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Full text of "Les oeuvres dHorace, latin et françois ... de la version de M. de Marolles, abbé de Villeloin"

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LES 


ŒVVRES 

D'HORACE 

-  _  y 

LATIH  ET  FfUWCOlS, 

CONTENANT 

LES   ODES    ET    LES    EPODES. 

De  là  Verfon  de  M.   b  E   M  A  R  O  LL  E  s 
Jihbé  de  Villeloin. 


A    PARIS, 

Chez  Tovssainct    Qvinet  au  Palais,  en  la 

Galleric  des  Merciers ,  fous  la  montée  de  la 

Cour  des  Aydes. 

M.     D  C.     LU. 
AVEC   PRIVIL&GE.    VV    ROY, 


II 


m  •  % 


SON  ALTESSE  ROYALE 

MONSEIGNEVR 

1EDVC 

D'ORLEANS 


0NSE1GNEVR 


Apres  auoir  publié  quelques. 
oum 'âges  fous  les  augures  noms 

a  iij 


E  P  I  S  T  R  E. 
du  Roy  &  de  la  Reyne-,  les  obli- 
gations qu'a  toute  la  France  de 
rendre àvoflre  Alteffe  Royale  les 
tres-humbles  reffecs  qui  luy  font 
deubs  ,  &  qui  engagent  chaque 
particulier  de  luy  donner  de  tout 
fin  pouuoir  des  marques  de  fa  re- 
connoijfance  &  de  fin  rejfenti- 
ment,  pour  les  biens  quelle  s'effor- 
ce continuellement  de  procurer  à 
l'Eflat  i  m'ont  fait  prendre  la  bar» 
dieffe  de  luy  prefenter  l%rvnique 
Ad  ufe  lyrique  des  Latins  qui  com- 
mença de  paroiftre  en  Italie  y  il  y 
a  prés  de  dixfêpt  cent  ans.  Elle 
eft  tyeftuè  à  la  vérité  d'vne  m&de 
nouuelle ,  &  quoy  que  ce  ne  foit 
pas  auec  tous  les  ornemens  de  fa 
iemejjè  (car  ils  eftoientjî magni- 
fiques &  fi  pompeux  qu'il  ny  en 


E  F I  S  T  R  E. 
s  point  eu  depuis  qui  les  ait  pu 
égaller)  fi  efc*ce  que  c'efi  d'vne 
façon  proportionnée  a  fa  taille  & 
à  l'air  de  fon  vifage.  De  forte 
que  fi  elle  fè  peut  promettre  de  ne~ 
fire  point  méconnue  de  vojire  Al- 
tejfe  Royale  qui  aime  toutes  les 
belles  chofes  ,  &  qui  fè  connoift 
parfaitement  en  toutes  celles  qui 
nous  viennent  de  £  Antiquité ,  te 
ne  defefpere  pas  quelle  n'en  /oit 
fupportée  ,  &  qu'elle  ne  trouue 
dans  le  public  vn  fauorable  ac- 
cueil',  fous  la  protection  devoflre 
grand  nom.  Certes  ,  MO N- 
S  E IGNE  V R  ,  te  meftime- 
rois  bien  glorieux, fi  par  mes  foins, 
iauois  pu  faire  quelque  chofè  qui 
ne  déplu fb  pas  à  vofire  Altejfe 
Royale  x  a  quoy  toutes  les  me^ 

a  iiij 


E  P  I  S  T  K  E. 

uciilcuft's  qualités  de  fbn  efj>rity 
&  de  fa  perfonne  m'ont  forte- 
ment follicité ,  quand  la  gloire  de 
fa  haute  naiffance  ,  &  tous  les 
allant  âge  s    d'vn  beau  naturel  x 
joints  à  <vne  genereufe  bonté,  (5 
à  vne  douceur  fans  exemple  qui 
gagnent  les  cœurs  de  tout  le  mon- 
de ,  ne  ni  en  aur oient  pas  fait 
conceuoir  le  deffein.    Jiu  re/te, 
MO  NSEIGNEFR ,  nous 
regardons  auec^  admiration  <vo- 
fire  prudence  parmi  les  plus  grands 
troubles  des  affaires  :  fi  nous  re- 
payons la  vue  fur  ïhiftoire  de 
'vos  trauerfes ,  &  de  vos  actions 
guerrières. ,  nous  en  fommes  émer- 
ueillez>:  nous  ne  fç aurions  douter 
de  la  fermeté  de  voflre  courage, 
&  de  la  fincerité  de  vofire  foy  : 


E  P  I  S  T  R  E. 
La  Renommée  nous  apprend  que 
ryoftre  confiance  efi  inébranlable, 
&  qu'il  n'y  a  point  de  maifonpar* 
ticuliere  fur  la  terre  ,  ou  l'abord 
foit  fi  facile  que  dans  vofire grand 
Tœlaù.  Il  n'y  en  a  pas  vne  auff- 
fi,  où  la  Concorde  &  ÏVnion  con- 
iugale  fleurirent  dauantage  que 
dans  <voftre  famille  Royale,  à  la- 
quelle il  femble  que  le  Ciel  pro- 
mette autant  de  Royaumes  qu'il 
y  a  de  te  fie  s  couronnées  qui  la 
compofent.  M.  a  is  ce  ri 'efi pas  dié% 
âmes  vulgaires  a  pénétrer  dans 
les  fecrets  des  Dieux  :  il  fuffit  d'en 
auoir  entreueu  des  rayons  ,  & 
d'auouer  que  tout  ïefclai  qui/vous 
enuironne  ,  arrefie  dans  le  reffec 
nos  paroles  &  nos  pensées  ,  tf 
fait  tomber  la  plume  de  la  main 


EPISTRE 
À  celuy  qui  a  regret  de  ne  fou- 
rnir dire  qu'en  des  termes  com- 
muns qu'il  efly 


MONSEIGNEVR, 


De  voftre  Ahejfe  Royale. 


Le  tres-hurable  &  tres-obeiflànt  feiuiteut, 
Michel  de  Marolles 
Abbé  de  VUleloin. 


^9^®  S«^t  5 ré  *t^5ï  SE !S!3? ^ 


f^skS>  £i£>  ëf3  vîjâS  ^    3f2>     ^S»  <HS  <£&>  ££>  i*iS>  ^*S  49  && 
*»  m  *&  êU  *  fc  :  9]&  t  ,&  *»  tu,  &  *&  ^J?"  w  ^ 

PREFACE. 

Ncore  qu'il  y  ait  vnc  fî 
grande  quantité  de  Liures 
que  les  plus  nombreufes 
Biblioteques,n  en  contiens 
nent  pas  la  moitié  de  ceux 
quiontefté  imprimez  depuis  deux  cent 
ans;  fi  eft-ce  qu'à  proportion  que  les 
lettres  font  chéries ,  la  foule  en  augmen- 
te deioureniour.  Et  comme  le  public 
les  reçoit  encore  affez  fauorablemcnt, 
plufieurs  qui  prétendent  à  la  gloire  de 
bien  efcrire5nefela(lent  point  suffi  d'en 
compofer ,  fe  perfuadans  que  fi  leurs  ou- 
tirages  ne  font  pas  fi  bien  receus  d'a- 
bord, la  pofterité  leur  fera  iuftice.  Mais 
en  connoififons  nous  beaucoup  dans 
tous  les  ficelés  > 

Qui  nayent  f<u  eprouué  l'Empire  de  U 
mort , 
Pour  parler  aux  termes  du  Poète?  com- 
bien yen  a- t~il  quiayentpafleles  mon- 
tagnes  &:  les  mers  ?  ou  qui  foient  venus 


P  R  E  V  A    C   E. 

iufquesànous?  Contcroit-on  beaucoup 
de  Virgiles  &  cTHoraccs,  depuis  l'heu- 
rcttx  regne  d'Augufte  !  le  (çay  bien  que 
quelqu'vn  me  dira  ce  quvn  autre  bel  . 
cfprit  dit  autresfois  à  ce  dernier. 

Sint  Mdcccnates  j,  entnt  tibi>  flaccç  M&- 
rones: 
Mais  pour  ne  fe  point  flatter  ,  quoy 
qu'on  puifle  mettre  en  ce  nombre  là 
quelques-vns  des  Noftres  que  i'eftime 
infiniment ,  &:  qui  fans  doute ,  efcriuent 
pour  Feternitc  5  il  faut  ncantmoins 
auoiier ,  qu'il  y  en  a  toufiours  eu  fort 
peu. 

Au  refte  la  Fortune  des  liures  etica- 
pricieufe  }  &:  nous  en  pourrions  nom- 
mer quelques-vns  qui  ont  eu  moins  de 
yie  que  leurs  Autheurs^quoy  qu'ils  ae 
fufTent  pas  déniiez  des  grâces  de  l'élo- 
quence 5  auec  beaucoup  de  fçauoir  en 
des  fujets  importans.  Mais  enfin  nous 
en  fommes  venus  en  vn  temps  y  où  parmi 
force  perfonnes  de  mérite  ,  qui  font  di- 
gnes de  l'eftime  de  tous  les  fiecles;  il 
femble  qu'on  ait  perdu  le  gouft  de  la 
belle  poëfie,pour  en  écouter  vne  infâ- 
me qui  ne  deuroit  charmer  que  les  âmes 
vulgaires  :  &  les  grands  vers  font  fi  peu 


P    R  fe  F  A  C  E. 

tonfiderez,  qu'à  peine  trouue  c-on  au- 
jourd'huydes  perfonnes  qui  leslifenr. 

De  faueur  de  Grands  pour  les  geng  de 
lettres  >  encore  qu'il  y  aille  de  leur  glbi- 
ïCy  on  s'en  aperçoit  rarement  :  &  i'eit 
ay    mermes   connu   quelques  -vns   de 
beaucoup  de  mérite  qui  font  morts  dans 
la  dernière  necelTité.   le  ne  voypasaufïi 
qu'on  eftime  dauantage  vn  fçauant  hom- 
me que  le  plus  ignorant  de  fon  ficelé, 
s'il  n'a  plus  de  richefTes,ouplus  de  cré- 
dit à  la  Cour.  Ce  qui  eft  tellement  vray^ 
que  pour  fe  conferuer  en  quelque  répu- 
tation dans  les  Prouinces,  il  fefaut  bien 
eimpefcher  d'y  paroiftre  plus  adonné  à 
leftude,  ou  plus  éclairé  que  les  autres 
hommes:  car  fi  onne  le  fait pafler  pour 
auoir  l'cfprit  vn  peu  troublé,  on  penfe- 
ra  luy  faire  beaucoup  de  grâce  de  le 
fbuffrir  fans  le  perfecuter  :  du  moins 
enay  je  connu  qui  ont  porté  cefauora- 
ble  jugement  de  leur  pays.  De  forte  que 
fi  Paris  où  toutes  les  belles  chofes  du 
monde  fe  rencontrent ,  ne  droit  de  fa 
grande  multitude,  des  perfonnes  éprou- 
uées    qui   compofent  tant  d'illuftres 
Académies  pour  toute  forte  de  feien- 
ces,  &  de  profeflions,  iepe>n»fe  qu'il  fau- 


Préfacé» 
«Jroit  appréhender  le  retour  do  la  barba- 
rie des  Goths  >  &  des  Vandales. 

Ilcft  donc  vray  que  la  feule  efperan- 
ce  d'aquerir  vn  peu  de  gloire  ,  multiplie 
le  nombre  des  liures:  mais  elle  faitref- 
fcmbler  ceux  qui  les  font,à  ces  chiens  de 
ehafle  qui  pourfuiuent  auec  beaucoup 
d'ardeur ,  vne  proy  c  fugitiue  fans  y  pou- 
uoirataindre,  &:de  fait  bien fouuent ils 
n'attrapent  que  du  vent  :  car  cette  gloi- 
re où  ils  afpirent,  qu'eft  elle  autre  cho- 
fe  qu'vn  peu  de  vapeur  mufquée  3  com- 
me tout  le  bien  de  la  chafle  n'eft  au  plus 
à  ces  pauures  animaux  qu  vne  légère  fu- 
mée des  entrailles  &:  du  fang  de  la  befte 
qu'il  <?  ont  prife  de  force? 

Ilfautauouerrieantmoins  que  ce  peu 
de  gloire  a  des  charmes  puiflans,  puis 
qu'elle  engage  tant  d'honneftes  gens  à 
fa  recherche  :  mais  s'il  eft  fi  malaifé  d'en 
approcher  par  les  belles  routes  ;  com- 
ment y  pourroit-on  prétendre  par  des 
fentiers  dificiles&  peu  battus?  fi  pour  y 
eftre  guidé  par  toute  la  compagnie  des 
Mufes,  on  n'y  arriue  que  fort  malaife- 
ment;  feroit-ilpofliblc  qu'il  y  euft  lieu 
d'y  afpirer  fous  la  conduitte  des  moin- 
dres feiences  ?  le  fçay  le  peu  d'eftime 


Préface, 
qu'on  fait  d  ordinaire  des  verfions  quel- 
quesbonnes  qu'  elles  puiflent  eftre:com- 
me  lî  pour  les  grands  ouurages  ,  il  n'y 
falloir  pas  plus  d'art  >  que  pour  traduire 
vne  page  ou  deux  de  l'hiftoirc  de  Guil- 
laume de  Nangis,  ou  du  Moine  de  faint 
Gai.  Les  élégantes  6c  les  fimples  tradu- 
ctions, font  à  peu  près  mifesen  pareil- 
le considération  :  on  confond  celles  qui 
font  exactes  auecles  négligées  :■&  ceux 
qui  font  capables  d'en  bien  iuger  par  la 
connoifTance  qu'ils  ont  de  l'vnè  &  de 
l'autre  langue ,  ne  les  regardent  prefque 
iamais,»  ou  bien  ils  ne  s'en  vantent  pas^ 
ôc  fur  tout ,  quand  ils  en  ont  profité,  de- 
peur  d'ôter  quelque  chofe  à  la  réputa- 
tion de  leur  fçauoir .  De  forte  que  rare- 
ment ,  ils  en  parent-leurs  bibliothèques., 
Se  on  diroit  qu'ils  auroient  peur  de  fe 
faire  grand  tort  s'ils  auouoient ,  qu  ils  en 
ont  quelquesfois  befoin . 

le  nefçay  fi  dans  l'ouuragc  que  ie  pre- 
fente  au  Public,  qui  eft  de  cette  qualité^ 
i'auray  fait  quelque  chofe  qui  ne  deplai- 
fe  pas  :  ou  fi  i'auray  reiifli  dans  le  def- 
fein  que  i'ay  eu  d'expliquer  nette- 
ment vn  Autheur  dificile  pour  ceux  qui 
ne  font  pas  encore  accoutumez  à  fon  fti- 


Préface. 

le  qui  a  beaucoup  de  phrafes  Grecques, 
&:  qui  s'exprime  en  diuers  endroits,  &c 
fur  tout  dans  les  difeours ,  aucc  vue  ma- 
nière de  parler  obfcurc:  Mais  ic  puis 
bien  dire  que  ry  ay  pris  de  la  peine:  par- 
ce que  i'ay  elTay  é  d'en  conferuer  la  grâce 
par  vne  exprelîion  p  tire  &  fidelle,  en  de- 
meurant neantmoins  dans  les  termes 
dVne  exa&e  ver  (ion. 

Vn  plus  habile  home  que  moy  ,  en  fe- 
ra peuteftre  quelque  iourvnc  autre  en 
vers,  qui  fera  beaucoup  plus  admirée: 
mais  îe  fuis  bien  trompé  fi  auec  l'elcgan- 
ce,  elle  peut  garder  autant  de  fidélité^ 
&  fi  elle  ne  perdra  rien  des  beaux  tours, 
&  des  penfées  de  cet  excellent  Au- 
theur.  Pour  moy  ,fans  m'enchanter  de 
mon  propre  ouurage,car  il  ne  m'appar- 
tient pas  d'en  parler,  i'auouë  franche- 
ment que  i'aimerois  toufiours  mieux: 
vne  belle  tradu&ion  en  profe  de  quel- 
que Poète  que  ce  fuft  ,  pourueu  qu'elle 
fuft  exa&e ,  qu'vne  merueilleufe  para- 
phrafe  en  vers  :  &  i'oferay  bien  dire  que 
dans  les  beaux  ouurages  en  noftre  lan- 
gue ,  fi  les  pièces  font  vn  peu  longues ,  il 
fe  trouucTouuent  quelque  chofe  de 
plus  ennuyeux  dans  la  ledure  quand 

elles 


Préfacé; 
Viles  font  en  vers ,  que  fi  elles  eftoïent  on 
profe.  Ce  que  i  attribue  en  partie  à  cet- 
te mefurc  &  à  ces  rymes  trop  réglées  de 
tioftrepoefie,&  à  vn  certain  défaut  dç 
variété  pour  les  termmaifons ,  &  pour 
la  cadaiice  des  périodes  \  au  lieu  que 
dans  la  profe  \  elle  eft  prefque  irifinie, 
loint  que  l'expérience  fait  connoiilrc 
cette  vérité.  De  forte  qu  on  pourroit di- 
te de  la  poëfie  Françoifece  que  nous 
apperceuons  de  la  Mufîque .,  qûela  plus 
longue  ,  n  eft  pas  toufiouirs  lameilleurc: 
car  fi  du  plus  bel  air  du  monde  |ôîi  reci« 
toit  plus  de  quatre  couplets  j  ife  penfe 
qu'il  deuiendroit  importun  ;  comme  il 
s'eft  rcmatqué  fouueht  dans  ces  dahecs 
magnifiques  pour  le  diuçrtilTement  des 
Roys ,  où  les  fpeûacles  âccoïîipagnent 
les  concerts  des  voix&  desinftrumensl 
Que  fi  en  traduifant  dès  vers  en  profe, 
on  peut  neantmeins  conferuer  le  carra- 
ûere  de  là  poëfie,  fans  en  garder  tout 
à  fait  le  ftile  ^  foit  pour  les  rimes;  foit 
pour  rajancemerit  de  termes  s  il  y  auri 
fans  doute  quelque  chofe  digne  dé  plai- 
re y  &  de  fe  faire  aimer  :  ÔC  deùant  des 
luges  équitables ,  ie  croy  que  Tauthori* 
té  de  leurs  fuffrages  appuyrôit  forte- 

ë 


Préface. 
ment  Toppinion  que  l'en  ay. 

Ce  n'eft  donc  point  déinonterfîfort 
vn  Poète  comme  on  dit ,  quand  on  lcx~ 
priinc  agréablement  fans  la  contrainte 
forcée  d'vne  mefure  étrangère  :  mais 
c'eft  au  contraire  le  çonferuer  tout  en- 
tier^ le  faire  paroiftre auec  toutesfes 
forces  fans  luy  rien  oftet ,  &;  fur  tout  en 
noftre  langue  qui  femble  auoir  pour  ce- 
la des  beautez  toutes  particulières ,  pour 
les  raifons  que   i'ay   dittes  autrepart. 
Ceux  qui  imitent, en peuuentvfer auec 
plus  de  liberté:  mais  quelle  gloire  y  a- 
t-il  fi  grande  d'imiter  y  quoy  que  tant  de 
perfonnes  s'en  méfient  ?  Si  noftre  Poëte 
en  efl  crû  les  Imitateurs  font  des  animaux 
fèruilesj  &:  le  nombre  en  cft  prefque  infi- 
ni. Cependant  les  Traductions  bien  fai- 
tes 5  ne  font  ny  copies  5  ny  imitations: 
mais  on  peut  dire  en  quelque  façon 
quelles  font  les  purs  originaux,  &quel- 
quesfois  des   corrections   iudicieufeSj 
aux  fautes  des  Autheurs  que  tout  le 
monde  n'apperçoit  pas ,  lefquelles  ne  fe 
font  auflî  qu'en  faueur  de  ceux  qui  n'en- 
tendent pas  la  langue  dont  elles  ont  eft  é 
tirées. 

UAutheurque  i'ay  traduit ,  eft  Tvn 


P  F.  E  F  A  C  E. 

des  plus  excellens  que  l'on  pouuoit 
choifir  dans  toute  l'antiquité  profane. 
Il  a  donné  fnjet  à  tous  ces  beaux  cmblef- 
mcs  qui  portent lôn  nom:  &c  depuispeu^ 
vn  perfonnage  de  beaucoup  de  mérite 
&:  d'érudition,  en  a  drelTé  vne  dodtri- 
ne  pour  les  mœurs,  enrichie  de  figures^ 
qu  il  a  dédiée  au  Roy.  Auili  peut-oit 
direauec beaucoup  de  vérité  qu'Hora- 
ce a  efté  le  plus  fage  &  le  plus  fenten- 
tieux  de  tous  les  Poètes  Latins*  Mece- 
nas  Chedalier  Romain,  à  qui  la  cour- 
toifie ,  &  là  p  oliteffe  auoieilt  acquis  tant 
de  réputation,  Marcus  Agrippa  autant 
célèbre  pour  fon  ilierite  que  pour  fa 
condition ,  &  l'incomparable  &  très- 
heureux  Cefar  Augufte  ,  l'eurent  en 
très-grande  ellime^  &:  l'aimèrent  chère- 
ment, à  caufe  delà  douceur  de  façon- 
iierfation,  §£  des  rares  qualitez  de  fon  es- 
prit. Ileftlefeul  des  Poètes  lyriquesde 
la  langue  Latine ,  il  paroifi  tres-accom- 
pli  en  tout  ce  quil  a  eferit ,  s'eftant  d'ail- 
leurs fait  admirer  pour  fes  difeours  oii 
fermons,  que  d'autres  appellent  Satyres 9 
qu'ila  remplis  d' vne  agréable  diùerfité,; 
Aucun  des  anciens  ,fiie  ne  me  trompe, 
n'a  lotie  auec  tant  d'ornement  qu'il  & 

ë  ij 


ï>  R  E  F  A  C  E. 

fait ,  la  iuftice ,  la  fidélité ,  la  continen- 
ce ,  la  frugalité  >  la  modcftie  ,  la  patience 
dans  la  pauureté  ,  ôc  le  mépris  de  toutes 
les  chofes  humaines.  Perfonnen'a  blaf- 
mé  aucc  plus  de  force,  l'iniuftice,  la  per- 
fidie jlauariccj  le  luxe,  &:  toute  forte 
de  partions  déréglées:  Il  ne  s'en  eft  point 
trouué  quiait  excité  à  la  vertu  auec  plus 
de  véhémence  j  ny  qui  ait  détourné  du 
vice  auec  plus  de  grauité.  le  n'enfçay 
aucun  qui  aitdeploré  auec  plus  de  corn- 
miferationla  calamité  des  guerres  Ciui- 
lcs  >  ny  qui  ai  t  parlé  de  l'amour  auec  plus 
de  dclicatefTe,  ny  dépeint  plus  agréable- 
ment les  réjouy (Tances  des  feftins.  Que 
fi  vn  Poète  fe  peut  dire  accompli  en  tou- 
tes fes  parties  ,  quand  il  méfie  1  vtile  à  l'a- 
greablc  ;  Certainement  Horace  de  tous 
les  Poètes  Grecs  &:  Latins,  fi  on  excepte 
vn  feul  Homère  ,  doit  eftre  préféré  à 
tous  les  autres ,  où  la  douceur  &  l'vtilité 
fe  difputent  fi  licurcufement,  &:  auec 
tant  dégalité la  gloire  de  la  préférence, 
que  fi  l'vne  fc  fepare  de  l'autre,  chacune 
confideréeà  part,  eft  capable  darreftef 
trcs-agreablement  fon  Le&eur. 


&xtm£i  du  Vnuilegt  du  Roy. 

PAr  graçe  &  Priuilege  du  Roy ,  donné  1 P*^ 
ris  le 3.  iour  de  Septembre  1651.  Signé ,  Par 
le  Roy  en  fon  Confeil  O  L I  E  R  >  Il  eft  per- 
jnis  a  Touflainâ:  Qmnet,  Marchand  Libraire 
à  Paris  ,  d'imprimer ,  vendre  S£  diftribuer  Les 
Oeuures  d'Horace  >  ÔC  ce  pendant  le  temps  de 
dix  années  3  à  compter  du  iour  que  chaque  Lu 
lire  fera  açheué  d'imprimer  pour  la  première 
fois  :Et  defenfesfont  faites  à  tous  Imprimeurs, 
Libraires  Se  autres  de  l'imprimer,  vendre  &  dir 
ftribuer  fans  le  confemement  dudit  Quinety 
fur  peine  aux  çontreuenans  de  confifcation  des 
Exemplaires ,  de  trois  mil  tiares  d'amende ,  & 
4e  tous  defpens  dommages  &  interefts  *  ainiî 
qu'il  eft  plus w  long  porté  par  Icjfàitesl^ra'çs. 

Achetée  d'imprimer  four  la  première  f où  te  li. 
Mars  1  6  5  %. 


Les  Exemplaires  ont  efté  fournis*. 


CÔVnJ^ranchiJbrt'it  le  nompareilTixpracL 

LyiZ^enufejl  naquit ,  jl  vint  au  a 'ma   Cefar, 

Sil  obtit  de  mécène  et  Ikriime  et  la  ci  race. 

Son  mérite  enfutcaufe  et  nonpaslehaja 


LA      VIE 

DHORACE 

TIRE'E  DE  SES  OVVRAGES. 

E  Poète  Horace  ,  donti'entre-  Lf  *&» 
prcns  d'écrire  la  vie ,  s'appelle  luy-  d  *&&&• 
mefme  Qv  i  n  t  v  s  en  la  6.  Saty- 
re du  fécond  liurc  de  Tes  difcours. 
Touchant  h  bien  cpmmuny  Q^v  intvs,  les 

Secrétaires^ 
Demandent  ton  retour  four  les  grandes  af- 
faires. 
Tous  les  autres,  l'appellent  Horace  :  &luy- 
mefme  en  paroles  exprefïes  fe  nomme  de  la 
forte  fur  la  lin  de  l'Ode  6.  du  4.  liure  des  vers. 
fay  du  Poète  Horace  apris  des  vers  par 
coeur. 
Plutarque  dans  la  vie  de  Luçuile,  luy  donne 
le  furnom  de  Flaccvs,  &  luy-mefme  fe 
defignede  la  forte  dans  l'Epode^. 

SU  y  a  quelque  force  en  Came  de  Flaccvs* 
Et  dans  la  1.  Satyre  du  fécond  liure. 

Flaccvs  ne  dira  rien  fans  fuiet  a  Ce  far. 
Venufe  qui  eftoit  vue  Colonie  confiderable  Sa  patrie. 

c  iiij 


La  vie  d'.Ho  race. 
des  Romains  du  cofté  de  la  Ppiïillç,  eft>oit  fk 
patrie,  de   laquelle  il  eu fl  eu  grand  fujec  def- 
crirc  les  louanges ,  s'il  euft  voulu  faire  vne  des- 
cription de  la  féconde  guerre  Punique  :  caries 
Venuûens  tefmoigncfenc  lçur  fidélité  enuç'fs- 
les  Romains  d  vne  façon  tres-obligeante,quad, 
ils  rècuéillireat  les   teliques  du  débris  de  la 
iournée  de  Cannes  qui  furent  fauuées  (bus  la 
canduitte  de  Varrorï  ,  felpn  le  te^oignag^ 
*ïeTite-Liue  au  17.  Mure  de  fon  hiitoire,où  Ù 
dit  que  la  Colonie  de  Venufe  demeura  toufionrs 
fidelte  & affeOionné'e  au  peuple  Romain:  Et  Ho- 
race en  parle  de  telle  forte  dans  la  1.  Satyre  du 
fécond  Hure  des  difcôurS,  qu'il  fait  à$ezçôri- 
noiftre,  que  ny  fa 'patrie  3  n'a  point  befoinde 
fon  eftime,  ny  luy  aufll,  ne  fe  trouue  point 
obligé  de  tirer  fa  gloire  dé  k  réputation  de  Ve- 
ïïuCc. 
ïesparens.        Il  naquit  dVn  père  Afrançhi,  auec  peu  de 
bien,  &  de  fort  bàfTc  conditibn.    Surquoy  il 
fera  bon  de  lire  la  quatriefme  &  la  fixiefme  Sa- 
tyre du  premier  liure  de  ûs  difeours  ,  pour 
voir  de  quel  pere,  chacun  doit  fouhaiter  d'e- 
ftreforti.    Sa  vie  qu'on  a  vûmanufcritefur  vh 
vieux  parchemin  ,  raporte  que  fon  père  eftoit 
Saulnier  :  mais  il  y  auroit  fujet  d'en  douter, 
puifque  luy-mefme  n'en  dit  rien ,  comme  il  n'y 
arpas'd'aparence  qiril  1-euft  voulu  pluiloftdif- 
iimuler  que  tout  le  rèfte. 
le  temps  \\  eft  certain  qu'il  naquit  deux  ans  auant  la 

r  f****fm    coniuration  de  OatitynaJ  que  Çiceron  décou- 
'  '  urit,'én  l'année  de  (bnConfulat  qui  fut  Lan  609. 

ck  k  fondation  de  Rome  :  c'eftà  dire  qu  Ho- 


X.  A    VIE    d'HoRACÏ. 

race  vînt  au  monde  fan  *  688.  de  la  fondation*  6j.  ans 
de  cette  ville  fous  le  Confulatde  Lucius  Aure-  au^r  la 
fius  Cotta,&  de  Manlius  Torquatus,  ce  que  ^icfos- 
luy-mefme  ne  tefmoigne  pas  pour  vne  feule  chrift. 
fois,  comme  lors  qu'il  dit  en  l'Ode  n.  du  j. 
liure,  que  fa  Tonne  naquit  aucc  luy  fous  le 
Confukt  de  Manlius  Torquatus  :  &  dans  l'E- 
p'Qde-13.  il  appelle  Torquatus  fin  Confal*  d'où 
l'on  compte  49.  années  iufques  au,  Confulat  de 
Quintus  Lepidus  &  de  Marcus  LolHus  qui  eft 
iujftement  le  temps  que  luy-  mefme  a  remarque 
en  la  dernière   Epiftre  du  t.  liure.     Alors 
eftoient  célèbres  à  Rome  pour  la  po'ëfie,  Ca>- 
tule  ,  Licinius  &    Cinna  :   pour  l'éloquence, 
Ciceron,  Horteh{îus&  Quintus  Catulus :  & 
pour  la  Philofpphie  Varron ,  &  Nigidius  Fi- 
gulus. 

Eftant  ieune  enfant  ,  il  fut  amené  à  Rome  Sentnf**- 
par  fon  pçre .,  pour  y  eftre  inftruit  aux  Icien-  ". 
ces  libérales,  fon  père  fourniflant  à  la  dépence 
auec  beaucoup  de  foin ,  comme  Horace  meûne 
le  raconte  amplement  dans  la  6.  Satyre  du  1. 
liure,  &  dans  la  féconde  Epiftre  du  1.  liure, 
où  il  nous  apprend  qu'il  vefquit  à  Rome  41. 
an,  &c  qu'il  y  apprit  par  cœur  l'illiade  d'Ho- 
mère, fans  toutesfois  qu'il  apparoifte  claire- 
ment (bus  quels  maiftres  :  quoy  que  dans  la 
première  Epiftre  du  fécond  liure  à  Augufte ,  il 
tefmoigne  qu'en  fa  ieuneftè  les  vers  de  Lucius  SôMefimd* 
Andronicus  le  premier  des Poètes Latins, luy  ai*t**fi** 
ftireat  di&ezpar  le  Grammairien  Orbilius  de 
Beneuent  qu'il  appelle  en  quelque,  lieu  outra- 
veux  Çorrettcur.  Get  Orbilius  vint  à  Rome  fous 


L  a  v  i  e  d'Hora  c  e. 
le  Cphfulac  de  Ciceron,  comme  Suetonc  l'a  re- 
marqué en  fa  vie.  Et  Horace  ayant  en  peu  de 
temps  beaucoup  profité  dans  les  lettres,  car 
toutes  chofeseftoient  faciles  à  la  beauté  de  foa 
efprit,  s'en  alla  de  Home  à  Athènes  pour  cou-, 
uerfer  familièrement  auec  les  Philofophes 
Grecs  ,  &  fur  tout  auec  ceux  de  la  Secte  d'E- 
picurc  ,  comme  il  fcmble  le  tefmoigner  luy- 
incline  par  ces  vers  de  raillerie. 

Tu  me  verrat  poly  en  bon  point  &  fans  cure 
Jgnfftd  tu  m'appellera*  vn  pourceau  d'Epi* 
cure. 
De  là ,  il  fe  laiflk  entraîner  par  l'orage  des  guer- 
res Ciuiles>qiii  luy  firent  choifir  le  parti  de 
Brunis  &  de  Caffius,  félon  le  tefmoignage  de 
diuers  Autheinrs,  &  entre  autres  de  Sidonius 
Apollinaris  qui  parlant  de  lny  dans  vne  Epiftre 
à  Iulius  Maiorianus  a  écrit  ces  vers. 

De  Brute  &  de  Cajfie  ayant  porté  les  dars 
jijant  de  ees  guerriers  fatuités  étendar 
De  tes  vers  nompareils  \  rare  &  diuin  Horace  y 
Celuj-ld  cft  Autheur  qui  le  fut  de  ta  grâce. 

I)  fe  trouuaenla  iournée  des  champs  Philip- 
<+wfae.  piens  &  eftoitalorsenla  2$.  année  de  ion  âge 
comme  on  le  peut  iuger  de  Tannée  que  mourut 
Brutus  qui  fut  en  cette  mefme  iournée  que  ic 
viens  de  dire  fous  le  Confulat  de  Lepidus  pour 
lafecondefois,&de  Plancus,  fe!on  le  tefmoi- 
gnage du  4.7.  luire  de  1  hiftoire  de  Dion:  Se 
Horace  mefme  fe  ibuuient  de  cette  année  là, 
quand  il  dit  à  la  fin  de  l'Ode  14.  du  troifiefme 
liure. 


La  v  i  e  V  H  o  R  A  c  f. 

Car  Reflets  ïeune  alors  fom  le  Conful  Tlanctu. 
îl  eft  croyable  qu'il  fut  Tribun  fous  lauthorité 
deBrutus,  puis  que  dans  la  6.  Satyre  du  i.  Un. 
des  difcôurs ,  il  dit  à  Mecenas  auoir  exercé  cet- 
tp  charge. 

E  fiant  alors  Tribun  d'vne  bande  Romaine. 
Mais  par  TEpiftre  qu'il  écrit  à  Iule  Flore,  il 
montre  qu'après  cette  malheureufe  guerre,  où 
il  faillit  à  périr  par  la  perte  de  la  bataille,  il  s'a- 
donna auffi-toft  à  lapoefic,  &  dit  en  l'Ode  7. 
du  fecondliure,  qu'il  perdit  fon  bouclier,  6c 
qu'il  ne  voulut  plus  retourner  depuis  à  la  guer- 
re. L'Autheur  incertain  de  fe  vie  nous  apprend 
qu'Augufte  ayant  fait  Horace  prifonnier  de 
guerre,  ne  le  conferuapas  feulement  à  la  re- 
commandation de  Mecenas,  mais  qu'il  le  re- 
ccutenfonamitié.&luyfit  part  de  fesfaueurs:  Sa  defa- 
Toutesfois  Horace  qui  dit  aflez  clairement  ttoudemi- 
qu'il  fut  dépouillé  en  cette  guerre  de  tous  (c%  ****• 
biens  paternels ,  n'y  touche  pas  vn  feul  mot  de 
la  captiuité  :  ce  qui  iveft  pas  croyable  qu'il  euft 
voulu  oublier  ,  après  auoir  fi  franchement 
auoiié  toutes  fes  auantures  qui  luy  pouuoient 
donner  fujet  de  reconnoiflance  aux  biensfaits 
d'Augufte  &c  de  Mecenas  :  ayant  d'ailleurs  ra- 
porté  enlamefmeOde,  &enla4..  duj.  liure, 
de  quelle  façon  il  échappa  la  mort,  comme  il 
perdition  bouclier  ,&  comme  il  fut  fauué  de 
la  bataille.  C'eft  auffi  en  ce  mefme  endroit,  où 
il  parle  du  danger  de  fon  naufrage  ,  auprès  du 
Cap  de  Palinure  fur  les  coftes  de  Lucanie ,  Se 
<lu  péril  qu'il  courut  auprès  de  fa  métairie, 
quand  vn  arbre  qui  tomba  fur  luy ,  faillit  à  le 


La  vie    d' Horace. 
tuer,  dont  il  s'eft  encore  fouuenu  dans  les  Odes 
15.  &  17.  du  fécond  liure,  &  dans  la  $.  du  3. 
liuie. 
Sô*  ami-         XI  ne  fc  vante  point  de  l'amitié  d'Augufte, 
*"  ****      parce  que  cela  euft  efté  inciuil  \  &  au  lieu  de  l'é-  ■ 
<*HUJ  e'      Jeuer  par  des  louanges  indignes,  afin  qu'il  n'y 
paruft  point  d'affe£tation,ilchcrchoit  occafio 
d'en  parler  auec  tous  les  ornemens  de  fon  élo- 
quence, en  nefaifantfcmblant  que  de  les  tou- 
cher légèrement,  comme  dans  les  Odes  1.11.  8c 
37.  du  1.  liure  :  dans  la  7,  du  2.  &  dans  les  5.  4. 
5.  &  11.  du  3.  SC  autre  part.   Mais  très  diferte- 
ment  &  magnifiquement  au  4.  liure,  que  Sué- 
tone, Se  les  autres  qui  ont  écrit  de  luy,  ont 
cftirnéauoir  efté  formé  par  le  commandement 
de  l'Empereur,  pour  célébrer  lcsloiianges  de 
Tibère  &dc  Drufus  fes  beaux  fils ,  lefquelles 
le  Poète  orna  pourtant  de  telle  façon  qu'Au- 
gufte  en  remportait  toute  la  gloire',  ce.  qui  fe 
connoift  aifement  par  les  Odes  4.  &  14.  mais 
dans  l'Ode  2.  de  cemefme  liure  ,  il  tombe  par 
vne  occafion  merueiileufe  aux  louanges  de  ce 
Prince ,  qu'il  exprime  plus  ouuertement  dans 
les  cinquiefme  &  dernière  ,&  dans  le  poefme 
du  (iecle,  à  quoy  appartient  auflî  la  9.  Epodc. 
Etcertes,cefçauant  &  excellent  Poète abien 
deuint ,   que  (es  écrits  viuroient  long-ternes 
après  luy:  car  on  peut  dire  que  corne  Varius,  à 
qui  Horace  donne  la  palme  dans  le  genre  Epi- 
*  P***tO  que ,  *  fut  effacé  par  Virgile,  que  noftre  Pointe 
l  fis*]*    2Lll0lt  accoutumé  de  loiier  auec  luy;  Ainfî  le 
reiodfi      Aan^beau  de  la  Mufe  Venufienne  a  offufqué 
1.  /.  toutes  les  autres  lumières  de  la  po'éfie  Lyrique. 


La  vis  d'Hôïiacï. 
,  Encore  qu'il  die  peu  de  chofe  d'Augufte  //  *Qn** 
dans  les  deux  liurcsdesdifcours;  fi  eft-ce  qu'il  d*siT*nC 
en  parle  dans  la  5.  Satyre  du  fécond  liurc  au  61.  '- 
vers,&  dans  la  18.  Epiftre.  Mais  dans  la  pre- 
mière Epiftre  du  fécond  liure,  que  Suétone 
•appelle  Egl ortie)  comme  Porphirion  &  Acron 
donnét  le  mefmc  nom  d'Eglogttes  aux  Satyres, 
il  rend  tant  d'honneurs  à  Auguftç,  qu'on  n*jr 
peut  rien  âdioufter.  Auflî  ne  peut  on  douter 
qu'il  n'en  ait  receu  beaucoup  de  marques  de 
fa  libéralité,  dont  il  ne  parle  point  toutesfois, 
parce  que  c'eftoit  le  moindre  fujet  qu'il  puft 
auoir  ,  pour  donner  des  louanges  à  l'Empereur 
de  rVniuers.  Mais  cecy  luy  fçmbloit  digne 
d'Augufte,  de  le  rcprefehter  plus  grand  que 
l'enuie,  &  d'eftre  receu  par  fes  mérites  %  au 
rang  des  Dieux  de  la  patrie  encore  qu'il  ftift  vi~ 
liant,  après  auoir  échappé  les  périls  d'vnefu- 
neufe  guerre, outre  qu'il  le  nomme  Père  des 
villes ,  Dompteur  des  vices,  Reftaurateurdes 
bonnes  couftumes,  &  l'Authcur  Se  le  Prote- 
cteur des  loix  falutaires  pour  le  bien  public, 
comme  il  fe  voit  dans  l'Ode  24.  du  $.  liure;  dans 
la  dernière  du  quatriefme  ,&  dans  la  première 
Epiftre  du  fécond  liurc. 

Pour  le  fujet  de  la  libéralité  de  Mecenas  qui  S**  "**~ 
luy  fit  part  des  biens  de  la  grande  fortune  )  t,e  *"ec 
où  ks  mérites  l'auoicnc  éleué  pluftoft  que  &  MîC€nm%       y 
condition    qûoy    qu'elle  fuft    illuftre  >   nous 
voyons  par  les  vers  d'Horace ,  comme  il  fut 
receu  en  fbn  amitié,    il  alloue  franchement 
en  la  fixielmc  Satyre  du  premier  luire  des 
difeours.  Se  en  la  G.  da  fécond  liure  >  qu'il  efl 


La  vie  d'Horace^ 

rcdeuablc  de  beaucoup  de  biens  à  la  libéralité 
de  Mcccnas,  dont  il  vit  content,  &  qu'il  ne 
tient  qu'à  luy  d'en  reccuoir  dauantaçe  de  (es 
faueurs  s'il  vouloit  ,  mais  qu'il  en  a  ifuffifam- 
ment,  d'où  vient  qu'il  dit  en  la  i.  Epodc. 
Tes  bien s- fait s ,  ttlujlre  Mécène , 
M'ont  fiffifimment  enrichi. 
Et  dans  l'Ode  8.  du  fécond  liure. 

TV;  du  puijfant  arny^  te  ne  veux  plus  de  biens 
le  fuis  djfcz,  content  de  ma  terre  Sabine. 
Et  dans  l'Ode  \6  du  troifiefme  liure. 

La  pauurete  pourtant  >  ne  mefl  point  impor- 
tune 
ïaj  ajfez, ,  puisque  tay  ce  qui  me  fait  befoin, 
Et  bornant  mes  defirs  a  ma  douce  fortune y 
feftevs  mon  domaine  plus  loin. 
Outre  ce  qui  fe  trouue  furcemefme  fujet  dans 
la 7.  Epiftres  il  loue  Mecenas  auec  beaucoup 
de  refïèntimens  de  facourtoifie,  Se  célèbre  (es 
vertus,  qui  pouuant  conter  desRoysde  Tof- 
cane  dans  (a  race,  fc  contenta  neantmoins  de 
la  fimple  qualité  de  Cheualier  Romain  ,fauo- 
rifa  de  tout  fon  pouuoir  les  gens  de  lettres  de 
Ton  temps ,  &  rendit  aux  Mules ,  tous  les  hon- 
neurs imaginables.    C'eft  pourquoy  le  Poète 
en  la  6.  Satyre  du  premier  liure  des  difeours, 
&  dans  les  Odesi.  Se  16.  du  premier  liure  des 
vers,  dans  les  16.  &  29.  du  troifiefme  liure,  & 
dans  la  première  Epodc ,  il  l'appelle^  fecours, 
fa  douce  gloire ,  fon  appuy  ,  ér  la  moitié  de  fon 
ame,  fans  lequel  il  ne  pourroit  acbeuer  fa  vie, 
au  auec  beaucoup  de  peine. 
-  Il  veut  honorer  le  iour  de  la  naiflance  de 


La  vie  d'Horace, 
Mecenas  comme  vn  iour  de  feftc,  parmi  les  fa- 
crifices ,  &  parmi  la  réjouy (Tance  desfeftins  :  8c 
quoy  qu'il  (bit  Fort  concis  en  toutes  fes  paro- 
les, lï  eft-cc  qu'il  eft  plus  étendu  qite  fon  pro- 
pre Virgile  ,  pour  en  faire  les  éloges,  d'où  il 
cft  facile  de  iuger  que  ceux-là  fe  moquent  de 
gayeté  de  coeur,  qui  s'imaginent  que  fous  lé 
nom  de  MMtitrtu,  Horace  a  voulu  reprendre 
Mecenas,  àcatifcdcfa  molleflc,  &quifeper- 
fuadent  que  fous  le  nom  de  Ljcymnie ,  il  a  vou- 
lu louer  agréablement  fa  femme, dont  ilapar- 
lé  dans  la  i.  Satyre,  du  premier  liurc  des  dif- 
cours,  &  dans  l'Ode  il.  du  fécond  liurc  des 
vers. 

11  a  donc  vefeuauee  Mecenas  plufieurs  an- 
nées dans  la  dernière  familiarité  :  ce  qui  paroift 
en  diuers  endroits  de  Ces  ouurages,  &  fur  tout 
en  ces  vers. 

Lan  fcpùefme  s  enfuit ,  &  le  hniBiefme  ap- 
proche 

Depuis  cjue  Mecenas  me  conte  entre  les  Jiens. 
Car  certainement  Mecetlas  auoit  accoutumé 
de  fe  diuertir  familièrement  auec  Horaee  ,  & 
fe  cônfioit  à  luy  de  fes  plus  grands  fecrets. 

Horace  aubit  vn  petit  domaine  &  vue  me-  S**J*m4s« 
tairie  dans  le  territoire  des  Sabins,  dontilfait  ntt 
vne  agréable  defeription  à  Quintus  dans  la  16. 
Epiftre.  Au  refte  il  fe  Voit  aflèz  par  torts  fes 
écrits ,  &  particulièrement  par  la  féconde  Sa- 
tyre du  fécond  liure  desdifeours,  &par  ladi- 
xiefme  Epiftre  à  Ariftius  Fufcus  ,  afin  de  ne 
parcourir  par  tout  le  refte,  comme  ilferetiroit 
volontiers  des  bruits  de  la  ville ,  pour  faiure 


La  vie  ii'Ho  race. 
les  inclinations  qu'il  auoit  à  la  folitudc:  Se  corn* 
rnc  il  vefquit  de  telle  forte  aux  champs  qu'il 
s'eftimoii  heureux  de  demeurer  en  fon  villa- 
ge, où  il  menoitvn  train  de  vie  commode  à  vn 
Poète  &  à  vn  Philofophe,  tant  il  doit  propre 
pour  la  iouyflance  des  véritables  délices,  Ce 
mettant  à  couucrt  de  l'enuic,  &  des  inquié- 
tudes importunes.  Ç'c&  pourqtroy  i'eftime 
qu'il  mena  vne  vie  libre,  &  exempte  de  toute 
charge  publique ,  depuis  que  par  les  biens-faits 
deMecenas&d'Augufte,  il  eut  dequoy  fuffirc 
pour  palier  fa  vie  dans  vne  honnefte  médiocri- 
té ce  que  luy-meftne  dans  la  féconde  Epiftre 
de  fon  fecondliureaditauji.  vers. 

£)uil  a  ce  qui  fujft  four  vinre  doucement. 
Qu'il»*  Ceux  qui  ont  ôppinion  qu'il  exerça  l'Office 
fQint  ejîê  je  Notaire  ou  de  Secrétaire,  ne  s'authori- 
fent  pas  ce  me  fembk  fur  vne  aflez  forte  con- 
ie£fcurc  par  ces  vers  de  la  6.  Satyre  du  fécond 
liùre. 

Touchant  le  bien  commun  ,  Jguintc  ,  les  Se- 
crétaires 
Demandent  ton  retour  pour  les  grandes  af- 
faires. 
Carilpouuoit  yauoir  des  affaires  concernant 
le  public  qui  n'efloient  pas  du  fait  d'Horace* 
comme  celles  qui  donnoient  des  employs  plus 
particuliers  auprès  des  Dieux ,  tels  que  Mccc- 
nas,  Agrippa,  &  Auguftc  mefme:  car  Suéto- 
ne a  obferué  que  l'Empereur  fe  voulut  feruir 
d'Horace  pour  écrire  des  lettres,  &  qu'il  ne 
le  put  obtenir.   Iclaiflcà  penfer  s'il  ne  voulut 
pas  cftre  Secrétaire  d'A  ugultc  >  &  qu'il  le  vou- 
lût 


Secreuire. 


La  vie   d  Horace' 
lut  bien  eftre  des  autres ?  mais  quand  il  nous 
apprend  luy-mefine ,  qu'il  na  pas  le  loifir  de 
faire  des  vers ,  il  n'allègue  aucun  empefehe- 
inent  de  charge  publique  ,  comme  il  fe  voit  en 
la  féconde  Epiftre  du  fécond  liure  au  65.  vers: 
&  ie  trouue  par  Ces  écrits ,  que  le  tempe  qui 
îuy  pouiioit  refter  des  (oins  qu'il  deuoit  à  Ces 
amis,  &  fur  tout  à  Annuité  Se  à  Mecenas  qui 
ne  fe  priuoit  pas  volontiers  *  de  la  compagnie,     &?lit>7> 
il  l'employoït  à  la  po'éfie,  &  à  l'eftude  de  la       * 
Phiiofophie. 

C'elt  auilî  vn  grand  témoignage  de  fon  fça*-  £*&*& 
uoir  ,  tte  de  toutes  Ces  belles  qualitez ,  qu'il  euft 
l'eftime  Se  la  familiarité  de  ceux  de  fon  fiecle, 
qui  eftôient  les  plus  recommandables,en  ri- 
che(Te>  ,  en  doctrine  ,  en  vertu,  8>c  en  auto- 
rité. Auffiécriuoit-il  familièrement  à  Marcus 
Vipfanius  Agrippa,  témoin  l'Ode  6. dm.  liu. 
&  fut  fi  chéri  de  Claude  beau  fils  d'Augufte, 
qu'il  auoit  affez  de  crédit  fur  fon  efprit,  pour 
luy  fane  des  recommendàtions  agréables  pour 
les  autres,  comme  il  Ce  peut  voir  parla  9.  Epi- 
ftre dui.  liure.  Que  diray  je  de  Iule  Anchoi- 
ne  fils  du  Triiimuir ,  d'Afinius  Pollio ,  de  Va* 
i:ius,  de Meffala,de  Iule  Flore,  de>Torquar, 
de  Maximus,  cle  LolliusD  d'^lius ,  &  des  autres 
perfbnnages  principaux  de  l'Empire,  auec  lef» 
quels  il  eftoit  tres-familier,  comme  nous  la- 
prenons  de  fes  vers?  Mais  de  qui  pouuoit-il 
chérir  dauantage  l'aminé  que  de  Virgile  ,  qu'il 
appelle  la  moitié  de  fon  ame?  Auffi  fut-ce  par 
fon  moyen ,  &  par  l'amitié  que  Va'rius  luy  por- 
toit,  quil  fut  admis  aux  fronnes  grâces  de  Me-  f 


La  va    d'Horace. 
cenas.  Ocft  paurquoy  dans  la  5.  Satyre  du 
premier  liure  des  dilcours  ,  il  appelle  Vanus  Se 
Virgile , 

Homme  s  pleine  de  candeur,  &  qut  far  les  biens 

faits  , 
Obligent  qtïon  les  aimt. 
Il  eut  beaucoup  d'eftime  pour  Valgiusqui  fut 
vu  Pocte  célèbre  de  Ton  temps,  te  (moin  l'Ode 
5).  du  fécond  liure,  &  Tibule  qui  en  la  pre- 
mière elegie  de  fon  4.  liure  ,  du  qu'il  n'y  en  a 
point  eu  qui  ait  approché  Homère  défi  près 
queValgius.  Oniuge  auflî  que  Tibule  luy  fut 
amy,  parla  confolation  qu'il  luy  écrit  en  l'O- 
de 3$.  du  1.  liure  des  vers,  &  par  la  4.  Epiftrc, 
dans  laquelle  ,  il  luy  parle  comme  a  vn  homme 
riche  &  puiflanc ,  &  comme  à  vn  iuge  fincerc 
de  fes  Satyres, ou  difeours,  qu'il  eft  certain 
qu'Horace  auoit  eompofez  eftaat  dés-  ja  auancé 
fur  l'âge. 

Ouide  parle  de  luy  aucc  honneur  ,  &  l'ap- 
pelle nombreux ,  difant,^»'*/  arrtfte  les  oreilles 
des  fçauans  :  mais  Horace  ne  dit  pas  vn  feul 
mot  d'Ouide,  non  plus  que  de  Ciceron  qui 
eftoient  de  fon  temps ,  dont  ie  me  fuis  fouucnc 
étonné  :  &  n'en  puis  deuiner  la  caufe ,  fi  ce  n'eft 
qu'il  ait  eu  peur  de  déplaire  à  Augufte  qui  pen- 
foit  auoir  fujet  de  ne  les  pas  aimer.  Mais  il  y  a 
vn  dénombrement  d'autres  perfonnages  célè- 
bres de  fon  temps  à  la  fin  de  la  10.  Satyre,  des- 
quels il  fouhaite  l'eftime >  &  l'approbation  pour 
fes  eferits. 
UnApint  II  n'y  a  pas  grande  apparence  qu'Horace  aie 
ffim*rjè.    jamais  çflté  WAfié  ,  puis  que  da^s  toute*  fes 


La  vie   d'HorAcje. 

Odes,  &  Epiftres  &  dans  ks  Difcours,  où  il 
parle  de  tant  de  chofes  diueriès  ,  il  ne  dit  pas 
vn  mot  de  fa  femme  ,  ny  de  (a  famille ,  Sa  dit 
exprelfcment  à  Mecenas  dans  TOde  8.  du  ?. 
liure,  qu'il  célèbre  le  iour  des  Calendes  de 
Mars ,  encore  qu'il  ne  foit  pas  marié. 

En  plufieurs  endroits  s  il  nous  apprend  qu'il s*  mcd*~ 
a  mené  vne  vie  douce  ,&  quil  eltoit  content 
de  fa  condition,  en  louant  le  repos,  le  repas, 
lajietteté  de  la  table,  ■&  le  bon  vin  auec  (es 
amis ,  mefprifant  le  luxe  &  les  trop  grandes 
richefles,  comme  dans  les  10,  14.15.&:  18.  Epi- 
lires,  dans  les  Odes  1.  &i£.  du  premier  liure 
des  vers  5  &  dans  les  fïxiefmes  Satyres  du  p  ré- 
silier &  du  fécond  liure  s  des  difcours. 

De  cequ'il  a  eferit  à  Tabule  qu'ileft  vnpottr-S*  taifo* 
ttiu  d'Epiante  ,  quelques  vns  infèrent  qu'il 
ciloit  gras:  mais  il  dit  en  la  ro.Epiftre  quil 
#Hott  le  corps  menu  :  De  forte  que  nous  pour- 
rions eftimer  qu'il  n'aurait  dit  le  premier  que 
par  raillerie  ,^i  Suétone  ne  Fanoit  pris  ferieu- 
ïement ,  earplicant  ce  qui  eft  en  la  20.  Epiftre 
de  fa  taille  qui  eftoit  petite. 

Il  raporte  luy-mefme  en  la  cinquiefmc  Saty- 
re dm.liu*re  -qu'il  efto-it'fuj et  à  vne  de-fluxion 
fur  les  yeux,  &c  qu  il  fe  feruoit  de  Collyres.  Et 
dans  la  première  Epiftre  du  1.  liure,  il  dit  quil 
cft  oit  on  fort  n  en  l'Âge  de  44.  ans. 

On  n'eft  point  en  peine  du  temps  qu'il  a  vef-  Son  âgt  & 
eu:  car  Eufebe  a  remarqué  dans  fes  Chroni-/*  mot*. 
ques  qu'ilmourut  en  la  trente-quatrieime  an- 
née de  l'Empereur  Augufte  ag-éde  jy.ans,  ce 
que  Suétone  confirme  clairement ,  quand,  il 

1  *j 


La  vie  d*Ho  RAdi! 
dit,  qu'il  mourut  fous  le  Confulat  dcC.Mar-* 
cius  l  enlorinus  ,  &  de  Caius  Afinius  Gal- 
lus  qui  fut  l'an  747.  de  la  fondation  de  la 
ville,  qui  eft  iuftement  le  nombre  qui  fe  trou* 
liera,  fi  on  adioufte  fjt  années  à  celle  de  la  naifc 
fance  d'Horace  dont  il  a  efté  parlé  cy-deflus. 
De  forte  que  l'oppimon  d'Acron,  n'eft  point 
diferente  de  la  noftre  :  mais  les  lxxvii.  an- 
nées qui  fe  lifent  dans  fon  commentaire  an 
lieu  de  lvii.  ont  etté  mal  écrites  ,  Se  ce 
que  le  do&e  Iefuite  Denys  Petau  a  mis  dans 
fa  C  hronologie  ,  à  la  fin  de  fon  Liure  de  la 
do&rine  des  temps,  parlant  d'Horace,  quoy 
quil  ne  foit  pas  fujet  à  fe  tromper  ,  femblc 
neantmoins  s'eftre  doublement  trompé  en 
ce  (ujet.  iom  le  1  onfulat  de  Paulm  Fabius 
JMaxtmw  ,  &  de  ^j^£ltiu  Tubero,  dit  il,  qui 
eft  l'an  74.  de  la  tondation  de  Rome  ,  Lé 
Poète  Horace  mourut  d  Rome  Agé  de  cinquan- 
te ms  car  cela  contrarie  &  à  Fauthohté 
d'Eufebe  ,  &  à  celle  d'Horace  mefme ,  qui  dit 
cflre  né  fous  le  Confulat  de  Torquatus ,  qui 
cftoit  Tan  68c;.  de  la  fondation  de  Rome.  Or 
de  cette  année  miques  à  fan  743.  il  y  a  feloa 
luy  melme  54. ans,  ce  qui  me  donne  oppinion 
que  cet  Authcur  affez  confiderable  par  tous 
les  beaux  &  grandsouurages  qu'ila  donnez  au 
public,  fe  poinroit  bien  eftre  mefpns  quand 
il  a  écrit  cjh  Horace  mourut  dgc  àe  cinquante 
ahSy  ou  il  faudioit  quil  euft  efté  perfuads 
de  fuiuie  dans  (a  Chronologie  pour  ce  re- 
gard d  autres  iondemens  que  ceux  que  fay  liai- 

UlSr 


La  vie  d'Horaci.1 
îlnefctrouue  rien  du  genre  de  la  mort,  &r 
nous  pouuons  croire  qu  elle  fut  naturelle  Se 
commune,  toutesfois  (î  elle  arrmafous  le  Con- 
fûlat  de  C  enforinus  &  de  Gallus  ,  comme  il  eft 
croyable  >  il  y  a  cela  de  particulier  que  ce  fut 
en  la  mefme  année  que  mourut  Mecenas  au 
raportde  Dion,en  laquelle  le  Calendrier  ayant 
cfté  reformé  par  lauthorité  d'Auguflfe,  cet 
Empereur  donna  fon  nom  au  fixiefme  mois 
que  nous  appelions  le  mois  dAoufi. 

Il  ne  fe  promet  pas  feulement  d'vne  façon  SsfUà.f. 
poétique  vne  durée  &  vne  gloire  immortelle 
pour  l'excellence  de fes  versdansrOde5o.  du 
troificfme  liure  :  mais  dans  l'Ode  4  du  mefme 
liure ,  il  dit  qu'il  aefté  chéri  des  Mufes  dés  fon 
enfance  ,&  dans  l'Ode  20.  du  fécond  liure,  il 
(c  vante  qu'il  fera  changé  en  cigne  pour  vo- 
ler par  tout  l'vniuers  >  &  qui!  deuiendra  im- 
mortel. 

Au  refteie  m'eftonne  qu'on  fe  mette  en  pex-  L*  Sf^* 
ne  de  rechercher  de  quelle  Seéfce  de  Philofo-  *£?■  doz 
phes  il  eftoit ,  puis  qu'il  parle  ainfi  luy-mefme     rm€* 
de  fon  indiference  pour  ce  regard  dans  fa  pre- 
mière Epiftrc  à  Mecenas. 

fentens  a  mon  oreille ,  vne  voix  bourdonner 
Qui  me  dit  tous  les  tours  >  qu'il  eft  temps  de 

donner 
Repos  au  vieux  cheual ,  de  peur  que  fans  re- 

fourfe 
¥otoj]if  il  ne  demeure  >  au  milieu  de  la  courjè, 
Il  eft  vray  >  tay  quitte ,  comme  luy  tom  ces 

ieux 
le  eherche  maintenant  d'vn  dejfein  courageux 

ï  iij 


La    vie   d'Horace, 

Ce  qui  efi  plus  feant  à  des  gens  de  ma  forte 
Et  qui  pltu  de  plaifir  ^  &  de  repos  aporte. 
Vert  fais  proutfwn  y  pour  m  en  feruir  après  , 
Non  pis  que  i'aje  vn  Maifire  on  vn  Autheur 

exprès 
G)ue  te  ni  oblige  à  future  :  mais  defftu  la  le- 

Bure 
le  façonne  mes  mœurs  3  fans  forcer  ma  na- 
ture. 
Tantofl  te  me  roidis  fur  t  antique  vertu 
Xante  fi  ,  ie  marche  au  train  quAriJltppe  A 

battu. 
Libre  félon  le  temps ,  de  tous  foins  ie  préfère 
Le  foin  de  mon  efiude  ,  Otuant  tout  autre  af 

faire. 
Comme  la  nuift  efi  longue  a  celuy  qui  atent 
Son  hofieffe  au  logis  ,  qui  le  trompe  pourtant, 
Vjltftcit      Quelques-vns  neantmoins  ont  eftiméqu'Ho- 
^chademi-    race  eftoit  Achademicienjfur  ce  qu'il  a  dit  luy- 
&*f  niefme  en  la  féconde  Epiftredu  fécond  linre, 

Ghte  Ion  bonnes  Achademies  dï  Athènes ,  luy  dan~ 
lièrent  vn  peu  p'us  de  feience  ,  que  la  ville  de 
Rome  ,  pour  'le  rendre  capable  de   connoifire  le 
bien  dïauec  le  mal  y  &  pour  chercher  le  vray 
parmi  les  bou  des  Achademiciens  ;  mais  que  la  rt- 
Sùl eflott      gneur du  temps  le^leua  de  ces  lieux.  D'autres 
jpr«r/r».      Qm  maimcnu  qu^  eftolt  ae  la  Scfte  d'Epicu- 
re  ,  fur  ce  que  luy-  mefme  s'appelle  pourceau  dn 
troupeau  dEpicure,  à  la  fin  de  la  4.   Epiftre  à 
Tihule  ,  &  fur  ce  qu'il  ne  s'épargne  point  à  re- 
commander les  plaiiirs  de  la  vie,  quand  il  n'au- 
roit  point  dit  vers  la  fin  de  la  cinquiefme  Saty- 
re.   6)ue  le  Juif  circoncis  le  croje  tant  qu'il  vgh- 


La  vu   d'Ho&acs. 

ira  ,  te  ne  me  le  perfuaderaj  iamaù  :  car  tay 
*prù  que  les  Dieux  viuent  Jhqjfoucj ,  &  que  fi 
la  nature  fait  icj  bas  quelque  chofe  de  merueil- 
leux  y  les  Dieux  qui  ne  s* attrifient  de  rien ,  ne 
tenuoyent  point  du  Ciel  fupre'me,  &  en  la  neuf- 
iriefme  Satyre,  le  nay  point  du  toutdeReliaïon,  $''1  efîoit 
dit- il,  en  parlant  des  luifs  qu'il  appelle  écourtez,  (*?*  R'i,m 
en  fe  mocquant  d'eux.  Mais  quand  il  dit  qu'il g$Qn* 
n'a  point  de  Religion,  c'eftà  dire  à  l'égard  des 
luifs,  ou  de  religion  qui  reflemble  à  celle  des 
luifs.  Ioint  qu'au  lieu  où  1?  Poète  dit  qu'il  n'a 
point  de  Religion ,  ce  n'eft  que  pour  fe  debar- 
rafler  d'vn  importun,  dont  il  fe  fèntoit  per- 
fecuté. 

La  variété  des  Odes  &  de  toutes  lespoefîes 
d'Horace  eft  merueilleufe,fon  choix  dans  les 
paroles eft  nompareil ,  &  fa  douceur  ne  fe  peut 
affez  admirer.  Toutes fes  penfées  font  délica- 
tes, &  ne  dit  iamaisrien  que  de  fort  à  propos, 
méfiant  dans  les  fujets  qui!  traittedes  fent en- 
ces  graues  &  quelquesfois  des  difgrellîons  ex- 
cellentes, comme  celles  des  Danaides,  de  la 
belle  Europe,  d'Alcée  &  deSaphon,des  Ifles 
heureufes,  de  la  mort  d'Afdrubal,  de  Regu- 
lus ,  des  Géants ,  de  Bellerophon  ,  de  Phaëton, 
de  Danae,  Se  autres  fables  ou  hiftoircs  qu'il 
touche  en  diuers  endroits auec  vn  artifice  mer- 
ueilleux. 

Quintilien  dit  qu'entre  les  Lyriques  ,  Hora- 
ce eft  quafi  le  feul  digne  d'eftre  leu  ,  parce 
qu'il  s'éleue  quelquesfois  &  eft  plein  de  naïue- 
tez  plaifantes  ,  Se  d'vn  agrément  perpétuel, 
outre  qu'il  cil  heureufement  hardy  dans  vne 

ï  iiij 


Les  A*- 
fbeursqmi 

ont    écrit 
fur  fit 
iunrtigts. 


La  vie  d'Horace? 

grande  variété  de  termes  >  &  de  façons  de  par- 
ler ingenieufes:  d'où  vient  que  Tondu  de  luy. 
aflez  ordinairement. 

QhU  e(t  le  plus  heureux  des  Poètes  lyriques. 
Dioracdcle  Grammairien  ,  &  quelques  an* 
très  anciens  ,  ont  écrit  qu'il  a  employé  dans 
fes  po'efîes  vingt  &  vne  manière  de  faire  des 
vers  :  &c  il  a  imité  Lucilms  dans  fes  Satyres, 
quoy  qu'il  le  reprenne  d'eftreobfcur.  Et  Quin- 
tilien  maintient  qti'e-n  ce  genre  d'écrire  ,  il  a 
efté  le  plus  pur  &  le  plus  iudicieux  ,  ayant  auffi. 
cela  de  particulier  qu'en  faifant  femblant  de 
railler,  il  reprend  les  vices  de  fon  temps:  ce 
qui  touche  bien  dauantage  que  fi  on  en  par- 
loit  plus  ouuertement  félon  le  dire  de  Perfc. 
Horace  deuant  moy ,  malgré  les  mal  contens* 
A  mis  fur  le  -papier  les  vices  de  fon  temps  : 
Il  déchire  en  raillant  la  nobleffe  Romaine 
Rien   ne   demeure  exempt  du  tarrent  de  fa 

veine» 
Au  refte  entre  ceux  qui  ont  éçrk  des  com- 
mentaires &  des  obferuatiom  iur  Horace, 
Denys  Lambin  de  la  ville  de  Montre iiil  fur  là 
mer  ,  &c  Profeffeur  du  Roy  dans  les  lettres 
Grecques, eft  àmonauisle  plus  considérable 
de  tous,  &:  nous  luy  auons  l'obligation  de 
beaucoup  de  corrections  importantes  qu'il  a 
flûtes  aux  anciennes  éditions  ,  &  aux  copies 
nianufcriptes  des  ouuragcs  de  cet  Aatlieur  3  où 
s'.eftoient  gliflées  beaucoup  dç  fautes  c]ui  ea 
corrompoient  tout  à  fait  le  fens.  Il  faut  néant- 
moins  cpnfeflbc  que  ceux  qui  Font  deuançé 
di^ns  fon  deflfem  luy  ont  auffi  beaucoup  ferai; 


La   vie   d'Horace.' 
&peut  eftre  qu'il  en  feroit  malaifement  verni 
à  bout  fans  les  écrits  d'Helenius,d'Acrou  ,  de 
Porphirion ,  &  de  vieux  Commentateur  entre 
les  Anciens  :  &  fans  le  fecours  des  notes  &  ob- 
feruations,  d'yEmilius  ,  de  Iulius  Modeftus, 
de  Terentius  Scaurus,  &  d'vn  certain  Dio- 
medes  fur  les  Odes.    Peut  eftrc  dis-je  qu'il  y 
auroiteu  de  la  peine,  fans  les  commentaires  de 
George  Fabrice  ,  de  Kemnice,  de  Chriftofle 
Landin,  de  François  Luy fin,  de  Iacques  Gri- 
feuille,&  de  Iafon  de  Nores  de Tlfle  de  Cy- 
pre  fur  Fart  poétique:  d'Erafme  de  Roterdam, 
d'Aide  Manuce,  de  Cœlius  5Lhodiginus,  d'An- 
ge Politian,  de  Coccius  Sabbcllicus  ,  de  lean 
Baptifte  Pie  ,  &  de  Jacques  delà  Croix  de  Bo- 
logne ,  de  Pierre  Criuit,  de  Henry  Glarean,  de 
François  Robortèl ,  d'Afcentius  Badins  ;  &de 
plufieurs  autres  qui  auoient  écrit  deuant  luy. 
Mais  de  fon  temps  &  depuis  fa  mort,  plusieurs 
ont  encore  exercé  leur  (çauoir  fur  ce  mefme 
Autheurqui  aefté  l'admiration  de  tous  les  fie- 
cles  :  &  entre  autres  nos  fameux ,  &  prefque 
incomparables  en  fçauoir  &  en  éloquence  ,  Iu- 
les Scaliger,  Adrian  Turnebus,  &  Marc  An- 
toine Muret,  Iacques  Cruquius  des  pays-bas 
Profefleur  à  Bruges,  Ianus  Doufa  Hollandois, 
Lypfe  ,    Laçuinus   Torrentius  de  la  ville  de 
Gand  fécond  Euefque  d'Anuers,  Rutgjeiiius, 
Pierre  Nannius  ,  Daniel  Hcinfius  ,  Thomas 
Bernardinus  Parthenius  :  Federicus  Cerutus 
qui  en  a  fait  vne  paraphrafe  Latine  ,  aufii  bien 
que  Eilhardus  Lubinus,  Tretterus,  à  caufe  de 
fon  mcrucillcux  Indice,  comme  celuy  d'En- 


La  vie  d'Horac!.' 
threus  fur  Virgile,  &celuy  de  Daniel  Parîus 
fur  le  Lucrèce ,  &  Iean  Bond  Hollandois,  fans 
plufieurs  autres  qui  ne  font  pas  venus  à  ma 
connoiflanec.  Iean  Benoift  Do&cur  en  Mé- 
decine &  Profcfîeuren  langue  Grecque  dans 
l'Académie  de  Saulmur  ,  dit  auffi  dans  la  pré- 
face de  fa  verfion  Latine  de  Lucian  >  qu'il  a  tra- 
duit les  Odes  d'Horace  en  vers  Grecs,  où  il  a 
gardé  la  mefme  mefure  &  pareil  nombre  de 
vers,  ce  qui  eft  vn  labeur  autant  pénible  &C 
inutile ,  comme  il  eft  ingrat. 

Nous  en  auons  auffi  quelques  tradudtions 
en  noftre  vieille  poéfie,  qui  pour  auoirvne  fi 
grande  rudeffe  &  impropriété  de  termes ,  par- 
mi beaucoup  de  façons  de  parler  tres-embar- 
xafTées  qu'il  feroit  malaifé  de  les  entendre  fans 
le  fecours  du  Latin  >  fi  eft  ce  qu  elles  marquent 
toufiours  aucunement  l'érudition  de  ceux  qui 
lesontfaitesauftiledc  leur  temps  pour  l'intel- 
ligence de  ce  grand  Poète  5  dont  ie  raporteray 
quelques  exemples  dans  mes  remarques  fans 
y  oublier  les  noms  de  plufieurs  Autheurs,qui 
en  diuers  endroits  de  leurs  ouurages  fe  font 
efforcez  délimiter. 


JLES  NOMS  DES  AVTf-ÏEVRS 
anciens  &  modernes  &  de  quel- 
ques amis ,  citez  ou  defignez 
dans  les  remarques  de  ce  Liure. 


A  Cron, 
JTjLAnacYeon^ 

443.  %*9 

50S 

V  .Agneau* 

410 

•Apollodore  * 

394-  454 

.Ariflote^ 

4% 

.Athénée  ^ 

$r* 

.Auluo-elle  « 

475-  515 

^Aujone  y 

B 

44* 

Baudoin ., 

?9* 

du  Bellay  * 

413.414.4^0.^2, 

BienuenH* 

G 

345 

Catulle  y 

47* 

Celfus  y 

509 

Cheualier  £%Ameau% 

*  3> 

34** 

Chapelain  > 

4*7 

Ciceron^ 

4*7-  P3 

Cldudxdn^ 

'«t**.  4» 

Collctet  > 

371. 46  <5 

Cotin  , 

4V-  4  V 

Croix  du  Mutine  % 

34* 

Çrucmim  > 

414 

D 

T>eny$  d'HdllicdrnajJc  * 

354.385- 387 

Diogenes  Laertius  ^ 

419 

Dion  Ca&us) 

E 

Erdfmey 

4** 

339 

Euftdtw , 

34i.  3J7-  384 

F 

JFeflus  , 

408 

Flomsy 

374. 46S 

G 

Qombdud  y 

396 

Qombermlle> 

pref. 

Gournay* 

457 

Greroirt  dç  Nd%ian%e  , 

388 

H 

Hermoldus  BdrbdruSj 

487 

Hérodote  9 

I 

3^3.395,421 

IttJptCt 

403 

luftin , 

4^9 

Iwendt     418.434,493.506.  <frz.  fif.yio 


t 

tamlin]  339-  3ft-399-  402"  4¥"  44f45# 

464.506.513 

Ldmoy ,  3*9 
Z««û»m  Torrentitts,    464.  491.  voy  Sfett 

rentius. 

Luc  de  la  Porte  3  34* 
i«c<fw,    350. 360. 373. 374. 3?&  414.447* 

500.514.  516. î-o 

Zwowr,  350.479-485 

M 

Macrohe*  4S5 

Malherbe,  417.46* 

«ta  Mares. j  394 

^iarwaulti  4;*t 

Martial ,  5xi 

Ménage  3  4x^.499 

MezertaCj  4°^ 

JHwufot ,  341 

Montagne^,  39^ 

Morin,  4°9-410 

N 

tfger.  399 

Noyers,  41® 

o 

Onufre»  5zo 


r^tduertijfement  touchant  les  fautes  furuemë* 
en  Itmprejùon  de  ce  "\>olume. 

ON  ne  fçauroit  iamais  apporter  tant  de 
loin  à  l'édition  d'vnouurage  qu'il  n'y  de- 
meure toujours  bien  des  fautes,  comme  ie  nd 
doute  point  qu'il  ne  s'en  rencontre  encore 
vn  nombre  dans  celuy-cy,foitdans  l'orthogra- 
phe >  foit  dans  les  mots ,  quelque  diligence  que 
i'aye  appottée  dans  la  correction  des  épreuue^: 
comme  en  la  page  4:1.  ligne  7.  où  Ton  a  mis 
Dtodeme  pour  Diomede. 

La  page  89  où  dans  la  ligne  18.  on  a  mis  pro- 
jpertté  au  lieu  de  pofterite,  doit  eftrc  entière- 
ment refaite  pour  vne  faute  lî  notable.  En  là 
page  123.  ligne  1;.  au  lieu  de  rûfjffent  lifez  ;##- 
gffiv* "  •  Paoei7z  ligne  h.  v*am  liCcz nam ,  pag, 
I S  i .  ligne  1 .  T)i  que  Née  ré  de  qui  là  voix  efifi  net-^ 
te  Je  ha  fie,  lifez  Jik  Neeré de  qui  UDoix  efiji 
Dette ,  quelle  fè  hafie\  &c. 

Page  4.73.  ligne  iy.  cft-cc  &  propos  lifet  eft-ci 
k  ce  propos,  &c  ligne  xù.pajfez,  lifez  paijfez,:  &  ain- 
fi  des  fautes  qui  fe  rencontreront  poffible  en 
beaucoup  d  autres  lieux  que  ie  n  ay  pas  aper- 
ceu'és,  pour  n'auoir  ofé  relire  la  plus  part  des 
feuilles  tirées  de  peur  d'y  en  trouuer  ,  qui 
tn'auroient  affligé  fans  y  pouuoir  aporter  de 
remède. 


LES 


LÈS 


ODES 

ET    LES       . 

EPODES 

D'HORACE- 


Q  HORATII  FLACCI 

ODARVM  SEV  CARMINVM, 
LIBER     PRIMVS. 

AD   MECOENATEM.    Ode.  I. 

Alias  alia  dele&anc,  Horacius  vcro, 

Po'crac  nomcn ,  praefertim 

Lyrici,  afFe&at. 


10, 


fi  t^^Muê  ECOEN  <4S  ,atauis  édite  reaibnsy 
&\  &Y*2tt  3  ^  ^ pr&fidium  (fr  dulce  decus  mtumi 
S  FvS^  *?  Suntqttos  curnculo  puluerem  Oljm- 
ffi>v>cTfl  t  picum 

Cclleçffe  iuuat  :  nteiaque  feruidis 
EttitatA  rôtis ,  pa/mayue  nobilisy 
Terrarum  Dominos  eue  ht  t  ad  De  os. 
Hune  y  fi  mobilïum  turb*  Quiritium 
Certat  iergeminis  tollere  honoribm  : 
iHum  y  fi  proprio  eondidit  horreo 
Jguidcjkid  de  Ltbycis  verritur  areis, 
Gaudentem  patrios  findere  fkreulo 
jtgYos  :  Attaltci*  condimmbus 


LIVRE    PREMIER. 
DES 

ODES  D'HORACE. 

A   Ù  £  C  E  H  A  S.  Odè  I. 

J?ue  les  inclinations  des  hommes  font  dtffercnUs9 

&  que  celle  du  Pctte  efi  d'écrire  dzs 

vers  Lyriques. 

Mécène,  forticUrace  Royale, 
ma  prote&ion  ,  &  mi  douce 
gloire  -,  Il  y  eh  a  qui  fe  plaifer-t 
dans  vn  char  à  fe  couurir  de  H 
pouflîere  des  ièûx  Olympiques* 
&  la  borne  étiitéc  par  les  roues  légères >  auflî 
bien  que  la  noble  palme,  fait  hiphter  les  Sei- 
gneurs delà  terre  aufeiourdesDiGiix.  Tan- 
dis que  la  foule  du  peuple  intonitant  s'efforce 
par  de  triples  honneurs  d'éleuerceluy-cy ,  6c 
que  cet  autre  amâffe  en  (on  grenier  toute  là 
nioiflbn  qui  Te  nettoyé  darié  lès  àirçs  de  Lybie> 
ne  détourne  point  de  fçnHeirem,auec  toutes 
les  riche  (Tes  d'Âtale  >  celùy  qui  fe  plaift  à  culd- 
ûer  les  champs  dé  fes  pères,  pour  aller,  con>*&£ 


Si 


4  C  A  R  M  I  N  V  M    L  I  B.    I. 

NumcjHtim  dtmoueas ,  vt  trabe  Cyprt* 
My-ionm  pauidm  nanta  fecet  mare. 

15.       LuBantem  lcarïis  finHibus  Africum 
Aleicaiormttticns,  ocium  &  opptdt 
Lavtdat  rttra Cm:  rnox  refiat  rates 
£hta$M  ,  indoetlù  pauperiem  patu 

FJ}  qui  nec  -veteris  pocula  M^iCt , 
10.       jV 'jc  parrem  folido  demere  de  die 

S  permit,  n«nc  vmdt  membra  fit*  arbuto 
Stratus,  nunc  ad  aqu&  Une  caputfacrt- 

Multos  Cafîra  ittuant ,  &  Uttto  tub* 
Permtfttu  fonitus  ,  bellaque  matrtbus 
25.      Detejlata-  Manet  fitb  loue  frtgtdo 
Venator ,  tenera  conmgis  tmmemor  : 

Set*  vifa  eft  catulis  cerM  fidelibut , 
Sett  rttpit  teretes  Marfa  «per  pUgas. 
Me  doElarum  heder*  pr&mia  frenttum 
Dis  mifcentfrperis:  me  geltdum  nemus, 

Nympharumque  leues  cum  Saisis  Chtri 
Secernunt  populo  :  fi  neque  tibias 
Euterpe  cohtbet ,  nec  Pelyhjmnia 
Lejboum  refugit  tendert  barbiton. 

3h      ggfdfi  me  Ljrkû  vMïbns  infères  , 
Sttbtimifiriam  fidtrtt  vertice. 


J° 


Odes  d'Horace.   I  iv.  I.  / 

vn  Nocher  timide  dans  vn  vaiffeau  de  Cypre 
fendre  la  mer*  de  Negrepond.   Le  Marchant  De  M'$rZ 
craignant  le  vent  Africain  quUuitte  contre  les  "'• 
flots  de  la  mer  Icarienne  ,  eftime  le  repos  de  la      l5- 
maifon ,  &  loue  le  bon  heur  des  campagnes  qui 
font  proches  de  fa  ville:  puis  auiîî-toft  il  ra- 
commode  fes  vaiffeaux  brifez ,  ne  fe  pouuant 
accoutumer  à  la  pauureté.    Il  y  en  a  d'autres 
qui  fe  laiffent  charmer  par  la  vieillefTe  des  vins 
Mafîiques  >  &  qui  fe  diuertiffent  a  retrancher     *o. 
vne  partie  du  iour  par  la  débauche  ,  tantoU 
couchez  fous  les  vertes  feiiillées  ,  Se  tantoft 
fur  le  bord  d'vne  agréable  fource  qui  pouffe 
desruiffeaux  facrez.  Plufieursfe  rangent  aucc 

f>laifir  dans  les  armées,  &  font  rauis  du  (on  de 
a  trompette ,  méfié  auec  celuy  des  clerons  :  Se 
la  guerre  que  les  Mères  deteftent,  font  leur  i;, 
principal  foucy.  Le  ChafTeur  qui  met  en  ou- 
bly  les  tendrefTes  de  fa  femme,  demeure  ex- 
pofé  au  froid ,  &  aux  autres  iniures  de  l'air ,  foie 
qu'vne  bifche  s'offre  à  fes  chiens  fidèles,  foit 
qu'vn  fanglier  du  pays  des  Marfes  ait  rompu 
les  toiles  tendues  autour  de  fon  enceinte»  Mais 
les  lierres  qui  couronnent  le  mérite  des  fça- 
uantes  teftes,  me  donnent  place  au  rang  des  50. 
Dieux  fuprémes  :  Se  le  frais  des  bocages,  Se  les 
troupes  légères  des  Nymphes  Se  des  Satyres, 
me  feparent  du  peuple, fi  Euterpe  ne  me  dé- 
fend point  de  toucher  à  fçs  fluftes,ou  fi  Po- 
lymnie  ne  me  refufe  point  de  mettre  des  cor- 
des à  mon  luth  Lefbien,  Que  Ci  tu  n\e  reçois  au  $5* 
nombre  des  Poètes  Lyriques  -,  ie  frapperay  les 
eftoiles  de  mon  front  glorieux. 

A  iij 


Car  m  i  w  y  m    Lib.   I 


ra. 


Aî>    AVGVSTVM     C1SAREM. 
Ode  II. 

$n  vindi&am  ïulij  Carfaris  occifî  multse  tem- 
pcflatcs  Pop  Romàno  i^mittuntur.  Vnica 
Jmperij  fpes-  in  Augufti  incolumkatç  con- 
fticuitur. 


ï 


Ant  Jatis  terris  niuis  yatcjue  dir& 
Grandinis  mifîî  Pjtter  Cf  rubente 
Dextgrafacras  iaculatus  arecs , 
Terrait  vrbem  : 
£.       Terruit  gentesn  graue  ne  rediret 

S&culum  Pyrrhtt ,  noua  monftrà  quefit  9 
Qynne  quant  P  rot  eus  pecus  egit  altos 

Vifire  mentes: 
Tifiium  cfr  fumma  genus  h<tfn  vlmo  • 
Nota  qu&  fedes  ftterat  colnmbis  : 
j&t  fuperietlo  pauiddt  natarunt 

<±Aic]Uore  dam<*. 
Vidimus  feuum  Tibçrim  y  retortis 
Littore  Etrufco  violenter  vndis , 
Sj.      ire  deiettum  monument  a  régis  > 
TempUque  fcjlœ  : 
[lié  dvim  fi  nhxïum  cjtierenti 
Jattat  vltorem  :  vams,  &  fini  (Ira 
Z?abitur  rtpa  (  loue  non  probante  ) 
l&.  p^xorius  awnis. 

jfudiet  dues  acuijfe  ferrum* 
Jgvo  graues  Perfe  mèlms  périrent  : 
JLuditt  fugnas  >  vittç  parentum 


Odes    d' Ho  il  a  ci.  Liv.  I, 


A    AVGVSTE    CESAR.    Ode  II. 

Que  tous  les  Dieux  font  en  colère  contre  les  Ro- 
m  Ain  s  4  caufe  de  la  mort  de  Ce  far  tué  dans  le 
Sénat  :  &  que  fv  nique  ejperance  de  C  Empire 
confijle  au  bon-heur  d'Augufte. 

Maintenant  le  Pcrc  de  toutes  -choies,  a 
.  verfé  fur  la  terre  a  fiez-  de  neige  &  de 
greile  horrible  :  &  frappant  les  forterelFes  fa- 
crées  de  fa  main  flamboyante ,  il  a  ietté  leffroy      J. 
dans  le  cœur  de  la  ville  :  ila  fait  craindre  aux 
peuples  le  retour  du  ficelé  infortune  dePyr- 
rhe  qui  fe  plaignit  de  voir  des  monftres  d'vnc 
forme  nouuelïe  ,  quand  Prothée  mena  tout 
fon  troupeau  marin  furies  hautes  montagnes. 
Alors  les  poiiïbns  s'arrefterent  à  la  cime  des      IOl# 
ormes ,  où  eftoit  auparauant  le  feiour  des  *  oy-  Colomba* 
feaux,  Se  les  daims  peureux, nagèrent  fur  les 
flots  amoncelez.  Nous  auons  veu  le  Tybre  auec 
fes  eaux  troubles  qu'il  faifoit  rcbrouiïcr  du 
bord  Tofcan  auec  beaucoup  de  violence  pour 
aller  abbatre  les  tombeaux  des  vieux  Roys ,  &       *5* 
les  temples  de  Vefta  ;  tandis  que  le  fteuuc  trop, 
épris  d'amour  pour  fon  époufe  llie,  feprome- 
toit  de  vâger  fes  plaintes ,  forçoit  le  bord  qui  le 
prcfïbit  du  cofté  gauche,  &  s'échappoit  hors  de 
fes  limites,  quoy  que Iupiçer n'en  fuft;pasd'a- 
uis.  Vn  iour  la  rare  ieunefle  entendra ,  comme     10 , 
les  Citoyens  ont  aiguifé  le  fer  contre  cux-mef- 
mes^w  lieu  de  s'en  (eruir  beaucoup  plus  vrilc- 
ment  pour  faire  périr  les  Perfes  indomptez: 
elle  entemira  parler  des  fangian tes  batailles  qui 


8  Ca  RM  INVM     L  I  B.   L 

Rara  iuuentus. 
lj.       ^J^m  vocet  Diutim  populus  mentis 
lmperi  rébus  }  prece  yua  f Minent 
Virgines  fanFia  minus  audientem 

Carmina  f^eflam  ? 

Cui  dabit  partes  fcelus  expiandi 
30.       Jupiter?  tandem  veniat ,  prccamur  % 
jNube  candentes  humeros  amtFlus 

Augur  Apollo. 
Sine  tu  mauis ,  Erycina  ridens , 
Jguam  locus  circumuolat ,  &  Cupido: 
35%      Sine  negleFlum  genus  &  nepotcs 
Refpicis  autor , 

Heu  nimis  hng$  fatiate  ludo , 
J>)uem  iuuat  clamor,  gakdtcjue  Uues  > 
Acer  çfr  Mauri  peditis  cruentum 
40.  Vultus  tn  hoflem: 

Sine  mutata  iuuenem  figura 
Aies  in  terris  imi taris  3  alm<t 
Films  M<*i<t  >  patiens  vocari 
Çœfaris  vltar; 

4/.       Serus  in  cœlum  redeas  >  âiucfut 
L<*tus  interfis  populo  Quirini  : 
Tsieue  te  noftris  vitiis  iniquum 

Ocior  aura 
Tollat.  hic  magnos  potius  triumphos , 
50.       Hic  âmes  d  ci  pater  atque  princeps: 
JS/eu  fwas  Aiedos  esjuttare  multas 
Te  dtice ,  Cœfer* 


Odes    d'Hor  a  ce.  Li  v.  I.        9 
ont  efté  données  par  là  faute  de  nos  Pères.  Du-      2  j* 
qiicleft-ce  des  Dieux,  que  le  peuple  doit  im- 
plorer fecours  pour  l'Empire  qui  va  périr?  De 
quelles  prières  les  feintes  Vierges ,  importune- 
ront-elles Vefta  qui  nefeoute  plus  nos  vœux? 
A  qui  eft-çe  que  Iupiter  donnera  la  charge 
d'expier  noftre  crime  }  Enfin  ,  Apollon  qui      jq. 
connois  les  chofes  futures,  nous  te  prionsde 
venir  fous  vn  nuage  qui  couure  tafplendeur. 

Maisfbitquetu  nous  veuilles  honorer  de  ta 
prefence,gracieufeErycinc*  que  les  grâces  &  Tenmt 
l'amour  enuironnent:  foit  que  tu  regardes  ta      jç. 
pofterité  negligéc,*&  tes  petits  fils,  Autheur  de  Msrs. 
la  nation  Romaine,  rafïàfié  d' vn  ieu  (  helas  )  de 
trop  longue  durée,  qui  te  plais  au  bruit  de  la 
guerre ,  aux  armets  étinçelans,  &  au  regard  fu- 
rieux du  foldat  Maure,  quand  il  enuifàge  fbn      40. 
cnnemi  couuert  de  fang  :  foit ,  ô  noble  fils  *  de  Mercure. 
Maye,  que  venant  auec  des  ailes  fur  la  terre» 
après  auoir  changé  ta  forme  diuine  en  celle 
d'vn  ieune  homme  ,  tutrouucs  bon  d  élire  ap- 
pelle vangeur  de  la  mort  de  Cefar;  ne  retourne      4f» 
point  au  Ciel  que  fort  tard  :  aflifte  long-temps 
de  tes  faneurs  le  peuple  *  de  Romule  ,  &c  ne  Cois  Oe  QHtri*4 
point  tellement  fafché  contre  nos  vices ,  que  tu 
nous  fois  enleué,  &  qu'vn  vent  de  colère  te  dé- 
robe trop  toft  à  nos  fouhaits.  Aimepluftoft  icy 
bas  les  grands  triomphes  qui  te  font  préparez.,      ,0^ 
aime-y  le  nom  que  tu  portes  de  Père  &  de  Prin- 
ce des  Peuples  &  des  Nations:  &  con&ruant 
le  tiltre  de  Chef  glorieux  de  cet  Empire, ne  fbuf- 
fre  point,  Cefar,  que  les  Medes  montent  à  che- 
ual,  fans  que  nous  en  foyons  vangez. 


19  Carminvm    Lib.    I. 


Ode    IIL 

Nain  Virgilium  Athenas  vehenti  incolumi- 
ratem  precatur  :  deinde  in  hominum  to- 
meritatem  audaçiamque  yehementer  m- 
furgit. 


s 


le  te  Dîua  pùtens  Cypri , 
Stc  fratres  Helcua ,  lucidA  fidert* 
Ventorur^cjue  regat  pAtery 

QbfiriUù  diit  y  prêter  Upyga  , 
j.        Nauis  y.  cjua  tibi  creditum 

Debes  Virgilium  y  finibus  Atticiz 
Redda*  incolumem  ,  precor> 

Et  feruej  Anima  dimidium  me&. 
Ilti  robur  &  as  triplex 
10.  Ctrcapedtis  erat>  qui  frAgilem  truci 

Commift  pelag*  rAtem 

7?  rimas  y  ne.ç  timuit  pracipiut»  Africum* 
Decertantem  ACjuilenibus , 

Nec  tri  fie  s  HyAdAs,  neç  rabierp  Natil 
fe       Jfyto  n*n  arbiter  Adria 

Maïar  y  tùllere  feu  ponere  vult  frétai* 
Quem  mortis  timuit  gradum , 

Quificcis  oculis  mùnftra  natantia , 
Qui  vidit  mare  turgidumy  & 
20.  Infâmes  fcopuhs  AcroçerAunia  ? 

JVe  quicquam  Deus  abjçidit 

Prudens  Qçeano  dtJfociAbili 
Terras*  fi  tamen  impi&9 


0t>ïs    d'Horace.   Liv.  h      it 


$VR     LE    SVIET    DE     VIRGILE 
s'en  allant  à  Athènes.     Ode  IIJ. 

Mfoubditc  4  Virgile  vn  hon  voyage  :  &  delk  ,  il 

prend  occajion  de  bUfmer  l'audace 

des  hommes. 

O  Nature  qui  nous  dois  répondre  de  Vir- 
gile confié  en  ta  garde,  que  la  puiflante 
peciïc  de  Cypre,auec  les  frères  d'Helenc,deux 
Àftrcs  lumineux,  gouucrnent  heureufement 
ton  voyage  j  &  que  le  Père  des  vents  te  condui-       j% 
fe,  les  tenanstou^  enfermez  dans  leur  Cauemc> 
excepté  *  celuy  qui  foufle  du  cofté  de  la  Pouille.  l\t*£yit» 
Ce  font  les  prières  que  ic  fais,  afin  que  tu  le 
rendes  fauf  fur  les  bprds  de  i' Attique,  Sç  que  ta 
çonferues  chèrement  la  moitié  de  mon  ame.      i®* 
Geluy-là  portoit  vn  dur  plaftron  &  vn  triple 
airain  autour  de  fa  poi&rine ,  qui  abandonna 
le  premier  vn  freflc  vaifTeaua  lancer  impitoya- 
ble^ qui  n'eut  point  de  frayeur  duroide  Afri- 
cain combatant  auec  les  Aquilons  ,  ny  de  la 
trifte  conftellation  des  Hyades,ny  *  des  Autans      ïj- 
enragez,  ne  çoiftioiflant  point  qu'il  y  ait  de  fou-  Ventt  * 
fies  fur  la  mer  Adriatique  plus  puiflans  pour  éle-     *  ty 
uerfes  vagues,  ou  bien  pour  les  calmer.  Quel 
genre  de  mojrt  a  pu  redouter  celuy  qui  auec     - 
des  yeux  fecs  a  veu  dans  leau  des  monftres 
Bydeux,  la  mer  bouffie  ,  de  les  rochers  *  de      2 ci. 
Ceraune  qui  font  des   Efcueils  très -dange- -*"'**<*- 
iciixl  La  prudence  de  Dieu  a  feparc  en  s  i\wr ******** 


Il  Carminvm,    Li  b.   I. 

<^J>n  tangenda  rates  tranfiliunt  Véulé* 
IJ.       *Audax  omma  perpeti 

Gens  bumana  ruit  per  vetitum   ne  foi. 
Attàax  Inpeti  genns 

Içnem  fraude  mala  gentibns  intulit. 
Pojf  ignem  éetherea  domo 
3Q*  Subduttum^  macies  &  noua  febrium 

'Terris  incubutt  cohors  : 

Semo tique  pripu  tarda  neceffitas 
Lethi  corripuit  gradum. 

Expertns  vacttum  Ddtdalus  atra 
55*        Pennts  non  homtni  datis. 

Perrupit  Acheronta  Herculeus  labor 
NU  mortalibus  arduum  eft. 

Cœlttm  ipfum  petimus  ftultitia  :  neque 
Ter  noflrum  pattmur  feelus 
4°-  Iracunda  Iouem  ponere  fulmina. 


AD  L.    SEXTIVM  CONSVLAREM. 
Ode  IV. 

Amcenitate  veris  deferipta,  &  communi  mo- 
riendi  confuecudinc  propofîta  ,  tanquam 
Epicureus  ad  vitam  voluptuofarn  Sextium 
hortatur, 

SOluitttY  acris  byems  grata  vice  veris  &  Fa- 
uoni  : 
Trahnntcjtie  ficcas  machina  carinas. 
Ac  neque  iam  ftabuiis  gandet  peau  ,  ant  arator 
tgni, 


Odes    d'Horace.    Liv.  I.       i$ 
la  terre  de  l'Océan  qui  eftoit  infociable:  4es 
nauires  impies  ont  patte  au  delà  des  mers  donc 
il  ne  faloitpoint  approcher.  Le  genre  humain      15- 
fe  précipite  hardiment  à  fouffrir  toutes chofès 
au  trauers  des  horreurs  &  des  abominations 
qui  luyfont  interdites.  La  race  audacieufede 
lapet  apporta  le  feu  au  monde  par  vne  trom- 
perie maligne.  Mais  ce  feu  du  Ciel  n'eut  pas      jo* 
efté  fi- toft  dérobé,  que  la  maigreur,&  vne  nou- 
uelle  cohorte  de  maladies,  s'épandit  fur  la  ter- 
re, &c  la  tardiue  neceflité  de  mourir  hafta  le  pas 
de  la  mort ,  autrefois  plus  éloignée  qu'elle  n'eft 
à  prefcnt.  Dédale  éprouualevuidedel'airauec      55* 
des  ailes  qui  n'eftoient  point  données  pour  lv- 
fage  de  1  homme.  Hercule  par  vn  labeur  inouy, 
força  la  porte  des  Enfers.  Il  n'y  a  rien  de  trop 
haut  pour  les  créatures  mortelles.  Nous  cher- 
chons mcfmesle  Ciel  par  des  voyes  que  noftre 
fotife  nous  fuggere:  &  nous  empefehons  par 
noftre  faute, que  Iupitcr  ne  quitte  point  les  fou-      40, 
dres  qui  portent  les  marques  de  fon  courroux. 


A   LVC1VS    SEXT1VS    PERSONNAGE 
Confulaire.  Ode  IY- 

Du  retour  du  Printemps  çfr  de  la  condition  mor- 
telle  de  tous  les  hommes ,  qui  deur oient  fajfer 
leur  vie  dans  les  plaifirs  innocens. 

AV  retour  gracieux  du  Printemps  &  de 
Zephire,le  rudeHyuerie  diffipe,  &des 
machines  roulantes  fur  le  bord  des  eaux  y  en- 


14  Carminvm     Ltb.  I. 

Nec  pïœra  çaxts  albtctnt  priants. 
$#      lam    Cytb'eréta  Ooros  ductt  Venus 7  imminente 
LunA  : 
lanilétcjue  Nymphû  Gratid  décentes 
jiiterno  terrain  quAtittnt  pede  :  dûm  granes  Cj* 
clopum 
Vulcanus  ardens  vrït  officinas. 
Nnnc  decet  aut  viridi  nitidufn  càput  impedire 
myrto 
*°»  Ant  flore ,  terr*  qncm  ferunt  folutdt. 

Nunc  &   in   vmbrojîs,  Fauno  decet  immoUre 
lucù) 
Sine  pofcAt  aonarn ,  f'ue  malit  hœdum. 
Patiida  mors  étquo  pulfat  pede  paHpernm  taber- 
nas  j 
Re^umejue  turres.  o  béate  Sextiï 
$*     Vit  a  fumrna  breuis  jpem  nos  vetat  incheare  Ion- 
gain 
Iam  te  prernet  noie ,  fabnUque  titanes  9 
Et  do  mus  txilis  Piutonia  i  quo  flmul  mcaris  > 

Non  régna  vint  fortiere  talis  , 
Ncc  tenerum  Ljcidam  mirabere  ,  quo  calet  ik- 
nentus 
*&•  Nhtiç  omnis*  &  ^hox  virgines  tepebuni* 


Od*s  D'HokAtî.  tiv.  ï.  ij 
irainent  les  barques  feiches.  Dé-ja  le  troupeau 
ne  fe  plaift  plus  à  l'eftable  ,  ny  le  Laboureur  au- 
près du  Feu.  Les  prairies  ne  blanchiflènt  plus  * 
parles  gelées  du  matin:*  Cytheréemenelebalpv**/. 
au  clair  de  la  Lune  :  &  les  traces  partes  fai- 
fans  compagnie  aux  Nymphes  qui  le  tiennent 
parla  main,frappcnt  en  cadence  la  terre  de  leur 
pied,  tandis  que  Vulcain plein  d'ardeur,  cm- 
brafe  les  Vaftes  fournâifes  des  Cyclopes.  Il  eft 
maintenant  fort  à  propos  de  lier  autour  de  (à 
tefte  parfumée  vne  couronné  de  myrthe  ver- 
doyant, ou  de  fleurs  que  ndus  prefèntcle  fein  io. 
de  la  terre  qui  fe  découure.  Il  eft  bon  de  faire 
des  facrifices  à  Faune  dans  les  boccagcslb*- 
bres,(bit  qu'il  demande  vne  brebis  , Toit  qu'il 
aime  mieux  vn  cheurcau.  La  mort  pafle  ren- 
uerfcd  vn  j)icd  égal  les  cabanes  despauures  Se 
les  tours  des  Roys.  O  bien-heureux  Sextius,  15. 
la  courte  durée  de  noftrc  vie  nous  défend  dé 
conecuoir  de  longues  cfperances  :  La  nui& 
tenueloppfcra  bien-toft,  &  tu  ne  pourras  cui- 
ter  les  Enfers  dont  l'on  conte  tant  de  fables ,  ny 
la  vaine  maiion  de  Pluton,  où  dés  que  tu  feras 
Vncfoisarriué,ne  penfe  plus  obtenir  par  le  fort  N 

des  dcz  la  Royauté  du  vin ,  ny  admirer  la  ten- 
dre beauté  de  Lycidas  qui  brufle  aùiourdhuy     10* 
*  tout  le  monde ,  &c  par  qui  toutes  les  filles  fen-  Têu*  les  km» 
liront  biciMOÛ  vn  doux  feu  dans  le  fein-  ******. 


iG  C  ARM  I  NVM     LlB.    I. 


AD         PYRRHAM. 
Ode    V. 

Horatius  ex  Py  ri  hae  illecebriS  tanquam  è nail- 
fragio  enatauerat  ,  cuius  amore  irretitos, 
affirmât  cfle  miferos. 

QVis  multa  gracilis  te  puer  in  rofk 
Perfufuslicjuidû  vrget  odoribus  > 
Grato  Pyrrhafub  antro? 
jCai  flânant  religas  comam 
y      Simples  munditiis  ?  heu  quoties  fidem 
Mutatofque  de  os  flebtt ,  &  afpera 
tligris  AcjHora  ventis 
Emirabitur  infolens, 
gui  nunc  te  fruit ur  credulus  aurea: 
10.     gui  femper  vacuam  >  fimper  amabtlern 
Sperat>  nef  dus  aura 
Fallacls.  mtfen  quibus 
Intentât*  nites.  me  tabula  facer 
Votiua  paries  indicat  vuida 
IJ.  Sufpendijfe  potenti 

Fejtimcut*  mfiris  Dck 


A    PYRRH£. 


Obis    d^Horàci.  Iiy.  Y.         if 


APYRRHE,    OdcV, 

J>hte  ceux  ù  font  malheureux  qui  font  touchez,  de 
fon  amour,  çfr  Pue  pour  l#j>  il  s'en:ëftf*uue  cïm~' 
♦  me  U  vn  Naufrage. 

PYrihe,qui  eft  ce  Mignon  parfumé  qui  tt 
tient  embralfée  parrny  tant  de  rofes  dans 
vn  antre  gracjjfHli  ?  à  qui  ferres- taies  cheuê^x 
clorez  eftant.fi  propre  auec  de  .{impies  ha-  %> 
bits  ?  helas  combien,  de  fois  fe  plaindra-t-il  de 
la  foy  violée ,  ôc  des  Dieux  changez ,  admirant 
cpmmc  vne  chofe  eftrange  la  met  Courroucée 
par  des  vents  furieux,  luy  quiiouy  t  maintenant 
de  ta  beauté,  &  qui  pour  eftre  vn  peu  trop  cré- 
dule ,  efpere  que  tu  ne  logeras  ïamais  d'autre  %% 
amour  en  ton  çœuç,&vqu'e  tu  feras  toujours 
aimable, ignorant  que  lesiaueurs'des  Dames 
font  plus  trompeufes  &  plus  inçonftantes  que 
le  vent  ?  Ceux  là  font  bien  malheureux,  à  qui  tu 
parois  beile  fans  que  tu  leur  fois  connue.  La  fà- 
crée  paroy  qui  foutiét  le  tableau  de  mon  vœu, 
tefmoigneque  i'y  ay  appandu  mes  veftement$,  i*% 
humides  en  l'honneur  du  puiflant  Dieu  de  la 
Mer, 


1%  C   A  R  M  I  N  V  M     L  I  B.   I. 


AD    AGRIPPA  M. 
Ode  VI. 

Variustragœdiographnsbellaab  Agrippa  gcfta 
decantabit ,  Horatius  vero  conuiuiis  tantum 
&  monbus  defcribendis  aptus  Se  idoneus. 

SCriberis  Variofortis ,  &  hoftium 
VtÛor ,  Afœonij  carminis  alite , 
Quam  Yemcumcjue  ferox  nauibus  aut  equis 

Miles  te  duce  gejferit. 
\  N*s>  -dgrippa  >  fie  que  hétc  dicere>  nec  grauem 

peleidœ  fiomachum ,  cedere  nefcij> 
Hec  curfns  duplicis  fer  mare  Vljjfth 

Nec  fétuam  Pelopis  domum  , 
Conamur  tenues  grandia  :  dum  pudor* 
io.        Jmbellifque  Ijta  mufa  potens  vetat 
laudes  egregij  Cœfarù  &  tuas 

Culpa   deterer*  ingeni. 
Quis  Martem  tunica  tettum  adamantine 
Digne  feripferit  ?  *ut  puluere  Troico 
JSltgrum  Aderionem?  aut  ope  Palladis 

Tydidem  fuperis  parem } 
Tïos  conuiuia  ,  nos  prœlia  virginunt, 
Settis  in  iuuenes  vnguibus  acrium 
Cantamns ,  vacui,  fme  qmd  vrimur7 

2ion  prêter  folithm  Unes. 


Odes   d'Horace^  Lxy.  t.         i$ 


A  VIPSANIVS  AGRIPPA.  Ode  VU 

G)ue  Varim  chantera  les  guerres  acheuêes  par 

Marcus  agrippa  3  mais  que  peur  luy  qui  nefc 

pas  capable  défi  grandes  chofesjlfe  contentera  de 

célébrer  les  louanges  des  feflins  &  de  ïamotir. 

VArius  cfcrira  de  ta  valeur  &  de  tes  vi- 
ftoires  remportées  furies  Ennemis  ;  il  en 
parlera  en  vers  qui  efgaleront  là  Majefté  de 
ceux  d'Homère: il  dira  tout  ce  que  le  braue 
Soldat  a  fait  fous  ta  conduite*  à  cheual  ou  dans  Parterre  cm 
les  Vaifleaux.   Mais   nous   autres  ,  généreux  ?*r  mer% 
Agrippe ,  nous  ne  pouuons  ny  chanter  ces  cho-     5* 
feslà,  ny  comme  nous  fommes  petits, effayer 
mefmes  de  célébrer  dans  nos  ouurages  le  véhé- 
ment courroux  de  l'implacable  *  fils  de  Pelée,  D'Agile. 
ny  les  voyages  par  mer  de*  l'artificieux  Vlifte,  Df*  ®0**^** 
iïy  l'horrible  maifon  de  Pelops  •>  tandis  que  la 
pudeur,  &quc  laMufequi  atoutpouuoirfur      IO* 
vne  Lyre  peu  glorieufe,  empefche  d'amoin- 
drir par  les  defaux  de  Tefprit  les  louanges  qui 
font  dues  à  l'inuincible  Cefar,&  à  ta  vertu.  Qui 
parleroit  auec  aflez  de  mérite  du  Dieu  de  ia 
guerre  armé  d'vne  Cuirafle  de  diamant  ?  ou  de      *j. 
Merion  tout  rioir  de  poudre  au  fiege  de  Troye? 
ou  de  Diomede  égal  aux  Dieux  par  le  fecours 
dePallas?  Nous  Faifons  des  chançonsaboire, 
&  nous  en  faifons  des  combats  des  filles  qui 
auec  des  ongles  roignez ,  font  fi  cruelles  contre 
les  ieunes  gens ,  foit  que  nous  ayons  du  loifir  de 
refte,foit  que  nous  bradions  d'amour,  toujours 
au/fi  léger  $  que  de  coutume. 

Bij 


ox  Caîimihym    tIB.Î. 


AD    MVNATIVM     PLANCVNÏ 

Confularcnr    Ode.  VII. 

Alij  alias  laudant  -ciuiratcs  &:  regioncs  ,  Ho- 
ratius  vero  rcliquis  anteponit  Tibur ,  vbi  na- 
tus  cfl:  Planais,  que  ni  ad  diluendas  vino  cu- 
ras cohortatur. 


LAudabunt  alij  claram  Rhvdon  ,  aut  Mity- 
lenem , 
Aut  Ephefum ,  bimarifue  Corinthi 
Mœnia  :  vel  Baccho  Thebat>  vel  Apolline  Del- 
pbos 
lnfignes ,  aut  Tbâjfala  Tempe. 
¥•        S'unt  cjHibus  vnum  opm  eft ,  int#iï&  Palladà 
vrbem 
Carminé  perpetuo  celebrare ,  C^ 
VrMque  decerptamfronti  prâtponere  cliuam* 

Plurimmi  in  lunonis  honorent , 
AptumdicitequisArgosy  ditefque  Myccnas. 
10.  j\4e  nec  tam  patiens  Laccd<tmon> 

JSIec  tam  Larijfe  pcrcufîit  campus  opim&% 

Jghtam  domus  Albunea  refonantisy 
Et  prœceps  Anio>  &  Tiburni  lacns,  &  vdti 
Àdohtlibuôpomaria  riuis. 
iy       j^lbus  vt  obfcuro  deterget  nubiU  cetlo 
Sttpe  Noms  y  netjue  parturit  imbres 
terpetnos  :  jic  îh  faptens  finir e  memenfr 

Triftitiam^viu^HeAabores 
Molli  Fiance  mt/o.  feu  te  fulgenti*  Jignis 


Odes  d'Horace.  Liv.  I.         ii 


4     MVNATIVS     PLANCVS 
perf$nnage  Coniulaire.  Ode  VII. 

J^hfe  chacun  a  fes  inclinations  -particulières  ,  & 
quelafienne  eft  d  aimer  le  feiourde  Ttuolj- 


D 


'Autres  lauërôt*réclatante  Rhode,ouMn  l*f *&**[** 


tylcne,  ou  Ephefe,  ou  les  murs  de  Corin- 
the  jfîtueé  entre  deuxMers,ou  Thebes  renom- 
mée par  les  p  referais  de  Bacchus  ,ou  Delphes 
honorée  par  la  prefence  d'Apollon,  ou  Tempe 
les  délices  de  Thelîalie.  Il  y  en  a  qui  veulent 
feulement  honorer  dans  leurs  ouurages  k  ville 
de  Mincrue  de  qui  la  pureté  n'a  iamais  cfté  vio- 
lfe,&  qui  préfèrent  la  branche  d'oliue  à  toutes 
lesautresbranches  du  monde.  Pluiîeurs  difent 
en  l'honneur  de  Iunon  les  auantages  d'Argosfî 
propres  nourrir  des.cheuaux.,  &  donnent  des 
louanges  à  la  riche  Mycenes.  Mais  ny  la  patien- 
tcLacedemone,nyles  çharnps  abondants  deLa- 
riflè ,  ne  me  charment  point  à  Teigal  de  la  mai- 
son d'Albunée  qui  refbnnedVn  doux  murmu- 
re, de  l'Anion  dont  le  cours  eft  précipité, du 
bois  de  Tiburne,  &  de  Ces  iardins  moites  à  eau? 
le  des  ruifïeaux  qui  coulent  au  trauers.  Comme 
le  vent  de  Midy  nettoyé  fouuent  le  Ciel  de 
lobfcurité  des  nuages  qui  le  couurent,  Se  ne 
donne  pas  toufiours  des  pluyes  :  Ainft  ,  o 
Plancus  ,  comme  bien  auifé,  fouuieps-toy  de 
chafler  l'ennuy  de  ta  tefte ,  &  de  mettre  fin  aux 
trauaux  de  la  vie  aucc  le  bon  vin  ,  foit  que 
1  armée  te  retienne  (bus Tefclat  de  fes  eniei- 

B  îij 


io, 


il  Carminvm  Lib.1. 

10.  Caflra  tenent ,  feu  dcnfa  tenebit 

Tiburis  vmbra  tui.  Teucer  ïalamwa  patreinquï 

Çhtum  fu  ne  y  et  y  tamen  vda  Ly&o 
Tempora  pvpulea  fertur  vinxiffecoronk , 
Sic  triftes  ajfatm  amrcos  : 
H*      J&0  nos  CHnciî4e  feret  melior  fortuna  parente,' 
jbtmus  9  o  focij  comitefcjue. 
JMil  defperandum  Teucro  duce  çr  aufpice  7V«- 
cro  : 
Certm  enim  promifit  Apoilo 
Ambiguam  tellure  noua  S  alamin*  futnram* 
JO.  O  fortes  pe)oraque  pœjfî 

Jbfecunfœpeviri,nuncvino  pellite  curai: 
Cras  tnaens  iterabimus  &quor* 


AD   LYDI  AM.  Ode  VIII. 

ïuuenem  Sybarin  Lydiae  amorc  perditum.  Se 
voluptatibus  colliquefaéhim  notât. 


L 


Ydia,  die ,  per  omnes 

Tedeosoro  y  Sybarin  car  preperes  amande. 
Perdere  \  car  apricum 

O.dcrit  campum  5  patiens  pulueris  atque  folisl 
fi       Cur  neque  m  Ht  tari  s 

Inter  aquaUs  équité  t,  Gallica  me  lupatis 
Temperet  ora  fr&nis  \ 

Cur  timet  ftanum  Tiberim  tanoerc  ?  cm  oli- 

<  *         •  i  Ci 

1  •  *n 


Odes   d'Horace.  Liv.  I.  25 

gncs ,  foit  que  les  ombres  efpaifïès  de  Tiuoly      20. 
t'obligent  à  iouyr  de  leur  fraifeheur.   Qnand 
Teucer  fut  contraint  de  quitter  Salamine  pour 
fuyr  la  colère  de  fon  pere,il  ne  laifTa  pas,dit-on, 
de  mettre  au  tour  de  fa  tefte  vne  couronne  de 
peuplier  trempé  dans  le  vin ,  vfant  de  ce  langa- 
geàfes  Amis  preflèz  de  trifteffe.  Allons,  mes      25J 
compagnons,  en  quelque  lieu  que  nous  meine 
la  fortune  plus  douce  que  mon  père.  Il  ne  faut 
point  defefperer,  puis  que  Teucer  marche  a 
voftre  tefte,  il  ne  faut  rien  craindre  auffi  fous  le 
bon-heur  de  fa  conduitte:  car  Apollon  qui  ne  ih 
trompe  iamais  m'a  promis  que  nous  trouuc- 
rions  vne  autre  Salamine  dans  vne  terre  nou- 
uelle.  Braues  guerriers  quiauezfouuentendu-     30, 
réaueemoyde  plus  grandes  miferes  que  cel- 
les cy,cha{fez  maintenant  toutes  vos  inquiétu- 
des par  le  vin,  Demain  nous  nous  remettrons 
en  haute  mer  pour  continuer  noftre  voyage» 

ALYD  IE.   Ode  VIII. 
//  parle  agréablement  en  paroles  couvertes  d'vn 
ieune  homme  appelle  Sjbaris  abandonne  aux 
plaifîrsde  l'amour. 

LYdie,ieteprie  par  tous  les  Dieux,  de  me 
dire  pourquoy  tu  te  haftes  fî  fort  de  perdre 
Sybaris  épris  de  ton  ampur  1  Pourquoy  a-t'il 
maintenant  tant  d'auerfion  du  champ  de  Mars,  c 
quoy  que  la  pouflierc  &  l'ardeur  dirSoleilne 
luy  donnent  guère  de  peincîPourquoy  fon  hu- 
meur guerrière  ne  le  fait-elle  point  montera 
cheual  auec  ceux  de  fon  aage  &c  de  fa  condi- 
tion? que  ne  luy  fait-elle  drefler  des  cheuaux 

B  iiij 


*4  Carminvm    Lib.  h 

Sanguine  vipcriYio 
SX  Cantius  zitAO.Hecjue  iam  Uuida  gfftat  armts 

Jfcrachia  :  fcpe  difto, 

Stpe  trans  fine  m  iaculo  noktlis  expcdito  ? 
J&uid  latet*  vt  marin*, 

Filium  dtcunt  Thttidis  fub  lacrymofa  T.roia- 
iL      Twera,  ne  virtlis 

Quitus  in  c&dem  &  Lycias  proriperet  cate>~ 


Ad  thaliarchvm, 

Ode  IX. 


Quo  ftidgis  fouit  hvcms  ,  eo  maçis  voluptat 
induieendum. 


•o 


V 


Ides  vt  alta  (let  ùiuè  candidum 
SoraBre  :  riec  iam  fufîi  néant  onnt 
Syluœ  laborantes  :  velu  que 
Flumina  conflttertnt  acuto  ? 
e9      Dijfc/ue  jrigus ,  ligna  fiper  foco 
Larve  reponens  :  attju-e  bemonius 
Deprome  cjuadrimum  Sa  bina 
O  Tbaliarche  merum  dicta , 
Permute  Dtuis  cetera:  qui fmul . 
io.       Strauere  ventos  tcjuore  féru i do 
'   Deprdtantes ,  ntc  cuprejfî  y 
Nec  veteres  êgttantur  w&ih 


O.D  es   d'Horace.  L  i  v.  I.  25 

Çaulois,  leur  donnant  lecaueçon  ôc  leur  met- 
tant vn  mors  piquant  a  la- bouche*  Pourquoy 
àpprehcnde-t-il  de  toucher  à  for  du  Tybre? 
pourquoy  a-t-il  plus  de  foucy  d'éuiter  l'huile      iay 
iîpropreàlaluitte,que  d'cftre  frotté  du  fang 
d'vne  vipère  lEt  pourquoy  fes  bras  ne  font-ils 
pltisliuides  pourauoir  porté  les  armes,  ayant 
acquis  tant  de  réputation  en  iectant  le  palet 
ôc  lançant  leiauelot?  Qui  l'oblige  d'cftre  ca- 
ché,comme  on  dit  *  que  le  fat  autresfois  *  le  hls  jtcbifa 
de  Thetis,fur  le  point  de  la  ruine  déplorable  de 
Troye,  de  peur  qu  vn  habit  malle  le  faifaat      ij* 
connoiftre ,  on  fc-euft  contraint  daller  à  la  guer- 
re contre  iesLycicns? 


A   THALiAR  CH  E.  Ode  IX, 

£hrt  d *  autant  plus  que  fllyuer  efl  fafçheux  ,  il 
faut  penfer  dauantaae  à  Je  bien  dîner  tir", 

TV  vois  comme  le  Mont  de  Sora6te  nous 
paroi&delbincouuert  de  Neige,  comme 
les  fore  fis  qui  en  font  chargées  n'en  peuuent 
qualî  plus  porter  la  pefanesur.,,  &  comme  les 
riuieres  font  arreftées  par  les  glaces  qui  les 
refferrent.  £)iflippe  la  violence  de  ce  froid^a       ï? 
mettant  beaucoup  de  bois  au  feu,o  Thaliar- 
che ,  &c  tire  le  vin  de  quatre  *  feinlles  fans  epar-  Déf    *•  *n 
gner  la  pippe  fabine.  Remets  aux  Dieux  le  foin  nees' 
de  toutes  les  autres  chofes.  Dés  qu'ils  ont  cal- 
mé la  furie  4jè$  vçnts  qui  fe  battent  durâojtla     I0 
têmpcftc,ny  lesCiprés,  Xlf  les  vieux  ùaïfncs 


%6  Carminvm    Lib.  I. 

Jgutd  ft  futurum  crat ,  fttge  qutrere  :  & 
Quem  fors  dierum  cuncjHe  dtbit  >  lucro 
jta  Appone  :  nec  du  le  es  amores 

Spcrne  puer,  neque  tu  chorexs  : 
Donec  vtrenti  camties  abejt 
JMorofA^tiunc  &  campus  &  arç<z> 

Leue faite  fub  nottemfufurri 
ÏQ.  Compofita  repetantur  hor*: 

Jslunc  &  Utentis  proditor  tntimo 
Graws  puelU  rifm  ab  angulo, 

Pignufque  direptum  Ucertis, 
jiut  digito  maie  pertinaci. 


AD    MERCVRIVM.  Ode  X, 

Quem  laudat  à facundia  5  à  parentibus ,  à  paix- 
ilrx&lyraeinuentione,  à  maximain  furan- 
do  calliditate ,  atque  ah  iis,quibus  fungicur 
muneribus. 

MErcuri ,  facunde  nepos  ktlantu  •> 
Qui  fer  os  cultusheminum  recentum 
Voce  formafti  catus ,  &  décora 
More  palœftra: 
V       Te  cAnAm>  magni  huis  &  deorum 
Nuncium,  curu&que  lyrt,  parentem 
Callidum,  cjuicquid  pUcuit  iocofo 

Condere  furte. 
Te  boues  olim  n'vfi  reddidiffes 
%q.        ?er  dol"m  *mota<s:>  puerum  mintei 
Voce  dttm  terrer,  vtduus  pharetra, 
Rtflt  hp&U* 


Odes  d'Horace.  Ltv.  I.  27 
fâuuages ,  ne  font  plus  agitez.  Ne  t'informe 
point  de  ce  qui  doit  arriuer  le  lendemain, & 
mets  a  profit  tous  les  iours  que  la  fortune  te 
donne,  fans mefprifer  durant  taieunefle  ny  les  15, 
bals,  ny  les  charmes  de  l'amour,  tandis  que  la 
chagrine  vieilleflè  eft,  éloignée  de  la  fleur  de 
ton  aage.  Que  maintenant  le  champ  de  Mars 
fbitouuert  à  certaines  heures  pour  les  exerci- 
çes,aufîî  bien  que  les  théâtres  &  les  cirques,  & 
qu'il  fè  face  de  doux  murmures  quand  la  nuiâb 
approche.  Que  le  ris  gracieux  trahifle  encore  2Q. 
la  ieune  fille  qui  fe  cache  en  vn  petit  coin,  &c 
que  par  vne  violence  agréable  ,  le  gage  s'arra- 
che d'entre  (es  bras ,  ou  fe  tire  de  fon  doigt  qui 
ne  s'oppiniafïre  pas  trop  pour  le  retenir. 


A    MERCVRE. 
Ode.  X. 

ELoquent  Mercure ,  petit  fils  d'Atlas  qui  par 
ta  voix  &  par  le  noble  exercice  de  laluitte, 
as  fi  bié  trouuc  l'art  de  changer  les  mœurs  fau- 
uages  des  hommes  qui  ne  faiibient  que  denai- 
ftrcje  diray  à  ta  gloire  que  tu  es  l'Ambaflàdeur 
du  grand  Iupiter,  &  de  tous  les  Dieux  :  tu  es 
l'Inuenteur  de  la  Lyre  qui  (è  courbe  en  deniy 
rond:  tu  caches  fînemét  les  vols  que  tu  fais  pour 
donner  du  plaifir.  Apollon  qui  d'vne  voix  me- 
naçante, s'efforce  de  te  faire  petir, quand  tu  n'es 
qu  vn  Enfant,  lî  tu  ne  luy  rends  fes  boeufs  que 
tes  artifices  ont  détournez  de  fon  troupeau  ,  fe 
voie  encore  detrouiTé  de  fes  flèches,  &  ne  s'en 


i<jC 


28  Carminvm    Lib.  Ï-. 

JVujn  &  Atrtdxs  duce  te  fuperbos , 
Jlto  dtues  Priamus  relitto^ 
tj»        Thejfalofcjue  tqnes  (fr  tniqua  Troi<& 
Caflrafefelitt.  ' 
Th  fias  lœtis  animas  reponts 
Sedtbm  :  vir  caque  leuem  coi'rces 
Aarea  turbam,  fuperis  deorum 
Gratn$&  iwù>* 


AD    LEVCONOEN    Ode  XI. 

Hortatuu  Leuconocn3omi(ïk  futurorumcura^ 
voluptati  indulgcre,  argumente*  à  vitce  bre- 
uitate  &  cclcrkate  tiuâo. 


TV  ncqu&jierisfiire (ntfa)  quemmthi, quem 
ttbi 
Finem  dij  dederint  ,  Leuconoè  :  n.ec  Babylonios 
Tentarïs  numéros  :  vt  menus  cjuicsjuid  erit  pati 
(Seu  plures  hyemes ,  feu  trtbuit  lufiier  vltimamy 
6)u<z  nunç  oppo/kis  débilitât  pumicibus  mare 
Tyrrhenum  )Japiasy  vina  ligues  :  &.fpacto  breui 
Spem  longdm  rejeces.  dum  i&quimury  jugent  in- 

vida 
tALtas.  carpe  diem>  quam  minimum  Credula  pv 
fiero. 


Odis  d'Horace.  Liv.  I.  if 

fiât  que  rire.  Cefutfoustaconduitteque  le  ri- 
che Priamfortit  de  lafortercffe  d'Ilion,  &  qu'il 
trompa  les  fiers  Atridesjes  feux  Theflaliens,&  15* 
lesgardesdu  Camp  ennemy  desTroyens.Tu 
mets  les  âmes  piéufes  dans  leur  feiour  heu- 
reux^ auec  ta  verge  d'or ,  tu  faÎ3  arranger  les 
troupes  légères ,  Agréable  aux  Dieux  fupréraes 
&  aux  Dieux  des  Enfers. 


A  LEVCONOE.  Ode  XL 

Joëlle  ne  penje  qu'a  bien  pajfer  fin  temps  fans fe 
mettre  fort  en  peine  de  l'Avenir. 

LEuconoc,  ne  te  mets  point  en  peine  dé  coiv- 
noiftre  (il  ne  le  faut  pas  fçauoir  )  quelle  fin 
les  Dieux  veulent  preferite  âmes  jours,  &  aux 
tiens.  Ne  tente  point  le  fort  des  nombres  baby- 
loniens, pour  apprendre  à  mieux  fupporter 
quelque  trauerfe  qui  nous  arriue.  Soit  quelu- 
piter  te  donne  plufieursHyuers  ,ou  queceluy- 
cy  qui  amortit  les  flots  de  la  MerTyrehenne  *] 
contre  les  rochers  quileurfbntoppofez,foit  le 
dernier  de  ta  vie,  fi  tu  es  fage^fay  couler  le  vin 
dans  le  s  grands  vaijfeaux,  &  retranche  talongue 
attente  dans  vn  court  efpace.  L'aage  enuieux 
s'efehappe ,  tandis  que  nous  parlons.  Iouy  du 
iourprefent,  fans  te  fbucier  beaucoup  dulenr 
demain. 


30  Carmimvm  Lib.  I, 


AD   AVGVSTVM.  Ode  XII. 

Collaudatisdiis5heroibus,  virifque  aliauot  çk< 
VS^tandem  ad  diuinas  Augufti  laudes 
defeendit. 

QVem  virnmantherea  lyra  ,  velacri 
Tibia  fumes celebrare  Clic} 
Ciïuem  devin  ?  enins  recinet  iocof* 
Nomen  imago, 
5*      Ant  in  <vmbrofîsHeliconis  oris, 
Am  fnperPindo.gelidone  in  Hamoï 
Vnde  vocalem  tenter e  infequHU 

Qrphea  fyln<e  5 
Ane  materna  rapidosmorantem 
I0'      Flnminnm  lapfa,  celerefqne  ventes 
Blandnm  &  auritas  fidibns  canorti 

DucerequercHS. 
jQnidprins  dicam  folitis  parentnm 
Laudibuiï  qui  res  hominnm  aedeorum  * 
Ij •       Chù mare  &  terras,  variifqne  mundnnt 
Tempérât  koris  ? 
Vnde  nil  mains  generatnr  ipfo, 
Nec  vivet  qnicqnam  Jimile  ant  fecnndumi 
Proximos  illi  tamen  occnpanit 
20#  Pallas  honores. 

Prdiis  andax,  neqne  tefilebo 
Liber y  &  finis  immica  virga 
Belluismec  te  metnende  certes 
Phosbefagim. 


*% 


Odes  d'Horace.  L iv.  I.  $i 


A    AV  GVSTE.  Ocfc.  XII. 

Des  louanges  des  Dieux  &  des  Héros ,  four  venir 
a  parler  de  celles  £  Augure. 

OClion ,  quel  Héros,  ou  quel  homme  fa- 
meux entreprens-tu  de  célébrer  fur  la  ly- 
rc,ou  fur  la  flufte  éclatante }  de  quel  Dieu  veux 
tu  parler,  dont  le  nom  ibit  répété*  par  l'ima-  L*Ech$À 
ge  enioiiée  de  la  voix,foitfur  les  coftes  ombrcu-      5. 
fes  d'Helicon,  foit  furies  cimes  de  Pinde,ou  fur 
l'Heme  froidureux  3  De-la,  les  forefts  ont fuiuy 
Orphée  de  leur  bon  gré,charmées  par  les  dou- 
ceurs de  fa  voix:  &  la  force  de  l'art  de*fa  mère  &e  /4  MfSt 
eut  tant  de  pouuoir  qu'il  retardoit ,  par  fon  fi^ne. 
moyen  le  cours  des  riuieres  rapides, &  laie-      10» 
gereté  des  vents  :  &  comme  fî  les  chefnes  euf- 
fent  eu  des  oreilles,  il  les  attiroit  par  l'harmonie 
de  fon  luth.  Y  a-t-il  quelque  fuiet  qui  m'oblige 
de  parler,auant  que  de  donner  les  louanges  qui 
font  dues  *  au  Père  de  l'Vniuers ,  à  la  fupréme  (    .(e 
Puiflànce  qui  gouuerne  les  hommes  ôc  les 
Dieux  „qui  régit  la  mer  &  la  terre ,  &  qui  tem- 
père le  (monde  par  les  faifons  diuerfes?  D  où 
vient  qu'il  n'y  a  rien  qui  puiflTe  eftre  engendré 
plus  grand  que  luy,ny  qui  l'égale  dans  la  vie,ou 
qui  le  puifTe  féconder.  Toutesfois  après  luy, 
Pallas  mérite  les  honneurs  qui  approchent  le  s 
fiens  de  plus  près.  le  ne  te  pafferay  point  auffi  ***  XQm 
fous  filence,  Bacchus,  dont  la  hardieue  eft  a{fez 
connue,  ny  toy,*  vierge  ennemie  des  beftesfau- 
uages,ny  toy,  redoutable  Apollon,  auec  tes 


ji  'Carmî'nv^  Liî.  T. 

*j-       Dkétm  &  ^Ictden  ,  puerofque  Led£-, 
Ha»c  cqtitSy  tllum  fuperare  pugnis 
JM obtient  :  quorum  fimuïalb*  nantis 

Stella  refnljtt, 
T) ]c fuit  fax ù  agnatus  bumor: 
3°-        Confident  ventt  :  fngtuntque  nubes  : 
Et  mwa.x  (  quod  frvoluere  )  ponto 

Vnda  recumbtt.   . 
Ro?nulnm  pojlhos  pritu  ,  an  quietum 
Pompili  regnum  memorem,an  fuperbos 
1  je,        Tarquini  fa  fies ,  dubito>an  Catonis 
Nobile  letbum. 
Rcquhim>  &  Scauros>ammAque  mdgnt 
Prodigum  Paulum ,  fuperante  Pceno  > 
Gratta  infrgni  referàm  camœna , 
4^>»  Fabritiumque. 

Hunc\&  incomptis  Curium  capillis 
Vtilem  bello  tulît ,  &  Camtllum 
S  tua  paupertas,  &  auïttu  apto 
Cum  lare  fvtndm* 
45-      Crefcit  occulto  velut  arbor  duo 

FamaJMarcelli:  micàt  interemnes 
luliumfdm,  velutinter  ignés 

Luna  minores. 
Gtntis  humant  pater atque  cuftosD 
50.       Ortt  Saturnoy  tibi  cura  magm 
C&fàrU  fatis  data  :  tu  fecundo 

Cafkre  règnes. 
lïlefeHPartbos  Latio  imminentes 
Egeritiufto  Dcmwustriumpho, 
*/      Sine  fitbicttos  Ortentis  orts 

Seras  &  lndos  :  K 

Tcmimrlaturn  reget  aquus  orbemt 


traus 


Odes  d'Horace.  1  iV,  I.        A 
traitfs  dont  les  coups  fon  certains    le  parlcray      25. 
'  jmefme  d'Alcide,  &c  des  enFans  de  Lede,  i'vn 
excellent  au  màneige  descheuaux,  ôc  l'autre 
à  l'exercice  de  l'efciime  >  aufli-toft  que  l'eftoi- 
le  feraine  apparoift  aux  Matelots,  Tonde  agi- 
tée découle  des   rochers  *  les  Vents  s'appai-      30, 
fent,  les  nuages  fe  diflipeïit,  &  le  flot  de  la 
hier  irritée  s'abbaiïîe  fous  leur  bon  plaifir. 
Apres  ceux-cy ,  ie  doute  fi  ie  parleray  premiè- 
rement deRomulus,  ou  du  règne  paifible  de 
Pompilius,  ou  des  fuperbes  faifceaux  dcTar-      *jo 
quin,ou  de  la  généreuse  mort  de  i  aton.  le 
feray  des  vers  (iiblimes  de  Regulus  ,  &  de$  ^^ 

Scaures.  I'efcriray  magnifiquement  *  de  Pau-  paut  Etoiï&tk 
lus  qui  fut  fi  prodigue  dVne  ame  hautaine, 
quand  les  Carthaginois  furent  vi&oirieux  :  ie 
ne  tairay  point  la  gloire  de  Fabrice.  Ce  fut  la     4°° 
durepauureté,&  le  fonds  paterne^auec  l'hum- 
ble toid  d'vne  maifon  médiocre  qui  mit  çeluy- 
cy  au  i.our,  auflî  bien  que  Camille  &  Curius 
aux  cheueux  mal  peignez  ,  qui  eut  tant  d'a- 
uantages  pour  la  guerre.   La  renommée  de     ^|J 
Marcellus  croift:  comme  vn  arbre  qui  vient  in- 
iènfiblement  a  la  perfedion  de  fon  accroiffe- 
ment.  L'Aftrc  de  Iules ,  brille  entre  tous  les 
autres  comme  la  Lune  entre  les  moindres  feux. 
Père,  &  Prote&eur  de  la  race  humaine ,  qui  ri-      Ift 
res  ton  extraûioh  de  Saturne,  tu  as  efté  chargé 
par  les  deftinées,  du  foin  de  garder  le  grafîd 
Cefar.  Tien  la  première  place  à  régir  l'Empi- 
re du  monde,  Cefar  y  tiendra  le  (econdrang* 
Soit  que  parvne  îufte  victoire  *  il  ait  mené  cri 
Triomphe  les  Parthes  qui  faiioient  mine  deié 
ictter  dans  l'Italie ,  foit  que  fur  les  frontières     fà 

G 


34-  C  A  R  M  I  N  V  M   L  I  B.  L 

Tugraui  chtth  quattes  olympttm  > 
Th  parnm  cafiis  tmmtca  mutes 
Fnlm%na  lnc*s. 


AD     L  YDIA  M.      Ode    XII L 

Molette  feït  Telyephum  riualcm  fibi  à  Lydia 
ànteponi. 

V^     Ctruictm  rofeam  ;  &çerea  Telephi 

Lauda*  brachia ,  va  ,  meum^ 
Feruens  dtfjiciUbtle  timetiecurè 

[O.       Tmcnec  mens  mihi ,  nec  c$lor 

Certafede  mmet  :  humor  &  ing™**^  ,     [ 
Fnrtim  labitur ,  argnens 

thsam  lentis  penitm  macérer  ignibt**- 

Vror ,  feu  tibi  candi  do  s 
I*      »      Tnrpa^Hnt  humer  os  immodicAfner$ 
Rix*  :  fi**  puer  furens 

Jmprefi$  memorcw  dente  labris  notam. 

Non  y  fi  me  fais  atêdias  ,  +» 

Speres  perpetunt»*  du  Ida  barbare 
Ladentem  ofcula ,  ?m  Ktn  m 


Opes  d'Horace.  Liv.Î.  î$ 

de  l'Orient ,  il  ait  fubiugué  les  Seres ,  &  les  In- 
diens ,  il  eft  fi  plein  de  luftice ,  qu'il  régira  heii- 
reufement  le  monde  au  deflbus  de  toy ,  tandis 
que  tu  feras  trembler  le  Ciel  fous  la  pefanteur 
de  ton  char  ,  &  que  tu  lanceras  tes  foudres 
vangeurs  fur  les  bois  fâcrez ,  fouillez  par  quel- 
que impureté. 


