la lie d'huile. 

Pour faire que les pommes demeurent longtemps sur 

Varbre. 

Il faut commander que l'on torde les rameaux du 
pommier, afin que l'humeur s'en écoule, et les pom- 
mes seront conservées saines malgré la chaleur esti- 
vale. Les grenades principalement sont conservées de 
cette manière, afin qu'elles ne meurent par suite de 
leur entrebâillement trop grand. 

Pour garder les sorbes et les poires. 

Après que vous aurez cueilli ces fruits encore durs, 
et nullement prêts à tomber, vous les poserez dans des 
pots de terre, que vous boucherez bien, puis vous les 
ferez poisser et couvrir de plâtre. Après vous ferez 
une fosse de deux pieds et y enfouirez votre pot et le 
couvrirez de terre. Vous foulerez cette terre avec les 
pieds. Ayez soin que cela se fasse en un lieu incliné, 
où coule une eau perpétuelle. 

Pour garder des raisins et des grenades. 

Ayez des raisins dont l'écorce soit dure et non en- 
dommagée, toutefois ayez soin qu'ils ne soient pas 
trop verts ni trop coulants. S'il s'y trouve des grains 



102 LA MAGIE NATURELLE 

pourris, il faut les enlever. Vous prendrez donc vos 
raisins comme je viens de le dire et les plongerez, pour 
un peu de temps, dans de l'eau bouillante. Après les 
avoir retirés de là, pendez-les dans l'ombre. Il convient 
de rappeler ce que dit Columelle, enseignant comme 
toute grappe pourra se garder, à savoir si elle est prise 
sur la vigne après quatre heures, c'est-à-dire après 
qu'elle aura été baignée dans les rayons du soleil et 
qu'elle n'aura plus de rosée. 

Pour faire que la grappe de raisin se garde longtemps 
sur la vigne, selon V enseignement de Beritius. 

Il faut creuser une fosse près des racines de la vigne, 
en un lieu ombragé et incliné, afin que la pluie s'é- 
coule plus facilement, à la hauteur d'un homme de- 
bout, et après vous répandrez au fond de cette fosse 
du sable, afin qu'elle se conserve mieux par sa séche- 
resse, puis au-dessous vous ficherez des roseaux, ou 
d'autres bâtons ou appuis semblables, et dénouant 
les sarments sans blesser les grappes, tordez les conti- 
nuellement, couvrez-les comme d'un plancher ou toit, 
afin que la pluie n'y puisse pénétrer et qu'elle soit 
conservée close toute une année, jusqu'au printemps. 

Comment nous pourrons tuer les arbres, si nous le 
voulons. 

Dépouillons-les de leur écorce, l'arrachant en rond, 
car tout arbre privé de son écorce, meurt, l'un un peu 
plus tôt, l'autre un peu plus tard. Encore faut-il bien 
considérer en quelle saison on pourra le faire. Car si cela 
se fait au mois de février ou au mois de mars, l'arbre 



LA MAGIE NATURELLE 103 

mourra aussitôt, mais en hiver les arbres tardent plus 
longtemps à mourir. Mais il convient d'enlever l'é- 
corce avec du liège, afin qu'elle ne soit pas endom- 
magée. L'aiguillon de la pastenaque marine fiché en 
la tige au tronc de toute plante ou de tout arbre les 
fait mourir. Un drapeau souillé des fleurs d'une femme, 
posé à la racine d'un arbre, principalement du noyer, 
fait mourir celui-ci, ainsi que le dit Démocrite. 

Parlons maintenant des propriétés du bouillon. 
Le matin, lorsqu'il s'épanouit et ouvre ses fleurs, si on 
ébranle légèrement sa plante, les fleurs sèchent petit 
à petit et tombent à terre. Celui qui contemplera ce 
spectacle croira que cela se fait par des charmes ma- 
giques; de même si quelqu'un fait tomber ou abat des 
fleurs, la plante semblera murmurer quelques paroles. 
De tous les arbres dont nous avons déjà parlé, nous 
en avons connu un qui était appelé souvent l'arbre 
des délices du jardin, car il était doué d'une grosseur 
agréable, planté dans un vaisseau convenable, en 
une terre grasse et bien arrosée et féconde. Cet arbre 
s'étendait en trois rameaux portant en l'un d'eux une 
grappe sans pépins, portant des raisins de diverses 
couleurs et d'autres, médicinaux, dont les uns provo- 
quaient le sommeil, et les autres relâchaient les intes- 
tins. Le second rameau portait des pêches entremê- 
lées à divers intervalles de pêches-noix sans noyau, 
portant en un petit rameau encore une pêche et tantôt 
une pêche-noix. Et s'il arrivait qu'il donnât quelques 
fruits qui eussent des noyaux, ils se trouvaient être 
doux comme des amandes et représentaient aussi une 
figure d'homme, ou la face de quelque animal. Le 
troisième produisait des cerises sans noyau, aigres, et 
d'ailleurs donnait des oranges douces et l'écorce était 



104 LA MAGIE NATURELLE 

toute parsemée de fleurs, et entr'autres de roses. 
Encore est-il à noter que ce fourchon ou rameau pro- 
duisait ses fruits plus doux et plus odoriférants que 
les communs, qui fleurissent au printemps et produi- 
sent leurs fruits avant la saison. 

A cela s'ajoutait cette autre qualité, que le fruit de- 
meurait longtemps sur l'arbre et pendant toute l'an- 
née, donnait un globe de perpétuelle fécondité, car 
les pommiers naissaient et se succédaient et les fruits se 
renouvelaient de sorte que les bras se penchaient cour- 
bés sous de grands fardeaux et finalement le ciel l'a- 
vait favorisé tellement que je n'ai pas souvenance 
d'en avoir jamais vu de semblable ni d'aussi beau. 

Nous avons maintenant suffisamment parlé de ces 
choses, que nous avons recueillies dans les écrits des 
anciens, et nous avons même augmenté de plusieurs 
enseignements ingénieux et utiles celles qui étaient 
déjà connues. 

Chapitre Neuvième 
La manière de préparer divers artifices de feu. 

Vitruve, auteur célèbre entre les plus fameux, ra- 
conte que divers arbres fortement agités par les vents, 
frottant rageusement leurs rameaux les uns contre les 
autres, jusques à en froisser leurs parties, y ont attiré 
la chaleur et suscité du feu : d'où il est sorti une grande 
flamme. Les hommes encore sauvages, épouvantés à 
la vue de ces flammes, se sont mis en fuite, mais enfin 
devenant plus civilisés, et considérant que les corps 
humains pourraient recevoir grande commodité de 
cela, conservèrent le feu. Et encore la nécessité, mère 



LA MAGIE NATURELLE 105 

d'invention, a suscité divers moyens de susciter du 
feu, vu^que l'on ne peut pas toujours tirer du feu du 
fer ou de la pierre, et elle a enseigné quels sont les bois 
qui pouvaient être employés à cet usage. Nous allons 
maintenant traiter des différentes manières d'arriver à 
produire le feu. 

Des bois qui frottés Vun contre Vautre, produisent le feu. 

Il y a des bois qui sont merveilleusement chauds, 
comme par exemple le laurier, le neptun, l'yeuse et le 
tilleul. Menestor y ajoute le mûrier. De chacun de ces 
bois on façonne une tarière, afin qu'il résiste mieux; 
on fait le réceptacle où s'engendre le feu d'un bois plus 
mou, comme le lierre, la céruse, la vigne sauvage et 
d'autres bois semblables desséchés et ne contenant 
plus d'eau du tout. En somme, les bois moins conve- 
nables à l'usage du feu et que généralement on rejette, 
sont ceux qui croissent dans des endroits ombragés et 
couverts. Il me semble que vous réussirez mieux en- 
core à produire ce résultat en frottant deux rameaux 
de laurier l'un contre l'autre, ou un rameau de laurier 
contre un rameau de Herre dénué de son écorce. Si 
vous mettez soudain une corde sur le bois, aussitôt 
que vous verrez qu'il commence à fumer, vous y ajoute- 
rez un peu de soufre réduit en poudre. De cette manière 
vous donnerez au bois l'aliment qui l'embrasera; vous 
pouvez également obtenir le même résultat à l'aide 
d'un champignon sec ou avec des fragments de la 
mousse que vous trouverez à la racine des arbres, du 
pas d'âne ou taconne; cette dernière plante cependant 
demande à être bien séchée. Quant aux bois qui ne 
sont point propres à engendrer le feu, l'olivier est re- 



106 LA MAGIE NATURELLE 

jeté par les auteurs, parce qu'il est rempli d'une matiè- 
re grasse qui empêche l'ignition. Mais l'esprit humain 
ne s'arrête point aux choses qu'il a trouvées, il ne 
s'en contente point, mais travaille toujours à trouver 
de nouveaux moyens par de nouvelles voies. 

La pierre qui, à l'aide de quelque chose d'humide, excite 
et engendre le feu. 

Si vous voulez produire ce résultat, voici ce que 
vous aurez à faire. Vous prendrez une pierre d'aimant, 
et la mettrez dans un pot de terre ou un autre vais- 
seau semblable, et vous la couvrirez de chaux vive; 
mieux encore, vous y mettrez autant de colophane 
que de chaux. Après que vous aurez rempli le vaisseau, 
enduisez le soupirail de craie ou terre à potier, puis 
mettez-le dans la fournaise et laissez-le jusqu'à ce que 
le tout soit bien cuit. Puis retirez-la, mettez-la dans 
un pot et, de rechef, remettez dans la fournaise, recui- 
sant plusieurs fois jusqu'à ce qu'elle devienne mer- 
veilleusement blanche et soit cuite à point, et vous 
verrez qu'en y jetant de l'eau ou de la salive, elle pro- 
duira une flamme. Lorsqu'elle sera éteinte, vous dépo- 
serez cette pierre en un lieu chaud pour vous en servir 
à l'occasion. 

Une aulre manière d'arriver au même résultat. 

Prenez un poids égal de soufre vif, de salpêtre et de 
camphre, ajoutez-y de la chaux fraîche, puis broyez le 
tout dans un mortier en une poussière pour ainsi dire 
impalpable. Après vous envelopperez le tout dans un 
linge, le lierez très étroitement, puis le poserez dans 



LA MAGIE NATURELLE 107 

un vaisseau de lerre que vous boucherez, l'enduisant, 
par dessus, d'argile. Cela fait, vous exposerez le vais- 
seau à un soleil ardent et le laisserez sécher; après quoi 
vous le mettrez dans une fournaise de potier; lorsque 
tout sera bien cuit,vous trouverez que tous ces mélanges 
seront assemblés et réduits en forme d'une pierre dure. 

Le même résuliai peiil encore s'obtenir d'une autre 
manière. 

Prenez de la chaux, de la pierre d'aimant préparée, 
comme nous l'avons indiqué ci-dessus, et ajoutez-y 
quatre fois autant de salpêtre, un poids égal de cam- 
phre et de soufre vif qui n'aura pas encore vu le feu, 
d'huile de résine, de térébenthine et de lie de vin, que 
nous appellerons désormais cendres gravelées. Broyez- 
le tout dans un mortier jusqu'à ce que le tout soit bien 
moulu. Ensuite ayez une eau ardente, faite de vm 
âpre et rude et répandez-la dessus, de sorte qu'elle 

regorge. 

Posez le tronc dans un vaisseau de terre et couvrez-le 
bien, afin qu'aucune vapeur n'en sorte et enfouissez-le 
dans du fumier, où vous le laisserez pendant deux ou 
trois mois, le renouvelant de dix en dix jours, jusqu'à 
ce qu'il acquière l'épaisseur du miel et ne montre plus 
de solution de continuité. 

Faites-la ensuite bouiUir sur des charbons ardents 
tant que toute l'humidité en soit sortie et que l'on ait 
une pierre. Aussitôt que vous en serez arrivé là, rom- 
pez le pot ou vaisseau, broyez la composition que vous 
n'aurez pu en tirer, en y versant doucement de l'eau 
ou quelque autre liquide, et il en sortira une grande 
flamme. 



108 la magie naturelle 

Chapitre Dixième 
Diverses compositions du feu 

La composition artificielle du feu est chose fort 
agréable à connaître et nos lecteurs ne trouveront pas 
mauvais que nous racontions maintenant les divers 
procédés dont on se sert pour obtenir ce résultat. 

Le mélange du jeu qui brûlera sous Veau. 

Il sera plus amplement montré plus bas comment 
cela peut se faire, car la composition des choses est 
diverse, mais nous donnons d'abord celles qui sont fa- 
ciles à faire et qui opèrent le plus vite. Premièrement, 
prenez de la poudre à canon, car dans ce produit entre 
toute la mixture des choses qui conviennent comme 
base : vous y ajouterez un tiers de colophane et un 
quart d'huile d'olive commune, et la sixième partie de 
soufre. Vous mêlerez tout cela bien exactement. Mais 
si votre matière brûle plus fort et avec plus de véhé- 
mence que vous ne voudriez, ajoutez-y du colophane 
et du soufre. Si elle est plus lente qu'il ne convient, 
ajoutez-y un peu de poudre à canon. 

Vous enveloppez ce mélange de linges, ou vous en 
faites même des sachets, puis vous les plongez dans 
de la poix bouillante et ayez soin de la faire bien sé- 
cher. Après que cette masse aura été séchée au soleil, 
on fait un creux ou pertuis, dans lequel on met le feu, 
et lorsqu'elle commence à prendre, on attend jusqu'à 
ce qu'elle soit entièrement embrasée. On la jette alors 
dans l'eau et elle y brûlera si fortement que rien ne 



LA MAGIE NATURELLE 109 

parviendra à l'éteindre, même si elle est précipitée au 
fond du liquide. 

Il sera bon encore d'y ajouter de la naphte, espèce de 
bitume qu'on appelle Petroleum, car c'est un feu fort 
vif, de sorte que l'embrasement sera d'autant plus 
grand, Il y a encore un autre moyen de faire la même 
opération. Prenez de la résine de térébenthine, de la 
poix liquide, du vernis, de la poix d'Inde, de l'encens 
et du camphre, le tout en parties égales ; du soufre vif, 
un demi tiers, du salpêtre purifié le double, et trois 
fois autant d'eau ardente et autant d'huile de naphte 
et à tout cela, ajoutez de la poussière de charbon de 
saule. Empâtez tout cela et faites en des boulets ou des 
pelotes ou remplissez-en des petits pots : cela brûlera 
tellement que c'est en vain que vous essayeriez de l'é- 
teindre. 

Un composé igné que le soleil peut allumer. 

Cela pourra se faire surtout si le soleil est fort chaud, 
sur le coup de midi, et principalement dans des régions 
chaudes et à l'époque de la canicule. Vous préparerez 
la chose de la manière suivante. Prenez du camphre, 
ajoutez-y du soufre vif, de la résine de térébenthine, 
de l'huile de genièvre, et des jaunes d'œufs, de la poix 
liquide, du colophane réduit en poudre et du salpêtre; 
puis de l'eau ardente, de l'arsenic et un peu de cendres 
gravelées. Pilez tout cela, mêlez-le et broyez-le, met- 
tez-le en un vaisseau de verre, que vous laisserez en- 
foui pendant deux mois dans du fumier que vous re- 
nouvellerez souvent. Gela fait, tirez l'eau de ce vais- 
seau comme nous l'indiquons ci-après. Que cette eau 
soit clarifiée par de la poudre commune ou mieux par 



110 LA MAGIE NATURELLE 

de la fiente de pigeon passée bien menue par le crible, 
en sorte qu'elle ait la forme de boue ou de raclure, puis 
frottez en des bâtons de bois ou autres choses combus- 
tibles et usez-en dans les jours d'été, en les exposant 
au soleil. Toutes ces choses sont attribuées à Marchus 
Gracchus. Or, en ce qui regarde la fiente de pigeon, 
nous trouvons qu'elle a une grande force pour la com- 
bustion. Galien raconte qu'en Mysie, qui est une par- 
tie de l'Asie, une maison brûla par le moyen suivant. 
Il y avait de la fiente de pigeon répandue près d'une 
fenêtre, voire si près qu'elle touchait même le bois, 
qui venait d'être frotté de poix de résine. Or comme 
cette fiente pourrissait déjà et répandait des vapeurs, 
il advint qu'à la fin de l'été, le soleil ardent frappa si 
fortement dessus qu'il embrasa la poix de résine et par 
suite la fenêtre, de sorte que les autres portes, enduites 
également de poix de résine, commencèrent à s'en- 
flammer et mirent le feu à la maison jusqu'au toit. 

Pour faire du feu que Vhuile éteindra el que Veau 
allumera. 

Pour ceci il faut considérer les choses qui brûlent 
facilement dans l'eau ou s'enflamment d'elles-mêmes, 
comme le camphre et la chaux vive. Si vous faites une 
composition de cire, de naphte et de soufre, et vous y 
jetez de l'huile ou de la fange, elle s'éteindra ; toutefois 
elle revivra et son feu sera plus vif, si vous y mettez de 
l'eau. Par le même procédé et la même composition, on 
fait des flambeaux qui ne s'éteindront pas, même en 
traversant un fleuve, ou en les exposant à la pluie. Tite- 
live raconte que dans les jeux des Romains, quelques 
vieilles ayant allumé des torches composées de cette 



LA MAGIE NATURELLE 111 

façon, passèrent le Tibre, afin de montrer aux spec- 
tateurs un spectacle miraculeux. 

Pour faire des torches que le venl ne peul éteindre. 

C'est ce qui arrive avec le soufre, car il s'éteint dif- 
ficilement, dès lors qu'il a été embrasé; c'est pourquoi 
les flambeaux composés de cire et de soufre pourront 
se porter sans s'éteindre contre tous vents et toute 
tempête. Pour conduire des armes, on emploie le 
moyen suivant. On fait bouillir la mèche en salpêtre 
dans l'eau, puis séchée au soleil, on la trempe dans du 
soufre et de l'eau ardente; ensuite on fait des chan- 
delles avec cette mixture. Elle est composée de soufre, 
de camphre et de la moitié de résine de térébenthine, à 
quoi il faut ajouter le double de colophane et la troi- 
sième partie de cire. Vous en ferez quatre chandelles, 
et les assemblerez, mais au milieu vous jetterez force 
soufre vif, et par ce moyen cette composition résistera 
mieux que toutes les autres. Si vous environnez une 
chandelle de neige ou de glace, on verra la flamme brû- 
ler dans la neige. 

Pour faire que Veau ardente s'altume facitement. 

Ayez du vin puissant et vermeil, mettez-y de la 
chaux vive, des cendres gravelées et du soufre vif, et 
par les alambics de verre des alchimistes, tirez en 
l'eau comme nous vous l'enseignerons, car elle brûlera 
merveilleusement, et ne cessera de brûler qu'elle ne 
soit toute consumée, ou du moins il en restera bien 
peu. Si vous la mettez dans un plat ou autre vaisseau 
ayant un large orifice et y mettez le feu, soudain le feu 



112 LA MAGIE NATURELLE 

prendra, et si vous la jetez contre une muraille, de 
nuit, de votre fenêtre dans la rue, vous verrez que l'air 
s'enflammera d'étincelles et de petits feux. Cette eau 
brûle aussi quand on la tient à la main, mais pas beau- 
coup cependant. Si vous la distillez plusieurs fois, elle 
brûlera moins car l'eau ardente et le vinaigre ne s'ac- 
cordent point. 

Pour darder de loin une flamme. 

Cela se fera très aisément par le colophane, l'encens 
et principalement l'ambre, car s'il reçoit un coup, la 
flamme s'élève bien haut, si vous tenez en la main une 
chandelle composée de ces matières, mais si vous tenez 
en la main une chandelle composée de ces matières, et 
dans la paume de la main de la poudre de ces choses, 
et la chandelle entre deux doigts, et la jetez en haut, 
elle s'envolera par la flamme de la chandelle. 

Pour garder qu'une chose ne soit de feu. 

Prenez les choses qui sont extrêmement froides et 
qui par la composition de leur substance, ne peuvent 
être vaincues par le feu, comme est la pierre dite Amian- 
tus, que l'on appelle alun de plume, la chaux éteinte, 
le blanc d'un œuf, le suc de guimauve, la jusquiame et 
l'herbe à puces. Que toutes ces choses soient mêlées 
avec du jus, jusqu'à ce qu'elles aient pris la consis- 
tance d'un liniment. Après cela, frottez-vous en les 
mains et vous porterez le feu sans être endommagé. 
Toutefois ne soyez pas trop sûr de pouvoir sans crainte 
manier ce feu. On teint et façonne des nappes d'alun 
de plume, lesquelles, quand elles sont sales, on jette 



LA MAGIE NATURELLE 113 

au feu et qui en sortent rétablies en leur blancheur 
première. 

Pour être vu tout en feu et brûlant. 

Après que vous vous serez imprégné de cette mix- 
ture, ayez soin de vous faire sécher, puis saupoudrez- 
vous de soufre, et mettez-y le feu. Lorsqu'il commen- 
cera de brûler, vous semblerez être tout entier en feu. 
Mais si le soufre est moins commode, arrosez-vous 
d'eau ardente, je veux dire de celle que nous avons 
décrite ci-dessus, puis mettez-y le feu et vous pourrez, 
au moins pour quelque temps, demeurer en sûreté 
sous ce feu. 

Pour faire de la poudre à canon, opérant chose 
merveilleuse dans les canons. 

Mettez dans de la poudre à canon vulgaire la dou- 
zième partie d'argent vif, de mercassite et de colo- 
phane : mêlez et broyez bien le tout. Si vous chargez 
un ou plusieurs canons de ce mélange, soyez sûr qu'a- 
vec un bruit épouvantable le canon se rompra et 
tuera plusieurs des assistants. Au contraire, si vous 
mettez du papier brûlé dans cette poudre à canon, ou 
bien de la semence de foin commun, la poudre pren- 
dra une grande force, mais elle ne fera pas un bruit 
aussi éclatant, ni ne produira une flamme aussi vive. 
Avec une telle poudre, un homme ingénieux pourra 
inventer et exécuter des choses étonnantes, admira- 
bles. 



114 LA MAGIE NATURELLE 



Chapitre Onzième 

Comment on pourra faire une liqueur, reluisant dans 
les ténèbres. 

Vous qui vous vouez à l'étude des choses que la na- 
ture libérale, voire prodigue, octroie avec usure au 
genre humain, qu'elle s'efforce de préserver du danger 
dans les ténèbres mêmes, cherchez ingénieusement ce 
qui peut suggérer ces effets. Car vous avez plusieurs 
choses qui pendant l'obscurité de la nuit frappent et 
émeuvent les sens, comme Aristote en enseigne plu- 
sieurs; l'expérience en divers lieux en montre plu- 
sieurs aussi. De ce nombre sont ces petits animaux 
du genre des insectes, que les Grecs appellent Pigolam- 
pidées, les Latins Nitedulae, ou Cincidelae et nous vers 
luisants. D'ailleurs, il y a des champignons, têtes et 
écailles de poissons, comme d'un poisson récent que les 
Grecs appellent Trilizias, ou sardine en langage vul- 
gaire, qui ont également cette propriété. Aussi le mi- 
lan, à ce qu'on prétend, est doué de cette vertu, à tel- 
les enseignes qu'il est appelé Lacupe, parce que ses 
yeux luisent toute la nuit. Les ongles des coquilles 
de Saint-Jacques ou Pectungles, luisent dans les té- 
nèbres comme du feu, et ne cessent même de luire dans 
la bouche de ceux qui les mangent. 

De même sont les yeux des loups et des chats. En- 
core y a-t-il dans une forêt de Germanie, nommée La 
Forêt Noire, un oiseau qui se laisse volontiers voir, 
dont les plumes luisent ainsi que du feu, de sorte que 
les voyageurs, éclairés par la splendeur de ces plumes, 
se guident dans ces forêts presqu'impénétrables et ne 



LA MAGIE NATURELLE 115 

courent aucun risque de s'égarer. On en dit autant des 
gaideropes, qui sont du genre des coquilles et de la 
mousse qui naît sur eux. Aelian a parlé aussi de l'A- 
glaophodites terrestre, qui a reçu ce nom à cause de sa 
splendeur. Souvent nous qui faisons ce discours, nous 
avons vu de l'eau de mer demeurée entre nos mains, 
reluire en étincelles de feu. Josephus raconte qu'il y a 
une vallée, dans laquelle est un lieu appelé Baaras, 
ainsi nommé à cause de la plante de ce nom, et ce lieu 
projette au loin, la nuit, des rayons de lumière et de 
feu. Il en est de même du Nitograguetum, dont Dé- 
mocrite nous a raconté les merveilles. Les tiges d'un 
chêne fort sec et flétri par une trop longue moisissure, 
s'allument la nuit et émerveillent le voyageur, par 
l'éclat argentin de leur couleur. L'escarboucle flam- 
boie dans les ténèbres, éclairant l'air ça et là selon la 
disposition de son corps. Il y a beaucoup d'autres 
choses encore qui luisent la nuit, au dire de savants 
très graves et d'auteurs très estimés. 

Mais l'ordre que nous avons à suivre dans notre 
œuvre nous dit d'enseigner le moyen de tirer de ces 
choses l'expérimentation dont doit sortir la lumière. 
Nous traiterons par conséquent de ces moyens dans 
les discours qui suivent : 

Exemple. 

Ce sont, entre tous autres, les vers luisants qui ob- 
tiennent la première place, tant la lueur de leur feu 
est merveilleuse. Nous coupons et retranchons la 
queue de ces vers de leur corps, et nous aurons soin 
que rien d'étranger ne se mêle à ces deux parties. Nous 
broyons tout cela avec une pierre de porphyre, puis le 



116 LA MAGIE NATURELLE 

mettons dans un vaisseau de verre et l'enfouissons 
dans du fumier, ou nous le laissons pendant quinze 
jours et plus. Il vaudra mieux encore que les queues 
ne touchent pas les bords du vaisseau, mais demeurent 
pendus au milieu du vase. Les quinze jours écoulés, 
vous poserez le vaisseau dans un four, ou dans un 
bain d'eau chaude et l'accommoderez là tant qu'il fau- 
dra, petit à petit vous obtiendrez une liqueur qui de- 
viendra éclairante dans un plat que vous mettrez au- 
dessous, puis la poserez dans un vaisseau de cristal 
rond ; et ainsi au milieu de cette chambrette, apparaî- 
tra une eau pendante, qui illuminera tout l'air am- 
biant, de sorte que pendant la nuit on pourra lire une 
grosse lettre. L'autre eau, qui n'est guère dissemblable 
de celle-ci, est celle qui est tirée des écailles de poissons 
dont nous avons parlé ci-dessus et que nous avons sou- 
vent vue nous-mêmes. 

Chapitre Douzième 

Plusieurs expériences de lettres et divers secrets 
d'écriture. 

On établit une double règle pour marquer les let- 
tres clandestines et secrètes, que le vulgaire appelle 
Zipherae, à savoir une visible et une autre cachée. On 
peut faire des lettres qui jetteront des lueurs et pour- 
ront se lire la nuit. Si quelqu'un par un écrit secret 
veut annoncer à un sien ami quelque cas qu'il aurait 
découvert, et qui se puisse seulement lire au plus fort 
de la nuit, qu'il écrive sans hésiter sur papier ce que 
bon lui semblera au moyen de la liqueur secrète, et la 
lettre apparaîtra au jour, si vous la chauffez. Mais si 



LA MAGIE NATURELLE 117 

ce moyen ne vous semble pas assez sûr, il y en a d'au- 
tres, que je suis à même de vous faire connaître, par 
exemple, les suivants. 

Pour lire des lettres qui ne se peuvent lire, qu'en les in- 
terposant au devant de ta lumière. 

Voici la manière d'écrire dans ce cas : vous écrivez 
d'une couleur qui ait corps et soit blanche, comme la 
céruse mêlée avec de la gomme liquide ; ou si bon vous 
semble d'écrire avec une autre couleur, que le papier 
corresponde à cette couleur, et qu'il n'y ait pas la 
moindre différence entre les deux. Et alors une telle 
écriture posée entre la lumière de l'astre éclairant la 
nuit ou celle de la chandelle, ne permettra que les 
rayons oculaires la puissent pénétrer, mais les lettres 
apparaîtront un peu obscures. 

Pour faire que les lettres blanchissent sur un papier, ou 
sur un autre exemplaire noir. 

Il y a encore un autre moyen de faire connaître 
sa pensée d'une manière occulte. Prenez le jaune et 
aussi le blanc d'un œuf, mêlez-les bien fort, de sorte 
qu'il devienne liquide comme l'encre avec laquelle on 
écrit. Après cela, écrivez les lettres que bon vous sem- 
blera, et lorsque cette écriture sera séchée, que le pa- 
pier soit barbouillé de toutes parts de couleur noire; 
lorsque vous voudrez que les lettres écrites apparais- 
sent, vous les découvrirez au moyen d'un fer large et 
d'un couteau, et déchirerez ainsi le voile qui les re- 
couvre. 



118 LA MAGIE NATURELLE 

Pour faire que les lettres cachées soient vues, et que celles 
qui sont visibles, soient cachées. 

"Vous obtiendrez ce résultat si vous écrivez sur du 
papier déjà écrit, avec une liqueur distillée de vitriol 
ou couperose, mêlée d'eau ardente, et lorsque les let- 
tres commenceront à se dessécher, elles s'imprimeront 
très lisiblement. Après vous prendrez de la paille brû- 
lée que vous broyerez avec du vinaigre, et ce que vous 
voudrez écrire, vous l'écrirez entre les lignes de la pre- 
mière écriture. Gela fait, vous ferez cuire des noix de 
galle dans du vin blanc, et avec une éponge, vous la 
mouillerez légèrement; par ce moyen la couleur noire 
de la première écriture visible disparaîtra et les lettres 
cachées au contraire apparaîtront et seront lisibles. 

Pour former des lettres en cuir et chair sur le membre 
que vous voudrez et qui ne pourront s'effacer. 

Faites tremper pendant une journée entière des 
cantharides dans de l'eau forte, ou plus vulgairement 
dans de l'eau d'où l'or aura été séparé; après cela vous 
prendrez un burin ou un autre instrument convenable 
et vous entamerez la première peau du bras, c'est-à- 
dire l'épiderme, ou la peau d'un autre membre quel- 
conque, et vous y formerez tels caractères qu'il vous 
plaira. La chair, dont la peau aura été blessée, s'enflera 
en petites vessies. Si vous venez à frotter ensuite le 
membre avec cette eau, qui est douée d'une force et 
d'une âpreté très considérable, il se formera pour tou- 
jours sur la peau des cicatrices blanches qui représen- 
teront les lettres que vous y aurez formées, et elles ne 
s'effaceront plus jamais. 



\ 



LA MAGIE NATURELLE 119 



Pour faire des lelires qui soudain apparaissent en quel- 
que lieu que ce soit. 

Peignez des lettres de vinaigre ou d'urine que vous 
tiendrez secrètement en votre main. Après que vous 
aurez écrit, comme il est indiqué ci-dessus, et séché vos 
lettres, il ne restera aucune trace de ces caractères. 
Mais si vous voulez qu'elles apparaissent, frottez-les de 
suie, ou de cette couleur que vous trouverez en abon- 
dance dans les boutiques des teinturiers; immédiate- 
ment elles deviendront noires et apparaîtront à vos 
yeux. Si au contraire vous les désirez blanches, trem- 
pez votre papier dans du lait de figuier, puis après 
qu'elles seront séchées, frottez-les de poudre de char- 
bon que vous répandrez sur elles et ensuite vous net- 
toierez votre papier et le résultat désiré sera obtenu. 

Pour rendre les lettres visibles par le feu et dans Veau. 

On le fait de la manière suivante : faites que votre 
lettre ou épître contienne quelque vain ou inutile dis- 
cours, de sorte qu'elle semble plutôt composée sans 
but sérieux, et alors ou les curieux n'y verront rien du 
tout, ou les gens avisés y trouveront ce qui y est caché. 
Vous écrirez donc avec du jus de citron et d'oignon, 
tous deux aigrelets et âpres; si cela vient à s'échauffer 
au feu, incontinent leur âpreté fera découvrir l'écri- 
ture. Une autre manière plus subtile est la suivante : 
vous écrivez avec de l'alun dissous dans de l'eau, et 
quand vous voudrez lire, il faudra que vous trempiez 
votre papier dans de l'eau : vos lettres apparaîtront 
alors grosses et lisibles. Et si d'aventure vous les vou- 



120 - LA MAGIE NATURELLE 

lez blanches, c'est à dire cachées aux yeux, vous 
broyerez d'abord du gravier ou galet, en y mêlant 
un peu de vinaigre. Vous passerez le tout par un cou- 
loir ou étamine et vous le garderez pour l'usage sub- 
séquent. Après cela, vous écrirez vos lettres avec du jus 
de limon; quand elles seront desséchées, elles dispa- 
raîtront, et si vous les plongez ensuite dans la liqueur 
que vous aurez faite comme il est indiqué ci-dessus, 
vous les apercevrez de nouveau belles et visibles. De 
plus, si les femmes plongent leurs mamelles dans la 
susdite liqueur, elles auront un lait abondant ; donc, 
si elles voient que le lait vient à leur manquer, elles 
feront bien d'en user. Si on écrit des lettres ou carac- 
tères avec de la graine de bouc sur une pierre, et qu'on 
plonge cette pierre dans du vinaigre, elles apparaî- 
tront incontinent et sembleront comme gravées dans 
la dite pierre. Mais si vous écrivez avec de l'eau et que 
vous désirez que vos lettres deviennent noires, vous 
broyerez des noix de galle, et du vitriol, puis vous ré- 
pandrez cette poudre sur votre papier en la fouettant 
à Taide d'un drap ou chiffon de toile. Après cela, vous 
pilerez de la gomme de Genève, autrement dit du 
vernis et l'ajouterez aux ingrédients précédents. Puis 
vous écrirez avec de l'eau ou de la salive et vos lettres 
deviendront noires. Il y a d'autres procédés encore, 
trop longs à énumérer. 

Pour imprimer des lettres sur un œuf, selon 
renseignement d' Africain. 

Broyez de l'alun avec du vinaigre et gravez sur la 
coquille de l'œuf tout ce que vous voulez; faites sé- 
cher cela à un soleil ardent et plongez ensuite l'œuf 



LA MAGIE NATURELLE 121 

dans de la saumure ou du vinaigre très fort; vous l'y 
laisserez tremper pendant trois ou quatre jours puis 
le sécherez et le cuirez. Lorsque l'œuf sera cuit, dé- 
pouillez-le de sa coquille et vous trouverez vos lettres 
écrites sur le blanc de l'œuf qui sera dur. Voici un au- 
tre moyen d'arriver au même résultat : vous enduirez 
votre œuf de cire, et avec un instrument pointu vous 
graverez vos lettres, et les laisserez tremper dans le 
vinaigre pendant un jour. Après que vous aurez ôté 
votre cire, vous dépouillerez l'œuf de sa coquille et 
vous trouverez toutes vos lettres empreintes sur le 
blanc durci. Il y a bien d'autres choses étonnantes en- 
core, merveilleuses même, qu'un labeur obstiné ou la 
nécessité nous apprennent. 

Comme les lettres en certains jours se dessèchent 
et s'évanouissent. 

Combien l'on se sent heureux quand on découvre 
les secrets de la nature! Pour atteindre au résultat que 
nous indiquons ci-dessus, il faut, en premier lieu, limer 
fort menu de l'acier et le plonger dans l'eau de sépa- 
ration pesant le triple. A ce mélange vous ajouterez 
de la suie de poix liquide et de la résine de térébenthine 
pour que le tout soit bien noir et vous arriverez à vos 
fins. Après vous broyerez de la pierre de porphyre et 
vous écrirez; les lettres, en vieillissant, s'effaceront. 
Encore ai-je passé sous silence ceci qui pourtant est 
capital : si cela demeure longtemps sur le papier, ajou- 
tez-y un peu d'eau-forte, les traces jaunâtres ne de- 
meureront point. Ou encore prenez du borax, du sel 
ammoniaque et de l'alun en quantités égales; toutes 
ces drogues étant broyées, mettez-les dans un vase et 



122 LA MAGIE NATURELLE 

avec de la chaux vive, faites du tout une lessive que 
vous verserez ensuite dans un autre vase dont vous 
boucherez l'orifice; faites bouillir un peu et mêlez 
ensuite avec l'encre que vous voulez employer; quand 
les choses seront restées pendant quelque temps dans 
eet état, vous verrez qu'elles s'affaibliront et finiront 
par disparaître à la vue. 

Pour nettoyer les macules, taches ou tes lettres. 

Prenez de l'eau de vitriol ou du salnitre, que l'on 
appelle du salpêtre et écrivez avec la plume sur les 
lettres. On bien composez des petites boules de sel 
athalique et de soufre et frottez-en votre écriture ; 
vous pouvez être assuré qu'elles la rongeront telle- 
ment et si bien au'il n'en restera plus la moindre trace. 
Nous pourrons ainsi envoyer des lettres à ceux qui 
s'occupent d'étudier les effets de la lune, mais nous 
n'en parlerons pas, ayant écrit ce qui précède en toute 
hâte. 

Chapitre Treizième 
Des convives, et des viandes délicieusement apprêtées. 

J'avais estimé convenable de passer sous silence 
ces choses et de les laisser déchiffrer par les ruffians, 
les suppôts de tavernes, les cuisiniers et les cabaretiers, 
car elles sont éloignées de notre dessein et peu pro- 
pres à faire entendre à des oreilles pures. Cependant, 
pour satisfaire tout le monde, nous avons ajouté ici 
quelques choses plus agréables, de sorte que ceux qui 
se serviront de nos indications ne devront pas craindre 



LA MAGIE NATURELLE 123 

de s'adonner à un bon coup de bonne chère. Mais nous 
traiterons ce sujet brièvement, afin de ne pas impor- 
tuner nos lecteurs, et pour entrer en matière, nous fe- 
rons connaître d'abord comment on peut faire déli- 
cieusement des petits banquets. 

Pour empêcher qu'un personnage assis dans un 
banquet, ne s'enivre. 

Si quelqu'un est incommodé pour avoir mangé trop 
de viande, il remédiera à cet inconvénient de la ma- 
nière suivante, ainsi que nous l'apprend Caton. Qu'au 
commencement et à la fin de son repas, il mange 
quatre ou cinq tendrons de choux, cela modère l'excès 
du vin et maîtrise son effet nocif, le rend aussi dispos 
que s'il n'avait ni mangé ni bu, tant le vin et le chou 
s'accordent mal ensemble et se fuient. Ce qui fait 
qu'Androcydes, réputé personnage fort sage, a estimé 
que le chou était excellent contre l'ivrognerie et a re- 
commandé d'en manger pour se préserver de l'abus de 
la boisson. Je ne veux pas omettre non plus de dire 
ce que Nestor en a dit dans son Alexicapus : il appelle 
le chou la larme de Licurgus. Après que Bacchus ayant 
révéré celui-ci, fut entré en mer, il vit Licurgus ceint 
de rameaux de vigne, verser une larme, laquelle donna 
naissance au chou, et c'est pourquoi il y eut toujours 
discordance et contrariété entre la vigne et le chou. 
Aristote, de son côté, raconte que cela advint parce 
que le chou a un jus doux et chasse l'intempérance 
produite par l'excès du vin. Plutarque, au discours de 
ses banquets, dit sagement que si les choses douées 
sont mises dans le vin, elles empêcheront l'ivrognerie. 
Quelquefois il est arrivé que par suite d'un rhume, 



124 



LA MAGIE NATURELLE 



une dent canine est tombée dans le gosier d'un per- 
sonnage, et l'on procéda adroitement à son extraction; 
en mettant du jus de chou sur la tête du patient la 
luette se retirera sous l'extrémité supérieure du palais. 
De plus, le chou possède une si grande force pour ré- 
sister au vin, que si vous le plantez dans une vigne, 
vous n'aurez plus que du petit vin. Voilà pourquoi les 
Egyptiens et les Sybarites avaient coutume, avant 
toute autre chose, de manger des choux cuits. D'au- 
cuns ont coutume de les faire cuire dans des vases ou 
récipients violets, avant de boire, afin de pouvoir s'a- 
donner plus librement à de copieuses hbations de vin. 
Voilà ce qu'en dit Athènes. Si donc vous voulez beau- 
coup boire, Africain enseigne qu'avant le repas il con- 
vient de manger trois ou quatre amandes amères, 
parce que desséchant et consommant l'humidité, elles 
éloigneront l'ivrognerie. Plutarque de Chéronée raconte 
que le prince Drusus, fils de Tibère César, eut un mé- 
decin qui mangeait de deux à six amandes dans les 
festins et dépassait ainsi tous les autres convives en 
capacité de beuverie ; mais lorsque son secret fut connu, 
il n'osa plus tenir tête aux autres et perdit toute sa 
vaillance. La farine ou poudre de pierre ponce sera 
bonne aussi, car si le buveur, voulant entrer en com- 
pétition d'ivrognerie, s'en arme auparavant et en boit, 
il n'aura pas de surprise. On dit que par ce moyen 
Eudemus réussit à boire vingt-deux fois, que puis, 
après être entré au bain, il ne vomit rien, mais soupa 
au contraire comme s'il n'avait pas bu du tout, parce 
que la vertu desséchante de cette pierre anéantit la 
force du vin. On dit du reste que cette pierre a tant 
d'efficacité que si on la jette dans un vase de malte 
bouillant, elle apaisera les vapeurs du vin. Il reste 



LA MAGIE NATURELLE 125 

encore à dire que les hommes du temps passé, pour se 
préserver de la puissance du vin, dans leurs festins, 
ceignaient leur tête de chapeaux de fleurs, dont les 
poètes Ovide et Martial ont parlé. 

De ceci on donne cette raison que ces fleurs, par 
leur excessive froideur, refroidissent tellement la tête 
qu'elles annihilent et suppriment la force du vin. Nous 
lisons que Dionysius avait étabh pour tous ceux qui 
étaient invités à sa table, une couronne de lierre, 
parce que par la vertu de la froideur qui pénétrait 
dans la tête, elle pouvait repousser la force du vin, 
car elle garantit la personne contre l'impétuosité de 
l'ivrognerie. Et cela est vrai, parce que la chaleur du 
vin rend les pores de la tête plus puissants, et le froid 
les tempère tellement qu'il repousse les vapeurs qui 
montent. 

Il y avait encore un autre moyen chez les anciens 
pour empêcher toute ivrognerie, c'est que les gens, 
à la fin du souper, mangeaient des laitues, parce que 
cette plante est d'une merveilleuse froideur; mais 
maintenant nous en usons au commencement du 
souper pour nous donner de l'appétit. Le poète Mar- 
tial a parlé de cela en de beaux vers. 

Il semble que Dioscoride l'appelle Accepula, parce 
qu'elle empêche de s'enivrer. Mais puisqu'aussi bien 
nous sommes arrivés à parler du vin, il ne sera pas 
mauvais que nous continuions à discourir sur ce 
sujet, qui est fort intéressant. 



126 LA MAGIE NATURELLE 



Comment on peut faire perdre Vamour du vin aux 
ivrognes. 

Comme rien n'est plus pernicieux que l'excès dans 
la boisson, et que malgré cela beaucoup s'y abandon- 
nent, et à tel point qu'ils en deviennent malades et 
quelquefois même en meurent, nous avons estimé con- 
venable de vous enseigner comment vous le ferez avoir 
en horreur, — d'autant que la fontaine nommée Cli- 
toire qui a cette propriété est en somme très éloignée 
d'ici. 

Voici donc comment vous ferez. Prenez trois ou 
quatre anguilles, plongez-les dans du vin et laissez- 
les y mourir, puis donnez à l'ivrogne de ce vin à boire; 
il l'abhorrera désormais à tout jamais et ne demandera 
plus à boire, mais vivra au contraire très sobrement. 

Athenœûs a également prétendu que si un homme 
mange d'un surmulet récemment suffoqué dans du 
vin, cela le guérira du péché de paillardise. Peut-être 
préférerez-vous arriver au même but de cette manière, 
de façon à provoquer un plus grand dégoût encore. 
C'est ce qu'enseigne Jarcas, de même que le montre 
Philostratus dans la vie d'Apollonius. Cherchez l'en- 
droit où la chouette fait son nid et dérobez-lui ses 
œufs. Faites les bouillir et présentez-les à un enfant 
pour son repas. Vous pouvez être sûr qu'après en 
avoir mangé, il détestera à tout jamais le vin. Pareil- 
lement le suc qui coule d'une vigne coupée, si on en 
boit beaucoup, rendra une personne sobre; c'est Dé- 
mocrite qui l'enseigne. 



LA MAGIE NATURELLE 127 



Pour savoir si l'on a mis de l'eau dans le vin. 

Démocrite et le Florentin vous l'apprendront. Pour 
le savoir, vous plongerez des pommes ou des poires 
sauvages dans le vin, et si ces fruits surnagent, c'est 
signe que le vin est pur, mais s'ils descendent au fond 
du vase qui contient le vin, c'est signe que celui-ci 
a été coupé d'eau. D'aucuns mettent dans un tonneau 
de vin une canne ou un sarment, ou quelqu'autre bois 
frotté d'huile et puis le retirent; si en le retirant, quel- 
ques gouttes demeurent à cette canne ou à ce sarment, 
c'est un signe manifeste qu'il y a de l'eau dans ce vin. 
Faites encore autrement : mettez du vin dans de la 
chaux vive et si la chaux se fond, soyez sûr que votre 
vin est sophistiqué avec de l'eau. En outre, beaucoup 
d'autres expériences peuvent nous conduire à faire 
la même constatation. 

Moyen de séparer Veau du vin. 

Faites tourner ou composer de la façon qu'il vous 
plaira un vase de lierre et jetez-y du vin; s'il contient 
une quantité quelconque d'eau, en fort peu de temps, 
cette eau en sortira : tous, tant anciens que modernes, 
disent la même chose. Et cependant la raison comme 
l'expérience contredisent cette observation, car pour 
autant que ce bois est plein de petits trous, l'eau, qui 
est le plus subtil de tous les liquides, au dire d'A- 
ristote, sortira, et ce qui a plus de corps, se maintien- 
dra mieux. 

Il y a encore un autre moyen pour séparer l'eau 
du vin. Prenez des fils et faites-en comme une pelote de 



128 LA MAGIE NATURELLE 

coton OU de lin et mettez-le dans le tonneau, de façon 
à le voir toujours nager sur le vin; l'eau s'en séparera 
aussitôt. Une éponge jetée dans du vin, puis pressée 
fortement, rendra plus de vin que d'eau. 

Pour rendre le vin diversemenl odoriférant. 

Mettez les simples dont vous voulez que le vin re- 
tienne l'odeur, tremper dans l'eau ardente; la nature 
de cette eau boira incontinent l'odeur. Après, passez 
cela par l'étamine et après qu'il sera passé, laissez-le 
reposer un peu. Cela fait, mêlez-le au vin, car l'eau 
tient le goût et la saveur du vin, et elle vous rendra 
votre vin assez odoriférant. 

Pour rendre Veau salée potable, et agréable à boire. 

C'est Aristote qui nous enseigne ce procédé. Il faut 
former un vase de cire vide, que nous plongerons dans 
la mer, et l'eau entrera par les pores de la cire et sera 
ainsi rendue potable. Semblablement, si vous prenez 
un pot de terre cru et bouché, et que vous fassiez de 
même, la salure se séparera de l'eau qui y entrera, car 
tout ce qui y pénétrera sera coulé. Ensuite, vous pour- 
rez encore le faire mieux de la manière suivante : 
mettez du sable de rivière dans l'eau salée et laissez-le 
reposer quelque peu ; puis vous boucrierez l'orifice du 
pot avec un linge et la coulerez aussi longtemps qu'elle 
aura perdu toute sa salure, et l'eau deviendra douce. 
Nous pourrions donner d'autres indications encore sur 
le même sujet, mais nous considérons celles-ci comme 
suffisantes. 



