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Full text of "La politique et les partis. Comment voter? Discours prononcé a l'Arena le 9 septembre 1926"

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Henri  Bourassa 


Directeur  du  Devoir 


La  Politique 
et  les  Partis 


Comment  voter? 


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B697 
1925 


scours 

é  à  l'Arena 

embre  1926 


LE  I>E\  OIR 


Le  Devoir  est  le  journal  des  gens 
qui  pensent. 


Le  Devoir  est  le  donneur  de  mots 
d'ordre,  l'excitateur  d'énergie. 

Répandre  le  Devoir  c'est  aider  au 
développement  de  toutes  nos  res- 
sources nationales. 

Lire  le  Devoir  c'est  ap(prendre  à 
être  patriote,  mais  un  patriote  qui 
comprend  le  sens  véritable  du 
patriotisme  et  qui  pratique  ce  qu'il 
comprend. 

Il    est    facile    d'aider    le    Devoir, 

En  le  lisant 

En  le  faisant  lire 
En   versant  des   abonnements   de 

propagande 

Et  aussi  en  le  favorisant  et  en  le 
faisant  favoriser  par  ceux  sur  qui  on 
exerce  une  influence,  un  ascendant 
ou  une  autorité  quelconque. 

LE  DEVOIR 

Henbi  Boukassa  Geobobs  PKLLrmi 

Diretteur  Âdminiitraleur 

336,-340,    rue    Notre-Dame    est, 
Montréal 

L'abonnement  au  Devoir  est  de 
$6.00  par  année;  pour  l'édition  heb- 
domadaire, $2.00  par  année.  Spé- 
cimens sur  demande. 


Henri  Bourassd 


Directeur  du  Devoir 


La  Politique 
et  les  Partis 


Comment  voter? 


Discours 

prononcé  à  TÂrena 

le  9  septembre  1926 


La  Politique  et  les  Partis 


Comment  voter? 

Monsieur  le  Président, 

Mesdames,  Messieurs, 

Avanl  d'aborder  les  principaux 
problèmes  qui  s'imposent  à  l'atten- 
tion du  peuple  canadien,  qu'il  me 
soit  permis  d'exprimer  brièvement 
ma  vive  reconnaissance  et  celle  de 
mes  dévoués  collaborateurs  à  tous 
ceux  qui  ont  contribué,  de  près  ou 
de  loin,  à  l'organisation  et  au  succès 
de  cette  assemblée.  Tous  ensemble, 
nous  plantons  ce  soir  le  jalon  d'une 
nouvelle  étape  dans  la  marche  as- 
cendante de  l'idée  lancée,  il  y  aura 
bientôt  trente  ans,  pour  la  défense 
du  patrimoine  moral  et  matériel  de 
la  nation  canadienne,  pour  l'union 
féconde  et  durable  de  tous  ses  en- 
fants dans  un  commun  attachement 
a  la  patrie  canadienne,  l'unique  pa- 
trie de  tous  les  vrais  Canadiens. 

Honneur  et  merci  aux  nationalis- 
tes de  la  première  heure,  —  et  de  la 
dernière  —  aux  nationaJistes  intel- 
ligents et  constants,  qui  ont  compris 
n.nspiration  première  de  ce  mouve- 
ment et  qui  sont  restés  fidèles  à  sa 
pensée  véritable  et  constante,  aussi 
éloignée  du  chauvinisme  de  race  et 
de  la  haine  des  peuples  étrangers 
que  de  l'impérialisme  orgueilleux  et 
cupide  contre  lequel  nous  luttons 
depuis  un  quart  de  siècle. 

Honneur  et  merci  aux  libéraux  et 
aux  conservateurs  honnêtes,  que 
l'esprit  de  parti  n'aveugle  pas  au 
point  de  leur  faire  méconnaître  la 
force  de  reconstruction  sociale  que 
renferme  le  nationalisme  tel  que 
nous  le  comprenons,  tel  que  nous 
nous  efforçons  de  le  vulgariser  et 
de  le  pratiquer.  Ceux-là  se  rendent 
compte  que  tous  les  partis  ont  à  ga- 
gner dans  le  succès  des  idées  et  des 
réformes  que  nous  préconisons. 

Quant  aux  partisans  étroits,  aveu- 
gles et  rageurs,  leur  haine     s'expli- 


que.  Ils  sentent  d'instinct,  même 
s'ils  ne  comprennent  pas,  que  tous 
les  gains  de  l'idée  nationale  repré- 
sentent des  pertes  pour  l'esprit  de 
coterie  dont  ils  vivent  et  profitent 
et  qui  a  fait  tant  de  mal  à  la  nation. 
Leurs  vitupérations  constituent  un 
témoignage  involontaire  mais  d'au- 
tant plus  éloquent  en  faveur  de  no- 
tre oeuvre.  Il  faut  leur  en  sa- 
voir gré. 

Les  services  de  la  "Patrie' 

Nous  manquerions  à  toutes  les 
règles  de  l'équité  si  nous  n'expri- 
mions notre  gratitude  toute  particu- 
lière envers  la  Patrie  —  la  foule 
conspue  le  nom  de  la  Patrie.  M. 
Bourassa:  "Pardon,  Messieurs,  vous 
ne  répondez  pas  à  ma  pensée  —  car 
la  Patrie,  ses  bailleurs  de  fonds  et 
son  "roulant"  —  comme  l'appelle 
notre  ami  Pelletier  —  ont 
droit  à  toute  notre  gratitude 
pour  les  services  signalés  qu'ils 
nous  rendent  de  ce  temps-ci: 
—  au  Devoir,  dont  ils  font  croî- 
tre chaque  jour  le  tirage;  à  la  cause 
nationaliste,  dont  la  splendeur 
s'éclaire  au  contraste  des  acres  fu- 
mées de  l'égout  par  où  s'écoule  la 
prose  des  scribes  gagés  du  sénaleun. 
Lespérancc;  à  moi-même,  à  qui  ce 
flot  d'injures  vaut  l'adhésion  de  plu- 
sieurs conservateurs,  en'durcis  mais 
propres,  qui  veulent  préserver  la 
semelle  de  leurs  chaussures  du  ruis- 
seau où  le  nouvel  organe  tory-i)ro- 
tectionniste-meigheniste-patenaudis- 
te-espérantiste  menace  de  noyer 
dans  la  fange  tous  ceux  qui  se  lais- 
seraient entraîner  dans  son  sillage. 
Grâce  aux  bons  offices  de  ces  vi- 
dangeurs de  la  presse  montréalaise, 
le  candidat  officiel  du  parti  conser- 
vateur et  le  candidat  de  jirédilec- 
tion  du  sénateur  L('si)érance.  dans 
le  comté  de  Labelle.  perdront  tous 
deux  leur  dépôt,  marcli  prochain. 

.Te  laisse  aux  libéraux  le  soin 
d'exijrimer  leur  reconnaissance  à 
ces  nu'ssieurs  —  restons  jiolis  — 
qui,  acharnés  contre  moi,  oublient 
de   combattre     les     soixante-<iuatre 


—  3  — 

candidats  de  M.  King  dans  le  reste 
de  la  province. 

Peut-être  en  est-il,  parmi  vous  et 
parmi  les  honnêtes  gens  de  toute 
opinion,  dans  la  province,  qui 
prennent  plus  à  coeur  que  moi  ce 
dévergondage  d'injures  grossières 
et  de  calomnies  effrontées.  C'est 
qu'ils  n'ont  ])as  sondé  comme  moi, 
depuis  i)his  d'un  quart  de  siècle,  la 
profondeur  de  la  bassesse  de  certai- 
nes âmes  et  la  vilenie  de  certaines 
intelligences  —  si  âme  et  intelligen- 
ce il  y  a.  A  ceux-là,  je  me  permets 
■de  donner  un  conseil:  ne  vous  en 
prenez  i)as  aux  misérables  scribes, 
aux  manouvriers  à  tout  faire,  dont 
la  plume  et  l'encre  expriment  tout 
animalement  les  ignominies  que 
leur  dictent  ceux  qui  les  payent.  Si 
vous  voulez  demander  des  comptes, 
demandez-les  à  ceux  qui  sont  res- 
ponsables de  ces  tactiques  et  qui  en 
profitent:  à  M.  Patenaude  et  ses  can- 
didats, et  non  pas  aux  humbles  ou- 
vriers, fussent-ils  bibliothécaires 
de  Saint-.Sulpice.  qui,  i)our  le  pico- 
tin d'avoine  qu'on  leur  sert  font 
n'im)K)rte  ([uelle  sale  besogne. 
Le  Devoir  a  déjà  posé  la  ques- 
tion, je  la  répète  ce  soir, 
pour  la  satisfaction  des  honnêtes 
gens:  M.  Patenaude  et  ses  candidats 
prennent-ils  à  leur  comi)te  la  cam- 
pagne de  la  Patrie?  L'apijrouveni- 
ils?  Si  le  désaveu  ne  vient  pas, 
clair  et  net,  d'ici  le  14  septembre, 
vous  saurez  tous  à  quoi  vous  en 
tenir  sur  la  grandeur  ■d'âme,  la  no- 
blesse de  pensée  et  la  rectitude 
d'intention  du  nouvel  acolyte  de 
M.  Meighen  et  de  ses  candidats  dans 
la   province  de  Québec. 

Abordons  maintenant,  en  termes 
forcément  succincts,  les  questions 
soumises  au  corps  électoral. 

Le  tarif  —  Vraie  el  fausse 
protection 

D'abord,  le  tarif.  Les  hommes 
"graves"  ...  et  les  farceurs  m'accu- 
sent volontiers  de  ne  pas  prendre 
cette  question  au     sérieux.     Enten- 


dons-nous.  En  théorie,  le  libre- 
échange  m'a  toujours  apparu  com- 
me la  doctrine  économique  la  plus 
rationnelle,  la  seule  vraie.  Mais,  vu 
les  conditions  actuelles  du  monde 
et  la  situation  particulière  du  Cana- 
da, elle  est  inapplicable.  Voisins  du 
pays  le  plus  intensément  productif 
et  protectionniste  du  monde,  il  nous 
faut  nécessairement  maintenir  un 
tarif  douanier  qui  protège  nos  in- 
dustries naturelles  contre  la  con- 
currence écrasante  des  industries 
similaires  des  Etats-Unis.  Il  est 
juste  et  nécessaire  de  protéger 
les  industries  qui  mettent  en  valeur 
les  produits  naturels  du  sol  cana- 
dien, le  capital  placé  dans  ces  en- 
treprises et  la  main-d'oeuvre  cana- 
dienne qui  les  met  en  valeur.  Mais 
j'ai  toujours  dénoncé  et  je  dénonce 
plus  fortement  que  jamais  le  régime 
abusif  qui  permet  à  d'effrontés  spé- 
culateurs de  créer  des  industries 
tout  artificielles,  de  les  surcapitali- 
ser sans  restriction  et  d'exploiter  la 
masse  des  consommateurs  en  leur 
vendant  une  foule  d'objets  nécessai- 
res ou  utiles  à  des  prix  surélevés, 
grâce  à  l'opération  d'une  politique 
si  faussement  appelée  nationale. 
Telle  était  ma  doctrine  économique 
quand  je  suis  entré  au  Parlement,  il 
y  a  plus  de  trente  années;  telle  elle 
est  aujourd'hui,  fortifiée  par  une 
longue  expérience,  par  l'observa- 
tion des  mouvements  économiques 
du  monde  et  par  une  étude  aussi 
attentive  de  ces  problèmes  qu'en  a 
pu  faire  un  homme  réputé  "pas  pra- 
tique" —  entendez  un  homme  qui 
ne  veut  pas  vivre  aux  dépens  d'au- 
trui  ni  se  faire  le  complice  des  vam- 
pires qui  s'engraissent  aux  dépens 
de  tout  le  monde. 

C'est  ])ourquoI  je  n'admets  pas 
la  protection  telle  que  préconisée 
I)ar  MM.  Meighen  et  Patenaude. 
(Ap|)l.) 

Quant  à  l'attitude  i\os  deux  grands 
partis  eu  ces  matières,  comment 
pourrions-nous  la  prendre  au  sé- 
rieux? Vin  juin  1«S()().  le  parti  libéral 
s'est  emparé  du  pouvoir  en  dénon- 
çant  la   protection   comme   un   "voi 


—  5  — 

organisé".  Une  fois  en  office,  les 
libéraux  ont  maintenu  presque  in- 
tact le  tarif  établi  par  les  conserva- 
teurs. L'an  dernier  encore,  meig- 
henistes  et  patenaudistes,  ceux-ci 
tout  particulièrement,  ont  loué  à 
l'infini  le  tarif  Fielding,  que  leurs 
prédécesseurs,  sous  la  direction  de 
sir  Charles  Tupper,  avaient  pour- 
tant dénoncé  de  toutes  leurs  forces. 
Le  suave  M.  Patenaude,  l'automne 
dernier,  découvrait  cette  merveille 
économique,  un  tarif  élevé,  comme 
solution  à  tous  nos  maux.  M.  Pate- 
naude est  jeune  encore.  Il  croit  ou 
fait  semblant  de  croire  aux  i)anacées. 
Depuis  189G,  les  deux  "grands" 
partis  ont  gouverné  tour  à  tour  le 
Canada  et  commandé  sa  politique 
tarifaire.  A  chaque  élection,  leurs 
candidats  respectifs,  leurs  parleurs 
publics  et  leurs  journalistes  sala- 
riés, exaltent  ou  dénoncent  la  pro- 
tection, les  uns  ])romettant  de  rele- 
ver le  tarif  jusqu'à  la  hauteur  de  la 
muraille  américaine,  les  autres,  de 
le  raser  jusqu'au  sol;  mais  une  fois 
les  élections  faites,  le  tarif  ne  chan- 
ge pas  ou  à  peu  près.  S'il  reste  en- 
core des  naïfs  pour  prendre  au  sé- 
rieux ces  creuses  déclamations,  je 
n'en  suis  pas  et  je  ne  crois  pas  être 
pour  cela  moins  "pratique". 