A    LYDIE,     Odé  XIII. 

il  fe  fafche  que  Telephe  foit  mieux  venu  auprès 
d'elle  ync  luy. 

LYdie,quand  tu  parles  auec  tant  d'eftime  du 
col  de  Tdephe  >  qui  a  la  couleur  des  rofès* 
"quand  tu  fais  des  louanges  de  fes  bras  de  cire, 
ha  1  mon  cœur  s'alume  de  colère,  &  ma  bile  s'é- 
chauffe d'vne  rage  implacable.  Alors  ny  ma      y 
pcnfée,ny  la  couleur  de  mon  vifage,ne  dem-eu- 
ïét  point  en  vn  mefme  eftat,  &c  vne  eau  décou- 
le à  la  dérobée  le  long  de  mes  ioiies  3  qui  donne 
bienvneprèiiueafTeurée  du  feu. 1er  qui  me  mi- 
lle au  dedans.  le  brufle,  (bit  que  les  débats  eau- 
fez  par  les  excez  du  vin,ayent  terni  l'éclat  de  tes     10* 
épaules  qui  ont  la  blancheur  de  la  neige ,  fait 
que  ce  garçon  dans  la  paffion  qui  le  tranfporte, 
ait  de  Ces  dents  imprimé  vne  marque  fur  tes  le- 
Ures  pour  te  faire  louuenir  de  luy .  Non  non;  (I 
tu  me  crois,il  ne  faut  point  que  tu  èfperes  d  a- 
ùoir  pour  vn  amoureux  confiant  celuy  qui  aueç 
tant  d'inhumanité  blefle  la  douceur  des  bai- 
fers^que  Vw£u*  %  détrempez  dâs  la  cinquzefms 

e  ij 


H< 


xo, 


36  Carminvm   tlB.t 

Jghnnt*  parte  fut  nedarts  tmbuit. 
Fœltces  ter  &  ampltus  > 

tytio s  irrupta  tenet  copula  ,  nec  malis 
Dtuulfus  querimontis 
Supremacttiusifoluetamor  die. 


AD     REMPVPLICAM     BELLVÎVÎ 
Ciuile  prceparantem.    Ode  XIV. 

ON  avis  j  réfèrent  in  mare  tenoui 
Fluttus  ,  0  cjttidagis  ?  forttter  occupa 
'  Tortum  :  nonne  vides  vt 
Nadum  remiaio  lattu  > 

5.      Et  mal  tu  céleri faucius  Afcico , 

JLntenn&que  gemant  ?  acfnefunibus 
Vix  durare  carina 
Pspnt  imperiofius 

tALcjH$r?non  tibi  funt  intégra  lintea, 
10.      Non  dii  y  quos  iterum  preffa  voccs  mil*. 
G>HamHis  Pontka  pinusy 
SjIha  plia  nobilts  > 

lattes  &genus  &  nomen  inutile* 
NU  pittis  timidm  nautta  puppifas 
lf<  Fidit.  tn  ,  nift  venus 

JDebes  ludibrinm ,  cane. 

Toupet  follicitum  qu&  mihi  tétdium  1 
N^ncdefiderinm^curaque  non  Unis  > 
Jnterfttfa  nitentes 
tà         Fins  tjtiçra  Cjcltdas. 


Odes  d'Horace,  Liv  .1.  37 
partie  de  Ton  ncdar.  Ceux  li  font  trois  fois 
heureux  ,  5c  encore  dauantage  ,  qui  font 
étraints  par  vn  lien  quincfe  peut  rompre  ,  Se 
dont  l'amour  eft  incapable  de  fedifîôudreauat 
le  dernier  icur ,  par  des  picoterics  malignes,  10, 


    LA    REPVBLIOyE     QJ  I    SE' 

prépare  à  h  guerre  Ciuile.  Ode  XIV. 

ONauire,  des  vagues  mutuelles  te  repowf- 
feront-clles  en  pleine  mer?  ha!  mifera- 
ble  que  fais-tu  l  entre  courageufement  dans 
le  port.  Ne  vois-tu  pas  comme  ton  flanc  cft 
dénué  de  rames ,  &  comme  ton  maft  cft  froifie      j, 
parla  roideurdVn  vent  AffricainVt.es  anten- 
nes gemiflent ,  §C  a  peine  ton  grand  corps  fera- 
t-il  capable  de  reiifter  fans  cordages  X  Timpe- 
rieufe  furie  de  la  mer.  Tu  n'as  plus  de  voiles 
entières ,  ny  de  Dieux  que  tu  puifle  encore  in-      jqm 
uoquer  après  le  débris  4e  ton  maft  ,quoy  que 
fille  d'vne  foreft  illuftre ,  ôc  faite  des  pins  qui 
çroiffent  au  Royaume  de  Pont ,  tu  te  vantes 
de  la  gloire  de  ta  race  ôc  d'vn  nom  inutile.  Le 
timide  Nocher  ne  fe  fie  point  aux  pouppes  en- 
richies de  peintures.    Garde  toy  bien  dVne      *£• 
nouuelleentrcprife  fur  mer ,  fi  tu  n'y  veux  de- 
uenirle  ioiiet  des  vents  au  milieu  de  la  tempe- 
fte.  Tu  me  caufois  naguère  beaucoup  de  fblii- 
citudes  &  d'ennuis ,  $c  tu  es  maintenant  mon 
principal  foucy  Se  mon  plus  cher  defir;  éuitc  les     20, 
Cycladcsblanchiffàutes  femées  autrauersdes 
eaux. 

C  iij 


C  A  R.  M  I  N  V  M    L  I  B.  I. 


Z0. 


NEREI  VATICINIVM  DE  RVINA 
Troyac.  Ode  XV. 


P 


Aflor  qtium  traheretper  fréta  nauibm 
Idxis  Helenamperfidushofîitam, 
Jttgrato  celeres  obruit  otio 
Tentas ,  vt  caneretfera 

î*       ^  ère  tu  fat  a.  Aida  ducu  Mi  âomum* 
Quant  rnulto  repetet  Gracia  milite , 
Coniptratd  tuas  rumpere nuptias , 
Et  regnum  Priami  vêtus. 

Eh  eu  quantus  equis,  quantuéddejlvirù 
i 0*      Suder  :  quanta  moues  fanera  Dardant 
Genti  !  iam  galeam  Pallas  &  <egidd 
Currufque  &  rabiem  parât. 

Nequicquam,  Veneru  prœftdio  firox* 
PeBescafariem  :  grataquafœminU 
lk.      ImbeHi  citbara  carmina  diuides. 
Kequicquam  thalamo  graues 

IlAftas ,  &  calami  fpicula  Gnojli] 
Vttabts  yfirepmtmque  >  &celeremfequi 
Ai^em  :  tamen  heu  férus  adultères 
Crincs  puluerc  collines, 

Non  Laertiaden  >  txi/îum  tUé 
GentH  ,  nm  Pjlium  #ep™  reffki*  l 


Odes  d'Houàcç.  Liv.  L         \% 


DIVINATION   DE    N  E  R E  e; 

touchant  l'embraferoent ,  &  la  mine 

deTroye.  Ode, "XV. 

QVand  dans  les  vaifleaux  qui  furent  fàbrï- 
quey  àcs  bois  du  Mont-Ida ,  le  perfide 
Berger  rauiflbit  Hélène  qui  l'auoit  receu  en  fa 
maifbn;Nçrec  afToupitpar  vn  calme  incom- 
mode la  légèreté  des  vents ,  pour  faire  vn  récit 
de  lamentables  deftinées.  Tu  menés ,  dit  il ,      j>" 
chez  toy  fous  de  mauuais  prefages ,  ce  que  la 
Grèce  te  redemadera  auec  vne  armée  puifTan- 
te,apres  s'eftre  liguée  pour  défaire  tô  mariage, 
&  renuerfer  l'ancien  Royaume  de  Priam.  Hé- 
las !  Combien  de  peines ,  êc  de  fueurs  fe  prepa^      ie« 
'icnt  pour  les  cheuaux  Se  pour  les  hommes?  côr 
bienémouueras-tu  d'accidens  funeftes  parmi 
la  nation  Dardaniennc  >  Pallasapprefte  des-ja 
fon  armet,fbn  cgide,fes  chariots,&  fa  rage.De- 
uenuficr  par  le  fecoursde  Venus, tu  peigne- 
ras inutilement  tes  cheueux ,  tu  feras  en  vain 
refonner  des  chanfons  agréables  aux  Dames, 
fqrvn  luth  quine  s'accouftume  point  au  bruit      *5' 
de  la  guerre,  &  m&laifement  tu  cuitçras  fur  ton 
lid  les  pefantes  haches ,  le  fer  pointu  des  ro- 
feaux  de  crête ,  le  fracas  des  armes ,  &  la  prom- 
ptitude d'Ajax  dans  (es  pourfuites  guerrières. 
le  te.pjains  toutesfois,  de  ce  que  fur  le  tard  tu      to% 
noirciras  de  pouffiere  tes  cheueux  *emprûtez.  'M*t**H*> 
Ne  prens  tu  point  garde  au  *  filsdcLaerte  >\x?ujfef. 
ruine  de  ta  patrie  >  Et  ne  vois- tu  p  is  Neltpr  de 

C  ïïij 


4°  C  A    R  M    l  K  V  M      L  I  B.  h 

V)  g:nt  impart  td/  tcSéUdmtmw 
TcfiCer^tiey  &  S  tendu* ,  faens 

l<.       VttgnA  :  fine  opHf  eftimpcritareecjuif  f 
Non  anrtoapiger  :  Aierionem  cjuocfuc 
Nofces.  ecce  furit  te  repertre  atrox 
Tydides  >meher  pâtre: 

jQf<tem  tu ,  cerupu  vti  vallis  in  alter/i 
jo.      Vtfum  parte  luptim  graminù  immemor? 
Shblimi  fvvjes ,  mollis  anhettttt , 
Konbocpo/licitys  tut. 

I^acunda  diem  proferet  îlio  , 
Mœtronifquc  Phrjgum  claJJisKsfcbilUL 
?5-       P°fi  C€Ytas  hyemes  vrefrîtichaicus 
Ign&  1 ' liacat.  dçmos.  ) 


AD   AMICAJVL    Ode  XVI. 

Palinodiamcanit.  Namveniam  petit  à  puclta. 
quamlambis  laeferat  ;  culpamque  transfert 
in  irjiiu  3  cuius  vim  indomitam  defenbit» 


o 


Matre  pnkhra  fJi/t  pulchrior  , 
Jp^ftf*  criminojis  cunque  voles  modam 
Fonts  lambis  :  pue  jlamma  , 
S'me  mari  Ubet  Aàriano. 
r.      Non  Diwlymene  ,   non  adytif  quatit 
Msnttm  fiiCèrdatum  incoU  Pythtm  » 


Odes  d^Horace.    Lïv.  I.       41 
File?  des-ja les  vaillants  Teucer  deSalamine, 
$C  Stenele  fi  habile  au  meftier  des  armes, te 
po.urfuiuent  de  près  :  ou  fi  l'on  a  befoin  d'vn     15. 
cocher  diligent  pour  conduire  auccvne  adret- 
Ce  nompareille  des  cheuaux  atteliez,  tu  cor- 
noiftras  auffiMerion  en  leur  compagnie.  Voi-      /)iAkl 
ey  le  véhément  Diodeme,  plus  redoutable  que    *'&*^ 
fan  père,  qui cft  dans  vneimpatieîice  enragée 
detctrouuer.  Mais  comme  yn  cerf  qui  ^ou- 
blie de  paiftre  dans  lavalée  quand  il  a  veule      30J 
loup  d'vn^utrç  çofté,  tu  prendras  lafehement 
lafuittcdeuantluy,ne  pouuantquafi  refpirer, 
encore  que  tu^n'eufie  pas  fait  de  telles  promet  A  ///&-, 
fes  à  celle  que  tu  ayme  fi  chèrement.  La  colère  J"*y* 
(TAchile  éloignera  le  dernier  iour  de  Troye  Se      +* 
des  Dames  de  Phrygic  :  &  *  après  vn  certain    jiftn  fa 
nombre  d'hyuers,  le  feu  Grec  hruflera  les  niai-  ans. 
fons  d'Ilion. 


PALINODIE.  Ode.  XVI. 

//  sexeufe  entiers  vne  fille  de  Vauoir  ojfenfes 

par  deux  fois. 

■ 

O  Fille  plus  belle  que  ta  mere  n'eft  belle, 
tu  feras  périr  cojçnme  il  te  plaira  les  vers 
iniurieux  que  fayeferits  ,  fbitque  tu  les  met- 
tes au  feu,  foit  que  tu  lesiettes  dans  la  mer. 
Certes  il  n'y  a  rien  qui  égale  les  trilles  mouue- 
ments  de  la  colère  qui  çaufe  plus  de  troubles  5? 
que,*  Cibellç,  Apollon  &  Bacchus  nenpor-  oindjmen*. 
cent  dans  lesefpritsdc  leurs  Preftres,  quand 


4z  Carminvm  Lib.  I. 

Non  Liber  ecjue  :  non  acuta 
Sic  gemmant  Corjbantes  dra  , 

Triftcs  vt  ita  :  cjuos  neque  Noricus 
t    •        Deterret  enfts  ,  nec  mare  naufiaoum  , 
Nec  fdtnus  ignû  ,  nec  tremendo 
Iu^ïter  ipfe  ruens  tumnltH* 

Tertur  Promethens  addere  princ'tpi 
Limo  coaclus  p articulant  vndique 
fr¥  Dejeilam,  (fr  infani  Leonis 

Vtm  flomacho  Appofvijfe  nojlro. 

lr<t  Thyeften  exitio  grani 
Stranere  :  &  altis  vrbibus  vttimt 
Stetere  captft  cur  périrent 
*C,         Fnnditusy  imprimeretqHe  maris 

Hoftile  aratrttm  exercitm  infolens. 

Compefce  mentem.  me  cjueque  peVtorU 
TentAuit  in  dulci  itiftenza 
TeYHor  y  &  in  celcres  iambos 

•/•       Mifo  furentem  :  nunc  ego  mitibm 
Mut  are  qu&ro  triftia  :  dum  mihï 
Fias  recavitatù  amtea 
Qpprobriiéy  ammumque  Yeddj&> 


Opes  d'Horaci.  Liv.  I.  4$ 
î!s  font  au  lieu  le  plus  faint  de  leurs  temples.  Et 
lesCorybantcs  ne  redoublent  point  fi  fort  le 
bruit  aigu  de  leurs  Cymbales ,  quand  elles  font 
agitées ,  que  cette  eftrange  paflîon  fait  de  tem- 
pertes ,  faiis  qu'elle  puiflTe  eftre  appaifée  ,  ny  par 
îeffroy  de  l'efpée  *  noricienne  ,  ny par Thor- Bausrôtf*. 
reur  de  1$  mer,  où  il  fe  fait  tant  de  naufragcs,ny  10* 
par  l'apprehcnfion  du  feu  cruel,ny  par  la  crain- 
te de  Iupiter  mdtme  auec  (es  foudres  terribles 
qui  menét  vn  bruit  affreux.  On  dit  que  Prome- 
thée  fut  contraint  de  tirer  de  toutes  les  créatu- 
res vne  parcelle  de  chaque  chofe,  pouradioti- 
ter  au  premier  homme  qu'il  auoit  paiftri  de 
boue  ,  &  qu'il  mit  dans  noftre  fein  la  violence  15. 
du  lion  enragé,  Auflî pouuons non$  bien  dire 
que  la  colère  afaitçomberThiefte  d'vne  chute 
mortelle.  C'eft  par  la  colère  que  l'orgueil  des 
plus  grandes  villes  a  efte  enfin  renuerfé  :  &  par 
elle ,  des  armçes  vi&oricufes,  ont  infolemment  iq, 
enfoncé  la  terre  fur  le  débris  des  murailles ,  du 
foc  de  leurs  ch^rués  ennemies.  Modère  t5  cou- 
rage. Cette  méfiée  ardeur,  eflaya  bien  de  me 
poffeder  quandi'eftois  icune ,  de  me  fit  impru- 
demment tomber  dans  la  frenefie  des  vers  mc- 
difants:  mais  ieveux  maintenant  changer  l'a- 
mertume de  mon  fiel  en  la  douceur  du  miel, 
pourucu  que  tu  me  deuienne  amie  ,  8c  que  tu 
me  rende  ton  cœur,  quand  ie  n'eferiray  plus 
de  chofes  qui  te  puiflent  fafchen 


%f 


44  Carminvm    Lib.  I 


V 


AD   TYNDARIDEM.    Ode  XVII. 

Inuitat  cam  in   Lucrerilcm  ,  multa  oftenden* 
commoda  quxcx  copercipiet. 

Elox  amœnum  fitp*  Lucre  ttlem 
Mutât  Lycto  Faunns  :  &  igneam 
Défendit  aftatem  capellis 
Vfcjue  mets ,  pluuiofjue  ventos. 
5-     Impune  tHtum  per  nemm  arbutos 
Outrant  latentes,  £r  thyma  deui& 
Olentis  vxores  mariti  : 
Nec  vïrides  metuunt  colubros  , 
Nec  Martiales  hœdilia  lupos  : 
IO.       Vt  cuncfHe  dulci  Tyndari  fifiula 
Vallès  s  &  Vfiice  cubantis 
Lenia  perfonuere  Jàxa. 
I)i  me  tuentur  :  dis  pi eta*  mea 
Et  Mufa  cordi  eft.  bine  ttbi  copi* 
35*  Manabïi  ad  plénum  beniono 

Ruris  bonorum  opulenta  cerné* 
Hic  in  rsdufla  va/le,  canicule* 
Vitahis  afttu  :■  &  fide  Teia 
Dices  hiborantes  in  vno 
.2.0*  Penehpen  vitreamejtte  Circen. 

Hic  innocenta  pocula  Lesbif 
Duces  fitb  vmbra  :  nec  Semeleim. 
Cnm  M  arte  confundet  Thyonem 
Pralia  :  nec  metues  protcruum 
*5*      Svjbcfta  Cyrum  ,  ne  maie  difpari 
Jt;  continentes  iniiciat  manm  : 
Et  feindat  bœrentem  ceronam 
irinibtt* ,immeritamque  vejlem* 


Odes  d'Horace.  Liv,  I.  4> 


A   TYNDARIDE.    Ode  XVII. 

Des  louanges  du  Mont-  Lucretil  dans  U  terri- 
toire des  Sabins. 

F  Aune,  âuecla  légèreté  qui  l'accompagne, 
change  fouuent  Ton  Lycée  auéc  mon  Lu- 
cretil délicieux,  Se  défend  toujours  mes  che- 
tires  du  graad  chaud  de  TEfté  8c  des  vents  plu- 
uieux.  Les  femmes  du  *  puant  mary ,  fe  prome-     5. 
nent  fans  danger  dans  les  bois ,  où  elles  cher-  &*  ***• 
chentl'arbou{ïe&  le  thimquiy  font  cachez.  O 
Tyndaride ,  les  cheureaux  ne  craignent,  ny  les 
couleuures  vertes, ny  les  loups  de  Mars,  quand      ioé 
les  vallées  &c  les  rochers  polis  d'Vftique  qui 
baille  infeiifiblement  {es  codes,  refonnent  à  la 
douce  mélodie  de  laflufte  ruftique.  Les  Dieux 
me  tiennent  en  leur  garde  :  &  ma  pieté  aulïi 
bien  que  ma  Mufe  font  agréables  aux  Dieux, 
De  la,te  viendront  à  fouhait  les  riches  hôneurs       gc 
de  noftre  viliage.  Icy  dans  le  creux  d'vn  vallon 
écarté,tu  éuiteras  les  ardeurs  de  la  Canictilc:& 
fur  la  lyred'Anacreon,  tu  diras  les  amoureuses 
peines  qu'eurent  pour  *vnfeul  Pénélope  &  la  ?o*rVtifiè, 
belle  Circé.  Deçà  tu  apporteras  fous  lafraif-      *o* 
cheur  de  l'ombre  le  vin  Lefbié  qui  ne  fait  point 
de  mal,où*Chionéc  fils  deSemele,n'aurapoinr        ,     , 
de  querelles  à  démêler  auec  Mât*s:&  là  tu  n'au- 
ras point  de  peur  que  durât  tes  foupçons,  le  de-       , 
fiant  Cyrus  iette  cruellement  (qs  mains  légères        f * 
fur  toy  qui  n'es  point  fa  pareille,pour  rompre  la 
guirlande  qui  ueflTerre  tes  cheueux ,  &  poux  de* 
chirer  wnYeftçmcnt  fansl'auoir  merué. 


àfG  Carminvm    Lib.  I. 


AD  QVINTILIVM   VARVM. 
Ode  XVIII. 

Vin um  modéra tcfutnptum  exhilarat  animum* 

at  hauftumimmoderatc,furorem 

concitac. 


N 


VlUrh  Vare  Jhcra  vite  prius  feuerïs  ar- 
borent 

Circa  mitefolum  Ttburis ,  çfr  tnœnia  Catili. 
Siccis  omnia  namdura  DeUipropoftiit  :  neque 
Jldordaces  aliter  diffugiunt  fbllicitudines. 
î*      Styi*  P°fi  vinÀ  graucm  milititon  aut  pauperiem 
crepAt  ? 
JQuis  non  te  potius  >  Baccbe  pâter ,  teque  deceris 

Venus  ? 
jit  ne  qui*  modiei  trànftliat  mUnerA  Libéria 
Centaurea  monet  cum  Lapithis  rixa  fuper  meri 
DebeUata  :  monet  Sithoniis  non  leuis  Euius: 
20.       £hmm  fas  atque  ne  fa  exiguo  fine  l'tbidinum 
Dtfcernunt  midi,  non  ego  te  candide  Bajfareû 
Inuitum  quatiam  :  nec  variis  objtta  frondibus 
Sub  diuum  rapiam.  fixa  tene  cum  Berecynthio 
Cornu  tjmpœna  ,  qu*  fubfequitur  cacus  amer 
fui  y 
if.     3BÉ  toUens  vtcukm  plus  nimio  &loria  verticem%  ] 
Antniqne  fides  prodiga  ,  ferlucidior  vitro  ± 


O  D  H  S     D'HoR  A^CB.  L I  V.  I.  4jr 


A    QJINTLLIVS    VARYS, 
Ode    XVIII. 

De  fvfigc  du  vin  pris  modérément,  &  avec  excez,* 

VArus  ,  ne  planjcc  point  d'arbre  autour  des 
bonnes  terres  de  *  Tiuoli,  ny  aux  enuirôs  TjU&l 
des  murailles  de  Catile  ,  auantlcbois  de  la  vi- 
gne dedié  a  Bacchus  :  car  à  ceux  qui  nar- 
roufent  point  leur  gorge  feièhe,ce  Dieu  pro- 
met toute  forte  de  maux  :  &  fans  luy ,  les  foins 
mordants  ne  fe  peuuent  éuiter.  Qui  fe  plaint      -j 
des  fatigues  de  la  guerre  ,'&  de  la  dure  pauure- 
té,  après  qu'il  a  beu  du  vin  2  5c  qui  ne  te  vou- 
droit  point  louer,  Père  Bacchus, &  toy  gra^ 
cieufe  Venus?  mais  il  fe  faut  bien  garder  de  paf- 
fer  les  bornes  en  beuuant  auec  excez.  La  que- 
relle des  Centaures  auec  les  Lapitlies ,  au  fujet 
du  vin,  nous  en  aduertit  a(Tcz;  *  Euius  luy  mef-  b^^j 
me  qui  elè  en  fi  grande  vénération  parmi  les 
*  Sithoniens,  nous  en  donne  auffi  debonsad-  LesTr*ctt* 
uis,  quand  ces  peuples  dans  l'appétit  déréglé      IO# 
qui  les  pofTede,  ne  mettent  aucune  différence, 
entre  les  chofes  permifes  &  celles  qui  »e  le  soc 
pas.Pour  moy,fincere  *BafTarée,iene  teprouo-  ^Htrtnom 
queray  point  contre  ta  bonne  volonté ,  &  ie  ne  de  Batthusl 
diuulgueray  point  indifercttement  tes  myfte- 
res  cachez  fous  diuers  feuillages.  Retien  le  ru- 
de tambour  auec  le  cornet  *  Berecinthien  :  l'a-  %$**&& 
ueugle  amour  de  foy-méme,le  fuit,  aufli  bié  que       x  j% 
la  gloire  qui  cleue  trop  haut  fa  tefte  vaine,  *  de  yuiàt. 
cette  foy  plusluisate  que  le  verre,  quidécouurc 
indiferettemét  les  fecrets  qui  lui  ont  efté  côfiez. 


4$  C  A  RMINVM    L  IB.    I, 


DE     GLYCERA.    Ode  XI X. 
Se  illius  amorc  vri. 

M  A  ter  fend  Cupidwum , 
ThebantzcjHe  iubet  me  Semeles  putrf 
t Et  UfcittA  licentia 

Finitis  dnimum  reddere  amoribus. 
$•       y  rit  me  Glycera  nitor 

Splendentis  Pario  marmore  fur  lus  • 
Vrit  grata  proteruitas , 

Et  vultm  nimium  lubricm  afpici. 
Jn  me  tota  ruens  Vemu 
J0k  Cyprum  defermt ,  nec  putitur  ScythoU 

Et  verfis  animQfum  equis 

P>arthum  dicere  >  nec  qu&  ml  Attinent, 
Hic  viuum  mihi  cefpitem  ,  hic 
Verbenas  pueri  pomte  ,  thuraqtte , 
je.      Bimi  cum  patera  meri. 

Maftata  veniet  lenior  hofiia. 


AD    MECOENATEM.    Ode  XX. 

Inuitat  Mecœnatemad  conuiuium  minime 
fumptuofum. 


y 


lie  potabis  médias  Sabinum 
Cantbaris  ,  Grtca  quod  ego  ipfe  tefta 

A 


Opes   d'Hora  cl  Liv.  L        1$ 


A    GLYCE1E,    Ode  XIX. 
J££il  brujle  de  fin  Amour. 

A  rigoureufcMçrc  des  Amours,  &*TEnF£t  *«flr*#- 
deScmele  de  la  ville  de  Thebes,  auffitien 
quelaLicécc  quinaift  de  POifiueté,  me  carrai* 
,gnent  de  rendre  mon  cœur  aux  délices  d'oùie 
lauois  retirée  le  me  fens  brufler  de  la  blancheur     5; 
de  Glycere,  qui  éclatte  auec  plus  de  pureté  qu« 
^e marbre  de  Pare.  Son agréable* dédain,  <k  M*tith 
fonvifage  dangereux  à  regarder, m'ejtnbralênc 
4'vne  ardeur  exceffiue.  Venus  fe  iet tant  toute 
dans  mon  fein ,  a  quitté  fa  demeure  de  Cypre,     içv 
Se  ne  me  permet  nullement  de  parler  des  Scy^ 
thes ,  ny  des  Parthes  <|ui  fignalent  leur  valeur 
en  tournant  la  bride  à  leurs  cheuaux,  ny  de 
tout  ce  qui  n'apartient  point  a  la  gloire  de  fort 
Empire.    Enfans,  mettez  icy  yn  gazon  verc> 
apporte^  moy  de  la  veruçine ,  &  de  l'encens, 
auec  vne  talTe  de  vin  de  deu*  années  :q»;ànd      ïji 
i'auray  prefenté mon  hoftie,la Belle  que i'ayme 
ircuiendra  plus  douce  auprès  dehioy. 


A   MECÉNAS,     OàcXX. 
Tohy  X'tnmter  X  vn  Couper  de  peu  de  de  pence» 

TV  boiras  chez  moy  dans  de  petites  coupes 
du  vin  Sabin,qui  n  eftpas  de  grand  prix><3< 
43uei'auûisjui$dansvne  terrine  de  Grèce  pou| 

P 


cO  Carminvm    Lib.  L 

Conditam  lent  :  datus  in  theatro 
fytmm  tibi  plaufiu> 
,        Care  A4ecœnas>  eqves  :  vt  paterne 
Fluminis  rip&  ^fimul  &  soco/h 
Redderet  laudes  tibi  Vatican* 
Montis  imago. 
C&cubum  >  &  prœlo  domitam  CaUnê 
XO.      Tu  biles  vuam  ,  me  a  nec  Falem& 
Tempérant  vîtes  ,  neqne  Formiani 
PqchU  colles. 


ÏN    DIANAM    ET    APPOLINEM 
Ode  XXL 

Hortatur  virgines  Se  pueros  ad  eanendas 
eorum  laudes^ 


D 


lanam  tenerœ  dicite  virgines , 
Intonfum  pueri  dicite  Cynthium , 
Latonamcjue  jhpremo 
DileElam  penitm  loui. 
5'      Vos  Utam  fisiuiis  >  &  nemorum  coma, 
^>f4(tcHn^He  aut  gclido^pr  ominet  *Algido  » 
Ntgrù  aut  Brymantht 

Syluis  *  aut  viridis  Cragi  i 
Vos  Tempe  totidem  tollite  laudibtts  , 
ÏQ.       Hatalemquè ,  mares  ,  Delon  sfpollims  j 
InfignemfijHe  pbaretra , 

Fraternaqne  hnmerum  lyra. 
Hic  bellnm  lachrymofum  >  hic  rwferam  fam$m 
FcfîemqHc  *  populo  &  principe  Çajkrt>  in 


0  d  k  s  dHoracè.  L  i  V.  L  ji 

le  garder  ,  quand  on  te  donna  i  ant  d'aplandif- 
femens  aiuheatre>ô  mon  cher Meccne,content 
par  vnc  infîgne  modeftie  de  ta  dignité  de  Che~ 
ualier:de  forte  que  l'Echo  du  Mont-Vatican  rj 
qui  fait  vne  image  ènibiiée  de  la  voix,  rendit 
tes  louanges,  fur  lesriues  du  fleuue  paternel, 
Mais  tu  boiras  chez  toydu  vin  deÇécuhe'5& 
du  iusdes  raiiîns  foulez  dans  les  preflbirs  de 
Calene,  te  pouuant  auflî  afleurer,que  ny  les  vi-  l0 
gnes  de  Falerne ,  ny  les  colines  Formiaaes  ,  ne 
rempliffent  point  mes  vaifieauxo 


DE    DIANE     ET    D'APOLLON, 
Ode  XXL 

PArleè  nous  de  Diane,  vierges  tendres:  chari- 
tez  les  louanges  d'Apollon  aux  beaux che- 
ùcux  que  Cynthe  reuere,  ieunes  garçons,  & 
h'oubliez  point  Latbne  chèrement  aimée  de 
Iupiter  le  plus  grand  des  Dieux.  Parlez  nous      c, 
donc  de  celle  quifeplaift  le  long  des  riuiê?;es? 
&  fous  les  feuillages  des  bois,foit  qu'ils  éleuent 
leurs  cimes  dâs  le  frais  fejbur  d'Algide,  ou  dans 
les  fonlbres  fôrefts  d'Erirnanthe ,  ou  fur  les  co- 
lles verdoyantes  *  des  Monts  de  Lycie.  Y  oui  heCri^i. 
autres  garçons,  éleuez  auec  des  louanges  pa- 
reilles la  belle  vallée  dé  Tempe,  &  cette  Delos      {$. 
îïfameufe  parla  naifranced'Apcl!on3de  qui  les 
épaules  font  ornées  de  la  trouiTc  &  delaîyrë 
qui  luy  fut  donnée  *  par  (on  frère     Ge'Dicii  P*rM&Mf& 
émit  par  vos  prierez,  éloignera  du  peuple  Se  de  - 
la  perfonne  de  Cefar  ?  iâ  guerre  lamentable ,  la 


>J2  CARM1NTM     LlB.L 

fer  pu  AtcjHe  Britannos 

Fejir*  motus  aget  precc. 


ÀD    ARISTlVM.  Ode  XXII. 

Vitae  integritas  vbique  tuta  cft  >  iclque  fut* 
exemplo  probat. 


i 


Nteger  vit  et ,  fcelerïfque  purus 
•.  Non  effet  Mauri  ïaculis  ,  titane  atch% 
TV^c  venevatis  grautd*  Jagntu , 
JFff/ce  y  fharetra  :  N 
r.       5/^  p*r  5jwj  irer  aftuofa> 
Stue  ftlluYM  per  inhofpttalem 
CaHcafum  >  wl  qu£  loça  fabtHofus 

Lambit  H  -jdafpes. 
Ntmcjue  me  fylua  lupus  in  Sabina , 
lt>.      Dum  meam  canto  LaUgen  >  &  vltrA 
Terminum  curù  vagor  expcditks, 

Fugit  inermem. 
G)u&le  portevtum  necjxe  militarïs 
j)auwa  in  latts  alit  efculetis , 
*j.      Nec  Ittba  tellus centrât >  leonttm 
Arida  nutrix. 
Pone  fne  pigrù  vbi  nulla  campis 
jirbor  aftma  revrettur  aura  : 
Jgvod  latus  mnndi  nebuU ,  malufquê 
23.  ÎHfitir  vrget  : 

Pone  fnb  enrru  nimtnm  propinqni 
Solis  y  in  terra  dqmtlus  negata  : 
DMce  ridentem  LaUgen  amab** 
Dnlcc  loqHentem. 


Odes   dHoragi.  Liv.  I;  5$ 

fciiferable  famine ,  &  la  pc  (te  ,  pour  les  enuoyer      15 * 
aux  Perfes,  &c  aux  *  Bretons.  Anglais^ 

A  ARISTYS    FVSCYS.  Ode  XXII, 
De  Pâme  tranquille  dans  C  innocence  delà  vie. 

*1H  Vfcus ,  ecluy  de  qui  la  vie  eft  innocente ,  ôc 
Jk  <£ui  fe  peut  dire  exempt  de  crimes ,  n'a  point, 
befoin  des  jauclots  du  Maure  ,  ny  de  Ton  arc,  ny 
de  fa  trouflé  chargée  de  flèches  enuenimées, 
foit  qu'il  marche  au  trauers  des  Syrtes  bouil- 
lantes d'yne  ardeur  exceffiue  >  fait  qu'il  fe  ren-      |% 
contre  entre  les  roches  inhabitables  du  Cauca- 
fe,&  dans  les  lieux  qu'abrcuue  l'Hydafpe  dont 
Ton  compte  tant  dcfablesv:  car  dernièrement, 
tandis  que  ie  chinois  les  perfections  de  maLa- 
lagc,&  qu'auec  vn  efprit  deliuré  d'inquiétudes 
i'errois  hors  duchemin  dans  la  foreft.  Sabine, 
vn  grand  loup  s'enfuit  de  moy ,  quoy  que  ie  ne      10Z 
fufle  point  arme,  ta  guerrière  *  Dauniç  n'auoit  L*  peUMH 
point nourry  dans  fes  vaftesforeftsvn  monftre  . 
iî  terrible,  ny  les  *  terres  de  luba  qui  portent      15. 
des  lions  parmy  leurs  fecherefTes  ,  n'en  ont  ia~  L*  M'**ri* 
niais  produit  vn  femblable.  Mçine  mpy  dans  *"#*& 
les  champs  parefleux  où  il  ne  fe  trouue  pas  vn 
arbre  que  réiouyiTe  le  doux  air  de J'Eftp  >  &  où 
leclimat  incommode  jVetfe  continuellement 
de  la  neige  ôc  des  frimars;  ou  bien  laifTe  moy      ZQ> 
dans  ces  pays  où  le  char  du  Soleilpour  eftre 
trop  proche  de  la  terre  ne  fouffre  pointde  mai- 
ions,  i  aimeray  toujours  ma  Lalage  auec  la  dou- 
ceur de  fes  foufris,ie  Taimeray  toufiours  auec  la 
douceur  de  fon  parler. 

D    iij 


io. 


54  Carminvm    l  ï  b.  ï. 


I 


AD    C  H  L  O  E  N.     Ode  X  XII I. 

Non  eft  cur  Chloë  viri  contaâum  fugiat,quum 
fît  iam  viri potens  Se  aetate  macura. 

VItas  hinnuleo  me  fimilis  Chloé , 
fyuarenti  quidam  mont ib as  auiû 
Jldatrem ,  non  fine  vano 

\y4urarum  cr  fyln&  metn* 
u       N'en  feti  mobilibus  veris  inhorruit 
Aduenws  foltis ,  feu  virides  rubum 
'Dimonere  Ucertdt  : 

Et  corde  &  genibus  tremit. 
Atcjut  non  eao  te>>   tioris  vt  afperA? 
Oetulufue  leo  ,  frangere  perfequor* 
Tandem  defme  matrem 
Tempefliua,  fequi  vira. 


AD :■   VIRGILIVM.    Ode  XXIV. 

Qm  mortem  Qnintilij  deflebat  immodcratc< 

QVis  defiderie  fit  pudor  aut  medus 
Tarn  chart  capitis  ?  pr&cipt  lugubres 
Camus  Mdpomene  ,  cm  liquidant  pater 
V-ocem  cmn  chitara  dsdit* 
y       Er?o   Quint  ilium  perpewus  fopor 
Fr\etî~cui  pudor,  &  inftitU  foror 
Incoxrupta  Fides,  nudaque  Veritas  , 
GnAndo  vlium  innenieMparem  l 


Odes'e'HorAcs.  Liv.  I.         J5 


A  CHLOE'.  Ode XXIII. 

I 

<$#r  ce  quelle  ri  a  rien  a  craindre  >fttis  quelle  efi  e?t 
♦     01  g e  de  fe  marier* 

TV  me  fuis ,  Chloé ,  femblable  a  vn  Faon  de 
biche*  qui  cherche  fur  les  monts  écartez  (à 
mère  craintiue  ,  npn  fans  la  vaine  apprehenfion 
des  moindres  haleines ,  &  des  branches  des  ar- 
bres: carfoit  que  les  feuilles  tremblantes  fie-      5^ 
mifïènt  au  retour  du  Printemps,  fbit  que  les  le- 
2ars  faffent  tant  fbit  peu  remuer  les  buifïbns ,  il 
tremble  de  cœur  &  de  genoux.  Chloé ,  ie  ne  te 
pourfuis  point  cotnme  vn  tygre  furieux  ,  ny      le* 
comme  vn  lion  de  Genilie,  pour  te  déchirer. 
Enfin,  cefTe  de  fuiure  ta  mère,  puis  que  tu  peux 
fuiure  vn  mary» 


A    VIRGILE.    Ode  XXIV. 
Regrets  de  la  mort  de  Jguintilim  Varm] 

QVelle  honte,  ou  quelle  borne  y  a-t-ilpour 
le  regret  cTvnçtefte  fi  chère  \  Melpome- 
ne,qui  tiens  de  ton  père  la  lyre  &  la  netteté  de 
la  voix,  ordonne  fur  ce  fujet  des  chants  funè- 
bres. Vn  fommeil  perdurable  a  donc  afibupi 
Qumtilius?  Quand  eft-ce  que  la  pudeur ,  & la 
foy incorruptible, fœur  de  la  IuftiCe,aueC  la  ve- 
nté toute  nue  luy  trouueiont  foft  pareil  •  H  cil 

D    iuj 


Ï3. 


Ju  C  A    R  M    I  N  V  M      I,  I  B.  I, 

JMxlîis  Me  lonis \febilii  occidn  : 
N'dli  fletitior  cjuam  tibi^  l^irgili. 
Th  frtiftra  pttts  (beu)  non  ita  creditunz 

Pofcis  J^wnttlium  Deosf 
C)nid  fi  Tbreicio  blandtus  Orpheo 
uiudttam  mederere  arboribns  fidem  » 
Z{»       Non  van&  redeat  fanants  imagtni , 
£htam  virga  femel  korrida 
Non  lents  prectbus  fat  a  recludere% 
JSIigrô  compulerit  Mercunus  gregt. 
Euruin.    Sed  leuius  fit  patient  ta  * 
%$%        £hticquid  corriger*  èft  nefa*. 


AD    LYDIAM,   Ode  XXV, 

ïnfultat  ei,  quodiam  vctula,  meritoab  &m* 
tajribus  {pernitur. 


p 


Arcim  ittnVvte  quatiunt  feneftra* 
^Ittibus  crebris  iuuenes proterui* 
JSlec  tibi  fomnos  adirnunt  :  amatque 
lanua  limen, 
Si       JE**  pr'tus  fnultum  faciles  mouebat 

Cardtnës  :  audis  minus  &  minus  iam  $ 
Jl4e  txo  l<wîgd<i  pe/éunte  noUes 

Lydia  dormis  ? 
Inuiceîri  motcbos  anus  arrogantes 
10»      Ftcbis  in  folo  leuis  ^ntjipértn^ 

Th  ratio  bacchante  ntagis  fub  inter* 
lumA  venta  : 


Odes  d'Hsrag*.  Liv.  L       5? 
mort  regreté  des  gens  de  bien  :  Mais,  Virgile,il      i4| 
n'eft  point  fi  fort  à  déplorer  pour  tous  les  au- 
tres que  pour  toy.  Helas  ï  tu  demandes  en  vain 
Quintilius ,  que  ta  pieté  ne  fçauroït  obtenir  des 
Dieux  ,  encore  que  tu  touches  la  lyre  plus  dou- 
cement qu'Orphée  qui  obligeoit  les.  ambres  à 
l écouter  i  Le  fang  ne  retourne  plus  à  lombre     *f* 
vaine  que  Mercure  auec  fa  verge  terriblc,a  vnc 
fois  rangée  au  nombre  des  morts  :  car  les  priè- 
res ne  le  flechifTent  pas  aifément  pour  changer 
Tordre  des  deftinées.  Ç'eft  à  1&  vérité  vnc  cho- 
fe  bien  dure  à  fuppoter:  mais  nous  adoucirons 
par  noftre  patience ,  ce  qui  a  cft  pas  en  noftre     IQ* 
gouuoir  de  changer. 


A     L^DIE.     Ode  XXV. 

//  luy  fait  raillerie  de  fon  koe  ,  (fr  de  cs^  quelle 
efi  méprisée  des  ieunes  gens. 

LEs  ieunes  fous  ébranlent  moins  que  de  cou- 
tume par  des  coups  redoublez  tes  feneftres 
fermées:  ils  n'interrompent  plus  ton  {pmmeil: 
Se  ta  porte  aime  fi  chèrement  le  feiïil  on  elle  s'at- 
tache qu'elle  ne  s'en  fepare  plus ,  corne  elle  fai-      $jj 
foit  autresfpis  quand  elle  fe  mouuoit  fi  facile- 
ment fur  les  gonds  qui  la  foultiennent.   Auffi 
és-tu  moins  importunée  dé  iour  en  iour,  de  ces 
Belles  paroles.  Eft-c'é  donc  de  la  forte ,  Lydie, 
que  tu  pafTes  les  nuits  entières  à  dormir ,  tandis 
que  ton  feruiteur  fidelle  périt  du  mauuais  trai- 
tement qu'il  reçoit  de  ta  froideur  î  Mais  deue-     iél 
ûuè  vieille  à  ton  tour, ou  tùplureras  tes  fier* 


58  Carminvm  Lib.  I. 

J>hiHm  tibi  flagrant  amor>  cr  hbtde  > 
J^ujt  folet  nJAtresfurian  equorum* 
\J#       S&uiet  circA  iecur  vlcerofinm^ 
Non  fine  que  fin  : 
LéttA  quodpubes  ederA  vtrenti 
GAudeat*  pullamagis  atcjvte  myrte: 
ji  ridas  frondes  hjemis  fodaU 
Xn.  Dedicet  Hebro. 


AD  MVSAM,  DE  ,£LlO   LAMIA* 
Ode  XXVI. 

Non  cîccctMufârumcultorcscuris  &  mœror^ 

bus  cfle  obnoxios.  Poêta  fuura  Lamiam 

Mufe  Pimplcae  commendat. 

MVfis  Amiens  ,  triftitiAm  &  metm 
Tradam  proteruis  in  mare  Creticum 
Port  Are  ventiszquis  fub  ArElo 
Rex  gelidd  meWAtur  or<$, 
].      Jg^d  TiridAtem  terreat  vntee 
Sécants,  o  qu&  fontibus  integris 
G andes  9  Apricos  neBe  flores , 
Nette  meo  LAmia  coronam 
I >  impie A  dulcis.  nil  fine  te  mei 
IO#     Fojfunt  honores*  hune  fidtbus  houm  , 
Hune  Lesbiofkcrare  plettr* 
Tcque  tuafquc  decet  ferons* 


Odes  d'Horace.  I  iv.  I.  39 
Amans,  abandonnée mifcrablement  en  quel- 
que coin  écarté  durant  la  nuid ,  quand  la  bife 
fpuffle  plus  fort ,  &  qu'il  n'y  a  point  de  Lune  au 
Ciel.  Alors  l'ardeur  amoureufe,&:  la  mefme  ra- 
ge qui  tranfportc  d'ordinaire  les  iuments,  for-  ij# 
çenera  autour  de  ton  cœur  blefïë,  &  tu  nous  fe- 
ras ouïr  tes  plaintes. Mais  parce  quclagaye  ieu- 
nefïc  fe  plaift  dauantage  au  lierre  verdoyant,  & 
au  myrrhe  brun;clle  côfacre  les  feuilles  fâches* 
à  l'Hcbre  de  Thrace  confident  de  l'Hyuer.  iqÏ 


DE    /ÊLIVS    LAMIA.     Ode    XXVI. 

JP*'#  veut  louer  ce  perfonage ,  après  stfire  de* 
liuré  de  toute  forte  de  fonds . 

AMy  des  Mufes,  ie  bailleray  latriftefîe  Se 
la  crainte  aux  vents  kgçrs,  pour  les  por- 
ter dans  la  mer  de  Crète,  fans  me  mettre  eu 
peine  quel  Roy  fe  fait  redouter  dans  les  pays 
froids  fous  la  conftellation  de  l'ourfè ,  &  fans       d 
me  foucier  de  ce  qui  peut  troubler  Tiridate.  O 
douce  Pimplée ,  amie  des  pures  fources,  fay 
des  bouquets  de  tes  fleurs  qui  naiflentau  So- 
leil, fay  vne  couronne  pour  mon  cher  Lamic: 
fans  toy  mes  propres  honneurs  nemeferuenr 
de  rien.  Il  fiait  bien  à  toy  &  à  tes  fœurs  de  ce-      ia* 
îebrer  celuy-cy  furvntonnouueau,  &dc  con- 
façrerfeslotianges  fur  le  luth  Lefbien, 


6o  CàKjMikvm   Lib.I. 


AD     SODALES     CONVIVAS. 
Ode  XXVII. 

Ne  inter  potanchim  rixentur  8c  poculis  ipfis. 
pugnent  barbaroxum  maie. 


N 


dus  in  vfum  UtitU  fcyfhis 
Pugnare ,  Thracum  eft  :  tolltte  barbarwft 
Morem ,  verecundumque  Bacchum 
Sànguineis  prolnbete  rjxis. 
à       Vin»  &  lucernis  Medm  açtnaces 
Jmmane  quAntum  difçrepatïimpiHM 
Ltmîc  clamorem  fodales , 
Et  cubito  remanete  preffo. 
Vultis  ftHcr't  me  quaque  fumere 
lô»      Tartem  fœlerni  ?  dicat.  Qpuntt^ 
ï 7 rater  MegilU ,  quo  beatus 
Kulnere ,  qua  pereat  fagitta* 
Cejfat  vtltsnta*  ?  non  alla  bibâm 
Mer  cède.  qu<z  te  cnnqtu dowat  Venu4.9 
tj4  Non  erubefeendis  adurit 

Igmbmi  inqenmque  femper 
jfmore  peccas»  qutcquid  ha.be s ,  Agé». 
Depone  tuîis  auribt^.ah  rnifir* 
Quanta  laboras  in  Charybdi , 
10*  ®tf?J*  Puer  weli&re  flamba  Is 

Qu£  fagAy  qui  s  te  folnere  The  faits 
Jtfagtts  venen'ts ,  qu'ts poterit  Deus ? 
Vix  îïligatum  te  trifarmi 
Pegafm  e^pedut  Chim<tr&* 


Opes  d'Horâci.  Liv:  L       Gï 


À  SES  COMPAGNONS.  OdeXXVlfc 

//  les  reprend  des  guère/les  qu  ils  fi  faifbient  tn 
bzuuiiM,  &  de  ce  qn  ils  fi  battoientk  coups  dt 
verre ,  put  si  l  s'efforce  d'apprendre  du  frère  ds 
Megile  le  nom  de  celle  qu'il  ayme. 

COmbatre  à  coups  de  verres  qui  ne  femblct 
eftrencz  que  pour  la  ioye^eftvne  coutume 
de  la  Thrace.Oftez  ctet  vfage  barbare, &  chipée 
chez  que  Bacchus  ne  perde  point  fa  modeftiè 
par  des  querelles  fanglantes.Sansinemir  le  vin  j£ 
&  les  flambeaux  qui  éclairent  aulc  feftins,ïbm: 
Fort  differens  destoutelas  des  Medes:  adoùdf- 
fez,  mes  co'mpagnôs,la  tude  impiété  de  cesek- 
imeurs,  &  preflez  vos  coudes  fur  la  table.  Vou- 
lez-vous auffi  me  faire  part  de  ce  vin  de  Faier- 
iie  ?  Que  le  frere  de  Megille  d'Opuntie  me  die,  lot 
par  quelle  playe  il  a  eu  le  bbn-heur  de  périr  >  &: 
par  quelle  flèche  il  aeftébleifé.  N'as- tu  pas  en 
volonté  de  me  rapprendre*  Sieftcc  queienc 
boiray  point  qu'à  cette  condition.  De  quelque 
Venus  que  tu  ibis  épris  ,  elle  ne  te  brufle  point  $jk 
<d'vn  Feu  qui  te  fafïè  rougir:  &  toufîourétués 
amoureux  d  vn  noble  fujet.  Mais  quoy  que  c'en 
foit>tu  peux  hardiment  eii  confier  le  fecret  à  des 
oreilles  fidelles.  Ha  !  malheureux  Enfant  digne 
d'vnc  plus  excellente  flame.Das  quelleCaribdc 
te  trouues-tu  embarraflé  \  qu'elle  Sorcière  t'en  zë* 
jpourradeliUrer*  quel  Magicien,  voire  iDefme 
Jquel  Dieu  fera  capable  de  te  guérir  de  cernai 
auec  toutes  les  herbes  de  Theflalie?  Pegaze  au- 
ïoit  à  peine  la  puiflance  de  te  xetirer  des  lien* 
«fe  cette  triple  Chimie. 


Ci  Carminvm    Lib.  I. 


ODE.     XXVIII. 

Inducitur  Architas  Philofophus  &  Geometra 
muta:  cuidam  refpondens,  qnod  omnibus 
fît  moricndum,  petenfquea  nauta  ne  fînat 

■    corpus  fuum  jaccrc  in  littore  infcpultum. 

TE  maris  çfr  terra ,  numercque  carentis  aren& 
Menforem ,  cohibenty  Arcbyta, 
Tnlueris  exigni  prope  lutin  paru*  M  atinum 
Munera.  nec  qnicquam  tibi  prodeft 

|%      Aerias  tenta ffe  domos,  animoqnc  rotHndum 
PcrcttrriJJe  polum*  moritptro. 
Occidit  dr  Pelopis  genitor,  conuina  deorttm  .* 
Tithonnfqne  remotm  in  auras  : 

Et  louis  arcanis  Mines  admijftu.  habentquâ 
le.  Tartara  Pantboideny  itcrum  Orco 

Demijfum  :  quamuis  cljpeo  Troiana  refixê 
Tempera  teftatvs ,  nihil  vitra 

Nemos  atque  entem  morti  concejftrat  atra  : 
Indice  te  non  fordidus  antor 
15.     JNatura  y  veriqne.  Sed  omnes  vna  manet  nox» 
Et  calcanda  fernel  via  lethi. 

Bant  altos  Fnria  torn*  Jpcflacula  Marti  ; 
Exitio  eji  atiidis  marc  nanti*.  jj 


Odis  d  Horace".  Liv.  I.  6j 


A     ARCHYTAS.     Ode    XXVIIL 

Cet  Archytas  efi  introduit  parlant*  vn  Marinier 
pour  luy  dire  qu  il  faut  que  tous  les  hommes 
meurent  vne  fois  :  &  le  prie  fur  la  fin ,  dé  pari- 
cher  vn  peu  de  terre  eu  de  fable  fur  fon  corps, 
pvur  luy  rendre  les  derniers  honneurs  de  Ufi- 
pulture. 

TOy  qui  mefurois  lamer,  la  terre ,  &  les  fa- 
bles quinefe  peuuent»nombrcr>  Archy- 
te,vn  peu  de  poudre  te  renferme  auprès  des  co- 
lles de  Maftine.  Mais  puis  que  tu  deuois  mou- 
rir,  il  ne  t'a  feruy  de  rien  d'auoir  tenté  les  mai-      5.' 
(bns  de  l'air  >  &  d  auoir  parcouru  en  e(prit  tou- 
tes les  Sphères  celcftcs.Le  père  *  de  Pelops  qui  jant4ig9 
fut  receu  à  la  table  des  Dieux  mourut  bien  auf- 
fh  ditArchyte,  èc  Tithon  qui  fut  éleué  au  delïus 
de  l'air ,  &  Minos  qui  fut  admis  aux  fecrets  de 
Iupitcr,ne  furent  point  exemps  de  la  mort.  Les     io,] 
Enfers  ont  Py tagore  defeendu  vne  fecôde  fois 
dans  leur  abyfme  profond,bien  que  par  le  bou- 
clier détaché  de  la  colomne  d'vn  temple*  il  euft 
donné  des  preuues  qu'il  viuoit  du  temps  de  la  \ 

guerre  de  Troye  >  n'ayant  rien  laifTé  a  la  trifte 
mort  que  des  nerfs  &  de  la  peau.  Ce  persônage 
au  refte  eft  recommendable  à  tdn  propre  iuge- 
meitt5pour  n'auoir  point  efté  mediore  enl'eftu-  i£ 
de  des  chofes  naturelles ,  &  en  la  recherche  du 
vray .  Mais  vne  nui£t  funefte  doit  arriuer  à  tous 
les  homes,  ôc  chacû  doit  feuler  vne  fois  le  che- 
min de  la  mort.  Les  furies  do  lient  les  vns  a  l'im- 
piûoyabte  *  Mars  pour  luy  feruir  de  fpe&acie.  Al  a  guerre 


<?4  Carminvm    Lib.I. 

Atifi*  ftnum  M  iuuenum   dcnfantur  funera 
rtullum 
&0.        Sétua  caput  Proferpina  fugit. 

]\4e  quoque  dèuexiirapidtis  cofnes  Qrionù > 

Illyricis  Notus  obruit  vndis. 
\At  tu  nauta  ,  vag<z  ne  parce  malignus  arcn& 

OJJibus  &  capiti  inhumato 


* 


r articulant  dare  :  Jtc  ,  quodcunqùe  mînabitur 
Eu  rus 

Fluftibus  Hefperiù ,  Venufinét 
Plettantur  Jjlut ,  te  fifpite  :  tnultaque  merces, 

Vnde  pote  fi ,  tibi  defluat  aqu* 


Ab  loue ,  Neptufiocjue  facri  cuftode  Tarenti. 
30-,  Néglige  immeritU  nocituram 

Pofi  modo  te  natis  ftaudem   committere.  for* 

fi* 

"Débita  iura  vicefjue  fuberbk 

Te  maneant  ipfurn.  precibus  non  lïwquàY  inul- 
tis  : 
$•  Teque  piacula  nuïla  refluent. 

Jjhtanquam  fefiinas  {non  efi  mora  longa)   /#'* 
cebit 
îriïc&Q  urfultieft  curràs* 


la 


Ot>fe$   d'Horace.  Liv.  I.         <fj 
La  mer  eft  fouuent  le  tombeau  des  auares 
Nauchers  :  les  funérailles  des  ieunes  &:  des 
vieux  s'amoncellent,  Se  fe  meflent  enfèmble: 
8c  pas  vne  tefte  ne  peut  échapper  la  rigueur  de      j& 
Profcrpinc.  Vnfurieux  yent  dcMidy  accom- 
pagnant l'eftoile  d'Orion  quieftoit  fur  fon  pan- 
chant,  m'a  précipité  dans  les  eaux  Illyriques. 
Mais  toy  Marinier ,  ne  fois  pas  fi  cruel  que  de 
me  dénier  vil  peu  de  fable  épanché  fur  ma  tefte 
ôc  fur  mes  os  j  puis  qu'ils  ne  font  point  inhu- 
mez. Ainfi  quand  les  fbuffles  de  l'Orient  mè-       Jj* 
nacerontles  flots  Hefperiens,  puiffe-tu  échap- 
per les  dangers  de  latempefte  :  que  les  forefts 
de  Venufe  en  portent  toute  la  peiné  :  que  tù  eii 
rcçoiiic  vne  grande  recbmpence  dé  l'équitable 
Iupiter,&  de  Neptune  gardien  des  fa'crezmuî's 
de  Tarente ,  qui  te  la  peuuent  donner.  Mais  fi      .g* 
tu  ne  fais  point  difficulté  de  commettre  vne 
offenec  qui  nuira  peut-  eftre  vn  iour  à  tes  enfans 
fans  l'auoir  mérité,  que  le  iiiefme  chaftimenc 
&le  mépris  que  tu  fais  des  loix  ,t'arriue  à  ibn 
tour  :queie  ht  fois  point  laifïéauec  des  prières 
en  la  bouche  fans  eftre  vangé ,  &  que  nul  facri- 
ficc  ne  te  puifTe  expier.  Encore  que  tu  ayes 
beaucoup  de  hafte  (  le  retardement  n'eft  paî     35; 
long)  après  que  par  trois  fois  tu  auras  ietté  de 
la  poudre  fur  mof  -,  il  te  fera  permis  de  couriîi 
ôc  d'acheuerton  voyage. 


? 


C6  Carminvm  Lib.I. 


A  D    I  C  C  I  V  M.     Ode  XXIX, 

Minmi  cft  &  monftri  fimile  ,  Iccium  Philofb- 
phum,ftudio  intcrmiflb  >ad  milidam  tr2.1v 
fifle,  dmitiarum  cupiditatc. 

ICciy  beatis  nunc  Arabum  ixuidcs 
Gazais:  &  acrem  mîUtiam paras 
Non  ante  deuiïiis  S  ab&& 

Rtgibus:  horrïbilique  Medo 

*0      €2^eBis  catenas.  qu&  tïbï  virginutâ 

Spetifo  necato  barbara  feruiet  ? 

Puer  qnis  ex  aula  capillis 

Ad  cyathum  ftatnetur  vnBis  > 

D gBus  fagiîtas  tendere  Sericas 
jr>#       Arcti  paterno  ?  qms  neget  ardftis 
Pronos  relabi  pojfe  rtuos 

Monteuse  &  Ttberim  reuerth 

tguum  tu  coemptos  vndique  nobiles 
Libros  Tan<zti<>  Soc  aticam  &  domain 
\t  jMMt*r*  loricis  îberis  , 

pêlUctm  mciiora,  tendis  î 


Odes   d'Horace*  Liv.  I.        6f 


A    I  CCI  VS.    Ode  XXIX* 

//  sejlonne  comme  cTvn  prodige ,  que  cet  Iccim 

dit  quitté  feftude  de  la  Philofephe  fonr 

sHer  m  U  guerre. 

ICcius ,  tu  portes  maintenant  enute  aux  heu- 
reufes  richefles  des  Arabes ,  tu  prépares  vnç 
rude  guerre  auxRoys  des  Sabèens,qui  n'ont 
îamais  efté  domptez,  &  tu  fais  des  chaifnes 
pour  les  Medes  cruels.  Quelle  Dame  des  na-      Ç 
rions  barbares  fera  tbn  efclaue,  après  la  mort 
de  fon  mary  tué  dans  le  coimbat?  Quel  beau 
fils  de  cour  du  pays  des  Seres,  auec  fes  cheucux 
parfumez,,  te  prefentera  la  coupe  1  &c  fçaurà 
décocher  de  bonne  grkee  des  flèches  fur  les 
arcs  de  fes  pères?  Qui  niera  que  les  rùiîîeaux     lé. 
qui  defeendent  des  hautes  montagnes,  ny  puif- 
fent  remonter,  Se  que  le  Tybrc  ne  retourne 
pointducoftédefafource  ,  puis  que  tu  t'effor- 
ces de  changer  l'efcole  deSocratc,&  les  no- 
bles liures  de  Panece  que  tu  aubis  acheptez  de 
toutes  parts  ,  auec  des  cuiraecs  *  Iberoifes,     r5-     , , 
après  auoir  donné  de  bien  meilleures  cfperan-  D'W<Vm* 
ces  de  toy  î 


61  G  AkMIN  VM    L  IB.    I. 


AD    VENERE  M.    Ode   XXX. 

Rogac  Vcnerem  vt  in  xderti  Gly  cer*  fibi  dedi- 
catam  veniac. 

OVcmu ,  regina  Cnidi  P/tpbique  t 
Speme  dilettam  Cjpron ,  &  VQCtotif 
Thnre  te  multo  Cljcera  décorum 

Transfer  in  &dem. 
Feruidus  tccum  puer ,  &  folutis 
Gratta,  z,oni$  iproperentcfue  Nymphe* 
JEtparum  cornu  fine  te  Iuuentas , 
MercmïHpiHe. 


AD     APPOLLINEM.     Ode  XXXt 

Non  diuitias  petit  ab  Apolline ,  fed  vt  fit  mens 
fana  in  corpore  fànd. 


Q 


Vtd  dedicatum  pofeit  jipollinem 
Vates  ?  quid  orat,  de  patera  nounm 
Fttndens  licjuorem  ?non  opimM 
Sardinia  fegetes  feracù  : 
f.       Non  aftnofit  grata  Ctlabri* 

Arment a  t  non  turum,  aut  cbur  Indicntn  I 
Non  rtsra  que  Liris  ejftieta 
JMordet  a<jua,  y  taciturnus  amnis. 
Fremant  Calena  fiilce  ,  quihns  dédit 
10,      Fortuna ,   vitem  ;  dînes  &  anreis 
MercAtor  exficcet  culullis 
Vin*  Syri  reparata  merec 
Du  é*rw  iffu  :  ^mppx  ter  &  cpêttT 


Obes  d'Horàcï.  Liv.  I.        €9 


A    VENVS,   Ode  XXX. 
Quelle  vienne  *  la  Chapelle  de  Glycere. 

O  Venus,  Reine  de  Cnide  &  de  Pàphos, 
quitte  ta  chère  Cypre  >  Se  vien  chez  Gly- 
cere dans  fa  belle  Chappelle,  ou  elle  t'inuite 
auçç  beaucoup  4'cnccns.  Vien  y  en  diligence: 
*  Se  auec  toy  l'Enfant  qui  brufle  les  cœurs ,  les      5* 
Grâces  decin#es ,  les  Nymphes,  Mercurç  >  Se     Le  ?'***■ 
la Ieunefle  qui  fans  toy  a  peu  de  charmes  pour      ■    -* 
te  faire  aymer. 

A    APOLLON    Ode  X£XI. 

//  ne  Iny  demande  point  de  richejfes  *  mais  vnâ 
vie  gaye  &  tranquille. 

QVe  demande  le  Poète  à  Apollon  à  qui  on 
dédie  vn temple?  Que  fçuhaitte-t-il  par 
fes  prieres,en  verfant  la  tafle  pleine  de  vin  nou- 
veau? Cène  font  point  des  moiflbns  abon-  *" 
dantes  de  la  fertile  Sardaigne  -,  ce  ne  font  point 
les  troupeaux  nombreux  de  la  chaude  Calabre* 
ny  lor,ny  l'yuoire  des  Indes ,  ny  les  champs 
paifibles  que  Liris  abreuue  de  Ces  eaux  tran- 
quilles. Que  ceux-là  taillent  les  vignes  auec  la 
ferpç  dç  Calenc ,  à  qui  la  fortune  en  a  donné  a- 
bondamment.  Que  le  riche  Marchand  qui  eft  Ia; 
cher  aux  Dieux,  puis  que  trois  ou  quatre  fois 


JO  C   ARMINVM     LlB.  L 

Anno  rcuifens  dtquor  Atlanùcum 
CJ.  Impttne.  me  pafcunt  oltuét , 

Aie  cicborea  ,  leuefque  maint* 
Frui  paratis  &valtdo  mihi 
Latoe  dones ,  Cr  (precor  )  inteçra 
Cum  mente  3  nec  turpem  feneElam 
10 '  Dcgere>  nec  cithara  caremen  . 


AD    LYRAM.    Ode  XXXII. 

Âlloquitur  Lyram,  c^mque  pofeit  vtfibiadfîk 
&  fecum  cancre  non  definat. 


p 


Ofcimus,  Jl  quid  vacui  fub  vmbra 
Lufimus  tecum ,  cjuod  &  hune  in  annum 
VitiMi  &  } dures  :  âge  ,  die  Laiimun 
Barbite  carmen  : 
5.      Lesbio  primum  modulate  ciuiz 

Jguiferox  bello  tamen  inter  arma  * 
Sine  iattatam  religaret  vdo 

Liît or e  nmim  : 
Liberttm  çfr  Mufas^  Vencremque ,  &  itik 
10.       Semper  h&rentem  puerum  canebat  : 
Et  Ljcum»mgris  oculisy  nigr&qu* 

Crine  décorum. 
O  decus  Photbi ,  &  dapibta  fupremï 
Crœta  teftudo  huis  >  0  laborum 
ïj.      Dulce  Unimex,  mihi  cnnqne [dut 

RttC  VWAVfi» 


Odes   d'Horace.  Liv.  Î.         j\ 

Tannée,  il  voit  la  mer  Atlantique  fans  domma- 
ge de  fa  fortune  &  de  fa  perfonne,  defleche  das 
des  coupes  d'or,  le  vin  achepté  pour  desmar- 
chandifes  de  Syrie.  Pour  moy  ie  nky  point  de  15. 
peine  à  me  nourrir  doliues ,  de  chicorée  ,  ôc  de 
^îauucs  laxatiues.  O  filsdeLatone,  ie  re  prie 
que  ie  iouyflfe  en  fânté  de  corps  &c  d  efprit,des 
biens  qui  me  font  acquis  ,  &  que  ie  ne  pafle 
point  ma  vieillefle  dans  Toifi^eté ,  ny  fans  eltre  *<*- 
#até  par  la  douce  harmonie  de  tonluth. 


A   SA   LYRE.    OdeXXXH. 

SI  durant  noftre  loifir ,  nous  auons  chanté 
quelque  çhofe  aueç  toy ,  fous  les  ombrage* 
frais,  nous  fouhaittons  qu'il  viue  cette  année, Se 
plufieurs  autres  aprçs  celle-cy.  Courage  donc, 
mon  luth  s  recite  nous  auec  tes  accords  vne 
po'éfie  latine ,  ayant  efté  touché  premièrement      J. 
par  Alcée  ce  braue  Ciroyc  de  Lefbos,  qui  dans 
les  armées  où  il  fignaloit  fouuét  fon  courage,  &C 
dans  le  port  011  il  arreftoit  fes  vaifTeaux  agitez 
par  la  tempeftc,chantoitBacchus,les  Mufes, 
Venus, l'Enfant  quieft  toufiours  àfçs  coftés,&      I$- 
Lycus  de  qui  les  yeux  noirs  &  la  cheueleure 
brune ,  donnoient  de  grands  auantages  à  fit 
beauté.  O  gracieufelyre5ornement  d'Apollon, 
&  les  délices  de  la  table  du  grand  Iupiter ,  ie  te      15. 
faluè  comme  le  plus  doux  allégement  de  mes 
peines,  en  quelque  temps  que  nmplore  ton  ie- 
cours. 

E  iiij 


s 


10. 


**  CaMivvmLib.|. 

Ne  plus  aequo  dolent    fik:  .•  a'i 

L*f*  prattiteat  fide. 

m&m  temifiome  L    da 

Olo<»  •  fed prius  slppulù 

S*ho  mittere  cum  Eco. 
Grata  det^jt  ^'^      "' 


©BES    DlHoRACE.    L*V.  I 


73 


A  ALBE   TIBVLLE.    Ode  XXXIIL 

J%£il  ne  fe  fafche  point ,  ft  (jljcere  luy  dénué  vm 
riuéû  qui  fqit  plus  ïenne  qw  luy. 

NE  t'afflige  point  trop ,  Tibulle,  en  te  fou- 
uenant  de  l'inhumaine  Glycere  ,  &  ne  fay 
point  de  triftes  élégies  à,  fon  fujet  pour  eftre  de- 
venue infidelle,  qu^nd  vn  plus  ieune  que  toy 
luy  femble  auffiplus  digne  d'auoir  part  en  {es 
faueurs.  Lycods  remarquable  pour  la  petiteUe      /; 
de  fbn  front,  brufle  d'amour  pour  Cyrus,  tan- 
dis que  Cyrus  porte  toutes  fes  inclinations  à  la 
rigoureijife  Pholoé.  Mais  les  chéures  feront 
pluftott  acouplées  auec  les  loups  *d'Apulie  que  La  Vow&u 
Pholoé  s'abandonne  à  vn  fi  lafche  adultère. 
Venus  l'a  trouué  bo  de  la,  forte ,  qui  fç  pl^ift  par      ip, 
vn  jeu  cruel,  à  mettre  fous  vn  joug  cTerain,des 
*  vifâges,&  dçs  cœurs  qui  ne  fe  peuucnt  allier,  Formes. 
a  caufe  de  leur  inégalité.  Etiediray  demoy- 
mefme3que  comme  vnc  fort  belle  fille  eut  de 
l'amour  pour  moy  *,  Myrtale  affranchie  me  re- 
tenoit  dans  Ces  doux  liens  ,  quoy  qu'elle  fuft      i* 
plus  acariaftre  que  le  flot  de  la  mer  Adriatique, 
«juifaiclefeindè  laCaiabre. 


74  Carminvm  Lib.  I, 


AEX    SEIPSVM.     Ode   XXXIV. 

Qnçm  pœnitetquodEpicurcos  fcquutus,pa: 
rum  Itudiofe  Deos  coluerit. 

PArctu  deortim  cultor  &  infrequcns* 
Ivfanientis  dnm  fapiemtiét 
Confultus  erra y  nunc  retrorjum 
Vêla  dare  j  atque  iterare  cnrfnt 

y     Cogor  rcliEtos.  tiamque  Diefpiter 
Jgni  corufco  nubtla  diuidens* 
rierHmque  per  purum  taxantes 

Egi't  eqHos>  volucretnquc  cHrrumt 

J$no  bruta  tellm ,  çr  vaga  ftaminA , 
%P\      £)uo  StjXy  &  inuifi  horrida  T*nAri 
Scdes ,  Àtltoteufaue  finis 

Conmtîtnr.  valet  ima  fummU 

Mutarc  y  &  infignem  atténuât  Bftéé* 
Obfcura  promens,  bine  apjcem  rœpax, 
^J-  Fortuna  cum  ftridtre  acuto 

Sujlnlit ,  hic  fofaijfe  gatidei* 


Odes  d'Horacl  Liv.  I.       7$ 


P.E    SOY-MESME.   Ode  XXXIV, 

Ilfe  répend  de  n'auoir  pas  honoré  les  Dieux  auto 

ajfez,  de  foin  y  quand  il  s'adonnoité  laftttc 

Epicurienne. 

L'Eftude  que  i'ay  faire  dVne  fagefTe  infeii- 
fée  ,  m'auoit  rendu  fi  peu  foigneux  d'hono- 
ré r  les  Dieux  ,  que  ie  les  adorois  rarement. 
Mais  a  prefenc  que  ie  reçonnois  ma  faute ,  ie 
nie  trouue  contraint  de  tourner  mes  voiles  au 
rebours ,  &  de  recommencer  la  courfe  que  i  a- 
uois  delaifTée,   Car  le  grand  Iupiter  qui  en-      j; 
trouure  les  nuées  par  vnfeu  eftincelant,  agite 
toufiours  fon  char  leçer ,  &  (es  cheuaux  ton- 
nans  parmy  le  ferain  de  l'air, dont  la  pefante 
mafTe  de  la  terre,  les  riuicres  errantes,  leStyx,      io» 
l'exécrable  horreur  du  Tenare,  &  les  bornes 
Atlantiques ,  font  ébranlées  iufques  aux  fon- 
dements.   Auffi  eft  -  il  certain  que  Dieu  a  la 
puifïince  de  changer  toutes  *  les  parties  de  Pv-  tontes  cfo< 
niuers,&  de  mettre  les  plus  baffes  en  la  place/*'- 
des  plus  hautes ,  il  appetifTe  les  grandes  comme 
il  veut,  &il  fait  paroiftre  les  obfcures-  La  for-     i$m 
tune  qui  fait  (es  rouages  auec  beaucoup  de 
bruit,  fait  defeendre  celuy-cy  du  faille  delà, 
gloire ,  &  éleue  cet  autre  aux  donneurs. 


j6  C  A  R  M  I  N  V  M     L  I  E.   1. 


AD    FORTVNAM.    Ode  XXXV. 

Obfecrat  eam3vt  Caefaremconferuetin  Bri- 
tannos  iturum. 

ODiua,  gratum  cjUét  régis  Antium, 
Pr<tjens  vel  imo  tôlière  de  gradn 
JMortale  corpus  >  vel  fuperbos 
Vertere  fuyieribm  triumph&s  : 
f\      Te  pauper  ambh  foUtcita  prece 

Ruris  colonns  :  te  dominant  dtquoris , 
JjhsicuncjHe  Brihjna  lacejftt 
Carpathium  pelagus  carina. 
Te  Dacus  ajper  ,  te  prof» g*  Scyth<ty 
16.      VrhepjHc  5  genteftftte ,  &  L  atium  ferox  , 
Regumcjne  mitres  bàrbarortsm  ,  <ST 
Vurpxrei  metuunt  tyranni.^ 
Iniuriofb  ne  pede  proruas 
Stantem  columnam  :  neu  populos  fréquent 
1$.  Ad  arma  ceffantes ,  ad  arm/t 

Concitet  :  impcr'mmque  frangat. 
Te  femper  anteit  f&ua  NeceJJitas, 
Clanos  tribales  &  cuneos  manu 
Gejlans  aliéna  :  nec  feuerns 
1Q.  Vnau  abeft,  liquidumcjue  plumbunix 

Te  fpes  Cr  albâ  rara  ftdes  coin 
Velata  panno  :  Ne  c  comitem  abnegat  * 
Vtcnncjue  mutata  potentes 

Vefle  domos  inimica  linqui*. 
2.5.      At  vulgus  infidnm  &  meretrix  retra 
Perinra  cedtt  :  deffugitint  cadis 


©des   d'Hora  ci.  Liv.  î.        y? 

A    LA    FORTYNE.   OdeXXXV. 

//  la  prie  de  garder  Ce  far  qui  va  faire  la  guer- 
re en  la  grande  Bretagne. 

ODeefle  qui  régis  l'agréable  ville  d'Antie: 
qui  peux,  ou  éleuer  ce  corps  mortel ,  dix 
degré  le  plus  bas ,  au  throfne  de  la  gloire ,  ou 
changer  les  triomphes  fuperbes  en  des  pompes     y 
funèbres.  Le  pautire  Laboureur  des  champs, 
te  follicite  par  fes  prières  :  Se  quiconque  dans 
vne  nauirc  Bithyniennc,  fait  voile  fur  la  mer  de 
Carpathe,  te  eonfidere  comme  la  Reine  des 
eaux.  LeDace  te  craint  auec  toute  farudeffè, 
auffi  bien  que  les  Scithes  vagabonds,  les  Vil-     *<*• 
les,  les  Nations  ,  lafiere*Latic  ,  les  Mères  des  tuUe. 
Roys  barbares ,  &  les  Tyrans  ornez  de  la  pour- 
pre. I)epeur  que  d'vn  pied  malin,  tu  ne  renuér- 
fes  la  colomnc  qui  eft  debout ,  &  que  le  peuple     \c] 
s'amafTant  en  foulle  pour  prendre  les  armes,  y 
excite  mefmes  les  plus  parefïeux ,  &  fa(Te  tôb«r 
l'Empire*,  L  a  dure  neceffité  marche  deuant  toy, 
qui  porte  de  gros  doux  &  des  coins  de  fer  en  fa 
main  d'erain.  Le  croc  terrible  ny  le  plomb  fon-     xqI 
du ,  ne  font  pas  loin  de  ta  fuitte.  L'Efpcrance  te 
reuere ,  &  la  Foy  rare  couucrte  d'vn  drap  biac, 
ne  dédaigne  point  de  fe  rendre  ta  compagne, 
toutes  les  fois  que  changeant  de  robe  ,  tu  t'éloi- 
gnes des  Palais  des  Grands,dont  tu  deuiens  en- 
nemie. Mais  le  vulgaire  infidelle  ,  &  la  Cour-     %jl 
tifane  parjure  tournent  le  dos:  &  les  faux  Amis 
fe  retirent  auffi ,  quand  les  tonneaux  font  éjpai- 


7*  Carminvm    Lib.  L 

Cutn  face  ftecatis  amiçi  > 

Ferre  iugum  pâmer  dolcfi. 
Serues  itttrum  C&farem  in  vlttmos 
50.     Orbs  Britannos^  &  iuuenum  récent 
Examen  Eois  timendum 

Parvbus  ,  Oeeanoque  rnbro. 
Eheu  cicatricttm  &  [céleris  pndet , 
FratrumcjHe,  ejuid  nos  dira  refngimus 
5J.  */£tat  ?  quid  intaïïum  nefajti 

Liquimus*  vnde  rnanus  iunentui 
Tidettt  deornm  c&ntinuit  ?  cjHtbus 
Pepercit  aris  ?  o  vtinam  noua 
Incude  dtffingas  retnfum  in 
40;  MaJpigetM  Arabcfqne  ferrum. 


AD    POMPONIVM    NVMIDAMc 
Ode  XXXVI. 

Ob  cujue  exHifpania  reditum  gaudio  exultât. 


E 


T  thurc  (fr  fidtbiu  ÏHHAt 
Placare ,  &  vituli  ptngaine  débit* 
Cnflodes  Numida  Devs  : 

Jgtti  nnne  Hejperia  fofpes  ab  vUmê'% 
r;     Charis  mnlta  fodaltbns , 

NtiUi  plara  famen  ditiidit  ofcnU 
£)ufrn  dnlci  Lamidt  :  memor 
AÏÏ&  non  ait*  rege  pHcrtia , 
jMutauj^ue  fimul  togt. 
1Q.         Crejfa  n§  carcat  pulçhra  dits  notai 


Odes    d'Horace.  LiV.  I.        j$ 

fez  iufques  à  la  lie,ne  pouuans  fupporter  le  ioug 
de  la  nccefiné.  Garde  encore  vne  fois  Ccfar  qui 
s'en  va  faire  la  guerre  aux  ?  Bretôs,  les  derniers  AngUlu 
peuples  du  mô  de,  &  preferue  le  nouuel  Eflfain     30. 
de  (es  ieunes  guerriers ,  de  qui  la  valeur  eft  re- 
doutable en  Orient ,  &c  fur  les  bords  de  la  mer 
rouge.  Ha  !  i'ay  honte  de  parler  des  playes  que 
nous  auons  reeeues  :  ie  nofe  rien  dire  du  crime 
que  nous  auons  commis ,  ny  de  la  perte  de  nos 
frères  dans  la  guerre  ciuile.  Dequoy  nous  fom-     JJ* 
mes  nous  éloignez  ,  faifant  nous  mefmes  lari- 
gueurde  noftreâge*  quauons  nousobmis,  de 
l'impiété  la  plus  noire,  fans  l'auoir  tenté?  De- 
quoy s'eft  abfienuë  la  main  de  la  ieunclfe,  pour 
la  crainte  des  Dieux'Quels  Autels  a-t-clle  épar- 
gnez?veille  le  Ciel,que  tu rèicttes furies  Mafla-     43* 
getes  &  fur  les  Arabes ,  le  fer  qui  vient  d'eftre 
aiguiféfur  vne  enclume  nouuelle. 


A   POMPONE  NVMIDE.    Gdc  XXXVL 

Il  Je  refioujt  de  [on  heureux  retour  de  (Ejpagne. 

IE  veux  appaiferlès  Dieux  aueede  Tencensj 
auquel  ie  ioindray  les  accords  de  ma  lyre ,  &c 
le  fang  d'vn  ieune  Taureau  que  ie  leur  ofFri- 
ray  en  facrifice,  puis  qiuls  ont  conferué  Numi- 
de retourné fain  de  la  *  dernière  Hefperic.  A-    DnUutdi 
près  vn  fi  long  voyage,  il  a  donné  mille  embraf  tz[t*z**t 
fades  à  (es  bons  Amis,  mais  beaucoup  plus  à  (on     5* 
cherLamie  qu'à  tous  les  autres, fe  fouuenant 
d'auoir  pafle  fon  enfance  auec  luy  fous  vn  mef-     Mtijtrè 
me  *Regét,&  d'auoir  pris  la  robe  virile  en  mef  d*ufcok. 
me  temps.  Que  cette  belle  iournée  ne  fe  paflTs      i©3 


I<*  CarMinvm   Lib.I. 

Tftu  prompt*  modus  amph*r<t, 

Neu  rnorcm  in  Sdium  fit  réunies  pednms 
Neu  multi  Damalts  mert 

Bajfum  Thr&cid  vincat  amjflide  * 
*/*        Neu  de  fin  t  c pu  lis  rofi. 

Neu  viuax  Apium*>  neu  breue  lilium. 
Omncs  in  Damalin  putres 

Déponent  oculos  :  nec  DamMls  non» 
Diuelletur  adultéra  f 

Lafciuis  ederis  ambitiojîon 


iOo 


AD    SODALES.    OdcXXXVII. 

Quos  horutur  ad  indulgendum  Gcnio  ob  vi- 
ftoriara  A&iacam. 

.    y^Lf^nc  eft  bibendnm ,  nunc  pede  libéré 
X*\  Pulfknda  te/lus ;  nunc  Salîaribus 
Qrnare  puluinar  deorum 

Tcmpm  erat  dapibu  s ,  fbdales. 

5.     Antehac  ne  fat  deprofocre  Cacubum 
CcUis  auitis  y  dum  Capitoliù 
Regina  démentes  ruinas* 

Funus  &  imperio  parabat, 

Contaminât o  cnm  grege  turplum 
IQ#     Morbo  virorum  :  qutdlibet  impotent 
Sperare ,  fortunaque  dulci 
Ebria.  Jid  minuit  furèrem 

Vi  + 


'Odes   d'Hokacï,  Liv.I.  ti 

donc  point/ans  eftre  marquée  auec  delà  erayè: 
qu'il  n'y  ait  pbiht  de  reîafchea,  faire  marcher 
promptement  la  bouteille^qu'il  n  y  ait  point  de 
repos  à  nos  pieds  ,iïon  plus  qu'à  ceux  des  Sà- 
îiens:que  Damale  qui  boit  beaucoup  de  vin,  ne 
Surmonte  point  Baflus  à  vuider  *  lesAmyftidès  n> 
idVn  feul  trait  comme  lesThracesrque  les  rofss  Gffà*t  ?* 
feemaquent  point  aux  fèftiris>  non  plus  aiîel'a  *,**'?  *** 

1  r  "if  Je*    dV'^t' 

che  qui  conferue  vne  longue  vie  ,  &  le  lys  qui  j0r^fpiir  ï. 
dure  peu  de  téps.Tousarrefteront  leurs  yeux  a-  tuitere  fut 
moureux  fur  la  nôpareille  Damaleimais  Dama-  Ie  v**4**r*ï 
le  ne  fera  point  arrachée  d'entre  les  bras  de  fôn  dvn  JtH 

*     a  Qr  1     r      ■  •     -         1         4>-      -•     \\  trait, 

îcune  *  Amant, &  lelerrera  plus ctroircrnent  NHmtdea 
'que  le  lierre  n'émbrafle  les  arbres  qu'il  étrairù.      4$. 


A  SES    COMPAGNONS.  Ode  XXXVII. 

Il  témoigne  'fa  ioye  four  la  viBoire  $sÎHguJlû 
en  la  butai tU  jîttiaqm.   3  ao^^— 

C'Eftauiourd'huy  qu'il  faut  boire,  mes  C6- 
pagnons,nous  deubns  battre  maintenant 
la  terre  d'vh  pied  libre:  &  le  temps  requiert  dé 
nous  présentement  3  que  nous  ornions  l'acmi- 
doir  des  Dieux  de  viandes  exqiiifes  Se  bienia- 
preftées.  C'eftoitn'agucre  vn  crime  de  tirer  le       5, 
vin  de  Gctube  des  ccliers  de  nos  Ah£êftres,tàn- 
dis  qu  viié  *  Reine  inséfée  bràflbit  les  ruines  du  cleofatrk, 
Capitole  ,  &  confpiroit  les  funérailles  de  l'Em- 
pire,auec  le  troupeau  infâme  de  certains  hom-     iQi 
mes  effeminez  <k  diflolus,  ofant  tout  efpcfer 
par fori  incontinence,enyurée  qu'elle  eftôit  ÏÏc$ 

P  4 


Ci  Carminvm   Lii.I. 

Vtx  vna  fofpes  naitt*  ab  igmbus  : 
JVlentemque  lympbatam  AdareottC& 
I$»  Rcdevit  in  vergs  ttmorcs 

Cdjsr,  ab  hait  a  volantem 

Remis  adurgens  (ace*  pi  ter  velut 
Molles  coïts  •'bas  ,  aut  leporem  citus 
Venator  in   carnpts  muait  s 
zo.  t^monïd)  daret  vt  catenû 

Fatale  monflruw.  cjua  generofitti 
Perire  quarens  5  nec  muliebriter 
Expawt  enfem  >  nec  latentes 
Clajfe  cita  reparamt  orat» 

i$*      Aufa  &  iacentem  vifere  regiam 
Vultu  fereno  fortis  >&  afperas 
Trattare  ferpentes  :  vt  atrum 
Corpore  combibertt  venennm  : 

Délibérât  a  morte  ferocior  : 

JO»     S<tuù  Liburnts  feilteet  inuidens  > 

Priuata  deduci  fnpe<bo 

Non  humilU  mulier  triumpho. 


AD    MINISTRVM.  Ode  XXXVIII. 

Vult  famulum  fuum  nihil   aliud  àdhibere  ad 

extremum  conuiuij  apparatum  quam 

myrtum* 


p 


Erficos  odi  puer  apparatus: 
1>t$licent  nex&  phjlira  coron*  t 


Ôdês  d'Horace.  L  îv  ï.  85 
profperitez  de  fa  fortune.  Mais  vnc  nauire 
a  peine  échapée  cPes  flamcs  ,  diminua  fa  fu- 
reur :  &  Cefar  affujetit  a  de  véritables  crain-  "15* 
tes,fon  efprit  étourdi  des  fumées  rnareotiques, 
quand  à  force  de  rames  ,  il  courut  après  celle 
qui  voloit  fur  la  mer,  pour  s'enfuir  de  l'Italie, 
comme  fEfpreuier  qui  vole  après  les  timides 
colombes ,  ou  comme  le  vifte  chafieur  qui  fuie 
vn  Heure  dans  les  plaines  d'Emonie  couuert'es  loi 
de  neiges,  pour  mettre  das  les  chaifnes  lé  moh- 
ftrefataî  quicherchoitàperir  d'vne  genereufè 
mort.  Elle  ne  sVffroya  point  de  refpée,  comme 
les  autres  femmes  :  &  s'eftant  fait  équiper  a  la 
haftevnenouuelle  flotte,  elle  ne  chercha  point 
Vn  bord  caché:  mais  elle  a  veud  vnvifagefe-  2^ 
rain  là  defolation  de  fa  maifon  royale,  &  a  tou- 
ché hardiment  les  ferpens  terribles  ,  pour  en 
prendre  tout  le  venin  par  leur  piqueure  mor- 
telle: car  elle  deuint  plus  fiere  par  la  reiblution 
qu'elle  auoit  prife  de  mourir ,  &  comme  elle 
n'auoit  rien  de  bas  dans  le  cœur, auffi  ne  vou- 
lut elle  iamais  qu'on  fentraifnaft  à  Rome  dans  2°° 
de  petits  vaiiïeaux  ,  comme  vne  femme  vul- 
gaire ,  pour  feruir  à  la  pompe  d'vn  fuperbe 
triomphe, 


A    SON   GARCOR    Ode.  XXXVHL 

J>)t£U  ne  vînt  pas  de  grands  aprets  pour 
[on  repas.  > 


G 


Arçon ,  ie  hay  tous  ces  aprets  à  la  Per- 
fienne.  Les  couronnes  liées  de  la  délicate 

Fij 


84  Cakminvm    Lib.  I. 

Jliittc  fcflarii  ro/k  quo  locvrum 

Sera  morctur. 
S  iw pli  ci  myrto  nihtl  allaborcs 
Seduliu  euro  y  neque  te  mimftrum 
Dedccet  myrtm  ,  r.Cjue  me ,  Jiib  ar&4 

Vite  bibentem. 


Finis  Libii  L  Carminum^ 


Odes  d'Horacî.  Liv.  I.  Sç 
peau  d'vn  tilleul  ne  m'agréent  nullemét.  Ceffc 
de  conformer  dauantage  des  lieux  oùnaifïcnc 
les  rofes  tardiucs.  ïe  ne  veux  point  que  tu  te 
mettes  en  peine  de  rien,  adjoufter  au  fîmplc 
myrthe  pour  l'ornement  de  ma  table.  Le  myr- 
the  ne  fiait  point  mal  ,à  toy  qui  eft  mon  valet, 
tiy  à  moy  qui  boi  fous  la  treille. 


fin  du  I.  Liure  des  Odes  cffloracê* 


F  ir) 


u 


ODARVM 

LIBER    SECVNDVS. 

AD  C.  ASSINIVM  POLLIONEM. 
Ode  I. 

Pollionem  monetvt  tragœdiarum  fcripturam, 
tamifper  intermittat  ,  dum  Refpublica  fit. 
çompoflta.  Deindc  commendat  illius  fcripta. 


10. 


^Nv, 


?^tffl^^  Otnm  ex  Metsllo  confule  cimcum* 
Bçllicjue  eau  fa,  &  vitia,  &  mo- 

dos , 
'  Ludumque  Fortune  ,  grauefque 

Principûamicitias,  &  arma, 
Nondum  expiatis  vttcïa  cruo'nbm^ 
Vericuloft  plénum  opus  ale£  , 
TraÙau  :  çfr  incedis  fit  ignés 
Snppojiios  cintri  dolofo. 
Tnulum  feuera  mnpi  tragœdi<t 
Défit  iheatrù  :  mox  ïbi  publicM 
Res  ordinaris ,  grande  mnnm 
iecrôpie  repeus  czthnmo  > 


*7 


LIVRE    SECOND 

\      DES 

ODES  DHORACE. 

A   ASINIVS    POLLION. 
Ode  I. 

//  donne  des  lo  h  ange  s  auxouurages  de  Po  Mon  tou~ 
chant  CHijloire  de  la  guerre  C tuile. 

Vand  tu  traitt.es  des  moune- 
ments  de  la  guerre  Ciuile  depuis 
le  Confulat  de  Metelle,&  que  tu 
en  dis  les  caufes,  les  vices ,  &  les 
intriguesrquâdtu  parles  des  ieux 
de  la  fortune  ,  des  amitiez  dou- 
bles des  Princes,  &  des  armes  qui  ne  (ont  pas 
encore  purifiées  du  f#ng  de  nos  maflfacres  •,  ton 
ouurage  eft  périlleux,  8c  tu  marches  fur  des 
feux  cachez  fous  vne  cendre  trompeufe.  Que 
la  Mufcdela  tragédie  feuere,  s'abftiennc  vu 
peu  de  monter  fur  le  théâtre.  Apres  que  tu  au- 
ras écrit  le  projet  de  tonHiftoire  des  grandes 
expéditions  de  l'Empire,  tu  reprendras  le  Co- 
.thurne  d'Atenes ,  pour  continuer  le  deflem  de 

F  iiij 


IQ, 


S$  C  A  RM  IN  VM    LlB    II. 

lu  fient  Wffftû  pr<tfidium  rets  % 
J5>  confulivtt  Pellio  turtét  : 
15»  Cm  Laurw  ^ternos hênores 

Dalmaticapeptrif  tttumplw. 
l#m  nunc  tnin&ct  murmure  commun 
Pcrfîringà  auras*  iam  h  tut  ftrcpmtt: 
lêœ  fulg$r  armerur»  fugaces 
Wa  TTtvr&t  tyu&s ,  t^ùitumcfu»  vultmy 

jtuiir*  magnes  tatn  videur  duces 
lié»  iudec9rê  gutuere  firdtdos  : 
Etcm&&  terrarumfu[w[ia% 

^  rater  AîYùCem  anirnum  C*texû\ 
*j*       $ttn&  1  &  De&rum  (tfttfquis  amitiar 
J$$ps>  inulm  cejferat  iiçpêfffS 
Tellure  :  vifterum  nepetes 
Ktttftlit  inferm  Jugttriha* 
JjfrtU  non  hatine  fknguinç  péugui&T 
}<S>         €&mpm  [epulchrii  iwpia  pratia 
T*jt*tn*%  audwtmqm  Médis 
Hefêtrt*  £mitHr$  rmmt 

JS&Î  gurg's  >  ****  î**4  fi******  lugubre 

î<war,£.  be(b?  aucÀ  mare  Dau%i# 
S3r  Non  decalcrauerç  cades  ? 

G£u.&  cqrejt  ara  cmur*  &effir$t 

$çdt.  ne  rclifiiù  Muffa  prvctâç  **Ç&: 
€$#  rçtra&p  mutera  xamaz. 
Mtwrn  Dw*e$£&h  *ntr& 
4^  Jj^xz  m$dçs  kniêr*  pic8&h. 


Odes   d'Horace  Iiv.  IL        8^ 
tes  nobles  inclinations ,  Pollion  de  qui  l'élo- 
quence eft  ta  protection  des  Accufcz,de  qui  les 
çonfèih  font  écoutez  du  Sénat  ,  &  à  qui  les  lau-      *5  \ 
riers  delà  viiïoirc  ont  acquis  des  honneurs  im- 
xnortcls  par  le  Triomphe  Dalmatique.  Des- ja, 
tu  frappes  les  oreilles  du  bruit  menaçant  ècs 
trompettes  ;  lçs  clairons  font  ouyr  des  ja.  leurs 
murmures  :  l'éclat  des  armes  étonne  Ws  che-      *°. 
uaux  peureux, &  le  vifage  des  Cheualiers»  Il 
mefemblequeraperçoides-ja  les  grands  Ca- 
pitainesfouilles  d'vne  pouffîerç  qui  i/eft  point 
malfea^nte,  &  que  toutes  les  çhofes  du  monde 
font  affilie  trie  s,  excepte  le  courage  inflexible  de 
Catô*  lunç,ou  celle 4c  touteslcsDiumités  qui      ifc. 
fut  la  plus  fauorable  aux  Africains,  s'eiloit  reti- 
rée de  leux  païsjfansi'auoir  pu  vangenmais  elle 
prefenta  en  offrande  moituaire  aux  cendres  de 
ïugurtha  la  poûerité  des,  vainqueurs^    Quel      j®. 
champçngrair(leduJàagdes.Latin5>  n^  donne 
point  de  preuues  par  Tes  tombeaux  ,  des  eôbats 
impies  qui  s'y  font  donnez,  aufîï bien  que  da 
bruit  fameux  delà  ruine  de  l'Italie  ,  entendu 
iufquçs  au  pay&des  M,edes2  Qjiels  gouffres,  ou      «. 
quelles  rinieres,  aç  fe ib&t  poinç  apperceues 
dvne  guerre  fi  lamentable  ^quelle  mer  iî â 
poimchagédeeauleur  par  îes.mafïàcres  de  la 
Nation  Romaine  *  quelle  Région  n*a  point  cfté 
ïougie  de  naftre  sagl  Mais3à  Mpiè  trapJhaEdie* 
âpres  auoir  quitte  ks|eux,depeurq.ue  tu  te  re- 
mettes à  diéker  des  vers lugubçesa|els,q^eceex 
qui  furet  intiétez  par  Simonidcdj:  F  1%  cfeCce» 
cherche  auec  nioy  ,  fous  l'antre  *■  de  la  fille  de  °*  renm- 
Dione  des  airs  animes  gai  varias  daux  arche  t^     4% 


5>o  Carminvm  Lib.  II. 


AD   C.   SALLVSTIVM  CRIPSVM 
Ode   U. 

Proculejum  laudat  obliberalitatcminfratres. 
Contcmpms  pecuniae  iblum  regem  efficit 
ôc  beat  uni. 


N 


Vllm  argcnto^plar  eft  ,  attaris 
Abditét  terrw  ïnimice  lamn& 
Crifpê  Sallnfli ,  ni  fi  tempera  ta 
Splendeat  vfu. 
S'        Viuet  extento  Vroculeim  &uo, 
JVotus  m  fratres  animi  paterni  i 
lllnm  aget  penna  metuente  folm 

Fdm*  fuperfles. 
Latius  règnes  >  auidum  demanda 
lo'       Spiritum  3  quam  fi  Libyam  remous. 
Gadibus  iungM:  ^jr  vterque  Pœnas 

Semiat  vni. 
Crefcit  indxlgsns  ftbi  dirus  hy  drops  : 
Nec  fitim  pellit ,  ni  fi  C/ivfà  morbi 
15.       Fugerit  venis>  &  acjUofm  œlbo 
Cor  pore  languir* 
Redditum  Cyri  folio  Phraateny 
Diffidens  plebi  5  numéro  beato- 
rum  exïmit  vin  tu  :  popHlumque  faljis 
20.  Dedocet  vti 

Vocibus  :  retjmtm  gr  dtadema  tHtum 
Deferens  vni ,  propriamcjxc  Uurum  , 
£>uiftjHis  régentes  oculo  irretorto 
îpeflat  acerttos. 


Si 


Odes  b'  H  or  a 'ce.  Liv.  IL       91 


A    CRISPE    SALVSTE.    Ode  IL 

//  loué  d'abord  la  libéralité  de  Vromléius  entiers 
Je s  frères  :  puis  il  montre  que  celuy  qui  peut  re- 
primer Jk  conuoitife ,  &  mejprifer  les  ricbejfesi 
fi  peut  dire  plus  heureux  quvn  Roy. 

N 

OCri{pe  Salufte ,  ennemi  des  lingots  ca- 
chez; fous  terre  par  les  Auares  ;  l'argent 
n'a  point  d'éclat  ny  de  beauté,  s'il  ne  luit  par  vn 
vfage  modéré.  Proculeïus  célèbre  pour  l'affe-     5* 
ftion  paternelle  qu'il  portoit  à  Tes  frères ,  viura 
plulîeurs  fiecles.  Sa  renommée  perdurable  re- 
louera d'vne  aifle  forte  pour  l'empefcher  de  pé- 
rir. En  domptant  ton  efprit  auide  ,  tu  régneras 
dans  vue  plus  grande  eftendue  de  pays  ,  que  Ci 
tuioignoisla  Libye  aux  Gades  qui  en  font  fort     io« 
éloignées ,  ou  fî  l'vne  &  lautre  Ca.rthagç  eftoit 
atfujettie  fous  ton  Empire.  L'hydropique  cruel 
à  foy-mefme,  quand  il  flatte  fon  appétit ,  aug- 
mente Ces  peines ,  &  n'efteint  point  fa  foif ,  fi  la 
caufe  de  fon  mal  n'eft  éloignée  de  (es  veines,  &C      t* 
fi  Ton  ne  chafle  de  fon  corps  *  a  tenue  ,  la  lan-  qh  ^^. 
gueur  aqueufe  qui  le  rend  parefleux.  La  Vertu 
qui  n'eft  iamais  dans  les  fentimens  du  vulgaire, 
retranche  du  nombre  des  heureux  ,  Phraate 
remonté  au  throfne  de   Cyrus,  ôcaprend  au 
peuple  mefme  de  n'vferplus  d'vn  faux  raifon- 
nement ,  donnant  l'Empire  afïèuré  3  le  Diadef-      2©« 
me  certain  ,  &  le  laurier  immortel ,  a  ccluy-là 
feul  qui  regarde  d'vn  ceil  inuariable  les  trefors 
amaflez, 


$1  C  A   R   M  I  N  V  M    L  I  B.  I  ï- 


AD    DE  LI  V  M.    Ode   H  I. 

Moderate  fcrcnda  vtraque  eftfortuna,  qumrç 

omnibus  impendeat  arqua  moriendi 

conditio. 


Tfn  Quam  mémento  rébus  in  arduis 
J*  JL-JS eruare  mentem  >  nan  ficus  ac  boni* 
j4b  infilenti  temperatam 
Ldtitia:  monture  Deliy 

S*      Seu  tnœftus  omni  tempore  vixeris , 
Se  h  te  in  remoto gr  aminé,  per  dtes 
Feftcs  reclinatum  bearis 
Interiore  nota  Falerni* 

JÇhi-4  pinus  ingens  :  albaque  populus 
U>-       Vmbram  hofpitalem  conficiare  amant 
Ramis  y  &  oblicjuo  laborat 

Lympha  ftigax  trepidare  rino. 

Hue  vin* ,  &  vngttenta ,  &  niminm  brcue%i 
Flores  amœn<z  ferre  tube  rofi  : 
*5#  bum  resy  &  ata$y  &  firorum 

fila  trium  fattuntur  atrœ. 

Cèdes  coemptis  fijtibus ,  &  doma> 
Vtliacfut  jiauHS  cjuam  Ttberis  lanity 
Cèdes*  &  extrnïïis  in  altum 
*0-  Dîuitits  potietur  hêtres. 


Odbs  d'Horace.  Liv,  IL       £$ 


A     DELIVS.     Ode  lit 

Jjh£il  ne  faut  point  sejleuer  en  profperité  ,  nj 
abbaijfer  fon  courage  en  #duer]ite\mais  quil 
faut  mener  vne  douce  vie  ,puis  que  la  condi- 
tion de  mourir  eft  égale  a  tout. 

DElius  qui  dois  mourir  vn  iour;  {ôuuien* 
coy  dans  les  rencontres  difficiles  de  gar- 
der vne  ame  égale ,  comme  dans  la  profperité, 
tu  la  dois  tempérer  d'vne  ioye  qui  ne  foit  point 
demefutée ,  foit  que  tu  viues  toufiours  dans  U      5. 
trifteffe,  foit  que.  lesiours  deFefte,tu  te  ref- 
jouy(Tes  fur  l'herbe  à  l'efcart,  enbeuuant  du 
meilleur  vin  de  Falerne,oùle  grand  Pin  &  le 
peuplier  blanc  ,femb  lent  prendre  plaifir  d'al- 
lier enfemble  l'ombre  hofpitaliere ,  auec  leurs      io, 
rameaux  :  &  où  l'onde  fuiarde  trembldtted'vîi 
murmure  agréable, &fe peine  de  couler  daiis 
vn  ruiffeau  tortueux.   Commande  qu'on  ap- 
porte en  ce  lieu-làdes  vins,des  parfums,  &  des 
rofes  qui  charment  les  fens,  quoyque  leur  du* 
xée  foit  trop  côurte,tandis  que  tes  richeflès  t'en      ij» 
donnent  le  pbtiuoir  ,&que  la  fleur  de  ton  âge 
le  permet  5  ou  que  le  fil  noir  des  trois  foeursle 
peut  fbuffrir.  Tu  quitteras  vniour  tes  boccages 
que  tu  as  acquis  auec  tant  de  foin:  tu  laide  ras  ta 
tnaifon,  &c  tes  champs  humeâez  par  les  eaux 
dorées  du  Ty  bre  >  &  ton  héritier  iouyrà  de  tes 
jichefles  amoncelées.  Il  n'importe  nullement,     1©* 
£juc   tu  fois  ne  opulent  de  l'antique  maiiûtt 


94  Carmxnvmlib.it, 

Dtuefne ,  prtfco  natus  ab  Inacho  , 
Ntl  tnterejh ,  &  inftma 

De  qente ,  fub  dio  morcris , 

VtlUma  ntl  mifcrantis  Orci. 

*£•      Omncs  eodem  cogimur.  omnium 
Ver  fat  ht  vma:  fer  tu  s ,  octus 
Sors  exitura ,  ^*  nos  in  aternum 
Exiltum  impofitura  cjmbœ* 

AD   XANTHIAM    PHOCEVM. 
Ode  IV. 

NoncftcurXanthiaserubefcat  quod  Phyllidà 
ancillam  amet  >  quiltn  miiltiS  magnis  viris 
idem  vfu  vencrit. 

NE  fit  ancilU  tibi  amor  pudori , 
Xanthia   Phoceu ,  prius  infolentem 
SeruA  Brifeis  niueo  colore 
Moult  <dchi//em: 

5*      jiiouit  Aiacem  TeUmonc  natum 
Forma  captiua  iominum  Tecmejft  : 
•Arfit  jitrides  medio  in  triumpho 
Vtrgine  rapta: 

Barbara  poftcjuâm  cecidere  turma 
10«      Thejfah  vi&ore^  &  ademptm  Hctior 
Tradidit  fijps  leutora  tolli 
Pergama  Gratis. 

2$efctM  an  te  gêner  um  beati  .    . 


Odes  d'Horace,  Liv.  ÎI.  95 
d'Inache ,  ou  que  tu  fois  verni  pauure ,  de  la  lie 
du  peuple  ,  pour  eftre  expofé  a  toutes  les  iniu- 
res  de  l'air;  puis  qu'il  faut  que  tu  fois  Vi&i- 
ine  de  1  'impitoyable  Pluton.  Nous  fommes 
rous  contraints  de  venir  à  vn  mcfmc  but.  Xc 
fort  de  tous  les  hommes  roulé  dans  vn  mef-  icj 
me  cornet,  en eftietté  pour  chacun  de  nous, 
ou  pluftoft,ou  plus  tard,  pour  nous  faire  des- 
cendre dans  la  barque  fatale  &pournousen- 
uoyerxUns  vneternelexil. 


A   XANTE    PHOCEE.    Ode  IV- 

C^utl  ne  doit  point  auoir  de  honte ,  pour  aimer    . 
Ja  fermante,  puis  qu'il  a  cela  de  commun  auev 
plujieurs  grands  perfonnages  de  (antiquité. 

QVe  l'amour  que  tu  portes  à  ta  fertiante,  ne 
te  fàfle  point  rougir,  Xante  Phocee.  Bri- 
feis  qui  n'eftoit  que  de  la  mefme  condition, 
émût  bien  autrefois  par  la  blancheur  de  fou 
raint  Achile  infenfible  aux  traits  de  l'amour,  La     5- 
beauté  de  l'efclaue  TecmefTe,  toucha  le  cœur 
d'AjaxfonMaiftre  filsdeTelamon.  Agamem- 
non  au  milieu  de  ion  triomphe ,  brufla  bié  d'vn 
mefmcfeu  pour  vne  fille  qu'il  enleua,  quand 
plufîeurs  troupes  barbares ,  tombèrent  par  la      io- 
main  *  du  Theflalien  vainqueur, &  quand  IcfA&tU. 
vaillant  Heétor  fut  enleué  aux  Troyens,lai£ 
fant  aux  Grecs  fatiguez  les  *  Pergames  beau-  tt s  mura iU 
coup  plus  faciles  à  renuerfer  qu'elles  nettoient  lesdt  Trcjé. 
auparauant.  Tune  fçaispasûles  heureux  pa- 


9 G  Carminvm   Lib.I! 

Phjlltdis  faux  décorent  parentes. 
'5*       Rcrnum  certc  genus  Cr  pénates 
Aîœret  imquos. 

Crede  non  illam  tibi  de  fceleffa 
Vlcbe  deleftam:  ne  que  fie  fidelem^ 
Stc  iucro  auerfam  potuiffe  nafet 
Vf*  Matre  pudenda. 

BrAchia  &  vultum ,  teretefque  fur  as 
Jnteger  laudo.  fuge  fufpicari , 
Chïhs  oftauum  treptdauit  <ttas 
Claudere  luftrttm* 


IN    LALAGEN.    Ode  V. 

PulcherrimaLalage  eft  virgo  viro  irrimatura^ 
ergo  ab  eius  cupiditate  eft  mens  reuocandà. 


M 


Ondurn  fubafta  ferre  ïttgum  valet 
Ceruice  :  nondum  mnnia  comparu 
*s£quare  ,  nec  tauri  mentis 
tm  In  Venerem  tolerare  pondus. 

Circa  virtnies  eft  anmus  tua 
Campos  iuuencât ,  nunc  fluniis  grauefô 
Solantis  tftum,  nunc  in  vdo 
Lad  ère  cum  vitulis  filïSé 
XO.      Prétgeftientis.  toile  cupidincm 
immitis  vha  :  iam  tibi  liuidos 
Diftinouet  autummts  racemos 
lurpurco  vsrms  celorc  : 

fatÀ 


Oçis  d'Horace.  Liv.  IL  97 
pents  de  la  blonde  Philis  ,  ne  te  voudront  point 
honorer  de  la  qualité  de  leur  gendre.  Certes  *$« 
corne  elle  eft  (ortie  de  maifon  royale,  elle  pleu- 
re de  ce  que  les  Dieux  dolneftiques  luy  {ont  fi 
fort  contraires.  Ne  crôy  point  que  celle  que 
tu  aimes  >  {bit  reconnue  de  la  plus  abjeéle  po- 
pulace: ne  t'imagines  point  qu'vne  Amante  Ci 
fidelle,&iî  psil  intereffée,puiffe  eftre  venue 
d'vne  mère  fans  honneur.  le  loué  innocem-  Z®> 
ment  Ces  bras ,  fon  vifage ,  &  Tes  ilmbes  ronde- 
lettes. Garde-toy  bien  de  foupçonner  de  la 
tnoindre  licence,  celuy  de  qui  l'âge  auancé  a 
quafî*  fermé  lehuictiefme  luftre.  4°«  4n$* 


DE    L  AL  AGE.    Ode  V. 

£h*jl  faut  retirer  fon  cœur  de  l'amour  £vm 
fille  trop  ieune. 

S  On  col  qui  n'eftpas  dompté, ne  luy  permet 
pas  encore  de  porter  le  ioug  :  elle  ne  peut 
encore  égallerles  deuoirs  de  celuy  qu'on  luy 
deftinc  pour  Amant,  ny  fouitenir  le  poids  du 
Taureau  qui  fe  rué  dans  leplaifirqueluy  fug- 
gère  (on  amoureufe  paffion.    Le  cœur  de  ta       5* 
Genifle,la  porte  autour  des  champs  verdoyâts, 
tantoft  elle  foulage  fon  ardeur  le  long  des  ri- 
liieres,&  tantoft  elle  s'échappe  dans  vne  humi- 
de faulcaye  ,  pour  ioiier  auec  les  bouuillons; 
Repouffe  l'enuie  de  goutter  du  raifui  quin'eft 
pasmeur.  Bié-toft  l'Automne  diuerfifié  de  cou-      iq, 
leur  pourprée,  émaillera  les  grappes  liuidcs, 

G 


98  C  A  R  M  i  v  v  m    Li  b.  II. 

Jam  te  [ecjuetur.  currit  enïm  ferox 
ts£tas  :  cr  illi ,  cjuos  tibi  dempferït , 
*5*  Apponet  Annos.  tam  proterna 

Fronte  pcret  Lai  âge  mantum. 
Diie&A  ,  quantum  tion  Pholo'ê fuoax> 
j^on  Chloris  :  albo  fie  hnmero  mtens^ 
Vt  pura  notlurno  remdet 
1C*  Luna  mari  >  Cnidiufcjue  Gjges  9 

Jpvem  fi  pHcIUrum  ixfereres  cboro, 
Adiré  farces  falleret  hofpïtes 
Dijcrimen  obfcurum  ,  fo  utis 
Crinibtts  ambigtioque  vultH. 


AD    SEPÏIMIVM.    Ode  VI. 

Optât  haberc  Cux  fene&utis  fedem  Tibur  &C 

Tarcntum  ,  quorum  laudat  araœ- 

nitateai. 


s, 


Eptimi  Gades  aditure  mecum ,  & 
Cantabrvm  indoBum  iu^ra  ferre  xcftrd 
Harbarœs  Syrtes,  vbi  Mœur*  favper 
nALfiuat  vrida  : 
5»      Tibur  Argeo  pofitum  colono> 
Sit  meœ  fedes  <vtinam  feneBœ  ' 
Sit  modus  UJfe  maris  ,  &  viarum* 

Milttï&cfHe. 
Vnde  fi  Parcœ  prohibent  iniquœy 
io.      Dula  pellms  ombus  Gâte  fi 


Odes  ï)'Horac!,  Liv.IL  99 
Alors,  elle  te  fuiara  par  tout  :  car  laieunefîe 
bouillante  s'enfuit  bien  vifte ,  &  luy  donnera 
des  ans  qu'elle  t'aura  oftêz.  Alors,  dis-je,  Lala-  ïf\ 
ge  d'vn  front  audacieux  demadera  vnmary  El- 
le s'efUmera  dauantage  que  kfugîtiue  Pholoé, 
&  fe  tiendra  plus  aimable  que  Chloris,  ne  por- 
tant pas  moins  de  fpiendçur  fur  fes  blanches 
épaules,  que  la  Lune  en  fâkparoiftre  fur  la  mer 
durant  vne  nui,£t  ierâine.  CarenefFet  Laîage  -w! 
eft  plus  belle  qUe  Gyges  de  Gnide ,  que  tu  ne 
fçaurois  mettre  en  vne  compagnie  de  filles, 
que  par  ie  peu  de  differéce  qu'il  y  auroit  à  cau- 
fe  de  fa  cheueleure  éparfe,  &  de  fon  vifage  arri- 
jbigû5il  trôperoit  admirablement  tous  ceux  qui 
ie  verrorét  auee  des  yeux  parfaitemét  éclairez, 


A     SEPT1M1VS,     Ode  VL 
îl  louï  la  beauté  du  fays  de  Tarente  ç£r  dt  Tivoli* 

SEptime,  qui  ferois  auec  moy  le  voyage  de  *  Cadei, 
Caliss'ileftoit  necefllire  ,  qui  me  tiendrais 
compagnie  chez  le  Cantabrequinefçait  point 
fubirle  iôug  de  noftre  Empire,  &quipafTerois 
aubefoin  iufques  aux  Sirtes  de   Barbarie  >  où 
bouillonne  tôufiôuçs  Tonde  Maure  :  Que  Ti-      ïi 
uoli  fondé  par  vne  Colonie  d'Argos ,  foit  lefe- 
iour  de  ma  vieilleflè  :  que  cette  ^iile  férue  de 
borne  à  mes  peines  eftant  laffé  de  lamrr>dù 
chemin  ,  &  de  la  guerre.  Que  fi  les  *  deftinéeS      %é. 
s'y  oppofenr,  firay  furies  douces  dues  du  Ga-  Lc>t*rji*t** 
leze^oùles  brebis  font  couvertes  de  peaux poar 

G  ij 


IOO  CàR7v£INVM    Lib.    IL 

f lumen,  &  rrgnata  petam  Laconi 

Rura  PhaUnto. 
Me  terrarum  mifa  prêter  omnes 
j4nçrulus  riait  %  vbt  non  Hymetto 

t$*       MelU  decedunt ,  viridtfque  certat 

Bacca  Venafro  : 

Ver  vbi  longum  >  tepidafaue  prabet 

Jupiter  brumxs  :  &  arnicas  Aulon 

Ferttli  Baccho,  minimum  Falernis 

2,6.  Inuidet  vuts. 

lllë  te  mecum  locus  &  befita 
Poflulant  arces:  ibi  tu  calentem 
Débita  fp*rges  lacbryma  fauilUm 
Vatis  Amicu 


AD     POMPEIVM.     VARVMc 
Ode  VII. 

Cui  reditum  gratulatur  in  patriara. 

OSape  mecum  tempus  in  vltimum 
DeduBe ,  Bruto  militi<z  duce  > 
Jguis  te  redonmit  Quiritem 

Dits  patriis»  ltaloque  ccelo$ 
f.      Pompei ,  meorttm  prime  fodalium  ? 
Cum  quo  mor antem  Cape  diem  mer* 
Fregiy  coronatus  nitentes 

jMalobatbro  Sjrio  capilloSè 
Tecvm  Philippos  &  celerem  fugam 
*©•      Senfi  reliiïa  nen  bene  parmuU , 

Jguumfrstfta  virtus^  &  minace^ 
Turpe  folum  tetigerc  mcntt. 


Odes  d'Horaci.  Erv.  II.       îar 
conferuer  leur  laine ,  &  ie  >verray  *  le  pays  qui    c'eft  ï**a 
fut autresfois régi  parle  Lacedemonien  Pha-  renU\ 
lante.  Ce  coin  de  terre  me  refiouyt  entre  tous 
les  autres ,  où  le  miel  ne  fe  troupe  pas  moins 
excellent  que  fur  le  Mont-Himettc,  où  la  bon-      15* 
té  de  loliue  verdoyante ,  le  peut  difputer  à 
celle  de  Venafre  >  où  lupiter  donne  vn  long 
Printemps  &  de  tiedes  Hiuers ,  &  où  le  Mont- 
d'Aulon  amy  des  prefens  de  Bacchus  ne  porte 
point  d'enuie  aux  vignobles  de  Falerne.   Ce      l&] 
beau  lieu,  &  ces  collines  fertiles  ,  te  deman- 
dent auçc  moy  :  &  là ,  tu  arrouferas  fans  doute 
de  tes  lances ,  les  cendres  encore  fumantes  de 
çon  *  Amy  qui  fit  des  vers.  H*r*ce+ 


A   POMPEE   VARE.    Ode  VIL 
Auquel  il  fouhaitte  vn  bon  retour*. 

O  Pompée  le  plus  cher  de  mes  compagnos,' 
mené  fouuent  auec  moy  dans  le  péril  fous 
la  charge  de  Brutus  qui  commandoit  dans  l'ar- 
mée-, qui  t'a  redonné  pour  Citoyen  aux  Dieux 
de  la  patrie ,  &  au  Ciel  d'Italie  >  Tay  pafle  auec  $\ 
toy  plufieurs  iournées  à  charmer  nos  feucis 
par  le  vin,  portant  vne  couronne  fur  desche- 
ueux  parfumez  d'vn  précieux  onguent  de  Sy- 
rie. Iéprouuay  auec  tôy  les  champs  Philip- 
piens ,  &  la  fuitte  foudainc ,  biffant  mon  bou-  ï§* 
çiier  mal  à  propos,  quand  nous  perdifines  cqq~ 
rage ,  &  quâdles  fiers  foldats  touçherét  de  leur 
menton  la  terre  fouillée  denoike  fang»  Mais, 

G  iij 


|01  C  A    R  M    î  K  V  M      L  IB.   IL 

Sed  me  per  bofles  Mercurtus  celer 
Denfo  fàmfnttM  fs/flulit  aï-c  : 
tj>  Te  rurfm  in  hélium  reforbens 

Vnda  fretû  ttilit  <tf}uofis- 
Ergo  obltgatam  redde  loui  dapem  t 
Longae/ue  fefpitn  militU  lattu 
JUepone  fub  laurn  me  a  :  nec 
j3^  Parce  cadls  tiln  deftinatis. 

Qbliuïofo  Uniœ  Aiajfico 
Ctbcria  expie  :  fonde  capadbus 
Vnguenta,  de  conchis  :  qttis  vdo 

Deproperare  apio  coronas  u 

%$>     Cnratue  myrto  ?  quem  Venus arbitrum 
Dicendi  ?  non  ego  fanitts 
S.acchabor  Maints,  recepto 

Dnlce  mihi  far  ère  eji  amko^ 


IN    î  V  L  I  A  M    BARINEN. 
Ode  VIII. 

Ncneft  çur  Banni  iuranti  credatur  ,  quum  esc 
periuriis  ptilchrior  exoriatur. 

VLla  fi  iurls  tïbi  peierati 
Pœna ,  Banne ,  nocmffet  vnqmm  : 
Dente  fi  nigro  fieres  »  vel  vno 

7*nrpîor  vn  ui  : 
Crederem.  fed  tu  fimul  ebljgafii 
■  Rerfidum  votis  captity  enitcfiis 
Pttlchripr  multo,  imenMmqvu  pf'ùdiï 
PMic&  cnr&. 


©des  d'Horace.  Liv.  II.       iaj 
le  diligent  Mercure  m'enleua  tout  tremblant 
d'entre  les  ennemis,  dans  vn  air  épais  :  &c  pour 
toy,  le  flot  t'ayant  rehumé  dans  fcs  gouffres 
boiiillonnans ,  te  pouffa  derechef  dans  les  ora-      i/- 
ges  de  la  guerre.  Prefente  doncà  Iupiter  les  of- 
frandes qui  luy  font  dues:&  comme  il  y  a  gran- 
de apparence  que  tu  lois  las  de  toutes  les  fati- 
ques  de  la  guerre,vien  te  repofer  fous  mon  lau- 
rier, &  n'épargne  point  les  tonnes  que  ïe  t'ay      10. 
deftinées.  Empli  les  nobles  bouteilles,  de  vin 
Mâffique,  qui  caufe  l'oubli  des  peines,  &  répéd 
les  parfums  des  larges  coquilles.  Qui  fe  hafte 
icy  de  faire  des  chapeaux  d'Ache  humide  en- 
tremeflé  de  myrthe  S  Qui  fera  celuy  que  Venus      ig£ 
choifîra pour  eftre  l'Arbitre  de  labeuuerie  l  le 
#e  veux  point  eftre  plus  fage  que  le  peuple  *  E-  Btccbiftig. 
donié  en  faisat  la  débauche.  Ce  m'eft  vnc  chofe 
bien  douce  déboire  auec  plus  d'excez  que  de 
coutume ,  puis  que  ie  voy  mon  Amy  de  retour.. 


CONTRE   BARINE.    Ode  VI IL. 

£hïil  ne  faut  point  adioufter  foy  an  ferment  de 

Barine ,  par  ce  que  les  Dieux  ne  punirent 

iam&is  les  panures  des  Belles. 

IE  te croirois,  Banne,  fi  la  peine  de  ton  pariiir 
re  euft  iamais  efté  capable  de  te  nuire,  ou  par 
la  perte  d'vne  dent  gaftée  ,  ou  par  vn  ongle  mal 
propre.  Mais  de  ce  que  tu  as  engagé  tatefte 
perfide  à  de  grands  ferments, tu  n'en  patois 
que  plus  belle  ,  &  tu  deuiens  lapaifion  de  tous 

G  iiij 


10- 


*:■ 


xo 


I04  C   A   R  M  T  N  V  M      L   I  B.   IL 

Expedit  matrss  ancres  opertos 
Filière,  CT  toto  tactturna  noBis 
Signa  cum  cœl0i  qciiAacjue  ai  ho  s 

Morte  carentes* 
Ridet  hoc  (tncjuam  )  Venus  ipfa  ,  rident 
Stmplices  nymphe  ,  férus  &  Cupidoy 
Stmper  ardentes  açuens  Jagittas 

Cote  cruenta. 
Adde ,  quod  pubes  tibi  crefeit  omnist 
Seruitus  crefiit  noua  :  nec  priores 
lmpidt  tettum  domina,  relmquunt 

Sape  minati. 
Te  fuis  matres  metuunt  iuuencis  > 
Te  fèves  parci  :  mïferœcjHe  nuper 
Virgines  nttptœ ,  tua  ne  retardet 

Aura  maritos. 


AD    V  A  L  G  I  V  M.     Ode  I X. 

Yt  tandem  aliquando  mortem  pucri  fui  MyftiS 
deflere  definat. 

NOn  femper  imhres  nubtbpts  htfp'dos. 
Manant  in  agros^  aut  mare  Cafpium 
Vexant  maquales  proçelU 

Vfquc  :  nec  Armeniis  in  orû  , 
Amice  Vtlgi ,  ftœt  glacies  iners 
jÙtenfis  per  omnes  :    aut^  aqutlonib^ 
Qxerceta  Garqani  laboranty 
Et  foliw  viduantur  ornt. 
Th  femper  yrges  fiebilibus  modk 


Qdes  d'Horace.  Liv.  IL      i©5 
îcsieunes  gens.  Tu  feras  bien  de  tromperies 
cendres  de  ta  mère ,  les  fîgnes  de  la  nui£fc  taci-      10. 
turne ,  aueç  tout  le  Ciel ,  &  les  Dieux  exempts 
des  glaces  de  la  mort.  Venus  fe  mocque  elle 
mefme  de  cela,  les  Nymphes  les  plus  fimples 
s'en  mocquent  auflî  ,  &  le  cruel  Amour  qui  ai  -     15.1 
guife  Ces  ardentes  flèches  fur  vne  pierre  tainte 
de  fàng.  Adioufte  que  le  nombre  des  ieunes 
gens  augmente  tous  les  iours ,  pour  te  faire  l'a- 
mour ,  6c  qu'on  te  fait  inceflamment  des  offres 
de  nouueaux  feruices,fans  que  les  premiers  Ga-      %& 
lans  qui  çç  menaçoient  fouuent  de  te  quitter, 
abandonnent  pour  cel^  le  logis  de  leur  fiere 
Maiftrefïè.  Les  Mcreste  craignent  pour  leurs 
Enfans:les  Vieillards  ménagers  te  redoutent:& 
les  Dames  nouucllement  mariées,apprehédent 
que  tQ  air  agreable>n'arrefte  leurs  ieunesMaris. 


A    VALGIVS.    Ode  I X. 
Qu'il  cejfe  de  fleurer  lamortiïvv  Enfant. 

LEs  pluyes  ne  tombent  pas  toufiours  des 
nuées  fur  les  Champs  *  heurtez  ,ny  les  ora-  A  taufe  du 
ges  ne  troublent  pas  toufiours  la  mer  Gafpien--' r9f*% 
ne.  La  glace  parcfTeuffe ,  Amy  Valgius ,  ne  cou- 
ure  pas  en  tous  les  mois  de  l'année  les  coftes 
de  T Arménie,  ny  les  rangées  de  chefnes  du 
Mont  Gargannefbnt  pas  éternellement  tour- 
mentées parles  Aquilons  ,  ny  les  frefnes  fauua- 
gesne  font  pas  toufiours  dépouillez  de  fçuilîes. 
Cependant  tu  fais  inceflamment  des  plaintes 


ïo6  Carminvm  Lib.  II. 

IO.      Myflen  ademptum  :  nec  ttbi  vefpero 
Survente  décédant  amoreSy 

Nec  raptdum  fngiente  folem. 
\j4t  non  ter  &uo  fttnÏÏHS  amabilem 
Tlorauit  omnes  Anùlochum  feriez 
*/*  Jlnnos:  nec  impubem  parentes 

Troibn  y  aut  Phryqi*  forores 
Fleuere  fèmper.  define  molUHtn 
Tandem  querelarum  :  &  potins  noua 
Cantemus  ^iuqnfii  troph&a 
AO,  Cœfarû,  çr  rigidum  Kipbaten  y 

Ji/ledumque  flumen  genùbns  additum 
Vitlis,  minores  voluere  vortices: 
Intraque  pr&fcriptum  Gelonos 
Exigptis  equitare  campis. 


I©. 


AD     LICINIVM.      Ode  X. 

Mediocritas  in  vtraque  fortuna  eft  feircnck- 

Rettius  vines ,  Licini ,  necjue  dttum 
SempeKvrgendo  :  necjue  dnm  procelltë 
Cautm  horrefets  >  nimium  premendo 

Lit  m  s  imqtêum. 
Anream  qmfquis  med  ocritatem 
iydigit ,  tums  caret  obfoleû 
Sordibtts  tetliy  caret  inuidenda 

Sobrius  aula* 
S&pitts  venus  alitatnr  ingens 
Finus  :  &  celfz  grauïore  caft 
Décidant  turres  :  feriuntcjue  fmnmos 

Fulmina,  montes. 


Odes  d'Horace.    Liv.  IL      107 
pour  la  more  de  Myfte, fans  que  le  fouuenirde      io. 
tes  amours  te  quitte  tatfoir  peu,  ny  quand  TE- 
iioile  du  (biffe  leue,  ny  quand  elle  fuit  le  Soleil 
rapide  qui  Amené  le  tour.  Le  vieillard  Neftor  qui 
yefquit  trois  âges  d'hommes  ,  ne  verfapas  des 
larmes  toutes  les  années  qui  luy  refteret  de  vie 
pour  fon  aimable  Antiloque,  ny  les  parens  du      15. 
ieune  Troïle,ny  fesfœursPrinceflès  *de  Phri-  DeTreje* 
gie,ne  le  pleurèrent  pas  toujours  après  fa  mort. 
CefTe  enfin  de  continuer  tes foibles  plaintes,  &c 
chantons  pluftoftlesnouueaux  trophées  de  Ce* 
far  Augufte  :  côme  le  roide  Niphate,  &c  le  fleu-      V?* 
lie  des  Medes  ioint  aux  Nations  vaincues ,  font 
rouler  leurs  eaux  plus  baffes  que  de  couftume: 
&  comme  les  Gelons  ne  montent  plus  à  cheual 
que  dans  les  bornes  étroittes  qui  leur  font  pre- 
scrites dans  vn  petit  pays. 


A     L1CINIVS.     Ode    X. 

Que  dans  Cvne&  dans  l'autre  fortune  il  faut  gar- 
der la  médiocrité  auec  vn  courage  érnL 

TV  viuras beaucoup  mieux,  Lioimus,  en  ne 
fendant  point  toufiours  la  haute  mer-,  & 
li'aprochant  point  de  trop  près  le  riuage^quand 
tu  crains  la  fureur  des  vagues.  (Quiconque  che-  5* 
rit  la  precieufe  médiocrité,  vh  en  afleurance3& 
fans  ordures  das  (a  petite  maifon.  Le  Sobre  n'a 
point  de  palais  qu'on  luy  puifle  enuicr.  Le  plus 
fouuent  vn  grand  Pin  eft  agité  par  les  vents ,  les  10, 
hautes  tours  tombent  d'vn  lourde  chute  ,  &  les 
foudres  frappent  les  fommetsdes  Monts.  Vu 


ISS  C  A  R  M  I  N  V  M     L  I  B.    If. 

Sperdt  infeflù  ,  metuit  fecundû 
Àlteram  fortem  bene  prsparatum 
ij.      Peflus.  informes  hyemes  reducit 
Jupiter ,  idem 
Summouet.  non  ,  ft  maie  nunc,  &  olïrn 
Sic  trit.  quondam  cithara  tacentem 
Sufeitat  mufam ,  necfue  femper  arcum 
£0.  Tendu  Apollo. 

JLebm  énguftis  animofus  tique 
Fortis  apparu  fapienter  idem 
Çontrahes  vento  nimium  fecundo 
Turglda,  veU. 


AD    CL.  HIRPINVM.    Ode  Xi. 

Oraiffis  curis  viucndum  eft  hilariter. 


Q 


Vid  bellieofus  Cantaber,  &  Scythes 
Hirpine  jQ^jnti^  cogite  ty  Adria 
Diuiftis  obtecioy  remhtas 
€)uétrere  :  nec  trépides  in  vfum, 
5".       fefièntis  <mi  pâma,  fugit  rétro 
heuis  inuemus*  &  décor  arida 
Petknte  Ufciuos  amores 
Canitie ,  facilemque  fomm+m. 
Non  femper  idem  pribus  eft  honos 
IO*       Vernis  >  neque  *vno  Luna  rubens  nitet 
Vulttt*  quid  éttern'ts  minorem 
ConfiHi*  Animnm  fatigas  ? 
Cur  nmfnb  alta  vel  platano,  vel  hà$ 
Pinu  iaeentesfic  tenter*,  &  refit 
tj.  Cams  'edorati  capillos  , 

Dun*  licet  ,  Ajfyriaque  n*rde» 
Pattmus  vnSi  ?  di£j*t  &*** 


Odes  b'Ho  r  a  ce.  Li  v.  IL        tô9 

coeur  bien  préparé ,  efpere  dans  l'aduerfité,  & 
craint  vn  autre  fort  dans  la  profperité.  Vnmef- 
me  Iupiter  amené,  &  chafle  les  Hyuers  mal  *' 
Jjlaifans.  Si  maintenant  vne  chofe  eft  mal  faite, 
elle  ne  le  fera  pas  vne  autre  fois»  Apollon  auec 
ïa  lyre  excite  par  fois  fa  Mufe  qui  garde  le  fi- 
lence  ,  &:  n'a  pas  toufiours  fon  arc  tendu.  Daiis 
vne  fortune  ferrée ,  montre  toy  fort ,  &  coura- 
geux :  &  lafche  mefmes  ta  voile,  il  tu  es  fage 
quand  elle  eft  enflée  d'vn  vent  trop  fauorabïe. 


as. 


A     QJINTVS     HYRPINVS. 
Ode  XL 

Il  faut  quitter  toute  forte  de  fouets  y  four  viure 
ioyeufement. 

QVinttis  Hyrpinus ,  ne  t'ihforme  point  des 
defTeins  duguerriet*Efpagnol,ny  duScy-  Cdnta- 
the  (eparé  de  nous  par  la  mer  Adriatique,  &  ne  *'«• 
te  mets  point  trop  en  peine  pour  l'vfage  de  cet- 
te vie,  qui  fe  contente  de  peu.  La  ieunefle  polie       jt 
s'enfuit,  &  la  beauté  nous  tourne  le  dos,tandis 
que  l'aride  vieillefTe,  chafTe  les  gayès  amours  2c 
le  doux  fommeil.  Vn  mefme  honneur  ne  dure 
pas  toufiours  aux  fleurs  du  Printemps,  ny  la  Lu-      10. 
ne  vermeille  ne  luit  pas  toufiours  d'vn  mefme 
vifage.  Pourquoy  trauailles-tu  ton  efprit  par 
des  applications  eternelleslPourquoy  auec  nos 
cheueux  blancs  parfumez  de  rofes  &denard     fr 
d'A{Tyrie,ne  beuuôs  nous  point,  puis  qu'il  nous 
eft  permis>étédus  fans  cérémonie  fous  quelque 
haut  plane  ou  fous  ce  pim*  Euius  diflîpe  les  fouh  Bdcctm* 


iO. 


no  Carminvm  lib.II 

Curas  edaces.  cjtits  puer  ecyus 
Refttnçuet  arder.tis  Falerni 
l'ocala  pr&tercuy.te  lympha? 
jQtiU  deutum  fcortum  elictet  domo 
Ljdcn?  ebuma,  dtc  ag e ,  cum  lyr* 
M  muret)  tncomptum  Lac&n& 
Adêre  comam  reltgatA  nodum. 


AD    MECOENATEM.  Ode  XII. 

Res  graucs  Se  tragicae  carmini  lyrico  non  con- 
ueniinu.  Horatius  praeter  Lycymniac  for- 
mata Se  rcsamatoriasnihil  canet. 

NOUs  long*  fera  belîa  Numantia  , 
Neç  durum  Annibalcm ->nec  Siculum  mare 
Tœne  purpureum  fanguine ,  mollibus 

^ptari  cithare  modts  : 
Nec  fizuos  Lapithas  i  (fr  minium  mero 
H '  ylcttm  ,  domitofcjue  Hercule  a  nuùté 
Teliuris  iuuenes^  vnde  periculum 

Fulgens  contremuit  domus 
Saturni  veteris.  tucjue  pedeflnbus 
Dices  htfioriis  prœlia  Cœfaris 
MecœtiAs  melius,  duttaque  per  via& 

Reoum  colla  minantium. 
Me  dulces  dornin<z  Mufa  Lycymnià 
Cantus  9  me  voluit  dicere  lucidum 
Fulgentes  oculosy  &  bene  mutuis 

Fidttm  peiïus  amortbus: 
£>uam  nec  ferre  pedem  dedecuit  choris  * 


Odes  dHorAce.  LiV.  IL  Mit 
cîsqui  rongée  noftrcvie.  Quel  garçon  nous  aa 
promptement  mettre  au  frais  dans  ceruifïeau 
ces  flaccons  de  vin  de  Falerne  ?  Qui  tirera  Ly-  j#, 
de  de  fa  maifon  détournce,pour  te  venir  diuer- 
tir  auec  nous  3  Di  luy  donc ,  qu'elle  Te  hafte  de 
venir  auec  fa  lyre  d'yuoire ,  &  fes  cheueux  lie* 
d'vn  noeud  fans  artifice  à  la  Laconienne. 


A    MECENAS,    Ode  XII. 

Que  les  [mets  qraues  ne  Je  doiuent  point  traiter  en 
'vers  Lyriques  :  cjue  Mécène  décrira  mieux  en 
profe  qu  en  poc fie  les  allions  mémorables  d'~4u~ 
çvfte  :  &  que  pour  luy  >  tl  ne  peut  chanter  autre 
chofe  que  la  beauté  de  Lycymnie. 