LA MAGIE NATURELLE 129 



Pour faire qu'on puisse voir un oison vif el cuit. 

On en sert souvent sur les tables des princes et des 
grands seigneurs, et si vous désirez en apprendre le 
moyen, nous allons vous l'indiquer. Voici comment 
il faudra vous y prendre. Prenez un canard, une oie 
ou un oison, ou quelqu'autre animal plus vif, mais l'oie 
ou l'oison est ici à préférer à tout autre volatile. Plumez- 
le entièrement, excepté la tête et le cou, puis environ- 
nez-le de feu, non trop près, afin qu'il ne soit pas suffo- 
qué par la fumée ou que le feu ne le rôtisse plutôt que 
de besoin, ni trop éloigné, afin qu'il ne s'échappe pas. 

Ayez des petits pots pleins d'eau, à laquelle vous 
ajouterez du sel et du miel. Faites aussi que les plats 
soient pleins de pommes bouillies et coupées sur cha- 
que plat par petites pièces carrées. Que votre oison 
(ou votre oie si vous le préférez) soit tout surfondu de 
graisse de lard pour être plus savoureux et se cuise plus 
facilement, puis après cette préparation, mettez-y le 
feu. Lorsque vous verrez que l'oison commence à s'é- 
chauffer, il boira de l'eau en abondance et apaisera 
son ardeur, rafraîchissant son cœur et ses autres mem- 
bres par la vertu du médicament, et nettoiera et videra 
son ventre. Mais après que cette liqueur aura commen- 
cé de bouillir, elle cuira les entrailles et autres par- 
ties inférieures. Après cela, vous lui mouillerez conti- 
nuellement le cerveau et le cœur avec une éponge; 
alors, lorsque vous verrez qu'il commence à chanceler, 
soyez sûr qu'il sera à point; ôtez-le du feu et présen- 
tez-le à table et soyez assuré qu'à chaque membre 
qu'on lui arrachera, il criera, de sorte qu'il semblera 
plutôt mangé vivant que mort. 



130 LA MAGIE NATURELLE 



Pour faire qu'au même instant, une lamproie semble 
être frile, bouillie et rôtie. 

Pour faire cela, tourmentez-la fort, à force de la 
frotter à l'aide d'un drap, puis embrochez-la et enve- 
loppez les parties que vous voudrez bouillies et frites, 
par trois ou quatre fois de petits drapelets, dont l'un 
sera saupoudré de poivre et faites broyer du persil, 
du safran et du fenouil avec du vin cuit, et ayez soin 
que toujours les parties que vous désirez bouillies 
soient continuellement trempées dans de l'eau très 
salée. Quant à la partie que vous voudrez avoir frite, 
vous la ferez tourner au feu, l'humectant et l'arrosant 
toujours d'une branche de marjolaine bâtarde et 
après que la partie sera rôtie, ôtez-la et présentez-la, 
et soyez sûr que ce sera une fort bonne viande. 

Pour avoir des œufs qui surpassent en grandeur la tête 
d'un homme. 

Prenez dix moyeux et blancs d'œufs, ou davantage, 
et séparez le jaune du blanc, mêlez légèrement les 
blancs et mettez-les dans une vessie que vous ferez 
bien ronde et que vous lierez fortement. Cela fait, 
mettez la vessie dans un pot plein d'eau, et quand 
vous verrez qu'elle s'enfle, jetant au-dessus de l'eau 
des petites bulles, vous y ajouterez les jaunes de telle 
façon qu'ils se trouvent bien au milieu. Laissez-les 
cuire de nouveau et ainsi vous aurez un œuf dépouillé 
de sa coquille. Vous formerez alors la coquille de la 
manière suivante : broyez les coques de vos œufs, 
après les avoir bien lavées, de sorte qu'elles soient 



LA MAGIE NATURELLE 131 

réduites en une poudre bien menue, puis faites-les 
tremper dans du vinaigre fort, jusqu'à ce que cette 
poudre s'amollisse, car si l'œuf demeure longtemps 
dans le vinaigre, sa coque se dissoudra et s'amollira. 
Après que la coquille aura pris forme d'onguent, vous 
enduirez avec un pinceau la coque sur cet œuf cuit, et 
la tremperez ensuite dans de l'eau claire; elle durcira 
complètement et vous aurez ainsi un œuf vrai et na- 
turel. 

Chapitre Quartozième 
De quelques expériences mécaniques 

Pour faire un dragon volanl ou comèie. 

Voici la manière de construire un dragon volant. 
Faites un quadrangle des plus exacts avec les plus 
fins roseaux que vous pourrez trouver, de sorte que 
la longueur en soit bien proportionnée et surpassant la 
largeur d'une fois et demie. Ensuite mettez deux la- 
melles dans les parties opposées directement l'une à 
l'autre et ajoutez-y une corde. Vous couvrirez cela de 
papier ou d'un linge de lin très fin, afin qu'il n'y ait 
rien de pesant. Puis du haut d'un donjon ou d'une 
tour, ou du sommet d'une montagne, vous exposerez 
votre machine aux vents. Mais il faut que le vent soit 
doux et calme, pour que la machine ne se rompe, s'il 
était trop fort, mais il faut cependant qu'il se fasse 
sentir, sans quoi l'appareil ne fonctionnerait pas non 
plus. En outre, il faut que cette machine ne vole pas 
en droite ligne, mais obliquement, ce qui se fera en ti- 
rant la corde de l'un des côtés. D'aucuns appliquent 
sur cet appareil une lanterne allumée, afin qu'il res- 



132 LA MAGIE NATURELLE 

semble mieux à une comète. L'homme ingénieux pour- 
ra ainsi comprendre comment il se peut faire qu'on 
peut arriver à voler, en se liant de grandes ailes aux 
coudes et à la poitrine, surtout s'il s'accoutume à les 
balancer et à les jeter en l'air du haut d'un lieu élevé. 

Pour faire en sorte qu'un œuf monte en Vair. 

Pour atteindre à cet effet, nous vidons adroitement 
la coquille d'un œuf de tout ce qu'il contient, et la rem- 
plissons de rosée. Nous la prendrons surtout au mois 
de mai (car en été et en automne, il n'y a pas de vraie 
rosée) et sur le coup de midi, nous l'exposerons au soleil 
et l'œuf s'élèvera tranquillement. S'il montait cepen- 
dant avec difficulté, on l'aiderait à l'aide d'un petit 
bâton et il se soulèverait ensuite de lui-même. 

Comment on pourra mettre une chandelte ardente sous 

Veau. 

Ayez un vase long et d'une capacité raisonnable, 
mettez dans son orifice un bouchon de bois et faites 
que dans ce vase la chandelle allumée se tienne com- 
plètement immobile ; vous plongerez ce vase dans l'eau 
et aucune goutte n'y entrera, puisqu'il sera rempli 
d'air, et de la sorte sous l'eau votre chandelle brûlera 
sans s'éteindre. 

Pour faire qu^un vase mis à bouchon dans Veau, la 

puise. 

Ayez un vase qui ait le col bien long, car plus il sera 
long, plus l'effet produit sera admirable, mais il con- 



LA MAGIE NATURELLE 133 

vient qu'il soit de verre et bien clair, afin que vous 
voyiez l'eau monter. Emplissez ce vase d'eau bouil- 
lante et lorsque le récipient sera bien échauffé, mettez 
le fond du vase au feu, afin qu'il ne se refroidisse et 
faites que son orifice touche l'eau jusqu'à ce qu'il l'ait 
toute humée. Les explorateurs des secrets de la nature 
disent que les rayons du soleil hument l'eau des lieux 
creusés de la terre dans les montagnes, d'où alors sor- 
tent les sources des fontaines. Vitruve parle aussi de la 
même manière de la naissance des vents, mais comme 
cela est connu aujourd'hui de tous, nous n'en parle- 
rons pas. 

Chapitre Quinzième 
Des autours et mignardises des femmes. 

Entre toutes les recettes et expérimentations qui 
sont en usage et sont fort désirées, principalement 
celles qui servent à l'ornement des dames et à l'em- 
bellissement de la face, sont requises et recherchées 
comme grandement profitables; aussi, pour qu'on 
n'aille pas les chercher ailleurs, nous avons jugé utile 
et convenable d'en parler ici avec quelque dévelop- 
pement. 

La manière de teindre les cheveux de couleur blonde, 
ou jaune, noire, dorée, ou telle autre couleur qu'il 
vous plaira. 

Si vous les désirez blonds' ou jaunes, vous arriverez 
à ce résultat en les oignant souvent d'huile de miel 
et de jaunes d'œufs mélangés ensemble. Et semblable- 



134 LA MAGIE NATURELLE 

ment après avoirlessivé vos cheveux d'une lessive faite 
des cendres de sarment de vigne, de paille d'orge, d'é- 
corce, de raclures et de feuilles de buis, de safran et de 
cumin, ceux-ci deviendront jaunes et imiteront la 
couleur de l'or. Vous ferez noircir vos cheveux si vous les 
lavez d'une lessive faite de cendres d'écorce de figuier, 
de galu, de sapin, de ronce, de cyprès et autres sem- 
blables. Toutefois si quelques cheveux ou la barbe 
vous deviennent chenus, vous les colorerez aisément 
ainsi : prenez de l'écume d'argent et d'airain brûlé, et 
mêlez-le tout dans quatre fois autant de lessive forte, 
puis, lorsque posée sur de la braise menue, elle com- 
mencera à bouillir, vous vous en laverez. Ensuite vous 
sécherez bien la barbe et les cheveux; puis vous les 
relaverez encore une fois avec de l'eau chaude et l'o- 
pération sera faite. Vous pourrez aussi noircir vos 
sourcils de la façon suivante : faites faire des noix de 
gale en huile, puis broyez les avec un peu de sel am- 
moniaque, et mettez-les dans du vinaigre dans lequel 
vous aurez fait bouillir des écorces de ronce et de mû- 
rier. Frottez-en vos sourcils, et gardez ce lavement 
toute la nuit, puis le matin ôtez-le avec de l'eau claire. 
Cela est utile à faire pour les sourcils, parce qu'il arrive 
souvent que par suite d'une grande multitude de cils, 
les sourcils perdent leur grâce, s'ils ne sont noirs. 

Remède par lequel les endroits chargés de poils se pèle- 
ront incontinent, et les parties ainsi traitées demeu- 
reront longtemps sans poils. 

Il faut frotter les endroits velus de cette décoction 
vulgaire, à savoir de la chaux vive mêlée d'un tiers 
de forte lessive, et pendant que votre décoction bouil- 



LA MAGIE NATURELLE 135 

lira, faites-en l'épreuve à l'aide d'une plume. Toute- 
fois Columelle enseigne que Ton cuise une grenouille 
de couleur pâle dans de l'eau, et après qu'elle sera con- 
sumée au tiers, frottez-en votre corps, si vous voulez 
rendre quelque lieu pelé. Il y a une infinité de choses 
qui servent au même but, comme la larme de lierre, 
le suc distillé par la vigne qui est comme de la gomme ; 
toutes auront la même efficacité. Mais les indications 
données plus haut sont plus commodes à suivre et 
suffiront. Si vous voulez que le poil ne revienne plus, 
vous pourrez déraciner à jamais sa racine, en frottant 
les parties pelées du mélange suivant : vous prendrez 
des œufs de fourmis, du jus de jusquiame, de la se- 
mence de ciguë et de l'herbe aux puces et du sang 
d'une chauve-souris et d"une tortue. Vous mêlerez le 
tout ensemble et en oindrez les parties velues. Il en est 
d'autres qui font passer une feuille d'or toute rougt 
sur les yeux des jouvenceaux qui n'ont encore aucun 
poil, de sorte qu'il n'y en aura jamais trace et qu'ils 
ne seront jamais velus. 

Si vous voulez que le poil naisse avant le temps. 

Prenez de la cendre d'abeilles brûlées, avec de la 
fiente de souris, vous y mêlerez de l'huile de rosat, 
frottez-en la peau et il vous viendra du poil, même 
dans la paume de la main. Ajoutez-y aussi de la cendre 
de châtaignes, de noyaux de dattes et de fèves ou mê- 
me d'autres légumes, et le poil qui en naît sera fin et 
délicat. L'empereur Auguste avait coutume de brûler 
son poil avec une noix ardente, afin de le faire repous- 
ser plus délicat et plus mou. 



136 LA MAGIE NATURELLE 



Si VOUS voulez changer la couleur des yeux aux enfanls. 

Oignez le derrière de la tête de l'enfant d'huile et 
de cendre de coques d'avelaines, et si vous faites cela 
par deux fois seulement, l'enfant qui avait les yeux 
blancs les aura noirs. Il y a encore beaucoup d'autres 
moyens de rendre les yeux blancs, verts ou noirs, ou de 
leur donner diverses autres couleurs, mais je les pas- 
serai sous silence, vu que ceux qui n'en ont pas grand 
besoin pourraient s'y prendre mal ou ne feraient pas 
cette expérience comme il faut qu'elle soit faite. 

Comment vous pourrez nettoyer et effacer tes meurtris- 
sures des joues, et principalement des femmes, 
lorsqu'elles ont leur flux {leurs menstrues). 

Oignez l'endroit de céruse, de poudre ou farine de 
fèves et de vinaigre, mêlez le tout ensemble, ou encore 
de jaunes d'œufs mêlés avec du miel. 

Autres manières de se nettoyer des dames, lesquelles font 
resplendir, embellir ci polir les faces. 

Prenez de la mie de pain que vous jetterez dans un 
vase plein de petit lait de chèvre; vous en tirerez de 
l'eau dont vous frotterez la face; c'est le vrai moyen 
pour faire blanchir et resplendir la face. Le lait d'â- 
nesse servira au même office, car il ôte toutes les rides 
de la peau, la polit et la rend plus molle et plus déli- 
cate. C'est pourquoi Papea Sabina, femme de Néron, 
menait toujours avec elle cinq cents ânesses et se bai- 
gnait tout entière dans ce lait. 



LA MAGIE NATURELLE 137 



Pour donner une couleur vermeille à la face. 

Vous pourrez le faire aisément et sans vous faire 
découvrir, de sorte que vous tromperez les gens les plus 
experts, car avec de l'eau claire vous rendrez les joues 
vermeilles et cette couleur durera longtemps et sera 
d'autant plus resplendissante que vous vous laverez 
plus souvent en vous frottant à l'aide d'un drap. Mais 
voici le moyen à employer, prenez des graines de pa- 
radis, de cubèbe, de mûre sauvage, de giroflée, de 
raclure de brésil et d'eau ardente distillée plusieurs 
fois ; vous mêlerez le tout ensemble, et lorsque ce mé- 
lange aura quelque peu reposé, vous en tirerez de 
l'eau en le tenant sur un petit feu ou sur du fumier 
pourri. Vous en mouillerez souvent la face. Toutefois 
si vous faites longuement bouillir une ortie dans de 
l'eau et que vous en laviez le corps, elle le rendra co- 
loré, et plus longtemps vous le ferez, plus la couleur 
deviendra vermeille. Voici comment vous colorerez 
les lèvres et les gencives : faites broyer de l'alun, de la 
graine d'écarlate et de la raclure de brésil, mêlez tous 
ces ingrédients ensemble, trempez-les dans de l'eau, 
puis séchez-les au soleil. Vous y tremperez aussi de la 
soie, à l'aide de laquelle vous frotterez les lèvres et les 
gencives. 

Eaux pour farder et embellir la face. 

Si vous voulez que la face soit vraiment resplen- 
dissante, cuisez des blancs d'œufs jusqu'à ce qu'ils 
soient très durs, vous en tirerez une eau qui sera fort 
propre à cet usage, vous le ferez aussi avec du jus de 



138 LA MAGIE NATURELLE 

romarin, de la fleur de fève et du jus de limon. Mais 
il y a encore une eau meilleure et qui a été faite avec 
un soin extrême. Réduisez le talc en poudre très me- 
nue, et mettez-le dans un pot de terre. Vous y ajou- 
terez une grande quantité de limaçons et fermerez 
le vase, de peur qu'ils n'en sortent. Ces limaçons, pri- 
vés de leur nourriture ordinaire, dévoreront le talc, 
et lorsqu'ils auront tout mangé, vous les broyerez avec 
leurs coquilles et les poserez dans un alambic de verre, 
vous les ferez bouillir et l'eau ainsi distillée, vous la 
conserverez pour l'usage de la face. Puis, vous dépose- 
rez par trois fois la lie de cette eau dans des endroits 
ouverts, exposés à l'air, et la remettrez ensuite dans le 
vase. Vous en tirerez alors de l'huile qui est excellente 
pour les cheveux. 

Pour ôter les ordures blanches de la face, qui sonl comme 
des peaux maries. 

Les femmes pourront s'y prendre de cette façon : 
qu'elles prennent un fiel de vache, de bouc et de chè- 
vre, et qu'elles les mêlent tous trois avec de la poudre 
de verre. Qu'elles en oignent leur face, cela la purgera 
de toutes les peaux mortes qui s'y trouvent. De même 
le jus de la saponaire nettoie toutes les taches qui en- 
laidissent si souvent la figure des femmes. 

De quelques poudres pour frotter el blanchir les dents. 

Les poudres que jadis les anciens préparaient et qui 
passaient pour excellentes, se composaient de coquilles 
et de cornes de pourpres brûlées ; mais nous vous indi- 
querons un autre moyen d'arriver au même résultat. 



LA magik naturelle 139 

Prenez des miettes de pain brûlé, de la poudre de pierre 
ponce, de coral rouge, des os de têtes desséchés, de 
corne de cerf et autres choses semblables, dont cha- 
cune a la vertu de nettoyer les dents, et de tous ces 
ingrédients, vous ferez une composition. Vous pourrez 
encore frotter vos dents de graine d'écarlate et de 
pourpre. Toutefois, il vaudra mieux encore de les 
frotter d'huile de soufre, car elle polit et ôte toute tache. 
L'eau d'alun et le sel, distillés ont le même effet. 

Pour faire en sorte que les îêlons ne croissent. 

Broyez de la ciguë et posez-en le marc avec du vi- 
naigre sur le téton de la pucelle, et la vertu de cette 
herbe le restreindra et l'empêchera de croître, princi- 
palement durant sa virginité. Vous pourrez rendre 
dures les mammelles molles et flasques, de la façon 
suivante. Prenez de l'argile blanche, le blanc d'un œuf, 
une noix de galle, du mastic et de l'encens ; broyez tout 
cela et le mettez dans du vinaigre chaud et frottez-en 
les mammelles pendant un jour entier. Si l'opération 
ne réussit pas du premier coup, il faut la renouveler. 
Les noyaux de nèfles, les sorbes non mûres, les prune» 
sauvages, l'écorce de grenade, la fleur du grenadier 
sauvage, les pommes ou noix de pin non encore mûres, 
les poires sauvages et le plantain, tout cela bouiUi dans 
du vinaigre et appliqué sur les mammelles, les empê- 
chent également de croître. 



140 LA MAGIE NATURELLE 



Pour que les rides du ventre de la femme disparaissent 
après les couches. 

Faites cuire longtemps des sorbes vertes dans de 
l'eau, et mêlez-y le blanc d'un œuf; puis faites-y dis- 
soudre de la gomme arabique. Trempez un linge dans 
cette préparation et appliquez-le sur le ventre de la 
femme. Vous pouvez encore faire autrement. Prenez 
de la corne de cerf, de la pierre appelée amiante, vul- 
gairement appelée alun de plume, du sel ammoniaque» 
de la myrrhe et du mastic et réduisez le tout en pou- 
dre, puis appliquez-le, mélangé à du miel, sur le ven- 
tre, cela enlèvera toutes les rides. Mais si vous voulez 
rétrécir la porte de nature, c'est à dire la vulve, parce 
qu'elle s'est élargie à la suite de l'enfantement, et si 
d'aventure cela déplaît au mari, vous vous y prendrez 
ainsi : pilez des noix de galle bien menu, ajoutez-y 
un peu de poudre de girofles, laissez bouillir cela dans 
du vin. Trempez-y alors un drap et appliquez celui-ci 
sur la vulve. Si vous voulez rétrécir les vulves des pail- 
lardes et des femmes de bas étage, vous vous y pren- 
drez ainsi : prenez des noix de galle, de gomme, d'a- 
lun, du sang de dragon, de la fleur de grenadier sau- 
vage, du lentisque, du cyprès, des grains de raisin, 
des côtes ou écorces de glands, ou de ce petit calice 
concave dans lequel le gland naît et se tient et d'où 
sort l'arbre futur, du mastic et du limon et faites cuire 
toutes ces choses dans du vin rouge ou dans du vinai- 
gre, et mouillez-en souvent la vulve qui, par ce moyen, 
se rétrécira beaucoup. Ou autrement encore, réduisez 
ces ingrédients en poudre et faites-les passer dans la 
vulve à l'aide d'une canule. Mais si vous voulez ren- 



LA MAGIE NATURELLE 141 

dre à une femme sa virginité, faites-lui des pilules de 
la manière suivante. Prenez de l'alun brûlé et du mas- 
tic, ajoutez-y un peu de vitriol ou couperose et rédui- 
sez tout cela en poudre si menue qu'elle devienne pour 
ainsi dire impalpable. Faites en alors des pilules avec 
de l'eau de pluie, émincissez-les en les tournant entre 
les doigts et puis laissez-les sécher. Appliquez-les en- 
suite sur la vulve, à l'endroit même où se pratique le 
plaisir de l'amour, c'est-à-dire au clitoris, là ou l'hy- 
men de la vierge aura été rompue et déflorée, les chan- 
geant de six en six heures et les imprégnant constam- 
ment d'eau de pluie ou de citerne. Ça et là se produi- 
ront de petites vessies, lesquelles, en crevant, amène- 
ront un afflux de sang qui rétablira l'endroit endom- 
magé, de telle sorte qu'on aura de la peine à s'y re- 
connaître. D'autres appliquent une sangsue à la vulve 
violée, celle-ci la mord et laisse une légère cicatrice 
qui, étant frottée, amène le sang à la surface, rétablit 
les menstrues et rétrécit la vulve. 

Pour faire pâlir une face fardée, ou connaître si elle l'est. 

Mâchez du safran à belles dents et approchez-vous 
de la bouche de la femme en causant avec elle, et soyez 
sûr que la chaleur de votre haleine fera que sa figure 
deviendra jaunâtre ; mais si elle ne s'est mis aucun fard 
sa figure ne changera pas de couleur. 

Une eau tachant et noircissant la face. 

Prenez l'écorce verte et rugueuse de la noix et des 
noix de galle et tirez-en une eau claire à l'aide de l'a- 
lambic des alchimistes, et soyez sûr que les mains ou 



142 LA MAGIE NATURELLE 

la face étant mouillées avec cette eau, noirciront peu à 
peu, au point que les personnes ressembleront à de 
vrais nègres. Mais si vous voulez enlever cette teinte 
noire et rétablir la partie noircie dans sa première 
blancheur, prenez du vinaigre, du jus de limon ou ci- 
tron et du colophane : faites distiller le tout. Ce lave- 
ment est très efficace. 



Chapitre Seizième 

Premièrement, pour combattre vaillamment dans le 
camp de Vénus. 

Si quelqu'un désire se montrer vigoureux dans les 
plaisirs du lit, qu'il se nourrisse principalement de bul- 
bes d'échalottes, car ces plantes chatouillent fort et 
excitent le désir vénérien. De tout quoi Martial a parlé 
et aussi Columelle dans son jardinet. 

Vienne à ce coup génitale semence 
Du bulbe chaud que Mégare produit : 
Que chatouillant le mâle en véhémence 
Arme la vierge au naturel déduit. 

Prenez en bonne quantité de la roquette, des poix 
chiches, des oignons, des carottes, de l'anis, du co- 
riandre, des noyaux de pommes de pin, l'homme qui 
prendra cela sera rendu dispos à l'acte vénérien ; mais 
entre toutes autres choses, le satyrion émeut forte- 
ment la semence ou le sperme et résiste longtemps aux 
plaisirs de la couche, et quant aux femmes, cette plante 
les excite et les chatouille fort et les pousse à l'embras- 
sement. Les orties ont également la vertu d'exciter 
l'appétit vénérien. Et semblablement si nous pouvons 



LA MAGIE NATURELLE 143 

nous procurer cette herbe qui vient de l'Inde et dont 
Théophraste a parlé, ceux qui en useraient sentiraient 
que, non seulement en la mangeant, mais en en tou- 
chant les parties génitales, la vertu et le désir de l'acte 
sexuel croîtra étrangement, à telles enseignes qu'ils 
pourront pour ainsi dire coiter aussi souvent qu'il leur 
plaira. Et encore le même auteur raconte que certain 
personnage, ayant usé par douze fois de cette herbe, 
fut si animé qu'il exécuta l'acte vénérien sept fois de 
suite, et avec une telle vigueur que le sperme lui dé- 
coulait goutte à goutte comme du sang. Donc si vous 
voulez exciter en vous le désir de luxure, vous em- 
ployerez le moyen indiqué ci-dessus, et encore le sui- 
vant. Prenez des racines de satyrion et des noyaux 
de pommes de pin, de l'anis et de la roquette, — poids 
égal de l'un et de l'autre, — ajoutez-y la moitié de ces 
petits animaux qui croissent au Nil et qu'on appelle 
Scinci et un peu de musc. Faites confire cela dans du 
miel purifié et écume. 

Encore conviendra-t-il de renforcer cette compo- 
sition de cerveaux de passereaux, de roquette sau- 
vage, de langues d'oiseaux et d'autres ingrédients sem- 
blables. Mais si quelqu'un veut exciter la femme et la 
faire jouir, qu'il arrose le gland de la verge de musc et 
de civette de castoreum, ainsi appelée parce que c'est 
un jus qui se trouve dans la verge du castor, puis de 
cubèbe et d'huile de Ben, ou de l'une de ces deux der- 
nières substances seulement : cela chatouillera am- 
plement ceux qui s'adonneront au plaisir de la luxure. 
Mais l'homme et la femme se délecteront merveilleuse- 
ment s'ils prennent l'un et l'autre du poivre long de 
pyrèthre et de galaxa, le tout bien broyé et pris dans 
du miel. 



144 LA MAGIE NATURELLE 



Pour rafraîchir le désir de luxure. 

Vous arriverez à ce résultat de la façon suivante : 
mangez de la rue et du camphre, car cela détruit l'état 
qui fait lever la verge, tellement cju'un homme en 
pourrait devenir comme châtré. L'agnus castus de la 
même façon réprime et éteint l'appétit vénérien, et 
soit qu'on se couche sur les rameaux de celui-ci, ou 
qu'on en boive en infusion ou qu'on en mange, il des- 
sèche la semence. Les matrones anciennes, dans les 
sacrifices des Egyptiens appelés Thermophoria, se fa- 
çonnaient des couches de ces rameaux, sur lesquelles 
elles dormaient. La laitue aussi ôte la force du sperme 
chez ceux qui usent abondamment de cette plante. 
Callimacchus a laissé par écrit qu'Adonis ayant mangé 
une laitue, fut tué par un sanglier et qu'il fut enterré 
par Vénus sous une laitue parce que par la vertu d'une 
telle plante, au dire d'Athenœus, Vénus devient lan- 
goureuse et les hommes deviennent impuissants. Le 
ventre du lièvre profite bien à la conception, si la 
femme en mange ou le met sur son ventre ; mais sitôt 
qu'elle aura conçu, elle devra se garder de toutes ces 
choses, car elles pourraient détruire la conception. La 
menthe appliquée sur l'orifice de la vulve après le coït, 
corrompt la semence génitale et mise sur du lait, elle 
l'empêchera de se cailler, encore qu'on y mette de la 
présure; même si vous en mettez sur les mammelles 
d'une femme, elle empêchera le lait de s'épaissir. Le 
safran ôte merveilleusement la puissance de concevoir. 
Si une femme boit à jeun de la décoction de saule, elle 
deviendra stérile et ce, pour autant que le saule perd 
soudain sa semence. Le même effet est produit par le 



LA MAGIE NATURELLE 145 

parfum de l'ongle d'une mule, l'urine et la sueur de 
celle-ci, et l'eau avec laquelle les serruriers ou maré- 
chaux éteignent le feu de leur forge, si l'une ou l'autre 
de ces choses sont prises par la femme après la fin de 
ses règles. Mais surtout c'est un long et continu tré- 
moussement qui est apLe à arrêter la conception, car 
après que la femme se sera excessivement trémoussée, 
à la suite du coït ,elle ne pourra retenir la semence gé- 
nitale et la rendra donc inopérante. Ainsi fit cette 
chanteuse dont parle Hypocrate, laquelle ne voulant 
pas retenir le sperme pour concevoir, afin que la con- 
ception ne la notât d'infamie ou au moins n'amoin- 
drît son honneur, tressaillit et sauta sur terre, rendit 
la semence conçue et son germe coula. Les observa- 
teurs superficiels de la vertu du nombre sept et les 
pythagorisans ont attribué cet effet à une puissance 
occulte, parce que Hypocrate aurait répété cela sept 
fois. Toutefois, cela est argué de faux, attendu que 
cela coule plus tôt; encore faut-il considérer que plus 
elle sautera, moins elle concevra. Mais si la femme, 
avant d'avoir joui, boit du jus de rue et qu'on lui 
applique sur la vulve un pessaire, façonné à la forme 
de l'organe génital de la femme, et oint d'un mélange 
d'opoponax et de soufre vif, à l'aide d'une plume en- 
duite de savon noir, il est certain que ce procédé amè- 
nera immédiatement un avortement. Cependant il faut 
se garder d'employer ces moyens, car ils nuisent géné- 
ralement aux femmes enceintes. 



10 



146 LA MAGIE NATURELLE 



Chapitre Dix-Septième 

Des mèches de lampes ou chandelles, et des illusions 
qu'elles produisent, et comme on pourra faire 
que les hommes seront vus avoir des têtes de 
chevaux ou d'autres animaux. 

J'ai examiné longuement si, dans l'antiquité, ces 
secrets pouvaient avoir été ignorés, ou si ce qu'on en 
disait répondait à la vérité, et je ne me suis pas peu 
réjoui lorsque j'ai appris que certains d'entre eux les 
avaient connus, entr'autres Anaxilaus, ajoutant foi 
ainsi aux assertions de Pline. Et comme nous avons 
beaucoup travaillé pour inventer ces choses, il ne sera 
pas hors de propos d'en traiter et de les faire connaître 
à tous ceux que cela intéresse. 

Comme on pourra voir une chambre colorée. 

Il faut tout d'abord que toute autre lumière soit 
éloignée de la chambre, afin que notre lampe ne soit 
éclipsée et que l'illusion qu'on veut produire ne soit 
empêchée ou frustrée. Et si l'expérience se fait de jour, 
fermez les fenêtres, de peur que quelque lumière, ve- 
nant du dehors, ne détruise aussi l'illusion. Vous pour- 
rez voir un beau vert dans une chambre de la manière 
suivante. Ayez une lampe qui soit de verre vert et clair, 
afin que les rayons qui en sortent soient colorés de 
cette teinte, et que l'huile, mélangée de vert de gris, 
devienne verte également. De plus, faites que la mè- 
che soit aussi de la même couleur, ou qu'elle soit au 
moins fabriquée d'un coton pénétré de cette teinte. 
Quand ce coton brûlera dans cette lampe, il fera ap- 



LA. MAGIE NATURELLE 147 

paraître vert tout ce qui se trouvera dans la chambre, 
voire même les figures des spectateurs. 

Mais si vous désirez que toutes choses vous appa- 
raissent noires, mêlez dans votre lampe de l'encre et 
de la suie, ou mieux encore de l'encre seulement; si 
mis dans une lampe, elle prend feu, il en sortira une 
flamme noire. Ainsi, dit-on, a fait souvent Anaxélaus, 
et il rendait les gens noirs comme des moricauds. 
Maintenant, pour faire en sorte que toutes choses que 
vous viendrez à regarder vous semblent jaunes, faites 
broyer ensemble plusieurs ingrédients jaunes, comme 
de l'orpiment, du safran, de l'écorce de lupin, que 
vous mettrez dans une lampe de verre jaune. Allumez 
ensuite la mèche et tout vous apparaîtra jaune. Si vous 
êtes désireux de voir que, dans une même salle, tout 
soit en partie vert, en partie jaune et en partie noir, 
mélangez tous ces ingrédients, comme l'enseigne Si- 
méon Sethi; si quelqu'un vient ensuite à tremper la 
mèche d'une lampe dans de l'encre de sèche, mêlée de 
vert de gris ou de rouille d'airain, et l'allume, les hom- 
mes qui assisteront à ce spectacle sembleront en partie 
de couleur d'airain et en partie de couleur noire. 

Pour voir une maison argentée et lumineuse. 

Voici comment vous opérerez : coupez les queues de 
plusieurs lézards noirs, et recueillez les gouttes de li- 
queur éclairante qui en découleront; de plusieurs de 
ces lézards vous en conjoindrez plusieurs, et en mouil- 
lerez un morceau de papier ou une petite branche de 
genêt, et si c'est possible, vous y mêlerez de l'huile; 
aussitôt vous verrez que tout prendra une couleur 
argentine. Vous ferez de même en toutes autres choses. 



148 LA MAGIE NATURELLE 

Nous allons maintenant traiter d'autres expériences 
intéressantes, pour lesquelles nous procéderons, com- 
me pour tout le reste, avec ordre et méthode. 

Pour faire en sorte qu une face apparaisse maigre el 

pâle. 

Vous arriverez aisément à ce résultat de la manière 
suivante. Prenez une coupe de verre à large gueule, 
versez-y du vin vieux, ou grec si c'est possible, puis 
jetez-y du sel, autant que vous pouvez en tenir dans 
la paume de votre main. Ensuite, mettez cette coupe 
sur des charbons ardents, mais qui ne flambent point, 
de peur que le verre ne se casse, et incontinent le 
contenu commencera à bouillir. Approchez une chan- 
delle et le liquide commencera à brûler. Vous étein- 
drez alors toutes les autres lumières qui seront dans 
la chambre, et ce vin rendra les figures des assistants 
telles qu'ils auront positivement horreur l'un de l'au- 
tre. 

Autant en adviendra-t-il dans les fournaises dans 
lesquelles on fond les cloches et autres métaux, car 
tout ce qui est ouvert se voit avec une couleur si 
étrange qu'on est contraint de s'émerveiller de voir 
les lèvres des gens fort bigarrées, à savoir couvertes 
de laine grasse, violettes, rouges ou tirant sur le noir. 

Si on met du soufre brûlant au milieu d'une société, 
il opérera davantage que les choses ci-dessus indiquées. 
Nous savons qu'Anaxilaus avait coutume de s'occu- 
per de ces expériences. Le soufre mis dans un vase 
neuf que l'on posera sur des charbons ardents, donnera 
une grande pâleur aux assistants par la réverbération 
de son ardeur. Cela m'est souvent arrivé de nuit. 



LA MAGIE NATURELLE 149 

lorsque je cheminais dans la campagne de Naples ou 
sur les coteaux de l'Eucogène, car le soufre, s'allu- 
mant de lui-même, rendait les figures des passants 
telles que je les ai dépeintes ci-dessus. 

Pour faire que les assistants d'une société sembleront 
n'avoir point de têtes. 

Faites bouillir de l'orpiment très finement broyé 
dans un pot de terre neuf et mêlez-y du soufre. Cou- 
vrez votre pot, de peur que la vapeur jaune ne s'en- 
vole, et mettez cette composition dans une lampe 
neuve, que vous allumerez, et les assistants qui seront 
là sembleront n'avoir ni tête ni mains, s'ils ferment 
leurs yeux avec les doigts lorsqu'on allumera cette 
lampe ou cette chandelle. Vous verrez alors pendant 
quelques instants le spectacle dont nous venons de 
vous parler. 

Pour faire que les hommes vous apparaissent avec des 
têtes de chevaux ou d'ânes. 

Coupez la tête à un cheval ou à un âne vivant et 
ayez un pot de terre de telle capacité qu'il soit si plein 
d'huile que la graisse surmonte l'orifice du pot. Après 
bouchez ce pot que vous entourerez de terre fort grasse 
et bien adhérente. Puis, mettez-le au-dessus d'un feu 
lent, et faites que l'huile puisse bouillir pendant trois 
jours, pour que la chair bouillie se réduise en huile, 
de sorte que rienn 'en apparaisse plus que les os. Broyez 
tout cela dans un mortier, et mêlez de cette poudre à 
l'huile, avec laquelle les têtes des assistants seront 
oints. Qu'on mette de même au milieu des cordeaux 



150 LA MAGIE NATURELLE 

OU mèches d'étoupes, ni trop près, ni trop loin, et 
vous vous trouverez avoir une figure monstrueuse. 

Tirez de la tête, fraîchement coupée, d'un homme 
une huile, et frottez-en la tête des bêtes, elles semble- 
ront aussitôt avoir des têtes d'hommes. Ainsi par di- 
verses têtes d'animaux vous ferez que divers corps ap- 
paraîtront monstrueux. Soyez sûrs que, comme jadis, 
les secrets étaient soigneusement cachés par les an- 
ciens, on ne pouvait guère tirer grand'chose de leurs 
écrits. Anaxilaus donne cependant certaines indica- 
tions. On prend cette humeur puante qui sort du che- 
val après l'embrassement ou coït, et les mèches des 
lampes allumées représenteront monstrueusement 
à la vue les têtes des hommes comme des têtes de che- 
vaux. On en dit autant des ânes. Le même spectacle se 
produira si on tire l'humeur des truies, lorsqu'elles 
sont en rut et en chaleur, et qu'on l'allume : les gens 
alors sembleront avoir des têtes de pourceaux. Vous 
en ferez autant de tous les autres animaux, en faisant 
brûler l'ordure que vous aurez recueillie de leurs 
oreilles. Si pareillement vous faites brûler du sperme, 
et que vous en frottiez les têtes des spectateurs, ils 
vous sembleront avoir les têtes des animaux dont vous 
aurez pris la semence. Veuillez garder pour vous ce 
secret. 

Pour faire voir une chambre pleine de grappes de raisins. 

Vous pourrez faire cela de la façon suivante. Alors 
que le raisin commencera à perdre sa fleur, prenez un 
vase plein d'huile dans lequel vous plongerez ce raisin 
avec son rameau et sa feuille. Après cela, assurez bien 
votre pot, pour que le vent ne le déloge ou l'arrache 



LA MAGIE NATURELLE 151 

de sa place, et faites que le soleil darde ses rayons des- 
sus. Cependant, bouchez le pot, mettez du plâtre tout 
autour de votre couvercle et couvrez-le d'une peau. 
Laissez-y toutefois une ouverture par laquelle la queue 
puisse entrer. Après que le raisin sera arrivé à complète 
maturité, pressez-le dans un linge et gardez-le jus- 
qu'à ce que vous en ayez exprimé toute l'huile, et 
exposez-le pendant quelques jours au soleil. Ensuite, 
mettez de cette huile dans les lampes et vous verrez 
tout l'endroit plein de raisins, il semblera que vous 
soyez tout environné de feuilles et d'arbres, voire 
même alors que les arbres sont dépouillés de leur 
feuillage. Quant à l'effet produit par d'autres fruits, 
il sera le même si vous employez le même procédé. 

Chapitre Dix-Huitième 

De plusieurs expériences intéressantes à propos de 

lampes. 

Il y a encore quelques autres expériences que l'on 
peut faire avec des lampes ; mais bien qu'elles ne soient 
pas aussi intéressantes que celles qui précèdent, nous 
allons cependant vous en entretenir, pour que nous 
n'ayons pas l'air de vouloir passer sous silence des 
choses qui à tout prendre, méritent d'être connues et 
enseignées. 

Pour faire qu'une personne, allumant une lampe, 
s'effraye el ait très peur. 

Faites une mèche de linge au milieu de laquelle 
vous mettrez la dépouille d'un serpent, y ajoutant du 
sel broyé bien menu. Cela fait, donnez votre lampe 



152 LA MAGIE NATURELLE 

remplie d'huile à quelqu'un; sitôt que cette mèche 
sentira le feu, le sel tressaillira et la peau du serpent 
se tordra, lorsqu'elle cuira sous l'action de la chaleur, 
de sorte que cela effrayera grandement les enfants. 
De la même manière la queue du chien et du loup, et 
celle du loup et de la brebis, entortillés ensemble, se 
tordront si vous les allumez avec cette huile. C'est du 
moins ce qu'affirme Albert. 

Pour faire que les raines ou grenouilles ne crient pas la 

nuit. 

D'après ce qu'enseigne Albert, il faut prendre de la 
graisse du dauphin et de la cire blanchie au soleil et 
en garnir une lampe, que vous poserez toute allumée 
sur les bords des lacs, et les raines ou grenouilles se 
tairont. Mais Africain en parle aussi dans ses livres 
d'agriculture et dit que toute lampe peut amener le 
même résultat, car si vous posez une lampe allumée 
sur le bord d'un marécage, d'un étang ou d'un fossé, 
les raines soudain se tairont. Certains farceurs ont 
coutume de percer une paroi et mettent dans le trou 
une grenouille; après, ils bouchent l'ouverture avec du 
papier, sur lequel ils dessinent un corbeau. Devant le 
papier, ils allument une torche et lorsque la grenouille 
commencera à s'échauffer sous l'action du feu, elle 
se mettra à crier : Crax, crax, c'est-à-dire à imiter la 
voix du corbeau. Par ce moyen, ils montrent un cor- 
beau peint qui crie et qui croasse. 



LA MAGIE NATURELLE 153 



On peul faire une mèche qui brûlera la main qui 
iéleindra et s'éteindra en la main étendue. 

Tirez de l'eau de camphre à l'aide de l'alambic des 
alchimistes et façonnez-y des soupiraux de terre grasse 
afin que l'esprit ne se dissipe; de cette eau frottez- 
vous les mains et soyez sûr que si cette flamme est 
mise sur le poing et on clôt la main, elle la brûlera, 
mais si on laisse la palme de la main ouverte, la lu- 
mière deviendra de plus en plus faible et finalement 
s'éteindra. 

On peul de la même manière faire une lumière à Vaide 
de laquelle il semble que les aslres errent et se meu- 
vent. 

Il y en a qui brûlent des limaces ou des tortues ou de 
la centaurée, et avec la fumée que donne la flamme, 
ils contemplent les étoiles, de sorte qu'elles semblent 
errer et se mouvoir de toutes parts dans le ciel. Si 
encore on désire voir cela mieux, cachez le feu, de 
sorte que les spectateurs ne le voient point et que les 
rayons soient rompus; par ce moyen, un homme ingé- 
nieux pourra produire plusieurs effets trompant les 
yeux. Il tirera ces procédés des ouvrages traitant de la 
perspective. 

D'une autre lumière par laquelle les hommes sembleront 
des géants. 

D'aucuns prennent cette plante que les Arabes 
appellent Alchac-heni, les Latins Solanunei et nous 
baguenaudier, ou baguenaudes, et la font confire 



154 LA MAGIE NATURELLE 

dans de la graisse de dauphin, puis la laissent trem- 
per dans un onguent et la façonnent en de petites 
masses ayant forme de pains. Après cela, ils la brû- 
lent, mais faiblement, avec de la bouse de vaches, et 
par ce moyen ceux qui se trouvent à l'opposé de ce feu 
sembleront avoir une figure et une corpulence qui 
dépasseront de beaucoup la moyenne. Cela advien- 
dra principalement si les spectateurs se penchent ou 
qu'ils se courbent, et que ceux que l'on regarde se trou- 
vent dans un endroit élevé, de telle sorte que le rayon 
touchant la tête de l'homme aille frapper le plancher 
de l'endroit, et que celui-ci soit regardé d'un même 
angle. Ce phénomène arrive souvent dans les bois, la 
nuit, entre chien et loup comme on dit, alors que la 
clarté de la lune impuissante est voilée par des nuages, 
car alors les loups et autres bêtes semblent surpasser 
en hauteur les montagnes et les forêts, en sorte qu'on 
croirait vraiment que ce sont des fantômes. Et les 
hommes, dépassant les autres voyageurs, alors qu'il y 
aura peu de jour, sembleront toucher la tête des pieds, 
et leur grandeur semblera atteindre les astres, prin- 
cipalement en gravissant une montagne. Et plus près 
ils seront, ils sembleront être éloignés d'une demi-lieue, 
jusqu'à ce que le soleil survenant et illuminant toutes 
choses, aura fait connaître le véritable éloignement. 
Quelquefois, afin que la longueur du chemin ne m'en- 
nuyât, je me mettais en mer. Or, il était fort matin, 
le jour n'avait pas commencé à poindre, et la lueur 
incertaine de la nuit faisait que ma stature, qui à l'or- 
dinaire n'était que d'une grandeur moyenne, semblait 
au nocher avoir la forme de la statue d'un géant. Et 
de vrai, j'étais dans un endroit haut et éminent et le 
pilote de la barque commençait à se fâcher, murmu- 



LA MAGIE NATURELLE 155 

rant entre ses dents qu'il ne voulait pas porter un si 
lourd fardeau, et faisant le signe de la croix sur sa 
poitrine, m'abandonna. Je fus bien émerveillé de ce 
fait, j'en recherchai la cause, dont la découverte me fit 
grand plaisir. 

Chapitre Dix-Neuvième 

De l'art et de la manière dont on peut se préserver des 

poisons. 

Or, afin que nous accomplissions l'œuvre que nous 
avons entreprise, il conviendra que nous entretenions 
nos lecteurs des divers poisons qui se peuvent présen- 
ter et des remèdes à opposer à l'empoisonnement. 
Par les moyens que nous vous enseignerons, vous 
pourrez vous préserver des effets mortels des divers 
venins et poisons. Seulement, il faudra bien se rappe- 
ler que le premier venu ne doit pas se livrer à la con- 
fection des drogues et remèdes qui peuvent guérir 
des effets de l'empoisonnement ; il faut se laisser traiter 
par la main docte d'un habile praticien, sans quoi on 
pourrait avoir à s'en repentir. La nature a donné des 
venins universels, mais elle en a donné aussi de parti- 
culiers. L'aconit, surnommé Pardalianche, tue les 
léopards et les panthères. Théophraste appelle l'aconit 
Thelyphonon, parce qu'il étourdit les scorpions, les 
fait tomber dans un spasme tel qu'il les engourdit. 
L'autre espèce d'aconit, nommée aussi cynoctonon ou 
lycoctonon,qui est notre vulgaire pastel ou étrangle- 
loup, apposé au-dessus de la racine sur la chair qu'on 
veut présenter aux chiens et aux loups, les trompent 
et les empoisonnent. C'est chose certaine aussi que les 



156 LA MAGIE NATURELLE 

noix mételles mangées par les chiens les tuent immé- 
diatement, tant elles sont venimeuses. 

Comment ceux qui veulent faire une plaie grave par 
un attouchement soudain, peuvent te faire. 