Préférence  anglaise  — 
Automobiles 

A  maintes  reprises,  j'ai  interrogé 
des  industriels  et  des  hommes  d'af- 
faires sérieux,  de  ceux  qui  font  sé- 
rieusement leurs  affaires  et  qui  ne 
s'en  servent  pas  pour  faire  de  la  po- 
litique. Leurs  seules  objections  por- 
tent sur  le  tarif  de  faveur  accordé 
aux  produits  britanniques.  Or,  cette 
préférence  anglaise,  que  nous 
avons  adoptée  i)our  prouver  aux 
Anglais  que  nous  les  aimons  plus 
qu'ils  nous  aiment  alors  que  nous 
ne  i)rouvions  (lu'une  chose  c'est 
que  nous  soninu-s  plus  bêtes  qu'eux, 
le  j)  a  r  t  i  conservateur,  après 
l'avoir  critiquée  dans  l'opposi- 
tion, n'y  a  pas  touché  du- 
rant les  dix  années  qu'il  a  exercé  le 


—  6  — 

pouvoir.  Encore  à  la  dernière  ses- 
sion, M.  Meighen  et  son  groupe  ont 
laissé  voter  le  budget  sans  proposer 
la  moindre  modification  à  cet 
égard.  Pourtant,  en  octobre,  M. 
Monty,  que  M.  Mei^en  a  depuis  dé- 
posé au  bord  du  fossé  sur  une  pelle 
fournie  par  M.  Patenaude,  avait 
prédit  que  les  conservateurs  fe- 
raient disparaître  la  préférence  bri- 
tannique. En  Chambre  ils  n'en  ont 
rien  fait.  Depuis  vingt-cinq  ans,  je 
reste  le  seul  homme  public  qui  n'ait 
cessé  de  réclamer,  à  la  Chambre  ou 
ailleurs,  la  révocation  de  la  préfé- 
rence anglaise  ou,  du  moins,  une 
modification  substantielle  qui  atté- 
nuerait le  tort  qu'elle  cause  à  quel- 
ques-unes de  nos  industries  natio- 
nales, notamment  à  celles  des 
chaussures  et  des  lainages.  Qu'on 
me  permette  donc  de  continuer  à 
rire  au  nez  des  politiciens  sans  ver- 
gogne qui  persistent  à  vouloir  per- 
suader au  bon  j)euple  que  l'existence 
de  la  nation  tient  à  des  change- 
ments de  tarif,  lesquels,  du  reste,  ne 
se  produisent  jamais. 

Mentionnerai-je  en  passant  la 
farce  montée  à  la  Chambre,  durant 
la  dernière  session,  à  propos  de  la 
réduction  des  droits  sur  les  auto- 
mobiles importés  des  Etats-Unis? 
La  prétendue  industrie  "nationale" 
de  l'automobile  se  compose  presque 
entièrement  d'aleliers  où  les  gran- 
des fabriques  américaines  font  ras- 
sembler les  i)ièces  fabriquées  aux 
Elats-l'nis  et  ex])orlées  en  franchise 
au  Canada,  l'ue  fois  la  voiture  mon- 
tée, elle  est  vendue  aux  Canadiens  à 
un  prix  qui  surpasse  celui  de  la 
même  voilure  américaine  de  l'exact 
montant  du  droit  prélevé  à  la  fron- 
tière. C'est  cet  abus  que  le  Parle- 
ment a  corrigé  en  partie,  grâce  au 
budget  pré|)aré  par  M.  l^obb.  un 
bon  petit  lù'ossais  (ai)|)I.).  M.  Meig- 
hen et  ses  acolytes  ont  |)salmodié 
toutes  les  lamentations  de  ,h''réiuie 
sur  ce  coup  mortel  porté  à  l'indus- 
trie nationale.  M.  Mobb  ne  s'est  pas 
laissé  attendrir.  Il  n'y  avait  pas  à 
s'émouvoir.  Les  usines  d'Oshawa 
ont  fermé  leurs  portes,  le  vendredi, 


—  7  — 

pour  les  rouvrir  le  lun-di  —  après 
un  i)ique-ni(iue  monstre  à  Ottawa; 
—  et  depuis,  le  commerce  des  autos 
continue  d'aller  mieux  que  jamais. 
Ce  n'est  sûrement  pas  cet  é|)isode 
grotesque  qui  nous  induira  à  écouter 
plus  sérieusement  les  tirades  i^ro- 
îcctionnistes  de  M.  Meighen,  de  M. 
Palenaude  et  de  leurs  perrocpiets  de 
tout  i)Iumage,  y  compris  ceux  du 
roulant   de  la  Patrie. 

L'impôt  et  la  famille 

Mais  il  est  un  autre  aspect  de  la 
question  qu'il  importe  de  signaler: 
c'est  l'asjject  social.  .Jusqu'ici,  en 
notre  i)ays,  on  a  toujours  envisagé 
ces  (piestions  du  seul  i)oinl  de  vue 
argent:  cai])ital,  dividendes,  salaires, 
etc.  On  a  méconnu  totalement  l'effet 
du  régime  écononiitpie  sur  la  vie 
sociale,  et  particulièrement  sur  la 
famille.  Les  iirotectionnistes  préten- 
dent que,  de  toutes  les  provinces  du 
Canada,  la  nôtre  est  la  plus  intéres- 
sée au  maintien  du  régime.  Si  l'on 
envisage  le  problème  au  i)oint  de 
vue  de  la  famille,  c'est  le  contraire 
qui  est  vrai.  De  toutes  les  provinces 
(lu  Canada,  le  Québec  est  celle  qui 
renferme  le  plus  grand  nombre  de 
familles  nombreuses.  Or,  les  taxes 
de  consommation  atteignent  iirinci- 
))a!ement  les  familles  nombreuses. 
C'est  donc  la  province  de  Québec 
qui  a  les  meilleures  raisons  de  s'op- 
poser à  un  tarif  douanier  qui  re- 
hausse le  i)rix  des  objets  de  con- 
sommation essentiels:  matières  ali- 
mentaires, vêtements,  outils  de  tra- 
vail, etc.,  —  que  cette  élévation  de 
jjrix  résulte  des  taxes  ]jrélevées  à  la 
frontière  sur  les  marcbaniiises  im- 
portées, ou  qu'elle  rei)résentc  le 
I)rofit  additionnel  encaissé  par  le 
fabricant  canadien,  grâce  à  la  taxe 
douanière.  Dans  tous  les  cas  où 
cette  prétendue  i)rotection  ne  con- 
tribue ])as  à  mettre  en  valeur  des 
matières  iiremières  tirées  du  sol  ca- 
nadien, elle  i)rotège  quelques  profi- 
teurs aux  dépens  de  la  masse  des 
consommateurs;  elle  opprime  sur- 
'.ou*   les  familles  nombreuses. 


Le  même  souci  au  sujet  des  pères 
de  familles  nombreuses  détermine 
mon  attitude  sur  tous  les  autres  im- 
pôts, notamment  l'impôt  sur  le  re- 
venu. Depuis  nombre  d'années  no- 
tre législation  fiscale,  s'inspirant  de 
celle  d'Angleterre  et  de  celle  de 
France,  se  fonde  pour  ainsi  dire  sur 
le  malthusianisme.  Le  législateur 
avait  établi  l'impôt  sur  le  revenu  en 
oubliant  qu'il  y  a  des  pères  de  fa- 
milles au  Canada.  Les  rédacteurs 
d'un  petit  journal,  dont  la  valetaille 
gagée  de  la  Patrie  n'est  pas  digne 
d'essuyer  les  bottes,  ont  été  les  pre- 
miers à  protester.  Et  ils  ont  fini  par 
obtenir  une  exemption  de  $200, 
plus  tard  portée  jusqu'à  §500,  pour 
chaque  enfant  dépendant;  la  mise 
sur  un  ])ied  d'égalité  des  époux  com- 
muns en  biens  et  des  époux  séparés 
de  biens. 

M.  Patenaude,  l'an  dernier,  com- 
me adversaire  et.  cette  année,  com- 
me allié  et  partenaire  de  Monsieur 
Meighen,  affirme  qu'une  pro- 
tection plus  élevée  empêcherait  nos 
gens  d'émigrer  aux  Etats-Unis.  C'est 
une  théorie  vieille  d'un  demi-siècle 
et  complètement  détruite  par  les 
faits,  yl.  Patenaude  va  puiser  dans 
les  vieilles  rengaines  libérales  d'il 
y  a  54  ans  pour  se  refaire  ur.e  vir- 
ginité on  ne  sait  trop  de  quelle  cou- 
leur. Les  mouvements  migratoires 
entre  le  Canada  et  les  Etats-Unis  se 
sont  produits  constamment,  avec 
plus  ou  moins  d'intensité,  en  raison 
de  circonstances  variables  mais 
toutes  étrangères  au  tarif  douanier. 
Par  contre,  il  serait  facile  de  dé- 
montrer que  le  régime  i)rotection- 
niste,  en  créant  des  industries  ar- 
tificielles, a  contribué  à  attirer  vers 
les  centres  urbains  des  milliers  de 
laboureurs  (pii.  une  fois  déracinés 
du  sol  natal,  sont  devenus  le  jouet 
des  courants  économi(iues,  passant 
d'une  ville  ou  d'une  province  à 
l'autre,  et  du  Canada  aux  Etats-Unis 
ou  inversement,  selon  les  aléas  du 
commerce  et  de  l'industrie.  ICt  clio- 
se  étrange  à  constater,  ceux  qui  se 
sont   enrichis  grâce  à   li    |i'otectio:i 


—  9  — 

sont  souvent  les  plus  empressés  à 
exporter  leurs  c;ii)itaux,  par  exem- 
ple l'homme  qui,  i^ràce  au  sïouvcr- 
nement  de  Québee,  est  en  train  «le 
posséder  la  ville  de  .Montréal,  sir 
Herbert  Holt.  Ce  sont  ces  mêmes 
farceurs,  gavés  de  notre  or  et  parés 
de  titres  achetés  parfois  à  la  Cou- 
ronne d'Angleterre,  qui  viennent 
nous  dire  d'acheter  des  i)roduits  ca- 
nadiens alors  qu'eux-mêmes  expor- 
tent les  capitaux  que  leur  procu- 
rent leurs  entrei)rises  un  peu  aux 
quatre  coins  du  monde,  aux  An- 
tilles, en  Europe,  en  Orient.  Que  M. 
Ilolf.  nota;nineiit.  fasse  le  bilan  de 
sa  fortune  el  l'on  verra  que  ce  cham- 
pion de  la  protection  a  placé 
la  plus  i*ran(ie  i)artie  de  sa  for- 
tune à  l'étranj^er.  Il  serait  donc 
plus  exact  de  dire  que  la  pro- 
tection a  été  la  cause  principale  de 
l'émigration  aux  Etats-Unis,  si  à 
cette  cause  vieille  de  cinquante  ans 
n'était  venue  s'ajouter  celle  beau- 
coup i)lus  grave  et  plus  intense  de 
la  guerre  et  de  ses  suites. 

Relations  impériales 

Aucun  de  mes  auditeurs,  ce  soir, 
ni  personne  au  Canada  ou  ailleurs, 
ne  s'étonnera  si  je  place  au  premier 
plan  de  nos  problèmes  nationaux, 
non  pas  la  conscription,  conséquen- 
ce logique  de  l'attitude  prise  dès  le 
début  de  la  guerre  par  les  conser- 
vateurs et  par  les  libéraux,  mais  la 
politique  qui  nous  a  entraînés  dans 
l'abîme  et  qui  nous  précipitera  dans 
la  prochaine  guerre,  plus  effroyable 
que  l'autre,  si  nous  ne  prenons  dès 
maintenant  les  soins  nécessaires 
pour  éviter  cette  catastrophe. 

Cette  politique,  vous  le  savez,  je 
la    combats    depuis    bientôt      trente 
ans,  sous  toutes  ses  formes  et  dans 
toutes  ses  manifestations:  ))articipa- 
tion  à  la  guerre  d'Afrique,  on  1899, 
alors    qu'il   s'agissait    d'une    injusti- 
ce  commise   envers   un   peuple   fai- 
ble, établissant  i)our  notre  pays  un 
précédent     dangereux;     projet     de 
marine,      "canadienne      en      temps 
de      paix,      impériale      en      temps 


—  io- 
de guerre",  selon  la  définition  de 
M.  Fielding,  en  1911;  contribution 
dite  d'urgence,  offerte  à  l'Angleter- 
re, en  1913,  par  le  minisitère  Bor- 
den  autrement  dit  l'aumône  du  Ca- 
nada à  son  banquier,  cette  pauvre 
Angleterre  qui  prêtait  alors  à  l'uni- 
vers et  particulièrement  à  tous  les 
gouvernements  canadiens,  fédéral, 
provinciaux  et  municipaux;  par- 
ticipation à  la  guerre  de  1914, 
sans  limite  d'efforts  ni  res- 
triction de  principes.  Au  cours  de 
cette  lutte,  nous  nous  sommes  trou- 
vés d'accord,  parfois  avec  des  con- 
servateurs contre  les  libéraux,  par- 
fois avec  des  libéraux  contre  les 
conservateurs.  Ce  fut  le  cas  en  1911 
et  en  1913.  Grâce  à  ces  concours  de 
passage,  à  la  constance  de  notre 
idée,  nous  avons  épargné  au  Ca- 
nada les  centaines  de  millions  qui 
se  seraient  engloutis  dans  l'une  ou 
l'autre  politique  navale.  En  1899  et 
en  1914,  nous  avons  tenu  tète  aux 
deux  partis.  Naturellement,  la  force 
du  nombre  l'a  emporté  sur  la  force 
du  droit  et  de  la  raison.  Mais  cette 
lutte  a-t-elle  été  stérile?  N'a-t-elle 
pas  préparé  le  réveil  du  sentiment 
national,  du  sens  des  responsabili- 
tés et  du  simple  instinct  de  conser- 
vation, qui  se  manifestent  aujour- 
d'hui? Cette  réaction  salutaire  ne 
demande  qu'à  se  raffermir  sous  une 
saine  direction  politique  pour  ra- 
mener le  Canada  dans  la  voie  nor- 
male de  ses  traditions  et  de  ses  espé- 
rances. 