NE  conçôi  point  le  deflein  d'ajufter  aux  foi- 
bles  tons  de  la  lyre  les  longs  combats  de 
l'opiniâtre  Numance ,  ny  le  fier  Annibal ,  ny  la 
merde  Sicile  tainte  du  fang  des  Carthaginois,      y.' 
ny  les  cruels  Lapithes,  &  le  Centaure  Hylée 
qui  fut  pris  de  trop  devin,  ny  *  les  Enfans  de  UsQtknt9. 
la  terre  domptez  parla  main  d'Hercule,  dont 
le  péril  fit  trembler  *  la  brillante  maifon  du^e  CitL 
vieux  Saturne.  Mécène,  tu  diras  beaucoup 
mieux  dans  le  ftile  ordinaire  de  lhiftoire,  les     10- 
combats  fameux  de  *  Cefar ,  &  lesRoys  me-  #J&P&* 
nez  en  triomphe,  de  qui  l'orgueil  femble  en- 
cor  menacer  dans  les  fers.   Quant  1  moy,  la 
Mufe  ordonne  que  ie  fade  de  douces  chanfbms 
pour  ta  MaiftrefTe  Lycymnie  ,  de  qui  les  yeux      *p 
font  auffi  éclatans  que  fon  cœur  eft  fidelîe  pour 
mériter  les  reïlèntimésd Vne  mutuelle  amour: 
à  qui  iamais  il  narriua  de  mettre  le  pied  de 


Ht  C  A  R.  M  t  N  V  M  LlB.  II, 

Nec  certtrt  ioco  ,  nec  dure  brtchia. 
Ludentem  nitidts  virgimbus,  facro 

^fc  Diana  célébrés  die. 

Num  tu,  qua.  tenuit  diues  j4ck&mtries± 
Autpinguu  Phrygi*  Mygdonias  opes, 
FermutAre  velis  crine  Ljcjmni*  ? 

Flenas  Atn  Arabum  domts  ï 

3,0.     T)um  fragrantia  detorcjuet  Ad  o feula 
Certticem,  aut  factli  fttfiti*  tiegat 
J?u*  pofcente  magu  gaudett  ertpi  : 
Interdum  rApere  occupée 


IN    ARBOREM,    CVIVS     CASY 
repemino  parne  oppreflus  fucrat. 
r  Ode    XIII- 

Nunquamhomini  faris  ecttum  eft  quid  caucrç 
debcat.  Sapphonis  &  Alcxi  laudes. 

I  LU  nef 4o  tepofuit  die , 
QHtçunque  primum  &  fitcrileg*  m*ntt 
pitduxit  arbes,  in  nepotum 

Pernkiem,  opprobriumque  pagt. 
5,      lllnm  cJrpArtnti-s  crediderim  fui 
Fregiffe  ceruicem  ,  &  penetralia 
Sp*rfjfe  notlurno  cruore  . 

Hojbitts  :  ills  venenA  Okbtcti 
Ft  ^c^d  vftuAm  toncipimr  nef  m  .^^ 


Qtfks  d'Horace.  Liv.IL        ïfk 
Imauuaife  grâce  dans  la  dâce,ny  de  faire  de  baf- 
fes railleries  ,ny  de  bailler  par  ieu  d'vne  façon 
defàgreable,  la  main  aux  chaftes  Pucellcs,le      ïol 
lourde  la  fefte  de  Diane.  Voudrois-tu  achepteï: 
pour  vn  feul  cheueu  de  Lycytanie  tout  ce  que 
poffedoit  le  pùiflànt  Achemene ,  ou  toutes  les 
richeffes  de  l'opulente  Phrygie,  bu  les  maifons 
des  Arabes  pleines  de  trefors,  quand  elle  tour-      *5\ 
nefatefte  aiikbaifers  que  l'amour  *a(faifonné  **?!***** 
de  Ces  charmes?  ou  bien  quand  elle  les  refiifc 
par  vne  douce  colcrc,quoy  qu'elle  fouhaite  da- 
uantage  que  fon  Amant,  qu'ils  luy  (oient  rauiè, 
&  quelle  fe hafte par  Fois  elle-niefme de  les  rà- 
iiir  a  celuy  qui  règne  dans  fôn  cœur  2 


CONTRE   VN    ARBRE    D  V    CHAMP 

Sabin  qui  faillit  à  le  tuer  en  tombant. 

Ode  XIII. 


c 


Que  C  homme  neft  iamais  ajfez,  ajfeuré  de  ce  qu'il 
d&it  entier ,  enfuitie  dequoj  il  prend  occafion  de 
célébrer  les  louanges  deSaphèn  &  d'Aide. 

E  fut  en  vniour  malheureux,  Arbre  dara- 
_  nable  que  tu  fus  planté  en  ce  lieu-cy  pat 
vne  main  facrilege ,  au  dommage  de  lapofteri- 
té,&  à  la  hôte  du  village.  le  croirois  volontiers,  j>, 
bois  funefte >  que  celuy  qui  te  planta  dans  ma 
terre  pour  tohiber  fur  la  tefte  innocente  de  ton 
Maiftrc  ,  auoit  rompu  le  colàfon  père,  &  fait 
rougir  du  fang  de  fon  hofte  le  Heii  le  plus  fecrec 
de  famaifon,àlafaueurdelanùi&i  ou  qtuls'e- 
ftoit  ferui  des  venins  Colchiques  ,  &  de  tout  ce  *0« 
gui  fe  peut  conceuoir  de  plus  abominable,  la- 


10 


ir4;  Carminvm    Lib.  IL 

Traftàuit:  agro  qui  ftatuit  meo 
Te  trifte  lignum  ,  te  caducum 
In  domini  caput  immerentis. 
Chiià  qui  fine  vitet,  nunquam  homini  fitit 
Cautum  efi  in  horas.  nautta  Eojporum 
1$.  Pœnus  perborrcfcit ,  neque  vitra 

Cœca  ùmet  aliunde  fat  a. 
Miles  fagitta*  &  celerem  figam 
parthi  :  catenas  Parthus ,  &  ltalum 
Robur.  fed  improuifa  letbi 
10.  Vis  rapuit  rapt  et  que  gentes. 

jguampenefurua,  régna  Proferpin<c> 
Et  iudicantem  vidimus  tj£acum  , 
Sedefq^e  defcriptas  piorum  ,  & 
&£oliis  fidibus  querentem 
*5-      Sapphopuellis  de  popularibus: 
Et  te  fonantem  plenius  aureo 
Mc&e  pleBro  dura  nauis* 

Dura  fugét  mala>  dura  belli. 
Vtrnmque  facro  d'tgna  filentio 
30 .     Miranmr  vmbrœ  dicere  :  fed  magit 
Pumas  &  exattos  tjrannos 

Denfum  humerts  bibit  aure  wlgus. 
Quidmirum?  vbi  Mis  carmimbus  ftupens 
Hjlmittit  atras  bellua  centiceps 
35.         Aures  ,  &  intorti  capilis 

Eumenidum  recreantur  angues. 
Jjhtin  &  Prometheus,  &  Pelepis  parens 
Dulci  laborum  decipitur  fono  : 
Nec  curât  Orion  leones 
4  0 .  jiut  timides  agit  are  lyncat* 


Odes  d'Horace.  I  îv.  IL        ït$ 
fnais  home  ne  s'apperçoit  allez  de  ce  qu'il  doîç 
fuir  à  toute  heure.  Le  Nocher  Carthaginois 
s'effroye  de  paffer  das  le  deftroit  du  Bofphore,      ij. 
Se  ne  craint  point  d'ailleurs  les  dangers  qui  lûy 
font  inconnus.  Le  foldat  redoute  les  flèches,  &C 
lafuittefoudaine  du  Parthe,&  leParthe  appre- 
héde  la  force,&  les  chailhes  *  du  Romain :mais  De  tué* 
la  violence  de  la  mort  a  raui  tous  les  peuples,  & lt€n% 
les  rauira  toufiours.  O  qu'il  s'eneft  peu  fallu     *ft 
que  ie  n  aye  veu  l'Empire  de  la  noire  Profcrpi- 
ne  ,  Eacus  qui  faitle  métier  de  luge  en  ce  pays- 
îà,le  (èjour  des  amespicufesfeparé  de  C  horrible 
demeure  des  mefchants->  Saphon  qui  fe  plaint  fur     %$\ 
la  lyre  ^Eolienne  des  filles  de  *  fon  pays ,  &  toy  De  Lêsith 
Alcée  qui  de  ton  archet  d'ôr,  fais  refonner  fur 
tes  cordes  auec  beaucoup  de  pompe ,  les  durs 
trauaux  de  la  marine,de  la  guerre,  &  de  la  fuit- 
te  après  la  déroute  d'vne  bataille.  Les  ombres      j©^ 
s'émerueillent  auec  vn  facré  filence ,  que  l'vn  & 
l'autre ,  difent  des  chofes  dignes  d'eftre  ouïes: 
f  mais  les  âmes  vulgaires  fe  prefient  des  épaules, 
pour  écouter  bienpluftoft  des  récits  de  batail- 
les ,  &  de  Tirans  chafTez.  S'en  faut-il  étonner  ? 
puis  que  la  befte  a  cent  teftes  rauie  parla  dou- 
ceur de  ces  vers  abbaifTe  bien  fes  oreilles  font- 
bres  pour  les  écouter?  &  que  mefmes  les  fer-      15» 
pens  tortillez  dans  les  cheueux  *  des  Etimeni-  $»rtes. 
des  prennent  plaifir  de  s'y  rendre  attentifs?  Voi- 
re Promethéc ,  &  le  père  *  de  Pelops  trouuent  Tant*lt*t 
quelque  relafche  à  leurs  peines  par  la  mélodie 
decesfbns:&  Qrionqui  y  prette  l'oreille  ,n'a 
plus  de  foucy  de  chafler  dans  les  Enfers,  aux 
lions  ôc  aux  onces  peureux»  4©» 

H  il 


i\C 


C  arminvm  Lie.  II 


AD    POSTHVMVM.    Ode  X IV, 

Vita  breuis  ,  &  mori  neccfle  eft, 

T7  H*n  fugaces,  Toflhume,  ?oflhumc% 
H  Labuntnr  anni  :  nec  pietas  moram 
Rvçns  &  infianti  finetta 
Afferet  >  indomiuque  morti. 
IJon  fi  tri cents  cjuotqttot  eunt  die  S, 
Amice,  places  tllachrjmabilem 
pltitona  tauris:  qui  ter-amplum 
Geryonem  Tityoncjue  trifti 
Compefcitv»da>fcilicet  omnibus,    ^ 
io      gmcuncjue  terra  munere  vefctmnr, 
Enawganda:  fiueregesy 
Sine  inopes  enmus  coloni. 
Fruftra  entente  Marte  carebimus* 
FrÂttifi**  ranci  futtibus  AdrU: 
Fruftra  fer  amumnos  nocentem 
Corportbus  metmmus  Auftrum. 
Vtfendns  ater  famine  languido 
Cïtytts  erra» s ,  <sr  Tïanat  genns 
Infâme  y  damnatttfcjue  longi 
io  Sifjphus  Solides  laboris. 

Ltnquenda  te/lus  ,  &  domns  >&  placent 
Vxor:  neque  harum  cjuas  colis  *rbornm 
Te,  prêter  ïnuifas  cuprejfosi 
Vlla  brenem  dotnmum  fîcjuetur* 

zi.     Atf*™'*  h«res  CACfiha  dig?i9r  > 

Seruata  centum  clambus:  &  mère 

Tinget  pammentum  [nperbnm 

pontificum  fotiorc  axni** 


Odes  d'Horace.  Liv.  IL      117 


A    POSTHVME.    Ode  XIV. 

£hte  la  mort  ne  fi  peut  éniter. 

TTElas ,  Pofthume ,  Pofthume ,  les  ans  fugi- 
JLltifs  s'écoulent,  &  la  pieté  n'aporte  point 
de  retardement  aux  rides  ,ny  aux  approches  de 
Ja  vieillotte  ,  ny  à  la  mort  indomptable  :  non  pas 
mefmes,  cher  amy,  quand  tu  facrifierois  par  £ 
iour  trois  cent  taureaux  au  dur  Pluton  qui  ren- 
ferme Titie  &  Gerion  au  triple  corps,  de  fes 
eaux  mornes ,  que  nous  autres  qui  viuons  des 
prefents  de  la  terre,auons  tous  à  pafler,fbit  que  *$ 
nous  fbyons  Roys  ou  pauures  Laboureurs.  En 
vain  nous  éloignerons  nous  des  cruautez  de 
Mars,  &  des  flots  qui  fe  brifent  cotre  les  écueils 
de  la  mer  Adriatique,quand  elle  eft  en  furie:  en  15. 
vain  durant  les  Automnes,  craindrons-nous  les 
fouffles  pernicieux  des  vents  de  Midy  :  Il  nous 
faudra  voir  vn  iour  le  Noir  Cocyte  qui  erre 
d'vn  cours  languiflant  :  il  nous  faudra  voir  la 
race  infâme  de  Danaus  &  Sifyphe  fils  d?Eole,  1% 
condamné  à  vn  long  trauail.  Il  faudra  quitter 
fes  terres,  fa  maifon  &  fa  chère  femme:  &de 
tous  ces  arbres  que  tu  as  plantezjl  n'en  reftera 
pas  vn  feul  que  le  funeftre  Cyprès  ,  pour  fuiure 
ionMaiftre  qui  aura  peu  duré.  Vn  plus  digne 
héritier  boira  tes  bons  vins  de  Cecuî?e  enfer- 
mez fous  cent  clefs  :  &  il  taindra  iè  fuperbe 
plancher ,  d'vn  autre  vin  plus  exquis  que  celuy 
qui  fe  boit  auxfeftins  des  Pontifes. 

H   iij 


H 


ii8  Carminvm  Lib.  IL 


IN      5  V  I     S£CVLI     LVXVM, 
Ode   XVI. 

IAn%  patte*  aratro  ingéra  régi  et 
Moles  relinc/uent  :  vndique  latins 
Extenta   vifenwr  Lucnnê 

Stagna  lacu  :  platanufque  cœlebs 

Jo       Euincet  vîmes:  tum  viclaria>  O* 
JWyrtuS)  çfr  omnis  copia  narium, 
Spargent  oliuetis  odorem^ 
Fertilibtts  domino  priori. 

Tum  jpijfa  ramis  laurea  feruidot 
10..      Excludet  iftm.  non  tta  Romuli 
Prafcriptum  &  intonfi  Catonis 
jittfpiciis  y  veferumqta  norma. 

Triuatus  illis  cexfu*  erat  breuu  % 
Commune  magnum,  nulla  decempedis 
le  JMetata  priuatis  opacam 

Porticus  excipiebat  slrElom 

Nec  fortuitum  fpernere  cefpitem 
JLeges  fmebanty  oppida  pub  lie  a 
SumptH  iubentes  &  deorum 
2,0*  Templa  nom  decorare  fax$. 


Odes  d'Horace.   Liv.  II.        1131 


CONTRE   LE     LVXE     DE    SON 

temps.  Ode  XV. 

LEs  Baftimens  royaux,  tailleront  déformais 
peu  d'arpens  de  terre  à  labourer  ,  &  on 
verra  par  tout  des  Etangs,  auec  vne  plus  grade 
étendue  que  le  Lac  de  Lucrin.  Le  plane  folitai- 
re,furmontera  les  ormes  à  qm  les  vignes  font  $1 
données  pour  compagnes.  Alors  les  violettes ,  le 
myrthe  ,  8c  toutes  les  fleurs  odorantes,  épan- 
dront  leurs  agréables  parfums  dans  les  campa- 
gnes doliuiers  fi  vtilespar  leur  abondance  a 
leur  ancien  poflefTeur.  Le  laurier  aux  feuilla- 
ges épais  rabbatra  les  coups  de  la  chaleur.  Ce-  loi 
la  n  eftoit  point  en  vfage  du  temps  de  Romule, 
8c  de  Catonaux  longs  cheueux  :  Et  chez  nos 
Percs  qui  ne  tenoient  point  cette  règle  ,  les 
reuenus  eftoient  petits  pour  le  particulier,  mais 
ils  eftoient  grands  pour  le  public.  Nulle  ga!-  i$l 
lerie  de  dix  pieds  de  large  pour  prendre  la 
fraifeheur  du  Nort,  ne  fe  faifoit  point  en  ce 
temps-là  pour  des  perfonnes  priuées.  Lesloix 
ne  foufFroient  point  qu'on  fiftmefpris  du  pre- 
mier Gazon  qui  s'offroit  à  la  rencontre;  mais 
elles  ordonnoient  bien  de  baftir  des  villes  aux 
frais  publics,  8c  d  orner  de  pierres  nouuelles  iq, 
les  temples  des  Dieux. 


H   iiij 


S 


10: 


UO  C  A   R  M  I  N  V  M    L  IB.  II. 


AD    GROSPHVM.    Ode   XVI. 

Omnescxpetunc  animi  tranquillitatem  ,  qu^ 
nequediiiitiis,neque  honoribus  poteft  aç* 
quirijfed  cupidicates  tantum  coërcendo. 

OCium  diuos  regat  in  patenti 
Prenfus  ts£g<to ,  fimul  atra  nubes 
Çendidit  Lunam  >  neque  certa  fulgent 
S  y  de  r  a  nantis: 

O.cium  bello  furiofk  Thrace* 
Qcium  Medi  pharetra  decori  , 
Çrefphçy  von  gemmis  ,  neque  pur  fur  a  vé- 
nale y  nec  aura. 

Non  enim  gaz,&  5  neqne  conjularis 
Summouet  îiflor  miferos  tumultes 
Mentis y  &  curas  laque at a  circum 
Tetta  volantes. 


Vinitur  paruo  bene ,  cm  paternum 
Splendet  in  menfa  tenui  faltnum  : 
l$*        2iec  leues  fimnos  timor  aut  cupide 
Sordidus  an  fer  t. 

Jjjhtid  bretti  fortes  iacul^mur  éM* 
Multa  ?  quid  terras  alto  calentes 
Sole  mutamus  ?  patrie  quis  exul 
S$  quoquefugiti 


O  des  d'Horace.  Liv.  IL      ut 


A     GROS  P  H  E.    Ode  XVI. 

Jguele  repos  de  fe/prit  eft  defiré  de  tout  le  mon- 
de ,  çfr  quil  nés  acquiert  point  parles  riche jf es  j 
&  par  la  iouyjfance  de  s  honneurs  :  mais  par  la 
vertu  ,&  par  la  modération  de fe s  appétits» 

V 

GRofphe,  Auflî  -  tofl:  qu'vn  nuage  obfcur  ca- 
che la  Lune  :  &  qu'il  ne  paroift  point  au 
Ciel  de  certaines  Eftoiles  qui  éclairent  aux 
Nochers  s  Celuy  qui  fe  trouue  furpris  au  mi- 
lieu de  la  mer  Egée,prie  les  Dieux  de  luy  don- 
ner le  repos.  La  fiere  Thrace  demande  le  re-  5« 
pos,quand  elle  eft  en  guerre:  Les  Medes  qui  fe 
parent  de  leur  troufTe  ,1e  demandent;  tout  de 
mefme.  Cepçdant  il  ne  fe  peut  achepter  ny  par 
I'or,ny  par  les  pierreriçs,ny  par  la  pourpre:  car 
ny  les  riches  threfôrs,  ny  *rHuiflîer  Confulai-  ^t\^€Ht; 
re,  nepeuuent  ofter  de  la  penfée  les  troubles 
miferables  qui  l'agitent,  ny  chaffer  les  foucis 
qui  voltigent  dans  les  Palais  lambriflez.  Celuy* 
là  de  peu  de  chofe  vit  en  homme  de  bien ,  qui 
voit  reluire  fur  fa  petite  table,  la  faliere  de  (es 
pères ,  &  à  qui  la  crainte,  &  le  defir  auare  n'en-  15. 
îeue  point  le  gracieux  fommeil  Pourquoydas 
le  pende  temps  que  nousfommes  robuftes,  yi- 
fops-nous  à  tant  d'objets  différents  *  pourquoy 
changeons-nous  de  demeure,  pour  aller  en  des 
terres  échauffées  par  vn  autre  Soleil?  qui  fe 
£uitfoy-me{meeftantbânide  fon  propre  pays?      20. 


ie>. 


ii*  Carminvm  Lib.  II. 

Scandit  œraras  vitiofa  naues 
Cura:  nec  tnrmas  equiîHm  relinquit^ 
Ocyor  ceruis  ,  &  agente  ntmbos 
Oc  y  or  Euro. 
25#       Lttttu  in  prœfens  animm ,  quod  vitra  cjt 
Odcrit  curare:  <2r  amara  Uto 
Temperet  rifu.  Nùil  eft  ab  omni 

Tarte  beatum* 
Jibftulit  clarum  cita  mors  Achillem. 
3$-     Longa  Tithonum  minuit  fenefttu  : 
Et  mihi  forfan  >  tibi  quod  negarit> 

Porriget  hora. 
Te  gre£es  cevtum  SicuUque  circun* 
Mugiunt  vaccx,  tibi  totlit  hinni- 
35-       -—tum  apta  quadrigis  equa,  te  bis  Afw 
JMurice  tinÉla 
Veftiunt  lava  :  mihi  parua  rura  & 
Spiritum  Graiét  tenuem  Camœnœ, 
Parca  non  mendax  dédit  y  Gr  malignum. 
k<v  Spernerc  vulgw* 


AD    MECOENATEM     ;£GROTVM. 
Ode  XVII. 

Quo  mortuo  negat  fe  velle  viuere. 

CVr  me  qaerelis  exanimat  tuis  ? 
Nec  dis  amicum  eft  >  nec  mihi  >  te  prim 
Obire ,  MeccenaSy  mearnm 
Grande  decrn  columenque  rerum* 
jih!  te  meœjî  partem  mimœ  tapit 


Odes  d'Horaci.    Ltv.  II.      i2.j 
%,e  fouci  vicieux  monte  fur  les  vaiffèaux  armez 
de  proues  d'airainf:  Scplus  vifte  que  les  cerfs, 
Çc  que  le  vent  d'Oriet  qui  pouffe  les  nuages,  il 
n'abâdône  point  les  troupes  de  Caualerie.  L'ef-     i  j. 
prit  qui  iouytd'vneaifeprefente,  doit  abhor- 
rer l'inquiétude  de  ce  qui  eft  au  dclà>  &  tempé- 
rer beaucoup  d'amertumes  par  vn  agréable  (bu- 
ris.  Il  n'y  a  rien  qui  foit  heureux  de  tout  point  : 
vne  prompte  mort  rauit  le  fameux  Açhile  :  vne      j©tt 
longue  vieillefle  mina  Tithon  :  &  peut-eftre 
que  le  temps  m'accordera ,  ce  qu'il  te  voudra 
refufer.  Cent  troupeaux  de  vaches  Siciliennes 
rugiflènt  autour  de  toy  :  des  iumens  hennif- 
(ent  pour  ton  profit  ,  capables  qu'elles  font 
de  porter  des  cheuaux  pour  la  guerre  ,  &     35* 
pour  les  chariots  :  des  laines  taintes  deux 
fois  dans  la  pourpre  Affricaine,feruiront  à  te 
faire  des  habits.  Et  pour  ce  qui  me  touche  ,1e 
Deftin  qui  ne  fe  trompe  iamais ,  m'a  donné  vne 
petite  terre,  auec  vn  peu  de  cet  efprit  délicat 
des  Mufes.de  la  Grèce,  8c  du  mefpris pour  le     40, 
vulgaire  impertinent  &  malicieux. 


A  MECENAS   MALADE    AVCVVEL 

il  ne  Veut  point  furuiurc  s'il  venoit  à  mourir. 

Ode  XVIL 

POurquoy  m9affaflînes-tu  de  tes  plaintes! 
Ce  n'eft  point  vne  chofe  qui  plaife  aux 
Dieux  ,  ny  qui  me  foit  agréable  que  tu  meures 
deuant  moy,Mccene,  ma  plus  grande  gloire,  & 
le  ferme  fuport  de  mon  bien.  Ha  1  fi  la  violence     5^ 


ï*4  Carminvm  iib.IL 

Jlfaturior  vis ,  quid  moror  altéra  , 
Nec  charus  aque,  nec  foperfles 
lnteger .?  Me  die  s  vtramque 

Ducet  ruinant  :  non  e^o  perfidum 
10.      Dixi  facramentum.  ibimus ,  tbimm  t 
ftcttnque  procèdes ,  fupremum 
Carpere  iter  comités  paraît. 
#^ 
J\4e  nec  Chimars  fpirittu  igné  et , 
Nec  fi  refurgat  centimanus  Gyges9 
IU  JD'iuellet  vncjuam.  fie  potentï 

Infini*  placitumqnç  Parti*. 

Seu  Libra ,  feu  me  Scorpitu  <*fpici$ 
Formidohftis ,  pars  violentior 
Natalis  hor<t,feH  tyrannus 
20.  HtfperU  Caprkornm  vnd&i 

Vtrumque  nofirum  inçredibili  mod& 
Confentit  afrrum,  te  louis  impio     • 
Ttiteld  Sfiturno  refulgens 
Eripnit ,  volucrifque  fati 

15.     Tardauit  alas>  quum  populus  free/Hett s 
Lttum  theatris  ter  crepuit  fonum  • 
Jlde  truncm  iliapfus  cerebro 
Sufiulerat*  nifi  Fahkhs  ifium 

D  extra  velajfet,  Mercurialium 
30,      Cttfios  virorum.  reddere  viBtmai 
i/£demcjue  votiuam  mémento  : 
Nos  bumilem  feriemtts  agnam.  ; 


10 


Odes  d'Horace.  Liv.  IL       iij 
de  la  mort  te  rauit  â  Comme  tu  es  la  moitié  de 
mon  ame,  ieneme  feray  plus  iî  cher  que  de 
couftume  :  &ne  te  furuiuant  point  tout  entier, 
pourquoy  demeurer ay-  je  après  toy  l'autre 
moitié  de  moy-mefme  ?  Ceiour  là  fans  doute 
apportera  la  ruine  à  tous  les  deux.  le  nay  point 
fait  vn  ferfrient  trompeur  ,  nous  irons ,  nous 
irons  te  faire  compagnie ,  &  nous  fommes  près 
de  marcher  après  toy,  de  quelque  façon  que  tu 
nous  veuilles  deuancer  dans  la  dernière  voye. 
Iamais  le  fouffle  de  l'ardente  chimère ,  ne  feroic 
capable  de  m'arracher  d'auprès  de  toy>  non  pas 
mefmes  GyaS  quand  il  viendroit  à  renaiftre 
auec  {es  cent  mains, tant  ieme  trouue  obligé 
d'obeyr  aux  arrefts  ât  la  luftice  toute  puifïàn- 
te ,  &  de  lmuiolable  Deftin.  Soit  que  la  balan-     15J 
ce  aitfonaipecfurmoy,  auffîbien  que  le  formi- 
dable Scorpion  qui  prend  vn  grand  afeendant 
fur  ma  natiuité ,  foit  qut  le  Capricorne  Tyran 
des  eaux  d'Hefperie  me  regarde  ;  nos  Ailles  fe      *°* 
raportent  enfembte  d'vne  manière  incroyable. 
La  proteâion  de  Iupiter  t'a  garenti  de  la  cruel- 
le influence  de  Saturne>&  a  retardé  les  aifWdc 
la  prôpte  Deftinée  5  quâd  le  peuple  qui  eftoit  en     2  r. 
foule  au  theatre,y  fit  entendre  par  trois  fois  vnc 
grande  acclamation  de  ioye  en  tafaueur.I'eufle 
efté  tué  par  le  tronc  d'vn  arbre  qui  tomboit  fur 
matefte,fi  Faune  protecteur  des  âmes  Mercu- 
riales ,  n'en  euft  détourné  le  coup  de  fa  main,      jo« 
Souuien  toy  de  luy  prefenter  des  vi&imes  8c  de 
luy  dédier  vn  temple.  Pour  moy  quinefuisfas 
fort  puijfant ,  ie  me  contenteray  de  luy  offrir  le 
facrifice  d'vne  teune  brebis . 


n6        Carminvm    Lib.  il. 


Ode  XVIIL 

Rc  tenui  fe  contentum  dicit ,  vbiafij  cnpidira- 
ubiisfuis  &C  diuitiisftudent,  quafiperpetuO 
vidturi. 


N 


On  ebur ,  neque  aureurn 
Mea  renidet  in  domo  lacunar  ; 
TQon  trabes  Hymettia 
Premunt  coiumnas  vltima  recifas 
S*       Africa  :  ne  que  Attali 

Ignotus  hêtres  regiam  occupant: 
jNec  Laconicas  mihi 

Trahunt  honeftœ  purpuras  clientà. 
yftfides  &  ingem 
*°*  Ecnigna  vena  efl  \  pauperemque  diues 

Me  petit-  nihilfupra 

Deos  laceffo:  nec  potentem  amicum 
Largiora  ftagito  , 

Satis  beatus  vnicis  Sabinis. 
*5*       Truditur  die  s  die  > 

Noudicjue  pergunt  interire  Lundi  : 
Tu  fecanda  marmora 

Lee  as  fub  ipfiiin  funus  :  &  fepulchri 
Immemot ,  flruis  domos  : 
10.  Marifque  Baiû  objirepentis  <vrges 

Summouere  littora, 

Parum  hcuples  continente  ripa. 
£htjd  quod  vfyue  proximos 

Reuellis  aari  terminas  ,  &  vltrA 
Ij*       Limites  clkntium 


Odes   d'Horace.  Liv.  II.      12,7 


DE   SOY-MESME.   Ode  XV III. 

Jj)ttilfe  contente  dépendu  lieu  que  les  autres  hom<* 
mes  ne  cejfent  défaire  de  grandes  defpences ,  & 
d'amajferdes  richejfes  fans  p enfer  *  la  mort. 

L'Yuoire  6c  les  lambris  dorez,  nereluifènt 
point  en  ma  maifon,  des  *  traînes  appor-  *«•***« 
tées  du  Mont-Hymette,  ny  font  point  foufte- 
nues  fur  des  colomnes  de  marbre  tirées  des 
frontières  de  l'AfFrique  :  &  comme  héritier     y* 
incônu  de  l'opulence  d'Atale,ie  n'occupe  point 
fes  calais  :  ny  mes  feruantes  honneftes ,  ne  me 
filent  point  des  laines  de  pourpre  *  de  Laconie:  Sfarthù 
mais  ie  me  rends  foigneuxde  garder  ma  foy,  & 
i'ay  vne  veine  d'efpritafTez  abondante:&  quoy      zo. 
que  ie  fois  pauure ,  le  Riche  ne  laiffe  pas  de  me 
rechercher.  le  ne  preffe  point  trop  les  Dieux 
par  des  prières  importunes  :  &ie  ne  demande 
point  au  riche  Amy  de  plus  grandes  cômoditez 
que  les  miennes,dont  ie  fuis  contét,auec  ma  pe- 
tite &  vnique  terre  de  Sabine.  Vn  iour  pouffe      I$« 
rautre^&lesnouuellesLunesviénétcôtinuelle- 
mét  à  défaillir.  Tu  fais  feier  les  marbres»  quand 
la  mort  te  preffe  de  partir;&  tu  baftis  des  maisos 
uns  te  fouuenir  du  Sepulchre.  Tu  contraints      2.0, 
le  riuage  de  fe  retirer  des  murs  de  Bayes,  où  la 
mer  fait  trop  de  bruit ,  n'ayât  pas  affez  de  bord. 
Qnpy }  ton  auarice  te  fait  faulter ,  de  ce  que  tu 
arrache  les  bornes  qui  feparent  les  champs  de 
tes  voifîns,  &c  de  ce  que  tu  éloignes  les  limites      2^* 


ii8  Carminvm    Lib.1L 

Salis  auarus  ?  pellunr  pâte  r  nos 
In  finn  ferens  deos 

Et  <vxor    &  vtr y  fordidofque  natos. 
Nnlla  certior  tamen 
$0.  Rapacis  Or  ci  fine  deftinata, 

^yîula  diuitem  manet 

Herum.  quid  vitra,  tendis?  &qtta  telhu 
Pauperi  recluditur 

Regumque  pueris  :  bec  fatelles  Orci 
^j.      Callidum  Promethea 

Reuexit  mro  captns.  hic  [uperbum 
Tantalum  atque  Tantali 

G  en  us  co'êrcet :  hic  leuàre  funZlnm 
Pauperem  labortbHS> 
4°-        t^ocatHs  atque  ***  vocatus  md'<t. 


I  N    BACCHVM.     Ode  XIX. 

Bacchi  laudes  eius  numine  plenus  canic 
poëta. 

Bjtcchum  in  remotis  carmin*  rupibiu 
Pidi  docentem  (  crédite  pofier;  ) 
Njmphafqpte  die ente s  >  &  aures 
Capripedum  Satyromm  acutas. 
Eti(£)  recenti  mens  trépidât  mettt  » 
KPlenoque  Bacchi  pettore  turgidum 
L&tatur  euœ ,  parce  Liber , 

Parce ,  gravi  metnende  thyrf$% 
Fai  peruicaces  cft  mihi  Tbjadat, 


de 


Odes   d'Horace.  Liv.  IL      129 
de  tes  vaflaux?  La  femme  &  le  mary  qui  em- 
portent dans  leur  fein  les  Dieux  de  leurs  peres^ 
auec  leurs  pauures  enfans  ,  font  chaflèz  de  leur 
pays.    Si  eft-ce  que  le  Seigneur  opulent,  n%à 
point  de  palais  plus  afieuré  que  Tabyfme  des 
Enfers,  où  toutes  chofes  font  entrainéespar     3°* 
vne  fin  certaine.  La  terre  ouure  également  fon 
fein  au  pauurc  Se  aux  enfans  des  Roys.  Et  le 
Naucher  de  Pluton  qui  ne  s'eft  point  laiiî'é  cor- 
rompre par  les  prefents  pour  repafler  le  rufé     35, 
Promethée  ,  re  (Terre  le  fuperbe  Tantale  &c  fa 
pofterité:  Ôc  foit  qu'il  écoute  les  prières  du  pau- 
ure ,  foit  qu'il  ne  les  écoute  pas ,  il  le  retire  des     4#< 
ïniferes  de  cette  vie. 


A     BACCHVS,    Dde  XI X. 

£ht  il  luy  eft  permis  de  chanter  les  loùœnqes  d$ 

Bacchm  3  comme  ejlaxt  ému  gr  rempli   acjk 

diuine  fureur. 

I'Ay  veu  dâs  des  roches  écartées  Bacchus  qui 
enfeignoit  à  faire  des  vers,  croys-moy  pd- 
fterité:  &  les  Nymphes  qui  aprenoient  fous  luy 
rf  eftoient  pas  moins  attendues ,  que  les  oreilles 
aiguës  des  Satyres  aux  pieds  de  cheures.  Euoé,  fà 
rnô  efprit  eft  tout  ému  d'vne  nouuelle  crainte; 
&  ma  poitrine  pleine  de  la  diuinké  bacchi- 
que ,  pouffe  vne  acclamation  confufe  de  ioye. 
Pardonne,  *  Liber,  pardôiie  moy  par  leThyrfe  BMktii, 
maieftueux  qui  te  rend  fi  redoutable.  Il  m'eft 
permis  de  chanter  l'agitation  des  *  Thyades  c£  S**cb*ntih 

ï 


I3<>  C  ARMIHVM   Lll.  II 

10.      Vinique  fontem,  lattis  &  vberes 
Cantare  riuos  >  atcjue  nantis 
Lapjk  cauis  iterare  mella. 
Tas  &  bcata  coniugis  additum 
Stellis  benorem  ,  teiiacjue  Penthei 
tp  JDisietta  non  leut  rutna> 

Thracis  &  exitium  Lycurgi* 
Th  flettis  *mnts>  tu  mare  barbarum: 
Tu  feparatis  vutdus  in  wgis 
Nodo  cotrces  viperino 
to.  Btfton'tdum  fme  fraude  crines  : 

Tu  y  qnum  parentis  régna,  per  arduum 
Cohors  gigantum  fcanderet  impia , 
Rhœcum  retorfifti  leonis 

Vnguibu*  borribilique  mal  a  : 
25.     jQuamcjuam  cboreis  aptior  &  iocis 
Ludoque  diflfte  ,  non  fat  idonens 
Pugn&  ferebaris  :fed  idem 
Pacts  eras  mediufque  bellL 
Te  vidit  infons  Cerberus  aureo 
jo.     Corna  décorum  9  leniter  atterens 
Caudam  &  recedentis  trilingui 
Qre  pedes  tetigitquc  crura. 


AD    MECOENATEM.   Ode  XX, 

Horatius  in  Cygnum  Vcrfus  ,  ptr  vniucrfum 
pcruolabit  orbem ,  vnde  fibi  promittit  fuse 
poefeos  immortalitacem, 


N 


On  vfitata  aut  tenui  ferar 
Penna ,  biformis  per  liqmdum  ather* 
Vates  :  neque  tn  terris  merabçr 


DdIS    D3HoRiÇL    JLjv.   II.  îil 

Montées ,  ïa  fontaine  de  vin ,  les  féconds  ruif»      lo. 
féaux  de  laid: ,  &c  le  miel  qui  diftile  des  troncs 
des  arbres  creux.  On  me  donne  congé  de  cé- 
lébrer *   l'honneur  de  ton  heureufe  épôufe  £**'*&*»« 
cleuée  aii  rang  desÈftoiles,les  ruines  de  la  îtxai-  *?  j  A~ 
ïon  de  Panthéc ,  &  la  fin  malheureufe  de  Ly- 
curgue  de  Thrace.  Tu  détournes  le  cours  des      ,î' 
riuieres,  &  tu  domptes  la  mer  des  Barbares. 
E fiant  tout  moite  de  vin  fur  les  monts  écartez, 
tu  refïerre  dVn  nœud  de  Vipère  fans  faire  mal, 
lescheueuxéparts  des  *  Byftonides.    Quand  0   ^°'/r 
I armée  impie  des  Géants,  montoitauroyau-  4€^aufiMé 
ime  de  ton  perc  par  vn  chemin  difficile  ,  ce  fut 
toy  qui  aucc  des  ongles^de  lyon  &  vne  mâchoi- 
re horrible,  repouffas  l'énorme  Roequfc.  En-     ij, 
«core  que  tu  fufïès  en  réputation  d'eftre  plus 
propre  à  la  dahee ,  aux  ris,  Se  aux  jeux,  que 
pour  les  exercices  militaires  3  fi  eft-cc  que  te  r 
liant  le  milieu  entre  les  deux ,  tu  eftois  vtile  Se 
en  paix  &  en  guerre.  Cerbère  te  vit  dans  les 
Enfers  fans  t>e  blefTer ,  orné  que  tu  eftois  de  tes 
cornes  d'or:  11  te  flatta  doucement  de  la  queue:     •    * 
&  de  fa  langue  triple  ,  il  te  lécha  les  jambes  6c 
les  pieds  auant  ton  départ. 


A    MECENE.    Ode  XX, 

£)ue  fon  nom  fera  immortel. 

E  ne  feray  point  porté  dVn  vol  orainaïre.ny 
d'vne  aifle  foible  parle  vuidederair,  fii'ajr 
doublement  mérité  le  nom  de  Poète,  Ienefe- 
ray  point  vne  plus  idngue  demeure  fur  la  terre: 


i 


iji  CarminvmLxb.  IV. 

Longius:  inuidiaque  maior 

y.       Vrbes  relin  quant,  non  ego  p ah per uns 

San<ruisparentum>  non  ego,  quem  vocas 

Dtlecle  >  Mecœnat ,   obtbo  , 
jSJec  Stygia  cobtbebor  vnda. 

îam  iam  refidunt  cruribus  afpera 
10.       Pelles:  &  album  mut  or  in  al  item  y 
SupernA  :  nafcwturqne  Unes 

fer  digitos  humerofque  pluma* 

Um  VdtddUo  ocyor  Icaro 
Vifam  gementis  littora  Bofpori9 
*5>  Syrtefque  Getulas  canorus 

Mes  >Hyperboreofque  campos. 

Me  Colchus  3  &  qui  dijfimulat  mertirto 
Marfa  cohertis  Dacus,  &  vltimi 
Nofcent  Geloni  :  me  peritus 
ZO.  Difcetlber,  Rhodanique  potor* 

Abftnt  inani  funere  tutnU  : 
Luttufque  turf  es  &  querimonU. 
Compefce  cUmorem  ,  acfepulchri 
Mitte  fuperuacuos  honores. 


Finis  Libri  IL  Carnxintiiri. 


Odes  d'Horace,  Liv.  IL       ijj 
&  plus  grand  que  l'enuie  ,  i'abandonneray  les 
villes.  Il  eft  vray  que  ie  fuis  forti  de  parents       £ 
pauures.  Mais  puis  que  tu  me  fais  l'honneur  de 
m  aimer,  mon  cher  Mécène,  ie  ne  fbuffriray 
point  l'iniure  de  la  mort,nyiene  feray  point 
renfermé  par  les  eaux  du  Stix.  Des-ja  vne  rude 
peau  s'eftend  le  long  de  mes  jambes  :  ie  me      i©J 
trouue  des-ja  changé  pa,r  le  haut  en  forme 
d  oyfeau  blanc  :  &  de  plumes  molles  naifTent 
autour  de  mes  doigts  <Sc  fur  mes  épaules.  Enfin 
deuenu  plus  léger  qu'Icare  fils  de  Dédale  ,  S>C 
fait  vn  oyfeau  mélodieux,  i'iray  voir  les  nua- 
ges du  Bofphoregemifïant  :  le  verray  les  Syr-     jj^ 
tes  de  Getulie,  &  les  plaines  Hyperborées.  le 
feray  regardé  par  les  Colques ,  &  par  les  Daces 
qui  font  femblant  de   ne  craindre  point  les 
troupes  Marfiennes  :  &  les  Gelons  me  connoi- 
ftront ,  quoy  qu'ils  foient  à  vn  des  bouts  de  la  i*£rp4€„0i 
terre.  *  L'Ibère  expérimenté  par  vn  long  vfa-     2Q 
ge  apprendra  mon  nom  ,  aufïibien  que  *  celuy  u  Gah- 
qui  boit  des  eaux  duRholne,  Queïesverslu-  lois. 
gubres  s'abfentent  de  mes  funérailles  vaines: 
que  les  larmes  honteufes ,  &  les  trilles  plaintes 
s'en  éloignent.  Aurefte, étouffe  tes  regrets,  Sç 
ne  te  donne  point  de  peine  des  inutiles  hon- 
neurs de  la  fcpulture. 


Fin  du  IL  Lmrê  des  Odes  dtHw&ce* 


13  4 


ODARVM 

LIBER    TERTIVS. 
ODE   I. 

Vitabeatanon  opibus  aut  honoribus,fedani' 
mi  tranquillitatc  cfficitur. 


iO 


Di  profanum  vulgus  *&  arceo. 
Fauete  linguis.  carmina  nonprim 
Jlndita ,  Muf^fum  Jkcerdos , 
Virginibpu  puerifque  canto. 
Regum   timendorum  in   prgprios 
grèges, 
Reges  in  ipjbs  imperium  efl  lonis , 
Clari  oiganteo  triumphot 
Canita  fapercilio  moncnîis* 

Eft  vt  vir  viro  latius  ordinet 
jirbafia,  fulcis  :  hic  generofwr 

Defcendm  in  campnm  petit  or  : 

Montons  bic  >  meliorque  fgm* 


m 


LIVRE    TROIS^ME 
DES 

ODES  D"  HORACE 

ODE    L 

guc  ce  tiefk  point  parles  honneurs %  ny  par  let 
rkhejfes  que  la  vie  efl  rendue  heureufe ,  mak 
par  la  tranquillité  de  lefprit. 

E  hay  le  vulgaire  profane ,  &  ie 
le  chafle  loin  demoy  :  ne  faites 
point  de  bruit  :  le  Prcftre  des 
Mufês,  chante  aux  garçons,  &C 
aux  filles ,  des  vers  qui  ne  furent 
iamais  ouys.  L'Empire  des  Roys 
redoutables ,  s'eftend  fur  leurs  propres  fujets*       fi 
mais  ces  Roys-là  mefmes  font  aiTuietis  à  l'Em- 
pire de  Iupiter  glorieux  par  le  triomphe  des 
Géants ,  faiiànt  trembler  toutes  chofes  de  fon 
*  fourcil.  Il  fe  peut  bien  faire  qu'vn  homme  ait  Clin  ff ml. 
plus  d'efpace    qu'vn  autre  pour  arranger  (çs 
plans  :  que  celuy-cy  plus  adroit  à  faire  des  bri-    10. 
gués,  defeende  au  champ  de .Marsique  cet  au- 
tre cherche  par  vne  bonne  vie,vnereputatio 

I  iiij 


MjS  C  A  RMï\'V  M     LlB.    III 

Contcndat:  illtturba  clttnttum 
Sit  mator:  v&cjua  lege  necejjitas 
Jj,  Sortititr  inftgnes  cr  imos  : 

Qrnncs  capax  monet  vma  nomen. 

DiflriUus  enfis  eut  fuper  impia 
Csvnice  pendet ,  non  Stcuù  dapes 
Dulcem  élaboraient  faporem  , 
10.  &ùn  auium  cithar&cjue  cantm 

Somnani  redttcent.  fgmnus  agreflhtw^ 
I^enis  virorum  non  htimiles  domes 
Fafiidit ,  vmbrofamque  ripam, 
Non  Zcphiris  agitata  Tempe. 

ijf.      Dejîderantem  ejued  fatis  <?/?,  neque 
'THmultuoJumfo  lit  citât  mare , 
JSIec  finus  ArBuri  cadentis 
Impnusy  aut  orienta  Hœdi  : 

Won  verberatét  grandine  vinea  , 
Jfi«      zundufque  mendax  :  arbore  nnnc  aqttas 
Guipante  >  nunc  torrentia  agros 
Sydera ,  nunc  hjemes  iniqnas. 

Contracta  pifçes  œquora  fentittnî , 
I-aclis  in  altum  molibus.  hue  frequens 
35,  Cimenta  démit tit  redemptoy 

Cttm  famultt  >  domtnufque  terra 

Baftidiofas*  fed  t'tmor  &  mina 
Scandant  eodem  qtéo  dominas  :    ntqnt 
Decedit  arata  itiremi,  & 
40.  p-ofi  equitem  ftdet  atra  cum. 


Ode?  d'Horace.  Liv.  III.     157 
plus  pure  :  qu'il  y  ait  à  la  fuitte  dé  celuy-cy,  vne 
plus  grande  foule  de  Cliens*,  La  fatale  necefii-      15, 
té,  iette  également  au  fort,  les  grands  &c  les  pe- 
tits ,  &  fon  vrne  remue  tous  les  noms  dans  ton 
large  cfpace.  A  celuy  qui  voit  vne  efpéc  {ur  fà 
tefte  impie ,  les  mets  Siciliens  ne  fçauroienc 
apporter  aucun  alïaifonnement  qui  luy  femble 
doux.  Les  chants  des  oy féaux,  ny  l'harmonie      20, 
des  luths,  ne  luy  peuuent  ramener  le  gracieux 
fommeil  qui  ne  dédaigne  point  les  humbles 
toich  des  personnes  ruftiques ,  ny  le  bord  des 
riuieres  où  il  y  a  derombre,ny  les  vallons  de 
Tempe  refiouys  par  les  haleines  de  Zephire. 
La  mer  tempeftueufe  n'inquiette  point  celuy       t$° 
quine  defireque  leschofesfufRfantes  aux  be~ 
foins  de  la  vie:ny  les  orages  excitez  par  les  con- 
stellations du  cocher  celefte  quand  il  fe  couche, 
&  des  cheureaux  quand  ils  s'éieuent ,  ne  trou- 
blentpointfon  repos,  non  plus  que  les  vignes 
battues  de  la  grefle,&  le  champ  qui  trompe      j0. 
Tefperancede  fbnmaiftre,quandles plans  dar- 
bres  en  iettent  la  faute  aux  eaux  ,  ou  à  la  feichc- 
refTe  des  Aftres  bruflants  ,ou  bien  à  la  rigueur 
des  Hy  tiers.  Les  poiffbns  fentent  la  mer  rctref- 
fie  par  les  grandes  malles  qui  s  éleuent  du  fons. 
La  le  Maiftrc  entrepreneur  obeyfïantauSei-   (  «e 
gneur  de  la  place,  qui  y  donne  la  terre  à  bon 
marché,  fait  ietter  force  pierres  de  taille  par  les 
manœuures.  Mais  la  crainte  ,&  les  menaces, 
vont  bien  trouuer  ce  Seigneur  où  il  efi:&les 
{ombres  inquiétudes,  ne  s'efloignent  point  des 
vaifïeaux  armez  de  proues  d'airain  ,  &  fe  met-      40, 
ccut  en  croupe  derrière  les  Cheualiers.  Que  Ci, 


138  Garminvm    L  I  B.  III 

Jjhtod  fi  dolentem  nec  Phrygius  lapis 
]SJec  purpurarum  fydere  clarior 

Dtlenit  vfusy  nec  Falerna 

Vttis  y  Achtmeniumquc  coftum  : 
*>*       Ctiy  inuidendis  pojîibus  çfr  no  ho 
Sublime  ritu  moliar  atrtttm  ? 

Cur  valle  permutem  SabinA 

Diuitias  operojiores? 


AD    A  MIC  O  S.  Ode  II. 

Pueri  à  teneris  annis  paupertati  3  militiaî ,  èi 
vitae  laboriofae ,  funt  afïuefaciendi. 


A 


NguftAm  y  dmici ,  pauperïem  patï 
Robuftm  acri  rnititia  puer 
Cond'.fcat:  &  Parties  féroces 
Vexet  ecjues  metuendus  hdfté» 
5.       Vitamine  fub  dio  &  trepidis  aoat 
In  rébus,  itbtm  ex  mœnibus  hofitcis 
Adatrona,  bellantis  tyranni 

Profpiciens  >  &  adulta  virçoy 
Sufpiret  :  Eheu,  ne  rudis  agrninum 
lo#     S  pan  fus   laceffat  régi  m  afperum 
Taclu  leonenty  cjuem  cruenta 
Per  médias  rapit  ira  c&des. 
Dulce  &  décorum  eji  pro  patria  moru 
Alors  &  fugacem  perfequitur  virum  : 
Kt  Nec  parcit  imbellis  iunentA 

PoplittbtiSy  timidocjue  tergo% 
Virtus ,  repulft  nejliajordid* , 


Oses  d'Horace.  Liv.  III.       ijj 

îiy  la  pierre  de  Phrygic  5  ny  l'efclat  de  la  pour- 
pre plus  brillant  qu'vnAftre,  ny  le  vin  de  Fa- 
îernc,ny  1  onguent  dePerfe  n'adoucilïent  point 
lesfouciscuifansiPourquoym'éleueray-jevne  ^m 
fale  dvne  Archite&ure  nouuelle  fur  des  pila- 
ftres  dignes  de  l'enuie  2  Pourquoy  voudrois-je 
changer  ma  vallée  Sabine  aux  plus  grandes  ri- 
cheflès l 


A     SES     AMIS.    Ode  IL 

Quil  faut  des  le  bas  âge  accoutumer  fis  en  fans 
d  la  pauuretf,  a  la  guerre  >  &  au  tranaiL 

A  Mis ,  que  l'enfant  robuftc  aprenne  de  bon 
heure  par  le  pénible  exercice  des  armes  a 
fouffrir  l'eftroitte   pauureté  :  5c  que  deucnu 
Cheualier  redoutable  ,ilpre(fe  de  la  lance  les 
Parthes inhumains  :  qu'il  paflfe  la  vie  alerte ,  & 
qu'il  cherche  les  occafions  perilleufes.  Que  la 
femme  d\\  Tiran  qui  fait  la  guerre ,  foupire 
auec  fà  fille  en  âge  d'eftre  mariée  ,  le  voyant  du 
Haut  des  murailles  ennemies ,  &  qu'elle  die  en 
s'écriant.  Helas  l  ie  crains  que  mon  royal  ef- 
poux  qui  ne  fçait  pas  encore  toutes  les'rufes 
des  combats  >  attaque  la  furie  de  ce  lyon  dange- 
ieux,que  la  colère  emporte  au  trauers  de  l'hor- 
rible tuerie  1  C'cft  vne  ehofe  bien  douce,  &c  ho- 
norable de  mourir  pour  la  patrie.  La  mort  prc£ 
fe  le  fuyard ,  &  n'efpargne  ny  les  jarrefts>  ny  le 
dos  timide  de  la  poltronne  icunefle.  La  Vertu 
qui  n'a  point  appris  à  fouffrir  quelque  honteux 


io« 


14®  Car  min  vm   Lib.  IIL 

lntaminâîis  fielaet  honortbus : 
liée  fumtt  aut  pontt  fecures 
ao,  Jirbitrio pepularis  astrœ. 

Virtm ,  recludens  tmmcrttis  mort 
C^lum ,  neaata  tentât  iter  via  : 
Coetufque  bulgares  &  vdam 

Spernit  humum  fu  oriente  pennrt. 
ty     Eft  &  fideii  tut  a  [vient  io 

Mer  ces  ;  vetabo  ,  qui  Cereris  Jasrum 
Vulgarit  arcan<t  >fitb  tfdem 

Sit  trabibus  ,  fragilemque  mecum. 
Soluat  fafelum.  fipe  Diefpiter 
}Q,     Negletim  y  incefto  addidit  tntegrum. 
Raro  antecedentem  feeleftum 
Beferuh  psde  pœna  claude. 


VIR  VIRTVTE  PRADITVS  NÏHIL 
extimefeit.  Oratio  Iunonis  dz  Troia  cueiTa> 
de  bello  Troiano  finito  5  deque  Irapeno 
Koni.  àTroknisinicium  capturo. 


Ode  III. 


1 


Vflum  &  tenacem  propofiti  virum , 
Non  ciuium  arÀor  praua  iubcntium , 
7^o n  vultus  inftantis  tjranni 

Mente  quant  foUda  :  ne  que  *4ufîer: 

$•       Dhx  tnqmet't  îurbidus  Adriœ  , 

Nec  fuiminantis  magna  lou'4  muntu* 


Odes  d'Horace.  Liv.  III.      141 
refus  ,  éclate  d'vnc  gloire  toute  pure  ,  &  ne 
prend  point  les  haches,  ny  ne  les  quitte  point 
auffi  félon  les  caprices  du  vent  populaire.  Elle     iq£ 
ouurele  Ciel  à  ceux  qui  n'ont  point  mérité  la 
mort,  où  elle  tente  vn  chemin  par  des  lieux 
inacceifibles  :  &  d'vne  aille  prompte,  elle  quit- 
te auec  mefpris  les  affemblées  vulgaires,  &  la 
terre  humide  :  Au  refte  ,  comme  on  doit  au  fi-      ij, 
lence  fidelle  ,  vne  certaine  recompenec ,  l'em- 
pcfcheray  que  ecluy  qui  diuulgue  les  fecrets 
myfteres  de  Ceres ,  ne  demeure  auec  moy  fous 
vn  mefme  toift,  &  qu'il  lafche  au  vent  le  frefle 
vaifTeau  ,  où  ie  me  feray  embarqué.  Souuent 
Iupiter  méprifé ,  enueloppe  l'innocent  auec  le     }G« 
coupable  ,'&  rarement  la  peine  qui  cloche  du 
pied  ,  quitte  le  méchant  qui  Ta  deuance  de  (es 
crimes. 


L'HOMME  VERTVEVX  NE  DOIT 
rien  craindre.  Difcours  de  Iunon  touchant 
la  ruine  de  Troye,  &c  l'eftabliflement  de 
l'Empire  Romain,  qui  prit  fon  origine  des 
Troyens.       Ode  III. 

NY  vne  pernicieufe  ardeur  dés  peuplés  qui 
fe  portent  à  la  fedition,ny  la prefenec  d'vn 
Tiran  redoutable ,  ny  la  furie  des  Vents  de  Mi- 
dy  qui  exercent  vn  puiffant  Empire  fur  la  mec  $• 
Adriatique  facile  à  fe  troubler  ,  ny  la  grande 
main  de  Iupiter  foudroyant,  ne  fçauroiét  ébran- 
le r  l'homme  iufte  de  fon  fïege ,  &  rie  ne  le  peut 
faire  châger  ?  tant  il  eft  ferme  dans  fa  refokmo, 


«41        Carmikvm    L  i  b>  1 1 L 

Si  fraflus  tlUbatur  orbis  ,  k 

Impauidum  fcnent  ruina. 
Hac  arte  Pollux^  &  vagns  Hercules 
!0*       Innixus^  arces  artigh  igneat* 

Qhos  inter  Augufttt*  recumbens 
Purpureo  btbit  ore  netlar. 
Hac  te  merentem  Bacche  pater  tut 
Vexere  tigres ,  indocili  iug>  m 
15.  Collo  trahentes  :  hac  £)uiriym$ 

Martis  equis  Acheronta  fugity 
Cratum  elocjunta  confiliantibus 
lunone  diuis  :  llion  y  llion 
Fatalis  inçeftnfijHe  index 
i°-  Et  mulier  peregrina  vert  h 

In  puluerem ,  ex  quo  deflituit  deos 
JMercedc  pa&A  Laomcdon:  mihi 

Caft&que  damnatum  Minerut  \ 

Cum  populo  &  duce  fraudulcntè* 
*5'      /*«*  nec  Lacan*,  fplendet  adultère 

Famofiu  hofpes ,  nec  Vriami  domus  \ 

Feriura  pugnaces  Achiuos  v 

Hetïoreis  opibits  refringit  : 
Noftrifajue,  duïïnm  feditionibus 
3*'      Bellum  refedit:  protinus  &  grau  es 
Iras ,  &  innifum  nepotem  , 

Troica  que  m  peperitfacerdost 
Marti  redonabo.  illum  ego  lucidas 
lnire  fides ,  ducere  nettaru 
f  J .        Succès ,  &  adfcribi  quiet* 

Ordinibus  patiar  deorum* 
Pum  lonqtts  intcr  feuiat  llion 
JRomamcjue  pontus>  qualtbet  exules 
In  parte  régnant 9  beau: 


Ô  DE  S    d'Ho  k  ACS.     L IV.  III.        14$ 

Si  *  T Vniuers  mis  en  pièces  deuoic  tomber  dis  u  ciel 
vnc  defolation  horrible ,  fes  ruines  le  frappe- 
roient,  fans  qu'il  en  fuft  effrayé.  Par  ce  moyen, 
Pollux,&  le  vagabôd  Hercule,font  montez  aux     *<*• 
Palais  flâboyans  desEftoiles,bù  Auguftc  aflis  au 
milieu  d'eux ,  boit  le  ne&ar  de  fa  bouche  pour- 
prée. Par  le  meime  chemin ,  Perc  Bacchus,  tes 
mérites  ont  forcé  tes  Tigres  au  col  imdompcé 
de  te  tirer  dsns  ton  char  vtttoricux:  &  parlà,fur 
lescheuauxde  Mars,  *  Quirina  éuité l'Ache-  Romulw. 
rô.  Apres  que  I  unon  eut  tenu  ces  gracieux  pro-      ij. 
pos  aux  Dieux  aflemblez  au  Confeil.  Vn  *  luge  P*r$s. 
fatal  &inceftueux,  *auecvne  femme  eftrange-  Hèlent. 
re,a  réduit  Ilion  en  poudre  ,  Céfupcrbe  Ilion      zo. 
qui  auec  tout  fon  peuple ,  &  fon  Prince  trom- 
peur, fut  liuré  au  pouuoir  de  la  chafte  Mineruc 
&  de  moy ,  depuis  que  Laomedon  eut  trompé 
les  Dieux  du  loyer  qu'il  leur  auoit  promis. 
Maintenant*  l'hoftc  fameux  de  l'adultère  de     2« 
Sparthe  ,  ne  montre  plus  l'efclat  dont  il  cftoit  Pétrit. 
enuironné,ny  la  maifbn  pariure  de  Pria,ne  mec 
plus  les  Grecs  belliqueux  en  déroute  parlefe- 
cours  d'He&or  :  &  laguferré  tirée  en  longueur 
par  nos  diuifions^s'appaife  tout  d'vn  coup.  De-     ;fli 
formais  ie  donne  à  Mars  les  reflèntimens  de  mô 
cœur  allumé  de  courroux,auffi  bié  quc*mô  pe-  ^mnluf. 
tic  fils  né  dVne  preftrefïè  de  race  Troyenne,cc 
qui  me  le  faifoit  haïr.  le  permettray  déformais 
qu'il  monte  au  fejour  lumineux ,  qu'il  boiue  du 
ne6tar,&  qu'il  foit  mis  au  râg  des  Dieux. Pour-     3c. 
ueu  qu'entre  *  Ilion  &  Rome,  il  y  ait  vne  lôgue  rrm 
hier  qui  fe  courroufle  aifément  \  que  ces  1  annis 
régnent  heureufemet  en  quelque  autre  endroit 
du  monde  que  ce  foit.  Pourueu  que  les  cxoi*- 


T44  Carmin  vii*  Lib.  Ht 

4°-  Dum  Prtann  Paridtfjue  bujfo 

In  fuit  et  armentum,  &  catulos  fer<c 
Cèlent  inultA  :  ftet  Capitolium 
Fulgem ,  tnumphatîfcjtie  poflit 
Roma  ferox  dare  mm  Medù. 

45"     Horrenda  late  nomen  in  vltimas 
Extendat  oras  :  cjua  medipu  liquor 
Seccrnit  Eurcpen  ab  j4frt> , 

Qua  tumidus  rigat  artta  Ntlus  ï 

Aurum  irrepertum,  &  fc  melitu  fitutÀ 
'    ■       Jgmtrn  terra  celât  y  fpemere  fortior, 
J$H*m  cogère  kumanos  in  vfus , 
Qmncfacrum  rapienie  dextra. 

Jjhticunqtêe  mundi  terminus  ebftitit. 
Hune  tangat  *rmu  3  vïfer't  çejliens 
55*  J>)ha  parte  debacchentur  tgnes  \ 

Jvua,  nebttU  pluuiique  rores. 

Sed  betlicofis  fat  a    Quiritibus 

Hac  lege  dico>  ne  nimium  pijy 

Rebufcjtte  f dente  s ,  Mit* 

6°*  TeÛa  velint  reparare  Troie, 

Troidt  renafeens  alite  lugubri 
Fertuna  trifti  clade  iterabitur, 
Dncente  viûriçes  cateruas 

Coniuge  me  louis  &  for  or  ci 
€$•      Ter  fi  refurgat  murus  ahenens 
Autore  Phœbo ,  ter  pereat  me  if 
Excifus  Argiuis:  tervxor 


Odis  d'Horace.   Iiv.  ÎIÏ.      14.5 
peaux  de  beftail ,  fe  promènent  fur  les  cendres     ^0J 
<de  Priam,&  de  Paris,<Sc  que  les  animaux  fauua- 
ges  y'puiflènt  mettre  leurs  petits  faons  en  feure- 
té*,  que  le  Capitole  demeure  debout  auec  fa 
gloire,  8c  que  Rome  fuperbe  ,  donne  des  loix  *  jux  P«r^ 
auxMedesfubiuguez:  que  iettant  l'effroy  pai ;*b** 
toutes  les  Natiôs ,  elle  porte  fon  no  iufques  aux     +5- 
dernières  bornes  du  monde  ,  où  la  mer  fepare 
l'Europe  de  rAffrique,&  *  où  le  Nil  arroufe  les  cV//  h3~ 
champs  cultiuez  de  l'abondance  de  fes  eaux./jv^- 
Elle  fera  beaucoup  plus  forte  en  mefprifant  for      j  o« 
qu'elle  ne  conoift  point  dans  les  entrailles  de  la 
terre,  où  il  ferait  à  fouhaitter  qu'il  fuft  toujours 
caché,  pluftoft  que  d'eftre  employé  à  de  mau- 
uais  vfages,  par  des  mains  profanes  qui  rauagéc 
toutes  chofes,(ans  épargner  les  facrées.  Qujelle 
fafle  fentir  par  tout  l'effort  de  fes  armes ,  pour 
connoiftre  par  <vne  louable  curiofité  les  régions     SS" 
bruflantes ,  Se  celles  où  fe  forment  les  bruines 
&les  pluyes.  l'explique  donc  maintenant  les 
Deftinées  aux  braues  Romains.  Que  pour  ne 
paroiftre  point  touchez  dVnetrop  grade  pieté, 
ou  que  pour  prendre  trop  de  confiance  fur  la 
profperité  de  leurs  affaires,ils  ne  penfent  plus  à     60» 
reparer  les  ruines  de  Troye,dont  ils  font  fortis. 
La  fortune  deTroye  renaifsâte  fous  vn  mauuais 
augure ,  fera  détruite  vne  féconde  fois ,  par  des 
troupes  viâtoriéufes  qui  marcheront  fous  ma 
conduite,  honorée  que  le  fuis  de  la  qualité  d'é- 
poufe  &c  de  fœur  de  Iupiter.  Si  fon  mur  d'airain,     6jc 
de  l'ouurage  d'Apollon,  fereleue  par  trois  fois, 
il  fera  par  trois  fois  renuerfépar  mes  fîdellcs  ;  , 

*Argiens,  &  par  trois  fois  la  femme  ca£titt«i  £#*»#**♦ 

K 


?°. 


Ï46  C  A  R  M  I  K  V  M     L  1  B.   I  I  L 

Capta  virum  puerofjUi  plant. 
Non'h&c  iocofc  conuemunt  lyra. 
J£y  Mu  fa  tendts  ?  define  perutcax 
i\e ferre  frmoncs  deorum^  çr 
Aligna  no  dis  tenu  are  parais. 


ODE    IV. 

Poëtafe  a  mulris  pcricnlis  Mufarum  ope  ère-* 
ptum  fuiflcdicir  3  omnibiifque  malè  ceflifîe* 
qui  aduerfum  Dcos  aliquid  moliri  volue- 
rint. 

DEfcende  cœlo ,  &  die ,  âge,  ttbia 
Reg>na>  longum->  C-alliope  melosy 
Seu  voce  nunc  maui*  acuta , 

S  en  fidibus ,  citharaue  Phœbi* 

5.      tsfttditis  ?  œn  me  lu  dit  amabilts 
infant  a,  ?  audire  9  &  videor  pios 
Errare  per  lue  os  ,  amœn<t 

fyiies  &  aquA  fubeunt  &  aurai 


Me  fabuloft  Vulture  in  Appulo > 
lQt       AUricis  extra  limen  Apulia  , 
Ludo  y  fatiqatnmcjuc  fomno  , 

fronde  noua  puerum  palumbeS 

Texercy  mirum  quod  foret  omnibus  * 
^uicun^ue  celft  ntdum  *Acheronti<t , 
jj,  Saltufquc  Bantinos  >  çjr  aruum 

Pingue  ttnent  humilU  Ftrtnti  : 


Odes  dHôràcè.  LiVoIII.  ïaj.7 
pleurera  foii  mary  &c  fes  enfans.  Mais  ces  cho- 
ses ne  fiaifent  pas  bienàvne  lyre  emoùée.  O  y0? 
Mufe ,  où  veux- tu  aller)  Quitte  le  haut  deffcin 
que  tu  as  entrepris,  &  cefle  de  nous  raporter 
les  difcours  des  Dieux,  amoindrifïant  de  gran- 
des chofes  par  vne  foiblc  expreffion. 

A     CALL10PE.    Dde  IV. 

Jj)fie  par  l'aide  des  Mufesy  il  efl  échappé  de  phi- 
fieurs  dangers ,  &  que  tous  ceux  qui  ont  osé  en- 
treprendre quelque  chofe  centre  les  Dieux ,  s'en 
fo?2t  mal  trouuez,* 

DEfcen  du  Giel ,  Calliope  ReinedesMu- 
fes,  &  di  nous  fur  laftufte  vne  longue  & 
melodieufechànfoiijou  ,fi  tu  l'aimes  mieux, 
auec  la  netteté  d^ta  voix ,  ou  fur  le  luth  d'A- 
polon.  N'entendez-vous  point  des  Ions  \  où  lv 
bien  vne  aimable  folie,  ne  fait-elle  point  illu- 
ïion  à  mes  fens?  Il  me  femble  que  quelque  cho- 
ie vient  à  mes  oreilles,  &  que  Ton  marche  dans 
les  bois  fàcrez,où  des  eaux,&  des  haleines  dou- 
ces, fe  gliîfent  auec  la  pieté  qui  y  refide.  Sut 
vne  montagne  des  frontières  de  la  Poiiille  3  ap-  x^ 
pellée  le  Vautour,  où  la  terre  eft  fort  fertilé5me 
trouuant  vn  iour  las  du  jeu  &  du  fommeil,com- 
rnei'eftois  Enfant,  des  ramiers  dont  on  a  conté 
beaucoup  de  fables,  me  couronnèrent  d'vn 
feuillage  vert:&  ce  qui  defaoit  donner  le  plus 
d'eftonnement  à  tous  ceux  qui  demeurent  dans 
le  niddelahauteAcherontée,  parmi  les  boca-  |*£ 
ges  de  Béte ,  &:  autour  des  graffes  câpagnes  qui 
font  proches  de  Ferente  fituéçmi  bas  de  la  vl&U 


Î48  Carminvm    LtbIIL 

Vt  îuto  ab  atris  cor  porc  vi péris 
'Dormircm  cr  vrfis  :  vt  premerer  fier* 
Laureque ,  collataque  myrtà , 
1&*  Non  fine  dis  ammofus  ïnfans. 

Vefler*  CamcenA  >  vefier  in  ardues 
Tollor  Sabtnos:  feu  mihi  frtgidum 
P  rené  fie  >  feu  Ttbur  fupinum  , 
Sett  liquida  placuere  Bai*. 

àj*.      treftris  amicum  fontibus  &  chorisy 
Non  me  Philippis  ver  fa  actes  rétro  > 
Dénota  non  extinxit  arbos , 
Non  Sieula  Palinurus  vnda* 

Vtcunque  mecum  vos  eritisy  liben  s 
$<>•     Inpimentem  nauita  Bofporum 
Tentabo ,  &  arentes  arenas 
Littorii  <djfyrij  >  vtator* 

Vifam  Britannos  hojpitibtu  fëros  > 
Et  Utum  equino  JknvHinc  Concanuni  : 
15*      L  Vtfa™  pharetratos  Gelonos  , 

Et  Scythicum  inmolatm  amne?** 

Ves  Cjtfarem  altum*  militiafimut 
Fejfas  cohortes  abdtdit  oppidis% 
jlq.        Finire  qn&rcntem  Ubores 
Pierio  reercatis  antre. 

JTqs  Une  conftlwm  &  dette  %  &  dm 


Odes  d'Horace,  t iv.  III.     143? 
ne,eftoit  que  das  la  grande  ieunefle  que  i'auois> 
i'cuffe  efté  aflez  hardi  pour  dormir  en  feureté 
cotre  le  venin  des  Vipères  ,  &  lafurie  des  Ours 
qui  eftoient  en  ce  lieu-la,  &  que  ie  mettois  aur 
tour  de  ma  tefte  vne  trèfle  de  myrthe,  &de 
laurier  facré  :  maisil  eft  vray  que  cen'eftoitpas 
fans  vne  particulière  faueur  des  Dieux.  le  fuis      %ot 
à  vous ,  ô  M  ufes  >  ie  vous  appartiens ,  (bit  que  ie 
xnetrouue  éleué  fur  les  hautes  montagnes  dc^ 
Sabins>foit  que  le  frais  dePrenefte  m'arrefte,oii 
que  ie  me  plaife  dauantage  fur  la  cofte  pendan- 
te de  Tiuoîi ,  ou  bien  auprès  des  eaux  de  Bayes. 
Comme  ie  fuis  ami  de  vos  fontaines ,  &  de  vos     2j* 
dances  >  l'armée  qui  tourna  le  dos  dans  les 
champs  Philippiens, ne  m'a  point  fait  périr,  nô 
plus  que  l'arbre  maudit  qui  faillit  à  me  tuer ,  8c 
Palinure  qui  fut  fur  le  point  de  me  noyer  dans 
la  mer  Sicilienne.  Tant  que  vous  ferez  auec 
moy, ie  tenteray  volontiers ,  comme  vn  bon  Pi- 
lote, l'entreprife  du  bouillonnant  Bofphore ,  Se     3®» 
comme  voyageur ,  i  iray  hardiment  dans  les  fa- 
bles arides  des  coftes  d'Aflyrie.  Ieverray  fans 
pcriUes* Bretons  cruels  àleurshoftes,les  Con-^#/W'§ 
caniens  quife  réjouylTent  de  boire  du  fang  de 
cheual,  les  Gelons  qui  portent  toujours  leuif       •  *' 
carquois,&  *  le  fleuue  de  Scythie.Si-toû  que  le  te  TanàUl 
grand  Cefar  cherchant  vn  peu  de  repos,  a  mis 
dâs  les  places  en  garnifon,fes  troupes  fatiguées 
des  trauaux  de  la  guerre,vous  le  réjouy (Tez  par     40. 
les  belles  chofes  qui  fortent  de  *fantre  Pierien:  V*»ttedes 
Se  comme  vous  cites  pleines  de  bonté,  vous  luy  ***/**• 
donnez  toufioujr&des  confeils  accompagnez  de 
douceur,&  vous  c&es  rauies  d!aife,quand  yous 

K  lij 


ija         Carminvm  Lib.IIL 
G  attdctis  aima,  fimiu  vt  trnptos 
Titan* s  tmmanemqrte  turmam 
Fulmine  fuftulerit  caduco  , 
-\S*       JQj<}  terram  inertern ,  qui  mare  tempérât 
Ventofum%  <ST  vrbes>  regnaque  tri  fit  A  , 
Diuofque,  mortalefqne  tnrkas 
Impçrio  régit  vnus  arjpio, 
Magnum  tlla  terrorem  intulerat  loui 
$3o      Fidens  ,  iuuentm  horrida  ,  brackijs  : 
Fratrefque  tendentes  opacô 
Pelion  impofmjfe  Oljmpa. 
Sçd  qnid  Typhœm ,  &  validas  Àiimatî 
j£ut  quid  minaci  Porphyrion  flatti  y 
SJ*  '        Jgxid  RhœcHs  >  euulfifque  truncis 
Enceladus  iaculator  audax 
Contra  fonantem  Palladis  agida 
Pojfent  mentes  ?  foinc  auidus  fletit 
Vulcanus ,  hinc  matrona  Inno ,  & 
Ç0t  Nunquam  humeris  pofiturm  arcum 

Qui  rore  ptero  Caflalia  lauit 
Crtnes  folutos  ,  qui  Lycia  tenet 
Dumeta ,  natalemque  fyluam 
Delius  &  Patareus  j4 polio. 
<£<•,      Vis  confili  expers  mole  mit  fua: 

Vtm  temperatam  di  quoque  prouehunt 
Inmaius  :  idem  odere  vires 

Omne  nefas  antmo  mouentes* 
Te  fit  s  me  arum  centir.tanus  G  y  as 
70.     Sententiarum  noms  ,  &  intégra 
Tentator  Orion  Diana , 

V irvinea  â^mitus  (aaitta. 
LiieVca  monflris  terra  dolet  fuis: 
M^retcpie  pœr:zs  fulmine  luridum 


Odes  d'Horace.  Liv.  III.      151 
Jcsauez  donnez.  Nous  fçauons  bien  corne  re- 
poufïà  rudement*  les  Titans,  &  comme  tua  de  LesGe*nts 
ion  foudre  lancé  contre  terre,  vne  troupe  énor- 
me de  Geats,  *  celuy  qui  régit  auec  autât  de  iu~  imiter. 
ftice  que  de  puifsace  abfolu'é,  la  terre  immobi-     a? 
le,  la  mer  venteufe ,  les  villes,  le  trifte  royaume 
des  Enfers,  les  Dieux,  Se  les  foules  diuerfes  des 
mortels.  Cette  ieunefïe  horrible  s'affeurant  fur     e^ 
la  force  de  fes  bras,  donna  beaucoup  de  crainte 
àlupiter,  quand  auec  vne  intelligence  de  frères 
parfaitemét  vnis ,  elle  s'efforça  de  mettre  Pelio 
fur  l'Olympe  couuert  de  bocages  épais.   Mais. 
que  pourroient  contre  l'Egide  fonnante  de  Pal- 
las  auec  toutç  leur  violence,  Typhée,le  robufte 
Mimas,  Porphyrion  *  a  la  ftature  menaçante,  A  famine» 
Rhoëque ,  &  le  hardifrondeur  Encelade,  auec **"**$& 
des  trocs  d'arbres  arrachez  3  D'icyJ'auide  Vul-     5 /• 
çainrefiftoitcourageufemét:&delà  *  Iunon  la  l*  Matra* 
royale  fe  tenoitferme,fecondée  par  Apollon  le  **• 
Delien,&  le  Pataréen.quin'abandôneraiamais      ' 
fon  arc,qui  laue  fes  cheueux  épars.des  eaux  pu- 
res  de  la  fontaine  Caftalie,  8c  quitiét  en  fa  pro- 
te&iô  les  bocages  de  Lycie>&  laforeft  où  il  na£ 
quit.  La  force  fans  confeil  tombe  d'cllc-mefme      £jo 
fous  fon  propre  poids:  mais  les  Dieux  font  croï- 
ftreen  mieux  vne  force  condukte  parla  raifon, 
&  haïfTent  celle  qui  n'entreprend  que  dqs  ai- 
dions noires.  Gyas  auec  fes  cent  mains  eftvn 
tefmoin  confiderable  de  ce  que  ie  dis  ,  aufîî 
bien  quOrion  abbatu  par  vne  fliche  virginale 
pour  auoir  attenté  à  la  pudicité  de  Diane.    La 
Terre  fe  plaint  de  fe  voir  iettée  fur  fes  pro- 
pres monftres,  5c  s'afflige  que  fes  enfansfoienc 

K    iiij 


ï/1  C   A   R  M    I   N  V  M    L  I  B.    I  II. 

7 S-  -A'fijfos  ad  Orcum  :  nec  peredn 

Impofttam  celer  ignis  *s£tnAm  : 
Incontinente  nec  Tityi  tecur 
Rclincjuit  aies ,  necjunÏA  additm 
Gifles  :  amatonm  trecentdt 
So.  'Pevithoum  cohibent  cMctiét. 


Ode  V. 

Diui  Augufti  laudes ,  Crafll  vituperium,  Re« 
guliconftantia,  &adPœnos  reditus, 

COelo  tonantem  credidimm  louent 
Regnare'  prœfens  diuus  habebituf 
jûuguflns  ,  adietlis  Britanms 
Imperio  >  grambufque  Perjis. 

5*      Jliilejhe  Crajfi,  cornu ge  barbara 
Turpis  maritus  vixit?  &  hoftium 
(  Pro  curia ,  inuerftque  mores  !  ) 
Confenuit focerorum  in  armis, 

Suh  rege  Medo ,  Marfes  &  Appulus* 
lo°      Jînciliorum  ,  nominïs  &  togœ 
Oblitus^  &tern&que  Keft<e* 

Incolumi  loue ,  &  *vrbe  Rom*  ?4 

Hoc  cauerat  mens  prouida  Reguli, 
Biffent  ientis  condittombus 
iy         Fœdis  ,  &  exemple  trahenii 

Pernkiem  veniens  m  œuum  : 


Odes  d'Horace.  Liv.  III.      i/j 

précipitez  par  le  tonnerre  dans  les  noirs  abyf-  75, 
mes  de  l'Enfer  ,  fans  que  la  viuacité  du  feu 
puifte  ronger  le  Mont-Etna  qui  les  accable, 
ny  que  l'oyfeau  laiiïe  le  foye  de  l'effronté  Ti- 
tye,  à  l'impudence  duquel  >  il  a  efté  donné  pour 
gardien  :  &  cent  chaiiiies  attachent  cruelle-  g0^ 
ment  l'amoureux  Ferithous. 


Ode    V. 

Louanges  £  Augufie  ,  on  il  eft  parlé  de  la  confiance 
de  Regulm  ,  csr  defon  retour  a  Carthage. 

NOftre  créance  a  toujours  efté  que  Iupitcr 
règne  au  Ciel,  parce  que  de  là  il  nous  fait 
entendre  fon  tonnerre.  Mais  Auguftefera  tenu 
pour  va  Dieu  vifible  après  auoir  afliiietiàcet 
Empire  les  Bretons,  &lesPerfes  qui  nous  ont 
efté  fort  incommodes.  Etdefait  lesfpldatsde      5J 
Craflus,  depuis  leur  défaite,  n'ont-ils  pas  mené 
vne  vie  honteufe  chez  ces  derniers ,  s'eftans  al- 
liez à  des  femmes  eftrangeres  ;  EtleMarfe,  & 
l'Apulien  oublieux  des  rondaches  fatales,  aufli      io, 
bien  que  de  leur  réputation ,  des  dignitez  de  la 
robbe ,  Se  des  feux  éternels  de  Vefta ,  fins  que 
Inpiter  8c  la  ville  de  Rome  fuflent  endomma- 
gez, ne  vieillirent- ils  pas  dâs  le  feruice  du  Roy 
des  Medes,portans  les  aiefmes  armes  que  leurs 
beau-peres  ennemis  des  Romains  >4  O  Gourdu 
Sénat  i  ô  mœurs  que  vous  eftes  changées '.cer- 
tes Tefprit  preuoyat  de  Regulus  s'en  eftoit  bien 
apperceu,quand  il  ne  fut  point  d'auis  de  côfcn- 
tïrà  des  conditions  honteufes,  ny  de  faire  va     l^é 
exemple  pernicieux,  quicauferoitauec  leteps 


i{4  Carmimvm   lib.IIL 

Si  non  periret  immtferabtlis 
Caprtua  pubcs.  S  ton  a  eno  PttnicU 
i      Ajfîxa  delubris  .  <Jr  arma 
10  Mdîtibus  fine  c&de  (  dtxït  ) 

JDirepta  vidi  :  vidi  ego  ciptium 
Retort  a  terqo  brachia  liber  o  : 
Portafcjue  non  claufiu  ,  &  arua 
Adarte  coït  popnlata  nofiro. 

Z<9     jiuro  repenfas  fcilicet  acrior 
Miles  redibit.  fiagitio  additis 
Dammtm.  ne  que  ami ffo  s  colores 
Lana  refert  medteata  fuco  : 

Nec  vera  virtw >  qnum  femel  excidit  \ 
3°»      Curât  repont  detertortbns. 

Si  pugnat  extrtcata  denfts 
Cerna  plagisxerit  tlle  fortis 

Gkù  perfidisfe  credidït  hoftibus: 
Et  Marte  pœnos  proteret  altero , 
G)iti  lora  reftritlis  lacenù 
""  Senjit  iners*  timmtquc  m  orient. 


35 


Hic  vnde  vitam  famerel  infeius > 
Pacem  duello  mtfcxit-  o  pudor  !      v 
O  marna  Carthago  probrojîs 
40.  Jilttor  ltaliét  ruinis  ! 

Tertur  pudicét  conixgU  ofculam , 
Paruofyue  natos  vt  capitis  rninor% 
Ab  fe  remowjfe,  &  virilem 


Odes  d'Horace.  Liv.  III.       ts$ 
vne  grande  perte  ,  filaieunelfecaptiue  ne  pe- 
rillbit  fans  mifericorde.  l'ay  veu ,  dit-il,  les  ar-      zar 
mes  &  les  enfeignes  arrachées  fans  effufion  de 
fangjd'entre  les  mains  de  nos  foldats,  appédues 
dans  les  Temples  d'Afrique.  Tay  veu  des  bras 
de  Citoyens  libres  attachez  derrière  le  dos,  les 
portes  de  Carthage  toutes  ouvertes  pour  mar- 
quer lafeuretéde cette  ^*/^,&:lesméfmes* châps,  Les  e4m" 
cultiuez,quiauoiét  efté  rauagez  par  nos  armes.  ??/*!* 
Au  refteilya  grande  apparence  quelefoldat  * 

racheté  au  poids  de  l'or  s'en  retournera  bien  *" 
plus  courageufementau  côbat,  qu'il  n'y  auoit 
efté  la  première  fois.  Si  vous  en  vfez  de  la  forte 
vousadiouftezle  dommage  à  l'infamie.  La  lai- 
ne  qui  a  efté  vnc  fois  tainte,  ne  réd  iamais  nay- 
uement  les  premières  couleurs  qu'elle  a  per- 
dues: &  quand  la  vraye  vertu  eftvne  fois  abba-  30. 
tué, elle  ne  fe  reftablit  iamais  en  ceux  qui  fe  font 
laifîez  corrompre  par  les  yices.  *  Il  eft  vray  que 
fi  la  biche  entre  au  côbat  après  s'eftre  dépêtrée 
des  filets  qu'on  luy  auoit  lédus-,  celuy -  là  fe  peut 
bic  dire  vaillant  qui  s'eft  abandoné  au  pouuoir 
des  ennemis  :  &c  celuy  qui  afentifes  bras  ferrez  350 
des  durs  liens  qui  le  rendaient  inutile  ,  ôc  qui 
s'eft  trouué  faifî  des  appréhendons  de  la  mort, 
foulera  fans  doute  aux  pieds  les  Carthaginois 
dans  vne  féconde  bataille.  Ainfi  ce  foldat  ne 
(cachât  de  quel  cofté  il  peurroit  afieurer  fa  vie, 
confondroit  la  paix  auec  la  guerre.  O  honte  1 6  40, 
fameufe  Carthage accreué  par  lesinfames  rui- 
nes de  l'Italie  ?  On  dit  que  Rcgulm  fe  fentant  a- 
moindri  par  Peftat  de  fa  captiuité ,  ne  voulue 
point  reccuoir  les  baifersde  fa  femme  pudiques 


Ire**?. 


Ij5  C  A  RM  IN  V  M     LlB.    II  T. 

Torttité  bum%  fofnijfe  vtiltum  3 

45-      Donec  labantes  cenfilio  patres 

Firmaret  autor  nuncfuam  alias  data, 
Intercjue  mœrentes  amicos 
Eçregws  properaret  extiL 

j4tc]Hi  fciebat  quafibi  barbarus 
50.       Tortor  pararet.  non  aliter  tamcn 
Dimouh  obfiantes  propinqtiosy 

EtpopHlnm  redittis  morantem^ 

£)uam  fi  clientum  longa  negotia 
Bttudicata  lite  relincjHeret -> 
5$.  Tendens  Vcncfranos  in  agraf, 

j4ut  LaceddtmontHtn  Tarentnm* 


AD     ROM  A  NO  S.    Ode  VI. 

De  moribus  fui  feculi  corruptis. 

DTLUUa  Maiorptm  immeritus  lues 
Romane ,  done c  templa  refeceris  » 
ts£deft]tie  labentes  deorum  ,  cr 
Fœda  nigro  finiulacbra  furno* 

T^is  te  minorem  cjuod  geris,  impera$% 
Jrlmc  omne  principium  ,  hue  refer  exitum  , 
ùt  multa  neqjeÛi  dederunt 
Hefpertx  mala  luEtuofi. 


Odes  d'Horace.  Liv.  III.     ijj 

foy  de  Ces  petits  enfans,  &  que  d'vne  ame  genc- 
reufe,il  arrefta  fon  regard  fixe  contre  terre,  iuf- 
ques  a  ce  que  par  vn  confeil  fans  exemple,  il 
euft  fait  prendre  vne  ferme  refolution  au  Sénat     45. 
qui  eftoit  chancelant,  &c  qu'au  milieu  de  fes 
amis  affligez,il  fe  fuft  détermine  par  vnc  valeur 
incomparable  à  vn  illuftre  banniîrement.  Or  il 
fçauoit  bien  les  tourmens  que  luy  preparoit  le      fàf 
barbare  Tyran.   Toutefois  il  ne  Te  défit  point 
autrement  de  Ces  proches  qui  s'efforçeoient  de 
le  retenir ,  ny  du  peuple  qui  retardoit  fon  re- 
tour, que  fi  après  auoir  iugé  les  procez  des  par- 
ties qui  le  venoiétfollidter,ileuft  quitté  le  Coin 
de  trauailler  à  de  longues  &  ennuyeufes  affai- 
res,pôur  aller  fe  diuertir  aux  châps  de  Venafre,      55* 
ou  bien  fe  promener  à  Tarentequi  fut  autre- 
fois habitée  par  vne  colonie  de  Lacedemoniés. 


AVX     ROMAINS.    Ode  VI. 
Il  reprend  les  mœurs  corrompues  de  fin  temps. 

O  Romain ,  tu  porteras  la  peine  de  la  faute 
de  tes  Pères  fans  Tauoir  mérité,  iufquesi 
tant  que  tu  ayes  rebafti  les  temples  ruinez  des 
Dieux ,  &  reblanchi  leurs  (îmulacres  enfumez. 
De  ce  que  tu  t'abbaifles  au  deflbus  de  leur  di- 
tiin  pouuoir,  tu  exerces  l'Empire  du  monde. 
Auflieft-ce  delà,  que  fe  tire  le  principe  de  tou- 
tes chofes ,  &  il  faut  que  tu  y  raportes  la  fin  de 
tes  nobles  entreprifes.  Quadles  Dieux  on tefté 
Négligée, ils  ont  enuoyé  beaucoup  de  maax  à 
l'Italie,  qui  en  a  Yedfclong-téps  depuis  des  lar- 


1^8  Carmtnvm  Lib.  117, 

%*m  bit  Monœfcs,  çr  Pacori  manus 
là.      Non  aufpicatcs  contudit  ïmpetus 
Noflros  :  Cr  adieajfe  pr&dam 
Terquwus  ex t guis  renidct. 
T étne  occupatHm  feditiontbus 
Deleuit  vrbem  Dacrss  &  ^£thiops  : 
|r  Hic  clajfe  formidatus  >  ille 

Mijfilibus  mclior  fagittts. 

Fœcunda  culp*  ftcuU ,  nuptia* 
Primum  inquinauere  ,  &  genus  y  &  domùs. 
Hoc  fonte  deriuata  cladcs 
£o.  ^n  pàtriam  populumque  jluxit. 

Motus  doceri  gaudet  lonicos 
Jldatura  virgo  ,  &  fingitur  artibus 
lam  nuncy  &  inceflos  amores 
De  tenero  meditatnr  vnguL 

Xj,      Afox  iuniores  cjuœrit  adulteros 
lnter  mariti  vina  :  necjue  cligit  • 
Cui  donet  impermiffa  raptim 
Gaudia  ,  lumimbus  remous  : 
Sed  iujfa  coram  non  fine  confcio 
20,     Surgit  ïnarttQjfeu  vocat  inftttor% 
Seu  nauis  Htfpanœ,  magifter, 
Dedecorum  pretiofus  emptor* 

N on  bis  iuuentus  orta  parentibus 
Jnfecit  a^uqy  fanouine  Vunico  : 
fâ*  Pjrrhunoque  &  ingentem  cecidit 

Antiochum ,  Sinnibalemque  dirfifé: 
Sèd  ru  flic  or  Mm  m  a  feula  militum 
Proies  y  SabelUs  doffa  Ugontbm 


Odes  d'Horace.  Liv.  III.      159 
îmesameres.  Les  armées  deMonefe  ,  &dePa- 
corc,nous  ont  dé-ja  repouffé  par  deux  fois3&  fc      10* 
glorifier  de  s'eftr  e  parées  de  nos  dépouilles.  Le 
Dace  &  l'Ethiopien ,  ont  quafî  deftruitla  Ville 
pleine  de  feditions,  celuy-cy  redoutable  dâsfes      1^ 
vaifleaux  de  guerre,  &c  cet  autre  beaucoup  plus 
adroit  que  le  dernier  a  décocher  des  traits.  Les 
temps  qui  (ont  gros  de  vices,  ont  premiereméc 
fouillé  les  mariâges,les  f  aces>&  les  maifons.  De     lui 
«tte  fburce,  les  calamitez  font  découlées  fur  la 
patrie  Se  fur  le  peuple.  La  fille  qui  a  pafTé  l'âge 
de  l'enfance,  eft  bien  aife  d'aprendre  à  dancer 
à  l'Ionienne  ,  &c  conduit  fes  pas  auec  mefure  fé- 
lon toutes  les  règles  de  Fart:  elle  s'inftruit  aux 
amours  deshonneftes  déslatendrefle  de  l'âge. 
Puis  quand  elle  eft  prOmife  ,  elle  cherche  des      '££ 
Amants  plus  ieunes  qu§  (on  iiiary  parmy  les  fe- 
ftips  de  les  nopees ,  &  ne  fait  point  de  choix 
quand  les  flambeaux  font  étaints  pour  prendre 
à  la  dérobée  des  plaifirs  illicites:  mais  du  côfen- 
te ment  de  fon  mary  mefme,ellefeleueduli<5fc 
deuant  tout  le  monde ,  auffi-toft  que  l'appelle,     iq, 
bu  le  fa&eur ,  oti  le  maiftre  de  quelque  vaifleati 
d'Efpagne  qui  trafique  à  "ordinaire dételle  m ar* 
chandtf'e ,  &  achepte  bien  chèrement  l'infamie 
du  deshonneur.  Cette  valeureufe  ieuneflé  qui 
taignit  autresfois  la  mer  du  fangdes  Carthagi- 
nois, &c  qui  fit  tomber  Pyrrhus  fous  l'offortde      i<] 
fes  armes,auffi  bien  que  le  grand  Antiochus,  & 
le  cruel  Annibal,  n'eftoit  point  fans  doute  for- 
tied'vne  parété  femblable  a  celle-cy,mais  dvn 
sag  mâle  de  guerriers  rùftiques,  inftruits  à  tour- 
ner les  guerets  auec  labcchs  Sabine,  &  à por- 


Mj#         Cârminvm    L  i  b.  III. 

Verfare  olcbxs  ,  e~  /?*/<rr4! 
4<S,  Matrts  ad  arbitrittm  recifos 

Portare  fptjles*  fol  vbi  montium 
Mutaret  vmbras ,  cr  iuga  demeret 
Bobus  fatigatis  >  amtcum 

Tempus  agens  abeunte  curru, 
4j.       Damnofa  cjutd  non  imminuit  diesf 
ts£tas  parentum  ,  peior  auû  ,  tultt 
rNj)S  necjuiorcs ,  mox  daturos 
Progeniem  vitiofiorem* 


AD     AS  TE  RIEN.    Ode    VII. 

Confolatur  cam  de  viri  fuiabfentia  mœftam, 

monetque ,  vt  fidem  conjugalem  ci 

dàtam  feruec. 

QVtà  fies  Afterie,  c/uem  tibï  candidi 
Primo  reftituent  vere  pauonu , 
Thjna  merce  beatum 
Confiante  iuuenem  fids 

S*       Gygen?  IRe  notis  aBtis  adOricurnt 
Poft  infana  Caprœjydera  ,  frigide 
Nolles  non  fine  mnltis 

Infomnis  lachrjmis  aait. 

Atcjui  fo/licitx  nuntitss  hofpiu, 
10.      Sufpirare  Chloen>  &  miferam  îhh 
Dicens  ienibm  vri , 

Tentât  mille  vafer  moâù, 

m 


Oi)E$   d'Horace.  LiV.  lit.       x6t 
ter  des  fagots  au  gré  des  Mères  feueres,  quand      4.0, 
îe  Soleil  le  retirant  fur  fônchar,  pour  laiflèr 
venir  le  temps  amy  du  repos,  faifoit  changer 
les  ombres  des  montagnes  ,  &  oftoit  le  ioug 
aux  bœufs  fatiguez  du  trauail  de  la  iournée* 
Ainfi  qui  à  t-il  que  le  temps  ruineux  fr'endoro-      4î« 
triage  points  L'aage  de  nos  pères  eftoit  pire 
que  celuy  de  nos  Anceftres  :  le  noftre  eft  enco- 
re plus  mauuais  :  &  de  nous,  il  fbftirabien-toft 
vne  pofterité  beaucoup  plus  corrompue  que 
nous  ne  fommes  à  prêtent: 


A   A  ST  ERIE.  Ode  VIL 
ïl  là  ton  foie  JCv'ne  abfence* 

ASterie  ,  pourquoy  pleures-tu  le  iciinë 
Gyges  éprouué  par  vne  fidélité  confian- 
te, qu'vn  vent  fauorable  te  ramènera  vers  le 
Printetaps ,  enrichi  de  beaucoup  de  raretez  de 
Bithynie  ?  Se  voyant  pouffé  par  vn  vent  deMi- 
dy  dans  le  port  d'Oçique ,  après  le  coucher  de 
la  Cbnftellation  de  là  chéùrê  celefte  qui  excite 
des  tèmpefles,  il  paflé  les  froides  riuidts  fans 
dormir ,  mais  non  pas  fans  verfer  beaucoup  de 
larmes.  LeMeffagerfinet  de  Chloéfonhoftef- 
fe  toufîours  pleine  d'inquiétudes  à  fon  fujer> 
s'efforce  dé  l'attirer  par  mille  iniientions,  luy 
difant  que  Chloé  foûpire  ,  &  qu'elle  brufle 
malheureufement  de   les  feux,  Il  luy  raporte 

jL» 


to. 


î  6l  C  A  R  M  I  K  V  M    L  I  fi.   1  t  I» 

Vt  Prœtum  multer  perfida  credulum 
Falfis  imputer it  crimintbus ,  nimz* 
15.  Cafio  Bellerophonti 

JMaturare  necem^  refert. 
Narrât  ptne  datum  Pelé*  Tartaro  , 
Magxcjfam  Hippolyten  du m  fu gît  abjlinens  * 
Et  peccare  docentes 
£0.  Faflax  ht  (loriot  monet': 

Fruflra.  nam  fcopulis  furdior  /cari 
Voce  s  audit  adhnc  intcver.  at>  ttbi 
Ne  v  ici  nu  s  En  t  peu  s 

Plus  iujio  placeat ,  caue  : 
*5*      ^uamkis  non  alius  fieffere  equum  JlienS 
±/F-Cjue  €onfpiatur  gramine  JMartto  •" 
Nés  cjwfquam  cttm  <tque 
"Tufio  denatat  alueo. 
Prima  ncÛe  domum  claude  :  neque  in  vitâ 
JOi       Sub  cantn  queruU  defpice  tibia: 
Et  te  ftpe  vocanti 

Daram tdîfficilis  mane. 


AD    MËCOENATEM.    Ode  VIII. 

Quimi  vxorem  non  habeat^ijiilominus  Ka- 
lendas  Martiascur  celebret ,  Meccenas  mi- 
rari  non  débet. 

AK  Artiis  cœlebs  quid  agam  Kalendû  y 
JL  £)uid  velwt  flores ,  &  acerra  thuri$ 
jPlena,  mtraris ,  pofttufque  carbo  m 
CeJpttt'VWO) 


Odhs  d  Horace,    Liv.  1IL     ioj 
fur  ce  propos  l'hiftoire  de  la  femme  infidclle  de 
Prœtus5qui  excita  fon  mary  trop  crédule  à  faire      «, 
mourir  le  chafte  Bellerophôn  pour  des  crimes 
fuppofèz.  Illuy  fait  le  conte  de  Pelée  qui  fut 
fur  le  point  de  périr ,  pour  s'eftre  voulu  défen- 
dre par  vne  grande  modeftie  des  pourfuittes 
amoureufes  dHippolite  du  pays  dès  Magne- 
ïiens.   Et  comme  il  eft  vn  trompeur, il  luy  dit       *$ 
bien  d'autres  chofes  qui  apprénent  à  mal  (aire. 
Toutesfois  c'eft  en  vain  :  car  plus  feurdqu'vn 
fcfcueil  de  la  mer  Icai  iéne  ,  il  oit  fes  paroles  fins 
rien  perdre  de>fon  intégrité.  Mais  prend  bieii 
garde  pour  toy ,  que  le  voifin  Enipée  ne  te  plai- 
fe  dauantage,  qu'il  ne  feroit  à  defirer,  quoy     %}* 
qu'on  ne  puifle  voir  performe  plus  adroit  que 
luy  à  tourner  Vn  cheualdans  le  champ  de  Mars, 
hy  qui  luy  puifte  eftre  comparable  à  tràueifer 
leTybredlanage  auecvne  grande  promptitu- 
de. Ferme  laporte  de  ta  maifon  ;  di  que  la  nui  et 
eft  venue  :n"e  regarde  point  en  laruequâd  tu  en-     3&? 
tedras  le  fon  dvneflufte  plaintiuei&  môtre  toy 
difficile  à  celuy  qui  t'appellera  fbuuet  insefible. 

A    MECENE.    Ode  VIII. 

£hte  Mécène  ne  fe  doit  point  étonner ,  de  ce  qne  le 
Tcè'te,  célèbre  le  iour  des  Calendes  de  2ldars>en** 
core  qutl  nefoitpoint  marie. 

DOcfce  Mecenè,qui  fçais  les  grâces  de  l'vn-é 
&  de  l'autre  langue:  tu  t'cmerufcilles  de  ce 
que  ie  célèbre  le  iour  des  Calendes  de  Marsâ 
encore  que  ie  lie  fois  point  marié  ;  &  tu  me  ai  *> 


i^4  Carminvm   Lib.  III» 

Dofle  fcrmones  vtnufcjuc  linçua  : 
Voueram  dulces  cpuLis  çr  album 
Ltbero  caprum^prope  funeratus 

Jirboris  Ulu. 
Hic  dies,  anno  rcdeunte  feflus  : 

IQ#      Corticem  aftrittum  pice  dimouebit 
jimphordifitmum  btbere  inftttm& 

Confule  Tullo. 
S  urne  2Wec&na&  cyathos  amici 
S ojpitû  centum:  &  vigiles  lucern M 

iy      Profer  in  lucem  :  procul  omnis  ejîa 
Clamor  Cr  ira. 
Mitte  ciniles  fuper  vrbe  curas. 
Occidit  Daci  Cotifonis  agmen  : 
Medm  wfeflus  fibt  luttuofis 

io#  Dijfidet  armis  : 

Seruit  Hifpana  vêtus  heflis  or& 
Cantaber ,  fera  domitus  catena  : 
lam  Scythœ  laxo  meditantur  arctt 
Céder e  çampis. 

2.?.     Negligens  ne  qua  popnlm  laboret  « 
Parce  priuatm  nimium  cauere:  c£- 
Dont  pr&fentis  râpe  Utm  bora }  aa 
Linqne  jettera* 


Odes  d'Horace.  Liv.  III.      xS$ 

mandes ,  ce  que  veulent  dire  ces  fleurs ,  cetera 
fenfbir  plein  d'encens,  &  ce  charbon  amafle       ^ 
fut  ce  gazon  ?  Fauois  dédié  à  Bacchus  ces  doux 
jncts  auec  *  vn  chéur  eau  blanc ,  quand  le  faillis  ****. 
d'^ftre  tué  par  vn  arbre  qui  tomba  fur  moy. 
Toutes  les  années  en  cette  fefte-cy,onotera 
l'efcorceenduittedepoixàla  pippe  quia  com-      xo* 
mencé  de  s'enfumer  dés  le  Confulat  de  Tullus. 
Prend  cent  verres  en  main,  mon  cher  Mecenç, 
pour  boire  à  la  faute  de  ton  amy .  Fay  durer  cet- 
te réjouyfïance  toute  la  nui&  à  la  clarté  des 
flambeaux  :  &  que  le  bruit,  <k  la fafèherie  s'é-      \^ 
carte  loin  de  nous.  Chaffe  auflî  tous  les  foucis 
de  la  grandeur  deTEftat ,  5c  des  affaires  publi- 
ques. L'armée  de  Cotifon  Prince  des  Dacesa 
efté  taillée  en  pièces  :  8c  le  Mede  incommode 
à  foy-mefmc,  fe  déchire  par  Ces  propres  ar- 
mes qui  luy  font funeftes.  Le  Cantabrois  no-      10? 
ftre  ancien  ennemy  des  coftes  de  rEfpagne  ,  eft 
enfin  réduit  dans  la  feruitude,  après  auoirefté 
dompté  fous  k  chaifhe  qui  l'attendoit.  Mainte- 
nant les  Scythes  qui  n'ont  plus  leurs  arcs  ten- 
dus ,  nous  abandonnent  la  campagne.  Mais     if. 
puisque  tu  veux  demeurer  dans  vne  condition 
priuée,netemets  pas  trop  en  peine  descala- 
mitez  publiques.  Reçoiles  faueurs  que  l'occa- 
fion  te  prefente ,  &  quitte  les  affaires  ferieufes. 


h  ii) 


f  66         Càrmïnvi*    L  i  b.   III. 


AD    L  YDIA  M.    Ode  IX. 

Jpialogns  eft  de  praercriris  amoribus,  cifdcm- 
que  renouandis 

H  0  R  A  T I  V  s. 

DOnec  gratus  erarn  ttbi, 
Nec  qmfcjHAm  pottoY  brachia  candide 
Ceruiei  ïuuenU  dabat> 

Perfornm  vigui  rege  beatior. 

L  YDIA. 

C.        Donec  von  alin  maç^u 

Arfifli ,  ne  que  erat  Ljdia  pofi  Chloeni 
jtyulti  Lydta  nominis 

Bfimana  vigui  cUrior  Ma. 

HO  R  A  TirS. 

Me  nunc  Threffa  C-:loe  régit , 
tfi>  Dttlces  dofta  modo  s ,   &  citharœ  feiens  i 

PrD  qua  non  metuarn  mori, 

St  par  cent  animt  fata  Jkperfiiti* 

L  Y  D  I  A, 

Me  t  orvet  face  mutua 

Thurim  Calaù  filnu.  Ornithi  > 
•15       Pro  quo  bis  patiar  mori , 

Si  parcen?  pttero  fat  a  faperftiti» 


Ox>es  d'Horace,  Liv.  III.       \(>i 


% 


A    L  YD  I  E.    Ode  IX. 

Dialogue  y  touchant  fis  vie:lles  amours  qu'il  A  r&~ 

n  ou  ue  liées  auec  Lydie* 

HORACE. 

TAndis  que  i'eftois  en  ces  bonnes  grâces,  8c 
quVn  plus  ieune,  &  plus  fauorifé  que  tï\oy 
n'enlaflbit  point  Ces  bras  autour  de  ton  beau 
fcin,  i'ay  vefcu  plus  heureux  que  le  Roy  des 
Perfes. 

LYDIE. 
Tandis  que  ton  cœur  ne  fut  point  embrafe       5* 
£  fort  d'vn  autre  feu  que  du  mien ,  &  que  Ly- 
die ne  fut  pas  moins  chérie  que  Chloé;  Lydie 
en  grande  réputation  ,  a  vefeu  aucc  plus  de 
gloire,  que  n'en  eut  iamais  la  Romaine  Ilie. 
HO  KA  C  E. 
Chloé  que  nous  deuons  à  laThraçe,  me  pof- 
fede  maintenant  par  les  charmes  de  fa  voix  ,  &     10* 
de  fon  luth,  qu'elle  fçait  toucher  admirable- 
ment :  &  ie  ne  craindray  point  de  mourir  pour 
elle,  fi  les  Deftinées  veulent  épargner  fa  vie 
pour  la  laiflèr  immortelle  après  moy. 
LYDIE, 
Calaïs  fils.  d'Ornithe  Thurien ,  me  brufle 
d'vne  flame  mutuelle,  pour  qui  iç  fouffrirois      l5* 
deux  fois  la  mort,  fi  les.  Deftinées  veulent  ef- 
pargner  fa  ieuneiïe  poux  le  laifïbc  immortel 
après  moy. 

L   iiij 


K>8  Carmin  vm    Lib.  II  L 

HO  R  A  T  I  F  S. 

Jgjitd  fi  prifca  redit  lremu? 

OidnElofûjUi  tuoo  cogtt  ahcneo  ? 
Si  fiiiHA  excutitur  Chlcç? 
xa*         Reietl&qtte  patet  tanna  Lydix? 

L  TD  1  A. 

J>ïvA.Mquam  fydere  pitlchrior 

1  lie  e(l>>  m  leuior  cortice>  &  improbo 

Jracundior  Adria  : 

Tecnm  viuere  amern*  tecum  obeam  libens* 


î 


IN    LYCEN,     Ode  X. 

Lycen  monet3vt  pofïta  duritie  fibi  fup 
plici  parcat. 

IIJ  Xtremum  Tanaim  fi  biberes  Lyce , 
-jS&ho  nupta  viro ,  me  tamen  afpera* 
P  erreBum  an  te  fores  obiieere  incolis 
Plorares  Aqiiihnibm* 

|.       Andis  €jU0  firepïtu  ianH.a>  quo  nemm 
inter  pnlchrA  fitum  teffa  remugiat 
Ventù  ?  &  pofitas  vt  glaciet  nines 
Pur a  numine  Itfptter? 

Ïk?  ratant  Veneri  pone  fuperbiam  i 
ïo-      AV  enrrente  retrs  fnnis  eat  rota» 


Odes   d'Horace.  Liv.  JIL    169 
HORACE. 

Que  feroit-ce,  (înoftre  première  amour  de- 
uoit  renaiftre  au  monde  ?  &c  fi  par  fon  moyen 
nous  eftions  réunis  enfemble  fous  *  vn  ioug  Ceftiâtrê. 
çl'erain  ?  fi  la  blonde  Chloé  eftoit  çhaffée?  &  fi  JVj*** 
la  porte  eftoit  ouuerte  à  Lydie  reiçttée  3 
L  Y  DIE. 

Encore  qu'il  {bit  plus  beau  qu Vn  Aftre ,  & 
que  tu  (ois plus  léger  qu'vn  écorfe,  &  plus  co- 
lère que  la  mer  Adriatique  fi  facile  à  fe  trou- 
bler, ie  voudrois  viure  en  ta  compagnie,  ÔC 
acheuer  mes  iours  auprès  de  toy . 


io< 


A     L  Y  G  E.    Ode  X. 

Qu'après  auoir  quitte  fa  rigueur,  elle  [oit  tou- 
chée c£vn  peu  de  bonté  pour  luj. 

LYce,  (î  tu  beuuois  des  eaux  du  Tanaïs,  à 
l'extrémité  du  monde  auprès  d'vn  mary 
cruel,  ie  pefe  que  tu  verferois  des  larmes  quel- 
que impitoyable  que  tu  (ois,  de  me  voir  couché 
deuant  ta  porte, expofé  aux  rigueurs  de  THy-       5. 
uer.  N'entends  tu  point  le  bruit  que  fait  le  yent 
autour  de  *  tesfencftres  &dans  le  bocage  qui  Detaporte^ 
entoure  ta  belle  maifon:  &  Iupiter  ayant  ren- 
du l'air  le rain  ,  ne  vois  tu  pas  comme  il  fait  gla- 
cer la  neige  tombée  de  toutes  parts  ?  Quitte  ce 
fier  orgueil  fî  defagreable  à  la  belle  Venus ,  de- 
peur  que  la  corde  venant  a  rompre,  les  roués      10. 
de  ton  char  ne  te  faflént  rouler  en  arrière.  Ton 


ijo        Carminvm    Lib.  III. 
Non  te  Penelopen  dtffictlern  proeù 
Tyrrheniu  gênait  parens. 

O ,  cjuamtiù  necjue  te  tnnnera  ,  nec  prêtes^ 
Nec  tinttw  viola  pallor  amantïum  , 
'5*  Nec  vir  Pieria  pellice  faucim 

Chyum  y  fupplicifau  tnU 

Parcas ,  nec  rigida  ntollior  Efîulo, 
Nec  JUauris  animum  mitior  anouibné* 
Non  hoc  femper  erit  limints  an$  aqtiâ 
xo.  Cotlejits  patiens  lattu . 


AD     MERCVRIVM.     Ode   XL 

Mercurium  rogat ,  vt  cantus  fibi  didtet,  quibus 
animum  Lydes  fle&atin  ciusamprem,  pro- 
pofitaDanaidum  fabula. 

MErcttri  (  nam  U  docïïls  magiftro 
Mottit  jimphion  lapides ,  canendo  ) 
Tnque  teftp<do  ,  refonare  feptem 
Ca/lîda  nertiis: 

(  Nec  loquax  olim  ,  ne  que  oratA  •>  nunc  & 
Diuitum  menfis  &  Arnica  t emplis ) 
Dicmodosy  Lyde  âjmbm  objUnatas 
Appltcet  anres. 

££*&>  vclmUtis  equa  trima  campis  > 


Odes   d'Horace.  Liv.  IIL     171 
père  Xyrrenien  ne  t'a  point  engendrée  comme 
vue  autre  Pénélope ,  fans  auoir  de  coplaifapce, 
pour  les  amoureux  ponrfuiuans.  O  cœur  inhu-     j. 
main  plus  incapable  d'eftre  amolli  que  les  chef- 
nés  durs ,  &  plus  infenfible  à  la  douceur  que  les 
ferpens  de  Mauritanie  \  quoy  que >  ny  les  prc- 
fens,  ny  les  prières,  nyla  pâleur  des  Amans  en- 
tremeflée  de  la  couleur  des  violettes ,  ny  ton 
mary  blefTé  d'amour ,  pour  ta  riuale  Pierie  ,  ne 
te  fçaiuoient  fléchir  ,  au  moins  lois  touchée  de 
pitié  pour  ceux  qui  te  demandent  grâce.    Il      ySS 
n'arriuera  pas  toulîoursqueie  languifle  à  vne 
porte,  endurant  comité  ie  fais  la  pluye&  le 
froit. 


A     M  ER'CYR  E.     Ode  XI, 
■ 
Il  le  prie  de  luy  infpirer  des  vers  capables  dta- 
mollir  le  cœur  de  Ljde ,  çfr  fait  vne  élégante 
description  de  U  fable  des  Danaides. 

ME rcure  >  (car  Amphion  qui  apprit  de  toy 
fart  de  bien  chanter  ,  emiit  les  pierres 
par  la  douceur  de  fes  airs  :  )  &  toy,fçauante  Ly- 
re à  fept  cordes  qui  refonnes  auec  tant.d'har- 
monie  ,  &dont  les  charmes  auffi  bien  que  les. 
tons,eftoient  autresfois  inconnus,  mais  qui  font 
maintenant  chéris  aux  Temples,  &  aux  tables 
des  Grands  ,  fay  nous  des  accords  qui  attirentà 
les  ouyr  ks  oreilles  obftinées  de  Lyde.  Elle  bô- 
dit  en  fe  ioiiant  comme  vne  cauale  de  trais  ans 
dans  vnepraine  fpatieufe  :  &c  comme  elle  n'cli 


5- 


17*  Carmimvm   Lïb.  III. 

10.      Ludit  exultim  :  metuttque  tanoi , 

Nxptiarum  expers  ,  &  adlmc  proteruQ 

Cruda  marito. 
Tu  pet  es  ttg^es  ,  comité  [que  fylu  as 
Ducere ,  ey  rtttos  celeres  morari* 
*$■       Cejfit  immanis  ttbi  blandicnti 
lanitor  aul<t 
Ccrbertts,  qttamuis  fnriale  centum 
Muniant  dnanes  caput  eiiu ,  atqne 
Sfiritus  teter  faniefque  manet 
20.  Ore  trilingui. 

£fa*n  &  Ixion  Tttxofque  vulm 
Ri  fit  inuito:  Jietit  vrna  panlum 
Sicca  3  dum  grato  Danai  pnellai 
Carminé  mulccs. 
M'      Audiat  Lyde  feelm  atque  notas 

Virgtnum  pœnas>  &  inane  Ijihphd 
Dolium  fnndo  pereuntis  imo , 

Straqtte  fata , 
£)va  mènent  culpas  etiam  fub  Qrco* 
3©.      Jmpidr,:  vnam  quid  potuere  mains  y 
ImpUfponfis  potueïe  duro 

Perdere  ferro. 
Vna  de  mnltis  face  nuptiali 
Digna  i  periurum  fuit  in  parentem 
35.     Splendtde  mendax ,  cr  in  omne  virg» 
Nobtlis  étuum  : 
Sur  ce  (qu£  dixit  i  nue  ni  marite  ) 
Surge  y  ne  lonqtts  ttbi  fomnm  ,  vnde 
Non  times ,  detur:  focerum  &  fceleftx* 
40.  Falle  forores. 

Quét  y  velut  nabi 4  vttulos  le&n<t , 
Smaulos  (  eheu  )  lacérant,  ego  itlts 


Odes  d'Horace.  Liv,  III.     17$ 

point  inftruitte  auxloix  du  mariage ,  &  qu'elle 
cft  encore  vn  peu  reuefche  à  l'ardente  folie  qui 
transporte  le  cœur  des  Amans,  efye  apprehen-      10; 
de  qu'on  la  touche.Tu  peux  attirefcles  Tygres, 
&  les  forefts  après  toy  ,  &  arrefter  le  cours  des 
riuieres.  Le  Cerbère  affreux  portier  de  l'immé-     1/. 
fe  palais  des  ombres,  eede  à  la  douceur  de  tes 
airs ,  quoy  que  fa  tefte  furieufe ,  foit  armée  de 
cent  ferpens  ,  &  que  de  fa  gueule  à  trois  lagues, 
forte  vne  efcumeinfe£fce,  &vne  haleinedete- 
ftable  :  voire  Ixion  Se  Titye  ,  en  ont  ietté  quel-      10^ 
quesfouris  forcez.  Et  tandis  que  tu  charmois 
les  Danaïdes  de  tes  vers  gracieux ,  leur  cruche 
demeura  feiche  vn  peu  de  temps.    Que  Lyde     ijj 
apprenne  le  crime ,  la  peine ,  le  tonneau  défon- 
cé, d'où  Teau s'écoule  aufli-toft  quelle  y  eil ré- 
pandue ,  &  les  tardiues  Deftinées  qui  exercent 
auffi  les  chaftimens  des  crimes  dans  les  Enfers. 
Ces  *  cruelles  filles  (car  pouuoient-elles  corn-  impes* 
mettre  vne  plus  noire  mefehanceté?  )  ie  dis  dec      30. 
ces  filles  cruelles ,  ont  pu  mafTacrer  leurs  maris. 
Vne  feule  d'entre  plufîeurs,  digne  à  la  vérité  du 
flambeau  nuptial,qui  mentit  glorieufement  cô-       ^ 
tre  la  tefte  pariure  de  fon  père,  &  qui  par  vne 
aéfcion  fi  noble  ,  mérite  que  fon  nom  ne  meurâ, 
iamais.  Leuc-toy,  dit- elle  à  fon  icune  efpoux, 
leue-toy  depeur  d'eftre  furprispar  vnlôg  fbm- 
meil  dont  tu  ne  fçaurois  te  défier.  Trompe  ton 
beau-pere,&  mes  fœurs  abominables  qui  maf-    40. 
facrent  leurs  maris ,  helas  1  comme  des  lionnes 
cruelles  qui  defehirent  des  bouuillons.   Pour 
tnoy  quiay  plus  de  tendrefTeque  cesinhumai- 
nes,iene  te  veuxny  tuer,ny  te  retenir  an  pnso. 


î74  Carmxnvm    Lib.  III. 

JMollioYy  nec  te  fertam>  nec  intr* 

C laujlra  tetuba. 
45*      Me  pater  fouis  oneret  catenisy 

J^uod  viro  de  mens  mi  fer  o  peperci: 
Aie  vel  extremos  Numidarum  m  agres 

Clajfe  relent. 
I ,  pedes  c/uo  te  raptunt  &  aura  : 
5^'       Dum  fauet  nox  &  Venus  :  i  ftcundo 
Qmine  :  cy  noflri  memorem  fepuUhro 

Sçulpe  querelam. 


AD     NEÔBVLEN.    Ode  XII. 

Neobule  Hcbri  adolefcentis  amore  captai 
vitam  agit  inertem  &  defidiôfàm. 


M 


Iferarum  eft>  ne  que  amori  dare  Utdurn , 
Necjue  dulci  mala  vino  lauere  :  aut  ex* 
metuentes  jtotràk  verbera  lit- 
guœ. 


Ttbi  qttalum  Cythereœ  puer  aies  % 
Tibi  telas  >  cperofkque  Minerua 

Studium   aufert  ,  lieobule  >    LipArài    nïtQT 
Hebri> 

Eques  ipfo  melior  Bellerophonte : 

Ne  que  pugno  >  ne  que  fegni  pede  viBus , 

Sïmul  vnBos  Tibtrinis  humeras  Imit  in  Vn* 
dis:  w 


Odes  d'Horàcï.  Liv.  III.  ijj 
rj4pres  cecy  ,  que  mon  Perc  me  charge  s'il  veut  4J; 
de  chaifnes  cruelles?pour  auoir  efté  touchée  de 
pitié  ,  à  caufe  de  mon  mary  que  i'ay  voulu  fau- 
uer  :  ou  qu'il  me  iette  en  quelque  vaillèau  pour 
me  bannir  au  de  îà  du  pays  des  Numides.  Va 
où  tes  pieds, &  les  vents  t'emportent,  tandis  r$, 
que  la  nui£b  Se  l'A ftre  de  Venus,  te  font  fauora- 
blés  :  va-  t'en  auec  vn  bon  prefage,  Se  graue  ina 
plainte  fur  mon  tombeau  pour  vue  mémoire 
éternelle» 


A     N  E  O  B  V  L  E.     Ode   XII. 

Que  pour  auoir  efle  touchée  £  amour  pour  le  im^ 

Hcbrm  >  elle  s'efi  abandonnée  à  la  Pârejfs 

&  a  tojfmeté. 

LE  propre  des  filles  malkeureufes,  eftdeiic 
permettre  point  de  jeux,  à  l'amour ,  de  né 
noyer  point  fts  maux  dans  la  douceur  du  vin, 
ou  de  fe  tourmenter  cruellement  dansl'apre- 
îiention  d'eftre  reprife  de  fon  Oncle.  Le  fils 
ailé  de  Cytherée,  te  vient  enleuer  ton  panier;  £ 
où  tu  ferres  tes  laines,  Neobule,&  la  rare  beau- 
té du  ieune  Hebrus  de  l'Ille  de  Lipare ,  te  vient 
arracher  d'entre  les  doigts  la  toile  ,  Se  tous  les 
beaux  ouurages  de  l'induftrieufe  Mincrue,  Il 
eftplus  adroit  à  cheual  que  ne  fut  iamais  BeL 
lerophon  :  &iainais  il  n'a  efté  vaincu  aux  com- 
bats dei'efcrime,  ny  à  la  courfe  légère  quand 
il  s'eft  kué  dans  le  Tybre  âpres  s'eitre  frotte 


\-}6        Carminvm   Lib.  lit: 
*°  •       Catus  idem  per  apertum  fugtentes 
j4gitato  grege  ceruos  tacnUri ,  & 
Celer   alto    Uùtantcm  fruuceto    excipere   A- 
prum. 


AD     FONTEM     BLANDVSIA: 
Ode    XIII. 

Sacrificium  fonti  promittit,  eiufque  amœni- 
tatem  fummopere  commendat. 

OFons  BUnâuJid)  jplendidior  vitro* 
Dfilci  digne  mero*  non  fine  fioribm  > 
Cr*s  donaberis  bœdo: 

Cni  frons  turgida  cornibm 

Primù ,  çjr  venerem  &  pr&lia  deftinat* 
Fruflra  :  nam  gelidos  infictet  tibi 
Rnbro  fanquine  riuos 

Lafani  foboles  gregis. 


bo, 


Te  flagrante  atrox  hera  Canicule 
Nefcit  tan gère •:  tu  frigus  amabilc 
Fejfîs  v orner e  tauris 

fra.be s ,  &  pecori  vage. 

Fies  nobilium  tu  quoejuc  fontium  % 
-  Me  Mcente  captif  tmpofitam  iliçenij 
Ij  •  S  axis  :  vnde  loquaces 

Lyr/ipkx  dijiltunt  tut* 


les 


Odes  d'Horace^  I  tv.  III.  177 
les  épaules  de  l'huile  des  Atletes.  Il  eft  aufîi  IO# 
fort  habile  a  décocher  furies  hardes  de  certe 
fuyans  par  la  plaine  :  &  auec  vne  diligence  in- 
croyable, il  fe  trouue  a  la  rencontre  des  fan- 
gliers  qui  fe  cachent  dans  les  épaiffes  brofïàil- 
les  des  forefts. 


A  LA   FONTAINE    BLANDVSIE. 
Ode  XIII. 

O  Fontaine  Blândiifie,  plus  éclatante  que 
le  verre ,  digne  d'vn  vin  délicieux ,  non 
fans  eftre  enrichie  de  fleurs.  Demain  turec^* 
liras  l'offrande  d'vn  bouc  a  qui  les  cornes  naif- 
fantes  qui  font  dé  ja  groffir  le  front ,  demajî* 
dent  en  vain  le  combat,  Se  les  délices  de  Ve-  $• 
nus.  Car  cette  élite  du  troupeau  lafeif ,  rougir 
fa  bien-  toft  de  ton  fâng  tes  ruifleaux  gçjek 
L'ardeur  de  la  Canicule  ne  te  fçâuroit  appro- 
cher. Tu  prefentes  le  frais  agréable  aux  tâu-  10, 
reaux  laiTez  du  trauail  de  la  charrue  ,  &  au  be- 
ftail  errant,  le  parleray  iî  dignement  de  toy, 
que  tu  feras  miie  au  rang  des  plus  fameules 
fontaines  5  fans  oublier  l'yeufe  verdoyant  plan-» 
té  fur  la  roche  creufe ,  d'où  découlent  tes  eaux  1$» 
fcjuifemblent  parler  en  naiîïànt. 


M 


i-3         Carmihvm  Lib.  III 


AD      POPVLVM      ROMANVM. 
W)dc    XIV. 

Hxc  Ode  laudes  commet  Angnfti  ,   ex  Hi- 
(jpania  deuiûis  Cantabris, 
rcnertentis. 

HErculû  ri  tu  modo  dit!  us  ,  o  plebs  9 
Morte  venaient  petit/Je  laurum  y 
l&fiir,  Ihfpana  re petit  pénates 
Victor  ab  or  a. 

fé       Vnico  çMtdcns  mtdier  marito 
Prodeaty  iufeis  operata  diuis: 
Et  for  or  clari  duci*  :  &  décor  & 
Supplice  vitta 

Viroimm  maires  ^  tuuenumcjue  nupèr 
ÏO.      Sofpitum  .  vhs  ô  puert ,  cr  puclU 

Jam  virum  experts ,  maie  nominaiu 
Par  cite  verbis. 

Elle  dies  vere  m&i  fejlus  atrtâ 
Eximet  curas  :  eoo  nec  tumultum  , 
tï       ^Lec  n}0Yî  Per  vtm  inettiam  9  tenentz 
Cœjare  terras- 

î  y  teîe  vnguentum  puer>  (y  coron/iè% 
Et  cadum  Marfi  memorem  duellit 
Svartactim  fi  qna  powit  vagantem 
zo.  E&lUn  tejta. 


Odes   d'Horace.  Liv.  III.    17$ 


AV     PEVPLE     ROMAIN. 

Ode  XIV. 

'Contenant  les  louanges  £  Augure  à  fin  retour 

ïi'Ejpagne. 

O  Peuple  ;  Cefar  qtii  cherche  à  ce  qu'on  dit 
le  laurier  qui  ne  s'acquiert  jamais  qu'au 
péril  de  la  vie,  retourne  victorieux  comme 
Hercule  des  confins  de  fEfpagne,  &  renient  en       c  £ 
fa  maifôn.  Que  *  la  Femme  qui  fe  contente  û'vn  Litiiè. 
feul  mary  aille  au  d.euant  après  auoîr  prefenté 
Tes  offrandes  aux  iuiles  Dieux ,  *  auffi  bien  que  oBauic^ 
lafœur  du  glorieux  vainqueur  ,&  les  Dames 
ornées  d'vn  atour  de  fuppliantes  ,  auec  les  Mè- 
res des  gracieufes  Pucelles,  &C  des  ieunes  Guer- 
riers qui  font  de  retour  échappez  des  périls  de 
la  guerre.  Vous  garçons,  &  vous  filles  quiaUez      10* 
dé-ja  éprouué  les  traits  d'Amoiir  ,  dont  vos 
tœurs  ont  eftébleflèz  ,  abftenez-vôus  de  dire 
des  chofes  trop  hardies.  Ccîbur  que  ie  veux 
célébrer,  Comme  vne  fefte  folemnelle,  oftera 
démon  efprit  toutes  les  noires  fumées  de  Ces 
inquiétudes;  &c  ie  ne  craindray  iatliais  des  trotl-      ip 
blés ,  ny  des  morts  violentes ,  tandis  qiie  Cefar 
tiendra  l'Empire  de  iVhiuérs,  C'a  garçon,  de- 
mande des  parfums ,  des  chappeaux  de  fleurs, 
ôc  du  vin  qui  remette  en  nbftre  fouuenir  le  ttps 
delaguerre  des  Marfes,ou  quelque  tonneau 
s  11  s  en  peuttrouuer  qui  ait  échappe  ta  mam 
de  Spartactis,quand  il  eftoit  vagabond^*rf?#te      *9> 

M    i; 


iSo  Carminvm  Lib.  I1L 

Die  &  argutd  properet  Ne<tr& 
'Mjrrhïnnm  nodo  cobtbere  crincm  : 
Si  per  inutfium  mora  tanttorem 
Ftet>  abtto. 

îy      I^emt  albeficens  animos  çapi/ltit 
Littum  çfr  rix<t  cupidos  proteru<t. 
Non  ego  hoc  ferrem  caltdus  iuuentA  9 
Con fttle  Plancç. 


IN     CHLORIM.     Ode   XV. 

Vt  iatn  vctula  petulantiae  &  libidini  modum 
conftiruat. 


v 


y  Xor  pauperis  ibici , 

Tandem  ne  quitta  fige  modutn  tu  4  , 
Famofifique  laboribus. 

Mmhto  pr  opi  or  de  fine  faner i 
c.       Jnter  ludere  vtrgines , 

Et  fit  lits  nebulam  fipargere  cœndidis. 
Non  y  fi  quid  Pholoen  fiatisy 

Et  te,  Chlori,  decet.filta  reiïim 
Expugnat  inuettum  domos  > 
ÎO.  Pttlfb  Tbyas  <vti  concitata  tjmpano\ 

Jllam  cogit  amor  Nothi  , 

Laficwœ  fitmilern  ludere  cœpreœ  : 
Te  lanœ  prope  nobilem 

Tonfic  Luceriam  >  non  cithare  ,  dtçent% 
I).       Nec  flos  purpureus  rofie  y 

Nec  foti  vstHlam  face  tenus  çaÀu 


Odes  d'Horace.  Liv.  III.       iSr 

t Italie.  Di  que  Neere  de  qui  la  voix  eft  fi  nette* 
fe  hafte  auflî  de  tortiller  fes  cheueux  blonds,  & 
de  Us  arrefter  d'vn  nœud  pour  venir  icy  :  &  fi 
le  portier  de  mauuaife  humeur,  te  penfe  retar- 
der tant  foit  peu,  rcuien  auflî-toft  fur  tes  pas. 
Les  cheueux  blancs  adoucirent  les  efpritsqui 
ayment  les  débats,  &les  querelles  importunes. 
Mais  quand  i'eftois  animé  d'vne  verte  ieunefte, 
ie  m'en  ferois  bien  défendu  fous  le  Confulat  de 
Plancu  s 


A     CHLORIS.    Ode  XV. 

//  luy  dit  y  que  puis  qu'elle  efl  vieille  ,  il  efl  temps 
quelle  mette  fin  à  fin  incontinence. 

ENfin,  femme  du  pauure  Ibicus ,  preféjti  des 
bornes  à  ta  mauuaife  vie,  &  à  des  pratiques 
infâmes  qui  te  donnent  beaucoup,  de  peine. 
Puifque  la  mort  te  muguette  de  fi  pres,cefïe  de      j. 
ioiier  entre  les  filles,&  d'épandre  vn  nuage  fur 
le  front  des  eftoiles  riantes  :  fi  quelque  chofe 
fiait  bien  àPholoé,iln'cn  eft  pasainfide  toy, 
Chloris.  Ta  fille  comme  vue  Thyadequâdelle      i0,' 
eftagitée  parle  fon  du  tambour ,  force  la  porte 
des  îeunes  gens  de  bien  meilleure  grâce  que  tu 
ne  fçaurois  faire.  L'amour  de  Nothus  qui  la 
poflede,la  contraint  de  folâtrer  comme  vne 
cheure.  La  laine  qu'on  tond  auprès  de  la  no- 
ble *  Lucerie ,  fiait  bien  i  tes  vieux  ans ,  &  non  cv^  v*e 
pasleluth,nylesrofes  pourprées,  ny les poin-  pj^ienf 
fbns  de  vin  délicieux,  qui  ne  font  pas  encore 
épuifez  iu^qucsàlalye.  r5è 

M   ii] 


if 4  C  A  RM  IN  V  M      LlB.     III. 


AD     MECOENATEM.   Ode  XVI, 

Auro  omnia  patent.  Hcratius  vero  contentuî 
cft  fua  forte ,  vnde  beatus  exfiftit. 

INcltffim  T^anaen  turris  ahenea, 
Robuft<zque  fores  ,  &  v'gilum  canum 
Tri  fi  es  excabtdt  mumerant  fatis 
Notturnis  ab  adultsris  : 

$•       Si  non  Acriftum^  virginù  abdit<t 

Cjtflodem  pauidum  Jupiter  &  Venus 
Rififfent  :  fore  entm  ttttum  iter  çr  patent» 
Conuerfo  in  prectum  deo* 

Aurum  pe-r  médias  irejate/lites, 

ïp.     Et  perrurnpere  amat  Jaxa>  potent'tHS 

î&u  fulmine  o.  eoncïdit  augura 

jirgmi  doptus ,  ob  lucr%m 

Demerfa  excidio.  difjidit  vrbium 
fartas  vir  Macedo ,  &  fhbruit  œmufas 
K        Reaes  muneribus.   munera  nauium 
Sœuos  tllaqw ant  duces. 

Crefcentem  fequitur  cura  pecuniam* 
Maiarumcfue  famés*  iure  perhorru'k 
Late  confjjicuum  tollere  verticem* 
20.        Mec&nas*  equitum  decus. 

£)uanda  quifque  fibl  plura  negaueritê 


Odes  d'Horace.  Liy.  III-       x$$ 


A     MECENE.    Qde  XVI, 

JjhSil  ny  a  rien  au  monde ,  qui  ne  fi  puijfe  gagne.?* 
par  les  richejfes,  &  par  les  prefien^ 

LA  tour  d'erain,  les  portes  renforcées,  &  le 
guet  importun  des  chiens  vigilans,afleu- 
jroient  affes  Danaé  dans  la  prifon,  contre  les 
furprifes  no&iu:nes  des  adultères  5  fi  Iupiter  &C      $1 
Venus  ne  fe  fuifent  point  moçque^  djAcrife 
Geôlier  aprehenfif  de  fa  fille  captiue: parce  que. 
le  chemin  deuoit  eftre  ouuert,&  fe  rendre  feur, 
quand  le  Dieu  fe  changeroit  en  trefor  de  grand 
prix,  pour  iouyrdefoii  amour.  L'or  pafleau 
trauers  des  gardes>&  brife  les  rochers,  auec  vn      l&0 
plus  violent  effort  que  le  tonnerre.  Le  gain  fut 
caufe  que  la  maifon  du  *  diuin  Amphiaràs,  pe-  Du  dtuin 
rit  malheureufement.  Le  Prince  des  Macedo-  dcUGrae.. 
niens  faifoit  ouurirles  portes  des  villes  par  les 
prefens,  dont  fis  mulets  ejloienj:  cbarge^&ç  il  ren- 
uerfoit  par  Cqs  largeflc s  l'orgueil  des  Roys  emu- 
lateurs de  fa  gloire.  Les  dons  tendent ^uflî  des      !5* 
piegesiné^itablcsaux  Corfaires  inhumains, Le 
fbuci  &c  la  faim  auide  depoffeder,  fuit  lçsri,- 
cheflès  au  pris  qu'elles  augmentent.  Mécène, 
l'ornement  des  Cheualiers  Romains,  fayerfion 
que  i'ay  toufiours  eue  de  leuer  ma  tefte  au  dc£ 
ius  des  autres,  aefté  bien  fondée,  qi:oy  queie 
fois  connu  de  beaucoup  de  monde,  auec  quel-      **?* 
que  forte  d'eftime.  Tant  plus  chacun  fe  déniera 
de  commodités,  tant  plus  il  en  remportera  dç 

M    uiy 


i?4  Carminvm    lib.  III. 

ji  Dis  plura  feret.  ml  cuptentium 
Nudiu  caflra  peto  :  ejr  transfaaa  dïuitum 
Partes  linyuere  ncftio , 

25.      ContemptA  dominas  fplendidior  rei, 

J^uam  fit  quiccjuid  arat  non  piger  sfppultx 
Occultare  meis  djcerer  horreisy 
•   Magnas  inter  opes  inops- 

Thy&  riuus  acjtttt  ,  fyluaque  iugerum 
30.      Taucorum ,  &  fegetis  certa  fides  me& 
Fulgentem  5  imperio  fertilis  jûfiic<t 
Fallit  forte  beatior. 

fynancfuam  nec  Calabr '&  mclla  ferunt  apes  <> 
Nec  Lœftrygonia  Bacchtu  in  amphora 
35-      Langncfcit  mibi ,  nec  pin  gui  A  Gallicis 
Crefcant  vellera  pafiuis  : 

Importuna  tamen  pauperies  abefl: 
Nec ,  fi  plura  wlim ,  tu  dare  denegss. 
Contraïlo  melius  parua  cupidine 
4  0 .  VeViigalia  porrigam  j 

Ghtam  fi  Mjgdoniis  regnum  Halyattui. 
Çampis  continuera*  Multa  petentibus 
Défunt  muha.  bene  eflycui  Deus  obtulit 
"jParca  y  quod  fatis  eft>  manu. 