Voici la manière d'arriver à ce résultat : on prend 
un crapaud verdier, grasset, qui vit parmi les épines 
et qui refronce son dos de façon à y former des petites 
bosses. Certains auteurs l'appellent aussi buffo, c'est 
la bête la plus nuisible qui soit, et elle est d'autant 
plus pernicieuse et mortelle, qu'elle vit dans des lieux 
froids et ombragés, dans les forêts et les marécages-, 
où croissent les roseaux. Ce crapaud est particulière- 
ment venimeux. On met ce crapaud dans un petit sac 
rempli de sel, puis on le secoue très vivement et on le 
tourmente jusqu'à ce qu'il meure; le sel, devenu per- 
nicieux à son tour, gardera le venin du crap^aud. Ou 
autrement : on ensevelit un crapaud dans du sel et on 
le laisse reposer pendant quinze jours dans du fumier; 
cela fait, on garde ce sel et on le fait fondre dans quel- 
que viande. Je vous assure que celui qui en aura 
mangé en sera réellement malade et que ce sel, péné- 
trant dans toutes les parties intérieures du corps, 
empoisonnera le sang et tuera la personne en très peu 
de temps. Voici une autre façon d'opérer : on met ce sel 
dans un lieu humide afin qu'il se dissolve et se réduise 
en eau et soyez sûr que si on frotte un membre à l'aide 
d'un linge trempé dans ce venin ou que la liqueur tou- 
che la chair nue, elle causera une très grande et dange- 
reuse plaie. 



LA MAGIE NATURELLE 157 



Le souverain remède contre un tel mal. 

Prenez une bonne poignée de feuilles de la plante 
nommée millepertuis ou truchereau, avant qu'elle 
fleurisse, et mettez-la dans de l'huile; puis exposez 
le tout pendant une semaine au soleil. Ensuite, met- 
tez-les pendant un jour dans un bain d'eau chaude 
et tirez-en le jus par le pressoir. Gardez-le dans le 
même vase et lorsque l'aube aura épanoui ses fleurs et 
produit sa semence mettez-y les trois choses suivantes : 
cent scorpions, une vipère et un crapaud verdier au- 
quel vous enlèverez la tête et les pattes, puis lors de 
la canicule, vous l'ôterez du feu ; ayant bouché et 
couvert votre vase d'une peau, exposez-le au soleil 
pendant quinze jours. Successivement ajoutez-y d'é- 
gales quantités de gentiane, de dictame blanc, de 
l'une et de l'autre aristoloche et de tormentille. Vous y 
ajouterez aussi quelque peu d'une émeraude pulvérisée, 
puis enfouissez ce vase dans du fumier. Ae cette com- 
position vous oindrez l'endroit et partie du cœur, le 
diaphragme, tous les poux et le dos, et ce médica- 
ment rendra vaines les blessures de toutes espèces 
de bêtes. Il est à peine possible de trouver un remède 
plus efficace que celui dont je viens de parler. 

Pour rendre un homme ladre. 

Pour ce faire, on prend du sang ou de l'urine d'un 
ladre et on y fait tremper longuement du blé, tant qu'il 
soit suffisamment mou. Après avoir fait manger les 
grains de ce blé et on en engraisse des pigeons ou des 
poules qui prendront la lèpre, et qui la donneront à 



158 LA MAGIE NATURELLE 

ceux qui mangeront de ces volatiles. Ou autrement 
on prend des cantharides, de la pierre dite amianthe 
et cinq fois autant d'orpiment. On fait confire cela 
dans le jus de racine de tapha ou de squille et on l'y 
laisse tant que le tout se réduise en une sorte de Uni- 
ment. De ce venin on frotte les chausses ou les che- 
mises et soyez sûr qu'il engendrera une inflammation 
d'abord et ensuite la ladrerie ; aussi gardez-vous bien 
d'employer ces choses. Et encore si des malins ou 
pervers désirent opérer plus cruellement, ils y ajou- 
tent de la sueur des aisselles d'un homme roux et co- 
lère, du jus d'aconit, du venin de crapaud ou autre 
chose semblable et tout cela vous fera une plaie mor- 
telle. Si l'on trempe un fer dans ce jus, il donnera des 
coups empoisonnés et incurables. 

Remède convenable et salutaire contre la ladrerie. 

Prenez un pain tout chaud sortant du four et mettez 
le dans du jus d'endive, de houblon et d'absinthe» 
auquel vous ajouterez une mesure égale de vinaigre et 
de soufre qui aura été mis en infusion. Mettez-y de 
plus un tiers du jus d'eupatoire, et de rue des chèvres, 
que les Latins appellent Aristolochia rotunda et nous 
la sarrasine, la douzième partie d'une écorce de citron, 
la sixième partie de la semence du même fruit, la 
moitié, à poids égal, d'ellébore et de scammonée; 
mêlez toutes ces drogues et mettez-les sur le feu, les y 
laissant jusqu'à ce que toute l'humidité s'en soit éva- 
porée, puis conservez cette composition pour votre 
usage. S'il reste quelque tache sur la peau, usez de l'on- 
guent qui suit : prenez de la graisse de vipères et mê- 
lez-y la moitié de la graisse de bouc et de la graisse 



LA MAGIE NATURELLE 159 

d'ours, la quatrième partie d'huile de câpres, autant de 
soufre vif, la sixième partie d'hépatique. Répandez de 
l'encens là dessus et faite cuire le tout ensemble jus- 
qu'à ce qu'il s'épaississe. Après cela faites en un lini- 
ment avec de la cire et oignez-en le patient tous les 
deux jours, jusqu'à ce que les écailles des pustules tom- 
bent. 

Comment on peul faire devenir une personne insensée. 

Cela peut se faire avec un vin composé de la manière 
suivante : on prend des racines de mandragore, et on 
les jette dans de l'eau bouillante; lorsqu'elles s'en- 
flent et forment des petits bouillons, on les enlève du 
feu, on les met dans un vase recouvert d'un couvercle 
et on les garde ainsi pendant trois mois. Puis, si on 
veut tenter l'expérience, on présente ce vin à boire et 
soyez sûr que celui qui en boira, après qu'il aura été 
saisi d'un sommeil profond, perdra la raison, en sorte 
qu'il accomplira des actes d'une personne insensée. 
Cependant, quelque temps après son sommeil, la rai- 
son lui reviendra et les spectateurs auront eu grand 
plaisir à ce passe-temps. On en dit autant, si un homme 
ivre boit de l'écume d'un chameau : toutefois sa folie 
en est plus considérable, comme nous le verrons ci- 
après. On prend le cerveau d'une souris, et l'écume 
d'un chat, d'un ours et d'un chien, et d'une chauve- 
souris, le tout mêlé avec de la myrrhe; on dépose le 
tout dans un vase qu'on enfouit pendant huit jours 
dans du fumier. Après avoir ensuite distillé tout le 
contenu de ce vase, on en donne à boire, et sa proprié- 
té néfaste est d'ôter la mémoire et de faire perdre aux 
gens l'intelligence. 



160 LA MAGIE NATURELLE 



Pour causer une fièvre éthique après une longue maladie. 

Ceux qui veulent faire cela donnent aux malades 
une eau composée de la manière suivante. Ils rédui- 
sent le plomb en poudre fort menue ou le calcinent ; 
puis y ayant mis du sel, ils y ajoutent du vinaigre très 
fort et font distiller le tout sur le feu. De cette com- 
position, ils donneront un setier au patient par mois 
et renouvelleront la dose six fois, après quoi le pauvre 
malade sera pris d'une fièvre éthique triste et perni- 
cieuse. Mais si ces malheureux veulent rendre ce mal 
mortel et faire languir longtemps le malade, ils opè- 
rent ainsi : ils prennent de la céruse, du vert de gris 
et du vermillon artificiel, à parties égales de chacune 
de ces substances ; ils mettent le tout dans un vase de 
verre qu'ils enfouissent dans du fumier et l'y laissent 
l'espace de quarante jours. Ce terme écoulé, ils l'en 
retirent et y mêlent de la sueur d'un homme et don- 
nent cela à boire à celui qu'ils veulent faire mourir, 
ainsi ils le font languir longtemps avant qu'il meure. 
Mais pour guérir une personne atteinte d'une pareille 
infirmité, voici le remède : vous connaîtrez incontinent 
la maladie si vous faites boire au malade un peu de 
scammonée réduite en poudre dans du jus de réglisse; 
ce moyen fera apparaître le mal et le malade en sera 
délivré. Mais si le venin vous a saisi avant que vous 
l'ayez aperçu, faites ainsi : prenez de la fiente de pi- 
geon, et des coquilles d'œufs, la quatrième partie de 
poivre, un peu d'encens, de la lessive de sarment et 
vous en retirerez l'eau à l'aide de l'alambic des alchi- 
mistes. Vous en donnerez à boire le premier mois un 
setier, pendant sept jours, le second onze, le troisième 



LA MAGIE NATURELLE 161 

quatorze et ainsi jusqu'au sixième, cet antidote ôtera 
toute la force du venin. Quant à la maigreur, elle dis- 
paraîtra comme ceci : faites boire de l'eau tirée de 
cette herbe appelée personnatia, et chez nous bar- 
danc, avec un mélange de noyaux de pommes de pins, 
chaque jour à l'homme maigre, avant son dîner, jus- 
qu'à ce que sa santé soit entièrement rétablie. 

Pour faire arriver la mort au moyen de fermenialion ou 
de parfum. 

Si d'aventure (Dieu toutefois veuille détourner ce 
mal) vous aviez l'intention d'employer ce procédé, 
qui consiste à mélanger la lie du sang de l'homme 
(l'eau étant ôtée) séchée et mêlée avec du storax, et 
mise en parfum dans une chambre, il peut produire une 
odeur mortelle. Mais vous vous en tirerez de la ma- 
nière suivante. Ayez un oignon blanc que vous creu- 
serez pour pouvoir y introduire les poudres suivantes : 
deux parties d'aloès, trois de poudre d'agaric, puis 
fermez-le et liez-le par un fil, de peur que l'oignon 
ne s'ouvre. Vous le poserez dans un pot de terre et y 
mettrez du fort vinaigre avec une moitié de miel. 
A cela il faut ajouter de la fiente d'un jouvenceau roux 
avec une même quantité de romarin, puis couvrez votre 
pot et enduisez-le de terre grasse, puis mettez-le dans 
le four et le faisant bouillir à grande eau pendant un 
quart de jour, posez-le ensuite, avant qu'il se refroi- 
disse, dans du fumier et laissez-le reposer là pendant 
six mois. Puis vous coulerez la composition dans un 
linge bien propre. Si dans un setier de malvoisie vous 
mettez quelques gouttes de cette composition, en 
trois jours le patient qui en boira sera guéri; mais si 



11 



162 LA MAGIE NATURELLE 

on prend ce remède immédiatement, une seule fois 
suffira. 

Voici d'autres manières d'appareiller d'autres ve- 
nins. On prend un crapaud avec un aspic fort veni- 
meux et abondant en venin de vipère, on le met dans 
un alambic de plomb, pour pouvoir en tirer l'eau plus 
commodément, puis on les tourmente bien et on les 
bat, jusqu'à ce qu'on les ait mis en furie. On Jette alors 
dans l'alambic de l'euphorbe et de l'écume de cristal, 
le tout réduit en poudre bien menue. On y met ensuite 
un petit brasier et peu à peu on en fait distiller l'eau, 
qu'on garde alors dans un vaisseau de plomb. C'est une 
chose bien sûre que si on en présente une seule gout- 
telette, chaque jour pendant un mois, il ôtera le sens 
et l'entendement à celui qui en prendra. Il faut bien 
prendre garde quand on retire ces eaux, car elles ré- 
pandent une odeur pernicieuse et répugnante, mais 
vous y remédierez par les antidotes que nous avons 
avons indiqués plus haut. Pour tuer un homme par 
fraude, il y a beaucoup d'expériences, c'est pourquoi 
les hommes qui les ignorent sont souvent en danger 
de mort, mais pour qu'ils puissent se garder de ces 
dangers, quelques autres exemples ne seront pas inu- 
tiles ici. On met dans un vase qui ne soit enduit à l'in- 
térieur ni d'étain ni de plomb, un vieux crapaud car cet 
animal a un venin redoutable et on y jette avec lui un 
linge qui se souille du sang putréfié que cette bête vo- 
mit par la bouche. Ge linge aura une telle force que si 
on en nettoie l'orifice de la vulve, après le coït, elle 
occira la personne en très peu de temps, c'est pourquoi 
vous ferez bien devons en garder.Le crachat ou l'écume 
d'un aspic sourd tué récemment opère de même que 
le fiel d'un chien marin. On imagine encore autre chose 



LA MAGIE NATURELLE 163 

pour tuer le monde. On prend une coupe d'argent fort 
creuse, où l'on met un crapaud. On y fait cuire le vi- 
lain animal à petit feu, et ses humeurs et son venin qui 
découlent de son corps pénètrent dans les pores de 
l'argent, de cette façon, cette coupe deviendra perni- 
cieuse et empoisonnée. Si on la présente à quelqu'un 
pour qu'il y boive du vin, vous pouvez être sûr qu'il 
avalera un breuvage mortel et qu'il en mourra. Il y 
en a qui ont encore un moyen plus rapide de tuer. Ils 
coupent très menus les poils des queues des chevaux et 
les mélangeant à d'autres victuailles, les donnent à 
manger à celui à qui ils en veulent, et lorsqu'il veut 
digérer cette viande, ce poil s'attache aux parois des 
intestins et du ventricule et les putréfient, de sorte que 
l'homme meurt en peu de temps. On nourrit de la 
même façon des génisses, des pigeons, des femmes ou 
autres animaux avec lesquels communément on con- 
verse, de quelque venin, jusqu'à ce qu'il se convertisse 
petit à petit en nourriture, comme on dit de la pu- 
celle qui fut envoyée à Alexandre et des gélines qu'on 
repaît de jusquiame et de cailles nourries d'ellébore. 
J'en étais là de mon exposition, lorsque j'appris encore 
ce qui suit. Si par un artifice subtil nous prenons la 
pierre qui se trouve dans la tête des crapauds, et que 
nous appelons crapaudine, et qu'on la fasse boire à 
quelqu'un qui a été empoisonné, elle le garantira des 
conséquences du venin. Car la pierre pénètre et cir- 
cule avec le venin et débilite ses forces, et les annihile 
même complètement. Il y a une pierre dans la tête 
du grand ou vieux crapaud, qui peut faire mourir. 
Voici de quelle façon on peut l'avoir. On le met dans 
une cage, enveloppé d'un drap violet rouge, puis on 
l'expose à un soleil ardent et lorsque par les coups et 



164 LA MAGIB NATURELLE 

forces de l'air, il est peu à peu gravement tourmenté 
et qu'il vient à faiblir, il lui fait vomir la charge de sa 
tête par la bouche, à savoir l'ouverture du milieu, 
et coule dans un vase qui soit posé dessous. Autre- 
ment, si on n'ôte la pierre immédiatement, ils la hu- 
meront de nouveau, mais c'est plutôt un os qu'une 
pierre, brun obscur, longuet et creusé d'une part. Telle 
est l'expérience que je suis venu à connaître. 

Chapitre Vingt-et-Uniême 
Des médicaments endormants. 

Les médicaments endormants sont tenus en grande 
estime, car c'est souvent chose utile de soulager par le 
sommeil les douleurs de certains malades. Il en est qui 
ne savent d'autre moyen pour faire dormir profondé- 
ment que de charger l'estomac de viande et de vin. 
Nous allons, nous, en faveur des hommes sensés, trai- 
ter de certaines expériences, de celles qui nous sem- 
blent se rapprocher le plus près de la vérité, afin qu'ils 
apprennent eux-mêmes à les connaître et à les com- 
poser. Premièrement, il faut considérer les choses qui 
provoquent le sommeil, comme le pavot, la jusquiame, 
la noix mételle, la mandragore et autres drogues sem- 
blables ; si par leur mauvaise odeur elles déplaisent, il y 
faut mêler du sturase, du musc et autres odeurs et 
mêler le tout ensemble. Si vous voulez donner à man- 
ger cette composition, faites-la épaisse, et si vous dési- 
rez la présenter à boire, faites-la liquide et claire. 



LA MAGIE NATURELLE 165 



Moyen par lequel on pourra provoquer le sommeil. 

Faites distiller par l'alambic du jus de pavot dit 
opium et des têtes d'oignons dans un vase de verre et 
mêlez cela avec les autres médicaments et composi- 
tions et donnez-en à celui que vous voudrez faire dor- 
mir autant qu'il en pourra contenir dans la coque 
d'une noix, car ce breuvage avalé remplira la tête de 
vapeurs, de sorte qu'elle la disposera au sommeil. 
L'eau de mandragore, tirée d'un bain d'eau bouillante, 
produira le même résultat, et celui qui en boira ne sera 
pas incommodé par sa mauvaise odeur. On compose 
encore un médicament plus efficace avec les drogues 
suivantes. On prend du jus de pavot et un poids égal 
de noix mételle et de la semence de jusquiame noire, 
on fait dissoudre le tout dans du jus de laitue; on 
verse ensuite dans un vase qu'on enfouit dans du fu- 
mier et on l'y laisse reposer quelque peu, après quoi 
on le passe dans un alambic pour le distiller. Lorsqu'il 
commencera à bouillir, ôtez-en l'eau et gardez le marc, 
puis séchez-le avec des cendres chaudes ; ensuite, pour le 
réduire en une poudre bien menue, passez-le par un 
crible délié. Faites de cette cendre une forte lessive et 
faites que toute la vapeur chaude qui est en elle s'é- 
vapore, puis mêlez-y votre première eau et donnez-la 
en viande ou en breuvage non pas en même quantité 
mais en moindre quantité qu'on ne la présente à per- 
sonne, s'il n'y a nécessité ou contrainte. Ou autrement 
encore qu'on mêle de l'eau de mandragore, du jus de 
pavot et de la semence de pavot avec un ail ou autres 
drogues qui portent à la tête, et il suffira d'en prendre 
la grosseur d'une fève seulement. 



166 LA MAGIE NATURELLE 



Pour faire une pomme endormanie. 

Cela se fait de la manière suivante. On prend du jus 
de pavot, de mandragore, de ciguë, de la semence de 
jusquiame et de la lie de vin, et on y ajoute un peu de 
musc, pour en rendre l'odeur plus agréable. Puis, for- 
mez-en des pelotes aussi grosses que vous pouvez en 
empoigner dans la main. En flairant souvent cette 
pomme ou en l'allumant, elle provoquera le sommeil. 
Mais ceux qui s'efforcent de faire cela à de certaines 
heures travaillent en vain, car il ne faut pas oublier 
que les températures des hommes sont diverses. Ce- 
pendant pour amoindrir la force et la vertu de ces mé- 
dicaments, il vous suffira de frotter les tempes et le 
nez et les génitoires avec du sel dissous ou distillé 
dans du vinaigre, afin que par leurs efforts ils chas- 
sent le sommeil et réveillent l'homme endormi. 

Chapitre Vingt-Deuxième 

De plusieurs expériences admirables, dont on ne peut 
pas à la vérité connaître les causes. 

J'estimerai encore faire chose utile si je décris ici 
plusieurs expériences qui ne sont pas moins merveil- 
leuses à voir qu'à entendre et qui sont d'autant plus 
admirables qu'on n'en peut connaître les causes. Je ne 
peux manquer de m'attirer le mépris de ceux qui 
ont quelque peu de jugement et de savoir, vu qu'il sem- 
ble que cela n'est presque pas possible. Mais nous 
l'exposerons ainsi, tel que nous l'avons appris des 
anciens, et nous y ajouterons plus de choses encore, 



LA MAGIE NATURELLE 167 

pour que ces expériences puissent avoir quelque cou- 
leur de vérité. Toutefois, afin qu'on ne pense pas qu'on 
ne doive point du tout ajouter foi à nos paroles, je 
désire, ce qui vaudrait mieux, qu'avant d'avoir mau- 
vaise opinion de nous, ils s'employassent eux-mêmes à 
ce labeur jusqu'à ce qu'ils eussent trouvé la fève 
(comme on dit vulgairement) c'est-à-dire la vraie et 
naïve expérience. Que donc ils recueillent ce que nous 
avons dit de toutes parts et l'accommodent à leur 
usage; qu'ils prêtent l'oreille aux explications de ceux 
qui auront eu le bonheur d'en avoir fait l'épreuve, car 
il est sûr et certain qu'ils trouveront encore des choses 
de plus en plus difficiles à croire. 

Pour restreindre l'urine (Vune femme, qui peut de la 
sorte garder son eau. 

Il y a un aiguillon dans la queue de la pastenaque 
qui est exécrable au-delà de toute expression, comme 
disent les auteurs et qui fait des choses étonnantes 
comme celle-ci par exemple. Si vous le mettez en un 
lieu où il y ait de la terre molle, ou en un jardin et 
qu'une vieille y pisse dessus ; si après que cela sera fait, 
vous enfouissez l'aiguillon, de sorte qu'il soit tout ca- 
ché, toutefois lui ôtant seulement l'urine lorsque vous 
l'ôterez du creux où il aura été enterré : car vous y de- 
meurerez peu de jours et que soudain la vieille pisse 
de rechef, par ce moyen vous connaîtrez comment 
souvent les jeunes personnes retiendront l'urine aux 
anciennes, si toutefois elles leur en veulent interdire 
l'usage en cet endroit. 



168 LA MAGIE NATURELLE 



Pour faire que ceux qui sont assis dans un banquet, 
ne mangent point. 

Voici ce moyen, et quoiqu'il me paraisse peu vrai, 
je ne veux pas cependant le passer sous silence. Ayez 
une aiguille qui aura servi plusieurs fois à coudre les 
linceuls dont on enveloppe les morts et secrètement, 
au commencement du repas, fichez-là sous la table, 
elle empêchera les assistants de manger, de sorte qu'ils 
auront plutôt du dédain pour le festin et n'auront au- 
cun plaisir à être assis au banquet. Toutefois, après 
que vous vous serez quelque peu moqué d'eux, ôtez 
l'aiguille de l'endroit où vous l'aviez piquée, et l'ap- 
péiit reviendra aux convives. Et pour ne pas omettre 
de parler de ce que le Florentin a raconté dans ses 
Géorgiques et que l'expérience a déclaré être faux de 
tous points, je n'ai pas dédaigné de l'écrire. Si vous 
voulez que les femmes ne mangent point, prenez du 
basilic à cet effet, ce que nous avons souvent éprouvé, 
car cette plante est si contraire aux femmes que si quel- 
qu'un en met une plante avec sa racine sous les plats 
où voudra manger la femme, elle n'osera toucher à la 
viande, du moins aussi longtemps que le basilic ne 
sera pas enlevé. 

Pour faire qu'un boulanger ne pourra mettre son pain 

au four. 

Voici quelle est la manière dont vous pourrez vous- 
même faire l'expérience. Prenez le licol d'un pendu et 
liez-le en la partie de l'enfournoir qui entre au four, 
et alors si le boulanger tâche de mettre son pain au 



LA MAGIE NATURELLE 169 

four, il cherchera ça et là et n'en trouvera jamais le 
chemin; et de plus, s'il advient qu'il pose le pain de- 
dans, la pelle sera projetée dehors, ce qui semblera 
encore fort merveilleux et moins vrai. 

Lier ensemble les hommes et les femmes, de sorte qu'ils 
ne pourront se joindre charnellement. 

Albert, dans son livre des animaux, a écrit que si on 
lie la verge génitale du loup au cou d'un homme ou 
d'une femme, ils seront impuissants à goûter les plai- 
sirs de Vénus, de sorte qu'ils sembleront plutôt châ- 
trés qu'autrement et ils demeureront en cette peine 
jusqu'à ce que le nœud soit délié. Toutefois cela pour- 
rait être trouvé ridicule et il semble que l'expérience 
journalière s'inscrive en faux contre ce procédé. 

Pour faire que les femmes se réjouissent. 

Faites flamboyer et brûler plusieurs lampes avec 
de la graisse de lièvre et si les femmes demeurent quel- 
que peu au milieu d'un endroit ainsi éclairé, elles se 
réjouiront tant qu'elles tressailliront; toutefois cela 
n'a lieu que rarement. 

Comment on pourra faire que les chiens n'aboyeroni 

plus. 

Arrachez l'œil d'un chien noir encore vivant, et si 
vous le portez avec vous, et soit que vous soyez près 
d'autres chiens et que vous cheminiez tout auprès 
d'eux, ils n'aboieront point et ne jetteront aucun cri, 
ce qui s'explique par l'odeur de l'œil. Vous obtiendrez 



170 LA MAGIE NATURELLE 

le même effet et vivrez plus sûrement, si vous êtes ac- 
compagné des yeux ou du cœur d'un loup. Autant on 
en dit de la langue de l'hyène, si on la tient en main, 
car non seulement elle rend les chiens sans langue, 
mais encore garantit celui qui la porte de leurs mor- 
sures. 

Pour chasser les grêles el les tempêtes imminentes. 

Philostrate raconte que si on montre un miroir à un 
homme couché, que la grêle passera outre. Palladius 
publie que si quelqu'un porte sur soi le long de ses 
cuisses, la peau d'une hyène ou d'un veau marin, ou 
la pend en une métairie ou dans la première salle de 
cette métairie, alors qu'on verra l'orage prochain, 
la grêle ne tombera point. De même si vous tenez dans 
la main droite une tortue de marais, le ventre en l'air, 
et marchez tout à l'entour d'une vigne, puis la posez 
sur la terre dans la même position, et que les écailles 
de son dos entrent justement dans la concavité que 
vous avez auparavant creusée, et que la tortue soit 
contrainte de demeurer avec le ventre à l'air, elle fera 
en sorte que les menaces de grêles ne s'exécuteront pas. 

Nous avons recueilli ces choses dans les monuments 
et écrits des anciens; mais (sauf leur bonne grâce) je 
laisse à considérer aux gens ingénieux combien ces 
choses sont déshonnêtes et difficiles à faire, pour ne 
pas dire impossibles et dignes de risée. Mais plus na- 
turellement le grand et fort son des cloches pourrait 
empêcher ce mal, ou le bruit des canons pourrait le 
ralentir : car battant et coupant l'air, ils pourront dis- 
siper et chasser l'amas des nuées. Plusieurs conseillent 
de le faire en temps de peste, de façon à ce que l'é- 



LA MAGIE NATURELLE 171 

paisseur des nuées ne puisse plus nuire aux créatures. 
Toutefois Démocrite dit que les pluies et le tonnerre 
feront rage soudain, si on brûle la tête et le cou d'un 
caméléon avec du bois de rouvre et que la même chose 
arrivera si on brûle le foie du même animal sur les plus 
hautes tuiles d'une maison. Mais Aulu-Gelle estime 
que Pline a prétendu que cela était entaché d'une va- 
nité ridicule, comme cela avait été décrit par Démo- 
crite. 

Pour faire que les hommes se travaillent bien par sauter 
sans cesse, ou par rire, pleurer, chanter, et autres 
passions et affections humaines. 

Afin que la raison de l'expérience puisse mieux 
apparaître, nous traiterons premièrement quelque 
peu de ces opérations. Il y a un genre de phalanges, 
lequel, pour être issu de Tarentum, ville de la Fouille, 
a retenu le nom de Tarentule, car cette région abonde 
tellement en ce genre d'animaux, qu'il y a bien peu de 
personnes qui en puissent échapper sains et saufs et 
sans danger. Or, la morsure de ces bêtes est de beau- 
coup plus mauvaise que la piqûre des guêpes, et les 
hommes qui en sont mordus sont affligés de diverses 
passions, les uns chantent sans cesse, pleurent et rê- 
vent, mais à peine tous sautent-ils. Les moissonneurs 
courbés sur leur labeur et ne connaissant pas le mal 
que peut faire cette bête pernicieuse, en sont souvent 
terriblement frappés : mais faisant résonner des ins- 
truments musicaux, ils sont amadoués par leur mélo- 
die, de sorte que cette harmonie les rétablit en leur 
première santé. Quant à ces araignées-phalanges si 
mauvaises, elles demeurent et vivent dans de petites 



172 LA MAGIE NATURELLE 

cavernes, qu'elles se bâtissent au milieu des blés et 
vous pourrez les prendre de la façon suivante. Faites 
retentir un sifflet ou produisez une clameur imitant le 
bourdonnement d'une mouche; sitôt qu'elle l'aura 
entendu, elle sortira incontinent, parce qu'elle se re- 
paît souvent de ce genre d'insectes, comme les arai- 
gnées communes qui tapissent nos maisons de leurs 
fines toiles, où elles prennent les mouches. Or, après 
que vous aurez pris cette phalange, réduisez-la en 
poudre, et mêlez-y un peu d'autres poudres, autant 
que l'on en pourrait prendre avec deux doigts, afin 
qu'elle ne blesse celui qui en usera, parce que c'est du 
venin. Et après que l'homme aura pris cela, il sera ex- 
cité àdanser et à se trémousser, principalement si vous 
l'alléchez par les sons harmonieux des instruments. 

Pour faire peler les géniloires à un homme rompu et 

grevé. 

Voici la manière de le faire quand l'envie vous en 
prendra. Lorsque vous remarquerez qu'il s'approche 
du feu pour se chauffer, jetez du bois de sureau ou de 
figuier vert dans le feu, alors ses testicules péte- 
ront tellement qu'il sera contraint de se retirer de là. 
Or, cela vient-il du vent que ce bois jette, semblable 
à celui qui peut lui nuire; c'est assez quant à ce point, 
car on ignore la vraie cause du phénomène. 

Comment on pourra éprouver si une femme esl chaste. 

Nous nous sommes souvent moqués des expériences 
que l'on faisait avec des pierres et nous avons dû re- 
connaître plus tard que nous avions eu grandement 



LA MAGIE NATURELLE 17o 

tort. Voici par exemple l'expérieiice à faire avec la 
pierre d'aimant. Or, cette pierre d'aimant, a une telle 
vertu que si elle est posée sous la tête d'une femme en- 
dormie, si elle est chaste, elle embrassera son mari d'a- 
moureux et doux embrassements ; mais si elle est au- 
trement, c'est-à-dire si elle n'est pas chaste, elle sera 
jetée hors du lit comme poussée par une main violente. 
Mais puisque nous sommes arrivés inopinément à par- 
ler de cette pierre bien connue du reste par la commune 
renommée, il nous paraît convenable de donner encore 
ici la description de quelques expériences agréables et 
gentilles pour montrer l'efficacité de celle-ci. Lucrèce, 
poète fameux, estime l'aimant que les Latins appellent 
Magnes, avoir pris son nom de Magnésie et les autres 
l'appellent Heracleum, de la cité nommée Héraclée, 
plusieurs encore le nomment Sideritis parce qu'il tire 
le fer, que les Grecs appellent Siduros, car il attire le 
fer avec tant de force et de vitesse que les spectateurs 
en demeurent émerveillés et ce qui a fait dire à Anaxa- 
goras que l'aimant est doué d'une âme. Cette pierre 
donc a une telle vertu que si on compose des pièces 
dessus et aux quatre coins d'une maison et qu'on mette 
un fer au milieu, ils le tireront d'une et d'autre part, 
de sorte qu'il demeurera comme suspendu en l'air 
sans aucun soutien inférieur, et ne sera lié dessus par 
aucun lien visible. Voilà pourquoi Dunocrate, archi- 
tecte, avait commencé à Alexandrie de voûter le tem- 
ple d'Arsinoë, de façon à ce que la voûte, construite 
en fer, fut vue comme suspendue en l'air. Les Grecs 
disent aussi que dans la voûte du temple de Serapis à 
Alexandrie, il y a une pierre d'aimant qui tient sus- 
pendue en l'air une statue de bronze, dont la tête était 
en fer. Et non seulement cette pierre attire le fer, mais 



174 LA MAGIE NATURELLE 

elle lui donne une telle force qu'une fois attiré par elle, 
il en peut attirer d'autres, en sorte que souvent l'on 
voit jusqu'à dix anneaux joints l'un à l'autre, qu'ils 
formeront comme une vraie chaîne, et ils seront atta- 
chés si fortement qu'on pourra à peine les détacher. 
Que dirai-je de plus ? si grande est la force de l'ai- 
mant, que non seulement il attire par le seul attou- 
chement, mais même sans attouchement, car si le fer 
est du même poids et que cette pierre soit mise sur une 
table solide, vous verrez le fer qui sera posé sur elle se 
mouvoir et suivre l'aimant. On peut avec un aimant 
accomplir bien des choses intéressantes, merveilleuses 
même. Oh ! que de choses admirables gisent cachées 
dans la nature ! Une autre vertu de l'aimant, et celle- 
ci est très remarquable, c'est que si on en frotte une 
broche en fer, et que vous la mettiez sur un pivot, elle 
se tournera toujours vers le midi. Par l'usage de cet 
instrument, on fend et on sillonne la mer immense, 
et il indique le chemin à suivre. Au moyen de cet ins- 
trument, nos ancêtres, observant de jour et de nuit les 
astres, pouvaient naviguer; autrement, errant au mi- 
lieu de la mer, ils n'eussent pu connaître les places et 
les contrées du monde où ils voulaient se rendre. Plu- 
sieurs disent que le fer est attiré par l'aimant, d'autant 
que l'aimant est de beaucoup supérieur au fer, en s'ap- 
prochant surtout de l'Ourse céleste. Ou autrement, on 
dit que par sa pesanteur il ne peut descendre à terre et 
que cela lui est dénié par un autre empêchement. Il 
convient par conséquent qu'on soit bien attentif à ce 
fait, car si vous ne connaissez pas, par expérience, la 
vraie ligne qui s'étend depuis le vent du Midi jusqu'à 
l'Aquilon, d'autant plus qu'il sera éloigné de cette li- 
gne, il penchera vers l'Orient ou vers l'Occident. Nous 



LA MAGIE NATURELLE 175 

voyons aussi qu'où lever et au coucher du soleil, il se 
meut du lieu qui sera au milieu de ces deux points, 
qui aura été frappé des rayons solaires. 

Par quoi si le fer touche la partie qui regarde vers la 
bise et vous la présentez à la partie australe, vous le 
chasserez vers la partie du Midi, et au contraire si le 
fer touché de l'aimant, l'étoile étant à l'extrémité de la 
queue de l'ourse, se meut du vrai lieu sur lequel s'ap- 
puie l'axe du ciel. De là est venu ce que les écrivains 
ont publié, à savoir que le fer frotté de la part du Midi, 
repoussera celui qui se trouvera tourné vers la bise, 
comme si deux pierres tombaient. Comme aussi on 
raconte de Théamède, que Pline dit être né en Ethio- 
pie, en une montagne non très éloignée de celle dont 
l'aimant a pris son nom, et cette pierre a la vertu de 
repousser l'air; mais ceux qui en traitent semblent 
plutôt écrire des choses admirables que vraies, attendu 
que personne n'a fait l'expérience de ce fait. Tous aussi 
tiennent pour incertain pourquoi l'aimant dressant sa 
ligne au lever du soleil renaissant, montrera aux navi- 
gateurs le vrai du jour et des nuits et guidera leurs 
vaisseaux. Et pourtant cette pierre douée de tant de 
vertus admirables et précieuses, les perd soudain dès 
qu'on la frotte d'ail. Aussi si les marins ont mangé de 
l'ail, ils ne pourront observer leur route en mer, car 
on dit qu'ils seront enivrés. C'est par hasard que nous 
avons trouvé un procédé pour séparer le sablon blanc 
du noir, mais peut-être cette expérience a-t-elle déjà 
été faite par les anciens que comme l'aimant attire 
le fer, le sablon l'huile et toute chose. C'est ainsi que 
souvent nous retrouvons à nouveau ce que les anciens 
avaient déjà depuis longtemps trouvé, mais qui 
s'était perdu au cours des âges. 



176 LA MAGIE NATURELLE 



Chapitre Vingt-Deuxième 

La manière de connaître si une fille est chaste, ou si 
elle a été souillée par des embrassements ou si 
vraiment elle a fait des enfants. 

L'antiquité nous a donné bien des indications à ce 
sujet, mais depuis lors, nous avons appris par d'autres 
expériences faciles à faire et parfois merveilleuses ce 
que nous avons écrit en tête de ce chapitre. Que ceux 
donc qui sont alléchés par le désir de connaître ces 
choses et ont soif de savoir tout cela, apprennent ici la 
règle à suivre. 

Qu'on prenne de la racine du jayet et qu'on la pile 
très menu dans un mortier, puis qu'on la passe par un 
tamis, pour la réduire en une poudre très fine; puis 
faites-là boire dans de l'eau ou du vin à la femme, et 
s'il lui prend incontinent envie de pisser, et qu'elle ne 
peut retenir son urine, c'est signe d'une vierge cor- 
rompue et donne témoignage de sa défloration ou dé- 
pucelage; mais si elle ne s'est pas encore livrée à 
l'homme ou si elle n'a pas fait d'enfant, cela la retien- 
dra et lui donnera une grande force de retenue. Et 
l'ambre blanc opère de la même façon, car s'il est ré- 
duit en poudre et bu à jeun, il coule aux entrailles, 
si la fille a été souillée, elle sera immédiatement obligée 
de pisser. Nous pouvons encore faire cette expérience 
en prenant des parfums. 

Prenez de la semence de pourcelaine ou des feuilles 
de glycine, et mettez-les sur de la braise ardente. 
Faites que la fumée en passe sous la fille et arrive par 
un entonnoir ou un autre instrument percé dans sa 



LA MAGIE NATURELLE 177 

vulve; si elle est déflorée, elle pissera aussitôt et ne 
pourra retenir son urine. Mais si elle est chaste et 
qu'elle n'a jamais encore coïté, elle recevra ce parfum 
dans sa vulve sans aucun dommage et ne pissera pas, 
ce qui prouvera qu'elle est toujours pucelle. Si quel- 
qu'un, par manière de passe-temps voulait que la fille 
ou la femme non seulement pissât, mais qu'elle jetât et 
répandît sa semence, il ferait ainsi : il scierait du bois 
d'aloès et le ferait brûler; il en ferait passer la fumée 
par la vulve et aussitôt la semence en sortirait avec 
abondance, chose vraiment assez plaisante. 

Pour faire que de son bon gré, une femme raconte en 
dormant ce qu'elle aura fait. 

Il semble, quant à la pratique de ce fait, que Démo- 
crite ait été de mon opinion et estime que ceci a mieux 
opéré chez les femmes que chez les hommes, vu qu'elles 
sont plus babillardes et ont plus de caquet. Or, vous 
ferez donc ainsi : en une nuit où la femme sera éprise 
d'un profond sommeil, vous prendrez des langues de 
racines de marets et aussi, si bon vous semble, d'un 
canard sauvage et d'un crapaud, parce que ces ani- 
maux crient la nuit, et vous les mettrez sur sa poi- 
trine, dans la partie où le cœur palpite. Vous les laisse- 
rez séjourner là quelque temps et vous poserez alors 
toutes sortes de questions à cette femme, les répétant 
même à plusieurs reprises, si elle ne vous répondait pas 
aussitôt. Finalement sa voix trahira le secret de son 
cœur et à toutes vos interrogations, elle donnera des 
réponses exactes et vraies. D'aucuns croient que cela se 
fait en vertu de quelques charmes, vu que, toute su- 
perstition rejetée, cette pratique opère avec tant d'ef- 

12 



178 LA MAGIE NATURELLE 

ficacité. Dieu immortel ! d'où vient que cela réussisse 
si bien, qu'en songe la femme raconte librement ce 
qu'en veillant nous tâchons en vain de tirer d'elle ? 
Comment comprend-on que cela puisse se faire ? Et 
cependant, en s'approchant tout bellement d'elle, elle 
parlera gracieusement . — Usez du moyen, quand vous 
en aurez besoin. 

Chapitre Vingt-Troisième 

Comme on pourra avoir des enfants, ou des petits, 
beaux et diversement colorés. 

Grand est l'effet de l'esprit, et grande aussi la force 
de l'imagination portée à son plus haut degré d'ex- 
pansion, si grande même qu'à peine vous le pourriez 
croire. Car alors que les femmes enceintes convoitent 
ardemment quelque chose, et pensent et discourent 
avec véhémence et volubilité, ils changent les esprits 
intérieurs, et les images de la chose pensée ou désirée 
s'imprègnent en eux. Ces esprits émeuvent le sang 
qui fait qu'en cette très molle matière du fruit conçu, 
ils expriment diverses effigies des choses et de la sorte 
ils maculent perpétuellement les petits de diverses 
marques. Si encore de rechef le désir du coït et de l'em- 
brassement chatouille l'homme et lui fait répandre son 
sperme, ses petits seront marqués du sceau de sa pen- 
sée et de son âme. Car vu qu'en l'homme gît une lasci- 
vité de pensée, une célérité d'esprit et une diversité 
d'entendement, il est facile de comprendre que toutes 
ces choses impriment diverses formes et notes. C'est 
pourquoi on aperçoit plus de différence en l'homme 
qu'en tous les autres animaux, car la puissance est 



LA MAGIE NATURELLE 179 

impartie à chacun d'eux d'engendrer un être sembla- 
ble à soi, selon son genre. Jacob a très bien connu cette 
sorte de pensée, comme témoignent les saintes Ecri- 
tures, et pour avoir des brebis ou des chevaux mou- 
chetés de diverses couleurs, il fit ce qui suit, ce que je 
conseille à tous d'imiter. Il prit donc des branches, 
vergettes ou bâtons de peuplier et d'amandier, qui 
pouvaient facilement se dépouiller de leur écorce, puis 
les en recouvrir de nouveau en les tordant comme des 
serpents mouchetés de couleurs blanche et noire, et 
les posa ensuite près des eaux, dans les marais, et dans 
les étables ou se trouvaient les brebis, et lorsque ces 
animaux voulaient se livrer aux plaisirs de l'amour, il 
donna ordre de ne leur laisser voir uniquement que 
ces verges : d'où il advint que les petits qui procédaient 
de ce bétail étaient diversement colorés et que partout 
la toison blanche était mouchetée de marques noires, 
chose délectable vraiment. Il en arrive ainsi à toute 
bête portant laine, voire à toutes sortes d'animaux 
des champs. Mais ce que nous disons ici arrive mieux 
encore aux chevaux, comme l'observent très bien ceux 
qui en prennent soin et qui lâchent les juments pour 
l'acte vénérien, car ils tapissent les écuries où se fait la 
copulation de draps ou tapis diaprés de diverses cou- 
leurs et permettent alors aux bêtes d'assouvir leur 
désir luxurieux, ce qui fait que de ce coït proviennent 
des chevaux de couleurs diverses. Absyrtus enseigne 
aussi que si on couvre une jument de la couleur (de ta- 
pis ou autrement) qu'on voudra que le petit porte, il 
est certain que le faon ou petit animal qui en naîtra 
aura ce teint, car le cheval montant sur la jument s'ar- 
rête à regarder les couleurs qu'on a placées devant lui, 
et l'imagination étant frappée, il engendrera telle race 



180 LA MAGIE NATURELLE 

qui sera mouchetée de diverses taches, d'autant de 
taches en réalité qu'il y en aura eu sur le tapis qui lui 
aura été mis devant les yeux. 

Comment on peut avoir des paons ou poulets blancs. 

Voici comment on peut les faire engendrer : il faut 
enduire les cages ou autres lieux dans lesquels on ren- 
ferme les paons de l'un et l'autre sexe et les coqs et 
poules, de couleur blanche, voire les endroits où ils se 
juchent et les tapisser de linge qui soit très blanc, 
puis il faut les empêcher, à l'aide de treillis, de sortir 
des lieux où vous les aurez enfermés. Le pavé ou plan- 
cher de ces lieux doit être aussi congrûment nettoyé et 
blanchi, afin que ces oiseaux ne puissent voir absolu- 
ment rien qui ne soit blanc, alors principalement quand 
ils entrent en chaleur et viennent à couver leurs pous- 
sins. Par ce moyen, vous pouvez être sûr que ces oi- 
seaux vous donneront une race blanchâtre. Faites-en 
autant aux autres, vous réussirez, si vous observez en- 
tièrement nos prescriptions. 

Pour faire que les femmes engendrent de beaux enfants. 

Empédocle, philosophe éminent, dit que dans l'acte 
de la conception, le regard donne forme à la progéni- 
ture, car il s'est trouvé que souvent les femmes ont 
aimé les statues et ont engendré des enfants semblables 
à ces statues. On trouve aussi qu'en maints endroits les 
femmes ont fait des enfants noirs et velus, dont les 
hommes étonnés après s'être fort travaillé l'esprit, 
ont enfin aperçu des tableaux exposés au regard de la 
femme lorsqu'elle était occupée à l'acte d'amour et 



LA MAGIE NATURELLE 181 

sur lesquels sa vue s'était arrêtée; or, la femme accou- 
chait d'êtres semblables à ceux qu'elle avait vus. C'est 
pourquoi je suis d'avis qu'il faut conserver dans sa 
mémoire ce que l'expérience nous enseigne, à savoir 
qu'on tienne les effigies de Cupidon, d'Adonis et de 
Ganimède peintes et pendues devant elles, ou bien 
qu'elles soient forgées de matière solide, et que les 
femmes, pendant le jeu d'amour, considèrent ces effi- 
gies et en imprègnent leur esprit, de sorte que leur 
entendement en soit ravi, et que les femmes enceintes 
les contemplent longuement, et l'enfant qui naîtra 
d'elles sera ce que dans l'embrassement amoureux, 
elles auront conçu dans leur pensée; je suis persuadé 
que cela les aidera grandement. Ayant quelquefois 
commandé cela, une femme l'entendit et soudain se 
proposa devant les yeux la statue d'un enfant de mar- 
bre blanc, et bien formé, car elle désirait un enfant 
de cette forme et de fait, et dans l'embrassement et 
dans le coït et tandis qu'elle était enceinte, elle re- 
présentait en esprit cette effigie. Il en advint qu'après 
son accouchement elle montra un enfant grasset, et 
non dissemblable du simulacre composé de marbre et 
tellement pâle qu'il imitait un vrai marbre. L'exac- 
titude de cette expérience est bien patente; plusieurs 
femmes ont été louées d'avoir employé cet artifice, 
qui a favorisé leurs succès et leurs desseins. D'ailleurs, 
il faut prendre garde que les embrassements ne soient 
pas désordonnés et que le coït ne se fasse point de côté 
ou debout, car cela a été cause que plusieurs ont pro- 
duit des monstres. 



132 L^ MAGIE NATURELLE 



Chapitre Vingt-Quatrième 

Comment les monstres naissent, et de la vertu 
admirable de la patréfaetlon. 

Puisqu'il nous faut parler des monstres, disons tout 
de suite que la manière de les produire ne sera pas 
aussi facile que ce que nous avons dit ci-dessus. Tou- 
tefois, pour ceux qui en sont réellement curieux et 
friands, nous découvrirons plusieurs moyens et voies 
de produire de telles choses. Démocrite pensait que 
cela provenait du mélange de plusieurs semences, 
comme si un sperme, projeté dabord et un autre, 
répandu après, fussent entrés dans les parties génitales 
du ventre, et là se confondant ensemble, fissent des 
membres discordants, — comme on peut voir un hom- 
me ayant deux têtes ou divers animaux portant cer- 
tains membres doubles. Mais Empédocle semble avoir 
conçu la vérité de tout ceci. Car il a affirmé que les ani- 
maux monstrueux naissaient à cause de labondance 
trop grande de la semence, ou de sa médiocrité, ou 
encore parce que le mouvement, au commencement du 
coït, avait été trop brusque, et que la distribution du 
sperme dans les diverses parties du corps avait été 
mal fait. Toutefois Straton enseigne que cela procède 
de l'addition, ou de la soustraction ou de la transposi- 
tion ou vraiment du soufflement. Néanmoins, certains 
médecins ont attribué cela à la partie naturelle, au- 
trement dit à la matrice, laquelle souvent remplie 
de vent, se tourne et se renverse sans dessus dessous. 
Mais la sage nature, en la formation des animaux, pre- 
mièrement forme les membres principaux du corps, 



LA MAGIE NATURELLE 183 

puis de la matière qui rest* elle opère plus parciiDO- 
nieusement. Ainsi donc, restreinte par le défaut ou 
Burmontée par l'excessive abondance, elle est empê- 
chée de continuer l'œuvre commencée, ce qui fait 
qu'elle produit une progéniture entachée d'une tare 
monstrueuse, comme cela peut se voir souvent, jus- 
que dans l'art même. Car il est loisible de voir plu- 
sieurs créatures mutilées, comme des enfants boiteux, 
ou n'ayant qu'un œil, et quelquefois par excès d'her- 
maphroditisme, des créatures participent des deux 
sexes, ayant quatre yeux et autant de pieds et de 
mains ou de bras. Oh ! quant à vous qui désirez pro- 
duire quelques monstres en lumière, afîn que vous 
appreniez à le faire par des exemples, nous vous en- 
seignerons les commencements de ceux-ci, pour que 
vous y réfléchissiez et considériez ce qui pourra s'en 
suivre, car la nature favorisera vos desseins et vos en- 
treprises et vous prendrez plaisir en votre oeuvre; il 
arrivera des choses que vous n'aurez jamais pensé pou- 
voir advenir et qui vous donneront occasion de faire 
des choses que l'Ecriture défend d'imprimer, et sem- 
bleront plus merveilleuses que tout ou^'rage profane. 