Tout  au  long  de  cette  lutte,  nous 
avons  pris  i)our  guides  et  pour  mots 
d'ordre  les  iirincipes  solides  et  les 
maximes  éminemment  sages  des 
Pères  de  la  Confédération,  ("est  au 
nom  de  ces  principes  et  de  cette 
Ijolitique  véritablement  nationale 
que  nous  avons  dénoncé  toute  forme 
(le  i)articipation  aux  guerres  de 
l'Angleterre  étrangères  au  Canada. 
Kn  poursuivant  cette  lutte,  nous 
n'avons  pas  seulement  défendu  les 
droits  (le  la  nation  canadienne,  la 
seule  p{)liU<iue  propre  à  assurer  la 
paix  intérieure  et  extérieure  du  Ca- 


—  11  — 

nada,  la  seule  à  laquelle  puissent  se 
rallier  tous  les  éléments  hétérogènes 
qui  le  jieuplent:  nous  sommes  res- 
tés fidèles  aux  véritables  traditions 
britannicjues,  nous  avons  contre- 
carré les  desseins  et  les  Cintreprises 
les  plus  propres  à  rompre  trop  tôt 
les  liens  d'affection,  de  confiance 
ou  d'intérêt  mutuel  qui  unissent  le 
Canada  à  l'Angleterre.  En  combat- 
tant de  toutes  nos  forces  et  sur  tous 
les  terrains  le  nouvel  impérialisme 
anglais,  nous  avons  donc  tout  à  la 
fois  rempli  notre  devoir  de  Cana- 
diens et  de  sujets  britanniques. 

Et  en  cela  nous  n'avons  fait  que 
suivre  les  principes  établis  par 
MacDonald  et  Cartier  dont  les  con- 
servateurs d'aujourd'hui  se  récla- 
ment avec  d'autant  i)lus  de  bruit 
qu'ils  oublient  complètement  ces 
mêmes  principes. 

Dès  la  Confédération  Cartier  et 
MacDonald  posaient  en  principe 
que  le  Canada  ne  devait  pas  faire 
plus  que  défendre  son  territoire. 
En  1871  Cartier  disait  que  si  nous 
avions  eu  à  défendre  nos  frontiè- 
res contre  les  Féniens,  c'était  dû 
à  la  politique  irlandaise  de  l'Angle- 
terre et  que  celle-ci  aurait  dû  nous 
rembourser.  Elle  n'en  fit  jamais 
rien.  Tant  mieux  mais  de  notre  cô- 
té soyons  donc  assez  intelligents 
pour  garder  notre  argent. 

Un  peu  plus  tard  l'Angleterre 
subissait  un  affront.  Un  général 
anglais  était  massacré  au  Soudan. 
Pour  se  venger  l'Angleterre  fit  ap- 
j)el  au  Canada.  MacDonald  refusa 
de  contribuer  d'un  seul  homme  ou 
d'un  sou. 

Cinq  ans  après  sir  Charles  Tup- 
per,  successeur  de  MacDonald, 
après  un  court  interrègne,  décla- 
rait que  l'idée  de  faire  participer 
le  Canada  à  la  défense  de  l'Empire 
était  monstrueuse,  (|ue  c'était  la  ma- 
nière la  i)lus  sûre  de  hâter  la  rup- 
ture du  lien  britannique. 

Je  fais  donc  appel  à  tous  les  con- 
servateurs, non  les  conservateurs  de 


—  12  — 

piastres  et  d'écus  mais  les  conserva- 
teurs de  principes,  pour  qu'ils  lous 
aident  à  nous  défaire  des  hommes 
qui  battent  en  brèche  les  vieux 
principes  de  leur  parti. 

Saine   réaction 

Tous  les  pays  d'Empire  sont  au- 
jourd'hui en  pleine  réaction  contre 
la  politique  néfaste  et  criminelle 
inaugurée  par  Joseph  Chamberlain 
dans  la  conquête  brutale  des  petites 
républiques  hollandaises  de  l'Afri- 
que-Sud.  Par  tout  le  monde  britan- 
nique, l'on  commence  à  compren- 
dre que  le  plus  sûr  moyen  de  dé- 
truire l'Empire,  c'est  de  vouloir 
assujétir  les  jeunes  nations  autono- 
mes qui  en  font  partie  aux  entrepri- 
ses de  conquête  militaire  ou  com- 
merciale de  la  Grande-Bretagne. 
Partout  l'on  revient  aux  saines  no- 
tions pratiquées  sous  le  règne  glo- 
rieux de  Victoria;  on  comprend  que 
l'accord  ne  peut  subsister  entre  les 
divers  pays  qui  portent  à  la  couron- 
ne d'Angleiterre  la  môme  allégeance 
et  le  même  respect,  qu'à  la  condi- 
tion de  poursuivre,  chacun  dans  sa 
sphère,  la  mission  pacifique  et  fé- 
conde que  leur  tracent  le  génie  par- 
ticulier de  leur  peuple  et  les  condi- 
tions essentielles  de  leur  histoire  et 
de  leur  situation  géographique. 
Dans  ce  retour  à  la  vérité,  à  la  paix, 
à  la  justice  et  au  bon  sens,  reste- 
rons-nous en  arrière?  Accorderons- 
nous  notre  confiance  aux  hommes 
qui  ont  été  les  plus  ardents,  les  plus 
entêtés  à  nous  faire  boire  jusqu'à  la 
lie  le  calice  de  la  Grande  Guerre?  à 
ceux  qui,  en  1922,  étaient  i)rêts,  oui, 
prêts  (readi],  ayc,  readif)  à  nous 
saigner  de  nouveau  à  blanc,  sur  le 
simple  désir  d'un  ou  deux  politi- 
ciens de  Londres?  Ne  prêterons- 
nous  pas  plutôt  main-forte  à  ceux 
qui  ont  su  i)rofiler  des  leçons  de  la 
Grande  Guerre,  qui  s'efforcent  au- 
jourd'hui de  nous  ramoner  dans  la 
voie  des  saines  traditions  et  de 
faire  échec  aux  fauteurs  d'impéria- 
lisme? 


4 


M.  King  et  la  guerre 

Dans   huit     des     neuf  provinces 
les  tories   reprochent     à     M.   King 
de  n'èlrc  pas  allé  à  la  guerre.     M. 
Mcighen   non  \ûus,  du  reste;   ni  M. 
Patcnaude.     JLe     crime  de  M.  King 
est-il  de  n'avoir  pas  travaillé  à  en- 
voyer nos  fils  à  la  boucherie?  Aux 
yeux  (les  gens  qui  jugent  que  c'est 
le   devoir   du  Canada   de   se   ruiner 
pour  la  gloire  de  l'Angleterre,  c'est 
peut-être  un  crime.     Aux  yeux  des 
vrais  Canadiens,  ce  devrait  être  un 
motif  de  plus  jiour  appuyer  M.  King 
et   lui   permettre    de    porter   à    Lon- 
dres, à  la  prochaine  conférence  im- 
périale, l'expression   de  nos     senti- 
ments et  d'y  parler  le  clair  langage 
d<?   la   nation   canadienne,   fidèle  au 
roi  d'Angleterre,  mais  fidèle  aussi  à 
elle-même,  à  ses  fils,  à  son  avenir, 
à  sa  mission  comme  peuple  d'Amé- 
rique. Ce  fut,  en  tout  cas,  et  c'est  en- 
core mon  principal  mot.f  d'appuyer 
M.  King  et  son  parti,  purgé  des  mau- 
vais  éléments   qui   l'ont   dominé   de 
1899   à   1917,  de  préférence     à     M. 
Meighen.     dominé     par     la     clique 
tory-orangiste,  dont  les  hurlements 
couvrent   sans  peine,  dans  les   con- 
seils suprêmes    du     parti   conserva- 
teur actuel,  les  mélancoliques  mélo- 
pées  de   M.  Patenaude.     Le  Ready, 
Aye,  Headij,  de  M.  Meighen,  au  mo- 
ment ou  les  Turcs  poussés  par  les 
Français,    allaient    être    aux    prises 
avec  les  Grecs,  «outenus  par  les  An- 
glais, au  sujet  •de  quekiues  puits  de 
pétrole     en     Mésoijotamic     ou     ail- 
leurs, n'est  pas  encore  effacé,  mal- 
gré le  discours  subséquent  du  chef 
conservateur  à  Hamilton. 

Car  il  ne  faut  pas  oublier  que 
lorsque  les  dépêcheft  diplomatiques 
parlent  de  civilisation  à  défendre 
ou  (le  barbarie  à  écraser,  il  faut 
lire,  puits  de  pétrole  ou  autre  cho- 
se du  même  genre.  Il  est  temps  que 
nous  apprenions  pourquoi  nos  deux 
mères  patries  se  sont  battues  même 
pendant  la  grande  guerre. 

Au  moment  de  la  menace  de  con- 


—  14  — 

flit  gréco-turc,  M,  Meighcn,  s.'ïiis  ré- 
fléchir, répondait  à  l'appel  de  Lon- 
dres; Prêt,  je  suis  prêt.  M.  King, 
sans  répondre  trop  énergiquement, 
ne  s'engageait  à  rien.  Plus  tard,  M. 
Meighen  a  fait  mine  de  se  repren- 
dre à  Haniilton.  En  Chambre,  je  l'ai 
prié  poliment  de  s'expliquer  nette- 
ment là-dessus.  M,  Meighen  n'a  pas 
daigné  le  faire.  Je  vois  que  l'un 
des  jeunes  Eliacins  qui  joue  de 
l'encensoir  autour  de  M.  Patenaude 
se  scandalise  de  ce  que  je  sois  po- 
li envers  M.  Meighen  sans  parta- 
ger ses  opinions.  Ceux  qui  fréquen- 
te les  goujats  de  la  rue  Sainte-Ca- 
therine ne  peuvent  comprendre 
qu'on  soit  poli  envers  un  adversai- 
re. 

C'est  parce  que  M.  King 
nous  a  donné,  durant  la  der- 
nière session,  des  preuves  tan- 
gibles de  son  patriotisme  véritable- 
ment canadien;  c'est  parce  qu'il  a 
fait  entendre,  à  Londres  comme  à 
Ottawa,  de  salutaires  avertisse- 
ments, que  je  lui  ai  donné  mon  loyal 
conicours,  libre  de  toute  faveur  et  de 
tout  espoir  comme  de  tout  désir 
d'avantages  personnels,  prêt  à  tour- 
ner demain  contre  lui  tout  ce  que  je 
peux  commander  de  forces  et  d'in- 
fluence, s'il  venait  à  tomber  dans 
les  mêmes  errements  que  ses  prédé- 
cesseurs et  ses  rivaux.  Mais  c'est 
aussi  à  cause  de  son  attitude  nette- 
ment canadienne  que  M.  King  a  mé- 
rité la  colère  t't  les  haines  de  tous 
les  impérialistes,  de  tous  les  tenants 
de  la  doctrine  antinationale  qui  a 
prévalu,  de  1899  à  192L  Nous,  de  la 
province  de  Québec,  les  plus  an- 
ciens des  Canadiens,  les  seuls  Cana- 
diens dont  toutes  les  attaches,  tous 
les  souvenirs  et  toutes  les  espéran- 
ces se  coneenlrent  sur  la  terre  ca- 
nadienne, nous  fvM'ons-nous  les  com^ 
plices  (le  s<'s  ennemis,  de  ceux  qui 
subordonnent  l'idéal  de  la  patrie  ca- 
nadienne au  triomi)he  d'un  Empire 
monstrueux,  écrasant  à  la  fois  les 
libertés  du  monde  et  les  nôtres? 

Voilà  pourlant  la  politique  natio- 


—  15  — 

nalc  (le  M.  Mei.i»hiMi  que  souligne  et 
parafe  M.  Patenaiule. 

OÙ  en  est  M.  Meighen? 

Dans  l'ardeur  de  sa  nouvelle  lune 
de  miel.  M.  Palcnaude  s'efforce  de 
nous  faire  croire  que  son  conjoint, 
M.  Meighen,  a  changé  d'idée  en  ces 
matières.  Où?  Quand?  En  quoi? 
Est-ce  le  discours  de  Hamilton  qui 
marque  ce  chan<ïemcnt?  Ce  dis- 
cours exposait  la  i^olitique  de 
îfuerre  de  M.  Meighen  sans  sa 
deuxième  forme.  En  cas  de  con- 
flit le  chef  conservateur  est  d'avis 
qu'il  faut  mobiliser  d'abord  et  tenir 
ensuite  une  élection  pour  savoir  si 
nous  devons  faire  la  guerre.  Pour- 
quoi mobiliser  d'abord?  M.  Mei- 
ghen entendrait-il  répéter  la  farce 
monstrueuse  de  1917?  On  sait 
comment  M.  Meighen  a  tenu  les 
élections  cette  année-là  pour  obte- 
nir une  majorité  qui  voterait  la 
conscription.  I^es  soldats  votaient 
mais  sans  savoir  pourquoi.  Avec 
200,000  ou  300.000  soldats  dans 
les  casernes,  ce  serait  la  même 
chose.  M.  Sieighen  aurait-il  plus 
de  scrupules  qu'en  1917?  I.a  cho- 
se est  peu  i)robable.  L'incohé- 
rence et  le  danger  de  la  politique 
estompée,  l'automne  dernier,  au  mo- 
ment de  l'élection  de  Bagot,  per- 
sonne ne  les  a  plus  clairement  dé- 
montrés que  notre  éminent  conci- 
toyen. M.  Caban,  aujourd'hui  candi- 
dat conservateur  dans  la  circons- 
cription Saint-Laurent-Saint-Geor- 
ges. Cette  politique,  yi.  Caban  l'avait 
démolie  à  Toronto,  l'automne  der- 
nier. Il  en  a  dispersé  les  derniers 
vestiges  à  la  fin  de  la  dernière  ses- 
sion. Où  et  quand  M.  Meighen  pr-il 
tenté  de  la  reconstruire?  Quelles  ga- 
ranties M.  Patenaude  peut-il  présen- 
ter au  peu])le  de  la  province  de 
Québec  que  telle  est  actuellement 
la  politique  du  gouvernement  dont 
il  fait  partie?  Et  si  telle  elle  est, 
pourquoi  aucun  des  collègues  de  M. 
Patenaude,  à  commencer  par  le  pre- 
mier ministre  lui-même,  n'en  souf- 
fle-t-il  mot  dans  les  provinces     an- 


—  16  — 

glaises?  quelle  réponse  M.  Patenau- 
de  apporte-t-il,  je  ne  dirai  pas  à  la 
réfutation  que  j'en  ai  faite  dès  l'an 
dernier,  mais  à  l'écrasement  que  lui 
a  fait  subir  M.  Cahan? 

Denuis  25  ans,  pour  me  tenir  au 
courant  de  la  situation  j'ai  fait  pé- 
riodiquement des  voyages  en  Euro- 
pe, le  dernier  après  la  guerre.  Bien 
des  Canadiens  vont  en  Europe  pour 
visiter  le  Moulin  Rouge.  J'aime 
mieux  y  fréquenter  des  gens  qui 
peuvent  me  renseigner.  C'est  ainsi 
que  j'ai  pu  me  faire  des  relations 
précieuses  dans  la  diplomatie,  dans 
le  monde  politique,  dans  le  monde 
religieux. 