Odes  d'Horace.  Liv.  III.      1S5 
la  bonté  des  Dieux.  le  me  retire  nud ,  au  camp 
de  ceux  qui  ne  défirent  plus  rien  :&  comme  vn 
fugitif  du  parti  des  riches,  ie  m'efforce  de  l'a- 
bandonner, plus  magnifique  Seigneur  du  bien      25. 
que  ie  mefprife,  que  fi i'eftois  en  réputation  de 
ferrer  en  mes  grenier?,  tous  les  bleds  qu'atnaffe 
le  laborieux  villageois  des  champs  de  l'Apouil- 
le  necefîiteux  de  toutes  chofes  parmi  les  gran- 
des richefTes.  Leruifleau  dvne  fontaine  pure, 
vn  bois  de  peu  d'arpens,  &  1  e  reuenu  certain  de     3&« 
mes  bleds,  rendent  ma  condition  plus  heureu- 
fe ,  que  fi  i'auois  l'empire  de  l'abondante  Afri- 
que. Mais  quoy  que  les  abeilles  delaCalabrc 
ne  me  donnent  point  leur  miel  :  quoy  que  Bac- 
chus  ne  languifTe  point  pour  moy  dans  les  ton- 
nes Formiennes,  autresfois  fi  chéries  des  Le- 
ftrigons  originaires  de  Sicile,&  que  les  beftes  à 
laine  ne  s'engraiflent  point  pour  mon  profit  das      35* 
les  pafeages  des  Gaules,  fi  eft-ce  que  la  pauure- 
té  *  importune  eft  éloignée  de  chez  moy.  Et**r<"*w# 
quand  ie  fouhaitterois  plus  de  biens  que  ie  n'en   €' 
ay,ie  penfe,illuftre  Mécène, que  ta  bonté  ne  çje 
les  voudroit  pas  refufer.  Mais  mon  ambition 
demeurant  reilerrée  comme  elle  eft ,  il  me  fera     40* 
plus  facile  de  payer  mes  petits  deuoirs,  que  fi  ie 
potiuoisioindre  aux  campagnes  de  Phrygie,le 
Royaume  des  Lydiens.   Beaucoup  de  chofes 
manquent  à  ceux  qui  en  demandent  beaucoup, 
&:  celuy-là  fe  porte  bien,a  qui  Dieu  dVne  main 
çcharfe  donne  ce  qui  fuffit, 


30* 


i?6      Carminvm  Li8.nr 


A    ALLIVM    LAMIAM.     Ode  XVII. 


Lamiar  nobilitatem  laudar,  deinde  admoncï. 


vt  diem  crafiinuxn  hilaritcr  exigat. 


M 


Li ,  vetu/îo  nobslis  ah  Lamo  , 
J  (  Jjtefndo  &  priores  hinc  Lamias  ferfitit 
DçneminatoSy  cr  nepotum 

Per  memores  oenus  omxefaftos). 


j4utore  ab  Mo.  ducis  oriqincm , 
Qhï  Formiartsm  mot  ni  a  dicitur 
F  r inceps  y  &  innantem  Marie  a, 
Littoribus  tenuijfe  Lirin, 

late  tyranntts.  cras  foliis  nemas 
Alultis  &  alqa,  littus  inutil* 
Dentijpt  tempe/las  ab  Euro 

Sternet:  acjti<z  ntfi  fa/lit  attonr 

Jifinopt  comîx.  dam  p*t£S  ,  aridum 
Componr  liçnttm  :  cras  genium  mero 
Cnrabts  5  çr  forco  bimeftri  > 

Çum  fdmtilis  eperum  foltiîis* 


Odks    d'Horace.    Liv.  III.      187 


A     £LIE    LAMIE.    Ode  XVII. 

$1  loue  la  Noblejp  de  ce  fçrfonnage ,  &  le  follic^ 
te  de  -pet? fer  à  Je  bien  dïuerùr  le  lendemain 
qm  fcmbloti  dekùir  efire  fltfuieux. 

TT^  Lie  gui  tires  la  NobleflTc  de  ton  QXtr^ 
-ZX-idlion  du  vieux  Lame ,  dont  i  on  diç  que 
les  anciens  Laîniesopt  pris  leur  nom  aucc  tou- 
te leur  pofterité  qui  fe  trouue  eferite  dans  les 
mémoires  des  Fartes;  tu  prends  ton  origine      î# 
de  celuy  qui  fut  Prince  des  Formiens0&qui 
dans  vne  allez  grande  étendue  de  pays3  tint 
fous  fa  pui(Tancele  Lyris  qui  coule  le  long  des 
bords  de  Manque.  Demain  forage  excité  par 
vn  vent  Oriental  ,femera  de  feuilles  toute  la 
foreft>  Se  couurira  d'alçe  inutile  tout  le  riuaçc      10* 
de  la  mer ,  fiie  ne  fuis  trompé  par  la  voix  de  la 
vieille  corbeille  qui  prefage  la  piuye.    Com- 
mande qu'on  te  faffe  promfion  de  force  bois 
fec,  tandis  que  le  beau  temps  le  permet.  De- 
main auec  tes  valets  qui  n'auront  point  dç  be- 
fongneàfaire,tu  traiteras  le  Génie  auec  le  bon.      ty* 
vin  ,  6c  de  la  chair  délicate  d'vu  cochon  de 
deux  mois. 


i88  Carmin  v  m    Ltb.  III. 


AD     FAVNVM.     Ode  XVIII. 

Deum  fylueftrem,  infernum  &  peftilcntem,' 
precatur,  vt  pcr  fuos  tranfiens  agros  fibi 
fuifque  fit  propirius. 

FAtine ,  Nympharum  fugientum  Amatory 
Ter  meos  fines  &  Aprica  rur* 
bénis  incedas ,  abeapjue  parais 
ts£quus  alumnis  ; 

5.      Si  tener  pleno  cadit  hœdus  anno9 
Larga  nec  défunt  Veneris  fodali 
Vin  a  craterœ,  vêtus ara  multa 
Fumât  0 dore , 

tudit  herbofo  pecus  omne  campo  % 
*©•      Jjjhium  tibi  Non a  redeunt  Décembres , 
Feftus  in  pratis  vacat  ottojo 
Cum  boue  pagus. 

lnter  audaces  lupus  errât  aqnos , 
Spargit  agrefles  tibi  fjlua  froides  % 
tj.       Gaudet  tnuifam  pepulijfe  fojfor 
Ter  pede  terram» 


Opes  d'Horace,   Liv.  III.      189 


A     F  AVN  E.    Ode  XVIII. 

//  le  prie  de  naporter  point  de  dommage  a  fis 
terres  quand  tl  y  viendra  pajfer  ,  &  cjutl  fi 
fiuuienne  des  offrandes  qutl  luy  prefinte  ton* 
tes  les  années. 

F  Aune  amoureux  dçs  Nymphes  Fuyardes, 
marche  doucement  dans  mes  terres,  &  ne 
gafte  point  mes  champs  découuerts  au  Soleil. 
Ente  retirant  3  nefay  point  de  mal  âmes  petits 
troupeaux ,  fi  vn  tendre  chéureau  tombe  égor-  j^ 
géen  ton  honneur  à  la  fin  de  Tannée  ,  fi  le  vin 
ne  manque  point  à  la  tafle  compagne  *  des  de-  De  Vtnwt\ 
lices,  &  fi  ton  vieil  autel  fume  de  beaucoup  de 

Î>arfums.  Au  retour  des  Nones  de  Décembre*  0 
e  beftail  fe  ioue  pour  l'amour  de  toy  dans  les 
champs  herbeux,  &  tout  le  village  chôme  ta 
fefte ,  aucc  le  bœuf  ocieux  qui  fe  promené  dans 
les  prez.  LelouppafTeautrauersdes  Agneaux 
deuenus  fi  hardis  qu'ils  n'en  ont  point  de  peur: 
Le  bois  épand  pour  toy  des  feuillages  rufti- 
ques:  &  le  laboureur  fe  refiouyt  de  frapper  \fo 
par  trois  fois  de  fon  pied  la  terre  qu'il  pourrou 
haïr ,  a  eau  fi  du  trauail  continuel  quelle  exige  d$ 
fis  bras. 


\ 


ino  C  A   R  M  I  K  V  M     L  IB.    Il I. 


AD    TELEPHVM.    Ode  XIX. 

P.cprchcnditcumiocofe,quod,  vetercs  hiftô 
ïias  defenbens ;  ci  ncçligat^qux  ad  iuciuv 
de  viuendum  pertinent. 

QVAYtUtm  diftct  ab  Jnacho 
Cvilrvs,  pro  patna  non  timidus  mort. 
Narras,  &  tenks  jiéïaci, 

Et  fagnjttè  facro  bcllafub  Mo  : 
tyto  Chïum  pretio  cadum 

Mcrumur*  quts  aquam  temperet  ignibas, 
Ovo  pr&bente  domum ,  &  quota 
P e'ionis  caream  frteoribus ,  laces. 

Va  l'un*  pr opère  r?buœ  : 

Da  noBis  média  ,  da ,  puer ,  augHris 
Jllptrena.  tribus  aut  neuem 

JWifcentur  cyathts  pocula  commodis. 

Qtù  Mu  fis  amat  impares , 

Ter-r.os  ter  cyathos  attonitus  petet 

Vates.  très  prohtbet  fupra 

Rixarum  mçttieftsi  tanacre  Gratin 


Jeudis  iunfta  fororibiis. 

Infini re  iuuat  :  cur  Berecyntbi<t 
Çcjfant  ftamwa  ttbiœ  ? 
Xq.  Cur  pendet  tacita  fiftula  cum  Ijra? 

Parcentes  ego  dexterat 
Qdl.  fpartre  rofis  :  audiat  inuidfis 


10 


Odes    d'Horace.  Liv.  III.     $i 


    TELEPHE    fOVR    BOIRE    A 

la  famé  de  Murène.   Ode  XIX. 
//  le  reprend  de  ce  que  four  eftre  trop  adonne  d 

feflude  des  anciennes  hifloires>il  ne  fi  diker- 

tit  pas  ajfe&  d 'ailleurs. 

TV  nous  racontes,  Telephe,  combien  il  y 
a  eu  de  temps  depuis  Inache,  iufquesail 
règne  de  Codais  qui  ne  craignit  point  de  mou- 
rir pour  la  patrie.  Tu  nous  deleripts  la  race 
d'Eacus,  &  tous  les  combats  fameux  qui  fe  dô- 
nerent  aux  pieds  *  des  murs  de  Troye:  maisru  Onmê* 

d-  \  i         '       \  C  mur  aillai 

is  point  a  quel  pris  il  raut  que  nous  ^.  ; 

àcheptions  le  vin  de  Chio,  ny  qui  nous  ààiv^^ 
«chauffer  l'eau  d  u  bain  ,  qui  nous  prêtera  le  lo-       * 
gis  où  nous  pourrons  nous  défendre  contre  *  Vresi  Pi- 
le froid ,  &  à  quelle  heure  nous  y  deuonsfoup-  */»*«*• 
per.  Garçon,  donne  le  vin  de  la  n-ouuelle  Lune,      lo* 
donne  le  vin  de  minuit,&  celiiy  encore  de  l\Au- 
gur  Murène  iverfc  dans  trois  verres  propres, 
ou  dans  neuf  tout  au  plus.  Le  Poète  qui  ayrïie 
les  Mules  dont  le  nombre  eft  impair,  s'eftonne 
de  la  multitude  des  grands  coups  à  boire,  Se      t$l 
prend  par  trois  fois  les  trois  coupes  pleines  de 
vin:  mais  de  peur  de  querellesj'vne  des  graCes 
iointe  à  les  deux  foeurs  qui  font  nues,  défend 
d'en  prendre  plusde  trois.  Il  rrteplaift^wde 
faire  le  fou.  Pourquoy  la  trompe  Rerecinthié- 
ne ,  ne  fe  fait-elle  point  ouyr  ?  &  pourquoy  la     iqI 
flufte  muette  eft  elle  pendue  auec  la  lyre  qui 
lie  refonne  point  1  le  fuis  ennemi  des  mains  qui 
sis  font  point  Lberales:femepax  tout  des  rofes, 


i?i        Carminvm  L  i  fi.  1 1 1, 
Dément  cm  fl  répit  um  Lyctts  : 
Et  vicina  feni  non  habilis  Lyco. 

*5-     Spijpt  te  nïtidum  coma  y 

Pfiro  te  fimilem  Telephe  Vefpcro  , 
Tempefttua  petit  Chloc  : 

Me  tentas  Glycerœ  torret  amor  mek. 


AD    PYRRHVM,    Ode  X  X. 

Ne  formofurh  Nenrchum  à  fua  meretriculà 
abftrahar. 

NOn  vides  y  quant  o  moue  as  periclo  > 
Pjrrbe ,  GetuU  catulos  le&n*  ? 
Dura  pojï  paulo  furies  inaudax 
P r&U a  rapt  or: 

f*        jQrmm  per  oh fiantes  iuuenum  cateruas 
Jbit  infipiem  repetens  Nearchum  : 
Grande  certamsn  ,  tibi  prœda  cedat 
Aiator ,  an  tilt. 

Intérim  dum  tu  celeres  faaittas 

ci 

IO.      Promis ,  hxc  dentés  aouit  timendost 
jirbiter  puçn4Z  p°f^ffe  nu  do 
Sub  ped*  palmam 

Fertur ,  &  Uni  recréa  re  vento 
Sparfum  odoratis  humerum  capi/lis  : 
if*        Oualis  aut  Nireus  fuit ,  aut  aqtiojk 
Raptus  ah  Ida. 

& 


Opes  d'Horacb.  Lrv.  III,  195 
0-nefpargnerien.  Que  fenuieuxLycus  entende 
le  bruit dcleïpcré  que  nous  faisôs^  que  la  voi- 
iîne  de  ce  vieillard  qui  cft  trop  ieune  pour  Juy,y 
{bit  àttétiue.  Chl'oé  en  âge  de  te  plaire  s'offre  à  1  fa 
toy,  Telephe>  de  qui  la  belle  tefte  3  auee  ta  pro- 
preté nompareille,  te  fait  refsébler  au  bel  Aftre 
dufoir.  Po.urmoyic  iiiefens  confumer  apetic 
Feu  de  l'amour  languiilant  de  Glycere. 


A     PYRRHVS.     Ode    XX. 

Jl  donne  auis*  Pyrrhus  cjuHneflpas  moins  dan* 
gerettx  de  fieparer  Nearcbe  divne  fiiRe  cjh  il  ai- 
moit  efue  fi  onramffoit  h  vne  lyonne  Je s  petits 
lyonceaux.  Pyrrhus  efi  comparé  au  rauijfeur ,  là 
fille  à  la  lyonne  >  &Nearcheaux  lyonceaux^ 

PYrrhe,  ne  vois-  tu  pasauec  quel  péril  tu  peu- 
fes  oRer  leslyonceauxàvne  lyonne  de  Ge~ 
tulie  ?  tu  nren  feras  point  pluïloft  le  Rauiiïeur^ 
que  tu  nefuyes  le  dagereux  combat  auec beau- 
coup de  crainte.  Quad  elle  ira  chercher  \t  beau 
Nearche,  parmi  la  foule  desieunes  gés  qui  s'é-       $• 
forcerôt  de  luy  refifter,  il  y  aura  vn  grael  débat 
entre  vous  deux  à  qui  reportera  le  prix  de  la  vi- 
ctoire. Et  tandis  que  tu  décocheras  tes  flèches 
légères, elle  aiguiferâ  fes  dents  redoutables.  On      10; 
dit  que  le  iuge  de  la  bataille,  en  âuoit  mis  la  pal- 
me fous  fes  pieds, permettant  aux  douces  halei- 
nes, de  fe  iôiierdasfes  cheueux parfumez  pour 
les  faire  voltiger  fur  fes  épaules,  comparable  en      pjfê 
beauté  à  ce  Nirée  fi  fameux  du  temps  de  la  merre 
de  Troye  >  ou  bien  à  ceîuy  qui  -pour  fes  charmes 
fut  raui  fur  le  Mont-Ida,  d'où  naiiTent  pïtifieuri 
fources  qui  le  rendent  délicieux. 

N 


1^4  C  A  R  M  I  N  V  M     LlB.   III 


AD    AMPHORAM.     Ode  XXI. 

Iocofe  eam  admonet  ,  vt  vinum  vetuftum  iit 
Coruinigratiam  effundat ,  vndc  ,  occafione 
oblata,  vini laudes  commémorât. 


o 


Nata  mecum  confule  Aîanlio> 
Seu  tu  qnerelas  >  fiue  geris  tocos  , 
Seu  rixam  ,  &  infanos  amores>> 
Seu  facilcm  pia  te  (la  fomnum  : 
5«       jghtoçunque  lettum  nomme  Jliajficum 
Semas ,  moueri  dtona  bono  die  s 
Dejcende ,  Coruwo  iubcnte , 
Vromere  languidiora  vira. 
7ï&n  ille ,  quanquam  Socraticis  madet 
lo*      Sermonibus  y  te  neçltgiî  horridus  : 
Narratùr  &  prifct  Catonis 
Sœpe  mero  caluijfe  virtus. 
Tu  Une  tàrmentum  tnçrenio  admoues 
"Plerumque  duro  :  tu  [apientium 
|r  Curas  &  arcanum  ioccfo 

Confilium  retegis  Lyéto  : 
Tu  fpem  reducis  menttbus  anxils  » 
Vtrefque  :  &  addis  cornua  pauperi , 
Pofi  te  ne  que  iratos  trementï 
10  Regum  api  ces  f  nequc  militum  arnï** 

Te  Itber ,  &  fi  Uta  aderit  Venus , 
Segnefque  nedum  foluerç  Gratiœ, 
f^tuœque  producent  lucerna , 

Uum  redtens  fugat  aflra  Pbçèfas* 


Odis   d'Horace.  Liv.  ï  1 1.     195 

A   SON   AMPHORE.    Ode  XXL 

H  l  exhorte  fUifamment  a  ver  fer  de  fon  bon  vin 
four  boire  à  la  fahtê  de  Coruinns. 

O  Tonne  débonnaire, née  auec  moy  fous  le 
Confulat  de  Manlius:foit  que  tu  excites 
des  noifes  ou  des  jeux,.foit  que  tu  ptouoqueS 
les  debats5ou  les  folles  amours,ou  bien  le  doux 
fommeihde  quelque  nom  que  foit  marqué  fex-      J» 
cellent  vin  Mafîique  que  tu  côferues?digne  cer- 
tainement deftre  remuée  à  quelque  bon  iour; 
defeen  du  haut  lieu  ou  tu  es  gardée ,  pour  verfer 
lentement  de  tapreciçufe  liqueur  au  cornman- 
dément  de  Coruin.  Encore  qu'il  {bit  abreuiié 
de  la  doctrine  de  Socrate ,  ie  penfe  qu'il  n'aura     roi 
pas  tant  de  feuerité  qu'il  te  veille  négliger  :  & 
on  dit  mefme  que  bien  fouuent  la  vertu  de  l'an- 
cien Catbn  s'échauffa  par  le  vin,  Tu  dônes  vne 
douce  torture  à  l'efprit  greffier  :  tu  découiires 
les  Concis  Se  lesfecretsdes  fagesparvne  ioyeufe     ij.1 
vapeur-.tu  rendsfefpoir  &  les  forces  aux  cœurs 
affligez  ,  &  tiiprettes  vn  courage  inuincible  au 
pauure ,  quand  il  s'eft  muni  de  ton  pouuoir  :  de 
forte  qu'il  ne  craint  ny  la  grandeur  des  Roys  en 
colère >  ny  les  armes  des  lbldats.  Le  bon  Bac-      10 1 
chus  père  de  la  liberté  ,  accompagné  de  la 
ioyeufe  Venus ,  fî  elle  prend  la  peine  d'y  venir, 
auec  les  Grâces  pareffeufes  à  rôpre  le  nœud  des 
amitiez ,  &  la  clarté  viue  des  flambeaux ,  te  fe- 
ront durer  iufques  au  leuer  du  Soleil  qui  cha£ 
fera  les  Eftoilcs  de  la  pointe  de  fes  rayons, 

N  ij 


T<)<j  Carminvm    L  i  b.  1 1 1. 


IN    D  I  A  N  A  M.    Ode  XXIL 

ÏDiaiiîc  ,  cuius  officia  célébrât,  pinum  villa:  fli£ 
immincatem  confecrat. 


MOntium  euflos  nemerumcjue  virgoy 
Qtfà  laborantes  vtero  pue  lias 
Ter  vocata  mais ,  adimifque  letbo 
Dîna  trtformis: 

/•       ïmmlnchs  v'tlU  tua  pinits  efio  : 

Quam  per  exaÛos  ego  l&tm  annos , 
Verris  Miquum  meditantis  illum 
Sanouine  donem. 


AD    PHIDILEN.   Ode  XX  lit. 

Dij  ptuis  manibus  &  confeientia  vira:  benc 
a&x  funt  colendi. 


COelo  fnpinat  fi  tuleris  manu* 
Nafcente  Luna  >  ruftica  Pbidile, 
Si  thure  flacaris  &  borna 

Fruge  Lares  >  auidaque  perça  s 

5.      Nec  pefiilentem  fentiet  dfricnm 
Fœtandéi  vitis  ,  me  fterilem  ftges 


©des  d'Horace.  Liv.  III.     157 


A     DIANE.    Ode  XXII. 

//  confhcre  à  cette  Deejfe>  vn  Vin  qui  eftoit  pro- 
che de  fa  mat  [on  des  champs. 

Vierge  gardienne  des.  monts  8c  des  bois? 
DeefTe  qui  portes  trois  noms  comme  ta. 
puifïànce  efl:  triple ,  qui  écoutes  les  Pucelles 
preflees  d'vn  mal  de  flanc  qui  les  fait  crier ,  en 
t'appellant  par  trois  fois  àleurfecours,&  qui 
^esenleues  à  la  mort.  Que  le  pin  qui  panche  fur 
niamaifbn  des  champs,  te  foit  agréable.  le  fe- 
ray  ioyeuxde  le  confacrer  en  ton  honneur  par 
le  fang  d'vn  verrat  qui  le  regarde  de  trauers, 
pour  luy  dôner  toujours  quelque  coup  de  det* 


A     PHIDILE.    Ode  XXIII. 

21  s  efforce  de  luy  perfuader  qù il  faut  feruir  [es 

Dieux  auec  des  mains  pures ,  &  auec 

vne  bonne  confeience* 

SI  tu  leucs  tes  malins  au  Ciel  quand  la  Ifine  Ce 
renouuelle,ruftiquePhidile  :  fi  auec  de  l'en- 
cens, &  auec  des  fruits  de  l'année ,  &C  le  facrifi- 
ce  d'vne  truye  gourmâde,  tu  te  rends,  les  Lares 
fauorables ,  ny  ta  vigne  fertile  ne  s'apperceura 
point  du  vent  pernicieux  qui  nous  fonde  du  co- 
ite de  l'Afrique,  ny  tes  bleds  ne  fe  {Sentiront 
point  de  la  rouille  ,  ny  tes  tendres  noumllons, 

N  iij 


ï5>8         Carminvm    L  i  b.  III. 

Rabioincm ,  aut  d:tlces  alumni 
Pomifcro  <naue  tcmpus  anno. 

Nam  5  qu&  niuali  pafcitur  Alojdo 
*2*      Dettota,  cjucrats  intcr  (jr  Hicesi 
Aut  crefctt  Albanis  in  herbis 
Villima  y  pontificum  fecnres 

Ceruice  tin  cet*  te  nihil  attinet 

ci» 

Tentare  multa  c&de  btdentittm> 
Cj.  Paruos  coronantem  marino 

Rare  deos  ,fragitique  mjrt&. 

Immunis  aram  fi  tetigit  rnanus , 
jVon  fttmptuofa  blandior  hoftia  , 
Jidollibit  anerfos  Pénates 
20 .  Farre  pio ,  &  faite nte  mica* 


IN    DIVITES    AVAROS 
Ode  XXIV. 

INtaBis  opulentior 
Thefaaris  Arabum ,  &  dtuitls  îndid , 
Cœmentis  licet  occupes 

Tjrrhenum  omne  mis  &  mare  PontkHm' 
Si  fiqit  adamantines 

ù  itmmis  vertiabus  dira  necejfitas 


Odes  d'Horace.  Xiv.  III.      199 
ne  (c  trouueront  point  incommodez  dans  h 
faifon  qui  apporte  les  maladies  auec  les  fruits. 
Car  la  Vi&ime  déuoiiee  qui  paift  fur  le  Mont-       ici 
Algide  couuert  de  neiges3entre  les  yeufes  &  les 
chefnes ,  ou  qui  s'engraiflè  dans  les  herbages 
d'Albe  ,  fera  rougir  de  fon  fang  les  haches  des 
Pontifes.  A  toy  qui  couronnes  tes  petits  Dieux      \$\ 
de  romarin,  &  dé  frêle  branche  de  myrthe,  il 
n'eft  point  du  tout  necefCiire  que  tu  épanches 
le  fang  de  beaucoup  de  ieunes  brebis ,  pour  les 
auoir  fauorables.  Si  ta  main  innocente  a  tou- 
ché les  Autels,  vne  riche  hoftje  ne  fera  pas  plus       *| 
agréable  aux  Pénates  pjoujles  appaifer,sils  te 
font  contraires,  quvne  fainte  galette paiftriç      io- 
de fine  fleur  de  froment,  Sç  de  fel  qui  pétille 
dans  le  feu. 


CONTRE     LES     AVARES- 
Ode  XXI Y. 

£hte  rien  ne  les  peut  garentir  delà  mort  ,&  que 
les  Scythes  ^&  les  Getes  qui  traînent  leurs  mai- 

fons  en  des  chariots ,  &  qui  labourent  m  corn- 
mun ,  font  -plu*  heureux  queles  Romains ,  qui  Je 

font  laijfez*  corrompre  par  tous  les  vices. 

ENcore  que  tes  biens  furpafifent  les,  trefofs 
des  Arabes  &  des  Indiens  opulens ,  oà  Von 
n'a  point  touché  :  encore  que  tu  occuppes  de 
tes  édifices  toute  la  mer  Tyrrhene,  &  la  mer 
Pontique  \  fi  la  cruelle  neceflîté  du  deftin  y  en- 
tôce  les  doux  de  dianuiit,tu  oe  chafferas  point 

N  ni) 


loo  Ca'RMisvm    Lid.   III. 

CUhoï:  non  anmiptm  met:/. 

Non  mortis  léHp&ù  expédies  caput. 
CttmpeQres  meluis  $cythx9 
10.  (Quorum  planftra  vagas  rite  trahunt  do* 

mos  ) 

V'tHHftt  \  XSr  rifïdi  Getdt  , 

ItiirnetatAqitihHs  iugerji  ^  libéras 
Urugei  &  Cererem  frunt  : 

Nec  ctdtttrd  placet  lonrior  annua  \ 

ij.      Deft4nBHmcjiît  laUribu* 

n^LejHdli  recréât  forte  vkarim.     1 
JJlic  maire  carentibus 
Frimgnis  rnulier  tèmptrat  innocens  ; 

Nec  detata  régit  virum 
i<*«         Coninx ,  nec  nitido  fidit  adultéra, 
Dos  eft  magna  y  parentium 

Virtus ,  &  metttens  alterim  viri 

Certo  f céder e  café  tas  : 

Et  peccare  ne  fus  ,  aut  przùum  efi  mori. 
£c,      O  qmfijuis  v&iet  tmpias 

C&des ,  &  rabiem  tôliers  ciuicam  : 

Siquétret,  pater  vrbium 

Sttbfcrtbi  fatuis ,  ïndomstam  atidcats 
J^efrmare  licentiam  3 
>  0 1  Claris  poft  genitis ,  quatenus ,  heu  nef  m  l 

Virtuîem  incolamcm  odirnus  3 

SubUtam  ex  octdis  e^u^rtmni  inttidi* 


Odes  d'Horacs.   Liv.  III.       aoi 
la  crainte  de  ton  cœur  >  ôc  tu  ne  pourras  iamais 
çxemprer  tatcftedesliensde  la  mort.  Lçs  Scy- 
thes qui  font  toufiours  en  campagne ,  &  de  qui 
les  chariots  trainent  les  mailbns  errantes,  viuct 
plus  heureufemét,  de  mefme  que  les  Getescn-     iou 
durcis  au ftoit,à  qui  les  pièces  de  terre,sâs  eftre 
limitées  apportent  des  bleds,&:  desfruits  indif- 
féremment pour  tout  le  monde,  parce  que  cha- 
cun en  prend  autant  qu  il  çn  a  befôin  :  ny  le  la-      k, 
bourage  dVn  lieu  ne  leur  eft  point  agréable,  s'il 
pafle  au  de  là  d'vne  année  :  &  vn  autre  qui  préd 
fa  place , fe  réjouy t  de  cultiacx  le  champ  aban- 
donné par  vn  fort  égal.   Là  vue  femme  de  dou- 
ce humeur  traitte  humainement  lesenfans  de 
fon  mary,qui  ont  perdu  leur  mère:  elle  n'entre- 
prend ppint  de  luy  cômander,  pour  auoir  apor- 
té  de  grands  biens  à  fa  maifon  :  ny  auffi  ne  met-     xo 
elle  point  fa  confiance  en  quelque  beau  galand 
qui  luy  fade  l'amour.  La  vertu  des  païens, &  la 
çhafteté  qui  répugne  à  prendre  vn  autre  mary, 
à  caufe  de  la  foy  promife  ,  eft  vn  grand  dot  :  & 
violer  cette  foy  parmy  eux ,  eft  vn  crime  qui  ne 
fe  peut  expier  que  par  la  mort.  O  quiconque     Jç, 
voudra  ofter  les  meurtres  impies.ou  la  rage  des 
guerres  Ciuiles;  comme  vn  bon  père  4es  villes, 
s'il  cherche  que  fou  nom  foit  écrit  au  pied  des 
ftatu'ës;ilfaut  qu'il  ait  alfez  de  courage  pour  ré- 
primer la  licence  indomptée  de  (es  paffiôs,  afin 
d'eftre  en  vénération  à  fa  pofterité  :  dautant  (ô     î®- 
malheur  déplorable!  )  que  nous  haillons  la  ver- 
tu prefente,  &c  que  nousja  cherçhôs  d'vn  cœur 
cnuieux  ii  éloignée  de  nous ,  qu'il  n'eft  pas  en 
jioftrc  pouuoir  de  lareconnoiftre.  Quel  eft  fef* 


202L  CARMINVM     LlB.    III. 

Ghiiâ  tri  fies  quertmomt  y 
Si  non  fupvlicio  culpa  redditur  ? 
2 c .     JQ^iÀ  leçc-s  fine  moribus 

Van<t  proficiunt  ?  fi ,  neque  fermais 
Tars  indu  fa  caloribns 

Mandi ,  nec  Bore<e  finitimum  latus , 
Durât étcjue  folo  niues 
iqo.         Mercatorem  abigunt?  horrida  callidi 
Vtncunt  dtquora  namt&  \ 

Magnum  pauperies  opprobrium  inbet 
JjhiidHis  &  facere  &  pati> 

Virtutifque  viam  defèrit  ardu  a. 
45*     V*l  nos  in  Capitolium  , 

/9m.  clamor  vocat  &  turba  fauentium: 
Vel  nos  in  mare  proximum 

Gemmât^  lapides  >aunim  çfr  inutile, 
Summi  materiam  mali , 
Jî?«  Mittamus.  federum  fi  bene  pœnitet> 

Eradenda  Cupidinis 

Praui  funt  elementa:  &  tenert,  nimk 
Mentes  ajperioribus 

Formanddt,  fludiis*  nefeit  equo  rudis 
TJ)     JHœrere  ingenuus  puer, 

Venariqne  limety  ludere  doÛtor , 
$eu  Grœcv  iubeas  trocho  , 

Seu  malts  vetita  legtbns  aléa. 
£hum  periura  patris  fides 
6o-  C  on  for  t  em  focium  f allât  &  hofpitem  : 

Indignoque  pecuritam 

H&redi  properet  :  feilicet  improb<t 
Çrefcunt  dutitia  :  tamen 
Çurta  nefeio  qutd  femper  abefi  rei* 


Opes  d'Horace.   Liv.  III.     *c$ 
fet  des  triftes  plaintes ,  fi  le  crime  n'eft  arraché 
par  la  peine?  A  quoy  feuient  les  loix qui  font       35* 
vaines  fans  les  bônes  mœurs,  fi  la  partie  c}u  mo- 
de enclofc  entre  les  bouillîtes  ardeurs  de  la  tor- 
rîde  y  &  fi  le  codé  qui  approche  les  froides  ré- 
gions de  Borée  ,  &  les  neiges  endurcies  fur  la    40. 
terre  ,ne  font  point  capables  d'empelcherque 
le  marchand  ne  continue  (es  deiTeins  de  voya- 
ger? &  fi  les  mers  affreufes  font  furmontées  par 
l'adrcfle  des  Matelots?  La  pauureté  qu'on  tient 
pour  vne  grande  infamie ,  commande  de  tout 
faire,  &  de  tout  endurer,  &c  contraint  en  quel- 
que façon  de  quitter  le  chemin  difficile  de  la 
vertu.  Ou  portons  au  Capitole  parmi  les  accla-     4J» 
mations  &  la  foule  du  peuple  qui  nous  y  appel- 
le ,  ou  lettons  dâs  la  mer  la  plus  proche,  les  per- 
les, les  pierreries,  &  l'or  inutile,  matière  de  nos 
plus  grands  malheurs.  Sinousauonsvnverita-    "jo. 
ble  repentir  de  nos  crimes ,  nous  deuons  arrar 
cher  de  nos  cœurs,  les  racines  delaperuerfe 
çonuoitife,  &  former  nos  amestendres  à  des 
€xercices  forts.  Le  noble  Enfant  ne  fe  peut  te-     r<% 
nir  ferme  àchcual,  s'il  n'a  point  apris  d'y  mon- 
ter, &iiapeurdecouriràlachaflè,  beaucoup 
plus  propre  au  jeu  du  fàbot  venu  de  la  Grèce, 
ou  fi  tu  l'aimes  mieux,  beaucoup  plus  inftruit 
au  jeu  des  dez,  que  les  loix  nous  ont  fi  fouuenc 
deffendus.Quad  la  fo  y  pariure  d'vn  père  auare, 
trôpe  fon  confrere,fon  hofte,  &c  fon  côpagnon,     6<r* 
s'épreiTantd'amafïer  de  l'argét  pour  vn  indigne 
héritier,  (ileftvray  que  les  richefTes  quis'ac- 
quierët  par  de  mauuaifes  voyes  s'augmétét  ain- 
fijil  maque  pourtât  toujours  ie  ne  fçai  quoi  aux 
Lies  qui  scblent  couzsjïceux  qmen$Qt-pa(fione&- 


194  Carminvm  L  i  a.  1 1 1. 


IN    BACCHVH,     Ode    XXV. 

Bacchï  inftin&uconcitatus  noua  qifcedamcar- 
mina  Lyrica  de  Augufto  eft  dictunis. 


Q 


Vo  me  Bacche  rapts  Uti 

Plénum  ?  quœ  tn  nemora ,  aut  quos  aror 
in  fpecus 
Velox  même  noua  ?  quib^s 

Antrù^egregij  Cœjàris  audiar 
£      *s£temu?n  méditons  decus 

Stellis  inferere  &  confilio  louis  ? 
Dicam  injigne ,  recens  >  adbuc 

Indï?ittm  ore  alto*  non  ficus  in  tuais 
Exfomnu  fiupet  Ettiat  > 
IO#  Hebrum projpictens ,  &  niue  candJdam. 

Thracen ,  ac  pede  barbaro 

Luftratam  Rhodcpen.  vt  rn'wi  deuio 
Râpes  &  vacuum  nemm 

Mlruri  libet  !  O  Naiadum-  potens , 
yr       Baccharum^ue  ,  <valentium 

Procerœt  manibm  vertere  jraxinos  : 
NU  parupim  aut  bnmili  modoy 

Nil  mortelle  loquar.  dnlce  penculum  ep0 
O  Lendte  ,  Je  qui  deura 
*o.         Ctngentem  viridi  tempora  pampino* 


Odes  d'Horace.   Liv.  I II.     ioj 


A     BACCHVS.    Ode   XXV. 

//  fe  propofe  de  dire  des  chojei  yiouueïïes  & 
inouïes ,  eftarit  infptït  par  Macchus. 

EN  quelle  part  meràuis-tu,  Bacchus,  aprss 
que  ie  fuis  rempli  de  ta*diuine  fureur?  en 
quels  bois ,  ou  eu  quels  antres  fuis-je  emporté, 
deuenu  plus  léger  que  de  couftume ,  &  pofledé 
d'vn  efprit  nouueau  ?  dans  quelles  catiernes,  en      $. 
méditant  quelque  chôfe  de  grand ,  feray  je  en- 
tendu portant  îufqu'au  Giel  Interne!  honneur 
de  Cefâr  pour  le  loger  entre  les  Eftoiles,  & 
dans  le  Palais  de  Iupiter  î  le  veux  dire  vne  cho- 
fenompareille,  &  nouuelle  qui  n'aiamaiScfté 
dicte  par  vne  autre  bouche.  A  in  fi  vne  Menade 
reuenue  de  ion  fommeil ,  s'érnerueille  fur  le       r®# 
haut  des  montagnes  de  voir  THebre^laThra- 
ce  couuerte  de  neige ,  &  le  Rhodope  où  fe  re- 
marquent les  pas  des  barbares,     O  qu'il  me 
plaift  d'admirer  les  roches  &  les  foreftsfolitai- 
res  en  me  détournant  des  chemins  fréquentez? 
O  Dieu  puifiànt  que  relièrent  les  Nayades  8c 
les  Bacchantes  qui  de  leurs  mains  vigoureufes     ij. 
peuuent  abbatre  les  frefnes  éleuez  *,  ie  ne  diray 
rien  de  bas ,  ny  d'vn  fujet  vulgaire  :  ie  ne  di- 
ray rien  de  mortel.  *  O  Leneen ,  le  danger  cft  çefi  vn  mm 
bien  doux,defuiure  vnDieu  quienuiremnefa  JeBœccku*. 
c«fte  de  pampres  vers,  £3» 


îoi         CarMinvm    Lib.  III. 


AD     VENERE  M.     Ode  XXVI. 

Senc&ute  iam  confechis,  lyrse  &  rebus  a  m* 
toriis  valedicic. 

\y  lxi  puellU  nuper  idoneus^ 
Et  militaui  non  fine  oloria  : 
Hune  arma  defunUtfmcjue  beïlo 
Barbiton  htc  paries  habebtt, 

5-       Làuum  marina  qui  Veneris  latiu 
Cxflodit.  hic ,  hic  ponite  iucida 
Funalia  3  &  vcïïes  ,  cr  arcus 
Oppojïtis  foribm  minaces. 

0  y  cjtta  beatam  diua  te  ne  s  Cyprum  5  & 
Jo.      Memphim  carentem  Sythonia  mue  > 
Regina ,  fvMimi  flagello 

Tange  Cleèn  Jemel ,  arrogantem. 


AD    GALATEAM   NAVIGATVRAM, 
Ode  XXVII. 

Dehortàtur  eam  praecipuc  ab  exempta 
Europe. 

IMpios  parra  recinentis  omen 
Ducat  y  &  pragnans  canis  >  aut  ab  àgré 
Raua  decurrens  lupa  Lanuuino* 
Fœdaquc  vnlpes  ; 


Odes  d'Horace,  Liv.  III.      207 


A     VENVS.     Ode  XXVI. 

//  veut  dire  adieu  à  tmtes  les  délices  y&  mejfmeï 
À  lapoh'fte,  puis  quileff  défia  venu  fur  l'âge. 

I'Ay  vefeu  iufquesicy  capable  de  rendre  fer- 
mée aux  Dames:  &  ie  n'ay  point  combatii 
fans  auoir  acquis  de  la  gloire.  Mais  enfin,  cette 
paroy  qui  regarde  le  codé  gauche  de  Venus 
née  de  la  mer, tiendra  mes  armes  &  mon  luth  §. 
quittes  déformais  de  la  guerre  qu'ils  ont  foute- 
nu'ë  auec  aflez  d'hoîinear.  Mettez  >  mettez  eil 
ce  lieu-là,  les  flambeaux  luyfans,  les  machines 
pour  forcer  les  places ,  &  les  arcs  tournez  dV- 
11e  façon  menaçante  contre  les  portes  qui  leur 
ont  efté  fermées.  O  Deeflè  Reine  de  Theureu-  io« 
fe  Cypre,  Se  de  Memphis  qui  n'eft  point  fujette 
aux  neiges  de  làThrace*,  touche  vne  fois  l'ar- 
rogate  Chloé  de  ta  verge  diuinc  pour  la  chaflier. 


A    G  AL  A  T  E  E.    Ode  XXVII. 

// s 'efforce d 'empefeher  qu'elle  ne  sexpojefurla  met 
à  l'exemple  de  U  belle  Europe. 

QVe  le  malheureux  prefàge  de  la  Mezaiv* 
ge  qui  repette  fouuent  Vne  mefme  chan- 
son ,  vne  chienne  emprainte  ,  vne  louue  a  la 
peau  de  couleur  de  raue  qui  defeend  de  champ 
JLanuuin,&  vne  renarde  pleine,  meinent  les 


îc8         C  A  R  M  I  W  V  M   L  I  fi.  1 1 1. 
ç.      Rumpat  &  ferpcns  itcr  infiitHtMm  , 

Si  per  obliquant  fimilu  fiigitta 
Territit  nuvwos.  roc  eut  amebo 

P  roui  dm  aufpex  ? 
A'-  tecjuam  [jantes  répétât  paiudes 
IO.       Jmbrium  ditttna  auis  imrmnentum  / 
Ofcir.cm  coruum  precc  fufntabo 

Solts  ab  or  ta. 

Su  licet  fel'tx  vbicuvque  mauis-y 
Et  memor  noflri  Cafatca  VÎMM  : 

?j\       Teque  rec  Uuas  vetet  tre  picus  > 
Nec  vaga  corniw 
Sfd  vides  quanto  trepidet  tumultu 
Promis  Qrion<>  ego,  qu'ai  fit  ater 
j&drîa  ,  770/// ,  fwus  :  C7~  quid  albus 

20.  Peccet  lapix. 

Hoftium  vxores  pueriqne  czees 
Sevtiant  motus  orientis  Hœdi ,  çfr 
tALquoris  nivri  {remitum,  &  tremebttï 
Ver b ère  rip.u. 
25.     Sic  ç^  Europe  nïuemn  dolofo 

Credadit  tauro  lattis,  &  fatentem 

BeRuis  pontum ,  mediafque  fraudes 

P  a  Huit  audax. 


30 


Nuper  in  pratis fludiofa  forum,  & 
Débita,  Njmphis  optfex  corona> 
Ncfte  fublnfri ,  riwi  aftraprœter 
Vtdiî    &  vndiis. 
Qu&  fmul  centum  tetigit  potenteni 
Qpfidù  Creten,  Pater  0  reliUum 


iucchahs 


Odes   fc'H or  À  et.  Livv  III.     20$ 
snéchans  que  leur  paffion  tranfporte  à des  en- 
treprifès  cruelles.  Que  le  ferpent  interrompe      fl 
pour  eux  (on  chemin  entrepris^  fi  en  fe  tortillât 
comme  vn  cep  de  vigne^il  a  par  fes'mpuuémens 
obliques  épouuànté  les  *  beftesde  l£ur  attirail,  à*  folk* 
Pour  qui  auray-je  de  la  peur ,  elftartt  vn  Deuin  mséhi 
Fort  éclairé  ?  Allant  que  î'oyfeau  qili  preïagela 
pluye  s'en  retourne  aux  eaux  dormantes  des 
ïnarets ,  i'émouueray  par  mes  prières  le  fimftre       10* 
Corbeau  du  coïlé  que  Le  Soleil  le  leue.  Sois 
heureufe  par  tout ,  Galatée  3  fans  me  perdre  en 
tô  fouiienif:&  que  le  finiitre  Pic-vert>&  laCor-      *Jf 
neillc  vagabonde,  ne  te  défendent  point  d'aller 
où  il  te  plaira.  Mais  ne  vois-tu  pas  de  quelle 
façon  Te  trouble  Orion  qui  s'approche  de  foii 
touchant  ?  le  connois  bien  le  fein  noir  de  la  mer 
Adriatique  ,  &  ie  n'ignore  pas  eh  qiiby  pèche 
d'ordinaire  le  vent  de  Calabre  quand  il  paroift 
leplusferain.  0ue  les  femmes  &  les  enfansdes     *vi 
cnnemis5fentçnt  les  orages  obfciirs  qui  s'émeu* 
lient  au leuer  de  la  conftellation  des  chéureaux* 
le  fremi(Tëment  de  la  mer  troublée ,  &  les  ïitxz4 
ges  tréblans  fous  la  violence  de,fes  coups,  Aiqfi      ijî 
la  belle  Europe ,  fe  confia  fut  le  Taureau  trora- 
peur,&  pallie  d'eifroy  pour  auoir  efté  trop  har- 
die fe  voyant  engagéepar  fes  rufes  au  milieu  dé 
la  mer  pleine  de  ftionftres.  Au  lieu  que  n'ague- 
res  fur  le  foir  elle  eftoit  fciçnèiife  de  cueillir  des 
fleurs  dans  lesprairies,pour  faire  des  coin  oncs    |Sf|' 
àuxNymphesj  rien  né  fe  dëconuréiiiaintenant 
à  fa  vue  que  des  Eftoiles  &  de  l'eau.  Àuffi-roit 
qu'elle  eut  ataint  le  Royaume  de  Crète  célébré -J 
par  les  cent  villes  qui  k  rendent  puisant  *>  O 

O 


1IO  CarminVM    LIB.  III 

35-      Ftli*  ncmen,  piaafjne  >  dixit 
Vitta  furore  , 
Vnde  ?  cjiio  vent  ?  lents  vna  mors  cft 
Viroinum  culp&.  viçtlanfne  ploro 
Tnrpe  commijfum?  an  vitiis  carentem 
4©.  Ludit  imago 

Vana,  cjua  porta  fuuiens  thnrnà 

S  omnium  ducit  ?  meliufne  fuHus 

Ire  ter  lonqos  fuit ,  an  récentes 

Carpere  flores  ? 

4y     Si  cjuis  infamem  mU>t  nunc  iuuencum 

Dedat  ïrat& ,  lacerare  ferra y  & 

Frangere  enitar  modo  mxltum  amAti 

Cornua  tauri. 

Impudent  liqui  patrios  pénates  y 
5°'      Impudent  Qrcum  moror.  o  d.eorum 

Si  qui  s  hœe  audis ,  vtinam  inter  errent 

Nuda  leones! 

Jintequttm  turpù  macies  décentes 

Occupct  matas,  tener&que  fuccus 

cj.      Defiuat  prœdœ  >  Jpeciofa  qu&ro 

Pafcere  tigres* 

Vilis  Europe  pater  vrget  abfens  : 
Gfaid  mori  cejfas  ?  potes  hac  ab  ârnù 
Pendulum  z>ona  bene  te  feqtiHtét 
6o,  L&dere  colium. 

Siue  te  rupes  &  acuta  lethe 
Saxa  deleÈlant:  âge  >  te  prose  !U 
Cnde  veloct  :  nifi  hertle  mauts 
Car f ère  penfwn  , 


Odes  d'Horace.   Liv.  îtl.      îH 
ition  pcre,  dit-elle,  helas  1  c'eftlefeulnom  que 
tu  laifTes  à  ta  fille. O  pieté  vaincue  par  la  fureur!      $d 
d'où  fuis-  je  partie  ï  oùfuis-je  venue?  vne  mort 
efttrop  peu  de  chofe  pourleS  fautes  d'vne  fille. 
Suis-jeéueillée,  &pleuray-je  vne  vilaine  a&iô? 
bu  bien  fuis- je  exempte  de  vices  î  &vneitaage      4^ 
vaine  qui  ameine  les  fonges  par  la  porte  d'y  uoi- 
te  fe  mocque-t-dle  de  moy ?  m'a-t-il  mieux  va- 
lu de  trauerfer  de  grandes  mers  que  d'amaffer 
des  fleurs  nouuelles?  Si  dans  la  colère  où  ie  fuis,       4J° 
quelquVn  m'amenoit  rinfameTaureau,ie  m'é- 
Forcerais  de  le  trancher  en  pièces  auec  le  fer,  8C 
i'arracherois  les  cornes  à  cet  infolent  Animal 
que  i'aimois  n'aguere  auec  tant  depaffion.  f  ay 
quitté  les  Dieux  du  pays,  auec  la  modeftie,&:  ie 
retarde  de  mourir  fans  pudeur!  O  fi  quelqu'vn      58; 
..des  Dieux  écoute  ce  que  ie  dis  !  puifTay-  je  errer 
toute  nue   entte  les  lyons.  Allant  que  la  mai- 
greur difforme  fe  foit  emparée  de  mon  beau  vi- 
rage,  ôc  que  l'enbonpoiht  échappe  à  vne  proye 
délicate, ie  veiix  que  lesTygres  niedeudrent       fa 
auec  les  refies  de  ma  beauté.  Le  père  abfent  de 
la  chetiue  &  malheureufe  Europe,  femble  la 
prefier  ainfi.    Pourquoy  tardes  tu  de  mourir? 
tu  peux  bien  ferrer  ton  col  auec  ta  ceinture ,  6c 
l'attacher  à  ce  frefnc  fatuiage^^r  étouffer  ta  vie, 
corne  mie  mérites:  ou  fi  cette  roche  &  tes  pôin-      &0» 
tes  de  cailloux ,  te  plaifent  dauantâgè  *,  ils  te  fe- 
ront aufii fauorables  pour  àuacer  ta  mort.Cour 
rage  ,  pretipite  toy  dans  \t  rapide  courant  de 
ces  eaux,  fi  ce  n'eft  que  tu  aymes  mieux  filer 
pour  quelque  maiftreffe,  en  qualité  de  feruate> 
bu  que  tu  fois  dônee  pour  concubine  à  quelque 

g  ij 


111  C  A  RM  IN  V  M     LlB-     II  & 

£>J.      Rcoius  fanqtt's  >  dominacjne  tradi 
Ilarbarx  pellex.  slderat  cjnerenti 
Perfidum  ride  us  Venus ,  (£•  remijfo 
Filins  arcu. 


Mox  vbi  In  fit  fiitis,  Abfùneto 
(  Dixit)  irarum  ,  calid&cjuc  rixt  , 
Ghwm  tibi  inuifus  Ucerauda  reddet 
Cornua  tattrus. 


70, 


? 


Vxor  t7iuicli  louis  ejp  nef  ci  s 
Adïîte  fwaulîHs:  be ne  ferre  maonam 
y,       Difce  fortttnam  :  tua  ftÛus  orbis 
Nomina  dncet. 


AD    LYDEN.    Ode  XXVIIL 

Hortatur  Lydcn  ,  diem  Neptuno  facrum  in 
potu  &  cantu  hilariter  tranfîgere. 


F 


]Efce  cjuid  potins  die 

Neptuni  faciam?  prome  reconditnm 
Lyde  ftrenud  C &cubtim  : 

MunitdtcjHe  adhibe  vim  fapienti&. 
y.       Ihclinare  m  en  die  m 

Sentis  :  ac  5  veluti  flet  volucris  dies , 
Farcis  deripere  horree 

Cejfantem  Bibtili  Confulis  amphoram* 
ISLos  cantabimus  inuicem 
10.        Neptunum ,  &  viridts  TXertidum  comas  : 
Th  cmha  reewes  Ijra 


Odes  d'Horace.  Liv.  III.  215 
Dame  eftrangere  ,  quoy  que  tu  fois  de  fang  £ja 
royal.  Venus  qui  eftoit  prefente  ,  quand  Euro- 
pe faifoit  Tes  plaintes  contre  fon  Amant  infidel- 
îe,  s'en  prit  à  rire  auec  fon  fils  qui  tenait  fon  arc 
détendu.  Puis  quand  elle  eut  allez  ry  :  ne  te  faf-  y®. 
çhe  point  fi  fort,  luy  dit-elle  ,&  celle  d'aban- 
donner ton  courage  à  vn  fi  grand  dépit,  quand 
le  Taureau  fujet  de  ta  haine,  &  de  ta  colère, 
aura  mis  Ces  cornes  entre  tes  mains  pour  les  b  ri- 
fer  en  mille  pièces.  Ne  fçais-tu  pas  que  tu  es  de- 
uentië  femme  de  l'inuincible  Iupiter?  Quitte 
ces  foûpirs  inutiles,  Sçappren  cofpme  il  faut  yr. 
foutenir  vne  grande  fortune.  Ton  nom  aura  la 
gloire  d'eftre  porté  par  l*  vne  des  trois  parties  dç 
FVniuers. 


A     LYDE.     Ode  XX VIII. 
J%£ilf*Ht.  célébrer  avec  ioyela  fefte  de  Nepwnel 

QVe  dois- je  f£ïre  pour  le  mieux  en  ce  iouc 
de  fefte  dédié  à  Neptune  \  Valeureufe 
]Lyde3apporte  nous  du  vin  de  Cecube,  &  prêt- 
re de  nouuclles  forces  à  cette  fagefle  quiteréd 
G  recommandable.  Tu  t'aperçois  bien  que  le 
iour  s'abbaifïè  :  &  ccpendant,comme  fi  les  heu- 
res qui  s'efcoulent,  demeuroient  fermes  ;  Tu 
ne  te  haftes  point  de  tirer  du  haut  celier ,  le  vin 
que  conferue  la  tonne  depuis  le  Confulat  de, 
Bibulus.  Nous  chanterons  tour  à  tour  les  loua- 
ges de  Neptune  &  desNereides  aux  cheuelei*- 
res  vertes,  Fay  relbnner  fur  la  lyre  courbe* 

O   îij 


io. 


*J- 


%H  C  A    R    M   I   N   V   M     L  ID.    III. 

Latonam,  c  celens fpicu!a  Cyntht<t: 
Sfi?nmo  carminé ,  ojtit  Cm  don 

Ftdgcntefitte  tcnet  Cjcladts  y  &  Papbon 
lunElts  vifit  oloribus. 

Vicetttr  meriu  Nox  quoque  ntnU. 


AD      M  E  CO  E  N  A  T  E  M. 
Ode   XXIX. 

Inuitat  cum  ad  cœnam  hilarem,  publias  ca- 
ris omifïïs. 

TTrrhena  regum  pro génies  >  tibi 
Non  ante  verfo  lene  merum  cado 
Çum  flore ,  Adccœnas,  ro forum  ,  cr 
Vrejfà  tuis  Balanus  capillis 

j»        lAmdudtim  apud  me  eft.  eripe  te  mor<t;. 
Ne  femper  vdum  Ttbur  &  cs£fol<c 
Déclin &  contempler is  arnum ,  or 
Telegoni  iuga  parricida. 

Fdftidiofam  défère  copiant  & 
10,     M  oie  m  propinquam  nubibm  Ardnii* 
Omitte  mirari  beat* 

Fumum  &  opes  ftrepitumqtie  Rom  a, 

Tlerttmcjue  grata  dinitibm  vices , 
Alundaque  parne  fnb  Lare  p^perum 


Odes  d'H  oraci,  L  i  v.  ni.  n  j 
les  mérites  de  Latone  ,  &  les  traits  de  Diane 
fi  prompte  à  la  courte  :  &  pour  la  fin  de  nos 
chançons ,  celle  qui  tient  fous  fa  prote6tion, 
Gnide ,  &  les  îlluftrcs  Cyclades ,  &  qui  vifite 
Paphos  dans  fon  char  tiré  par  dos  Cignes ,  fera 
le  fujetdenosvers.  La nui£t fera  auffi  célébrée, 
auec  vne  poefie  (ombre,  digne  de  fa  noirceur. 


A    MECENE.     Ode  XXIX 

//  imite  Mecenas  à  prendre  quelques  repas  chez, 
luy  >  quil  efpere  ne  luy  eftre  point  defagrea- 
blés ,  par  ce  que  les  riches  Je  plaifent  quelques - 
fois  *  neftre  pas  fi  bien  traitez,  que  de  coutu- 
me) &  te  conuie  de  quitter  les  fouets  qui  tra- 
uai  lient  fefprit  ,  &  d ^abandonner pour  quel-* 
que  temps  le  feiour  de  la  ville» 

RAce  des  Roys  de  Tofcane ,  lllufire  Mécè- 
ne, i'ay  pour  toy  depuis  long-temps  vn 
poinçon  de  bon  vin  qui  n'a  point  encore  efté 
mis  en  perce  ,auec  des  rofês ,  &  des  parfums 
d'huile  de  *  Balane  pour  tes  cheueux.  Que  rien  De  Mira- 
ne  t'empefche  de  venir  donc  promptemét,  fans  ****$*, 
t'amufer  à  contempler  à  toute  heure  Tiuolià      5* 
caufe  de  (es  eaux,le  châp  d'Efuie  couibé  agréa- 
blement en  peme  tout  autour,  &  là  colline  de 
Tufcule,autresfois  habitée  par  Telegon  qui  tua 
*fon  père. Quitte  auflî  cette  abondance  qui  do-  Vlijfe. 
ne  du  dégouft ,  auec  cette  maffe  hautaine  de      lo# 
lheureufe  Rome,  quis'éleue  quafi  iufques  aux 
nues:  çefïè  d'admirer  fa  fumée  >(cs  riche  fle$,  &C 
fon  bruit.  Souuentlç  change  eft  agréable  aux 

O    inj 


%}<*         Carmihvm    L  ib.  III. 
fj-  CûQna,  fine  auUts  CT  ofiro^ 

SolUcitam  explicaere  f routent. 

lam  clartiê  oçcultum  ^ndramedes  p*t?r 
Qfiendit  tgnem  :  iam  Procyon  furit , 
Et  [le  lia  vefani  Lsconis  x 
10;  Sole  d:es  referente  ficcos. 

lam  paftor  vmbras  cnm  grege  langttidù. 
Riuumqué  fr'JfUi  qkark  ;  &  horridi 
Dumeta  Syluani  :  caret  que 
Ripa  vagis  taciturrta  ventis. 

%j.      Tu  ciuitatcm  qui  s  deceat  fiât  us  > 
Curas  y  &  vrb.ifollicims,  times 
J>hiïd  Seres  (jr  regnata  Cyro 

Rattra  parent ,  Taxai/que  diftars* 

Trudens  futuri  temporis  exitum 
7jt      Caligimfa  noBg  premit  Deus  : 
Ridetque ,  fi  mortalis  vitra 

Fas  trépidât,  quod  adeft^  mémento 

Çomponere  aquus:  catera  fiuminis 
Rttn  feruntur ,  mine  medio  alueo 
U&  Cum  face  de  lobent  û>  Etruf- 

cum  in  mare  y  nmc  lapides  adefos* 

Stirpefque  raptat ,  &  pecta  &  domos 
Voluentis  vna ,  non  fine  moçtium 
Çlamore ,  victnœque  fylua  ; 
4®'  jQ^fm  v-ra  dduuies  quiet  os 

Irritât  tmnes.  illç  potens  fui 


Odes  d'Horace  Liv.  III.     i\j 
fiches  :  &  des  tables  propres  (bus  le  petit  toidt 
des  panures ,  fans  la  magnificéce  des  tapis  &  de      lv 
la  pourpre ,  leur  déplailént  fî  peu,  quelles  ont 
piefmes  effacé  par  laioyCjl'ennuy  quiparoiifoit 
fur  leur  vifage.  Dé  ja*  le  père  lumineux  d'An-  ceftu  Roy 
dromede  découure  fon  feu  qui  cftoit  caché.    fJ      ,ê0m 
Dé-jala  canicule  s'échauffe? aufîî  bien  que  TE-         c^ 
ffoile  du  lyon  furieux  •  &  le  Soleil  nous  ameine 
les  iours  fecs.  Le  Berger  fatigué  du  chaut, cher- 
che dé-ja.  les  ombres  &  les  ruifîeaux , auec  fon 
troupeau  langui flànt:Iife  met  à  couuert  fous  les 
guidons  heriffez  de  Syluain:  &  les  riuages  taci- 
turnes ne  s'aperçoiuent  pas  des  moindres  ha- 
leines de. vent.  Tu  te  mets  enpein#dereftat      *5' 
des  affaires:  &c  toufiours  en  fouci  pour  la  gloire 
de  Rome,  tu  appréhendes  quelque  chofe  de  fi- 
ni fere  :  &  tu  veux  fçauoir  les  deflèins  des  Seres, 
ôc  quelles  cpnfpirations  peuuent  faire  contre 
l'Empire,  les  Ba&resde  l'ancienne  dominatioa 
de  Cyrns,  &  les  peuples  infociabies  qui  de- 
meurent le  long  des  nues  du  Janaïs.  Dieu  tout     }<*• 
fage  entieloppal'auenir  d'vnenui&obfcure,  & 
fe  rit  iî  l'homme  mortel  fe  fouçie  pour  lçs  cho- 
fes  futures  au  delà  de  ce  qu'il  doit.  Souuié-toy 
ûvfcr  du  prefent  aucç  vne  apie  égale.  Le  refte 
eft  porté  comme  vn  fie  une  ,  tantofts'écouiant 
doucement  dans  fon  canal  pour  aller  tomber     3i« 
dans  la  mer  Etj:urienne  $c  t&ntoit  entraifnant 
auec  furie  des  roches  minées,  des  troncs  d'ar- 
bres,des  troupeaux,&  des  maifons>n6  fans  que 
les  montagnes  ôc  les  forefts  voifînes  retentifsét 
d Vn  grarid  bruit,  quand  vne  rauine  d'eaux  qui     ^°* 
vient  tout  à  coup,  rend  furieufes  les  riuieresîes 


n8         CuminvmLib.IR 
Lttufcjve  de  art ,  eut  licet ,  in  diem 
Dfxijpr ,  vixi  :  cra6  vel  atra 
N  ube  polum  pater  occupatoy 

4J»        Vel  foie  pur o:  non  tamen  trritum 

^uodcumque  rétro  efl ,  efficiet  :  ne  que 
Uiffinget*  infect  umque  reddety 

Jhtodfugiens  fcmel  hora  vexit. 

Fortuna  fouo  Uta  negotio,  & 
Jô*        Ludum  v  folcntem  ludere  pertinax , 
Tranfmutat  incertos  honores , 

T^jtne  mihi ,  nunc  alij  ben'tgna. 

I  ait  do  manentem  :  fi  celeres  quant 
Pennas ,  refigno  qu<z  dédit  >  &  rnc<i 
S5*  Virtute  me  inuoluo ,  probamque 

Pauperiem  fine  dote  qu&ro* 

Non  efl  meum ,  fi  mugiat  A  fiels 
Malus  proceAis ,  ad  mi  feras  preceî 
DeQurrere:&  votis  paetfci , 
£0^  Ne  Cyprin  Tyritque  mevees. 

Addant  auaro  diuitias  mari. 
Tune  me  bi  remis  pr&fidio  fcaphdt  > 
Tutttm  per  *s£gzos  tumultm 

Aura  feret ,  geminufqm  PoUttë* 


Odes   d'Horace.  Liv.  III.     2;$ 

pluspaifibles.  Celuy-làviuraioyeux&:  maiftrc 
de  fes  volontcz  qui  pourra  dire  chaque  iour, 
iayvefcu.  Que  Iupiter  couure  demain  le  Ciel 
d'vnn uage  (ombre,  ou  qu'il  y  faffeparoiftre  vn      4^ 
Soleil  radieux,  il  ne  peut  faire  que  ce  quieft 
p aile  n'^itpoint  efté ,  ny  iamais  il  ne  peut  chan- 
ger, ny  empefeher  que  n'ait  eftéfait,  ce  que 
le  temps  qui  fuit  a  vne  fois  emporté.  La  fortu- 
ne qui  fe  refiouyt  des  ad  uerfitez  cruelles  quel-      jo> 
le  enuoye,  &  quis'opiniaftre  toufiours  à  ioiier 
vn  ieu  non  accoutumé,  change  les  honneurs 
incertains,  tantoft  bénigne  pourmoy,  &  tan- 
toft pour  vn  autre,  le  la  loué  fi  elle  eft  perma- 
nence; iî  elle  ébranle  d auprès  de  moy  Ces  ailes 
légères,  ie  rends  librement  ce  qu'elle  ma  dôné, 
&  ie  m'enueloppe  dans  ma  propre  vertu,cher-      jj. 
chant  I3,  pauureté  des  gens  de  bien  fans  aucun 
dot.  Ce  n'eft  point  à  moy  de  recourir  aux  foi- 
bles  prières  quand  les  orages  caufez  par  les 
vents  d'Afrique  font  mugir  les  mats  des  vaii- 
feaux  :  py  de  negotier  par  mes  vceux ,  que  des      <fc% 
marchandifes  apportées  de  Cypre  &  deTyr, 
n'enrichijTent  point  la.  mer  auare.    Quand  ie 
m'expoferay  a  fes  dangers  ;  vn  bon  vent ,  &  la 
diredion  fauorablc  du  jumeau  Pollux,  me 
porteront  eu  {eureté  dans  vn  efquif  de  deux 
rames ,  parmy  les  agitations  de  la  mer  Egée. 


21»         GARMIKVM   L  I  fi.  1 1 1. 


AD     MELPOM  ENEN     MVSAM- 
Ode   XXX. 

Horatias  Lyricos  vctTus  fcribendo  xternam 
gloriam  cft  confccutus. 

EXfêi  Monimenttifp.  &re  pérennité*  > 
Regaliqtie  futé  pyramidttm  altitis  : 
J2*£?d  nec  iwl?cr  edax  ,  aut  Aqmlo  impotent 
Pojfit  dirutre,  0Mt  innumerabtlù 
$.  Annoram  Certes ,  &  fuga  tempornm. 

Non  omnis  moriar:  multaquc  pars  mei 

Vitabit  Lib'ttinaw-  vfqne  ego  pofiera 
Çrefcam  lande  recens ,  dam  C apitolium 
Scandet  cnm  taçita  virgine  pontifex. 
10.         Dicar,qua  violent  abfireptt  Au f Jus  y 

Et,  qttït  pauper  aqu&  Itaunus  agreftium. 
JRegnauit  populornm  5  ex  humilipotens 
"Princeps  i/Eoltum  çarmen  ad  halo t 
Deduxiffe  modef*  fume  fnperbiam 
ir.      Jjhitfitam  meritùi  ffr  mihi  Delphica 
JUauro.  cinge  volens  Melpomene  tomam* 


Finis  Libri  III.  Carmlnum. 


Odes  d'Hôràce.    Liv.  III.      lit 


A     MELPOMENB,     Ode   XXX, 

Le  Poe  se  à  fait  danantage  pour  immortalifet 
fon  nomy  ecrimnt  des  vers  Lyriques ,  que  s  il 
eufl  obtenu  des  pyramides  er  des  fiâmes  de 
bronzée  ,  ayant  efte le  premier  des  Latins  qui 
ayent  imite  Us  Grecs  en  ce  genre  de  po'èjie. 

I'Ayfaitinonitionumen!  plus  durable  que  le 
bronze,  &  plus  haut  que  les  pyramides  ba- 
fties  par  vne  fcmptuofcé  royale  i  que  ny  la      $. 
pluye  ruineufe ,  ny  la  furie  des  vents ,  ny  la  fuit- 
te  innombrable  des  années',  &  la  fuitte  du 
temps, ne  pourront  démolir.  le  ne  mourray 
Jjoint  tQut  entier:  8c  vne  bonne  partie  de  ce  Veùititl 
que  ie  fuis,  éuitera  l'Empire  de  *  la  mort.  le  nit 
troiftray  toufiours  dans  vn  âge  de  ieunerte,  par 
la  louange  qui  me  fuiura  ,  tant  que  le  Pontife 
montera  au  Capitole  auec  la  Veftalc  qui  gards 
le  fîlence.   On  dira  demoy  que  deuenupuif-      ib» 
fant,  d'vne  baffe  extra&ion,  i'ay  efté  le  pre- 
mier qui  a  tranfporté  1  la  po'ëfie  des  Italiens  les 
vers  *  Grecs  cofnpôfcz  à  la  manière  de  ceux  &lùnil 
d' Alcée ,  où  le  roide  Aufide  mené  beaucoup  de 
bruit,  5c  où  Daune  auec  la  pauureté  de  (es 
eaux  règne  fur  les  peuples  champeftres.   O      l$l 
Melpomene,  reçoi  la  gloire  que  tes  mérites 
t'ont acquife ,  &  cein  de  ton  bon  gré,  matefte 
du  laurier  Delphique. 

Fin  du  H  L  Ljure  des  Qdes  d'Horace, 


lit 


ODARVM 

LIBER     QVARTVS. 
AD    VENEREM.    Ode  h 


Hôratius  iam  ea  cft  setate,  vt  a  rébus  amato 
riis  &  carminibus  ludicris  alieno  efïc  ani- 
tao  debcat ,  &  tamen  Ligurlfai  vefano  amà 
îc  torrctur. 


ÏO. 


Ntermipi  VentU  diu, 

Rurfiu  beUa  moue s. parce, prie- 
cor  >precor. 
Non  fum  cjualis  eram  bon* 
Sab  regno  Cjn*r*%  defwc  dul 
cium 
Mater  f<zua  Cttpidinum , 

Ctrca  luftra  decem  pfterc  mollibm 
Iam  dnrum  imper  lis.  Abr 

Jguo  bland&  iuuem?»  te  rcuocanî  preces0 
Tempcfimius  m  domo 

Paulin  purpuras  aies  cloribusy 
Ccmmcjfaberc  Jl4aximi> 


21J 


LIVRÉ   QVATRIESMB 
DES 

ODES  D  HORACE* 

A    V  E  N  V  S.    Ode    I. 

Que  fon  âge  vn  peu  àuancê  ne  luy  permet  plut 
d'eflrc  amoureux  ,  nj  de  faire  des  vers  en- 
ioùez> ,  çf?  touîesfois  cjuil  ejt  encore  touché  de 
quelque  pajfîon  pour  Ligurin. 

Envs  ,  tu  nie  Hures  donc  là 
guerre,  long-temps  après  auoir 
quitté  les  armes  \  ha  1  de  grâce  9  ië 
te  prie  de  m'efpargner  >  ie  ne  fuis 
plus  tel  que  i'eftois  (bus  le  doux 
Èm  pire  de  Cynare.  CefTe  rigoureufc  mère  des 
amours*  de  fléchir  par  les  tendreflès  vneame 
endurcie ,  ayant  preîqueataint  le  *  dixiefme  lu-  jo,  «*/. 
ftre.  Va-t'en  où  t'appellent  les  prières  flaceufes 
des  ieunes  gens.  Il  eft  bien  plus  à  propos  que  tu 
inontes  fur  ton  char  tiré  par  des  cignesatellez 
de  pourpre  ,&  que  tu  te  rendes  aucc  ta  prom- 
ptitude ordinaire  enlamaisôde  Paul  Maxime* 


5« 


101. 


1*4  CarMinvm    Lib.  IH. 

Si  torrere  tecnr  quarts  tdoncum. 
Nomque  &  rjobilts  cr  dépens, 
Et  pro  follicitis  non  tacitus  rets, 
ly      Et  centum  puer  artifan , 

L*te  figna  feret  mtlttidt  tut. 
Et  quandocjuc  potenttor 

Largis  munertbus  riferit  amuli , 
Albonos  prope  ,  te  ,  Ucus 
2©.         Ponet  marmoream  fub  trabe  CypriÀ, 
lllic  plurimo  naribus 

Duces  thura  :  lyraque  &  BerecynthiA 
Deleft obère  tibia 

Miftîs  carmintbus ,  non  fine  fifiula. 
25*     lllic  bis  pue  ri  die 

Numen  cum  teneris  virginibus  tuum 
Loudontes ,  pede  ctnâido 

In  morem  S'àlium  ter  quotient  humurn, 
Me  nec  fxmina  ,  nec  puer 
30 •  lam,  nec  jpes  animi  credula  mutai, 

Nec  certare  iuuM  mère: 

Nec  vincire  noms  tempora  fioribus. 
Sed  cur  >  heu,  Ligurine ,  eut 

Manot  rara  meàs  lacbryma  pet  gends  t 
%y      Cur  facunda  parttm  de  cor  0 

In  ter  verba  cadit  Ungua  filent  ïo  ? 
NoÙurms  te  ego  fomniis 

lam  captum  teneo ,  Um  vplucrem  fequôf 
Te  per gramina  Mortij 
40.  Çampi ,  te  per  tiquas,  dure,  yolubiles. 


oii 


Ooips  d'Horace.  Lxv.  IV,        ïîj 
où  tu  paieras  beaucoup  mieux  le  temps,  fi  tu 
veux  brufler  vn  cœur  qui  s'embrafe  aifémenc 
de  tes  feux.  Et  puis  Maxime  eft  ieune  &  beau, 
èc  perfbnne  de  condition,  fans  eftre  muet  pour 
la  defenfe  de  ceux  qui  l'aiment  :  &  comme  il  eft      i$l 
inftruit  en  cent  belles  chofes,  il  portera  en  tous 
lieux  la  liurécde  tes  armes.  Au  refte  fi  dauan- 
turk  il  cft  content  ayant  trouué  plue  defaueur 
auprès  de  fa  Maiftrefle  que  fon  Riual  auec  tous 
(es  prefèns,  il  t'cleuera  vne  ftatuc  de  marbre     *°* 
fous  des  poutres  de  *  cèdre,  auprès  des  lacs  'iftâieCJj 
d'Albe ,  où  tu  auras  force  parfums,  auec  le  di-      * 
uertilïement  des  beaux  vers  raeflez  aux^ons  de 
la  lyre  &  de  la  flufte  Bereeinthienne ,  fans  y  ou- 
blier la  mélodie  du  flageolet  champeftre    Là     *)• 
les  garçons  Sclestendres  pucelles,te  donnans 
des  louanges  deux  fois  le  iour,  frapperont  trois 
fois  la  terre  de  leurs  pieds  nuds,à  la  manière 
des  Saliens.  Pour  moy,ny  les  garçons  ny  les.  fil- 
les, ne  me  font  plus  agréables ,  ny  ie  ne  me  flat-     j0] 
te  plus  de  lefperance  d'eftre  aimé  de  ceux  que 
i'aime, ny  de  la  gloire  de  vaincre  à  coups  de  ver- 
res, ny  d'enuirôner  mes  temples  de  fleurs  nou- 
uelles»  Mais lielas ,  pourquoy ,  Ligurin ,  potir- 
quoy  des  larmes  degoutent-ellcs  le  long  de  mes 
iouës  ?  pourquoy  ma  langue  aflfèz  diferte  s'ar-      35,     , 
refte-t-elle  par  vn  filence  mal  feant  au  milieu 
d'vn  difeours?  Dé-ja  ie  te  tiens  pris  dans  les 
fonges  que  ie  fais  la  nuid  :  ie  te  fui  défia  dans  le 
champ  de  Mars, où  tuprensla  fuitte  en  cou- 
rant,au  trauers  des  herbes  :  ie  te  fui,  cruel, dans      4r! 
les  eaux  roulantes,  oà  m  u  isttes  four  te  m* 
frmfckir* 


lld  Càrminvm    Lib.  IV. 


AD     ANTONIVM     IVLIVM, 

M.  Antonij  Triumuiri  filium. 

Ode    IL 


Antiques  Poetas  imitari  pcriculofum  eft. 


p 


\lndamm  c/Hifi/ais  fludet  dmuUri  ,  /- 
ule ,  ceratis  ope  Dœdalea 
Nititnr  permis ,  vitreo  datant* 
Nomina  ponto. 
f.      Monte  decurrens  velttt  amnis ,  imbres 
Jguem  fuper  notas  aluere  ripas  y 
Ferttet,  immenfufque  mit  prof undt 

Pindarus  ore, 
Laurea  donandus  Apottinari , 
10*       S  en  per  audaces  noua  dithjrambos 
Verba  deuoluit,  numérique  fertnr 

Lege  folutis  : 
S  eu  deosy  regefque  canity  deorum 
Sanguinem  :  per  qms  ceciderc  tuftà 
lj#      Morte  Centauri  >  cecidit  tr entend* 
Flamma  Chymara  : 
Siue  5  c[ nos  Elea  domnm  reducit 
Palma  cœlefles-  pugilemue  equunwc 
Dixit>&  centum  potiore  fignv 
*0*  Munere  donat: 

Flebili  fponfe  wnenemue  raptwn 
Plerat  :  &  vires  ammum^ne  moref- 
-%hç  mnos  educit  in  afira  ,  nigra- 
~%Ht  innida  Ont. 


Odbs  d'Horaôb!  Liv.  IV.      ziji 


A    ANTOINE    IVLES    FILS    DE 
M.  Antoine  Triumuir.     Ode  1 1. 

Des  louanges  de  P  indtrc  &  du  dejfein  de  celi* 
brer  en  vers  lyriques  U  viiï&ire  de  Cejkr. 

I Vies,  quiconque  s'efforce  d'imiter Pindarc* 
fe  veut  fouftenir  fur  des  ailes  attachées  aueC 
de  la  cire  par  vne  inuention  de  Dédale,  pour 
donner  (on  nom  à  quelque  mer  *  de  couleur  de  °0ir**fi 

verre.  Comme  vn  fleuue  que  des  pluyes  font  t"re*** 

a  j   rr      j    r  L        j>         ******  l* 

enfler  au  deiius  de  les  nues ,  en  tombant  d  vne  verr€% 

montagne,  Ainfi  Pindare  éleuefbn  éloquence      e 
quin'apointdebornes:il  fe  précipite  enrou- 
lant dVn  langage  profond  :  ôc  il eft  digne  d'e- 
ftre  honore  du  laurier  d'Apollon,  foit  que  d'vn      î0; 
dityrambe  audacieux,  il  fafïe  découler  des  pa- 
roles nouuelles ,  fur  des  vers  &  des  mefures  li- 
bres, foit  qu'il  chante  les  Dieux ,  &  les  Roys  du 
fang  des  Dieux ,  par  qui  les  Centaures  ont  efté      jjé 
iuftement  punis,  Se  les  flammes  de  l'horrible 
Chimère, ont  efté  étaintes  :  foit  qu'il  célèbre 
ceux  que  la  vi&ôire  d'Elidc  ,  en  les  ramenant  à 
la  maifon,rend  comparables  aux  Dieux:  foie 
qu'il  deferiue  la  valeur  des  guerriers  qui  ont 
eu  fauantage  aux  combats  à  cheual,  ou  bien 
aux  exercices  de  l'efcrime,  &  qu'il  les  honore 
de  prefens  qui  valent  mieux  que  centftatues:      ïq} 
foit  qu'il  exprime  les  larmes  d'vne  Dame  affli- 
gée pour  la  mort  de  fon  Amant  en  la  fleur  de  fa 
ieuneiïe  :  ou  foit  eafin  qu'il  éleue  aux  Aftres  les 


ii8  Carminvm  Lu,  1Y, 

zy    M*lt*  Dirccum  leuat  aura,  cygnum , 
Tendit  y  Antont ,  quoties  in  altos 
Nubitim  trattus  :  ego ,  apis  M*tin* 
More  modoque  > 

Gmta,  carpèntis  thym*  per  Uborem 
JO.     PlurimHmy  circa  nemus,  vnidiqHC 
Ttburis  ripas ,  operofa  paruns 
Carmina  fingo. 

Concines  maiorc  PoëtA  plcïtro 
C*forem>  qmndoque  trahet  féroces 
55.    Perfrcrum  cliuum,  mérita  decorns 
fronde ,  Sicambros  z 

Quo  nihil  maius>  meliufue  terris 
pata  donattere>  bonique  diui> 
îlec  dabunt  :  quamuis  redeant  in  MTHtff 
4  o.  Tempora  prifinm. 


Concines  Utofque  dies,  O*  vrhû 
Publicum  Indum*  piper  impetrate 
portis  Avguft*  reditu  forumqm 
Littbns  orbnm. 


4S*    Tarn  me  a  (fi  quid  loquar  tudiendum  ) 
Vocis  accedet  bona  pars:  &b  fil 
P  nicher,  0  laudande*  canam,  rxcept% 
G&fin  fotliXy 


Odes  d'Horace.   Liv.  IV.     ±19 
forces,  l'efprit,&  les  mœurs  du  fiecle  doré,  ôc  -    v 

qu'il  les  *enlçue  au  noir  Empire  de  Pluton.        ^ 
Certes,  Antoine ,  vn  grand  air  foutient  le  vol  *  De  l]n([dm 
du  cygne  Thebain,  toutes  lesfoîs  qu'il  fe  porte  rt. 
dans  les  nues.  Pour  moy ,  comme  l'Abeille  des 
montagnes  de  Calabre ,  qui  par  vn  grand  tra- 
uail  s'exerce  à  piller  les  douces  fleurs  duThim, 
au  tour  des  bois  Se  des  riues  humides  de  Tiuo-         ; 
li,ie  compofe  félon  mon  petit  pouuoir  des  vers 
laborieux,  tandis  que  dans  les  nobles  poëfies 
que  tu  fais,tu  chanteras  d'vn  air  plus  fublime  la 
gloire  du  grand  Cefar,&  que  tu  parleras  des 
ornemens  de  facouronne  triomphale  que  fçs 
mérites  luy  ont  acquife,quand  ilentraifnera  les  fl 

fiers Sicambres  après foy  parlaruefacrée.  Ia- 
mais  les  Deftins  n'ont  rie  dôné  à  la  terre  de  plus 
grad,ny  de  meilleur  que  lui:ni  iamais  les  Dieux 
auec  toute  leur  bonté,  ne  fçauroient  rien  don- 
ner qui  luy  puifTe  rcfTembler,encore  que  le  téps 
auquel  nous  viuons,  feduft  changer  au  vieux 
fiecle  dor.  Tu  chanteras  les  feftes  &  les  réjouît  40. 
fànces  publiques  qui  fe  feront  par  toute  la  ville, 
pour  l'heureux  retour  de  rinuincibleAugufte, 
obtenu  par  nos  vœux ,  &  tu  n'y  oubliras  point 
le  barreau  dénué  de  procez.  Alors  fi  ie  dis  quel-  *?  % 
que  chofè  quifoit  digne  d'eftreouy,vne bonne 
partie  de  ma  voix  remplie  dejes  louanges ,  fera 
iointe  à  la  douceur  de  la  tienne ,  &  ie  chante - 
ray  auectoy, 

£)ue  leSoleilefl  heaume  ce  tour  a  de  charmes: 

La  louange  efl  bien  dut  a  cet  illuflre  tour. 

Tuifljue  Cefar  efl  de  retour, 

Mlençn  iuf^aa  Ciel  la  gloire  de  fis  armes. 

P  iij 


£}•  C  À  R  M  ï  N  V  M     LlB.   IV 

Tu  que  dum  procedis ,  lo  triumphe  > 
jO.      Non  femel  diccmus ,  lo  triumphe , 
Ctfiittis  omnù  :  dabimufquc  dwis 
ThurA  benignU. 

Te  decem  tauri>  totidemque  tacca, 
Me  tener  foluet  vitulus  reltlia. 
$;•      Matre >  qui  largis  tuuencfcit  hcrbis 
In  mca  vota,. 

Tronte  curuatos  imitatus  ignés 
Tertium  Lun&  referentis  ortum  > 
J2£4  notam  duxit ,  niuepu  videri  s 
%ol  Cetera  juin tu \ 


AD    MELPOMENEN.   OdelIL 

Natus  eftHoratius  adartcm  Poëticam,  cuius 

bénéficie  immortalem  glonam 

eft  confeciuus. 


Q 


Vtm  tu  Melpomene  femel 

Nafcentcm  placido  lumine  viderù  3 
lllum  non  Ubor  Ifîhm'iUt 

CUrabit  pugilem  s  non  equpu  impiger 
£       Curru  ducet  Achœico 

Vittorem:   neque  res  kellica  Délits 
Ornatum  foliis  ducem , 

Jgftod  rcgum  tnmidas  contuderit  minas , 
Oftendet  Capitolio: 
io;         Sedi  qu&  Tibnr  aqua  fertile  perfuunty 


Odes  ©'Horace.  Liv.  IV.  251 
Quand  il  pafTera  dans  les  rues,  nous  ferons  auf-  joi 
files  acclamations  de  fon  Triomphe  :  &  toute 
la  ville  ne  dira  pas  pour  vne  feule  fois  ;  O  glo- 
rieux Triomphateur ,  nous  fomracs  rauis  de  cé- 
lébrer tes  vi6toires5&  nous  allons  offrir  de  l'en- 
cens aux  Dieux  pleins  de  bonté.  Pour  tojr,  dix 
Taureaux  ,  &  autant  de  vaches  t'acquiteront 
de  ton  vœu:  &  en  mon  particulier  i'ofrriray  viï  ee 
Veau  feuré  de  fa  mère  ,  qui  deuient  bouuillon, 
ens'egayant  dans  les  prairies  fpacieufes,  &c  qui 
reprefente  fur  fon  front  les  feux  recourbez  de 
la  Lune,  quand  elle  eften  fon  troifiefme  iour; 
au  refte>il  eft  blanc  comme  la  neige,où  il  décou- 
urefa  marque ,  Se  roux  de  poil  par  tout  le  reile  &o, 
du  corps. 


A    MELPOMENE,    Ode   III. 

£)u  il  eft  ne  a  la  poèfte,  &  que  far  fon  moyen  il 
doit  y  acquérir  vne  réfutation  &  vne  oloire 
immortelle. 

MElpomene,  celny  que  tu  as  veu  vne  fois 
d'vn  œil  fauorable  en  fa  naiffance ,  le  la- 
beur des  Iftmies  ne  le  rédra  point  célèbre  pour 
exceller  au  combat  des  *  Ceftes  :  ny  le  prompt  o«  Us  ?h~ 
cheual ,  ne  l'entrainera  point  fur  vn  char  *  d' E-  Ztles* 
lide,apres  auoir  gagné  la  vi£fcoire:  ny  vnea£tiô       5* 
memorableàlaguerre>neleferapointmonter  ? 
au  Capitole,  en  Triomphateur  glorieux  orné 
de  feuillages  *  de  Delphes,  pour  auoir  dompté  oe  lauriers* 
le  fier  orgueil  des  Roys.  Mais  les  eaux  qui  bai-     10. 
gnentle  fertille  terroir  de  Tiuoli,&les  cheue- 

P  iiij 


H%  Car  m  in  v  m    Lib.  IV". 

Etfpijfd  ncmerum  com<t , 

Fingent  t^£olio  carminé  nobilem. 
Rtm*  principe  vrbium 

Dignatur  foboles  inter  amabiles 
*/•       Vatum  p$nere  me  choros  : 

Et  iam  dente  minus  mordeor  inuido. 
O ,  teftttdinU  aurea 

Dulcem  cjua  ftrepitum  Vieri  tempera*  l 
O  y  mutis  quoqpte  pifcibm 
*&•        Donatura  cygni  >fi  libeat>  fonum  ! 
Tctum  muneris  hac  tui  efly 

£h*od  monfiror  digito  prAtereuntium 
&oman<t  fidicen  lyra  : 

J£uodfpire>  gr  place  o  (fi  pUceo)  tnttm  efl. 


AD      VRBEM     ROMAM, 
Ode    IV. 

De  indole  Drufî,  eiufque  inftitutione  fub 
Auguftp. 

i  /^\  Valent  mimftruw  fulminis  alitem  , 
[  \^f  Cui  Rex  deorwn  regnnm  in  ânes  vagat 
Permiftt,  expertm  fidelem 

Jupiter  in  Ganymedc  fiano) 

E      Olitn  ittuentas  &  patrim  vigor 
JSlido  laborum  propulit  infeium  : 
fTçrmque  iam  mmbu  remotù  ». 
Jnfolitos  docuere  w[us 


Opes  d'Horace-  Liy.  IV.  *$} 
feures  épaifïes  des  forefts,  l'ennobliront  de  la 
gloire  des  vers  compofez  à  la  manière  de  ceux 
4'Alcée.Romeprincefle  dcsyilles,&les  enfans 
4e  Rome  daignent  bien  me  mettre  aujourdhuy 
au  rang  de  l'aimable  compagnie  des  Poètes.  De  i£ 
la  vient  que  i'enfens  beaucoup  moins  lesmor- 
fures  de  i'enuie.  O  diuine  Piéride,  qui  rends 
beaucoup  plus  douce  l'harmonie  de  mon  luth 
dor:ô  Mufe,  qui  peux  donner  s'il  te  plaift  lefon 
des  cignes  aux  poiflbns  muets ,  ie  fuis  redeua-  %é* 
ble  à  ta  bqnté,  de  ce  que  ie  fuis  montré  au  doigt 
par  tous  ceux  qui  paiïent,  comme  le  feul  qui  ait 
feeu  iotier  iufques-icy  de  la  lyre  Romaine.  Et 
de  ce  que  ie  refpire,  6c  que  ie  fais  quelque  cho- 
fe  qui  peut  plaire,  fî  ie  fais  quelque  chofe  qui 
plaifc  s  ie  le  tien  de  ta  pure  libéralité» 


A    LA    VILLE    DE      ROME. 

Ode  IV. 

De  la  ieunejfe  de  Drujîu  &  de  fen  inftitution 
fam  jifig&jle. 

TE1  quel'oyfeau  qui  porte  le  tonnerre,  que 
IupiterRoy  des  Dieux,  aéprouué  fidellc 
au  fujet  de  Ganimede,&  qui  luy  a  donne  l'Em- 
pire fur  tous  lçs  autres  oyfeaux  ;  cette  aigle  que 
chaflTa  autresfois  de  fon  aire,la.  IeunefTe  &c  la  Yi- 
gueur  paternelle  ,  n'eftant  pas  encore  accou- 
tumée à  la  peine; comme  elle  eftoit  encor ti- 
mide /après  que  les  nuages  furent  écartez,  les 
douces  haleine^  du  Printemps,rendirent  capa* 


2J4         Carwinvm    Lib.  IV. 
Venti  pauentem  :  mox  in  ouilia 
1©.      JDemiftt  hoftem  vitiidus  impetus  : 
Nunc  in  reluttantes  dr/tcones 

Egit  a?nor  dapis  atque  pttgn*  : 
Qualemue  Utis  caprea  pafcuû 
Intenta ,  fulut  matris  ab  vbere 
l#  Jam  laElc  depulfum  leonem  , 

Dente  nouo  peritura,  vidit: 

Videre  Rhœti  bellafnb  Alpibm 
JDrnfum  gerentem  &  Vindeltci ,  quibm 
Jldos  vnde  deduÛm  per  ornne 
ZO*  Tempm  slmaz^onia  fecttri 

Dextrœr  obarmet ,  qu&rere  difluli  : 
(Nec  fcire  fus  efl  omnia  )  fed  dm 
Lateque  vittriçes  c<tteru<z 
Conflits  iunenis  remft& 

*5#      Senfere ,  quid  mens  rite ,  quid  indoles 
Nfttrita  fauflis  fub  penetralibm 
Pojfety  quid  Augnfli  p  citer  ma 
In  pueros  animus  Nerones. 
Fortes  creantnr  fortibiu >  &  bonis: 
3°-      Efl  in  iuuencûy  efl  in  equù  patrttm 
Virtns:  nec  imbellem  féroces 

Progenerant  aqmU  columbam. 

Dottrina,  fed  vim  promonet  infltam  * 
Rettique  cultm  petlora  roborant. 
$5,  Vtcunque  defecere  mores > 

Dedecorant  bene  nata  culpa. 
Quid  debeas,  o  Rôma>  Neronibns , 
Tcftis  MetAUYttm  finmen ,  &  Jfdrabtl 


Odes   d'Horace.  Liv.  IV.     235 
ble  de  fotiftenir  des  efforts  extraordinaires:  que 
depuis  vne  ardeur  violente ,  fit  fondre  fur  les      io, 
troupeaux,côme  vn  ennemi  cruel,  & que  main- 
tenant l'auidité  de  paiftre,8de  defir  de  cobatre, 
pouffe  à  faire  la  guerre  aux  dragons  qui  s'effor- 
cent de  luy  refifter  ;  ou  tel  quvn  lyonceau  éloi-      1* 
gné  de  la  mamelle  de  fa  mère  au  poil  roux ,  qui 
voit  la  cheurette  attendue  dans  les  pafeages  dé- 
licieux, deuant  périr  entre  Ces  dents  qui  ne  font 
que  de  naiftre.  Tel  ont  vu  Drufus  bataillant 
fous  les  A  lpes,  les  Rcthiens  5  Se  les  Vindeliciens 
pour  qui  fay  diferé  de  rechercher,  d'où  leur  eft     10. 
venufvfaçe  de  s'armer  toufiours  aux  combats 
de  la  haçhç  des  Amazones  (auffi  n'eft-il  pas  loi- 
fible  de  fçauoir  toutes  chofes)mais  leurs  armées 
ayat  efté  long-temps  vi&orieufes ,  &  puis  vain- 
cues parradrefled'vn*icune  guerrier,ont  fen-  €*&Qr#>m 
ti,  de  combien  de  chofes  eft  capable  vn  bon  ci-  *"*' 
prit ,  &c  vn  beau  naturel ,  éleué  fous  d'heureux     z^ 
pre/ages  dans  vne  maifon  ilîuftre,&:  ce  que  l'af- 
fection paternelle  d'Augufte  auoit  pu  infpiret 
de  force,&  de  courage,  aticœurdesieunes  Ne- 
rons.  Lesforts  font  engendrez  des  forts  &  des 
bons.  La  force  &  la  vigueur  des  pères  reluit      je, 
aux  ieunes  taureaux  ,  &  aux  cheuaux  ,  &  les  ai* 
gles  vaillantes,  ne  font  point  éclore  des  colom- 
bes craintiues.Mais  *  le  fçauoir  auance  a  fa  per-  ta  nourri- 
fe&ion  le  bon  naturel  que  nous  auons:Sç  les  ap-  ture. 
plications  foigneufçs  aux  chofes  de  la  iuftice,  ôc     3  J* 
de  l'équité,  fortifient  nos  cœurs:  &  parle  de- 
faux  des  bonnes  mœurs ,  les  vices  corrompant 
les  chofes  les  mieux  nées.  O  Rome,de  combien 
es-tu redeuable  aux  Nerons?  Le  Metaure,& 


1)Ç        CarminvmLib.  IV, 

Vcui^HS)  &  pulcher  fugatU 
40.  11U  dits  Latio  tcnebrû, 

Jvui  primas  aima  ri  fit  adorea  , 
Dsrus  per  vrbes  A  fer  vt  halos  ; 
Cett  fiamma  per  tcdas ,  vel  Hurut 
Pcr  Siculas  eyuitanit  vndas. 

45*       Pofi  hoc  fecundis  vfcjue  labcrihtu 
Romand  pubes  créait:  çfr  impie 
Vafiata  Pœnorum  tumultu 
Fana  deos  habuere  reftos, 

n     Dixitqtic  tandem  pcrfidus  Annibalt 
$0m     Ccruiy  luporum  prada  rapacium , 
SeBamur  vltr$>  qu.os  opimus 

Fallere  &  effugere  eft  triumphus.. 

Cens ,  quét  cremato  fortis  ab  Ilio 
laftata  Tttfiis  tquortbits  >  facray 
ÎS*  Natofyue  >  maturofque  patres 

Pertnlit  jûuf&nias  ad  vrbes* 

Vnris  vt  ilex  tonfa  bipennibw 
]\!igr&  feraci  frondis  m  Algido, 
Per  damna  3  per  cœdes  >  ab  ipfo 
60.  Dttcit  opes  animttmquc ferre \ 

Nên  Hjdrafetto  corppre  firmior 
Vinci  dolentem  créait  in  Herculemt 
Monfirumue  fummifere  Colchi 
Mdius ,  Echionitue  Theb&. 
*$•     Mcrfîs  profnndo ,  pnlchmr  tucttit: 


Odes   d'Horace.  Liv.  IV.     i$j 

Àfdrubal  furmonté  3  en  rendront  témoignage 
auffi  bien  que  ce  beau  iour  qui  après  auoir  chaf- 
le  les  ténèbres  de  l'Italie ,  fut  le  premier  qui  pa- 
rut fi  riant  par  l'abondance  des  bleds  qu'il  ap-     ^02 
porta  parmi  la  gloire  des  armes,  quand  l'impi- 
toyable *  AfFricain  ,  eut  couru  toutes  les  villes  aM^Ux 
d'Italie,comme  vn  feu  qui  s'épand  dans  vne  fo- 
reftde  pins, ou  comme  vn  vent  d'Orient  qui 
parcourt  légèrement  fur  les  flots  Siciliens.De-      4|2 
puis  cet  exploit,  la  ieunefle  Romaine ,  crut  fans 
cefTe  par  des  trauaux  qui  ontmerueilleufeméc 
reiiffi  :  &  les  temples  rauagez  par  la  fureur  des 
Carthaginois,  ont  receu  leurs  Dieux  en  la  met 
me  place  d'où  ils  auoient  efté  enleuez.  Enfin  le      /0i 
perfide  A  nibal  dit  à  Ces  gens.  Nous  fommes  des 
cerfs,  &proyede  loups  rauiflans qui pourfux- 
lions  volontairement  ceux  que  ce  nous  (^roic 
vn  grand  triomphe  de  tromper,&  de  les  éuiteç 
par  la  fuitte.La  natiô  valeureufè  qui  après  Penh» 
brafement  de  Troye ,  a  tranfplanté  dans  les  vil- 
les *  d'Aufonie ,  les  Dieux  agitez  fur  la  mer  de  d'Its/Jéï 
To(cane,auec  les  enfans,&  les  vieillards,  eftcô-     ^ 
me  vneyeufe  taillée  par  les  haches  au  dur  tri- 
chant, (ur  la  cime  du  Mont-Algide  fernlleen 
bocages,laquelle  ne  laifle  pas  de  croiftre,en  dé- 
pit des  dommages  qu'elle  a  (bufferts,  &  reparc 
fe$  richeffes  par  les  mefmes  coups  du  fer  qu'elle     £ ôl 
areceus.  L'Hydre  qui  luypeut-eftre  auffi  com- 
parée ,  ne  crut  point  auec  plus  de  force ,  eftanc 
mifeen  pièces,  contre  Hercule  qui  fe  fafehoit 
deftre  vaincu,ny  Golchosny  Thebes  conftrui- 
te  par  Echion gendre  de  C  admtu  >n  ont  rien  pro- 
duit déplus  merucilleux.  Précipite  ce  peuple  ■  6jl 


*3&  CÀRMIKVM     LlB.    IV, 

Luftere ,  multa  proruet  integrum 
Cum  Uude  vittorem  :  geretque 
PrtliA  coniugibus  loquenda. 

Carthagini  iam  non  ego  nuntios 
70.     Mrttam  fuperbos  :  occtdit ,  occidit 
Spes  omnis ,  &  fortuna  noftri 

'Nomimjy  Afdrubale  intcrempto. 

N/7  Claudia  Kon  efficient  m  Anus: 
J>ht?s  &  benigno  numtne  Jupiter 
7  J.  "Défendit ,  &  cura  fagaces 

Expédiant  per  acuta  belli. 


AD      A  V  G  V  S  T  V  M.     Ode  V. 

Vt  tandem  in  vrbcm  redeat, 

Dluis  orte  bonis*  cptime  RomnU 
Cuftos  gentts ,  abes  iam  nimmm  diu  : 
Mdtumm  reditum  pollicitus  patrum 
SanBo  concilio ,  redi. 

f.       Lucent  redde  tu*  %  dux  bone ,  patria  : 
J»ftar  verts  enim  vultus  vbi  tuus 
jiffulfit  populo  y  gratior  it  dies, 
Et  files  melius  nitent. 

Vt  mater  iuuenem ,  quem  Notns  inuida 


Odes  d'Horace.  Liv,  IV^    i$9 

au  fonds  de  la  mer,  il  en  reuiendra  plus  frais  Se 
plus  beau.  Refifte-luy,il  abbacra  fon  Vainqueur 
auec  dautant  plus  de  gloire ,  que  ce  Vainqueur 
n'aura  rien  perdu  d'abord  :  &  il  acheuera  des 
exploits  dont  les  femmes  mefmes  entretien- 
dront la  pofterité.  le  n'enuoiray  plus  déformais      70. 
à  Carthage  de  Meflagers  *  fuperbes. Toute  no-  Ouglctie** 
ftreefperaceeftabbatuë:&  le  bon-heur  de  no-^»',/«w* 
ftre  réputation  eft  par  terre,  puis  qu'Afdrubal  a  &ê$fi,z 
efte  tué.  Certes ,  il  n  y  a  rien  que  ne  fade  la  va- 
leur des  Claudiens ,  qui  font  fous  la  prote&ion 
fauorable  de  Iupitcr  ,  &c  dont  vne  foigneufe      7/, 
adrefTe,ne  vienne  à  bout  contre  les  plus  fub- 
tiles  rufes  de  la  guerre. 


A     AVGVSTE,    Ode   V. 

Il  prie  ^iugujle  de  haflerfon  retour*  Rome  où  il 
eji  dejire  de  tont  le  monde. 

P Rince  le  meilleur  du  monde ,  qui  tires  ton 
extraction  des  Dieux  bien-faifans,  prote- 
cteur de  la  nation  Romaine  \  il  y  adé-jatrop 
long-temps  que  dure  tonabfence,  après  auou* 
promisàlafainte  aflemblée  des  Sénateurs  que 
tu  reuiendrois  bien-tofl:;  hafte  ton  retour.  O  5* 
bon  Empereur,  rend  la  lumière  à  ta  Patrie.  Car 
dés  que  ton  vifage  éclaire  le  peuple ,  comme  va 
beau  Printemps,  lesiours  s'écoulent  beaucoup 
plus  agréablement ,  &  les  Soleils  luyfent  auec 
vne  plus  grande  pureté.  Comme  la  mère  fou- 
haite  le  retour  de  fon  fils,  qu  vn  vent  de  Midy 


*4o  Carminvm   Lib.  IV. 

E°-      FUttt  Carpathij  trans  maris  aqttora 
Cantlantem  fpatte  longius  annuo 
Dftlci  diflinet  à  domo, 
Vêtis  ,  emimbufijue*  &  prec'ibns  vocal* 
Curuo  nec  faciem  littore  dimouet  : 
*j .      Sic y  deftderiis  tfta  fideltbns , 

Gu<trit  pàtria  Ctfarem. 

Tutus  hos  etenvn  rùra  perambnlat  : 
Hntrit  rura  Ceresy  almaqne  Fauftitas: 
Pacattsm  volttant  per  mare  nauitd  : 
<Ï0.  Cnlpari  mctuit  fidesi 

Nullis  pollnitur  cafia  domus  flùprù  : 
Mo  s  &  lex  maculofum  fedommt  nef  m  ! 
Laudantur  fimili  proie  puerperœ  : 

Culpam  pœna  premit  cornes* 

M*      Jjhfj*  Parthum  paueat  ?  qui*  gelidum  Scythen ? 
J>htis  y  Germania  ejuos  horrida  parturit 
FœtPtty  incolumi  Cajare  ?  quis  fer* 
Bellum  cnret  Iberia  ? 

Condit  quifquc  diem  collibm  in  fuis  j 
30.      £t  vitem  vidua*  ducit  ad  arbores: 
Hinc  advina  redit  Utns,  &  ait  cri* 
Te  menjis  adhtbet  deum. 

Te  multa  prece  y  te  profeqùitHr  mère 
Defufo  pateris  :  &  Laribus  tanin 
35.      Mtfcet  numen  y  vti  Gracia  Caftoris* 
Et  magni  memor  Herculù* 
Longas  0  vtinam  du*  boncferw 

arreftc 


Odes  b'FÎokÀcÉ.  Liv^  IV.      ïp 

ârrefte  de  Ces  fouffles  furieux  au  de  là  des  mers      toi 
de  Càrpathe  ,  &  l'empêche  de  reuoir  de  plus 
dVne  année  le  doux  lieu  de  fa  nàiflancc,  fans 
que  la  bône  femme  fe  puilfe  empêcher  de  tour- 
ner toufiours  (es  yeux  ducofté  du  bord  ,&  de 
faire  mille  prières:  ainfi  la  patrie  touchée  d'vne      tf. 
afFeétion  fidelle  pour  Cefar  ,  fouhaitte  paflîon- 
iiement  fon  retour.    Car  en  la  prefence  de  Ce* 
far,lebœuffe  promené  en  feureté;Ceres  nour- 
rit la  campagne ,  &  l'abondâte  Félicité  la  main- 
tient :  les  Matelots  voguent  légèrement  fur  la 
mer paifible: la foy  craint  d'eftre  aceufée de  blâ-     %& 
tnepour  auoir  e  fié  violée  :  la  maifon  chafte  n'eft 
point  fouillée  d'impureté:  la  Loy  &c  les  bonnes 
mœurs,ont  depté  les  vices  :  les  femmes  en  cou- 
the  font  louées  d' auoir  mis  au  monde  des  en- 
fans  femblables  à  leurs  pères  :  &c  le  chaftiment 
fuit  deprésle  delid.   Au  refte  qui  craindra  le      i^ 
Parthc3oule  Scythe  gelé?  qui  redoutera  les  gés 
que  met  au  monde  la  rude  *  Germanie  ?  &  qui  AUmagnt. 
fe  mettra  en  peine  de  la  guerre  contre  la  fiere 
E(pagne,tant  que  Cefar  fe  portera  bien  ?  Cha- 
cun Voit  fermer  le  iour  fur  fes  collines,  &en-    30» 
toure  de  vignes  les  arbres  qui  en  font  dépouil- 
lez. Delà3il  retourne  ioyeux  à  Ces  repas:  &  pour 
les  fécondes  tables,  il  ce  rend  des  honneurs  di- 
uins.  Là  il  te  fbllicire  par  beaucoup  de  vœux 
&  par  le  vin  répandu  des  tafles  profondes,  mê- 
lant ta  diuinité  auec  les  Dieux  domeftiques ,  à      35 ♦ 
l'exemple  de  la  Grèce  qui  célèbre  ainfi  lame- 
moire  de  Caftor&  du  grand  Hercule.  Puifle- 
tu  donner  à  l'Italie  les  longues  feftes  qu  elle 
elpere  de  ta  bonté  j  6  Prince  débonnaire.   Ce 


14*  C  A  RM  IN  V  M     LlB.    IV, 

Prœfles  Hefperta  ,  dicimm  intégra 
StCCi  mane  dte>  dtctmm  vmdt  , 
40.  Cnrn  Sol  Oceanofubeft. 


r  -1 


AD    APOLLINEM    ET     DIA- 
NA M.      Carmen  faeculare. 
Ode  VI. 

Dltte,  <juem  proies  Niobœa  magna 
Findtcem  ItngUA ,  Titjopjue  raptor 
Senftt,  &  Trot  a  prope  viftor  ait* 
Phthius  Achille  s  , 

Cdteris  maior  ,  tibi  miles  impar  : 
Filim  quamnis  Thetidis  marina 
Dardanas  turres  quateret  tremendé 
Cnfpide  pugnax. 

llle  y  mordaci  velut  iîïa  ferr* 
*••     ^Pinns  ,  aat  impttlfa  cuprejfns  Enr$p 
Frocidit  late ,  pofuitque  collnm  in 
Phluere  Tencro. 

llle  non  inclttfiu  eqno  MinerHA 
Sacra  mentito  ,  maie  feriatas 
*/•      Troas,  &  Utam  Friami  çhonii 
Falleret  anlam  : 

9edpalam  çtpis  granit  (hw  ne  fa*  h$u\ 


OfcES  d'Horace^  Liv.  IV.1      145 

font  les  fouhaits  que  nous  auons  en  la  bouche 
dés  le  matin  pour  tout  le  long  de  la  iqurnée 
quand  nous  n'auons  point  beu  :  Ôc  c'eft  ce  que      4«C 
nous  difons  le  foir  eftans  tous  moites  de  vin, 
quand  le  Soleil  s'eft  caché  fous  l'Océan; 


A    APOLLON    ET    DIANE: 
Ode    VI. 

Pour  célèbre?  les  louanges  de  tvni  &  de  tamrù  * 

Divinité. 

ODieu  de  qui  les  enfan.s  de  Niobe  ont  fen- 
ti  k  vengeance  d'vné  langue  hatitaihej       . 

auffibienquele  rauifTeurTityc,  ôc  *  lePhtien  P kMT  JÂ 
ALi-r  r  ji  j     *******  *Q 

Achilc  qui  rut  quad  vainqueur  de  la  grande  T^eJJaUe. 

Troye.   Cet  Achile  le  plus  vaillant  des  Grecs,       * 
inais  de  forces  inégales  aux  tiennes,  quoy  que 
fils  de  Tethis  qui  a  l'Empire  de  lamer,cut  aifèz 
de  valeur  pour  ébranler  de  fa  lance  les  tours  *  VeTriji* 
JDardaniennes.  Il  tomba  pourtant  fur  vn  large 
efpace ,  ôc  verfa  fon  col  dans  la  pouffiere  de 
Troye  :  comme  vn  pin  frappé  qui  tombe  fous      jq± 
la  mordate  hache,  ou  comme  vn  Cyprès  quVn 
Vent  Oriental  arrache  auec  vn  grand  effort.  Il 
cft  bien  certain  qu'il  nefefuft  iamais  enfermé 
dans  lecheual  qui  fut  prefentéà  Minerue,dans 
la  fainte  d'vn  voeu ,  pour  tromper  les  Troyens,      Ij» 
ôc  tout  le  palais  de  Priam  qui  ne  penfoieiit 
qu'aux  dances  ôc  aux  diuertiffemens,  ôc  qui 
sabandonnoient  mai  à  propos  dans  l'oyfiueté. 
Mais  impitoyable  &  cruel  aux  vaincus,  (i'ay 

eu 


144        CarminvmLib.  I  V« 
Hefcios  fdri  pueras  Achiuis 
Vrcrct  fammû  >  etiam  latentes 
10.  Mat  ris  in  altto  : 

Ni ,  tuis  vitttu  Venerifque  grau 
Voc'tbpUy  diuum  pater  annuijfet 
Rébus  ts£ne<t  pottore  duBos 
-Alite  muroS. 

if.      DoBor  arguufidicen  Tbalia 

Thœbe ,  qui  Xantho  lauis  amne  crines  : 
D/tunia  défende  decns  Camœna  > 
Ltnis  Agjcu. 

Spiritum  Phabus  mihi  ,  Phœbus  arttm 
JO.      Carminis*  nomenque  dédit  Poète. 
Virginum  prima ,  puerique  cUris 
Patrtbus  ortii 

Delidt  ttiteîa  deœ,  fugaces 
Lyncas  &  ceruos  cohibentis  arm  j 
35.     Lesbium  feruate  pedem ,  meiquc 

Polliçis  ifttim  : 

Rite  Laton*  puerum  ctncntes? 
Rite  crefcentem  face  noÛilucam^ 
Profperam  frugum  y  celer  emque  f>ron$$ 
40.  Voluere  menfes. 

Nuptà  iam  dices>  Ego  dis  àmicum* 
S&culo  feflas  réfèrent e  faces* 
Rsddidi  çarmen ,  docilis  madomm 
Vêtis  Hqtaîu 


Odes  d'Horace.  Liv.  IV.     2,45 

horreur  de  le  dire  )  il  euft  bruflé  dans  les  flam- 
mes *  argiucsles  petits  enfans  auberceau,  &  Grecques. 
ne  fe  fuft  point  caché  pour  en  étouffer  plufieurs 
dans  les  flancs  maternels ,  fi  le  père  des  Dieux      10- 
vaincu  par  tes  prières,  &  parcelles  de  Venus, 
n'euft  accordé  à  la  fortune  d'Enée,  des  murs 
fondez  (bus  vn  plus  heureux  prefage.  O  Apol-      25. . 
lonioiieur  de  flufte  ,  quienfeignes  Thalieaue,c 
fa  belle  voix ,  &c  qui  laues  tes  cheueux  dans  les 
eaux  de  Xante,  Imberbe  Diuinité  qui  portes 

*  vn  furnom  des  facrifices  que  tu  reçois  dans  Jgytus. 
les  chemins  publics 5  deffen  l'ornement  de  la 
Mufe  Latine:  car  c'eft  Apollon  qui  m'infpire     30, 
l'art  de  faire  des  vers ,  &  qui  me  donne  le  nom 

de  Poète.  Filles  qui  tenez  le  premier  rang  en- 
tre toutes  les  autres,  &  vous  Enfans  lortis  de 
pères  illuftres,  que  *  la  Deefle  de  Dele  qui  bief-  Diane. 
fe  de  fon  arc  les  cerfs  &  les  onces  fuyars,  tient 
en  fa  protection,  maintenez  les  mefures  du  vers      jr 

*  Lefbien,  &les  accords  que  mes  doigts  font  De  Safhet 
fur  la  lyre.  Chantant  comme  il  faut  des  airs  en 
l'honneur  du  grand  fils  de  Latone ,  &  recitant 

à  propos  les  louanges  de  celle  qui  de  fon  flam- 
beau nocturne  donne  des  clartez  inégales ,  qui 
verfe  des  influences  fauorables  pour  les  moif- 
fons,  &  qui  roule  auec  beaucoup  de  prompti- 
tude dans  la  carrière  des  mois  \  O  belle  fille,  4«u 
quand  tu  feras  iointe  à  vn  mary,tu  diras  vn  iour. 
l'ay  appris  par  cœur  des  vers  du  Poète  Horace: 
i'en  reciceray  quelques-vns  qui  font  agréables 
aux  Dieux  après  la  reuolution  d'vn  fiecle  qui' 
nous  donne  des  ioursde  fefte. 


i4<£  Car  min  vm  lïb.  IV. 


AD   L.    MANLIVM    TORQVATVM 
Odç  XII. 

Omnia  tempore   mutantur  ,  iucundc  igitur 
viuendum  cil. 

D  If *&*+*****,  vedeunt  iamgramina  campis 
Arboribnfque  corn*. 
Mutât  terra  vices ,  &  decrefcentia  ripa* 
Ffamina  fratereunt. 

j.      Gratta  cumNymphis  geminifyue  firoribns  audn 
Dficere  nuda  choreu 
Immortalia  nefperes  monet  arums,  &  almnrn 
J>>U4  rapit  hora  diem. 

~  ^     Frigora  mitefcunt  Zephiris  :  ver  proterit  tf/faf 


10. 


Interituray  fimul 
Pomifer  autumnus  fruges  ejfaderit:  &  mox 
Brama  recnrret  iners. 


Damna  tamen  celeres  reparant  cœleftia  fana  : 
-  -  JMoSy  vbi  decidimus 

guopim  f^£neas^uo  Tulltts  dmesy  &  Ancus% 
Palais  &  vtpbra  furnus. 

gu'tsfcitan  adiiciant  hodierna  craftina  fummû 

Tempora  Difuperi  ? 
CunUa  m  anus  mtpdas  fugtent  bétredis>  arnica 
mî  €^2?  dedens  anime. 


Odes   d'Horace.    Liv.  IV.     147 


A     MANLIVS     TORQJATVS. 
Ode  VII. 

Ghte  fui  [que  tontes  chofes  changent  par  le  temps* 
il  faut  que  dans  le  peu  de  vie  qui  nous  refie9 
nom  iouy fiions  des  pUifîrs  innocens. 

LEs  neiges  fe  font  retirées,les  herbes  retour- 
nent fur  les  champs ,  &  les  arbres  repren- 
nent leurs  vertes  cheueleures.  La  terre  chan- 
ge fes  viciffitudes ,  &  les  riuieresqui  decroif- 
fait  s'écoulent  paifiblement.  La  Grâce  nue  en*  5. 
treprend  de  mener  le  bal  auec  les  Ny  mphes>  3c 
auec  fes  deux  fœurs.  Ne  t'imagines  pas  qu'il  y 
ait  rien  au  monde  d  immortel,  dequoy  l'année 
mefmes  te  donne  auis  ,  auffi  bien  que  l'heure- 
foudaine  qui  nous  rauit  la  beauté  duiour.  La 
froidure  eft  adoucie  parles  Zephirs  :  le  Prin- 
temps eft  chaffé  par  l'Efté  qui  doit  périr  au  10? 
mefme  moment  que  l'Autumne  qui  apportQ 
les  fruitsjes  aura  épadus  fur  la  terre:  puis  l'Hy- 
uer  parefTeux  reuient.  Toutesfois  les  promptes 
Lunes  reparent  les  dommages  du  Ciel.  Mais 
pour  nous  autres>dés  que  nous  fommes  tombez 
au  lieu3où  {ont  le  pieux  Enée,le  riche  Tullus,&:  iÇ 
le  bon  Ancus,  nous  ne  fommes  plus  que  des  om- 
bres^ de  la  pouffiere.  Quifçait  li  les  Dieux  fu- 
premes ,  ioindronr  les  heures  de  demain  au  nô- 
bre  de  celles  qu'ils  nous  ont  données  aujour- 
d'huy  \  Tout  cç  que  tu  auras  départi  à  tes  che-  ic 
res  inclinations,  échapera  les  mains  *  auaresde  Ami% 

QJiij 


M8        CarminvmLib.IV. 
gwmfcmelocctderis,  &  de  te  fplendtda  Minoi 

t\certt  arbitriay 
Non ,  Torquate%gentisy  non  te  facunltia ,  non  tt 

Refit  net  fie  tas. 

*f.      lnfernis  ncquc  enim  tenebris  Diana  pttdicum 
Ltberat  Htppoljtum  : 
Nec  Lctbaa  valet  The  feus  abmrppere  charo 
Fincnla  PiritboQ. 


AD   MARTIVM    CENSORINVM. 
Ode  VIII. 

Nihil  eft  ,  quod  homincs  magis  immortales 

reddere  poflîc ,  quam  Po'êtarum 

carmina. 

DOnarem  paterasy  gratac/ae  commodus* 
Cenfirine ,  meis  <zra  fodalibus  : 
Donarem  tripodas  ,  pr^mia  fortium 
Graiorum:  ne  que  tH  pejfima  munerum 
$*       Ferres  :  dinite  me  filicvt  arttum  > 

jQuas  aut  Parrafim  protulit,  aut  Seopas  ,- 
Hic  faxo ,  liquidis  tlle  coloribus 
Solers  nprnc  hominem  ponere ,  nunc  denm. 
Sed  non  h&c  mihi  vis  :  non  tïbi  talmm 
10»        Res  eft  aut  animus  deliciarum  egens. 

Gaudcs  carmtnibus  :  carmtna  pojfumtif 
Donare  &  pretium  dicere  mmerts. 


Odes  d'Horace.  Ltv.IV.  149 
ton  héritier.  Qoand  tu  feras  mort  vne  fois  ,  Se 
quand  auec  fon  équité  inuiolable ,  Minos  aura 
prononcé*fur  toy  fa  fentenee;  tanobleflc  Tor- 
quatus,  ny  ton  éloquence,  ny  ta  pieté,  ne  te 
feront  pas  reuenir.  Car  ny  Diane  n'a  peu  de-  25, 
Jiurer  le  charte  Hippolite  ,  des  ténèbres  de 
l'Enfer  ,  ny  Thefée  n'a  pas  efté  aflez  fort  pour 
rompre  les  chaifnesàfoncher  Pirithous. 


A   MARC    CENSORIR   Ode  VIIL 

Que  pour  immortalifer fa  mémoire  ,  &  la  van- 
ger  de  l'oubli ,  il  ny  a  point  de  pnïjfance  com- 
parable à  celle  des  beaux  vers. 

CEnfarin  ,ie  ferois  libéral  à  mes  compagnôs 
pour  leur  faire  des  prefens  de  riches  cou-  . 
pes,  &  de  belles  figures  de  bronze  :ie  leur  don- 
nerois  encore  des  trépieds  auflî  magnifiques 
que  ceux  qui  furent  tant  eftimez  des  Grecs, 
pour  feruir  de  reçompence  au  mérite  des  gra- 
des a&ions:  Sç  tu  ne  receurois  point  de  moy  des  - 
pièces  de  peu  de  prix ,  fi  i'eftois  riche  en  ouura- 
ges  faits  de  la  main  de  Parrhafius,  ou  de  Scopas, 
çeluy-cy  excellent  à  tailler  en  pierre,  &  cet  au- 
tre à  colorer  en  platte  peinture>tâtoft  vn  home, 
êc  tantoft  yn  Dieu.  Mais  ie  n'en  ay  pas  le  moyé:  io< 
&puis  tu  ne  manques  pas  de  ces  chofes-là ,  8c 
ton  elprit  n'a  nullemét  befoin  de  ces  délices  Tu 
prends  plaifir  aux  vers,  nous  t'en  pourrons  do- 
ner  Se  t'en  dire  le  prix  pluitoft  que  la  valeur 


2{0  C  A    R   M    I  M   V   M    L  I  B.   I  V. 

Non  inctfà  nstts  marmora  publias , 
Pcr  cj!4&  fpiritus  &  vite  redit  borna 

*$•      Pof}  mortem  ductbus  :  non  celeres  fug<£  > 
Rciettdque  retrorfum   sltinilalis  min  a  , 
J^on  incendia  Carthaoints  tn/piàt  > 
Eius ,  qui  do*nita  nomen  ab  ^4frica 
Lucratifs  rediit ,  clanus  indicant 

ÎO.     Laudes ,  cfuam  Calabr.c  Piérides:  neque  s 
Si  charte  fdeant  cjuod  bene  feceris , 
Mcrcedem  tuleris.  quid  foret  /lia 
Jiiauortifcjue  pueryfi  taciturmtas 
Objlaret  merïtis  inuida  Romuli  ? 

IJ.       Ereptum  Styviis  fluBibus  çy£acum 

Jftrtusy  &  fauor,  &  lingua  potentium 
VrAtum  diuittbus  confecrat  infulis. 
Dignum  laude  virum  Mu  fa  vetat  mort* 
Cœlo  Mu  fa  beat,  fie  louis  tnterefl 

30»      Optatis  epulis  impioer  Hercules: 

Clarum  Tyndarida  fidus  ab  infinis 
Jjïufffai  eripiunt  aquoribus  rates  : 
Ornatus  viridi  tempora  pamptno 
Lifar  <votA  bvnos  ducit  ad  exitm* 


Opes    d'Hor aci.  Liv.  IV.     15T 
des  marbres  qui  portent  des  inferiptions  pu- 
bliques, qui  redonnent  en  quelque  façon  Fef-      15. 
prit  &  la  vie  aux  braues  Capitaines  après  leur 
mort ,  mais  qui  ne  fçauroient  exprimer  les  dé- 
routes des  ennemis  qu'ils  ontmisenfuitte,  ny 
lesfieres  menaces  d'Anibal  tournées  en  fumée, 
ny  les  embrafemens  de  la  perfide  Carthage; 
car  pour  en  dire  la  vérité,  ils  ne  font  point  fi  ca- 
pables de  faire  connoiftre  les  louanges  qui  font 
dues  au  mérite  de  celuy  qui  pour  auoir  dompté       20a 
TAfFrique,  en  remporta  le  furnom>  *  que  les  Qeft  £*- 
Mufes  de  Calabre:  &ne  faut  pas  que  tuefpe-  w*W. 
res  de  recompence,  pour  auoir  fait  de  belles 
a&ions ,  fi  les  beaux  vers  n'en  difent  rien.  Que 
feroit-ce  *  du  fils  d'Ilie  &  de  Mars,fi  le  filence  Jj  Km*' 
enuieux  de  la  gloire  de  Romule  s'oppofbit  à  fa 
valeur  ?  La  force, la  faneur,  &c  la  langue  des     25. 
grands  Poètes,  ont  confacré dans  les  Iflcs for- 
tunées le  iufte  Eacus  retiré  *  de  Tonde  Stygien-  Des  E»- 
ne.  La  Mufç  empefche  de  mourir  le  perfon-/"^* 
nage  qui  eft  digne  de  louange  :  la  MufeTéleue 
iufqu'au  Ciel.  Ce  fut  ainfi  que  le  preux  Her-      jo* 
çuleprit  fa  place  à  latabledelupiter.  Ainfi  les 
Tyndarides  qui  font  vne  conftellation  brillan-     . 
te  retirent  les  vaiffeaux  brifez  du  profond  des 
jners.  Ainfi  Baccus  qui  orne  ion  front  de  beaux 
pampres  vers  ,  conduit  nos  voeux  à  vne  heu- 
re ufe  fin, 


*$1  C  A  R  M  I  N  V  M    L  I  B.    I  V 


AD     LOLLIVM,     Ode   IX. 

Scripra  fua  nunquam  interibunt:  virtus ,  fine 
carminum  ope  ,  obliuione  deletur.  Lollij 
laudes  ille  cantabit  ,  cuius  vircutes  ctiam 
célébrât. 


N 


E  forte  crédits  interiîttra ,  cjua 
Longe  tfonantem  natus  ad  Anfidamy 
j^jtn  ante  vuhatat  per  artes 

Verba  hqnor  [ocianda  chordis  : 


5?        Non ,  fi  priores  M éton'ms  tenet 

Sedes  Homerus ,  Tindaric<t  latent  x 
Ce&que  >  &  Alcœi  minaces  , 

Stefichorique  grattes  camœndt  : 

Nec ,  fi  quid  olim  lufit  Anacreon , 
to.      DeUuit  dttas.  fptrat  adhuc  amor  , 
ViuHntcjHe  commtjfi  calores 
tALolia  fidibus  puelU. 

Non  fola  comptes  arfit  adulteri 
CrineS)  &  aurum  vefttbtts  illitum 
*$•  MinêtS?  regale/que  cultus 

Et  comités  y  Hélène  Lac*na. 

Trimufne  Teucer  tela  Cydonio 
Direxit  arcn  :  non  femel  Iltos 
Vexât  a  :  non  pugnauit  in  gens 
10.  Jdomenens  Sthenelufuc  foins 


Odes  d'Horace.  Liv.  IV.      253 


A    LOLLIVS.    Ode  IX. 

J>)ue  fes  eferits  ne  périront  iamaù*  &  que  la 
vertu  fans  le  fecours  des  Pcï'tes  fer  oit  mife  en 
oubli.  IL  promet  aujfi  de  chanter  les  louanges 
de  LolliuS)  dont  il  célèbre  dé-ia  quelques  vertm* 

A  Fin  que  peut-eftre  tu  ne  t'imagines  pas 
que  pour  auoir  pris  naifsâce  fur  les  bords 
d'Aufide  qui  fait  ouyr  (on  bruit  loin  d'icy ,  mes 
paroles  périront  vn  iour,aulieu  d'eftre  allo- 
uées aux  cordes  de  la  lyre  ,  par  vn  artifice  qui 
n'a  point  efté  publié  iufques  à  prefent  :  fi  Ho-      U 
mère  le  Meonien5  tient  la  première  place  entre 
les  Poètes,  ce  n'eft  pas  a  dire  que  les  vers  de 
Pindare,&  de  Simonide  de  lifte  de  Cée,(bient 
inconnus,  6c  qu'on  n'ait  point  ouy  parler  des 
Mufes  graues  de  Stefichore,  &  des  poefies  me- 
naçantes d'Alcée.    Et  fi  le  temps  a  fait  périr     %q2 
quelques  vers  enioiiez  d'Anacreon ,  les  feux  de 
Sapho  font  encore  viuans,  &c  fon  amour  fait 
ouyr  fes  foûpirs  fur  les  cordes  de  la  lyre.  Hélè- 
ne de  la  ville  de  Sparthe,  ne  fut  pas  la  feule  qui 
brufla  pour  les  cheueux  bien  peignez  de  *  fon  De?*ril 
galand  adultère,  ny  qui  fe  laifik  gagner  par  les 
riches  veftemenstifï'us  d'or,  par  vne  magnifîcé-     ij, 
ce  royale,&  par  vne  grande  fuitte  de  gens  :  Ny 
Teucer  n'apas  efté  le  premier  qui  d'vn  arc  Cy- 
donien,  ait  décoché  des  traits  :  ny  les  murailles 
d'Ilion  n'ont  pas  efté  battues  pour  vne  feule 
fois  :  le  grand  Idomenée }  &  Stenelle>  n'ont  pas      z©* 


25+  Car  m  i  n  v  m    Lib.  IV, 

Dicenda  Mufis  prtlta.  non  ferox 
HcElor  y  vcl  acer  Detphobm  graves 
Excepit  iiïus  pr*  pudicis 

Çoningibus  puerifquc  primas. 

ï$*      Vixere  fortes  ante  Agamemnona 
Multi  :  fed  omnes  tllacrymabiles 
Vrgentury  ignoticjue  long* 

Notte  y  carent  quia  vatefacre. 

Paulum  fepult*  diftat  inertie* 
JO.      Celata  virtus.  non  ego  te  mets 
Chartis  inornatum  fileri, 
Tottte  tnos  patiar  labores 
Impune,  Lof/i,  carpere  linidat 
Obliuiones.  cfi  animus  tibi 
35,  Rerumquc  prudens,  &  fecundù 

Temporibm  dubiifque  reftus, 

Vindex  auara  fiakdis,  &  abJUnens 
Ducentis  adfe  cunïïa  pecunit, 
Confulque  non  vnius  anni> 
4°'  Sed  quoties  bonus  atque  fidm 

Index  honefium  pr&tulit  vtili,  & 
Reiecit  alto  don*  nocêntium 

Vultu:  &  per  obftantes  caterum 
Explkuhfua  viïïor  armé. 

4/»      Non  pojfidentem  malta  vecaueris 
ReBe  beatum  :  reftius  occupât 
Nomen  beati ,  qui  deorum 
Muneribut  fopientcr  vti} 


Oôes  d'Horace.   Liv.  IV.     155 
efté  les  feuls  qui  aycnt  fait  des  combats  dignes 
d'eftre  chantez  par  les  Mufes  :  ny  le  fier  He- 
ctor, &  le  vaillant  Deiphobe  n'ont  pas  efté  les 
premiers  à  receuoir  des  coups  au  combat  pour 
leurs  enfans,  &c  pour  leurs  efpoufes  pudiques: 
plufîeurs  hommes  valeureux  ,  ont  vefeu  de-      ^ 
uant  Agamemnon  :  mais  tous  fans  eftrc  plaints 
font  enueloppez  dans  robfcurité  dVne  longue 
fruidfc,  parce  qu'ils  ont  eu  faute  de  quelque  Poè- 
te facré  qui  ait  célébré  leurs  belles  a&ions.  La      $0] 
vertu  qu'on  ne  publie  point,  diffère  peu  delà 
pareffe  enfeuelie  dans  vn  filence  éternel,  le  me 
louuicndray  de  te  rendre  dans  mes  vers  ,  les 
honneurs  qui  te  font  deubs ,  &  ie  ne  fouffriray 
point,  Lollius,  que  tant  de  trauaux  que  tu  as 
endurez ,  demeurent  impunément  rongez  par 
les  dents  enuieufes  de  l'otibli.  Tuas  vnefprit     35J 
prudent  aux  affaires,  &  il  paroift  toufîours  égal 
aans  la  profperité,&:dans  les  occafions  péril  - 
leufes  :  il  eft  vangeur  de  l'auare  impofture,  fans 
felaifTer  éprandre  parle  defîr  de  l'argent,  qui 
attire  tout  àfoy  :  &  Conful,  non  pas  d'vne  an- 
née feulement ,  mais  pour  tout  autant  de  temps      4©» 
que  tu  as  de  probité  &  de  foy,  &  que  par  vn  iu- 
gement  fain,  tu  préfères  l'honnefte  àl'vtilei  tu     ' 
rejettes  d'vn  vifage  altier,lesprefensde  ceux 
qui  peuuent  nuire,&  tu  prends  tes  armes  vidfco- 
rieufes  contre  les  ennemis  qui  s'oppofent  a  ta 
valeur  &c  au  bien  de  l'eftat.  Tu  ne  fçaurois  fans      4$î 
te  méprendre  appeller  heureufe  la  perfonne 
quipoffedede  grâds  biens.  Le  nom  d'heureux 
appartient  bien  pluftoft  à  celuy  qui  fçait  vfer 
Jpmdçmmêt  desprefens  que  luy  font  les  Dieux: 


1$6  C  ARMI  N  V  M     LlB.    IV, 

Duramcjue  ca/lct  paupcriem  pati> 
î°*       TciHpjue  letho  fltgiîtum  timct  : 
Non  ille  pro  charù  *m:cis> 
Aut  ptttriA  timidus  pertre. 


AD      L1GVRINVM     PVÈRVM 
fpeciofum.    Ode    X. 

Futurum    dicit,  vt  Ligurinum  fax  aduerfus 

amatorcs  arrogantiar  pœnitcat,  cum 

flos  gratis  (ux  exaruerit. 

OCrudeli*  adbHc ,  &  Veneris  muneribus  pa- 
ïens, 
Jnfperat*  tua  quptm  veniet  pluma  fuperbU  , 
Et  ,  qua   nunc  humeris  inuolitant  >  deciderint 
coma  y 

Nunc  &  qui  color  ejl  punicea  flore  prier  rofe, 
Mutâtes  Ligurinum  in  faciem  verterit  bifpï- 

dam , 

Dices  :  Heu  (queties  te  in  JpecuU  vider ts  alté- 

rum) 
£u*  mens  efi  hodie ,  enr  eadem  non  puero  fuit  ? 
Vel  cur  hii  animis  incolumes  non  reâeunt  gen*? 


Hm 


Obis  d'Horace.  Liv.  IV.     157 
qui  peut  fupporter  la  dure  pauureté:  &  qui      c0t 
appréhende  le  vice  comme  vn  mal  plus  funefte 
que  la  mort,  fans  auoirpeur  deperir^pour  fes 
chers  Amis  ou  pour  la  patrie. 


A     LIGVRIN.     Ode   X. 

Jguil  ioujrjfe  des  grâces  de  fa  béante,  tandis  quil 
efi  ieune ,  ou  bien  quil  sajfeure  de  s'en  repen- 
tir, quand  Une  fera  plus  temps* 

O  Cruel,  caftu  n'as  point  encore  changé 
d'humeur,  tu  es  bien  puiflànt  pour  te 
faire  aimer  parles  dons  que  tu  as  receus  delà 
Reine  des  Grâces.  Mais  quand  le  duuet  ines- 
péré, fera  Venu  fur  le  fujet  de  ton  nobtc  or- 
gueil :  quand  ces  cheueux  fi  propres  qui  volti- 
gent fur  tes  efpaules  feront  vne  fois  tombez:  Se 
quand  cette  couleur  vermeille  qui  furpafïè 
maintenant  fur  ton  taint  le  pourpre  de  la  ro- 
fe,  fera  changée  ,  de  forte  que  le  beau  vifage  y 
de  Ligurin  deuiendra  rude  &c  deffeiché;  Hé- 
las,diras-tu  toutes  les  fois  que  tu  te  regarderas 
dans  le  miroir,  ou  tu  verras  vne  autre  perlon- 
nc,  quelles  font  aujourdhuy  mes  inclinations? 
pourquoy  ne  les  ay- je  pas  eu  femblables  quand 
l'eftois  ieune  }  ou  pourquoy  dans  cette  belle 
humeur,  mes  joués  ne  reprennent-elles  point 
auffî  cette  mefme  fleur  de  beauté  qu  elles  a- 
uoient  autresfois  ? 


R 


258  Carminym   Lib.  IV. 


AD    PHYLLIDEM.    Ode  XI. 

DienataîiMeccenatis,  quicratld.  Aprilij,  in- 
uitat  cam  ad  cpulas. 


E 


St  mihi  notium  fuperantis  annutn 
Plexus  Albani  cadus  eft  in  horto  * 
l'bjlliy  neftendis  apium  coronis , 
£/?  hedera  vis 
$•       JMulta^  tjua  crwes  religata  fnlges. 
Ridet  argento  domus  :  ara  caftts 
Vint/a  verbenis ,  auet  tmmolato 

Spargier  aono. 
Cunïïa  feftwat  manus  :  hue  &  Mac 
l0m      Curjïtant  mift<t  pueris  pue/U  : 

Sordtdum  flamme  trepitant  rotantes 

Ver  tic  e  fumum. 
Vt  tamen  voris  cjuibus  aduoeeris 
Gaudiis:  Idus  tibi  fant  aoenda> 
I  j.        Qui  dies  menfem  Feneris  marina 
Ftndit  JÎprilem  : 
lure  folennis  mîhi ,  fantlïerque 
Pane  natali  proprio ,  quoi  ex  hac 
Luce  Mecœnas  meus  ajfluentes 
Zq,  Ordinat  annos. 

Telepbum,  quem  tu  petis  ,  eccuptuit 
Non  tu œ  fort ù  iuuenem  pue /la 
JDiues  0-  lafciua  :  tenetque  grata 
Compede  vinïlum. 
2 5*     Terret  amlvjltu  Vhatton  auaras 


Odes  d'Horace.  Liv.  IV.       ££ 


A    P  HIL  LI  &     Ode  XL 

//  inuite  Vhilis  à  célébrer  auec  luy  le  tour  de  Is 
naijfance  de  Mecenas  ,  &  luy  donne  aduis 
quelle  ne  doit  plus  p enfer  4  Tele~phç  ,  parce 
qu'il  en  aime  vne  autre. 