Premièrement donc, nous de\'iserons de choses exu- 
bérantes et superflues et principalement : 

Commeni on pourra faire qu'un eoq naisse avec quaire 
ailes eî quaire paUes. 

Aristote enseigne ceci de la manière suivante : 
choisissez un ou plusieurs œufs, dans lesquels vous 
trouverez deux jaunes séparés seulement dune bien 
petite eau, toutefois en\*ironnés de leurs blancs ou 
aubiûs, voire même de ceux que les poules plus fé- 



I8i4 LA MAGIE NATURELLE 

condes ont souvent coutume de pondre. Vous les 
connaîtrez par leur grandeur. Or, cet œuf ou plusieurs, 
déjà faits de matière abondante et du mélange de plu- 
sieurs semences, même ayant la semence de deux pous- 
sins, vous les poserez sous une poule gloussante pour 
les faire couver, afin que par son entretien et sa cha- 
leur elle les couve, et lorsque le temps sera venu, elle 
vous donnera des poussins tels qu'ils auront quatre 
pieds et quatre ailes ; vous aurez soin de les faire con- 
venablement nourrir. Toutefois, si la membrane ou 
pellicule susdite vient à se rompre, il en naîtra des 
poules séparées, sans aucune partie superflue. C'est 
de la même manière que s'engendre un serpent portant 
deux têtes et tout autre animal qui éclot d'un œuf, naî- 
tra de même avec l'une ou l'autre monstruosité. Car 
souvent les monstres naissent d'animaux féconds et 
prolifiques, mais en même temps d'animaux plutôt 
vils que nobles. 

Pour faire engendrer un animal mêlé de plusieurs 
espèces. 

Cela arrivera facilement, comme nous l'avons en- 
seigné à propos des fruits ; toutefois, voici comment 
vous pourrez commencer l'opération. Cherchez des 
animaux qui ont coutume de faire un grand nombre 
de petits d'une seule ventrée et qui sont tellement 
chauds qu'ils ont toujours le désir de l'embrassement 
ou du coït. Que donc les mâles soient poussés à solli- 
citer les femelles à se livrer au plaisir amoureux et 
ayez bien soin de les mêler ensemble. Toutefois, veillez 
à ce que ces animaux soient d'égale grandeur et que la 
saison du rut soit opportune et ainsi par la conjonction 



LA MAGIE NATURELLE 185 

d'animaux d'espèces diverses naîtront divers montres, 
moitié d'une espèce, moitié d'une autre. Car d'un loup 
et d'un chien s'engendre une bête qu'on appelle cro- 
cura, et de cette conception Aristote enseigne. la ma- 
nière. La lionne aussi admet les léopards à l'acte de 
l'embrassement, et il en naît des lionceaux moins no- 
bles que les autres, qui n'ont point de crins et qui 
forme du reste une espèce maculée de fortes taches, 
ainsi que le raconte Philostrate. Les loups aussi se 
mêlent avec les panthères et par ce moyen s'engendre 
un animal qui participe des deux sexes et qu'on appelle 
Thoès. Cet animal, par sa peau mouchetée de diverses 
couleurs, représente la panthère, mais par sa face, il 
représente le loup, ainsi que le dit Opianus. On raconte 
aussi qu'en Afrique naissent plusieurs monstres, de 
renards, loups, tigres, singes, lions et d'autres sortes 
d'animaux, de sorte que le commun proverbe semble 
à bon droit avoir été inventé, à savoir que l'Afrique 
apporte toujours quelque chose de nouveau. Et la rai- 
son s'y conforme d'autant que dans cette contrée, qui 
manque absolument d'-eau, les bêtes sont contraintes 
de venir des lieux secs vers les endroits aqueux et hu- 
mides, pour étancher leur soif : alors ces bêtes s'é- 
chauffent, éprouvent de grandes voluptés et par des 
chatouillements réciproques sont alléchés à se Joindre 
les uns aux autres, pêle-mêle, c'est-à-dire les mâles et 
les femelles d'espèces diverses. Du mélange de diverses 
semences naissent diverses formes d'animaux. Et 
encore ces sortes d'enfantements ne sont même pas 
estimés prodigieux ou extraordinaires dans ces régions 
d'Afrique, comme on le pourrait croire, vu que ces 
sortes d'enfantements sont familières et communes 
aux habitants de cette région. 



186 LA MAGIE NATURELLE 

Voici un exemple singulièrement extraordinaire 
d'une liaison monstrueuse. J'ai lu dans Elianus que 
jadis, à Sybaris, il y eut un berger, nommé Chratis, 
qui s'éprit éperdûment d'amour pour une chèvre, 
belle entre toutes, s'approcha d'elle, l'embrassa 
comme amie, non sans la baiser plusieurs fois. Il en 
était tellement amoureux qu'il lui donnait la pâture 
la plus suave et la plus délicieuse et il continua si long- 
temps son commerce amoureux avec elle qu'à la fin, 
à ce qu'on dit, il sortit de cette bestiale intimité un 
enfant qui, pour les cuisses, représentait la mère, mais 
de visage ressemblait à son père. — Mais pour avoir 
des poussins ainsi mélangés, prenez un pigeon ra- 
mier mâle, adjoignez-lui une poule et faites-la mettre 
en chaleur, il en sortira un poussin non certes déplai- 
sant à voir. Il en sera de même des perdrix, des fai- 
sans, des paons et de plusieurs autres. 

Pour avoir une couvée d'œufs sans poule. 

Démocrite enseigne le moyen d'arriver à ce résul- 
tat. Prenez de la fiente de pigeons ou de poules, faites- 
la bien broyer, puis enfouissez vos œufs dans un creux 
subtilement façonné et bien agencé, puis à l'entour bâ- 
tissez des petites couches pour que les poules puissent 
y demeurer à leur aise. Encore faut-il que la plus gran- 
de partie des œufs soit posée la pointe en l'air, et 
toutes les vingt-quatre heures, il faudra remuer et re- 
nouveler ces fientes, afin que les œufs s'échauffent 
également, car c'est ainsi que l'on a coutume de faire 
avec les poules fatiguées de couver. Puis, gardez cette 
couvée en un lieu tiède et chaud, et au bout d'une di- 
zaine de jours, les poussins seront^à point d'être éclos 



LA MAGIE NATURELLE 



18- 



et commenceront à l'aide de leur bec à rompre leurs 
coques. Ecoutez s'ils ne pipent point, car souvent pour 
la dureté et la grosseur de la coque, ils sont empêchés 
de sortir ou ils tâchent de s'échapper par des crevasses. 
Or, lorsque vous aurez vu cet effet, vous dépouillerez 
ces poussins de leurs coques et les mettrez sous la 
poule. Vous pouvez encore le faire d'une autre façon. 
Enfouissez vos œufs dans un fumier tiède et renouve- 
lez-le de six en six jours, afin qu'il ne vieiUisse, mais 
afin que par sa tiédeur il échauffe et entretienne les 
œufs, imitant la chaleur de la poule. Vous remuerez 
constamment ce fumier, jusqu'à ce que les poussins 
que vous demandez viennent à éclore. Vous en ferez 
autant dans un four tiède. Mais si quelqu'un désire 
savoir lesquels de ces poussins seront mâles ou femel- 
les, il l'apprendra de cette façon : Aristote a dit — ce 
qu'Avicenne confirme — que d'un œuf rond et court 
naît un mâle et d'un œuf long et aigu une femelle. 

Pour faire engendrer un animal en envenimant les 
personnes de son regard, comme si c'était un basilic, 
ou le serpent appelé Catoblepas. 

Si ceci, qui est dangereux, vous plaît à faire, vous 
vous y prendrez de cette manière : Plongez des œufs 
féconds dans une liqueur où vous aurez fait distiller 
de l'arsenic, du venin de serpent et d'autres venins 
mauvais et pernicieux et laissez-les reposer pendant 
quelques jours, car ils opéreront d'autant mieux qu'ils 
seront plus vieux. Après, déposez-les sous des poules 
qui sont prêtes à couver et ayez soin de ne pas les 
froisser, de peur que votre expérience ne réussisse pas. 
Ces poules auront ainsi l'occasion de produire des 



188 LA MAGIE NATURELLE 

monstres, ou des petits qui se font d'eux-mêmes. 
Léontius commande que là ou ces poules nichent, on 
apporte une lame de fer, des têtes de clous et des ra- 
meaux de laurier, de peur que ces animaux ne pro- 
duisent que des petits monstrueux, tenant du pro- 
dige. Or, enfouissons cela dans du fumier, car la chaleur 
du fumier ressemble fort à la chaleur naturelle, et 
peut produire des choses admirables. Car autant de 
genres proviennent de la putréfaction des animaux 
qu'il y en a qui se putréfient. 

Que les cheveux d'une femme qui a ses fleurs^ lorsqu'ils 
sont cachés pendant un court temps dans du fumier, 
se convertiront en serpents ou vermisseaux. 

Le sang des menstrues putréfié peut engendrer des 
crapauds et des raines, car il se corrompt et se conver- 
tit facilement, et souvent des femmes engendrent, 
en même temps qu'une portée humaine, des crapauds, 
des lézards et autres bêtes semblables. Ainsi nous li- 
sons que les femmes de Salerne, au commencement de 
leur conception, et alors que le fruit doit être vivifié, 
ont coutume de le tuer à l'aide du jus de persil et de 
poireaux. Or, il advint parfois qu'une femme, contre 
toute espérance, semblait être enceinte, et soudain elle 
enfanta quatre bêtes semblables à des raines ou gre- 
nouilles. Souvent en ce cas, elles avortent, et on ne doit 
chercher d'autre cause de cette monstrueuse création 
que celle qui a été donnée ci-dessus. Aussi par la cor- 
ruption de la femme s'engendrent dans les entrailles 
des petites bêtes, semblables à des vermisseaux. Alcipe 
a enfanté un éléphant, et au commencement de la 
guerre des Marses, une chambrière enfanta un serpent. 



LA MAGIE NATURELLE 189 

Autre merveille encore : le poil de la queue des che- 
vaux jeté dans l'eau reprendra vie ! Le basilic broyé 
entre les pierres dans un lieu humide, puis exposé au 
soleil, engendrera des scorpions, bien que Galien le 
nie. Et la poudre d'un canard brûlé, mise entre deux 
plats, et conservée en un lieu humide, engendrera un 
crapaud d'une grandeur et d'une grosseur étonnante ? 
Mais plus facilement encore la raine s'engendrera 
soudain, si l'on considère sa naissance. Je ne parle 
point de celles qui sont procréées par un ordre légitime 
de la nature, à savoir à la suite du frai ou du coït, et qui 
prennent naissance dans les eaux, mais je parle de 
celles qui naissent d'elles-mêmes et sont appelées tem- 
porelles, parce qu'elles ne vivent qu'un certain temps, 
et s'engendrent des pluies estivales et du sablon qui est 
aux bords des rivières et des chemins. On sait que la 
vie de celles-ci est fort brève. Souvent aussi ces bêtes 
naissent du courroux des vents, qui balaient les som- 
mets des plus hautes montagnes et alors qu'il se forme 
et s'élève une poudre entremêlée d'eau, qui s'épaissit 
non seulement en raines, mais s'endurcit en pierres, 
Phylactus, de son côté, raconte que parfois il a plu des 
raines, et Heraclides Lembis affirme que cela est arrivé 
dans les alentours de Dardanie et de Péonie, et cela 
en telle affluence que les maisons et les chemins en 
étaient remplis. Et Œlianus aussi rapporte qu'un jour 
allant de Naples à PouzoUes, il remarqua sur le che- 
min des raines dont la partie antérieure rampait et se 
mouvait sur deux pieds, et dont la partie inférieure 
n'était pas encore formée et ressemblait à un amas 
épais d'une pâte visqueuse et limoneuse, de sorte 
qu'une partie de l'animal vivait et l'autre était encore 
inerte. Macrobe raconte qu'en Egypte il naît des sou- 



190 LA MAGIE NATURELLE 

ris de terre et de pluie, et ailleurs des raines, des ser- 
pents et autres bêtes semblables. D'où il suit que la 
procréation de semblables animaux est très facile. Car 
il est même arrivé parfois qu'un individu ayant craché 
vit que de son crachat naquit une raine ou grenouille. 
Daumatus d'Espagne avait la réputation de produire 
à foison des raines, toutes les fois que bon lui semblait. 
De même, si de la manière ci-dessus indiquée, on prend 
du sperme ou de la semence d'un verrat, et d'une truie 
qui soit teigneuse, et qu'ils jettent durant leur coït, 
c'est-à-dire en la saison où le soleil commence à entrer 
dans le signe du Capricorne, aux poissons, les saoulant 
toutefois suffisamment de lait et de miettes, alors 
qu'ils gronderont, étant en rut et en chaleur, et après 
qu'on aura recueilli cette liqueur qu'on appelle apri, 
qui est comme celle des chevaux qu'on appelle Hippo- 
manes, on la mettra dans un vase, qu'on bouchera 
fort, et qu'on enfouira dans du fumier bien tassé, de 
peur que la chaleur ne s'en aille. Cachez ce vase pen- 
dant quelques jours dans ce fumier; faites aussi que 
le vase soit plombé; je vous assure que celui qui saura 
composer ceci avec adresse, assistera à une expérience 
peu ordinaire. J'ai même entendu publier que d'un 
œuf un animal appelé bête humaine aurait été pro- 
créé. Si quelqu'un veut faire cette expérience, qu'il 
jette dans un œuf de la semence génitale humaine, 
c'est dire du sperme, autant qu'il peut y en avoir de 
celle du coq, et après cela, que l'œuf soit bouché d'un 
couvercle, afin que sa chaleur générative ne s'évapore, 
et par ce moyen l'œuf produira un animal à demi 
homme, à savoir d'une part ayant forme humaine, 
et de l'autre d'un poussin, qui est le produit véritable 
de l'œuf. Avicenne ne nie pas cela et nous en repar- 



LA MAGIE NATURELLE 191 

lerons nous-mêmes plus amplement dans un autre en- 
droit; qu'il nous suffise pour le moment d'en avoir 
montré la manière et comment on peut le faire. Nous 
négligeons ici de dire bien des choses intéressantes; 
mais ce que nous avons dit des monstres et de ce qui 
peut se former par le fumier doit suffire. 

Chapitre Vingt-Cinquième 

De la lyre, de la harpe, et de plusieurs de leurs 
propriétés. 

Puisque nous en sommes arrivés maintenant à par- 
ler de la lyre, nous avons à dire tout d'abord qu'elle a 
mainte bonne qualité ou propriété et aussi maint dé- 
faut considérable, que nous avons estimé convenable 
de mettre en avant, bien que je sache fort bien que 
plusieurs gens de basse quahté et de peu de savoir, à 
peine y ajouteront foi. Et j'espère que personne ne 
pensera que ce discours constitue une rêverie que nous 
avons imaginée, mais j'ai l'espérance au contraire que 
je plairai grandement aux amateurs de bonnes lettres, 
qui ont l'esprit entièrement adonné à la recherche des 
merveilles de la nature. Ceci d'autant plus du reste que 
je ne leur écris point sur des choses inconnues. Or c'est 
chose bien certaine que les instruments musicaux sont 
en la puissance et au service de l'homme, et il n'y a 
cœur si félon et si cruel qui, par une mélodie bien ryth- 
mée et par une chanson charmant l'esprit humain, ne 
soit adouci, apprivoisé, subjugué, et au contraire ne 
soit ennuyé et agacé par des sons discordants et vi- 
lains. Museus affirme que la poésie est une chose fort 
douce pour les humains. Et Platon assure que tout 



192 LA MAGIE NATURELLE 

ce qui vit est amadoué et charmé par la musique, ce 
dont on peut voir plusieurs effets. A la guerre, les 
tambourins mugissent et rendent un son non moins 
bruyant qu'effrayant, pour exhorter les engourdis et 
les animer au combat. On lit que les anciens s'en sont 
façonnés de tels et en ont usé. On dit que Timothée 
le musicien, toutes les fois que bon lui semblait, chan- 
tait un chant phrygien et enflammait tellement le 
cœur d'Alexandre que, transporté d'enthousiasme, il 
courait aux armes ; et s'il trouvait bon de faire autre- 
ment, et de changer de son, il lui changeait aussi le 
courage et le rendait paresseux et ralentissant son 
cœur, lui faisait quitter les armes pour les banquets, les 
festins et les passe-temps mous et délicieux. Et encore 
sur le même sujet Plutarque raconte que le même mo- 
narque, ayant ouï Antigenide entonnant sur la flûte 
des vers très harmonieux sur un rythme très musical, 
il en fut tellement enflammé que, se levant avec les 
armes, il commença à s'en servir, à tel point qu'il 
frappa ceux qui se trouvaient le plus près de lui. Cicé- 
ron, de son côté, raconte que Pythagore voyant un 
jouvenceau tantominitain enivré et épris d'amour 
pour une paillarde, il le vit mettre le feu à la maison 
de celui qui lui débauchait ses amours, et dans la- 
quelle il entretenait son amoureuse, en chantant de- 
vant elle un cantique phrygien. Il l'émut et lui chan- 
gea tellement ses esprits que par la résonnance mélo- 
dieuse sortant du mouvement, il l'apaisa et le rendit 
plus doux et plus gracieux. De même on raconte d'Em- 
pédocle qu'un jour quelque personnage injurié outra- 
geusement par son hôte, le voulut attaquer et ce sa- 
vant personnage fut doué d'une telle adresse et dex- 
térité, qu'en chantant, il refrénait la colère du pcr- 



LA MAGIE NATURELLE 193 

sonnage offensé et tempéra sa furie. On dit aussi que 
Théophraste, pour réprimer les troubles de l'esprit, 
y appliqua des sons musicaux. Et Agamemnon, par- 
tant de son pays pour aller par mer à Troie, et doutant 
de la chasteté de Clytemnestre, lui laissa un harpiste 
qui, par les sons mélodieux qu'il tirait de son instru- 
ment, l'incitait tellement à la continence qu'Egystus 
ne put point jouir d'elle, qu'il n'eut fait mourir ce 
harpiste. D'ailleurs Orphée, de Thrace, ainsi que l'an- 
tiquité le raconte, a fléchi et apprivoisé les personnes 
dures et rudes, comme aussi les animaux brutes et 
durs comme des pierres, sans autre aide que sa harpe, 
dont il tirait des sons merveilleux. Le harpiste Arion 
s'est acquis la faveur des dauphins, qui cependant 
manquent de raison, de sorte que jeté dans la mer, ils 
l'ont recueilli et porté sain et sauf au rivage. Le son 
adoucit également les sens tendres des enfants, car 
pleurant dans leurs berceaux, ils s'apaisent au son de 
la musique et se tiennent cois. Aussi on dit que Chry- 
sippe a écrit des vers appropriés pour les nourrices. 
Strabon raconte que les éléphants sont attirés par le 
son des tambourins ; les cerfs sont arrêtés par les sons 
d'un instrument musical, et se laissent souvent pren- 
dre par un vers harmonieusement chanté. Les cygnes 
hyperboréens sont vaincus par la harpe et par le chant 
et les petits oiseaux tombent dans les filets attirés par 
le son de la flûte; de même aussi la flûte pastorale 
commande le repos aux troupeaux, après la pâture. 
Encore, ce qui est plus merveilleux, la sage antiquité 
a allégé les plaies et les maladies par les sons de la mu- 
sique, comme on peut le lire dans l'histoire. Terpender 
et Avion Methymneus ont guéri les Lesbiens et les 
Ioniens de graves maladies par l'effet de la musique. 

13 



194 LA MAGIE NATURELLE 

Asclepiade, médecin, par le son de la trompette, a 
guéri les sourds, et par la mélodie de son chant, il a 
réprimé les séditions du peuple. Herminius de Thèbes 
a guéri ainsi plusieurs personnes de douleurs aiguës 
des hanches et des cuisses. Thaïes de Candie a chassé 
la peste au son de la harpe, et Hérophile avait cou- 
tume d'alléger les infirmités des malades par la mu- 
sique et ainsi, à chaque affection, les anciens ont appli- 
qué certaine mélodie : comme la Dorique est estimée 
donner de la prudence, de la chasteté, la musique 
phrygienne excite les combats, enflamme les fureurs, 
et mène à l'assaut de l'ennemi. Aristoxeminus, pour 
n'avoir pu opérer dans les fables ce qu'il prétendait 
par la musique dorique, s'adonna à la phrygienne, 
qui leur était propre et convenable. Lu musique ly- 
dienne aiguise l'entendement des gens hébétés et ap- 
porte un désir céleste à ceux qui sont chargés du soin 
de la terre : cela est traité par Aristote dans sa Poli- 
tique. Mais à propos n'est-il pas écrit que jadis les 
Lacédémoniens ont rejeté le genre chromatique ? 
parce qu'il efféminait trop ceux qui écoutent et ne dit- 
on pas d'autres choses semblables ? 

D'une lyre apie à provoquer le sommeil. 

De fait, cela a été éprouvé par plusieurs, et cela est 
advenu grâce à la douceur et à la suavité de l'harmo- 
nie. Voici donc la manière de la façonner : appareillez 
la matière du bois le plus tendre et le plus délicat que 
vous pourrez trouver, comme du sapin ou du lierre, 
et que de l'un de ces bois le dessous de l'instrument 
soit fait, et de l'autre le dessus. Ensuite, faites que les 
cordes soient faites de lin et de boyaux de serpent ou 



LA MAGIE NATURELLE 195 

de cette membrane ou petite peau qui touche à la 
moelle de l'épine du dos, ou échine, que vous arrache- 
rez dans un fleuve d'eau courante, ayant la tête hors 
de l'eau et vous laisserez le reste se flétrir. Cela fait, 
accommodez ces cordes à une harpe, ou eistre, laquelle, 
dès qu'elle sera touchée des doigts, donnera un son 
gracieux, mou, délicieux et agréable aux auditeurs, de 
telle sorte qu'ils cloront les yeux, chargés d'un lourd 
sommeil. Et cela ne doit pas être jugé bien étrange 
si l'on considère que les Pythagoriciens ont opéré de la 
même manière, lorsqu'ils voulaient résoudre et assou- 
pir divers soucis par le sommeil, car ils usaient de cer- 
taines chansons qui rendaient tellement les personnes 
éprises qu'il leur survenait un léger et paisible repos. 
AeoHo dit que cela advient parce que le son harmo- 
nieux apaise et rend paisibles les tempêtes de l'esprit 
et ainsi provoque le sommeil dans les esprits calmes et 
tranquilles. Il y a encore une autre chose fort admira- 
ble, à savoir que le son d'un tel instrument constitue 
un médicament d'une efficacité certaine et absolue 
pour engendrer la stérilité, alors que par l'orifice de 
oreilles il pénètre et coule jusque dans l'esprit. Toute- 
fois pour déduire comment les passions sont chassées 
de l'esprit par le son mélodieux d'un instrument de 
musique, je laisse cela au jugement des croyants, et 
même pour que personne n'en soit offensé, je trouve 
meilleur de me taire. 



196 LA MAGIE NATURELLE 



Une lyre qui, iouchée,émouvrael fera résonner du même 
ton une autre, gisant à terre, sans être fredonnée 
par un artifice de main. 

Faites que les cordes soient tendues, et d'égale pro- 
portion, de sorte que l'harmonie de ces cordes puisse 
résonner d'un même ton, et si vous touchez des doigts 
une des grosses cordes de cet instrument, l'autre bruira 
et rendra un même son. Le son qui sortira de celle-ci 
sera plus grave, il en sera de même des plus aigus et des 
plus délicats ; et si cela ne peut pas se voir, jetez dessus 
delà paille et vous la verrez se mouvoir. Toutefois Sué- 
tone, au cours de son histoire joyeuse, raconte que si 
les nerfs ou cordes sont tendus sur les instruments 
pondant les jours d'hiver, quand les uns seront poussés 
des doigts, ce sont les autres qui sonneront. Et par ce 
moyen, quelqu'un ignorant les sons de la lyre, la pourra 
accommoder de cette manière, à savoir si l'autre corde 
est également tendue et s'accorde avec celle qu'on fera 
bruire, elle se tiendra immobile; et la personne mon- 
tant et lâchant les nerfs de celle qu'il fera bruire la 
sonnera jusqu'à ce que le nerf de celle qui est immobile, 
se meuve et donne le même ton, et ainsi de suite des 
autres . 

Si vous voulez qu' un sourd puisse entendre le son de lalyre 

Bouchez-vous les oreilles de vos mains, afin que 
vous ne puissiez entendre aucun son, et alors prenez à 
belles dents le manche de la harpe ou du cistre, qu'un 
autre le touche et le fasse résonner, elle rendra un son 
joyeux et allègre au cerveau et plus gracieux qu'on ne 



LA MAGIE NATURELLE 197 

saurait imaginer. Cela n'arrivera pas seulement en te- 
nant le col de l'instrument avec les dents, mais aussi 
en prenant un long bâton qui touche la lyre, et le son 
sera clairement ouï. Tous en peuvent faire l'expé- 
rience. 

Pour faire que les lyres, cislres et autres instruments 
soient touchés et résonnent par le vent. 

Vous accomplirez cela de la manière suivante : 
lorsque vous verrez une grande tempête de vent, vous 
opposerez de l'autre côté vos instruments, tels que 
lyres, cistres, harpes, luths, flûtes. Le vent survenant 
avec impétuosité, les fera sonner légèrement et passera 
au travers des tuyaux ouverts, et de la sorte de tous 
ces instruments un accord très doux pénétrera dans 
les oreilles, et qui sera fort réjouissant. 

Chapitre Vingt-Sixième 

Comment on peut arriver à avoir des songes clairs et 
joyeux, obscurs et terrifiants. 

La viande par sa concoction (ce qui doit être tenu 
pour éprouvé et constant) se dissout en vapeur, et 
devient chose légère. Et comme la nature des choses 
légères est de s'élever en haut et qu'elles vont par le 
moyen des veines au cerveau, le siège duquel est tou- 
jours froid de sa nature, et parce qu'il se fait humide 
et s'obscurcit de nuées, comme souvent on voit en ce 
vaste monde naître les bruines, ainsi il recommence 
son retour et se transporte au cœur, domicile du sens 
principal. Cependant, il remplit la tête et la rend pe- 



198 LA MAGIE NATURELLE 

santé, tellement que la personne se sent plongée en un 
sommeil profond. Et encore il arrive que pendant la 
nuit, qui est plus sereine et plus tranquille, la personne 
se trouve endormie plus profondément : alors, les ima- 
ginations, en descendant, se forment, de sorte qu'elles 
apparaissent monstrueuses, sinistres et bizarres. Mais 
si cela arrive le matin, alors que l'excrément et le gros 
sang (qui est comme de la lie) séparé du sang pur et 
bon, aura cessé de bouillonner, alors les visions seront 
plus claires et apparaîtront plus agréables. C'est pour- 
quoi nous n'avons pas estimé déraisonnable de croire 
que la vertu naturelle chargée d'un breuvage immodéré, 
languisse endormie pour avoir trop bu, et qu'on voie 
alors en songe divers brûlements, diverses ténèbres, 
greffes et pourritures, ce qui est causé par la colère et 
la mélancolie et par une humeur froide et pourrie. 
Ainsi Galien a estimé, et Hippocrate a été de son avis, 
que si quelqu'un songe qu'on coupe la gorge à un autre, 
ou qu'on le massacre, il a abandance de sang, et encore 
témoignent-il que de là on pourrait tirer le présage 
de cette température. Aussi, ceux qui se nourriront 
de viandes venteuses, verront en dormant des images 
bizarres et monstrueuses; mais si les viandes sont 
plus légères, elles réjouiront les esprits et apparaîtront 
saines et entières. Et ainsi quand les simples sont ap- 
pliqués extérieurement, ils portent avec eux les fan- 
tômes de ces choses aux Princes des sens, car les ar- 
tères de notre corps, ainsi que le dit Galien, attirent 
à eux tout ce qui est au-dedans ou qui les environne, 
cependant que continuellement elles s'éloignent, ce qui 
fait que souvent nous songeons ce que nous avons dé- 
siré. Or, pour faire que nous nous réjouissions, tant 
éveillés qu'endormis, voici certaines indications. 



LA MAGIE NATURELLE 199 



Le moyen assuré d'exciter des songes agréables. 

Si, sur la fin du souper et à l'heure d'aller se cou- 
cher, la personne mange du phypogrossum, de la mé- 
lisse, appelée autrement citrago, et autres herbes et 
plantes semblables, elle aura en dormant des illu- 
sions et représentations d'effigies diverses, voire telles 
que l'esprit humain n'en pourrait désirer de plus 
joyeuses, car elle verra des champs, des vergers, des 
fleurs, et la terre diaprée de verdure, il la verra om- 
bragée de divers bocages, et finalement, en jetant les 
yeux autour de lui, il lui semblera voir que le monde 
entier verdoyera et fera rire pour sa merveilleuse 
beauté. Encore pourrez-vous faire cela, si vous oignez 
les tempes de la personne de fleurs nouvelles de peu- 
plier, de baguenaudes, de pomme épineuse et d'aconit, 
et principalement si ces plantes sont verdoyantes, et il 
sera très utile aussi d'en frotter le col ou gésier par 
lequel les veines, où coule le sommeil, montent, de 
même qu'aux endroits où apparaissent les veines des 
pieds et des mains. Il sera utile aussi d'en frotter la 
région du foie, d'autant que le sang s'évaporant de- 
puis le ventricule en haut coule dans le foie, et du foie 
au cœur. Et par ce moyen les vapeurs réciproques sont 
teintes, et rapportent des effigies de même couleur. 

Pour rendre des songes obscurs et tumultueux. 

Il faut pour cela manger des fèves, parce qu'elles 
sont sèches et venteuses, ce qui les rendait désagréa- 
bles, horribles même aux Pythagoriciens, et aussi 
parce qu'elles font naître des songes comme ceux que 



200 LA MAGIE NATURELLE 

nous avons relatés ci-dessus. Il me souvient d'avoir 
ouï dire à plusieurs qu'ils avaient lu ce proverbe : 
Abstenez-vous de manger des fèves, et qu'ils avaient 
interdit et défendu presque tous les légumes, principa- 
lement les fèveroles ou poix à visage, qu'on appelle 
en latin Similaces horrenses, les lentilles, parce qu'elles 
engendrent un sang gros et mélancolique. Les ails, 
les poireaux têtus, les oignons et le chou parmi les 
herbes potagères, de même les raiforts et presque toutes 
les racines et parmi ces choses le vin de vigne, parce 
que toutes les plantes ci-dessus indiquées sont pleines 
de vent et d'eau, engendrent des flatulences et sug- 
gèrent des songes qui apparaissent sous la forme de 
fantômes étranges et turbulents, ténébreux et fâ- 
cheux. Et ainsi élevé dans les airs, il vous semblera 
que vous nagez dans la mer ou dans les rivières, que 
vous voyez beaucoup de villes, plusieurs événements 
étranges, des morts et des tempêtes. De même vous 
apparaîtront des jours nébuleux, il vous semblera 
que vous voyez tomber la pluie et que la splendeur 
du soleil sera éclipsée; en somme rien ne vous sera 
montré que toute chose épouvantable. Et en frottant 
les chambres de suie et de vinaigre (le vinaigre, pour 
que le médicament acquière la force de pénétrer) vous 
apparaîtront des feux, des incendies, des éclairs, de la 
foudre et toutes autres choses enveloppées de ténè- 
bres. 

Pour produire les mêmes résultais à Vaide de parfums 
et autrement encore. 

Nous prenons, pour arriver à ce résultat, le talon 
d'un homme nouvellement mort et le réduisons en 



LA MAGIE NATURELLE 201 

poudre, à quoi nous ajouterons quelque peu d'aimant, 
tout cela mêlé ensemble avec un poireau et jeté sur des 
charbons ardents, de telle façon que la fumée se ré- 
pande en plusieurs endroits de la maison et pénètre 
jusqu'à son sommet. Il est certain que de la sorte 
vous ferez voir à ceux qui dorment des choses étran- 
ges, et les épouvanterez par des illusions de corps morts, 
d'esprits et d'autres visions horribles. Si de même 
vous posez la tête d'un singe fraîchement coupée au- 
dessous de la tête du patient, il ne verra que des bêtes 
en dormant et il lui semblera qu'elles le déchirent et le 
déchiquètent, en sorte que ce spectacle lui causera une 
grande crainte et une excessive terreur. Autant en fera 
la cornaline, si vous la pendez à votre cou. Mais cette 
convoitise enragée a tellement envahi les esprits des 
hommes qu'ils abusent des choses que la nature nous 
a dormées pour notre commodité, et qu'ils en compo- 
sent les liniments des sorcières. Et bien que ces mal- 
heureuses y mêlent plusieurs superstitions, il pourra 
toutefois sembler au spectateur, curieux de ce fait, 
que cela peut arriver par vertu naturelle, comme je 
vais vous l'apprendre. Elles recueillent la graisse de 
plusieurs enfants qu'elles auront fait cuire dans un 
vase d'airain rempli d'eau, l'épaississant si bien à force 
de le faire bouillir que la dernière liqueur soit assai- 
sonnée à point. Après elles se servent continuellement 
de ce liniment qu'elles mêlent d'aconit, de feuilles de 
peuplier et de suie. Ou autrement elles prennent de 
l'Acorum vulgaire, du quintefeuille,du sang de chauve- 
souris, de mourelle endormante et de l'huile, et après 
avoir mélangé toutes ces choses ensemble, elles en oi- 
gnent toutes les parties, les ayant auparavant fort 
frottées, afin qu'elles rougissent et que la chaleur soit 



202 LA MAOIK NATURELLE 

révulséo. Afin quf; la chair soil relâchée cl que les 
pores s'ouvrent, ils y ajoutent de la f^raisse, ou h son 
défaut de l'huile, afin que la vertu des sucs y descende 
et se fasse plus puissante et plus vii^oureusfî, et je no 
doute aucunement (jue cela n'en soit la cause. Et de la 
sorte en une nuit claire et que la sijlendeur de la lune 
illumine, elles sembleront être portées par l'air et il 
leur semblera qu'elles assistent aux banquets, qu'elles 
entendent divers chants mélodieux, qu'elles auront 
un commerce charnel avec de beaux et délicats jouven- 
ceaux, qu'elles désirent ardemment : tant est grande 
la force de l'imagination et la disposition des impres- 
sions, que cette partie du cerveau que l'on appelle mé- 
moralive est pleine de ces conceptions, et d'autant 
que ces personnes sont fort faciles à croire par la légè- 
reté de leur nature volage, elles sont éprises ainsi faci- 
lement de ces impressions, de sorte que leurs esprits 
sont transportés, ne pensant nuit et jour à rien d'autre, 
et à cela elles sont aidées quand elles ne mangent que 
des blettes, des racines, des châtaignes et des légumes. 
Or, pendant que je travaillais fort pour rechercher 
ceci, mon jugement sur ces choses étant demeuré 
perplexe et douteux, d'aventure survint vers nous une 
de ces vieilles qu'on appelle Striges, h cause de leur 
ressemblance avec l'oiseau nommé Astriages volant de 
nuit, et lesquelles sucent nuitamment le sang des petits 
enfants reposant au berceau. Cette vieille donc se trou- 
vant devant moi, de son bon gré me promit de me ren- 
dre réponse au sujet de mon doute et de ma per- 
plexité en un bref espace de temps, et pour ce faire 
commanda que tous ceux que j'avais appelés comme 
témoins sortissent. Alors elle, dépouillée de ses vête- 
ments et toute nue, se graissa de je ne sais (pifl iini- 



LA MAGIE NATURELLE 203 

ment et s'en frotta bien fort, comme nous le vîmes 
par les fentes de la porte et ainsi, par la vertu des sucs 
endormants, elle tomba éprise d'un très profond som- 
meil. Nous entrâmes ensuite et la fouettâmes violem- 
ment. Mais quoi ? la force de la saveur et le sommeil 
furent si grands qu'elle lui ôta le sentiment, puis nous 
sortîmes comme auparavant. Enfin ce poison venant à 
se ralentir et à perdre sa force et son activité, nous 
l'interrogeâmes d'où elle venait et elle nous raconta 
qu'elle avait franchi les mers et les montagnes et ra- 
conté beaucoup de mensonges, à quoi nous répondîmes 
que cela ne pouvait être, mais de plus fort elle affirma 
que c'était vrai, tant qu'à la fin nous fûmes contraints 
de lui montrer la meurtrissure des coups que nous lui 
avions donnés, mais elle nous résista avec plus d'obsti- 
nation encore. Que puis-je donc penser de ces per- 
sonnes ? Quelquefois, nous aurons encore occasion d'en 
parler, et nous reprendrons ainsi le fil de notre dis- 
cours, car pour le moment, il me semble que nous 
avons été assez prolixes. Puis j'estime encore qu'il 
est convenable de vous avertir, de peur que ceux qui 
voudraient expérimenter ces choses ne se fourvoient et 
n'éprouvent des désillusions. 

Chapitre Vingt-Septième 

Comment l'amour se peut engendrer, et des choses qui 
retiennent la vertu du médicament amoureux. 

Dès le commencement de notre œuvre, nous n'a- 
vons eu d'autre dessein que d'expliquer naturelle- 
ment toutes choses et principalement celles qui arri- 
vent par les œuvres des mages iniques, afin de fouler 



204 LA MAGIE NATURELLE 

aux pieds leur pernicieuse science, car par ces lacs et 
filets d'erreur ils enveloppent les esprits des humains, 
attendu que la plus grande partie des hommes s'arrê- 
tent à cette science, comme aussi j'en vois plusieurs 
travaillés par les fallacieux artifices de cet art dia- 
bolique. Quant à nous, nous ne trouverons pas qu'il 
ne soit pas convenable de discourir sur les attraits 
amoureux, dont nous aurons eu connaissance, ne vou- 
lant toutefois nous départir ou nous éloigner du droit 
de nature, c'est pourquoi je prie le lecteur qu'il prenne 
tout en bonne part. Donc, pour commencer, il con- 
vient de savoir que l'entendement humain ne s'in- 
cline à rien plus volontiers qu'à allumer les flambeaux 
de l'amour dans les cœurs et les esprits des hommes, 
afin de les rendre plus doux et plus gracieux et plus 
prompts à obéir à notre volonté. Et pour autant que 
cela arrive pour certaines choses dans lesquelles la 
puissance d'opérer cet effet est caché, usons de celles 
dont quelques-unes ont été enseignées par nos ancê- 
tres et approuvées de nous par l'expérience que nous 
en avons faite et de plusieurs aussi qui ont été ac- 
quises et trouvées par l'industrie des modernes. Pre- 
mièrement, entre ces appareils, l'Hippomanès ancien- 
nement a été élevé jusqu'au ciel ; combien qu'il y en 
ait eu encore qui ont affirmé que c'étaient là des fic- 
tions et de vaines fables de femmes peut-être assujettis 
à de fausses démonstrations, et non aux miracles pro- 
digieux de la nature et ajoutant foi aux causes aux- 
quelles l'expérience contredit et répugne. Or, ces gens 
estiment que cet Hippomanès est être double, l'un qui 
est une semence ou sperme distillant des parties hon- 
teuses de la jument enflammée d'une ardeur dé- 
mesurée de luxure, que le poète, en ses Géor- 



LA MAGIE NATURELLE 205 

giques, a chanté comme suit dans les vers suivants : 

De là finalemoat cette semence lente, 

Estimée à bon droit horrible et violente 

(Et que d'un propre nom Hippomanès appelle 

Des experts pastoureaux la fidèle séquelle) 

Dit-elle, et [)ar ardeur découle lentement 

Du membre naturel de la chaude jument. 

L' Hippomanès, que l'injuste marâtre 

A souvent recueilli, folle et acariâtre 

Dans l'herbe encore et ajustant de même 

Plusieurs mois moyennant encore naissance extrême, 

Tibulle, à son tour a parlé de ceci dans les vers sui- 
vants : 

L' Hippomanès distille et bien ouvertement 
Du membre naturel de la chaude jument. 

Et encore cette humeur n'est pas sans efficacité à 
tel dessein et ailleurs nous avons traité de l'usage à en 
faire, quand le lien et la saison l'ont requis; mais 
l'autre Hippomanès est de la grandeur d'une noix 
commune ronde et toutefois largette, et d'une cou- 
leur noirâtre, et est posée au front d'un poulain nais- 
sant; et la jument a cette nature qu'après qu'elle 
a fait son poulain, elle dévore les Secondines, et ayant 
mis son travail en oubli, léchant et nettoyant son 
faon, elle arrache enfin cette apostume qui s'appelle 
Hippomanès. Et si quelqu'un s'avisait de la dérober, 
il se garderait bien de présenter le petit poulain aux 
mamelles, car la jument le haïra et le chassera loin 
d'elle, sans que jamais elle l'aime, ce que le poète a très 
bien rendu dans son Enéide par les vers suivants : 

On cherche aussi l'amour, je dis l'amour puissant 
Qu'on arrache du front du poulain déjà naissant 



206 LA MAGIE NATURELLE 

Et qui est dérobé à la chéLive mère 
Laquelle vient concevoir en douleur amère. 

C'est pourquoi les anciens ont à bon droit estimé 
que de cette chair là s'engendrait l'amour et que c'é- 
tait un charme d'amour bien puissant. Et comme ra- 
conte Pausanias, ce que Alianus n'oublie pas non plus, 
qu'Arcus Olympien a reconnu qu'il y avait tant de 
force dans cette humeur, qu'ayant bâti une jument de 
bronze mêlée en fonte, sans queue (non toutefois si 
naïve que les chevaux en dussent être alléchés et trom- 
pés) mais il y enferma cet Hippomanès : au moyen de 
quoi les chevaux en furent tellement épris que pris 
de trop excessive furie et rompant leurs brides, ils 
couraient vers le cheval de bronze et la saillaient plus 
courageusement qu'une jument belle et vivante. 
Et encore que les cornes des pieds des chevaux adhé- 
rentes à la statue d'airain se foulassent par un lubrique 
écoulement, pour cela ils n'étaient distraits du coït et 
de l'embrassement, mais plus ardemment et à gueule 
ouverte et plus fortement qu'auparavant, ils lui hen- 
nissaient et ne purent être distraits de l'amour de 
cette statue qu'ils n'en fussent chassés à grands coups 
de fouet et par la force de ceux qui les chevauchaient. 
Or pour parler de l'étymologie d'Hippomanès et 
pourquoi ce nom lui a été donné, c'est parce que sem- 
blablement à la ressemblance de la convoîtise luxu- 
rieuse des chevaux, elle induisait et causait l'amour 
aux hommes et les faisait, transportés de furie, passer 
incontinent à l'acte vénérien. Il y a plusieurs personnes 
de grande autorité qui ont des pasteurs qui connais- 
sent fort bien tout cela, et si ces galants veulent faire 
quelque promesse d'amour à quelque personne pour 



LA MAGIE NATURELLE 207 

l'enflammer d'embrassements amoureux et faire queles 
femmes soient passionnées d'une langueur amoureuse, 
voire jusques à en mourir inclusivement, ils observent 
avec soin le temps que la jument doit faire son pou- 
lain, et aussitôt qu'il l'a produit, ils dérobent et se sai- 
sissent de l'Hippomanès et le gardent très bien dans le 
pasturon ou corne d'une jument : afin que quand ils 
en auront affaire, réduit en poudre bien menue, ils le 
mettent bien fallacieusement dans les potages ou 
breuvages, au moyen de quoi ils rendent l'esprit for- 
cené plus doux et plus apprivoisé, induisant une ar- 
deur d'amour telle que celle dont les jouvenceaux 
lascifs sont généralement épris au commencement du 
printemps et continuellement petit à petit enflam- 
ment leur convoitise qu'à tout âge ils lui donnent des 
yeux pleins de luxure, et captive tellement le mâle et la 
femelle qui auront savouré ce brouet qu'il rendra l'a- 
mour réciproque. Le rémora était jadis réputé pour 
infâme et déshonnête dans les empoisonnements an- 
ciens. Aussi si un homme a la partie naturelle d'une 
hyène liée au bras, et regarde une femme, c'est un 
attrait amoureux tellement vif qu'incontinent elle le 
suivra. Or, je ne saurais dire si ceci est vrai ou faux, 
de peur qu'on veuille me reprocher ce que je reprends 
chez les autres, car la prise de tels animaux est bien 
difficile, pour ne pas dire impossible. Il y en a qui 
l'enseignent autrement, et si vous y tenez, vous pour- 
riez l'apprendre également. Vous pourrez donc faire 
ceci, en regardant des animaux excessivement épris 
d'amour, comme des passereaux, des pigeons et des 
colombes, mais il vaut mieux encore prendre pour 
exemple les petits chiens. Qu'on lie une petite chienne 
de six mois ou d'un an, alors qu'on croit qu'elle vou- 



208 LA MAGIE NATURELLE 

drait se joindre au chien pour être couverte, au com- 
mencement du printemps, car c'est la partie de l'an- 
née où elle recherche le plus ardemment le mâle, et en 
effet elle le désire alors si fort qu'elle ne cesse de courir 
et d'aboyer après lui. Que donc on les lie étroitement, 
toutefois de sorte que le mâle et la femelle ne puissent 
se joindre ou s'accoupler, et surtout que l'un et l'autre 
soient en âge de puberté, c'est à dire capables de faire 
acte d'amour. Cela fait, qu'on leur donne à manger à 
foison et d'excellente nourriture, afin que par l'abon- 
dance du sperme ils s'enflamment et désirent faire des 
petits ; ils seront embrasés d'une chaleur tellement fu- 
rieuse que cela les fera crier et se démener extrême- 
ment. Et lorsque vous verrez que la femelle est par- 
venue au suprême degré de chaleur, en sorte que les 
parties génitales commenceront à lui démanger, à 
s'enfler et à grossir, ce qui arrivera au bout d'une jour- 
née, il faudra lui couper la gorge et prendre les parties 
où gît principalement le désir d'amour et les jeter au 
chien. Il y a beaucoup d'autres expériences encore 
dont nous pourrions parler, mais nous estimons que 
nous avons assez parlé de ce sujet, et nous sommes sûrs 
que tout ce que nous avons dit jusqu'ici est de la plus 
exacte vérité. 

Chapitre Vingt-Huitième 

Des charmes et ensorcellements, ou comme on peut- 
être empêtré par eux, et de leurs préservatifs. 