Et  ie  puis  affirmer  qu'aujour- 
d'hui les  diplomates,  les  politiciens 
sérieux,  en  Europe,  prévoient  qu'il 
y  a  19  chances  sur  20  que  la  pro- 
chaine guerre  voie  la  France  et 
l'Angleterre  se  dresser  l'une  contre 
l'autre. 

Des  auditeurs  crient:   "Honte." 

— Non  pas.  Il  suffit  de  consulter 
l'histoire  pour  se  rendre  compte 
que  l'Angleterre  ne  ferait,  en  agis- 
sant ainsi,  que  maintenir  ses  tradi- 
tions. Elle  ne  peut  permettre  à  au- 
cune nuissance  de  garder  la  supré- 
matiic  sur  le  continent  et  de  com- 
mander les  avenues  du  commerce. 
C'est  une  vérité  qui  ressort  de  trois 
siècles  d'histoire.  Tour  à  tour 
l'Angleterre  s'est  appliquée  à  démo- 
lir la  puissance  (espagnole,  puis  la 
puissance  fran<'aisc  et  la  nuissance 
allemande.  Voilà  que  la  France  re- 
prend un  rôle  de  premier  plan  sur 
le  continent.  L'.\ngletcrre'  doit 
alors  la  combattre  et  chercher  h  la 
terrasser.  Tant  qu'elK-  n'aura  pas 
réussi.  e!le  tendra  à  ce  but.  Mais 
{juand  éclatera  le  conflit,  laquelle 
de  nos  deux  mères  patries  servi- 
rons-nous? 

Le  traité  de  I.ocarno  sera  étudié 
à  la  conférence  impériale  d'octobre. 
Quels  engagements  le  Canada  y 
prendra-t-11? 

Nous  pouv{)ns  rester  fidèles  à  nos 
attaches  de  coeur,  garder  des  sym- 


—  17  — 

pathies  uour  la  France  ou  l'Angle- 
tcrro  sans  pour  cela  manquer  à  nos 
dievoirs  envers  notre  patrie  notre 
seule  patrie,  le  (-anatla. 

Si  la  France  attaquait  nos  rives, 
notre  devoir,  si  pénible  soit-il,  se- 
rait  de   défendre  notre  territoire. 

Mais  je  répète  aujourd'hui  avec 
la  même  conviction  qu'autrefois: 
aucune  puissance  au  monde  n'a  le 
droit  de  nous  demander,  à  nous 
Canadiens  français,  d'aller  faire  le 
£»uerre.  à  la  France,  en  Europe, 
pou''   le  bénéfice   de   l'Angleterre. 

Mais  dans  le  cas  d'une  guerre 
entre  la  France  et  l'Angleterre,  voit- 
on  ouelle  serait  la  situation  au 
Canada?  Les  coryphées  de  l'impé- 
rialisme feraient  une  ])ropai»ande 
à  leur  manière  dans  les  provinces 
anglaises.  Que  feraient  nos  majors, 
que  la  dernière  guerre  avait  tirés  de 
la  misère  en  les  sortant  de  leurs 
bureaux? 

Cette  question  de  guerre  est  donc 
de  premières  importance  pour 
no»re  pays. 

M.  Meighm  n'a  pas  voulu  exposer 
nettement  sa  politique  là-dessus. 
II  anî-ait  pu  le  faire  sur  la  motion 
Woodsworth.  C'est  sir  George  Perley 
qui  a  répondu  évasivement  au  nom 
du  parti  conservateur.  Plus  tard 
sur  la  motion  de  M.  King.  M.  Mei- 
ghen  a  chargé  M.  Cahan  de  répon- 
dre. Le  député  de  Saint-Laurent  et 
Saint-Gtorges  a  tout  simplement 
consacré  la  moitié  de  son  discours 
à  démolir  la  déclaration  de  Toronto 
ef  l'autre  moitié  à  écrabouiller  le 
discours  de  Hamilton. 

Quelle  est  donc,  en  cette  matière, 
la  nolitiqiie  du  parti  conservateur 
uni? 

Sur  cetfe  question  ])rimordiale. 
dont  la  solution,  au  témoignage  de 
l'un  des  écrivains  anglais  les  plus 
avertis  de  notre  époque,  ^L  Lionel 
Curtis,  déterminera  celle  de  tous 
nos  problèmes  nationaux,  je  n'exa- 
gère pas  en  affirmant,  ajirès  mûre 
réflexion,  que  M.  Meighen,  son  parti 
et  le  plus  grand  nombre  de  ses  can- 
didats de  tout   acabit  et     de     toute 


—  18  — 

couleur  ne  méritent  nullement  la 
confiance  des  vrais  Canadiens,  pour 
qui  le  salut  suprême  de  la  nation 
passe  avant  toute  autre  considéra- 
tion de  parti,  d'intérêt  économique 
ou  d'amitié  personnelle.  Par  contre, 
tout  porte  M.  King,  ses  partisans  et 
ses  alliés  des  provinces  anglaises  à 
poursuivre  résolument  la  politique 
vraiment  nationale  qu'il  a  esquissée 
au  moment  du  conflit  gréco-turc,  en 
1922,  qu'il  a  affirmée  à  la  confé- 
rence impériale  de  1923,  qu'il  a  dé- 
finie plus  nettement  encore  à  la  fin 
de  la  dernière  session,  et  qu'il  ac- 
centuera, l'automne  prochain,  s'il 
reçoit,  le  14  septembre,  les  votes  et 
l'appui  moral  que  lui  doivent  tous 
les  vrais  Canadiens. 

Les  terres  de  l'Aiberta 

Le  second  et  le  plus  puissant  des 
motifs  qui  m'ont  rapproché  de  M. 
King  et  qui,  à  mon  humble  avis,  de- 
vrait lui  mériter  la  confiance  de 
tous  les  nationalistes,  au  sens  le 
plus  large  du  mot  et  de  l'idée,  c'est 
son  attitude  sur  la  question  des  ter- 
res de  l'Aiberta.  Je  n'en  referai  pas 
ici  l'histoire  ni  la  démonstration  ju- 
ridique. Je  me  borne  à  vous  rappe- 
ler les  points  essentiels. 

Dans  les  trois  provinces  de 
l'Ouest,  le  parlement  fédéral  a  con- 
servé l'administration  du  domaine 
public,  dévolue  ailleurs  aux  législa- 
tures provinciales.  Dès  1872,  le  par- 
lement a  créé  les  "réserves  scolai- 
res", dont  le  i)rix  de  vente  se  capi- 
talise à  Ottawa  au  i)rofit  des  écoles 
établies  conformément  aux  lois  pro- 
vinciales .En  1875,  à  l'instigation  de 
ce  grand  Canadien,  à  la  pensée  lar- 
ge et  haute.  Edward  Hlake,  le  par- 
lement fédéral  a  voté  une  loi  orga- 
nique décrétant  que,  d;Mis  toute 
l'étendue  de  ce  vaste  territoire,  ca- 
1holi(iui'S  et  i)rotestanls  exerceront 
à  i)er|)éfuité  le  droit  d'avoir  des 
écoles  confessionnelles  séi)arées.  En 
190.').  le  parlement  a  constitué  les 
provinces  de  i'.Mberta  el  de  la  Sas- 
katchewan.  Dans  une  de  ces  heures 
de  faiblesse   el     de     complaisance, 


—  19  — 

trop  souvent  répétées  au  cours  de 
notre  histoire,  libéraux  et  conserva- 
teurs, à  ri;xception  de  quelques  uni- 
tés, ont  sanctionné  les  atteintes  por- 
tées, de  1892  à  1901,  par  le  gouver- 
nement des  Territoires,  aux  droits 
des  minorités.  Néanmoins,  il  en  a 
gardé  quelque  chose:  notamment,  le 
droit  à  la  séparation,  et  l'obligation, 
pour  les  gouvernements  des  provin- 
ces, de  répartir  équitablement,  en- 
tre les  écoles  de  la  majorité  et  celles 
de  la  minorité,  les  subsides  votés 
par  la  législature  et  les  deniers  pro- 
venant des  "réserves  scolaires",  qui 
ont  continué  jusqu'ici  d'être  admi- 
nistrées par  le  gouvernement  fédé- 
ral. 

En  janvier  dernier,  le  gouverne- 
ment progressiste  de  l'Alberta,  diri- 
gé par  M.  Brownlee,  a  conclu  avec 
le  gouvernement  fédéral  un  arrange- 
ment dont  l'objet  principal  est  de 
remettre  à  la  province  la  posses- 
sion et  l'administration  du  domaine 
public  ("nalural  resources"),  y 
compris  les  terres  scolaires  et  le  ca- 
pital accumulé  à  Ottawa  depuis 
qu'on  a  commencé  à  vendre  ces 
terres.  Pour  se  former  une  idée  de 
la  valeur  de  ces  réserves,  il  faut  se 
rappeler  que  le  capital  réalisé  jus- 
qu'ici, pour  la  seule  province  d'Al- 
berta,  s'élève  à  11  millions  de  pias- 
tres et  qu'il  reste  encore  à  vendre 
7  millions  d'acres  de  terres  sco- 
laires. Dans  sa  forme  première,  le 
traité  ne  contenait  aucune  clause  re- 
lative aux  droits  de  la  minorité.  Je 
signalai  celle  lacune  à  la  Chambre 
dès  le  débat  sur  l'Adresse.  La  presS'C 
tory-orangiste,  à  la  dévotion  de  M. 
Meighen  et  de  son  parti  (y  compris 
l'aile  patenaudisle),  a  parlé  de  me- 
naces et  de  tentatives  de  chantage, 
sourdement  organisées  par  les  évo- 
ques de  la  province  de  Québec  et 
formulées  par  leur  porte-parole, 
Henri  Bourassa.  Kst-il  nécessaire 
de  vous  dire  que  c'est  là  un  pur 
mensonge  bleu  orange?  Il  n'y  a  eu 
ni  conspiration,  ni  menace  d'aucune 
sorte.  Sur  cette  simple  observation 
formulée  en  Chambre,  M.  King  et 
ses   collègues,   à     l'unanimité,     ont 


—  20  — 

compris  qu'il  y  avait  là  une  ques- 
tion d'élémentaire  justice  en  même 
temps  qu'une  mesure  de  prudence 
et  de  saine  politique.  Ils  ont  donc 
rédigé  une  clause  additionnelle,  sti- 
pulant que  le  gouvernement  de  la 
province  serait  tenu,  dans  l'admi- 
nistration des  "réserves  scolaires" 
et  l'emploi  des  fonds  qui  en  pro- 
viennent, d'observer  les  dispositifs 
de  la  loi  de  1872  qui  a  créé  ces  ré- 
serves et  de  la  loi  organique  de 
1905,  qui  garantit  aux  minorités 
leur  part  proportionnelle  de  tous 
les  deniers  affectés  à  l'instruction 
publique.  Par  la  même  occasion,  on  a 
confirmé  à  la  Compagnie  de  la  Baie 
d'Hudson  les  droits  qu'elle  détient 
du  traité  par  lequel  le  Canada  a 
pris  possession  des  territoires  du 
Nord-Ouest,  en  1868. 

L'émeute  orangiste 

Tout  cela  a  paru  si  juste,  si  sim- 
ple, que  M.  Brownlee  l'a  accepté 
sans  discussion  et  que  la  légisJature 
de  l'Alberta  l'a  voté  à  l'unanimité, 
en  première  et  en  deuxième  lecture, 
puis  en  comité  général.  Mais  cela  ne 
faisait  pas  l'affaire  de  l'aile  oran- 
giste du  parti  conservateur.  Le  doc- 
teur Edwards,  député  de  Frontenac, 
grand'maître  des  Orangistes  du  Ca- 
nada, ancien  collègue  de  M.  Meig- 
hen  dans  l'éphémère  cabinet  de 
1921,  et  M.  Hocken,  l'un  des  députés 
conservateurs  de  Toronto  et  direc- 
teur de  VOrange  Senlinel,  ont  vio- 
lemment dénoncé  la  clause  de  ga- 
rantie ajoutée  au  traité  King-Brown- 
lee.  Comme  toujours,  ils  ont  trouvé 
l'occasion  propice  pour  dénoncer 
dans  toute  la  presse  qui  leur  est  af- 
filiée —  et  cola  comprend  presique 
tous  les  journaux  actuellement  dé- 
voués à  la  politique  "nationale"  de 
MM.  Meighen  et  Patenaude  —  les 
écoles  séi)arées,  la  langue  française, 
la  "hiérarchie"  catholique  et  ses 
séides,  Mackenzie  King  et  Henri 
Bourassa.  Voilà  de  quelle  façon 
opère  le  parti  de  l'unité  nationale, 
si  chère  à  l'âme  candide  de  M.  Pate- 
naude. 


—  21  — 

M.  Brownlec,  pris  de  peur  à  la 
veille  d'uiu'  élection  générale,  fit 
suspendre  la  ratification  en  troisiè- 
me lecture  du  contrat  et  vint  à  Otta- 
wa demander  la  suppression  ou  la 
n'odification  de  la  clause  de  garan- 
tie. Sans  hésiter,  M.  King  et  ses  col- 
lègues, protestants  comme  catholi- 
ques, s'y  refusèrent  énergiquement. 
Ils  rappelèrent  à  M.  Brownlec  qu'il 
avait  lui-même  accepté  cette  clause, 
la  trouvant  essentiellement  juste  et 
oijportuiic.  lis  lui  déclarèrent  sans 
ambages  que,  prenant  les  terres,  il 
devait  assumer  les  obligations  et  les 
charges  qui  y  sont  attachées,  comme 
tout  autre  acquéreur.  Là-dessus,  M. 
Browmlee  retourna  à  Edmonton  et 
fit  mutiler  par  sa  majorité  la  clause 
de  garantie. 