PHilis,  i'ay  vn  tonneau  de  vin  Albanc  quî 
pafïè  neuFannées;i'ay  dans  mon  jardin  peur 
faire  des  couronnes ,  de  Tache  ,  &:  du  lierre  en 
abondance ,  qui  te  parent  fi  fort  quand  tu  en       fc 
fais  des  guirlandes  à  te£  cheuëux.  Toute  la  mai- 
fon  rit  fous  l'argçnt  :  l'Autel  entouré  de  chalte 
verueinc,  femble  fouhaitterd'eftre  arrofé  du 
fang  d'vn  agneau  immolé  :  chacun  fe  hafte  de 
mettre  la  main  àfœuure:  les  filles  courent  c'a     i^» 
&là  meflées  auec  les  garçons:  &  les  flammes 
qui  roulent  vne  fumée  épaifle,  tremblent  en 
leurfbmihet.  Afrnneantmoins  que  tu  fçaches, 
pour  quelles  feftes  fet'ayinuitée,  tu  n'ignores 
jpas  que  tu  as  les  Ides  à  célébrer ,  qui  partagent 
en  deux  Je  mois  d'Auril  dédié  à  Venus  fille  de      3^ 
la  mer.  G'eft  vn  iour  que  ie  tiens  plus  folénel  & 
plus  faint  pour  moyque  mon  propre  iour  natal, 
parce  que  de  luy  >  mon  cher  Meccne,  Commen- 
ce la  courfedefes  ans,  Aurefle  vne  fille  riche 
&  de  gaye  humèur^oflede  entièrement  le  \zi\~     iqÎ 
ne Telephe  que  tu d^fires,  c[uoy  qud ta  condi- 
tion ne  toit  pas  égale  a  la  fienne ,  Ôc  elle  le  tient 
captif  d'vne  chaifne  qui  luy  eft*  agréable.  L'errr-     i^ 
brafement  cîe  Phaêton  doit  çpouuntKerles  e£ 

R  ij 


ï6o  C  Â   R  M   I  M  V  M     L  I  B.    I V. 

Spcs:  CT  exemplum  graue  prabet  aies 
Tegafiis ,  tirrenum  equitem  granatus 
Bellcrophontcm  : 

Scmper  vt  te  digna  fequare  :  &  y  vitra 
JO.      Jgtfdm  licet  fperare,  nefas  putando* 
Dtfparem  vites.  agè  iam  meoram 
Finis  amorum  * 

(  Non  entra  poflhac  alla  caleho 
Fcemina  )  condifee  modos ,  amenda 
55*      Voce  quos  reddas.  minnumur  atra 
Carminé  enra. 


S' 


AD    VIRGILIVM.  Ode  XII. 

Dcfcribit  veris  aduentum  ,  &  Virgilium  zà 

eonuiuium  fub  conditionc 

inuitat. 


IAm  veris  comités y  qu*  mare  tempérants 
Impellunt  animât  lime*  ThracU: 
lum  neeprata  rigent,  neç  fluuij  firepunt 
Hjberna  ninc  tnrgidi. 

Nidam  pontt,  Itp  flehiliter  gemens 
JnfœlixaHÙy  &  Cecropia  domm 
&£ternum  opprobrinm ,  qnod  maie  barbarM 
fLcçnm  tji  vit*  libidines, 


Od?s  d'Horace.  Liv.  IV.      i€v 
perances  auares,  ôc  le  Pegafe  ailé  qui  ne  peut 
fbuffrir  fur  fbn  dos  la  charge  de  Bellerophon 
qui  n'eftquVn  Cheualier  terreftre,  te  donne 
vne  exemple  de  grands  poids,  pour  ne  fuiure 
iamais  que  des  chofes  proportionnées  à  ta  con- 
dition, &c  n'cfperer  rien  audelàdece  que  tu      j0l 
dois,  de  peur  de  Rengager  aucc  quelquvn  qui 
ne  fuft  pas  ton  pareil.  Courage  donc  ,  Phillys, 
la  dernière  de  mes  amours:  (car  déformais  ie 
ne  veux  plus  brufler,pour  d'autres  femmes, 
que  pour  toy,)  appren  des  vers  que  tu  nous 
reciteras  de  ta  voix  charmante.  Les  noirs  fouçis      35' 
font  diflipez  p^r  ie  récit  des  beaux  vers. 


A     VIRGILE.     Ode  XII. 

Il  deferit  ta  venuï  du  Printemps  :  puis  il  inui- 
te  Virgile  a  prendre  vn  repas  chez,  fay,  a  con- 
dition que  pour  fa  part  >  il  apportera  vne;  bai* 
(le  de  parfums. 

L Es  vents  de  Thracc  amis  du  Printemps, qui     » 
rendent  la  mer  paifible,  fouflent  doucement 
dans  les  toilles.  Les  prez  ne  font  plus  endurcis 
par  le  froit,  ny  les  riuieres  enflées  par  les  neiges 
de  l'Hyuer  ne  mènent  plus  de  bruit.  *  L'oy-  L*&Jr** 
feau  infortuné  qui  fe  plaint  ince (Tarn ment  de    e  e' 
la  mort  d'Ithys ,  haftit  fan  nid ,  Se  Progné  de-      ^ 
meure    toufiours    l'éternel    opprobre  de  la 
roaifon  de  Cecrops ,  pour  s'eftre  vangée  mal 
à  propos  de  la  barbare  infolence  des  Roys. 

R  iij 


l6l  C  A  R  M  I  M  V  U     tlB.     IV- 

Dtcunî  in  tenero  gramine  fin  gui  um 
**'      Cttftedcs  ouium  carmina  fiflula  J 

Delcclanfque  dettm  5  cm  peau  &  niari 
Colles  AfcadiA  placent. 

Adâuxere  fitim  temporœ,  Virgili: 
Scdi  preffum  Califat*  duccre  Liberum 
*£      S*  ffp*  >  Muenum  nobilmm  cltens , 
Ndrdo  vinci  merebere* 

N^rdi  paruus  onyx  eliciet  cadum  y 
Qui  nunc  Sulpitiis  decubat  horreis  % 
Spes  donare  noua*  largus ,  amaraquâ 
Curarum  eluere  ejficax. 

Ad  qut  fi  proféras  gaudia ,  cum  tua 
Velox  ?nerce  vent,  non  ego  te  mets 
Immunem  medttor  tingere  poculis, 
Plena  dtues  vt  in  domo. 

Zj.      Verumpone  moras,  &  ftudium  lucri» 

'Rigrorumque  memor*  dum  licet\  igniûm» 
M* fie  finit ttiam  confiliû  breuem. 
Dulce  efi  defipere  in  hco. 


20* 


I> 


Odes  d'Horace.  Liv.  IV.  x6$ 
Ceux  qui  gardent  les  gras  troupeaux  de  bre-  10J 
bis  ,  fe  repofans  fur  l'herbe  tendre  ,  fbnnent 
pluficurs  airs  ,fur  le  pipeau  champeftre,  &  eu 
donnent  de  la  ioye  au  Dieu  qui  aime  le  beftail, 
&  les  noires  collines  d'Arcadie.  Ce  beau 
temps,  Virgile,  amené  la  (bif:mais  fi  tu  déli- 
res goufter  du  vin  de  Calene,  il  ne  fera  point 
refufé  au  feruiteur  des  ieunes  Princes ,  pour-  ij** 
uû  que  tu  nous  apportes,  de  ton  huile  de*  fen-  Pt<M<*r<*» 
teur.  Vnephiole  d'onice  pleine  de  ce  parfum, 
tirera  vn  muy  tout  entier  hors  de  mon  celier 
Sulpitien  pour  donner  libéralement  des  espé- 
rances nouuelles,  ôc  pour  effacer  puiflammçnt 
lçs  amertumes  des  foucis  cuifans.  Que  f*  tu  te  x&% 
^cux  hafter  de  prendre  ces  plaiiirs  ,  vieil  icy  en 
diligence  auec  ta  bonne  odeur.  Car  encore 
que  te  fois  comme  vn  riche  dans  vne  maifon 
pleine  ,  ie  n'entens  nullement  te  donner  de 
mon  vin ,  fi  tu  penfes  venir  chez  moy  les  mains 
vuides.  Mais  fans  diferer  dauantage  ,  quitte  25v 
pour  vn  peu  de  temps  le  defir  du  gain:&  te  fou- 
uenant  des  torches  noires  de  la  mort,  puis  que 
tu  en  as  le  loifïr, méfie vnpeude  folie, parmi 
tes  ferieufes  penfées.  //  ne  faut  pas  toufîours 
tftre  fage:  ècectt.  vne çhofebiendouçcdefo- 
laftrer  àptopqs.  * 


R  iiij 


i<?4  C  A  RM  IN  V  M     LlB.    IV. 


IN    LYCEN    MERETRICEM 
vetulam.  Ode    XIII. 

Infultat  ci  mordaciflimc,  quod  iam  anus  fa- 

<fta&  libicîinc  flagrans  contemni- 

tur  à  iuuembus. 

r  À   Vd'tuere ,  Zjtfr,  23/  *»*4  vota:  Di 

jLJLyiudiuere  ,  Lyce  ',  fis  arnts  >  &  tamen 
Vis  for mo fa,  vider i, 

Ludtfque  dr  bibù  impudens  : 

il       Et  cautu  tremulo  pota  Cupidinem 
Lentum  follicitat*  Me  virentis  & 
Dottœ  pfallere  Cbiœ 

Pulchris  excubat  in  genU* 

Importunus  enim  tranfuolat  aridat 
ÏQ*      Jguercu*,  &  refugit>  te  quia  luridi 
Dçntes  >  te  quia,  rug& 

Turpant,  &  capitis  mues. 

Née  Çoa,  referont  iam  tib't  purpura  * 
Nec  clari  lapides  tempo ra  ,  qu<t  femel 
ÏkI  Notis  condïta  faftù 

Indnfit  volucris  dies. 

JVtto  fuait  Venus  ?  (  heu)   quone  colar  deetns  ? 
6)140  motus  ?  cjutd  habes  îlliit*  ,  tllms  , 
*j3.</^  fpirabat  amores  ? 
to.  jQhz  ptqfarpHcrat  tnihi^ 


Odes  p'Horacb.  Ljv.  IV.       16  $ 


A    LYCE.    Ode  XIII. 

Il  fe  mocque  d'elle  a  caufe  de  fa  vieille Jfe  qui  ne 
l'empefche  -point  de  faire  C  amour  >  enfe  ren- 
dant mejprifable  >  &  ridicule  à  tous  les  ieu^ 
nés  gens. 

LEs  Dieux,  Lyce ,  ont  ouy  mes  vœux  :  Ly- 
ce,ilsont  ouy  mes  prières. Tu  deuiens  vieil- 
le, &  tu  veux  neantmoins  paroiftrc  belle,  ioiiât 
ôc  heuuant  comme  de  coutume  auec  vnc  ef- 
fronterie nompareillc.  Quand  tu  3S  beu  ,  tu  ré-      S* 
vieilles  par  vn  chant  tremblotât  l'amour  qui  ne 
Jangtiit  pas  moins  chez  toy ,  qu'il  eft  éucillé  fur 
les  ioues  vermeilles  delaieunc  *  Chioifequi  DeCiJledt 
chante  agréablement.  Il  s'enuole  pa,r  delfus  les  chf0- 
chefnes  fecs  :  &  fans  s'arrefter  en  aucun  lieu  ,  il      10. 
te  fuit  toufiours  parce  que  tu  as  les  dents  iau- 
nes ,  &c  que  les  rides  de  ton  vifage  &les  nieges 
de  ta  tefte ,  t'ont  fort  enlaidie.  Certes  ny  les  ve- 
ftemens  de  pourpre  de  l'Ifle  de  Cos ,  ny  l'efclat 
des  pierreries ,  ne  te  ramèneront  plus  le  temps     IJ» 
que  les  iours  qui  s'écoulent  fi  promptement, 
ont  vne  fois  enregiftrez  dans  les  faftes,àla  vue 
de  tout  le  monde-  Ou  eft-ce  que  ta  beauté  s'en 
eft  allée  ?  helas  ,  où  c'en  eft  fui  ton  beau  teint? 
que  font  deuenues  tes  agréables  démarches? 
Que   te  refte-t  il  maintenant  de  celle  que  tu 
eftois?  de  celle -là  qui  ne  refpiroit  qu'amour? 
qui  m'auoit  comme  (eparé  de  moy-mefme  i  Se      zo» 
cjue  ie  tenois  pour  la  plus  heureufe,  &  laplus 


z<t  Carmînvm    Lib.  IV. 

Fœlix  poft  Cynaram  ,  notaque*  <$r  arttum 
Gratarum  féicies?  Jed  (ynara,  bnues 
Ami  os  fat  a,  de  de  ru  nt  y 
Seruatura  dtu  pare  m 
Cornicis  va?iU  ternporibus  Lycenz 
Pejfnt  vt  iuuenes  wfere  fern>di > 
Miilu*  non  fme  rifu  , 

Dilapjkm  in  aneres  facem. 


AD     AVGVSTVM.    Ode  XIV. 

A  Senatu  populoque  Rorûano  honores   Au- 

gufto  tribui  non  poflum,  qui  virtutes 

eius  xquare  valcant- 

QV<z  cura  pdtrum,  quétue  £)fùritwm% 
PlenU  honorum  muneribus ,  tuas 
sjugftftc,  virtutes  in  <tuum 

Per  titulos  memorefyue  faftos 

5-      lÂLtervtîJ  oy  qua  Sol  habitables. 
Jllaflrat  oras ,  maxime  Prinàpum, 
Quern  leqis  expertes  Latina 
"  Vindelicï  didicere  nuper 

Qufd  Marte  pojfîs.  milite  nam  tu» 
*.°*     Dru  fus  G  tiaunosi  implacidum  genus9 
Brennofcjue  veloces ,  &  arces 
Alpibns  impofitas  tremendis 

. ,    Deiecit  acer  plus  vice  [imvlicu 

Maior  Heronum  mox graue  prçlium 


Odes  p'Horaci.  Liv.  IV.  267 
excellente  perfonne  du  monde  après  Cynare  > 
Qif  eft  deuena  ce  vifàge  fi  plein  d'atraits  ?  Mais 
les  Deftins  ont  donné  peu  d'années  à  Cynare, 
&  ils  ont  gardé  Lyce  fort  long-temps  pour  ef- 
gallerlavieillcfTe  de  la  Corneille,  afin  de  don- 
ner aux  ieuncs  gens  dans  l'ardeur  qui  les  po(Te- 
dc  le  plaifîr  de  voir  vne  torche  reduitte  en 
cendre. 


£     AYGVSJE.    Ode  XIV, 

J>{ue  toits  les  honneurs  que  le  Sénat  &  le  pu* 
pie  rendent  à  Augufte ,  ne  peuuent  égafar  fes 
yertus:  que  les  victoires  de  fis  beaux  fils  font 
partie  de  la  gloire  de  fin  Empire  :  &  que  tou- 
tes les  nations  le  rentrent  fur  le  trofne ,  oà  il 
efl  élené, 

AVec  quel  fouçy,  le  Sénat  8c  le  peuple, 
pourront-ils  à  force  d'honneurs  Se  de  pre^ 
fens  ecernifer  tes  veirtus  par  dés  inferiptions  8c 
des  mémoires  illuftres,  qui  fe  liront  à  perpétui- 
té dans  les  liures  des  Fafles?  O  le  plus  grand      yj 
Prince  quelç  Soleil  éclaira  iamais  ,  fur  la  terre 
habitable;  *Les  Vindeliciensquionttoufiours  Les  Cri* 
ignoré  les  loix  Rpmaines  ,  ont  apris  depuis  peu  féns. 
ce  que  tu  pouuois  par  les  armes,  quand  Drufus      i$- 
auec  fa  valeur  &  auec  le  courage  de  tes  foldats 
défit  plus  d'ync  fois  les  Genaunois  implaca- 
bles. &  les  Brencois  légers,  &  quand  il  rentier- 
îi  plusieurs  fortereffes  bafties  fur  les  affreux 
ibmme'ts  des  Alpes.  Le  plus  grand  des  Nerons> 


16?  C  A  R  M    I  N  V  M     L  I  P.    IV- 

î  j.  Commifit  y  immanefque  Rhœtos 

jiutfiçiis  pepulit  ftcundh , 
SpeBavdus  in  cert aminé  A4*rtio  y 
Dénota,  morti  peflora  libéra 
Quantis  fattgaret  rninis  : 
Ifi.  lndomitas  prope  qnalts  vndAt 

JLxercct  sixfter>  Tleiâtdum  choro 

Scindente  nubes  ,  impiçer  hoftittm 

Vcxare  turmas,  cr  fiementem 

Alittere  equum  medios  per  ignés* 
15.      Sic  taurïformLs  voluitur  *Aufidvu , 
£)Hi  régna  Dauni  pr  a  finit  Appuli , 
JguHmfieuity  horrendamque  cultis 
Diluuiem  meditatw  agris  : 

Vt  barbarorum  Claudius  agmin4 
}Q.       Terrât  a  vafto  diruit  impetu: 

Trimofcjue  &  extremos  metendo , 

Strauit  humum ,  jine  clade  viÛor  } 
TV  copias ,  te  confilium  y  &  tuos 
Trabente  diuos.  nam  tibi ,  quo  die 
55 .  Portas  AUxandria  fupplex , 

Et  vacuam  patefecit  aulam , 

Tortuna  lufiro  profpera  tertio 
BcIU  fecundos  reddidtt  ex 1 tus , 
Laudemcjue  &  optatum  perattU 
40.  Imper iié  decpu  arrogauit. 

Te  Cantaber  non  ante  domabtlà  y 
Medttfcjue*  &  lndm:  te  profngpu  Scythes 
J[4iratur  a  tutela  prtfens 
Italie  5  dominfique  Rorn&  3 


Odes  D'MoiÂct   Liv.  IV.     i6y 
donna  incontinent  après  vnefanglante  batail- 
le, ScchatTàhcureufement  de  leurs  frontières,      \Ç 
les  *  Rheticns  cruels  y  s'eftant  fait  remarquer  Les  Gri+ 
Ibuuent  dans  les  combats   De  combien  demi-/*»'- 
feres,  preflbit-il  le  courage  des  foldats  deuoiiez 
àvne  mort  volontaire  pourfuiuant  (ans  rekf- 
che  les  troupes  ennemies,  &faifàntpa(Ter  au     xàl 
trauers  des  feux  Ion  cheual  qui  enfrcmiiToit 
d'horreur,à  peu  près  comme  vn  vent  furieux  de 
Midy  qui  agite  les  flots  indomptez,  quand  la 
compagnie  des  Pléiades  fepare  les  nuées.  Et      iy. 
tout  de  mefmc  que  *  rÀufideaufrontdeTau-/'o^w/^ 
reau,  qui  arroufe  les  campagnes  de  la  Poiiille, 
dans  le  Royaume  de  Daunej  quand  il  deuient 
furieux ,  &  qu'il  iette  vn  déluge  horrible  dafrs 
les  plaines  cultiuées*,  Àinfi,  Claude  rentierfapar      30- 
vn  violent  effort  les  bataillons  armez:  &  fans 
perdre  aucun  des  fiens ,  il  tailla  en  pièces  les 
premiers,  &  les  derniers,dont  il  fit  vne  moiflbn 
furieufe ,  &  demeura  vi&orieux ,  tandis  que  f u 
l'affiftois  de  troupes ,  de  confeils ,  &:  de  faneurs 
des  Dieux.  Car  dés  le  iour  mefmes  qu'Alexan-      **, 
drie  fe  voyant  réduite  en  l'eftat  de  fupplianre, 
te  donna  l'entrée  de  fon  port ,  &  te  fit  ouurir  la 
porte  de  fon  palais  abandonné,  la  fortune  te  fut  * 
û  fauorable,  qu'elle  te  rendit  heureufe  la  fin  de 
la  guerre ,  au  bout  du  *  troiûefme  luftre ,  &  te  de  if.  *r.s« 
donna  libéralement  la  louange  &  la  gloire  fou-     40* 
haitéc  après  Teftabliflement  de  ton  Empire  ab- 
folu.  *  Le  Cantabrois  qui  iufques-là,  n'auoit^/^^ 
point  efté  dompté,  le  Mede,  l'Indien, &  Le  Scy- 
the errant,  t'admirent  fans  cefle ,  ô  Diuinité  tu- 
telaire  de  l'Italie ,  Se  de  Rome  qui  cû  la  Prin- 


17 o  Carminvm   L  i  b.    IV. 

4J.      7V ,  fontium  cjui  celât  origines , 

Nilifftjne,  cr  Ijtcrj  te  rapidiu  Tigris  \ 
7V,  bclliioÇus  qui  remotis 

Objhcpit  Ocetinm  Britannis  : 

Xe<t  non  p du entû  funera  GalLi&> 
JÔ.      'DurA^ue  icllui  audit  Iberut  : 
Te  cade  gnudentes  Sïcambri 

Cornpefitis  veneràntUr  armis. 


AVGVSTI    LAVDES.   Ode  XV. 

PHœbut  volentem  fr&lia  me  loqui, 
ViBas  &  vrbes  >  increpuit ,  Ljra  : 
JSe  paruà  Tyrrhenum  per  <zquor 
Vêla  darem.  tua  Cœjar  <£tas 

$•      Frttges  &  agris  retmlit  vberesy 

Et  fi  en  a,  nojtro  refttîutt  loui , 
Direpta  Parthomm  fuperbis 

Poftïbus:  cr  v'acuum  d&ctlU 

lanurn    Ghtir'mi  cUufit  :  &  ordinem 
ICL     ReBnm ,  <r  vaganti  jr^ena  Ucentia 
Jmecit  :  amouitque  culpas  : 
Et  veteres  reuocatùt  artes , 

Per  quM  Latinum  nomen,  &  ItaU 
Creuere  'vires ,  f arnaque  ,  &  ïrnperi 
15.  Perrciïa  watefias  ad  ortum 

Salis  >  ék  Hefperio  cnbiti. 


Obus  d'Horace.  Liv.  IV.  171 
refTe  des  nations.  Le  Nil  qui  cache  les  fources  45- 
de  les  fontaines,le  Danube,  Se  le  Tygre  rapide, 
te  reuerent:  l'Océan  plein  de  monfti.es,  qui 
borne  les  cofte$  reculées  de  la  grande  Breta- 
gne,s'aperçoit  de  ton  pouuoir  :  la  Gaule  qui  ne 
s'époutiante  point  de  la  mort,  &  TEfpagne  infa-  jo, 
tigabfeâu  trauail,  écoutent  ta  parole  :  èc  les  $i- 
cambriensquife  plaifent  auxmafTacres  ,  âpres 
s'eftre  engagez  par  les  traitez  de  paix  de  met- 
tre bas  les  armes,  te  rendent  leurs  refpecs. 


Les   lovanges  D'avgvstë. 

Ode  xv. 

COmme  ie  voulois  mettre  fur  la  lyre  de$ 
pièces  de  guerre,  &  de  villes  conquifes; 
Apollon  en  me  reprenant  auec  beaucoup  de 
feuerité  m'auertit  que  ie  ne  me  deuois  pas  ex- 
pofer  fur  la  merTyrrhene  auec  vn  petit  vaif- 
ieau.    Ton  âge,  Cefar  nous  adonnélesmbif-      y* 
ions  abondantes,  a  rendu  à  *  nôftrelupiterles  A*  ''1*?$- 
fen(eigne$  arrachées  des  fuperbes  poteaux  des  to/e- 
Parthesj  a  fermé  le  temple  delanus  baftipar 
*  Quirin  pour  n'y  auoit  point  de  guerres  par  paf-Rom^» 
tout  L'vniuers  va  mis  vn  bon  ordre,  &  vnfrain  le. 
à  la  licence  débordée ,  a  ofté  les  vices,&  a  refta-     10. 
bli  les  arts  anciens,bar  lefquels  le  nô  Latin  s'eft 
rendu  fi  rccommeiidable.  Les  forces  d'Italie 
font  accrues  :  &  la  renommée ,  &  la  Majefté  de      t >. 
l'Empire,  fe  font  étendues  depuis  les  detnieres 
bornes  *  de  rHefperie,oùle  Soleil fe  couche,  ne{*£/p^ 
iufqiijts  aux  climats,  d'où  il  feleue.  Tandis  que  ç*€% 


272,         Carminvm  Lib.  IV.1 
Cuflode  rernm  C&fare ,  non  fur  or 
Cmtlis  ,  aut  va  eximet  oîium  ; 
Non  ira ,  cjha  procudtt  cnfes* 
%o.  Et  mi  feras  inimicat  vrbes. 

Non  y  qui  preftindum  Danubium  bibunt, 

Edifta  rttmpent  Inlia;  non  GeM, 
Non  S  ères ,  infidine  Perfe  , 

Non  Tanaim  prope  flnmen  orti. 

*/•      Nofijjue  &  profeftis  lucibus  ,  &  facris> 
Inter  iocofi  munera  Liberiy 

Ctsm  proie  y  matronifque  noflris  * 
Rite  deos  pritis  apprecati* 

Virtute  funStoSy  more  patrum ,  duces  y 
30.      Ljdis  remijlo  carminé  tibiis  y 

TroiamcjHe ,  &  Anchifen ,  alm& 
Progeniem  Vcncris  canetmu. 


Finis  Libri  IV*  Carmînum. 


Cefar 


Odes  d'Horace.  Iiv.  IV.      317 
Cefar  aura  foin  de  noftre  protection ,  ny  la  fu- 
reur des  guerres  Citiiles ,  ny  la  violence ,  ny  le 
courroux  qui  afilelesépées,  &  qui  fait  que  les      **<> 
villes  s'émeuuent  impitoyablemét  les  vues  con- 
tre les  autres ,  ne  ferontpoint  capables  de  nous 
ofter  le  repos.  Ceux  qui  boiuent  des  eaux  du 
Danube  profond,  ny  les  Getes,  ny  les  Seres,  ny 
les  Perfes  infidelles  ,  ny  ceux  qui  font  nez  le 
long  des  riues  du  Tanaïs ,  n'enfiraindront  point 
lesloix  *  Iuliennes.  Et  pour  nous  autres  ,  aux  De 
iours  de  fefte ,  &  aux  iours  ouurkrs ,  parmi  les        ^  * 
dons  ioyeux  de  Ëaccus  ,  après  aùoir  prié  les       :r 
Dieux,  félon  la  vieille couftume ,  nous  chante- 
rons auechos  enfâns  &nbs  femmes  3des  vers 
à  l'ancienne  mode ,  ioints  à  la  flufte  Lydienne,      $q] 
qui  parleront  des  Capitaines  célèbres  par  leur 
valeur ,  de  Troye  ,  d'Anchife  ,  &  de  la  racç 
de  la  diuine  &c  féconde  Venus, 


fin  du  IV.  Linre  dcsOdesÂHoràcê* 


*74 


E  P  O  D  O  N 

LIBER- 

AD  MECOENATEM.  Epod. 


Horatius  ibit  cum  Mccœnate  ptoficifcentc  ac| 
bellum  A&iacum  contra  Antonium. 


Bis  Libumis  ïnter  ait  a  nauium> 
lAmice,  propugnacttla* 

flf|  |^P  Parafas  omne  C&faris  pericktftm 
|§|J|@      Subite,  Mecmnas ,  tM. 

£ht}d  nos  ?  cjuibm  te  vit  a  fit  foperjlite 
Iucunda:  fi  contra  >  grattis  ? 

Vtrumne  iujfi  perfequemnrotium 
Non  dulce>  ni  te  cum  fimtili 

JÏn  h  fine  laborem  mente  laturi,  de  cet 


LIVRE 

DES  EPODES 

DHORACE. 

A   M  E  C  E  N  A  S.   Epode  I. 

Il  s'offre  a  Mécénat  four  ï  accomfagner  d  U 
guerre  Atliœque,  non  tant  four  croire  que  fa 
prefence  luy  fera  vlile^  que  four  ce  qn  il  aura 
moins  de  fiucj  de  fa  vie  O"  de  fa  fknti. 

On  cher  Mécène >  tu  iras  dans 
des  Efquifs  de  Liburne  entre  les 
grandes  NauireSjOii  font  cléuces 
les  Forterefles  d'vne  puiflfante 
armée  Naualle,  prépare  à  fou- 
tenir  au  péril  de  ta  vie  tous  les 
dangers  aufquels  Cefar  fe  veut  expofer.  Que 
fera-ce  de  nous  cependant,  à  qui  la  vie  lie  peut 
eftre  agréable  ,  fi  tu  n'es  en  parfaite  famé? 
maisie  ne  latiédroispas  fuppor table ,  fi  tu  nous 
venois  à  manquer.  Serons-nbus  perpétuelle- 
ment en  repos  par  les  ordres  qu'on  nous  en  a 
donnez  !  Certes  il  n'y  a  rien  qui  me  puifle  plai- 
re hors  de  tap'refëtice  :oubiénferây-je  capable 

S    ij 


* 


*75  Epodon    L  i  b  e  KÎ 

io.  £)m  ferre  Ken  molles  viros  ? 

Terewtu  :  &  te  vel  per  Alpium  iuga7 
1  nhojpttalem  &  CaHcajltmt 

Vcl  Qccidentis  vfipèê  ad  vltimptm  finnm  t 
JFom  fcquemur  psQore. 

jr,      Rogesy  tuum  labore  cjuidinuem  me$ , 
Imbeflis ,  ac  firmiu  parum  t 
Cvmes  minore  fun,  fatums  in  mettt  * 
à)m  maior  abftntes  habet  : 

Vt  aftidens  imphmibus  pu/lis  auis , 
ZO.  Serpentium  allapfiis  tt?net 

Jldœgis  relillis  :  non,  vt  adfo,  auxili 

Laturaplm  prafentibite. 
Lïbenter  hoc  &  omne  militabitur 

Bellfim  in  tu<z  jpem  gratis  : 

25.      Non  vt  ittuencis  illigata  pluribn* 
Aratra  nitantnr  meiâ  : 

Tecuftis  CaUbriâ  ante  Jjdœs  fernidum 
Lucana  mmet  pafcua: 

Nec  vt  fnperni  villa  candens  TttftuU 
jo*  Circaa  tangat  mœnia. 

Satis  fnpercjue  me  henignitas  tua 

Dttatiit.  kand  paranero  t 
G)uod  aut)  auanu  vt  Chrêmes  >  terra  prtmAm* 
Difcïnftm  aut  psrdam  vs  ncpQSé 


EPODES     d'HoRAC!.  *jf 

de  fuporter  cette  fatigue  aucc  autant  de  coura- 
ge quil  eft  de  la  bien-feance  aux  gens   qui  ne 
font  point  tout  à  fait  amollis  parles  delicatef- 
Ces  ?  Ouy  nous  la  fupporterons ,  &C  auec  beau-     j^ 
coup  de  cœur.  Nous  te  fuiurons  partout,  foie 
dans  le  rudepaflage  des  Alpes  ,  foit  parmi  les 
roches  inhabitables  du  Caucafe,  ou  iufqu'au 
dernier  fein  de  mer, ou  le  Soleil  fe  couche.  Si      *$« 
tu  demandes  à  quoy  ie  te  pourray  feruir  par 
toutes  les  peines  que  ie  fçauiois  prendre ,  n'e- 
fiant  poinçhomme  de  guerre,  &  n'ayant  pas 
beaucoup  de  force  :  Si  ie  t'accompagne,  iefe- 
ray  moins  en  crainte  que  fi  i'eftois  abfènt  de 
toy .  Ainfi  l'oyfeau  demeurant  auprès  de  Ces  pe- 
tits,à  qui  les  plumes  ne  font  pas  encore  venues, 
appréhende  les  furprifes  du  ferpent  :  mais  foa     io* 
apprehention  ^â  bien  plus  grande,quand  il  s'é- 
loigne d'eux ,  quoy  que  fon  fecours  ne  leur  fer- 
uiroit  de  guère  dauantage ,  s'il  leur  eftoit  tou- 
jours preient.  I'iray  donc  volontiers  à  cette 
guerre,  &  ie  me  trouueray  en  tous  fes  combats, 
dans l'efperance  que  i'ay ,  par  ce  moyen,  de  me 
confèi :ucr  en  tesbonnes  grâces  :  non  point  pour      j* 
attacher  mes  charrues  à  vn  plus  grand  nombre 
de  bœufs,  ou  pourauoir  des  pafeages  das  la  Lu-  * 
canie,afin  d'y  meaer  mon  troupeau  de  Calabre 
auant  le  letier  de  la  Canicule,  ou  pour  faire  que 
mô  village  quieftfurlehautde  la  Colline  Tuf- 
culane,  touche  aux  murailles  baftiesparlefite 
de  Circé.  Tes  biens-faits,*7to/?rc  Mécène,  m'ont      $®l 
fuffifamment  enrichi,&  mefmes  au  delà  de  mes 
fouhaits.  Iamais  ie  aamartèray  des  biens  pouc 
les  enfouir  en  terre,  corne  l'auare  Chremes,ou 
pour  les  diiîiper  corne  vn  prodigue  *  deceint.  ?$***♦ 


2.7 8  Epodon    Liber 


VITA    RVSTICiE     LAVDES, 
Epod.   II. 


B 


Vmu$  ille  y  qui  procul  negotiis  s 
(  Vt  prifca  cens  mortalium  ) 
Paterna  rura  bobus  exercet  fais,, 
Solutus  omni  fœnore. 
5*      Ne  que  excuamr  clafiico  miles  truci  9 
Neque  horret  iratum  mare  : 
Forumque  vitat  ,  &  fuperba  ciuium 

Votentiorum  limina, 
Ergo  aut  adulta  vitium  propagine 
îô»  Alt  as  maritat  populos  : 

Inutile  faut rjfklcè  ramos  amputans  > 

Feliciores  ïnferit  : 
Aut  in  reduiïa  valle  mugientittm 
ProfpeÛat  errantes  areges  : 
ly      Aut  prejfa  pnris  mella  condit  amphoris  : 
Am  tondet  infirmas  oues* 
Vely  quum  décorum  mitibus  pomis  capufr 

Autumnus  aruis  extsilit , 
lrt  gaudet  infttiua  decerpens  pyra^ 
lo.  Certantem  &  vuam  purpura  : 

J£#a  muneretur  te  Priape ,  &  tepater 

Sjtudne  ,  tutor  finium. 
Libet  iacere ,  modo  [ub  dntiqua  ilice  » 
Modo  in  tenaci  gr aminé. 
25.     JLabwtur  altis  intérim*  ripts  aquœ? 
£}uer>;.ntur  in  fy  lui  s  aues: 
Eo'rstèfque  Ijmphis  obftrep'dnt  manantibm '* 


Ë  PO  DJE  S      d'HoRA  C  E,  lyy 


iOVANGES   DE    LA  VIE   RVSTIQVE, 
Epode  II. 

CEluy-lacft  bien-heureux  qui  éloigné  des 
affaires  mondaines ,  fans  cftrc  chargé  de 
debtes,  cultiue  auec  fes  bœufs  ,  les  champs  de 
fes  pères,  à  la  façon  des  Anciens:  quin'eft  point      p 
xéueilléparle  rude  bruit  de  la  trompette  pour 
aller  à  la  guerre, qui  n'a  point  horreur  de  la  mer 
en  furie ,  &  qui  éuite  le  barreau  ,  &c  le  fuperbe 
fueil  des  riches  Citoyens.  Ou  il  marie  les  bran-     10* 
ches  de  la  vigne,  qui  font  venues  à  leur  maturi- 
té, anec  les  hauts  peupliers,  &  retranche  delà, 
ferpe  les  rameaux  inutiles  pour  en  plâter  d'au- 
tres plus  propres  à  porter  du  fruit:  ou  il  regar- 
de paiftre  dans  vne  longue  vallée  fes  troupeaux 
mugifïans  :  ou  il  renferme  en  des  pots  neufs  le      i|% 
miel  épraint  des  ruch®€:ouil  tond  fes  brebis  de- 
biles:ou  quand  l'Automne  éleue  dans  les  chaps 
fa  tefte  parée  de  pommes  \  comme  il  fe  plaid. a 
cueillir  la  poire  qu'il  auoit  entée ,  &  le  rai/în  de      20* 
qui  la  beauté  ne  le  cedepoinr  à  lapourprc,il 
t'en  fait  des  prefens,ô  Priape,&  à  toy  aufïî, père  * 
Siluain,  en  reconnoiflance  de  ce  que  vous  auez 
fi  bien  gardé  les  limites  de  fes  champs,  de  k& 
bois,&  de  fes  jardins.  Tantoft  il  fe  plaift  d'eftre 
couché  fous  vn  vieux  chefne,  &  tâtoft  fur  l'her- 
be menue  qui  s'attache  fortement  à  la  terre, 
Cependant  les  eaux  tombent  des  hautes  mon-      ZA 
taignes  :lesoyfeaux  fe  plaignent  dans  les  bois* 
&  les  fontaines  qui  font  ouyr  vn  agréable  mur- 

S   iiij 


zSo  Epodon    Liber. 

Somnos  cjuod  inuitet  Unes , 
jit  tjuttm  tonant'ts  annns  bybemta  huis 
$*>.  hnbres  niuepjHe  cctnparat  : 

Jlut  trudtt  acres  bine  &  bine  mnlta  cane 

sfpros  in  ob (tantes  plagas  , 
j4t4t  amite  leui  rara  tendit  retia , 

Tarais  edacibus  dolos. 
35*      ¥  auidumque  leporem ,  çfr  aduenamUqueo  gruem. 

IuCHxdA  captât  pr&mia. 

£)ms  nan  malarum^  efUM  amor  curas  habet$ 

JFIœc  inter  oblinifcitur} 
£)uodfi  pudica  mulier  in  part  cm  iuuet 
40.  Domum  atque  dulces  liberos: 

(Sabina  qualts ,  attt  perufta  [olibm 

Fermcis  vxor  lAppult) 
Sacrum  vetuftis  extruat  lignis  fecum  » 
Lajfi  fub  aduentum  viri  : 
4£-       Claudenfijue  textis  craùbus  l&Htn  peCHS, 
Dijicntaficcet  vbera  : 

]Et  horna  dulci  vina  promens  dclio, 

Dapes  inemptas  apparet; 
Non  me  Lucrina  itmerint  conchylia? 
50.  JMaoïfpte  rhombm  y  aat  fcari. 

Si  cjuos  Eois  intonata  fluflibus 

Hycms  ad  hoc  vertat  mare. 
Non  vifra  anïs  defcendat  in  ventrem  meum9 

Non  attaçcn  ï&nicus 
>>%      Ittcundiory  quant  leïia  de  pinguifomis 

Oliua  ramts  arborum, 
jim  berba  lapatbi  prata  amantis*  &  gra^i 

JkfalM  Jklubres  corpori  : 


Epodes     d'Horace,"  iSi 

mure  inuitent  au  doux  fommeil.  Mais  quaden 
la  faifon  d'Hy  uer,  le  tonnant  Iupitcr  nous  don-      j0 J 
ne  des  pluyes  &  des  neiges;  ouilpouflc  deçà 
Se  delà,  dâs  les  toiles  les  fangliers  furieux  à  for- 
ce de  chiens  couras ;  ou  il  tend  aux  griues  gour- 
mandes des  rets  déliez  fur  vne  perche  polie,         * 
pour  les  furprendre  dans  les  piège;  sou  bien  par      Î5# 
le  moyen  d'vn  laflet,  il  attrape  auec  beaucoup 
de  plaifir  le  Heure  craintif,  &  la  grue  pafïagere. 
Qui  parmi  ces  agréables  diuertiflemens  ,  n'ou- 
blie point  les  inquiétudes  de  l'amour  l  Que  fi 
d'ailleurs  vne  femme  pudique  fe  porte  de  fon 
cofté  au  bien  de  la  maifon,  Se  a  la  nourriture  té-      4®» 
dre  de  fes  chers  enfans,telle  qu'vne  Sabine, ou 
la  femme  d'vn  laboureur  de  la  Poiiille  brufléc 
au  Soleil,  qui  auec  de  vieux  bois  aiance  le  feu 
iacré,  quand  elle  preuoit  le  retour  de  fon  mary 
qui  reuient  bien  las,  ou  qui  enfermant  le  gay      4Î# 
troupeau  dans  vn  haye  tifiuë  comme  vne  pallifc 
iade,  en  defleiche  les  mamelles  pleines  de  lai £t: 
&  qui  après  auoir  tirédutôneau  des  vins*  dV-  D^ne  *n" 
ne  feiiille ,  aprefte  le  repas  de  viures  qu  elle  n'a  *ee* 
point  achcptezil'huyftre  pefchée  dans  le  lac  de 
Lucrin ,  ny  le  turbot,ny  le  Scarre  âclicienx$\  la      \°* 
tempefte  caufée  par  les  vents  d'Orient,  enonç 
ietté  quelques- vns  dans  noitre  mer  d'Italie,  ne 
me  feroiét  point  fi  agreables,&  ie  ne  trouuerois 
pas  fi  bon  ne  dans  mon  eftomach  la  poule  d' Af- 
frique,ny  le  francolin  d'Ionie,  que  ié  ferois l'O-     J5* 
iiue  que  mes  doigs  auroient  cueillie  aux  vif- 
queufes  branches  des  arbres,  ou  que  l'ozeille 
qui  aime  les  prez,  Se  les  mauues  fi  falutaires  au 
corps  quand  il  eftindiipofé ,  ou  la  brebis  égoiv 


6o. 


282  Epodon    Liber, 

Fe1  aona  feftis  cafa  Tcrmtnaltbm  , 

Vtl  hœdus  ereptus  Inpo. 
Hxi  ir.tcr  cpuLtz ,  vt  maat  paflas  oues 

trtderc  préparantes  domum  ! 
Vidcrc  fcjfos  vomcrem  inuerfnm  bottes 
,  C  ollo  trahcrtcs  lan^mdo: 

>'      Tojitcfojuc  vernas ,  ditis  examen  donna* 
CiYcum  renidentes  Lares  ! 
H*c  vbi  locjHutm  fœnerator  AlphtHSy 

lamiam  futures  rufticus* 
Omnem  reiegn  Idibus  pecnniam  : 
£)uf,rii  K&kndiâ  ponere. 


10. 


AD   MECOENATEM.    Epod.  III. 

Allium  detcftatur  ,  quod  apud  Mecœnatem 
edera^cuius  aeftu  torquebatur. 

PArentù  olim  fi  quis  impia  manu 
Sentie  outtur  fregcrit  : 
£dat  cicutis  allium  nocentitit* 

O  dura,  mcjforum  Ma  ! 
Qtud  hoc  venenum  f&uit  in  prœcordiis  ? 

Num  vipcrinus  hi(t  cmor 
Jncoflus  herbis  me  feftllit?  an  malas 

Cansdia  trattautt  dapes  ? 
Vt  Argonautas  prêter  omnes  cAndidum^ 

À4cdea  mirât  a  efi  dncem  , 
Jgnota  tauris  illigatumm  i#ga  > 

Perunxit  hoc  Iafonem  : 
Hoc  dtlibiiùs  vit*  dont  s  pellicem  » 


Epo  des     d'Horace.  28.5 

gée  aux  feftes  de  Terme  diuinicé  champeftre, 
«pu  le  cheureau  arraché  d'être  les  dents  du  loup.      6oi 
Q  quelplaifiron  prend  entre  ces  repas,  de  voir 
reueni  r  à  la  maifon  les  troupeaux  repus!  de  voir 
les  bœufs  laflféz  trainer  d'vncol  languiflant  la 
çharruë  à  l' entiers  ,  &  la  foule  des  valets  d'vnc     6j, 
maifon  opulente, arrangez  autour  des  tables 
riantes  !  En  diiant  cecy,  l'vfurier  Alphius  reprit 
en  diligence  tout  l'argent  qui  !uy  eftoit  deub 
au  iour  des  Ides,pour  deuenir  Villageois  :  mais      JQ* 
il  chercha  puis  après  aie  remettre  aux  Calen- 
des d'vn  autre  mois. 


A     MECENAS.     EpodelII. 
//  detefîe  le  goufl  de  Cail. 

SI  dVne  main  impie  ,  quclquVn  veut  fuffb- 
quer  (on  père  vieux  ,  qu'il  luy  faffe  manger 
de  l'ail  plus  dangereux  que  la  ciguë.  O  dures       5* 
entrailles  des  moifïbnneutsl  quel  eftcepoifbn 
quimebrufledans  le  corps?  du  fangde  vipère 
boiiilly  auec  ces  herbes  ,  ne  m'a.uroit-il point      • 
Caufé  ce  tourment?  eu  bienCanidie,  neinV 
t'elle  point  apprefté  ce  mauuais  repas  ï  Quand      10- 
Medée  eue  admiré  entre  tous  les  Argonautes 
les  grâces  &  la  beauté  de  celuy  quieneitoitle 
chef ,  fans  doute  quelle  frotta  de  gouttes  d  ail, 
Iafoiî  qui  deuoiteombatre  contre  les  Taureaux 
indomptez  :  &pour  fe  vanger  de  faRiuale,  elle 
en  parfuma  Les  dons  qu'elle  luy  fit ,  en  partant 
quand  elle  s'en  alla  ,  tirée  far  fon  char  par  des 


20. 


184  E  4  o  r>  o  n     Liber. 

Serpente  fagtt  alite. 
7\^ec  tanttts  vncjuam  fjderum  infedtt  vapor 

Sitictilofie,  Apultdt  : 
'Nec  manus  humeris  efficacis  Herculis 

lnarfit  tfluofitts. 
u4t  y  Ji  cjpiiâ  vncjuam  taie  concupiueris 

locofe  Aiecœnas ,  precor 
Afanttm  pue  lia  fuauïo  opponat  tuo  , 

Extrema  &  in  Jponda  cubet* 


AD      VOLTEIVM     MENA  M, 

libertum  Pompeij  Magni. 
Epod.  IV. 

LVpis  &  agnis  quanta  for 'tito  obtigit  * 
Tecum  mihi  difcordia  eft  A 
Jbericis  perufts  funibus  latus^ 
Et  crura  dura  compede. 

$*      Licet  fuperbus  ambules  pecuni^ 
Fortuna  non  mutât  genus. 
Videfnc^facram  metiente  te  viam 
Cum  bis  ter  vlnarum  toga, 

Vt  or  a  vertat  hue  &  hue  euntium 
Xô-  Liberrima  indignation 

S.eflus  flagellis  hic  triumuiralibus  % 
Praconis  ad  fafiidium  % 

jirat  Falerni  mille  fundi  ingéra  ? 


Etôces    d'Horace.  2^ 

ferpcns  ailez.  Certes  iamais  vne  fi  grande  ar-  1/ 
deur  deTEftc^ne  prefla la  Poiiille  altérée  auec 
rant  de  véhémence,  ny  le  prefent  de  la  chemife 
qu'on  fit  au  vaillant  Hercule,  ne  le  brufla  Ja- 
mais fi  cruellement.  Que  fi  tu  fouhaites  iamais 
qu'on  te  férue  vne  telle  viande,diuertifïantMe-  20^ 
cene,ie  te  prie  de  trouuer  bon  que  la  fille  qui  t* 
aimes  mette  fa  main  au  deuant  de  tes  baifers,& 
quelle  repofe  furie  bord  du  li£b. 


CONTRE    MENAS    AFFRANCHI 
du  grand  Pompée.    Epode   IV. 

//  fait  vne  rude  inueÛiue  contre  (arrogance  de 
cet  homme  ,  pour  auoir  changé  de  condition. 

IL  y  a  autant  de  difeorde  entre  nous  deux, 
qu'il  y  a  peu  d'intelligence  entre  les  lotsps  &C 
les  agneaux.    Toy  de  qui  les  flancs  ont  efté  en- 
foncez à  force  d'auoir  efté  battus  de*  fouets  De  gtmt 
d'Efpagne,&:  de  qui  les  jambes  ont  cftéfroif-^/Mf**' 
fées  pour  auoir  long-temps  traifiié  des  cepss 
encore  que  l'argent  te  fafie  tenir  vn  rang  bien       5. 
haut ,  fi  cft  ce  que  la  fortune  ne  change  point 
ton  extraction.  Ne  vois-tu  pas  comme  Findi-    • 
gnation  naïfue  de  tous  le  s  pafians  leur  fait  tour-» 
nex  le  vifage  fur  toy ,  pour  te  regarder  marchât 
dans  la  rue  facrée,  auec  vne  robbe  de  fix  aulnes      10. 
de  long  }  Enfin  celuy  qui  fut  déchiré  à  coups  de 
fouet ,  iufques  à  laffer  la  main  du  crieur public   , 
par  iugement  des  *  Triumuirs  >  laboure  main-  c.  €r0,€mf 
tenant  mille  arpens  de  terre  autour  de  Falerne,  o/ficj9ts  j0 
Tvn  des  meilleurs  fonds  du  mode  :  il  fe  fait  voir  /*/;<*, 


1$6  E  P   o   à  O  N      L  I    B  E  P.. 

Et  j4ppiam  mannis  terit  : 

*5*      •£ediltbt4pjue  r/ianvus  in  primis  cques? 
Othone  contempto,  fedct. 

G)  nid  attinel  tôt  oranAHium  grdttï 
Roflrata  duct  pondère 

Contra  latrones  atque feruilem  manum 
20.  Hoc  hoc  tnbuno  milttum  ? 


IN     CANIDIAM     VENEFICAàî 

Epod.  V. 


A 


T  o  deorum  quicquid  in  cœlo  régit 
Terras  &  humanum  genus> 


uid  ifie  fert  tumultus  ?  qui d  omnium 
Vulttis  in  vnum  me  traces  ? 


5,       per  liberos  te ,  fi  vocata  partubns 
Lticina  verts  affntt: 

Per  hoc  inane  purpura,  decus  preCora 
Per  irnprobaturum  hœc  louem. 

£)md  vt  nouer c a  me  intHeris^  mit  vit 
19  •  Petitaferro  betlua  î 


Epodes    d'Horace,  287 

dans  la  rué  Appienne  tiré  furfon  char  par  de 
petits  cheuaux  qui  ne  feruent  qu'aux  gens  de 
délices  :  &  deuenu  Cheualier  de  grande  im- 
portance ,  il  occupe  les  premiers  fieges ,  fans  fe 
mettre  fort  en  peine  de  la  loy  d'Othon  quieîi 
défend  l'abus.  Que  feït-il  de  mener  tant  de 
grandes  nauires  chargées  de  forts  efprons,con- 
tre  des  Corfaires,&  contre  vue  armée  feruile, 
ficeluy-cy,  celuy-cy  conduit  la  flotte, &:  s'il c& 
Tribun  des  foldats  ? 


20. 


CONTRE    LA    SORCIERE    GANIDIE. 

Epode  Y. 

//  fait  parler  vn  certain  enfant*  que  quelques  Sor~ 
cteres  faifiient mourir  de  faim ,  l'ayant  enfer- 
me en  terre  iyfquau  menton  ,  afin  que  de  fil 
mon  elle  s  Çp"  de  fin  fiye-,  elles  compofajfeni  vh 
breuuaqe  d'amour.  Il  deferit  premièrement  Us 
prières  de  C  enfant ,  &  pni/s  fin  imprécation  con~ 
ire  les  Sorcières. 

*  £*\  ^*eu*  ^u  Ciel  °lu*  rcgiAcz  la  terre ,  &  o  um  r# 
V>/  le  genre  humain  1  Que  veut  dire  ce  tu-  i*yj*d* 
inulte?  &  d  où  vient  que  tout  le  monde  tourne  ?!*?* ""  , 
iur  moy  feul  des  regards  furieux ?  Ha  femme ,  ie    -^  V*™' 
te  prie  par  tes  Enfans ,  fi  Lucinc  implorée  aux      ' 
vrais  accouchemens ,  s'eft  trouuée  aux  tiens  :  ie 
reconiurepar  cet  ornement  de  la  pourpre  qui 
éclate  vainement  fur  moy,&  parlupiter  qui  ne 
doit  point  aprouuer  toutes  ces  chofes  :  Pour- 
quoy  me  regardes-tu  comme  vne  Maraftre?  ou  \  iq« 
comme  vne  befte  farouche  attaquée  par  le  fer? 


i?X  E  p  o  d  o  n     Liber.' 

Vt  h&c  trementi  que  fins  ore ,  confiait 

Infianibus  raptts  puer  t 
lmpubc  corpus  ,  quale  poffet  impia 

Mollire  Thracum  peftora: 

15.      Canidia  breuibus  intplicata  viperis 
Crines  &  incomptum  caputy 
lubet  fepulcbris  capnficos  erutasy 

ïubet  cuprejfos  funèbres. 
Et  vnfta  turpts  oua  rana  fanauine , 
*o.         Plumamque  nofturnaftrigis, 

Herbafcjue ,  quas  ïokos  atque  Iberid 

Mittitj  venenorum  ferax , 
Et  ojpt  ab  ore  rapta  ieiun&  canù> 

Flammis  aduri  Colchicis. 

*S*     At  expedita  Sagan  a  per  totam  domutrt 
S  par  gens  Auernales  aquas , 
Horret  capillis ,  vt  marinas*  afperis , 
Echinas,  aut  cmrrens  aper. 

AbaEla  mulla  Jreia  confcièntia , 
30.         Ligonibus  duris  butnum 

Exhauriebaty  ingemens  laboribus  : 

Quo  poffit  infoffus  puer 
Longo  die  bis  terne  mutât*  dapii 

Inemori  Jpeïïaculo: 

35*      Quum  prominer  et  orey  quantum  extdnt  AquA 
Sufpenfa  menio  corpora  : 
Exfutla  vu  msdulU ,  &  aridum  iecnr  , 
Atnoris  effet  foQulnm  ; 

Aiaflî-toft 


F  p  ode  s    d'Horace.  ijfo 

Auflî-toft   que    l'enfant  eue  fait  cette  plainte 
d'vne  voix  tremblante,  il  s'arrefta  ferme  :&fes 
ornemens  ayans  efté  arrachez  de  force  ,  fon 
'corps  qui  n'auoit  point  encore  ataint  l'âge  de 
puberté  parut  tel  qu'il  pouuoit  amollir  le  cœiK" 
le  plus  impitoyable  de  la  Thrace.  Canidie  qui      15J 
portoit  Ces  cheiieux  rétrouflez  iiiefc  des  tiens 
de  petites  vipères  fit  brufler  dans  des  flammes 
*  magiques  des  figuiers  fauuages  àfrachèz  de  edehif «à/, 
quelques  fepultures,  des  Cyprès  qui  auoierit 
feruia  des  funérailles,  des  œufs  trempez  dans 
du  ftng  *  de  grenouille ,  le  plumage  d'vne  che-  o*  de  et  a* 
ueche  qui  ne  vole  que  la  nui6fc,  des  herbes  qui  f  ***l 
nous  font  enuoyées  d'Iolque ,  &  du  terroir  dl-     z0' 
berie  fertile  en  venins  ,  5ï  des  os  arrachez  de  la 
gueulé  d'vne  chienne  affamée.  Mais  tandis  qu£ 
la  diligente  Sagane  aroufoit  toute  la  maifbn     ^/J 
d'vne  eau  puifée  aulacd'Auerne ,  fescheueux 
fe  drefferent  comme  des  alefhesd'vn  herifloh 
de  mer 3  ou  comme  le  poil  d'vnfânglierpour- 
fuiuiparleschafïeurs.  Vejequi  pour  eflre  tout  ç 
noire  de  crimes ,  ne  reflentoit  iamaisde  remors 
de  confdence,  fe  donnoit  bien  de  la  peine  à     iqI 
vuider  auecdesbefches  &  des  pelles  vnefofTe       • 
qu'elle  faifoit,  où  Tenfant  enfouy  puft  mourir 
de  faim,  en  regardant  deux  ou  trois  fois  le  iour 
plufieurs  fortes  de  viandes  qu'on  luy  deuoic 
prefenter,pour  alonger  fon  tourment, tandis 
que  fonvifage  feroithôrsde  terré  autant  qu  il 
fercit  hors  de  l'eau,  c'eft  à  dire  iufqu'aumen-     J$r 
ton,  pour  ne  fe  pas  noyer*,  afin  que  fa  moelle 
eftant  tirée  de  ks  os,  &  fon  foye  arraché  de  (on 
fehi; la  (breierc  en  puft  faire  vne  boiilbu  da- 

T 


190  Epodon    L  i  b  é  r., 

lnterminato  cjuum  fcmel  fixa  çtbo 
4*'  Intabutjfent  pupuU. 

JSIon  defutjfe  maftuU  Itbidinis 

Arimincnfcm  Foliam  , 
Et  otiofa  credidit  Neapolis  > 
Et  omne  vicinum  oppidum  : 
4Ϋ     Quœfidera  excantata  voce  Thejfala, 
LuYiAtncjue  ccelo  diripit. 

Hic  irrefeclum  faua  dente  h  ut  do 

Canidia  rcdens  pollicem , 
Jgtnd  dîx'tt ?  aut  cjuïd  tacnit ?  O  rebas  mets 
$©#  Non  infidèles  arbitrai 

Nox  ,  &  Diana*  cjha  fîlentium  régis  y 

Arcana  quum  finnt  facra  , 
Nunc  >  nunc  adefle  ;  nunc  in  bofiiles  domùS 

Iram  aîque  numen  vertite. 

55.      Formidolofdt  dùm  latent  fj  lui  s  fera  9 
Dtilci  fopore  languide  > 
Senem  (quod  omne  s  ridcant)  adulterurn 

Latrent  Suburana  canes 
J<lardo  perunÛum  :  qnale  nec  perfeftius 
go.  Afea  labo  rat unt  manus. 

Quid  accidit  ?  cur  dira  barbare  mintiî 
Venena,  Me  de  a  valent , 

Jgttibtss  fuperbam  fngit  vit  a  pellicem  9 
Jtdagni  Creontis  filiam  y 
£t]      J?Humpalla>  tab\>  munns  imbutum*  nouatt 
lncendio  nuptam  abjlulit  ? 
Atqui  nec  berba  nec  latens  in  afperis 
RadirX  fefellri  mt  Uck* 


EpoDes     d'Horacl  .291 

mour, quand  v'ne  fois  Tes  prunelles  feroient  def- 
feichées5les  ayant  arreftées  fixes  fur  les  mers      4c. 
defFendus.  Naples  où  règne  foyfiueté,  a  crû 
auili  bien  que  tous  les  lieux  d'alentOu^qtie  Fo- 
lia  de  la  ville  de  Rimini  pofledée  d'vne  mafle 
^rdeur  enuers  les  autres  femmes,  '&  qui  d'vne      4^4 
Voix  de  Magicienne  de  Theiïalie,  charme  les 
«Aftres,  ScarracBe  la  Lune  de  fon  Ciel, ne  dé- 
faillit point  en  ce  lieu-la.  Maisicy,  la  cruelle 
Canidie  rongeant  fon  pouce  rononé  de  fort 
jpres  d'vne  dent  liuide;  que  dit-elle  ,  ou  que  ne       .  , 
dit-elle  point?  O  fidelles  témoins  des  chofes       $Q* 
que  ie  fais  en  fecr et, dit- elle,Nui£t  Se  Diane  qui 
pgis  le  ftience  pendant  que  nous  célébrons  nos 
myfteres cachez.  Venez, venez  promptemenç 
à  mon  fecours  :  tournez  voftre  couroux ,  &c  vo- 
ft  re  diuine  puiflknce  cotre  les  maifons  qui  nous 
font  ennemies.  Tandis  que  les  animaux  fauuâ-      *•£ 
ges3langui(ïans  par  le  fcrnmeil,  le  cachent  pour 
dormir  dans  l'ëpaifle  horreur  des  forefts3  Se 
que  les  chiennes  de*  Suburre  abboyoient  après  c*eft  vn, 
l'Adultère  vieillard  (  dont  tout  le  monde  fera  1»A  &°m 
des  railleries)  eftant  parfumé  d'vne  cdmpoiî-  meo*ide- 

excellente ,  que  ie  nen  ayiamaisfcuc  de  ^es^mmti 
meilleure,  qu'en  eft-il  arriué?  D'où  vieut  que  déUmhi^u 
n'ont  point  îcy  de  force  les  deteftables  venins      60, 
de  la  barbare  Mcdée,  par  îefquels  s'eftant  van- 
gée  de*  fa Riualefuperbe,  fille  du  grand  Creô,  Crevfa. 
elle  prit  la  fuitte  après  quelle  eut  fait  périr  la     6j, 
nouuelle  époufe  de  îafon&zns  yp  fatal  embra- 
fement ,  parle  prefent  d'vne  îobfeé  ernpoifon- 
ncc.   Or  il  n'y  a  point  d'herbes  ny  de  racines  en 
quelque  lieu  qu'elles  puiÛent  cftre  cachées,dôe 

T  ij 


t$ï  Epodûn    Libe 

Indormit  vnilts  omnium  cubtltbus 
ÇQ.  Obliutone  pellicum. 

'jih  ,  ah  ,  folutm  ambulat  venefiçê, 

Scientioris  carminé. 
J\Jon  vfitatis  Vare  potionibn* 
(  O  multa  fietnrum  caput  !  ) 

7J.      Aà  me  recurres:  nec  voçata  mens  tuA 
Adarfis  redibit  vocibus. 

JMaïus  parabo  ,  maim  infundam  tïbï 

Faftidienti  poculum. 
PriufcjHe  cœlum  fidet  inferius  mari, 
So.  Tellure  porretlafupers 

£)uam  mn  atnore  fie  mso  flagres,  vti 

Bitumen  atris  ïgwbut* 
Sub  bœc  puer  y  tam  non>  vtante,  moftibttè 

Lenire  verbis  impiat  j 

&5*     Sed  dubim  vnde  rumperet  filentmm  » 
Mifit  Thjefieas  preces  : 

Venena  >  magnum  ,  fus  nefafijue ,  mn  valent 

Conuertere  humanam  vicem. 
Diris  agam  vos  :  dira  detefiatio 
~$o9  Nnila  expiatur  vtcïima.  ■ 

J>)uini  vbi  périr e  tujfus  expirauere , 
Kotturmu  occurram  furor  : 

Petam^ue  vttltus  vmbra  cttruis  vnguibm 
(  Jgua  vis  deorum  efi  mamum) 
5  j#      JEp  mepiietis  ajfidens  fr<x,ÇQrdiis% 


E  P  O  D  E  9     dHôRACI.  2.5x5 

îe  n'aye  fait  l'efprcuue.  Cependant  il  dort  en 
des  lits  frottez  de  l'oribliance  de  toutes  celles  70, 
qui  l'ont  aimé.  Hal  il  marche  deliurédefes 
liens  par  les  enchantemens  d'vne  plus  fçauantc 
Sorcière.  OVarus,qui  dois  verfer  beaucoup 
de  larmes ,  tu  reuiendras  vers  rrxoy  par  la  force 
de  plufîeurs  breuuages  qui  ne  font  point  accou- 
tumez: &  ton  ame  appellée  par  des  paroles  75" 
auffi  puisantes  que  les  enchantemens  des  Mar- 
fes,ne  reprendra  plus  fonfiege  ie  prepareray 
vne  boirfbn  plus  forte  :  ie  t'en  verferay  vne  plus 
forte  puifquc  tu  me  dédaignes  :  &  pluftoft  le 
Ciel  s'abbaifTera  au  defïbus  de  la  mer,&  la  ter-  S©* 
te  fe  hauflera  au  defTus  des  Eftoiles ,  que  tu  rie 
fertiles  de  mon  amour,  ainfî  que  le  Bithume  das 
les  feux  noircis  de  fa  propre  fumée.  Sur  ce  pro- 
pos l'enfant  nVfant  plus  de  paroles  douces 
pour  attendrir  le  coeur  de  ces  inhumaines  fu- 
ries ,  mais  comme  il  balançoit  par  où  il  rom-  $$* 
proit  fon  fîjencc,  enfin  il  pouffa  ce,s  impréca- 
tions qui  ont  quelque  chofe  de  celles  de  Thie- 
fte  contre  fon  frère.  Les  enchantemens  empoi- 
fonneurs,  dit- il,  peuuent  bien  confondre  les 
adions  bonnes  &  mauuaifes ,  mais,  ils  ne  fçau-  • 
roient  changer  le  fort  de  la  condition  humaine. 
le  vous  chargera^  d'imprécations.  Vn  crime  fî 
deteflable  &c  fî  cruel  que  le  voftre ,  ne  fe  peut  9°  • 
expier  par  aucune  victime.  Et  quand  ie  feray 
contraint  de  mourir  :  apresauoir  expiré ,  ie  de- 
uiendray  pour  vous  vne  fureur  nocturne  :  Se 
mô  ombre  par  le  pouuoir  des  Dieux  infernaux» 
retournera  pour  vous  déchirer  ie  vifageaueq 
des  ongles  crochus,  le  tn  arrefter&y  au  fans  de     gfjj 

T   uj 


%$4,  EroDoN    Liber. 

Pauore  fomrîos  auferam. 

Vos  turba  vicatim  hinc  çfr  hinc  faxis  petenj 
ContHvdct  e^fcœnas  amis* 

pôfi  infepulta  memlra  différent  lupi  9 
ïiO»         Et  EfquilinA  alites. 

JSleqne  hoc  parentes ,  heu  mihifuperftitcs  % 
Êjfugerit  fpeElaculum. 


10 


Ï3N    CASSIVM  SEVERVM,  POETAÎ^ 
maledicum  &£  peculantem.    Epod.   VI. 

QVid  immerentes  hofpites  vexas  >  canis* 
Io-nattift  aduerfum  lupos  ? 
G) vin  hue mânes*  jl  potes ,  vertis  minât , 

Et  me  remorfurum  petù? 
Kam.  quali*  aut  M  oh  (fus  *  aut  fulutts  Lacon* 

(Amie  à  vis  paftortbus) 
j4oam  fer  altos  aure  fublata  mues  s 

G)H<tCHncjue  pr<zce dit  fera. 
Tu  y  ejuum  îimenda  voie  ccmplefli  nemusy 

Proteiïnm  oiorarls  cibum. 
Cane  ,  caut  :  riamque  in  malos  afperrimus 

Parât  a  totlo  ce  mu  a  , 
Qualis Ljcambdt  fpretus  in(ido  gêner , 
Aut  acer  hoftis  BupaU. 
An ,  fi  quis  atro  dente  me  pîtiuevit% 
InultHS  vtfiebo  puer? 


E po  des    d'Horace.  i$j 

vos  cœurs  troublez,  i'enleueray  voftre  (ômmcil 
par  la  frayeur,  &c  vne foule  de  peuple, vous 
pourfuiura  de  cofté  &  d'autre,  &  de  rué  en  rue 
à  coups  de  pierres  ,  &  vous  aflbmmera  d'vnc 
grefle  de  coups,  abominables  vieilles  que  vous 
eftes.  Puislcsknips&lesoyfeauxcarnaciersdu  lQq$ 
Mont-Efquilin,  emporterôt  vos  mébres  priuez 
delafepulture:&ce  fpe&acle  ne  fera  point  ofté 
à  la  vue  de  mes  parens  qui  me  doiuent  furuiure, 
helas  l  pour  en  AHoirvne  bien  trifte  confolation* 


CONTRE     CASSIYS     SEVERVS: 
Poète  medifant.  Epode  VI. 

MAftin  qui  as  peur  des  loups ,  pourquoy 
tourmente-tu  de  tes  abbois  les  pafl'ans 
qui  ne  font  point  de  mal?  que  ne  tournes-tu, 
deçà  tes  vaines  menaces  ,  Se  que  ne  viens-tu 
m'attaquer ,  fi  tu  ne  crains  point  que  ie  te  mor- 
de ?  Car  tel  quvn  dogue  d'Epirc,  ou  qu'vn  chic      £ 
de  Sparthc  au  poil  roux ,  chere  protection  des 
?ergers,i'iray  l'oreille  haute  parmi  les  grandes 
neiges,apres  quelque befte  que  ce  foit  qui  cou- 
re deuant  moy.  Mais  toy  quand  tuas  rempli 
tout  le  bois  d'vnevoixpeureufe^tut'amufesà  *  toi 
fentirle  manger  qu'on  te  iette.  Garge,  garde, 
parce  que  i'éleue  mes  cornes  contre  les  mef. 
chans ,  &  ils  éprouuent  bien  que  ie  leur  fuis  va 
ennemi  dangereux,  tel  que  le  fut  au  perfide 
Lycambe  *  fon  gendre  mcfprifc,  ou  tel  que  *  dntyf*** 
l'Aducrfaireopiniaftre  de  Bupale.  Si  quelquVa  *''****• 
m'attaque  dVne  dent  noire ,  dois-je  pletuej:     *& 
comme  vn  enfant  fans  eftre  vangé  î 

X  iii] 


^G  Epcdon    Liber. 


AD     POPVLVM     ROMANVM. 
EpoJ.  VII. 

Exccratio  bcliiciuilis  gefti  bine  B.ruto  &c  Caf- 

f\Oy  îlUnc  O&auiano ,  M.  Antonio ,  &  M. 

Lepidû  ducib.us. 

QVo ,  quo  fcelejbi  ruitis  ?  aut  car  dexteris 
Slptantur  en  fi  s  conditi  ? 
Tammne  campis  atc/ue  Neptuno  fiiper 
Tufiim  efi  Latin?  fanvainis  ? 
5#      Kon ,  vtftiperbas  inmd&  Carthaginis 
Romanus  arces  vreret  : 
IntaUus  mî  Britannus  vt  defienderet 

Sacra  catenatus  via: 
Sed  vty  fiçundnm  vota  Parthorum  ,  fua 
10.  Vrbs  me  periret  dextera. 

Neque  hic  lupis  mos,  ne c  fait  lecnibm 

f^nquam^  nifi  in  dijpar  genus. 
JctiYome  c&ctu ,  an  raptt  vis  acrior  ? 
j4n  adpa  ?  refpGnfttm  date. 
1*      Tacent:  &  ora  pallor  albtts  inficit, 
-  '       Alentefque  perculfiz  ftupent. 

Sic  efi.  acerba  fata  Romanos  agunt* 

Scelufque  fraternœ  necis  : 
Vt  immerentts  ûaxit  in  terrain  Rewi 
SQ-         Stcer  ntpQttbtis  cruor* 


Epcdïs    DHoRACt  lc,j 


A  V    PEVPL£     ROMAIN, 
Epodç  VIL 

peteftàtionde  la  guerre  Cimlle  contre  Brutm  & 
Cajfius  fous  le  Triamuirap. 

OV  courez-vous  ,  médians  ,  où  courez- 
vous?  ou  pourquoy  remettez- vous  à  la 
main  vos  épées  qui  font  encore  au  fourreau?  Y 
â-t-ileupeu  de  fang  latin  répandu  fur  la  terre 
&  fur  la  mer  ?  non  ,  afin  que  le  peuple  Romain      ^ 
mift  en  cendres  les  fuperbes  fortereiTes  de  l'en- 
uieufe  Carthage ,  ou  que  *  le  Breton  à  qui  nous  ?AngUmr 
rfauons  point  encore  fait  la  guerre,  defcendift 
çnchaifné  le  long  de  la  rué  facrée  pour  eftre 
mené  en  triomphe  :  mais  afin  que  Rome  pe-      ioJ 
rift  par  fa  propre  main  félonies  vœux  des  Par- 
thes.   Cette  coutume  ne  fut  iamais  entre  les 
loups  &  les  lyons,  fi  ce  n'eft  contre  desefpe- 
ces  différentes.  Eft- ce  vne  fureur  aueuglequi 
nous  emporte?  ou  vne  force  plus  grande?  ou  fi 
c'eft  quelquefaute  énorme*  refpondés.    Ils fè    ^15, 
taifènt:  vnepafleur  s'épand  fur  leur  vifàgc,  8c 
leur  efprit  eft  frappé  d'étonnement   II  eft  vray. 
LesrigOureufesDeftinées,  &le  crime  du  mai- 
facre  dVn  frère  agitent  de  telle  forte  les  Ro- 
mains que  le  fang  (àcré  de  l'innocent  Remus  5  a      2®, 
coulé  par  terrç  iufques  à  la  pofterité. 


298  Epodom    Liber. 

■  — *. 

AD    AN  Y  M    LIBIDINOSAi 
Epod.  VUL 

ROgffi  Ion  go  putid^m  te  fteulo , 
Vires  tjutd  eneruet  mext  ? 
Qjdum  fit  ttbi  dens  ater ,  (fr  rugis  veW$ 
Frontem  feneÛus  exttret, 

$•       Hietqut  turpis  inter  Arides  ttAtes 
Podex  >  velut  crudt  huis. 

Sed  incitât  me  peBus  ,  &*  mAmmdt  put/es, 
Equina  ejuales  vbera  : 


10. 


Venter  que  mollis,  çfr  fémur  tnmentibui 
Exile  farts  additum. 

Ejlo  beétta  :  funus  atque  imagines 
Vacant  triumphales  tuum  : 

Tîec  fît  mérita,  qtt&  r^tundioribui 
Qnufia  bύcis  ambulet. 

ic.      J^nid?  cjuod  Itbelli  Stoici  inter  ferico? 
Jacere  puluill&s  amant? 

Jlliterati  num  minus  ne  rut  rigentl- 

Jliinufue  languet  fafcinum  ? 
Quod  vt  fuperbo  proueces  ab  inguine, 
10.         Ors  allaborandum  efi  ttbi. 


Epodes    d'Horace,  299 


CONTRE     VNE    VIEILLE     IMPV- 
clique.  Epode   VI,  II. 

Cette  pièce  a  desfallete&furlafin  que  la  modeftie 

nopu  à  empefcbés  d'exprimer  auec  l& 

ndiueté  de/on  vraj  fins. 

NE  rougis- tu  point  dans  le  grand  âge  au- 
quel tu  vis  ,  &  dans  l'horrible  puateur  qui 
te  fuit,  de  me  demander  ce  qui  diminue  mes 
forces?  ayant  les  dents  noires ,  le  front  fillonné 
de  rides  par  la  vieillcflè ,  &  par  derrière  >  entre 
tes  cuifles  feiches ,  vn  vilain  trou  qui  n'eft  pas       e% 
moins  béant  que  celuy  dVne  vache  à  qui  lçs 
cruditez  de  l'eftomach ,  ont  caufé  quelque  de-' 
bilité.*  Mais  ce  qui  me  donne  de  ramour,eft  ta  cVy?  vn$ 
belle  poi£trine,  tes  mamrnelles  pendantes,  zo- **•***?*- 
me  celles  dVne  jument ,  ton  ventre  mol ,  &  ta  1****** 
cuiffe  grefle  fupportée  par  des  iambes  bouffies.      10* 
Parmi  tout  cela  ncantmoins  fois  riche,  &  de 
bonne  maifon,  fi  ru  veux: que  deuant  ta  pompe 
funèbre, marchent  les  images  triomphales  de 
tes  nobles  Anceflres  :  &  qu'il  n'y  ait  point  de  ma- 
riée au  iour  de  fes  nopees  5  qui  aille  par  la  rué*  ♦ 
chargée  de  perles  plus  rondes  que  les  tiennes* 
Qnoy  ?  que  pour  toutes  ces  belles  chofes,  les  H-     *$? 
ures  des  Stoïciens  aiment  a  ic  repofer  entre  tes 
oreillers  de  iûycl  Les  gens  qui  ne  font  pas  fi  let- 
trez,fe  mettét-ils  moins  en  belle  humeur  ï  Mais 
deuient-on  moins  languUÏant  auprès  de  toy, 
quacjpoureftreprouoqué contre  les  fentimes» 
ilfaut  que  par  le  mépris  quô  fait  de  tes  careffeSj,  . 
tu  einployes  encore  les  charmes  de  ta  voix.  loi 


joo  Epodon    Liber! 


AD    MECOENATEM,    Epodc  IX. 

Prjrfentit  voluptatem,  quarn  percipietex  Au- 

gufti  vi&oria  aduerfus  Antonium 

&  Cleopatram. 

QVando  repoftum  Ctcubum  adfeftas  étapes* 
VtÛore  Uîhs  Cœfare, 
Tecumfub  alto,  (fie  I  oni  gratnm)  dom*  3 
Beau  Aiecœnas ,  bibam , 

f*       Sortante  miflum  tibiù  carmen  lyra  , 
Hac  Dorium,  illis  bar b arum? 
Vt  ntiper*  a&iu  quant  freto  Neptunius 
^Dux  ftigit  vftis  nanibas , 

JMinatus  vrbi  vincla  ,  cfu&  detraxerat 
10.  Semis  amiens  perfidts. 

Romanus  (eheu  pofierl  negabitù  ) 
Emancipâtes  fœmint  , 

«  Fert  vafltim  &  arma  miles  >  &  Jftadonibm 
Seruire  rugojis  potefl  : 
fcf*     Interne  figna ,  turpe,  militaria 
Sol  afpicit  conopeum. 

Ad  hune  f  remente  s  vénérant  bis  mille  equn. 

Gallis  canentes  C<tfarem  : 
Hofliliumque  nawum  porta  latent 
lo.  Ptippes  finiftrorfum  ctta. 

Io  trmmpbe ,  tn  mararis.  awreas 


Epodes    d'H  o  r  a  c  i  301 


A    C1LNIVS    MECENAS. 
Epode  IX. 

Il  s  imfurïne  le  plaifir  qu il  receura  quand  Augnfle 
triomphera  d'Antoine  &  de  CUopœtre. 

HEureux  Mécène  >  quand  eft-ce  que  par  la 
vidloire  de  CeGirji'auray  laioyefousle 
bon  plaifir  des  *  Dievtx ,  de  boire  auec  toy  dans  °e  lutlttr* 
*   ra  belle  maifon,  iiu  vin  de  Cecube  gardé  Ta  haute 
pour  les  fefiins  des  grandes  feftes,  en  recitant  m<ttion- 
desversfurlalyre,  &  fur  les  fluftes,les  vnsen      5* 
ton  dorique  ,  6c  les  autres  en  ton*  phrygien,  Barè*re. 
Comme  demierement,quand*le  Capitaine  qui  SextéFomZ 
fe  difoit  fils  de  Neptune,  fut  chafledcla  mer,?^- 
après  que  (es  vaifTeaux  furent  bruflez,  quoy 
qu'il  nemenaçoit  la  ville  de  rien  moins, que 
des  fers  qu'il  auoit  otez  aux  efclaues  rebelles,      10. 
donc  il  s'eftoit  fait  Amy }  Enfin  le  foldat  Ro- 
xhain  fournis  au  joug*  d'vne  femme  (  le  pourez- #*£&*/*- 
vous  croire  pofterité  ?  )  porte  fon  rempart  & trtt 
fes  armes,  &  peut  obeyr  à  des  Eunuques  ridez: 
&  le  Soleil  regarde  parmi  les  enfeignes  militai-   '  lS* 
res,le  pauillô  infâme  pour  empefcherles  mou- 
cherons.Les  Gaulois  ne  ponuans foujfrir  fa  honte > 
l'abandonnèrent  là-deflus,&  firent  tourner  ce- 
lle àdeux  mille  cheuaux  contre  luy,  enfaueur 
de  Cefar,  dont  ils  chantèrent  les  louanges:  8c     2(** 
plufieurs  légers  vaifleaux  de  la  flotte  ennemie, 
ie  couurirent  du  cofté  gauche  du  port ,  pour  ne 
lepasfuiure.  O  glorieux  Triomphateur,  tuai- 


*oi  Epodom    Liber. 

Currtu  ,  &  mtci' ^ a*  boues. 
lo  triuripbe ,  nec  luqttrthino  parem 
Belle  reportafli  aucun, 
X$.      Necjue  Africano  :  eni  fuper  Carthaginem 
Vtrtus  fepulchrum  condidit. 

Terra  mari  que  vitlus  hofli* ,  Pumco 

Lugubre  mutauit  fœgum. 
Aut  ille  centum  nobtlem  Cretam  vrbïbfiS 
5©.  Ventis  îturus  non  fuis  , 

Exercitatas  aut  petit  Sjrtes  Noto  y 

*Aut  fertur  incerto  mari» 

Cap  aci  ores  affer  hue  puerfcyphosj 
Et  Chia  vin  a  ,  aut  Lesbta  : 
3 3.      Vel>  quod  fluentem  naufeam  coirceat  3 
jMetire  nobù  C&cubum. 
Curam  metumcjue  C&faris  rerum  iuuat 
Dulce  Liao  foluereo 


IN      MiEVIVM     POETA 
cui  naufragium  precatut;. 
Epod.  X. 

MAla  foluta  nauis  exit  alite* 
Ferens  olentem  A4*uium. 
Vt  horridU  vtrumque  verberes  lattes, 

Aufler>  mémento flutlibw* 
Niger  rudentes  Eurus  ,  inuerfo  mari , 

FraRofque  remos  différât. 
Infurgat  Aqutlo  ,  quantus  altis  montibm 
Frangh  trementes  iltces» 


if 


Epodes    dHorAci.  jp{ 

reftes  les  chars  do  r,  &  les  icuncsgenifTcs  pré- 
parées pour  le  facrifice.  Certes  nul  triomphe 
ne  nous  a  iamais  ramené  de  Capitaine  victo- 
rieux de  la  guerre  Iugurtinc,qui  luy  puifïc  eftre 
comparé,  il  n'en  a  point  ramené  de  l'Affricaine 
qui  luy  fbit  égal,  non  pas  mefmes  celuy,  à  qui  fa 
propre  valeur  baftit  fonTepulchrc  des  ruines 
de  Carthage.  L'ennemy  vaincu  par  terre  &  par 
*ner,changea  fa  cotte  d'armes  rouge,en  vn  faîe 
de  deiiil  :  &  déliant  aller  en  l'Ifle  de  Crète  ce-      }<* 
lebre  par  cent  Villes ,  le  vent  qui  luy  eft  contrai- 
re, le  iette  ou  dans  les  Syrtes  fbuuent  battues 
de  l'orage ,  ou  le  pou(Te  fur  vne  mer  incertaine 
Icy  garçon ,  apporte-nous  de  grands  verres,  8c 
donne  nous  à  boire  des  vins  de  Chio,ou  de  Lef- 
bos,  ou  de  Cecube  qui  empefche  le  mal  dé     $5 
cœur.   Il  faut  par  le  bon  vin,  effacer  Lesfoucis 
de  Cefàr,  &c  luy  oter  la  crainte  qu'il  a  pour 
les  affaires  publiques. 


Contre    mevivs   avqve! 

il  fouhaite  la  tempelte ,  &  le  naufrage. 
Epode  X. 

LA  nauire  qui  porte  le  puant  Meuiu$,  de- 
mare  du  port  fous  vn  finiftre  prefage.  Vents 
de  Midy ,  fouuencz-vous  de  battre  fes  flancs 
des  vagues  horribles  que  vous  excitez  fur  la 
mer:  Que  l'Eure  ebfcur  par  les  tempeftes  qu'il 
apporte,  brifefes  cordages,  &  iette  fes rames 
dansles  flots  émus  :  que  le  violent  Aquilon  s'y 
éleue  aufîi  auçç  autant  de  furie  qu'il  en  exerce 


>4  Epo   DOK     LlBS  ft« 

Nec  fnius  atra  notte  amicum  appareat, 
!  lO.  C)ha  triflts  Orton  cadtt. 

Quietiore  nec  feratur  ac]Hore9 
^Qptam  Graia  vi&ortim  manns  : 
Quum  Pallas  vfio  vertit  iram  *b  Mo 
Inimpiam  Aiacis  réitem, 
1 /•       O  quAnlus  inftat  natthù  fndor  tnis  , 
Ttbicjue  pallor  lutens* 
Et  Ma  non  virilis  eiuUtioy 

Preccs  cr  auerfium  ad  Iouem  , 
Jonius  vdo  cjuttm  remngtens  finut 
*&•  Noto  carinam  rupent- 

Opim*  qtiod  fi  pr&da  chyho  littorc 

Porrefta  mer  go  s  inneris  ; 
Libidinofus  immolabitur  caper, 
Et  agna  tempe ftdtibm. 


AD     PETTIVM    CONTVBERNALEM. 
Epod.  XL    . 

Âmore  Lycifci  occupatus  non  poteft  operatn 
conferrc  ad  verfus  facicndos, 

PEtti  j  nihtl  me  ^ficut  antea ,  inuat 
Scnbere  verficulos , 
Amore  percnlfam  arani: 
jitnore^  qui  me ,  frotter  omnes>  expetit 
S*  Molltbns  in  pueris , 

Aut  m  puellù  vrere. 
Hic  tertïm  December ,  ex  quo  defiiti 
Inachia  furere , 

Syluù  honorem  decutit. 
*©.       Heu  me ,  per  vrbem  (  nam  pndet  térAi  malt) 

fur 


Epodes    d'HoràcEo  joj 

fiîr  les  hautes  montagnes,  d'où  il  renuerfeles 
chefnes  après  les  auoir  ébranlez:  Se  que  pen- 
dant la  nuid:  obicure,il  ne  luy  àpparbiflè aucun 
Aftre  fauorable,  que  le  tiifteOrion  fur  lepoinc  *©* 
qu'il  fe  couche.  QjVil  ne  trouue  point  la  mer 
plus  tranquille  quelle  Ib  fut  à  l'armée  victo- 
rieufedes  Grecs,  quand  après  l'embrafemisnc 
d'Ilion,  Pallas  tourna  fon  courroux  contre  la 
nauire  de  l'impie  Aiax  Oilée.  O  quelle  fueur,  ly 
'Se  quelle  iaune  pâleur  fe  prépare  pour  tes  Ma- 
telots, Se  pour  ton  vifage  1  Quels  cris  qui  ne  fen- 
tent  point  le  courage  d'vn  htimme  1  Se  quelles 
prières  à  Iupiter  qui  n'en  tiendra  point  de  con- 
te, quand  le  Goulfe  mugiflant  de  la  mer  Io- 
nienne fous  la  furie  des  moites  vents  de  Midy,  ià> 
aura  brilé  ton  vaifïeau  !  Que  fi  tu  es  ietté  fur  le 
courbe  riuage,  comme  vne  grade  proye  aux 
plongeons  pourlettrferuirdepafture -,  ie  veut 
immoler  aux  tempeftes  vn  bouc  Se  vne  brebis. 

»■   i  ■»  i      !   iii   i  . . .  i  . ,  ^. 

A    P  E  T  X  I  V  S.    Epode  XI. 

£uefkant  amoureux  Une  fe  feut  adonner  a  faire 
Ûes  vers. 

Î^Ettius,  ie  ne  m'aime  plii£  à  faire  des  vers 
X  me  fenrant  cruellement  blefle  d'amour? 
mais  d'vn  amour  qui  m'a  choifi  entre  tous  les 
hommes ,  pour  me  brufter  du  feu  de  toutes  les  £ 
belles  perfonnes.  C'eft  icy  le  troifiefme  Décem- 
bre qui  a  dépouillé  les  forefts  de  leur  honneur, 
depuis  que  i'ay  ceflë  de  foufFrir  pour  la  belle 
înachie.  Kelas  (car  i'ay  honte  d'vn  fi  grand     j0. 

V 


5?<î  Epodon     Liber,' 

Fabula  quanta  fui  ! 

C onnimorpim  &  pœnïtet  : 
In  queis  amantem  cr  langttor  &  filentium 
Arguit  y  &  latere 
uê  T  eût  tu  imo  fpiritus. 

Contracte  lucrum  ml  valere  candiduni 
Pau  péri  s  inaeninm 

£)pierebar ,  applorans  tibi  ; 
SimPtl  calentis  inuerecttndùs  Dcus 
2t>.  Feruidiore  mero 

Arcana  promorat  loco. 
fyaodfi  meis  in&ftuet  prjtcordiis 
Libéra  bilis,  vt  h&c 

Inarata  ventis  dïuidat 
25.      Fomenta ,  vulnus  nil  malnm  tenant ta  j 
Dejinet  imparibm 

Certare  fummotus  pudor. 
Vbi  h&c  feuerus  te  palam  landaueram  $ 
litjfas  abire  dvmnmy 
30.  Ferebar  incerto  pede 

j4d  non  amicos  (  heu  )  tniki  pofles  ,  &  (hett) 
Litnina  dura ,  qnibm 

Lumbos  ç*r  infregi  latus. 
t        Nttnc  gloriantis  quamhbet  muliercnUm 
j  j.  Vincere  mollitia, 

Amor  Lycifci  me  tenet  : 
Vnde  expedire  non  amicorum  qneani 
Libéra  conftlia , 

Non  contumeliét  qrattes  : 
40*     Sed  altus  ardor  aut  puelU  candid&> 
Aut  teretis  pueri , 

Longam  renodantis  comam* 


E  p  o  d  e  s    d'Horacb,  5  07 

rnal)  quel  plaifir  n'ay-je  point  donné  a  route 
la  ville  de  Rome!  le  me  repens  bienauffide 
xn'eftre  trouué  en  beaucoup  d'atfemblées,  Se 
de  collations,  où  ma  langueur,  mon  filencc, 
Se  mes  foùpirs  tirés  du  fonds  de  l'eftbmach,ont  *Jv 
fait  connoiftre  que  i'eftois  amoureux,  le  me 
plaignais  à  toy  en  verfant  des  larmes,  quel  ef- 
prit  éclairé  du  paimre  n'eft  iamais  eftimé  eu 
comparaifon  du  gain ,  fl-toft  que  durant  la  vio- 
lence de  mon  feu ,  le  Dieu  fans  pudeur  auoic 
déplacé  mes  plus  fecrettes  penféesparlepou-  «£$• 
noir  du  vin  fumeux.  Que  fi  ma  bile  s'irrite 
âiiec  liberté,  qu'elle  épande  aux  vents,  ces  in- 
grats remèdes  d'amour  qui  n'allègent  point  la 
blefïeure:  ma  honte  ne  debatrâ  plus  rien  àuec 
Ceux  qui  ne  font  point  mes  pareils.  Dés  que 
i'eus  loué  toutes  ces  chofes  en  ta  prefence, 
âuec  mon  humeur  ferieufe:  eftànc  comirian-  ijfi 
dé  de  m'en  retourner  chezmoy,i'eftois  por- 
té d'vn  pas  incertain,  hà,ienem'en  (buuiens 
que  trop ,  vers  des  maifons  qui  ne  m'eftoient  3°«r 
point  amies,  vers  des  auenues  de  logis,  helas; 
qui  me  furent  bien  dures  où  l'eus  les  reins 
brifés,  &  les  colles  rompues.  Maintenant  Ta-  Jft 
mour  de  Lycifque  qui  fe  glorifie  de  vaincre 
toutes  les  femmes  par  fa  douceur  jj  mepofledé 
li  fort ,  que  ny  les  auis  finceres  de  mes  amis ,  ny 
l'aigreur  desiniutes  n'aiîroient  pas  la  force  de 
me  dégager  de  Ces  liens.  Mais  bien  quelqu'au-  4° 
tre  feu  qu'vne  aimable  perfonne  qui  tortille  fe$ 
longs  cheueuxauec  des  rubans  jpourroit  allu- 
mer en  mon  cœur. 


o3  Epodon    Liber. 


INANVM     LIBIDINOSAM, 

qux  fe  ab  co  fubigi  cupiebar. 

Epode  XII. 

QVid  tibi  vis  mulier  ni  gris  dignijfîma  bar- 
ris ? 
Alunera  cur  mibi>  quidue  tabellas 
Mïttis  y  nec  firmo  iuueni  >  neejue  naris  obefe  ? 
Namqite  fagacim  vnus  odoror, 

5*      Voljpus  ,  an   gravis   hirfutis   ckbet  hircus  H$ 
alts  > 
£)uam  canis  acer ,  qbi  Uteat  fus* 
£)*Us  fudorvietis&quam  mains  vndique  tnem- 
bris 
Crefcit  odor>  cfuùm  pêne  feinta 
Indomitam    properat   rabiem  fedare  $    neque 
illi 
lQ*  lam  manet  humida  creta ,  colorque 

Stercore  fucatus  crocodili  :  iamque  fuband* 
Tenta  cubilia  teftaque  rttmpit. 

Vel  mea  quum  fzttis  agitât  faftidia  verbis: 
lnachia  langues  minus  ac  me. 

*j<      Jnachiam    ter  noïle  potes  :    mihi  femper  ad 
vnum 
Mollis  opHs.percat  maie ,  qu<t  te 
Leftia  ,   quarenti   tanrum    monftrauit    iner- 
tem> 


E  V  O  P  E  s     d'H  orac  e  , 


}G3 


A    VNE    VIEILLE   PVANTE   QVï 

defiroit  d'eftre  careflee  de  luy, 

Epode  XII. 

QVc  veux-tu  de  moy ,  femme  plus  digne 
dVftre  aimée  des  Elephans  noirs  que  des 
hommes }  Pourquoy  me  fais-tu  des  prefens  3  Se 
pourquoy  te  donnes-tu  la  peine  denicfcrire 
des  lettres,  qui  ne  fuis  nyaflezieune  pour  toy, 
ny  affez  braue  pour  te  faire  feruiçe ,  ny  d'vne 
narine  à  ne  rienfentin  Gar  pour  m  apperce-       ^ 
uoir  d'vn  *  polype  >  ou  d'vn  bouc  puant  qui  re-  Ceflvn  vim 
pofe  fous  des  aixelles  velues,  i'ay  l'odorat  plus  l***™** 
exquis  qu'vn  chien  de  chafle  qui  découure  auec  1m  v'en* 
le  nez  la  bauge  d'vn  fànglier.   Quelle  fueur  de- 
teftable  découle  de  toutes  parts  le  long  de  fes 
chairs  mollafTes  \  quelle  mauuaife  odeur  eft  cel- 
le qui  croift  autour  de  fès  membres  débiles, 
quand  vne  autre  partie  qui  fe  découure  la  fait 
impatienter  d  appaifer  fa  rage  imdomptée? 
quand  il  ne  luy  demeure  plus  rien  fur  le  front,      xo] 
de  fon*  humide  craye,&  de  la  couleur  côpofée  De  fo* 
du  fien  de  crocodile  quelle  employé  pour  fe/*^« 
farder?  &  qu'à  force  de  s'agiter  comme  vne 
grofle  truye  ,elle  romples  rideaux  &  les  trin- 
gles de  fbalidfc?  aujbien,  quand  auec  des  parol- 
les  aflez  aigresaelle  reprend  ainfîie  dégouft  que       rj. 
i'ay  à  fon  fujet  ;  Tu  es  fans  doute  beaucoup  O»*****- 
plus  généreux  auec  Inachie  que  tu  n'es  pas  auec      '  ?"* 
moy.  *  Que  Leibie  puifle  mourir  miierable-  (§demià 
ment  qulm'a montré  vnlafchç  en  me  doariant  dejftm, 

V  iij 


5^0  E?odom    Liber. 

Quant  mibi  Cou*  adcjfct  AmyntM: 

Cuius  in  indomito  conftantior  inqtiïnc  nerims  y 
*?#  ^lHf'm  noua  collibus  arbor  inh&rgt. 

JMuricibus  Tyriù  itérât*  vellera  lan<t 
Cui  properabdntur  ?  tibi  nempe. 

Ne  foret  squales  inter  conniua ,  mdffs  quen? 
Diligent  mulierfu*  >  qu*m  te. 

K-      Q  $g°  }i0*  felixy  quamtu  fugis ,  vt  pauet  acres 
Agita  lupos,  c*pre<tque  le  cm  s. 


H 


AD     AMICOS     COMICOS, 
Vt  hyemem  hilariter  traducant. 

Epod.  XI IL 

Or  rida  tempe  fia*  cœlum  contraxit>  &  irn~ 
bres 

Niuejque  deducmt  louem*  Nunc  mare >  nunc 
fylù* 
Thréicio  Aquilone  fonant.  rapiamus  amici 
Occafwnem  de  die  :  dumque  virent  gennAy 
e.       Et  decet ,  obdutta  foluatur  fronte  fenelitis. 

Tu  vina  Torquato  moue  Confule  prejfa  meo, 
Cetera  rnitte  loqui.  de  m  hdtc  fortaffe  bemgna 

Reduce  tin  fedem  vice.  Nunc  &r  Achœmeni* 
Perfundi  nardo  iuuat>  &  fide  Cyllenea 
I©.  Jheuare  diris  peftora  [olUcttudinibus. 


E  r  o  d  e  s    d'Horace.  jïI 

la  connoiiïàncc,  au  lieu  que  ie  demandois  vn 
Taureau  de  grande  force ,  quand  Amyntas  qui 
eftoit  à  mon  feruice  auoit  quelque  chofe  de 
plus  ferme  que  n'eftvn  ieunc  arbre  planté  fur  20» 
le  haut  d'vne  colline.  Pour  qui  eftoit-ce  que 
fe  preparoient  les  laines  taintes.  deux  fois  dans 
la  pourpre  de  Tyn  pour  toy  certes,  afin  qu'il 
n'y  euft  perfonne  entre  tes  pareils,  que  fan 
Amie  cherift  dauantage  que  toy. O  que  ie  nx'e-  ^j\ 
iiimc  malheureufe  de  ce  que  tu  me  fuis,çommc 
vne  brebis  fuit  les  loups  cruels,  &  comme  les 
cheureiiils  qui  ont  horreur  des  lyons ,  pren- 
nent la  fuitte  deuant  eux. 


A     SE  S    AMIS.     Epode  XIIL 
^h  il  faut  pajfer  l'Hytter  ioyeufement* 

L'Horrible  faifon  couurele  Ciel  :  les  neiges, 
&  les  pluyes  attirent  Iupiter  icy  bas  :  &  la 
mer  &c  les  forefts  retentirent  par  les  foufles 
d'Aquilon  qui  tirent,  du  cofté  de  la  Thraçe. 
Chers  Amis  vfons  de  ce  iour,  &  tandis  que 
nous  auonslcsgenouxfermes,&  que  l'occafion  • 
s'en  prefente ,  chafïbns  loin  de  nous  les  cha-  / 
g  rins  de  la  vieille  (Te  qui  nous  rident  le  front. 
Toy ,  garçon  apporte  nous  des  vins  foulez  au 
preflbir  dés  le  Confulat  de  mon  cherTorqua- 
tus  :  du  refte,  ne  te  mets  en  peine  de  rien. 
Peut  eftre  que  par  vn  retour  fauorable,  Dieu 
reftablira  toutes  chofes  en  leur  place.  MM*  il 
fait  bon  maintenant  fe  frotter  du  nard  de  Perfe,     10. 

V   iiij 


§n  Epodon     Liber. 

Nobilis  Vt  grandi  cectn  t  Centaurns  alumno, 
Imucle  mortalU  ,  dea  nate  puer  Tberide, 

Ternanct  AJfaraci  telLu  :  quam  frtgida  parut 
Fmdunt  Scamandri  fiumina  ,  Ikbricus  &  Si' 

55*       Vnde  t'thi  Ycditnm  certo  fubtemine  Parc  et 

Rupere  :  nec  mater  domum  carnU  te  rcuehtt 

Jllic  omnt  malum  vino  cantucjue  leuaro, 
Deformis  œgrimonia  date t'b u s  alloquiis. 


AD     MECOENATEM, 
Epod.  XIV. 

Phrynes  amore  détenais   Iambos  promifïçs, 
non  poteft  ahfoluere. 


M' 


Ollîs  inertia  enr  tantam  diffuderit  imU 
Obliuioncmfenfibus , 
Pocula  Lethdtos  vt  fi  ducentia  fomnos 
Arente  fauce  traxertm , 
J'        Candide  Mecœnxt  >  occidis  fkpe  rogando: 
Dcus  de  us  nam  me  vetat 
Inceptos  >  olim  promtjfum  carmen ,  lambo: 

Ad  vmbilicum  addmere* 
3$$n  aliter  Samio  dïcnnt  arfijfe  BathjlU 
!£•  A»  acre  ont  a  Teimn  : 

Jgw  perfapt  caria  tafindinc  jicmt  amonm^ 


Epodes     b'Horace.  315 

&{bulagerles  cœurs  de  leurs  cruels  foucispar 
Je  fon  de  la  lyre  de  Mercure  >  comme  le  chanta 
autçesfois  le  noble  Centaure  *  à  fon  fameux  àAct)JUm 
nourrifïbn.  O  enfant  inuincible ,  né  mortel  de 
la  Deefle  Tethis,  tu  es ,  dit- il,  attendu  de  la  ter- 
re d'Aflarace  couppée  par  les  eaux  froides  du 
petit  Scamandre,&  par  le  doux  Simois,doulcs      15  • 
Parques  ont  tranché  ton  retour 5ourdi(ïant la 
trame  de  ta  vie ,  &  ta  *  mère  bleue  ne  te  rame-  TkttU. 
nera  pas  à  la  maifon.  Là  >  donne  allégement  à 
tous  les  maux  par  le  vin  &  par  la  mufique ,  qui 
font  des  charmes  bien  doux  contre  les  fouçis 
cuifans. 


A     MEC  EN  A  S.     EpodcXIV. 

J?ye  t amour  de  Phryné  eft  caufe  qnil  n  acheté* 
joint  les  ïamjbts  quil  amit  promis. 

*  /^Andide  Mécène,  tu  me  fais  mourir  en  Fm»^*- 

V^-/me  demandant  ibuuent  5  pourquoy  lac'rfi 
molle  oyfiueté  répand  dis  le  fonsde  moname, 
vn  oubli  iî  profond,  qu'il  femble  que  i'aye  aual- 
lédvne gorge  alteréedes  breuuages  puifesau 
fleuue  Lethé  qui  calife  Içfommeil,  &  la  perte      $• 
du  fbuuenir.  Car  vn  Dieu  puijptnt,  vn  Dieu  qui 
me  déclare  la  guerre ,  m'empefche  d'acheucr  les 
vers  que  i'auois  autresfois  promis,  &c  me  dé- 
fend de  côtinuer  les  ïambes  que  i'ay  commen- 
cez. Ainfi  Anacreon  que  l'on  dit  qui  brufla  dV-      IQ* 
ne  pa0km  véhémente  pour  Batyie  de  Samps, 
pleura  fouuenc  fur  la  iyrç,  fon  ardeur  amou- 


3*4  E  P  O   D   O    N     L  I  B   I  BL. 

Non  elaboratum  ad  pedem. 

Vreris  ipfe  mi  fer.  quod  fi  non  pulcbrïor  tank 
Accendtt  obfejfam  lit  on  , 

'5'       Caude  forte  tua  :  me  libertin* ,  ne  que  v*9 
Contents  Phrjne  macérât. 


AD     NEiERAM     A  M  I  C  A  M, 
de  cuius  periurio  conqucritur. 

Epod.   XV. 


N 


Ox  erat,  &  coelo  fulgebat  Lunafîrenû 
lnter  minora  fydera , 
Jguttm  tu  ,  magnorum  numen  Ufura Bcorumy 
In  verba  iurabas  meay 
5*      jérElitis  y  atcjue  edera  procera  afiringitur  ilex  > 
Lentis  adhdtrens  byacbiù  : 
Dum  pecori  lupus >  &  nantis  infeftut  Orion 

Turbaret  hybernum  mare  y 
Intonfofjtte  agitaret  Apollinis  aura  capi/los  K 
10,  fort  hune  arnorem  mutuum. 

Qdolitura  mea  multum  virtute  Ne&ral 

Nam,  fi  cjutdin  Fl*cco  viri  eft> 
Non  feret  ajfiduas  potiori  te  dare  nottes* 
tt  qu&ret  ïratus  parem. 
15*      Nec  femel  ojfenfa  cedet  confiant**  forma  %t 
Si  certus  intrarit  dolor* 


E  v  ode  s    d'Horace.  31  j 

ïcufe  ,  d'vn  vers  qui  n'eftoit  pas  aflez  peigné, 
pour  n'y  auoir  point  apporté  la  dernière  main. 
Tubruflestoy-mefmesmalheureufement.Que 
fî  vn  plus  beau  feu  n'a  iamaisembrafé  la  ville 
de  Troye  affiegée^réiouy-toy  de  ton  fort.  Phry-  1 J, 
né  affranchie  qui  ne  fe  contente  pas  d'vnfeul> 
me  confume  nuid  &c  iour. 


A    N  EE  RE.    Epodc  XV. 
Il  fe  plaint  quelle  ne  luy  garde  pas  fa  foy, 

IL  eftoit  nuid ,  &  la  Lune  éçlatoit  au  Ciel  Se- 
rain  entre  les  moindres  feux  ,  quand  fans 
crainte  d'offencer  les  Dieux  puiflans,  en  me  te- 
tenant  ferré  plus  étroittement  de  tes  bras  (bu-       e 
pies,  que  le  lierre  n'emb  rafle  l'yeufe  qui  en  eft 
entouré,  tu  iurois  fur  mes  paroles ,  que  tandis 
que  le  loup  feroit  ennemi  des  brebis ,  &  que 
l'eftoile  d'Orion  côtraire  aux  nochers  troubie- 
roit  la  mer  durant  le  rudeHyuer,&  que  le  vet      le* 
feroit  voleter  les  longs  cheueux  d'Apollon, 
noftre  amour  feroit  réciproque.  O  Neerc,  qui 
auras  vn  iour  beaucoup  de  regret  d'auoir  abufé      • 
de  mon  affedion  :  car  s'il  y  a  quelque  chofe  de 
fort  dans,  l'ame  de  *  Flaccus,ilne  fbuiFrira  û-  dfHor*ce*. 
mais  que  tu  donnes  toutes  les  nuids  à  quel-      ij- 
qu'vn  que  tu  chéris  dauantage  que  luy .  Mais  il 
en  cherchera  vne  autre  de  qui  les  affedions  ré- 
pondront aux  fiennes.  Si  vue  certaine  douleur 
l'cnuenime,  fa  confiance  ne  cédera  iamais  à  ta 
beauté  qui  fera  vne  fois  criminelle.  Mais  toy 


y6  E  t»  o  d  o  N     L   I  B  E  R." 

*dt  tu  >  quïcunque  es  fœliciêr ,  atqtte  meo  nUnï 

Superbns  incedis  malo , 
Sis  pécore  &  multa  diues  tellure  licebit  > 
1°«  Ttbtqne  P  atteins  fluat  % 

Nec  tePythagor*  fa  liant  arc  an  a  renaù* 

Formaque  vincas  Nirea  ; 
Eheu  tranjlditos  alto  mœrebis  amores  : 

*dft  ego  vicijfim  rtfero* 


AD     POPVLVM     ROMANVM. 
Epod.  XVL 

V 

Commiferatio  cft  Reipublicae  p    mr  ciuilij 

bcl!a. 


A 


Ltera  iam  teritur  bellis  ciuilibus  atas  : 
Suis  &  iffr  Roma  viribus  mit. 


Quam  neque  finitimi  valuerunt  perdere  Afarf 
Minacis  aut  Etrufc*  Porfena  manus  , 

5.      ts£muU  nec  virtus  CapuA ,  nec  Spartacus  acer, 
^Ohifque  rébus  infdelis  Mlobrox , 

Nec  fera  Cétrulea  domuit  Germania  puhe> 
P arentibufque  abominatus  Annibali 

Impia  perdemus  deuotifanguinis  <ttas  : 
IO*         Fenfque  rurfus  occupabitnrfolum* 


Epobes      d'H  GRACE.  317 

qui  que  tu  fois  plus  heureux  que  ie  ne  fuis,  qui 
te  glorifies  de  mon  mal ,  fi  tu  es  riche  en  beftail 
&  en  terres  labourables,fi  le  Paftole  roule  pour  zé, 
toy  fon  fable  d'or,  fi  tu  n'ignores  point  les  fe- 
crets  de  Pithagore  reuenu  au  monde ,  &c  fi  tu 
furmontes  Nirée  en  beauté  ;  Helas  l  il  ne  fau- 
dra pas  moins  que  tu  pleures  tes  amours  tranA 
ponces  autre  part,  &  i'enriray  à  mon  tour. 


AV    PEVPLE   ROMAIN. 
Epode  XVI. 

Il  f:  fUint  des  mîfires  causées  par  la  guerre 
Cimlc* 

\7  N  autre  âge  fè  confomme  encore  auiour- 
dhuy  dans  les  guerres  Ciuiles:  &Romc 
mefmes  eft  à  la  veille  de  tomber  fous  fes  pro- 
pres forces,  quoy  quelle  n'ait  pu  fevoirabba- 
tyc ,  ny  par  les  Marfes  fes  voifins ,  ny  par  l'ar- 
mée de  Porfenna  qui  la  menaçoit  iufques  dans       #;    , 
(es  portes ,  ny  par  la  valeur  de  Capou'é  concur- 
rente de  fa  gloire,  ny  par  l'inhumain  Spartacus, 
ny  par  les  *  Allobroges  infidelles  dans  leur  //  efittnd 
humeur  toufiours  encline  à  lanouueauté.  En  tous  les 
ce  temps  auquel  règne  l'impiété;  pour  expier  G****** 
par  noftrc  fang  le  crime  de  nos  Anceftres,  nous 
perdrons  celle  que  la*  rude  Germanie  n'a  pu  L^nim^ 
dompter  auecfa  ieunefTc  aux  yeux  bleus,  non  gneenfait 
plus  qu'Annibaldctefté  dans  fa  propre  famille:  vmtpatM* 
ôc  fon  terroir  fera  repeuplé  d'animaux  fauua-     10. 
ges,  dont  ilauoit  efté  purgé  quand  elle  fut  ba- 


jiS  Epodon    Liber. 

Barbarus  >  hen  !  ancres  infiflet  viElor  ,  &  v? 
bem 
Eques  fixante  verberabit  vngula', 

Jgptdtque    carent   venus  &  folibus  ,  offa   Qui- 
rini 
(Ncfiu  videre)  difsipab.it  infolens. 
,5*      Forte  >  quid  expédiât,  communiter,  aut  melïcr 
pars 
M^lts  carere:qu<zritis  laboribus. 

Ntilla  fit  hac  potior fentenùa^  (  Thoc&orum 
Velut  profugit  exécrât  a  ciuitas> 

dgros    *tque    tares  proprios  >    habitandaquz 
fana 
20.  Apris  reliquit  tfr  rapacibus  lupis  :  ) 

Ire  y  pedes  quocunque  ferent ,  quocunque  pcr 
vndas 
Notus  vocabit ,  aut  proteruus  Africus. 
Sic  placet  ?  an  melsus   quis  habet  fuadere  ?  fe- 
cunda 
Ratem  occupare  quid  moramur  alite? 

ij.      Sed  iurernus  in  hœc:  Simul  ifnis  faxa  rena* 
rint 

Vadis  leuata ,  ne  redire  fit  nef  as  : 
Neu  conuerfa  domum  pigeât  dare  linted ,  quart* 
do 
Fadus  Matina  lauerit  eacmnina  : 

In  ni  are  feu  ce  l fus  procurrerit  Apenninust 
io.-         Neuarive  monftra  lunxeritlibidine 


Ëpodes    d'Horace.  519 

î&ie.  Helas  le  barbare  vainqueur,  foulera  (es  cè- 
dres aux  pieds  :  les  Cheualiers  en  courant  fur 
les  ruines  de  la  ville,  les  feront  refonnerfous 
l'ongle  de  leurs  cheuaux:  &  l'infoknce  desfol- 
dats  paffera  iufqu'à  vn  fi  grand  excez.,  que  par 
vn  fpe&acle  funefte,elle  épadra  les  os  de  *  Qui-  Rêmutè. 
rin  épargnez  des  vents,  &  d'vne  longue  fuitcc 
d'années. Peut-eftre  me  demanderez-vous  tous  IJ. 
en  commun,ou  du  moins  la  "meilleure  partie  de 
Vous,  ce  qu'il  feroit  bon  de  faire  pour  éuiter  ces 
cruelles  miferes.Enquoy,il  me  (èmble  qu'il  n'y 
a  point  de  meilleur  auis  à  prendre,  quedefaîre 
commecette  *  ville  des  Phocéens,  quis'enfiut  j    JL    $i 

.    r  .     ,       .  „     f     J1        1   V-    te*  Phocéens 

après  auoirrait  des  imprecatios  etrages,  lailsat  „„f  Vint  ^ 
aux  fangliers,&  aux  loups  raui(Tans,fes  champs,  Marjeille. 
(es  foyers ,  Se  fes  temples  -,  &  nous  en  aller  par      20. 
tout  où  nos  pieds  nous  pourront  porter,  &  où 
nous  appellent  fur  les  eaux  les  vents  de  Midy,  &C 
le  dangereux  Africain.  Cette  penfée  eft  elle 
bonne  ?  oubiena-t-on  quelque  chofe  de  meil- 
leur a  dire  pour  en  prendre  confeil  l  Pourquoy 
diferons-nous  dauantage  à  nous  embarquer 
fous  vn  prefage  fauorable  }  Mais  faifons  vn  fer-      25. 
ment  à  peu  présences  termes.  Qinlnousfoit 
permis  d'entendre  feulement  à  noftre  retour,      • 
quand  les  rochers  fouleuez  dufonsdela  mer, 
nageront  fur  les  caux:&  n'ayons  point  de  re- 
gret de  tourner  nos  voiles  du  cofté  delà  mai- 
fon ,  dés  que  le  Pau  lauera  les  foumets  de  Mâti- 
ne qui  eft  vne  môtagne  de  la  Calabre,ou  fî-toft 
que  l'Apennin  s'ira  précipiter  au  fons  de  la 
mer,ouqucparvnepaflioninouye,vnmerueil-      30. 
leux  amour  auraproduit  des  monftres  diuers, 


$2.0  ErODOtf     L  t  B  E   R. 

Mirus  amor  :    iuu:t  vt  tigres    fubfiiere  ter- 
nis , 

Adulteretur  &  columba  miluio  : 
Credula  nec  flaues  ttmeant  arment*  leoncs* 

Ametque  falfa  Unis  hircus  étquora. 

i  55*      Hdtc ,   &  quét  poterunt  reditus  abfiindere  duh 

CâS  y 

Eamus  omnis  execrata  ciuitas  : 
Aui  fars  indocili   melior  grege.  mollis  &  ex- 
fpes 
Inominàta  perprimat  cubilia. 
Vos  ,  qui  bus  eft  virtus  >  muliebrem  têllite  lu- 
ttant, 
40.  Etrufca  prêter  &  volait  littora. 

-**     Nos  manet  O  ce  anus  circumuagus  :  arua>  beat  À 
Petamus  arua.  dinites  &  infulas  ; 

Reddit  vbi  Cererem  tellus  inarata  quotannis* 
Et  imputata  fioret  vfque  vinea: 

fa     Cerminat  &  nunquam  fallentis  termes  oliuàl 
Suamque  pulla  ficus  ornât  arborem  : 

Mella  caua  manant  ex  ilice  :  montibus  altk 
Lcnis  crêpante  Ijmpha  deftlit  pede* 

lllic  iniujfe  ventant  ad  multtra  capelU  l 
JP»  Refertque  tenta  grex  amicus  vbera  t 

Nec  vefpertinus  circumgemit  vrjus  ouile  » 
Nec  intumefçit  alta  viperis  humus. 

de  forte 


E  po  des    d'Horace?  jki 

de  forte  que  les  cerfs  ferôt  agréables  aux  amou- 
reufes  Tygrefles,&  la  Colombe  (e  ioindra  aucc 
le  Milan  :  ou  bien  au  mefme  moment  que  les 
troupeaux  crédules  n'auront  plus  de  crainte  ' 
des  lyons  roux,  &  que  le  bouc  fans  poil,  aimera 
les  eaux  falées.  Enfin  après  que  toute  la  ville  ad-      jj4 
ra  vfé  de  cette  imprecatiô,  afin  de  luy  oftei  Bcf- 
perancç  d'vn  retour  agréable  gallons  nous-en 
tous  tant  que  nous  fommes,  ou  la  meilleure ,  îk 
plus  faine  partie  du  peuple  (  car  la  petite  popu- 
lace, qui  n'a  ny  coUrage,ny  efpoir  de  quelque 
chofe  de  meilleur,  peut  n'abandonner  pas>(î  el- 
le veut,(ès  miferes,&  prefTer  de  fon  fardeau.fes 
liétsinfortunez.)  Mais  vous  de  qui  les  fentimeS 
font  plus  généreux,  éloignez  de  voftre  bouche 
les  plaintes  féminines, Se  palfez  en  diligence  aii      40. 
delà  des  riuages  Etrufcques.LàJe  vafte  Océan, 
nous  tend  les  mefmes  bras  dont  il  embrafle 
toute  Ja  terre.  Allons ,  allons ,  en  d'autres  pays: 
fcherchôs  ces  champs  heureux,  ôc  ceslflesopu- 
lentes,oùla  terre  fertile  fanseftre  labourée, red 
tous  les  ans  vne  abondante  moifton,  &  où  la  vi- 
gne fleurit  fans  eftre  taillée :où les  oliuiers  bour-     45, 
geonnent  fans  iamais  tromper  l'efpetançe,où  la 
figue  brune  donne  de  l'ornement  à  l'arbre  qui 
la  porte,où  le  miel  fe  tire  des  chefbes  creux,  Se 
oùdu  haut  des  tertres  éleuez  l'eau  des  fontai- 
nes tombe  d'vnc  chute  bruyante.  Làlesche*     jq, 
ures  viennent  de  leur  bon  gré  pour  eftre  tirées: 
&  le  troupeau  amy  s'y  preiénte  auec  Ces  rettes 
plaines  de  lai<5t.  L'ours  n'y  gronde  point  fur  le 
fbir  autour  des  bergeries ,  ny  la  terre  ne  s'y  en- 
fle point  du  venin  des  vipères.   Comme  nous 

X 


5  il  Epodon    L  i  b  !  R. 

Pluraquc  fœltces  mirabimur:  vt  necjue  Urgit 
jiqnofus  Eurus  arua  raclât  imbribus* 

55-      Pinguia  nec  ficcis  vrantur  femina  flebis  : 
Vtrumquc  rege  tempérante  cœlitum. 

Non  hue  Argùo  contenait  rémige  ptnns  : 
Neque  impudica  Colchû  tntultt  pedem  ; 


éO 


fîon  hue  Sidonij  torferunt  cornua  nauté  % 
Laborioja  nec  c  oh  or  s  FLjJfei. 

N h  lia  nocent  pec§ri  contagia,  nuRins  ajlri 
Grcgem  aftuofa  torret  impotent  ta. 

Jupiter  Ma  pi  a  fecreuit  littora  genti , 
Vt  inquinautt  are  tempué  aurenm  : 

*î#      &£re  y  dehinc  ferr&  duranit  ftetila:  quorum 
Piis  feennda  va  te  me  datnr  faga. 


ËPÛDES-   b'Hd&ÀCE.'       <  325 

ferons  parfaitement  heureux  en  ce  lieu-la,  nous 
y  admirerons  entre  autres  fingularitez?  comme 
les  haleines  humides  des  vents  d'Orient,,  n'y 
chargée  point  les  campagnes  de  groflès  pluyes, 
&c  comme  les  fécondes  moifïbns  ny  foilt  point  55. 
brufléesparles  gazons  defTeichcz,rânt  le  Roy 
du  Ciel  y  apporte  vn  tempérament  égal  1  la  fei- 
chereflè,&  à  l'humidité.  Là  les  vaifïeaux  n'ont 
jpoint  efté  pouflez  à  force  de  rames ,  comme  le 
fut  autresfois  la  nauire  des  Argonautes ,  ny  vne 
Medée  impudique  n'y  mit  iamais  le  pied.  Les 
Matelots  *  Sydoniens,  nVnt  point  tourné  les  tjrît'n%^ 
cornes  de  leurs  antemnesvers  ce  beau  fejour, 
ny  les  coippagnons  des  tràuaui  d'VHife  n'y  ont  60* 
point  abordé.  11  n'y  à  point  de  maladie  qui  y 
rafle  mourir  le  beftail  :  nul  afpècdes  Aftres  ma- 
lins,n'y  fait  point  périr  les  anïrnaûxd'vne  ardeur 
cxcefliue.  Enfin  lupiteir,  mit  a  part  fce  Kon  pays, 
pour  les  gens  de  bien ,  dés  que  par  l'erain  îl  eut 
corrompu  lâgc  doré.  Depuis  il  endurcit  les  fie-  65* 
clés  par  l'erain  Se  par  le  fer,dont  neantmoins,  il 
fera  facile  aux  perfbnnes  vertueufes  d'éuiter  la 
rigueur;  par  les  bons  confiais  dète  fuitte  que  i@ 
leur  donné.  ♦ 


n  1) 


524  ÊPODON     L   I  B  £  R* 


AD        CANIDIAM. 

Epod.    XVII. 

P^tit  tim  vt  fibi  ignofcat ,  cuius  fc  veneficiis 
fuperatum  fingit. 


IAfn   tam  efficaci  do  manus  Jcientiè 
Supplex  3  (^  oro  régna  fer  ProfcrpinXi 
Per  &  Diana  nen  mouenda  nnmtna, 

Ter  atcjut  libros  carminum  vahntium 
5.     Refixa  cœlo  dettocare  fydera, 

Canïdia  para  vectbtts  tandem  facris% 

Otumcfue  rétro  foluê*  folue  turbinem. 
Jidouit  nepotem  Telephtîs  Nereium  , 
In  quem  fuperbm  ordwarat  agmina , 

f  o.      Mjforum  ,  çfr  in  quem  tela  acuta  torferai. 
Vncere  matres  Ma  addittum  feris 
Alitibm*  atque  canibm  homictdam  Heftorem* 

Toflcjuam  reliais  mœnibus  rtx  procidit 
(  Heu  )  permcacis  ad  pedes  *Acbilei. 
ij.     Setofa  duris  exuere  peftibus 

Laboriofi  rémiges  Vtyjfei , 

Violente  Circe>  m$mbra  :  tune  mens  &  fin m 

Relaws,  4tq$t$  notm  in  vnltns  honçr. 


Epo©is     j^HonÀffE.1  ytç 


A    CANIDIE.    Epod.  XVII. 

il  la  prie  de  luy  pardonner  de  ce  qu'il  a  parte' contre 

elle  auec  vn  peu  trop  de  liberté  :  toute  s  fois  en 

faifantfemblantde  Cappaifer*  ill'ojfence  bean- 

coup  plu*  oHtrageufcment  qtiilriaaoitfait  a&~ 

par  a  nant. 

ENfîn,  enfin,  ie  donne  les  mains  a  la  force  de 
ton  fçauoir ,  Canidie  :  ie  m  abbaifle  deuant 
toy,  &ic  te  prie  par  le  royaume  de  Proferpine, 
par  la  diuinité  redoutable  de  Diane  qu'il  ne 
faut  pas  fafcher ,  &  par  les  vers  qui  peuuent 
attirer  en  bas  les  feux  du  Ciel  ,  de  ne  proférer      j% 
plus  de  paroles  façrées.  Tourne,  tourne,  d'vn 
autre  cofté  ton  fabot  qui  pirouette  fort  vifte. 
Telephepût  bien  émouuoir  le  courage  du  pe- 
tit *  fils  de  Nerée,  quand  il  enuoya  fièrement  d*j{ckile. 
vne  armée  de  Myfiens,&  qu'il  décocha  contre      10. 
luy  des  traits  aigus.  Les  Dames  d'ilion  embau- 
mèrent le  corps  d'Hc£tor  vainqueur  de  tant  de 
guerriers,  qui  fut  abadôné  aux  beftes  fauuages, 
aux  chiens,&:  aux  oy feaux  de  proye3depuis  que     » 
le  Roy  Priam  eut  quitté  fes  murailles  pour  fe 
venir  ictteraux  pieds  de  l'impitoyable  Achile. 
^cs  compagnons  des  voyages  du  laborieux     i/#' 
Vlifle ,  dépouillèrent  bienleurs  membres  de  la 
dure  peau,&  de  la  fbye,dont  ils  furent  reueftus 
parle  pouuoir  de  Circéqui  le  permit  de  la  for- 
te ,  faQS  leur  dénier  qu'ils  repriffent  leur  efpritj, 
leur  ton  de  voix,  §c  l'honneur  du  mefine  vifage 

X  îij 


î\i  î  P  O    0  O   N      LlBER- 

Dedi  fati*  fnpercjue  pœnârmm  t:biy 
\Q-      Amata  nantis  multum  &  tnftitoribus. 

Fugit  tHUentat,  &  Uerec**d*s  color 

%eltquit  ojfa  pelle  ami  TU  lurida. 

Tuis  capilhu  albus  cfî  odoribju 
Nttllum  4  Ubore  me  redmat  otium* 

^5»     Vrget  diem  wpXi  &  die  s  nottem:  ne  que  efi 
Leuare  tent4.  Jpirito  prac&rdi*. 

Ergo  Hegdtum,  vincor  ,  vt  credam  tnifer  9 
Sabe/ta  peBus  increpare  carmina% 
Cafutque  Aiarfa  dijfdire  ntnia. 

V**      JÊPi4  4mflitft  vu  ?  5  mare  &  terra ,  ardeo  , 
J^Juantum  neque  atro  delibutus  Hercules 
NeJSi  cmere*  nec  Sicana  feruida 

Virens  in  %/Etna  fiamma.  tu  >  donec  gmU 

lniuriêfu  aridus  ventis  ferart 
55*      Cales  vernis  officina  Colchicù. 

i        J&jf  fin*s  KaW  quod  me  manet  ftipendiurn  $ 
Effare:  tttJfaA  cum  fide  pœna*  Inam  : 
Taratus  expiare ,  [en  popofeeris 

Centum  iuaeneos  ,  fine  mendaci  IjrA 
40*        Voles  fonari  ;  tu  pudica  5  tu  proba 

T crambulabu  afirafydus  aureum. 
Infamis  Hèlent  Cafior  ffinfa  v*ee> 


Epodïs    d'Horace.  $17 

qu'ils  auoientauparauant.  le  t'ayafTezfatisfait, 
$c  au  delà  des  peines  que  i'endure ,  beauté  che-     2^ 
rie  des  Matelots  &  des  Fa&eurs.  Ma  ieunefïe  a 
pris  la  fuitte  :  &c  la  feule  pudeur  qui  m'en  refte, 
laifle  mes  os  couuerts  d'vne  peau  liuide.  Mes 
cheueux  ont  blanchi  par  la  force  de  tes  parfuns. 
Il  ne  me  refte  pas  vn  moment  de  loifir  après  le 
trauail,pour  prendre  vn  peu  de  repos.  La  nuiét      zj. 
preflele  iour  ,&  le  ionrfuitla  nuiétdc  fipres, 
que  ie  n'ay  quafi  pas  le  temps  de  rcfpirer.  le 
fuis  donc  maintenant  aflez  miferable  pour  cftre 
obligé  de  croire ,  ce  que  ie  ne  pou.uois.  me  per- 
fiiader  autresfois,  que  les  charmes  Sabelliens^  4*I# 
peuuent  troubler  les  cœurs,  &c  que  le  funèbre 
chant  des  Marfes  peut  mettre  vne  tefte  en  piè- 
ces. Que  veux-tu  davantage  ho  mer,  o  terre,  ie      }a. 
me  Cens  tellement  brufler,  que  le  feu  d'Hercule 
caufépar  le  fang  noiraftre  dé  Ne(Tè,  &  laflame 
^urieufe  du  Mont-Etna,  ne  me  feroient  point 
fouffrir  vne  pareille  douleur.  Iufques  à  tant  que 
ie  deuiéne  yne  cèdre  feche  pour  cftjre  emporté 
par  les  vents  outrageux,  tu  ne  cefleras  iarnais  de      ^e 
me  brufler,  boutique  de  poifons  Colchiques. 
Quelle  fin  y  aura-t-il  à  ces  maux ,\  ou  qu'elle  re- 
compence  exiges-tu  de  moy  ?  parle,ie  fouffrirai 
çonfîamment  les  peines  que  tuas  ordonnées, 
preft  de  purger  mon  offence,foit  que  tu  me  de- 
mandes centieunes  Taureaux,  foir  que  tu  défi* 
rcs ,  que  nous  chantions  fur  vne  lyre  menteufe,      a  q# 
que  tu  es  pudique  comme  tu  es  bonne ,  &c  que 
tu  es  changée  enAftrcpour  te  promener  entre 
les  feux  du  Ciel.    Caûor  offencé  par  Hplene 
des-honorce  comme  vne  infâme ,  &  le  frère  dttv 

X  iiij 


$îS  E  P  o   o  O  N     L  r   B   E   R.' 

Eratercjtte  maom  Cafloris ,  vilïi  prcce 
jidempta  vati  reddidere  Inmwa. 

*e       Et  tu  (potes  nam)  folue  me  demcntia. 
O  ncc  paternis  obfoleta  fardtbus  , 

TJec  in  fepulchris  pauperum  prudens  an  m 
Jsjouendtales  dippare  puluercs* 

Tsbi  hofpitale  pcftus ,  ty  fur  a  m  au  us  : 
50.      Tuufyue  venter  partum  eim  :  &  tuo 

Cruore  rubros  obftetrix  pannes  lauity 
VtCHmque  finis  exfilis  puer  fera. 


CANIDIiE     RESPONSIO  ,    QVA 

oftcndit,  fe  nullïs  prccibus  exorari  porte, 
quoniam  fua  veneficia  diuulgauerac  Poe  ta. 


Q 


Vid  obferatis  auribus  fundis  preces  ? 
Non  fax**  nudis  furdiora  namtis 


55-*     Neptunns  alto  tundit  Hybernus  faU. 
Inulms  vt  tu  riferis  Catyttia 

Vuhata ,  fœcrum  liberi  Cupidinisf 
Et  Efqu  Uni  Pcntifex  venefict 

lmpune  vt  vrbem  nom'tns  împleris  meo  jj, 
6o.     Quid  pr  derit  dttajfe  lJ clignas  anus* 
Velocwfuç  m/fîuijfe  toxkum , 


Eï>odes    d'Horaci*  Jlf 

grand  Caftor5vaincus  par  les  prieres,rendirent 
la  vue  au  Poète  dcuenu  aucugle ,  pour  auoir 
traité  leur  fœur  dans  Tes  vers,auec  vne  fi  grande 
indignité.  Deliure-moy  donc  tout  de  mefine  de      45 J 
ta  rage ,  puis  que  tu  en  as  le  pouuoir ,  ô  vieille 
*  illuftre  qui  n'es  point  fouillée  de  l'ordure  de  prudente* 
tes  parens,&  qui  ne  fçais  point  difpercer  les  cè- 
dres des  pauures  dans  leurs  tombeaux ,  neuf 
iours  après  leur  mort.  Certes  tu  as  le  coeur  ten- 
dre, &  tes  inains  font  pures ,  ton  ventre  fécond      joj 
pour  mettre  des  enfans  au  monde ,  occupe  iuÉ- 
nfamment  vne  fage  femme,  à  lauer  les  draps 
tain<5ts  de  ton  fang  ,  toutes  les  fois  que  déliuréc 
de  cet  eftat ,  u\  fors  du  lift  comme  vne  perfon- 
ne  bien  forte. 

RESPONSE    DE    C4MDIE   P AR 

ou  elle  montre  quelle  ne  peut  eftre  fléchie par  les 
prières ,  ny  appaisée  par  la  raifon  à  caufe  que  le 
Po  été  auoit  r eue  lé fes  fecrets  abominables . 

POurquoy  épanches  -tu  des  prières  en  des 
oreilles  bouchées \  Le  tempeftueux  Neptu-      *e 
ne,  ne  choque  point  en  haute  mer  des  rochers     t 
plus  fourds  aux  Matelots  quelles  font  fourdes 
à  tes  difeours.  Auras-tu  fait  des  railleries  de 
nos  fecrets  *  nq<5hirnes  dédiez  au  libre  Amour,  Cotjttie»*. 
fans  que  nous  en  (oyons  vangées?  &  comme  iî 
tu  eftois  le  Pontife  du  Mont-Efquilin  ,  où  il  fc 
fait  tant  de  fortilegcs,auras-tu  impunément  re- 
pli toute  la  ville  de  mon  nom  ?  Que  te  feruira-     <f<x 
c-  il  d'enrichir  de  prefens  les  vieilles  Sabines,  Se 
de  mélanger  vn  poxfon  plus  prompt ,  fi  vne  de- 


3p  EpodonLibiiu 

Si  tardiora  fat*  te  votis  manent  ? 

1  ngrutA  mtferê  vit  a  duccnda,  eft ,  in hoc  % 

Noms  vt  vfjue  fnppetas  doloribn*. 

$$•      Optât  ejuietem  VelopU  infidus  pster , 

Egmi  bénigne  7*dnt*lHê  femper  dapis  : 
Optât  Promet  hem  obligtttu  <*///>> 

Optât  fîèpremo  cellocarc  Sifyphm 
In  monte  faxum  ;  fed  vêtant  leges  louU. 
7$*     Pôles  modo  altis  de  filtre  turrihm , 

Modjy  en  je  petlns  Horico  reeludere  : 
Frmftraéjne  vincla  gfitturi  innelles  tuo> 
Faftidiofa  trijfas  dgrimonia. 

VeB&bor  humer ù  tune  ego  inimiCH  e%ves.k 
2j.     Me&que  terra  cedet  infolenttA. 
An  y  qn*  mener*  cercat  imagines* 

Vt  ipfe  nofti  enriofuê  ,  &  polo 
Deripere  Lnnam  vocibns  pojfftm  meis  : 
Pojfnm  crematos  excitare  mortnos tp 

$0-      Dejîdertque  temperare  pocnlum  ; 

Plorem  artù,  in  te  nil  habentis  exitm  l 


E  P  O  D  e  s    d'H  o  r  à  c  e.  3JJ 

#inéc  plus  tardiue  que  tes  fouhaits ,  te  doit  ar- 
riuer  ?  Ta  vie  s'alongera,  pour  te  faire  plus  mife- 
rablc,  &  pour  te  rendre  çontinuellçmeiit  fujet  à 
de  nouucllcs  douleurs.  L'infidelle  Tantale  pe-    C$, 
re  de  P.elops  toufiour$  neceffiteux  dVne  vian- 
de qui  luy  eft  libéralement  offerte  ,  fbuhaite  le 
repos.   Proijiethée  attaché  pour  l'oyfeati  qui  le 
ronge ,  le  fouhaite  tout  de  mefme  :  Se  Sifyphe 
s'efforce  d'arrefter  fur  le  haut  delà  montagne 
te  rocher  qu'il  y  porte  inceflamment.  Mais  les 
loix  du  *  Deftin  ne  le  fauffrent  pas.  Tantoft  tiity'"** 
voudras  te  précipiter  des  hautes  tours,  en  bas,      7°« 
tantoft  te  percer  le  feindVne  dague  afilée  :  Se 
tu  noueras  çn  vain  yn  laflfet  autour  de  ta  gorge, 
te  fentant  preffé  du  dur  ennuy  que  caufe  la  tri- 
ftefTe.  Alors  ie  me feray  porter  fur  tes  épaules 
ennemies  comme  fur  vn  çheual  :  &  ie  feray  ce-       75. 
4er  la  terre  a  mon  admirable  pouuoir.  Si  donc 
ie  puis  faire  mouuoir  des  images  de  cire ,  com- 
me ta  curiofité  s'en  eft  fibienapperceuë,iî  ie 
puis  arracher  la  Lune  de  (on  Ciel  par  la  force 
de  mes  enchantemens,  rappeller  au  iour  les 
cadaures  qui  ont  eftébruflez,  &  préparer  vn     8o« 
fereuuage  d'amour -ne  pleureray-jepas  de  re- 
gret Se  de  dépit,  fî  mes  charmes  demeurent   ' 
inutiles  à  ton  fujet  l 


;jt  E  p  o  d  o  h    L  r 


B  E   R 


CARMEN     *     S^CVLARE* 

Pro  imperij  Romani  in- 

çolumitatc 


PHoebe  ,  fylnarum.qHe  potens  THana^ 
Lttcidum   cœli  decus ,  o  colendi 
Semper>  culti^  date,  qu<z  precamur 
Tempore  facro  : 
5'      J!t*?  Stbjllini  monuere  ver  fus  y 
Vtrgines  lestas ,  puerofque  caflos , 
Du  y  qttibHS  feptem  placuere  colles  > 

Dicere  carmen. 
Aime  Sol ,  curYH  nitido  diem  qui 
Io.     Promis  çfr  cela*  >  aliufque  &  idem 
Nafcerié  ;  pojfis  nihil  vrbe  Romt 

Vifere  mains* 
Rite  maturos  aperire  partus 
Lents  Ilitbja ,  tuere  matres  : 
*S*     Sine  tu  Lucina  probas  vocari , 
Seu  genitall*. 
Diua,producasfobolem>  patrumqu* 
Profpercs  décréta  piper  iugandis 
Fœminis,  prolifque  nout  feraci 
10.  Lege  marita* 

Certrts  vt  denos  decies  per  annos 
Or  bis  &  cantus  référât  que  luàos* 
Ter  die  cUro,  totiefque  grata 
Notte  ftequentes. 
*5'     Vojque  veraces  cectntjfc  ParcA  * 

Ghiod  femtl  diÛnm  ejt  >  fiabiltfque  nrum 


ï? o u i s    dHorace,  35j 


î-iTMNE      T>  V    SIECLE   ,     FOFR 

U  gloire  &  pour  la  profperité  de 

(Empire  Rom  Ain, 

O  Apollon,  &  Diane  puifTantc  Diuinité  des 
forefts,brillansornemensdu  Ciel, clignes 
de  nos  refpccs  &  de  nos  adorations*,  oârroyez- 
nous  les  chofes  qu£  nous  vous  demandons  en 
ce*  faint  temps,  auquel  les  vers  des  Siby  les  ex-  s*crim 
citent  les  belles  filles  8c  les  chaftes  garçons  à  5. 
chanter  vne  Hymne  aux  Dieux  qui  aiment  les 

*  fept  collines.  Soleil  débonnaire  qui  de  ton  Rom*. 
char  lumineux  nous  donnes  le  iour,&  qui  nous      10. 
loftes  quand  tu  te  caches  à  nos yeux5 naiffant 
toufiours  autre  que  tu  n'eftois,&  toufioursle 
rnefme  ;  puifle-tu  ne  rien  voir  au  monde  de 

plus  grand  que  Rjome.  O  *Ilithyequiasvneïï  Oh  Lutine. 
grande  douceur  à  préparer  les  voyes  des  en- 
f  antemens,  quand  ils  font  venus  à  leur  maturi- 
té, prefèrue  les  Mères ,  foit  que  tu  te  plaife  d'e-     15. 
flre  appcllée  Lutine ,  ou  que  tu  affe&es  dauan- 
tage  le  nom  de  Génitale.  O  Dcefle ,  fai  croiftre 
en  pofterité  la  nation  Romaine ,  &  fauorife  les 
décrets  du  Sénat,  au  fu jet  des  femmes  à  marier, 
&c  touchant  la  loy  qui  concerne  leur  fécondité.      20- 
Nous  te  prions  que  le  fiecle  qui  fuitl'efpace 

*  de  dix  fois  dixannées,  nous  ramené  fès  chans  Les  antres 
&c  fes  ieux  célèbres  qui  durent  trois  belles  iour-  **{***  d$x 
nées,&  autant  de  nui&s  agréables.  Et  vou%f'"**f€m. 
Parques,  véritables  en  tout  ce  que  vous  dities, 
ioignez  les  bonnes  Deftinéts  à  celles  qui  font     aj, 


5?4  E  P  O   D  O  N       L   I   B  I  R, 

Terminpu  feruct ,  bona  iamperailU 

f  un  cite  fat  a. 
Fertilis  frnmm  pecorsfijue  tcllus 
30,     Sp'tcea  dfinet  Cererem  corons. 