Maintenant il convient de traiter des ensorcelle- 
ments et de ceux qui en ont usé, car s'il nous arrive de 
feuilleter les ouvrages des anciens, nous trouverons 



LA MAGIE NATURELLE 209 

que plusieurs choses de cette espèce ont déjà été mises 
en lumière, pour servir à la mémoire de la postérité, 
vu que les événements plus modernes ou plus récents, se 
rapportent à la renommée ancienne. J'ai trouvé bon de 
mettre en avant ce que d'autres ont dit à ce sujet, et 
dont vous trouverez des exemples dans Théophraste 
et dans Virgile, comme en témoignent les vers sui- 
vants : 

Mais je ne sais quel œil par accidents nouveaux 
Me vient ensorceler mes tendrelets agneaux. 

Isigonus et Memphrodonus racontent qu'en la terre 
d'Afrique il y a certaines feuilles qui ensorcellent par la 
voix et par la langue, et qui, si elles admirent et con- 
templent plus qu'il n'est loisible, ou louent les beaux 
arbres, les blés plus féconds, les enfants plus gracieux, 
les chevaux meilleurs ou les brebis plus grasses et plus 
johes, incontinent on les verra sécher et mourir, sans 
que ces animaux ou plantes soient asservis à une autre 
cause : Solin a exposé cela dans ses écrits. 

Le même Isigonus publie qu'en la contrée des Tri- 
bales et Esclavons, il y a des races de gens qui ont 
aux yeux des doubles prunelles et font un mortel ensor- 
cellement par leur regard, de sorte qu'ils tueront incon- 
testablement ceux qu'ils regarderont un peu longue- 
ment et principalement s'ils sont courroucés, mais sur- 
tout les jouvenceaux qui n'auront encore poil de barbe, 
en sentiront le mal et le dommage. 

Apollon des Philarcus raconte aussi qu'en Scythie, 
il y a un semblable genre de femmes, qu'on appelle 
Bithies et une autre espèce d'hommes du même cali- 
bre au Pont des Thibiens, dont il affirme qu'ils ont 
les uns des yeux à double prunelle, les autres l'effigie 



14 



210 LA MAGIE NATURELLE 

d'un cheval. De ces dernières Didymus a parlé. Da- 
mon de son côté a raconté qu'il y a en Ethiopie une 
drogue d'un genre semblable, dont la sueur fera mai- 
grir les corps de ceux qu'elle aura séchés, de sorte que, 
leur embonpoint perdu, ils deviendront secs et étiques. 
Aussi on dit que toutes les femmes de cette contrée 
ensorcellent par leur regard, et cela est notoire, car 
elles ont deux prunelles aux yeux. Cicéron a également 
parlé de ces femmes. 

Et semblablement Plutarque témoigne que les gens 
qui habitent en la contrée de Pont de Palethébères, 
ensorcellent non seulement les petits enfants, dont 
l'état et la disposition corporelle et mentale est encore 
faible, mais s'attachent aussi aux personnes âgées, 
dont le corps est fort et robuste, et cela si outrageu- 
sement qu'ils en deviennent pestilentieux, car par leur 
seul regard, ils rendront malades ceux qu'ils voudront 
tuer et commenceront par les rendre éthiques. Et notez 
qu'ils ne traiteront pas seulement ainsi ceux qui con- 
versent continuellement avec eux, mais aussi les 
étrangers et ceux qui sont éloignés d'eux, tant est 
grande la force de leurs yeux. Et bien que l'ensorcelle- 
ment commence par l'attouchement ou communica- 
tion directe, toutefois il se parfait et s'achève par les 
yeux, comme si l'esprit était exterminé et coulait par 
les yeux au cœur de l'ensorcelé. Il adviendra alors 
qu'un jouvenceau doux, d'un sang subtil, clair, pro- 
jettera une semblable haleine, attendu qu'elle naît 
de la chaleur du cœur et du sang le plus pur. Et parce 
qu'elle est très légère, elle parviendra à la partie la plus 
haute du corps, c'est à dire dans les yeux. Et encore 
avec l'haleine ou souffle sort une certaine vertu ignée, 
qui opère par rayonnement, de sorte que ceux qui 



LA MAGIE NATURELLE 211 

auront le malheur de regarder des yeux rouges et 
chassieux, finiront par avoir ce même mal. Et de vrai 
cet accident arrive toujours, car cela infecte l'air, 
et l'air infect en empoisonne un autre, et ainsi celui 
qui sera le plus proche de l'œil, porte avec soi une va- 
peur de sang corrompu, de la contagion de laquelle les 
yeux se contaminent également. Ainsi encore le loup 
hume la voix, ainsi le basilic ôte la vie, le basilic qui 
par son regard projette le venin et darde des coups 
mortels par le rayonnement de ses yeux, mais si on lui 
présente un miroir, ces rayons retournent vers leur 
auteur. Ainsi, le miroir poli redoute le regard de la 
femme immonde, comme le raconte Aristote, car son 
regard le souille et lui enlève son éclat et sa splendeur, 
ce qui arrive parce que la vapeur sanguine s'attache 
sur la surface du miroir, où elle apparaîtra clairement. 
Si la tache est récente, vous l'enlèverez difficilement, 
parce que le miroir résistera à son enlèvement. 

Ainsi donc la fluxion des rayons des yeux par la con- 
duite de l'haleine parvenant aux yeux de celui qu'elle 
rencontre, les perce de part en part et infecte les par- 
ties inférieures, cherchant sa propre région, attendu 
qu'elle sort du cœur et ainsi l'haleine aux bords du 
cœur, s'épaissit en sang, et ce sang étranger, ne s'ac- 
cordant pas avec la nature de la personne ensorcelée, 
infecte le reste d'une maigreur langoureuse et étique, 
qui fait que la personne ainsi atteinte devient malade, 
et cette contagion ou empoisonnement durera tandis 
que la force de ce sang faible demeurera dans les mem- 
bres ; et vu que c'est un accident ou une indisposition 
du sang, il n'est jamais frappé que de fièvre continue. 
Mais afin que le tout soit mieux éclairci et puisse ap- 
paraître plus distinctement, il convient d'abord de sa- 



212 LA MAGIE NATURELLE 

voir que les auteurs affirment qu'il y a deux sortes 
d'ensorcellement : l'un d'amour, et l'autre d'envie ou 
de malveillance. Si donc on veut rendre une personne 
éprise du désir d'une forme belle et l'empêtrer dans les 
lacs d'une beauté élégante, bien que cet encorcelle- 
ment soit dardé de loin, toutefois il se hume par les 
yeux, ainsi que l'idée de la forme exquise réside au 
cœur de l'amour, au moyen de quoi il embrasse des 
petits feux, dont il a coutume d'être continuellement 
tourmenté, et parce que là le sang plus mou de la per- 
sonne aimée vague et erre, il lui présente la face qui 
reluit en lui, par le miroir de son sang. Il n'a pas de 
repos en soi, étant tellement attiré par la personne ai- 
mée, que le sang de cette personne coule en quelque 
sorte vers celle-là. Lucrèce en a parlé ainsi : 

Or, ce venin hideux saisit le corps, dont l'âme 
D'amour, force navrée éperduement s'enflamme 
Car hélas ! presque tous tombent (ce dont je m'enivre) 
En l'accident cruel de l'amoureuse plaie. 
Et le sang purpurin resplendit cette part 
Dont le sang amoureux qui nous navre départ 
Mais si de loin il vient, alors avec grâce 
L'humeur rouge soudain occupe notre face. 

Mais si la personne qui a été infectée de ce venin est 
atteinte de l'ensorcellement d'envie ou de malveil- 
lance, c'est alors un ensorcellement bien dangereux, 
et ce poison se rencontre souvent chez les vieilles. 
Personne ne peut nier que, l'esprit étant mal disposé, 
le corps ne se trouve malade, et que l'esprit passionné 
n'augmente les forces du corps et les rende plus valeu- 
reuses, et non seulement change le corps propre, mais 
le rend aliéné, et cela d'autant plus que les ardeurs inté- 
rieures de vengeance ou de convoitise s'embrasent au 



LA MAGIE NATURELLE 213 

cœur. A ce propos, l'avarice, la tristesse, l'amour ne 
changent-ils pas les couleurs et les dispositions ; l'en- 
vie ne teint-elle pas le visage d'une pâleur insigne et 
ne le couvre-t-elle pas d'une maigreur extrême ? La 
convoitise de la femme enceinte ne grave-t-elle pas 
en son petit enfant encore tendrelet la marque de la 
chose désirée ? Ainsi, pour revenir à notre sujet, après 
que la personne entachée aura retranché ses yeux 
brûlants d'envie, tordus et renfrognés et que le désir 
de nuire ressort plus âprement par l'organe des yeux 
et que l'ardeur intérieure procède de ceux-ci, alors ils 
endommageront le corps de ceux qui assisteront en ce 
lieu, et principalement les plus beaux, car la prunelle 
de l'œil transperce comme un dard, brûle les parties 
précordiales, et suscite la cause de la maigreur; prin- 
cipalement si les personnes sont colères et sanguines, 
car facilement le mal pénètre par l'ouverture des pores 
et la subtilité des humeurs. Et non seulement le corps 
est fait tel par la passion, mais il est facile aussi que le 
venin même puisse se trouver dans le corps humain, 
comme l'a du reste prouvé Avicenne. Et plusieurs 
sont doués de telle nature et on ne doit estimer cela 
merveilleux, que plusieurs aient trouvé bon que cela 
puisse se faire artificiellement. Jadis ainsi que le ra- 
conte Aristote, la reine des Indes envoya à Alexandre 
une pucelle douée d'une grande beauté, qui avait été 
nourrie de venin de serpents à tel point qu'elle était 
réellement farcie de ce poison. Avicenne affirme la 
même chose et Rufus l'a déclaré aussi. Galien témoi- 
gne qu'il y en avait une autre qui dévorait la jusquia- 
me, sans aucun dommage et une autre qui mangeait 
impunément de l'aconit, de sorte que la géline n'en 
osait approcher. On raconte aussi que Mithridate, roi 



214 LA MAGIE NATURELLE 

de Pont (selon ce que nous avons appris dans les écrits 
des anciens) pour s'être fort accoutumé à manger de 
cette plante d'aconit, le rendit tellement fort contre le 
venin, que voulant se donner la mort à l'aide de ce 
poison, de peur de tomber aux mains des Romains, 
ses ennemis, il ne fut aucunement incommodé par 
l'énorme dose qu'il en avala. 

Les gelines étant engraissées de chair de serpents 
et de lézards, ou de froment cuit au brouet de ces bê- 
tes, auront une efficacité telle, que si vous les donnez à 
manger à un épervier, elles lui feront incontinent tom- 
ber les plumes, et feront encore plusieurs autres choses 
qu'il serait trop long de relater ici. Semblablement, il y 
a plusieurs personnes qui guérissent certaines maladies 
par le seul attouchement; plusieurs qui, mangeant les 
araignées, méprisent les morsures des serpents et n'en 
éprouvent aucune incommodité. Leur regard ou la res- 
piration qui sort d'eux sont si pernicieux, qu'ils en 
infecteront tellement les petites plantes, et les herbes, 
qu'elles sécheront sur-le-champ. Et encore souvent, 
là où résident ces animaux, les blés qui ont été infestés 
de ce venin, sèchent sur place, grâce à la force de leurs 
yeux qui projettent sur eux un souffle délétère. Mais 
du reste, les femmes, quand elles ont leurs mois, ou 
règles ou menstrues, n'infectent-elles pas aussi les 
concombres et les melons et ne les flétrissent-elles pas 
par leur simple attouchement ? Les enfants aussi sont- 
ils plus innocemment traités des hommes que des 
femmes ? Encore trouverez-vous plus de femmes que 
d'hommes qui se mêlent de sorcellerie, à cause de leur 
complexion : car elles vivent de plusieurs choses dom- 
mageables, de sorte que tous les mois elles se remplis- 
sent de superfluités : leur sang bout et répand des 



LA MAGIE NATURELLE 215 

vapeurs qui sortent par les yeux et infectent de leur 
venin le corps des assistants. Mais si vous aimez une 
jouvencelle accorte et belle, et que vous vouliez la 
charmer, ou si la femme amoureuse veut envelopper 
l'homme dans les lacets de l'amour, voici le procédé 
dont il faut user pour arriver à ce résultat. 

Le moyen d'enlacer les femmes aux lacs d'amour. 

Premièrement, il convient que les personnes soient 
en partie sanguines, et en partie colorées, reluisant 
d'une gentille netteté, avec des yeux verts et étince- 
lants, tirant sur le bleu : encore vaudra-t-il mieux 
qu'elles vivent chastement, afin que par un trop fré- 
quent coït le suc des humeurs ne s'épuise pas trop vite. 
Ensuite entrent en jeu le regard et des œillades très 
fréquentes, puis par un effort obstiné de leurs imagi- 
nations respectives, les deux parties inclinent leurs 
yeux, prunelle contre prunelle, rayons contre rayons 
et joignent la lumière de leurs yeux; et ainsi de ce re- 
gard réciproque naîtra l'amour. 

Mais pour savoir pourquoi la personne aimée de 
vous sera prise par votre regard et non par celui des 
autres, on le peut voir par la raison que j'ai donnée 
plus haut, et encore par celle-ci. Cela advient par l'in- 
tention de l'attrayant, laquelle est dardée par l'ha- 
leine ou les vapeurs, et la personne qui est touchée de 
cette haleine est faite semblable à l'autre. Car étant 
principalement dans cette passion, et l'imagination 
étant fortement tournée vers la chose désirée, une lon- 
gue habitude fait que l'esprit et le sang obéissent fata- 
lement. Et alors la personne aimée peut être enlacée et 
enflammée du désir de la chose aimée par ces vertus, 



216 LA MAGIE NATURELLE 

bien que toutefois l'esprit par la seule affection puisse 
produire et causer de tels effets. C'est ce que l'on attri- 
bue à Avicenne, dont l'opinion ne s'éloigne guère de 
celle que nous donnons ici. Selon l'avis de Museus, l'œil 
pose les premiers fondements de l'amour, et sert prin- 
cipalement à allécher l'attrait amoureux. Diogenia- 
nus, de son côté, dit aussi que l'amour naît du regard, 
d'autant qu'il est impossible qu'une personne puisse 
aimer une chose qu'elle ne connaît pas. Juvénal ra- 
conte d'un amant, ce qui doit être tenu pour un pro- 
dige, ce qui est exprimé dans les vers suivants : 

Auquel éperduement épris de la pucelle, 
Non vue encore ardait l'amoureuse étincelle. 

Car le regard des yeux reluisants contraindra à 
l'amour la créature aimée et vue, voire même jus- 
qu'au transport forcené des sens. Le commencement 
de l'amour prend naissance par les yeux; les autres 
membres n'en donnent pas la cause efficiente et vraie, 
mais la suscitent, de sorte que par l'attrait et l'élé- 
gance de la beauté, ils arrêtent celui qui regarde et le 
subjuguent. Et alors, poétiquement, — on dit que 
Cupidon aux aguets lance ses dards, de sorte que l'ai- 
guillon, dardé des yeux, passe aux yeux des assistants 
et finalement brûle les entrailles. Voici comment 
Apulée en parle : Car, dit-il, les yeux étant dévallés par 
les miens dans mes parties intimes, produisent une 
grande ardeur dans mes moelles. Or, n'avons-nous pas 
donné une petite racine aux curieux rechercheurs : et 
de peur que tu ne deviennes insensé, tu pourras corro- 
borer cela par de nombreuses expériences. Que si 
quelqu'un trouve cela étonnant, ayant bien considéré 
les maux qui surviennent par contagion, comme la dé- 



LA MAGIE NATURELLE 217 

mangeaison, la rogne, la chassieuseté, la peste, elle 
infecte ou entache la personne présente par simple at- 
touchement, ou par le regard ou parfois par la parole, 
pourquoi ne pourrait-on croire que la contagion amou- 
reuse, qui est la plus pernicieuse de toutes les maladies, 
ne puisse envahir soudainement les hommes : et non 
seulement cela prend dans les personnes auxquelles 
on s'attache, mais retourne à celles qui l'ont dardé, 
de sorte qu'ils attirent le même charme ou le même 
empoisonnement qu'ils ont dardé. 

Aussi les anciens écrits publient une merveille de 
certain personnage nommé Eutalida, lequel par eaux, 
par miroirs et par fontaines regorgeantes, donna un 
aspect à l'encontre de l'image qu'il regardait, et l'au- 
teur même de ce regard en fut endommagé, car il s'e- 
namoura tellement de soi-même et se trouva si beau 
qu'il tomba sous le charme et porta ainsi le châtiment 
de sa maladie particulière. Ainsi les enfants par leurs 
propres attraits se charment et s'énamourent l'un 
l'autre, dont les pères et autres parents attribuent la 
faute aux sorciers. Mais comme on trouve remède à 
toutes choses, excepté cependant à la mort, voici quel- 
ques remèdes préservatifs contre ce mal. 

Les remèdes préservatifs, ou secourables contre ce mat. 

Il y en a plusieurs, que la sage antiquité a établis, 
mais si vous voulez rompre ce charme, vous pourrez le 
détourner de la manière suivante. Otez la vue et l'ob- 
jet de la chose aimée, de peur qu'il ne fixe son regard 
sur vous et que les lumières ne se joignent aux lu- 
mières, et après, pour en ôter la cause, ôtez en peu à 
peu la conservation, empêchez aussi l'oisiveté, mais 



218 LA MAGIE NATURELLE 

chargez l'entendement de la personne aimée de graves 
soucis. Après, jetez son sang, sa sueur, et tous ses ex- 
créments, afin qu'ensemble toutes ces choses nuisi- 
bles soient poussées au loin par le vent. On trouve 
aussi des médicaments contre les premiers maux. Mais 
si le maléfice procède des yeux, vous vous en rendrez 
compte de la manière suivante : la personne offensée 
perdra sa couleur, elle ne lèvera jamais les yeux, mais 
les tiendra toujours baissés, elle soupirera souvent, 
et son cœur sera étreint d'angoisse, sans qu'on aper- 
çoive aucun symptôme de mal, et elle versera des lar- 
mes salées et amères. Or, pour la délivrer de cet ensor- 
cellement et parce que l'air qui l'environne est conta- 
gieux et contaminé, qu'on lui apphque des parfums 
odoriférants, afin qu'ils purifient l'air; vous obtien- 
drez le même résultat en l'arrosant d'eau distillée, de 
canelles, de girofles, de musc et d'ambre. Par ce moyen, 
l'ancienne coutume s'est étendue jusqu'à nous, et les 
femmes ont retenu ceci, à savoir que si elles remar- 
quent que les enfants aient pris quelqu'objet nuisible, 
pour les purger de ce mal, elles les parfument d'encens ; 
puis elles les gardent et les font séjourner dans une 
atmosphère claire et pure, et leur pendent au cou des 
pierres précieuses, comme une escarboucle, une hya- 
cinthe, ou un saphir et Dioscoride estime que l'aloès 
pendu en la maison ou la valériane servent de médi- 
cament secourable pour ce mal. Toutefois il sera utile 
de flairer souvent l'hysope et le lys. Il sera bon aussi 
de porter un anneau façonné de la corne d'un pied 
d'un âne domestique, et d'orchis, qu'on appelle en 
notre idiome vulgaire couillon de chien. Aristote loue 
la rue, pour obtenir de l'efficacité à cet égard. En 
somme, toutes ces choses ralentissent et annihilent 



LA MAGIE NATURELLE 219 

même la force des charmes. Nous avons écrit dans ce 
livre toutes celles qui étaient éprouvées par la voie 
de l'expérience et même les autres, plus incertaines, 
mais qui nous ont semblé cependant conformes à la 
vérité. 



LIVRE TROISIÈME 

Chapitre Premier 

Des extractions de l'eau et de l'huile et de plusieurs 
opérations qui entrent communément dans ce 
travail. 

Il nous a semblé bon de mettre premièrement en 
avant quelques opérations, qu'on peut lire en passant, 
afin que les choses que l'on enseigne procèdent par 
ordre et ne soient pas cherchées ailleurs. Et comme 
dans notre ouvrage nous avons fait mention de la 
distillation et des vaisseaux ou vases propres à cette 
distillation, afin que cela ne soit ignoré, nous avons 
jugé convenable d'en traiter en ce moment. Certains 
philosophes modernes ont trouvé bon de tirer eau de 
toutes choses, de façon à ce que nous ayons de l'eau 
pure sans terre, comme du reste cela se peut faire. 
Car vous pouvez voir de l'eau distillée qui ne laisse 
point de mare ou de lie, et par cette eau plusieurs choses 
sont délivrées de leur putréfaction, surtout si nous 
avons besoin d'en boire. Premièrement, on prend un 
pot de terre, toutefois il sera préférable d'en avoir un 
de verre, concave, gros, et façonné en la forme d'une 
pelote, ou finissant sa rondeur en pointe, comme une 



LA MAGIE NATURELLE 221 

poire, et qui ait un col long, auquel il faut accommoder 
un bouchon ou chapeau, pour que la braise, étant mise 
dessus, les choses qui y sont encloses se résolvent en 
petites vapeurs, remplissent toutes les parties vides et 
s'élèvent. Car sitôt que cette épaisseur vaporeuse aura 
touché la froideur du chapeau, et rencontrera le verre, 
elle s'amasse en rosée sur les bords de celui-ci, et en- 
suite, dévalant par la voûte du chapeau, tombe en 
eau, et par un canal ouvert, coule en larges ruisseaux ; 
le réceptacle posé au-dessous la reçoit ensuite. Les 
chimistes appellent cela un distilloir ou alambic. Plu- 
sieurs, de peur que la mauvaise odeur n'offense ceux 
qui viendraient à boire de cette eau, mettent cet instru- 
ment dans un vaisseau plein d'eau bouillante, par le- 
quel on tire une eau plus claire; cet instrument s'ap- 
pelle un bain. Vous tirerez également une eau bien 
claire, si vous accommodez ces vaisseaux de terre 
dans quelque pot de terre, en telle sorte que le col 
sorte dehors, puis vous ajouterez un vaisseau de cuivre 
plein d'eau chaude, afin que par la vertu de la fumée 
qui s'élèvera, ne pouvant sortir par ailleurs, on tirera 
ingénieusement de là une eau, qui sera la meil- 
leure de toutes les eaux potables. Il y en a qui lient 
ce vaisseau de verre en un pot de terre vide, en telle 
sorte qu'il n'en touche aucun des côtés; et bouchant 
l'orifice de celui-ci, y laissant seulement une ouver- 
ture par laquelle le col puisse passer, et ainsi l'eau 
s'échauffant fort et échauffant l'air, résoud en va- 
peur, les choses contenues dans ce vaisseau. Choisis- 
sez donc la manière qui vous paraît la plus commode ; 
pour nous, il nous suffira de vous en avoir indiqué quel- 
ques-unes. — Il y a bien encore d'autres vaisseaux 
dont on use ; voire même il en est en nombre presque 



222 LA MAGIE NATURELLE 

infini. Toutefois si la chose est rebelle et obstinée à la 
distillation, on a coutume de la putréfier et de la mé- 
langer avec de la fiente de cheval, qui garde toujours 
une chaleur uniforme. Il est bon cependant de la re- 
nouveler de cinq en cinq jours, puis on l'expose au so- 
leil à l'aide d'un miroir concave. Nous tirons encore 
souvent de l'eau de cette manière, à savoir en enfouis- 
sant l'alambic dans le marc des raisins et encore en le 
posant sur des cendres chaudes ou allumant en dessous 
des charbons de genévrier, car plus le bois est épais, 
plus le charbon allumé dure longtemps. Maintenant, 
il nous faut en venir aux opérations que nous avons 
annoncées. 

Comment on pourra faire de Vhuile de talc. 

Cette opération est si ardue et si difficile, au juge- 
ment de plusieurs, qu'ils estiment qu'il leur est im- 
possible d'en venir à bout. Toutefois, si vous avez be- 
soin de la faire, voici comment vous vous y prendrez. 
Vous mettrez votre talc dans un petit sac, avec du gra- 
vier qu'on trouve sur les rivages des rivières et qu'on 
voit souvent dans les fleuves; après, faites les forte- 
ment agiter et secouez-les jusqu'à ce qu'ils se trans- 
forment en une poudre fort menue. Après que vous 
aurez fait ce qui est dit ci-dessus, accommodez votre 
mixture dans un pot de terre crue qui soit d'épaisseur 
et de force suffisante, puis bouchez-le avec un cou- 
vercle, et entourez-le de cercles de fer, et après que 
vous l'aurez enduit de terre de potier, exposez-le au 
soleil pour le faire sécher, puis mettez-le dans une 
fournaise de pierre, d'où les flammes sortent avec une 
grande force et une extrême violence, ou ailleurs, pour- 
vu qu'il y ait un feu très vif, et après que la fournaise 



LA MAGIE NATURELLE 223 

aura cessé de brûler, ôtez votre pot et rompez-le, si 
vous voyez que votre talc est bien calciné; mais s'il 
en est autrement, réitérez encore une fois l'opération. 
Après que la chaux sera devenue fort blanche, broyez- 
la avec un marbre de porphyre, et posez-la dans un 
autre sachet, ou dans un marbre en un lieu fort hu- 
mide, comme un puits bien profond ou une citerne et 
laissez-le séjourner là très longtemps. Vous le verrez 
couler goutte à goutte, puis posez-le dans un vase de 
verre, comme ceux dont se servent les alchimistes pour 
l'extraction des huiles ou des eaux, et ainsi par la force 
du feu, vous recevrez la liqueur désirée, car il se ré- 
soud en eau plus facilement et plus tôt, s'il a été brûlé 
plus parfaitement et plus longtemps; les parties cal- 
cinées devenues plus subtiles par le feu, se mêlent avec 
les eaux et se confondent avec elles. 

Pour extraire de Vhuile ou de Veau du soufre. 

Voici la manière de procéder. Ayez un vaisseau de 
verre qui ait un goulot large et soit concave, et fa- 
çonné en la forme d'une cloche, et après que vous l'au- 
rez enduit de terre grasse, mettant au-dessous un pied 
de fer, qu'il soit pendu à un fil. Plus bas vous pose- 
rez un large réceptacle afin qu'il reçoive l'huile décou- 
lant des bords de la cloche, au milieu duquel appliquez 
un vaisseau de terre ou de fer, plein de soufre. Mettez- 
y le feu et pendant qu'il brûlera, mettez-le dans un 
autre vase; la liqueur s'épaissira en liqueur d'huile et 
découlera des bords de la cloche. Cette huile est bonne 
pour blanchir les dents et pour les nettoyer, nous vous 
en donnons l'assurance. Puis, voici un autre cas : pre- 
nez du soufre vif, qui n'aura point senti le feu, et mê- 



224 LA MAGIE NATURELLE 

lez-le avec une égale portion d'huile de genièvre et 
tirez-en l'huile par le feu, pour en user selon vos be- 
soins. 

Pour tirer Vhuile des œufs. 

Voici la manière de le faire. Mettez une poêle ou un 
autre vase large et ample sur le feu et jetez-y vos œufs, 
les mêlant souvent et les remuant avec une spatule, de 
peur qu'ils ne brûlent, puis après qu'ils seront réduits 
en poudre, faites-en sortir l'huile par le pressoir; gar- 
dez ensuite l'huile dans un vase ou vaisseau de bois. 
Ou autrement, si vous le préférez, laissez-les bouillir 
et devenir durs et ainsi vous en tirerez l'huile. Mais 
quant aux mélanges et compositions ignées et faciles à 
enflammer, vous pourrez faire une autre huile : mêlez 
ensemble plusieurs jaunes d'œufs, avec la moitié de 
soufre vif et mettez-les sur le feu dans une poêle; 
quand vous verrez une certaine fange, ou écume ou 
crasse, ou quelque chose d'huileux nageant sur la sur- 
face, gardez-la, car ce sera là l'huile que vous cherchez. 
Vous ferez aussi de l'huile de résine ou gomme de té- 
rébenthine et de miel et ainsi de beaucoup d'autres 
sortes. Mettez votre résine dans un vase sur un petit feu 
parce qu'un grand feu ferait monter et mettrait le feu 
dans le vase. 

Par quel moyen on peut tirer Veau de Vargent vif. 

Prenez un pot ou vaisseau de terre, qui ait un ventre 
gros et rond, mais le col un peu aiguisé pour qu'à la 
partie supérieure de l'orifice on puisse accommoder 
un chapeau en verre. Après cela, enduisez de terre de 



LA MAGIE NATURELLE 225 

potier les soupiraux, afin que le vif argent, s'évanouis- 
sant en vapeurs subtiles, ne puisse respirer. Cela fait, 
mettez au-dessous du canal ouvert un vaisseau, pour 
qu'il puisse recevoir la liqueur, puis faites que d'un 
côté il y ait un vaisseau ouvert, dans lequel l'argent vif 
puisse être reçu. Tout cela doit être échauffé par le feu, 
et par un entonnoir ou un autre instrument, vous 
épandrez et ferez couler votre vif argent dedans, et le 
boucherez incontinent avec de la terre à potier, de 
telle façon qu'elle soit bien appropriée à la partie qu'il 
conviendra. Alors, après qu'il aura bien tonné et fait 
un pet, il se résoudra en vapeur et peu à peu s'épais- 
sissant, s'écoulera dans le pot de terre qui sera fixé 
au-dessous. 

Chapitre Deuxième 

De raffinement ou sublimation, calcînation ou réduc- 
tion en chaux, et autres choses nécessaires à cet 
effet. 

Maintenant il nous reste à enseigner comment on 
pourra sublimer et calciner, choses que nous trouvons 
et qui nous semblent en tout et pour tout être néces- 
saires à nos opérations, dont nous n'avons pas encore 
parlé ci-dessus, mais dont nous allons parler briève- 
ment maintenant. Nous parlerons d'abord de la subli- 
mation. 

Comment nous devons affiner ou sublimer. 

Afin qu'à l'imitation de cet effet, vous appreniez à 
faire l'orpiment et autres choses, parce que nous voyons 
quelquefois les choses se corrompre et qu'elles se font 

15 



226 LA MAGIE NATURELLE 

noires et se souillent, et que cela arrive selon leur 
diversité, d'autant que cela se fait quelque- 
fois par les parties terrestres qui abondent en elles, 
nous les.purgerons et les nettoyerons, ce qui ne se peut 
faire que par le seul affinement. Premièrement, pilez 
et broyez votre orpiment, ou autres drogues, le plus 
menu que vous pourrez, puis jetez-le dans un pot de 
terre qui soit verni etépandez-y l'huile si abondamment 
qu'il surmonte environ d'un tiers, laquelle huile vous 
mêlerez avec un bâton, afin qu'elle ne demeure ou ne 
s'attache au fond. Après qu'il sera séché, broyez-le 
encore et faites comme nous l'avons enseigné ci-des- 
sus, avec du vinaigre et de la lessive forte. Finalement 
que la poudre avec du tartre, de la chaux vive et des 
raclures d'airain soit enclose dans un vaisseau de verre 
long et voûté, et qui ne soit pas empli jusqu'au bord, 
mais seulement jusqu'au milieu. Après cela, que le ven- 
tre soit muni extérieurement de fange ou de terre grasse^ 
puis exposé au soleil, et laissez l'y séjourner jusqu'à 
ce qu'il soit bien séché et qu'il puisse résister au feu. 
Gela fait, posez-le dans un fourneau, toutefois ne bou- 
chez point l'orifice du pot, afin que l'esprit étant clos, 
il ne s'étrangle et suffoque. Qu'au dessous du vaisseau, 
il y ait un petit feu, qu'on laisse peu à peu croître en 
six heures, et que finalement il rougisse et par la force 
du feu la partie fugitive descendera dans les chambres 
du vaisseau et là il résidera et s'amassera en argent 
blanc. Cela fait, rompez le vaisseau, et tirez-en la ma- 
tière que vous garderez pour vos besoins. Autant en 
advient en la descente, car plus facilement elle coule 
en contrebas; mais si les corps sont pesants et massifs, 
qu'ils soient ajoutés à d'autres plus légers, afin qu'elle 
monte plus légèrement. Telle est la manière d'affiner. 



LA MAGIE NATURELLE 227 

dont VOUS userez en toutes autres choses, car elles ne 
diffèrent guère Tune de l'autre. 

Pour cultiver ou iourner le vif argent en chaux ou en 
quelqu'autre métal. 

Composez un amollissement de raclures d'argent, 
ou de vif argent, mis au triple, et après vous le polirez 
et aplanirez fort avec un marbre de porphyre en sel 
commun. Lorsqu'il sera parfaitement uni, mettez-le 
en un vaisseau de terre qui soit tors, afin que la ma- 
tière monte plus facilement. Cela fait, mettez-le sur le 
feu, et par la force de celui-ci, le vif argent, par les tuyaux, 
s'écoulera dans le réceptacle, puis vous frotterez ce 
qui sera demeuré au fond du vase d'eau douce, en y 
épandant toujours de la nouvelle eau jusqu'à ce qu'il 
n'y ait plus aucune trace d'humeur salée, et que votre 
matière ait perdu toute sorte d'amertume. Et lorsque 
l'eau sortira tout à fait douce, alors la calcination sera 
faite. Il y a encore une autre manière d'arriver au mê- 
me résultat. Faites liquéfier ou dissoudre votre vif 
argent dans de l'eau-forte, comme le font communé- 
ment les orfèvres, et mêlez-y de l'eau de fontaine, que 
vous renouvellerez jusqu'à ce que le sel commun soit 
consommé, et par ce moyen vous verrez le vif argent 
remplir la partie basse du vaisseau. Après sucez ou 
tirez-en l'eau avec un pinceau, mettez cette chaux en 
un pot de terre sur de la braise bien embrasée, puis en- 
levez la salure avec force d'eau douce. Vous renou- 
vellerez cela jusqu'à ce que vous constatiez que tout 
s'en est allé. Par ce moyen vous transformerez l'ar- 
gent en chaux et en cire, et ayez soin que les raclures 
mêlées avec le vif argent, sublimé, soient bien adroite- 



228 LA MAGIE NATURELLE 

ment posées dans un vaisseau de verre, approprié à cet 
effet; puis posez-le sur la braise ardente, jusqu'à ce 
que la force du feu chasse dehors le vif argent, et vous 
le trouverez dans la partie la plus basse du vaisseau, 
fixe, et comme cire propice aux pierres précieuses. 

Pour faire tourner le plomb ou élain en chaux. 

Faites fondre votre plomb ou étain dans quelque 
vaisseau de terre ou de fer, puis jetez-y du sel pulvé- 
risé aussi menu que possible, en le tournant avec l'é- 
corce, le tronc ou la vergette du coudrier, de façon à ce 
que les parties qui adhèrent les unes aux autres se sé- 
parent et se forment en grains semblables aux grains 
de millet. Ou bien, le plomb ou étain étant fondu, 
faites-les passer par les trous fort étroits d'un crible, 
dans de l'eau froide et vous en formerez comme des 
petits vermisseaux. Puis, il faudra recommencer l'opé- 
ration, jusqu'à ce qu'ils deviennent les plus menus 
possible. Plongez alors cette poudre dans de l'eau 
bouillante, la renouvelant jusqu'à ce que cette eau, 
ayant vaincu la force du sel, commence à s'adoucir 
et que peu à peu la salure disparaisse tout à fait. Vous 
mettrez ensuite votre matière dans un pot de terre 
et la déposerez dans une fournaise où l'on cuit les tuiles 
ou bien où l'on fond le verre, pendant trois jours, et 
vous le trouverez calciné. 

Vous pouvez encore le faire de la manière dont l'en- 
seigne Geber, Faites fondre et liquéfier votre étain ou 
plomb dans une coupe ayant un large orifice, raclant la 
superficie ou crasse avec un fer crochu, afin qu'il dé- 
pouille sa peau superficielle, et continuant cette opéra- 
tion jusqu'à ce que vous le trouviez tout réduit en 



LA MAGIE NATURELLE 229 

poudre ou en cendre. Après, mettez-le dans une outre 
de terre et fourrez-le dans une fournaise, jusqu'à ce 
qu'il se change en chaux blanche. Si bon vous semble, 
vous pouvez encore le faire de la manière suivante. 
Faites fondre voire plomb dans une coupe ouverte, qui 
ait un large orifice et soit tout enduite et couverte de 
terre grasse, et remuez-le sans discontinuer, pendant 
le quart d'un jour, à l'aide d'une spatule, jusqu'à ce 
qu'il se tourne tout en poudre. Après, mettez-le dans 
un pot de terre sur le feu, pendant une journée et vous 
le verrez bientôt blanchir. Ensuite, passez-le par un 
crible de soie et l'opération est faite. 

La manière de cuire Vairain 

Ce sujet a été traité par plusieurs auteurs, mais je ne 
trouve pas qu'en aucun endroit, que je sache du moins, 
on parle de l'antimoine. Voici comment il vous faudra 
procéder. Fondez votre airain dans un pot ou vaisseau 
destiné à cet usage, avec une égale portion d'anti- 
moine; puis ajoutez-y encore autant d'antimoine et 
épandez ensuite le tout sur un marbre bien uni, afin 
qu'il se refroidisse et qu'il se réduise plus aisément en 
larmes. Après vous creuserez deux tuiles, afin que les 
deux larmes puissent s'y accommoder; puis couvrez 
les avec une autre tuile et entourez le tout de liens de 
fer, et de fange ou terre grasse. Lorsque le tout sera 
séché, fourrez-le dans un fourneau de verre et laissez-le 
séjourner là pendant une semaine, jusqu'à ce qu'il soit 
parfaitement brûlé; puis ôtez-le et accommodez-le à 
votre usage. 



230 LA MAGIE NATURELLE 



Pour tirer le vif argent du plomb. 

Jetez des raclures de plomb bien tendres et fines 
dans une eau bouillante, où il n'y ait pas trop d'é- 
cume, y ajoutant un peu de sel de lie, ou tartre, ou 
cendres gravelées et une pincée de sel commun et que 
l'eau dépasse d'un quart le plomb; après cela bouchez 
l'orifice du vaisseau et enfouissez-le dans du fumier. 
Ensuite, quand vous l'en aurez retiré, posez votre ma- 
tière dans un vaisseau de verre tors, afin qu'elle ne 
monte pas trop; puis mettez-le feu dessous et vous 
verrez le vif argent, tourné en gouttelettes sous l'ac- 
tion de la distillation de l'eau, monter. Lorsque vous 
aurez constaté tout cela, vous augmenterez encore 
l'intensité du feu et vous retirerez le vif argent. 

Le sel de lie ou tartre, et que vulgairement on appelle 
cendres gravelées, se fait aussi de la sorte. 

Il faut choisir de la lie de vin vieux, que vous sé- 
cherez avec soin; vous la ferez brûler dans un pot de 
terre neuf, à grand feu, jusqu'à ce qu'elle ne brûle 
plus. Vous vous en apercevrez lorsqu'elle deviendra 
blanche d'une blancheur airée et qu'elle semble brûler 
la langue, quand on l'en approche. Après, vous dis- 
soudrez ce sel dans de l'eau chaude et le passerez avec 
l'étamine et l'outre neuve par un feu lent, qui fera sor- 
tir toute la vapeur et laissera le sel au fond. Autrement, 
vous tirerez le vif argent du plomb d'une manière plus 
aisée encore. Que le fond du pot de terre plein de petits 
trous soit posé dans un autre vaisseau, et remplissez les 
interstices de terre grasse bien adhérente, puis ense- 



• LA MAGIE NATURELLE 231 

vclissez-le dans une fosse étroite, de la capacité du pot. 
Cela fait, couvrez la terre que vous foulerez des pieds, 
mais l'outre vide, vous la remplirez jusqu'au milieu de 
chaux qui n'a pas encore été mouillée, puis limez votre 
plomb, et étant pilé bien menu, vous le sèmerez. 

De rechef vous remplirez cette outre de chaux vive, 
de sorte que le plomb soit colloque au milieu et répan- 
dez par dessus de l'urine de petits enfants : et ainsi 
ayant bouché ce vaisseau, faites dessous un gros feu et 
puis vous l'ensevelirez de toutes parts et vous l'y 
laisserez séjourner pendant une journée entière. Car 
par suite de l'intensité du feu, l'argent vif descendra 
par les trous du fond du vaisseau, dans lerécipient placé 
au-dessous de celui-ci et donnera comme quantité la 
sixième partie du plomb. 

Pour tirer iesprii de Vélain. 

Pour arriver à ce résultat, vous mettrez la limaille ou 
sciure d'étain avec un égal poids de salpêtre dans un 
pot, au-dessus duquel vous accommoderez sept pots ou 
davantage, si bon vous semble, tous perforés, et vous 
en boucherez les trous avec de la terre grasse. Au-des- 
sus de tous ces pots vous mettrez un vaisseau de verre, 
l'orifice en contrebas, ou avec le canal ouvert avec un 
plat mis au-dessous. Puis, mettez le feu dessous et vous 
entendrez le bruit du métal qui s'échauffera et ainsi 
l'esprit se dissipera en fumée et le trouverez dans les 
voûtes du vaisseau de verre. Et pour ne pas dépenser 
beaucoup de temps en limant l'étain, mettez dedans de 
l'étain fondu, la moitié de vif argent et broyez le tout 
en un mortier et incontinent vous l'aurez en poudre 
et l'esprit se dissipera, et vous aurez du vif argent fixe 



232 LA MAGIE NATURELLE 

et arrêté. Toutefois si vous percez de côté l'instrument 
de terre, vous jetterez plus commodément et peu à 
peu votre matière et puis vous le boucherez. 

Pour extraire Vespril de Vaniimoine. 

Prenez du Stybium, que les apothicaires appellent 
de l'antimoine et broyez-le finement avec des meules à 
main, puis posez-le dans un pot de terre neuf et au- 
dessus de charbons ardents, de sorte que ce pot soit si 
bien échauffé qu'il rougisse de toutes parts. Cela fait, 
vous ajouterez encore de l'antimoine, le double de sel 
de tartre, et quatre fois autant de salpêtre, le tout très 
bien moulu et broyé et le jetterez peu à peu dans le ré- 
cipient. Lorsque la fumée s'élèvera, vous boucherez 
votre pot avec le couvercle, de peur que cette fumée 
ne s'envole. Finalement, levez votre pot de dessus le 
brasier, et jetez-y encore de l'antimoine, jusqu'à ce 
que toute la poudre soit brûlée, puis laissez-le sur le feu 
quelque temps encore. Ensuite, laissez-le refroidir, et 
en levant les lies qui seront dessus, vous trouverez un 
vif argent dissous et au fond, ce que les chimistes ap- 
pellent regulus, qui ressemble au plomb et qui du reste 
se transforme facilement en ce métal, ainsi que Disoco- 
ride le dit. 

Chapitre Troisième 

Comme la qualité frangible est ôtée et réduite en corps, 
et la couleur tirée en peau. 

Il m'a semblé bon d'ajouter quelques autres choses 
qui sont nécessaires, car en fardant et falsifiant les mé- 
taux, souvent il est utile de les connaître, et nous avons 



LA MAGIE NATURELLE 233 

voulu, par notre labeur, soulager l'ouvrier dans son 
travail. Par suite de l'expérience que nous en avons, 
nous rendrons les métaux plus beaux et plus parfaits. 
Nous enseignerons donc ici ce qu'il est expédient de sa- 
voir à ce sujet. 

Comment on pourra tirer en peau Vor^ le plus noble de 
tous les métaux. 

Ainsi en parlent les ignorants chimistes, car ils 
pensent qu'attirer en dehors par leurs impostures les 
parties qui gisent au milieu de ce métal et que les par- 
ties plus nobles et intérieures sont composées seule- 
ment des plus viles. Mais ils sont loin de la vérité, 
parce que les parties plus molles ou lâches gisent au 
contraire en la superficie et le vif argent est attiré de- 
hors. 

Car en rongeant il consume toutes les choses qui 
entrent dans la médecine, de sorte qu'elles demeurent 
plus dures, au moyen de quoi on les polit et les blanchit, 
amenées peut-être à ce point par la foi des monnaies 
anciennes, dans lesquelles est enclos le pur métal et 
dehors apparaît le simple argent. 

Mais ces choses sont ainsi conjointes et fondées, bat- 
tues au marteau et puis frappées au coin. Toutefois 
c'est chose fort difficile de pouvoir expédier ceci avec 
un travail semblable et j'estime même que cela ne se 
peut faire. 

Or, les choses qui polissent sont telles : le sel com- 
mun, l'alun, le vitriol, ou couperose et l'airain pur, 
et pour l'or, le vert-de-gris seulement et le sel ammo- 
niaque. Lorsque l'on veut mettre la main à l'œuvre, 
on réduit une partie de ces drogues en poudre et on les 



234 LA MAGIE NATURELLE 

met dans un vaisseau enduit tout autour de terre de 
potier et couvert, y laissant seulement ouvert et pé- 
nétrable un petit soupirail. Puis on les met sur un petit 
feu où on les laisse brûler. Toutefois, de peur que le 
métal ne se liquéfie, n'attisez pas le feu avec les souf- 
flets. Or, quand les poudres sont brûlées, on le sait 
par la fumée qui s'échappe. Si le métal s'enflamme au 
feu, jusqu'à ce qu'il soit tout à fait embrasé, les ou- 
vriers le plongent ainsi enflammé dans les choses sus- 
dites. Voici une autre manière d'arriver au même ré- 
sultat. On l'accommode en vinaigre jusqu'à ce qu'il 
devienne comme des raclures, de la boue ou de l'or- 
dure et après que vous aurez enveloppé de linge votre 
ouvrage, il le faudra poser dans un pot de terre plein 
de vinaigre et le cuire longuement et tiré de là, vous 
le jetterez dans l'urine, puis le laisserez de rechef bouil- 
lir avec du sel et du vinaigre, jusqu'à ce qu'il ne sorte 
plus d'ordure et les laides taches du médicament soient 
effacées. Si vous ne le trouvez assez blanc, usez encore 
une fois du même procédé, jusqu'à ce que votre ou- 
vrage soit parfait. Ou bien encore, voici une autre ma- 
nière de procéder. Laissez bouillir votre ouvrage avec 
du sel, de l'alun, plein d'eau et alors que toute la sur- 
face aura pris une couleur blanche, laissez-le reposer 
un peu ; puis faites-le bouillir pendant trois heures, 
avec d'égales portions de soufre, de salpêtre et de sel, 
de sorte qu'il pende au milieu de ces ingrédients et ne 
touche aucunement aux côtés du vaisseau; ensuite 
ôtez-le. Après cela, vous le frotterez fort avec du sable, 
afin que la vertu du soufre s'évanouisse; cela fait, vous 
le ferez bouillir de rechef, comme cela été dit ci-dessus 
et par ce moyen, il deviendra extrêmement blanc. 



LA. MAGIE NATURELLE 235 



Chapitre Quatrième 

Gomment on peut rendre tout métal plus pesant que son 
poids naturel. 

Souvent on demande aux chimistes et à ceux qui 
sont versés dans cette étude, comment il se peut faire 
que l'argent augmente au poids de l'or, et que chaque 
métal surmonte son poids naturel. Nous qui avons pris 
la charge d'enseigner dans ce traité la pratique de faire 
facilement et à peu de frais les choses qu'ils font avec 
de grands efforts et des dépenses considérables, nous 
allons donner à ce sujet des notions et des indications 
que nous jugeons utiles. 