A  Ottawa,  le  ministère  et  tous  les 
députes  libéraux  tinrent  ferme, 
ceux  de  la  Saskatchewan  tout  autant 
que  ceux  du  Québec;  la  majorité  des 
progressistes  aussi;  mais  quelques- 
uns  de  ceux-ci,  les  mêmes  qui 
avaient  voté  contre  le  ministère  au 
début  de  la  session  et  qui  devaient 
aider  à  le  renverser  quelques  jours 
plus  tard,  entrèrent  en  pourparlers 
avec  les  tories.  M.  Bennett,  aujour- 
d'hui ministre  des  Finances,  donc 
principal  collègu^e  de  M,  Meighen  et 
de  M.  Patcnaude,  frère  aîné  de  M. 
Patenaude,  devant  qui  M.  Patenaude 
devra  s'incliner,  si  par  hasard  il  est 
élu,  comme  l'enfant  d'école  de- 
vant le  pion,  ijartit  i)our  l'Alber- 
ta  où  il  fit  de  son  mieux  pour  pro- 
longer la  campagne  orangiste  en 
promettant  que  si  le  parti  conserva- 
teur prenait  le  pouvoir  à  Ottawa,  il 
remettrait  à  la  province  les  "res- 
sources naturelles",  y  compris  les 
terres  et  le  fonds  scolaires,  "sans  au- 
cune restriction  gênante"  —  lisez: 
sans  garantie  pour  la  minorité.  Voi- 
Jà  où  en  sont  les  choses.  Et  voilà 
aussi,  avec  l'attitude  ferme  de  M. 
King  sur  la  question  impériale,  la 
cause  principale  de  la  chute  du  mi- 
nistère. Comprenez-vous  mainte- 
nant pourquoi  je  préfère  M.  King  à 
M.  Meighen? 


—  22  — 

Edwards,   Berniér,   Cahan, 
Lavergne 

De  la  Chambre  où  elle  est  restée 
en  suspens,  la  question  de  l'Alber- 
ta  se  trouve  maintenant  devant  le 
public.  Les  libéraux  en  parlent  peu, 
sauf  M.  Ernest  Lapointe,  (applau- 
dissements prolongés),  dont  les  dé- 
clarations très  nettes  et  très  nobles 
méritent  toute  louange.  Les  con- 
servateurs, eux,  en  parlent  beau- 
coup, mais  d'étrange  façon  et  dans 
un  sens  absolument  contradictoire, 
selon  Se  public  auquel  ils  s'adres- 
sent. Le  docteur  Edwards,  ancien 
ministre  de  M.  Meighen,  et  son  ac- 
tuel candidat  dans  le  comté  de 
Frontenac,  se  glorifie  d'avoir  fait 
échec  à  l'entreprise  criminelle  de 
King,  de  Bourassa  et  des  évèques 
catholiques,  "ces  perpétuels  enne- 
mis de  l'Empire  britannique".  Il 
adjure  les  électeui-^s  de  l'Ontario  de 
maintenir  les  conservateurs  au  pou- 
voir afin  de  préserver  la  province 
de  l'Alberta  du  chancre  des  écoles 
séparées.  D'autre  part,  M.  Bernier, 
candidat  de  M.  Meighen  dans  la 
province  du  Manitoba,  ultra  conser- 
vateur et  impérialiste  ardent,  dé- 
nonce la  clause  de  garantie  comme 
attentatoire  aux  droits  de  la  mino- 
rité. Il  prétend  qu'en  l'imposant 
au  gouvernement  King,  j'ai  voulu 
perpétuer  les  atteintes  i)orfées  en 
1905  aux  droits  antérieurs  des  ca- 
tholiques de  l'Alberta  et  de  la  Sas- 
kalchewan.  Les  gazettes  à  la  solde 
du  i)arti  tory  dans  Québec  repro- 
duisent à  l'envi  celle  grotesque  af- 
firmation. D'autre  pari,  M.  ('a- 
han  et  M.  Lavergne,  tous  deux 
candidats  conservateurs  dans  la 
province  de  Québec,  jugent  i*<iuita- 
ble  el  opportun  de  s'engager  à  main- 
tenir celte  clause,  si  mauvaise  j)our 
les  calbolicjues  aux  yeux  de  M.  Ber- 
nier, si  favorable  i)our  ces  mêmes 
calli()li(|ucs,  selon  le  docteur  Ed- 
wards. Or,  tous  ces  messieurs  se 
réelanu'nl  du  luènu'  clief,  du  niénu' 
parti,  (les  mêmes  doctrines  politi- 
(jues.     Faul-il  voir  là  un  exemple  vi- 


—  23  — 

vant  de  l'unité  morale  du  grand 
parti  conservateur,  si  complètement 
réalisée,  affirme  M.  Patenaude? 

En  tout  cas,  ces  contradictions 
flagrantes,  ces  attitudes  diamétrale- 
ment opposées  suffisent  à  expliquer 
pourquoi  M.  Meighen  et  son  parti, 
ou  plutôt,  le  pouvoir  occulte  qui 
domine  et  mène  le  parti  conserva- 
teur, s'est  bien  gardé  d'attaquer  de 
front  à  la  Chambre  le  ministère 
King,  tant  sur  la  question  de  l'Al- 
berta  que  sur  le  problème  des  rela- 
tions impériales. 

Il  se  trouve  encore,  parmi  les 
conservateurs,  tel  M.  Cahan,  de 
rares  tenants  de  la  vieille  tradition 
de  Cartier  et  de  Macdonald,  dont 
M.  Patenaude  se  réclame  tant,  afin, 
sans  doute,  de  faire  oublier  à  quel 
point  M.  Meighen  et  ses  collègues 
l'ont  oubliée  et  violée.  Ces  vrais 
conservateurs  sont  exclus  de  la  di- 
rection de  leur  parti,  parce  qu'ils 
ont  l'esprit  trop  large  et  qu'ils  sont 
trop  fidèles  à  son  ancien  idéal  et 
aux  véritables  intérêts  de  la  nation. 
Il  fallait  à  tout  prix  éviter  de  lais- 
ser ces  hommes  de  coeur  et  de  mé- 
rite se  mettre  en  contraste  avec  le 
gros  du  parti,  et  notamment  avec 
l'avant-garde  orangiste.  Les  chefs 
réels  du  parti,  tout  bornés  qu'ils 
sont,  savent  à  merveille,  et  leurs 
bailleurs  de  fonds  savent  mieux  en- 
core, qu'ils  ne  peuvent  conquérir 
et  garder  le  pouvoir  sans  faire  une 
trouée  dans  la  province  de  Québec. 
Comment  y  parvenir  en  arborant 
les  couleurs  orangistes  et  le  fanion 
de  l'Empire?  Voilà  pourquoi  l'on  a 
décidé  de  porter  la  lutte  sur  un  au- 
tre terrain  et  de  faire  tomber  le 
gouvernement  dans  le  bourbier  de 
l'administration  des  douanes,  où 
toutes  les  vertus  bleues,  oranges  et 
vertes  pourraient  se  mixturer  à 
l'aise  et  recouvrir  d'une  nuance  uni- 
forme la  vieille  casaque  du  parti. 

L'affaire   des   douanes 

De  celte  question  des  douanes,  je 
ne  vous  entretiendrai     pas  longue- 


—  24  — 

ment.  Les  journaux  de  toutes  nuan- 
ces vous  en  ont  saturés.  Si  vous 
les  avez  lus  sans  parti-pris,  vous 
serez  arrivés,  comme  moi,  je  pense, 
à  ces  quelques  conclusions:  lo, 
l'administration  des  douanes  est 
vermoulue,  pour  ne  pas  dire  pour- 
rie, et  cela  remonte  loin.  Il  y  a  des 
années  déjà,  M.  R.  S.  White,  alors 
fonctionnaire,  et  maintenant  candi- 
dat conservateur,  m'avouait  que  le 
bureau  des  douanes  à  Montréal  était 
la  pire  fabrique  de  parjure  et  de 
fraude  au  Canada;  2o,  la  con- 
trebande a  pris,  depuis  quelques  an- 
nées, des  proportions  gigantesques 
qui  tiennent  à  de  multiples  causes 
tout  à  fait  étrangères  à  l'un  ou  l'autre 
parti  -et  aux  divers  ministères  qui 
se  sont  succédé  à  Ottawa  depuis 
vingt  ans.  L'enquête  parlementai- 
re n'a  virtuellement  porté  que  sur 
le  port  de  Montréal.  Les  conclu- 
sions du  rapport  sont  donc,  de 
l'aveu  même  du  comité,  incomplè- 
tes et  partiales.  Ici  comme  à  la 
Chambre,  je  répète  qu'il  serait  sou- 
verainement injuste  de  condamner 
quelques  hommes,  politiciens  ou 
fonctionnaires,  avant  que  la  preu- 
ve ne  soit  complète;  et  totalement 
inefficace  d'adopter  des  mesures 
hâtives  dont  l'effet  serait  inopérant 
et  peut-être  tplus  propre  à  accroî- 
tre ou  à  déplacer  le  mal  qu'à  le 
guérir. 

J'ajoute  ceci:  On  fait  grand  état 
des  contrebandiers  d'aventure,  des 
brigands  qui  traversent  la  frontière 
dans  les  deux  sens  avec  leurs  mar- 
chandises de  contrebande;  mais 
l'on  oublie  trop  facilement  que, 
parmi  les  plus  furieux  dénoncia- 
teurs de  cette  forme  de  contrebande, 
se  trouvent  maints  commerçants 
huppés,  de  Montréal  ou  d'ailleurs, 
qui  depuis  longtemps  font  la  con- 
trebande savante  et  font  perdre  à 
l'Etat  des  nnillions  de  piastres  de 
revenus,  grâce  à  la  complaisance 
avec  laquelle  les  autorités  laissent 
passer  en  douane  leurs  marchandi- 
ses abritées  de  fausses  déclara- 
tions et  recouvertes  de  parjures.  Ce 


—  25  — 

qui  exaspère  ces  contrebandiers  en 
habits  fins,  membres  des  clubs  les 
plus  fashionables  et  généreux  sus- 
tenteurs  des  caisses  électorales,  ce 
n'est  pas  la  violation  des  lois  ni  la 
fraude  opérée  au  détriment  de 
l'Etal,  c'est  la  concurrence  qu'ils 
subissent  de  la  part  des  contreban- 
diers qui  font  leur  besogne  eux- 
mêmes,  au  risque  de  leur  peau  et 
dii  leurs  marchandises.  Prétendre 
arrêter  toute  la  contrebande  entre 
deux  pays  comme  le  Canada  et  les 
Etats-Unis,  c'est  pur  mensonge  ou 
folie.  Il  y  faudrait  employer  une 
armée  aussi  nombreuse  que  celle 
envoyée  en  Europe  pour  "le  sa- 
lut de  la  démocratie"  —  ei  le  triom- 
phe de  l'hypocrisie  —  et  dépenser 
chaque  année  plus  d'argent  que  la 
douane  n'en  pourrait  fournir.  Tout 
ce  que  l'on  peut  faire,  c'est  de 
prendre  des  mesures  énergiques 
pour  diminuer  le  mal,  d'abord  en 
abaissant  les  droits  d'accise  absur- 
des qui  sont  une  véritable  prime  à 
la  fraude,  puis  en  concentrant  l'ef- 
fort de  répression  sur  les  points 
les  plus  vulnérables.  Mais  si  l'on 
tente  quelque  chose  de  sérieux  dans 
ce  sens,  j'exige,  pour  ma  part, 
qu'on  s'attaque  aux  contrebandiers 
qui  opèrent  dans  les  boutiques  opu- 
lentes autant  qu'aux  voleurs  de 
grand   chemin. 

Quoi  qu'il  en  soit,  c'est  sur  cette 
histoire  de  douanes  que  le  minis- 
tère libéral  est  tombé,  grâce  à  la  dé- 
fection d'un  certain  nombre  de 
votes  progressistes.  Parmi  les  pro- 
gressistes qui  ont  appuyé  la  motion 
de  censure  de  M.  Stevcns,  il  y  en 
avait  d'une  incontestable  bonne 
foi.  Ceux-là  ont  déclaré  nettement 
qu'ils  ne  désiraient  ni  la  chute  du 
ministère  libéral  ni  l'avènement  de 
M.  Mcighen  et  du  parti  tory.  Les 
autres  ont  trouvé  là  un  moyen  com- 
mode de  satisfaire  la  rancune  qu'ils 
l)ortaient  dans  leur  coeur,  depuis 
le  jour  où  M.  King  refusa  de  se  sou- 
mettre aux  exigences  de  M.  Brown- 
lee,  sur  la  question  scolaire  de  l'Al- 
berla. 


—  26  — 

La  crîse  constitutionnelle 

M.  King  ne  crut  pas  devoir  rester 
dans  la  situation  équivoque  où  il 
se  trouvait  placé.  Le  samedi  matin, 
26  juin,  il  demanda  au  gouver- 
neur général  la  dissolution  des 
Chambres.  Après  quarante-huit 
heures  de  délibérations,  Son  Excel- 
lence refusa,  et  M.  King  lui  offrit 
sa  démission  et  celle  de  ses  collè- 
gues. Le  gouverneur  s'empressa  de 
l'accepter  et  d'appeler  M.  Mei- 
ghen  à  former  un  ministère.  A  cet 
appel,  le  chef  tory  répondit  avec 
non  moins  d'empressement  et  bâcla, 
de  la  façon  que  l'on  sait,  ce  gouver- 
nement extraordinaire  dont  sir  Hen- 
ry Drayton  disait,  avec  son  usuelle 
bonhomie:  "D'une  façon,  c'est  un 
gouvernement;  de  l'autre,  ce  n'en 
est  pas  un".  A  ce  gouvernement 
qui  n'en  était  pas  un,  le  gouverneur 
général  accorda,  sans  hésiter,  la  dis- 
solution qu'il  avait  refusée,  trois 
jours  auparavant,  à  un  gouverne- 
ment qui  en  était  bien  un.  De  là  la 
question  constitutionnelle  qui  domi- 
ne toutes  les  autres,  en  raison  de 
son  importance  intrinsèque,  en  rai- 
son surtout  des  conséquences  qu'elle 
entraînera  fatalement,  si  le  peuple 
canadien,  aveugle  ou  indifférent, 
ne  s'élève  au-dessus  des  mesquines 
passions  de  parti  et  des  considéra- 
tion secondaires  pour  rétablir  sur 
sa  base  l'ordre  social  et  politique 
ébranlé  par  l'acte  arbitraire  du  gou- 
verneur général,  dont  M.  ]\hMgben  et 
ses  collègues  ont  assumé  la  pleine 
responsabilité. 