Nutriant  fœtus  &  *cju<t  fainbres* 
Et  louis  aur<t. 

Condito  mitù  placidufcfne  telo 
Supplices  aptdi  pH§ros  Apollo: 

35*       Syderum  regina  bicômis  audi 

Lnna  puellas* 

Rom  a  fi  vcftrtiin  eft  opns  >  Iliaque 

Ltttus  Etrttfcttm  ienuere  turm<ty 

luffa  pars  mutare  lares  &  vrbem 

40.  Sofpite  cttrfit  : 

Cui  per  ardentem  fine  fraude  Troiam 
Cajtus  tALneas  patria  fuperfies 
Liberum  muniuit  iter  >  daturns 

Plura  relitlis  : 
AS*      Di  probos  mores  docili  iituent*, , 
D  t  feneftuti  placiddt  cjttietem , 
RomuU  genti  date  remque  prolem- 

que  çfr  decus  omne. 

Quique  vos  bobus  veneratur  albis 
50*      Clams  Anchifa  Venerifqne  fan  guis  l 
Imperet  be Hante  prior ,  iacentem 

Lents  in  hoftem. 
lam  mari  terraque  manus  potentes 
JMedus  Albanafcjue  timet  fecures , . 
55.     lam  Scytht  refponfa  petunt ,  fuperH 
Nuper  &  Indu 


E po des    d'Horace.  3jy 

dé  ja  pa{Tées>&  que  le  terme  fixe  des  chofes, 
conferueinuiolablementeequcvous  auez  vne 
Fois  ordonné.  Que  la  terre  foifonnante  en  moif- 
fons  y  &c  en  beftail ,  prefente  vne  couronne  def-     3® 
pics  à  Cercs,  &  que  lcseawx  faliitaires ,  &  les 
douces  haleines  de  l'air  fafsétrticurir  Tes  fruits- 
O  doux  &  paifible  Apollon  ,  quand  tes  flèches 
feront  remifes  dans  ton  carquois,  écoute  les 
prières  des  garçons  :&  toy  Lune,  Reine  des 
Eftoilesquiportesdeux  cornesfurlefront,en-     $j* 
ten  auflî  les  prières  des  ieunes  piicclles ,  fi  Ro- 
me cft  voftreouurage,&  fi  des  troupes  Troyen? 
ries  font  venues  prendre  port  fur  les  nuages 
Tofcans  :  car  vne  partie  de  ces  gens- là  reccut 
le  commandement  de  changer  de  ville  &  de     40 
pays,eftant  échappée  de  Beaucoup  de  périls 
dans  vn  long  voyage  :  Sclechâfte  Enée  furui- 
uantàlaruinede  fa  patrie,  luyouurit  vn  che- 
min libre,  &  fans  danger  au  trauers  des  feux  de 
Troye ,  &  fit  efperer  dàuatage  de  chofes  a  ceux 
qui  Tauoient  fqiui  que  ce  qu'ils  auoient  laifle.      *>! 
O  Dieux  donnez  de  bônes  mœurs  à  la  icunefie 
docile  :ô  Dieux  ne  déniez  point  le  repos  à  U 
paifible  vieillcfle:départcz  les  honneurs ,  les  ri- 
cheflès,  &  la  fécondité  à  la  nation  Romaine  :  Se      ja 
que  le  noble  fang  d'Anchifê  &c  de  Venus  qui 
vous  reuere  auec  les  Taureaux  blâcs  qu'il  vous 
prefente  en  facrificc  ,  règne  victorieux  fur  len- 
nemy  qui  luy  fait  la  guerre ,  &  qu'il  fe  ijionftre 
doux  au  vaincu.  Le  Mede  redoute  maintenant 
par  terre  &  par  mer  les  puiflans  bras  des  Ro- 
mains ,  &c  les  haches  d'Albe  :  Les  Scythes  n*a<-     jj. 
gueres  fx  fuperbes,  &  les  Indiens  demandent 


5?^  Epodon    Liber." 

Jam  fides  y  &  pax  ,  &  bonor,  pudorquc 
Trifcuiy  &  ncglcfta  redire  vtrtus 
Audet  :  Apparetcjtte  beata  pleno 
60 .  Copia  cornu. 

Augur  CJr  fnlgente  decerus  arcu 
Phœbus  ,  acceptufyue  nouem  Camcsnis^ 
Qui  falutari  leuat  arte  fejfos 
Corporis  artus% 
65.      Si  Talatinas  videt  aquus  arces9 

Remque  Romanam ,  Latiumque  feVx  \ 
Alterum  in  lufirum  >  mcliufque  femptr 

Prorooet  &uum. 
QtiAcjue  Auenltnum  tenety  Algidumquc 
7°*        G)uindecim  Diana  preces  virorum 
Cureta  &  vous  pnerorum  arnicas 

Applicet  aures. 
Htc  louem  fentire ,   Deofque  cunttos, 
Spern  bonam  certamc/ue  domum  report 9  £ 
75»      Défias  &  Phœbi  cborui  &  Dianz 
Dicere  laudes* 


Finis  Libri  Epodoa 


rcponfc 


Hontt> 


£  PO  DES     V   HoRAfcï.  337 

rcponfe  à  nos  portes.   A  cette  heure  là  foy ,  la 
paix,  l'honneur  ,  l'antique  *  modeflie  ,  la  vertu 
çiépriféc,  &  l'heureufe  abondance  qui  nous 
monftre  fa  corne  pleine  de  tous  les  biens  du      6o. 
monde  retournent  hardiment.  Lecliuin  Apol- 
lon orné  de  Ton  arc  luyfant ,  qui  eft  fî  agréable 
aux  neuf  Mufes,8c  qui  par  vn  art  falutaire  gué- 
rit aucc  tat  de  bon-heur  les  maladies  du  corp.s, 
s'il  voit  d'vn  œil  fauorable  les  fortereffes  du      If, 
Mont-Palatin,  &  l'eftat  des  affaires  Romaines, 
auec  l'heureux  champ  latin ,  qu'il  étende  fa  du- 
rée iufqu  à  vn  autre  luftre  ,  &  qu'il  en  accroiiïb 
laprofperitc.  Que  Diane  qui  tient  fous  fapuif- 
fance  Algide,  &  le  Mont-  Auentin,  aitfbucidesl      jq* 
*  quinze  hommes  choifis  pour  ion  feruice3&  f//  /**^i 
qu'elle  prette  vne  attétion  fauorable  aux  vœux  ******  !e*\ 
des  enfans.    De  moy  qui  tiens  la  place  d'vri  {^hlts, 
chœur  inftruit  pour  dire  les  louanges  d'Apol-      7j* 
lbn  &  de  Diane ,  ie  remporte  au  logis  vne  bon- 
ne efperance  auec  certitude,  que  ces  chofes 
font  approuuées  de  lupiter ,  &  dé  tous  Içê 
Dieux 


tih  dà  Linn  des  Epodes dîHemcêi 


« 


&  A  ^  5'  ^*  ?f  3'  :  3*  s>  i  s  3;  3*  3?  3*  ^  s? 

<?•£  '•'l*)  gjlfi  lilS  fiiï  (ji&  (21&      kf,v  «ïi^      StS>  tefîy  <^^  IS»S  ^i.v-»  tfffr1  \3i§> 


*£*=.    ?*•/  ,«-i»j  vrf ->  ci'*'  >r^~;  v^*.-  _   -f^  if    .  s*p  c*^  \z+~>  Ç£5i  »rf»  i^v^ 
*i*  *jj»  W*  «j£»  *fc  *t*  *£  .  «£»•  *£    .  rjp  *£  +&  ,£  ^  #te 

LETTRE 

A    MONSIEVR 

DE  LAVNOY   D.  en  Th. 

SVR    LES     REMARQUES 

de  la  Tradu&ion  des  ocuures 

d'Horace. 


ONSIBVRj 

Puis  que  l/om  eftes  iauti  que 
ic  mette  des  Remarques  fur  ma  Verfion  iHo- 
race  qui  fut  le  diuertijjèment  de  ma  dernière 
campagne  ,  four  parler  en  termes  de  guerre, 
al/ngrdnd  Théologien  comme *> ous  j  pendant 
le  je  jour  de  quatre  mois  que  ie  fis  F  JEfté  dernier 
en  noflre  Proumce  de  Touraineite  les  fer ay 
les  plutfuccinfôes  qu'il  me  fera  pojïible ,  k  pro- 
portion que  tournage  qui  efl  dé-}a  fous  U 
preffe  %  auancera  par  la  diligence  de  mon  Im~ 
primeur.  Comme  ily  a  mille  belles  chofes  à  di* 


**9 

fcfiir  ccfujcïy&  quilfè  rencontre  Iwe  tn« 

finit é  de  lieux  dijiciles  >  i'ay  grand  peur  quel- 
les feront  encor  *Jfe2i  longues  ,  &  que  te  fa- 
tisferay  mal-aisément  a  1/oflre  atente  5  &  à 
celle  du  public*  le  me  doute  bien  quand  elles 
feront  imprimées  quil  m  en  remendra  beau- 
coup d'autres  en  i  esprit  >  que  le  ferou  rauy  d'y 
auoir  employées ,  aufii  bien  que  de  meflreem- 
fefch'e  d'y  laiffer  des  fautes  que  1/ous  pourrez^ 
itpperceuoir  dans  ma  Verfwn  >  comme  il  eji 
bien  croyable  quelle  nen  fer  a  put  exempte  5  non» 
plus  que  tous  les  autres  ouurages  de  cette  qua~ 
lit é  i  entre  lefquelsie  comprens  Ces  do  Bes  com- 
mentaires de  plufieurs  Ecrwains  fameux >td$ 
que  Lambin ,  Turnebe ,  Erafinc,  Scatiger ,  Le- 
uinus  Torrentius  5  &  le  rcjle  des  fçauans  Cri- 
tiques qui  fe  reprennent  fi  fouuent  les  yns  les 
autres   pour  l'intelligence  des  anciens   \Au- 
ïheurs  quils  nous  ont  donnes^  auec  beaucoup 
de  belles  cbferuatwns  ±  mais  il  ne  fera  plws 
temps.    Et  quand  taurois  parfaitement  rciifîi 
en  mon  defjew  3  quelles  louanges  m  en  pour- 
vois-Je  promettre  en  ce  temps ~cy  de  ceux  mef- 
mes  qui  sry  entendent  le  mieux  f  On  ne  je  l>an- 
ie  quafi  iamais  Jl auoir  leu  des  Ver  fions  ,&  f 
en  s'en  donne  quelquefois  la  peine  5  cela  ne 
faffe  que  bien  rarement  le  fecret  du  cabinet , 
depeur  d  en  laiffer  des  confequences  à  tirer  qui 
ne  fer  oient  pM  ajfez  mantageufes  pour  la  re* 

Yij 


putationduffauotr.  Mais  de  s  Ver  fions  de  s  V  oh 
tes  y  &  fur  tout  des  Poètes  tels  qu'Horace  > 
dont  tes  grâces  font  tellement  attachées  aux 
mots  >  &  autour  des  l>ers  quil  ejl  comme  im- 
pofible  de  les  enfcparer\  qui  fe  perfuade  quon 

y  ?Htf]e  faxrc  9*fty*'  c^(f€  de  boni  C'eflde  la 
forte  que  ten  ay  fouuent  ouy  parler  >  auant  que 
dyauoir  employé  du  temps-  +Aufi  ne  me  fuis  je 
put  flatté  d'y  ne  opinion  fi  auantageufe:&  après 
ma  fatisfaElion  particulière  j  te  nay  cherché 
en  te  labeur  que  Futilité  de  ceux  qui  ricntcn* 
dent  pas  fi  finement  le  Latin  que  l>ous  y  & 
aufjuels  le  fçœy  bien  que   les  pensées  de  ce 
grand  Poète  ne  font  pas  fi  familières  >  ny  fi 
faciles  à  demejler  de  beaucoup  de  phrafes  Grec* 
ques  3  <&  de  façons  de  parler  obfcures  a  no~ 
fire  é?ard  ,  quon  fe  le  pourroit  imaginer-  Si 
quelqu'un  eji  capable  d'en  tu^cr  fainement; 
te  fcay  ,  Monfieur,  que  ceji  1/n  efynt  comme 
le  Coffre  qui  toint  la  conrtoifie  &  la  douceur 
auec  ~ïne  grande  érudition  >  &  qui  enrichit  tous 
les  tours  defes  beaux  ouurages  3  &  de  fe  s  gran- 
des recherches  la  République  des  lettres  3  oh  ceux 
qui  fe  paf tonnent  le  plm  de  la  connoiffance des 
excellentes  ~ïente%^  en  trouvent  beaucoup  qui 
leur  ef  oient  cachées:  de  forte  que  l'on  peut  dire 
que  1/ons  nécriue^rien  qui  ne  foit  Ittile  aux 
fins  fçauans  ,  0*  dont  naît  toufwurs  infini* 

ment  profité. 

Voftre,&ç. 


M* 


RE  MARQVES 

SVR    LES    ODES 

D'HORACE. 


Vstativsch  fon  premier  îi- 
ure  fur  Mlliade  d'Homère  ,  dit 
que  Code  eft  vne  Poëfîe  propre 
à  chanter,  dont  le  fujet  doit  eftre 
haut  &  fublime  :  toutesfois  Ho- 
race n'a  pas  laiffe  dy  méfier  vn  genre  moins 
cleué ,  en  quoy  il  a  parfaitement  reliffi. 

Nous  en  auons  quelques  Traductions  en 
vers  du  ftile  de  l'autre  fiecle  ,  qui  pour  eftre 
rudes,  &  mefmes  difîciles  a  entendre  fi on  n'y 
apporte  vne  grande  attention,  ne  laiflent  pas 
de  nous  donner  en  quelques  endroits,  des  mar- 
ques de  l'érudition  de  leurs  Autheurs.  La  pre- 
mière que  fen  ay  vue  eft  de  Iacques  de  Mon- 
dot  du  Pu  y  en  Velay ,  Religieux  de  l'Ordre  S. 
[Benoift  au  Monafterc  de  la  Chaife-Dieu  en 
Auuergne,  qui  fit  imprimer  à  Lyon  Tan  1579* 

Y    H) 


34t  R  ï  M  A  R  Qjy  ¥   s 

fa  Vcrfîon  des  Odes  &  des  Epodcs  dont  le  corcv* 
mencement  efttel. 

Mon  Me  cène ,  du  [acre  tige 
Ijftt  des  Rojs  qui  four  veftige 
De  leur  nom  Vont  fuit  glorieux 
Reietton  de  la  viue  fiante 
Des  Etrufques ,  Cil  que  te  chante  y 
Et  d'où  s'écoule  tout  mon  mieux. 
Antoine  du  Verdict*  ficur  de  Vaupriuas  ,  &C 
François  de  la  Croix  du  Maine  >  ont  remarqué 
en  leurs  Bibliothèques  des  liures  François  im- 
primées à  Lyon  &  à  Paris  Tan  1584.  que  lac- 
ques  Pelctier  du  Mans  >  Mathématicien ,  Mé- 
decin, Se  Poète  y  auoit  recueilly  dans  Tes  œu- 
ures  poétiques  imprimées  à  Paris  chez  Vafco- 
zan  Tan  iH7-  trois  Odes  d'Horace  ,  dont  ie 
»'ay  rien  pu  trouucr. 

Depuisî  Luc  de  la  Porte  Parifien  Douleur  en 
Droi(5b,  ôc  Aduoc^t,  fit  imprimer  à  Paris  l'an 
1584.  fa  Traduction  en  vers  de  toutes  les  ceu- 
ures  d'Horace  ,  dont  ie  rapporteray  quelque 
exemple  en  mes  Remarques  fur  la  féconde  Pat- 
tic  de  cçt  ouurage. 

Enfin  Robert  ôc  Antoine  le  Cheualicr  d'A- 
gneaux de  Vire  enNoimandie  >  publièrent  au£ 
fivneTrodudionen  vers  de  ce  mefme  Poète 
Lan  1588.  laquelle  ils  dédièrent  au  Roy  Henry 
III.  après  vue  autre  de  Virgile  qu'ils  luy  pré- 
sentèrent Tan  15*2.  Voicy  quelques  vers  d# 
commencement  de  leur  Horace. 

Mécène  ,qui  prens  ta  Naiffance 
De  Rojs  a  jeux  ,  0  ma  deftnee  ? 


*VR  lei  Odes  d'Horace.       34.J 
Mon  honneur  ,  &  ornement  doux. 
Les  vns  fe  plaifcnt  entre  tous 
Dans  vn  char  cueillir  la  fondrière 
Par  l'Olympienne  carrière^ 
Et  la  borne  que  roide  fuit 
La   roue  &  la  palme  qui  fuit 
Noble  prix  ,  (heur  de  la  vitioire-j 
Eleue  aux  Dieux  de  ceux  la  gloire. 
Qui  font  au  monde  les  Seigneurs  ,  &C. 
Outre  ces  vieux  Authenrs^ie  n'oubliray  pas  da-c 
mes  Remarques  les  noms  de  ceux  qui  ont  imité 
ou  Traduit  quelques  Odes  de  cet  cxcellét  Poè- 
te, comme  Pierre  de  Ronfard,  Ioachim  du  Bel- 
lay,Nicolas  Rapin ,  Philippes  des  Portes s  le 
Cardinal  du  Perron  &  autres,  fans  parler  d'v- 
ne  Verfîon  en  proie  des  Odes  &  Epodes  qui 
fut  imprimée  àParis  en  165  ^.fi  on  la  peut  appel- 
1er  Verfion,  parce  qu'elle  n'eft  pas  faite  auec 
tout  le  foin  6c  auec  toute  d'intelligence  qui 
auroit  efté  à  defîrer.  Le  commencement  de 
fou  ouurage  eft  tel.    Ne  portez,  point  d?enwe7 
dit-il  y  4  ceux  qui  touchez,  de  vanité  dans  les  ieux 
Olympique s, traînez,  par  des  cheuaux  dans  vn  char^ 
fe  plat fent  a  faire  voler la  pouffer e  3  &  par  vn  in- 
duflrieux  artifice  &  conduite  approcher  la  carriè- 
re fans  la  toucher  pour  emporter  le  prix  delà  cour- 
fe  &  fe  fignaler ,  &c.  ScdansTOde  11.  dui.  li«< 
ure  de  cette  belle  pièce,  ouie  tombé  d'abort, 
apresyauoir  remarqué  des  ftancesentiereméc 
oubliées  comme  il  fait  en  beaucoup  d'autres 
lieux,   il  dit  fur  la  troiûefmc.  Mon  lala  ,  les 
loups  les  plus  rauijfans  ,  &  les  montres  les  plut 
effroyables  me  voyant  ienfuyent^  §c  pour  la  fia. 

Y  iiij 


544       RZMARQVFÎ    SVR     LE    I.    LlV. 

h  cheriray  toufiQHrs  &  cha>tteray  mon  lala> in- 
nocent, pour  le  Latin  dulce  ndentem  La'agen 
Amabo ,  duke  locjucntem.  Mais  il  le  faut  exeufer 
puis  qu'il  a  cru  bien  faire,  dans  l'opinion  qu'il 
tuoit  (ans  doute  d'entendre  bien  cet  Autheur, 
âuec  tous  les  feins  qu'il  y  auoit  pu  apporta  :  & 
certes  fi  on  n'yreiuTn  pas  toujours  comme  il 
|eroit  à  fouhaircr,  le  penfe  que  les  trinques 
ne  doiuencpas  vferde  toute  leur  feuerité  pour 
condamner  tout  à  fait  vn  o.uurage  de  cette  qua- 
lité, où  ie  voy  à  toute  heure  que  les  plus  grands 
hommes  &  les  plus  confondiez  dans  la  con- 
noiiïànce  de  l'antiquité  font  repris  dans  leurs 
Commenteurs  de  l'aiioir  mal  entendu,  &mai 
expliqué. 


m 


Sur  la  fi  ode  du  L  Liure. 

li  /~\  Mécène  fertide  race  Royale.  Ce  per- 
Vyr  fonnage  aflez  recommandable  pour 
l'affection  qu'il  porcoic  aux  gens  de  lettres  du 
temps  d'Auguftc  eftoit  de  la  famille  des  Cil- 
niens ,  laquelle  tirait  fon  extraction  des  Roys 
dEtrurie,  comme  l'a  aufÏÏ  remarque  Proper- 
ce qui  dédia  fon  troifiefme  Liure  à  ce  Mece- 
nas>  où  il  a  mis  ce  vers 

Jïdecenas  E^nes  Etrufcti  de  fanouine  Revum. 
Son  père  s'appelloit  Menodo.re  ,  fon  Ayeu! 
Mcnippe  ,  &  fon  bifiyeui  Cecinna  Roy  des 
Çtruriens ,  s'il  en  faut  croire  quelques  Inter- 
prètes. Noftre  Poète  parle  de  iuy  en  pluficurs 


des  Odes  d'Horace.  34J 

endroits  &luy  dédie  7.  Odes. y  EpodeM.  Sa- 
tyres ôc$.  Epiftres. 

1.  Sorti  de  race  Royale ,  Se  non  pas/Jm  de  Roy  s 
tes  Ayeuls  comme  il  y  a  au  Latin ,  parce  que 
fini  fuppofe  nécessairement  £  Aywls  ^  ce  qui 
jieferoit  pasfuportableennoftre  langue. 

Nicolas  Rapin  Poi<5fceuin  grand  Preuoft  de 
la  Conneftablie  qui  a  imité  cette  Ode,  par- 
lant au  Duc  de  Suiily  la  commence  ainfi. 
Race  des  Dhcs  de  Flandre ,  tlluflre  de  Bethune* 
O  (honneur  &  fappuy  de  ma  faible  fortunes 
Il  fa  trouue  des  <rens  qui  n  ont  autre  plaiftr 
Jpuà  bien   courre  la  bagne  &  £<vn   noble 

defir    * 
Tiquer  bien  vn  cheual ,  rompre  bien  vnelance* 
£t  fatre  en  vn  tournoy  paroifire  leur  vail~ 

lance ,  { 

S'eflimans  plus  que  Roy  s  ,  quand  de  Chômeur 

cprfc  •  *i 

En  fitueurd'vne  Dame ,  ils  emportent  le  pris, 
ôcc. 
Depuis  ,1e  Cardinal  du  Perron  l'a  auflîimitée 
en  cette  forte. 

Race  de  tant  de  Roys  viuans  dedans  FHi~ 

ftoirey 
Mécène  >  œil  des  neuf  fmrs  >  mon  fupport  & 

ma  gloire. 
Les  vns  aiment  auoir  leur  char  ambitieux 
Ombrager  l'air  de  poudre  en  fuyant  la  bar- 


rière 


Et  la  palme  riante  au  bout  de  la  carrière* 
Noble  prix  des  vainqueurs*  les  met  dedans 
les  Cienx* 


346  Remarques  svr  le  I.  Liv. 
5.  Dans  vnchar.  Du  Latin  Cumculo  que  d'au* 
très  auroient  voulu  traduire  dans  la  carrière* 
parce  que  le  mot  renient  à  l'vn  &  à  l'autre  : 
mais  ie  ne  fuis  pas  de  leur  auis  à  caufe  de  ce  qui 
fuit  Afcta-que  ferHidis  euitata  rotu: 

3.  Des  leux  Olympiques. Ces  jeux  furent  infti- 
ïuezpar  Hercule  depuis  qu'il  eut  vaincu  Au- 
geas,  &  deftruit  la  ville  d  Elide.  Toutesfois  Pa- 
terculus  en  attribue  l'origine  à  Iphitus  Elecn. 
Les  fameufes  Olympiades  ont  pris  de  là  leur 
origine  &  leur  nom. 

<*.  Fait  monteriez  Seianeurs  de  la  terre  au  feionr 
des  Oïeux  >  c  elt  a  pire  ,  les  égale  aux  Dieux  ,  ou 
les  rend  comparables  aux  Dteux  '  mais  l'autre 
cxprefîîon  a  quelque  chofà  de  plus  noble  Se 
plus  poétique  ,  &  fe  peut  auffi  bien  fouffrir  que 
le  f$ns  de  ces  paroles  qui  font  en  fuitte  me  Diis 
mifcent  fuperis >  &£  cet  autre  encore,  fubltmi 
fermm  Cidera  vertice. 

8.  Par  de  triples  honneurs*  Par  les  honneurs  des 
grandes  charges  de  Rome  ,  comme  d'Edi- 
le >  de  Prêteur ,  &c  de  Conful  qui  fe  donnoienc 
parles  fuffrages  du  peuple  ,  qu'il  appelle  Jguj- 
rites  du  nom  de  lytnnn,  c'eft  à  dire,Romulus 
premier  Roy  des  Romains. 
9.  Dans  les  aires  de  Lybte.  Parce  que  cette  Pro- 
uince  de  l'Afrique  eftoit  tres-fertile  en  bleds. 
aires  qui  traduit  parfaitement  areis  fignifie 
proprement  la  place  où  Ion  bat  le  bled. 
11.  Atale,  C'eft  le  nomd'vn  Roy  de  Pergame, 
ôc  félon  d'autres  de  toute  l'Afie  ,  qui  fut  vn 
Prince  tres-puiiïant,  Se  fit  le  peuple  Romain 
fon  héritier. 


Des  Odes  d'Horace.  ^47 

ty   Vaijfeau  de  Cjpre    Pour  quelque  vaiflcait 

que  ce  foit ,  &  dit  <fc  Cy/?n?  ,  parce  que  cette  lfle 

produifoit  abondamment  des  arbres  propres  à 

faire  des  vaifTeaux. 

14.  La  merde  Negrepûnt.  Il  y  a  au  Latin  Myr* 
toum  mare  ,  qui  eft  vn  nom  tiré  de  Mynom  co- 
cher d'Oenomaus  ,  d'autres  l'appellent  Myr~ 
tile  fils  de  Mercure  :  mais  parce  que  Myrtoe 
fait  vne  prononciation  des-agreable,  i'ay  mieux 
aimé  traduire  de  Negrepont  qui  eftvn  autre 
nomde  la  mefme  mer,  emprunté  dp  cette  lfle 
fi  fameufe  autresfois  5appçllée£^^. 

if.  Vent  Africain.  C'eftvn  vent  qui  vient  du 
cofté  de  l'Occident  d'Hyuer  ,  nos  Matelots 
l'appellent  Sndoeft. 

15 .  Mer  Icariennc*  Elle  fait  partie  de  la  mer 
Egée ,  auiourdhuy  fArchtpelague,  &  prend  ion 
nom  d'Icare  fils  de  Dédale  qui  fe  noya  de- 
dans. 

1 8 .  Ne  fe  pouuant  accoutumer  a  la  pauuretc\ 
le  mot  inâocdis  qui  eft  au  Latin,  fignifie  pro- 
prement qu'il  n'eft  pas  capable  d'eftre  in- 
ftruit  à  fouffrir  la  pauureté ,  mais  nofëre  ex~ 
prefîion  eft  plus  Françoife ,  8c  rtuient  mieux  ce. 
fne  femble  au  fens  de  l'A  ut  heur. 

1  %  Jpui  Je  laijfent  charmer  par  la  vieille jfe  de§ 
vtns  Magiques ,  a  plus  de  force  que  le  Lacin  nec 
fpemit,  mais  il  n'en  fera  peut  eftre  pasiugé  de 
plus  mauuaife  grâce  ,'cftant  vne  chofe  allez  fur- 
prenante  de  fe  lailfer  charmer  par  la  vieilieffe, 
filon  n'y  adioûtoit  incontinente;  vins  Map* 
ficjpies  qui  eftoient  d'autant  plus  recommanda- 
klcs  qu'ils  auoieut  d'antiquité  ^  ce  qui  me  faic 


348      REMARQUES    S  V  R    LE    I.     L  I  V. 

croire  que  les  anciens  auoient  d'autres  inuen- 
tions  que  nous  n'auons  pas  pour  conferuer  fi 
long-temps  le  vin  en  fa  bonté. 

19.  Mujficjucs  eftvnnom  de  certaines  monta- 
gnes dans  la  Campanic  ,  auiourdhuy  Monte 
A'Iarfo  ,  ou  Monte  Dragon  e. 

xi.  Des  vaijfiaux  facrez,.    Car  les  anciens  te- 
poient  que  toutes  les  fontaines  auoient  quel- 
que choie  de  (acre ,  comme  dans  le  quatriefmc 
Liurc  des  Georgiques  de  Virgile  , 
Triftis  ad  extremt  facrum  caput  ajlitit  am~ 

ni  s. 
14.  Pays  des  Mar/es  eftoit  ioignant  lesSamni- 
tes  &  les  Peligniens.  Les  peuples  en  eftoienc 
belliqueux  &c  grands  chafieurs. 

31.  Mejeparent  du  peuple.  Ç'eft  à  dire  des  fen- 
timens  vulgaires:  car  les  grands  ouurages  qui 
ie  font  dans  la  retraite  par  vne  longue  médita  - 
tion  ,  éleuent  en  quelque  façon  les  beaux  ef- 
prits  au  dellus  du  refte  des  hommes ,  &  les 
exempte  mefmc  en  ce  monde  des  loix  de  la 
mort. 

34.  Luth  lefbien.  C'cft  àcaufede  Sapho  & 
çT  Alcée  de  Tlfle  de  Lefbos,  de  qui  la  poefic  Ly- 
ri  que  aprisfon  origine,  Lesbos  s'appelle  au- 
iourd'huy  Metelin. 

36.  "De  mon  front  glorieux  qui  rcuient  bien  au 
fens  de  futtimi  vertke  quoy  qu'il  ne  rende  pas 
la  propre  lignification  des  mots,  qui  n'euftpas 
eftéfupportable  en  François. 


dès  Odes  d'Horace. 


340 


Sur  l'ode  II*  du  I.  Liure* 

I.  T   E  père  de  toutes  chofes.  Le  Latin  porte  féli- 
JL^lciriét/f^r^paroùlePoëtcentédlupiter. 

2.  De  fa  main  flamboyante.  C'eft  à  çaufe  de* 
foudres  que  Iupiter  lance  de  fa  main,  appel- 
iez par  Pindare  traits  de  feu  lancez»  de  fa  main* 

3.  Les  forterejfes  façries.  Le  Capitole  ou  les 
temples  des  Dieux. 

6.  DePyrrhe.  Les  fables  ont  dit  de  cette  fem- 
me ,  qtfaue c  fon  mary  Deucalion ,  elle  repara 
lés  ruines  du  gtre  humain  qui  périt  par  le  délu- 
ge,dot  le  Poète  fait icy  vne agréable defcriptiô. 

ï  o.  Des  oy féaux.  Il  y  a  colombes  au  Latimmais 
c'eft  vne  eipece  pour  tout  le  genre. 

1 4.  Du  bord  Tofcan.  Car  le  Tybre  tombe  dans 
la  mer  Tyrrhene  fur  les  frontières  de  la  Tofca- 
nc,ou  dcTEtruric. 

ij.  Les  tombeaux  des  vieux  Roy  s  ou  le  palais  de 
Numa  qui  n'eftôit  pas  loin  du  bord  de  la  riuie- 
re  non  plus  que  le  temple  de  Vefta  que  ce  Roy 
fit  baftir  tout  auprès. 

17.  Defwépoufe  llic  :  Carie  Poète  veut  que 
Iules  Ccfar  &  toute  la  famille  des  Iules ,  foient 
décendus  de  cette  llic  femme  de  Mars,  ou  du 
Tybre ,  ou  comme  d'autres  l'aiment  mieux  du 
petit  Amené  ou  Teueronc  qui  tombe  dans 
le  Tybre.  Cette  Ilie  ouRhee  Siluie  eftoit  fille 
de  Numitor  fils  de  Procas ,  &  fut  preftreflè  de 
Vcfta, 


j;o   Remarques  svr.  ie  I.  Liv. 

19.  J>htoy  cjue  Inciter  nen  fott  pa*  dauis.  Le 
Poercpourfauonfer  Augufte  attribue  la  caufe 
du  débordement  du  Tybre  au  maflacre  de  Ce- 
far  forty  du  fang  d'ilie  femme  de  ce  fléuue,  qui 
l'obligea  après  la  mort  de  (on  petit  fils  d'en  té- 
moigner ion  reflentiment  à  la  ville  de  Rome. 

24.  La  rare  teunejfe  C'eft  à  dire  la  pofterite 
Romaine  qui  ne  fera  pas  finombreufe  qu'elle 
euftefté,  fans  les  horribles  maflacres  qui  fe  fi- 
rent durant  les  guerres  Ciuiles,  voyez  fur  ce 
fujetle  7.  Liurede  Lucain. 

22 .  Les  Perfes^ou  les  Parthes  ou  les  Medes,car 
ces  noms  eftoient  fouuent  confondus  par  les 
anciens.  Le  Poète  confidere  ceux-cy  comme 
les  plus  redoutables  ennemis  de  l'Empire  Ro- 
main. 

27.  Les  famées  vierges.  Cefontles  Veftalcs 
qu'il  appelle  [aimes  à  caufe  de  leur  pureté,  en 
gardant  le  feu  facré  de  la  DeefTe  Vefta  ,  qui 
eftoit  adorée  par  les  Romains  comme  la  Pro- 
te6fcrice  des  Foyers. 

3} .  Gtaciekfe  Erycine  ,  ou  riante  Erycine  qui  eft 
vne  Epithete  qu'Homère  donne  aflez  fouucnt 
à  Venus,  Tvnedes  Prptc&ncesde  Rome  pour 
eftre  mère  d'Enée,  de  qui  les  Romains  font 
defeendus  ,  &  font  quelquesfois  appeliez  de 
(on  nom,  comme  dans  le  Lucrèce  que  i'ay  tra- 
duit. 

v£neadum  genitrix  hominum  dinumque  vq™ 

Itiptas ,  Aima,  Venus. 

On  dit  Venus  Erycine,  à  caufe  d'vn  fien  fils 

appelle  Erix  >    ou  à  caufe  d'vne  montagne 

cjui  porte  le  mefme  nom3où  elle  eftoit  honorée; 

\ 


dés  Odes  d'Horace.  ^ 

?6.  Autheur  de  la  nation  Romaine.  Il  entend 
ftlars  père  de  Romulus  qui  fonda  la  ville  de 
Rome. 

43.  O  noble  filsde  Maye  ',  c'eft  Mercure,&  par 
Mercure  le  Poète  entend  Jugufle,  qu'il  fuppo- 
fe  eftxe  vn  Dieu  qui  pour  vn  temps  s'eft  rcueftu 
d'vn  corps  mortel. 

45.  Ne  retourne  point  au  Ciel  que fort  tard. C'eft, 
vne  manière  de  loiicr  bien  obligeante  >  à  peu 
près  femblable  à  celles  que  i'ay  Traduites  au 
commencement  des  Gcorgiques  de  Virgile,  & 
du  1.  Liurede  Lucain dédié  a  Néron,  où  cet 
Autheur  écrit 

- — te  cum  fiatione peraFla 

jiftra  petes  ferm>  pralati  regia  cœli 

Excipiet  gaudente  polo—— 

50.  D e  père  &  de  Prince  des  peuples.  Augufte 
auoit  mérité  cet  éloge  par  fa  prudence,  &  par 
les  biens-faits  :  &  fi  toutes  les  Telles  courons 
nées  prenoient  de  bons  confeils,  elles  s'effor- 
ceroient  &  pour  la  Majefté  de  leur  Empire ,  Se 
pour  leur  propre  gloire,  defe  rendre  dignes? 
àYntcl  honneur. 


Sur  Vode  II L  du  I.  tiure. 

I»T) Vivante  Deejfede  Cjpre.  C'eft  Venus,par- 
A  ce  que  lifte  de  Cypre  luy  eftoit  particu- 
lierement  dédiée  >&  le  Poète  l'inuoquepour 
eftre  fauorabie  au  voyage  de  Virgile ,  parce 
que  Venus  eftoit  fille  de  ia  mer. 


35*    Remarques  svrieI.     L  i  v. 

Le  Cardinal  du  Perron  qui  a  Traduit  cette 
Ode  ,  la  commence  de  cette  forte. 
A:njila  L>eejfe   Cyprinc 
Fille  de  (écume  marine  , 
A/nfi  les  celé  fie  s  'iumeaux 
yl (1res  adorez,  fur  les  eaux, 
jfinfi  des  vents  fhumtdc  perâ 
Ton  cours  heureufement  tempera. 

1.  Les  frères  d'Hélène,  Caitor  &  Pollux  qui 
naquirent  jumeaux  auec  Hélène  &  Clitemne- 
ftre  femme  d'Agamemnon,  enfans  de  Iupiter 
&  de  Lcda  ,  lefquels  ontvneconftellation  aii 
Ciel 

4.  Celuj  qui  foufle  du  cofié de  la  Poi?i/le,  c'eft  le 
vent  fflpjrgt  que  i'ay  mieux  aimédefigner  par 
le  lieu  de  fa  naiffance  que  d'employer  fon  nom 
dans  la  Verfion  5  à  caufe  qu'il  n'eft  pas  beau, 

6.  De  Vtrgile  Horace  qui eftoit  amy  de  Virgi- 
le comme  il  paroift  bien  par  cette  Ode3luy  en  a 
dedicvdeux  ou  trois. 

9.  Vn  dur  plafiron  reuient  bien  au  Rohuràw 
Latin ,  quoy  qu'il  nerehde  pas  la  propre  lignifi- 
cation du  mot  qui  veut  dire  vn  cbefne,  ou  dii 
bois  dechefne  qui  eft  fort  dur. 

14.  Hjades  vne  confteilation  pluuieufe,dôt  le 
nom  Grec  eft  tiré  de  for  effet.  LesHyadesqui 
font  cinq  en  nombre  ëltoient  fœurs  des  fèpt 
Ployades  >  &  toutes  filles  d'Atlas  &c  d'i£tra ,  le$ 
premières  qui  a  force  de  pleurer  Hyas  leur  frè- 
re tué  par  vn  ferpent,  furent  rangées  par  Iu- 
piter entre  les  feux  du  Ciel. 

14.  Autans  vents  de  Midy  qui  apportent  les 
pluyes,  que  nos  Matelots  appellet  vent  de  Sud. 

ij.  Met 


SES     OtfE'5     D'HéRÀCL  {$ 

.  t$.  Mtr  -ddriavque,  ou  merfiiperieure,  aii- 
iourdhuy  le  goulfe  de  Venife. 

10.  Rochers  de  C eratt>  e.oii  d  crauccrat*mem*Q$ 
font  montagnes  dcfTEpire,ainfi  appellées  à  Câu- 
fe  de  leur  hauteur ,  qui  les  rendiujetesà  eftrç 
Frappées  de  là  foudre,  t/atitres  les  appellent 
feulement  Cerannes  5  comme  Virgile  au  5.  Litige 
de  l'Enéide, 

Prouehimnr  pela  00  vïcina  teràùnià  w$t&  , 
Et  difent  que  ces  roches  ou  montagnes  font  e$ 
Scythie. 

14.  Nattires  impies>patcc  qu'elles  ont  en  quel- 
que façon  négligé  &  méprifé  le  çonftîl  de$ 
Dieux. 

25.  La  race  audàcieufe  de  lapet  ou  hardie ,  c'eft 
Promethée  qui  fût  aîTcfe  hardi  pour  dérober  le 
feu  de  Iupiter.  C'eft  pourqudy  tous  les  hom- 
mes eh  ont  fbuffert  beaucoup  de  peiiies  ,  &  lu  f 
mefmes  en  fut  griéuement  puni.  La  moralité 
de  cette  fable  eft  fort  confiderable  3  &  par  Ikpei 
quelques- vns  ont  voulu  entendre  iapiiet  Tvn 
desenfans  deNoé. 

5  2.  La  Tftort  autres 'f "ois plm  éloignes  de  riolu  quelle 
nefi  k  prefent'i  rément  bien  à  ce  que  nous  îifons 
dans  les  Saintes  Efcritures >  qu'au  dëfliis  de  la- 
phet  &  de  Noé  la  vie  des  hommes  eftoit  beau- 
coup plus  longue  qu'elle  n'eft  àprefenr. 

34.  Dédale  tout  le  mondefçau  lafahlèdëcé 
Dédale  qui  fe  fit  des  ailes  pour  voler  au  Ciel 
àuec  fon  fils  Icare. 

39.  N oit* empefchmts par neftre fafne->&c.Qat en 
effet  nousfommes  caufe nous-mefmes par  nos 
péchez,  que  Dieu  ne leue point  fes  féaux  d« 


354     R  e  m  A  R  qv;  e s  s  v  r  l  i  I.  L  i tri 
defTus  nos  tcftcii  Cette  fcntencc  à  mon  aui$  cft 
digne  d'vn  Chrefticn, 


Sur  ïode  I V.  du  I.  Liure. 

10.  T^\  E  fleurs  que  nombre  fente  lefcin  de  la  ter* 
JlJ  re  qui  Je  découvre ,  rend  afTcz  heureufe- 

ment  le  fens  des  paroles  Latines ,  encore  qucl- 
les  ne  foient  pas  tournées  dans  leur  propre iî- 
gnification  qui  ne  reiïilirok  pas  fi  bien  en  na- 
ître langue. 

11.  A  Faune  Denys  d'Halicarnafle  dit  que  Fau- 
ne qui  fut  Roy  des  Aborigènes  d'Italie  &  fils  de 
Mars  ,  fut  honoré  par  les  Romains  comme 
vne  diuinité  du  pays  ,  quelques-vns  veulent 
que  ce  Faune  (bit  le  mefmc  que  Pan.  Virgile 
parle  de  luy  en  fon  feptiefmc  Liure  de  l'E- 
neide. 

Jit  Rexfoûicitué  mdnftrù ,  oracula  Fauni 

Fatidici  genïttris  adit— 
18,  Par  le  fort  de  s  dez»  ta  royauté  du  vin.  Car 
les  anciens  faifoient  auffides  Royspourla  dé- 
bauche, aufquels  tous  ceux  quieftoientaflîs  a 
table  rendoient  vne  parfaite  &  prompte  obeyt 
fance ,  &c  ne  beuuoient  point  (ans  fa  permiflion. 
Noftre  coutume  des  Roys  de  la  febue  a  fuceede 
a  cet  ancien  vfage* 


dès  Odes  d'Horace» 


Î5S 


Sur  Vodc  V.  du  l.  Liurel 

14.  T  A  /acre  paroy  qui  fouflieut  le  tableau  de 
\~jmon  vœu.  Ceft  à  dire  la  paroy  d*vn  tem- 
ple fur  le  bord  de  la  mer ,  où  ceux  qui  auoienc 
éuité  le  naufrage  appandoient  leurs  vœux  :  car 
la  fuperftitiondes  Payens  leur  fuggeroit  aufll 
la  deuotion  des  voeux  ou  des  exvoto*  comme 
la  pieté  Chreftienne  les  a  permis ,  pour  le  cul- 
te du  vray  Dieu. 


Sur  l'ode  VI.  du  I.  Livre. 

i .  "T  7  Arim  écrira  de  ta  valeur ,  &Cc.  La  con- 
V  ftru£tiondes  paroles  Latines  n'eft  pas 
fans  difficulté,  &  fouffre  des  fensaiïèz  diffé- 
rents, &  vn  peu  trop  fubtils  comme  celuyde 
Pafferat  &  de  quelques  autres  ,  mais  i'ay  efté 
de  Fauis  de  Lambin  qui  m'a  femblc  le  meil- 
leur. 

8.  Vhorrible  mai  [on  de  Pelops,  à  caufe  des 
crimes  de  Tantale  père  de  Pelops,  d'Atréc  &c 
de  Thicfte,  aflez  connus  de  tout  le  monde,  fans 
parler  d'Agamemnon  &c  d'Oreftede  lamefme 
Famille  qui  périrent  mal-heureufement ,  &par 
tant  de  tragédies  qui  ont  efté  faites  fur  ce 
fujet. 

loi    Sur  vne  lyre  peu  guerrière.    Il  entend 

Z   ij 


}\t  RbUrqves  svii  LF  I.  Liv. 
fur  la  fienne  qui  ne  fc  plaifoit  nullement  à  écri- 
re de  !a  guerre  ,  ny  des  grands  exploits ,  ou  du 
moins  qui  n'en  vouloir  pas  écrire  de  longs  ou- 
tirages  ,  comme  il  nous  paroift  aflez  par  tous 
ceux  que  nous  auonsde  luy. 

15.  De  Merion.  Homère  donne  de  luy  des 
témoignages  îlluftres  dans  ion  Illiade,  en  le  fin- 
faut  paroiftre  fduuent  auprès  d'Idomcnée, 
comme  fon  fidelle  amy  &  compagnon  qui  le 
guidoit  dans  les  combats 

î6.  Diomede  égal  aux  Dieux  par  le  fecours 
de  Fallu.  Il  eftoit  fils  de  Tydée  ,  &  fit  des 
a  étions  fi  mémorables  durant  le  fiege  deTroye, 
comme  de  blefler  Venus  à  la  main  ,  &  Mars  au 
genou  félon  le  témoignage  d'Homère  au  cin- 
cjuiefme  liure  de  fon  Illiade,  que  Pindare  a 
parlé  de  luy  comme  d'vn  homme  que  Mineruo 
auoit  dépouillé  de  tout  ce  qu'il  auoit  de  mortel, 
1^.  Nqhs  faifons  des  ch  an  fins  à  boire.  Tau- 
rois  pu  traduire ,  nous  chantons  les  feftins ,  com- 
me il  y  au  Latin,  nos  conuinia  ;  mais  il  n'aurait 
pas  efté fi  agréable,  &neferoit  pas  fi  bien  re- 
uenu  à  noftte  vfâge.  Et  puis  il  mefemble  que 
chanter  les  feftins  &  faire  des  chanfons  à  boire 
eft  quafi  la  mefme  choie. 


Sur  l'Ode  VIL  du  I.  Livre* 

ï.    T  'EfcUtante  Rhodes.  Il  y  a  au  Latin  C/4- 

JLJram  Rhodum>  parce  qu'elle  eft  toufiours 

eclairéepar  les  rayons  du  Soleil ,  dont  le  Go- 


DES    OdhS    p'HoRAÇ!.'  tfj 

îofle  qui  eftoit  vne  des  mcrueillcs  du  inonde, 
luy  a  donné  beaucoup  de  réputation. 

1.  Mitylene^ft,  la  ville  principale  de  Lefbos, 
aujpurdhuy  Metelin. 

1.  Ephe ftyvillt  dans TAfie mineure  baftie  par 
les  Amazqnçs  &C  célèbre  par  le  temple  de 
Diane. 

1.  Corinthe s  ville  fituée  fur  l'Iftme  a  l'entrée 
du  Peloponefc  entre  les  deux  mers,  Ionienne 
&Egée 

5,  Thebcs,  ville  de  la  Beotie  baftie  par  Cad- 
mus  peçe  de  Semelé  qui  fut  mère  deBacckus. 

3.  'Dçlphes  ,  fut  célèbre  par  les  oracles  d'A- 
pollon. 

4.  Tempe \  eft  vne  vallée  agréable  dans  1^ 
Theflalie ,  m  ttauers  de  laquelle  pafle  le  fleu- 
ue Penéc. 

9,  Argos^  ville  du  Peloponefe  où  fç  nouç* 
riflpient  de  fort  beaqx  cheuaux. 

9.  Mycenes,  ville  du  Peloponefe  capitale  du 
Royaume  d'Agamemnon. 

10.  Laçedemone ,  autrement  SparfikejVillç, 
du  Peloponefe. 

il  Larijfe,  ville  de  Macédoine  fituée  fur 
le  Golfe  Pelafgien.  Euitatius  dit  quelle  s'appel- 
loit  autresfois  Argos  , ^jourd'huy  LartzJzJo. 
Tputesfois  il  y  a  vne  autre  LarifTe  fituée  dans 
la.  mefme  contrée  fur  les  bords  de  Penée  >  quei- 
quesfois  appelléc  Argijfa,  ou  Argura.  On  a  re- 
marqué encore  vne  autre  Lanffe  auprès  du 
Mont-Ofla  :  vne  autre  en  Syrie,  vne  autre  dans 
le  Peloponefe  autour  d'Elée,  Se  vne  autre  en 
Lydie. 

Z  iij 


J5&     RlMARQVH    SVR    LI  I.    Liv. 

n.  Anton  ou  Anienc,  aujourd'huy  Tetterc- 
xc,  flcuue  qui  naift  au  territoire  des  Gabicns 
proche  d'Albc  félon  Strabon:  &  delà  parles 
Marfes ,  il  coule  a  Tiuoly  pour  fe  rendre  dans 
le  Tybreà  trois  milles  de  Rome.  Pline  1. 3.  ch. 
it.  met  fà  fourec  en  la  montagne  des  Treba- 
niens ,  où  il  reçoit  les  eaux  de  trois  lacs  auprès 
dvn  lieu  appelle  SubUcHS->  aujourd'huy  So//*™. 
Mais  Tacite  les  appelle  les  cftancs  ou  marcts* 
Simbrittiens  ,  quand  il  parle  de  la  fontaine  que 
l'Empereur  Claude  amena  à  Rome.  Simbrinie* 
félon  Petrus  Marfus  eft  vne  riuiere  desEqui- 
colcs  qui  eft  au  deflus  de  Tiuoli ,  fou  eau  eft 
fortfroide.  Il  fut  appelle  Anien,  du  nomd'A- 
nius  Roy  des  Tofcans  qui  s'y  précipita  de  de- 
fefpoir  ,  pour  n'auoir  pu  ataindre  vn  certain 
Cethegus  qu'il  pourfuiuoit  à  çaufe  qu'il  luy 
^uoitenleué  fa  fille. 

1$.  Albnnée,  C'cftoit  vn  boisfacré  où  il  y 
auoit  vne  fontaine  portant  le  mefme  nom. 

15.  Ttburne.  Fut  ceJuy  qui  ietta  les  pre- 
miers fondemens  de  Ttbnr  ou  de  Tiuoly. 

21.  Ttnolj  ou  Tybur  ville  du  Latium,  au- 
près du  petit  Anie  ouTeuerone,àfêize  milles 
de  Rome,  fur  vne  haute  croupe  de  montagne 
au  dertbus  de  laquelle  eft  la  fontaine  Albunce. 

ii.  SaUmine.  C'eftoit  vne  Ifle  où  regnoic 
Telamon  pere  de  Teucer  tk  d'Ajax  ,  auprès 
d'Eleufis ,  où  l'armée  Nauale  de  Xerxcs  fut  de- 
faite  par  Themiftocle.  Il  y  eut  vne  ville  du 
mefme  nom  bathe  par  Teucer  dans  Mie  de 
Cyprc. 


bks  Odes  d'Horaci,1         # j 


Sur  Vode  VI  IL  du  L  Lime. 


9.  TTX  E  toucher  4  l'or  du  Tybre>  eft  de  meil- 
X^leure  grâce  à  mon  auis  que  d'auoir  tra- 
duit de  toucher  au  Tybre  iaune  ,  encore  qu'il  y 
ait  au  Latin  Timet  flauum  Tiberim  tangere* 

14.  LefilsdeThetù.  C'eftAchile  que  fa  mè- 
re cacha  fous  vn  habit  de  fille,  afin  de  n'eftre 
pas  connu  dans  l'Ifle  de  Scy  re ,  où  il  fut  décou- 
uertparvne  inuention  dVlifle. 

16.  Les  Ljciens<>  (ont  mis  en  cet  endroit  pour 
Us  Troyens,  aufquels  ils  donnèrent  fecours 
contre  les  Grecs. 


Sur  l'Ode  IX.  d»  I.  linre. 

1.  Ç*Oratte,  eft  vne  montagne  de  la  Tçfcane 
Oaflez  près  de  la  Flaminie ,  au jourd'huy, 
morne  di  S.  Silueflro^  &  monte  di  S.  Treflo. 
Virgile  en  parle  dans  (oa  onziefme  liure  de 
l'Enéide. 

Summe  denmpinfti  euflos  SoraElis  Apolfr. 
8.  La  pippe  Sabine.  Il  y  a  au  Latin  Sabina 
diota,  qui  eftoit  vne  forte  de  vaiffeau  à  deux 
ances  rmais  on  traduit  ces  noms  anciens  com- 
me on  peut  3  &  il  eft  indiferent  de  dire ,  pippe, 
tonneau ,  poinçon ,  muy ,  ou  barril. 

2   iiif 


j6$     Remvrqvcs   svr  le  1.  Liv. 


Sur  ÏOde  2C.  du  I.  Lime. 


ï.    "1  Jt  Ercure  petit  {H*  d  Athu  ,    parce  qu'il 
JL  VjLcft  6Js  de  Mayc  fille  d'Atlas, il  y  a  vue 

peinture  de  fa  mullance  dans  les  tableaux  de 
Philoftrate, 

i$.  Les  fiers  Atrides.  Agamemnon  &  Me- 
nelas  enfans  d'Atrée  qui  ne  connurent  poinc 
Priam  fous  la  conduite  de  Mercure  ,  quand  il 
vint  trouuer  Àchile  pour  obtenir  le  corpj 
d'He&or. 


Sur  l'ode  XI.  du  I.  Liure, 


..   T    E  fort  des  nombres  Babyloniens.   le  croy 
JLiquele  Poète  aicyéçard  aux  points,  & 


que  le  Foete  aicyegard  aux  pi 
au  nombre  de  la  Geomcnce ,  par  lefquels  les 
Babyloniens  qui  eiloiem  auflî  de  grands  Ma- 
thématiciens pretendoient  tirer  de  grandes 
connoiflfances  dsTauenir. 

9.  loui  du  prefint  y  &c.  Eft  vne  maxime 
Epicurienne,  obfèruée  de  tout  temps  par  les 
ieunes  gens  qui  ayment  leurs  plaiius,  Ôc  qui 
n'ont  l'cfpnc  touché  d'aucune  pieté.  Le  Poète 
qui  eftoit  dans  ces  mefmes  fentimensles  auoic 
dé-ja  confeilleza  ThaliarchefurlafinderOde 
précédente. 


o 


des  Od  m  a' H©  &  A  ce.  3É1 


$ur  ïade  XII.  dn  L  &uve, 

5f  T  ^TElicott.  C'eft  vnc  montagne  de  Çco^ 
JL  JLcie  célèbre  par  le  fejour  des  Mufes  &C 
d'Apollon. 

6.  Ptnde ,  eft  vne  montagne  d' Arçadie,  tou- 
tesfois  quelques-vns  veulent  que  ce  fbit  vn 
fleuue  :  mais  il  y  a  vnc  montagne  de  vne  riuie- 
XÇ  de  ce  mefme  nom. 

6.  VHeme  froidureux.  C'eft  vne  montagne 
proche  de  Rhodope  en  Thrace  ,  célèbre  par 
les  facrifices  de  Bacchus  Se  par  l'étouïdiflê- 
ment  des  Menades. 

57.  1 eferay  desvers  fublimesdeRegulus^  Ces 
vers  fe  pcuuenc  voir  dans  l'Ode  5.  du  $.  Liure. 
Tout  le  monde  cft  aftez  informé  par  l'Hiftoire 
des  belles  allions  des  illuftres  Romains  que  le 
Poète  nomme  après  celuy*cy,pour  venir  à  par- 
ler fi  dignement  qu'il  fait  de  la  gloire  d'Augu- 
(te ,  qui  doit  tenir  le  fécond  rang  dans  l'Empire 
{Urvniuers  après  iupiter,  ce  quidonnafujetà 
Virgile  de  faire  ces  vers  fi  fameux,  Hotte  pluit 
tota,  #;c.  que  i'ayainfî  traduits  dans  mon,  Vir- 

//  pleut  tonte  la  nuiU ,  mais  le  matin  les  ieux" 
Eclairez,  du  Soleil  qui  commence  a  reluire , 
Redoublent  leur  éclat  par  celuy  de  fe  s  feux* 
Ce  far  &  Jupiter  mt  partage  î  Empire. 
f6.    Les  Seres  font  peuples  d'Ethiopie.»  ôC 
félon  Orofc  peuples  des  Indes, 


}6i    Remarques  svr.   li  I.  Liv 


Sur  l'Ode  XI  IL  du  I.  liure. 

2-  /~*0l  de  Telephe  qui  a  la  couleur  des  ro- 
\^Jfes ,  façon  de  parler  pour  exprimer  vnc 
beauté, dont  Virgile  s'efloit  auffi  feruienfon 
i.  Liure  de  l'Enéide ,  en  parlant  de  Venus. 

Dixit  :  &  auertsns  rofea  ceruice  refulfit. 

\6.  Dans  la  cincjuiefme  partie  de  fon  NtÛar% 
c  eft  a  dire  de  Tes  délices  qui  n'ont  rien  au  delà 
que  le  regret  &  l'çnnuy. 


Sur  l'Ode  XIV.  du  J.  liure. 

ï.  f*\  Nauire.  Il  entend  la  Republique  :  Se 
V^/  Quintilien  eftime  que  cette  Ode  cft 
vne  perpétuelle  allégorie  d'vnc  nauirc  expo- 
fée  fur  mer  au  milieu  de  la  tempefte. 

10.  De  Dieux  que  tu  fwjfes  inuec/uer.  Les 
anciens  faifoient  des  représentations  de  leurs 
Dieux  furlapouppc  de  leurs  nauircs ,  &  leur 
rendoient  quelque  forte  de  vénération  reli- 
gieufe,  6c  appelloient  fouuent  ces  nauires  du 
nom  dts  Dieux.  Les  Chreftiens  y  font  qucl- 
quesfois  reprefenter  des  faints  &  leur  en  don- 
nent les  noms. 

10.  Les  Cyclades  ,  font  des  Ifles  dans  les 
mers  Ionienne,  &Egée,  en  nombre  de  5 j.  d'au- 
tres difent  54.  Apollonius  les  appelle  Mweides^ 


des    Odes   d'Horace.  $&y 

&:  Caftaldus,  Ifole  de  Archipelago  :  on  les  ap- 
pelle Ciclades  y  non  pas  à  caufe  de  leur  rondeur^ 
mais  pour  ce  qu'il  eft  neceflaire  de  faire  beau- 
coup de  tours  pour  y  aborder ,  à  caufe  des  pro- 
montoires &  des  rochers  malaifez  qui  font 
alentour.  Virgile  dit  quelles  font éparfes  dans 
îa  mer. 

Sparfafjue  per  &quor  Cycladas  ,  0-  crebris  le- 
gimm  fréta  concita  terris. 


Sur  Tode  XV.  du  I.  Liure. 

z.  T  E  perfide  Berger.  C'eft  Paris  qui  fuç 
-Lmourri  parmi  des  Bergers,à  caufe  du  lon- 
ge de  fa  mère  Hecube  ,  qui  crût  par  ce  moyen 
cuiter  lArreft  des  deftinées  touchant  la  ruine 
de  (a  maifon  &  de  fon  Eftat. 

j.  Tierce ,  Dieu  Marin  perc  de  Tethis ,  vé- 
ritable en  toutes  fes  prédictions.  Hcfiode  dit 
qu'il  eftoit  fils  de  Pontus. 

7.     Pour  défaire  ton  mariage ,  le  mariage, 
ou  pluftoft  le   double  adultère  de  Paris  auec 
Hélène  femme  de  Mcnelas. 

10.  La  nation  Dardanienne  ,  c'eft  a  dire 
Troyenne  ,  qui  portoit  le  nom  de  Dardanus 
l'vn  de  fes  anciens  Roys  qui  viuoit  du  temps 
de  Moyfe  félon  la  remarque  de  quelques-vns. 

11.  PalLu  apprejfe  dé~ia  fon  armet  ,  fon  e  ri- 
de ,  &c.  c'eft  à  dire  fon  cafque  &  fon  bouclier, 
parce  qu'elle  eftoit  en  cole  re  contre  lesTroïcoâ 
à  caufe  du  iugement  de  Paris, 


364     R  E  M  A  R  QV  E  S    S  V  R    LE    I.     L  I  V. 

14.  La  promptitude  d'Atax  ,  parce  qu'il 
n'y  auoit  perfonne  C\  léger  A  la  equrfe  qui  le 
purt:  cuiter  ,  quand  il  auait  entrepris  de  le 
pourfuiure. 

19.  Tes  cber:cux  empruntez,.  le  n'ay  t  fc 
mettre  adultères  comme  le  Latin  le  porte, quoy 
qu'en  ce  lieu-là  ie  pente  que  le  Poète  a  eu  plu$ 
cjégard  aux  cheueux  naturels  d'yn  adultère 
qu'a  des  cheueux  empruntez  ,  parce  que  la  tra- 
duction de  cheueux  adultères  euft  efté  rude 
pour  ne  dire  pas  tout  à  fait  infupportable  en 
no  lire  langue. 

24.  Sien-le  célèbre  d^ns  l'Iliade  d'Home- 
re  ,  ôc  l'vn  de  ceux  qui  le  renferma  dans  le  che- 
nal de  Troye  fut  fils  de  Capanée  ,  &  grand 
amy  deDiomede. 

z6.  Merton  compagnon  d'Idomence  ,  & 
celuy  qui  conduifoit  dans  les  bataillons  ,  fes 
cheuaux  &c  fon  chariot  Iliacl  5- 

28.  Diomede ,  de  non  pas  Dtodeme  fils  de 
Tydée >  qui  receut  de  Minerue  des  faueurs  lî 
particulières,  quand  il  blefla  Mars  &  Venus 
au  fiege  de  Troye. 


Sur  l'Ode  XVI.  du  J.  Luire. 

I.    f^\  Fille  plu* belle  cfue  ta  mère.  Quelle  Da- 
\~J  me  n'auroit  point  cette  louange  agréa- 
ble } 

5.    Cibelle.  Il  y  a  Dindymene  ati  Latin  quieft 
la  mcfme  que  Cibcle  >  qui  prit  le  furnom  d'vne 


des  Odes  d'Horate.  jtff 

montagne  de  Phrygie  appellée  Dindyme  ,  où 
elle  Te  fie  rendre  des  honneurs  dîiïins  par  les 
Corybantes*  Il  y  a  en  cet  endroit  au  Larinvne 
Hipperbate  afiez  difficile  àdémefler. 

S>.  L'épée  Noricienne ,  pour  toute  £>rte  de 
bonnes  épées  à  caufe  que  dans  le  pays  des  No- 
riciéns ,  que  Ton  tient  élire  la  Bauiere  ,  il  Ce  fai- 
ioit  des  épées  dVne  trempe  rnerueilleufc. 

1  ; .  Promette  de  qui  nous  auons  dé.  ja  par- 
lé fut  fils  de  laper  &  de  Clymenc.  On  a  créa 
à  caufe  de  l'excellence  de  fonefprit,  qu'il  fit  vxi 
homme  du  limon  de  la  terre,  &  qu'il  forma 
fonefprit  des  parcelles  de  tous  les  autres  ani- 
maux, ayant  pris  la  colère  du  lyon,Fâiudité  cki 
pourceau,  larufe  du  renard, &  ainfi  du  fefe. 

17.  La  colère  a  fait  tomber  Thyefîe.  Parce 
que  ce  Thyefte  auoit  couché  auec  la  femme  de 
fon  frère  Atrée,  qui  fut  fi  malheureux  que  dé 
manger  fes  propres  enfans  que  fon  frère  auoit 
fait  apprefler  pour  fa  table  comme  va  mets 
délicieux. 

1 S .  Ont  enfonce' la  terre  far  le  débris  des  mu- 
railles y  c'ell  à  dire,  ont  labouré  dans  lefpacc 
où  il  y  auoit  autresfois  des  villes  bafties ,  l'ex- 
preffion  françoife  répond  allez  heureufement 
au  Latin. 

lmprimèretque  mûris  koflile  aratrnm  exercî- 
tPts  infolens. 

25.  Changer  (amertume  de  mon  fiel  en  la 
douceur  du  miel.  Le  Latin  qui  ne  parle  que  de 
changer  Jjes  chofes  trilles  ou  rudes  en  chofes 
douces,  n;iuroit  pas  allez  de  iuflefïèen  noftre 
langue» 


$66    Remarques  str.  ii  I.   Lit- 


Sur  ÏOde  XV IL  du  I.  Lwre. 


2..  *X~]Aune  auec  la  légère  te  qui  Caccornpaant% 

X  car  de  traduire/*  fifte Faune  ,  oulepropt, 
ou  le  léger  Faune  5  pour  rendre  mot  à  mot  Felox 
Faunus ,  euft  efté  de  fort  mauuaife  grâce  en  no- 
lire  langue,  ce  qui  doit  feruir  d'exemple  pour 
faire  connoiflre  qu'il  y  a  plus  de  difficulté  que 
Ton  ne  penfe  à  faire  vnc  Verfîon  agréable  &  îu- 
fte ,  &c  que  l'inuention  des  tours  &  des  belles 
manières  de  s'exprimer  eft  quelquesfois  aflei 
malaifée  à  rencontrer. 

2.  Change  fouuent  fon  Lycée  auec  mon  Lu* 
cretil)  quoy  que  la  conftrudtion  Latine  fcmblc 
dire  tout  le  contraire  ,  mais  il  faut  de  neceflité 
traduire  de  la  forte  pour  refpondre  au  fens  de 
l'Autheur ,  qui  eft  fouuent  difficile  à  trouuer. 

2.  lycée y  eft  vne  montagne  d'Arcadie,  où 
Ton  faifoit  des  facrifices  à  Faune  &  à  Pan,  Diui- 
nitez  adorées  par  les  bergers. 

2.  Lucretily  eft  vne  montagne  au  pays  des 
Sabins  où  Horace  atioit  vn  village ,  dont  il  par- 
le en  cet  endroit. 

9.  Loups  de  Mars.  Ce  n'eft  pas  du  mois 
de  Mars ,  mais  confacrez  au  Diett  Mars. 

iï.  Vftique,  eft  vne  montagne  aux  pays  des 
Sabins,  qui  tombe  doucement  en  pente  com- 
me vn  homme  couché. 

1 3 .  Anacreon  Poète  Lyrique  qui  eftoit  dV- 
ne  ville  appeliée  Tcïe>  d'où  vient  que  fouuent 


&ES  Odes  d'Horace,  ^7 
il  cft  appelle  Têtus  :  &  icy  Horace  parlant  de  & 
lyre  dit  feulement  fide  Teia. 

if.    Le  défiant Cjrus.  CeCyrusdeuoiteftrc 
le  riual  d'Horace ,  ou  le  mary  de  Tyndaride> 


aîiMi 


Sur  Voie  XVIIL  du  t.  liure. 

i.  /~^j4tile  fut  frere  de  Tybur  qui  baftit  vnè 
V->ville  de  ce  mefme  nom ,  le  Poète  vfant 
icy  d'vne  licence  mettant  vn  frere  pour  l'autre* 
Virgile  en  parle  dans  le  liure  n*  de  (on  Enéide, 
où  il  dit  que  Catile  abbatït  le  magnanime  lolas» 
&  tua  le  grand  Herminie,  ôc  dans  le  7.  liure, 
Catile  &  le  fort  Cor  as ,  dit-il ,  deux  ieunes  hom- 
mes de  Grèce  çfr  frères  iumeaux  quittèrent  les 
murailles  de  Tybur ,  dont  la  nation  a  retenu  le 
nom  de  leur  frere  Tyburte.  Ces  déux-cy  tenant 
l  auant garde  sexpofoient  au  deuant  des  traits ,  & 
parmi  les  fins  grands  périls  ,  comme  deux  Cen~ 
taures  engendrez*  de  la  nui  9  quand  ils  dépen- 
dent du  fbmmet  de  quelque  haute  montagne* 
laiffant  Omole  &  Otris  couuertes  de  neiges  9  & 
courant  de  telle  roideur  que  la  grande  foreft 
leur  fait  place  ,  &  les  halliers  froijfez, ,  fe  ren~ 
uerfent  auec  vn  bruit  nompareiU 

3-     ££u}  narroufent  point  leur  gorge  feiche* 
c'eft  à  dire ,  qui  ne  boiuent  que  fort  peu  de 
vin,  ou  qui  font  fobres.  Le  i-'oéte  vfe  de  la 
mefme  façon  de  parler  dans  la  3.  Epiftre  dm. 
liure  à  Mecenas. 

8.    La  querelle  des  Centaures  auec  les  Lapi~ 


5^8       R  E  M  ÀRQVF  S    SVR    1  E   I.    LlV. 

thés.  Quand  aufcftindcs  nopccs  de  Pirithous 
fils  d'Ixion  &  de  Die,  les  Centaures  après  auoir 
bien  beu,  voulurent  rauir  les  femmes  des  La- 
pithes. 

9.  EuinSi  eft  vn  nom  de  Bacchus  a  caufe 
du  mot  Ettoé  dont  les  Bacchantes  fe  feruoieiH 
dans  les  réjouyflTances  de  leurs  folemnitez 

ir.  Baffaree  ,  vn  autre  nom  de  Bacchus ,  ti- 
ré d'vne  forte  de  vertement,  dont  les  Badau- 
des preftreftes  de  ce  Dieu  eftoieiit  reiieftuc?, 
d'autres  difent  fes  nourrifTes  autrement  appel- 
les Ljdes,Macettes,  &  Mirnalones 

15.  Cornet  Bertcinthien  >  t'eft  a  dire  Phry- 
gien, à  caufe  de  Berecinthe  qui  eit  vne  mon- 
tagne de  Phrygie  ,  où  Cibelc  &  Bacchus 
eftoient  reuerez. 


Sur  rode  XIX.  du  J.  Hure. 

1.         A  rtgoureufe  mère  des  amours  ,   ou  la 
-^cruelle  mère  des  amours  :  car  «n  effet 
Venus  eit  vne  mère  bien  cruelle  de  beaucoup 
d'affe&ionspaffionnées  qui  lafuiuent. 

5.  La  licence  qui  naifi  de  (oyftueié ,  au  lieu. 
de  licence  lafcine  comme  il  y  a  au  Lathi,  ce  qui 
rendroit  fort  mal  le  fens  de  l'Autheur,  qui  veut 
dire  que  là  licence  eft  vn  effet  de  ToyAuetéou 
dVn  grand  loifir. 

6.  Le  marbre  de  Pare.  C'eftvn  marbre  blanc 
dont  l'Ifle  de  Paros  qui  eft  vne  des  Cycladesi 
aujovud'huy  appclléç  Poltn  eft  fort  abondante. 

7.  Sofi 


DÏS     OôES    Û'HORÀCE.  lia 

7.  Son  agréable  dédain  ,  ou  dépit,  ou  malï- 
et,  pour  répondre  au  Lzûn  grata  proteraitas, 
qui  plaifl  dauantage  anxieunes gens,  que  tou- 
te cette  pudeur,  &  grande  retenue"  qui  Te  re- 
marque en  plufîeurs. 

8.  Son  vijkge  dangereux  à  regarder,  reuient 
bien  a  mon  auis  au  Latin ,  &  vultm  tiitiium 
iHbricut  ajpki ,  voulant  dire  qu'il  n'y  a  pas 
moyen  de  fe  tenir  &  de  ne  pas  tomber,  quand 
on  s  arrefte  tant  foitpeu  a  la  confiderer ,  pour 
dire  quelle  cil  parfaitement  aimable. 

iï.  Ny  de  tout  ce  fui  nàparuent  psiht  %  la 
gloire  de  fin  Empire ,  traduit  le  fens  de  necqtt% 
ml  attment,  qui  eflvne  expreffion  imparfaite, 
Scvnpcu  trop  générale  pour  fignifier  ce  eue 
le  Poète  veutdirc.  i 


Sur  l'Ode  JTJC.  du  L  Lime. 

%.  ^TNe  terrine  de  Grèce,  ou  crache  ,  ou 
V  quelque  autre  vaifTeàude  terre. 
$.  Content  par  vne  hifigne  modefiie  de  ta  di- 
gnité de  Chevalier,  au  lieu  de  mettre  ilmple- 
ment  Meeene  Cheaalier  comme  il  y  a  au  La- 
tin ,  mais  cela  eufl  eflé  de  mauuaifc  grâce  :  de- 
fortç  que  i'ay  iugé  à  propos  d  expliquer  .en  peu 
de  paroles  laforce  du  mot  Eques  enceîieu-la; 
car  en  effet  le  Poète  l'a  mis  expiés  pouf  mar- 
quer la  modefiie  de  Mecenasqui  s'eftoit  con- 
tenté d'e/lre  Cheualicr ,  fans  prétendre  à  de; 
plus  grandes  dignitez,  ny  mcfmes  d'eftre  ad> 

A* 


570     Rkmàrqjtes  svr  le  I.  tiv. 

tnis  en  l'ordre  des  Sénateurs. 

6.  L" écho  du  Mont-Vatican  ,  qui  eftoit  pro- 
che du  Théâtre  de  Pompée  fur  le  bord  du  Ty- 
bre  3  lePoete  s'eftant  contenté  de  dire,  locoja 
Vattc&ni  montis  imaoo,  que  nous  aiions  rendu* 
qui  fait  vne  image  enio'ùie  de  la  voix. 

6-  Du  fleuue  paternel,  c'eft  à  dire  du  Ty- 
bre  qui  prend  Ton  origine  de  l'Etrurie  ou  de 
la  Tofcane,  dontMeccnas  eftoit  venu. 

9.  Du  vin  de  Cecube.  Ce  vin  eft  remarqué 
pour  cftre  bon ,  par  Mhenéc  eh  fon  1.  liure.  1! 
fe  cueilloir  dans  la  Campanie,  aujourd'huy  le 
Royaume  de  Naples. 

9.  Prcjfoirs  de  Calene.  Le  vin  de  Calcne  eft 
auffî  recommandé  par  Athénée,  &  s'appelloic 
Calene  du  nom  d'vne  certaine  ville. 

10.  Falerne.  Vne contrée  delà  Campanié 
auprès  de  Puzzol  ainfi  appellée  du  mont  de 
Falerne  qui  eft  au  delfus,  où  croiflbient  des  vins 
tres-excellens- 

11.  Formtane>  vne  ville  des  Latins  auprès 
de  Gayette  ,  autour  de  laquelle  il  croillbit  auffi 
de  fort  bons  vins. 


Sur  l'Ode  XXL  du  I.  Liure. 

x«  f^Ynthe.  Ceft  vne  montagne  dans  Tlflc 
%^j de  Delos où  naquit  Apollon. 
6.     Algide  eft  vne  montagne  dans  le  ter- 
roir Tufculaaç  diftant  de  quinze  rail  de  Ro- 
iiic. 


bss  Odes  d'Horace,  375 

7,  Erymanthe  Montagne  en  Arcadie  où  fc 
nourrirent  force  fanoliërs 

8.  £>**  monts  de  Lycie.  Le  Latin  met  *#*■ 
vïridi*  Gravi ,  mais  0/?c*  quieft  vn  vilain  nom 
&  peu  connu,  m'a  oblige  de  le  ranger  en  mar- 
ge ,  &  de  l'exprimer  par  le  pays  où  il  eft,  &  me 
contenter  de  dire,  ou  fur  les  cçjles  verdoyantes 
des  monts  de  Lycie., 

15.  Bretons.  C'eftoient  les  peuples  de  U 
grand*  Bretagne  ,  aujotird'huy  l'Angleterre 
&  l'EfcofTe  %Sc  ie  ferois  bien  marry  de  traduire 
les  j4nglois ,  félon  la  penfee  de  quclques-vns> 
parce  que  les  Anglois  font  venus  long-temps 
depuis  les  Bretons  ,  comme  il  ne  faut  pas  dire 
François  pour  Gaulois,  ny  Alernans  pour  Ger- 
mains ou  s'il  en  faloit  vfer  de  la  forte,  ilfau^ 
droit  auiïl  changer  les  furnoins  des  Princes  qui 
leur  ont  efté  donnés  de  ces  nations  fubiuguéesj 
Se  au  lieu  de  Britannkm  &  de  Germamçm ,  il 
faudroit  dire  Analicm  &C  Allemanicks >  qui  fe- 
roient  de  joues  dénominations  pour  écrire 
l'Hiftoire  des  enfans  de  l'Empereur  L  lande* 
&de  Drufus.r 

Moniteur  Colleter  qui  excelle  à  faire  de 
beaux  vers  comme  en  beaucoup  d'autres  cho- 
fes,  a  rendu  ainfi  cette  Ode  que  i'ay  bien  voulu 
raporter  toute  entière  >  parce  qu'elle  eft  digne 
cie  fa  belle  veine  &  de  ce  fujeè. 


M  i} 


371     Remarques  svr  le  I.   Liv. 

HYMNE  DE  DIANE  ET  D'APOLLON 

Traduit  de  l'Ode  d'Horace  21.  du 

1.  Liure. 

Vierges  au  teint  vermeil  0  &  vous  tennis 
garçons] 
Célébrez,  à  t emtt  dans  vos  fainïies  chanfons 
Les  Grâces  de  la  fœur ,  £r  les  beautez,  du  frère* 
£)ue    ■iane&Pkœbtis  far  vous  fattentnos  fensi 
Que  leur  mère  Latonne  ,  &  Jupiter  leur  père 
Soient  les  diuins  obiets  de  vos  diuins  accens. 
Si  Diane  fe  plaift  dans  les  hautes  fore f  s 
Ghti  pénètrent  le  Ciel ,  ou  le  touchent  de  prés  ; 
Si  feau  qui   les  humetie  embeHit  leurs  feuil- 
lages ; 
Si  le  chaud  Erimanwe  ,  <?  I  Algide  fi  lieux  » 
Si  U  bois  de  Ljcie  eft  fi  cher  à  fes  vœux  , 
Chantez,  ces  claires  eaux  y  &  ces  mornes  ombra- 

S'il  nef  rien  di  fi  beau  ejue  ce  noble  verger 
On  dans  la  Thejfalie  Apollon  fut  Berger, 
Si  Tempe  le  rauit  aujji  bien  que  Pente, 
Chantez,  d'vn  ton  dtuers  et  s  diuerfes  beautez,  ; 
Et  puifcjue  le  laurier  y  croift  de  tous  coflez, , 
*dyez,~en  de  fa  main  la  te  fie  couronnée. 

Chantez,  divnair  charmant  ,&  d'vn  vers  fans 
égal 
Delos  qui  de  ce  Dieu  fut  le  beau  lift  natal, 
Oà  de  Mercure  il  eut  le  carquois  &  la  Ijre. 
Le  bruit  de  vos  chanfons  volera  iufqu  aux  Cieuxî 
Et  vous  aurez,  f honneur  Âanoir  charmé  deux 


des  Odes  d'Ho^acl  $7$ 

Le  Dteu  de  la  lumière  ,  &  le  Dieu  du  bien  dire* 

Mais  pour  le  facré  prix  de  vos  nares  chan> 

fins , 
Vierges  an  teint  vermeil  >  &  vous  ieunes  gar- 

fins  y 
Ces  lieux  exaucèrent  voflre  prière  faintke. 
Et  tandis  que  Ce  far ,  çfr  le  peuple  Romain 
Seront  exempts  de  guerre ,  &  de  pefie ,  &  de  faim. 
J^e  Perfe  &  le  Breton  en  fentiront  Cattainte. 


Sur  l'Ode  XXII,  du  I.  liure. 

2.  '  f^E*  iMelots  du  Maure.    Les  Maures 

JL/qui  font  les  peuples  de  Mauritanie, 
dont  les  Royaumes  de  Fez  &  de  Maroch  font 
partie,  eftoient  en  réputation  de  lancer  adroi- 
tement le  Iauelot. 

S .  Syrthes  bomllantes  d'vne  ardeur  exceffmt. 
Les  Syrthes  font  bancs  delà  mer  Méditerra- 
née fur  les  coftes  d'Afrique ,  aujourd'huy ,  Sec- 
ché  di  Barbaria  ou  Bflxos  de  Barbaria  ,  elles 
font  appellées  bouillantes ,  à  caufe  qu'elles  ap- 
prochent de  la  2one  torride.  Lucainfait  vne 
élégante  defeription  de  ces  Syrthes ,  dans  fon 
?.liu.apresSalufte,&  quelques  autres  Anciens, 

7.  Caucafe  s  eft  vne  partie  du  Mont-Tau- 
rus  entre  le  pont  Euxin  &:  la  mer  Cafpie.  Pline 
I.  C.  ch,  17.  dit  que  Caucafe  fignific  bbne  de 
neige. 

%  Hydajpes  ,  fl^uue  de  Mefopotamie  qui 
tombe  dans  le  Tigris  dont  Ion  conte  tant  de  fa- 

A  a  iij 


374  RzMAfcciyE*  svr  le  L  Liv. 
ble s  >  &non  pas  Amplement  fabuleux,  comroe 
le  porte  le  Latin  ,  parce  que  ce  feroit  encore 
vne  plus  grande  fable,  puifque  l'Hydafpe  eft 
Vn  véritable  Hernie,  &  qu'il  n'y  a  pas  moyen 
de  donner  autrement  vn  bon  fens  aux  paroles 
del'Autheur. 

i+.  ta  guerrière  DaunU.  C'eft  la  Fouille 
appelléc  Dattnie>  du  nom  d'vn  certain  Dan- 
nus  qui  enauoit  efté  Roy,&  parce  que  cette 
Prouince  portoit  de  bons  foldats ,  le  Poète  luy 
donne  l'Epithete  <\z  guerrière. 

15.  Juba  Roy  de  Mauritanie  ou  de  Numi- 
die ,  qui  tailla  en  pièces  l'armée  de  Cefar  com- 
mandée par  {on  Lieutenant  Curion,  dont  par- 
lent Florus  "&  Cefar  luy- meime  aux.  libre  de 
la  guerre  Ciuilc ,  mais  plus  amplement  Se  plus 
élégamment  que  tous  le  Poète  Lucain,  fur  la 
fin  de  i^on  4.  Uurc. 


Sur  Code  XXIII.  du  I.  Lïure. 

S.  Ç^Emblable  À  vn  faon  de  biche.    On  diroit 
i3que  cette  comparaifon  eft  tirée  du  Can- 
tique de  Salomon  >  tant  elle  a  de  raportà  ce 
qui  s'y  dit  de  l'amante  &  de  l'époux. 

10.  Geiulie  ,  eft  vne  Prouincc  de  l'Afrique, 
auprès  des  Syrtes  entre. Carthage  &c  laNurni- 
die,  où  eft  la  ville  de  Madaure:  elle  porte 
force  lyons. 


B 


es  Odes   o'Horaci.  57$ 


Sur  ïode  XXIV-  du  I.  Liure. 

%.  X  A  Elpomene,  qui  tiens  de  ton  père  ,  de 
JVllupiter  père  des  Mtifcs.  Cette  Ode 
eftmerueilleufement  ingenieufe  pour  donner 
des  louanges  à  Virgile  ,  en  plaignant  la  mort :  de 
Quintilius  Varus  qu il  ne  fçauroit  r  appellcr 
<k7  Enfers  encore  qu'il  touche  la  lyre  plus  dour 
cément  qu'Orphée  qui  s'efforça  d'en  retirer 
fôn  Euridice  ayant  en  quelque  façon  fléchi  le 
cœur  des  puiflfances  infernales  par  fon  har- 
monie ,  Se  par  les  charmes  de  fa  voix. 


Sur  l'Ode  XXV,  du  I.  JJure. 

Es  sennes  fols  yêcc.  Le  tour  de  cette 
Ode  eu  aflez  délicat,  Se  difficile  à  ren- 
dre,  mais  il  n'y  a  rien  que  de  facile  pour  l'in- 
telligence dufens,. 


L; 


Sur  l'ode  XXV  h  du  L  Liure» 

4,    QAns  me  mettre  en  peine  quel  Roy  fe  fait 

^■redouter  dans  les  pays  froids  font  la  con- 

ftellation  de  l'ourfe.  Horace  pouuoit  bien  auoir 

ce  fentiment  là  de  fon  temps  >  quand  tout  le 

A  a  iiij 


5^6     Remafoves   syr  leI.  Liv. 
Septentrion  n'cftoit  occupe  que  par  des  barba- 
res :  mais  puis  que  des  Reines  illuftres  dans  ces 
derniers  fiecles  ont  adouci  la  rigueur  de  cette 
çonfleilation  par  l'edù-nc  qu'elles  font  de  tou- 
tes les  belles  chofes,  &par  les  doucesinfluen- 
ces  qu'elles  verfent  de  tous  coftez,  foit  qu'on 
les  confidere  ornées  de  toutes  les  grâces  qui  les 
Font  prefque  adorer  fur  le  throfne  par  leurs 
bien-faits  aux  gens  de  mérite,  foit  qu'on  les 
admire  à  caufe  des  lumières  de  leur  eiprit  qui 
leur  donnent  l'amour  &  Teftime  des  Mufes; 
nous  auons  bien  fujet  d'en  parler  autrement. 

5.  Tiridate  ,  quelques-vns  lifent  Adtthrida- 
te.  Le  premier  eftoit  Roy  d'Arménie  ,  &  le  fc- 
cond  Roy  de  Ponte. 

9.  Pimple  ,  eft  vne  montagne  de  Macédoi- 
ne confacrée  aux  Mufes,  d'où  elles  ont.cfté 
appellécs  PimpUes  ou  Piœpleïades. 

iï.  Le  luth  Lefbien.  Le  luth  de  Sapho  &C 
d'Alcée  qui  eftoient  de  Tlfle  de  Lefbos. 


Sur  l'Ode  XXVII.  du  J.  Liure. 

U,  T)v^r  quelle  playe  il  a  eu  le  bon  heur  de  pe- 
A  rir  ,  il  eft:  aifé  de  voir  qu'il  parle  des 
jplayes  que  fait  l'amour,  mais  comme  tout  le 
(ens  de  cette  pièce  eft  fort  délicat,  auffi  n'eft- 
i\  pas  bien  facile  de  le  comprendre  d'abord 
dans  le  Latin. 

19.    Dans  quelle  Carib.de  ?  dans  quel  perib 
faiiant  allufion  au  danger  qu'il  y  a  d'apro- 


bes  Odes  d'Horace.  $7? 

cher  de  cet  ecueil  qui  eft  dans  le  deftroit  de 
Sicile. 

14.  Pegafe ,  c'eft  le  cheual  ailé  qui  porta 
Bellerophon  quandil  combatit  la  Chimère  qui 
eftoitvnmonftre  horrible ,  fille  de  Typhon  & 
d'Echidne,  &  qui  auoit  trois  telles  ,  ÎVne  de 
lion ,  l'autre  de  cheurc ,  &  la  troifiefme  de  dra- 
gon. Ce  Pcgafe  eftoit  fils  de  Neptune  Se  de 
Medufe. 


Sur  l'Ode  XXVIII.  du  I.  Liurt. 

2.      À   Rrchjte  ou  Archytas  de  la  ville  de  Ta* 
JLXrente  futvnPhilofophe  &  Géomètre 

de  grande  réputation ,  ce  qui  ne  le  priua  point 

de  l'honneur  des  emplois  &c  des  charges  plus 

importantes  dans  fon  pays  ,  comme  le  fait  bien 

connoiftre  vnc  excellente  lettre  que  Platon  luy 

efcriuit  qui  fe  voit  dans  fes  œuures. 

$.     Mdtine  ou  Mâtine  ,cft  vne  montagne 

delà  Poiiille  auprès  de  laquelle  cet  Archytas 

fut  inhumé. 

j.    D'auoir  tenté  les  maifons  de  l'air,  c'eft  à 

dire,  de  s'eftre  éleué  en  elprit  au  deflus  des 

chofesterreftres. 

8.  Ttthon  fut  fils  de  Laomedon  ,  &  après 
vne  très-longue  vie  il  fut  changé  en  cigale. 

9.  Mîhos*  fut  Roy  de  Crète  &  conferoit 
toutes  les  années  auec  Iupiter  ,pour  aprendte 
de  luy  l'art  de  régner  ;  de  forte  qu'il  fijt  égale- 
ment honoré  &  chéri  de  fes  peuples. 


578     Remarques  svr   le  I.   Liv. 

10.    Pythagore>  qui  enfeignoit  l'opinion  dhc 
la  tranfmigration  des  ames,difoit  auoir  efte  Eu- 
phorbe durant  la  guerre  de  Troye ,  Bc  que  de- 
puis il  eftoit  more  plufieurs  fois,  &  que  plu-, 
iieurs  fois  il  eftc.it  retourné  au  monde. 

22.  Dans  les  eaux  I /lyriques >  c'efi:  à  dire, 
dans  la  mer  Adriatique,  furie  bord  de  laquel- 
le cft  vn  chameau  appelle  Ferm*>  d'où  Archy- 
tas  fut  appelle  Ftrman. 

16.  Les  forefts  de  Vernis.  Ces  forefts  font 
dans  la  P ouille. 

29.  Tarevte ,  ville  principale  de  la  grande 
Grèce  dans  la  Pouille  au  fonds  d'vn  Golfe  de 
mefme  nom  3,  à  trente- deux  mille  de  Brun- 
dufe. 

57.  Apres  que  par  trois  fois  tu  auras  ietté 
de  la  -pondre.  Ce  nombre  lignifie  non  feule- 
ment vne  certaine  perfection ,  mais  encore  il 
eft  myfterieux  en  beaucoup  de  rencontres,  & 
fur  tout  aux  çhofes  de  pieté  &  de  religioji. 
Oeft  encore  vne  cérémonie  parmi  nous  de  iet- 
ter  par  trois  fois  de  la  terre  fur  les  corps  des 
morts  quand  on  les  enferme  dans  le  fepul- 
chre. 


Sur  l'oie  XXIX  du  l.  Ziure. 

l,  ^T"1/7"  portes   enuie  aux  riche ff es  des    Ar&- 
JL  bes.  Ces  richefles  confiftoient  princi- 
palement en  parfums ,  &  en  bois  aromatiques. 
En  ce  temps-là ,  Augufte  auoit  déclaré  la  guei> 


pes  Odes  d'Horace.        579 
jfeauxParthes  &aux  Arrabes. 

3 .  Sabeens  qui  ri  ont  iamais  e fit domptez, ,  non 
à  la  vérité  par  les  Romains, mais  ilsTaiioienc 
bien  cfté  par  Alexandre  le  grand. 

14.  Pœnece.  C'eftonvnPhilafQphe  de  lafe- 
<fte  Stoïcienne. 


Sur  l'Ode  XXX  du  I.  Liure. 

1.  f^Niàe  ,  vne  ville  de  Carie,  où  Vemt£ 
VJeftoit  particulièrement  honorée.  Pau- 
fanias,  injitticù. 

1.  Tapbos  ,  ville  de  Cypre  fous  la  prote- 
ction de  Vénus  appellée  Pdepafes  >  limée  ci> 
yn  lieu  cleué  fur  le  bord  de  la  mer. 

4.  Dans  fa  belle  Chappelle.  Car  c'eft  ainfi 
qu'il  faut  traduire  adem  decorœm  ,  qui  fignifie 
proprement  vn  temple  ou  quelque  lieu  faind 
quand  ce  mot  fc  troune  au  lingulier,  comme 
éedes  en  plurier  fignifie  vnematfon.  Les  anciens 
auoientdes  Chapnelles  en  leurs  maifons,  où. 
ils  adoroient  leurs  Dieux  qu'ils  appelloient  fa- 
miliers. Le  mot  de  C^^ppeltez  tiré  (on  origine 
de  la  refïemblance  du  lieu  ou  Ion  gardoitau- 
tresfois  la  Chappe  de  faint  Martin ,  que  nos 
anciens  Roysfailoicnt  porter  ata guerre  com- 
me vn  eûendar  de  bon  augure  ,  &c  ceux  qui 
gardoient  cette  Chappe,  Cappam  fantti  Mar- 
tini TuronenfiS)  s'appelloient  Cappe/lani>  &  le 
pauillonoùelle  eftoit  enfermée  s'appclloitd/?- 
pe/Unia.   Mais  l'vfagc  employé  maintenant  le 


380    Remarqvm    SVR    L!   I.   Liv. 
nom  de  Chappclle>  pour  traduire  Sacellum ,  ou 
bienvn  Oratoire,  ou  quelque  autre  lieufacré, 
comme celuy  queie  viendc  remarquer. 

4..  Où  elle  t'tnuite  auec  beaucoup  d'encens, 
c'eftàdirepar  les  facrifices  les  plus  ordinaires 
des  anciens  ,  qu'ils  auoient  fans  doute  imité 
de  la   religion  des  Iuifs. 

j.  Les  Grâces  deceintes.  C'eft  X  caufe  qu'el- 
les font  libérales  >  &  que  fans  la  libéralité,  il  eft 
malaifé  d'eftre  gracieux*,  aufïî  les  tenoit-on  fil- 
les de  Venus  &:  de  Bacchus  ou  de  Liber ,  au- 
trement le  père  de  la  liberté,  &c  de  U  libé- 
ralité 

7-  La  ieuneffe  fut  adorée  comme  vne  Deef- 
(c ,  &  eftoit  fille  de  Iupiter  &  de  Iunon.  Les 
Grecs  Tappelloient  Hebè  qui  eft  la  puberté,  & 
Homère  la  fait  femme  d'Hercule,  parce  que 
la  ieuneffe  eft  bien  alliée  auec  la  force  d'vn 
grand  guerrier. 


Sur  l'Ode  XXXI.  du  I.  Liure. 

X.      A    Po/lonàqui  on  dédie  <vn  temple*    Augu- 
jfjLfte  fit  baftir  &  dédier  ce  temple  d'A- 
pollon dans  le  Palais,  auprès  d'vne  grande  ôc 
fomptueufe Bibliothèque,  de  laquelle  Horace, 
parle  luy-mcfme  en  fpn  Epiftre  à  Iules  Flore. 
Et  tangere  vitet  feripta  ,  PaUtinns  qmeum* 
que  recepit  Apollo. 
£t  au  1.  liure  des  Epiftres  dans  celle  qu'il  adrc£ 
fç  à  Augufte> 


jdes  Odes  d'Horace.  $8i 
Si  tnunus  Apolline  diqnum ,  nilcomplereltbris. 
Voyez  auflï  Suétone  clans  la  vie  d'Augufte,  Se 
remarquez  la  dédicace  des  Temples  que  les 
Gentils  auoient  imitée  des  cérémonies  des 
luifs. 

î.  £hie  fotthaite-ttl  par  fes  prières  ?  Il  par- 
le du  Poète  qui  ne  fbuhaite  quvn  peu  de  gloire 
auec  vnc  vie  douce  6c  tranquille ,  qui  eft  le  plus 
grand  &  le  plus  auantageux  partage  des  gens 
de  lettres. 

5.  En  ver  font  latajfe  pleine  de  vin  notifie  au» 
Les  pnmices  du  vin  cftoient  offertes  aux  Dieux 
immortels  :  &  auec  le  vin  les  Gentils  faifoient 
leurs  principales,  oblations,  Ôc  de  ce  qu'ils  en 
prenaient  vn  peu  fur  la  bouche ,  ils  appelloient 
cette  cérémonie  libation. 

4--  Sardagne.  Ifle  confîderable  de  la  mer 
Mediterranécaujourd'huy  Sardegnahjçttc  aii 
Roy  d'Èfpagne. 

5.  Calabre  y  eft  vne  Prouincc  d'Italie,  du 
codé  de  la  Poiïille  Joignant  les  Btutiens  ,  la 
grande  Grèce ,  &c  les  Salencins.  On  f  appelloit 
anciennement  Peucetia  &  Majfapia ,  félon  le 
témoignage  de  Solin.  A  cette  heure  fous  le 
nom  de  Calabrois,  font  contenus  les  Dauniens> 
les  Iapiges ,  &  les  Salentins. 

ft  Uywire  des  Indes  :  car  a  qui  eft-ce  que 
font  inconnus  les  elephans  des  Indes  >  Virgile 
au  1.  des  Gcorgiques.  India  mittit  ebttr. 

7.  LeLiris,  ccft  vnfleuue  de  laCampanic, 
il  en  fera  parlé  fur  l'Ode  17.  du  3.  liure>  aujour- 
d'huy  Gœrilhan* 

5,     Laferpc  de  Cdem>  à  caufe  du  yigno- 


*3i    RlMAR  Q^V  F.  S    JVH    II  T.    Liv. 
t>le  de  Calene  donc  il  a  efté  parle  fur  l'Ode  lô. 
de  ce  liure.  Calene  eftoit  auprès  de  Falcrnc » 

15  £hï  ejl  cher  aux  Duux-,  voulant  dire 
que  les  Dieux  aiment  ceux  ,  aufqucls  ils  en- 
uoyent  la  profpcrité  :  &c  de  fait  fans  vneparti- 
ticulierc  foueur  du  Ciel,  il  feroît  difficile  de 
paflTcr  &  de  repafïer  tant  de  Fois  fans  faire  nau- 
frage ,  vne  grande  mer  comme  celle  des  Indes. 


Sur  Fode  XXXlh  du  L  Liure. 

5.  A  Lcee  Citoyen  de  Lejbos.  Le  Latin  ne 
JLjLnoinmc  $3LSj4lcce  $  mais  il  eft  entendu 
fous  le  nom  de  litoyen  de  Lejbos ,  que  i'ay  crû 
dcuoir  exprimer  plus  clairement.  Ce  Poète 
célèbre  dans  l'antiquité,  a  chanté  des  fujets  d'a- 
mour, &  à  commencé  à  faire  des  versJiyriques 
aueelafameufe  Saphon. 

11.  De  qui  les  yeux  noirs  çfr  U  cheueleure 
hrtine.  Les  yeiix  &  les  cheueux  noirs  ëftoienc 
eftimez  par  les  anciens  ,c'eft  pourquoy  Hora- 
ce ditluy-mefme  en  fa  grande  Epiftrc  aux  Pl- 
ions. Speftandum  nigrts  oculis  tiigroquc  cafiUo} 
Se  Anacreon  veut  que  Bathyle  foit  dépeint 
auec  des  yeux  Se  des  cheueux  de  lamefmc  cou- 
leur. 


des  Odes   d'Horace.  fît 


Sur  Code  XX XI IL  du  I.  liure, 

i.  KT^JImJk.  Ceft  ce  fameux  Tibulle  dont 
1k  nous  auons  beaucoup  de  belles  Elégies, 
auquel  noftre  Poète  àdrelTe  encore  la  4.Epiftre 
de  ion  premier  liurc,  ce  qui  fait  bien  voir  com- 
hie  ils  cftoient  amis,  l'a  y  mis  Tibulle,  au  lietf 
d*  Albin*,  qui  eft  au  Latin,  parce  que  l'vn  5C 
l'autre  eft  d'vne  mefme  perfonne ,  &  le  nom  de 
Tibulle  eft  pltj^  beau  &  plus  connu  que  celujf 
d'Albi*s. 


Sur  l'Ode  XXXIV.  du  L  Liure* 

i,  r^'ffy*  figéjp  infevp'cy  c'eft  à  dire  de  là 
X^Philofophie  d'Epicure  ,  qu'il  appelle 
infevfée ,  à  caufe  qu'elle  enfeignôitàmefprifer 
les  Dieux  ,quoy  que  le  Poète  ne  fuft  pasd'àil- 
leurs  fort  enclin  à  les  honorer  ,  comme  luy- 
mefme  le  témoigne  autre  part  :  mais  en  cela, 
il  veut  paroiftre  conforme  aux  fentimens  du 
vulgaire,  qui  pour  n'auoir  pas  dauantage  de 
j>ieté  dans  le  coeur  auoif  beaucoup  plus  de  fu- 
perftition  :  car  ie  tien  qu'Horace  eftoit  dans  les 
fentimens  de  la  Se&e  d'Epicure ,  qui  ne  recon- 
noiflbit  point  d'autres  Dieux,  que  le  monde* 
lis  Atomes ,  &  le  hafart. 
y   Le  grand  inciter*  il  y  a  au  tarin  Piejpiter9 


584    Remarqves   SVR    tÈl.   LiV. 

qui  eft  proprement  a  dire  Iupitcr  père  du  iour 
&  de  la  lumière. 

io.  Le  Sttx.  Paufanias  écrit  beaucoup  de 
chofes  du  flcuue  Stix  dans  Ton  Arcadic.  Les 
Poètes  l'employent  d'ordinaire  pour  vn  fleuue 
des  Enfers,  &  difentqucles  Dieux  craignent 
de  iurer  par  fes  eaux  &  de  faufTcr  leur  ferment. 
Voyez  Euftatius  fur  Homère,  Scruius  &  mon 
Commentaire  fur  Virgile  ,  &  Arnobe  parlans 
fur  cefujer. 

10.  Tenare  *  zboit  vne  ville  de  Laconie  où 
il  y  âuoit  vne  porte  des  Enfers  :  les  autres  di- 
fent  que  Tenare  eft  vn  Promontoire  dans  le 
Peloponcfe ,  où  il  y  a  vn  antre  affreux. 

11.  Bornes  .Atlantiques  ,  ce  font  les  coftes 
d'Afrique  ,  où  eft  le  Mont-Atlas. 

ij.  Dieu  a  la  puijpin e  de  changer  toutes  cho- 
fes. Si  Horace  a  toufîours  éfte  de  ce  fendillent, 
on  peut  dire  qu'il  neftoit  point  du  tout  Epicu- 
rien. La  pieté  Chreftienne  ,  &  la  droite  raifon, 
nousperfuadent  lamcfme  ôppinion. 

1/.  La  fortune  qui  fait  fes  rauages  auec 
beaucoup  de  bruit.  Ce  que  le  Poète  dit  de  la 
fortune,  eft  véritable  de  Dieu  Tout-puilTant 
&  tout  bon ,  &  en  cela  il  fait  voir  que  fon  ôppi- 
nion de  lexiftence  des  Dieux,  n'eftoit  pas  fort 
épurer* 


Sfiï 


des    Odes    d'Horace.  385 


Syr  ÏOde  XX  XV.  du  I.  Liurt. 

t.  /*^\  Deejfc  qui  régis  t Agréable  Antie.  IÎ 
\^J  entend  la  fortune,  que  Pindare  appel- 
le fille  de  lupiccr  libérateur,  &  gardienne  des 
villes.  Le  mefmela  fait  l'vne  des  Parques,  &c 
dit  qu'elle  eft  beaucoup  plus  puifTantc  que  Ces 
fours.  Saftatu'ë  qu'onadoroità  Smirne  eïtoit 
reprefëiïtée  foutenant  le  Ciel  de  fa  telle  >  Se 
portant  d'vne  main  la  corne  d'Amaltée. 

1.  Antieou  Antium ,  fondé làncfëkuiiimettl 
par  Afcagne  Solin  ch.  8.  aujburd'Ruy  Anz*o7 
bien  qu'il  n'y  ait  plus  rien  des  anciennes  mar- 
ques iinon  vn  chafteau  bafti  fur  Vn  coin  des 
vieilles  ruines  appelle  Neptmo.  Denis  d'Hali- 
carnafTe  réfère  fon  origine  avnfils  d'VlifTe  ÔC 
de  Circé  ,  qui  la  baftit  fur  vn  petit  prbmontoi- 
re  ou  pointe  de  rocher  à  $1.  milles  Se  demie 
d'Ortie  félon  Strabon.  Cette  ville  fut  la  capita- 
le des  Volfqùés,  elledeùint  colonie  Romaine 
l'an  18$.  mais  elle  fe  reuolta  Tannée  fuiuantê, 
&  rentra  dans  l'obcydaiice  des  Romain» 
Tan  417. 

8.  Carpœtbe,  t'eft  vn  golfe  dans  vne  Ifle  de 
TAfie ,  qui  fait  appeller  vrîe  nier  de  fon  nom. 

9.  Daces ,  font  lis  peuples  de  Tranfiluanie* 
Wàllachie,  ScMoldaùtë.  Les  Grecs  les  appela 
lôient  G  êtes. 

9.  Scythes.  Peuples  de  l'Europe  qui  fcft! 
au  Septentrion  de  la  Thrace. 


33  r>     Remarques  svr  le  I.  L  i  y. 

10.  Latie ou  Latium*  vnc  Prouincc  d'Ita- 
lie ,  qui  contenoit  quatre  peuples  principaux, 
les  Latins,  les  VoHqucs,  lcsEques  ,  &  les  Hcr^ 
niques.  Aujourd'huy,  il  eft  réduit  à  ce  qu'oit 
appelle  la  campagne  de  Rome. 

16.  La  dure  Ncccfiué ,  c'eft  àdir<?  le  Deftin, 
ou  la  Neccllué  de  la  mort ,  ou  la  mort  mcfme, 
ou  l'vne  des  Parques ,  d'autres  appellent  cette 
Neceffitc  la  merc  des  Parques.  Platon  au  der- 
nier liure  de  fa  République,  attribué  à  la  Ne- 
ceflitc ,  comme  aux  Parques ,  le  fufeau  ,  la  que- 
nouille, le  crochet,  le  deuidoir.  Le  mefme 
Platon  dans  Ion  Timée  tire  le  principe  &  l'ori- 
gine du  monde,  de  la  conioncïion  de  l'enten- 
dement &  de  la  ncceiTité. 

21.  Lafoj  rare ,  voulant  dire  quil  y  en  a 
feu  au  monde. 

28.  Les  faux  amys  fe  retirent  *  c'eft  a  dire, 
ceux  qui  font  pluftoft  amis  de  noftre  fortune 
que  de  noftre  vertu  ,  le  nombre  en  eft  aftez 
grand  en  tous  les  ficelés ,  &  en  tous  les  pays. 

30.  Bretons  les  derniers  peuples  du  mord?. 
Les  Angiois  &  les  Efcoflois  dont  Virgile  parle 
enfapremiere  Buccolique  ,  &  penitus  toto  di- 
wfos  orbe  Britannos. 

31.  Redoutable  en  Orient ,  aux  Parthes  ,  aux 
Medes ,  aux  Perfes ,  aux  Arabes. 

40.  Mœjfagettes.  Ces  peuples  eftoientvoi- 
fins  des  Goths  ,  on  les  appelle  aufli  Vifigoths  & 
Oftrogoths,  c'eftàdire  Goths  d'Occident  & 
d'Orient.  Strabon  dit  qu'ils  habitoient  au  de* 
là  ée  ta  mçr  Ca(pie  auprès  des  Sacces. 


des  Odes  d'Horage,  387 


Sur  l'ode  XXXVI.  du  I.  Lïure. 

I.  ï  E  veux  appœifer  les  Dieux  avec  de  tenk 
-I  cens.  Toujours  l'encens  eftoit  employé 
aux  facrifices  ,  comme ie  l'ay  remarqué  fur  l'O- 
de 50.  à  quoy  ils  ioignoient  iouuenrle  (on  des 
fluftes  ,  ou  la  mélodie  de  quelque  aune  in- 
ftrument. 

4.  Dernière  Hejperie.  Ceft  l'Efpàgnc  qu'il 
appelle  dernière  JLeJfierie,à  la  différence  de  là 
première  qui  eftoitï  Italie. 

10.  Marquée  avec  de  la  Çrœye,  c'eft  à  dire 
<de  blanc,  en  fignede  réjouyflànce.  Le  mot  de 
Çraye  eft  venu  de  Crète ,  par£e  que  le  paysetl 
cft  fort  fertile. 

11.  Saliensy  c'eftoit  des  Preftres  de  Mars, 
inftituez  par  Ntima,lefquels en  certains  temps 
de  Tannée  chantoient  des  vers  &  dançoiénten 
iTiefme  temps.  Voyez  Denjs  d'Halicarnaile 
dansfon  z.  Hure. 

14.  Les  Amyfiides  ,  ie  ii'ay  point  voulu  tra- 
duire ce  mot  exprés  parce  qu'il  eft  fingulier  9  3t 
que  nous  n'en  auons  point  de  propre  qui  luf 
réponde  en  noftre  langue,  pour  dire  degran- 
des  taflTes  d'vne  certaine  forme  ,  pour  eftre  vui~ 
dées  d'vn  feul  trait,  comme  ie  l'ày  remarqué 
dans  la  marge  du  texte. 

18.  Leurs  yeux  tumureux  ,  lafcîfs,  âtiiroif* 
efté  peut-eftre  plus  propre  pour  répondre  àiï 
Latin  putreis  oculos  >  ftiais  ie  n'aime  pas  ce  mot 

Bb"   il 


jS3     Remarques  svr  le  I.  LiV. 

qui  bailleurs  ne  me  femble  pas  fort  honneftei 


Sur  ïodc  XXXVII.  du  I.  Liurc. 

3.  'slcoudeir  des  Dieux ,  ouleli&de  table, 

JL/où  les  Dieux  eftoient  affis  ,  quand  ils 
reccuoient  les  offrandes  des  moi  tels.  Les  Ro- 
ïpains  auoient  accoutumé  deleurenprefenter 
toutes  les  fois  qu'il  eftoitarriuc  à  la  Republi- 
que quelque  profp'erité. 

10  Certains  hommes  effeminez,  (frdijfolus  ,c'e- 
Jftoient  ces  vilains  Eunuques  dont  parle  S. Gré- 
goire de  Naziâzc ,  qu'il  appelle  hommes  entre 
les  femmes  ,  &  femmes  entre  les  hommes ,  tou- 
jours prépares  àtotite  forte  d'infamie,  &d'inv» 
pureté.  Ils  eftoient  perfides,  trompeurs,  au- 
dacieux, impudents  ,8c  noircis  d'vne  infinité 
de  crimes.  Voyez  ce  que  dit  Lucain  de  ceux 
de  la  Reine  d'Egypte ,  dans  les  j.  &  10.  liures 
de  fon  noble  poëfme. 

14.  Des  fumées  Mareotiques.  c'eft  a  caufe 
dvn  vin  d'Egypte  qui  croift  dans  les  vignobles 
proches d'vn  marefts appelle  Mareotis.  Athé- 
née dit  que  ce  vin  croift  auprès  d'Alexandrie, 
où  il  y  a  vne  fontaine  dumefme  nom  quiluy 
fut  donné  d'vn  compagnon  de  Bacchus  appel- 
le Maro.  Strabon  parle  de  ce  vin  en  fon  17. 
iiure. 


DES    OPIS    D$  Ho  RACE.  j$£ 


Sur  Tode  XXXVI IL  duLLttire, 

ïv    A  Pr*/?.r  4  U  Perfuwtie*    Car  les  Pcrfes 
JLJLcftoicntfortfomptucux  en  leurs  repas, 
félon  le  témoignage  d'Hérodote  en  faCatr 
liope. 

2.  Les  couronnes.  Les  anciens  aupient  IV- 
fàgc  des  couronnes  de  fleurs  pendant  les  fe- 
oins ,  pour  leur  feruir  de  remèdes  contre  le 
mal  de  tefte,  autant  que  pour  pardi^rc  plus 
agréables.  Celles  de  lierre ,  de  myrthe  \  8c  d'à- 
cfrc  marine  eftoient  le  plus  en  vfage  ,parmy  les 
rofes  3  les  violettes,  le  laurier  >  1  amaranthe,  le 
fyfj  &c  le  narciflfe. 


Bj>  a 


h 


?9=> 


REMARQVES 

SVR    LE    II.    LIVRE 

DES  ODES 

D'HORACE 


Sur  Forte  L  du  II.  Liure. 


;#J  Epuis  le  Çênfîttdt  de  Metelk. 
\  Ilyavn  peu  de  difîculté  tou- 
chant ce  Conlulat  :  caries  vns 
veulent  que  ce  foit  celuy  de 
*  Metellus  Celer,  &  de  Lucius 
Àffranius  en  Tannée  69;.  de  la  fondation  de 
Rome,  àquoy  l'opinion  de  Lambin  femble  fe 
raporter  :  les  autres  eftiment  que  le  Poète  en- 
tend le  Çonfulatde  QjCecilius  Metellus  Nu- 
midicus,  auec  M-  Iunius  Silanus  en  Tan  643. 
félon  la  fupputation  du  très doûë  Efcrinain 
CarolusSiecnius  enfon  liurc  des  Faites.  Mais 


dss  Odes  d'Horace.  591 

celuy  qui  a  entendu  ce  p adage  des  mouuemens 
CtuÛs  c  an  fez»  par  Mete/lus  3  monftre  bien  qu'il 
n'eft  pas  fort  verféenla  connoidance  de  l'Hi- 
ftoire,  Se  qu'il  pouuoit  Ce  mefler  de  tout  autre 
métier  que  de  traduire  quelques  OÂcs  d'Hora- 
ce ,  en  quoy  il  a  trcs-mal  reiidî. 

$.  Les  amitiez,  doubles  des  Princes  ,  c'efl:  a 
dire  faujfe s  &  incommodes ,  ôcqui  ne  font  ami- 
tiez qu'en  apparence. 

9.  La  Mufe  de  la  tragédie  feuere.  C'eft  à 
caufe  que  Pollion  à  qui  cette  Ode  eftadredee, 
çompofbit  des  Tragédies  aulïï  bien  que  l'Hi«* 
ûoirc  delaçmerre  Ciuile. 

12-  Cothurne  d'Athènes.  Par  le  Cothur- 
ne, il  entend  les  Tragédies  ,  &  les  Poètes  Tra- 
giques, &  entre  autres  Thefpis,  Aefchile,  So- 
phocle ,  &  Euripide  qui  eltoient  Athéniens.  Il 
y  au  Latin  Cecropio  Cothurnoy  parce  que  Ce- 
crops  fut  Roy  d'Athènes.  Le  Cothurne  eftoic 
vn  brodequin  dont  fe  feruoient  les,  A&eurs 
des  Tragédies. 

1,5.  Triomphe  Dalmati^ue.  Parce  que  la 
ville  de  Salone  qui  eft  en  Dalmatie  fut  con- 
quife  par  Pollion,  à  qui  on  décerna  les  hon- 
neurs du  Triomphe  pour  la  gloire  de  (on  expé- 
dition. I'ay  mis  Oalmmque  8c  non  pas  des  Dal- 
mates ,  pour  empefeher  l'equiuoque  de  celuy 
qui  elt  triomphateur  ,  de  Pollion,  ou  des  Dal- 
inates. 

17.  Tléia  tu  frappes  les  oreilles  du  bruit 
menaçant  ,  c'eft  à  dire  que  Pollion  écrit  ion 
Hiftoire  de  la  guerre,  auec  tant  d'éloquence 
qu'il  femble  qu'on  entend  dé-ja  le  bruit  des 
trompettes.  Eb   àaj. 


J5>i    Remaries   $vr  le  IL  Liv. 

^  21.  Poufstere  qui  nefl  point  mal- fiante,  c'eft 
a  dire  fort  fiante  :  Car  ïamais  les  guerriers  ne 
font  ïamais  ii  parez  que  quand  ils  (ont  couu'crts 
de  la  pouffierc  du  champ  de  bataUle  ,  &  routes 
du  lang  des  ennemis. 

14..  Excepté  le  courage  inflexible  de  Cation* 
reuientaflez  bien  ce  me  fembleau  Latin.  Fré- 
ter atrocem  animum  Cafionù.  Enfuitte  der##- 
tfa  terrarum  fnbafta  ,  puifque  rien  n'y  peuc 
cftre  mieux  oppofé  que  l'inflexibilité dn  coura- 
ge :  &  file  terme  d'atrocem  auoit  vne  autre  li- 
gnification que  d 'inflexible en  cet  endroit,^  ne, 
la  tiendrois  point  du  tout  iufte ,  ny  digne  du 
grand  iugement  d'Horace.  Montagne  em- 
ployé ce  pafiage  au  rang  de  ceux  qu'il  a  çhoifis 
des  anciens  pour  louer  leieune  Cathon  ,  &  le 
riiet  incontinent  après  celuy  de  Virgile ,  bis 
dantem  iura  Cathonem  :  mais  il  fepourroitbien 
eftre  trompé  dans  riotelligence  decet  Emifti- 
chetîré  du8  liure  de  l'Enéide  :  cariln'y  a  pas 
grande  apparence  que  le  Poète  amy  d'Augufte 
euft.  voulu  honorer  d'vne  fi  grande  louange  le 
plusgrâd  ennemi  des  Ce  fats:  &  il  eft  beaucoup 
plus  croyable  que  Virgile  pour  fe  mocquer  de 
Cathon'j  kiy  donne  vue  autho  rite  imaginaire 
dans  les  Enfers  :  car  l'oppinion  des  peines  in- 
fernales paflb.it  dans  l'eipritdela  Cour  d'Au- 
gufte pour  vne  pure  Chimère:  iouu  qu'il  s'e~ 
ltoit  abftenu  de  le  nommer  à  defiein  entre  hs 
Hluftres  Romains  qu'il  a  remarquez  fur  la  fia 
de  ion  6.  liure  de  l'Enéide. 

25.    lugurta.    Roy  des  Numides  qui  e flan  g 
fKt  pnfonnicr  de  guerre  par  les  Romains ,  fii; 


Vis  Odis  d'Horach.  595 

tue  en  prifon:  c'eft  pourquoy  le  Poète  adiou- 
te  que  la  pofleritédes  vainqueurs  ,  fut  prefentie 
*  fes  cendres  en  offrande  mortuaire:  mais  il  fe 
rencontre  en  cet  endroit  vne  grande  faute 
d'imprçfïion  flon  ne  la  corrige  :  car  au  lieu,  de 
fofterite  on  a  mis  projpertté. 

3J.  Nation  Romatne.  Le  Latin  porte  T)au~ 
vienne ,  qui  fe  prend  proprement  pour  la  Poiiil- 
le  ,  dent  vn  certain  Daunus  fut  Roy  :  mais  icy 
Dauni<t  cades  fe  doit  entendre  pour  les  maffa- 
cres  delà  nation  Romaine. 

58.  Par  Simonides  ,  n'eftpas  au  Latin,  mais 
il  y  eft  fous-entendu,  &  il  auroit  cfté  de  fore 
mauuaife  grâce  de  traduire  Cea  N&ni&<>  pour 
dire  mot  à  nw>t  poèfie  lugubre  de  Cée.  Or  Oe 
cftvnc  lflcdelamer  Méditerranée  auprès  des 
Baléares. 

$5>.  Dion'ee,  c'eft  Venus  qu'Homère  appel- 
le fille  de  Dione,  dans  le  5.  de  Tllliade,  où  il 
parle  de  {ablefllircàla  main,  par  Diomede. 


Sur  Iode  IL  du  II.  Liure. 

ï.  /*~^fofp£  Salufley  efl  ce  fameux  Hiftoriea 
V-yde  la  coniuration  de  Catilina,&:  de  la 
guerre  de  Iugurta,dont  nous  auons  quelques 
Verfions  en  noftre  langue ,  Se  fur  tout  de  Ieau 
Baudoin,  à  qui  la  France  eft  redeuabîedetant 
d'autres  ouurages  confiderables,  fans  auoir  eu 
beaucoup  de  foin  de  luy  donner  moyen  de  vi- 
UXCy  dans  l^pauurçté  pu  nous  Tauons  vu  rc- 


5  f  4  Rkmar  oy  f.s  s  v  r  l  j  IL  L  i  v. 
duit, comme  h  luy,  &  les  kmblabîes ,  de  qui 
le  nom  doit  cftre  en  vénération*  nettoient  pal 
dignes  d'vn  plus  doux  traitement  en  trauail- 
lant  pour  Iagloirc  de  la  patrie,  &  pour  l'vrili- 
té  publique,  tandis  que  des  Harpies  cruelles 
qui  dcfalent  toutes  chofes,font  fourfertes  eu 
h\  iouyflancc  paiiible  de  biens  mahicquis.  Vu 
autre  appelle  des  Mares  a  auilî  traduit  l'Hiftoi- 
rc  de  Salufte  qui  fut;  imprimée  a  Paris  eu  Tan 

II.  Gades  ,  ville  d'Efpagnc  baftïe  par  les 
Carthaginois,  aujourd'huy   Calu.    Ptolomco 

6  Apollo.dore  l'appellent  Gadira. 

il.  iJvne  çfr  C  autre  Carthave ,  tant  celle 
qui  eft  en  Afrique  que  celle  qui  cft  en  E  (pagne, 
iurnommée  Spartica. 

\6.  Corps  atténué ,  il  y  a  au  Latin  pafte  ou 
blanc  5  mais  ny  l'vnny  l'autre  mot  ne  fe  peut 
employer  de  bonne  grâce  en  cet  endroit,  par- 
ce qu  il  finiroit  la  période  d'vn  m.auuais  fon. 

17.  La  vertu  cjui  neft  iamaU  ,  &c  toute  la 
conftruétion  de  cette  période  ,  ePc  dificile  à 
faire  au  Latin,  c'eftpourquay  elle  fouifre  des 
fens  forts  difFerens. 

17.  Phraate.  C'eft  le  nom  d'vn  Roy  de 
Perte  qui  remonta  furie  throlne  de  Cirus. 


Sur  l'ode  III,  du  II.  Lime. 


12.  f~\  V  tonde  fuyarde  tremblote  d'vn  mur- 
\Jr  mnrey  &c.  i'ay  connu  quelques  per- 


des    Odes   d'Horace,  Î5>$ 

fbnnes  fi  préoccupées  de  la  beauté  du  Latia 
d'Horace ,  que  fur  le  propos  de  la  troificfme 
ftancede  cette  Ode*,  elles  n'ont  pu  s'imagine^ 
qu'il  fuft  au  pouuoirdes  langues  inférieures  &C 
nommément  de  la  noftre  ,  de  traduire  a^rea- 

•i 

blcment5^#4E  obliquo  laborat  lymplpa  fttgax tre- 
fidare  riuo>  comme  s'il  y  auoit  quelque  diuinc. 
énergie  cachée  en  ces  paroles  quinefe  puft  ex- 
primer, ou  comme  fi  noftre  langue  auoit  moins 
jde  priuileges  que  toutes  les  autres,  défaire 
connoiftre  fes  forces  quand  on  fçait  l'art  de 
s'enferuir. 

16.  Le  fil  noir  des  trois  fœurs,  c'eftàdire  la 
Vie  des  hommes ,  comparée  à  vn  fil  noir  parce 
qu'elle  eft  pleine  de  miferes  :  Se  par  les  trois 
Jœtirs>  le  Poète  entend  les  trois  parques ,  Clo- 
tho  y  Lachefis ,  &  Atropas  ,  quHefiode  dit 
eftre  filles  de  la  nuiefc. 

18.  Par  les  eaux  dorées  du  Tjbre^  Au  lieu 
de  donner  à  cette  riuiere  Tepithete  de  taune^ 
à  caufe  de  fa  couleur,  pour  traduire ,  fldHHi 
Tjberis ,  mais  cela  n'euft  pas  efté  de  fort  bonns 
grâce.  /■ 

it.  lnache>  fut  Roy  des  Argiucs,  &  père  de 
la  belle  Io,  dont  il  eft  parlé  fur  l'Ode  19.  duj. 
luire. 

16 .  Le  fort  de  t&us  les  hommes  roule  dans 
*un  mefme  cornet ,  &c.  pour  traduire  omnium^ 
verfatur  vrna ,  comme  il  y  a  en  la  i.  Ode  du  3. 
liure,  omne  capax  mouet  omne  nomeny  Se  Vir- 
gile dans  le  6.  de  l'Enéide  parlant  deMinos. 
JOuétfitor  Mines  vmAm  mouet:  ce  qui  fait  ai - 
lufion  à  v$c  coutume  des  Anciens  qui  decer- 


J9<£     RlMÀRQjyES    SVR    t!   IL    I  iva 
noient  les  recompences  &  donnoient  les  iu^ 
gcmcnscnicttant  le  fort.  Ronlaid  aimitcce-\ 
Cy  dans  fon  Ode  u.  du  i.  liurc  où  il  die 

Le  Deftin  &  U  V Arque  noire 

En  tous  âges  filent  nos  yeux 

Jeunes  &  vieux  >  ils  metnent  hoire 

Les  flots  du  lac  oublieux. 
Et  M  de  Gombaud  dans  vne  pièce  qu'il  a  faitç 
pour  le  feu  Roy  après  vne  grande  maladie,  a 
dit  ce  me  femble  admirablement  fur  ce  mefmç 
fujet,  c'eft  à  dire  ,auecla  politefle ,  &  la  ma- 
gnificence qui  luy  font  ordinaires. 
l 'alloû  fans  murmurer  oà  vonù  les  plus  grandi 

Roys. 
0h  ceux  dont  la  valeur  rengeoit  tout  à  fis  lois. 
Ont  vu  tomber  leur  gloire  ,  G*  leurs  dépouilles 

vaines  : 
Çà  font  faits  f pareils  tant  d'humains  fidiuers: 
Au  repos  de  toutes  les  peines  : 
jiu  rendez-vous  de  VVmuers. 


Sur  Code  IV*  du  IL  Liurc. 

;.  YJRifeis,  efteelle-là  mefme  qui  cftant  r^- 
JL/uie  par  Agamemnon,  donna.fujet  à  cet- 
te grande  colère  d'Achilc,  quieft  fi  bien  dé- 
peinte dans  le  premier  liure  de  lllliade  ,  8c 
dans  les  Epiftres  heroïdes  d'Ouide  ,  où  il  y  çn 
a  vne  très agréable  de  cette  Brifeis. 

Ronfard a  imite  cette  Ode  dansla  cinquief- 
mc  de  fon  fécond  liurc ,  où  il  die 


S)  es  Odes  d'Horace         597 
Si  îtyme  depuis  naguère    - 
Vne  belle  chambrière 
He  !  qui  moferoit  bUffneY 
.    De  fi  bajfcment  aimer  t 
Et£lus  bas, 

Achile  l'effroy  de  Troy^ 
De  Brijèù  fut  la  proyè, 
Dont  fi  bien  il  s**chauffd 
^ue  férue- elle  triompha. 

Aïax  eut  pour  fa  maifireffe 
Saprifonniere  Tecmejfey 
Bien  quilfecoùajl  au  bras 
Vn  bouclier  à  fept  rebrat*  Sec. 
6.    Tecmeffe,  qui  pour  fa  beauté  fut  aimée 
d'AjaxleTelamonien,  dont  elle  eut  vn  fils  ap- 
pelle Eurifate. 

5.  Comme  elle  s  fi  fortie  de  maifon  royale, 
n'eft  dit  que  pour  exprimer  l'imagination  de§ 
Araans,  qui  fe  flatent  toufiours  au  fujet  des 
chofes  qui  les  paflionnent  le  plus. 

24.  Le  huiEbiefme  luftre  >  c'eft  à  dire  qua- 
rante ans  s  car  chafque  luftre  eftoit  de  cinq 
années. 


Sur  Vode  V.  du  IL  Livre, 

î.  ÇO#  col  ne  fi  pas  dompté.  Cette  Ode  cft 
ijvne  perpétuelle  allégorie  à  vne  genilTe 
qui  n'a  point  encore  efté  mife  fous  le  ioug,  au 
refte  elle  ne  contient  pas  Vne  dificuké  dans  la 
de  licateflè  de  fou  fens  >  de  fur  tout  dans  la  der- 


59^    Remarques  svr   le  II.   L  i  v. 

rc  fiance  qui  femblc  auoir  quelque  chefe 
de  merueilleux. 

Ronfard  a  imité  cette  Ode  dans  vn  recueil 
qui  (e  trouuea  la  fin  de  Tes  œuurcs ,  où  il  par- 
le ainfî  d'vnc  icunc  fille  qui  auoit  vn  Amant. 

Ta  geniffe  ncjl  ajfez*  drue 
-Atten  que  fes  ansjbient  venus* 
Ne  forte  *jfeX>  à  la  charui', 
Ne  pour  le  Taureau  qui  fe  rue 
Lourdement  aux  ieux  de  Venu*. 

slins  méfiée  mec  les  veaux 
Follatre  dvne  courfe  vife 
Ou  deffom  les  Saules  nouueaux 
Se  veautre  a  (ombre  auprès  des  eaux 
Les  famés  du  Soleil  suite. 

lamals  n  endure  qu'en  la  touche 
Fuyant  a  bons  comme  vn  cheureau 
Comme  vn  leune  cheureau  farouche 
Jjhtj  furie  Printemps  s  efsarmotiche 
Par  le  tapie  àvn  vert  preau  5  &c 


Sur  Iode  VL  du  1 1-  Liure. 


i.  f~^Jntabre,  peuple  d'Efpagne  qui  fut  mal 
V^/aifc  à  réduire  fousleiouç  de  l'Empir- 


mal- 
Empire 
Romain. 
3.     L'onde  Maure ,  la  mer  de  Mauritanie. 
j.    Tiuoly  ou  Tybur  ,  Tay  parlé  de  ce  lieu-là 
furvne  Ode  du  j.  liure. 

10.      Galère,  vn  fleuue  dans  le  territoire  de 
Tarente.  Quelques- vns l'ont  appelle  Ear$t4t> 


dès  Odes  b3 Horace.  399 
d'autres  Galeus.  Niger  luy  donne  le  nom  de 
Balada.  Il  y  a  vue  petite  ville  frtuée  tout  au- 
près ,  aujourd'huy  Galaja. 

1 4.  Htmette ,  montagne  de  TAttique ,  d'au- 
tres difent  de  Sicile.  Hérodote  l'appelle  Hy 
mefftu. 

\6.  Venafre ,  ville  de  la  Campanie  >  au- 
jourdhuy  le  Royaume  de  Naples,où  croif- 
fent  de  tres-excellcntes  oliues. 

j8.  Aulon  y  montagne  proche  deTarente, 
fertile  en  bons  vins  qui  nt  le  cèdent  point  à 
ceux  de  Falernc. 


Sur  fode  VI ï.  du  II.  Lwre. 

t.  Ç\  Pompée.    Ce  Pompée  eft  le  nom  dVn. 
^-^  Capitaine  particulier. 

8.  Précieux  oneuent  de  Syrie.  Car  les  hora- 
mes  propres  de  1  antiquité  auoient  accoutume 
de  fe  parfumer  la  tefte  auec  des  onguents  de 
Syrie,  que  le  Poète  appelle  en  cet  endroit  Ma- 
lobathrum  y  qui  eftoit  vn  certain  onguent  qui  fe 
compofoit  de  feuilles  dVnc  plante  fans  racine, 
qui  croiffoit  en  des  lieux  taarefeageux  des 
îndes. 

9.  Les  champs  Philippiens  >  où  Caiîîus  8$ 
Brutus  furent  défaits. 

9.  La  faite  foudaine.  Le  Poète  qui  h'eft 
point  glorieux  n'atend  pas  qu'on  luy  reproche 
îk  fuitte ,  ôc  auou'ë  franchement  qtfe  pour  fe 
iàuuer  plus  vifte*  il  quitta  fon  bouclier  3  ce  qui 


4&p  Remarques  $vk  le  II.  t  r^ 
n'eftoit  pas  feulement  vne  a&ion  honteufe  par- 
mi les  Romains ,  mais  encore  digne  de  blafmc 
&  de  punition.  Il  en  parlera  encore  dans  l'O- 
de 4  du  pliure.  Voyez  auiïi  fur  ce  propos  la 
14.  Odcdui  liure,la£.  Satyre  du  i.liure  ,  &t 
TEpiftre  a  Iules  Flore  du  1.  liurc. 

11.    Les  foldats  touchèrent  de  leur  menton  y  la 
terre,  &c.  c'eft  adiré  tombèrent  par  terreoù 
baiferent  la  terre  :  mais  il  faloit  traduire ,  Turpc 
folwm  tetigerç  mento. 

19.  Vïen  te  repofer  fous  mon  laurier.  Parce 
que  le  laurier  eftoiteftimé  contre  le  danger  de 
la  foudre,  ôc  que  le  laurier  n'eft  pas  moins  la 
recompence  des  Poètes  que  des  guerriers. 

II.  Vin  Maflic/ue.  Pline  loué  ce  vin  dans 
fon  14  liure  ch.  6.  èc  croift  en  ces  montagnes 
de  la  Campanie  qui  s'appelloient  Maffiqucs. 
Aujourd'huy  Mijfîco  auprès  de  Gaurano  du 
coftéde  Puzzoles. 

22.  Des  larges  coquilles,  defquelles  Ce  fai- 
foient  des  vafes  où  Ton  renfermoit  des  on- 
guents précieux. 

25.  Pour  eftre  l'arbitre  de  U  betiuerie ,  ou 
de  la  débauche  ,  comme  celuy  qu'il  appelle  Roy 
en  l'Ode  4.  du  1.  liure  ,  nec  régna  vint  fortiere 
tAlù,  àquoy  nousauonsfubftuucnosRoysdë 
U  febue. 


Sur 


des  Odes  d'Horace.  401 


Sur  rode  VI II.  du  II.  Liurc 

| 

i.  ÏE  te  croirois  ,  Barine.  Le  fens  de  cette 
JLpiecc  qui  n'eft  que  de  pure  galanterie ,  ne 
Reçoit  point  de  dificulté  ,  après  fa  verfion. 
Quelques  vnsneantmoins  ont  voulu  entendre 
d'vne  autre  Façon  que  moy ,  le  dernier  vers  de 
cette  Ode,  itid  ne  retardet  aura  maritos.  Mais 
l'explication  que  i'ay  fuiuie  qui  eft  celle  de 
Lambin,  m'a  fémblé  là  plus  belle  ôc  là  plus 
iudicieufe. 


Sur  Code  IX  du  IL  Liure* 

i.   \  KEr  Cafyienne  <>  ou  mer  Cafpie  y  eft  vng 
jLVJLmer  en  Scythiè  autrement  appelles 
Ilircane,  ou  mar  de  Baçhat*. 
,7.    Mont  Gargàn  ,  eft  datis  la  Poiiille,  ou 
danslalapigie. 

14.  Antiloquey  fils  de  Meftor,  de  qui  la  mort 
eftracontée  par  Homère  dans  fon  OdilTee.  Il 
en  eft  auflî  parlé  dans  les  plattes  peintures  de 
Philoftraté  :  &  Pindare  dit  quil  fut  tué  en  vou- 
lant faiiuer  fon  père  dans  le  péril. 

16.    Trdile ,  fils  de  Priam,  de  qui  Virgile  à 
parlé  dans  fon  i.  de  l'Enéide,  Infelixptter  œt~ 
que  impar  congrejfm  Achilli. 
2.0  •    Niphate ,  fleuue  de  la  Mefopotamie  ,oU 

Ce 


401     RïMARQV^Ç   SVR     LE    II.    LlV. 

de  1  Arménie.  Scruius  a  remarqué  fur  Virgile, 
qu'il  cft  incertain  fi  c'<eft  vn  fleuuc  ou  vne  mon- 
tagne. L'epithete  de  Riçidum  Ntphatem  ,  ne 
nous  enéclaircit  guère  aauantage, 

21.  Le  fieuue  des  Medes  ,  de  qui  le  propre 
nom  eft  Mcdus  ,  qui  donne  ecluy  que  porte  le 
p^ys,  comme  il  eft  facile  de  connoiftrepar  le 
i$.  liure  de  Strabon,  où  il  parle  des  riuieres 
que  trauerfa  Alexandre  le  grand  :  car  ce  fleuuc 
n'eft  point  ny  l'Araxe  >  ny  le  Tigre ,  ny  l'Eufra- 
te,  comme  d'autres  fêle  font  imaginez. 

23.  Gelons ,  peuples  de  la  Scythie>&  non 
delà  Thracc  comme  die  Viuius. 


Sur  Fode  X  du  II.  Liure, 


5«  T  A  precieufe  médiocrité,  Cette  loiïangd 
J^de  la  médiocrité,  ne  peut  partir  que  des 
fèntimens  dvn  fort  honnefte  homme  :&  Pin- 
dare ,  dit  qu'vne  fortune  médiocre  eft  long- 
temps fleuriflante,  Se  quVne  fortune  exceflîuc, 
eft  plus  fujetteà  la  Tirannie,  qu'elle  n'eft  pro- 
pre à  de  bons  Citoyens.  Le  Poète  l'appelle 
Aureàm  mediocritAtem  >  que  nous  auons  tra- 
duite precieufe,  parce  qu'en  effet  les  familles 
&  lesProuinces  où  règne  la  médiocrité,  font 
hetireufes ,  &  ont  le  luftre  de  l'or  en  toutes  lc$ 
parties  qui  tes  concernent ,  fans  fouffrir  l'hor- 
reur de  la  pauuretc. 