Commençons donc de la manière suivante : 
Certains tiennent l'argent réduit en feuilles tenues 
et déliées dans du sel et des vieilles coquilles sur le feu, 
à ce qu'ils le garantissent, du moins en partie, de toute 
humidité, et les parties qui amènent les poids devien- 
nent épaisses. Il vaut mieux encore faire comme ceci : 
arroser l'argent aplati et réduit en petites lames de 
vermillon, ou de cinabre et de vif argent affiné, dans 
un vaisseau réfractaire au feu, et lequel soit au-dessous 
ceint, environné et enduit de terre grasse et de cercles. 
Après cela allumez du charbon et tenez-le au milieu 
pendant une journée entière puis jetez dehors les pe- 
tites lames dans un canal de cendre qui blanchissent au 
feu et dans du plomb fondu et par la force des souf- 
flets, ils rejettent le plomb qui va au fond, aux extré- 
mités du réceptacle, attirant avec lui les ordures et 
laissant l'argent pur de tout alliage. Si vous le trouvez 
fort pesant, de rechef faites encore la même opération, 



236 LA MAGIE NATURELLE 

jusqu'à ce qu'il égale le poids de l'or. Nous pouvons en- 
core faire ceci autrement et augmenter l'argent. On 
répand un fort vinaigre distillé dans un petit vaisseau, 
puis on prend de l'antimoine brisé et du plomb limé 
qu'on broie et passe par le crible; ce qui ne peut passer 
est remis dans le mortier et on le broie de rechef, afin 
qu'il se crible plus finement. Gela fait, on jette le tout 
dans du vinaigre distillé et on l'enfouit dans du fumier, 
jusqu'à ce que tout soit dissous. Puis mettez le vaisseau 
au feu et tirez en l'eau à plusieurs reprises. Comme l'en- 
seigne Geber, en le calcinant et le réduisant de nou- 
veau en corps, il acquerra beaucoup de poids. 

Pour faire que l'or croisse et augmente beaucoup. 

Qu'il soit formé en un vaisseau ou autrement, si la 
grandeur ne répond pas au poids, vous frotterez avec 
les mains ou les doigts l'or avec de l'argent fluide et 
vous continuerez cet exercice jusqu'à ce qu'il ait bu 
tout l'argent, et qu'il ait le poids désiré. Après, vous 
préparerez une lessive forte de soufre et de chaux vive, 
et avec l'or vous la jetterez dans un vaisseau à large 
orifice, sous lequel vous mettrez de la braise légère et 
l'y laisserez bouillir sans cesse, jusqu'à ce que l'or ait 
repris sa couleur primitive, et lorsque cela sera fait, 
vous l'ôterez du vaisseau et vous aurez ce que vous 
désirez. 

Si vous voulez que Vun et l'autre froisse, voici une très 
bonne recette. 

Si vous faites cette opération comme il convient, 
vous rendrez l'or assez pesant et sans qu'il cesse à être 



LA MAGIE NATURELLE 237 

bon pour le buriner et le graver et sans lui ôter sa 
forme. Prenez des quarteaux anciens d'un sel très 
rouge, que l'on vend partout dans ce pays, et de la 
poudre ardente de vitriol ou couperose préparée, et 
répandrez dans un vaisseau de forme commode. 
Après vous pulvériserez votre argent soit avec de 
l'eau-forte, ou en le calcinant et cela fait, épandant 
l'or avec la poudre, vous en remplirez votre vaisseau 
et le boucherez. Vous allumerez du feu dessus, que 
vous laisserez brûler pendant le tiers d'une journée; 
toutefois gardez-vous bien de le travailler à l'aide du 
soufflet; puis vous l'ôterez et avec la poudre seule et 
sans chaux d'argent vous renouvellerez votre matière 
et l'emplirez. S'il arrive que l'or perde sa couleur, vous 
la rétablirez de la manière suivante. Vous ferez un mé- 
lange ou composition de salpêtre, de sel ammoniaque, 
de vitriol et de tuiles menues avec de l'urine : vous en 
couvrirez l'or, et le mettrez sur un petit feu. On a cou- 
tume aussi de le faire d'une autre manière. Faites-le 
bouillir dans le vinaigre, le sel ammoniaque, le vert-de- 
gris, le tartre ou cendres gravelées jusqu'à ce qu'il ait 
retrouvé sa couleur perdue. Mais s'il devient fort relui- 
sant et que vous désirez qu'il le soit moins, vous le 
laisserez tremper dans l'urine et le laisserez refroidir 
sur une lame rouge. Vous brûlerez aussi le vitriol ou 
couperose pour le rendre très ardent, de la manière 
suivante : mettez le dans un vaisseau, et tout envi- 
ronné de charbons, faites-le cuire jusqu'à ce qu'il se 
change en une couleur très vive. Nous pouvons encore 
obtenir le même résultat à l'aide de raclures d'airain, 
qui pourront servir au lieu d'argent et acquérir un fort 
grand poids. On peut aussi faire comme il suit : pre- 
nez des tailles ou carreaux anciens et après que vous 



238 LA MAGIE NATURELLE 

les aurez fait rougir au feu, trempez-les dans de l'huile, 
puis broyez-les et mêlez-les avec du vif argent, ensuite 
aplanissez le tout avec un marbre et posez-le dans un 
vaisseau de verre sur le feu et retirez-en l'huile; de la 
sorte le poids du métal croîtra. Mais l'or s'augmentera 
encore davantage, si vous faites fondre le double d'ai- 
rain avec l'argent et que vous préparerez une poudre 
à savoir de salpêtre et de vitriol, et après les lamelles, 
la poudre et l'or qu'on doit augmenter seront posés 
dans un vaisseau à fondre qui soit très solide. Enfin, 
bouchez l'orifice du vaisseau avec de la terre grasse et 
mettez-le sur un feu lent pendant une demi-journée, 
puis ôtez-le et renouvelez l'opération jusqu'à ce qu'il 
soit arrivé à son juste poids. Nous vous avons enseigné 
la manière d'augmenter le poids de l'or et de l'argent, 
il nous reste maintenant à vous apprendre la manière 
de diminuer le poids de ces métaux, sans dommage 
pour la forme de la gravure. 

Comment l'or et Vargenl se pourront diminuer, sans en- 
dommager la forme ou gravure. 

Certains ont coutume de faire cela avec de l'eau- 
forte, mais l'eau-forte rend l'ouvrage scabreux et le 
macule de petits gonflements et de petites fossettes. 
Faites-le plutôt de la manière suivante. Vous saupou- 
drerez votre travail de soufre, et tout à l'entour vous y 
mettrez une chandelle ardente, ou bien vous mettrez 
le feu par dessous, et peu à peu elle se consumera. 
Après, avec un marteau, jetez-la en la partie opposée, 
et elle tombera de même quantité que vous voudrez, 
et vous en userez comme de soufre. 



LA MAGIE NATURELLE 239 

Chapitre Cinquième 
De l'air et des médicaments de l'air, du premier ordre. 

Premièrement, ici on enseigne les choses qui peu- 
vent donner de la couleur aux corps métalliques, qui 
les fardent et les falsifient, non pas pour toujours ce- 
pendant, car peu à peu les couleurs s'évanouissent et 
passent, ne pouvant résister à toute touche ou épreuve. 
Mais comme il existe beaucoup d'ouvrages où l'on 
traite de ces matières, nous écrirons seulement sur 
les choses qui sont faciles à appareiller. Or, pour entrer 
en matière et parler des choses qui principalement 
blanchissent l'airain, il convient de savoir que ce sont 
les suivantes : l'arsenic, le vif argent, l'argent que les 
Grecs appellent Lythargiron, la pierre pirite, l'aimant, 
l'argent vif sublimé, le tartre ou cendres gravelées, le 
sel ammoniaque commun, que les Arabes appellent 
Alhali, salnitre ou salpêtre et l'alun. Mais s'il arrive 
que l'airain embrasé est éteint par la liqueur dissoute 
de l'une ou l'autre de ces substances, ou de toutes en- 
semble, qu'il soit mis avec elles dans un vaisseau à 
fondre et tenu longtemps sur le feu, afin qu'il soit 
rendu coulant. Il en recevra par ce moyen une si mer- 
veilleuse blancheur qu'il semblera être de l'argent. 
Mais pour que vous puissiez à votre tour user du pro- 
cédé que nous vous avons enseigné, nous ajouterons 
ici quelques exemples. 

Comme en somme la théorie est plus facile que la 
pratique, il convient que l'opération effectue réelle- 
ment ce que la parole a enseigné et décrit. Faites blan- 
chir un pot de terre sur les charbons, puis jetez-y du 



240 LA MAGIE NATURELLE 

plomb, et lorsque vous verrez que la force du feu l'aura 
fondu, vous y répandrez la troisième partie de cet 
arsenic (qui reluit et est transparent comme du cris- 
tal) réduit en poudre, que vous éparpillerez petit à 
petit, jusqu'à ce qu'il brûle et s'écoule, comme de 
l'huile, par la superficie. Après cela, cassez votre pot 
et raclez l'huile amassée en la superficie et ôtez éga- 
lement la cendre que vous y trouverez. Broyez cela et 
l'airain blanchira. Si vous désirez qu'il prenne couleur 
d'argent, faites fondre votre argent avec une petite 
masse d'airain, tenez-le sur le feu, mais pas trop long- 
temps, et vous aurez ainsi un argent bien blanc, mais 
qui cependant sera faux. Vous pouvez aussi faire un 
mélange ou composition de raclures d'airain et de vif 
argent, mettez le tout dans un vaisseau de verre et 
faites en sorte que le vif argent s'évapore au feu et l'ai- 
rain demeurera blanc. De même, si vous broyez du sel 
ammoniaque et des coques d'œufs et en retirez l'eau, 
l'airain qui y aura été plongé sera d'une merveilleuse 
blancheur. 

Autre exemple pour faire blanchir l'airain. 

Faites piler de l'arsenic, du sel et du tartre avec un 
marbre de porphyre, et le tout bien broyé, faites-le 
tremper souvent dans du vinaigre distillé. Après met- 
tez votre composition au soleil ardent et laissez-la 
sécher, puis de rechef faites la tremper et de rechef 
aussi sécher. Vous couvrirez ensuite cette composition 
d'un vaisseau et la ferez affiner par la force du feu, 
tant que ce que vous désirez se trouve attaché au col 
et aux chambres, ou petites voûtes du vaisseau, ce 
qui arrivera au bout de douze heures, et soudain le vi- 



LA MAGIE NATURELLE 241 

triol fait, il se fera liquide, car il ne refusera point la 
fonte. Après ajoutez-y la moitié de vif argent, que vous 
mêlerez bien avec un bâton, puis le tout ayant été re- 
tiré de là, vous le broyerez fort avec un marbre de 
porphyre, y jetant aussi du vinaigre. Ce mélange étant 
séché au soleil, on le posera en un lieu chaud, de peur 
qu'il ne se liquéfie et se dissolve, et il donnera un très 
bon pseudogiron qui cédera à l'appréhension de la dent 
sans âpreté et endurera le marteau. 

Pour obtenir le même résultai par un autre moyen. 

Prenez du cuivre fort ressemblant à l'or, mais cepen- 
dant son ennemi, parce qu'il ne le peut imiter en au- 
cune façon comme le dit Populas, et vous le rendrez 
facilement blanc de la manière suivante. Faites bouillir 
des lames de cuivre dans un pot tout neuf plein de vi- 
naigre, pendant l'espace d'un jour, avec une égale 
quantité de vif argent, de sel et de tartre, sur lesquels 
vous répandrez de l'eau, mêlant toujours le tout avec 
un bâton, Or, faites que votre pot ne soit point de fer 
ou d'autre métal, mais de terre cuite, parce qu'un vase 
de fer gâterait tout votre mélange. 

Vous mettrez cuire cette composition jusqu'à ce 
qu'elle semble avoir pris une blancheur suffisante. 
Vous jetterez alors le vif argent que vous garderez 
pour votre usage. Quant aux petites larmes, vous les 
jetterez dans un vaisseau rebelle au feu, c'est à dire 
réfractaire, avec de l'arsenic et du tartre répandus tour 
à tour jusqu'à ce que vous ayez rempli votre vaisseau ; 
puis vous en boucherez l'orifice et l'entourerez de terre 
grasse, de peur que la fumée ne s'envole. Aussi la 
poudre de l'aimant blanchit l'airain; mais si vous 

16 



242 LA MAGIE NATURELLE 

cherchez un très bon exemple, jetez un égal poids d'ar- 
senic artificiel et de salpêtre dans un vaisseau, dont 
vous boucherez bien l'orifice et réduisez ce mélange en 
poudre. Lui aussi blanchira très bien l'airain. 

Pour rendre l'airain ou le cuivre argentin. 

Prenez du sel ammoniaque, de l'alun, du salpêtre, 
le tout de poids égal et mêlez ces substances avec un 
peu de limaille d'argent. Mettez le tout sur un bon feu 
jusqu'à ce que l'ébuUition se produise. Lorsque cette 
composition se sera refroidie, vous répandrez sur cette 
matière de la poudre ou la mouillerez avec de la sa- 
live, puis vous la broyerez entre vos doigts et vous ver- 
rez qu'elle imitera la couleur de l'or. Il y a encore un 
meilleur moyen d'arriver au même résultat. Faites 
dissoudre un peu d'argent dans de l'eau forte, plongez- 
y autant de tartre, et de sel ammoniaque, jusqu'à ce 
qu'il s'épaississe en forme de raclure; après, faites-en 
des pelotes et laissez-les sécher. De cette manière l'ai- 
rain ou un autre métal analogue, étant souvent ma- 
nié dans les doigts ou arrosé de salive, semblera ar- 
genté. Avec de l'argent vif, le même effet se produira 
mieux encore, car le métal deviendra merveilleuse- 
ment blanc. Gardez soigneusement ces métaux ainsi 
argentés, de peur que des choses aigres ou acides ne les 
gâtent, comme par exemple de l'urine, du vinaigre, 
du jus de citron, et autres substances semblables; car 
ils perdraient leur couleur et la supercherie serait dé- 
voilée. 



la magie naturelle 243 

Chapitre Sixième 
Du fer et des médecines de fer, premier ordre. 

Premièrement, nous disons qu'il le faut avant toutes 
choses nettoyer de la rouille et de la paille, car il est 
plus sujet à se rouiller que tout autre métal; autant 
de fois on le cuira, autant de fois il rejettera de l'écume 
ou de l'ordure. Vous étendrez souvent les lames ténues, 
déliées et toutes ardentes du fer dans une forte lessive 
de vinaigre, à laquelle vous aurez ajouté du sel com- 
mun et de l'alun, jusqu'à ce qu'elles blanchissent, 
puis vous broyerez les raclures avec du sel dans un 
mortier. Vous changerez souvent le sel, jusqu'à ce 
qu'il n'apparaisse plus aucun signe de noirceur et que 
le fer se dépouille de toutes ses particules superflues, 
puis vous blanchirez les lames de la manière suivante. 
Faites un emplâtre ou composition de vif argent, 
broyez-la et mettez cette poudre dans un pot de terre 
avec les lames, bouchez-le et enduisez-le de terre grasse 
si bien que vous n'y laisserez aucune ouverture. 
Après, laissez-le sur un feu véhément pendant une 
journée, jusqu'à ce qu'il soit fondu, car la composition 
facihtera la blancheur et la liquéfaction. 

Et si le fondant descend au fond du vaisseau avec le 
plomb, vous y mêlerez de la pierre pyrite, de l'arsenic, 
ou toute autre substance dont nous avons parlé en 
traitant de l'airain. 



244 LA MAGIE NATURELLE 



Pour teindre le fer et lui donner couleur d'or. 

Le safran que les Latins appellent crocum est ainsi 
dénommé à mon avis parce qu'il est d'un teint jaune 
doré; toutefois le fer opère très bien cet effet. Pour 
arriver à ce résultat, vous mettrez des lames de fer, 
mêlées à du soufre vif, dans un pot de terre, que vous 
garnirez de terre grasse. Vous les mettrez au feu et 
quand vous les retirerez, vous les trouverez friables et 
fort aisées à rompre. Pour la troisième fois, mettez-les 
dans un vaisseau qui ait un large orifice, vous y ré- 
pandrez du vinaigre fort et qui soit distillé, puis vous 
les étalerez au soleil, lorsque la canicule régnera. Si le 
fer n'est pas encore parvenu à sa rougeur voulue, sou- 
mettez-le encore aux rayons du même soleil ou dans un 
bain d'eau bouillante, et laissez-le là dedans jusqu'à 
ce qu'il rougisse. Après cela, enlevez toute cette hu- 
meur avec un linge, un pinceau ou une éponge ou 
mettez votre matière dans un autre vaisseau et de 
rechef ajoutez-y du vinaigre jusqu'à ce que toute l'hu- 
meur s'évapore. Alors ce qui demeurera dans le vais- 
seau imitera la couleur de l'or. 

Pour transmuer le fer en airain, de sorte qu'il n*y reste 
plus rien de la nature du fer. 

Il peut se teindre et se colorer avec de l'alun et du 
vitriol ou couperose. On dit que dans les monts Kar- 
pathes, en Hongrie, dans la ville de Smolinitium, il y 
a un puits duquel l'eau sort par trois canaux diffé- 
rents, et le fer qu'on y jette se transforme en airain, 
et si les morceaux sont menus et déliés, il se transforme 



LA MAGIE NATURELLE 345 

mcme en boue ; et cela recuit au feu, revient en airain 
très pur. Mais il se change encore facilement de cette 
manière : mettez le fer dans un vaisseau à fondre, et 
après que, par un feu intense et très véhément, il sera 
échauffé tout rouge et commencera à devenir liquide 
et traitable, vous l'arroserez avec du soufre vif, puis 
peu à peu vous l'ôterez et le jetterez en petites ver- 
gettes et le ferez broyer, car il se froissera et s'émiet- 
tera facilement. Après cela, dissolvez-le dans une eau- 
forte composée de salnitre ou salpêtre laquelle, bouillie 
sur des cendres chaudes jusqu'à ce que, toute réduite 
en vapeur, elle s'envole en fumée, et la poudre qui 
restera se réduira en corps et vous aurez ce que votre 
cœur désire. 

Chapitre Septième 
Du plomb et des médecines du plomb du premier ordre. 

Ce serait chose ardue et bien difficile de transformer 
le plomb en un plus noble métal; toutefois il se teint 
facilement en rouge et en couleur d'or; mais de penser 
qu'on pourrait le transformer en vrai or, ce serait 
chose totalement difficile, vu qu'il est bien éloigné de 
la noblesse de l'or. Voyons toutefois ce qu'il est pos- 
sible d'en faire. Avant d'entreprendre quoi que ce soit, 
il convient qu'il soit très bien lavé, car il contient 
en grande abondance des particules de terre, mais 
lorsque vous l'aurez bien lavé, vous réussirez parfaite- 
ment à lui donner la couleur de l'or. Pour cela, pilez 
de l'airain très finement dans un mortier, puis passez- 
le dans un crible bien délié, faites-le même de cristal, 
et ensuite vous remplirez un pot de terre tout neuf 



246 LA MAGIE NATURELLE 

de petites lames de plomb en faisant encore une couche, 
et mettant de la poudre de ce mélange dessus, puis 
encore une autre couche, jusqu'à ce que le vaisseau 
soit comble, de sorte que l'airain touche de toutes 
parts les côtés du vaisseau ; cela fait, mettez-y peu à 
peu le feu, puis par le vent des soufflets que le plomb 
fonde, et lorsqu'il sera un peu refroidi, vous séparerez 
l'écume. Après vous prendrez de la terre dite Cadmia, 
finement pilée et de la rouge, des raisins de passe, 
des figues sèches et des dattes, et les étendrez dans un 
vaisseau; vous y ajouterez de la racine du soucher ou 
de la petite chelidoine et apphquerez aussi vos lames 
à demi colorées. Puis vous boucherez l'orifice de votre 
pot, laissant toutefois une petite ouverture, et vous 
mettrez le feu dessous, un feu lent et peu fort, et vous 
l'y laisserez jusqu'à ce que la matière ait rendu toute 
son humidité. Ensuite, à force de souffler, pressez le 
feu et le faites fondre : puis, réduisez en vergettes. 
Ce mélange ne souffre point le voisinage de l'or. Mais 
la terre Cadmia deviendra rouge de la manière sui- 
vante. Quand les raclures du fer s'embraseront dans 
un chaudron, épandez-y du sel ammoniaque, mêlez le 
et jetez-le dans un mortier et broyez-le. Mettez-le 
ensuite quatre fois de suite sur le feu, à de courts 
intervalles et finalement, déposez-le dans un vaisseau 
où vous répandrez du fort vinaigre, puis vous en- 
fouirez ce vaisseau dans du fumier, où vous le laisserez 
croupir pendant un mois. Puis vous en ôterez le vi- 
naigre et avec ces lies ou excréments, vous arroserez 
souvent la terre Cadmia et elle deviendra rouge. Il y a 
encore un autre moyen de colorer. Prenez autant de 
limaille de fer que nous avons indiqué ci-dessus, puis 
ayez du safran et du vitriol en quantités égales ; met- 



LA MAGIE NATURELLE 247 

tez le tout dans un mortier de bronze, y ajoutant en- 
core d'égales portions de pierre hématite et de soufre. 
Il faudra y ajouter la sixième partie de terre Cadmia 
artificiellement rouge et vous ferez que le tout soit 
pilé bien menu, et puis le mettrez sur le feu dans un 
vaisseau convenable, l'y laissant séjourner jusqu'à ce 
que toute l'humidité se soit évaporée. Cela fait, chauf- 
fez-le très bien, de sorte que cette force affine toute 
cette composition, une partie de laquelle mise sur 
quatre de plomb, les convertira en couleur d'or. 

Or, le plomb a une si grande affinité avec l'étain, 
que nous pouvons facilement transformer le plomb en 
étain. Cela se fera par un simple lavement, car quand 
il est souvent lavé, de sorte que les particules de terre 
disparaissent, nous l'avons souvent vu se transformer 
en étain. Car ce vif argent par lequel il était réduit en 
une substance pure, sans la moindre souillure, de- 
meure toujours adhérente au plomb, ou du moins il y 
demeure partiellement attaché, et cela suffit pour que 
le plomb se transforme en étain. 

Chapitre Huitième 
De l'étain, et des médecines du premier ordre. 

Il y a encore une autre espèce de plomb blanc, que 
l'on appelle étain, et qui en diffère bien peu, ce qui fait 
que souvent l'étain se tourne en plomb et le plomb en 
étain. Cependant l'étain est plus pur que le plomb. 
L'étain imite l'argent, car de sa propre nature il ac- 
quiert la couleur de l'argent. Il ne peut facilement 
blanchir les autres corps, mais il rompt ces corps et les 
rend friables et aisés à s'émietter en poudre, hormis 



248 LA MAGIE NATURELLE 

toutefois le plomb. Efforçons-nous donc d'imiter l'ar- 
gent, ce qui se pourra faire aisément, si nous en ôtons la 
surdité du son, la crasse et la mollesse. Car ce métal, 
échauffé seulement, ne se fond point, mais adhérent 
au feu, il se liquéfie aussitôt. Nous enseignerons donc 
d'abord le moyen d'ôter la surdité du son et la mol- 
lesse. 

Le moyen d'ôter le cressinemeni ou surdité du son, et la 

mollesse. 

Il y a des auteurs qui estiment que cela peut se 
faire à l'aide de cendres, de chaux, d'huiles et d'eaux 
distillées, et non moins par bouillonnement. Toute- 
fois vous exécuterez ce travail bien plus commodé- 
ment de la manière suivante. Après que l'étain sera 
fondu au feu, jetez dedans du vif argent et mettez-le 
dans une bouteille ou un autre vaisseau, qui ait le 
centre fort large, et le cou long et grêle, et tors. En- 
suite faites-le bouillir au feu, et que l'intensité de 
celui-ci l'affine, et que le vif argent coule goutte à 
goutte par le col, de sorte qu'il disparaisse entièrement, 
laissant l'étain demeurer au fond. Faites cela trois ou 
quatre fois, jusqu'à ce qu'il ne donne plus aucun cres- 
sinement, non plus qu'une glace. Mais vous pourrez en- 
core faire la même chose d'une autre manière, en le 
calcinant, comme nous l'avons enseigné déjà dans une 
autre partie de cet ouvrage. 

Pour ôler la surdité de Vétain. 

Parce que l'étain mou est sourd de son naturel, il 
arrive qu'il cède facilement à celui qui le bat; mais 



LA MAGIE NATURELLE 249 

joint à d'autres métaux, il se fait plus sourd et plus 
dur. Car il ne veut souffrir la compagnie d'aucun métal, 
si ce n'est du plomb, et rend tout autre friable. Tou- 
tefois vous pourrez accomplir cette opération de la 
façon suivante. Faites-le dissoudre dans de l'eau-forte, 
et cet argent étant bien purgé, vous le mêlerez avec 
du plomb et avec l'étain dans l'eau, et ayez soin que 
le vaisseau bouille à petit feu et que par l'intensité de 
la chaleur, l'eau se résolve en vapeur et finalement 
s'évapore complètement. Lorsque cette matière sera 
séchée, retirez-la et mettez-la dans un autre vaisseau, 
y ajoutant de nouveau de l'eau-forte, jusqu'à ce que 
le tout soit bien joint et incorporé. Mais s'il arrive que, 
fondu au feu, ce mélange s'obscurcisse, plongez-le dans 
le jus de l'herbe appelé pain de pourceau ou seau de 
Notre-Dame, et par ce moyen, vous aurez un étain 
doux, reluisant et très bon. Encore l'étain pourra-t-il 
se mêler à l'argent et à d'autres métaux, ce que je vois 
faire par plusieurs, qui font ainsi un argent faux d'un 
fort bel aspect. 

On peut transformer Vétain en plomb. 

De fait, on pourra le faire très facilement, si l'on 
calcine souvent ce métal et principalement si on le 
fait surun feu convenable et bien entretenu, car 
pendant son cressinement, il se tournera aisément 
en plomb. 



250 la magie naturelle 

Chapitre Neuvième 
De l'or et de l'argent et des médecines, du premier ordre 

Il n'y a personne qui puisse transformer l'or, car 
c'est le plus noble métal, mais tous s'efforcent encore 
de l'imiter, bien qu'anciennement on le mêlait fort 
rarement avec d'autres métaux. C'est pourquoi si je 
venais à raconter quelques expériences faites avec l'or, 
je ne pourrais faire que répéter ce qui a déjà été dit 
plusieurs fois. Mais nous tâcherons plutôt de parler de 
l'argent. 

Pour teindre V argent en or. 

On le peut faire de cette manière. Premièrement, 
vous préparerez une lessive forte, faite ainsi : mettez 
de la chaux dans un pot de terre dont le fond soit percé 
en plusieurs endroits de petits trous. Au-dessus, vous 
étendrez un bois ou une tuile percée, puis, petit à 
petit, vous jetterez votre poudre dedans, et y répan- 
drez de l'eau chaude, de façon à ce que par ces petits 
trous elle puisse descendre dans l'autre vaisseau, posé 
au-dessous de celui qui est troué. Vous répéterez cela 
deux fois pour rendre la composition plus âpre et plus 
forte; puis, dans ce vaisseau, vous mettrez de l'anti- 
moine bien broyé et réduit en poudre tout à fait me- 
nue. Ensuite faites bouillir le tout lentement, à petit 
feu, car après que l'eau aura bouilli, elle deviendra 
rouge. Alors, avec un linge vous coulerez cette matière 
dans un nouveau vaisseau, et de rechef jetterez de la 
lessive sur les poudres qui resteront. Après vous ferez 



LA MAGIE NATURELLE 251 

bouillir cela jusqu'à ce que l'eau n'apparaisse plus 
rouge ni sanglante, et quant à la lessive colorée, vous 
la ferez bouillir sur la braise, jusqu'à ce que l'eau soit 
toute consommée; puis vous ferez sécher la poudre 
restante avec de l'huile de tartre et les ferez dissoudre 
ensemble. Cela fait, répandez dessus des petites lames 
d'or et d'argent, de poids égal, dans un pot de terre, 
couvrez-le un peu avec des charbons , jusqu'à ce que 
vous voyiez votre argent prendre une parfaite couleur 
d'or. Vous donnerez également une couleur d'or avec 
de l'airain brûlé, à savoir si avec du vitriol, du salpê- 
tre, de l'alun, du cinnabre ou vermillon et du vert-de- 
gris vous composez une eau-forte et que vous le rédui- 
sez en corps, alors il aura une belle couleur d'or. 

Chapitre Dixième 
Du vif argent et des médecines, du premier ordre. 

Maintenant, il me semble qu'il convient que je 
traite des propriétés du vif argent, et de ses congéla- 
tions, ce que j'avais cru autrefois ne pouvoir se faire, 
mais je sais aujourd'hui que la chose est très possible. 
Aussi nous enseignerons maintenant aux curieux 
quelques expériences qu'il est utile de connaître. 

Manière de congeler l'argent vif avec odeur de métaux 
et principalement du plomb. 

Purgez d'abord bien votre plomb et séparez-le de 
son écume, puis étant fondu, jetez-le dans un fossé et 
lorsqu'il commencera à se refroidir, fichez dans celui- 
ci une vergette pointue de bois, et ensuite jetez-y de 



252 LA MAGIE NATURELLE 

l'argent vif fluide, qui se congèlera. Cela fait, broyez-le 
tout dans un mortier, et réitérez cela plusieurs fois 
et lorsque vous le verrez durcir, jetez-le dans une eau 
claire. Vous ferez cela jusqu'à ce que vous le trouviez 
tout à fait dur et susceptible de résister aux coups du 
marteau et l'argent vif sera de la sorte congelé. 

On fait encore une autre congélation d'argent vif, avec 
une salade de fer ou un plat. 

Jetez avec l'argent vif de l'eau dans laquelle les ma- 
réchaux éteignent leur fer, et mettez-y le double de sel 
ammoniaque, de vitriol ou couperose et de vert-de- 
gris; cela fait, faites bien bouillir votre composition 
à gros feu, remuant constamment votre matière avec 
une spatule de fer. Si l'eau se consume, à force de 
bouillir, tenez-en d'autre toute prête. De la sorte, en la 
quatrième partie d'un jour, vous aurez un argent vif 
fixe, ferme et congelé. Mettez alors votre argent vif 
congelé dans un sac de lin ou de cuir que vous pres- 
serez très fort avec les mains, pour que toute l'eau en 
sorte. Puis mettez-le dans un pot de terre qui soit bien 
lavé avec de l'eau de fontaine, pour en ôter les écumes 
ou ordures qui y sont restées, lesquelles ensuite vous 
remettrez dans le même vaisseau et vous les mêlerez 
jusqu'à ce que vous ayez le tout net et blanc. Enfin, 
mettez-le au frais pendant trois nuits et il sera très 
dur. 



LA MAGIE NATURELLE 253 

Manière de teindre ce même argent vif congeté en couleur 

noire. 

Vous rompez cet argent vif congelé en petites pièces, 
et avec de la poudre de terre cadmie, vous le mettrez 
ensemble dans un vaisseau de terre propre et destiné 
à fondre, et au milieu de cette composition vous ajou- 
terez un mélange de raisins de passe et de racine de 
souchet, que les apothicaires appellent curcume, le 
tout bien pilé. Lorsque le vaisseau sera bien rempli, 
vous l'enduirez tout autour de terre grasse et le ferez 
sécher au soleil, ou bien à petit feu, ce qui remplacera 
la chaleur du soleil. Ensuite, vous le mettrez sur un 
feu véhément, tellement qu'il bouille pendant six 
heures, jusqu'à rougir. Vous soufflerez fort avec le 
soufflet pour que le feu s'embrase davantage et réduise 
la matière en liqueur. Ensuite, lorsqu'elle sera liqué- 
fiée, laissez votre pot tout environné de charbon re- 
froidir petit à petit, et de cette manière vous aurez un 
or coloré et très reluisant. 

Congeler Vargent vif avec poids d'airain. 

Il convient pour cela de forger deux chaudrons, ou 
vaisseaux de bronze façonnés de telle façon qu'ils en- 
trent l'un dans l'autre, à ce qu'il n'en puisse sortir 
aucune vapeur. Mettez là dedans votre vif argent, 
avec une égale portion d'arsenic et de tartre, broyez 
comme il appartient, puis passez au crible. Faites que 
les insterstices qui pourraient exister soient bouchés 
avec de la terre grasse, de peur que rien n'en sorte. 
Vous les ferez sécher en les entourant de charbon, et les 
couvrirez pendant le quart d'un jour. Vous les ferez 



254 LA MAGIE NATURELLE 

ensuite rougir au feu, puis en les ouvrant, vous verrez 
que tout ce que vous trouverez au fond du vaisseau 
d'airain, frappé par le marteau, tombera. Vous ferez 
alors fondre cette matière qui vous donnera une très 
bonne couleur d'argent. Si vous désirez la mêler à de 
l'airain, mélangez-la avec un tiers d'airain fondu, et 
sans argent, elle vous donnera l'éclat d'un argent bien 
blanc, doux, mou et traitable. Autrement, vous bou- 
cherez un pot de terre d'un couvercle d'airain, et ayant 
allumé votre feu, vous verrez, chose merveilleuse, 
l'argent vif amassé au couvercle se congeler admirable- 
ment. Les autres font une composition de fer, d'acier, 
d'argent et d'or et en usent de diverses façons. 

Congélation d'argent vif faite avec de l'huile. 

Formez un vaisseau d'argent, d'arsenic rouge, et de 
cuivre, façonné en forme de tasse, et qui soit bouché 
par un couvercle, pour que la vapeur n'en sorte. Rem- 
plissez ce vaisseau de vif argent et faites que les join- 
tures, ou ce qui apparaîtra d'ouvert, soit soigneuse- 
ment enduit et fermé de terre grasse, d'aubin, de 
blancs d'œufs ou de racine de pin, comme cela se fait 
communément; puis vous ferez prendre ce vaisseau 
dans un pot de terre plein d'huile de lin, et le laisserez 
bouiUir pendant un demi jour. Après, retirez votre vif 
argent et enveloppez-le dans un morceau de cuir et si 
une partie quelconque n'est pas congelée, recommencez 
l'opération jusqu'à ce que la congélation soit complète. 
Si vous voyez que le vaisseau tarde à se congeler et 
qu'il a perdu du poids, rétablissez ce poids en y met- 
tant du cuivre et de l'arsenic, ce que nous pouvons 
toujours faire. 



LA MAGIE NATURELLE 255 



La fixation de l'argent vif congelé. 

Cette fixation a lieu de cette façon. Préparez un 
vaisseau de terre qui puisse résister au feu, au fond 
duquel vous mettrez des raclures ou sciures de racine 
de suyer, que vous foulerez avec les mains. Après, 
étendez une autre couche de verre de cristal, pilé bien 
menu, dans un mortier et passez-le au crible. Puis 
ajoutez-y un mélange ou composition de poivre, de 
gingembre et de canelle. Cela fait, mettez-y votre 
argent vif congelé, puis remplissez ce vaisseau de la 
même poudre, couvrez-le en l'enduisant de terre grasse 
tout autour, puis exposez-le au soleil, pour qu'il re- 
vienne à sa blancheur première. Vous mettrez le vais- 
seau sens dessus dessous, avec au-dessus une braise 
légère, pour que d'abord il s'échauffe en la partie de 
dessus, pendant environ une heure, puis le ferez fondre 
au-dessous; ainsi vous trouverez de l'argent pur, et 
s'il y demeure encore quelque matière étrangère, tout 
ce qui ne sera pas congelé disparaîtra. De fait, de 
toutes les pratiques qu'il m'a été donné de voir, celle-ci 
m'a paru la plus heureuse. Il y a encore une autre fixa- 
tion d'argent vif, non inférieure en utilité, et dont vous 
pourrez user, si bon vous semble. Faites broyer du 
salpêtre et du tartre, et des cendres gravelées ensemble 
et réduisez-les en une poudre très menue. Allumez le 
feu dedans et par la flamme qui restera, prenez le 
résidu et faites le convertir en eau ; puis, mettez le 
tout sur le feu, et veillez à en faire sortir toute la va- 
peur. Gela fait, vous mêlerez le sel qui restera avec le 
triple de borax artificiel (qui se brûle comme de l'alun) 
et le double de sel alcali, puis enveloppez ce qui sera 



256 LA MAGIE NATURELLE 

congelé d'un vaisseau dur et mettez le feu dessus et 
ensuite tout à l'entour et enfin au-dessous de six en 
six heures et vous trouverez à l'intérieur la congélation 
faite. 

Chapitre Onzième 
Des médecines du second ordre. 

C'est maintenant qu'il convient de traiter des mé- 
decines du moyen ordre. Elles ont encore tant d'effi- 
cacité que, jetées sur quelques corps imparfaits, elles 
les altèrent tellement que peu s'en faut qu'elles ne les 
rétablissent en leur perfection première. Mais parce 
qu'elles sont difficiles à établir et qu'on les trouve du 
reste malaisément, nous en avons éprouvé quelques- 
unes, — bien peu en vérité, — que nous allons faire 
connaître dans cette partie de notre œuvre. 

Comment on pourra teindre Vargeni en or. 

Nous allons vous enseigner le moyen d'arriver à ce 
résultat, et nous vous assurons que la teinture sera si 
accomplie et si parfaite, que vraiment vous croirez 
que c'est de l'or. Faites un emplâtre de limaille d'or, 
avec trois fois autant d'argent vif et faites le chauffer 
sur les charbons dans un vaisseau de verre, jusqu'à ce 
que la force de l'argent vif, qui surmontait l'argent, 
s'évanouisse. 

Après cela, mettez-y un poids égal de sel ammonia- 
que et de soufre et broyez bien le tout, puis laissez-les 
demeurer sur la braise ardente jusqu'à ce que la cha- 
leur affine le sel ammoniaque, le soufre et finalement 



LA MAGIE NATURELLE Qgy 

l'argent vif, demeurant attaché au col du vaisseau. 
Puis rompez votre pot et vous aurez un argent splen- 
dide et de couleur d'or. Prenez ensuite du vitriol ro- 
main, avec le double du rouge, ensuite du vitriol de 
cuivre distillé qu'on appelle vulgairement couperose 
et surtout que tout soit de bonne qualité, car toute 
l'opération dépend de là. Et ainsi avec le triple de 
salnitre ou salpêtre, et la troisième partie de 
vert-de-gris, la sixième de cinnabre ou vermillon, vous 
en tirerez avec un alambic une eau, dont vous' ferez 
bouillir les deux parties pendant une journée, avec 
l'argent vif en réserve, sur un petit feu. Ensuite' faites 
qu'accroissant le feu de la distillation, toute l'eau s'é- 
vapore, puis posez tout ce qui restera au fond, avec le 
borax calciné, dans un pot de terre destiné à fondre 
lui ayant bouché l'orifice et le couvrant entièrement 
de terre grasse. Vous mettrez le feu sous le vase et 
vous aurez ce que votre cœur désire. Car l'argent se 
teindra, voire même d'une couleur qui ne se perdra ja- 
mais, ou qui pourra à peine se changer, lorsqu'il sera 
soumis à l'épreuve, tant son lustre et son éclat seront 
sohdes. Et encore il peut se faire que l'argent imite la 
couleur de l'or, voire parfaitement, il faudra pour cela 
prendre de l'antimoine et des raclures d'airain brûlé 
le tout fondu avec la moitié d'argent, cela vous don- 
nera une superbe couleur d'or, qui fera ressembler 
tout à fait votre composition à de l'or vrai. Toutefois 
SI vous le mélangez avec de l'or, son lustre n'en sera 
que plus beau, et il supportera l'épreuve de tous De 
plus. Il se fait encore d'une autre manière, à savoir si 
vous mêlez la congélation de l'argent vif (que nous 
avons enseigné à faire plus haut) avec le tiers d'argent 
vous trouverez votre argent illustré d'une splendidè 



17 



258 LA MAGIE NATURELLE 

couleur d'or. Vous le mettrez dans un pot et répandrez 
dessus du très fort vinaigre, puis vous le ferez bouillir 
pendant le quatrième partie d'un jour, ensuite il 
changera de couleur. Vous pourrez mettre hardiment 
ce métal à l'épreuve dernière de l'or. 

Chapitre Douzième 
Des médecines de troisième ordre. 

II serait temps, à mon avis, de commencer à traiter 
des médecines du troisième ordre parce que je sais 
que la difficulté inhérente à ces études trouble plu- 
sieurs bons esprits. Or, maintenant les plus profonds 
secrets de la Nature sont découverts, pour ceux du 
moins qui les ont étudiés. Bien qu'ailleurs nous ayons 
traité des matières du troisième ordre, selon ce que 
nous en avons appris des anciens, nous n'avons plus 
maintenant loisir ni commodité pour nous répéter. 
Toutefois, il y a plusieurs matières encore dont nous 
pouvons parler, et nous choisirons celles qui nous pa- 
raîtront les plus utiles et les plus profitables. 

Comment on pourra rendre le cinnabre ou vermillon fixe. 

A celui qui voudra entreprendre cette opération, je 
conseille de procéder de la façon que je vais dire. Qu'il 
prenne des morceaux de vermillon brisés en forme de 
noix, puis qu'il mette ces pièces dans un vaisseau de 
verre, qui ait la capacité de contenir trois fois autant 
de matière qu'il en sera mis dedans, ou même encore 
davantage, et qu'il pose ensuite ces pièces par ordre, 
et assez éloignées les unes des autres. Cela fait, qu'il 



LA MAGIE NATURELLE 259 

bouche son vaisseau et l'enduise de terre grasse, puis le 
laisse sécher. S'il ne sèche pas aisément, il pourra le 
mettre au soleil. Ensuite, il devra cuire cette compo- 
sition plongée dans les cendres à petit feu, jusqu'à ce 
que le plomb devienne comme fondu. Puis qu'il prenne 
le double de plomb et le purge avec celui-ci : et ainsi 
purgé et présenté à toute épreuve, il résistera avec plus 
grand poids, et d'autant plus que vous userez le petit 
feu, d'autant plus heureusement l'ouvrage s'achèvera. 
Mais voici encore un autre secret par lequel l'argent 
sera restauré. Faites-le bouiUir avec du vif argent 
affiné et distillé avec du vinaigre, et ensuite mêlez le 
vif argent dans un vaisseau de verre courbé et faites 
que celui qui est échauffé tombe dans son récipient. 
Gardez-le et vous trouverez que vous aurez perdu bien 
peu de votre poids. Vous pouvez encore vous y prendre 
de la manière suivante. Mettez votre vermillon brisé 
en parties semblables à la forme d'un dé dans un sac de 
toile long, éloigné de toutes parts des côtés du vaisseau ; 
après vous y répandrez de la lessive bien forte, faite 
avec de l'alun, le double de tartre ou cendres grave- 
lées, quatre fois autant de chaux vive et de cendre de 
Romove; laissez bouilhr tout cela l'espace d'un jour, 
puis ôtez-le pour le faire rebouillir avec de l'huile pen- 
dant un jour et une nuit. Après que vous aurez tiré 
de l'huile les parties du cinnabre, vous les frotterez 
d'aubins ou blancs d'œufs bien broyés, puis, enve- 
loppés dans la troisième partie de la limaille d'argent, 
vous le coucherez au fond d'un vaisseau commode bien 
enduit et environné de terre de potier et, comme nous 
l'avons dit, mettez-y le feu pendant trois jours, ce que 
vous continuerez jusqu'à ce qu'il se fonde presque et se 
liquéfie. Après cela, ôtez-le et le purgez avec la dernière 



260 LA MAGIE NATURELLE 

épreuve de l'argent et réduisez-la à son état naturel et 
à sa vraie qualité. 

Du combat de Phœbus et de Pylhon. 

Que ce grand et monstrueux Python soit ôté de son 
lieu, ce Python, dis-je, qui a un aspect si horrible et si 
épouvantable, hérissé d'écaillés resplendissantes et 
menaçant le monde de son venin pernicieux, environné 
d'un grand nombre d'aiguillons, le plus effroyable 
et le plus pestilentiel de tous les animaux que la Mère 
Terre a produits, à quoi le lieu aide beaucoup, de 
sorte que presque tout dépend de là. Cet exécrable 
animal, plus venimeux qu'une vipère, avec la force 
de l'air putréfié, tire des coups horribles et durs de 
loin, et après qu'il aura tué ou dévoré son ennemi, qu'il 
soit plongé en des gouffres ténébreux sitôt qu'il com- 
mencera à se tenir coi, de peur que se réveillant par la 
force de la vapeur, et vomissant une haleine pestilen- 
tielle, il ne tue les assistants. C'est pourquoi il sera né- 
cessaire que ces assistants enveloppent leurs têtes 
dans des vessies, si cela peut les garantir, mais la plus 
sûr sera qu'ils les laissent s'entretuer eux-mêmes. Ainsi 
donc Phœbus petit à petit avec la violence de ses flè- 
ches dextrement lancées, tuera ce grand Python et le 
frappera tant à la fin que son carquois demeurera vide, 
et le venin de la bête prodigieuse sera répandu. Tou- 
tefois il sera nécessaire que la clémence du Ciel ne 
manque pas à cela, mais que par une longue tempête de 
pluie, il refrène la malignité du serpent et en tire et 
hume l'humeur. En cet état demeurera le combat de 
Phœbus et de Python par l'espace d'un quart de jour- 
née ou un peu plus, en quoi je crois qu'il n'y aura point 



LA MAGIE NATURELLE 261 

d'inconvénient, moyennant que Phœbus remporte la 
victoire. Ainsi donc les entrailles du serpent malin 
étant arrachées, son corps gisant mort et son venin 
consumé, le courroux de Phœbus cessera, s'il advient 
que cet animal vienne à revivre, qu'on lui coupe le 
moyen de lever la tête : bref, qu'on combatte si valeu- 
reusement que le serpent en bataillant tombe mort. 
Et alors Phœbus victorieux ayant sa tête ornée de 
chapeaux de feuilles et de fleurs portera le trophée de 
sa victoire insigne. Je ne doute point qu'il n'y en ait 
quelques uns que Jupiter équitable aimera, se mon- 
trant envers eux favorable et propice, mais peu en se- 
ront trouvés dignes. Si la recherche diligente ou la viva- 
cité d'esprit peuvent quelque chose pour tirer le sens 
d'un discours, celui-ci, de même que les autres, sera 
compris par les vrais enfants de la science. Or, j'ai 
voulu pour cette fois m'ébattre en choses graves et sé- 
rieuses. 

Comment on pourra donner diverses formes au corail, 
ei de plusieurs fragments faire une seule pièce. 