Ces  messieurs  ont  adopté  une  tac- 
tique sommaire.  Pour  la  régler, 
cette  question  constitutionnelle,  ils 
nient  tout  simi)lement  (lu'elle  exis- 
te. Ces  chérubins  vont  glai)issant 
qu'ils  ne  la  voient  pas;  cela  se 
conçoit.  Ils  se  sont  assis  sur  la 
conslitulion  :  rien  d'étonnant  qu'ils 
ne  puissent  la  lire  ni  la  com|)ren- 
drc. 

Les  gens  de  la  Patrie  peuvent 
avoir  appris  à  écrire  avec  leurs 
pieds    mais   M.   Patenaude    ne    peut 


—  27  — 

sûrement  pas  lire  la  constitution 
dans  la  j)osition  où  il  se  trouve. 

Quelques  jeunes  thuriféraires  du 
nouveau  pouvoir,  né  des  rencontres 
successives  et  précipitées  de  lord 
Byns.  de  M.  Meighen  et  de  M.  Pate- 
naude,  vont  répétant,  dans  notre 
province:  "Citez-nous  l'article  de  la 
loi  qu'on  a  violé!"  Que  ces  jeunes 
plaideurs  d'une  mauvaise  cause, 
tout  éblouis  de  l'or  que  font  miroi- 
ter à  leurs  yeux  les  acheteurs  de 
journaux  et  les  trafiquants  de  cons- 
ciences, ne  voient  pas  clair  dans  la 
situation,  il  ne  faut  pas  s'en  éton- 
ner. 

Au  reste,  rares  sont  les  Cana- 
diens français,  même  parmi  les 
plus  empanachés  de  titres  univer- 
sitaires, qui  comprennent  véritable- 
ment les  principes  et  le  mécanisme 
du  gouvernement  britannique.  Ils 
seml)lenf  croire  que  tout  tient,  chez 
nous,  dans  les  articles  des  codes  et 
de  la  loi  constitutionnelle.  Ils  ou- 
blient que  l'Acte  de  l'Amérique  bri- 
tannique du  Xord  n'a  fait  que  sanc- 
tionner les  termes  de  l'alliance  con- 
clue entre  les  provinces-mères  de 
la  Confédération  et  départager  la 
juridiction  respective  du  Parlement 
fédéral  et  des  Législatures  provin- 
ciales. Pour  tout  ce  qui  touche  à 
l'essence  de  notre  régime  politique, 
il  faut  nous  dépêtrer  à  travers  le  dé- 
dale des  traditions,  des  principes  et 
des  "précédents"  du  régime  britan- 
nique, applicable  chez  nous,  com- 
me en  Angleterre,  et  tel  que  l'ont 
fait  dix  siècles  d'histoire,  d'expé- 
rience, de  révolutions,  d'évolution 
constante.  Nous  vivons  sous  un  régi- 
me de  lois  non  écrites.  Et  surtout, 
pour  le  comi)rendre  et  le  pra- 
tiqu<M',  ce  régime  à  la  fois  in- 
cohérent et  magnifique,  si  lourd 
mais  si  large,  il  faut  se  pé- 
nétrer à  fond  du  sens  britannique. 
Si  l'on  s'est  donné  cette  peine^  si 
l'on  a  poursuivi  cette  étude  avec 
clairvoyance  et  sans  parti  pris,  on 
se  rend  facilement  comi)te  que  les 
princi|)es  essentiels  du  régime  et  ses 
pratiques  les  plus  constantes  et  les 


—  28  — 

plus  nécessaires  sont  précisément 
ceux  et  celles  qui  n'ont  jamais  trou- 
vé d'expression  dans  la  loi  mais  qui 
tiennent  au  fond  même  du  régime 
et  qui  en  sont  l'armature  essentiel- 
le. Par  exemple,  aucun  texte  de 
loi  n'a  jamais  défini  les  rapports 
du  roi,  de  l'exécutif  et  du  parle- 
ment; aucun  ne  prescrit  la  néces- 
sité d'une  majorité  ministérielle 
pour  le  maintien  du  gouvernement; 
aucun  ne  stipule  que  les  membres 
du  cabinet  doivent  faire  partie  de 
l'une  ou  l'autre  des  Chambres,  en- 
core moins  que  la  prépondérance 
doit  appartenir  à  la  Chambre  élec- 
tive. Tout  cela  s'est  fait,  s'est  dé- 
fini, s'est  tassé,  s'est  ordonné  avec 
le  temps  et  selon  les  circonstances. 

L'opinion  de  Macdonald 

En  ce  qui  touciie  aux  fonctions 
du  gouverneur  général,  sir  John 
Macdonald  —  et  son  opinion  vaut 
bien  celle  de  M.  Patenaude  et  de  ses 
suivants  —  a  formulé  nettement,  dès 
1805,  le  principe  et  la  limitation  de 
son  autorité:  "With  us  Ihe  Sove- 
reign,  or  in  this  Country,  the  repré- 
sentative of  the  Sovereign,  can  act 
onlif  on  the  advice  of  his  Ministers, 
those  Ministers  being  responsible  to 
the  people  through  Parliament" .  — 
"Pour  nous  (britanniques)  le  Sou- 
verain, ou  en  ce  pays  le  représen- 
tant du  Souverain,  ne  peut  agir  que 
sur  l'avis  de  ses  ministres,  ces  mi- 
nistres étant  responsables  au  peu- 
ple par  l'intermédiaire  du  Parle- 
ment." Les  admirateurs  de  M. 
Meighen,  et  notamment  M.  Pa- 
tenaude (depuis  l'année  dernière), 
jettent  volontiers  sur  ses  frêles 
épaules  le  manteau  de  Macdonald. 
Ils  feraient  mieux,  pour  sa  vraie 
gloire,  et  surtout  pour  la  sécurité  du 
Canada,  de  lui  rappeler  les  maxi- 
mes du  vieux  chef.  M.  Meighen 
lui-niènie  n'aurait  pas  mal  fait, 
avant  de  s'emparer  du  pouvoir,  et 
de  s'y  installer  en  intrus,  de  mettre 
sous  les  yeux  du  gouverneur  géné- 
ral cette  phrase  lapidaire  du  plus 
illuslri'   des  Pères  de  la  Confédéra- 


—  29  — 

tion,  de  l'homme  d'Etat  canadien 
qui  a  joui  le  plus  longtemps  et  le 
plus  constamment  de  la  confiance 
de  la  reine  d'Angleterre  et  de  ses 
aviseurs.  Il  aurait  par  là  épargné 
à  un  brave  et  loyal  soldat  de  l'An- 
gleterre l'ennui  de  se  voir  associé 
à  une  misérable  intrigue  de  parti, 
qui  est  en  même  temps  une  auda- 
cieuse violation  du  droit,  et  de  met- 
tre en  péril  les  relations  harmo- 
nieuses qui  n'ont  cessé  d'exister 
entre  le  représentant  de  la  Couron- 
ne et  ses  aviseurs  canadiens,  de- 
puis le  jour  où  Lafontaine  et  Bald- 
\vin  firent  comprendre  à  lord  Met- 
calfe  que  la  période  du  gouverne- 
ment de  bon  plaisir  était  close.  Va- 
t-elle  se  rouvrir? 

Pour  l'édification  des  conserva- 
teurs qui  parlent  de  Son  Excellen- 
ce avec  un  grand  S  et  un  grand  E, 
qui  ne  peuvent  admettre  qu'on  dis- 
cute ses  actes,  on  pourrait  rappe- 
ler les  hauts  faits  des  conserva- 
teurs d'autrefois.  En  1849  quand 
lord  Elgin,  pour  donner  suite  à 
une  décision  du  Parlement,  rati- 
fiait une  loi  d'indemnité  aux  vic- 
times de  1837,  les  conservateurs 
couvraient  sa  voiture  d'oeufs  pour- 
ris et  de  pierres.  C'est  en  cete  cir- 
constance que  naquit  la  tradition  de 
respect  des  conservateurs  pour  la 
couronne! 

En  1878.  le  marquis  de  Lorne 
était  le  héros  d'une  manifestation 
du  même  genre.  Il  était  pourtant  le 
gendre    de   la    reine    Victoria! 

En  189G,  sir  Charles  Tupper  fai- 
sait le  ijrocès  en  règle  de  lord  Aber- 
deen  parce  que  celui-ci  ne  voulait 
I)as  reconnaître  certaines  nomina- 
tions de  juges  et  de  sénateurs. 

Comme  bien  vous  pensez,  [e  ne 
vous  infligerai  pas  ce  soir  une  dis- 
sertation en  règle  sur  tous  les  prin- 
cipes de  droit  constitutionnel  mis 
en  cause  et  en  péril  |)ar  l'action  ar- 
bitraire du  gouverneur  général  et  la 
façon  plus  extraordinaire  encore 
dont  M.  Meighen  a  composé  son 
gouvernement,  fermé  les  |)orles  de 
la  Chambre  et  obtenu  la  dissolution 


—  30  — 

du  parlement.  Ceux  d'entre  vous 
qui  veulent  approfondir  la  ques- 
tion n'ont  qu'à  se  référer  aux  étu- 
des très  fouillées  de  plusieurs  ju- 
risconsultes éminents,  tous  d'ori- 
gine et  de  culture  anglaises,  dont 
le  plus  éminent  est  assurément  M. 
Ewart. 

L'opinion  de  M.  Ewart 

A  ceux  qui  ne  le  connaissent  pas 
à  fond,  je  rappelle  que  M.  Ewart 
est  un  ancien  conservateur,  entiè- 
rement détaché  de  la  politique  et 
des  partis.  De  l'aveu  unanime  des 
esprits  compétents,  M.  Ewart  est  le 
Canadien  et  l'un  des  britanniques 
les  plus  versés  dans  la  connaissance 
du  droit  constitutionnel  et  interna- 
tional. Son  érudition  historique  est 
prodigieuse  et  sa  probité  d'esprit 
absolument  inattaquable.  Dans  une 
série  de  lettres  adressées  à  divers 
journaux  de  l'Ontario,  notamment 
au  Citizen  (d'Ottawa)  et  au  Star 
(de  Toronto),  M.  Ewart  a  établi, 
sans  contradiction  possible:  lo, 
que,  depuis  Georges  III,  aucun  sou- 
verain d'Angleterre  n'a  jamais  re- 
fusé à  ses  ministres  la  dissolution 
des  Chambres;  2o,  qu'au  témoigna- 
ge des  hommes  d'Etat  et  des  juris- 
consultes les  i)lus  autorisés,  —  entre 
autres,  sir  Robert  Borden,  —  le 
gouverneur  général  ne  peut  et  ne 
doit  exercer  au  Canada  aucune  pré- 
rogative que  le  roi  d'Angleterre  ne 
réclame  plus. 

Si  cette  thèse  est  bien  fondée,  — 
et  il  serait  fort  téméraire  de  la  con- 
tester, —  il  est  clair  qu'en  refusant 
la  dissolution  à  M.  King,  lord  Byng 
a  pris  sur  lui  une  responsabilité 
que  le  roi  ne  voudrait  |)as  assumer. 
Néanmoins,  soyons  bons  princes, 
ou,  |)liis  exacicnu'nt,  bon  |)eu|)Ie. 
Réservant  au  l'arlemeiit  le  droit  et 
le  soin  de  définir  (juelie  devra  être, 
à  l'avenir,  la  ligne  de  conduite  à 
suivre  en  pareille  occurrence,  ad- 
mettons |)()ur  un  instant  que  lord 
Byng  avait  de  sérieux  motifs  de  re- 
fuser   la    dissolution      à      .M.      King, 


—  31  — 

avant  d'avoir  constaté  si  un  autre 
chef  ou  membre  du  Parlement  pou- 
vait commander  une  majorité  mi- 
nistérielle. Mais  du  jour  où  le  {gou- 
verneur i^énéral  eut  la  i)reuve  dé- 
cisive, indiscutable  et  lani,'ible  que 
M.  Meiiîben  ne  commandait  i)as  cette 
majorité  et  ne  possédait  i)as  la  con- 
fiance de  la  Chambre,  de  quel  droit 
et  en  vertu  de  quel  principe  ou  de 
quelle  coutume  parlementaire  pou- 
vait-il le  maintenir  en  office  et  lui 
accorder  la  dissolution  qu'il  venait 
de  refuser  à  M.  King? 

Un  ministère  bâtard 

Le  contraste  est  d'autant  plus 
marqué  et  l'arbitraire  plus  évident 
que  M.  King,  mis  en  échec  sur  une 
simple  question  administrative^, 
avait  reçu  et  gardé  l'appui  de  la 
majorité  de  la  Chambre  sur  tous 
les  projets  de  loi  et  les  mesures  ad- 
ministratives ou  budgétaires  pré- 
sentés par  ses  ministres  au  cours  de 
la  session;  tandis  que  M.  Meighcn, 
défait  en  toute  occasion,  sauf  sar 
la  îiiolion  de  censure  de  M.  Stevens, 
a  vu  crouler  son  ministère,  sur  le 
principe  même  de  son  existence, 
dès  la  première  heure  où  la  Cham- 
bre a  connu  dans  quelles  condi- 
tions il  s'était  emparé  du  pouvoir. 
Ainsi,  le  gouverneur  général,  à 
trois  jours  d'intervalle,  rejette  l'avis 
d'un  ministère  régulièrement  cons- 
titué, mis  en  échec  sur  une  simple 
question  de  fait;  et  il  accepte,  les 
yeux  fermés,  le  même  avis  de  la 
l)art  d'un  ministère  qui  confesse 
lui-même  son  illégitimité  et  que  la 
Chambre  déclare  inexistant,  donc 
inapte  à  gouverner.  Est-ce  ainsi 
que  MM.  Meighen  et  Patenaude  en- 
tendent ra|)|)lication  du  i)rincipe 
l)osé  dès  avant  la  naissance  de  la 
C-onfédération  i)ar  l'homme  d'Etat 
dont  ils  réclament  l'héritage  et  veu- 
lent accaparer   la   gloire'? 