15.    Chajfe  les  Hyuers  malplaifans.  Cette  fai- 
fon  a  elle  bien  dépeinte  auec  les  trois  autres 


bEs  Odes  d'Horace.  4c$ 
pur  M.  de  S.  Amant  dans  Ces  4 .  Baflàns  qui  font 
autant  de  chefs-d'œuures  >  outre  l'excellente 
description  qu'il  en  fait  dans  vn  Epiftre  qu'il 
luy  adrefle  fur  vri  voyage  de  la  (ereniffime  Rei- 
ne de  Pologne.  Et  pour  ne  demeurer  pas  in- 
grat des  témoignages  d'amitié  que  fay  receué 
d'vne  personne  que  i'honore  infiniment,  ie  ne 
craindray  point  encore  de  dire  que  M.  de  Iuf- 
fac  Gouuerncur  de  la  Tour  du  H^ure  \  Gentil- 
homme trcs-accomply  par  fà  naiflance,  par  fon 
efprit ,  &  par  fon  courage ,  en  a  fait  vn  Crayon 
très- agréable  dans  vne  elegie  que  i'ay  vue  de 
luy ,  laquelle  il  commence  ainfi. 

Dans  Cajfreufe  faifon,  que  les  Vents  gros  Jlq~> 

rages 
Nous  laijfent  en  toits  lieux  des  marques  de 

leurs  rage  s  y 
£)ue  les  ajpres  frimas  font  far  tout  des  ef« 

*  forts  \ 
£t  qu'vn  froii  rig&urïux  vient  Jaifr  tous  les 

corps  y 
g)uand  toute  la  campagne  efi  fierile  &  de- 

ferte 
Quand  la  nature  panche  au  moment  de  f 
perte  y  &c„ 


Sur  Iode  XI.  du  IL  Ziure* 

i.  T*\  V  guerrier  Èfpagnol  y  ou  Çantahrois, 
JL/qui  audit  efté  furmonté  par  Agrippa. 
Les  anciens  Autheurs  donnent  d  ordinaire  des 

Ce  ii 


404   Remarques  jvr  le  II.  Liv. 

cpuhctes  de  valeur  militaire  aux  hommes  de 
cette  nation. 

6  La  teuneffe  polie  s'enfuit.  L'epithete  de 
-polie  eft  fort  iudicieufe  ,  auflï  bien  que  le  font 
celles  qu'il  donne  à  la  vieillefle ,  aux  amours, 
«Scaulomcil.  Aurefte,/^  teuneffe  se>  fait  ,  ex- 
prime bien  ion  peu  de  durée  ,  &C  en  mcfmc 
temps  labrieuetéde  nosiours. 

16.  Nard  fljlffjjriti  c'eft  de  l'onguent  par- 
Fumé  de  Syrie,  dont  il  a  efté  parlé  fur  l'Ode  7. 
de  ce  liure,  Ni  tentes  malobathro  Sjno  captllos. 
z5*  J%&!*tt*fi  kafte  de  venir  aueç  fa  lyred'y- 
noire.  Tay  traduit  cecy  félon  l'explication  de 
Crucquius ,  parce  quelle  m'a  femblé  plus  belle 
8c  plus  naïueque  celle  des  autres  interprètes. 
Et  voicy  comme  Ronfard  l'a  rendu  dans  la  10. 
Ode  du  l.  liure. 

Fat  rafraifibir  mon  vin ,  de  forte 
Jj^fjlpàfft  en  froideur  vn  glaçofc 
fat  venir  leanne  quelle  apporte 
Son  luth  pour  dire  vne  ckançon  : 
Nous  ballerons  tons  trois  au  fin  : 
Et  dy  a  Barbe  quelle  vienne 
Les  cheueux  tors  à  la  façon 
D*vne  folaflre  Italienne. 


Sur  Voie  XI L  an  I J.  Liure. 

i;  'y^tVmance*  ville  d'Efgagne  deftruitepar 
xN  Scipion  l'Africain  14*  ans  apres  la  rui- 
ne de  Cannage. 


dis  Odes  d'Horace.  405 
1,  La  mer  de  Sicile  tainte  été  fang  des  Car- 
thaginoù.  Dqillius  fut  le  premier  des  Romains 
qui  gagna  la  vi&oire  contre  les  Carthaginois, 
&c  qui  en  remporta  l'honneur  du  triomphe. 
Polybe  1. 1.  &  Tite-Liue  1. 17. 

13 .  Lyctmme  ou  Lycinnie  ,  de  qui  les  yeUxy 
&c.  Toutlerefte  de  cette  Ode  quieft  de  pure 
galanterie  ,ne  fouffre  plus  de  dificulté  après  la 
verfîon  pour  en  bien  prendre  le  fens  qui  eft  afc 
fez  delieat. 

\6.  Achemene.  Platon  dans,  fon  Alcibiade 
écrit  que  les  Roys  dePerfe,  ont  tiré  leur  ori- 
gine d'Achemenes. 


Sur  Wc  XIII.  du  1 1.  Lturt. 

In     À  Rbr*  dannable.    Il  parle  encore  de  c^t 

JL-L  arbre  qui  faillit  à  le  tuer,  dans  l'Ode  17 . 
de  ce  mefme  iiurea  &  dans  la  4.  &  la  S.  du 
3.  liure. 

8.  Venins  Colchiques  ,  venins  tres-dange- 
seux  faifant  allufîon  à  ceux  de  Medée  Elle 
d*Oeta  Roy  de  Colchos. 

14.  Le  deflroit  du  Bofphore^  c'eftà  dire  du 
Bofphore  de  Thrace ,  où  eftoit  Bifance  ,  au- 
jourd'huy  Conftantinople,  on  appelle  ce  de- 
flroit la  mer  de  Calipoli. 

if.  Saphon.  Elle  eftoit  de  lifte  de  Lefbos, 
&  fit  des  vers  auec  tant  de  réputation,  que 
quclques-vns  ont  efté  appeliez  de  fon  nom.  Le 
Poète  prend  icy  occafton  de  chanter  les  loiian- 

Cc   iij 


406  Remarques   svr  le  II.  Liv 
gcs  qui  luy  font  ducs,  auiïi  bien  que  d'Alcée 
de  lamc'me  Ifle  de  Lcfbos  A  qui  Ton  doitlin- 
lr:ntion  des  vers  lyriques. 

2,6,  Eumendes  ,  les  trois  furies  infernales 
Aledlo ,  Mcgcrc ,  &  Tifyphone,  vangereflès 
des  MalTacrcs  &  des  crimes. 


Sur  l'Ode  XIV.  du  IL  Hure. 

1.  TTEte  Poflhume ,  cette  Ode  que  Ton  \ 
A.  Aremarqué  que  le  Poète  pourtoit  auoiç 
imitée  d'Anacreon,  Ta  efté  cllc-mefme  a(Tcz 
heureufement  par  lcfieur  de  Meziriac  qui  la 
commence  de  cette  façon. 

JHelas  !  les  ans  f ai  tifs ,  s  écoulent  fans  refource* 
Et  rien  neflfaffifant  de  retarder  leur  courfe% 
Jïîefme  la  pieté ,  ne  nqus  garentit  pas 
De  Cage  qui  fans  ceffe , 
Nous  pour  fuit  &  nous  preffe  , 
Et  nom  guide  a  la  mort  plus  vifle  que  le  pas. 
6.     Au  dur  Pluton ,  ou  qui  ne  pleure  Jamais, 
comme  dit  le  Latin  illacrimabilem  Platona.  mais 
dur  exprime  fuffilamment  la  force  de  l'autre 
mot. 

n.  Soit  que  nous  fojons  Roys  ou  panures  La- 
boureurs. Le  Poète  dit  qu'il  n'y  a  point  de  con- 
dition qui  nous  exempte  de  la  neceflité  de  mou<r 
ïir,  ce  que  M.  de  Scudery  perfonnage  dvne 
gencrofité  confommée)  &  célèbre  par  le  grand 
nombre  des  beaux  ouurages,en  vers,  &  en  pro- 
ie qu'il  a  donnez  au  public,  a  dit  magnifique- 


ces    Odest>*Horàcï.        407 
ment  dans  vn  recueil  de  ks  illuftres  poefies. 
Mais  les  feueres  loix  des  fieres  Deftwées 

Ont  ainfi  réglé  tes  Années* 
Elles  à  fui  les  Dieux  ne  fi aur oient  refifter* 
Il  neft  rien  que  le  fin  ne  dompte: 
Nous  luy  pouuons  céder  fans  honte* 
Puis  qu'enfin  tout  luy  cède*  &  me  fine  Iupiter. 

25.  Auxfeftinsdes  Pontifes.  Ils  onttoufiours 
efté  en  réputation  d'eftre  fomptueux,  &  M.  de 
Meziriac  qui  a  traduit  cette  Ode»,  rend  ainfî 
ces  paroles. 

Et  ce  vin  délicat  que  tu  tiens  comme  efclaue 
Sous  cent  clefs  enferme  dans  le  fins  de  ta  cam 
Vn  plus  digne  héritier  de  boire  iamais  lai  , 
Uépandra  par  fa  file 
D'vne  main  libérale  * 
Imitant  les  fefiins  de  nos  riches  Prélat*. 


Sur  Vode  XV.  du  IL  Lture, 

î.         Es  baftimens  royaux*  c'eflrà,dire  (bm- 
A-fptueux *  &  plus  conuenables  i  des  Roy* 
qu'à  des  Citoyens. 

2.    laifferont  peu  £  arpents  de  terre  a  labou* 
rer  *  pour  marquer  leur  étendue  demefuréc. 

?.  Lac  de  Lucrin.  On  Tappeiloit  auiîî  mer 
morte  auprès  du  Golfe  d'Auerne.  Pline  liure  j, 
ch.  5.  &ij.  Encore  moins*  dit-il*  parleray-ie  des 
grands  rampars  &  des  grands  ponts  qui  furent 
faits  pour  feparer  le  lac  de  Lucrin  *  dauec  la  mtr 
Tjrrhenne. 

Çc  iiij 


4oS  Remarques   svr    le   II.  Liy. 

4.  Plane  fol/taire.  A  caufe  que  les  Anciens 
ne  plantoient  point  de  vigne  tout  autour ,  com- 
me aux  pied  des  ormes.  Toute  cette  Ode 
marque  bien  les  ientimens  du  Poète  contre  le 
luxe  de  Ton  temps,  auquel  celuy  d'aprefent  a 
beaucoup  de  rapport:. 


•w 


ïode  XVI.  du  IL  Liure, 


1.  *\  yT  Er  Egée.  Aujourd'huy  î  ArchipelacjM 
jLVJLon  l'appelle  Egée*  à  caufc  des  Ifles 
qui  y  font  femées  ,  comme  des  chéures  dans 
vne  rafe  campagne,  ou  bien  à  caufc  qu'yEgée 
Reine  des  Amazones  y  périt,  ou  parce  qu'A- 
gée  père  de  Thefée  s'y  précipita.  Feftus.  Nico- 
las Rapin  auoit  traduit  cette  Ode  qu'il  com- 
mence ainfi. 

Le  Marinier  fvrpris  d'vn  grand  orage 

En  pleine  mer  ,  defire  le  repos 

S'il  voit  cacher  fous  vnfombre  nuage 

La  Lune  aux  Matelots* 

14..     La  faliere  de  fes  pères ,  eft  mife  eç  ccç 
endroit  la  pour  toute  forte  de  meubles. 

18.  VonrcjHoy  changeons  nota  de  demeure  ?  cVç- 
Le  Poète  qui  iuge  cela  de  ruauuais  fens ,  a  cau- 
cîe  la  brieueté  de  la  vie,  me  confirme  dans  l'op* 
pinio.n  que  îaytauhours  eue,  que  pour  trou- 
lier  la  fageffe  &C  le  repos,  il  ne  fc  faut  point 
éloigner  du  lieu ,  où  noftre  fortune  ,  &  noftrc 
condition  nous  attache. 

3^.    Rugijfent,  liiez  mugijfent. 

37.     Vn  peu  de  cet  efpnt  délicat  des  Mu  fes 


des  Ode$  d'Horace.  409 
de  U  Grèce.  Ce  fouhair  cft  d'auffi  bonne  grâce, 
comme  Texpreflion  en  eft  agréable  ,  fî  elle  tra- 
duit aucc  allez  d'élégance  fpiritum  grai<&  te- 
nticm  Camena. 


Sur  l'Ode  XV  IL  du  IL  Liure. 

I.  TH\  E  tes  plaintes,  à  caufe  que  Meccnasfe 
JL>^plaignoitdansfâ  maladie  ,  &  qu'il  n'eft 
rien  de  plus  fenfîble  au  coeur  de  celuy  qui  aime, 
que  de  voir  fon  ami  en  danger  de  mourir. 

17.  Soit  que  la  balance  ait  fon  afpecfar  moj* 
&c.  Le  Poète  fait  icy  voir  la  connoiflfance  qu'il 
auoit  en  TAftrologie  parlant  de  la  fympathie 
de  ion  humeur  auec  celle  de  Meccnas,  Pour 
moyien'ay  iamaiscftéperfuadé  qu'il  y  fallufl 
donner  beaucoup  de  créance  :  &  ie  ne  voy  pas 
auffiquelon  y  piaffe  raifonner  fur  de  grands 
fondemens-.i'auoué  neantmoins  que  beaucoup 
d'excellens  perfonnages  de  noftre  temps  s'y 
font  adonnez,  &c  qu'ilsy  ont  apporté  de  gran- 
des lumières  (oit  par  leurs  écrits,  foit  par  leur 
dode  conuerfation ,  tels  que  Me0îre  Nicolas 
Bourdin  Marquis  de  Vilaines  dans  fon  liure  de 
l'Vranie,  ou  du  qttadripartit  dePtolomée  quil 
a  traduit  &  commentera  l'éloquence  &  l'é- 
rudition paroiflfent  auantageufement,  fans  par- 
ler des  belles  chofesquei'ay  entendues  fur  ce 
fujet  de  la  bouche  diferte  de  M.  le  Comte  de 
Pagan,  de  qui  l'eiprit  n'eft  pas  moins  éclairé 
pour  les  grandes  Spéculations,  que  la  nature  & 


4'fr   Remarques  svr  le  II.    Ltv. 
eu  peu  de  foin  de  luy  confcruer  ce  qui  luy  re~ 
ftoitdc  vuécorporelle,  après  auoirperdu  l'vn 
de  Ces  yeux  d'vne  raoufquctadc  au  fiege  de 
Montauban  Tan  162.1, 

23.  La  protection  de  Jupiter  t'a  garent i  de 
ta  cruelle  influence  de  Saturne  11  femble  que 
le  Poète  (bit  perfuadé  des  admirables  effc£ls 
de  l'Aftrologic  ,ou  bien  il  en  fait  femblanten 
faueur  de  Mecenas  qui  en  auoit  peut-eftre 
meilleure  oppinion  que  luy ,  quoy  que  de  très- 
hpnneftes  gens  l'admettent  au  rang  des  feien- 
ces naturelles,  ôc  qu'ils  nous  donnent  encore 
tous  les  iours  aflez  de  témoignages  de  l'eftirae 
qu'ils  en  font,  tels  que  le  fçauant  &  illuftre  I.  B. 
Morin  ProfeflFeur  du  Roy  en  Mathématiques, 
M.  l'Abbé  de  Tlfle  Mariuault ,  de  qui  la  naif- 
fânee,  la  do&rine  ,  &  la  pieté  font  également 
recommendables,  les  fleurs  Goyfel ,  &  l'A- 
neau ,  aflez connus  par  toutes  les  belles  &  ra- 
res obferuations  qu'ils  ont  faites,  auflî  bien 
que  le  généreux  M.  des  Noyers  Secrétaire  des 
cômmandemens  de  la  Sereniffime  Reine  de 
Polongne,quefonefpric  &fa  vertu  ont  éleuc 
à  l'honneur  des  bonnes  grâces  de  cette  grande 
Princefle. 


Sur  ïode  XV II L  du  II.  Hure. 

$.  *HT*Ra$ncs  apportées  du  Mont-Hymtte ,  le£ 

X  quelles   font  de  bois  d'Errable  félon 

quckjucs-vns ,  &  félon  d'autres  ,  ce  font  do 


dis  Odes  d'Horaci.  4U 

grandes  pièces  de  marbre  ,  comme  Lambin  en 
eft  d'auis.  Hymette  cil  vne  montagne  de  l'A- 
frique. 

/.  vitale  Roy  de  Pergame  qui  fit  le  peuple 
Romain  fon héritier,  comme  Iulius  Florusla 
écrit  en  fon  58.  liure,  &  icy  le  Poète  touche 
couuertement l'aiiarice des  Romains , qui n'af- 
fuiettilTbient  pas  feulement  les  Roys  par  la  for- 
ces des  armes,  mais  encore  par  Us  rufes  &:  par- 
les fineflès. 

8.  Aies  feruantes  honneftes ,  c'eft  à  dire  les 
femmes  de  mesferuitcurs,  ou  pluftoft,  les  fism- 
liics  de  mes  Clicns,  &  de  ceux  qui  me  vifitent 
fouuent. 

10.  Jj)Hoy  que  ie  fou  fauure.  Les  Poètes, 
nyles  gens  de  lettres  ne  font  iamais  guère  ri- 
ches ,  parce  que  leur  principal  foucy  eft  de  fer- 
uiraux  Mufes  qui  font  toufiours  pauures,  & 
non  pas  de  croiftre  en  biens ,  où  d'auancer  leur 
fortune ,  {bit  dans  la  cour ,  foit  dans  les  affaires, 
dont  le  fuccez  de  la  recherche  eft  d  ordinai- 
re incertain.  Cependant  il  feroit  iufte  que 
les  puiflkns  ne  les  abandonnaflfent  pas  com- 
me ils  font  aflez  fouuent  dans  la  dernière  nc- 
ceflîté,  fans  s'apperceuoir  qu'il  y  va  de  leur 
propre  honneur ,  &  de  la  gloire  mefme  de  leur 
Eftat. 

*2-     Riche  amy.  Il  entend  Mecenas. 

1 7.  Th  fais  feier  des  marbres  quand  la  mort 
¥  PreJT€>  &c-  Nous  voyons  arriuer  cela  tous  les 
iours  :  &  c'eft  vne  chofç  étrange  que  les  hom- 
mes ne  ^auroientdeuenirfages  par  des  exem- 
ples qui  fe  paflènt  tous  les  iours  dcu&nt  eu*. 


4U    Remàrc^vïs  svr  le  II.  Liv. 

Cccy  a  auflîcfté  imité  par  Ronfarddans  la  4^ 
Ode  du  i.  lune. 

£r  toj  vieillard  du  fepulchre  oublieux 
G)ui  iufaue   au  Ciel  éteues  en  maints  lieux\ 
Marbre  fur  marbre  &  iaprefjuc  mort  tafehes 
Fendre  les  rocs  que  tu  bailles  par  tafehes. 
La  terre  nefl  pat  pleine 
Seulement  de  ta  peine , 
Mai*  les  poijfons  aufft 
Sentent  fotu  tes  ouurages 
Bajiis  à  leurs  r  tu  âge  s  , 
Leur  manoir  rétrecj. 
10.    Bayes ,  c'eft  vn  lieu  plein  de  délices  dans 
la  Campanie  auprès  de  la  ville  de  Naples. 


Sur  Vode  XIX.  du  IL  Liure. 

I,  T'^y  veu  dans  des  roches  écartées ,  &c.  Les 
JL  Poètes,  les  Diuinatcurs,  les  y  urongnes,  & 
les  amoureux,  croyent  voir  bien  fotiuent  des 
chofes  qui  ne  font  point:  C'eftpeuteftreainft 
qu'en  cet  endroit,  Horace  s'imagine  de  voir 
Bacchusquienfeigncàfaire  des  vers, 

5.  Euoe*  C'eft  vne  voix  des  Bacchantes: 
&  Paufanias  dans  Ces  MefTeniaques  écrit  que 
de  là  il  y  a  vne  montagne  proche  de  ilthonie, 
appcllée  Euan. 

8.  Le  Thyrfsy  eftoit  vn  grand  bafton  en- 
touré de  pampre  que  les  preftrefles  de  Bacchus 
portoient ,  quand  elles  celebroient  les  feftes 
de  ce  Dieu. 


dès  Odes  t>*  M  or  a  ce?  415 

tj.  Ton  heureufe  epouje  ,  Ariadnc  fille  de 
Minos  qui  fut  abandonnée  par  Thefée,  &r*> 
eeu'é  aux  bonnes  grâces  de  Bacchus,  qui  mit 
Ùl  couronne  au  nombre  des  Eftoiles. 

14.  Panthee ,  Roy  de  Thebes  qui  Fc  moc- 
quoit  des facrifices  de  Bacchus, &  en  fut  gric- 
uement  puny.  Ouidi  Metam.$. 

16.  Lycurejue  ,  Roy  de  Thrace  ,  fils  de 
Dryas  qui  perdit  le  iugement  pour  s'eftre  niec- 
qué  des  diuines  Orgies  :  quelques  autres  difent 
mefmes  qu'il  fut  tué  de  la  propre  main  de  Bac- 
chus. 


Sur  l'Ode  XX.  d»  II.  Liurè. 

ti  ÇV/  iay  doublement  mérite  le  nom  de  Poïte* 

v3parce  qu'il  a  fait  des  vers  lyriques  &  des 
fatyriques.  loachim  du  Bellay  a  traduit  le  com« 
mencement  de  cette  Ode. 

D'vne  aile  accoutumée  &  baffe  > 

le  niray  far  ce  grand  ejpace. 

Demi  oyfeau ,  &  ne  fuis  pas 

Tour  plus  long-temps  viure  icy  bas 

Vainqueur  des  enuies  ciuilesy 

le  laijferay  les  grandes  villes. 

4.  P lui  grand  que  Cenuie.  Le  Poète  qui  voit 
tien  que  Venuie  ne  fçatirôit  furmonter  fa  gloi- 
re ,  fe  donne  icy  des  louanges  de  bonne  grâce 
comme  il  fait  encore  en  la  dernière  du  5 .  liure, 
à  l'exemple  de  quelques-vns  qui  lauoientde- 
uancé,  tels  que  Theognisqui  fe  promet  l'im- 


■ 

4*4-  Remarq^svr  leII.  L.  des  Odes  d'H. 

mortalité,  après  auoir  parcouru  toute  la  terre 

&  la  mer  fur  les  ailes  de  la  renommée  ,  en  quoy 

ilaeftéfuiui  par  Ouidc,  Lucain  &c  vne  infinité 

d  autres.  Sans  parler  de  noftre  Ronfard  qui 

di<£ta  ces  vers  peu  de  iours  deuant  {a  mort, 

Ceft  fait>  iaj  deutdi  le  cours  de  mes  Dejlins> 

J'ay  vefcH ,  taj  rendu  mon  nom  ajfez*  inftgne 

JUa  plume  vole  au  Ciel  pour  eftre  quelque  figne 

Loin  des  appas  mondains  qui  trompent  les  plus 

fins. 
J  6.  Les  pleines  hyperborées ,  les  pays  du  Nom 
20.  L'Ibère  expérimente.  Le  Poète  inexpli- 
qué point  dequoy  Tibère  ou  rEfpagnolcft  ex- 
périmente :  mais  peut- eftre  qu'il  entend  au 
Incticr  de  la  guerre ,  ou  bien  à  celuy  de  la  naui- 
gation ,  par  lequel  nous  decouurons  les  mœurs 
&  les  coutumes  de  diuerfês  nations. 

11.     Que  les  vers  lugubres.  Du  Bellay  â  tra-^ 
duitecs  paroles  comme  cecy. 

Les  pleurs  [oient  loin  de  mon  cercueil  9 
Les  vaines  larmes  &  le  demi  : 
Cejfe  toute  complainte  folle 
^iux  morts  inutile  &  frimlle* 


4*5 


REMARQVES 

SVR    LE    III.    LIVRE 

DES  ODES 

DHORACE. 


Sur  ÏOde  J.  du  IIÏ.  Liure. 


i. 


E  hay  le  vulgaire  prefane.  Il 
fait  allufïon  à  cette  coutume 
des  Anciens,  de  ehafTcr  des 
cérémonies  facrées,  ceux  qui 
n'yeftôient  pas  inities.  Auflî 
n'eft-cc  point  à  ceux  qui  n'ont 
aucun  gouft  de  la  po'ëfie,  de  lire  lesouurages 
des  Poètes,  &  fur  tout  dans  le  genre  fublime» 
comme  ceux  que  nous  auons  traduits.  C'efl: 
pourquoyie  ne  m'eftonne  nullement  que  tou- 
te forte  de  gens,  n'y  prennent  point  deplaifir, 
êc  que  beaucoup  ne  préfèrent  yne  infâme  poé- 


4i  6    Rimar  QVF  s   s  va   L  I  III.   Ll  V. 
jfie  ,  à  rout  ce  qui  ic  lit  de  plus  beau  &  de  plus 
digne  d'admiration  des  Àutheurs  anciens  & 
modernes,  fans  parler  d'vnc  vingtaine  d'iiiu- 
ftres  qui  flcurifTent  encore  de  nos  iours  auec 
beaucoup  de  gloire  &  de  réputation  parmi 
ceux  qui  en  fçauent  mieux  iuger.  Nicolas  Ra- 
pin  a  imité  cette  Ode  qu'il  commence  ainfi. 
le  hay  le  vulgaire  çfr  te  le  veux  fuir 
Soyez,  attentif  s  y  fi  me  voulez,  ouyr 
le  chant  eray  des  vers  fur  vn  point 
Rtche  de  toUs  c/ue  la  France  n  a  point. 
Les  Roy  s  fur  leurs  gens  ont  le  fupreme  lieuy 
Mais  contre  les  Roy  s  l'Empire  neft  qri*  DieH 
jgui  les  Géants  fiait  faire  trembler  y 
Et  de  fon  œil  le  tonnerre  ajfembler. 
3.    Le  Preflre  des  Mufes.  Les  grands  Poè- 
tes font  confïdercz  comme  les  Preftres  des  Mu- 
fes &  d'Apollon,  parce  qu'ils  font  capables  de 
leur   concilier  l'eftime  8c  la  vénération  des 
âmes  les  plus  farouches. 

6.  Les  Roys  affuietis  a  f  Empire  de  îupiter0 
Le  Poète  Veut  enfeigner  à  ceurf  qui  gouuer- 
ncntlcs  peuples,  que  leur pouuoirn'eft  point 
tellement  abfolu  qu'il  ne  (bit  aiTuieti  a  l'Empi- 
re de  Dieu  qui  fçait  abbaiiter  quand  il  luy  plaift 
l'orgueil  dcspuifTants  :  ce  qu'il  prouue  par  l'e- 
xemple dès  Géants  qui  furent  exterminez 
quand  ils  eurent  l'audace  dé  faire  la  guerre  à 
Iùpiter. 

14.    La  fatale  necefftté  ïette  également  au  fort  y 
&c.  rcuient  à  ce  qu'il  auoit  dé-ja  dit  en  la  3, 
Ode  du  i.liure. 
Omnes  eodem  coeimur  >  omnium  ver  faturvrrta. 

J  Car 


de  s,  Odes  d'Horace.  ^\j 

Car  en  effet  les  grands  Se  les  petits  meurent 
également,  &  rien  ne  peut  fléchir  les  rigueurs 
de  la  mort. 
Le  pauur'e  en  fia  cabane  ,  ou  te  chaume  lecouttre 

Efi  fini  et  a  fies  loir 
Et  la  garde  c/ui  veille  aux  barrières  du  Lonurc 

N'en  défend  point  nos  Rojs. 
17.  A  celuy  qui  voit  vne  cpée  nue  fin r  fia 
te  fie.  Il  n'y  a  point  de  feftins,ny  deréjonyf- 
lances  qui  lii.y  puiflent  plaire.  Icy  le  Poète  à 
égard  à  cette  Hiftoire  très  connue  de  Damocles 
courtifan  flateur  de  Denys  le  Tiran,  dont  par- 
le Ciceron  eh  Ton  cinquiefme  liuredes  Tuicu- 
lanes. 

33.  Les  poijfons fientent  la  mer  retrejjie.  Pour 
dire  que  le  iuxe  cle  quelques  pciiffans  paffa  Cx 
àuant,que  pour  agrandir  des  terraifes  ou  des 
auenues  de  leurs  magnifiques  palais,  ils  pre- 
noient  de  l'efpacedans  la  mer,  où  ils  faiibienc 
ietter  des  fondemens. 

.  35.  Le  Matfire  Entrepreneur  du  Latin  Rc- 
demptor  ,  qui  fignifie  proprement  celuy  qui  en- 
treprend vn  grand  ouurage  à  Tes  frais  Se  def- 
pens  ,  moyennant  vne  certaine  recompencè. 
Ce  mefme  mot  eft  employé  dans  fEpiftre  alu~ 
les  Flore  du  1.  Hure  des  Epiftres. 
Feflinat  C ait  dm  mulis^  (J  etHhfiijue  Redemptor. 
41.  La  pierre  de  phrjgie>  le  î^oëte  entend 
des  colomnes  Phrygiennes  dont  ie  feruoienç 
les  Anciens,  pour  appuyer  &  pour  orner  les 
fales  de  leurs  fomptueuxbaftimens. 

M 


4iS  Remarques  svr   le  III.  I  iy. 


Sur  l'Ode  II.  du  III.  Liure. 

j.    f~\  FUI  p«J[c  la  vie  à  Verte,  du  Latin  fub 
V^  die  Se  non  pas  fub  dm*  ,  comme  li- 
fent  quelques-vns. 

15.  Cejl  vne  chefe  bien  douce  &  honorable 
de  mourir  -pour  la  patrie.  Cctce  fentenec  qui  a 
elle  ioiicc  de  tous  les  anciens,  fevoit  élégam- 
ment exprimée  dans  Pindare  ,  quand  il  dit  que 
le  généreux  Citoyen  qui  combat  pour  la  pa- 
trie ,  laifle  ifo  famille  &  à  fa  pofterité  vnc  gran- 
de gloire  v4ant  &c  mourant.  Lucien  dit  en 
quelque  enefroit  quelefeul  nom  de  la  patrie, 
rend  vaillants  les  plus  timides  :  ne  fc  pouuant 
rien  imaginer  déplus  beau  qu'vn  guerrier  qui 
meurt  pour  la  patrie  entre  ceux  qui  combatent 
au  premier  rang,  félon  Tauis  de  Tyrteus.  Et 
Homère,  c'eftvn  bon  augure  ,  dit  il,  de  voir 
quclqu'vn  qui  prenne  les  armes  pour  le  falut 
de  la  patrie.  Mais  tous  les  ficelés  ne  font  pas 
fertiles  en  hommes  qui  ayent  ce  fentiment  bien 
graué  dans  le  cœur. 

16.  Jjhti  diuulgue  les  mj  fier  es  de  Ceres. 
C'eftoit  vn  grand  crime  de  les  diuutguer  :  mais 
il  ne  faut  que  lire  la  6.  Satyre  de  Iuuenal,  pour 
voir  de  quelle  forte  ils  fe  celebroient. 

31.  La  peine  qui  cloche  du  pied.  Voulant 
dire  que  le  chaftimcntne  fuit  pas  toufîours  de 
prés  les  crimes,  &  qu'il  ne  faut  pas  /eftonner, 
fi  Dieu  le  difere  quelquesfois  fi  long-temps, 


^     des  Odes   d'Horace.'  1\à 

rôuresfois  il  n  eït  que  diferé,  &  quoy  qu'il  eu 
foit,  cette  fentence  d'vn  'autre  Payen  qui  fre- 
inent à  la  doftrine  Euangelkjuc  que  nous  pro- 
férons ,  eft  cncor  véritable. 

Scquitur  faperbos  vltor  4  tergo  Deus. 
Au  rcftc  Ronfarda  imité  cccy  dans  l'Ode  |.  dé 
ton  5.  liure. 

Car  lupiter  le  Philieh 
Jgue/quesfoù  auec  le  pire 
Pumt  le  iufie,  &  peu  foutent 
Qn  voit  la  van  gère jfè  peine 
Souffrir  comme  hoiteufe  &  vaine 
Le  méchant  s'échapper  deuant. 


Sur  l'ode  III,  du  lit.  Liure, 

2.      ~N  Es  peuples   qui  fe  portent  4  Ufedttion. 

-i-^Le  Latin  porte,  des  Citoyens  qui  com- 
mandent des  chofis  mauuai fes  ,  ayant  égard  aux 
Eftats  Démocratiques  5  Du  le  peuple  cft  abfo- 
lumenc  le  maigre,  comme  il  cftoit  autrefois 
à  Athènes,  mais  cela  n  auroit  pas  efté  bien  con- 
nu parmi  nous. 

7-  Si  l'vniuers  mit  en  pièces  ,  ou  le  Çieli 
&c.  car  il  s'eft  trouué  des  f  hilofophes  qui  ont 
cru  que  le  Ciel  conflruit  de  certaines  pierres 
lumineufes  deuoit  Vn  iour  tomber  en  ruine. 
Anaxagoras  fut  Tautheur  de  cette  opinion^ 
comme  il  fc  voit  dans  Diogenes  Laertius. 

9.     Par  ce  moyen,  potlux ,  8c  cou.  par  cette  in~ 
Mention ,  oii  par  ces  vertus  >  ou  par  ces  voyes  i 

£>d   ij 


420  Remarques  svr  le  III.  tiv\ 

car  tour  cela  rcuient  au  mefme  Cccy  fc  rapor- 
rc  a  ce  que  dir  Paufanias  dans  Ton  Arcadie,  que 
les  premiers  hommes  à  cau(ede  leuriufticc  & 
de  leur  pieté ,  furent  cftimez  dignes  d'eftre  r j- 
ceus  au  nombre  des  Dieux  immortels,  tels 
qu'Ariftée  fils  de  Cyrenne ,  Bacchus  fils  de  S  . 
inelé  ,  Hercule  fils  d\Alcmcne  ,  Amphiaras  fiU 
d'Oïdcc,  &  Caftor  &  Pollux  qu'il  appelle  fils 
de  Clitcmneftre,  mais  qui  font  enfans  de  Iu- 
piter  &deLeda. 

9.  Vagabond  Hercule*  à  caufe  d'vne  infini- 
té de  lieux  où  il  fut  par  le  commandement 
d'Euriftéc,  pour  y  acheuerdes  exploits  nom- 
pareils. 

il.  De  fa  bouche  pourprée  y  c'eft  à  dire  ver- 
Tneille,  pour  en  dépeindre  l'éclat  &labeauté. 
14.  Tes  Tjgres.  Les  Poètes  ont  faint  que 
les  Tygrcs  tirent  le  char  de  Bacchus,  parce 
qu'il  n'y  a  point  de  férocité  comme  celle  des 
Tygres  qui  ne  foît  adoucie  parles  charmes  du 
Vin. 

15.  Jguirin  a  éuité î  Acheron.  C'eft  à  dire 
Romule  a  cuite  la  mort ,  &  fut  mis  au  nombre 
des  Dieux  immortels  :  car  les  Apothcofes,qui 
eftoient  les  canonifations  des  illuftres  Payens, 
fe  faifoient  pour  honorer  le  mérite  &c  la  vertu 
de  ceux  qui  auoient  obligé  les  peuples  à  les  ai- 
mer. Romulus  receut  ce  mefme  honneur,  dit 
le  Poète,  après  que  la  colère  de  Iunonfucap- 
paifée,  contre  là  poftenté  desTroyens. 

21.    Eut  trompe  les  Dieux  ,  c'eft  à  dire  Ne- 

1>tune  &  Apollon,  qui  auoient  bafti  les  raurail- 
es  deTroye. 


ces  Odes  d' Horace.  411 

55.  le  donne  k  Mars,  c'eftà  due  à  la  con- 
sidération de  Mars  qui  cftoitfils  delunon,  &c 
pcredeRomulus. 

60.     A  référer  les  ruines  de  Troye.    Veil- 
lant dire  qne  fi  les  Romains  eufTent  penfé  à  re- 
b*  for  la  ville  de  Troye,  ils  auroient  attiré  fut 
eux  la  colère  des  Dieux,  parce  que  cette  ville 
fut  entièrement  ruinée  par  kur  diuin  pouuoir. 
6p.      Maïs   ces   chofes  ne  fiatfent  pœ*  bien, 
&c.  Il  finit  la  première  Ode  du  fécond  liure 
auec  vne  penfée  femblable  à  celle-cy ,  après 
auoir  traitté  l'vne  &  l'autre  ,  d'vne  manière 
héroïque. 


Sur  Code  I V.  du  IIL  Liure. 

t.  '  i"\  Efcen  du  Ciel 9  CaUiope*  Caries  Mufes 
JL>*  ont  auffi  leur  demeure  au  Ciel  comme 
filles  de  lupiter  :  c'eft  pourquoy  Homère  & 
quelques  autres  Poètes  les  appellent  Olympia- 
des y  auflî  bien  que  Piérides  ,  Heliceniades ,  & 
Lebethrides.   H  y  a  diuerfes  oppinions  tou^ 
chant  le  nombre  des  Mufès:  car  lcsvns  com^ 
me  Ephorus  dans  le  $.  liure  d'Arnobc  contre 
les  Gentils,  veuHent  qu'il  n'y  en  ait  que  trois: 
Mnafeas  dit  qu'il  y  en  a  quatre  :  Myrtile  en 
mctfèpt:  Crates  maintient  qu'il  y  enahuiit, 
6c  Hefiodc  en  conte  iufques  à  neuf.  Le  fens 
des  paroles  du  Poète  fe  prendicy  diuerfements 
car  il  y  en  a  qui  referét  à  la  mufe  le  verbe  du  La-v 
tin  AnditU  ?  comme  s'il  partait  à  toutesles  Ma- 

Dd  iij 


4-12.  Remahqv.es  jvr  tt  III.  Liv. 
fes,  mais  il  y  a  bien  plus  d'apparence,  delera,- 
porter  aux  amis  d'Horace,  &  de  Ji'ç^pliquçi 
comme  fay  fait. 

6.  siuec  la  pieté  yui  y  refide ,  au  liçu  de  di- 
re les  bois  pieux  :  car  il  eft  quelquesfois  à  pro- 
pos comme  en  cet  endroit  de  changer  repithe- 
te  cnlubftantif  :  I'cnayvfédela  meirne  forte 
en  la  première  Ode  du  i.  liurc ,  où  l'ay  traduit 
tenert  con<ug?s  immemor  le  chafleur  met  en  ou- 
bli les  iend^effes  de  fa  femme  ^  au  lieu  de  oublie 
fa  femme  délicate ,  qui  eut  efté  de  mauuaife 
grâce. 

io.    Sur  vne  montagne    des  frontières  de  la 
Touille,  &c.  eft  le  commencement  d'vnc  pé- 
riode continuée  dans  trois  ftanecs  dont  la  con- 
flruétion  eft  fort  dificile  ,  &  la  phrafe  fi  dife- 
tçotc  de  noftre  façon  de  parler,  que  fion  l'euft 
voulu  fuiure  mot  à  mot,  il  n'y  a  point  d'énig- 
me au  monde  qui    puft   contenir    dauantage 
d'obfcuritc  Là  vne  epithete  eft  éloignée  de  (on 
fubftantif  de  quatre  vers  entiers,  &  les  verbes 
y  font  tellement  cnueloppez  les  vus  dans  les 
autres,  qii'e  pour  en  faire  vne  bonne  verfion  on 
ne  fçait  quafi  par  lefquels  on  doit  commen- 
cer. 

ir.  "Dont  on  a  conté  beaucoup  de  fables ,  re- 
nient à  Tepithete  de  fabuloft  palumbes,  qui  eifc 
cetadieft.f  fi  éloigné  du  fubftantif,  &  qu'il  fa- 
loin  bien  s'ahftenir  de  traduire  par  fabuleux-, 
comme  en  vu  autre  endroit  fabule  fm  Hidafpes. 
Icftime  que  par  les  Ramiers  dont  le  Poète  par- 
le en  cet  endroit  ,il  entend  les  oy  féaux  qui  ti- 
rent le  char  de  Venus. 


des  Odes   d'Horace.  415 

14.  Acherontée  ou  Acherencie ,  eft  vne  fore 
petite  ville  de  la  Lucanic ,  fîtucc  fur  vne  mon- 
tagne ,  comme  vn  nid  d'oyfeau. 

15.  Bente ,  eft  vne  ville  delà  Poiiille ,  autour 
de  laquelle ,  il  y  a  des  pafeages  fort  fertiles.  Pli- 
ne en  parle  Hure  5.  ch.  11. 

16.  Ferentey  eft  auffi  vne  ville  de  U  Poiiille, 
fîtuée  en  bas-lieu. 

iS.  Laur^r  Jkcrê  >  c'eft  à  dire  au  Dieu 
Apollon,  qui  le  deftinoit  pour  vne  marque 
d'honneur  aux  Poètes  fameux ,  auffi  bien  que 
les  branches  de  myrthe  &  d  cimier. 

22.     LesSakir;s>  eftoient  proche  de  Rome, 
defeendus  de  Sabus  fils  de  Sagus,  qui  fut  vu 
faint  &c  deuot  facrificateur.   Ce  Sagus  chatte 
par  Iupiter  Belus  vinttrouuer  lanus  en  Italie, 
quiluyfit  part  de  fa  Seigneurie  ,  &C  luy  donna 
legouuernement  de  cette  contrée  qui  prit  fon 
nom  de  luy.    Pline  liure  3.  ch.  11,  tire  ce  mot 
de  la  Religion  &  du  feruice  diuin ,  où  ils  excel- 
lèrent entre  tous  les  hommes.   Les  Sabws  félon 
quelque s -vn s >  dit  Pline,  furent  Appeliez,  Seuins 
à  caufe  de  la  Religion  &  au  feruice  diuin  >  £vn 
met  Grec  Sebomat,  qui  fanife  reuerer  les  Dieux 
&  leur  eftre  deuet.  On  appelle  encore  aujour- 
d'huy  ce  pays  Sautne  ,  de  l'ancien  nom  des 
Sabins. 

25.  Prenejît,  ville  du  Latium  ,  aujourdhuy 
TiUjlrine  ,  appartenant  à  la  maifon  des  Co- 
lomnes ,  &  qui  eft  Euefché.  Elle  eft  à  15.  milles 
de  Rome,  en  pays  mpntueux,  5c  fur  vne  cre- 
fte  clcuée,  à  caufe  dequoy  Virgilq  l'appelle 
haute  qumque àlmm  Premfie  vin:  Se  de  UFc- 

Dd  iiij 


4*4-  Remarque?  s  v  k  le  III.   Liv* 
ftùs,  veut  tirer  l'origine  dé  ion  nom.  Pr&nefls 

diElaef}  >quia  is  locus  qno  condita  ejl ,  montibiu 
-pr&Jtet. 

23.  Tivoli  ou  Tybur,  autre  ville  du  Latium 
auprès  du  petit  Ame  3  ou  Teueroné  dont  iay 
parle  autre  part. 

24.  Bayes,  Heu  de  délices  auprès  de  Na- 
pies  3  vis  à  vis  de  Puzzol. 

26.  L'armée  qui  tourna  le  dos ,  &fc.  Voyez 
ce  qu'il  dit  en  l'Ode  14.  du  1.  liure  &  7.  du  1. 
enTEpiftr-eà  Iules  Flore  liure  1.  &en  la  6.  Sa- 
tyre du  1.  liure. 

27.  L'arbre  maudit*  C'eftde  cet  arbre  donc 
il  parle  en  la  15.  &en  la  17.  Ode  du  1.  liure. 

28.  Palinure ,  vn  promontoire  de  la  Luca- 
rne allez  proche  de  Velie ,  du  nom  de  ce  Pilote 
du  vaiflèau  d'Enée ,  dont  il  eft  parlé  au  5  Se  6. 
liures  de  l'Enéide ,  portu/que  require  Velinos. 

30.     Bofphore,  voyez  ce  que  i'en  ay  dit  fur 
l'Ode  13.  &  dernière  du  2.  liure. 

33.  Bretons,  ou  Angloù.  Voyez  aufïi  ce  que 
i'en  ay  dit  fur  l'Ode  du  1.  liure,  le  Poète  les  ap- 
pelle cruels  a  leurs  hofles  ,  mais  on  pourroic 
bien  dire  en  ces  derniers  liecles  qu'ils  ont  efte 
tres-cruels  à  leurs  Roys. 

34.  Concaniens ,  ce  font  peuples  de  la  C^n- 
tabrie  félon  le  témoignage  de  Ptolomée  en  fa 
description  del'Efpagnc  Tarraconnoife. 

41.  Les  belles  chofe s  qui  fartent  de  V antre 
Pierien,  c'eft  à  dire  de  l'antre  des  Mules  ,par 
Ja  pôcfie  &  parles  beaux  vers. 

45.  "Pleines  de  bonté,  c'eft  la  traduction  du 
Latin  Alm&i  que  ie  penfe  eftre  allez   à  pro- 


des  Odes   d'Houaci.         4*j 
fos  en  cet  endroit  là. 

H-     V Egide  y  c'eft  le  bouclier  dont  Pâllas 
fe  fert  dans  les  combats, 

56.  Le  hardi  frondeur.  C'cft  vn  terme  du 
temps  qui  traduit  aiïez  heureufement  le  laçu- 
lator  audax  du  Latin.  M.  Ménage  personna- 
ge cîe  beaucoup  d'érudition,  nous  en  donne 
f  origine  dansfon  do&e  &  curieux  liure  de  l'o- 
rigine de  la  langue  Françoife. 

57.  L'avide  Vulcain  ,  eft  vn  epithete  qui 
çonuient  bien  au  feu  fous  le  nom  de  Vulcain. 

J9.  lunon  la  royale,  eft  plus  beau  que  /#- 
non  la  matrone ,  comme  il  y  a  au  Latin, ayant 
égard  à  ce  qu'elle  prefide  aux  accouchements. 

64.  Le  Patareen,  à  caufe  de  Patarc  ville  de 
Lycic ,  où  Apollon  eftoit  particulièrement  re~ 
ueré,  on  l'appelle  ï)elien  à  caufe  del'lfle  de 
Delos,  où  ilnafquit. 

76.  La  viuacite dit  feu,  répond  afTez  bien 
au  Celer  ignis  du  Latin,  qui  fait  vne  belle  &  ra- 
re peinture  en  peu  de  mots  du  chaitiment  des 
Géants. 

77.  De  F  effronté  Titje,  ou  dîjfolu,  ou  im- 
pudique ,  parce  qu'il  voului  violer  la  pudicité 
de  Latone,  à  caufe  dequoy  il  ftft  fi  rudement 
chaftié  dans  les  Enfers. 

80.  Virithom,  fils  d'Ixion  ôc  de  Die  vou- 
lut enlcucr  Proferpine  des  Enfers. 


4i6  Remarques   s  vit  le  III.  Lit. 


Sur  l'ode  V.  au  IIL  Liurc\ 

i.  my\fOftn  créance  a  t  ou /jours  eflé.  Le  fens 
JL^I  de  cette  Ode  eftobfcur:  elle  commen- 
ce par  les  louanges  d'  A ugufte  pour  venir  à  cel- 
les de  Regulus  ?  où  le  Poète  rcleuc  l'a£Hon  ge- 
nereufe  que  fit  cet  excellent  homme  citant 
prifonnier  de  guerre  des  Carthaginois,  pour 
faire  dauantage  remarquer  l'infamie  de  Craf- 
fus  &  de  toute  Ton  armée ,  quand  les  Parthcs 
en  furent  vi&orieux. 

2.  Augufte  fera  tenu  pour  vn  Dieu  vifible> 
comme  Iupitcr  qui  cft  inuifible  ,  ne  fe  fait  con- 
noiftre  que  par  fes  tonnerres  qu'il  faitouyrsà 
quoy  fe  raportent  bien  ces  paroles  de  Lucain. 

Fer  fulmina  tantum 

Sciret  ad^uc  filum  cœlo  regnare  Tonantem» 
Au  refte  vifxble  en  ce  lieu-cy ,  vaut  mieux  que  fi 
i'auois  mis  la  propre  fignifîcation  du  mot  La- 
tin prafens  dimu  >  quoy  qu'il  reuienne  au  mef- 
me  fens. 

3.  Affmetit  4  cet  Empire  les  Bretons  er  les 
Per/èsy  c'eft  à  dire  dans  le  deffein  de  les  aflu- 
jetir ,  parefe  qu'ils  n'eftoient  pas  encore  fournis 
à  l'Empire  Romain. 

10.    Les  rondaches  fatales ,  ce  font  les  Anci- 
lies  qui  eftoient  de  certains  boucliers  ronds 
faits  comme  ceux  que  portoient  les  Saliens 
Preftresde  Mars. 
15.    L'ejprit preuoyant  de  Régulas,  pour  dire 


dis    Odes    d'Horace.         41-7 
Marcus  Atilius  Régulas.  Cetexccllenthomme 
fut  Je  premier  des  Capitaines  Romains,  qui 
auecvne  flotte  qu'il  mena  en  Afrique,  encore 
que  les  tourmentes  de  mer  l'euflent  fort  en- 
dooimagéc  ,  gagna  fur  Amilcar  63.  vaifleaux 
longs ,  emporta  deux  cent  villes  &  prit  deux 
cent  milles  prifonniers.  Mais  comme  il  eftoit 
abfent,  fa  femme  &c  Tes  cnfms  furent  nourris 
aux  dépens  du  public  à  caufe  de  leur  extrême 
pauurcté.    Enfin  ce   braue  Capitaine  fut  luy- 
mefme  réduit  dans  les  fers,  eftant  tombé  vif 
entre  les  mains  de  fes  ennemis  ,  par  la  trahifoa 
de  Xantippus  Laccdemonien  quin'eftoit  quVn 
(bldat  mercenaire.    Mais  quoy  qu'il  fuft  captif, 
eftant  venu  à  Rome    en   qualité  d'Ambaflfa- 
deurde  la  part  des  Carthaginois  pour  deman- 
der Felchange  des  prifonniers,  après  auoirfait 
ferment  de  retourner,  s'il  ne  pouuoitrien  ob- 
tenir ,  il  empefcha  le   Sénat  d'entendre  aux 
conditions  de  la  paix  dont  il  eftoit  le  porteur. 
Et  cet  iiluftre  perfonnage,  s'eftant  bouché  les 
oreilles,  Se  fermé  les  yeux  pour  ne  point  en- 
tendre les  prières,  ny  voir   les  larmes  de  fa 
femme  &  de  (qs  enfans,  s'en  retourna  àCar- 
thage ,  où  il  fut  rigoureufement  tourmenté  par 
des  veilles  &  des  douleurs  infuppprtablcs,  en- 
fermé qu'il  fut  dans  vnecaiflede  bois  percée 
de  doux.  Cicerondefcript  cette  Hiftoire  dans 
fon  5.  liure  des  Offices  approchant  de  ce  que  ie 
la  vien  de  raconter.    La.conftancc  de  ce  Re- 
gulus  dans  les  tourmens,  a  bien  du  raport.  'à, 
Celle  qui  eft  dépeinte  auec  tant  de  grâce  par 
ces  quatre  vers  de  M.  Cçtin. 


4*8  Remarques  svr  li  III.  Liv. 

Comme  s'ils  habitaient  en  des  corps  tmpaffi- 
blés  > 

On  ne  les  void  iamais  aux  plaintes  recou- 
rir : 

A  leurs  propres  tourments  ils  font  tous  infcnfi* 
blés  5 

Et  comme  Jpettateurs  Je  regardent  mourir. 

25.  Il  y  a  grande  apparence  que  le  foldaty  &c. 
cccy  fe  dit  auec  ironie. 

16.  Si  vous  en  vfez,  de  la  forte ,  &c.  fc  dit 
ferieufement. 

?  t.  //  efl  vray  que  fi  la  biche  entre  au  combat: 
ç'eft  a  dirç ,  celtty  qui  efl  peureux  >  &  ce  qui  fuie 
éft  encore  vnc  ironie,  fans  quoy  il  feroitmal- 
aifé  de  comprendre  le  fens  de  l'Autheur ,  qui 
d'ailleurs  eft  affèz  dificile  à  biçn  prendre  dans, 
tout  ce  difeoursde  Regulus. 

55.  Venafre,  eft  vne  ville  de  la  Campanic 
comme  nous  l'auons  remarqué  fur  l'Ode  S.  du 
2.  liure. 


Sur  tode  VI-  du  II  h  Livre. 

1.  f*\  Romain ,  tn  porteras  la  peine  de  la  fax- 
V^/  te  de  nos  pères.  Cette  Ode  qui  eft  plei- 
ne de  fentimens  contraires  a  ceux  des  Epicu- 
riens ,  a  efté  imitée  par  Nicolas  Rapin  qui  l'ac- 
commodant à  foji  temps  3  la  commence  ainfi. 

Pauure  François,  tu  porteras  la  peiné 
Des  maux  commis  par  tes  Predecejfeurs3 
Et  laijferas  à  tous  tes  Sttccejfeurs 


des    Odes    d'Horace,         4*9 
t)e  ton  Eflat  la  grandeur  incertaine. 

Si  tu  ne  mets  la  main  aux  feints  oùurages 
Tour  rebâtir  les  temples  ruinée* 
Et  chaftier  les  mutins  objtinez*y 
Jjïue  tes  Otez,  remplirent  de  carnages. 

5.  De  ce  que  tu  tabbaijfes  au  dejfous  de  leur 
diuin  pouuoir,ôcc.  Il  cftvray  que  les  Empires 
du  monde  ne  fleurifTeht,  qu'à  proportion  que 
ceux  qui  les  gouuernent  s'abbaiflènt  au  def. 
fous  de  la  Diuinité ,  comme  ils  ne  font  que  Mi- 
mitres  de  fes  ordres  éternels. 

9.  Monefe  &  Pacore.  il  cft  croyable  que 
Tvn  &  l'autre  eftoient  fils  d'Orodes  Roy  des 
Parthes,  qui  après  la  mort  de  Iules  Ccfar  pen- 
dant les  troubles  de  la  Republique,  fe  iette- 
rentdansla  Sy^ie^arles  perfuafions  de  Labié- 
nus.  Pacore  fut  tué  en  vne  bataille  qui  luy  fut 
donnée  par  Vchtidius,  &  Monefe  fe  réfugia 
auprès  d'Antoine  ,  pour  le  fecourir  contre 
Phraàtes ,  qui  auoit  receu  le  Royaume  d'Oro- 
des  par  la  mort  de  Pacore,  mais  ce  fut  aueevri 
fuccez  malheureux  aiiraport  de  Dion,  &  de 
luftin. 

il.  Panes  de  nos  dépouilles  ,  il  y  a  propre- 
ftient  de  nos  petits  coliers,  mais  c'eft  vne  par- 
tie pour  le  tout.  Caries  Romains  Se  les  Par- 
thes  mefmes  faifoient  gloire  de  fe  parer  de 
colliers  d'or,  tels  qu'en portoient  d'ordinaire 
tes  Gaulois  de  marque  ,  dont  parle  Claudiaii 
au  2.  litire  des  louanges  de  fon  Stilicoh ,  en  fai- 
sant vne  defeription  de  la  Gaule. 

G  allia  crine  ferox  ,  euinïïaque  torque  décore, 
Binaque  gejk  tençm  Ànimofo  pethre  fattor. 


450   Remarqvf.  s  svr    le  III.   LiV. 

14.  Le  Dace.  Suétone  dans  ion  Augufte 
dit  que  ce  Prince  repoufla  les  incurfions  des 
Daces,  &  Virgile  ne  les  obmet  point  dans  la 
defcnpnon  du  triomphe  d'Augufte. 

IndomittqHC  Dacœ  \  cr  fontem  indignatus 
Araxes. 
Les  Grecs  les  àppclloient  Getes  ,  &  mainte- 
nant les  pays  que  tenoient  à  lors  ces  peuples, 
font  la  Tranfiluanie,  la  Walachie  &  la  Mol- 
dauie. 

14.  L'Ethiopien.  Il  efl:  croyable  que  le  Poè- 
te entend  en  cet  endroit  l'Egyptien,  &  qu'il 
veuille  toucher  l'Hiftoirc  de  la  guerre  contre 
Antoine  &  Cleopatrc. 

21.  Dancer  k  [Ionienne  ,  c'eft  à  dire  dVne 
façon  lafciue  ,  parce  que  de  tous  les  Grecs 
Asiatiques  ,  les  Ioniens  eftoient  les  plus  fujets  à 
leurs  plaifirs,  &  les  plus  adonnez  aux  délices 
s'il  en  faut  croire  Valere  Maxime  au  6  ch.de 
fbn 2,  liurc. 

35.  Pyrrhus*  fut  le  Roy  des  Epirotes  qui  s'e- 
ftant  alïcuré  du  fecûurs  des  Tarentins  qu'il 
auoitàfa  deuotion,  porta  fes  armes  contre  les 
Romains  ,épouuanta  le  Conlul  Leuinus  auprès 
d'Heraclée  par  la  terreur  de  (es  elephans,& 
Vint  camper  à  vingt  milles  de  Rome ,  où  il 
rendit  gratuitement  à  Fabriciusles  prifbnniers 
qu'il  auoit  faits  :  mais  enfin  il  fut  furmonte  par 
Curius  &  par  Fabricius ,  &  fe  réfugiai  Tarcn- 
te ,  &  de  là  pafTa  en  Sicile ,  d'où  il  retourna  en 
Italie,  ôc  vintàLocres  ,où il pillale  temple  de 
Proferpine  *,  &c  finalement  eftant  repafiTé  en 
Grèce, il fuc  tué  dvne  tuile  quiluy  tomba  fur 


d  e  s  Odes  d'Horace.  4$ir 

fa  tefte,  comme  il  vouloic  entrer  de  force  dans 
la  ville  d'Argos. 

*é.    Antiochm  Roy  de  Syrie  ,  qui  fe  fiant 
en  la  grandeur  de  Tes  richcflTes  déclara  la  çuer- 
re  aux  Romains,  fous-pretexte  de  reprendre 
fur  eux  la  ville  de  Lyfimachic,  que  fes  anee- 
ftres  aiioienr  fondée  dans  la  Thrace,&  s'em- 
para aiïfii  toft  de  la  Grèce  ,  &c  de   toutes  les 
ïfles.   Eflant  en  Eubée,  il  deuint  fi  noncha- 
lant, Se  fi  efféminé  par  l'exccz  de  toute  force 
de  délices ,  qu'il  abandonna  cette  1  fie  au  pre- 
mier bruit  de  l'arriuée  d'Acilius  Glabrio.  Tou- 
tesfois  il  fe  fâifit  du  deftroit  des  Termopylesi 
maiseilant  repouffede  ce  lieu  là,  il  s'enfuit  en 
A  fie  ,  &  fut  vaincu  par  LuciuSi£milius  Regiî- 
lus  en  vne  bataille,  où  il  auoit  donné  la  con- 
duite de  fon  armée  à  Anmbal  Enfin,  il  rendit 
à  Scipion  l'Africain  >  fon  fils  qu'il  auoit  pris  fur 
mer:  en  remerciement  dequoy  ,  Scipion  luy 
confeilla  de  demander  l'amitié  des  Romains. 
Mais  Antiochus  ayant  méprifé  l'auis  de  Sci- 
pion, liura  le  combat  à  Lucius  Scipion  auprès 
du  mont  de  Sipyle  ,  &  quand  il  fut  vaincu ,  fon 
defaftre  le  fit  reléguer  au  de  là  du  mont  de 
Taur,  où  il  fut  tué  par  les  compagnons  de  fes 
débauches  qu'il  auoit  frappez  cftant  yure. 

37.  Anmbal  fils  d'Amilcar,  après  la  more 
de  fon  percdefola  dans  fix  mois  la  ville  de  Sa- 
gonte  alliée  des  Romains.  S'eftant  ouuert  vn 
partage  au  rrauers  des  Alpes ,  il  fe  ietta  dans 
l'Italie  ,  où  il  furmonta  Scipion  fur  les  bords 
du  Ticin,  Sempronius  Longus  auprès  de  Tre- 
bie ,  Flaminius  en  la  déroute  de  Tïafimene  >  5c 


kf±  Remarques  svr  le  III.  Liv.~ 
Paulus  &   Vairon  en  la  iournée  de  Cannes. 
Mais  fur  le  poinc  qu'il  fè  pouuoit  rendre  mai- 
ftre  de  la  ville  ,  il  fe  détourna  en  la  Campanie, 
oùil  enerua  fes  forcespar  les  délices.   Et  com- 
me îlfe  hit  campé  à  trois  milles  de  Rome  ,  il  en 
fut  incontinent  délogé  par  des   tempeftes  & 
des  violences  fi  grandes  ;  qu'il  luy  fut  impofii- 
blc  de  les  furmonter.    Premièrement    ayant 
eftélafie  par  Fabius  Maximus,  en  fécond  lieu, 
repouffé  par  Valerius  Flaccus,  puis  chaiïé  par 
Gracchus  Se  par  Marcellus  ,  de  là  rapellé  ca 
Afrique,  parle  Senarde  Carthage,  &  finale- 
ment vaincu  par  Scipion  ,  il  fc  réfugia  entre  les 
bras  d'Antiochus  Roy  de  Syrie  qu'il  rendit  en- 
nemi des  Romains.  Mais  ce  Prince  ayant  efté 
pareillement  défait  ,  Annibal  le  retira  en  la 
Cour  dePrufias  Roy  de  Bithinie,  où  de  peur 
d'eftre  liuré  en  la  puifîance  des  Romains,  il 
aualla  dupoifon  qu'il  tenoit  caché  (pus  la  pier- 
re d'vne  bague  dont  il  mourut,  &  fon  corps 
Fut  inhumé  à  Lybifla  &  mis  dans  vn  fepulchre 
de  pierre. 

40.  Jguandlc  Soleil  fe  retirant  fur fon  thar> 
c'eft  à  dire  furie  foir  ,  defeription  reuenant  à 
peu  près  1  celle  de  Virgile  far  la  fin  de  la  fécon- 
de Buccolique. 

Las  !  ie  voj  les  Taureaux  raportër  leurs  char- 
rue 
Retournant  du  trauail  fur  le  ioug  fujpexdue, 
Et  le  Soleil  du  foir  fe  retirant  labas 
'  Fait  que  la  nui£î   auance  y  &  redouble  fes 


pas. 
Et  "cet  autre  encor  de  la  l  Eglogue. 


Tien 


des  Odes  d'Horace.'         4^ 
Tien  voj>  comme  de  loin  fument  les  çaemi-* 

nies 
Et  tombent  des  liants  monts  les  ombres  re~ 
doublées. 
Ou  celle-cy 

tenons  nota  >  le  Soleil  des  cimes  reculées 
De  ces  monts  éleuet, ,  descend  dans  nos  vallées 
JDe'-îa  tous  les  Bergers  ont  quitté  leurs  hameauiï 
Et  l'on  entend  far  tout  le  [on  des  chalumeaux. 


Sur  ïoic   VII.  m  III.  littre* 

§.  \\Ithinie ,  Prouiftce  voifine  de  la  Trbade 

J3quiprit  fonnbm  desThines  delà  ThraU 
te  ic'eftpourquoy  le  Poète  l'appelle  feulement 
Thinaycc  qui  s'explique  bien  clairement  par 
ce  vers  de  Claudian. 

Thjni  Tbraces  erant,  qtt€  nunc  Bithynia  fer- 
tur. 

f.  Port  Dorique.  C'eft  vil  port  d'vriè  ville 
de  l'Epire  proche  de  la  Macédoine ,  autresfois 
baftie  parles  Colques  félonie  témoignage  dé 
Pline. 

6.  De  la  chèurè  frelefte  >  qui  font  les  Hya- 
des,  ou  la  conftellation  des  cheureaUx  qui  fe 
lenc  cnuiron  les  Calendes d'O&obre. 

ïjo  La  femme  infidelle  de  Prœtm.  Homère 
rappellc./£#ta#dâsfôn  6.ddrilliade,&  Suidas, 
&  les  autres  luy  donnent  le  nom  de  Sienob&c» 
qui  fut  éprife  d'amour  pour  Bellerophon  ,  &C 
ijui  ne  layant  pu  corrompre  ,  l'accufa  ^rerg 

Ee 


4M    R  F.  MARQUES     SVR     Lfc    III.    L I  V. 

fonmary  qui  leuft  fait  pcrir  fansle  fccours  de 
Neptune  perc  de  Bcllerophoo  :  car  il  lenlcua 
par  le  moyen  du  Pcgafe  qui  eftoit  vn  cheual 
ailé.  Iuuenal  rapene  cette  fable  dans  la  io. 
Satyre,  &:  Appollodorc  dansfbn  i.  liurc. 

i<S.  Hjppottts  du  pays  des  A4ag*efiens.  Pin- 
dare  l'appelle  Crttcû  &  porta  le  nom  d'Hyppo- 
iite  qui  eftoit  celuy  de  Ton  père:  elle  fut  fem- 
me d'Acaflc  Roy  de  cette  partie  de  la  Theffa- 
lie  àppellée  Macnefie,  &  deuint  éperdument 
amourcuie  de  Pcléc,qui  pour  ncluy  auoir  point 
voulu  complaire  l'accula  au  Roy  fonmary,  de 
l'auoir  voulu  des-honorer.  Acafte  s*en  vou- 
lant vanger,fansle  tuer,  l'abandonna  tout  en- 
dormi parmi  les  Centaures,  où  les  Dieux  pre- 
nant foin  de  le  conferuer  a  caufe  de  fa  vertu, 
luy  enuoyerent  Vulcain  qui  luy  donna  vne  ei- 
pee,  dont  il  tua  les  Centaures  qui  fe  ietterenc 
fur  luy  :  6V  quand  il  fur  de  retour  en  Theflàlie, 
il  déclara  la  guerre  à  Acafte, &:  prit  la  ville  diol- 
que,  ce  que  Pindare  nous  apprend  en  deux 
endroits  de  fes]Memces. 


Sur  l'ode.  VIII.  du  II L  Lwre. 

i.  "•  Es  Calendes  de  Mars.  Elles  eftoientee- 
X-debrées  parles  femmes ,  comme  celles  de 
Décembre  l'eftoient  par  les  hommes  à  caufe 
des  Saturnales.  Feftus  dit  que  la  caufe  de  cet- 
te fefte  des  Calendes  de  Mars  ,  venoit  dec© 
cp'en  ce  iour  là, le  temple  de  Iuuoa  Lucinc  fui 


des  Odes  d'Horace.  435 

dédié,  &:  que  Mars  eft  fils  de  limon.  Et  cette 
fefte  appartenoit  encore  aux  hommes  mariez, 
pour  auoir  les  Dieux  fauorables  dans  l'eftatdù 
mariage. 

11.  AU  pippe ,  le  Ladn  dit  Amphore ,  rbais 
nous  n'aiions  point  de  mot  quireuienne  pro- 
prement a  l'Amphore  des  Romains  :  de  forte 
que  nous  y  pouuons  quafi  fubftituer  telle  me- 
fure  que  nous  Voulons  Comme  de  pippe,  de 
tonne,  de  tonneau,  de  rhuy,ou  depoinfotl. 

il.  Le  Confulat  de  Tulhu.  C'eft  à  dire  ,  de 
Lucius  Volratius  Tullus  qui  fut  Conful  auec 
M.  ^milius  Lepidus ,  l'an  687.  de  la  fondation 
de  Rome,  pour  marquer  la  vicîllefïc  du  vin 
dont  Horace  parle  en  cet  endroit. 

13.  Pourboire  *  lafantédeton  'amy.  Parce 
iju  il  auoit  échappé  vn  grand  péril  ,  ce  qui 
ne  fe  pouuoit  traduire  plus  Heureufement. 

18.  CQtifon  T  rince  des  Dœces.  Suétone  l'ap* 
pelle  Roy  des  G  êtes  ,  mais  Pline  accorde  ce 
différent,  qui  dans  fofl  4I  liurc,  ditque  lesGe- 
tesfbntappellei  Daces  par  les  Romains. 

21.  Les  C '  mnmbrois ,  fontpeuples  de  TE  (pa- 
gne qui  furent  les  derniers  vaincus  par  les  Ro- 
mains i  on  îes  appelle  autrement  Aftures. 

16.  jMaù  puis  que  tu  veux  demeurer  dans 
vne  condition  priuée ,  &c.  Cette  verfiofi  expli- 
que aflez  clairement  à  mon  auis  là  difficulté 
qui  fe  rencontre  en  cet  endroit  pour  la  con- 
ftru&ion  du  Latinu 


ÈC  ij 


4j6  Rbmarqves  svr  le  III,   LiV\ 


Sur  Voie  I X.  du  III.  Liure. 

i.  '  |  AAndis  que  iefiois ,  &c.   Voici  lVnique 

A  Dialogue  des  Odes  d'Horace  ,  qui  a 

tant  de  grâce  en  fa  langue,  qu'il  n'y  a  prefquc 

Êoint  de  verfion  qui  puiffe  approcher  de  fa 
eàuté.  Cette  forte  de  Dialogue  s'appelloit 
Amaebée^oii  le  couplet  de  ecluy  qui  parle  le 
dernier  furpafTetoufiours  le  premier.  Nicolas 
Rapin  a  effaye  de  le  tourner  en  vers  de  mefmc 
mefurc  que  ceux  du  Latin ,  &  le  traduit  ainfL 

Ghtand  ïefioi  carefie  de  vous 
JEt  qu  aucun  ne  touchoit  voftre  teton  que  moj 
P  enfant  efire  feul  entre  tons 
ïay  vefiu  plus  heureux*  voire  que  rieft  le  Roy. 

6)*and  tefioi  feule  voftre  amour, 
£t  qnencor  de  ce  feu  d'Anne  ne  fiiez*  épris, 
Mon  nom  fins  célèbre  en  la  Cour 
Emportoit  de  Caffandre  en  tout  honeur  le  fris. 

Four  vraj9  Anne  a  prefent  mepUifi 
j)u  doux  fin  de  fa  lyre,  &  de  fin  œil  acorf* 
Pour  qui  >  tant  fin  amour  me  plat fi , 
tencourroy  librement  vne  cruelle  mort. 

François  efi  ores  monfiucy , 
ISIos  cœurs  font  réunis  d'<vn  fauorable  accord, 
Pour  luy  tant  ie  l'efitme  aujfi 
Deux  fois  silfepouuoit  tendureroy  la  mort, 

Mais  quoy  ?  fi  le  premier  defir 
Nous  rangeott  derechef  fous  le  toug*HMni 
Laijfant  d'Anne  le  donx  faifir* 


des   Odi$  d'Horace.        457 
Voftre  huis  donc  me  fer  oit  libre  comme  tefien? 

Françoù  eft  ieune  &  gratieux 
Seau  comme  efl  le  Soleil  voue  colère  çfr  ialotul 
Mais  encor  aimeroi-ie  mieux 
Supporter  veftre  amour  pour  mure  prés  devousî 
Mais  depuis  Marie  de  Gournay  le  lars  fille  dal- 
liance  de  Michel  de  Montagm: ,  c^lle  de  toutes 
les  Dames  fçauantes ,  dont  nous  auons  vnplus 
iufte  volume,  &  diue-rfîfié  de  plus  de  matiè- 
res (bit  de  vers,  (bit  de  profç,  la  rendu  comme 
cecy. 

Tandis  que  mon  Amour,  tenfitmoit  confâmenh 
Tandis  quvn  ieune  amy  brauant  ma  ialoufîe 
Ne  prejfoitton  beaufiin  ttvn  molembrajfement, 
ïay  flory  plus  heureux  quvn  Monarque  d*Afie* 

D tuant  que  ton  ejprit  tachaft  fa  loyauté* 
Deuant  quil  eu  fi  chéri  £vne  aueugle  folie 
Chloéplus  que  Lydie  ,  illuftre  de  beauté, 
J'ay  furmonté  t éclat  de  la  Romaine  Ilie. 

Chloé  Grecque  fans  pair  me  poffede  a  fin  tour 
Par  fin  luth ,  &  fa  voix  qui  rauiffent  f  oreille: 
Et  mourrois  volontiers  viElimc  de  C amour 
Pour  conferuer  mourant  cette  ieune  me  rue i Ile. 

Calai  1  Thurien  épris  de  mes  appas , 
Par  vn  reuers  gentil  de  fis  attraits  me  bleffe% 
Et  fouffrirois  deux  fois  la  rigueur  du  trejpae*. 
Pour  fauuer  du  tombeau  cette  belle  ieuneffe. 

£jhtoy  fi  (amour  premier  rejfufcitant  fin  fefèh 
Ramenait  fous  ton  ioug  mon  ame  reuoltée  ? 
Jgftoyfi  ma  pajfion  eiernifknt  fin  vœu> 
Ma  Lydie  eftreceueçfr  ChUi  reiettée? 

Encor  quilfiit  pbu  beau  quvn  Afire au front 
des  deux 


4\1   Remarques  svr  le  III.  Liv. 

T*vj  plia  léger  quvn   hege    çfr  pins  mutin  qut 

tende  > 
le  veux  ronler  mes  tours  aux  p,r;fèns  de  tes  yeux3 
le  veux  que  mon  cercueil  tes  obficjues  féconde. 

fc.  La  Romaine  Ilie.  C'cit  cette  Ilie  femme 
du  Tybre,  qui  donna  de  l'amour  à  Mars,  Se 
qui  fut  mère  de  Romulus  &c  de  Remus. 


Sur  l'Ode  JC.  du  II L  Liure* 

*•  Ç*I  tu  bcuuols  des  eaux  de  Tandis  ,  c'eft  1 
Ofdirefi  tu  eftois  en  Scythie  ,  ou  dans  ic 
pays  des  Sarmates. 

10.  La  corde  venant  a  rompre ,  Sec.  Ce  lieu 
cftoit  dificile  a  expliquer,  mais  la  verfion  le 
rend  clair,  faifanr  allufion  à  ces  chariots  de  qui 
fos  roués  fuiuent  les  traits  qui  les  guident,  quâd 
Ils  ne  font  point  rompus  :  mais  s'ils  viennent  à 
fe  rompre  en  montant ,  elles  font  précipiter 
çout  l'attirail  dans  la  vallée. 

i}.  O  cœur  inhumain  >  Sec.  Toutcecy  cftoit 
tres-dificile  à  traduire,  parce  que  la  conihu- 
dtion  du  Latin  eft  vn  peu  embari afl'éc,iQion  no* 
façons  deferire  &  de  parler. 


Sur  l'oAe  XL  du  II 1.  Lime» 

L    (T^^r  Amphion  qui  apprit ,  &rc    Cecy  Ce 
\««/do:t  lire  enp^rcnthefe  i  &  le  Poète  par- 


des  Odes  d'Horace.  4^ 

liant  a  Mercure  inucnteur  de  la  lyre  ,  ne  luy  de- 
mande rien,  qu'il  ne  luy  puifle  facilement  ac- 
corder. Pour  ce  quieftdelafabled'Amphion, 
elle  eftaffez  connue,  &  comme  au  fonde  fa  ly- 
re il  rebaftit  les  murailles  de  Thebçs.  Voyez 
fur  ce  fujet  les  plates  peintures  de  Philoftrate: 

5.  Lyre  à  fept  cordes.  Ondifoit  neantmoins 
que  celle  dont  Mercure  fut  inuenteur  n'en 
auoit  que  trois,  mais  quç  celle  d'Apollon  en 
eut  fept,  ayant  égard  à  vn  pareil  nombre  de 
planettes,  dont  le  Soleil  eft  comme  le  Roy; 
mais  icy  le  Poète  parle  félon  Fvfage  des  Ro- 
mains qui  s'en  feruoient  comme  nous  pour- 
rions faire,  pour  la  mufique  des  temples,  &ç 
pour  celle  desfeftins. 

11.  Encore  vnpett  rettejche-,  &c.  n'eftokpas. 
facille  k  trouuer  pour  exprimer  auecvn  peu  de 
grâce  le  Latin,  adkttc  preteruo  crttda  marito. 

13-  Tu  peux  attirer  les  Tygres  :  car  la  lyre 
de  Mercure  n'eft  pas  moins  puiflante  que  celle 
d'Orphée,  ou  bien  le  Poète  veut  dire  que  la 
lyre  d'Orphée ,  ne  tut  que  celle-là  mefmç  donc 
Mercure  auoit  efté  finuenteur.  La  defçiiptiou 
qu'ilfaiticy  des  effets  de  la  lyre  ,eft  élégance. 

30,     P'vam  du  Latin  yliCcz^am. 

3$.  Vne  fenle  d'entre  plujimrs.  C'eft  Hy« 
permneitre,  l'vne  des  cinquante  filles,  de  Da- 
naus,  qui  épargna  Lyncée  fon  mary  ïyn  des 
cinquante  fils  d'Egyptus,  dont  il  fefit  des  no- 
pees  célèbres,  comme  l'Hiftoirç  en  eft  allez 
connue. 

34-  Jtyi  mentit  glorieufement  >  parce  qu'elle 
auoit  promis  à  ion  père  ,  auflî  bien  que  (c$ 

Ee  iiij 


440    R  EM  A  RQ^V  F  S    S  V  R    LE   III.    L  XV. 

fœurs,  qu'elle  fc  deferoit  de  ion  mary. 


Sur  l'Ode  XII.  du  III.  Liure. 

2.  TH\  E  #*  #<>j*r  point  fis  maux  ,  ou  bien  dq 

&S ne  lauer  point  Ces  mmx  dans  le  vin, 
pour  traduire  plus  fidellemeat  lauere  vino  ma- 
Uy  mais  noyer  fe s  maux  eft  plus  naturel  enno- 
ftre  langue ,  que  layerfis  maux* 

3.  Veftre  reprife  de  fon  oncle  :  car  félon  la 
coutume  Romaine  les  oncles  aupient  vnc  gran- 
de au&orité  fur  les  enfans  de  leurs  frères,  com- 
me en  eftant  les  tuteurs  naturels  :  de  forte  que 
comme  ils  auoient  droit  de  les  reprendre  ,  ils 
vfoient  fouuent  de  leur  iunfdi&ion  :  &  de 
leur  feuerité  aflez  ordinaire,  eft  venu  le  pro- 
He.rbe ,  patrna  Itngtta  5  pour  dire  lingua  obiur- 
gatrice. 

5.  Te  vient  enleuer  le  panier,  &c.  Il  n'y  a 
rien  de  plus  ipji  que  cette  penfée  du  Poète, 
pour  dire  que  l'amour  fait  tout  oublier ,  &  tout 
abandonner. 

J.  Ton  panier ,  du  mot  Latin  Grains  ,  qui 
iîgnific  proprement  vn  panier  ou  petite  cor- 
beille dozier ,  où  les  femmes  mettoient  kur 
laines ,  &  leurs  fufeaux. 


des  Odes  d'Horace.         44* 


Sw  l'Ode  XIII.  d»  III,  Liure. 

X.  ^JOOnteine  Blandujîe,  elle  eft  dans  le  pays 
JL  dcsSabins.  Ronfard  a  imité  cette  Ode, 
dans  la  9.  de  fon  fécond  liure  où  il  parle  ainfià. 
Vnefonteinc  quil  airnok. 

O  fonteine  Sellerie 

Belle  fonteine  chérie 

De  nos  Nimphes  quand  ton  eau, 

JLes  cache  au  fonds  de  ta  four  ce 

Fuyantes  le  Satyre  au 

Qui  les  pourchaffe  a  la  courfe 

hifqùau  bord  de  ton  ruijfeau. 
2.  Digne  £vn  vin  délicieux  :  car  les  an- 
ciens ne  donnaient  pas  feulement  des  génies 
aux  hommes,  mais  encore  aux  fleuues,  aux  fon- 
teines  ,  aux  villes  Se  aux  pays,  &  les  hono- 
roient  aueç  du  vin ,  &  auec  des  fleurs. 

15.  Tu  feras  au  rang  des  plus  fameufes  fontei- 
nes  y  &ç.  Voici  comme  Ronfard  a  rendu  cette 
ftance  du  Latin  3  fies  nobilium  tu,  quoque  fon-» 
tium* 

lo ,  tu  feras  fans  cejfe 

Des  fonteine  s  la  Princejfe9 

Moj  célébrant  le  conduit 

Du  rocher  percé  qui  darde 

j4uec  vn  enroiié  bruit 

Veau  de  ta  four  ce  iaz*ard# 
G)ni  trepillante  fefuit^ 


44*  Rhmarqves  jvme  III.    Liv. 


Sur  l'Ode  XIV.  du  III.  Liurr. 

ï*  /^*E/kr  retourne    victorieux.    Augufte  au 
V^/rapori  de  Suctone  fit  deux  guerres  con- 
tre les  Eftrangcrs  ,  la  première  en  Dalmatis 
quand  il  eftonicune,&  la  féconde  dans  l'Ef- 
pagne  Cantabnque  après  quil  eut  vaincu  An- 
toine. Eftautpaflccn  Efpagne  pour  cette  der- 
nière il  y  hit  long-temps  malade  à  Taragonne, 
&là,il  exerça  la  puiflance  du  Confulat  l'année 
727.  delafondationdelaville  :  &les  deux  an- 
nées fuiuantes,  il  termina  heureufement  cette 
guerre  par  Tes  Lieutenans.    Horace  en  cette 
Ode  célèbre  la  réjouyfïance  de  fon  retour,  011 
il  !e  compare  à  Hercule  qui  après  auoir  tué 
Gerion ,  s'en  retourna  victorieux  en  fon  pays. 

11.  AbfteneiL- vous  de  dire  des  chofes  trop 
hardies ,  des  paroles  de  licence  >  comme  il  eftoic 
aflez-ordinaire  pendant  les  triomphes  :  car  fay 
leu  maie  nominatis  parcite  verbis  ,  félon  l'auis 
de  Lambin  ,  &c  non  pas  maie  ominatis  >  &cc° 
comme  il  fe  trouue  en  plufieurs  éditions. 

18,  La  guerre  des  Marfes  ,  pour  la  guerre 
qui  fut  appellée  Italique  ou  Sociale  :  on  la  nom- 
me Marque ,  parce  qu'elle  fut  premièrement 
émeue*  par  les  Marfes  Jbus  leur  chef  Popedius 
pour  fe  rendre  maiftre  delà  Republique  Ro- 
maine Tan  661.  de  la  fondation  de  Rome. 
Vingt  deux  ans  après  cette  guerre >  vne  autre 
guerre  appellée  ùcrmlc  fut  iufeitée  par  les  fa- 


des  Odes  d'Horace.  44.5 

étions  de  Spartacus  ,  d'Oenomaus,  Se  d'Ori- 
xus  oui  n'eftoient  que  des  Gladiateurs,  auec 
d'autres  de  pareille  cftoffe  en  nombre  de  74, 
qui  s'échappèrent  a  Capoué,  &  ouurirent  les 
prifons,  quand  Lentulus  y  voulut  donner  le 
fpe&acle  de  quelques  ieux.  Mais  enfin  ce  qui 
cftoit  refté  de  cette  armée  rebelle   depuis  Ja 
mort  de  Spartacus  >  s'épandit  par  toute  l'Italie, 
&fut  neantmoins  défait  auec  les  reliques  de 
la  coniuration  de  Catiiina  ,  par  C.  Oclauius 
père  d'Augufte  Cefar,  comme  le  raportc  Sué- 
tone. 

22.  Ses  cheueux  blonds  ,  ou  de  couleur  de 
myrrhe,  ou  entre  le  noir  &  le  blond  félon  IV 
llisd"Acron&  dePaphyrion. 

28.  Souô  le  Confnlat  de  Plancus.  C'eftàdi- 
re  de  L.  Munacius  Plancus ,  &  de  M.  y£miliu$ 
Lepidus  fan  711.  de  la  fondation  de  Rome. 
Horace  eftoit  alors  âgé  de  13  ans  puis  qu'il  na- 
quit- (bus  le  Çonfulat  de  ManliusTorquatus  qui 
fut  fan  6*8.  de  la  fondation.  Toutesfois  Lam- 
bin eft  d'auis,  qu'au  lieu  âcPUncm  il  faut  lire 
Tu/ltUyceftà  dire,  L.  Vuicatius  Tullus  qui  fut 
Conful  auec  Augufte  l'^n  de    la  fondation 

7  2  0» 


Sur  l'Ode  XV.  du  III.  Lture. 

14.  T   A  noble  Lucerie.   CTeft  vne  ville  des 

JLjDauniens  dans  la  Poiijlle ,  où  les  brebis 

portoient  les  meilleures  laines  d'Italie  félonie 


444    R  E  M  A  P  QJ£  ES    S  V  R    LE   III.    L  I  Y* 

tcfmoignagc  de  Pline  en  fon  liure  8.  ch.  48. 


Sur  l'Ode  XVL  du  IIL  Liure. 

U  TT  A  tour  d'eraiti.  Par  cette  pièce  qui  eft 
JLjfans  doute  l'vne  des  plus  belles  &c  des 
plus  fentençieufes  de  ce  liure ,  le  Poète  montre 
la  force  &  la  puifTance  de  l'or,  il  fait  voir  en- 
fuite  que  les  grandes  richeffes  ,  ne  fe  peu- 
uent  pofleder  fans  de  grandes  follicitudes  ,  mec 
le  principal  bon  heur  de  la  vie  dans  la  médio- 
crité ,  &  finalement,  il  tefmoigne  d'eftre  con- 
tent des  biens  d'vne  honnefte  fortune  ,  dont  il 
a  les  obligations  toutes  entières  à  Mecenas  :  car 
il  y  a  grande  apparence  qu'il  écrit  cecy  pour 
trleuer  la  prudence  ôc  la  libéralité  de  Mecenas. 
Pour  l'Hiftoire  d'Acrife  Roy  des  Argiens  & 
frère  de  Prœtus,  qui  n'eut  quvne  fille  vnique 
appellée  Danaé,  de  laquelle  deuoit  fortir  vn 
fils  qui  le  chafïèroit  de  lonRoyaume,&  qui 
pour  éuiter  l'effet  de  lapredi&ion  de  l'oracle 
fit  baftir  vne  taur  d'erain  ,  où  il  renferma  (à 
fille  >  afin  que  n'eftant  abordée  d'aucun  hom- 
me elle  fut  contrainte  de  garder  fa  virginité,  ic 
croy  que  perfonne  ne  l'ignore-  Nicolas  Ra- 
pin  qui  a  traduit  cette  Ode  ,  la,  commence 
ainfi. 

Dans  vne  tour  d'erain ,  Danae  renfermée 
Soju  des  hujs  renforcez*  >  oà  cent  dogues  fai» 

foient , 
Vn  tri  fie  corps  de  garde  >  ejloit  ajfez*  armée 


t>  t  s  Odes  d'Horace.         44^ 
Contre  ceux  qui  la  courtifoient. 

M*i*  Venus  ,  &  lupin  fe  mocquertnt  d'A- 
crife       ?        . 

'jfjfeurezj  d'y  entrer  librement  ,fans  danger, 

Quand  ce  Dteu  qui  tes  Dieux  ,   &  les  hom* 
mes  tnaiflrife 

En  or  fin  Je  veudroit  changer  >  &c. 

H;  Du  dmtn  Amphiaras*  Le  Latin  ne  porté 
que  Auguris  Argtutt  mais  i'ay  crû  qu'il  feroit 
de  meilleure  grâce  de  nommer  dans  la  verfiorti 
ecluy  que  le  Pocte  ne  fait  que  deiîgner.  Cet 
Amphiaras  fut  vn  grand  deuin  du  temps  de  la 
guerre  de  Thebes,  fils  d'Oiclcc  qui  eut  pour 
femme  Eryphile  fœurd'Adrafte,  de  laquelle 
il  eut  vn  fils  appelle  Alcmeon  qui  tua  fa  mè- 
re ,  parce  quelle  fut  caufe  que  le  diuin  Am- 
phiaras ayant  cfté  contraint  d'aller  à  la  guerre 
de  Thebes ,  tomba  dans  vnabyfme ,  &  enfuite 
Alcmeon  deuint  furieux.  Cecy  fe  voit  ample- 
ment dans  Paufanias  >  Stace , Se  Philoftrate. 

14.  Le  Prince  des  Macédoniens.  C'cft  Phi- 
lippe Roy  de  Macédoine  pere  d'Alexandre  le 
grand  *  qui  conquit  par  fon  or  toutes  les  villes 
de  Grèce  5  fuiuant  l'oracle  d'Apollon  Pythiea 
qui  l'auoitauerti  de  combatreauec  des  lances 
d'or  &  qu'il  remporteroit  la  vi&oire. 

16.  Des  pièges  inéuitables  aux  Cor/aires,  I'ay 
fuiui  en  cet  endroit  l'explication  d'Acron  fur 
ces  mots  munera  nauium  faues  illaqueant  du* 
ces,  que  Lambin  &  Torrentius  expofent  d'au- 
tre façon.  Mais  enfin  tout  cela  veut  dire ,  qu'il 
n'y  arien  de  fi  faint,  que  l'or  nepuifle  violer, 
ny  rien  de  fi  puiffant  qu'il  ne  puifie  furmoncer, 


446    RSMARQJTES    SVR     U    III.     llV, 

&  fui  tout  parmi  les  Romains,  de  quilugurta 
en  parlant  de  leur  ville,  difoit  qu'elle  eftoit  à 
vendre  s'il  y  euft  eu  vn  âchepteur. 

12.  Tant  plus  il  en  remportera.  Cette  fen- 
tence  digne  dcfEuangile  reuient  à  ces  paro- 
les du  Seigneur,  cherchez  premièrement  le 
Royaume  de  Dieu  ,  &  les  autres  chofes  ne 
vous  manqueront  point. 

54.  Leftrigons,  qui  eftoient  des  gens  tres- 
cruels  en  Sicile,  vinrent  dans  cette  parcie  de 
la  Campanie ,  ou  efîoit  Honnie ,  depuis  appel- 
lée  Formie  dans  vn  territoire  qui  portoit  d« 
fort  bon  vin,  Homère  parle  de  la  cruauté  de 
ces  peuples  dans  fon  10.  liure  de  l'OdiiTée. 

41.    Que  fi  te  pouHois  ioindre  aux  campagnes 
de  Phryyie  le  Royaume  des  Lydiens  :   car  c'eft 
ainfi  qu'il  a  fallu  traduire  le  Latin,  Quam  fi 
Mygdomû  regnum  Alyattici  campis  continuemy 
pour  le  tendre  intelligible  ,  explicant  campis 
Aiygdomis  par  campagnes  de  Phrygie*  qu'il  ap- 
pelle Mygdomennes  ,  à  Caufe  que  les  Mygdo- 
niens  vinrent  de  la  Macédoine  des  Confins  de 
la  Thrace ,  pour  habiter  vne  bonne  partie  de  la 
Phrygie ,  2>C  Reonum  Alyatuci  par  Royaume  des 
Lydiens ,  parce  quAliattes  père  de  Crœfusfuc 
Roy  de  ce  pays-là  comme  teiïnoigne  Hérodo- 
te en  fôn  1.  liure, quoy  qUe  d'autres  cftunent 
qu'Aliattes  eftoitfilsde  Crœfus. 

Leluy-l*  fe  porte  bien  ,  c'eft  à  dire,  a  t$ut  Ce 
qui  luy  eft  vtile.  Cette  fentenec  des  Stoïciens, 
xeuiencà  ce  que  le  Poète  auoit  dit  de  luy-mef; 
xrie  en  lai.  Ode  de  ce  liure. 

Defiderantem  quodfatù  eft. 


des   Odes   t>' Horace,         44.^ 


Sur  l'Ode  XV IL  du  III.  LiuYe. 

1.      7C  Lte  qui  tires  la  nohlejfe  de  ton  extra* 
jL  Ujffion  de  Lamie.    La  famille  des  JE  liens 
qui  fut  illuftre  fans  eftre  patricienne ,  fut  mar- 
quée par  diuers  furnoxns  :  elle  s'allia  dans  le* 
plus  nobles  maifons,  5c  ioiiit  de  tous  les  hon- 
neurs de  l'Empire  ,  iufques  à  luy  donner  fina- 
lement des  Princes  fameux,  tels  que  furent  les 
Antonins.     Entre  les  plus   anciens  furnoms 
quelle  porta  furent  ceux  de  Vœtm  >  Ccettss>  Tu- 
bero>  Gallm ,  Sulo ,  Frœcommus^  Lamia  ,  ce  der- 
niei*  qui  vint  de  Lamus  fils  de  Neptune,  autres- 
fois  Roy  des  Leftrygons.  Maisilferoitmalaifé 
d'afieurer  qui  fut  ce  Lamie  ,  dont  il  eft  parlé  en 
cette  Ode.  L'Hiftoire  de  ce  temps  remarque 
vn  L.  i£lius  Lamia,  qui  fut  Confulauec  M. 
SeruiliusGeminus  en  l'année  7 5  5.  Il  y  eutaufll 
vn  Quintus  i£lius  Lamraïqur  eut  charge  dans 
la  guerre  Gantabrique  fous  l'Empereur  Augu- 
lie  ,  Se  de  celuy4à,  il  poutroit  eftre  que  lé 
Poète  veut  parler  en  cet  endroit,  comme  il  a 
fait  dans  les  Odes  16,  &  56.  du  1.  Jiure. 

7.     Le  £*m,fleimedelaCampanieaujonr~ 
d'huy  GariglianO)  arroufeMintume  5oùeftoit 
hosiorée  Marica  mère  du  Roy  Latin.  Lucaia 
parle  de  ce  fleuue  dans  fbn  2.  liure. 
'ISJ^jBurn&que  editor  aura 

Sarnpu  &  vmbrofz  Lim  fer  régna  Marlcd 

FefiinU  imfptlfas  aguis* 


448  Remarqv;zs  svr  le  III.  Liv. 

7.  Manque  ou  Marica^  eft  vne  foreft  ou 
vne  Nymphe  de  ce  mefmcnom,  fut  enfeuelie 
auprès  de  Minturnc  ,  où  eft  l'embouchure  du 
Liris  ,  de  laquelle  Virgile  parle  en  fon  7.  de 
L'Enéide  ,difant  qu'elle  eftoit  mère  de  Latin. 

Hune  Fauno  ,  &  Njmpha  genimm  Lanrenu 
MaricA. 


Sur  l'Ode  XVI IL  du  III.  Liure. 

1.  *TlAuïje  amoureux  des  Nymphes  fuyarde  fi 
JS  Toutes  ces  fortes  de  Dieux  que  les  An- 
ciens adoroient  fous  les  noms  de  Panes ,  de 
Faunes,  de  Syluains,  de  satyres,  &  de  Silè- 
nes ,  eftoient  d'amoureufe  complexion ,  dont 
parle  mefmc  S.  Augultin  en  fon  15.  liure  delà 
Cité  de  Dieuch.  15.  que  d'autres  ont  connus 
/bus  les  noms  d'Incubes  6c  de  Sucubes. 


Sur  l'Ode  XIX.  du  III.  Liure; 

1.  ï-T^Etepbe.  Aeron  appelle  ce  Telephe,Poe- 
JL  te  compagnon  d  Horace  >  &  fon  riual  en 
l'amour  de  Lydie  dont  il  eft  parlé  en  l'Ode  15. 
dm.  liure. 

1.  Depuis  Inache  iupjuau  règne  de  Codrtts, 
Le  premier  fut  Roy  d'Argos ,  &le  fécond  d'A- 
thencs  ,  &  de  cecy  l'on  peut  ïuger  que  Tjle- 
phe,  écriuoitde  l'antiquité  des  Grecs. 

;.    La 


PES    Odt's    d'Hoéaci.  44  j 

$.  La  race  <£Eacm>  qui  fut  la  plus  illuftre 
de  coûte  la  Grèce,  car  Eacus  qui  eftoic  fils.dc 
ïupicer  &c  d^gine  >  donna  commencement  ï 
cette  grande  famille  des  Eacides  qui  duraiuf» 
ques  à  l'Empire  des  Macédoniens  Se  des  Ro- 
mains. 

4.  Murs  de  Troye  où  murailles  facrées  d'I* 
lion  ,  à  caufe  qu  elles  furent  balhes  par  Neptu- 
ne &  par  Apollon  ,  ou  bien  à  caufe  quelles 
renfermoient  beaucoup  de  temples  des  Dieux. 

O  pâma,  0  Dïuntn  domm  lltum*  &  indjtà 

bello  i        • 

JMœnia  Dardanidum--—  .     ,..  -    r 

5.  yindeChio.  Les  Romains  louoieht  en- 
tre tous  les  vins ,  ceux  de  Chio  pour  les  viné 
Grecs,  &  ceux  de  Fàlerné  pour  les  vins  d'I- 
talie. 

11.  VAugur  Murène*  Il  y  auoit  en  ce 
temps-la  vn  Lucius  Licinius  Varron  Murena* 
dont  il  efl  croyable  que  le  Poète  parle  en  cet 
endroit ,  Se  peut  eftre  qu'on  le  fit  Âugur* 
quand  il  compofa  cecy» 

14.  Verfe  dans  trois  verres  propres ,  &c.  A  u~ 
fone  citte  ce  partage  dans  Vne  Epiftre  qu'il  a 
éérite  du  nombre  ternaire  à  Symmachus  :  Se 
Turnebc  enfomj.  liure  chap.  17. nous  fait  re- 
marquer que  les  Romains  poUr  honorer  leur$ 
amis  ou  leurs  maiftreflès  abfèntes  beuuoienc 
autatde  fois  qu'il  y  aupitde  lettres  en  leur  no. 

Rbnfard  dans  vné  pièce  qu'il  intitule  le  Yoyte 
ge  d'Arcueil ,  dit  fur  vn  pareil  fujec. 

Or,  chers  amis  quon  nwblïç 
De  Garnit 

F£ 


450   Remarques  svr  le  III.   Liv. 

Le  nom  qui  vos  cœurs  Ita 
JVuon  vutde  autant  cette  couppe 

Chère  troupe 
£hte  de  lettres  tl  y  a. 
Neuf  fois  au  nom  de  Cajfandre 

le  vois  prendre 
Neuf  fois  du  vin  du  flacon 
i/tfm  de  neuf  fois  le  hotre 

En  mémoire 
Des  neuf  lettres  de  fon  nom- 


Sur  lyOde  XX  .du  III.  Liure. 

15.  T^T^'^-    Homère  dit  qu'il  fu-t  le  plus 

JL^l  beau  dc£ Grecs  après  Achile. 

16.    Ida  ,  c'eft  vne  montagne  de  la  Troade 

célèbre  parle  rauiflement  de  Ganimede  &c  par 

le  iugement  de  Paris  Le  Poëie  l'appelle  Jqueu* 

fe>  à  caufe  de  plulieurs  fonreines  qui  en  for- 

tent  d'où  naiflent  les  fleuues  Scamandfe  Se 

Simois. 


Sur  l'ode  XXL  du  III.  Liure. 

l^JOOus  le  Confulat  de  Mânlhts.    l'ay  dé  ja 
Oreraarquéle  temps  de  ce  Confulatquifuc 

en  l'année  688.  delà  fondation  de  Rome  que 

oaquit  noftre  Poète. 

$>   De  quelle  nom  que  [oit  marqué  U  vin 


dès  Odes  d  Horacb.  4^1 

Majftefue:  car  on  le  marquoit  félon  les  diuers 
Ccnfulats  ,  &  on  le  logeoit  en  quelque  lieu 
haut  contre  la  coutume  qui  fe  pratique  en  ce 
temps  cy. 

7.  Coruin.  Il  y  agrande  appa^e-nee  que  le 
Poète  veut  icy  parler  de  M.  Valerius  MeflaU 
Coruinus,  perfonage  célèbre  du  temps  d'Au- 
gufte,  qui  fut  Conful  Tan  712.  &c  qui  trio-m- 
pha  de  la  Gaule  quatre  années  après  Ion  Con^ 
fulat. 

11.  La  vertu  de  l'ancien  Caton.  Lambin  ai- 
me mieux  entendre  cecy  de  Caton  d'Vtiqué 
qui  ainioit  le  bon  vin,  &c  qui  s'enyuroit  mefme 
quelques  fois,  que  de  Caton  le  Gcnfeur  :  de 
forte  que  le  terme  d'ancien  lie  fe  doit  pas 
tant  raporter  àrâgcqu'à  la  feuerité  des  mœurs 
de  Cator)  ;  &c  fur  ce  que  quelqties-vns  vou- 
loient  obietter  à  la  vertu  de  ce  perfonage  le  vi- 
ce de  trop  boire  ,  Senequea  écrit  que  l  on  ren~ 
droit  pluflofi  ce  vice  honorable  >  que  d'eftimer 
Caton  digne  de  blafme. 


>Shy  l'oie  XXII.  du  I  IL  liure, 

3.  TTSEeJfë  qui  porte  trois  nomsyccd  a  difd 
Jl^  de  Lune  au  Ciel,  de  Diane  fur 'la  terre* 
&  de  Proferpine  aux  Enfers.  Elle  eft  prife  auC 
fî  fort  fouuent  pour  la  mefme  que  Lucine. 
C'eft  pôurquoyle  Poète  luy  dit  quelle  eft  m- 
uoquée  parles  pucelles  qui  font  preflees  d'vn 
inal  de  flanc  >  cela  dit  d'vn  air  emoîié  pour  ex- 

pf  i,- 


^2   RîMARQVES    SVR    LE    1 1 1.   L  I  V.' 

primer  l'cftat  des  filles,  quand  elles  font  de- 
Uenuës  enceintes,  &  quand  elles  font  prefte* 
d'accoucher. 


Sur  l'Ode  XXIII.  du  III.  Liure. 

i.  "O  Vftiqu't  Phidile  .  il  eft  croyable  que  le 
JLvPoëte    parle    icy  à  fa  ménagère   des 
champs. 

9.  Le  mirit  Algtde.  Nous  en  auons  parle 
fur  l'Ode  21.  du:,  luire. 

il.  Albe,  Alba  longa,  maintenant  Albano  à 
feize  milles  de  Rome  fur  le  grand  chemin 
d'/\ppius  qui  aboutit  à  la  porte  Capene  ,  au 
jourd'huyde  S.  Sebaftien.  Cette  ville  futba- 
ilie  par  Afcagne  ,  &  ruinée  par  Tuilus  Hoftilius 
troifiéme  Roy  des  Romains.  Il  n'y  refte  plus 
maintenant  qu'vn  chafteau  appelle  SaueUo>  ôc 
là  auprès  vne  fort  petite  ville  à  main  gauche. 
11  y  a  vne  montagne  du  mefmenom,  ou  eftoic 
le  cempledelupiterbafti  par  Tarquinius  Prif- 
cus,  où  fe  celebroient  tous  les  ans  les  ferics 
Latinefc  Les  généraux  d'armée  y  menoienc 
auffi leurs  triomphes,  quand  ils  auoienc  méri- 
té cet  honneur 


dïs  Odi$   d' H ô b. a c yJ         4;$ 


Sur  îode  XXIV.  h  ULLiure. 

'4.  T    A  mer  Thyrrehenne  ,  ou  mer  de  To£ 
JL/cane ,  autrement  la  mer  inférieure  ap- 
pelle Lyguflique. 

4.  La  mer  Comique  y  traduifant  mare  Ton* 
ticum  y  au  lieu  de  Apnlicum  au  Pmiimmi  OU 
fublicum  ,  félon  quelque&editions. 

5.  .SW  f/<w#  de  diamant ,  c'eft  à  dire  immttd- 
blés  y  fur  ce  que  rien  ne  peut  empefcher  les 
auares  d'eftre  faifis  des  frayeurs  de  la  mort. 

9 .  Les  Scythes.  Voyez  l'Ode  $5.  du.i  liurc, 
&  14.  du  $.  où  il  a  efté  remarqué  qu'ils  fout 
proches  des  Gethes  &  des  Dates  La  deferi* 
ption  que  le  Poète  fait  icy  de  leur  façon  de  vi- 
urc,  &  de  leur  manière  de  cultiuer  la  terre, 
eft élégante  ,  quoy  que  dificile  à  exprimer,  Sç 
fert  pour  reprendre  le  luxe,  &:  les  mauuaifcs 
çiœurs  des  Romains. 

27.  Vn  bon  père  des  villes*  qui  eft  h  plu$ 
grand  éloge  qu'on  puiffe  donner  à  vn  Prince» 
&  deuant  l'Empire  des  Cefars,  aucun  de  la 
Republique  ne  fut  honoré  dq  ce  titre ,  que  Ca- 
mile  &  Ciceron. 

$1.  Nom  hàijfons  U  vertu  f  refente.  Gela 
eft  encore  vray  parmi  nous  :  &c  s'il  y  a  nation 
au  monde  qui  fe  blafmc  elle-mefme  fans  fujee, 
&  de  gayeté  de  cœur ,  c'eft  la  Françoife  :  &  ie 
ne  voy  rien  de  plus  fréquent  parmi  ceux  qui 
font  d^uantage   les  importans   que  de  <iire> 

Ff  iij 


454  R  E  M  A  RQ.V  E  S  SVR  LE  III.  Ll  V. 
nous  ne  Comme  s  pas  fige*  >  notu  fommes  tuf  on  - 
flans  y  nous  du  On  S  peu  de  mn  d'rjprjt  :  mais  tous 
ceux  qui  parlent  de  la  lortc  s  exceptent  pour 
l'ordinaire  eux-mc(mes  de  ce  nombre  là:  de 
forte  que  fi  tous  en  font  crus,  ie  penfe  qu'il  n'y  a 
point  de  nation  au  monde ,  où  il  ie  trouue  tant 
d'habiles  gens. 

41.  La  pauureté  qnon  tient  pour  vne  grande 
infamie  \  cela  fe  dit  félon  les  fenrimens  du  vul- 
gaire qui  met  la  vertu  au  deflbus  des  richefles, 
&  qui  luit  de  tres-mauuaifes  routes  par  les  auis 
d'vne  fi  mauuaife  confeillere. 

45",  Portons  au  Capitole,  &Tc.  c'eftadirenos 
richefles  fuperfluês  pour  le  bien  public,  ou 
pour  les  necefÏÏtez  prelfantesdereftat:  cefen- 
iiment  eft  généreux  6c  digne  d'vn  bon  Ci- 
toyen. 


Sur  toie  X XV.  du  III.  Lmre. 

9,  *^T  N  e  Menade  >  Il  y  a  au  Latin  Euias  qui 

V    vient  d  Euius  Tvn  des  furnoms  de  Bac- 

chus  :  mais  Eutade  n'euft  pas  eité  vn  beau  nom. 

Ces  femmes  s'appelloient  auiîî  Thiades  &c  Baf- 

farides. 

10.  Hebre^  fleuue  de  la  Thrace  i  qui  porte 
l'or,  aujourd'huy  Adanja.  Dans  l'Ode  15.  du 
i.liurç  il  l'appelle  confident  de  l'Hyuer. 

u.  Rhodope^  mont  de  la  Thrace  dont  parle 
Virgile  dans  fon  Silène. 

Orphée  efi  admiré  de  Rhodope  &  dlfmare. 


des  Odes  d'Horace.  4$$ 

14.  Naïades,  Ce  font  les  Nymphes amycs 
de  Bacchus,  parce  que  l'eau  doit  tempérer  1* 
force  du  vin. 


Sur  ïode  XXV  h  dut  II.  LWf. 

4.  TL  J£ On  luth,  en  Latin  TUrbiton*  vn  cer* 
XVJLtain  inftrument  dont  félon  quelques- 
vns,  Therpandrefutinuenteur,  félon  d'autres 
Anacreon.  Le  Poète  nomme  ce  luth  au  rang 
de  Ces  armes  qu'il  appand  au  temple  de  Venus 
maritime  >  ou  née  de  la  mer,  félon  ce  que  dit 
le  Poète. 

Mtlitat  emnis  amans  >  &  habet  fua  cajlré 
Cupido. 

10  Memphis  la  plus  celcfcre  ville  de  l'Egy- 
pte après  Alexandrie  ,  où  Venus  auoit  vn  tem- 
ple, félon  le  tcfmoignage  de  Strabon  en  fon. 
17-liure. 


Sur  l'Ode  XXVII.  du  III.  Liure.  ■  < 

ï.    {^\  V*  le  mal-heureux  prejage*    Le  coniH 
V^  mencement  de  cette  Ode,  eft  iug& 
dificile  par  quclques-vns ,  &  lcft  en  effet ,  mais 
la  verfîon  en  ofte  toute  la  dificulté. 

1.    La  Mélange.    Ceft   vn  oyfeau  qui  fc  } 

mettoit  par  les  Anciens  entre  ceux  de  mauuais  T. 

augure ,  &  ie  croy  que  c'elt  le  mefrae  que  no-  I, 

Ff  iiij 


0^6  Remarques  svr  iî  III.    Liv. 
ftre  Autheur  appelle  Parraine  Pline  die  qui 
fi'apparoift  que  depuis  le  leuer  de  la  Canicule, 
iuiques  à  Con  coucher. 

j.  Champ  Lanuutn ,  ie  ne  fçay  s'il  ne  veut 
pomt  dire  Lauinien^  ou  Lanuuien  >  ou  Laurent 
ttn-y  mais  on  lit  dqns  Capitolinqs,  que  l'Em- 
pereur Antonin  le  débonnaire,  nafquit  en  vn 
village  appelle  Lannuina  %  toucesfois  d'autres 
Jifent  Laurinaou.  Lauria. 

6.  C&mme  vn  fep  de.  vigne*  C'eft  ainfi  que 
i'ay  traduit  le  (imilis  fagittt  de  l'Autheur,  fc- 
lon  l'explication  de  Lambin  qui  Ta  tircd'vnc 
authorité  de  Pline  auliure  17.cn.  11.  où  il  em- 
ployé i-e  terme  de  Sagitta ,  pour  dire  vn  fep  ou 
vne  branche  de  vigne. 

ij.  ji  in  fi  la  belle  Europe.  L'hiftoire  d,e  lu* 
pirer&  d'Europe  fille  d'Agenor,  que  le  Poète 
deferit  icy  auec.  beaucoup  d'éloquence ,  eft  af- 
fez  connue  de  tout  le  monde,  &  fur  tout  de- 
puis que  nous  aiions  en  François  les  Metanjor- 
phofes  d'Ouide  traduites  par  Nicolas  Re- 
noiïard,  qui  de  ion  temps  à  peuiouyr  de  toute 
la  iktisfa&ion  qu'on  fe  peut  promettre  d'vn 
labeur  comme  le  fien. 

J4t  Crète  célèbre  par  cent  villes.  Virgile  en 
parle  de  la  mefme  façon  au  1.  liure  de  l'Lneide, 
ctraum  vrbes  habitant. 

41.  Par  la  porte  d'ytsoire ,  d'où  fbrtent  tous 
les  fonges  faux  ,  comme  Virgile  l'a  dit  à  la  fin 
du  6*  liure  de  l'Eueide  après  Homère. 

Ontrouue  en  ce  fetonr  les  deux  pertes   du 
Comme 
Tdr  êù  le  fonge  pajfe  allant  au  llVz  de  Ihemms* 


dis   Odbs   d'Hoïiàci.  4j7 

lïvne  ejt  de  corne  trouble ,  &  P autre  luit  aux 

yeux 
Conftruite  d'extrement  d'yuoire  Jpecieux* 

Le  finge  véritable  ouurant  fis  ailes  fombres 
Sort  de  celle  de  corne ,  ixjpiré  far  les  ombres  : 
L'ejfein  des  fin ges  faux  par  les  Mânes  inflruitt* 
G  aigrie  celle  d'juoire,  affuble  de  la  nuitt. 

Î7»  Le  père  abfent ,  &ç  Le  fe$s  de  cecy 
çft  malaifé  à  prendre  dans  le  Latin  ,  mais  la  ver- 
iîon  en  ote  toute  la  dificulté. 

75.  Femme  de  tinuincible  Jupiter.  Europe 
deuenuë  femme  de  Iupiter  Roy  de  Crète ,  qui 
la  rauit  dansvn  vaifieau  appelle  Taureau,  fé- 
lon la  vérité  de  l'hiftoire,  6c  en  eut  trois  en- 
fans,  Minos,Rhadamante,  Se  Sarpedon. 

75.  Par  l'vne  des  trou  parties  de  l'Fniuers, 
car  alors  il  n'y  en  auoit  que  trois  de  connues» 
l'Europe ,  l'A  fie ,  &  l'Afrique. 


Smy  l'Ode  X XVI IL  du  II L  Liwe. 

2#  T  -4  fefte  d*   Neptune ,  arriuoit  enuiron 
JLila  fin  du  mois  d*  Aouft ,  &  Pline  en  par- 
le en  fonliureiS.  ch.  13. 

7.  Du  haut  celier:  car  depuis  Tannée  6oo. 
de  la  fondation  de  la  ville ,  ceux  qui  vouloieot 
garder  le  bon  vin  plufieurs  années  ,  le  met- 
roient  en  lieu  haut  félon  le  tefmoignage  de  Pli- 
ne en  {bnliureij.  ch-  14.  &Iiure  14.  ch.  4» 

8.  Confulat  de  Bibultu.  Marcus  Calpurnins 
BibuliiSjfut  Çonful,auec  Caius  Iuîius  Ce&r 


4^8    Rrmar^f^  svr  le  III.  Liv. 
Tan  694..  de  la  fondation  de  Rome. 

II.  'De  Diane  ^  le  Poète  die  Cynthie ,  mais 
c'eftla  mcfme  que  Diane  qui  s'appelle  Cyyithtey 
d'vnc  montagne  de  Delos  qui  le  nomme  Cyn- 
the ,  où  elle  s'exer^ok  à  la  chaile. 


Sur  l'Ode  XXIX.  du  III.  Ziurc. 

4-  T5  Alane>  eftvne  forte  de  gland  pourfaire 
JDde  l'huile  de  fenteur ,  donc  Pline  a  parlé 
en  (on  11.  liurech.  2.8. 

9.    Tufcule,  fut  autresfois  baftie  par  Tele- 
gonusfils  d'Vliflfe  6c  de  Circé. 

2j.  Syluam^  il  faut  entendre  fous  ce  nom, 
là  toutes  les  efpeçes  de  Cheurepieds ,  comme 
les  Satyres ,  les  Faunes ,  &c  les  Panes, 

27.  Les  Seres*  font  peuples  de  l'Ethiopie, 
&  félon  Orofe,  ils  font  Indiens. 

28.  Baffres.  Ce  font  ceux  de  la  ville  de  Za- 
riafpe  fur  le  fleime  de  Ba&ra,  Pline  liure  1 8 .  ch. 
7.  le  pays  de  Ba&reseft  tres-ahondant. 

jo.  Die  fi  tout  juge  entteloppa  L  auenir  d'vne 
niiitl  oh  faire.  Et  cependant  combien  dans 
tous  les  fiecles  s'eft-il  trouué  de  Philofop.hes 
&c  de  Mathématiciens  qui  fe  font  efforcez  d'y 
pénétrer  ?  mais  tout  cela  fort  inutillement,  &C 
les  plus  iudiçieux  s'y  font  rarement  amufez. 
Noftre  Poète,  &  tout  ce  que  i'ay  leu  de  plus 
lolide  dans  l'antiquité  profane,  eft  contraire  à 
cette  ibrte  d'eftude ,  qui  eft  pluftoft  l'effet  dvn 
efprit  fàperftitieux ,  que  dvn  cipnt  éclaire. 


£>bs  Odes  d'Horace.  4^9 

44.  Jgue  Jupiter  couure  demain,  &Cc.  Tou- 
te la  fin  de  cette  Ode  eft  parfaitement  grauc,  &c 
ileftmalaiféd'y  confiderer  les  vertueux  fenti- 
mens  du  Poète  fans  les  eftimer  :  il  y  regarde  la 
bonne  &c  lamauliaife  fortune  auec  indifercn^ 
cc,&prefere  à  toutes  les  richefles  dumonde„ 
la  pauureté  des  gens  de  bien,  s'enueloppanç 
dans  fa  propre  vertu. 


Sur  ÏOàe  XXX.  du  III.  Liure. 

I.  T'Aj  fait  mon  monument  plus  durable  que 
Xle  bronz,e.  Les  grands  Poètes  connoiiïent 
bien  le  mérite  de  leurs  ouurages  ,  8c  il  me  fem- 
ble  qu'on  ne  les  doit  point  blafmer  quand  l'op- 
pinion  qu'ils  en  conçoiuent  les  en  fait  parler  vn 
peuauantageufêment:  on  peut  voir  fur  ce  fu- 
jetles  louanges  que  Virgile  fe  donne  à  luy-mef- 
me  au  commencement  de  fon  3.  1  des  Georç. 
&c  Ouide  à  la  fin  de  fes  Metamorphofes  où  il 
dit, 

langue  opus  exegi  y  quod  nec  louis  ira  y  nec 

t^nes 
Nec  poterit  ferrum  ,  nec  edax  obolere  vetu- 

RoniardTa  imité  de  cette  forte  en  la  dernière 
de  fes  Odes. 

Plus  dur  que  fer  tay  bafii  cet  ouuragc 
£hte  tan  qui  roule,  immortel  en  fes  pat, 
J>)ue  l'eau,  le  vent,  ou  le  brujlant  orage 
De  Jupiter  ne  ruront  point  *  bat) 


r^6  o  Remar  Q^v  es  s  y  *  1 1  III.   L  i  v«- 

£h*rid  Cennemy  des  hommes ,  le  tr'Jpas 
jM  affouppira  cCvn  fomme  dur  ,  à  (heure 
S  cm  le  tombeau  tout  £ ^utheur  n'ira  pat 
Reflant  de  luy  la  part  qui  eft  meilleure. 

Toujours  y  toujiours  fans  que  iamaU  ie  meurt 
le  voleray  cigne  par  VVniuers 
Eternifant  les  champs  où.  ie  demeure 
De  mes  lauriers  honorez, ,  &  couuers 
four  Auoir  ioint  les  deux  harpeurs  diuers 
Au  doux  babil  de  ma  lyre  dyuoire 
C£hc  tay  rendm  Vandomois  par  mes  vers. 

Sus  doncjue ,  Mufiy  emporte  au  Ciel  la  gloire 
JQue  t *ay  gagnée  annonçant  la  viïïoirc* 
Dent  a  bon  droit  ie  me  voy  iouyffant 
Et  de  mon  nom ,  confacre  la  mémoire 
Serrant  mon  front  dlvn  laurier  verdijfant. 
Mais  voici  de  ia  façon  que  Ioachim  du  Bellay 
Va  traduit. 

fay  paracheue  de  m M  main 

Vn  ouvrage  plus  dur  qu'airain  y 

Vn  ouuragc  duquel  t  audace 

JJ  orgueil  des  pyramides  pajfe  : 

J£ue  (eau  rongearde  y  ny  (horreur 

JDe^  la  S cy tienne  fureur  y  v 

£)ue  des  ans  l'innombrable  fuitt$_ 

2^7  du  temps  la  légère  fuite* 

]\fe  pourront  renuerfer  abat. 

l^out  entier  ie  ne  mourray  pas* 

De  moy  la  meilleure  partie 

De  la  mort  fera garentie , 

Et  d'vn  Içs  toufiours  fe  futuant 

A  moy  te  Jeray  fitrutuant? 
Tous  ces  vers  la  poureftrede  Poètes  de  cran- 


des  Odes  o'HoiAct  46Ï 

tîe  réputation  ne  font  pas  fort  admirables;  & 
ce  que  Rohfard  dit  furie  mefme  fujet  en  l'Ode 
il.  du  1.  liuré  n'eft  guère  meilleur. 

Voyant  C  Aigle  :  mais  ny  les  ans 

Ny  ï audace  des  vents  nuifhns , 

Ny  la  dent  des  pluyes  qui  mord 

Ne  donne  aux  >vers  doftes  la  mort, 

Par  eux  la  parque  eft  devancée 

Ils  fuyent  (éternelle  nuïB 

Toujours  feuriffans  par  le  fruit 

Jjhtê  ta  Mufe  ente  en  leur  pensée* 
Ainfi  Malherbe  a  crû  que  fcsPo'éfies  ne  péri- 
froient  iamais  ,  quand  il  a  dit, 

Apollon  %  fortes  ouuértes 

Latjfe  indifètemment  cueillir 

Les  belles  feuilles  toufiours  vertes 

£hii  gardent  les  noms  de  vieillir , 

Mais  fart  de  faire  des  couronnes 

N'efl  pas  feeu  de  toutes  perfonnes* 

Et  trois  eu  quatre  feulement 

Au  nombre  defquels  on  me  range 

F euuent  donner  vne  louange 

£hii  demeure  éternellement. 
Mais  ic  ne  fçay  fi  pour  conceuôit  Vhe  û  grande 
oppinon  de  fes  vers,  il  ne  fatidfoit  point  y  mêler 
vn  peu  moins  de  prôffe  rittiée  quil  n  en  paroift 
eh  ccux-cy ,  &  fur  tout  aux  quatres  derniers* 
ÔÙ,  trois  ou  quatre  feulement,  5c  au  nombre  def* 
quels  y  fi  ie  ne  me  trompe  ,ne  font  pas  trop  de 
la  bell  e  Po'ëfie. 

M.  Triftan  Lhermite  qui  fçait  l'art  d'en  fai- 
re de  fi  beaux ,  au  commencement  de  cette 
Ode  héroïque  à  M.  fc  M^refchal  de  Schom- 


\6i  Rëmarq^svr  le  III.  L.  des  Odesd'H. 

bcrg  iur  le  combat  de  Locate,  où  il  célèbre 
aucc  beaucoup  de  magnificence  les  louanges 
qui  (ont  dues  a  la  valeur  de  ce  grand  Capitaine* 
ne  dit-  il  pas  en  parlant  de  foy  mefme , 
Tes  héroïques  auantures 

J%)mc  les  Mufes  vont  mettre  au  tour 

Donneront  aux  races  futures 

De  la  merueille  çr  de  l  amour: 

Vne  ardente  &  claire  planette 

Ne  fçanroit  foujfrir  quon  me  mette 

uiu  rang  des  vulgaires  Autheurs  , 

Ma  plume  a  des  traits  infaillibles  * 

Etfçait  des  fecrets  enchanteurs  > 

Par  qui  tes  miracles  vif  blés. 

S'ils  ne  trounent  des  infenfbles 

Trouveront  des  Adorateurs. 

9.  Tant  que  le  Pontife  montera  au  Capitule 
auec  la  Veftale:  caries  Romains  eftoient  per- 
suadez au  temps  d'Horace,  que  le  Capitole  & 
la  Religion  Romaine  dureroient  autant  que  le 
monde.  Il  ne  Te  faifoit  point  aurti  de  prières  pu- 
bliques que  IesVeftales  ny  flirtent  employées, 
en  gardant  le  filence  :  mais  les  ouurages  de  no- 
ftre  Poète  ont  bien,  parte  la  durée  de  ce  Capi- 
tole &  de  la  Religion  des  Romains. 

jo.  Aufide,  fleuue  de  la  Fouille  ,  aujour- 
cVhuy  fOfanto  ,  Tite  Liue  l'appelle  Canna,  ce 
fleuue  eft  le  feulau  raport  de  Polibe  qui  diuife 
l'Apennin. 

11.  Davne,  ne  fe  doit  point  prendre  icypour 
Vrïfleutie  félon  la  penfée  de  Porphyrion,mais 
pour  la  Prouince  de  la  Poiiille  appellée  Uauniey 
du  nom  de  Daunus  qui,  en  fut  Roy  fils  de  Pi.- 
lumne  &  de  Danac. 


46j 


REM  ARQ  VES 

SVR    LE    IV.    LIVRE 

DES  ODES 

DHORACE. 


Sur  Vode  L  du  I V.  Lînrc* 

Om  le  doux  Empire  de  Cjnare^ 
il  y  a  au  Latin  bond  fitb  regno  Cy- 
*arœ  ,  mais  i'ay  changé  Tepi- 
thete  de  Cynare  pour  la  don- 
ner à  fbn  Empire  ,  eftant  de 
meilleure  grâce  de  dire  en  noftre  langue  le 
doux  i  mptre  de  Cjnare  .  que  l'Empire  de  la 
bonne  ,  ou  de  la  douce  Cynare,  foit  qu'il  en  par- 
le ferieufement ,  ou  qu'il  cnfaflc-vne  raillerie 
comme  il  y  a  grande  aparence,  parce  qu'il  ap- 
pelle autre  part  cette  femme  auare. 

Sjucm  Jis  wmnntm  Cjn*r&  pUcviflk  rtpaci- 


4^4  Remarques  svr  le  IV.   Liv. 

5.  Rtgoureufi  mère  des  amours.  Le  Poète 
yadioufte  au  Latin  Tcpirhccc  dedoux,  maisic 
l'ay  obmis  à  deflein  ,  parce  qu'il  n'efloïc  pas  nc- 
ceflaire  de  le  conferuer ,  puis  qu'il  rendoit  la 
période  moins  belle.  Ces  paroles  font  les 
mefmes  que  du  1.  vert  de  l'Ode  1?.  du  1.  1. 

il.  Paul  Maxime  y  c'eft  à  dire  Paultis  Fa- 
bius Maximus  fils  de  Paulus,  ou  de  Qointus, 
qui  fut  Conful  quatre  années  après  que  cette 
Ode  fut  faite  >8c  qui  fut  fort  cheri  d'Auguftc, 
dont  Ouide  parle  en  la  6.  Elégie  defon^  liurc 
de  Ponto. 

11.  Cï'gnes  atteliez,  de  pourpre.  I'ay  fuiui  cri 
cecy  lefens  que  Lambin  fcmble  aprouuer  da- 
vantage que  les  autres  qu'on  pourroit  donner 
au  purpureis  ates  oUrétu  du  Latin,  que  lesvns 
difent  auoir  efté  corrompu^  qu'au  lieu  de  pur- 
pureis il  faut  lire  marmoreis  pbur  dire  éiuifs  : 
les  autres ,  expliquent  les  çignes  de  couleur  de 
pourpre  à  caufe  de  leur  bec  &  leurs  pieds. 
D'autres  veulent  qu'ils  foient  de  pourpre  à  cau- 
{c  qu'ils  tirent  le  char  de  leurmaiftrefle  quieft 
de  cette  couleur,  &c  Porphirion  explique  ce 
purpureis  pour  pulçbrû  employant  l'authontc 
de  Virgile  félon  le  fens  de  SeruiUs ,  lumcnquc 
iuuenta  purpûreum ,  en  quoy  il  fc  trouuc  du 
fentimenc  dcLcuinusTorrcntiusE.  d'Anucrs, 
&  de  quelques  autres ,  mais  ie  croy  que  la  pch- 
féc  que  i'ay  fuiuic ,  cft  de  beaucoup  la  meilleu- 
re pour  la  verfion. 

*5.  Comme  il  efl  inftruit  en  cent  belles  cho~ 
fesy  eft  beaucoup  meilleur  que  fi  feufle  rendu 
le  Latin  mot  à  mot ,  ce  qu'il  faut  foigneufcmënc 

iuitét 


pes  Odes  d'Horace  4*ç 
iuïtcï  pour  faire  vnc  vcrfïon  exa&equi  confi- 
ftc  à  rendre  les  beautezd'vne  langue  ,auec  les 
bcautezde  celle  en  laquelle  on  traduit. 

16.  La  Iturêe  de  tes  armes,  eft  plus  beau  fe* 
lori  noftre  vfage  que  de  mettre  les  enfeignes  de 
ta  milice^  en  quoy  comme  en  mille  autres  lieux, 
on  pourra  voir  que  pour  prétendre  d  la  fidélité 
delà  traduction  ,  ie  tafche  de  rendre  les  grâces 
dVne  belle  langue  ,par  les  grâces  d  vne  autre 
qui  n'eftpeut  eftre  pas  moins  belle.  Se  qui  fe 
polit  de  iolir  eniour. 

28.  S  Miens  y  Preftres  de  Mars  appeliez  Sa- 
liens  ,  à  caufe  de  leurs  cérémonies  qu'ils  fai- 
foient  en  faultant. 

3$.  Pourqtioy  Ligurin,  il  parlera  encore  de 
luy  en  l'Ode  u.  de  ce  mefme  liurc. 


Sur  l'ode  XL  dn  IV.  Liufc. 

t.    tries  ou  Iule  fils  de  Marc  Antoine  fur- 
Anbmmé  Affricafius  fut  Cdnfdi  auec    Q, 
Fabius  Maxixnus  en  Tan  743-.de  la  fondation, 
de  Rome» 

i.  Pindaret  eftoit  delà  ville  de  Thebes,  Se 
l'on  peut dire  félonie  témoignage  de  Qginci* 
lien  qu'il  eft  le  Prince  des  Poètes  lyriques  ,  (bit 
que  Ton  confidere  fon  inuention  ,  (oit  que 
l'on  regarde  fes  figures,  fes  fèntences,  &  la 
magnificence  de  fon  ftile  ,  qu  Horace  eftime, 
qu'on  ne  petit  égaler  :  mais  fa  mddeftic  qui  le 
fou  parler  delà  forte  nempcfchepas  qii'ohB? 


A&6    R  E  M  A  R  QJV  F  S    S  V  R    LE   IV.    L  !  vl 

le  tienne  point  inférieur  à  Pindare.  M  Colle* 
tet  allez  connu  par  (es  beaux  ouuragcs  en  po'é- 
iîe  cV  en  profe  a  rendu  ainfi  le  fens  du  com* 
mcnccmcnt  de  cette  belle  Ode. 

Quiconque  prétend  d'imiter 
Les  beaux  monuemens  de  Pindare* 
Bien  loin  de  le  fuiure ,  il  s'égare 
lufjues  a  fe  précipiter  ; 
Dedans  les  routes  éternelles 
Il  vole  fur  les  mefmes  aifles 
Qtii  portèrent  Icare  an  Temple  du  Rêvant 
Et  fondant  aux  rayons  de  la  famé  celeflc  , 
//  tombe  comme  Imj  d'vne  cheute  funefte, 
Et  nomme  comme  luy  les  ondes  de  fin  nom* 

Tel  quvn  torrent  impérieux 
Défend  du  fommet  des  montagnes: 
Et  pour  inonder  les  campagnes 
Joint  fe  s  eaux  *  celles  des  Cieux  > 
Defdaignant  fes  bornes  pre frites 
Il  va  chercher  d'autres  limites. 
Et  force  Ia  nature  en  changeant  de  fe'iour  ; 
Tel  efi  ce  grand  Poète  a  la  Afuje  féconde  , 
//  bruit>  il  change,  il  force,  il  remplît  tout  le  monde% 
Et  fa  gloire  sépand  auffi  loin  que  le  iour. 

ïo.  Dithyrambe  ,  eftoit  vne  forte  de  vers 
lyriques  qui  fe  faifoient  en  l'honneur  de  Bac- 
chus,  comme  nous  dirions  peut  eftre  aujour- 
d'huy  deschançons  à  boire.  Toutesfois  il  n« 
nous  en  refte  point  du  tout  d'exemple  des  La- 
tins >quoy  que  Ciceion  témoigne  en  quelque 
part  que  c  eftoit  de  fon  temps  le  genre  le  plus 
commun  de  faire  des  vers.  On  pourra  voir  fur 
se  fujet  le  4.  eh.  du.i.  liutc  4e  Turnebus,  & 


ixjfi  Odçs  d'Hor  A  es.  .  4^7 
Tzetfces  en  fa  préface  fur  Lycophron.  Noftic 
Ronfard  nous  a  laifle  vne  pièce  dans  Ces  œu- 
ures  laquelle  il  intitule  Dithyrambes  à  la  Pom« 
jpc  du  bouc  de  Iodelle  Poète  tragique  qui  cont- 
inence ainfi. 

Tout  rany  dejprit  ie  forcené 

Vn  nouue lie  fureur  me  mené 

JD'<vn  faut  de  courfe  dans  les  bok 

Jach  Iach\  ïoy  la  vois 

Des  fins  vineufts  Thyades9 

2c  voy  les  folles  Menades 

Dans  les  Antres  trépigner 

Et  de  fèrpens  fe  peigner 

jfach  lach  Euoe 

Eu  ce'  lach  lach 

Je  les  oj 

le  les  voy 

Comme  m  tr/tuers  dvne  nui 

D'vne  cadance  menuï 

Sans  ordre ,  ny  fans  compas       * 

Laijfer  chanceler  letirs  pas.  .  . 

13.  Les  Roy  s  du  fangdes  Dieux,  tels  qu'Her- 
cule, Iafbn,  Perfée,  Bellerophon,  Ènée,  Rq- 
mule,  &c. 

25,     dgne  Thebain ,  ccft  a  dire  le  Poète  Pin- 
dare  de  la  ville  de  Thebcs  :  caries  Poètes  faqi 
bien  fouuent  appeliez  cignes, 
jiinfi  tous  nos  cignes  célèbres 
S'efforcent  fàr  leurs  ornements 

D *  affranchir  les  emnements 

De  la  puiffance  des  ténèbres. 
Comme  a  dit  dans  vne  defes  Odes  lé  hmmt 
Autheur  du  poefmc  taitç  attendu  .  dé  la  ptsh 
celle  d'Orléans.  Gg  ij 


4 68  Rem-arqves  s  vu  le  IV.  Liv, 

Au  rcfb  il  y  a  au  Latin  Dtrceen,  icaufe  que 
Lycus  Roy  de  Thcbes,  ayant  répudié  (a  fem- 
me Antiope  ,  épouia  Dircé  :  &  cependant  An- 
tiope  ayant  cité  connue  de  lupirer  ,  &  fc  trou- 
vant perfecutée  par  Dircé,  ic  fauua  au  monr 
de  Cithcron  ,  où  elle  enfanta  Zethus  Se  d'Am- 
phion  5  qui  cllansdeuenus  grands,  tuèrent  Ly- 
cus leur  beaupere  &  pour  vanger  leur  mete, 
ils  attachèrent  Dircé  à  la  queue  d'vn  cheual  in- 
dompté, qui  après  Tauoir  entraifnée  en  diuers 
lieux,  les  Dieux  eurent  pitié  de  fa  mifcre,  & 
la  changèrent  en  vnc  fonteinc  qui  porte  fon 
nom  auprès  de  Thebes. 

$6.  Les  Stcambres  ,  peuples  de  la  Germa- 
nie que  Drufus  fubiugua  auec  les  Chcrufccs 
&  lesSueues  :  puis  Augufte  les  fit  palier  dans 
la  Gaule  auflîbicn  que  lesSueues,  félon  le  té- 
moignage de  Flo&us  au  4.  liure.  Nous  appel- 
ions aujourd'huy  Gmldres  le  pays  des  Sicam- 
briens. 

44.  Le  barreAtideKU*  deprocez,.  Soitacau- 
fe  des  feftes,  foitàcaufcdc  la  douceur  ,&  de 
laprofperité  du  règne  d'Auguûe. 


Sur  ÏOde  III.  du  IV.  Liure. 

l*  A  À  &Pomene  >  A  dit  autre  part  Euterpe 
jLVJ  ou  quelque  autre  des  Mufes,  &  d'or- 
dinaire les  Poètes  prennent  les  Mufes  allez  in- 
diferemment,  quoy  qu'à  chacune  d'elles  foient 
attribuées  des  occupations*  6c  des  inclinations 


dis  Odes  d'Horace.         469 
tliferentes    Vndc  nos  meilleurs  Poètes  en  par- 
lant de  (à  Mufc  l'appelle , 
Ma  Mdpomene  en  verue  fans  pareille. 

$.  Le  labeur  des  /fîmes*  eftoitde  certains 
combats  dans  des  chariots ,  qui  furent  intimez 
par  Sifiphe,  pour  le  corps  noyé  de  Meliçerte, 
qui  fut  apporté  en  l'Iftme  de  orinthe  {!>ar  vn 
Dauphin.  Le  prix  de  ces  combats  eftoit  dV-? 
ne  couronne  de  pin. 

6.  Vn  char  tCElide.  Le  Latin  porte  Achài- 
que ,  qui  l'employé  pour  lftmie/ue,  ou  pour  le 
terme  dont  ie  me  fuis  ferui ,  comme  du  plus 
connu  ,  en  ayant  vfé  de  la  mefme  forte  deux 
lignes  après ,  où  i'ay  mis  de  Delpbe  pour  Delien3 
en  parlant  du  laurier  qui  couronne  la  tefte  du 
Triomphateur. 

11.  A  la  manière  de  ceux  d'Alcee>  i'cxpli-* 
que  ce  que  le  Poète  enueloppefous  les  termes 
de  Delio  carminé ,  pour  dire  Sapphico,  ou  AU 
càico  félon  Lambin. 

23.  Le  feul  qni  ait  fçett  ioiier  iufques  kvde 
la  lyre  Romaine:  car  Horace  eft  le  feul  Roete 
lyrique  des  Latins  :  &  luy-mefmc  en  parle  en- 
core en  la  19.  Epiftredu  1.  liure  comme  il  a  dé- 
jà fait  en  l'Ode  50.  duj  liure. 


Sur  l'Ode  IV.  du  IV.  Liure. 

ï.  '"T^Elque  toyfeau>  ÔC  ce  qui  fuit  iufques  a 

JL  la  quatriefmc  ftance  de  cçtte  Ode  ,  eft 

vne  longue yôc  dificile^Hypperbate ,  qu  il  cft 


47o  Remarque  1   ^vr  l!   IV.  Liv. 
rnalaifé  d'expliquer  bien   nettement  dans  la 
traduction. 