Souvent il arrive qu'on fait plusieurs pendants de 
corail et quelquefois aussi des petites tablettes, on en 
façonne diverses formes et figures, jusques à en former 
des vases et autres choses semblables; cela se fait par 
assemblement, de sorte qu'elles acquièrent la dureté 
des pots et ne se vendent pas à des prix minimes. 
Mais nous vous apprendrons le moyen de les prépa- 
rer, d'autant que plusieurs désirent en savoir la ma- 
nière, et ce corail ne sera guère différent du vrai. Vous 
ferez broyer dans un mortier des raclures, ou petits 
morceaux de très bon corail, qui sera fort rouge, ou si 



262 LA MAGIE NATURELLE 

VOUS préférez, vous le ferez moudre au moulin, puis le 
passerez au crible. Ce qui ne pourra y passer, vous le 
remettrez au mortier et le ferez piller de rechef jusqu'à 
ce qu'il soit réduit en une poudre bien menue, de telle 
sorte qu'on puisse à peine la toucher, sans qu'elle s'en- 
vole en l'air. Et pour nettoyer toute ordure, plongez-le 
dans une eau composée de sel alcali pour le faire liqué- 
fier; puis épandez cette eau dans une coupe bien am- 
ple, et après que vous y aurez aussi jeté la poudre, 
vous la frotterez souvent avec les doigts et la mélan- 
gerez très fortement. Après qu'elle aura déposé et sera 
descendue au fond, coulez-la, et jetant la première 
eau, mettez-en de la nouvelle, que vous agiterez et 
remuerez encore avec les mains, jusqu'à ce que toute 
l'ordure en soit sortie, et puis vous ferez disparaître 
tout le sel en y versant de l'eau pure en grande quan- 
tité, pour qu'il n'en reste plus ni trace ni saveur. Mettez 
alors le tout dans un chaudron avec des substances qui 
ont la faculté de teindre en rouge, pour que votre 
poudre puisse se teindre plus facilement, telles que 
du cinnabre, du sang de dragon, du vermillon, de l'hé- 
matite, de la terre rouge, du pastel ou graine d'écar- 
late, du sandral, des racines de garance et autres subs- 
tances pouvant produire le même effet. Vous répan- 
drez amplement sur cette composition du jus de ci- 
tron qu'auparavant vous aurez préparé et purgé et 
avec l'instrument des alchimistes, vous ferez cuire 
toutes ces choses ensemble, tant que vous verrez qu'il 
y a du liquide, tournant souvent le tout avec une spa- 
tule ou une cuiller. Ensuite, mettez toutes ces choses 
dans un vaisseau de terre avec le reste du jus, et faites 
que ce vase ait un col long et le corps large et qu'il ait 
un orifice au milieu qui touche presque au mélange et 



LA MAGIE NATURELLE 263 

mêlez le tout fortement. Enfouissez alors votre pot 
dans du fumier, que vous renouvellerez souvent, jus- 
qu'à ce que le tout soit liquéfié, ce que vous constaterez 
quand vous en verrez de jour en jour découler une 
huile assez rouge. Lorsque vous verrez qu'il commence 
à en jeter abondamment, abaissez le vaisseau et le 
désemplissez, et ce que vous en aurez retiré, vous pour- 
rez le manier avec les mains, parce qu'il sera moucomme 
une pâte. Mais auparavant graissez bien vos mains 
de lard ou de quelque autre corps gras, car cette pâte 
s'attacherait si fort aux mains que vous auriez grand' 
peine à l'en arracher. Après mettez cela dans un vais- 
seau que vous exposerez aux rayons d'un soleil ar- 
dent, mais ayez soin de le garder des vents et de la 
poussière, de peur que la surface en soit salie et gâtée, 
ou pour plus de sûreté, mis dans des fioles, enfouissez- 
les dans du fumier, avec l'huile que vous aurez mise 
en réserve, et comme elle est rouge, elle lui donnera 
une semblable couleur; puis, petit à petit s'endur- 
cissant, il prendra sa première forme et aura son même 
son. Vous lui donnerez alors de l'éclat en le polissant 
et le brunissant légèrement et vous lui rendrez ainsi 
sa forme primitive. 

Chapitre Treizième 

On peut rétablir plusieurs perles rompues en une, et en 
former un seul globe. 

Il faut traiter avec autant de soin que le reste les 
perles, parce qu'elles sont aimées des dames, qui en 
font leurs délices et les font même servir à leurs amours. 
Premièrement, afin qu'elles ne soient maculées d'au- 



264 LA MAGIE NATURELLE 

cune souillure, vous pourrez les avoir claires et res- 
plendissantes de la manière suivante. Mettez-les dans 
un sachet avec de la poudre d'émeri, de pierre ponce 
et d'os de seiche et avec de l'eau ; maniez tout cela 
avec les mains jusqu'à ce que vous vous aperceviez 
qu'elles sont bien lavées et bien polies. Faites-les alors 
bien sécher, puis réduisez-les en poudre, faites-les 
liquéfier et dissoudre. Mieux vaut encore de les en- 
fouir dans du fumier, renouvelant celui-ci de cinq en 
cinq jours, jusqu'à ce que vous voyiez vos perles li- 
quéfiées et je ne sais quelle graisse ou huile nager à sa 
surface. Alors vous tirerez votre composition par le 
goulot du vaisseau, avec une cuiller d'argent. Prenez 
ensuite cette poudre ramollie qui ne résistera pas, et la 
maniant comme une pâte, réduisez-la en de petits 
globes ou formez-en des perles rondes en forme de poi- 
res. Si vous ne pouvez le faire avec les mains, faites 
avec un moule d'argent ou d'autre métal doré. Pour 
les percer, employez des soies de cochon, ou une ai- 
guille d'argent, les plongeant d'abord dans l'huile 
que vous aurez en réserve. Pendez-les ensuite dans un 
vaisseau de verre assez mince, que vous boucherez 
et exposerez au soleil pendant quelques jours, pour 
les faire sécher. Prenez garde qu'elles ne touchent aux 
côtés du vaisseau et gardez-les aussi des injures du 
vent et de la poussière, de peur qu'elles ne s'obscur- 
cissent et ne se souillent, et vous donnent des perles 
avec des taches. Lorsque les perles seront devenues 
bien dures, vous ferez une pâte de farine de millet et 
d'orge bien blutée et pétrie, comme si l'on voulait en 
faire du pain, puis vous envelopperez vos perles dans 
cette pâte et les mettrez cuire dans un four. Ou bien 
donnez-les à manger à des pigeons qui ayant purgé 



LA MAGIE NATURELLE 265 

leurs entrailles, soient à jeun, et après qu'ils les auront 
ava ées, laissez-les quelque peu reposer, puis reti- 
rez-les de leurs ventres, soit en tuant les pigeons, soit 
en les arrachant de leur corps par un filet resté en de- 
hors et auquel vous aurez attaché les dites perles 
Mais s. vous voulez faire autrement, après que vous 
aurez fait dissoudre votre matière dans du jus de ci- 
tron, ou dans de l'eau-forte, vous la laverez en de la 
belle eau claire ou distillée. Alors vous l'enduirez avec 
du lait de figues, de l'eau de limaces distillée dans un 
bain bouillant et des blancs d'œufs. Puis vous la per- 
cerez et la ferez sécher, la lavant toujours et y mêlant 
de leau argentée. Vous ferez l'eau d'argent de cette 
mamere : mettez dissoudre de l'argent purgé dans de 
1 eau-forte et faites qu'à petit feu l'eau diminue jus- 
ques au tiers, puis ôtez votre vaisseau de dessus le feu 
et laissez-le reposer. La nuit, vous le mettrez au trais, 
Jusqu a ce que la matière se congèle et vous trouverez 
votre argent formé d'une pierre de cristal, que vous la- 
verez dans de l'eau de fontaine pour qu'il apparaisse 
encore plus clair. Gela fait, vous poserez ces petites 
pierres cristallines dans un vase ou fiole de verre et 
1 enfouirez dans un fumier bien pourri pour les dis- 
soudre, puis vous mettrez dedans vos perles artifi- 
eielles et les y laisserez pendant quelque temps Par 
ce moyen vos perles prendront un beau lustre et un 
éclat argentin. Pour effacer les taches des perles, j'ai 
trouvé un moyen que je trouve facile à employer et qui 
est excellent. Au mois de mai, cueillez la rosée que 
vous trouverez éparse sur les laitues et plongez-y vos 
perles pendant l'espace d'un jour, puis frottez-les bien 
et pohssez-les et vos perles deviendront reluisantes. Je 
crois que ce n'est pas sans raison que ce moyen a été 



266 LA MAGIE NATURELLE 

trouvé et employé, d'autant plus que les perles nais- 
sent de la rosée. De la façon dont nous avons traité ce 
sujet vous aurez des perles ou des rangs de perles ex- 
cellentes en blancheur, en lustre, en éclat, en grandeur, 
en rondeur et en poids. Nous allons maintenant con- 
tinuer en vous parlant des opérations du cristal. 

Chapitre Quatorzième 

Des opérations du cristal et du verre, dont on se sert 
pour falsifier les pierres précieuses. 

Maintenant nous allons nous occuper de la compo- 
sition des pierres précieuses, dont l'antiquité, au dire 
de Pline, a fait le plus grand cas. Mais tant la con- 
voitise de l'argent a envahi l'esprit de l'homme, et l'a 
tant enflammé d'un désir immodéré d'en gagner, que 
ceux qui font profession de se connaître en pierreries, 
composent ces pierres avec du verre ou du cristal ou 
d'autres choses, et cela d'une manière si parfaite 
qu'elles semblent naturelles. Nous allons donc dire 
comment ces opérations se font. 

Comment on pourra faire fondre le cristal. 

Broyez votre cristal, et réduit en poudre bien fine, 
passez-le par un crible bien délié, puis avec la moitié 
du sel de tartre, vous formerez des petits globes 
comme des perles et les poserez dans un pot de terre 
qui soit fort et mettez-le dans un four ardent où vous le 
maintiendrez tout rouge pendant toute une nuit. Ce- 
pendant ne le laissez pas se liquéfier alors; mais après 
faites le liquéfier dans un vase commode, ayant bien 



LA MAGIE NATURELLE 267 

soin qu'il n'y ait pas la moindre ordure; car s'il est 
souillé de la moindre immondice, la fraude se décou- 
vrira. Si vous y ajoutez un peu de sel, la liquéfaction se 
fera plus vite. Nous vous avons déjà dit cela plus haut 
à propos du sel. Il y en a qui préparent autrement le 
cristal pour le faire liquéfier; voici cette manière qui 
est, par le fait, plus facile à suivre. Ils prennent une 
grande cuiller de fer, et la garnissent de terre grasse, 
et ayant mis en petites pièces le cristal qu'ils mettent 
dans cette cuiller, ils la mettent sur le feu jusqu'à ce 
qu'elle s'échauffe puis l'éteignent avec de l'huile de 
tartre. Après avoir répété cela plusieurs fois, ils le 
broyent dans un mortier de bronze, où cette poudre se 
fond plus aisément. 

Pour faire un verre artificiel pour falsifier les pierres 
précieuses. 

Vous prendrez plusieurs jaunes d'œufs, dont vous 
emplirez une vessie, que vous mettrez dans un pot de 
terre rempli d'eau bouillante et vous la laisserez cuire 
longuement. Puis vous l'ôterez et la mettrez sécher 
en un lieu qui ne soit point poussiéreux, parce que 
l'ouvrage n'est point prisé s'il ne reluit pas, et ainsi 
cette matière s'endurcira, de sorte qu'elle acquerra la 
dureté du verre. Mais si vous voulez rendre votre 
matière colorée, faites-la bouillir dans de l'eau colorée; 
si vous désirez la couleur de la topaze, faites-la bouillir 
dans une eau dans laquelle on aura dissous et hquéfié 
du safran; si vous souhaitez celle d'un rubis ou d'une 
escarboucle, faites-la bouillir dans une eau où auront 
bouilH des raclures de brésil, et de même vous la tein- 
drez d'autres couleurs à votre gré. Toutefois si votre 



268 LA MAGIE NATURELLE 

matière ne pèse pas autant que le verre, mettez-y des 
couleurs pesantes, comme du cinnabre, qui n'est pas 
léger, à cause du vif argent qui abonde en lui, et ainsi 
vous pourrez imiter le poids du verre, non toutefois 
avec une dureté si grande qu'il puisse résister au burin 
ou à la lime. 

Chapitre Quinzième 

Comment on peut falsifier les pierres précieuses de 
diverses manières. 

Avant d'assigner à chaque espèce de pierre pré- 
cieuse sa composition, il nous a semblé convenable 
d'indiquer par une expérience faite ce qui sert à les 
farder ou à les falsifier, car par la méthode de l'une 
d'elles, les autres seront connues aisément. La pre- 
mière de celles qui s'offrent à nous est la Jacinthe. 
Mettez du plomb dans un pot de terre dur, et posez-le 
dans un fourneau de verrier et laissez l'y séjourner pen- 
dant un mois et demi ; de cette manière vous aurez une 
composition qui imitera le verre et la couleur de la 
Jacinthe naturelle, dont vous serez très aise, et qui 
ne pourra pas être reconnue comme artificielle. Celle- 
ci sera tenue pour la première de toutes. 

Le rubis ou escarboucle. 

Cette sorte de pierrerie est aisée à froisser et se 
rompt et se brise en pièces très aisément. Vous pren- 
drez l'orpiment bien broyé et le mettrez dans une fiole 
ronde, puis l'exposerez au feu et au col de cette fiole 
vous trouverez des rubis très beaux et hauts en cou- 



LA MAGIE NATURELLE 269 

leur et qui auront un lustre d'écarlate, projetant des 
rayons très éblouissants. 

L'ambre. 

Mettez du mastic liquifié et passé par l'étamine dans 
un pot de terre, afin qu'il se purifie de ses ordures et 
qu'il apparaisse plus reluisant; après vous prendrez 
un peu de racines de curcuma et mêlez-les avec votre 
matière. Cela se fera de même si vous mettez du tartre 
ou de la lie de vin blanc, avec du cristal liquéfié et 
que vous le mettiez dans un vaisseau qui ait l'orifice 
enduit de terre grasse et bien bouché, et que vous le 
teniez au feu pendant l'espace d'une journée. 

Pour faire les pierres précieuses artificielles. 

Premièrement on brunit le cristal et autres pierres 
à la roue, et les ayant bien façonnées en carrés, on leur 
donne telle forme qu'on veut. Puis on prépare la tein- 
ture, si on veut avoir une émeraude, on la colore de 
vert-de-gris ; si un rubis, avec cinnabre ; si un saphir, 
avec de l'azur, et si l'on veut avoir une chrisolite, 
on la colore avec de l'orpiment entremêlé d'or. Et pour 
obscurcir ou chasser la clarté, il conviendra d'y ajouter 
des larmes de mastic ou de la gomme, puis les pierres 
étant éparses ça et là sur une lame, il faudra les poser 
sur un petit feu, elles deviendront par ce moyen jointes 
et unies comme de la colle et s'incorporeront si ferme- 
ment qu'elles ne se pourront séparer. Si d'aventure 
elles deviennent trop rouges, mettez-y de l'eau, mais 
si elles apparaissent trop blafardes, ajoutez-y de la 
couleur, ce qui augmentera l'ornement et la beauté des 



270 LA MAGIE NATURELLE 

perles. Au-dessous de la pierre, on accommode une 
feuille carrée et après que la pierre est enchâssée dans 
l'anneau, si les coins ou extrémités de la pierre qui 
toucheront le cabochon ne sont convenablement colo- 
rés, alors on saura qu'elles sont fausses et bien des 
gens en apercevront le fard et la couleur artificielle. 

Pour transformer un saphir en diamant. 

Prenez un saphir pâle et blafard, de sorte qu'il tire 
presque sur le blanc et enterrez-le dans de la limaille 
de fer, dans un vaisseau destiné à fondre, et lorsqu'il 
sera bien échauffé sur un feu intense (visitez-le sou- 
vent cependant, de peur qu'il ne se fonde, et qu'il ne 
demeure pas sur le feu plus longtemps qu'il ne con- 
vient) et qu'il aura reçu beaucoup de couleur et em- 
prunté beaucoup de l'aimant, ôtez-le et appliquez-le à 
votre usage. 

Une pierre précieuse nommée Sardonic ou Sardoine et 
par d'aucuns Camayeu, qui soit blanche, en une 
autre pierre qui V imite. 

Faites broyer plusieurs couches ou colliques, je 
veux dire de ces petites à l'aide desquelles les femmes 
fardent leur face et la polissent pour l'embellir, et dé- 
posez-les dans du jus de limon bien purgé et enfouissez- 
les dans du fumier, où vous les laisserez pendant une 
dizaine de jours. Cela fait, et ayant bien lavé ce mé- 
lange, vous le broyerez avec un marbre de porphyre et 
y graverez telle figure que vous voudrez, puis le lais- 
serez sécher et vous pourrez mettre cette pierre en un 
anneau, selon votre bon plaisir. 



LA MAGIE NATURELLE 271 



De cerlaines composilions de pierres précieuses. 

Nous allons maintenant nous occuper d'ajouter à 
notre œuvre quelques compositions de pierres précieu- 
ses, telles qu'on en compose et façonne en plusieurs 
endroits, si d'aventure vous veniez à en avoir à faire. 

Comment faire la pierre précieuse appelée le diamant. 

Premièrement prenez du très bon cristal, posez-le 
dans un pot de terre que vous mettrez dans une four- 
naise de verrier où vous le laisserez pendant l'espace 
d'une nuit. Après, éteignez-le, pilez-le, et broyez-le 
bien menu, mêlez-le avec du sel de tartre, puis avec 
de l'eau formez-en de petites pillules. Après l'espace 
d'une nuit faites-le demeurer sur un feu ardent jus- 
ques à en rougir, sans toutefois le laisser fondre ; puis 
retirez-le et posez-le dans un autre vase qui soit plus 
réfractaire à l'action du feu et vous l'y laisserez séjour- 
ner pendant deux jours, et vous aurez un très beau et 
bon diamant. 

Comment faire la pierre précieuse appelée émeraude. 

Prenez du très bon airain, faites-le brûler pendant 
trois jours dans la fournaise, qu'il rougisse par suite de 
l'intensité du feu; après, ôtez-le et broyez-le dans un 
mortier, puis passez-le par le crible. Mettez-le ensuite 
dans un autre vaisseau et exposez-le de rechef au feu, 
mais à un feu d'une moindre intensité. Vous l'y laisse- 
rez pendant quatre jours avec le double de ce sablon 
au moyen duquel on fait le verre, puis que dans un 



272 LA MAGIE NATURELLE 

vaisseau dur il soit mis sur un feu plus lent, par l'inter- 
valle de la moitié d'un jour et vous trouverez une éme- 
raude très belle et agréable à voir. 

Pour faire la pierre précieuse appelée saphir. 

Il est facile de teindre cette pierre. Prenez de la 
poudre de verre, et mêlez-la avec la moitié de cette 
terre azurée que les potiers appellent Zofa, puis met- 
tez ce mélange bien essuyé dans un vaisseau fort, 
en la fournaise, et laissez-le reposer la dedans pendant 
trois jours et il en sortira un parfait saphir. 

Pour faire cette espèce d'escarboucle que nous appelons 
rubis, et d'autres pierres plus obscures que nous 
nommons grenat. 

Nous mettons du cristal dans un vaisseau fort et 
propice à fondre et l'exposons au feu pour le faire liqué- 
fier, y ajoutant un peu de vermillon et le laissons sé- 
journer l'espace d'un jour. Le jour suivant, nous l'ô- 
tons et le laissons refroidir, après cela nous le broyons 
finement dans un mortier et le passons par le crible, 
puis ajoutant un peu d'airain calciné, nous le présen- 
tons de rechef au feu et quand il est liquéfié, nous y 
ajoutons de nouveau un peu de cette poudre. Et après, 
on y met de l'étain fondu pendant trois jours au feu et 
on mêle cette écume jaune qui en est sortie par dessus, 
et pendant tout un jour on le remue et on l'agite sans 
cesse jusqu'à ce qu'il soit refroidi; de cette manière 
tous deviendront colorés plus ou moins. 



LA MAGIE NATURELLE 273 



Pour faire la pierre précieuse appelée topaze. 

Prenez du gravier, comme nous l'avons déjà dit plus 
haut, avec lequel vous mêlerez quatre fois autant d'é- 
tain brûlé, puis le tout posé dans un pot de terre fort 
dur, vous le mettrez sur un petit feu pendant un jour. 
Le gravier le fond aisément. 

Pour faire la pierre précieuse appelée crysolile. 

Ayez du cristal fondu, et ajoutez-y six fois autant ou 
même davantage d'excrément ou superfluité de fer et 
accommodez le tout dans un vaisseau bien fort et qui 
s'endurcisse au feu, et pendant trois jours, tenez-le 
dans la fournaise ardente; puis vous aurez la crysolite. 

Pour former celle espèce d'émeraude qui s'appelle 
Prasius. 

Faites liquéfier du cristal auquel vous ajouterez la 
douzième partie de fer et deux fois autant d'airain cal- 
ciné, et pendant une journée entière mêlez cette ma- 
tière exposée au feu, avec une verge de fer; ce mélange 
deviendra semblable à une émeraude, et si voulez que 
la couleur de la pierre soit moins vive et plus pâle, 
mettez-y la sixième partie de plomb et d'étain calciné. 
Après, mêlez bien le tout et agitez-le fortement, puis 
laissez-le encore au feu pendant un jour. Lorsque votre 
vase aura été retiré du feu et sera refroidi, vous aurez 
une émeraude de l'espèce dite Prasius. 



18 



274 LA MAGIE NATURELLE 



De celle manière aussi, vous ferez la calcidoine. 

Lorsque vous mettrez du cristal à liquéfier, ajoutez- 
y un peu d'argent calciné et mêlez-le bien; laissez-le 
ensuite séjourner une journée entière dans la fournaise 
et une partie où l'argent aura été incorporé sera relui- 
sante et l'autre demeurera quelque peu obscure. 

Pour former la pierre précieuse appelée lurquoise. 

Jetez dans le cristal liquéfié un peu de cette terre 
dont nous avons parlé en traitant du saphir et mêlez le 
tout très fortement avec une verge de fer, jusqu'à ce 
que tout soit bien mélangé et laissez-le reposer pen- 
dant une journée entière. Ensuite ajoutez-y un poids 
égal d'argent calciné et laissez-le encore au feu pen- 
dant un autre jour. 

Pour faire la pierre qu'on appelle smaltus, blanche. 

Mettez de la cendre de plomb avec le double de 
poudre de cristal, et le tout étant bien mêlé, réduisez-le 
en petits globes, comme des pilules, et pendant une 
nuit mettez-le dans un vaisseau sur un petit feu. Tou- 
tefois ayez soin que la matière ne s'attache pas aux 
parois du vase. Mêlez bien tout cela avec une spatule 
de fer, puis augmentez le feu de la liquéfaction et vous 
obtiendrez ce que vous désirez. Cependant, si vous 
voulez que d'une part elle blanchisse et reluise de 
l'autre, formez la dite terre en y mêlant le double de 
verre, avec l'eau des pelotes, comme il a été dit ci-des- 
sus, et pendant toute une nuit faites-la fondre au feu 



LA MAGIE NATURELLE 275 

dans un vase commode, remuant souvent la matière 
avec une verge de fer et de cette façon vous aurez le 
smaltus clair et transparent d'un côté et de l'autre en 
partie blanc et pâle. 

Mais si vous voulez l'avoir vert, comme celui avec 
lequel on enduit et peint les murailles, après que vous 
l'aurez fait devenir blanc, mêlez-le avec de la terre 
azurée et faites le fondre, en le remuant avec assiduité 
à l'aide d'une verge de fer, et cela pendant l'espace 
d'une nuit. 

Par l'exemple de ce qui précède, vous pouvez, par 
votre propre travail et votre propre industrie, faire 
vous-même les autres pierres, un jaspe par la poudre 
de vieilles, ou blanc, si vous le faites avec de la chaux 
et du plâtre. 

Toutefois, s'il arrivait que toutes ou quelques-unes 
de ces pierres fussent pâles et blafardes en couleur, 
et moins resplendissantes que vous le désirez, ou que 
leur éclat soit obscurci par quelque nuage, il sera bon 
qu'elles soient pourvues de plusieurs coins, qu'on frap- 
pera et qu'on échantillonnera, pour que la couleur 
obscure et nébuleuse soit excitée par la répercussion 
des angles et donne ainsi un éclat plus vif. Voilà donc 
ce que nous avons cru utile de vous raconter au sujet 
de ces choses qui sont du domaine de l'alchimie, 
c'est-à-dire au sujet de la falsification des pierres pré- 
cieuses. Nous allons maintenant traiter des miroirs, 
et des gravures des pierres précieuses, mais ceci sera 
pour le livre quatrième et dernier de notre œuvre. 



LIVRE QUATRIÈME 

Chapitre Premier 
Comment l'on pourra, de jour, voir les étoiles. 

Je crois qu'il n'y a personne qui ne sache qu'une 
petite lumière, approchée d'une plus grande et plus 
vive clarté, perd sa splendeur. Si vous présentez une 
torche allumée aux rayons du soleil, la lumière de cette 
torche sera amoindrie, annihilée, et s'obscurcira. Il en 
est absolument de même des astres, car pendant le 
jour, ils sont cachés par la trop grande splendeur du 
soleil, quoiqu'ils luisent également de jour comme de 
nuit. Donc, afin que nous puissions les voir, retenons 
ce que nous allons en dire. En un grand jour, que le so- 
leil s'obscurcit par suite d'une éclipse, de sorte que les 
yeux ne sont point éblouis par sa lumière, le ciel ap- 
paraît tout parsemé d'étoiles, ce que Thucydide a très 
bien décrit et ce que nous avons vu souvent nous-mê- 
mes de notre temps. Et non seulement les yeux s'obs- 
curcissent par une lueur très forte, mais en sont même 
gravement offensés, comme on lit des Soldats de Xé- 
nophon et de Denys, tyran de Sicile, lequel faisait 
aveugler les pauvres prisonniers en les tirant d'une 



LA MAGIE NATURELLE 277 

prison très ténébreuse, pour les exposer à une lumière 
très resplendissante. 

Disons donc comment celui qui les désire voir 
pourra le faire, ainsi que l'enseignent Galien et Phi- 
lopponus. Il faut que celui qui est si curieux descende 
dans un puits très profond, à ce que par les ténèbres et 
un long intervalle et distance il puisse voir le ciel serein 
et sans nuages, et à ce que sans fermer les yeux ou les 
cligner, il puisse voir clairement les astres éclairant le 
ciel. Toutefois vous n'éprouverez point ceci, lorsque le 
soleil occupera le point du midi, car vous seriez ébloui 
par sa trop grande lumière. Et plus vous descendrez, 
bas, et plus clairement et plus tôt vous verrez, et si 
moins profondément, plus obscurément et plus tard. 
De cette façon une personne descendue dans un antre 
obscur et profond, verra la lueur d'une chandelle allu- 
mée, encore qu'elle soit présentée au soleil, ce qui tou- 
tefois n'adviendra pas si elle rencontre soudain une 
très resplendissante lumière, parce que la lueur de la 
chandelle sera empêchée par celle du soleil qui est plus 
grande. Et de fait, quant à cette expérience, j'ai lu et 
entendu plusieurs personnes de grande autorité avoir 
été tellement déçues et abusées, que si de jour elles ne 
pouvaient voir les étoiles, ils s'essayaient à les contem- 
pler de cette manière. Ils plongent un miroir dans l'eau 
en plein midi et alors croient qu'ils voient les astres 
fichés au ciel, parce que les rayons perpendiculaires du 
soleil frappant la superficie de l'eau, frappent aussi 
obliquement le miroir, et de cette superficie le réver- 
bèrent aux yeux de celui qui attentivement le regarde 
et lui représentent la figure du soleil : mais les rayons 
qui obliquement frappent l'eau, viennent à frapper le 
miroir et la vue, ainsi qu'il apparaîtra de cette même 



278 LA MAGIE NATURELLE 

figure, ou moindre pour la réverbération du milieu 
plus épais : au moyen de quoi il est certain que 
vous verrez une étoile qui suivra le cours du soleil, 
ce que la science de l'optique vous démontrera claire- 
ment. De là vient que plusieurs pensent que cet astre 
n'est autre que Mercure, attendu qu'il s'éloigne peu du 
corps du soleil, et d'autant qu'ils le voient toujours 
être à sa suite. Il y en a d'autres qui estiment que c'est 
l'astre de la canicule, et c'est pourquoi ils se hâtent de 
l'aller voir pendant les jours de l'été. Si vous ajoutez 
moins de foi à la démonstration, mais croyez plutôt 
à l'expérience et à la raison, cherchez son intervalle 
dans l'Equinoxe et vous n'y trouverez toujours même 
distance, bien qu'encore l'étoile vous apparaîtra plus 
lointaine tantôt, et tantôt plus rapprochée, car le mi- 
roir ne montrera pas toujours une distance égale, si 
vous le disposez toujours de la même manière. Toute- 
fois je ne nie point que de cette façon on ne puisse voir 
le soleil plus librement quand il se lèvera et se cou- 
chera, mais aussi son point méridional et cela même 
avec une plus grande facilité. Davantage encore se 
pourront voir les éclipses et les défauts des deux lumi- 
naires, parce que nos yeux, étant faibles et débiles, nous 
ne pouvons supporter la splendeur et l'éclat du soleil, 
si nous le regardons à travers une feuille de papier, 
ayant au centre un petit trou ou pertuis. 

Comment dans les ténèbres, vous pouvez voir avec leurs 
propres couleurs, les choses qui par dehors sont 
frappées du soleil. 

Si quelqu'un veut voir cela, il faut qu'il ferme toutes 
les fenêtres du lieu où il sera et encore sera-t-il bon de 



LA MAGIE NATURELLE 279 

boucher toutes les ouvertures, si petites soient-elles, 
afin que la lumière pénétrant à l'intérieur, ne détruise 
toute l'expérience. Cela fait, il faut percer avec une 
tarjette une fenêtre seulement et faire en sorte que le 
trou ait la forme d'une pyramide ronde, dont la base 
regarde le soleil, et que son sommet dresse son aspect 
vers la chambre à l'opposé ou vis à vis ; vous aurez soin que 
les parois soient enduits de couleur blanche ou couverts 
de linceuls blancs ou de linge ou même de papier blanc. 
De cette manière vous verrez toutes les choses qui se- 
ront frappées des rayons du soleil et ceux qui marche- 
ront par les places de la ville vous apparaîtront comme 
allant la tête en bas; les choses droites vous semble- 
ront gauches, bref, toutes choses vous apparaîtront 
comme renversées. Et plus les choses représentées 
seront éloignées du trou, plus grandes seront-elles, et si 
vous les approchez du trou (comme un papier ou une 
table) elles sembleront moindres. — Maintenant il 
conviendra que j'enseigne ce que j'ai jusqu'à présent 
caché et estimé convenable de taire. 

Comment on pourra voir toute chose avec sa propre 
couleur. 

Si on désire cela, il faut mettre vis à vis un miroir 
non qui puisse dissiper en séparant, mais au contraire 
les unir en amassant les rayons, tant en approchant 
qu'en reculant, jusqu'à ce que vous voyiez que l'image 
soit parvenue à sa propre grandeur, par le rapproche- 
ment de son centre. Si alors vous regardez ce que vous 
avez obtenu, vous verrez les gestes, les mouvements, 
les vêtements des hommes, le ciel voilé de nuages d'une 
couleur d'azur, et les oiseaux qui volent. Mais vous 



280 LA MAGIE NATURELLE 

verrez aussi toutes choses tournées sans dessus des- 
sous parce qu'elles sont près du centre du miroir, et si 
vous les éloignez de leur centre, vous les verrez plus 
grandes et telles qu'elles seront. 

Que le soleil vous frappe le visage ou que du moins 
ses rayons frappent le miroir, tellement qu'il resplen- 
disse, toutefois à une distance convenable, variant sa 
situation jusqu'à ce que vous puissiez apercevoir la 
vérité, c'est ainsi que les philosophes et les médecins 
ont appris à connaître d'où procède et se fait la vue 
dans les yeux, et encore comment se décide la question 
tant controversée de l'intromission de la clarté ou de 
la lumière. Et en somme cela ne pouvait mieux se dé- 
montrer que de cette manière, d'autant plus que l'i- 
mage ou la figure est introduite par la prunelle, 
comme par une fenêtre et la petite partie de la grande 
sphère prend la place d'un miroir, logé au fond de 
l'œil. Si quelqu'un veut mesurer cette distance, il verra 
que la vue se fera au centre. 

Chapitre Deuxième 
Comment on pourra voir l'arc du ciel. 

Cela pourra se faire de plusieurs manières que nous 
vous indiquerons l'une après l'autre; toutefois, la 
meilleure manière et la plus commode se fera à l'aide 
du cristal, ou encore avec cette pierre précieuse que 
l'on appelle iris, formant une figure à six angles, donc 
hexagone, et semblable au cristal. Cette pierre exposée 
et soumise aux rayons du soleil, par son ombre frap- 
pera les lambris ou planchers du toit, de même que le 
pavé plus bas, et montrera des couleurs semblables 



LA MAGIE NATURELLE 281 

en tous points à l'arc du ciel, qui lui aussi possède six 
angles et naît de la même façon. 

Mais quand vous chercherez à voir l'arc céleste, 
prenez en main votre triangle ou quelqu'autre instru- 
ment de cristal ou de verre, et accommodez vos yeux à 
sa longueur, et si alors vous venez à regarder par la 
surface d'en bas, vous verrez toutes choses colorées de 
violet, de rouge, de vert, d'azur et de perse. Et si vous 
tournez votre regard vers la surface de dessus, vous 
verrez changer l'assiette des couleurs. Vous le verrez 
plus clairement encore au soleil et ce ne sera pas un 
spectacle à mépriser. Car vous verrez des jardins tout 
diaprés de tapisseries excellentes et ornés de mille 
sortes de fleurs. Les hommes qui chemineront vous 
sembleront être des anges et les bords de leurs vête- 
ments décorés de ces mêmes couleurs ; mais si vous re- 
gardez selon la largeur, vous apercevrez les couleurs 
en longueur, et si vous regaerdez dessus, vous ne ver- 
rez rien de coloré, et même celui qui regardera ainsi 
aura l'air d'avoir quatre yeux, et pour l'inflexion du 
regard, toutes choses lui paraîtront pendantes ou pi- 
lées. Nous pouvons encore voir l'arc céleste de la ma- 
nière suivante : Si vous mettez un miroir dans un bas- 
sin plein d'eau, et que vous veniez à regarder la face 
du mur, vous verrez resplendir les couleurs de l'arc 
céleste. Vous les verrez encore plus vives et plus belles 
si vous prenez un vaisseau de verre rond, poli et bien 
net extérieurement; vous l'exposerez au soleil après 
l'avoir rempli d'eau, et les rayons de celui-ci frappe- 
ront cette eau, dans laquelle alors vous pourrez voir 
la forme de l'arc céleste. 



282 LA MAGIE NATURELLE 



Chapitre Troisième 

Comment on pourra voir des choses multipliées. 

Prenez un verre, le plus solide et le plus gros qu'il 
vous sera possible, de sorte qu'il puisse d'autant plus 
commodément tourner sur ses faces, et accommodez-le 
en sorte qu'il ait plusieurs angles. Toutefois il faut faire 
en sorte qu'au milieu de ces faces, il y ait un point de 
mire qui convienne à la prunelle des yeux et à la force 
de la vue, à ce que le regard se divise et ne puisse 
contempler une chose vraie ni en l'état qu'elle est. 
Ayant façonné de plusieurs de ses surfaces déjà pré- 
parées, un miroir pour représenter aux yeux, si de près 
nous regardons la face de quelqu'un, il nous semblera 
tout parsemé d'yeux comme un Argus, et si vous con- 
templez son nez, vous ne verrez rien que l'ombre d'un 
nez. Il en sera de même, si vous regardez les mains, 
les doigts et les bras, le spectacle sera aussi monstrueux 
que celui que présente ce Briareus, qu'ont imaginé les 
poètes. Si vous venez à voir une espèce de monnaie, 
vous en apercevrez aussitôt plusieurs, et non une seule ; 
vous ne pourrez toutefois pas les toucher de la main, 
mais elles tromperont souvent la main qui cherchera à 
les toucher, de sorte qu'il serait meilleur en cet endroit 
de donner que de recevoir. Si vous regardez de loin une 
galère, il vous semblera que vous verrez toute une 
armée navale, et si vous jetez les yeux sur un soldat 
cheminant, vous croirez voir marcher tout un esca- 
dron en bon ordre. Bref, il se fera que la chose appa- 
raîtra double, et vous verrez doubles faces d'hommes 
et doubles corps, de sorte qu'une chose vue en semble 
une autre. 



LA MAGIE NATURELLE 283 



Chapitre Quatrième 

Comment de plusieurs miroirs pleins on pourra faire un 
miroir auquel, en même temps, apparaîtront 
plusieurs effigies. 

L'antiquité a trouvé un miroir composé de plusieurs 
miroirs plats, auquel présentant une chose, il appa- 
raîtra qu'il y en ait plusieurs, et qui donnera maintes 
et diverses effigies, comme on peut le lire dans les 
écrits de Ptolomée. Voici comment il est fait. Appareil- 
lez sur une table pleine ou en un autre lieu commode 
un cercle à demi rond, que vous diviserez selon le nom- 
bre des images en parties égales, avec des points de 
repère. Ces points, vous les étendrez sous des cordes, 
et vous en couperez les joints. Après vous dresserez 
dans les miroirs pleins un paralelle de la même hau- 
teur, le collant et l'accommodant très bien, de peur 
qu'ils ne puissent se séparer, et faites qu'ils soient 
conjoints selon la longueur et dressez une superficie 
pleine. Finalement, que l'œil du regardant soit posé 
au centre du cercle, pour qu'il puisse regarder égale- 
ment toutes choses et par toutes les parties, et par ce 
moyen, il verra sa face ou chacune de ses faces repré- 
sentée et disposée en mode de cercle ou de contour, 
comme on le voit souvent dans les danses ou dans un 
spectacle de théâtre qui tient le peuple rangé autour 
de soi. Et voilà aussi pourquoi il est appelé théâtral, 
parce que toutes les lignes partant du centre perpen- 
diculairement tombent sur leur superficie, au moyen 
de quoi elles retournent et se réfléchissent vers elles- 
mêmes, et ainsi elles représentent les images aux yeux, 



284 LA MAGIE NATURELLE 

chaque particule montrant la sienne, et diversifiant 
son assiette, il montrera diverses situations des effi- 
gies. 

Chapitre Cinquième 

Comment on pourra composer un miroir, à l'aide du- 
quel on pourra voir beaucoup de choses au même 
instant. 

Dressez deux miroirs d'acier ou de cristal, opposés 
l'un contre l'autre sur une même base ou fondement, 
et qui soient en la proportion de Hemiollia, c'est à 
dire qu'un côté soit une fois et demie plus grand que 
l'autre et qu'ils unissent ensemble leurs bouts et côtés, 
de sorte qu'ils se puissent commodément ouvrir et fer- 
mer comme un livre, et que les côtés soient diversifiés 
comme ceux que l'on fait à Venise. En présentant un 
visage, en l'un et l'autre vous verrez plusieurs bou- 
ches, et plus vous serrerez étroitement et l'angle appa- 
raîtra moindre, d'autant plus grande se présentera l'i- 
mage. Plus vous le tiendrez ouvert, plus elle sera fai- 
ble et petite. Si vous montrez un doigt, vous ne verrez 
que ce doigt, et les choses qui seront droites, vous les 
apercevrez droites, et les gauches, vous les apercevrez 
gauches, ce qui est contraire à tous les miroirs; cela 
résulte de la répercussion des lignes, dont naît le 
changement des images. 



LA MAGIE NATURELLE 285 



Chapitre Sixième 

Comment des miroirs pleins on pourra en composer 
un où l'on verra au même instant qu'une personne 
viendra et une autre s'en ira. 

Prenez deux miroirs pleins et faites que la longueur 
de ceux-ci soit double de leur largeur, ou soit une fois 
et demie aussi grande; ceci pour votre commodité, car 
la proportion importe peu ; toutefois, faites que les mi- 
roirs soient pareils et d'une même longueur. Vous incli- 
nerez et abaisserez et unirez réciproquement ces mi- 
roirs sur une pièce de bois, puis les dresserez et poserez 
sur une table perpendiculairement. Les miroirs se 
mouvant sur un côté mobile, il n'y a aucun doute qu'en 
l'un vous verrez une effigie ou représentation de per- 
sonne venir, er en l'autre s'en aller. Et plus cela sera 
rapproché, plus la représentation s'éloignera, de sorte 
qu'ensemble on verra en l'un une personne venir, et 
en l'autre une personne s'en aller. 

Chapitre septième 
Des imaginations et opérations des miroirs concaves. 

Quand le centre de l'hémicycle ou demi-cercle sera 
trouvé, il sera facile de connaître toutes les diversités, 
attendu que toutes choses sont connues et réglées par 
celui-ci. Si donc vous voulez voir une personne mon- 
trant le chef renversé, ayez la tête en bas et les pieds 
en haut. Mais si l'hémisphère n'est entier et parfait, 
et qu'il n'y ait qu'une seule partie de celui-ci, vous 



286 LA MAGIE NATURELLE 

pourrez plus facilement accommoder la tête, et dans 
celle-ci vous verrez la grande face d'un Bacchus, qui 
montrera un doigt gros comme un bras. Jadis Hor- 
tius, comme le raconte Sénèque, a fait des miroirs tels 
qu'ils représentaient la figure beaucoup plus grande 
que véritablement elle n'était. Et ce personnage se 
montra très luxurieux en disposant des miroirs de 
cette façon; quand il voulait prendre plaisir à contem- 
pler ses membres, il les voyait aussi gros que lorsqu'il 
commettait cet horrible forfait de sodomie bougres- 
que, et voilà comment par la fausse grosseur de ses 
membres, ce malheureux se délectait. Mais laissons 
cela et enseignons plutôt comment les choses qui sont 
droites sembleront être gauches. En éloignant petit à 
petit le chef, la face se fait plus grande, et lorsqu'il 
sera tout près du centre, il verra deux faces et quatre 
yeux, lesquels, en un plus grand miroir, sembleront se 
mouvoir, — ou du moins la tête, parce que la petitesse 
du miroir empêchera de voir le tout ensemble. 

Si vous posez votre miroir en terre, ou sur quelque 
table, et faites en sorte qu'également soient éloignées 
de celui-ci deux bouches, l'une étroite et l'autre large, 
alors apparaîtra une face fort contrefaite et très dif- 
forme. Toutefois entr'autres choses, ce miroir a ceci 
de bon, qu'il peut causer un bien grand feu. Si vous 
voulez l'expérimenter, opposez ce miroir aux rayons 
du soleil et mettez auprès quelque chose qui soit com- 
bustible et soudain une flamme jaillira. Si cela se conti- 
nue longtemps, le miroir pourra même faire fondre le 
plomb etl'étain, et j'ai même souvenance d'avoir lu 
que quelquefois les rayons du soleil avaient liquéfié 
l'or et l'argent. Si c'est une partie d'une sphère plus 
grande, il allumera le feu d'une plus grande distance. 



LA MAGIE NATURELLE 287 



Comment on allumera du feu avec une fiole pleine d'eau. 

Mettez la fiole opposée au soleil, bien entendu qu'elle 
soit de verre et ronde, car quand elle sera directement 
opposée au soleil et en la partie du derrière droitement 
à la ligne par laquelle le rayon solaire pénètre le 
centre. Mettez quelque chose qui se puisse aisément 
brûler et sur quoi les rayons du soleil se rassemblent et 
frappent, ce qui se reconnaîtra par je ne sais quoi de 
lumineux, et incontinent il suscitera le feu, à la grande 
admiration des spectateurs qui verront que le feu naît 
de l'eau. 

Le feu peut être encore allumé par le cristal rond, on par 
une petite sphère ronde, ou un bassin rond. 

Si vous appareillez un verre plein comme un miroir, 
et l'exposez au soleil par un peu d'espace et par la 
partie du derrière recueillant et unissant les rayons, il 
fera feu ; vous remuerez ou approcherez cette matière 
propre à concevoir le feu, tant que vous trouviez le 
sommet des rayons réverbérés, et après le feu couvant 
un peu en sortira. Et nous serons étonnés surtout s'il 
y a une petite portion de la sphère : les médecins disent 
que les choses qui doivent être brûlées dans le corps, 
ne se peuvent mieux brûler qu'à l'aide d'une plaque de 
cristal opposé aux rayons du soleil. 



288 LA MAGIE NATURELLE 



Chapitre Huitième 

Comment il se peut faire que l'image se révèle en dehors 
en un miroir concave. 

L'industrie des modernes a trouvé qu'en un même 
miroir on peut voir plusieurs bouches, ou diverses 
effigies d'une même chose, sans que le premier objet 
disparaisse. Ceux qui font ces miroirs, les creusent en 
la partie de derrière et font une petite concavité, sur 
laquelle ils mettent une feuille petite et déliée. De là 
on a trouvé qu'en se regardant dans un tel miroir, 
on voit l'image droite et élevée d'une autre chose. Le 
spectateur voulant attraper avec les mains cette fi- 
gure, ne touchera rien que de l'air. J'ai souvent vu 
cela; voici comment cela se fait. Faites un miroir de 
cristal, bien que la pierre précieuse appelée Iris con- 
vienne mieux; derrière ce miroir, il faut creuser une 
image ou effigie avec beaucoup de soin, puis dessus 
on accommode une feuille bien placée, car plus elle 
est fixée profondément, et plus apparaîtra-t-elle au 
dessus de la superficie. De cette manière, on peut lire 
des lettres qui sembleront être faites d'argent, et il n'y 
aura vue si aiguë qui ne se trompe en regardant ce 
spectacle. 



la magie naturelle 289 

Chapitre Neuvième 
Des liaisons physiques ou naturelles. 

Parmi les expériences naturelles on compte encore 
les ligatures physiques ou (comme certains le veulent) 
les Joyaux que l'on porte pendus au cou ou ailleurs 
pour l'ornement et l'embellissement du corps, à ce 
qu'ils communiquent à ceux qui s'en parent la vertu 
que la nature a mise en eux. J'ai cru bon d'ajouter ici 
ce que j'ai pu recueillir dans les écrits des Indiens et des 
Grecs et principalement d'Hermès. Constabenluces 
et d'autres auteurs. Car ces liaisons opèrent naturelle- 
ment, et l'efficacité qu'elles ont, leur vient de la vertu 
que Zenon appelle universelle, ou du ciel même, et 
personne ne saura jamais scruter le mystère qu'elle 
recèle. Et à ce propos Platon dit que si l'entendement 
humain a la ferme opinion qu'une chose lui puisse ai- 
der, encore qu'elle n'en ait pas la puissance elle lui 
pourra néanmoins aider pour la seule intention de son 
esprit. — Or, les unes, parmi les liaisons, servent à la 
santé du corps, d'autres à la force et à la sagesse, 
d'autres rendent les personnes joyeuses, les autres sont 
tristes, malheureuses, infortunées, paresseuses et ti- 
mides. Si quelqu'un pend ou entortille à son cou une 
vipère ou un autre serpent, et vient à l'étrangler avec 
un fil, ou étreindre avec une pourpre marine, jusqu'à 
ce que la bête meure : ce fil-là sera utile aux suffoca- 
tions du cou et aposthumes de la bouche, s'il est appH- 
qué au cou du patient. De même, si vous pendez une 
chaîne de jaspe vert au cou d'une personne, de sorte 
qu'elle touche la bouche de l'estomac, elle fortifiera 

19 



290 LA MAGIE NATURELLE 

bien, ainsi que l'affirme Galien, la bouche du ventri- 
cule. 