Né  en  bâtardise,  le  ministère 
Meighen  devrait  forcément  pour- 
suivre une  vie  irrégulière.  La  cou- 
tume parlementaire  exige,  vous  ne 
l'ignorez  pas,  qu'un  ministre,  aussi- 


—  32  — 

tôt  nommé,  doit  'prêter  le  serment 
d'office  et  quitter  la  Chambre  afin 
de  se  faire  réélire.  C'est  l'une  de 
ces  coutumes  non  écrites  qui  ont 
force  de  loi.  Elle  est  tellement  in- 
contestée que  M.  Meighen  lui-même, 
qui  a  si  souvent  donné  l'exemple 
du  plus  parfait  mépris  des  lois,  s'y 
est  soumis,  pour  son  propre  comp- 
te, sans  la  moindre  hésitation.  Quels 
que  fussent  son  audace  et  son  em- 
pressement à  s'emparer  du  pou- 
voir, dès  qu'il  eut  répondu  à  l'appel 
du  gouverneur,  il  prêta  le  serment 
d'office  et  quitta  son  siège.  Si  la 
loi  vaut  pour  lui,  elle  vaut  pour  les 
autres  (ministres.  Mais  cela  ne  fai- 
sait pas  l'affaire  du  grand  parti  de 
l'ordre.  M.  Meighen  savait  à  mer- 
veille qu'il  ne  pouvait  faire  sortir 
de  la  Chambre  un  seul  de  ses  col- 
lègues sans  perdre  immédiate- 
ment sa  majorité.  Au  fait,  il  ne 
l'avait  même  pas,  cette  majorité.  Il 
rassembla  donc  en  catimini  cinq  ou 
six  de  ses  copains,  anciens  minis- 
tres et,  à  ce  titre,  membres  nomi- 
naux du  conseil  privé:  il  y  en  a,  à 
l'heure  qu'il  est,  quatre-vingt-quin- 
ze de  vivants.  Ces  messieurs  se 
nommèrent  individuellement  mi- 
nistres intérimaires,  avec  charge 
de  trois  ou  quatre  ministères  pour 
chacun,  et  se  constituèrent  collec- 
tivement le  gouvernement  du  Ca- 
nada. Naturellement,  le  gouverneur 
général  sanctionna  sans  hésiter  cel- 
te nouvelle  façon  de  constituer  un 
pseudo-ministère.  Tous  les  scrupu- 
les de  Son  Excellence  avaient  cessé 
le  jour  où  M.  Meighen  avait  pris 
charge  de  sa  conscience. 

M.  Meighen  affecte  de  rire  des 
gens  qui  condamnent  celte  maniè- 
re, imitée  des  présidents  des  petites 
républiques  suil-américaines,  de 
s'cm|)arer  du  i)ouvoir.  "Aimez-vous 
mieux  être  bien  gouvernés  par  des 
ministres  (jui  n'ont  pas  prèle  ser- 
ment," demandait-il,  l'autre  jour, 
"ou  ma!  gouvernés  par  des  minis- 
tres assermentés?"  Celte  boutade 
peut  paraître  i)laisanle  aux  gens 
pour   qui   le   succès     légitime   tout. 


—  33  — 

Elle  caractérise  bien  l'honime  qui 
télégraphiait  d'Ottawa  à  Winnipeg 
de  fourrer  en  prison  des  sujets  bri- 
tanniques, et  de  les  déporter  sans 
aucune  forme  de  ijrocès,  sûr  qu'il 
était  de  faire  ratifier  ses  procédés 
bolchévistes  par  une  majorité  par- 
lementaire toute  à  sa  dévotion.  Mais 
si  cela  est  plaisant  pour  les  saltim- 
banques de  la  politique  et  les  gru- 
geurs  de  fromage  ministériel,  cette 
singulière  mentalité  et  les  procédés 
que  je  viens  de  décrire  suggèrent 
de  sérieuses  réflexions  aux  esprits 
qui  ont  quelque  souci  du  respect 
des  lois  et  de  l'ordre  social. 

On  ne  comprend  guère  toutefois 
l'attitude  de  cet  excellent  M.  Sau- 
vé, auquel  je  n'ai  pas  marchandé  ma 
sympathie,  qui  après  avoir  si  long- 
temps dénoncé  l'autocratie  de  M. 
Taschereau,  est  devenu  si  indulgent 
pour  l'autocratie  de  M.  Meighen. 

S'il  est  permis  à  celui-ci  d'agir 
comme  il  l'a  fait,  ne  serait-il  pas 
permis  au  maire  de  Montréal  de 
prendre  les  mêmes  libertés?  M.  Mé- 
déric  Martin  ne  souffre  pas  d'un 
excès  de  modestie,  il  ne  demande- 
rait pas  mieux  que  de  voir  augmen- 
ter ses  pouvoirs.  Mais  on  ne  voit 
pas  M.  Martin  ou  M.  Taschereau 
agissant  à  la  façon  du  gouverneur. 

Menace  à  l'ordre  social 

Si  le  gouvernement  suprême  de 
la  nation  peut  être  le  jouet  d'une 
bande  de  politiciens  sans  vergo- 
gne, assez  audacieux  pour  se  mettre 
en  place,  au  mépris  de*  toutes  les 
lois,  de  toutes  les  coutumes,  quelles 
garanties  avons-nous  de  la  stabilité 
de  nos  gouvernements  provinciaux 
ou  municipaux,  de  nos  commissions 
scolaires  ou  de  tout  autre  corps 
constitué  par  les  lois  pour  admi- 
nistrer une  portion  quelconque  de 
la  chose  publique?  Quelle  sécurité 
reste  aux  pères  de  famille,  aux  pro- 
priétaires, aux  citoyens?  Leur  per- 
sonne et  celle  de  leurs  enfants, 
leurs  biens,  le  fruit  de  leur  travail, 
tout  cela  ne  leur  est  assuré  que  par 


—  34  — 

le  maintien,  le  respect  et  l'applica- 
tion des  lois,  par  les  sanctions  que 
les  lois  civiles  et  pénales  apportent 
aux  principes  du  droit  naturel  et 
aux  maximes  de  l'ordre  social  qui 
sont  à  la  'base  de  toute  société  hu- 
maine. Si  les  hommes  qui  gouver- 
nent la  nation  donnent  l'exemple 
du  mépris  des  lois,  ils  en  faussent 
le  sens  dans  tous  les  esprits  et 
atrophient  le  respect  de  l'ordre  so- 
cial dans  toutes  les  consciences. 
Voilà  un  aspect  de  la  question  cons- 
titutionnelle que  je  livre  à  la  ré- 
flexion des  gens  sérieux,  des  hom- 
mes et  des  femmes  de  cette  pro- 
vince, toute  pénétrée  des  notions 
d'ordre  que  nos  ancêtres  ont  pui- 
sées dans  la  connaissance  et  la  pra- 
tique des  enseignements  du  Christ 
et  de  l'Eglise. 

Les  politiciens  d'aventure  et  les 
saltimbanques  qui  s'apprêtent  à 
jouir  des  fruits  de  l'attentat  com- 
mis par  M.  Meighen  nous  traitent  de 
révolutionnaires.  Je  dédaigne  de 
m'arrêter  à  cette  grotesque  accusa- 
tion. Aux  gens  sérieux,  aux  es- 
prits honnêtes,  je  me  borne  à  rap- 
peler que  toutes  les  révohilions 
sont  îiées  du  scandale  causé  par 
les  chefs  d'Etat  et  les  classes  diri- 
geantes qui  ont  affiché  leur  mé- 
pris des  lois  sociales  ou  morales  et 
donné  les  premiers  l'exemple  de 
l'arbitraire.  (7est  donc  pour  empê- 
cher "que  le  coup  de  force  de  lord 
Byng  et  de  M.  Meighen  ne  produise 
les  dangereuses  réactions  qu'il  ap- 
pelle logiquement,  que  tous  les  hom- 
mes d'ordre  doivent  se  rallier  au- 
tour de  M-  King  et  mettre  de  C()té, 
pour  l'instant,  leurs  nréférences 
particulières  ou  leurs  attaches  de 
parti,  afin  d'affirmer  avec  éclat, 
avec  calme  aussi,  leur  inébranlable 
détermination  de  maintenir  en  Ca- 
nada les  i)rincii)es  de  gouverne- 
ment que  nous  avons  ap|)ris,  à 
l'école  de  r.\nglelerre,  à  admirer 
et  à  pratiquer  iiar  raison,  sinon  par 
amour. 


—  35  — 

Le   gouverneur^   fonctionnaire 
anglais 

Il  est  un  autre  aspect  de  la  ques- 
tion qu'il  importe  de  signaler.  Le 
gouverneur  général  est  à  la  fois  le 
représentant  du  roi  et  le  délégué  du 
gouvernement  britannicjue.  Comme 
représentant  du  roi,  il  commande 
le  respect  de  tous;  et  ce  n'est  pas 
nous,  Canadiens  français,  élevés  à 
l'école  du  respect,  qui  le  lui  mar- 
chanderons. Mais  pour  que  ce  res- 
pect se  maintienne  intégralement, 
il  importe  que  le  détenteur  de  cette 
autorité,  quel  qu'il  soit,  donne  lui- 
même  l'exemple,  qu'il  imite  scru- 
puleusement la  conduite  que  tous 
les  rois  d'Angleterre  ont  suivie  de- 
puis un  siècle,  à  commencer  par 
cette  grande  femme  de  bien  et  de 
bon  sens  qui  fut  la  reine  Victoria. 
Il  importe  surtout  qu'il  maintienne 
intégralement  les  principes  et  la 
pratique  de  la  constitution  qu'il  a 
charge  de  faire  respecter. 

Comme  délégué  du  gouvernement 
britannique,  le  gouverneur  général 
a  un  rô[e  peut-être  pJus  dificile  à 
remplir.  Depuis  les  jours  de  lord 
Metcalfe  et  les  salutaires  leçons 
qu'il  reçut  de  Lafontaine  et  de  Bald- 
winj.  —  on  ne  traitera  pas  ceux-ci 
de  révolutionnaires,  j'imagine  — 
tous  nos  gouverneurs  ont  compris 
qu'ils  n'avaient  ni  le  droit  ni  le 
pouvoir  d'opposer  les  désirs  du  gou- 
vernement de  Londres  aux  volon- 
tés manifestes  du  parlement  cana- 
dien. Sans  doute,  i)lusieurs  ont 
tenté  de  faire  de  la  propagande  bri- 
tannique et  impérialiste;  et  ils  ont 
parfois  réussi.  Mais  ils  n'ont  ja- 
mais dépassé  les  bornes  de  l'action 
persuasive  individuelle.  S'ils  ont 
réussi  dans  leurs  desseins,  c'est 
grâce  à  la  complaisance,  à  la  vé- 
nalité et  à  la  faiblesse  de  nos  hom- 
mes publics.  ^lais  si  le  peuple  ca- 
nadien, égaré  par  la  passion  ou  l'es- 
prit de  parti,  ratifie  par  ses  votes 
la  série  d'actes  arbitraires  posés 
par  lord  Hvng.  du  2X  juin  au  2  juil- 
let,   et    pris   à    leur    eom|)te    par    M. 


—  36  — 

Meighen  et  ses  collègues,  y  com- 
pris M.  Patenaude,  gare  aux  consé- 
quences! Dans  toute  occasion  où  les 
intérêts  de  l'Angleterre  et  ceux  du 
Canada  seront  en  conflit,  où  le 
gouvernement  de  Londres  voudra 
nous  arracher  des  concessions,  ob- 
tenir du  Canada  des  troupes  et  de 
l'argent  pour  ses  entreprises  de 
guerre,  le  gouverneur  général  du 
temps,  fort  de  l'exemple  donné  par 
iord  Byng,  pourra  se  débarrasser 
d'un  gouvernement  qui  contrecarre 
les  desseins  de  ses  maîtres  anglais 
et  se  choisir  des  aviseurs  plus  doci- 
les et  plus  complaisants.  C'est  donc 
toute  l'autonomie  du  Canada  qui  est 
en  question;  c'est  la  lente  inais 
graduelle  conquête  de  nos  libertés 
qui  est  en  péril;  c'est  l'oeuvre  de 
Macdonald  et  de  Cartier,  c'est  l'es- 
prit même  de  la  Confédération 
dans  ses  rapports  avec  la  métropole, 
que  sapent  en  ce  moment  les  hom- 
mes qui  se  réclament  si  faussement 
des  traditions  du  parti  conserva- 
teur. En  voilà  assez,  ce  me  semble, 
pour  déterminer  la  décision  que 
nous   prendrons   mardi. 

Les  partis  —  Les  hommes 

I]  me  reste  à  vous  dire  un  mot 
des  partis  et  des  hommes  qui  occu- 
pent en  ce  moment  la  scène  politi- 
que. 

L'automne  dernier,  je  déclarais  à 
mes  bons  électeurs  de  Labelle  que 
tout  esprit  de  parti  est  mort,  bien 
mort  en  moi.  C'est  rigoureuse- 
ment vrai;  et  mon  expérience  de  la 
dernière  session  n'a  ])ns  contribué 
à  faire  revivre  celte  fibre  morte. 
C'est  donc  en  toute  liberté  et  avec 
le  i)lus  entier  détachement  d'esprit 
qu  je  vous  parlerai  des  partis  et  des 
hommes  qui  les  dirigent. 

Le  parti  conservateur  fut  long- 
teiups  le  parti  des  principes.  Il 
compte  à  son  acquis  de  grandes 
oeuvres  nationales.  II  a  rendu  à  la 
nation  des  services  signalés;  il  lui 
a  donné  quel(iues-uns  de  ses  hom- 
mes d'Etat  et  de  ses  publicistcs  les 
plus  émincnts.     De     tout    cela,  nul 


—  37  — 

n'a  témoigné  plus  souvent  que  moi. 
Mais  il  faut  bien  le  reconnaître, 
la  sève  de  ce  grand  parti  sem- 
ble épuisée.  Sans  doute,  il  se  trou- 
ve encore,  même  à  la  Chambre,  de 
véritables  conservateurs,  tout  im- 
bus du  meilleur  esprit  et  des  plus 
saines  traditions  de  leur  parti;  mais 
ils  sont  clairsemés  et  ils  ne  domi- 
nent pas  dans  les  conseils  de  leur 
parti.  Bien  plus,  ils  sont  mis  au 
rancart  et  tenus  en  méfiance,  préci- 
sément parce  qu'ils  ont  des  princi- 
pes et  que  leur  manière  de  voir  et 
de  sentir  contrecarre  et  condamne 
l'inspiration  qui  mène  le  i)a.-ti,  i)nr- 
ce  qu'ils  ne  sont  pas  des  tories,  im- 
périalistes et  orantîistes.  Cette  si- 
tuation s'affirme  principalement 
dans  toutes  les  questions  qui  tou- 
chent aux  relations  du  Canada  avec 
l'Angleterre  et  aux  rapports  mu- 
tuels des  provinces  canadiennes 
ou  de  races  qui  les  habitent. 

"Nids  de  traîtres" 

Au  début  de  ma  carrière  politi- 
que, j'eus  l'avantage  de  connaître 
assez  intimement  un  vieux  conser- 
vateur de  'marque,  pas  des  plus  l)ril- 
lants,  mais  assurément  l'un  des  plus 
honorables  et  des  plus  honnêtes  qui 
aient  jamais  i^ris  part  au  gouverne- 
ment du  pays.  11  s'agit  de  sir  .Mac- 
kenzie-Bowèll.  Ancien  grand  maî- 
tre des  orangistes,  il  n'avait  jamais 
permis  aux  préjugés  de  cette  fac- 
tion de  prévaloir  contre  la  justice 
et  le  bon  droit.  Aussi,  tourna-t- 
elle  contre  lui  ses  dards  empoison- 
nés. Un  jour,  il  me  disait:  "Ja- 
mais le  Canada  ne  retrouvera  son 
équilibre  tant  que  le  i)arli  conser- 
vateur n'aura  |)as  repris  sa  place 
et  son  influence;  mais  jamais  le 
parti  conservateur  ne  renaitrii  de 
ses  cendres  et  ne  pourra  rendre  de 
réels  services  au  pays  tant  qu'il 
n'aura  i)as  écrasé  tous  les  traîtres 
couvés  dans  le  nid  où  j'ai  vécu, 
après  la  mort  de  sir  .lohn".  Ce  "nid 
de  traîtres",  loin  de  disparaître,  a 
continué  de  recevoir  de  nouvelles 
couvées.    ..le  ne  dis  pas  que  M.  Mei- 


—  38  — 

ghen  \en  est  sorti.  Quelles  que 
soient  les  injures  dont  me  couvrent 
ses  partisans  actuels,  je  persiste  à 
dire,  jusqu'à  preuve  du  contraire, 
que  M.  Mei^hen  n'est  pas  un  fana- 
tique ni  un  traître.  ^lais  son  par- 
ti en  est  rempli,  son  état-major  onta- 
rien  en  est  presque  exclusivement 
composé,  et  sa  queue  québécoise  en 
porte  plusieurs  plu,mes.  De  quoi  se 
compose  'aujourd"hui  le  gros  des 
forces  conservatrices?  De  la  clique 
orangiste  d'abord,  plus  arrogante  et 
dominatrice  que  jamais;  des  traî- 
tres élus  en  1911,  dans  la  province 
de  Québec,  contre  la  politique  im- 
périale de  M.  Borden,  "non  moins 
néfaste"  que  celle  du  gouverne- 
ment libéral  de  l'époque,  et,  sitôt 
élus,  empressés  à  renier  leurs  dé- 
clarations et  leurs  promesses;  des 
libéraux  transfuges  de  1917  qui, 
pour  imposer  au  pays  la  conscrip- 
tion, poignardèrent  dans  le  dos  leur 
vieux  chef,  sir  Wilfrid  Laurier, 
qu'ils  avaient  tant  adulé  aux  jours 
de  sa  puissance  et  à  qui  ils  avaient 
imposé,  hélas!  tant  de  louches  com- 
promissions avec  l'impérialisme  et 
l'orangisme.  Enlevez  ces  trois  élé- 
ments, que  reste-t-il  de  vrais  con- 
servateurs, de  i)rincipes  et  de  tra- 
ditions? n  n'est  donc  'pas  surpre- 
nant que  yi.  Meighen,  homme  habile 
mais  esprit  sans  envergure,  politi- 
cien retors  et  actif  mais  sans  au- 
cune conception  d'ensemble,  honnê- 
te en  son  i)articulier  mais  d'une  am- 
bition effrénée,  il  est  même  tout 
simple  que  M.  Meighen  ne  puisse 
commander  une  nrmée  ainsi  com- 
posée, et  surtout  (|u'il  ne  |)uisse  lui 
imjjoser  une  politique  véritable- 
ment nationale,  une  direction  à  la 
fois  ample,  ferme  et  sage,  dont  il 
n'a  pas  lui-même  la  conception  et 
que  le  gros  de  son  parti  re|)ousse 
par  tous  ses  instincts,  par  tous  ses 
préjugés,  toutes  ses  ambitions,  tou- 
tes  s:'s   manoeuvres. 


—  39  — 

Le  parti  libéral 

Le  parti  libéral  souffre  du  mal 
qui  est  à  la  base  du  libéralisnie, 
dans  tous  les  temps  et  tous  les  pays: 
l'absence  de  i^rincipes  direcUnirs. 
Ce  mal,  toutefois,  est  inoins  mar- 
qué dans  les  pays  de  mentalité  an- 
glaise et  protestante  que  dans  les 
pays  latins  et  catholiciues.  Dans  une 
encyclique  trop  oubliée  <le  nos 
jours,  comme  tant  d'autres  direc- 
tions pontificales,  le  saint  Pape 
Pie  IX  —  les  scribes  de  la  Patrie 
insulteront-ils  à  sa  mémoire  comme 
ils  lancèrent  un  jv";ur  l'injure  à  Be- 
noît XV?  —  Pie  IX  nous  rappelait 
que  l'appellflion  de  libéral  n'im- 
plique pas  toujours  la  profession 
des  fausses  doctrines  du  libéralis- 
me. En  fait,  il  se  rencontre  autant 
de  libéraux  de  doctrine  dans  le 
parti  appelé  conservateur  que  dans 
celui  qui  s'apiJelle  libéral. 

Le  parti  libéral  actuel,  à  Ottawa, 
ne  renferme  pas  beaucoup  de  lions 
ni  d'aigles,  rares  dans  tous  les 
temps  et  dans  tous  les  partis;  mais 
il  se  compose  en  grande  majorité 
d'hommes  bien  disposés.  Purgé  par 
la  grande  guerre  de  ses  éléments 
les  |)lus  détestables,  il  semble  tout 
disposé  à  réi)arer  ses  erreurs  des 
dernières  vingt-cinq  années  et  à 
reprendre  la  vraie  tradition  natio- 
nale. M.  Mackenzie  King  n'est  pas 
un  homme  parfait  ni  complet.  Où 
les  trouve-t-on?  Mais  il  possède  trois 
qualités  maîtresses:  la  droiture,  le 
courage  (quand  il  est  provoqué  ou 
chauffé  à  blanc),  et  le  sens  du  vrai 
patriotisme.  Il  est  essentiellement 
Canadien.  Ses  adversaires  l'accu- 
sent de  tendances  américaines.  (>'est 
la  vieille  rengaine  tory  contre  tout 
Canadien  qui  ne  veut  pas  servi.' 
l'Angleterre  aux  dépens  de  son 
pays.  Les  libéraux,  (juand  leur  chef 
a  été  attacpié,  ne  l'ont  pas  défendu 
bien  vigoureusement.  Ils  ne  se  bat- 
tent ])as  comme  je  me  battais  il  y 
a  ,30  ans.  lorsque  j'étais  rouge. 
Enfin,  i)our  tout  ce  qui  touche 
aux    relations    entre    les    races    et 


—  40  — 

les  provinces,  je  ne  crois  pas  qu'il 
existe  ni  qu'il  ait  jamais  existé 
dans  'la  vie  publique  de  notre  pays, 
depuis  un  demi-siècle,  un  homme 
aussi  dépourvu  de  fanatisme  et  de 
préjugés,  aussi  résolu  à  rendre  jus- 
tice à  tous,  à  maintenir  un  juste 
équilibre  entre  les  éléments  divers 
qui  peuplent  le  Canada.  Mais  il  ne 
peut  pas  tout  faire  seul.  Ses  dis- 
positions naturelles  et  ses  convic- 
tions trouveront  leur  expression 
dans  la  politique  canadienne,  dans 
la  mesure  où  il  sera  entouré,  soute- 
nu, et  parfois  poussé,  par  des  hom- 
mes droits,  énergiques,  sincèrement 
résolus  à  faire  triompher  une  poli- 
tique véritablement  nationale  par 
l'accord  des  races  canadiennes  dans 
le  respect  de  leurs  droits  mutuels 
et  par  l'établissement  de  relations 
pacifiques  emtre  le  Canada  et  les 
autres  nations  du  monde. 

Les  progressistes 

Que  dire  des  progressistes?  L'ana- 
lyse est  plus  difficile,  parce  qu'en 
raison  même  de  leur  organisation 
économique  et  électorale,  ils  ne  for- 
ment pas  un  parti  homogène.  Tout 
ce  que  j'en  puis  dire,  c'est  ceci.  La 
majorité  d'entre  eux  sont  de  braves 
gens,  honnêtes  et  sincères,  et  beau- 
coup plus  raisonnables  qu'on  nous 
a  donné  à  croire,  dans  l'est.  Plu- 
sieurs, nés  en  Angleterre,  sont  tout 
imbus  des  théories  du  libre-échan- 
ge; mais  ils  comprennent  que  l'ap- 
plication de  cette  théorie  est  im- 
possible au  Canada,  au  moins  d'ici 
longtemps.  Il  est  beaucoup  plus 
facile  qu'on  ne  le  pense  de  s'enten- 
dre avec  eux  en  ces  matières  et  sur 
presque  tous  les  points  essentiels. 

Souvent,  j'entends  dire,  tantôt  par 
des  conservateurs,  tantôt  par  des 
libéraux,  voire  par  certains  indé- 
pendants, que  ce  nouvel  élément  po- 
litique est  une  cause  d'instabilité  et 
(ju'il  serait  désirable  d'en  revenir 
au  régime  des  deux  partis.  Per- 
mettez-moi de  contredire  nettement 
cette  oi)inion.  A  mon  sens,  les 
progressistes  ont    rendu  -et   peuvent 


—  41  — 

encore  rendre  de  grands  services  à 
la  nation.  Ils  ont  forcé  la  Parle- 
ment à  aborder  sérieusement  l'étu- 
de de  graves  problèmes  économi- 
ques trop  longtemps  négligés  ou 
fort  mal  traités  par  des  politiciens 
qui  n'en  connaissaient  pas  le  pre- 
mier mot  et  ne  cherchaient  dans 
leur  solution  qu'un  avantage  élec- 
toral. Sur  les  deux  questions  qui 
nous  intéressent  le  plus,  qui  de- 
vraient primer  toutes  les  autres  aux 
yeux  des  vrais  Canacfiens:  —  les 
relations  des  races  au  Canada  et  la 
situation  du  Canada  dans  l'Empire 
—  la  majorité  d'entre  eux,  comme 
la  plupart  des  libéraux  de  la  Sas- 
katchewan,  entretiennent  des  idées 
et  professent  des  opinions  beaucoup 
plus  saines,  plus  vraiment  nationa- 
les, que  celles  qui  prévalaient  autre- 
fois dans  les  deux  grands  partis  et 
qui  dominent  «encore  le  parti  con- 
servateur. Ce  serait  donc  une  er- 
reur profonde  pour  nous.  Cana- 
diens français  ou  Canadiens  tout 
court,  de  désirer  la  disparition  des 
progressistes. 

Est  et  Ouest  —  Unité  nationale 

Au  reste,  il  faut  en  prendre  son 
parti.  Le  parti  progressiste  actuel 
peut  disparaître;  ce  qui  ne  disparaî- 
tra pas,  ce  qui  ira  toujours  grandis- 
sant, ce  qui  s'affirmera  chaque 
jour  davantage,  c'est  l'esprit  d'où 
sont  nés  le  mouvement  et  le  parti 
progressiste;  c'est  le  sentiment,  gé- 
néral dans  l'ouest,  que  les  provinces 
de  l'est,  dominées  par  les  puissan- 
ces financières  de  Montréal  et  de 
Toronto,  ont  organisé  et  gouverné 
l'ouest  à  leur  guise  et  dans  leur 
propre  intérêt.  Je  ne  discute  pas 
cette  opinion,  je  la  constate;  et  nul 
Canadien  un  tant  soit  peu  averti  des 
conditions  de  l'ouest  ne  peut  en  mé- 
connaître la  force  et  l'importance. 
Toute  la  question  est  de  savoir  si 
nous  devons  profiter  de  la  force 
numérique  qui  nous  reste  encore 
pour  imi)oser  à  l'ouest  une  i)olilique 
qu'il  repousse;  ou  s'il  ne  vaut  pas 
mieux,   dans   l'intérêt   de   la   nation 


—  42  — 

tout  entière,  chercher  à  nous  enten- 
dre avec  ces  populations.  La  po- 
litique conservatrice  actuelle  tend 
à  créer,  entre  l'est  et  l'ouest,  un 
antagonisme  qui  mettra  un  jour  en 
péril  l'unité  nationale.  M.  King, 
forcé  peut-être  par  les  nécessités  de 
sa  situation,  tente  de  concilier  les 
intérêts  contraires  ou  divergents 
des  deux  grandes  sections  du  pays. 
Comme  Canadien,  résolu  à  tous  les 
sacrifices  qui  ne  dépassent  pas  les 
bornes  de  nos  forces,  à  toutes  les 
tentatives  raisonnables  de  concilia- 
tion, à  tout  effort  pour  maintenir 
et  faire  grandir  l'oeuvre  des  Pères 
de  la  Confédération,  pour  mettre 
en  valeur  ce  qu'il  y  avait  de  réali- 
sable dans  leur  rêve  grandiose  et 
pour  en  atténuer  les  erreurs,  j'ap- 
prouve de  tout  coeur  l'entreprise 
de  M.  King.  C'est,  à  mes  yeux,  un 
motif  de  plus  pour  lui  accorder 
notre  appui. 

Ai-je  besoin  d'ajouter,  en  votre 
nom  et  au  mien,  au  nom  de  tous  les 
Canadiens  qui  ont  bien  voulu  me 
faire  confiance  et  me  soutenir  dans 
les  luttes  entreprises  et  soutenues 
pour  la  grande  cause  de  l'unité  na- 
tionale, unité  dans  la  paix,  la  paix 
intérieure  et  la  paix  extérieure, 
dans  d'ordre,  dans  le  respect  des 
traditions,  du  bon  droit  et  de  la 
justice,  que  le  jour  où  M.  King,  ou 
tout  autre  chef  d'Etat,  s'écartera  de 
cette  voie  salutaire,  nous  serons  les 
premiers  à  le  dénoncer,  à  le  com- 
battre? Les  partis  changent,  les 
hommes  passent:  attachons-nous  à 
ce  qui  reste:  à  la  vérité,  à  la  jus- 
tice, au  salut  de  la   nation. 


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