De plus, les dents d'un chien qui aura mordu un 
homme, froissées en pièces et portées sur l'épaule? 
garantiront celui qui les portera de la morsure d'un 
chien enragé. La racine de piérine pendue au cou des 
petits enfants les guérit du mal de Saint-Jean. Si au 
croissant de la lune vous fendez les petits de l'hiron- 
delle, j'entends ceux qui sont éclos de la première ni- 
chée, vous trouverez dans leur ventre des petites 
pierres et entr'autres vous en tirerez deux, l'une des- 
quelles sera de couleur blanche, et l'autre marquée de 
diverses couleurs. Avant qu'elles touchent terre, vous 
les envelopperez d'une pièce de cuir d'une génisse ou 
d'un cerf et les lierez au bras ou au cou d'une personne 
qui souffre du mal de Saint-Jean, et elles lui procure- 
ront souvent du soulagement. Le doigt auriculaire 
d'un avorton pendu au cou d'une femme, fera qu'elle 
ne concevra pas pendant tout le temps qu'elle le por- 
tera. La racine de l'asperge opère le même effet. Il y a 
une espèce d'araignée qui ourdit et tisse une toile 
blanche, déliée et espacée, cette toile, liée dans une 
peau et pendue ou attachée au bras, remédie au cours 
de la fièvre quarte. Le corail rouge conforte l'estomac, 
et vaut contre la passion du cœur, si on le lie contre 
celui-ci. La pierre appelée aetites, étant liée au bras 
d'une femme enceinte, l'empêchera d'enfanter, prin- 
cipalement si elle a la matrice débile et ne peut retenir 
son fruit. Mais si vous la liez sur la cuisse de la femme 
qui sera au travail de son enfantement, elle fera qu'elle 
enfantera sans douleur. L'albâtre pendu au cou aug- 
mente les tristesses du dormant, comme nous avons 
dit, et fait tomber l'homme en mauvaise disposition, 



LA MAGIE NATURELLE 291 

le saphir refroidit l'ardeur intérieure, car il donne du 
rafraîchissement aux fièvres ardentes, lorsqu'on l'at- 
tache près des veines pulsatives du cœur. L'émeraude 
pendue au cou chasse la demi-tierce, préserve du mal 
de Saint-Jean; c'est pourquoi on le fait porter au cou 
des enfants des nobles personnages, afin qu'ils s'en 
puissent défendre et garantir. L'améthiste attachée et 
pendue au cou sur la bouche du ventricule, délivre de 
l'ivrognerie. Toute sorte ou espèce de jacinthe pen- 
dant au cou ou portée au doigt d'une personne, sera 
qu'elle ne sera pas atteinte du mauvais air malsain 
d'une région pestilentielle; tuotefois, il faut qu'il y ait 
le poids de vingt-deux grains. De même le pied droit 
d'une tortue lié sur le pied droit d'un goutteux lui 
apaise la douleur de la goutte ; et le gauche mis sur le 
gauche, apaise la douleur de celui-ci; et il en sera de 
même de la main de cet animal avec la main de l'hom- 
me atteint de cette maladie. La fiente d'un loup qui 
mange des os, liée avec un fil de laine d'une brebis qui 
aura été mordue et tuée par le loup, sera excellente 
pour guérir de la colique; mais les sages prétendent 
que les effets de ces pierres ont plus d'efficacité encore, 
si vous avez des pierres solaires ou lunaires, et que vous 
liiez les solaires avec un fil d'or et les lunaires avec un 
fil d'argent, puis les pendiez au cou, elles recevront 
plus grande vertu des rayons du Soleil et de la Lune. 
La pierre sélénite n'imite pas seulement la figure de la 
lune, mais elle suit le cours de celle-ci, parce qu'elle 
fait sa course avec elle; et cette pierre portée au cou 
rend l'esprit lunatique et lui infuse les vertus de la lune. 
La pierre qui vient de Heliosemium, et qui montre 
les conjonctions du soleil et de la lune, étant portée, 
fait que l'homme participe de la vertu de l'un et de 



292 LA MAGIE NATURELLE 

l'autre astre. Voilà donc ce que nous avons recueilli 
dans les livres des anciens, et nous avons tiré profit 
nous-mêmes, et très souvent, des indications quenous 
vous avons données ici. 

Chapitre Dixième 
Des vertus des pierres précieuses et de leurs images. 

Bien que le traité des images et des pierres précieuses 
gravées, et de leurs vertus, appartienne à une autre fa- 
culté, toutefois, afin de satisfaire les personnes dési- 
reuses de connaître les secrètes opérations à l'aide 
d'une abondante doctrine, j'en ai donné ici quelques 
indications. Ptolémée assure que les figures de ce 
monde sont sujettes aux faces et aux aspects célestes 
moyennant desquels les sages anciens faisaient des 
choses merveilleuses, en composant ou figurant des 
images. D'ailleurs Hali Aben Rhodan, tenant rang 
parmi les sages d'Egypte, ayant imprimé sur un mor- 
ceau d'encens la figure d'un scorpion, guérit une per- 
sonne malade de la morsure d'un scorpion. Et lui- 
même avait coutume de porter sur un anneau l'effi- 
gie d'un scorpion et l'avait fait graver lorsque l'astre 
du scorpion était au milieu, ou qu'il occupait le pôle 
ou bout de sa naissance conjointe avec la lune, ce qui 
est raconté de la même manière par Sérapion. Por- 
phyre estime qu'on peut faire une image utile avec des 
serpents, si on la forme alors que la lune entre au ser- 
pent céleste ou quand elle se regarde heureusement, et 
cet auteur parle encore de plusieurs autres choses que 
nous omettons, parce que nous désirons être bref. Par- 
lons maintenant des configurations. 



LA MAGIE NATURELLE 293 

Et pour entrer en matière, nous les trouvons avoir 
été décrites par les anciens pour beaucoup de raisons, 
de sorte que notre connaissance s'est peu étendue. Pre- 
mièrement, on les enserrait dans un anneau à ce que 
les lettres fussent closes par un tel sceau, et que.la face 
de celui qui les envoyait fût connue et la part de qui 
ces missives arrivaient. Suétone a raconté cela d'Au- 
guste Gésar, témoignant qu'en ses écrits impériaux et 
autres mandements et missives, il a usé de la figure 
d'une Sphninoz, puis de celle d'Alexandre le Grand, 
et finalement de la sienne propre, gravée par la main 
de Dioscoride, célèbre parmi les graveurs de ce temps. 
Et les autres monarques qui lui ont succédé en l'Em- 
pire ont suivi la dernière forme et y ont persévéré : 
Ovide le dit dans le livre des Fastes. Souvent aussi on 
trouve dans notre pays et nous tombent dans les mains 
plusieurs pierres, où les faces humaines se peuvent voir 
représentées, comme on a coutume de faire au rubis, 
parce que seul il n'arrache point la cire. On trouve 
encore plusieurs caractères écrits sur diverses pierres 
contre certaines infortunes et divers accidents. Mais 
entre toutes sont plus convenables et plus propices les 
pierres précieuses, pour être capables de recevoir les 
influences célestes et bien qu'elles semblent dures à 
recevoir les présents favorables du ciel. Toutefois, 
quand elles les reçoivent, elles les retiennent et les 
conservent plus longtemps, ce qui me semble plaire à 
Jambicus. 



294 la magie naturelle 

Chapitre Onzième 
Des vertus des pierres. 

Maintenant il convient que nous parlions des vertus 
des pierres; toutefois, ne pensez pas que nous ayons 
entrepris de vous parler de toutes leurs vertus, car ce 
serait là un travail vraiment excessif. Nous parlerons 
néanmoins de celles qu'on rencontre le plus souvent 
et que nous avons éprouvées par expérience. Vous trou- 
verez plusieurs livres pleins de cette matière, au point 
de ne pas parler d'autre chose. La première de ces 
pierres sera l'agate, dite en latin achates, et qui se 
trouve sur les rives du fleuve Achates, et cette pierre 
est noire, entrelardée de plusieurs lignes blanches. 
Cette pierre est bonne contre les morsures des scor- 
pions et des serpents, rend l'homme fécond, agréable et 
lui acquiert l'amitié des rois. Nous lisons qu'Isme- 
nias Choraules avait coutume de porter bien des 
pierres précieuses fort reluisantes. En Perse, par le 
parfum de ces pierres on chasse et détourne les tem- 
pêtes et on fait arrêter le débordement des rivières. 

Et on dit qu'on peut en prendre argument, parce que 
si on jette des pièces dans un chaudron tout bouillant, 
elles le feront refroidir et apaiser. La pierre nommée 
Alectoriussetiredu ventre d'un coq, qui aura été cha- 
pon, pendant quatre ans, mais nous l'arrachons aussi du 
ventricule d'une vieille géhne. Cette pierre tenue en la 
bouche ôte la soif, et fait acquérir honneur et gloire à 
celui qui la porte sur soi, le rend fécond et rend aussi la 
femme agréable au mari. Aussi la pierre geranites est 
arrachée de la grue ; celle qui se nomme draconites ou 



LA MAGIE NATURELLE 295 

drachenias, du dragon, et celle qui se nomme borax est 
extraite du crapaud, et délivre la personne du poison 
ou venin. Pareillement encore se trouve la pierre ché- 
lidonienne, après qu'on a ouvert le ventre des hiron- 
delles ; toutefois elle ne se forme ni ne se congèle en 
pierre, si on ne les trouve toutes vives, car si l'animal 
dont vous voudrez tirer quelque pierre, soit serpent 
ou autre, meurt premier, la pierre se perd. Mais les 
pierres extraites durant la vie des animaux, auront les 
mêmes effets que les astres, car l'alectorius a puis- 
sance solaire, au moyen de quoi il rend ceux qui le 
portaient invincibles et ainsi la chélidonienne prise des 
hirondelles purge la mélancolie et rend la personne 
aimable, parce que cette pierre est joviale : losrqu'on 
froisse la pierre aerites, on sent encore dedans une 
autre pierre, elle aide aux femmes qui sont en travail 
d'enfant et les empêchent d'avorter, et aussi elle 
apaise la douleur du mal de Saint-Jean. L'améthiste 
a un lustre violet rouge et est ainsi nommé, comme 
n'étant ivre; aussi il résiste à l'ivrognerie, aux ban- 
quets et rend la personne ivrogne, sage, lui faisant 
reprendre ses esprits et profite aussi à ceux qui veulent 
s'adonner à l'étude. Et parce qu'elle se peut facilement 
graver, on trouve beaucoup de figures empreintes sur 
les pierres, comme il sera dit ci-après, mais au reste 
elles font l'homme vigilant et lui donnent un bon et vif 
entendement. Le corail aide à beaucoup de choses, 
on use communément du port du corail pour éloigner 
les périls ou préserver des charmes et sorcelleries, et 
pour cela aussi les mères aiment garnir les cous ou esto- 
macs de leurs petits enfants de branches ou patenôtres 
de corail. La Calcidoine favorise tant celui qui la porte, 
qu'elle lui fait gagner ses procès, lui fortifie les forces 



296 LA MAGIE NATURELLE 

corporelles et garantit contre les illusions des esprits ma- 
lins, et autres pensées fantastiques qui naissent de la 
mélancolie. La cornaline adoucit les impétuosités et les 
courroux bouillants, apaise la fureur ou le flux de 
sang, et est utile principalement aux femmes qui sont 
malades de leurs flueurs. L'héliotrope posé dans un 
vaisseau plein d'eau fera paraître les rayons du soleil 
qui frapperont en cet endroit, sanguins, ou suscitera 
la pluie; c'est pourquoi on l'appelle éclipse ou obscur- 
cissement du soleil. Porté, il fait acquérir bonne re- 
nommée, arrête le flux du sang, chasse les venins et ne 
permet que celui qui le porte soit trompé. Encore dit- 
on que celui qui porte une hyacinthe est garanti contre 
le tonnerre. Le jaspe rend la personne chaste et arrête 
le sang et les menstrues coulantes. Il profite aussi à 
ceux qui sont travaillés de ces eaux qui gisent entre 
cuir et chair et que la fièvre brûle, et rend la personne 
victorieuse et puissante sur ses ennemis, conforte et 
fortifie l'estomac, lorsqu'on le porte pendu au cou et 
moyennant qu'il soit rouge et touche la bouche de 
l'estomac. On doit cependant le désirer vert, parce 
qu'il s'en trouve beaucoup de faux, qui n'ont du jaspe 
que le nom. Si la pierre L4s légèrement s'arrondissant 
et finissant de toutes parts en pointe sexangulaire est 
opposée sous un toit aux rayons du soleil, et d'une 
part soit couverte d'ombre, elle montrera aux parois 
la figure exacte de l'arc céleste, ce qui arrive par la 
forme sexangulaire qu'on lui a donnée; cette pierre a 
également la propriété d'alléger le travail des femmes 
en couches. La turquoise est utile contre la mélanco- 
lie, la fièvre quarte et la défaillance du cœur. Le saphir 
qui semble avoir une poudre d'or, pour autant qu'il re- 
luit moucheté de petits points d'or, conserve les mem- 



LA MAGIE NATURELLE 297 

bres vigoureux, fait surmonter les envieux, et celui 
qui le portera aura le bonheur de n'être point sujet à la 
peur. Au reste, il refroidit et ralentit les fièvres, les 
inflammations, et guérit par son attouchement les 
antrax et aposthumes froides. De plus, il est utile 
contre le venin, réprime le sang coulant du nez, si on 
l'applique à la tempe. L'émeraude excellente en sa ver- 
doyante couleur, récrée et conforte la vue par sa ver- 
deur, qui fait que celui qui la contemple longtemps 
s'en trouve bien et principalement si elle est aidée ou 
renforcée de la splendeur d'une autre pierre précieuse. 
On en voit bien peu de gravées et ce n'est pas sans rai" 
son, pour que les gravures ne lui fissent tort ou obs- 
curcissent la splendeur de son éclat et la beauté de son 
lustre et de sa couleur; elle est aussi fort difficile à 
tailler. Il est à noter qu'on doit la parter chastement, 
parce que le coït ou embrassement charnel lui fait 
perdre sa vertu, si elle est portée pendant l'acte, com- 
me Albert l'a écrit d'un roi de Hongrie, lequel, à 
l'heure où il se livrait à l'acte charnel avec sa femme, 
aperçut et sentit l'émeraude qu'il portait se briser en 
pièces, de sorte qu'elle fut toute froissée. On dit aussi 
que l'empereur Néron en avait une, dans laquelle il 
voyait les combats des gladiateurs. Mais que dirai-je de 
plus ? Finalement cette pierre accroît les richesses et 
l'éloquence persuasive. La topaze guérit la passion 
lunatique, augmente les biens et par sa vertu le flux de 
sang est retenu. Portée, elle fait acquérir grâce et bien- 
veillance, et si elle est concave, elle représentera l'image 
opposée tout au contraire. 



298 la magie naturelle 

Chapitre Douzième 
Des images du ciel et des planètes. 

Ce sont les images des planètes et du ciel que vous 
trouverez souvent gravées sur les pierres, comme un 
Mercure jouvenceau grêle, portant son caducée et 
ayant des ailes aux pieds et sur la tête. Puis, Mars 
armé, ayant le maintien d'un guerrier belliqueux, au 
reste portant la lance et l'écu-mars; Vénus, repré- 
sentée comme une femme nue, portant son miroir et 
tenant par la main son petit Cupidon, avec un attrait 
lascif; et pareillement Jupiter, assis sur son trône et 
commandant avec l'autorité d'un roi. De même le 
vieillard faucheur Saturne, et le Soleil diapré et orné 
de tous ses rayons. On voit moins souvent les configu- 
rations de la huitième sphère sur les pierres, comme le 
Singe, l'Ourse, la Couronne, le Cygne, l'Aigle, le Che- 
val volant, le Serpentaire et les autres. Ainsi en est-il 
de tous les signes, comme Béliers, Taureaux, Jumeaux, 
Cancres, Lions et autres signes célestes, qui ont encore 
tant d'efficacité qu'ils donnent aux pierres mêmes dans 
lesquelles leur effigie se trouve empreinte, les mêmes 
vertus et propriétés, que ces mêmes astres ou planètes 
opèrent par leur influence. Il y a encore beaucoup 
d'autres sortes de figures, que les anciens gravaient 
sur les pierres, selon l'opinion des Indiens, Egyptiens, 
Mages et Astrologues. Comme on affirme qu'en la 
première face du Bélier il y a un homme noir fort 
grand, ayant des yeux rouges et ceint d'un linge blanc, 
en la seconde monte une femme revêtue d'une robe 
de lin, ceinte de drap vert, se retenant avec un seul 



LA MAGIE NATURELLE 299 

pied. En la troisième monte un homme vêtu de rouge 
ayant un bracelet d'or aux mains, désirant faire bien 
et ne le pouvant : et en plusieurs autres, s'en trouvent 
maintes autres gravées, qu'il serait trop long de détail- 
ler ici. 

Chapitre Treizième 

Quelles images on doit graver sur les pierres ou les 
pierres précieuses. 

Nous avons parlé des vertus des pierres, quelles 
figures il faut y graver pour obtenir la faveur du ciel ; 
maintenant il nous reste à enseigner comment on les 
doit accommoder ou les préparer pour les graver, et 
élire le temps opportun pour le faire. On trouve sou- 
vent sur l'améthiste gravé un jouvenceau portant un 
caducée, le chapeau en tête et les talonnières 
ailées aux pieds, et quelquefois tenant en sa main 
gauche un coq, lequel personnage tous remar- 
quent et reconnaissent pour un Mercure. On trou- 
ve aussi des scorpions gravés sur l'agathe, on y voit 
aussi empreints des araignées, des serpents, et autres 
animaux venimeux et encore un homme monté sur 
un serpent, qui est connu pour un Esculape céleste, 
et qui fait que cette pierre remédie aux venins et aux 
morsures des serpents. Cette agathe, en latin agathes, 
naît au fleuve Achate, où vivent les plus grands scor- 
pions, et par le nombre énorme de ces agathes la peste 
des scorpions de cette province demeure éteinte, et 
c'est ainsi que par la vertu de ces pierres la nature 
compense la défectuosité de cette contrée. On taille 
aussi en l'Hématiste un personnage qui porte un ser- 



300 LA MAGIE NATURELLE 

pent, et il me semble avoir lu que les mages de Perse 
quelquefois conseillèrent à leur roi de porter cette 
pierre, qu'ils disent être de grande valeur et efficacité 
contre les venins. Au jaspe on voit souvent ciselés des 
lions, des coqs, des aigles, des trophées et des armes, 
encore un Mars et tantôt un gendarme armé foulant 
aux pieds les serpents. Au cou ils lui façonnent un 
bouclier pendant, et le forment si avantageusement 
qu'ils le font ressembler à un guerrier victorieux, con- 
forme à la vertu de la pierre : le roi Nechepsos, pour 
guérir son estomac, commanda d'y graver un Dragon 
jetant des rayons, parce qu'il se fortifie par la vertu 
de celui-ci. En l'aimant on voit souvent taillée la fi- 
gure de l'étoile nommée cynosura, qu'on appelle aussi 
la petite ourse, ou la queue du chien, attendu que 
cette pierre est bien éprise de l'amour de cet astre, 
car l'aimant par son seul attouchement attirant le fer 
le tourne droit, vers l'aspect de celle-ci. Toujours en la 
pierre Sélénites on voit empreinte l'image de la lune, 
et celui qui la portera entourée d'un fil d'argent, de- 
vient lunaire. Au saphir on imprime diverses sortes 
d'animaux, pour qu'il puisse guérir les morsures qu'ils 
peuvent faire. On imprime un éclair à la jacinthe, 
pour garantir les personnes de la foudre. Quant à la 
cornaline, on lui donne diverses figures, et cette pierre 
est facile à tailler et à trouver, au moyen de quoi on 
pubUe que les enfants d'Israël gravèrent plusieurs de 
ces pierres. Nous avons par plusieurs exemples ensei- 
gné comment on doit préparer les pierres et quelles fi- 
gures on y doit graver, qui soient conformes aux opé- 
rations de celles-ci. Il y en a qui composent et façon- 
nent les animaux où ces pierres sont encloses, métaux 
appropriés et sujets à la planète, de laquelle ils de- 



LA MAGIE NATURELLE 301 

mandent l'opération et afin qu'ils acquièrent une plus 
soudaine efficacité : comme si on désire Saturne, il 
conviendra de prendre du plomb, si le soleil, l'or; si la 
lune, l'argent, pour que celui qui le portera devienne 
saturnien, solaire ou lunatique. 

Chapitre Quatorzième 

Quelles choses on doit élire nécessairement pour tailler 
les pierres. 

Toutefois les écrivains antiques témoignent que les 
pierres reçoivent et tirent leur plus grande vertu 
du ciel, si elles sont taillées à temps et à des heures dé- 
terminées et précises, car alors elles s'animent da- 
vantage, et leurs opérations deviennent plus vigou- 
reuses et mieux aussi les figures des astres s'impriment 
en elles. Ces auteurs établissent cela pour fondement 
de tout, car si vous voulez introduire et exciter l'a- 
mour, il convient d'user de la saison où sont en vigueur les 
aspects bénévoles, gracieux et convenables pour ce fait 
et au contraire, si nous voulons enflammer une grande 
haine et beaucoup de malveillance, il se faudra servir 
du temps où régnent les gens iniques et malfaisants. 
Si on veut tailler les images de Vénus ou de Saturne, il 
faut attendre que la déesse amoureuse entre au Tau- 
reau, ou aux Balances; et quant à Saturne, il faudra 
épier quand il entrera en Aquarius ou en Capricorne. 
Et afin que la vérité de ceci apparaisse et saute aux 
yeux, il est certain que dans les gravures, nous trou- 
vons toujours le Soleil en Lion, la Lune en cancer, 
Mercure en jumeaux et en Virgo. Et en cette manière 
aussi ils veulent que si on taille la figure du lion, ou du 



302 LA MAGIE NATURELLE 

Cancer, que le Soleil et la Lune cheminent par dessus, 
et alors ils la taillent. Toutefois ils ont soin que la Lune 
libre ne reçoive aucun empêchement de Mars ou de Sa- 
turne, et qu'aussi le soleil soit délivré de toute ardeur, 
inflammation et brûlure. De plus, ils conseillent que la 
Lune ne soit point vide de sa course, mais croissante 
et légère, et ne se trouve à l'extrémité du signe, parce 
que quelquefois les fins sont infortunées, mais veu- 
lent qu'elles soient au trigone ou hexagone, montant 
à sa naissance ou au sommet du Ciel, et non que la pla- 
nète tombe, pour autant qu'elle décline et perd sa force 
Et pour cela il conviendra que les signes diurnes mon- 
tent de jour, et ceux qui errent de nuit, montent aussi 
de nuit, afin que toute chose demeure dans sa dispo- 
sition naturelle et qu'on puisse jouir de l'effet sans 
aucun empêchement. Au rebours, si vous voulez intro- 
duire la malveiHance ou l'infirmité, il faudra procéder 
tout au contraire, car délibérant de graver quelque fi- 
gure, il sera nécessaire de la trouver par la triplicité, 
que je vais décrire maintenant. La première triplicité 
gît au Bélier, au Lion et au Sagittaire, lesquels signes 
le Soleil maîtrise de jour et Jupiter de nuit, mais au 
point du jour l'astre de Saturne. Par ces signes et gra- 
vures, jadis les anciens guérissaient certaines maladies, 
à savoir l'hydropisie, la paralysie et autres maladies 
semblables, et ainsi aussi selon les autres triplicités 
on taille les autres signes, comme remèdes à d'autres 
infirmités. Toutefois je n'oublierai ceci, que les siè- 
cles antérieurs témoignent, à savoir qu'avec le temps 
la vertu de ces pierres se ralentit et s'éteint, ce qui fait 
que les choses que nos ancêtres ont faites, appa- 
raissent maintenant vaines et de nulle valeur. 

Avons-nous donné fin au traité de notre Magie ou 



LA MAGIE NATURELLE 303 

Sagesse Naturelle, selon le pouvoir de nos petits 
moyens, et délibéré de ne plus vaquer désormais à ce 
labeur, aussi merveilleux qu'il est vrai ? Toutefois 
s'il reste quelque cas que nous n'ayons abordé, ou si 
quelque chose se présente que nous ayons mal pro- 
posé et à propos de quoi nous ayons imparfaitement 
parlé, je supplie très humblement que cela soit attri- 
bué à la difficulté du sujet et à la brièveté du temps 
que nous avons eu à notre disposition. Ceci d'ailleurs 
n'est qu'un commencement et nous espérons écrire 
bientôt sur des choses plus hautes et secrètes, si la 
faveur divine nous en donne la grâce. 



Fin de la Magie Naturelle. 



TABLE DES MATIÈRES 



INTRODUCTION 



LIVRE PREMIER 

Chapitre Premier. — Qu'est-ce que la Magie naturelle. . 1 

Chapitre Deuxième. — De r Institution du Magicien et 

ce que doit être un Professeur de magie naturelle. . . 3 

Chapitre Troisième. — Les opinions des anciens sur les 

causes des opérations merveilleuses 6 

Chapitre Quatrième. — D'où procèdent les vertus des 

choses manifestes, et de celles qui sont cachées 8 

Chapitre Cinquième. — Ce que c'est que les anneaux de 

Platon et la chaîne d'or d'Homère 12 

Chapitre Sixième. — Des éléments et de leurs vertus 14 

Chapitre Septième. — Des qualités des éléments et de 

leurs opérations 16 

Chapitre Huitième. — • Diverses propriétés des choses 

cachées qui dérivent de la même forme 17 

Chapitre Neuvième. — De la sympathie ou de l'antipa- 
thie, à savoir convenance ou désaccord : comme par 
eux on peut éprouver et trouver les vertus des choses . 25 

Chapitre Dixième. — Des vertus des choses qui sont dans 

les animaux tandis qu'ils vivent 34 



306 TABLE DES MATIERES 

Chapitre Onzième. — Qu'après la morl il reste encore 

quelques vertus dans les corps décédés 35 

Chapitre Douzième. — De la mutuelle communication 
des choses, et qu'elles opèrent en leur substance 
totale et en leurs parties 36 

Chapitre Treizième. — Des similitudes des choses, et de 
ceux qui doivent opérer des vertus par elles, et être 
recherchés 38 

Chapitre Quatorzième. — Que certaines vertus viennent 
du ciel et des astres, et que de là plusieurs choses 
dérivent 41 

Chapitre Quinzième. — Que tous les simples soient 
cueillis en leur temps, et préparés et appliqués de 
même 47 

Chapitre Seizième. — Que les régions et lieux où nais- 
sent les simples doivent être considérés 48 

Chapitre Dix-septième. — De certaines propriétés des 
lieux et des fontaines qui peuvent servir à notre 
œuvre 51 

Chapitre Dix-huitième. — Comment on doit mêler el 
composer les simples, et les incorporer dans nos mé- 
langes 54 

Chapitre Dix-neuvième. — Comme on doit rechercher el 

observer le poids dans chaque mixture 56 

Chapitre Vingtième. — Des préparations des simples. . 58 



LIVItE DEUXIÈME 

Chapitre Premier. — Comment nous pouvons faire pro- 
duire des fruits hâtifs et tardifs 60 

Quand on veut faire naître et avoir des 
fruits avant la saison 61 

Pour avoir des concombres et des courges 
fort mûres 62 

Pour produire des grappes de raisin au 
printemps 62 

Pour avoir des fruits et des fleurs précoces. . 64 

Pour faire en bien peu de temps croître du 
persil 64 



»ABLE DES MATIÈRES ;i07 

Pour produire des concombres en très peu de 
^emps g5 

Pour rendre les concombres et autres fruits 
tardifs gg 

Chapitre Deuxième. — Comment on peut faire des fruits 

composés de diverses espèces gg 

Manière de faire une pomme d'une pêche el 
d'une pêche, noix ^q 

Pour faire qu'une vigne donne des grappes 
blanches et des raisins noirs -j 

Pour faire des pêches-amandes 73 

Comment la figue peut se faire également 
blanche et noire -,3 

Chapitre Troisième. — Comment un fruit peut venir 

sans écorce et sans peau, et sans noyau 74 

Pour faire qu'une grappe de raisin n'ait 

point de pépins ^^ 

Pour faire venir une pêche sans noyau 75 

Pour faire venir la courte sans semence 76 

Pour faire naître une noix tendrelet te et sans 

coquille ™- 

Pour faire que le myrte produise ses grains 

sans petits noyaux «g 

Chapitre Quatrième. — Comment on pourra faire que les 
fruits soient plus doux, plus odoriférants et plus 
grands -^ 

Pour faire que les amandes et les citrons de- 
viennent doux gQ 

Pour faire que les grenades soient douces 81 

Pour rendre les fleurs des fruits plus suaves 

et plus odoriférantes gl 

Pour augmenter toute espèce de fruits 83 

Pour faire naître une laitue abondante en 
plusieurs semences g^ 

Pour faire que les artichaux n'aient point 
d'épines g^ 

Chapitre Cinquième. —Comment les fruits, en croissant, 

pourront prendre toutes figures et impressions .' 86 

Pour imprimer des traits ou linéaments aux 



pommes 



87 



308 TABLE DES MATIÈRES 

Pour faire que les amandes naissent écrites. . 88 
Comment nous pourrons former une man- 
dragore, j'entends celle qui est feinte, — et se 
vend souvent par les femmelettes, — imposteurs 
et bateleurs 88 

Chapitre Sixième. — Comment les fleurs el les fruits ré- 
ciproquemeut quitteront leurs couleurs, pour en 

prendre de nouvelles 89 

Pour faire que les roses et les jasmins pren- 
nent une couleur jaune 90 

Pour faire que la fleur de l'œillet ou giroflée, 

devienne perse 90 

Pour faire la rose verte, jaune ou perse 91 

Pour faire que les lys rougissent 92 

Pour faire que par la greffe, les pommes de- 
viennent rouges 93 

Chapitre Septième. — De divers fruits et de vins mélan- 
gés et médicinaux 94 

Pour faire la vigne laxative 95 

Pour avoir des figues, dont l'absorption lâ- 
chera le ventre, et qui produiront un autre effet 

que leur effet naturel 96 

Pour avoir des prunes purgatives et endor- 
mantes 97 

Chapitre Huitième. — De la manière de conserver les 

fleurs et les fruits 97 

Comment les roses et les lys pourront con- 
server leur vigueur 98 

Pour faire que les pommes demeurent long- 
temps en vigueur 99 

Pour faire que les pommes demeurent long- 
temps sur l'arbre 101 

Pour garder les sorbes et les poires 101 

Pour garder des raisins et des grenades 101 

Pour faire que la grappe de raisin se garde 
longtemps sur la vigne, selon l'enseignement de 
Béritius 102 

Comment nous pourrons tuer les arbres si 

nous le voulons 102 

Chapitre Neuvième. — La manière de préparer divers 

artifices de feu 104 



TABLE DES MATIÈRES 309 

Des bois qui, frottés l'un contre l'autre, pro- 
duisent le feu 105 

La pierre qui, à l'aide de quelque chose d'hu- 
mide, excite et engendre le feu 106 

Une autre manière d'arriver au même résul- 
tat 106 

Le même résultat peut encore s'obtenir 

d'une autre manière 107 

Chapitre Dixième. — Diverses compositions du feu. . . . 108 

Le mélange du feu qui brûlera sous l'eau .... 108 

Un composé igné que le soleil peut allumer. . 109 

Pour faire du feu que l'huile éteindra et que 
l'eau allumera 110 

Pour faire des torches que le vent ne peut 
éteindre 111 

Pour faire que l'eau ardente s'allume faci- 
lement 111 

Pour darder de loin une flamme 112 

Pour garder qu'une chose ne soit de feu 112 

Pour être vu tout en feu et brûlant 113 

Pour faire de la poudre à canon, opérant 

chose merveilleuse dans les canons 113 

Chapitre Onzième. — Comment on pourra faire une li- 
queur, reluisant dans les ténèbres 114 

Exemple 115 

Chapitre Douzième. — Plusieurs expériences de lettres 

et divers secrets d'écriture 116 

Pour lire les lettres qui ne se peuvent lire 
qu'en les interposant au devant de la lumière. ... 117 

Pour faire que les lettres blanchissent sur un 
papier, ou sur un autre exemplaire noir 117 

Pour faire que les lettres cachées soient vues 
et que celles qui sont visibles, soient cachées 118 

Pour former des lettres en cuir et chair sur le 
membre que vous voudrez et qui ne pourront 
s'effacer 118 

Pour faire des lettres qui soudain apparais- 
sent en quelque lieu que ce soit 119 

Pour rendre les lettres visibles par le feu et 
dans l'eau 119 

Pour imprimer des lettres sur un œuf selon 
l'enseignement d'Africain 120 



310 TABLE DES MATIERES 

Comme les lettres en certains jours se dessè- 
chent et s'évanouissent 121 

Pour nettoyer les macules, taches ou les let- 
tres 122 

Chapitre Treiiième. — Des convives el des viandes 

délicieusement apprêtées 122 

Pour empêcher qu'un personnage, assis dans 

un banquet ne s'enivre 123 

Comment on peut faire perdre l'amour du 

vin aux ivrognes 126 

Pour savoir si l'on a mis de l'eau dans le vin . 127 

Moyen de séparer l'eau du vin 127 

Pour rendre le vin diversement odoriférant . . 128 
Pour rendre l'eau salée potable et agréable à 

boire 128 

Pour faire qu'on puisse voir un oison vif et 

cuit 129 

Pour faire qu'au même instant une lamproie 

semble être frite, bouillie et rôtie 130 

Pour avoir des œufs qui surpassent en gran- 
deur la tête d'un homme 130 

Chapitre Quatorzième. — De quelques expériences mé- 
caniques. 

Pour faire un dragon volant ou comète 131 

Pour faire en sorte qu'un œuf monte en l'air. 132 
Comment on pourra mettre une chandelle 

ardente sous l'eau 132 

Pour faire qu'un vase mis à bouchon dans 
l'eau, la puise 132 

Chapitre Quinzième. — Des autours el mignardises des 

femmes 133 

La manière de teindre les cheveux de cou- 
leur blonde, ou jaune, noire, dorée, ou telle autre 
couleur qu'il vous plaira 133 

Remède par lequel les endroits chargés de 
poils se pèleront incontinent et les parties ainsi 
traitées demeureront longtemps sans poils 134 

Si vous voulez que le poil naisse avant le 
temps 135 

Si vous voulez changer la couleur des yeux 
aux enfants 136 



TABLE DES MATIÈRES 31 1 

Comment vous pourrez nettoyer et effacer les 
meurtrissures des joues, et principalement des 
femmes, lorsqu'elles ont leur flux (leurs mens- 
trues) 136 

Autre manière de se nettoyer des dames, 
lesquelles font resplendir, embellir et polir lès 
faces 136 

Pour donner une couleur vermeille à la face . 137 

Eaux pour farder et embellir la face 137 

Pour ôter les ordures blanches de la face qui 
sont comme des peaux mortes 138 

De quelques poudres pour frotter et blan- 
chir les dents 138 

Pour faire en sorte que les tétons ne croissent 139 

Pour que les rides du ventre de la femme dis- 
paraissent après les couches 140 

Pour faire pâlir une face fardée ou connaître 
si elle Test 141 

Une eau tachant et noircissant la face 141 

Chapitre Seizième. — ■ Premièremenl, pour combattre 

vaillamment dans le camp de Vénus 142 

Pour rafraîchir le désir de luxure 144 

Chapitre Dix-septième. — Des mèches de lampes ou 
chandelles, et des illusions qu'elles produisent et 
comme on pourra faire que les hommes seront vus 
avoir des têtes de chevaux ou d'autres animaux. . . . 146 

Comme on pourra voir une chambre colorée. 146 

Pour voir une maison argentée et lumineuse . 147 

Pour faire en sorte qu'une face apparaisse 
maigre et pâle 148 

Pour faire que les assistants d'une société 
sembleront n'avoir point de têtes 149 

Pour faire que les hommes vous apparaissent 
avec des têtes de chevaux ou d'ânes 149 

Pour faire voir une chambre pleine de grap- 
pes de raisins 150 

Chapitre Dix-huitième. — De plusieurs expériences in- 
téressantes à propos de lampes 151 

Pour faire qu'une personne, allumant une 
lampe, s'effraye et ait très peur 151 

Pour faire que les raines ou grenouilles ne 
crient pas la nuit 152 



312 TABLE DES MATIÈRES 

On peut faire une mèche qui brûlera la main 
qui réteindra et s'éteindra en la main étendue. . . 153 

On peut de la même manière faire une lu- 
mière à l'aide de laquelle il semble que les astres 
errent et se meuvent 153 

D'une autre lumière par laquelle les hommes 
sembleront des géants 153 

Chapitre Dix-neuvième. — De Varl el de la manière 

dont on peut se préserver des poisons 155 

Comment ceux qui veulent faire une plaie 
grave par un attouchement soudain, peuvent le 
faire 156 

Le souverain remède contre un tel mal 157 

Pour rendre un homme ladre 157 

Remède convenable et salutaire contre la 
ladrerie 1 58 

Comment on peut faire devenir une personne 
insensée 159 

Pour causer une fièvre éthique après une 
longue maladie 160 

Pour faire arriver la mort au moyen de fer- 
mentation ou de parfum 161 

Chapitre Vingt-et-unième. — Des médicaments endor- 
mants 164 

Moyen par lequel on pourra provoquer le 

sommeil 165 

Pour faire une pomme endormante 166 

Chapitre Vingt-deuxième. — De plusieurs expériences 
admirables, dont on ne peut pas, à la vérité con- 
naître les causes 166 

Pour restreindre l'urine d'une femme qui 
peut de la sorte garder son eau 167 

Pour faire que ceux qui sont assis dans un 
banquet, ne mangent point 168 

Pour faire qu'un boulanger ne pourra mettre 
son pain au four 168 

Lier ensemble les hommes et les femmes de 
sorte qu'ils ne pourront se joindre charnellement . 169 

Pour faire que les femmes se réjouissent. . . . 169 

Comment on pourra faire que les chiens 
n'aboyeront plu? 169 



TABLE DES MATIÈRES 313 

Pour chasser les grêles et les tempêtes im- 
minentes 170 

Pour faire que les hommes se travaillent bien 
par sauter sans cesse, ou par rire, pleurer, chanter, 
et autres passions et affections humaines 171 

Pour faire péter les génitoires à un homme 
rompu et grevé 172 

Comment on pourra éprouver si une femme 

est chaste 1 "72 

Chapitre Vingt-deaxième. — La manière de connaître si 
une fille est chaste ou si elle a été souillée par des 
embrassements ou si vraiment elle a fait des enfants, 176 

Pour faire que de son bon gré une femme 
raconte en dormant ce qu'elle aura f lit 177 

Chapitre Vingt-troisième. — Comme on pourra avoir 
des enfants, ou des petits beaux et diversement colo- 
rés 178 

Comment on peut avoir des paons ou des 
poulets blancs 180 

Pour faire que les femmes engendrent de 
beaux enfants 1^0 

Chapitre Vingt-quatrième. — Comment les monstres 

naissent et de la vertu admirable de la putréfaction . 182 

Comment on pourra faire qu'un coq naisse 
avec quatre ailes et quatre pattes 183 

Pour faire engendrer un animal mêlé de 
plusieurs espèces 1 84 

Pour avoir une couvée d'œufs sans poule .... 186 

Pour faire engendrer un animal en enveni- 
mant les personnes de son regard, comme si 
c'était un basilic, ou le serpent appelé Catoblepas. 187 

Que les cheveux d'une femme qui a ses 
fleurs, lorsqu'ils sont cachés pendant un court 
temps dans du fumier, se convertiront en serpents 

ou vermisseaux 188 

Chapitre Vlngt-elnqulème. — De la lyre, de la harpe et 

de plusieurs de leurs propriétés 191 

D'une lyre apte à provoquer le sommeil 194 

Une lyre qui, touchée, émouvra et fera ré- 
sonner du même ton une autre, gisant à terre, 
sans être fredonnée par un artifice de main 196 



314 TABLE DES MATIÈRES 

Si VOUS voulez qu'un sourd puisse entendre 
le son de la lyre 196 

Pour faire que les lyres, cistres et autres 
instruments soient touchés et résonnent par le 

vent 197 

Chapitre Vingt-sixième. — Comment on peut arriver à 
avoir des songes clairs et joyeux, obscurs ou terri- 
fiants 197 

Le moyen assuré d'exciter des songes agréa- 
bles 199 

Pour rendre des songes obscurs et tumul- 
tueux 199 

Pour produire les mêmes résultats à l'aide de 

parfums et autrement encore 200 

Chapitre Vingt-septième. — Comment V amour se peut 
engendrer et des choses qui retiennent la vertu du 

médicament amoureux 203 

Chapitre Vingt- huitième. — Des charmes et ensorcelle- 
ments, ou comme on peut-être empêtré par eux et de 
leurs préservatifs 208 

Le moyen d'enlacer les femmes aux lacs 
d'amour 215 

Les remèdes préservatifs ou secourables con- 
tre ce mal 217 



LIVRE TROISIÈME 

Chapitre Pre mier. — Des extradions de Veau et de V huile 
et de plusieurs opérations qui entrent communément 

dans ce travail 220 

Comment on pourra faire de l'huile de talc . . 222 
Pour extraire de l'huile ou de l'eau du soufre . 223 

Pour tirer l'huile des œufs 224 

Par quel moyen on peut tirer l'eau de l'ar- 
gent vif 224 

Chapitre Deuxième. — De Va/finemenl ou sublimation, 
calcination ou réduction en chaux, el autres choses 

nécessaires à cet effet 225 

Comment nous devons affiner ou sublimer. . 225 



TABLE DES MATIÈRES 315 

Pour cultiver ou tourner le vif argent en 

chaux ou en quelqu'autre métal 224 

Pour faire tourner le plomb ou étain en chaux 228 

La manière de cuire l'airain 229 

Pour tirer le vif argent du plomb 230 

Le sel de lie ou tartre, et que vulgaireme^nt 
on appelle cendres gravelées, se fait aussi de la 

sorte 230 

Pour tirer l'esprit de l'étain 231 

Pour extraire l'esprit de l'antimoine 232 

Chapitre Troisième. — Comme la qualité frangible est 

ôlée et réduite en corps, el la couleur Urée en peau . . . 232 

Comment on pourra tirer en peau l'or, le plus 
noble de tous les métaux 233 

Chapitre Quatrième. — Comment on peut rendre tout 

métal plus pesant que son poids naturel 235 

Pour faire que l'or croisse et augmente beau- 
coup 236 

Si vous voulez que l'un et l'autre froisse, 
voici une très bonne recette 236 

Comment l'or et l'argent se pourront dimi- 
nuer, sans endommager la forme ou gravure 238 

Chapitre Cinquième. — De Voir el des médicaments de 

Voir, du premier ordre 239 

Autre exemple pour faire blanchir l'airain . . . 240 

Pour obtenir le même résultat par un autre 
moyen 241 

Pour rendre l'airain ou le cuivre argentin . . . 242 
Chapitre Sixième. — Du fer el des médecines de fer, pre- 
mier ordre 243 

Pour teindre le fer et lui donner couleur d'or. 244 

Pour transmuer le fer en airain, de sorte 
qu'il n'y reste plus rien de la nature du fer 244 

Chapitre Septième. — Du plomb et des médecines du 

plomb du premier ordre 245 

Chapitre Huitième. — De V étain et des médecines de 

premier ordre 247 

Le moyen d'ôter le cressinement ou surdité 

du son, et la mollesse 248 

Pour ôter la surdité de l'étain 248 

On peut transformer l'étain en plomb 249 



316 TABLE DES MATIÈRES 

Chapitre Neuvième. — De Vor et de V argent el des mé- 
decines de premier ordre 250 

Pour teindre l'argent en or 250 

Chapitre dixième. — Du vif argent et des médecines du 

premier ordre 251 

Manière de congeler l'argent vif avec odeur 

de métaux et principalement du plomb 251 

On fait encore une autre congélation d'argent 

vif, avec une salade de fer ou un plat 252 

Manière de teindre ce même argent vif con- 
gelé en couleur noire 253 

Congeler l'argent vif avec poids d'airain 253 

Congélation d'argent vif faite avec de l'huile . 254 
La fixation de l'argent vif congelé 255 

Chapitre Onzième. — Des médecines de second ordre. . . 256 
Comment on pourra teindre l'argent en or. . . 256 

Chapitre Douzième. — Des médecines de troisième ordre 258 
Comment on pourra rendre le cinnabre ou 

vermillon fixe 258 

Du combat de Phœbus et de Python 260 

Comment on pourra donner diverses formes 
au corail, et de plusieurs fragments faire une seule 
pièce 261 

Chapitre Treizième. — On peut rétablir plusieurs perles 

rompues en une, el en former un seul globe 263 

Chapitre Quatorzième. — Des opérations du cristal et du 
verre, dont on se sert pour falsifier les pierres pré- 
cieuses 266 

Comment'on pourra faire fondre le cristal. . . 266 
Pour faire un verre artificiel pour falsifier les 
pierres précieuses 267 

Chapitre Quinzième. — Comment on peut falsifier les 

pierres précieuses de diverses manières 268 

Le rubis ou escarboucle 268 

L'ambre 269 

Pour faire les pierres précieuses artificielles . . 269 

Pour transform.er un saphir en diamant 270 

Une pierre précieuse appelée Sardonic ou 
Sardoine et par d'aucuns Camayeu. qui doit 

blanche en une autre^pierre qui l'imite 270 



STABLE DES MATIÈRES 317 

De certaines compositions de pierres pré- 
cieuses ^71 

Comment faire la pierre précieuse appelée 
le^diamant 27 1 

Comment faire la pierre précieuse appelée 
émeraude • • • • ^7 1 

Pour faire la pierre précieuse appelée saphir. 272 

Pour faire cette espèce d'escarboucle que 
nous appelons rubis, et d'autres pierres plus obs- 
cures que nous nommons grenat 272 

Pour faire la pierre précieuse appelée topaze . 273 

Pour faire la pierre précieuse appelée cry- 
solite 273 

Pour former cette espèce d'émeraude qui 
s'appelle Prasius 273 

De cette manière aussi vous ferez la calci- 
doine 274 

Pour former la pierre précieuse appelée tur- 
quoise 274 

Pour faire la pierre qu'on^appelle smaltu«, 
blanche 274 



LIVRE QUATRIÈME 



Chapitre Premier. — Comment Von pourra, de jour, 

voir les étoiles 275 

Comment dans les ténèbres vous pouvez 
voir avec leurs propres couleurs, les choses qui 

par dehors sont frappées du soleil 278 

Comment on pourra voir toute chose avec sa 
propre couleur 279 

Chapitre Deuxième. — Comment on pourra voir Varc 

du ciel 280 

Chapitre Troisième. — Comment on pourra voir des 

choses multipliées 282 

Chapitre Quatrième. — Comment de plusieurs miroirs 
pleins on pourra faire un miroir auquel, en même 
temps, apparaîtront plusieurs effigies 283 



318 TABLE DES MATIÈRES 

Chapitre Cinquième. — Comment on pourra composer 
un miroir à l'aide duquel on pourra voir beaucoup 
de choses au même instant 284 

Chapitre Sixième. — Comment des miroirs pleins on 
pourra en composer un où Von verra au même ins- 
tant qu'une personne viendra eî une autre s'en ira . . 285 

Chapitre Septième. — Des imaginations et opérations 

des miroirs concaves 285 

Comment on allumera du fer avec une fiole 
pleine d'eau 287 

Le feu peut être encore allumé par le cristal 
rond ou par une petite sphère ronde ou un bassin 
rond 287 

Chapitre Huitième. — Comment il se peut faire que 

r image se révèle en dehors en un miroir concave .... 288 

Chapitre Neuvième. — Des liaisons physiques on natu- 
relles 289 

Chapitre Dixième. — Des- vertus des pierres précieuses 

et de leurs images 292 

Chapitre Onzième. — Des vertus des pierres 294 

Chapitre Douzième. — Des nuages du ciel et des planètes 298 
Chapitre Treizième. — Quelles images on doit graver sur 

les pierres ou les pierres précieuses 299 

Chapitre Quatorzième. — Quelles choses on doit élire 

nécessairement pour tailler les pierres 301 



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