4.  Au  furet  de  Cani-nede.  Tout  le  monde 
fçait  la  fable  de  ce  Ganimede  qui  fut  cnleue 
par  vn  aigle  fur  le  montlcfa. 

6.  J£f' ^  chaffa  autre  s  fois  de  fort  aire.  Oi\ 
dit  que  les  aigles  eprouuant  leurs  petits,  les 
chaflent  de  leur  nid  ou  de  leur  aire  quand  ils 
n'ôtpasla  forcodefuporterlesrayôsdu  SoIeiL 

17.  Les  Rhtttcns.  Aujourd'huy  les  G^ifons 
proches  des  Vindeliciens  que  Seruius  eftime 
cftre  les  Liburnicns  3  dont  parle  Virgile  au  1. 
de  l'Enéide,  atcfite  intima  tutus  régna  Ltbum$- 
rum,  Scraporte  ce  lieu  d  Horace. 

28.  hunes  Nerons ,  c'efl:  à  dire  les  enfans 
de  Tibère  Néron,  &  de  Liuie  qui  deuint  fem- 
me d'Augufte  du  contentement  de  fon  premier 
mary,  &  qui  eftoit  greffe  de  fîx  mois  quand 
Âuguite  la  prit.  Le  premier  de  ces  ieuaes  Ne- 
rons fut  Tibère  Claude  Néron  qui  depuis  fut 
Empereur,  &  le  fécond  s  appella  Néron  Clau- 
de Drufus  qui  mourut  en  Allemagne  pendant 
fon  Confulatl'an  744.de  lafondatiô  de  la  vi'lc. 
*7-  D&  combien  es  tu  redeuable  aux  Nerons? 
c'eftà  dire  à  la  famillç  Claudiennc  quiauoitle 
furnom  des  Nerons,  &c  particulièrement  à 
Caius  Ctaudius  Ncron  ,  <Sc  à  Marcus  Liuius 
Saiinator  qui  triomphèrent  d'Ardrubal.  Ce 
Claudius  Néron  qui  campa  dans  la  Poinlle 
proche  d'Annibai,  ayant  laifïe  vne  partie  de 
fon  armée  pour  garder  (es  tranchées  alla  au  de- 
uant  d'Afdrubal  frère  d'Annibal  auec  l'éli- 
te defesfbldaçs:  6c  qujnd  il  fut  arriuë  auprès 


des  Odes  p'Hoïiaci.  47t 
de  Sienne ,  &  du  fleuue  Metaure  il  fe  ioignit 
auec  Liuius  Salinator  :  &  tous  deux  cnfemble, 
vainquirent  Afdrubal.  Néron  retourna  dans 
fon  camp  auec  vnc  pareille  diligence  qu'il  en 
çftoitparti  pour  aller  à  cette  glorieufe  expédi- 
tion ,  ietta  la  tefte  d'Afdruhal  aux  pieds  du 
rampart  de  fon  frère  ,  qui  ne  s'en  fut  point 
plu(k>ftaperceu  qu'il  auoiiad'eftre  vaincu  pax 
le  mal  heur  de  Carthage. 

}S.  Metaure ,  cil  vne  riuiere  de  l'Ombrie 
félon  Strabon,  &  félon  d'autres  de  la  Marche 
d'Ançone,  aujourd  huy  Métro. 

)6.  Aufonie*  fe  prend  icy  pour  toute  l'I- 
talie :  mais  par  l'Aufonie ,  on  entend  particu- 
lièrement cette  partie  de  l'Italie  ,où eftBene- 
uent  y  &  Cales  >  &  c'eft  proprement  la  terre  des 
Auronces,  contre  les  Campaniens  &les  Volf- 
ques  ioignant  la  mer. 

5  8.  Algtde ,  nous  auons  pa>rlé  de  cette  mon- 
tagne fui;  i  Ode  u.  du  i.  liurc. 


Sur  l'oie  V.  du  I V.  Lime* 

u  TyRince  débonnaire  qui  tires  ton  extratâïon 
Jt  des  Dieux  bien- faifans.  Augufte  ayant  fak 
çfperer  vn  prompt  retour  dVne  expédition 
qu'il  auoit  entreprise;  le  Poète  compofa  cet- 
te belle  Ode  en  fon  honneur,  pour  luy  te£ 
moigner  fon  impatience.  Il  luy  dit  qui!  tire 
fonextra&iondes  Dieux  bien  faifans,  à  caufe 
de  la  famille  des  Iules  qui  le  glonfioit  d'eftre 


-  t 


47*  Remàrcvts  svr    le  IV.   Lrv. 

forticdu  fang  de  Venus  par  la  pofterite  d'E«» 
nec  à  laquelle  il  auoit  cfté  adopté.  Nicolas  Ra- 
pin  en  a  fait  vnc  imitation  ,  parlant  ainiî  au 
koy  Henry  le  Grand 

Henry  la  fauuegarde  ,  &  feurete de  la  France 
VoH4  efles  de  nos  yeux  abfent  trop  longuement 
Apres  auoiv promis  à  vojlre  Parlement 
gué  nous  Aurions  en  bref  l'heur  de  vojlre  pre- 
fence* 
Venez,  &  reportez,  la  lumière  amiable 
A  vos  fans  Citoyens  :  car  quand  vous  parcijftz, 
Comme  vn  nouueau  Printemps  ,  vou*  nom  re% 

iouyjfez, 
Les  tours  en  font  plus  clairs  ,  &  l'air  phu  agréa- 
ble. y 
Et  vn  de  nos  vieux  amis  le  franc  Gabcrot  qui 
aime  le  bon  Horace ,  parce  qu'il  a  fait  tant  de 
beaux  vers  à  la  louange  du  vin  quil  ne  fçau? 
ro.it  haïr,  a  encore  effayé  de  l'imiter  en  cette 
forte  parlant  au  feu  Roy  Louys  XIII. 

Nom  fommes  ennuies  d'vne  fi  longue  abfence 
Grand  Roy  qui  de  ton  peuple  is  le  ferme  foutten 
Toy  qui  de  tant  de  Roy  s  tiens  ta  haute  naiffanec* 
Fay  nous  dsvn  prompt  retour  >  fenttr  f  aimable 
bien  >  &c. 
4.  La  fainïle,  affemblée  des  Sénateurs.  C'efï 
3,i  mefme  epithete  que  Virgile  donne  au  Senac 
dansfbni.  liure  de  1  Enéide, 

Jura  magiflratufque  legunt  3  fanElumque  fi* 

naium. 

Car  en  effet  le  Sénat  doit  eftre  iaint ,  &  s'il  cil 

iafte  &  incorruptible  ,  il  cft  digne  de  cette 

qualité.   Quintilicu  en  la  ji?.  déclamation*  ap- 


dis  Odis  ©' Horacï.  47 j 

pelle  le  Sénat  fanBffftmum  ordtnem  ,  Symma^ 
chus,  partent  meliorem  humant  generis  ,  Caflîo- 
dpre  reuerendum  cœrum,  6c  en  l'Epiftre  r$.  or- 
namentum  c&terornm  ordinum  :  Ennodius  c«- 
ronam  curi&    Se  Epi&ete  omamentum  vrbù* 

i©.  Carp^the,  c'eft  vne  iflc,  entre  Rhodes 
&  Crece  ou  Candie  en  tirant  vers  l'Egypte,  & 
la  mer  qui  en  eft  proche  eft  appcllée  de  fan 
nom  :  mais  icy  le  Poète  l'employé  pour  toutes 
Us  mers. 

16.  Souhaite  paffionnement  /on  retour.  Il 
parle  du  peuple  Romain  qui  fouhaite  le  retour 
d'Augufte ,  qui  eft  la  plus  grande  louange  qui 
fepuifTe  donner  àvnbon  Prince, parce  qu'on 
ne  peut  dire  que  fon  retour  eft  defiré  qu'on  ne 
fuppofe  en  mefmc  temps  que  fes  vertus  Se  Ces 
grandes  qualitezle  font  aimer. 

17.  En  la  prefence  de  Cefar^  te  bœuf  fe  pro- 
maine  en  feurete\  c'eft  à  dire  que  les  Regimens 
&  les  gens  de  guerre  qui  l'cnuironnent ,  ne 
ruinent  point  le  pauure  peuple,  Se  que  fans 
piller  ou  mettre  en  prifon  les  bœufs  du  labou- 
reur on  luylaifle  le  pouiioir,  Se  la  liberté  de 
cultiuer  la  terre,  Se  de  faire  croiftre  fes  bleds. 
Aufîi  eft-ce  à  propos  que  Tityre  dans  Virgile 
en  parlant  d'Augufteadit. 

C  eft  la  que  t'eus  de  luj  cette  reponfe  cy 
Pajfez,  comme  deuant  vos  troupeaux  fans  foucy. 
Allez,  mes  chers  enfans  ,  allez,  par  vos  cam- 
pagnes^ 

Et  couplez,  vos  taureaux  9  anec  leurs  corn- 
pagnes. 

Mais  cecy  Se  ce  qui  fuit  a  encore  efté  imite  par 


474-   Remàhqvbs  sva  lh  IV.  Liv. 
Ronfard  dans  fen  Ode  i.da  5.  hure,  où  il  di% 
au  Roy  Henry  1 1 

Par  toy  tu  fou  aux  Indes  fe  ruï 
La  n  autre  franche  de  peur 
P*r  toy  Jlvh  paijtble  labeur: 
Le  bœuf  fume  fous  la  char  ruï: 

Par  ta  y  l'abondance  ayant  pleine 
Sa  "rojfe  corne  de  tout  fruit. 
Enrichit  la  françoiji  phitne. 
Par  toy  le  méchant  craint  la  peine 
L?  voleur  la  croix  qui  lefuit,$£c. 

tf%  Qui  craindra  le  Panhe  ?  &c.  cecy  en- 
core a  efté  imité  par  Ronfard  dans  la  mefme 
Ode. 

Mais  ores  que  tu  Ces  qui  efl-ce 
Qui  pallira  craignant  C  A*  oloUr 

Ou  CEfhagMoU  hardie ffe 

La.  Flandre  ou  la  blonde  ieunejfe 

Du  Rhin  indocile  a  nos  loix  ?  &C. 

2.6.  Germanie ,  l'Alcmagne  fait  yne  partie 
de  cette  grande  P#ou'nce  quis'eftendpit  bien 
loin  au  de  là  de  l'Elbe,  &  eftoit  ditiifée  en  hau- 
te &  en  baffe  ,  ou  eu  première  &  en  féconde 
Germanie  ,  comme  il  fe  voit  au  1^.  liure  d'Am- 
inian  Les  Alcmans  eftoienr  Limitrophes  des 
Gaulois  ,  des  Rhctiens  ou  Grifons  ,  &C  des 
Bourguignons  l'ay  encore  parié  de  cecy  fuç 
l'Ode  11.  du  r.  liure. 

51.  Et  pour  les  fécondes  tables  .  il  te  rtpd  des 
honneurs  dimns.  C'eiloit  vne  coutume  entre 
les  Anciens,  qu'après  la  première  table,  ils  eu 
Biettoient  vne  féconde  qu'ils  chargeoient  de 
fruits >  fur  laquelle  ils  verioient  le  vin  en  i'hon- 


des  Odes  d'HoracS,  47? 
tieur  des  Dieux,  ce  qui m'a  femblé  tres-digne 
de  remarque.  Il  en  eiè  parlé  dans  le  u  ch  du 
il.  liurede  Pline  ,&  dans  le  9.  du  19.  d'Aulu- 
gelle  ,  où  à  la  fin  du  repas ,  dit-il ,  on  meflc 
auec  le  bon  vin  les  agréables  deuis:  car  par  le 
repas  ou  les  viandes  qu'ils  appelaient  edulia, 
ils  entendoient  les  premières  tables ,  &  par  le 
vin  ils  entendoient  les  fécondes  ,  qui  eft  la  re- 
marque de  Seruius  fur  ce  vers  du  u  liure  de 
l'Enéide. 

PoftcjHflm  frima  quies  epnlis  mexftqtie   re- 
mot*. 
Etce  que  Virgile  dit  encore  au  2.  des  Geor- 
giques. 

Non  eoo  te  menp ,  &  Dits  accepta  fecundis 

Tranfierim  Rhodia , 
Se  doit  référer  à  cet  honneur  qui  fc  rendoit 
aux  Dieux  dans  les  libations  du  vin,  félon  la 
coutume  des  Grecs,  laquelle  auoit  paflTé  dans 
l'Italie ,  &  fe  pratiquoii  parmi  les  Romains. 
C'eftoir  aufli  aux  fécondes  tables  oùl'onbeu- 
uoitlesfantez,&on  lesbeuuo.it  autant  de  fois 
qu'il  y  auoit  de  îettresaux  noms  de  ceux  que 
l'on  voulait  honorer  de  fonfouuenir. 


Sur  fode   VI.  du  IV  liure* 

1.  "fckT/tffo  j  fille  de  Tentale ,  fœur  de  Pclops, 
-L  il  femme  d'Amphion   Roy  de  Thebes, 
qui  pour  auoir  ofc  préférer  fa  beauté  &  fa  fé- 
condité à  celle  de  Latone>  eut  le  deplaifirdc 


4? 6  Remar^vis  syr  le  IV.  Liv. 
voir  périr  deuant  elle  quatorze  cnfans  qu'elle 
auoit,  fes  garçons  par  les  flèches  d'Apollon, 
&  fes  filles  par  les  traits  de  Diane  :  puis  elle 
fut  changée  elle-mefme  en  rocher  fur  le  mont 
de  Sipylequi  eft  en  Phrygie.  Ouide  en  def- 
cript  amplement  la  fable  en  fon  6.  liure  des 
Metamorphofes. 

1.  Le  ranifletir  Tityc ,  eftoit  fils  de  Iupi- 
tcr&dela  Nymphe  Elara  >  qui  pour  auoirefté 
cachée  fous  terre  pour  éuiter  la  cokre  de  lu- 
non,  mit  au  monde  fon  enfant  d'vne  prodigieu- 
fe  grandeur  ,  à  caufe  de  quoy  il  fut  eftnné  en- 
fant de  la  terre.  Et  pour  auoir  ofé  attenter  à 
la  pudicité  de  Latone,  à  la  perfuafion  de  Iunon, 
il  fut  tué  félon  les  vns  par  les  flèches  d'Apollon, 
&  félon  les  autres  parles  foudres  de  lupiter. 
Voyez  Higinus  &  Appollodore. 

4 .  Le  Phtien  Achile ,  parce  que  ce  grand 
&  fameux  Héros  naquit  à  Phtic  ville  de  fhef- 
falie  auprès  de  Pharfale. 

f.  cDe  force*  inégales  aux  tiennes  ,  parce 
qu'il  ne  prit  pas  la  ville  de  Troye ,  &  qu'il  fut 
caufe  de  fa  prife  ayant  tuéHe6tor. 

z6.  Xante  ,  autrement  le  Scamandrc  ,  ri- 
uiere  de  Phrygie  qui  fort  du  mont  Ida  >  &  pat 
fe  à  Troye ,  où  fe  ioint  aufïi  le  Simoïs. 

27.  Imberbe  dinmité \  c'eft  pour  traduire 
le  leuis  Avyen  du  Latin  ,  que  les  vns  lifent 
Ageu>  les  autres  Agilen*  ou  Agilteie>  comme 
qui  voudtoit  dire  qui  prejîde  aux  chemins* 
niais  comme  Avycu  ,  n'auroit  pas  cfté  beau 
dans  la  verfion  ,  l'en  ay  mis  la  fignificationpar 
circonlocution  ,    qm  porte  vn  furnom  des  fa- 


dés  Odes  d'Horàgi.  477 

erifices  que   tu  reçoit  dans  les  chemins  publics: 
en  quoy  i'ay  fuiui  la  penfée  de  Lambin. 

28.  De  la  Mufe  Latine  ou  Italienne ,  ou 
Daunienne,  comme  porte  le  Latin,  pat  où  le 
Poctc  s'entend  foy-mefme. 


Sur  Vode  VIL  du  1 V.  twe. 

*j.  JLnya  rien  d'immortel  au  monde  ,  c'eu 
1  à  dire  que  toutes  chofes  meurent  :  &  pour 
en  parler  en  termes  plus  magnifiques. 
Les  feiences  n  exemptent  paâ 
D'vn  fatal  denoir  qu  il  faut  rendre  * 
D'Empedocle  on  a  vu  la  cendre , 
Et  d'Heraclite  le  trejpas. 
Ces  grands  flambeaux  de  la  nfituri 
Sont  tombez,  dans  la  fefulturc 
Et  de  leur  éclat  neft  refit 
Jguvn  peu  de  bruit  &  de  fumée 
Par  les  foins  de  la  renommée 
Qui  veille  pour  C  antiquité. 
Ce  font  des  vers  que  M.  Cotin  employé  dans 
vndofte  liure  qu'il  a  eferit  de  l'ame  immortel- 
le ,  après  ces  trois  autres  fiances  qui  m'ont  fem- 
blé  libelles,  que  i'ay  crû  qu  elles apporteroient 
vn  grand  ornement  au  fujet  dont  il  s'agit* 

Achille  eftùit  <£vne  beauté 
Et  d'<vne  valeur  fans  féconde 
Et  deuant  qu'il  parut  au  monde 
Jupiter  (auoit  redouté: 
Il  craignit  de  perdre  fa  foudre  f 


4?8   Remàrqveç  svr  12  IV.  Liv. 

£ t  la  crainte  le  fit  re foudre 
j4  quitter  ï amour  de  Thetis 
Car  le  fih  dïvne  telle  mère 
Sur  les  peuples  ajfuietis 
Deuoit  régner  mieux  que  fou  père. 
En  natffant  tl  receut  des  deux 
La  viUoire  pour  [on  partage 
JÇhn  lny  donna  tant  aauantage 
Sur  (À fie  &  [es  demy  Dieux: 
Il  fut  plus  grand  que  la  fortune 
Et  malgré  Mars ,  malgré  Neptune 
La  gloire  par  tout  le  fuiuit  j 
Mais  enfin  il  accrut  le  nombre 
De  ceux  que  la  parque  rauit 
Et  nef  plus  maintenant  quvne  ombre* 

Ces  deux  Riuaux  de  l'vniuers 
Ces  deux  Chefs  ialoux  de  la  terre 
Qui  mirent  tout  le  monde  en  guerre 
Pour  mettre  tout  le  monde  aux  fers  } 
Le  grand  Cefar ,  le  grand  Pompée 
JDe  qui  la  foudroyante  efpée 
Ne  trouua  rien  dé  gai  à  foy 
Tombèrent  fow  la  défit  née 
Et  d*eile  receurem  la  loy 
Que  far  tout  ils  auoient  donnée. 

13*  Les  promptes  Lunes  reparent  les  domma- 
ges du  CieU  c'eftàdire  que  les  mois  s'écoulené 
promptement ,  &  que  la  vie  eft  bien  courte, 
comme  le  Poète  en  fait  icy  vne  élégante  des- 
cription. Ce  qui  xeuient  bien  à  ces  vers  dç 
Catulle. 

Soles  occidere  &  redire  poffunt 
Nobùt  cnmfemel  occident  breuù  Ih$ 


©fis  Odes  p'HokAt!.  479 

Nex  ejl  perpétua  vna  dormienda. 

15  Tullu*  &  le  bon  j4kcpu  ,  eftoient  les 
troificfme  Se  quatriefmé  Roys  des  Romains. 
Lucrèce  parle  de  ce  dernier  fur  la  fin  de  Ton  5. 
liure,  oùilluy  donne  tout  de  mefnie  l'epithc- 
tc  de  bon. 

16.  Hipptlite,  fils  de  Thefée&d'vne  Ama- 
zone appdlcc  Hippôlite  ,  de  qui  Diane  fut 
éprife  d'amour,  aufil  bien  que  Phèdre  femme 
de  Theféc,  qui  ne  pouuant  corrompre  la  pu- 
dicitc  le  fit  mourir  &  Diane  ne  le  pût  iamais  fai- 
re rcuenir  au  monde  ,  ou  fi  elle  le  fit  par  le 
moyen  d'Efculape  quienfut  chaftiéde  Iupiter* 
&  qu'elle  lu  y  donna  le  nom  de  Virbius  ,  ce 
m'eftpas  1  opinion  de  noftrt  P©ëte« 


Sur  l'Ode  VI  IL  du  1  V.  Liure. 

3.  *~T*  Repieds  *  dont  les  anciens  faifoienttanti 
JL  d'eftatfoit  que  ce  furent  des  omettes  à 
ïriettre  de  l'eau,  (oit  que  ce  fuiTent  des  vaif- 
feaux  facrez,  où  mefmement  des  càfïbletres 
à  bruflcr  des  parfums,  tarit  y  a  qu'il  y  en  auoit 
de  plufieurs  fortes  ;  &  outre  qu'on  les  em- 
ployoit  foiiuent  pour  l'ornement  des  temples, 
ils  feruoient  encore  de  prix  pour  les  guerriers 
quis'eftoient  fignalez  par  quelque  belle  aéfcion^ 
Comme  il  fe  voit  en  diuers  lieux  dans  Homère, 
&dans  les  5.  &  9.  liures  de  l'Enéide.  Adiou- 
tonsàcela  qu'ils  eftoient  aufli  recommanda- 
blés  pour  leur  pefftûtcui:,  comme  aous  voyons 
«Un*  Ouids, 


-       •    t 


480     REMARQVES    5VR   LE    IV.     L  I  V, 
Et  trtpodes  feptem  pondère  &  arte  pares. 
6.     Parrhafuu ,  vn  peintre  celcbrc  de  la  ville 
d'Athènes,  ou  félon  d'autres  de  la  ville  d'E- 
phefe.   Xenophon  parle  de  luy  &c  Pline  Uurs 
3j.chap.  6.  &  10. 

6.  Scopas  ,  vn  ftatuaire  donr  parle  Paufa- 
nias  dans  Ces  Corinthiaqucs,  &  dans  Ces  Atti- 
ques,  &  Cicciondans  fouj.liurede  ladiuina» 
tion. 

18.  Celuj  qui  p nur  avoir  dompte  C Afrique* 
en  remporta  le  fur  nom.  Ccft  Publius  Corne* 
lius  Scipion  l'Africain  qui  fut  eftime  fils  de  Iu- 
piter,  parce  qu'vn  ferpent  parue  dans  le  XiQt 
de  fa  mère  vn  peu  auant  quil  fuft  conçeu:  8c 
qu'eftant  petit  enfant ,  vn  dragon  fe  tortilla  au- 
tour  de  (on  col  qui  ne  luy  fie  point  de  mal  Ert 
la  déroute  de  Cannes  ;  il  arrefta  par  fon  autho- 
rité  la  plus  illuftre  noblcfTc  qui  vouloir  aban- 
donner l'Italie.  En  Tâge  de  i^..  ans  il  prit  Car- 
tilage la  Nctifuc  en  Efpagne  ,  d'où  il  chafîa  Af- 
drubal&  Maç*on  frères  d'Annibal.  il  contra- 
tSfca  amitié  aucc  SiphaxRoy  des  Maures,  rc- 
ccut  Maflinifla  en  ion  alliance,  retourna  vi- 
ctorieux en  fa  maifon  ,  après  auoir  cfté  crée 
Conful  auant  l'âge  ,pafla  en  Afrique  aucc  vne 
armée  Naualle  ,  do  t  (on  Collègue  luy  laiiïa 
l'entière  conduitte,  renuerfa  en  vne  nui<5fc  le 
camp  d'Annibal  &c  de  Siphax,  furmonta  An- 
nibal  qui  auoit  elle  raptllc  d  Italie ,  impofa  det 
îoixaux  Carthaginois  vaincus.  Ppil  cftant  de 
retour  àRome  comme  il  fut  aceufé  de  concul- 
fions,ilchoifitvnbanni(fement  volontaire,  ou 
a  acheua  le  refte  de  fa  vie,  &  CAchargea  à  la 

îemind 


bbs  Odes  d'Horacl1  48* 

femme  comme  il  eftoit  au  liét  de  la  moft,  :de 
ne  permettre  iamais  que  (on  corps  fuft porté 
à  Rome. 

10.  £hte  les  Mufes  de  Calabre,  c'eft  à  di- 
re Ennius  qui  eftoit  d'vne  ville  de  ce  pays-là, 
&  qui  fut  particulièrement  chen  de  Scipion 
l'Africain,  duquel auflî  il  auoit  écrit  les  belles 
adtions  dans  Ces  liures  des  Annales  ,  Se  fut  efti- 
rné  le  plus  grand  Poète  Epique  de  fon  temps, 
comme  Pacuue  aquit  dans  la  Tragédie  vne 
grande  reputation,5c  Cecilius  das  la  Comédie. 

25.  ^£acus  ,  fils  de  Iupiter  Se  d'Egine ,  qui 
pourauoirefté  vn  Prince  équitable  fut  établi 
iuge  dans  les  Enfers  auec  Minos  Se  Rhada- 
inante  auflî  fils  de  Iupiter  Se  d'Europe. 

3Î.  Les  Tyndarides,  c'eft  Caftor  Se  Pollux* 
4ont  le  premier  eftoit  fils  de  Tyndarus,  Se  le 
fécond  de  Iupiter,  d'vne  me  (me  mère  qui  fut 
Lcda  y  Se  Tvn  Se  l'autre  frères  d'Helene  &  de 
Clitemneftre. 


Sur  tode  IX.  du  IV.  Liuré. 

i 

o.  T  Ollim ,  c'eft  à  dire  Marcus  Loliids  qui 
JL-ifut  donné  pour  gbuucrncuf  à  Caius  Ce^ 
far  fils  d'Augufte,  allant  en  Arménie  ,  où  il 
fut  Tribun  des  foldats ,  comme  depuis  il  fut  ho- 
noré de  la  dignité  de  Conful  en  752.  de  la  fon- 
dation de  Rome.  Le  Poète  luy  adrefte  cette 
Ode,  $e  deux  Epiftres  ,  comme  nous  le  ver-< 
ronsenfonltett. 


481   R  E  M  A  R  Q^V  E  5    ^TR    tl    IV.    L  I V. 

t.  Afifidc  y  fleuue  dclaPoiiillc.  Tite-Liué 
1  appelle  Canna. ,  ce  fleuue  eft  le  fcul  au  rapore 
de  Polybe  qui  diuife  l'Apennin. 

5.  Par  vn  artifice  qui  na  peint  eflé  publie. 
Le  Poète  faiticy  voir  qu'il  fe  croit  eftre  le  pre- 
mier qui  ait  écrit  en  Latin  des  vers  lyriques, 
comme  il  auoit  de  ja  fait  en  la  dernière  Ode 
du  3.  liure  j&^danslQde  3.  de  ce  4.  hure. 

6.  Homère  le  Moeonien^  oul'aueuglc  ,  delà 
uaifïance  duquel  les  Lydiens  fc  youloient  ho- 
norer. 

7.  Simenide  de  flfle  de  Cee.  l'en  ay  parle 
fur  lai.  Ode  du  1  liure. 

8.  Stefuhore*  premièrement  appelle  Tifim 
félon  Suidas,  &  depuis  Stejichore ,  parce  qu'il 
fut  le  p.emierqui  inuenta  les  concers  auec  la 
lyre  ,ileftoit  d'Himere  ville  de  Sicile.  Quinti- 
lien  en  parlant  de  luy  ,  dit  qu'il  fbutient  auec 
la  lyre  la  dignité  du  poefme  Epique:  &  Pline 
en  (on  10.  liure  chap  19.  a  remarqué  que  com- 
me il  eftoit  encore  petit  enfant  vn  roflîgnol 
chanta  fu  r  fa  bouche. 

9.  %T  oiftes  menaçantes  d Alcù ,  parce  qu'il 
efcriuoit  hardiment  contre  les  Tirans.  Nous 
auons  remarqué  quelque  chofe  de  luy  furl'O* 
«le  13.  du 2  liure. 

9.     Anacreon ,  de  qui  Von  peut  dire  que  h 
Mufc  fut  toute  enioiiée  :  du  Ouide  de  luy , 
Jguid  ,  ntfi  cum  mnlto  Vencrcm  çenfundert 

Baccho 
Nos  âocHit  lyrici  Teia  Mufa  finis  ? 
11.      Les  feux  de  SapVe  font  encore  vindns;> 
c'eft  à  dire  les  feux  de  ion  amour»   Ronfaid  a 


dès  Odes  d'Horace,  ~48j 
Voulu  imiter  tout  cccy  dans  l'Ode-  *&  de  foni* 
liure,  où  il  dit, 

L'audacieufi  encre  d*Alcée9 

Par  les  ans  neft  point  effacée 

Et  viuent  encores  les  fins 

£)uc  (amante  bâillon  en  garde 

A  fa  tortuï  babillarde 

La  campagne  de  fis  chançons , 
Mon  grand  Pindare  vit  enc&re 
Et  Simonide ,  &  Steficbore ,  &t. 
Hélène  de  la  ville  de  Spartbe  >  ou  de  Lacede-^ 
mone  ,  &  ce. qui  fuit  a  encore  efte  imité  dç 
Ronfard. 

Melene  Grecque  eflant  gagnée 

D'vne  perruque  bien  peignée 

D'vn  magnifique  acoutrement 

Ou  d*vn  Roy  trainant  grande  faite 

N'a  pas  eu  la  poitlrine  cuite 

Seule  d'amour  premièrement. 
Et  le  refte  du  melme  ftile  qui  fuft  eftimé  enfoii 
temps. 

46.  Le  nom  d'heureux ,  Sec.  Le  Poète  ache-* 
ne  icy  vne  pièce  excellente  par  vne  fentence  il-» 
îuftre  tirée  d'Epicure  mais  digne  de  Chryfip 
pe.  Vne  gaye  pauurete  vaut  de  grandes  riehejfes* 


Sur  l'Ode  X.  du  IV.  Liure. 

Ù   éT\  Cruel.  Le  Poète  exprime  d'abord  l'afe 

V-x  fedion  qu'il  porte  à  Ligurin  ,  qui  lùy 

sftoit  ce  qu'Alexis  eftoit  à  Virgile  fous  k  nom 

Hh   ij 


4S4  RlMAlK^VES    SVR    LE    IV.    L  I  V. 

de  Corydon.  Ronfarda  imité  cette  Ode  dans 
la  fienne  de  fon  3.  liurc. 

leune  beauté  >  mais  trop  outrecuidée 
Des  prefens  de  Ffam , 

Jghsand  tu  verrat  ta  pean  toute  ridée 
Et  tes  chetieux  chenus , 

Contre  le  temps ,  &  contre  toi  rebelle 
Diras  en  te  tançant 

J>h4e  ne  penfois-te  alors  que  ïeftois  belle 
Ce  ejue  te  vay  penfant? 
Et  ce  qui  fuit ,  où  il  entremefle  beaucoup  de 
chofes  qui  ne  font  ny  de  l'air,  ny  de  la  penféc 
d'Horace. 

2.  Le  dnaet  injf>ire\  au  lieu  du  terme  de  pin* 
fnesy  dont  fc  fert  le  Poète  qui  feroit  barbare  en 
François  pour  entendre  le  poil  qui  naift  fur 
(es  ioiiès  &  autour  de  fon  menton, 

j.  Sur  lefuiet  de  ton  noble  orgueil  y  pour  ré- 
pondre au  tuéb  fuperbU ,  du  Latin  qui  eft  vn  peu 
bien  concis  pour  cftrc  intelligible  en  noftre 
langue,  fi  on  n'y  euftadiouftéy#r  le  fuiet  pour 
dire  fis  belles  iouès. 


Sur  Tode  XL  du  I V.  Liurc. 

t.  \Tl»  Albane.  Pline  en  fbn  6.  chap,  du 
V  14.  liure,  donne  le  troifiefme  rang  au 
vin  Albane  entre  les  bons  vins,&  dit  que  le 
plan  en  fut  apporté  de  certaines  montagnes  de 
Sicile. 
14.    Les  Idcs>  cft  vn  mot  de  l'ancienne  lai*- 


©es    Odes   d'Horace.  485 

guc  desEtrufques  qui  fîgnifie  proprement  dr 
ni  fon  ou  feparation  3  comme  les  Ides  partagent 
le  mois  en  deux  parues  égales.  Macrobe  ex- 
plique en  fon  premier  liure  des  Saturnales, 
pourquoy  les  Ides  d'Auril  font  dédiées  à 
Venus. 

16.   AhyîU  a  pris  fon  nom  de  Venus ,  que 
Us  Grecs  appellent  Aphroditk. 


Sur  l'Ode  XII.  d»  I V.  Lmre. 

I.  À  Virgile.  Il  y  en  a  beaucoup  qui  font 
JlJL  perfuadez  que  ce  Virgile  n'eft  point  le 
Poète  >  mais  beaucoup  d'autres  ne  font  pas  de 
leurauis,  &C  ie  penfe  queloppinion  des  der- 
niers eftla  plus  foucenable. 

2.  Les  vents  de  Thrace.  Ce  (ont  bien  ceux* 
là  mefmes  qu'on  appelle  A qnîlons  &  Boree  : 
xnais  c'eft  en  Hyuer,  car  en  Efté  ou  dans  la 
belle  faifcn  ,  ils  prennent  le  nom  d'Ethefiens* 
fuiuant  l>u£torité  de  Lucrèce  en  fon  6,  liure, 
çùildit, 

Inde  faci  fequitur  calor  aridus  &  cernes  vn* 

Tnluerulenta  Ceres  ,  &  Eté  fa  fiabra  Aqui- 
lonurn. 

y  UoyfiaH  infortuné.  La  fable  des  filles  de 
Pandion  Roy  d'Athènes  ,  &  de  Teréeeft  con- 
nue de  tout  le  monde  :  &  par  le  6.  lmre  des 
Metamorphofes  d'Ouide  ,  on'  voit  queTerée 
fut  changé  en  Pupu ,  vne  des  filles  de  Pandion 
en  Roffignol,  l'autre  en Hy rondelle  ,  ëc  Ten- 

Hh  iij 


\%$  REMARQV!S    5VR    U    IV,      LlV. 

fant  Ithis  en  Phaifm,ou  en  Chardonneret.  Le$ 
deux  filles  de  Pandion  s'appelloient  Philomel- 
le  &  Piogné. 

6  Cecrops,  qui  eftoit  Egyptien  de  nation 
baftitvne  ville  dansl'Atpque  quil  appclla  Ce- 
tropie  ,  qui  depuis  fut  Athènes.  C'eft  pour- 
quoy  les  Athéniens  font  quelquesfois  appel- 
iez Cecropiens,  Se  Athènes  eftappcllce  la  ville 
de  Cecrops. 

12.^  Les  noires  collines  cCjircadie  ,  à.  caufe 
des  bocages  épais  dont  elles  font  couuertes. 

15.  Des  ieunes  Princes  ,  de  Claudius  &  de 
Drufus,  félon  Lambin, ou  de  Caius  &  de  Lucius 
Cefors  fils  d'Auguftc ,  félon  Torrentius  Eucf- 
que  d'Anuers. 

18.  Celier  Sulpicien.  Il  y  auoit  à  Rome  de 
ces  Celiers  publics  qu'on  appelloit  Horrea> 
parce  qu'on  y  faifoit  aufîi  bien  des  magafins  de 
vincominedebled,  &  portoient  les  noms  de 
ceux  qui  les  auoient  baftis. 

27.  Méfie  vn  peu  de  folie,  comme  s'il  n'y 
auoit  rien  de  plus  fol  qued'eftre  trop  ferieux: 
&  certes  >  il  femblc  qu'il  n'y  ait  point  de  plus 
grande  folie  que  celle  de  n'en  vouloir  point 
auoir  du  tout ,  &  de  ne  proportionner  point 
fes  diuçrtifleiriens  à  la  vanité  des  chofes  hu- 
maines. 


Sur  Code  XIII.  du  IV.  Lime. 

Tce^  nous  auons  vu  ce  que  le  Poète  a 
êàit  de  l'orgueil  de  cette  femme,  quand 


î> ï s  Odes  û'HouAcl  48? 
il  en  eftoit  touché  d  amour ,  dans  1  Ode  to.  du 
3.  liurc,  &  ce  qu'il  luy  auoit  alors fouhaité  luy 
arriue  maintenant.  Philippes  des  Portes  en  a 
fait  vnc  agréable  imitation ,  laquelle  fe  trou- 
ue  dans  fesœuures  &  la  commence  ainfi. 

Enfin  mes  vœux  font  exaucez, , 

Lyce ':  tes  beaux  ieurs  font  pajfez,3 

Th  démens  laide  &  contrefaite  3 

Le  temps  ton  vifage  a  changé \ 

Et  ce  cjfn  me  rend  mieux  vangé9 

Tu  fais  l  a  ieune  &  la  doucette. 
Et  plus  bas, 

Maintenant  ce  Dieu  glorieux 

Courtife  Amaranthe  aux  beaux  jeux 

Des  grâces  l'aimable  compagne 

Tes  carcans  ne  l'emeuuent  point 

Ni  ton  contrefait  enbonpoint* 

JNi  ton  rouge,  &  ton  blanc  d'EJpdgne» 
Lyce  ne  pers  plus  déformais 

Le  temps  &  le  fard  que  tu  mets 

A  couurir  ta  face  ride* 

Ton  poil  n  en  fera  moins  grifon: 

Pour  reuoir  ta  ieune  faifon 

Il  faudroit  les  arts  de  Mede'e* 

13.  Pourpre  de  flfle  de  Cosy  c'eft  a  dire  bel- 
le par  excellence.  Toutesfois  Hermolaus  Bar- 
baruss'eft  efforcé  de  montrer  qu'il  y  a  faute  en 
tous  les  liurcs  où  fetrouue  Coaveftes,  8c  qu'il 
faut  lire  Cm  veftes. 

if.  Us  ont  garde  Lycefort  long-temps.  L'Ab- 
bé de  Thyron  a  imité  agréablement  la  fin  de 
cette  Ode. 

Mais  les  Ditux  qui  ne  i Aiment  pas 

H  h  iiij 


488  Remar  Q^v  es   svh  le.  IV.  Liv> 
Lycc>  te  font  vivre  icy  bas 
-Autant  quvne  vielle  Corneille 
jifin  cjite  l'Amant  s'effroyant7 
Voye  fa  faute  en  te  voyant 
Surpris  de  honte  &  de  merveille. 


Sur  l'Ode  XIV.  du  I  V.  Liure. 

8.  Y   Es  Vindeliciens.  Ce  font  peuples  de  ta, 
1  jfeçQfldc  Rhetie  ou  du  pays  des  Grifons. 

lo.  Les  Genaunois  ou  Genauois^  ou  Geron- 
vois  y  ce  font  les  mefmes  que  Pline  appelle 
Leuni ,  qui  font  dans  l'Efpagnc  Taraconnoife. 

tu  Brencou  ou  Breunois  ,  certains  peuples 
d'Alemagne  ,  il  faut  lire  au  Latin  BrencBs  au 
iieu  de  Brennos. 

14.  Le  plus  grands  des  Nerons.  Tibère  Clau- 
de Néron  qui  fut  fuccefleur  d'Augufte  à  l'Em- 
pire  &  frère  de  Drufus  plus  ieune  que  luy ,  qui 
mourut  en  la  fleur  de  fon  âge. 

il.  Les  Pléiades ,  vne  certaine  conftellation 
que  les  Latins  appelloient  ^rg///'*,  &  que  le 
vulgaire  nomme  la  Poupmerc* 

46.  £e  NU  ,  Pv.n  des  plus  grands  fleuues 
du  monde  ,  &  qui  après  auoir  trauerfé  toute 
l'Ethiopie  vient  tomber  par  l'Egypte  dans  la 
nier  Méditerranée.  Le  Poète  dit  qu'il  cache, 
fes  fonteines  :  c'eftà  caufe  que  fa  fource  cil  in- 
connue. Voyez  fur  ce  lujet  le  10.  liure  de 
JLucain. 

46.     Le  Danube  ,  le  plus  grand  fleuue  de 


d?s  Odes  d'Horace.  489 
l'Europe  ,  ayant  prés  de  fept  cent  lieues  de 
long.  On  lu  y  donne  aufji  le  nom  d'I/ler,  il 
tombe  dans  le  pont  Euxin, 

46.  Le  Tygre>  fleuuc  de  la  Mefbpotamie 
qui  fciointàrEufrate  pour  aller  tomber  dans 
le  fein  Perfique. 

49.  La  Gaule  qui  ne  s^épeuuante  point  de  la 
mort.  Aritfotc  écrit  au  $.  Hure  des  mœurs  des 
hommes  que  les  Celtes  ,  ou  les  Gaulois  ne 
craignent  ny  les  tremblemens  de  terre,  ny 
les  tempeftes  de  mer  ;  dont  parle  encore  i£liau 
au  12.  liuredefa  diuerfe  hiftoire  :  Ccfar  dans 
le  6.  liu.  de  fa  guerre  Ciuile  dit  que  les  Druides 
(ce  font  les  Gaulois)  fe  perfuadant  que  les 
âmes  ne  meurent  point  ,  font  non  feulement 
valeureux  5  mais  encore  exempts  des  craintes 
de  la  mort  :  &:  Lucain  au  1.  liure  de  fa  guerre  de 
Pharfale,  en  parlant  à  ces  peuples  les  appelle 
heureux  dans  l  erreur  de  leur  eppinion  fom  la 
froideur  des  climats  quils  habitent ,  puifque  la 
crainte  de  la  mort ,  la  plus  violente  de  toutes  les 
craintes  >  ne  peut  rien  dans  leur  imagination* 
ce  qui  fait  quils  fe  précipitent  auec  tant  de  ge- 
nerofté  dans  les  périls,  regardants  la  mort  fans 
itonnement ,  Cir  tenans  a  infamie  depargner  vne 
vie  qui  doit  retourner. 

51.  Les  Sicambriens*  peuples  de  l'ancien- 
ne Ga^ule  5  aujourd'huy  ceux  des  pays  de  Guel- 
dres ,  entre  la  Meufe  &  le  Rhin  :  quelques- vns 
neantmoins  ont  écrit  qu'ils  occupoient  le  Com- 
té de  Zutphcn:  depuis  les  Sicambriens  ont 
cfté  appeliez  François* 


490  Remarq^svr  le  IV.  t.  des  Odesd'H* 


Sur  ïodc  XV.  du  IV.  Liure. 

p.  À  Fermé  U  temple  de  Iamu.  Ce  temple 
XjL  bafti  par  Rcmulus  ne  s'eftoit  point 
ferme  iufques  à  l'Empire  d'Augufte  depuis  le 
règne  de  Numa.  Virgile  parle  de  ce  temple  en 
{on  7.  liure  de  l'Enéide  ou  d'vn  autre  pareil 
que  lanus  baftit  luy-mefme  fur  vne  montagne 
appellée  de  (on  nom,  lequel  fut  ouuert  par  vn 
effet  de  la  colère  de  lunon  contre  les  Troyens, 
qui  fe  yinrent  établir  en  Italie  fous  la  conduitte 
d'Enée,  ce  qui  s'exprime  par  ces  quatre  vers 
employez  pour  la  defeription  d'vne  figure  que 
i'aymife  au  commencement  du  7.  liure  de  ma 
vcrfîon  de  1  Enéide. 

Latin  aime  la  paix,  &  refufe  la  guerre 
Tour  fermer  fon  Empire  à  des  maux  inconnusy 
lp.non  pour  fj  porter  defeend  dejfus  la  terre^ 
Et  brifi  de  fa  main  les  fortes  de  lamu. 


Vin  de  s  Remarque  s  fur  les  Odes  d'Horace, 


49 1 


REMARQ  VES 

SVR     LE     LIVRE 

DES  EPODES 
D'HORACE. 

L  vsibvrs  Grammairiens  font 
en  peine  de  trouuer  pourquoy 
ce  Hure  eft  appelle  des  Epedes  ; 
car  il  eft  certain  qtïEpode  ne  fe 
prend  pas  icy  au  mefme  fens  que 
dans  Pindare  qui  diuife  Ces  po'éfies  en  Stro- 
phes ,  Antiftrophes  &  Epodes  :  ce  que  nolire 
Ronfard  a  voulu  imiter  en  quelques-vnes  de 
Ces  Odes  comme  dans  celle  quiladrefle  à  Mi- 
chel de  l'Hofpital.  Quelques~vns  penfent  que 
ce  luire  eft  appellée  des  Epodes ,  à  caufe  de  Fin- 
égalité  des  vers,&  que  les  petits  y  acheuent 
toufiours  le  fens  des  plus  longstcc  qui  s'appelle 
Epode.  D'autres  veulent  que  ce  foit  parce  fcjuil 
faloit  toufiours  deux  perfonnes  pour  ench&rv; 


49-  Remarques  jvr  liLivRe 
ter  les  vcrs,&  que  ce  lu  y  qui  recitoit  les  plus 
courts  s'appelloit  Epodos  ,  comme  ecluy  qui 
marquoitla  cadence,  &  les  accents  ou  les  pé- 
riodes du  récit.  Il  s'en  trouueaufïi  qui  appel- 
lent les  Odes  de  ce  liurc  Epodes  ,  parce  qu'elles 
font  les  dernières:  &  Leuinus  Torrentius  E. 
<TAnucrs,eft  perfuadé  que  ce  titre  aefte  don- 
ne a  ce  liureàcaufe  des  enchantemens  dont  il 
y  eft  parlé,  &  que  le  mot  Grec  Epodos,  (léni- 
fie tncantator.  Tant  y  a  quil  eft  dificile  d'en 
donner  vne  raifon  qui  fatisfafTe  plainemenc. 
Plufieurs  neantmoins  appellent  Odes  lespo'é- 
fiesde  ce  liure3mai$  fay  fuiui  l'vfage  le  plus 
receu. 


Sur  la  J.  Efode. 

I.  T  Iburne.  C'eft  vne  ville  vers  la  Dalmatic 
JL-ifelon  Strabon  ,  mais  s'il  en  faut  croire 
Zozime  il  y  en  auoit  vnc  autre  de  ce  mefme 
nom  en  Italie  ,  où  fe  fabriquoient  des  vaifTeaux 
qu'on  appelloit  Libnrniens ,  defquels  Vegece 
fait  vne  ample  defeription  dansfon  4.  Imre  de 
re  militari  :  ceux  qui  feruirent  dans  l'armes 
Nauale  d'Augufte  contre  M.  Antoine,  ertoient 
de  diuerres  grandeurs  :  mais  la  plus  parc 
cftoient  beaucoup  plus  petits  que  les  moin- 
dres de  l'armée  d'Antoine. 

4.  Mon  cher  Mécène.  Cette  familiarité 
n'eftoit  point  inciuile  parmi  les  anciens  :  &  les 
grands,  félon  la  remarque  de  Turnebe  eftoient 


des  Epodès  d' Horace.  49 j 
appeliez  les  ami*  dçs  petits  qui  leur  faifoient 
la  cour.  D'où  vient  que  Iuuenal  dit  en  fa  5. 
Satyre. 

Et  à  magno  femper  timtamm  Amke. 
Et  en  la  6^  Satyre. 

Magnos  vifurm  Amicos. 

Comme  Horace  luy-mefme  en  l'Ode  \%,  dit 
2.  liure  appelle  Mecenas  y^  puiffant  amy.  Oit 
peuciey  donner  auisau  LeÊtsur  qu'il  n'y  a  pas 
grande  apparence  que  Mecenas  fe  foit  trou- 
uc  à  la  bataille  d'A&ie,  ayant  la  charge  cn.ee 
temps- là  de  Prcfed  de  Rome  &c  de  toute  l'Ita- 
lie, comme  Dion  le  femble  marquer  ca  fon 
51.  liure.  Et  certes  Virgile  qui  parle  en  ce  ren- 
contre du  feul  Agrippa ,  qu'il  compare  en  quel- 
que façon  à  Augufte  ,n'y  auroitpas  oublié  fon. 
Mecenas  ,  s'il  y  eut  elle.  Il  y  a  donc  grande 
apparence  qu'Horace  n'en  a  parlé  que  dans 
l'oppinion ,  quil  y  deuoit  aller,  comme  il  die 
autre  part  d'Augufte. 

Serues  iterum  C&farem  in  vltimas 
OrbU  Britannos. 
Qupy  que  Cefar  n'ait  iamaisefté  dans  la  gran- 
de Bretagne. 

3°«  Lv  fils  deCircé.  C'eft  Telegôn  qui 
baftit  la  ville  de  Ttrfcule ,  dontnous  auons  par- 
lé fur  l'Ode  19   duj. liure. 

34.,  Vn  prodigue  diceinÛ  OU  vn  franc  débm- 
ché :  car  ceft  proprement  ce  que  veut  dire  le 
Nepos  du  Latin  en  cet  endroit  là:  &  c'eft  vue 
ehofe  allez  remarquable  que  le  meime  mot 
qui  lignifie  neueu  ûh  petit  fils  entre  les  anciens, 
/îgnifie  aulïi  débauché,  comme  Ci  d'ordinaire 


494  Remarques  svr  lï  Livrl. 
les  ncucux  nettoient  iamais  afïèz  fages  ny  alïci 
retenus  au  iugement  de  leurs  ayeuis,  &c  non 
pas  de  leurs  oncles:  car  'Repos chez  les  bons 
Authcurs,  ne  fignifie  iamais  neueu  ,  au  fens 
que  nous  le  prenons. 


Sur  la  II.  Efode. 

3.  T   Es  champs  de  [espères.  Ce  terme  a  bcatl- 

jLfCOiip  de  force  :  car  en  effet  c'eft  vn  grand 
bonheur  dccultiuer  les  champs  qui  viennent 
de  la  fucceflion  de  fes  pères ,  &  non  pas  de  fon 
père  qui  les  auroit  peut  eftrc  mal  aquis. 

M.  de  Racan  Gentilhomme  de  qui  la  naif- 
fance,  la  réputation  &  le  mérite  font  égale- 
ment connus,  faitvne  excellente  peinture  fur 
ce  fujet  de  la  vie  champeftre ,  dont  voici  quel- 
ques ftances  que  fay  bien  voulu  raporter  d'en- 
tre celles  qui  (ont  dans  fon  agréable  Tirfïs. 

O  bienheureux  celuy  qui  peut  de  pi  mémoire 
Effacer  pour  iamais  ce  vain  efpoir  de  gloire  y 
Dont  l'inutile  foin  trauerfe  nos  plaijîrs , 
Et  qui  loin  retiré  de  la  foule  importune  * 
Viuant  dans  fa  maifon  content  de  fa  fortune? 
ji  félon  fon  pouuoir  me  fur  é fes  deftrs. 

Il  laboure  le  champ  que  labour  oit  fon  père 
Il  ne  s'informe  point  de  ce  quon  délibère 
Dans  ces  graues  confeils  d'affaire  s  accablez,: 
Il  voit  fans  intereft  la  mer  grojfe  d'orages 
Et  nob férue  des  vents  les  fwiftres  pre fages , 
Jgue  pour  le  foin  qutl  a  m  faim  de  fes  bleds,  j. 


dés   Epodej  d*Hor  a  c  eJ        49j 
R§y  de  fis  pajfîons  il  a  ce  quil  defire 
Son  fertile  domaine  e fi  fin  petit  Empire , 
Sa  Cabanne>fon  Louufe,  ér  fin  Fontainc-bleatt 
Ses  champs ,  &  fis  Jardins ,  font  amant  de  Pro- 
vinces 
Et  fans  porter  enuie  a  la  pompe  des  Princes 
Se  contente  chez,  luy  de  les  voir  en  tableau. 
Il  voit  de  toutes  parts  combler  d'heur  fi  fit* 
mille , 
La  iauelle  à  plein  poing  tomber  fins  la  faucilh, 
Le  vandangeur  ployer  fim  le  faix  des  panier  s* 
Etfemble  qua  fenuy ,  lés  fertiles  montagnes. 
Les  humides  valons ,  &  les  grajfes  campagnes 
S9 efforcent  a  remplir  fa  caue  &  fis  grenters. 
Et  plus  bas. 

Tantofi  il  fi  promeine  aulongde  fis  for.teiùesl 
De  qui  les  petits  flot;  font  luire  dans  les  pleines 
L'argent  de  leurs  ruijfeaux  parmi  l'or  des  motf 

fins , 
Tantofi  il  fi  repofi  auecque  les  Bergères 
SHir  des  Uil s  naturels  de  mouffe  &  de  fougères 
gui  nont  autres  rideaux  que  (ombre  des  buifi 
fins  y  &c. 
7.      Le  fuperbe  fiiiil  des  riches  Citoyens ,  ou 
des  gens  puiflans ,  ce  que  le  Poète  dit  pour  éui-  ,     ^ 

ter  la  fatigue  de  leur  aller  donner  le  bon  iour, 
pour  des  inter efts  mercenaires,  à  quoy  les  gen& 
de  lettres  ne  fe  peuuent  affilie  ttir,  comme  lès 
ambitieux  qui  fe  veulent  enrichir. 

21.  Priape  ,  eftoit  adoré  par  les  anciens 
comme  le  Dieu  tutelairc  des  jardins.  Nous 
en  parlerons  fur  la  8.  Satyre  du  1.  liure  auflS 
feicn  que  de  Siluain  fur  la  1.  Ejpiii  du  1.  iiu. 


496    Remarques  sva  le  Livré. 

iG.  Les  oj féaux  Je  plaignent  dans  les  bois: 
car  ils  chantent  de  telle  forte  qu'ils  femblent 
fe  plaindre.  Virgile  vfant  du  mefmc  terme 
dans  Ton  Tityrc,  oùMelibée  luy  parle  en  cet- 
te forte. 

Tandis  que  des  ormeaux  aux  cimes  fecoùées 
La  tourte  &  le  ramier  de  leurs  voix  enrouées* 
Agréables  oy féaux  que  tu  vas  chtrtjfant  y 
Iront  fans  nul  relafche  à  fenuy  gemtjfant. 

49.      Lucrtn,  Lac   appelle  mer  morte  y  au- 
près du  Golfe  d'Auernc.  Pline  1. 5.  ch.  j.  &  15. 

54.  Le  Francolin  £lonie  ,  qui  reuient  i 
(Attagen  Ioniens  du  Latin,  que  Pline  préfère 
à  toutes  les  autres  viandes  dans  fon  48.  chap. 
du  10.  liure,&  dont  parlent  Aul.  Gel.l.  7.  cH. 
M}.  Iulius  Pollux  1.  6.  ch.  10.  &  Martial  qui  le 
confidere  auffi  entre  les  mets  plus  exquis. 
lnîer  Jkpores  fertur  alitum  primas 
loniearum  guftm  Attagenaruin. 


Sur  la  III.  Bfodeï, 

S.   /^sfnidie,  ou  Gratidie  de  la  ville  de  Nd- 
V— /pics ,  eft  le  nom  d'vne  fameufe  Sorciè- 
re de  ce  temps-là ,  dont  il  fera  parlé  fur  la  fia 
de  ce  Hure ,  8c  dans  la  8.  Satyre  du  1.  liurc. 


Sut 


dis  Epodes  d'Horace,         497 


Sur  la  I V.  Efode. 

x.  TL74  grande  apparence  que  le  Msenas 
JLcontre  qui  cette  Epodca  efté  cbmpofée» 
eftlemefme  dont  Pline  écrit  au  18.  chap.du  $5* 
hure  de  Ton  hiftoire  ,  où  parlant  des  Affranchie 
quieftoientdeuenus  puiflâns,ilnomttïe  M&ntâ 
êc  Menecratesy  Affranchis  de  Sefcte  Pompée. 

2.  Entre  tes  loups  &  les  agneaux.  L'anti- 
pathie eft  fi  grande  entre  ces  animaux  fc  qu'A* 
riftote,  Se  Pline,  ont  remarqué  que  hiefmes 
leurs  peaux  ne  peùuent  demeurer  enfemble. 

3.  Fouets  dEfyagne ,  qtù  eftoient  faits  de  tes 
Genêts  dont  l'Efpagnt  abonde  comme  Pline 
mefmçsla  remarqué  en  fon  liûr'eisr.ch.  11.  8c 
dans  le  8.  ch.  du  $1.  liûre,  il  appelle  la  Gartha* 
ge  d'Efpagne  ,  Carthage  des  genêts,  à  la  diffé- 
rence delà  Carthage  d'Afrique. 

6.     La  fortune  ne  change  point  ton  extraBionz 
car  parmi  les  Romains  vn  affranchi  conferuok 
toujours  cette  qualité  quelques  richefles  qui! 
puft  auoiraquifes  ,  &  chacun  demeuroit  dans 
(on ordre:  mais  il  n'en  eft  pas  ainfipatmi  nous* 
OÙ  la  fortune  qui  n'a  point  de  bornes  ,  n'en  mer% 
point  atifli  à  l'ambition,  &  parle  moyen  des 
grandes  richefles ,  ceux  qui  les  ont  acquifes 
iniuftemfcnt ,  eftant  nez  de  la  lye  du  peuple» 
après  auoirachcptéles  grandes  terres,  paflenc 
auec  vn  peu  d'aide  de  ceux  qui  dreflent  des 
généalogies  ,  pour  eftrcdcfcendus  de  leurs  aa* 
ciens  poflèfleurs. 

Ii 


498  Remarques  svr  le  Livre. 

8.  Vne  robe  de  fie  auhies  de  long^  cltpout 
marquer  le  vain  orgueil  de  celuy  ,  denr  il  par- 
le Toutesfois  cela  monitre  de  quelle  forte 
eftoient  les  habits  des  perfonnes  de  condition, 
&  comme  ils  les  portoienc  trainans  en  terre 
pour  auoir  plus  de  grauité. 

n.  Triumvirs.  Le  Poète  n'entend  point 
icy  parler  des  trois  hommes  qui  compoferent 
le  Triumui'at  après  la  mort  de  Iules  Lefar, 
mais  bien  de  certains  Officiers  de  luflice  qui 
eftoient  comme  des  Geôliers  de  pnfonsjqui 
auoient  la  charge  de  shaÛier  les  iarrons  fk  les 
autres  mai-faiûeurs. 

14.  La  Rue  Antenne  ,  eftoit  vn  grand  che- 
min hors  la  ville  de  Rome  ,  par  lequel  on  pou- 
uoit  aller  à  Faicrne  >dontilefticy.parlé. 

ij.  Par  de  petits  chenaux  ,  encore  qu'il  y 
ait  au  Latin  Appiam  Manttis  périt,  comnie  qui 
diroit  il  marche  dans  la  voye  Àppienne  au  ce  des 
cheuaux  de  fomine ,  ou  de  bagage  >  ou  :âe  louage? 
ou  félon  quelques-vns  de  petites  bounques,  iî 
cft  ce  que  le  Poète  hcfe  fert  pas  tant  icy  de  es 
terme  pour  dire  des  cheuaux  de  louage,  que  pour 
dire  de  petits  cheuaux  ai  fez, . 

tk\  La  loy  d'Qthon.  Cette  loy  fur  faite 
parLucius  Rofcius  Othopour  empefeher  que 
dans  les  théâtres,  les  affranchis  fc  miflent  lur 
l'vn  des  quatorze  d^gres  qui  eftoienr  aiFeftex 
pour  les  ordres  des  Sénateurs  Se  desChcua- 
ïiers. 

20.  Si  celuy  cy  ctluy-cy ,  c'eft  à  dire  Mainas 
*nji eftoit corfaire,  &c  tut  tres-mal  choifi  pouc 
all^r  faire  la  guerre  aux  Pyçatcs. 


Bes   Epqjdes  d'HoXacs,        499 


i^^r^ 


Sur  là  V.  Efode. 

y .    f\  Kfument  de  la  pourpre.  Cet  ornement 
V>/cftoi£  pour  les  enfans  de  condition  ÔC 
non  pas  pour  ceux  du  peuple,  dont  Macrob* 
dit  beaucoup  de  belles  chofes  au  6.  ch.  de  ibiî 
i.  liure  des  Saturnales.  On  oftoit  aux  enfané 
des  Romains  la  robe  de  l'enfance  appellée  Pré- 
texte ,  pour  les  reueftir  d'vne  autre  qu'ils  ap- 
pelloient  Virile  en  l'âgede  17.  ans  8c non  pâ$ 
ae  14.  comme faeent  Lambin.  Ceue Prétex- 
te eïloït  donc  pour  les  enfans  nobles  aôn  <Ae 
marquer  par  fa  couleur  de  pourpre,  la  piideuir 
qu'ils  deuoient  auoir  :  &  la  figUîrë  d'vn  cœur 
qu'ils  portoient  pendue  au  col ,  laquelle  Us  ap- 
pelloient  BulU  ,  eftoit  pout  lelir  donner  lapen- 
fée   d'eftre  véritablement   des  hommes  >  s'ilé 
auoient  du  cœuri  &  peut  eftrc  que  de  là  eft 
aufli  venu  le  protierbe  homo  Bftf/a,  àiiffi  bien 
que  le  terme  de;  Bulles  comme  l'a   remarqué 
M.  Ménage  perfdhhage  de  beaucoup  de  fça- 
uoir  &  démérite  5 dans  fdn  liure  des  origines 
de  la  langue  Frânçoife  au  il  dit  que  Bulles  vie#- 
hent  de  Bull*  à  caufe  des  féaux  peivd&ns  qu< 
les  Authènrs  de  la  bafle  latinité  ont  âinfî  a#i 
pelles  pour  la  reflemblence  aux  Bulles  qui  pen- 
doieht  au  col  des  enfans  Romains. 

H.  folyuc  <?  lberie.  Le  premier  cft  vue 
ville  de  TheiTalie  ou  l?Xon  abo-rda  atlec  Med<*$ 
co-mmele  dit  Oiiiiè. 

ti  îj 


5co   Remarqvej  svrl!  Livrée 

ViQqt  Jolcbiacos  tetigtt  cum  comuge  portH*. 
Le  fécond,  cft  vnc  ville  de  la  Pontiquc,  où 
Virgile  mefme  tcfmoignc  qu'il  fcpcfchc  force 
poilons. 

15.  ^Arrachez,  de  U  gueule  dvne  chienne 
affamée ,  à  cailfedesmauuaifes  qualitez  dont  la 
faliuedes  chiens  cft  emprainte  quand  ils  font 
affamez.  Lucain  parlant  de  fon  Èri&odans  Je 
6.  liure  de  fon  illuftre  poefmc  fcmblc  dire 
quelque  chofe  d'aprochant. 
MorfufjHe  Inporum 

Expettat  ficcis  raptura  è  fanethm  artw* 
Mais  toutes  ces  chofes  là  font  fort  vaincs,  Se 
Ton  voit  bien  mefme  que  le  Poète  qui  les  ra- 
conte >  ne  les  croit  nullement  &  qu'il  s'en  mo« 
fque,  comme  il  le  fait  affez  paroiftre  en  la  der- 
nière Epode,  &  dans  la  8.  Satyre  du  1.  liurc 
des  difeours. 

aj.  Sagane  ,  celle-cy ,  &  VéU*  qu'il  nom- 
me incontinent  après  \  fcmblent  n'eitre  confé- 
dérées en  cet  endroit  que  comme  des  feruantes 
deCanidie  ,  telles  qu'Amaryllis  dans  la  Phar- 
maceutric  de  Virgile  ,  &  Fotis  dans  Apulée  qui 
cftoit  la  feruante  de  Pamphilc. 
;  43.  Naple*  oàregntCotÇiueté.  Voila  vn  étran- 
ge éloge  de  la  ville  deNaples,  à  quoy  fe  ra- 
porte  bien  ce  que  dit  Ouide  en  fon  6.  luire  de 
la  Metamorphofe. 

Et  in  ou*  mitant 

ParthcnopettyO'  ab  hu  Cttme*,  tempUSibylU. 

5$.    Les  chiennes  de  Saburre    Saburre  eftoic 

vne  rué  de  Rome  dans  la  féconde  région  ,  qui 

fut  appelles  de  U  force  ,  du  nom  d'vne  Tribu 


des  Epodis  d  Horace.  $qi 
Romaine.  C'cftoit  en  cette  rué  là ,  où  demeu» 
roient  des  femmes  débauchées,  delà  lye  du 
peuple. 

76.  Enehdntemens  des  Marfis.  Ces  en» 
chantemens  efloient  en  auflî  grande  réputa- 
tion que  ceux  de  Theflalie:  car  le  pays  des  Max-» 
fes  cftoit  en  Italie  ,  ce  que  la  Theualie  eftoit  en 
Grèce:  &  certes  Circén'a  pas  efté  moins  celé  * 
bre  que  Medée.  C'eft  pourquoy  Tibulle  les 
ioint  fort  à  propas  l'vne  auec  l'autre  dans  ce 
vers. 

JguidqMdhabtt  Circi ,  qmdquid  MedeA  ve* 

neni. 
Au  refte  les  Marfes  ont  pris  leur  nom  de  Mar- 
fus  fils  de  Circé.  Voyez  Pline  liure  iy  ch.  t. 
&  Aulugelle  liu.  16.  ch.  n. 


Sur  la  VL  EPodc. 


U  \/[  dftin  qui  at  peur  des  loup  t.  Horace 
XYAcommencc  ainfi  fon  inue&iue  contre 
Caffius  Scuerus  qui  du  temps  d'Augufte ,  eftoit 
vn célèbre  Orateur,  dont  parle  Quintilien  eu 
fon  dixiefme  liure ,  &  Pline  en  fon  7.  ch.  u.  ce 
fat  luy  quiaceufa  d'eftre  empoifonneur  entre 
les  plus  puiflans  de  Roms,  Nonius  Afprenas 
alié  à  la  famille  des  Cefars,  qui  en  vn  feul  fe- 
ftin  empoifonna  cent  trente  perfonnes.  Ron? 
fard  efcriuant  contre  vn  Miniftre  .Proteftant, 
commence  fpn  poefrac:  de  la  mefmç  façon. 
Jgtoj  tn  iappes  Maftin ,  afin  de  rnejfrojer 

li  ii| 


jot     RnUK^.VH»    5VR    LE    Livrh. 

Qus  m  éfiié  »y  fonder ,  try  mo'Ure  ,  nabboycrf 

$  rnâ^ç'i;  JL  Epire  on  vn  ihien  drSrarthe> 
c'eftoient  les  cfpcccs  de  chiens  qui  eftoient 
jtermt  les  ancien*  en  plus  grande  recommenda- 
lion.  Virgile  en  Ton  3.  liu.  des  Georg0  les  nom- 
jfDc  enfemble. 

Pilûcts  Sfârtét  CMttloS)  Açrtmcptc  Molojfum^ 
Pafcefero  pt^a./<ti. 

i£  hjiamhe.  L'antiquité  a  fait  mention 
àt  plofieiirs  Poètes  célèbres  pour  la  medifan- 
Ce,  entre  lefquels  furent  Theon ,  Zoïle,  Ti- 
niori  y  Avéhiloquc,  &  Hipponax.  Vn  certain 
Lycambe  émeut  la  colère  de  cet  Archiloque, 
parce  qu'il  ne  luy  voulut  pas  donner  fa  fille  en 
mariage  :  &  B.up.Vc  de  Mfle  de  Chio  fils  d'An- 
therinus,  qui  crtoit  Statuaire,  d'autres  difene 
peintre  ,  échaufa  la  Bile  d'Hippottax  de  Milet, 
pour Tanoir  peint  auec  toute  fà  laideur,&  pour 
auoir  laide  fon  portrait  dans  fa  boutique  pour 
exciter  la  raillerie  de  tous  les  paflans  à  fon  fujet* 
Voyez  Pline  au  5.  ch. du 36.  liure. 


Sur  la  VIL  Ef>odeu 


5.  T  'Enuieufe  Çmthêfi  1  car  cette  \ 
-*^  jours  efté  enuieufe  de  la 


ville  ûfOu- 
e  de  Ro- 
me, qui  eft  vn  effet  de  l'imprécation  que  Di- 
don  fit  en  mourant. 

-----  Ntillm  amor  populu  *>  nec  fœdera  fuvtô. 
Voyez  Pomporius  Mêla  ait  u  liure  chap.  7.  & 
Saluian  liure  7. 


©* s  Epod.es  d'Horacb.       50$ 


Sur  la  VIII.  Epode. 

6.  X  T  Ache  à  qui  les  cruditez,  de  Ceftomach, 
V  &c.  a  efté  exprimé  le  plus  modefte- 
mentquc  i'ay  pu  dans  vn  vilain  itijet  :  &  en  ce- 
la i'ay  fuiuile  fensde  Lambin  qui  ne  tient  pas 
comme  Leuinus  Torrcntius  que  le  Poète  em- 
ployé icy  le  terme  de  Crud&  bonis,  au  mefme 
iens  qu'il  a  fait  en  parlant  d'vnecauale  en  l'O- 
de XI.  du  j.liiU'c. 

NHptiarum  expers>  &  adhtiCfotens 
Cruda  martto. 

11.  Les  images  triumphales  ,  telles  qu'on 
les  portoit  aux  funérailles  des  perfonnes  de 
condition  ,  auffi  bien  des  femmes  comme 
des  hommes,  ce  qui  fait  voir ,  que  celle  dont 
parle  icy  le  Poète  cftoit  de  quelque  famille  il- 
luftre.  ' 

15.  Les  Hures  des  Sto; tiens:  car  les  ancien- 
nes courtifanesfaifoient  femblant  d'aimer  auf- 
fi  la  vertu ,  Se  mettoient  fur  des  carreaux  de  ve- 
Iolix  les  ouurages  des  Phirofophes  pour  mon- 
trer qu'elles  en  failoient  grand  eftat  :  mais  fo;is 
des  paroles  vn  peu  obfcures ,  le  Pô'éte  enferme 
vn  fens  qui  n  eft  pas  fort  honnefte  :  &  fi  ie  n'ay 
pas  affev5té  vne  fi  grande  fidélité  en  la  verfion 
dç  la  fin  de  cet  Ode ,  on  verra  bien  que  ie  l'ay 
fait  exprés,  pour  le  fujet  que  i'en  ay  eu, 

Il  iiij 


jfô4  Rhmar^vss  syr  lé  Livre. 


Sur  U  IX.  EpocU. 

4.  T"  T  Ettreux  Mécène.  La  première  pièce 
A  JLde  ce  liute  fut  çompofée  durant  les 
préparatifs  de  la  bataille  Nauallc  contre  An- 
toine, îlfemble  que  celle-cy  lefutenfuitte  de 
lavi&oire,  &  que  la  dernière  Qde  du  t.  Hure 
regarde  le  triomphe  apresj'expcdition  de  cet- 
te, guerre. 

j.  Ta  belle  mai/on  >  au  lieu  de  haute  maifon^ 
comme  il  y  a  dans  le  Latin,  faifant  peuteftre 
allufion  à  cette  haute  tour  de  Mecenas  qui 
eftoit  dans  fes  jardins ,  dont  il  femblç  qu'il  ait 
parlé  en  l'Qde  19.  du  3.  liurç. 

6.  En  ton  Dorique  oh  en  ton  Phrygien.  Pour 
entendre  çecyil  faut  remarquer  que  les  Grecs 
auoient  trois  fortes  de  tons  en  leur  mufique, 
le  Dorique ,  l'Eolique >  &  l'Ionique ,  &  que  les 
Etrangers  ou  barbares  enauoientde  deux  for- 
tes ,  le  Phrygien  &  le  Lydien,  mais  que  les  plus 
recommendables  des  vas  &  des  autres,  eftoienc 
le  Dorique ,  &  le  Phrygien  ,  la  lyre  afteftée 
pour  le  Dorique ,  &  la  flufte  pour  le  Phrygien. 
Or  i  ay  traduit  Phrygien »  Se  non  pas  Barbare* 
parce  qu'en  effet  le  Poète  a  entendu  parler  du 
ton  Phrygien,  &  il  n'a  employé  le  terme  de 
Barbare  ,  que  pour  le  fi  grutier  comme  dans 
l'Ode  4.  du  1.  hure. 

Barbara  pofîquam  oecidtre  turm<t. 
Pourdirç  Phrjgie. 


DES    El5  ODES    d'Hq'HACS.'  50^ 

8.    Le  Capitaine  qui  fe  difoit  fils  de  Neptu- 
ne* Scaliger  entend  cecy  de  M.  Anroine  ,  fans 
confiderer  le  temps  dont  parle  le  Poète:  mais; 
Torrentius  a  bien  remarque  dans  fon  com- 
mentaire comme  il  fe trompe  lourdement:  Se 
luy  ,  &  Lambin  ,  par  ce  Capiraine  fils  de  Ne- 
ptune ,  entendent  Sexte  Pompée ,  qui  auoit 
tenu  tout  l'Empire  de  la  mer.   Iointque  FHi- 
ftoire  nous  apprend  que  Sextus  fe  glorifiant  de 
fes  victoires,  &  fur  tout  d'auoir  affilie  ti  la  Si- 
cile, voulut  fi  bien  paroiflre  fils  de  Neptune, 
qu'il  fe  fit  habiller  d'vne  robe  bleue,  &  fit  pre- 
cipitier  en  guife  de  vi&imes  des  cheuaux  & 
des  hommes  viuans  dans  le  deftroit  de  Sicile, 
témoin  Dion  ,  &  Pline  en  fon  16.  ch.  du  9.  liure 
où  il  dit   qu'en  la  guerre  de  Sicile  l'Empereur 
Augu fie  fe  promenant  fur  le  bord  de  la  mer,  vn 
poijfon  qui  fortit  de  l'eau  fe  vint  ietter  4  fis  pieds. 
Surquoy  les  Deuins  efians  interrogez,  ,  rebondi- 
rent que  cefioit  vn  prefhge  que  le  père  Neptune 
reiettoit  Sexte  Pompée  pour  adopter  jiugufle  :  & 
que  ceux  qui  tenoient  pour  lors  la  mer  en  fuie- 
tion  fe  ranger  oient  fous  fis  pieds.  Et  neantmoins 
on  eu  fi  dit  quen  ce  temps  la  Neptune  auoit  ado- 
pté Sexte  Pompée  ,  tant  il  efioit  heureux  fur  l* 
mer. 

14.  Peut  obeyr  a  des  Eunuques  ridés ,  il  par- 
le d'Antoine,  &  de  ceux  qui  le  fuiuirent  en 
Egypte ,  quand  il  fe  4ai(îk  éprendre  d'amouc 
pour  Cleopatre,  &  qu'il  fe  fournit  honteufe- 
ment  à  l'autorité  de  certains  Eunuques  tels 
que  Photin ,  Mardion  ,  &  quelques  autres  que 
Velleïus,  Pluie,  &  Orofe  nomment  en diucis 


$n£    Remarqvrssv.*  le  Livre 

endroits  de  leurs  hiftoires. 

16.  Le  pavillon  tnfame.  Les  Latins  appcF- 
loient  ce  pauilfon  Canapeum >  qui  vient  du  nom 
Grec  qui  lignifie  vn  voile  ou  vn  rideau  pour 
empefeher  tes  moucherons.  Les  Alexandrins 
en  furent  inuenteurs,  contre  les  incommodi- 
teztrcs-grandes  qu'ils  reccuoient  de  ces  petits 
animaux  qui  naiftent  des  marefeages  du  Nil,  & 
de  la  mer  qui  en  eit  proche.  Properce  &  luuç-t 
nal  parlent  de  ces  pauillons  :  le  t.  au  5.  liurc. 

Fœdaque  Tarpeio  Canopea  tendere  Saxo. 
Et  le  fécond  en  la  6.  Satyre. 

Vt  tefludineo  ùbi  Lent  nie  Canopeo  ,  &c. 

18.  Les  Gaulois  ï Abandonnèrent  ld  de (fus * 
e'eftàdire,  quils  quittèrent  Antoine,  à  caufe 
de  fon  infamie  pour  fuiure  Augufte  >  en  quo^ 
le  Poète  rend  vn  témoignage  fort  honorable» 
du  courage  &de  la  vertu  de  cette  nation. 

15.  Cctuy  à  cjm  fa  propre  valeur,  &c.  Çc 
lieu  eft  tres-dificilc ,  &  s'entend  diuerfement 
par  Tumebus,  Lambin  &  les  autres.  Mais 
après  l'auoir  bien  examiné,  ien'ay  point  dou- 
tes que  le  Poète  n'ait  voulu  parler  de  Scipioa 
l'Africain  >  en  quoy  ie  me  fuis  rencontre  de 
loffpinion  de  Torrentius  E.  d'Anuers. 

li.  Saye  ou  Set  en  ,  eftoit  vn  vdtement  mi- 
litaire ,  d'où  vient  le  root  de  Sagatns  ,  pour  dire 
vn  fbldat,  a  la  diference  de  To^ttm  >  pour  dire 
vu  Citoyen.  • 

}{.  Vins  deCbioeti  de  L'fbos,  ou  vins  d'ou- 
tremer qui  eftoieiu  en  (i  grande  eftime  parmi 
les  anciens  Romains ,  qu'on  n'en  donnoit  qu'v- 
11e  feule  fois  à  chaque  repas  tcfmom  Pliai  lin. 


des  Epqdes  d'Horace.       507 
44.  chap    14..  &  Gellius  liure  1$.  chap.  J. 

36.  Cecube,  eftoit  aufti  vne  forte  de  vin  re- 
cqmmandable  parmi  les  anciens  félon  le  tef- 
moign^ge  de  Pline  ,  mais  il  dit  que  de  Coi\ 
temps,  il  n'eftoit  plus  tant  eftimé.  Voyez  ce 
qu'il  en  écrit  au  6.  chap.  du  14.  liure. 


Sur  U  JC.  Epoàe. 

i.  T  E  puant  Mcttiiis.  C'eft  celuy-là  mefme 
JLidont  parle  Virgile  en  fa  j.  Eglogue  fous 
le  nom  de  Menalcas. 

£)uiconcjHû  nen  veut  point  au  malhenrenx 
Bauie 
Qu'il  fejfc  eflat  des  vers  de  f  importun  Mcuie  : 
Et  par  mefme  moyen ,  que  fotu  de  me  fines  iougs 
Jl  mette  les  renards ,  &  cjîtil  traje  les  bottes* 
Tous  les  Grammairiens  difent  que  ce  Meuius 
eftoit  arrogant  Se  iniurieux,&  qu'il  eftoit  au- 
tant odieux  à  Horace  ,  comme  Virgile  luy 
eftoit  cher. 

14..  Contre  la  nattire  de  Cimp;e  Aiax  Oilce$ 
c'eft  à  dire  Aiaxfilsd'Oiléc ,  Tvn  des  fameux 
Héros  de  la  guerre  de  Troye,  mais  qui  fut  il 
enragé  qu'après  laprife,  &  l'embrafement  de 
cette  ville,  il  viola  Caflandre  dans  le  Temple 
deMinerue:  t'eft  pourquoy  cette  Deefle  qui 
ne  luy  voulut  point  pardonner,  le  fit  périr  fur 
les  coftes  d'Eubée  contre  les  rochers  Caphar- 
rez.  Surquoy  il  fera  bon  de  voir  la  peinture 
qu'en  a  fait  Philoftrate  auec  les  commentaire* 


508    Remarques  svr  le  Livre. 

deBlaifc  deVigenere.  l'zyàkdc  Vtmpie  Ata*?% 
&  non  pas  de  la  vautre  impie  d" Atax  comme 
il  y  a  au  Latin  ,  parce  que  Tepiteche  fc  dit  im- 
proprement de  la  nauire,  quoy  quelapo'èiic 
fuporçe  cette  licence,  6c  la  rende  mefme  agréa- 
ble en  Latin. 


Sur  la  XL  Epode. 

17.  *  yEjprit  éclaire'  dm  panure  >  nefl  iamaiê 
JLjefiimi  en  comparaijhn  du  gain.  Ana- 
ereon  fe  plaint  que  dans  l'amour ,  il  n'y  a  point 
de  naiflance,  de  fageflfe,  &  de  modeftie  qui 
fc  puiiïent  comparer  aux  biens  de  la  fortune: 
deforte  que  cetVeftpas  d'aujourd'huy  que  les 
riçhefîes  font  en  fi  grande  vénération  :  ôc  que 
l'argent  eft  préféré  à  toute  la  fagefle  du  monde, 
15).  Le  Dieu  fans  pudeur ,  c'eft  Bacchus, 
tcwtesfois  quelques-vns  ,  comme  l'Euefquç 
dAnuers,  veulent  que  le  terme  inuerecunduty 
qui  eft  au  Latin,{îgnifie  Valdeverecundus ,  par- 
ce que  dans  l'Ode  27 .  du  1.  Hu.  le  Poète  a  die. 

Verecundumcjue  Bacchttm 

S angttineis  prohibett  rixU* 
Et  dans  Ouide. 

Ttyt  %  Ciim  jî#t  cornibus  aftœt 

Virgineum  captif  eft. 

28.  Des  que  tem  liHt  toutes  ces  chofesy  $£c> 
suffi  bien  que  les  deux  lignes  au  deffiis  auecce 
qui  fuit  ,cft  tees-dificile  a  expliquer  bien  net- 
te me  tu. 


des   Epodes   d'Horace.       509 
40.      G)uvnc  aimable  ptrfonne.  Iay  change 
tn  cet  endroit  à  dclTein  la  propre  fignification 
de  ce  vers. 

Akî  teretis  pneri,  longafn  renodantis  comam. 
Comme  ie  l'ay  fait  â  deflein  en  d'autres  ren- 
contres pareilles. 


Sur  la  XI L  Ef>ode> 

1.  /^\  Ve  veux-tu  de  moj.  Il  y  a  des  Grani- 
V^f  mairiens  qui  tiennent  que  cette  Ode 
a  efté  faite  contre  Gratidie,à  laquelle  le  Poè- 
te fbuhaitepluftoft  des  Elephans  que  des  hom- 
mes pour  des  raifbns  de  raillerie  qu'il  eft;  aifé 
de  deuiner. 

5.  Polype,  c*efl:vn  vilain  mal  qui  vient  &  qui 
s'engendre  dans  les  narines  ,  femblable  a  la 
chair  d'vn  poiffon  qui  porte  le  mefme  nom 
dont  parle  Celfus  en  (on  6.  liure  chap.  8.  8c  qui 
caufcvne  grande  puanteur. 

7.  £h*ellc  fîteur  dete fable,  &  ce  qui  fuit, 
n'eft  pas  facile  à  traduire  ayant  égard  au 
fens  du  8.  vers  qui  n'a  pas  toute  l'honneftetc 
qu'il  feroit  à  délirer,  non  plus  que  deux  ou 
trois  autres ,  &  fur  tout  le  quinziefme  que  i'ay 
obmis  à  delTein ,  ayant  tafehé  de  rendre  la  ver- 
ûoti  des  autres  fuportable  fans  changer  la  pen- 
fée  de  l'Autheur,  comme  ne  l'a  pas  fait  auffifur 
le  mefme  endroit  dans  fon  do<&e  commentai* 
*e,Lauinus  TorremiusE,  d'Anucrs. 


5io     Remarqves  sva  le  Livrs. 


Sur  la  XI  IL  Epodr. 

2.     A    Turent  Jupiter  icy  bsu*    Les  Anciens 

JLJLs'imaginoient  que  Iupiter  defeendoit 
du  Ciel  parmi  les  tempeftes  ,  pour  chaftier 
l'impiété  des  hommes  ,,  d'où  vient  que  Virgile 
aur  desGeorg.  dit, 

Ipfe  pater  média  nimborum  in  nube  corufea 
Fulmina  molitur  dextra. 
Er  dansvnc  Eglogue, 

Iupiter  &  Uto  defeendet  plnrimus  ïmbri. 
Et  Pétrone, 

SAnguineo^ut  reetns  defeendit  lupiter  imbrt* 

5.  Les  chagrins  de  la  njietllejfe.  Il  y  a  dans 
le  Latin  quelque  forte  d  obfcûrité  3  qui  eft 
eclaircie  par  laverfion. 

6.  Le  Confulat  de  mon  cher  Torquatui*  C'eft 
le  Confulat  de  la  naiflance  d'Horace  ,  comme 
nous  Tauons  remarqué  dans  (à  vie  ,  &  comme 
il  en  parie  encore  luy-mefme  dans  les  Odesj^. 
&  xi.  du  }.  liurc. 

9.  Nard  d*  Perfe,  il  y  a  au  Latin  Achève- 
nt* nardoi  parce  qu'Achemenesauoit  efte  Roy 
de  Perfe  >  comme  il  a  cfté  remarque  fur  l'Ode 
U  duj.  liure  3&  fur  la  dernière  du  u 

10.  Lyre  de  Mercure ,  il  y  a  au  Latin  fide 
CjfteM*,pAïcc  que  Mercure  qui  en  auok  efté 
•Tinucnteur ,  fut  appelle  Cylkneen ,  du  nom  d'v- 
ne  montagne  ,  où  ilauoit  efte  noiury . 

lu    Le  noble  Centaure.  C'eft  Chiron  qui  fut 


bis  Epodes  d'Horacî;  ktt 
célèbre  pour  fa  fageiîe ,  &  qui  eut  foin  de  con- 
duire la  ieunefle  d'Achile ,  comme  il  auoitfait 
celle  de  Iafon  /d'Hercule ,  &  d'Efculape  fur  les 
montagnes  de  ThcfTalic. 

i$.  La  terre  et  d  ffaraffe^  € eft  à  diréTroye, 
dont  Virgile  s'eft  fouucnudansfon  6.  liuredc 
l'Enéide. 

^Jfarajfe  rfr  Darda*  le  fondateur  de  Troyc. 
Etdanslei.oùlupîter  parle  ainiî  à  Venus, 
Telle  eft  mon  ordonnance:  vne  faifon  viendra, 
£hte  Cantique  tnatfon  djiflar.ajje  tiendra 
D'vn  pejant  ioug  d'acier  par  force  ajfuietie 
La  glstre  de  M  y  et  ne  ,  &  l'audace  de  Phtù. 
14.     Scamandre*  autrement  le  Xante  ,1'vn 
des  deux  fleuues  dt  Troye  dont  Homère  a 

Farlceiidiuers  endroits,  &  dit  aii  \u  liure  de 
Iliade  que  plusieurs  boucliers  &  plusieurs  ac^ 
mets  font  tombez  dans  le  Shnoïs  Se  dans  le  di- 
fcin  Scamandre. 


Eu*  la  XI V.  Epode. 

5»  T   Ethe,  fleuue  des  Enfers  félon  les  Poètes, 
JL-rfqui  caufe  l'oubli  >  mais  félon  la  vérité, 

c'^ft  vnflèuuc  dans  la  Magnefie,  quîcoule dans 

Je  Méandre, auprès  d'Ephefe  félon  le  tefinoi* 

gnage  de  Strabon. 

7*    Les  Ïambes  que  i'ay  cemmenetz,.  Iliem- 

ble  que  le  Poète  parle  icy'd'autres  vers ,  que  de 

ceux  qui  nous  font  reftez  de  luy  e$  ce  genre 

là,  contre  Canidie. 


jxi    Remàkqves  svr  le  Livre, 

8.  M'cmpgfche  d'achever >  fkc.  Il  y  a  au  La- 
tin ad  vmbUicutn  adducere  ,  qui  cft  vnc  façon 
de  parler  pour  dire  vn  ouurage  complet ,  parce 
que  s'il  eftoit  roulé  en  volume,  comme  c'eftoic 
la  coutume  des  anciens,  il  auoit  quelque  forte 
de  reflemblance  au  nombril  d'vne  perfonne, 
d'où  vient  que  Catulle  dit, 

Charu  regtét ,  nouilibri 

Noai  vmbilici. 
Et  Martial. 

Liber  vmbilicis  cultiu ,  atque  membranis. 
Et  pour  montrer  que  ad  vmbUicum  adducere* 
c'eft  1  dire  ackeucr,  Martial  nous  le  montre  af- 
fezpar  ce  vers* 

lam  feruemmuâ  vfijue  ad  vTnbilicum* 

9.  Batjle*  fut  vn  ieunc  homme  aimé  d'A- 
nacreon  /dont  il  parle  fouuent  dans  fes  vers  ,  il 
fut  aufli  chéri  de  Polycrate  Tirande  Samos* 
quiluyfitdrcfler  vne  ftatu'êauec  l'habit  &  les 
ornemens  d'Apollon  laquelle  fut  long-temps 
depuis  gardée  à  Rome,  &a  donné  fujet  à  lu- 
ucnal  d'en  parier  eu  cette  forte  dans  (a  13.  Sa- 
tyre. 

- Ntillurn  diferimen  habendum  efl 

Effigies  inter  veftras  ,  flamant que  Batbj/li. 
Mais  pluficurs  penfent  que  luuenal  parle  icy 
de  ce  Bathylle  qui  du  temps  d'Auguftefut  vn 
excellent  baftekur,  &c  celuy-là  mefmc  qu'il 
nomme  dans  la  $.  Satyre. 

-— —Molli  foltante  Bathyllo» 


SHr 


bjesEpodes'd' Horace.         51$ 


L 


Sûr  la  XV,  Efoit. 

$    T   Es  Dieux  puiflatts ,  il  enteiid  Vernis  >  & 
JL^Cupidon  ,   qui  font  quafl  les  fëuls  que 
tonnoirtent  les  amans. 

20.  Le  Paflole>  fleuiie  de  Lydie,  qui  auoit 
ides  fables  dôreï. 

22.  Njree,  quiefloit  le  plus  beau  des  Grecà 
pendant  la  guerre  dé  Troye.  Le  Poëce  compa- 
re Nercc  à  Nirée,  à  caufe  de  la  beauté  &  dé 
la  reffemblatace  du  iiom. 


Sur  U  XV  L  Èpoéi 

ï.  "\7 'N  autre  âge  J}  çonfomme.  îi  y  "ciirr.u- 
V  très  fois  plufieurs  (éditions  a  Rlitiiçl 
mais  pas  vne  guerre  Ciuile  déliant  Mariiis  & 
Sylla.  Depuis  la  première  qui  fut  excitée  par 
Caius  Marins  en  Tannée  66$.  de  la  fondation 
de  Rome,  iufques  du  temps  que  M.  Antoine 
fut  vaincu  par  Augufte ,  il  y  en  eut  plufieud 
en  57.  années ,  aiiec  peu  de  rélafche  pour  la  Ré- 
publique ,  &  Augufté  en  acheua  cinq  luy  fcul, 
citant  Venu  about  de  la  dernière  en  la  4  an- 
née de  fdn  Confuiat.  C'eftpourquoy  le  Poète 
quieftoitde  Ce  temps- là,  s'en  voyant  accablé, 
&  croyant  que  c'eftoit  vne  fatalité  du  génie  dti 
pays  ,  conseille  la  fait  te  ou  là  retrait  èl  à  fëxèlfff- 


5H     Remarqves  svr  le  Livré 
pic  de  cette  Col.onie  des  Phocéens  qui  vint  m- 
trcsfois  de  llonie  lur  les  frontières  de  la  Gaule?, 
pour  demeurer  en  la  ville  de  Marfeille,  dont 
Lucain  a  parlé  amplement  au  $  .liure  de  fa  guer- 
re de  Pharlale ,  après  Hérodote  en  fbn  i.  liure. 
3.     Ny  par  les  Afarfes*  Il  entend  la  guerre 
âcs  aflbciez  émue  par  les  Maries  fous  la  con- 
duite de  Popedius  ,  en  la  661.  qui  fut  beaucoup 
plus  funefte  a  l'Italie  que  la  guerre  Ciuile,  com- 
me Pline  l'a  remarqué  au  2.  liure  chap.  183. 

4  l'orfenna  ,  Roy  des  Tofcans  dont  Thiftoi- 
re  le  lit  amplement  dans  le  2.  liure  des  Anna- 
les de  Tite-Liue  ,  &  Virgile  en  parle  au  8.  de 
fbn  Enéide. 

Nec  non  Tarquinium  Abietlum  Forfînna  m- 

kebat 
-/feapere-* — 

j.  Capout  concurrente  de  fa  gloire  ,  cette 
ville  a  pris  fon  nom  de  Capys  I'vkj  des  compa- 
gnons d'Enée,  ou  du  lieu  champîeftre  où  elle 
eftfituée  comme  dit  Tite-Liue  en  fon  3.1iure> 
laquelle  fut  non  feulement  la  capitale  des  vil- 
les delà  Campanie,  mais  encore  de  toute  l'I- 
talie après  Rome  dont  elle  fut  concurrente 
auffibien  que  lafameufe  Carthage. 

5.  L 'inhumain  bparthacu* ,  nous  auons  par- 
lé de  luy  fur  l'Ode  14.  du  3.  liure. 

6.  Les  Alhbroges .  ce  font  les  peuples  de  Sa- 
uoye  &c  de  Dauphiné  le  long  du  Rhofne  ,  8c 
autpur  de  Lion  ,  que  Tite-Liue  maintient 
en  fon  11.  liure  n'eftre  point  inférieurs  *  en  ri- 
chefTes  &  en  réputation  aux  autres  peuples  des 
Gaules.  Le  Poète  les  appelle  $nfidelU]s>  corn- 


des  Epodîes  d'Horace.  jxj» 
me  d'autres  les  ont  appeliez  légers  ,  parce 
qu'ils,  n'ont -pas  eflé  fort  cpnftans  à  demeu- 
rer dans  l'obcyflance  des  Romains,  dont  ils 
£b  font  toufiours  efforcez  de  fecoiier  le  ioug. 
Au  refte  les  tumultes  Gaulois  n'eftoient  pas 
moins  à  craindre  aux  Romains,  que  ceux  <fl- 
îalie,ou  queles  rcuoltes  des  Carthaginois  Se 
des  Illyriens.  Sii'eufTe  traduit  les  Sauoyarsoû. 
les  Dauphinois  >  au  lieu  JC  ÂUobrtoges*  faurois  fui- 
ui  l'exemple  de  perfonnes  de  beaucoup  de  ré- 
putation qui  en  vfent  delà  forte  :  mais  encore 
que  ie  leur  défère  beaucoup,  fi  ell-tc  qu'eii 
cela  ie  n'ay  pu  me  ranger  de  leur  oppinion,  non 
plus  que  démettre  Allemagne  pour  Germante* 
<[uoyque  ce  dernier  ferok  beaucoup  plus  fu- 
portable:  &ainfi  de  plufieurs  autres  noms  de 
peuples  qui  fe  font  changez  ,  ou  multipliez 
dans  ces  derniers  (îedes,  parles  Dominations 
diuerfes,  &  parlés  langues  Tudefques ,  Fla- 
mandes ,  Sclauonnes ,  Turques  &  Perfanet  :  de 
vne  infinité  d autres,  qui  nous  obligeroit ,  fi 
nous  àuibns  à  fuiure  cette  règle ,  d'employer 
beaucoup  de  noms  barbares  ,  lèfquels  nous 
aurions  mefmes  delà  peine  à  prononcer. 

7*     Sa  ieunejfe  aux  yeux  bleus.    Tacite   en 
parlant  des  peuples  de  la  Germanie  dit  la  me£ 
me  chofe.    Omnibus  truces  &  c&rulï  ocr4iy  ru-* 
iiU  coma  ,magna  corporà ,  &  Iuiienal  en  la  14. 
Satyre. 

Ctrula  quis  fiupuit  Germant  lumina ,  fiauam 
Cafariem ,  &  maâiâo  torquentem  cornua  circef 
JNempe  quod  hac  Mis  natura  ejî l  omnibtu  vna* 
17*     FtlU  des  Phocéens  ,  appellée  me  fin* 

Kjc   ii 


$\6  Rnuàovis  svr  i!  Liviii 
Phocis  quicitaufli  le  nom  d'vne  ProuincC  ail* 
près  du  Parnaflc,  dont  parlent  Hérodote,  &C 
Strabon  lin.  4.  Athénée  liure  1  ;.  Se  Titc-Liuc 
luire  54..  &  Lucain  lin.  5.  vne  Colonie  de  ces 
gens-là,  vint  demeurer  àMaifèille. 

28.  Le  Pau  ou  fErtdan,  fleutte  aflez  rc- 
holnmé  pour  cftre  le  plus  grand  des  fleuues 
d'Italie,  il  prend  fa  fource  au  motit  Vezule, 
aujourd'huy  le  mont  de  V%*>\  au  Marquifat  de 
Saluées  :  &  parce  qu'il  produit  la  poix  ,  laquel- 
le félon  Pline  cftoit  appelléc  Pade ,  en  langue 
Gauloife  \  le  nom  de  Padm ,  ou  de  P<w>  fur 
donné  au  fleuue  qui  fort  du  pied  de  cette  mon- 
tagne. 

28.  Màtinè  ,  vn  moht  ou  promontoire  de 
IaPouilk,ou  félon  d  autres  de  laCalàbre. 

<9«  Matelots  Sidomens  ou  Tjricns^  le  Pos- 
te fait  icy  allufion  au  voyage  des  Argonaute$>3c 
àlaconqueitedela  toitbnd'or. 


Sur  la  XVII.  Epode, 

3 .  T   À  diuiniti  redoutable  de  Diént ,  cîle  eftoit 
Attelle  ifon  feuletneftt  £ontf  e  les  animant, 
mais  aufli  contre  les  hommes  qui  l'auoient  of- 
foncée  comme  Orion ,  Adxon ,  &  Niob.e. 

S.  Telephey  fut  Roy  des  My liens  >  Se  fils 
d'Hercule  &c  d'Auge  fille  d'Alée  :  voulaiitem- 
pefcher  les  Grecs  depafïèr,  allafttà  la  guerre 
de  Troye ,  il  fut  griefuement  blefle  par  Aehile, 
&  Kepùciamaiseftrc  guew  cjue  parle  mcfmc 


DES    ErOBES     ù'HoRACI,  517 

fer  quilauoit  bleflé ,  toutesfois  Vautres  affeu- 
rent  que  ce  fut  par  le  moyen  d'vne  herbe  apr 
pellée  Achileon\  parce  qu  elle  futtrouuée  par 
Achile  ,  dont  parlent  piofeoride  liu.  4.  &  Pli- 
peenfbn  iç.  liure. 

28.  Charmes  Sabelliens,  ou  parce  que  Ca- 
nidie  dont  il  parle  eftoit  Sabellienne,  ou  du 
pays  des  Sabins  ,  ou  par  ce  que  les  Sabellien$ 
cftoient  proches  des  Marfes  qui  eftoient  de  cé- 
lèbres enchanteurs,  comme  il  a  efté  remarqué 
furla  5.  Epode*  £t  certes  les  Marfes  &iesSa- 
belliens  font  d'ordinaire  ioins  enfembie, com- 
me dans  Virgile  au  1.  des  Çeorg. 

H&c  gemti  acre  virum  Marfos  fHbemqtse  Sa- 
bellam 

Extttltt 

Et  dans  la  3 .  Satyre  de  Iuuenal. 

Tr#nft&ttu  fabita  ad  Marfos  menfamqm  Sd* 
bellam. 
Mais  noftre  Poète  dans  la  9.  Satyre  du  1.  liurç 
de  Ces  difeaurs ,  montre  comme  les  femmes  Sa- 
bclles  eftoient  Sorcières. 

Sabella,  quodfuero  cecinit  diuina  mot  a  anm 
vma. 

Le  chiffre  451.  qui  eu  marqué  en  marge  ns 
fignifie  rien ,  &  c'eli  vne  f^ute  d'inxprelïion. 

$0.  O  mer>  o  terre ,  te  me  fen$  tellement  bru* 
1er.  Tour  ce  lieu  a  efté  imité  par  Ronfard  ç^ 
fon  Ode  10.  du  3.  liure. 

O  terre y  orner,  0  Ciel  e'pars, 
Je  fuis  en  fen  de  toutes  pars , 
Dedans  &  dehors  mes  entrailles  : 
Fne  ardente  chaleur  me  poind 

Kk  iij 


Çl8       Rem^RC^VES    SVR     L!     LTVR4 
PIh4  fort  quvn  Marefilhal  ne  tomt 
Le  fier  tout  rouge  en  fes  tenailles. 

La  chemifie  qui  c'corcha 
JHercul  fi  t&fii  qud  la  toucha 
N'égale  point  la  famé  mienne , 
Ny  le  Vefimte  >  tout  le  chaud , 
N y  tout  le  feu  que  vole  en  \iaut 
La  fournatfe  Sicilienne. 

î1-    £l!lj  Venx-tH  dauantage?  &c.   cecy  cft 
encore  imité  par  Ronfard. 

Jf£ue  veux- tu  plus  l  di  que  veux- tu  ? 
Ne  m  as-tu  pas  afifiez»  battu  ? 
Veux- tu  qu'en  cet  âge  iê  meure 
Me  veux-tu  brufier?  &c. 
37.    le  fuis  preft  de  purger  mon  offience ,  cecy 
3  donné  encore  fujet  0  Ronfard  de  ces  deux 
fiances  qui  tradtiifent  aflez  naïuement  fept  vers 
dé  fuite  du  Latin  de  rioftre  Autheur. 

le  fuis  apprefié  fi  tu  veux 
De  te  fiacrifier  cent  bœufs  y 
j&fin  de  dès-enfer  ton  ire  : 
Ou  fi  tu  veux,  auec  les  Dieux-, 
le  i  enuoiray  la  haut  anx  Cieux 
Par  le  fin  menteur  de  ma  lyre. 

Les  frères  d  *  Hélène  fa fichez, 
Par  les  ïambes  defilachez, 
Contre  leur  fiœur  par  Stefichorc 
<A  la  fin  luy  ont  pardonné 
Et  pleins  de  pieté  redonné 
L'vfage  de  la  vue  encore. 

44  Rendirent  la  vue  au  Voue  deuenu  auew- 
gle ,  c'eft  au  Poète  Stefichore  que  Ronfard 
vient  de  nommer  dans  fa  verfion,qui  fut  aucu- 


©h  s  Epodes  d'Horaci.  519 
glé  en  punition  d'auoir  médit  d'Helene  fœur 
de  Caftor  &  de  Pollux  :  mais  après  s'eftre  re- 
connu, &  après  auoir  demandé  pardon  de  fa 
faute  ,  il  reuit  le  iour,  félon  letefmoignage  de 
Platon  dans  fon  Phedrus.  Nous  auons  dit 
quelque  chofe  de  ce  Poète  Sicilien  fur  l'Ode 
5.  du  4.  liure. 

48.  Neuf  tours  après  leur  mort.  Les  An- 
ciens faifoient  des  neufuaines  pour  préparer 
toutes  les  chofes  necefTaires  aux  fepultures,  & 
appelloient  cette  neufuaine  facret  ,  qu'ils  fai- 
•fbient  i'efpace  de  neuf  iours  ,  auant  que  de 
renfermer  les  ce-ndres  du  dcfundfc.  Seruius'  fur 
ce  vers  du  5.  de  l'Enéide.  Prœtereafî  nonadiem% 
&c.  cite  ce  lieu  d'Horace,  &dit  que  le  corps 
du  defun£fc  demeuroit  fept  iours  à  la  maifon, 
qu'au  8.  il  efloit  brulîé,  &au  9.  enfeueli:& 
les  exercices  ou  les  jeux  qui  fe  faifoient  en 
l'honneur  des  morts  s'appelloient  Neuendiales. 
Toutesfois  Acron  fernblen'eftre  pas  d'accord 
de  cette  opinionrdifant  que  les  corps  n'eftoient 
pas  plus  de  trois  iours  dans  la  maifon ,  &c  qu'a- 
près le  troifiefme  iour ,  on  les  mettoit  au  feu, 
s'authorifant  de  ce  vers  de  Virgile. 

Tertio,  lux  gelidam  caIo  dimouerat  vmbrAm. 
Et  qu'en  fuitte  les  cendres  eftoient  mifes  dans 
le  tombeau,  autour  duquel  fe  faifoient  les  com- 
bats des  Gladiateurs  &les  autres  cérémonies* 
ce  qui  me  femble  beaucoup  plus  croyable  que 
îapénféede  Seruius. 

56.  Secrets  noElurnes  ,  ou  Cotyttiens>  qui 
s'appellent  ainfi  de  Çotys  ,  ou  Cotytte  qui 
eftoit  vne  DeefFede  Timpudicité,  adorée  par- 

Kk  liij 


J10     R  E  M  A  B  QV  E  <:    SVR    LE    LlVRï 
Qjilcf  Thraces,  les   Ccnmhiens  >  Se  les  peu- 
ples de  Mlle  de  Cliio    Iuucnal  parle  dcccnorxi 
là  dans  fa  t.  Satyre. 

Taltit  feercts.  coluerunt  frein  t&dtl 

Ccecropiam  foliti  Bapt*  Lijptre  Cotytto. 

Tontcsfois  au  lieu  de  Cotyrtta  dans   Horace, 

plufieurslifcnt  Cocjtia,  Venant  de  Cocyre  pouç. 

dire  infernal,  ce  qui  femblcroit  mieux  conuc* 

rir  a  vne  Sorcière  que  l'autre  ephhete:  mais 

ceux  qui  fpnt  d'auis  contraire  ,'obfement  que 

toutes   les    Sorcières  font    impudiques  ,    ÔC 

qifainfi  on  doit  lire  Cotjttta. 

79-  R%apeller  an  tour  les  Cadauves ,  par  la 
Necrom.entic.  Voyez  ce  que  dit  Lucain  fur  ce 
fujet>en  parlant  d'Er-i&o,Sç  dcScxtus  fils  de 
Pompée  en  fontfjiure. 

Si.  Ne  pteureray~ie  p<u  de  regret?  Scç.  pour 
traduire  le  dernier  vers  de  cette  Epode,  fur 
lequel  Lambin, &  Torrentius  ont  efent  de  fi 
longs  commentaires,  à  caufè  de  la  façon  de  par- 
ler du  Roëte  en  cet  endroit  qui  leur  a  femblç 
clifiale. 


Sur  lilymne  du  Sieçk* 

NOus  aprenonsde  Politien,  d'Onufre,  de 
Sigonius  &  de  pinceurs  autres  ce  que 
c'eft  que  fierté*  &  les  ieux  feculiers  J  en  quel 
temps  lis  furent  inuentez,  &aucc  quelles  cou- 
tumes &  cérémonies  ils  furent  célébrez.  11.  y 
faut  neantmoins  oblevuer*  entre  autres  chofes 


DE  S    Ep  OP  1  S    D*  HoRA  C  1.  JH 

Que  les  garçons  &  les  filles  de  naiflance  libre,  y 
çhantoient  des  Hymnes  &  des  airs  en  l'hon- 
neur des  pieux,  pour  les  inuiter  à  prendre  en 
leur  prote&ion  l'Empire  Romain.  Ccftpour- 
quoy  ce  poefmequieft  de  cette  qualité  a  efte 
intitulé  fort  à  propos  Hymne  dn fierté,  en  fa- 
ueur  d'Augufte  fous  le  Confulat  de  Caius  Fur- 
nius  êc  de  G.Iunius  Silanus,  c eft  à  dire  larç 
7}6.  de  la  fondation  de  Rome  >  Horace  eifcnt 
âgé  de  48.  ans. 

2.  Bri liants  ornement  du  Ciel.  Virgile  les 
appelle  Clarijfima  mundi  lamina  :  car  le  So- 
leil &  la  Lune,  Apollon  &  Diane,  Liber  & 
Ccres,  ne  font  que  les  mefmes  diuinitez  confé- 
dérées endiferens  regards. 

4.  En  cefa'wtï  temps  ,  oxxet^ce  temps  facré, 
a  caufe  des  cérémonies  facrées  dont  l'inftru- 
#ion  s'apprenoit  àcs  liures  des  Sibiles  félon 
les  diueries  necçflitez ,  &  fur  tout  pour  la  célé- 
bration des  jeux  appeliez  feculiersy  qui  furent 
instituez  fous  le  Confulat  de  Marcus  Valcrius 
&de  Spurius  VirginiusTan  217.  de  la  fonda- 
tion de  Rome. 

6.  Les  belles  filles  &  les  chaftes  garçons.  Il 
faloitqu'ily  en  euft  trois  fois  neuf  de  chaque 
fexe,  &  des  plus  honorables  familles  de  la  ville, 
qui  chantpicntdes  Hymnes  en  Grec,  8c  en  La* 
tin  en  l'honneur  des  Diçux  Protecteurs. 

7.  Lesfept  colmes  y  çeftà  dire  Rome  qui  a 
fept  colines  dans  l'enceinte  de  fes  murs,  dont 
Virgile  aparlé  en  (on  6.  dcfEneidc. 

Septem  qu<e  vna  fibi  mnro  cirçumdcdit  areth 
Et  Martial. 


5ii    Remarqvessvr  le  Livre 
Jtîtnc  ftptem  dominos  videre  colles 
Et  totam  Itcet  tfltmare  Romam. 
Ces  montagnes  font  la  Quirinalc  ,  la  Vimfnalc* 
l'Efquilinne  ,  la Ccclienne  ,  la  Palatine  ,  la  Tar- 
pcïcnne  ou  la  Capitoline  ,  &  l'Auentinc,  auf- 
quelles  on  adioufta  la  petite  Celienne  ,  la  Iani- 
cule,&la  Vaticane.  loachim  du  Bellay  acom-  / 
pris  les  fept  premières  dans  le  quâtriefme  fon- 
nçt  de  ks  antiquitez  de  Rome ,  qui  cft  tel. 

Celle  qui  de  fon  chef  les  Eftodes  paffoit 
Et  <JC*vn  pied  fur  Thetis  ^(  autre  deffous  (Aurore 
D'vne  main  fur  le  Scythe ,  &  (autre  fur  le  More 
JDe  la  terre >  (je  du  Ciel  la  rondeur  c$mpaffoit, 

Jupiter  ayant  peur  Ji  plu*  elle  croijfoh> 
jghie  (orgueil  des  Géants  fe  releuaji  encore  ', 
L'accabla  fous  tej  monts ,  ces  fept  monts  qui  font 

ore 
Tombeaux  de  la  grandeur  qui  le  Ciel  menaçoit. 

Il  luy  mett  fur  le  chef  la  croppe  Saturnale  : 
^Puù  dejfus  (eflomac  ajjtt  la    fymrinale  : 
Sur  le  ventre  il  planta  (antique  Palatin: 

Meitfur  la  dextre  main  la  hauteur  Celienne? 
Sur  la  fiyiefire  ajfit  (efchine  Exqudienyie: 
Viminal  fur  vn  pied:  fur  (autre  (  Auentin. 

14.  Iluhyey  la  raefme  que  Lucine,  ou  que 
la  Deeiïè  Génitale  qui  prépare  auec  douceur 
les  voyes  de  l'enfantement,  d'où  le  nom  dlli- 
thye  aeftétiré,  comme  eeluy  de  Lucine  vieno 
del&lumiere,  parce  quelle  met  lesenfans  au 
iour  quand  elle  les  met  au  monde. 

19.  Touchant  la  loy  qui  concerne  leur  fecon^ 
dité>  ce  lieu  eftdificilc  &  fon  intelligence  de- 
penddefçauoir  que  les  Romains  eftoient  fore 


dïs  Epodes  d'Houac!,  5^j 

fbigneux  de  célébrer  des  mariages  pour  le  bieia 
de  la  République  ,  ôc  pour  laccroidcment  de 
h  pofterité  C'eft  paurquoy  le  plus  grand  foin 
des  Cenfcurs  eftoit  celuyd'empefcher,  qu'il  y 
euft  des  Citoyens  qui  vefquifTent  dans  le  Cé- 
libat. La  loy  de  cette  inftitution  dont  parle 
*  Ciceron>&  Aulugelle  au  6.  chap.  du  i.liure, 
fut  rcnouuelléc  par  Augufte  après  la  grande 
perte  d'hommes  que  fit  la  République  par  les 
guerres  Ciuilçs,  &  publia  la  loy  Iuliapour  le 
mariage. 

il.  Le  fiecle  de  dix  fois  dix  années*  d'au- 
tres toutesfois  veulent  dix  fois  onz,e:  Se  au  lieu 
de  Certm  vt  denos  decies  fer  annos  orbis  ,  & 
cantus  y  lifent  Certm  vndenas  decies  per  annos 
orbis  >  vt  cantm*  &  Lambin  &  "ïorrentius  ibnç 
de  cette  opinion ,  voulans  que  le  Siècle  Ro- 
main fuft  de  cent  dix  ans ,  au  lieu  de  cent  ans, 
mais  i'ay mieux  aimé  fuiiux loppinion la  plusi 
commune, 

2y.  Vous  Parques  véritables ,  &c.  Ce  lieu 
qui  eft  dificile  eft  fuffifamnxcnt  éclairci  parla, 
verfion  ,  félon  lefens  de  Lambin  que  i'ay  fui- 
ui ,  &  qui  m'a  femblé  le  meilleur.  Sa  remarque, 
eft  très-longue  &  très  conlîderable  fur  ce  fujet, 
mais  il  feroit  ennuyeux  Se  inutile  de  la  rapor- 
ter  icy  >  puis  quelle  fe  peut  voir  aiféinent  dans 
lesdiuerfes  éditions  de  cet  Autheur. 


Fin  des  Remarque  s  far  les  Eped$sctI£Qr&:c* 


4?  m  m  A  ft  *  9*  :  &  9'  i  ^  ^  5*  ^  9s  9*  $ 

*fc  sfe  $fo  <ît$  sfa  &  «fe    STe>  sr*     ïffi  ste  èv  -stâ  ift  fr?>  •** 

£4*  ?&  ?&  »  W  6i9  *fS>  eiS> .  *4S>  SU3  .  4à$  rt*S>  Glt>  .-14)  «g  {k  vH9 

^  ^  ^  .y  ♦£  #£  ^  :  .^  *^  :  ^  ^  ijj*.  i^  a  ^  .fc, 

TABLE 

2>£S    NOMS    ET   DES 

matières  contenues  dans  le  premier 
Tome  dçsOeuures  d'Horace. 


AChe,       105.2/9  Africains,         89.319 

Achemene,   iij.  Afrique,  117.14f.15;. 

40J  185. 197.  281 

Acheron,      145.420  Agamemnon,    9/255 

Acherontéc,   147.41$  Agieu,                    476 

Achile,  15.41.93.143.  Ajax,  39. 9/305. 364, 

JIM-  Wr^|  5°7 

Acoudoir  des  Dieux,  Ail,                          283 

588  Aire,                       346 

Acraucerauniens,    u.  Albane,                 159 

353  Albe,  199.  12;.  335.4e* 

Acrife,                     i8j  Albuntc,           21.358 

Acron,                    44;  Alcée,  71. 115.  2x1.255» 

Adriatique,  1r.75.1c9.  255. 382.  469. 4S2 

rï7. 141. 169-3*3  Alcide,                      33 

Aduenir  obfcur,    458  Alexandrie,           269 

iEIiens,                   447  Algidc,      51.  199. 237. 

yElius  lamia,     59.  187  337-570.  452.  471 

Aolienne,              *it  5  Allobroges,     317. 514 


TABLÉ. 

Alpes,      135. 167.277    Apulie,  73.  voy  Poiiil- 

Alphi'us,  283       le. 

Amazones,  155    Apulien,  ijj 

Amour,  10^79    Apiuil,  ij.9.  485 

Alnpluaras,     18c.  4+5    Aquilon*  11.  10;.  30$. 

Amphioh,  171        S11 

Amphore,        195  455    Arabes,  Éy.yjMij.ï^ 

Amyntas,  311        379 

Amyftidcs,        81.387    Arbre,      113. 405.414 

Anacreon,  45.  253.315.    Aixadic,  26$ 

366.  40*.  4jf.  481.     A  rchipelaque,       347 

508  Alchitas,  6j.37^ 

Aftaxagoras,  419    Argicns,  145 

Anchiiè,  27;.  33/    Argonautes,  313 

Ancilies,  42S    Argos,  iî. 99.357 

Andromède,  217    Ariadne,  413 

Aflcus,  247.475    Ariftius  Fufcus,        53 

Anion,  *M)8    Àriftole,  489 

Annibal,  111,1/9*237,     Arménie*  10$ 

251.517. 431  Arnobc,  384,421. 

Anrie,  77-385    Afdrubal,       237.  47* 

Antiloque*  107    Afinius Pollio,  87.89 

Antiochus,      159.431    ÀflTaraee,  3 13 

Antoine,  Iules*       227    Affiric,  109.  ià$ 

Atore  des  Mufes*  424    Aftcric ,  t6i 

Apollodore,    35» 4.434    Aftrologic,  409 

Apollon,  11.2!.  23.31.    Atafe,     3. 127.346. 411 

41.  fU  *9.  71.  109.    Atlantiques,  75 

14J.  243.  24/.  271.    Atlas,  27 

3I5-53ï-  î37-4^û.42f    Atlethes,  177 

521  Atrides,  29.360 

Apotheofes,         420    Attagen,  4916 

Appitone,     287,^8    Auique,  n. 


i 


T  A 

Auarcs,  5?i.  199 

Aucntin. ,  337 

Aufide,  2/3.269.462. 

482 

Augufte,  7.31.107.143- 

îy,  179.229. 235. 139. 

267.    271.   3/1.  361. 

426.  442.  471-475- 

Augur,  191 

Aulon  montagne,  101. 

399 
Aulugelle,      475. 5 13 
Aufone,  449 

Aufonie,         237.471 
Autans,  ,1[-35^ 

Aatumne>97. 147.179 

B 

BAcchus,  21.31.  4\ 
47-  49-  él-  7K* 
129.143. 165.18j.205. 

251.  273. /oS 

Bacchantes,  129.20/ 

Barres,  2.17.458 

Baifcrs,  35 

Balane,  X15.458 

Barbarie^  59 

Barine,  105 

BafTarée»  ^7.368 

BaflTus,  81 

Baftimens,  407 

Batylct  i1}'}1* 


191 


380 
131 


BLE. 

Bayes,    127.  149.  41a. 

424 
Bellcrophon,  163.261. 

*435 

Bente,  1 47 -4*3 

Berccinthîon,  47 

Berecinthienne, 

115.368 
Bibliothèque, 
Bibulus, 
Biftonides, 
Bithinic,    77.161.  415 
Bithume,  29} 

Blandufie,      177. 441 
Bofphore,  115.  133. 149. 

405.  424 
Bouche,  420 

Brencois,      267.488 
Bretagne,  271 

Bretons,   /3. 79.149, 

*55-  *97-   37*-  386. 

414.426 
Brifeis,  9/.  396 

Brutus,  101 

Bulle,  499 

Bufale,  29/ 


CAlabrc,    69-73*' 
185.   209.   1/1. 
277^319.381 
Çalatho ,  voj  Cotittav 


T  A 

Calais,  167 

Calendes,  163. 434 

Calene,  51.381 

Calis,  99 

Calliope,  147. 411 

Camille,  33 

Canicule,  ï77-277 
Canidie,28;.i87.i8^, 

Canopeum,  506 

Cantabre,         99-398 
Cantabrois,  165.  169. 

.4M 

Capitule, 81. 145-.  203. 

211.  231.  345.   454. 

462, 
Capouc,  3 17.  514 

Capricorne,  125 

Caribde ,  61.376 

Caron,  129 

Carpathe,  77.241.385; 

.  475 

Carchage,  9i.i5j.235>. 

2/1.    297.     303.  394. 
497.50* 

Carthaginois,  .33. 115. 

15f.1j9.237 
Cafpie,  105.401 

Caffius  Seucrus ,  29J 
Caftalic,  151 

Caftor,  241.327.  329. 

,35* 
Cathpn,  89.115*195» 


BLE. 
392.  4/1 

Catulle,  478 

Catyle,  47-^7 

Caucafc,        J3,  277; 

373 
Cecrops,        i.6\.^ÎS 

Cecube,  $*)'i*f. 

Gee,  89«*J$ 

Cçlfus,  S09 

Celier,  4J7. 486 

Cenforin*  24^ 

Centaures,  47.  m.  227. 

313.367.j10 
Cephée,  217 

Ceraune,  n-35$ 

Cerbère,  131. 17  5 

Ceres,     141.241. 337. 

418 
Cefar,  9.53*51.83.111. 

149. 179.  205.  229. 

241.271.  273.  27J. 

Celles,  231 

Champs  de  Mars,  23. 
j  27.13j.163.225 
Chançons    a    boire* 

Chappelle>  375) 

Çhar>  346 

Chafïèur,  5 

Gheuaux,  J64 

Cheureau  blanc,    16/ 
Chimère,         éî.227 


TABL 

Chio, 

191 

Cotinthe, 

M.  3|7 

Chioife, 

265 

Corneilles, 

209.  167 

Chionce, 

45 

Coruin, 

*95    4P 

Chloé,  J5.161 

.167.169. 

CorfaireSjig 

3.287.445 

19$. 207 

Cos, 

16  S 

Chloris, 

99. 1S1 

Cothurne, 

87. 39* 

Chrêmes. 

177 

Cotitto, 

519510 

Chrifippe, 

4^3 

Cotifon, 

165.435 

Cibclc, 

41.564 

Couronnes, 

389 

Ciceron, 

4*7 

Crage, 

iM7* 

0^,45.277.325.493. 

Crafius, 

*;$ 

501 

Crates, 

42t 

Claude, 

269 

Crayc, 

387 

Claudian, 

4^9-45? 

Créons 

29I 

Claudiens* 

1    239 

Crète, 

209.  305 

Ckudienne    famille,     CrifpeSalufte,  91. 393 
470  Critiques,  319 

Claudius,  486     Croix  du  Maine,    342 

Cleopatre,         81.301    Crucquius,  414 

Clients,  137    Curius,  33 

Clio,  31     Cycladcs,    37.nj.362 

Cocite,  117     Cyclopes^  15 

CodruS,  19t.  44S     Cydonien,  253 

Colchiqifes,    113.327     Cygne,  464.467 

Colchos,        337.405    Cygne Thebam,    229 
Colques,  133    Cymbales,  43 

Colombe,       321-346    Cynthe,  51.37° 

Coltys,  519     Cynthie,  4/8 

Concanicns,  149.424    Cyuarc,   223.267. 46$ 
Conful,  546    Cypre,  3,  49.  69.207. 

Confulat*  390        219.  347 

Corbeau,  2^9    Cyrus,  45.  73.91.  217. 

Conbamhes,  4}        367 

Cytheréc, 


Cytherce, 


TABLE. 

ij.175,    Dircéen, 


D 


DAce,  77-ÏJ3-159- 
16/. 385.  430 

Daims,  7 

Dalmarique,    89.  391 
Bamale ,  81 

Daanoiles,  4^7 

Danae,  183.444 


Dithyrambes 
Diuination, 


Dogue, 


468 
466 

52 
502 

435 


Dorique, 
Drufus,  235,267. 48$ 
Dyndimene,  364 
JDuuet,  484 

E 


Danaïdes,i7i.  175.297     T^Acus,    nj.iip.2ji. 
Danaus,  117    JLj    449.481 


Danube,  271.273.488    Echion, 
Dardanienne,  39.  245    Echo, 


Dard 


anus 


363 


Daune,     221.269. 462 
Daunie,  j  5 . 5  7  4 

Daunienne,  393 

Dédale,  13.135.  227.353 
Deefle  de  Cypre  ,     n 


Edile, 

Edonien, 

Egide, 


237 

31.51.370 

346 

103 
1/1.41; 

309 


fcgipte, 

Elcphans, 

Elide,      2.31. 346.469 
Deiphobe,  iff     Emonie,  83 

Dele,  24J     Encelade,  15c 

Delien,  151.469    Enchantemens,     joi 

Delos,  51     Ence,         245.247.335 

Delius,  95    Enfers,  15.11j.129.131. 

Delphes,       2î. 231. 3^7        1 51.153.175 
Démocratiques,    419     Ênipée,  163 

Deftin,  123.125. 229  269    Ennius,  251  481 

Deftinées,        167.17$     Entrepreneur,      415 
Deuin,  209    Eole,  117 

Diane,    5rcr1j.151.19j.    Ephefe,  2.1.357 

215.291.32^337^3,    Ephorus,  411 

516  Epicure*  383.418 

Diomede,  41. 556.364    Epodes,  491 

Dioviéç,  89. 393    Eprcùier,  8j 


TABLÉ. 

£]iyrc, 

*95 

402 

El!X, 

?;° 

Folie,                     48<ï 

Erycine, 

9  35° 

Formianc,  jl.  iSj.  1^7 

Erymamhc, 

5lo7* 

57o 

Etperancc, 

.  77 

la  Fortune,  75  77.  219.' 

Gfquiî'iij 

19/^19 

J*J 

Efté, 

247,28; 

Fouet  d'Efpagnc,  497 

:Efule, 

*'/ 

Foy,                  77.38^ 

Eutcrpe, 

5 

Francolin,       281. 49* 

Ethiopien, 

t/9.  430 

Frondeur,        jji.  425 

Etna, 

«532  5*7 

Fuitte,                    399 

Etrufques, 

3^ 

G 

Eubéej 

3^7 

/^^Adcs,        91.394 
VjGalathée  ,     207.  . 

Euïus,         47. '09. 368 

Eumenides* 

115.  406 

209 

Eunques, 

5°J 

Galeze,             99.  $98  1 

Euoé, 

119.  412 

Ganimede^              253 

Eure, 

30) 

Gargan,           105.401 

Europe,    145.109.  m. 

Gaules,     271.489.514 

456-457 

Gaulois,    25. 301.  429, 

F 

506 

IpAbles, 
JL  Fabrice, 

422 

Geaiirs,         131. 13  j.151 

■yî 

Gelons,    ïqj*  135.149. 

Fa&euis, 

5*7 

402 

Falerne,     51 

.185.570 

Genauncis,  267.488 

Faftes, 

187.267 

Génie,                    187 

Faune,  if-4f 

189.3/4. 

Geniilè,                    97 

3S6.448.497 

Génitale,                333 

félicite, 

241 

Gcrion,                   117 

Fe rente, 

147-  413 

Germanie,     141. 3174 

Telle, 

?3 

474.515 

Fcftiris,  356-407    Gethcs,    201.273.430 

Flaccus,  315    Gctulic,  j543j.193.374 

flcuue    des    Medes,    Gias>  "j?*^1 


Giges, 


f  Al 

99.16I 

Glicçre,         49-7J!?j 
Gnide,   e999.1iN.57 ^ 

Gractsjj.  69.11,5.24.7. 

Grèce,  203 

Grecs*  249 

Grofphe,  izi 

Guérie  Ciiiile,  8^-/13 
Guerre  Marfïque,  4  42 
H 

HEbre,  59.175.?  £5, 
+54 
He&or,        95  1^  3x55 
Helçne,  11.39.143:255. 

327.  365  ^83.519 
Helicori,  3 1 .3  6 1 

Hcme,  31,561 

Herciile,i;  111  143  179 

141.1(1. 28?. 3*7.4*0 
Hefpagne,  67 J59.165. 

179.241. 171.185 
Hefpàgnol,     169.  40  3 
Hefperiè,  79.125,271. 

587     : 

Hefperierçs,  65 

Hidalpes,  J5-573 

Hidrêj;  237 

Himetce,  toi.  127.399 
Hiperborées,  135 

Hiperitinertrç,       439 
Hirondelle,  485 

Hirpinus,  109 

Homère,  ijtâÇtéffâ 


t  Ê 

3^4-  39*-  4*3-    42' 

433.  44^.  450.401 

Horace*    167. 159.24:1 

Hyades,        11.352.4^ 

Hylce,  ni 

Hymne.  }iùft\ 

Hyppolite,    163.  249/ 

434-479 
Hyuer^n^o.  109.1370 

247e  261.28* 
I 

IAïiis ,  £7 

ïambes,  ver?,      jix 
Ianus*  âc,q 

Iapet,  i^5;3 

lapigdj  iï.jj* 

lbejre,  i^.  414 

lbcroifes,  (-y 

Icare  i  K3 

Ida,  39 '.193.450 

Idê^  i^.^» 

{dôiiienéë,  25J 

Ieimeile,   69.109  îjj-î , 

350 .380.464.j1j 
Iëùxfe£ùlièrsf        521 

lllon,    29.  41.143. 253* 

ïlithie,  333. 5  li 

Illiriqùés,         £5. 378 
Inache,     ?}>*$*?%p 

Inachièj  ^5  $§ 

Il  ïj 


TABLE, 
îndes,  69    Laomedon,  14$ 

Indicns,55. 199  i69-3$5  Lapithcs,            47-U5 

Iolque,           289.  499  Lares,                     197 

Ionic,                        i;:i  Lariflc,                2T-357 

Ionienne,                159  Latie,                  77  337 

Iphicus,                  346  Latins,              89.271 

Mes,                        311  Latone,         51.115. 24c 

Iitmies,           13T.469  Laurier,                 413 

Italie^  83  155.1/9.137.  Leda ,                 35.5/2 

237  171  Leneen,                 20; 

Italiens,                   221  Lefbie,                   309 

luba,                  53.  374  Le/bien,                  245 

Iugurtha,           89.591  Lefbos,         71.115.348 

Iules,    *J.  127. 273.465  leftngons,     185. 44É 

Iulius  Florus,         411  Lethe,                3 13. 511 

limon,  21.  89. 141.14;.  Leuconoc,              29 

151.425  Libation,                 381 

Iupiter,  9 .  13.29^1. (Sf;.  Liber,                    129 

71.  7J.  100.  ioi.  io$rf  Libitinc,                  221 

J25. 135. 14.1.  14/.  153.  Liburnc,       27;.  492 

169.183.  2>9. 233. 2.51*  Licence,           49. 36S 

281.31^.337.349.510  Licin,                     107 

Iupiter  Capitolin,  271  Licurgue ,         131  413 

Ixion,                      173  Lierre,           $>  81.  2;^ 

L  Ligurin,    225.1)7.485 

LAcedemone,     21.  Lipare,                    175 

357  Liris,  69.187.381.447 

Lacedemoniens,     1/7  Liures  des  Stoïciens, 

Laconie,                 117  503 

Laconienne,            ni  Lollius,     155. 255.  48* 

Lalage,         53. 97.  99  Loup,      189.366.497 

Lame,                     187  Loy  d'Othon,     287. 

Lamie,     79.187.  447  498.  523 

Lanuuin,        207^456  Lucanie,                277 


T  A  B 

Lucerie,  *8«443 

Lucine,     187.335  522 

Lucrctil,  45- 466 

Lucrin  lac,     119.  281. 

407.  496 
Lune,        139- 231.355- 
Luftre,  22;.  537 

Luth>5,59?7I-348-37<î- 

455 
Luxe,  119.417 

Lybie,  3-91  34^ 

Lycambe,  295.J02 
Lyce,  265.267.486 
Lycée,  4J-3^ 

Lycidas,  15 

Lycie,  SlASl 

Lyciens,  2.5,359 

Lycimnie,  111.405 
Lyciique,  307 

Lycons,  73 

Lycus,  7I-I93 

Lyde,  m. 171. 173. 213 
Lydie,     23.5j.j7.167. 

169 
Lydienne,  273 

Lydiens,  185.446 

Lyre,  71.u1.i71.191. 233. 

253.271.30T.31j.327. 

35X-459  5'° 

M 

MAredoniens ,  183 
Magiciénes,  191 
Magnefiens  ,  163 

Malobacrum,        399 


L!, 

Manlius,  105.247.450 
Manni,  49* 

Marcellus,  35 

Mareotiques,        3^8 
Mariages ,  523 

Marica,  187.448 

Mars,  9.45.63.117.143- 

251  3<;i.  410 
Marfeiile,  5T4-5l6 

Marfcs,  j  iJ3r79  tyh. 

317.327. 348»44i-5of- 

Marfiennes,  135 

Marfus,  3J8 

Maflagetes,     79. 38$ 
Mafïïqiies,  5.103.195. 

Maftin,  299.  y oj 

Matelots,  241  3*7kf.*f 
Mâtine  montagne,  63. 

3«9'377-;*6 
Maure,  9- 53-  95>  373- 

■#« 
Mauritanie,  171 

Maxime,  22; 

Meccnas,  3.49.111  ^3- 

\y.  135. 16}. 165  18?. 

215  !59<27F.*8$,i85. 
30  .313.344.369.409 

49M°4 
Medée,    283291.323. 

foi 
Medes, 61.  67.89.107. 

Ui.iv3-^J-^9«3JS 
'Ll  iij 


TAB 
Médiocrité,  402 

Mçgilc,  6\ 

Melpomcne,    55.  221. 

î  *$*•  J7Jv4^8 
Me.irtphis,       *o7-4îS 
Menades,      4.05.  4^4 
Menas,  497. 49S 

Menecràtes,  497 

Mer  Adnatique,    n. 
73.  109.117. 141*169. 

Mer  Atlantique,  71 
Mer  Cafpiç,  165  401 
Mer  Egée,  40S 

Mer  Ecrurienne,  21? 
Mer  Icarienne,    j.165. 

Mer  Indienne,  381 
Mer  Ionienne,  305 
fyter  Politique,    199. 

M"£  Sicilienne,  14g 
Mer    Tyrrhenienne, 

Mercure,  $.27.  jr.  57. 

69.  ro*.  17 f.  Jtyj/i, 

3(30 
Mercuriales,  115 

Me  non,  4M56 

Meiïàîa,  451 

Metàurus  fl.  i$j.  471 
Metelic,  87 

Mcuius,  $?hi°7 


L  E. 

Miccncs,  zr.  3^ 

Mig4pniê«S|        44(1 
M  mm,  i^i 

Mmeme,    21.14;.  17^- 
Minos,  ^4?  577 

Mirtale,  73 

Mirthe,  85 

Mirthoe,  5-}47 

Mifiens,  32.Ç 

Mifte,  iç37 

Mitylepe,  21,357 

Mnafeas,  41 

Monefç,  159.429 

Montlda,  $9 

Ja  Mort,  If.  139 

Mu^atiusPlancus,  zr 
M^rena,  J?i-449 
Murs  de  Trqye,  442 
Mufes, 9. 59.;  1. 123.109. 
1j1.S7.89.  155.147- 

337-J7ï-4i^4"-4sA 
N 

NAples,  29-^00 

Nard,  109.311. 
404.510 

Nauhc,  5  7.362^ 

Nayades,  2o;.4J5 

Nearche,  1.95 

Neceflité,  385 
Necrc^mâtitie,        510 

Ne&ar,  37,36  ^ 

Ncere,  315 

î^egrepoiu,  5  547 


T  A  B 

Neobule,  175 

Nepos,  493 

Neptune,  650113.319. 

410 
Nerée,    59.181.353.515 
Néréides,  213 

Nerqns,  2jy.167.47p. 

488 
NefTc,  327 

Neftoj,  3^io7 

Nil,  14?.  271.488 

Nimphes^ .  1  jio;  .119. 

189.  209.247 
I^iobc,  243. 47; 

Niphace,  107. 401 

Nirée,  19$.  3*7.5*3 
Nombres  Babylonics, 

;6o 
Nombril,  512 

Noricicn,  43. 3 6 y 
Nothus.,  18 1 

Nouemdiales,  519 
Noyers,  410 

Nuina,  349 

Numancc,  m. 404 
Numide,  79. 175 

O 

OCeaç,        13,321 
Ode,  341 

Oliue,  281 

Olympe,  151 

Olympiades.,  346 
Olympiques^  336 
Onces,  iij 


L  E. 

Oncle,  175 

Onde,  440 

.Onguent,  ^55*399 

O  pUntic,  61 

Orient,  35 
prion,  (^«Uj.ijt.icj. 

305.ÎU 
O  miche*  167 

Orphée,  3VJ7 

Othon,  4^8 

Ours,  1451 

P 

PAcore,      159.429 
Pa&ole,       317-515 
Palatines ,  337 

Palinodie,  4t 

Palmure»        149.424 
Pallas,  51.59.  ^51.  505. 

363 
Pancce,  ^7-379 

Panthée,  151.415 

Paphos,     ^215.379 
Pare,  368 

Paris,    39.145-  *4J-$£> 
Parques,  315.  335.  395- 

Parraiïus,       249.480 
Parthes^5.49.i39.24i« 

*7^97 
Patareen,        151. 4.2.5 

Patrie,  418 

Pau,  319-5I5 

Paul  Maxime,22}.464. 
Paulus ,  35 

Ll  iiif 


TA 

Paimreté,  4^4 

Fcgazç,       (fi.161.377 
Peine,  4.8 

Pelée,  163 

Pelion  ,  151 

Pelops,  63. h;. 531.355 
Pénates,  199 

Pénélope,  45. 171 

Pergamcs,  9$ 

Perle,  311 

Perfcs57.53.i;9.iç3.i67 

Perfienne,  83 

Pettius,  30/ 

Phaeton,  259 

Phalante,  loi 

Pheacien,  41J 

Phidile,  197.451 

Philis,  97.z59.161 
Philippiens,  10,-149 
Philippe,  445 

Phocée,  95 

Phocéens,  319. 514.515 
Pholoé,  73.99.181 
Phraate,  9139+ 

Phrygic,  41.107. 113 .139. 

185.  4x7 
Phryné,  31; 

Phtie ,  476 

Phtien,  243 

Pic  veut ,  1     209 

Pierie,  171 

Piéride,  253 

Picrien,  149 


BLE. 
Pilé,  4! 

Pjmplcs,  59.37^ 

Pinde,  31.361 

Pindarc,  227.253.401, 

48.434.46; 
Pippe  Sabine,  359-45/ 
Pirithous,  153.249  42/ 
Pnhagore,    63.317.378 
Plancus ,  181.445 

Plane,  119.408 

Pleyades,  4S8 

Pluton,  15.  95.  117.12P 

406 
Poètes,  5.  iji.  191.233. 

Hï*J3-*5J*4H 

Polhon,  87.  391 

Pol!ux,i43.zi9.35i.4i9 
Polymnie,  5 

Poiybe,  309.509 

Pompée,  ^85. 399 
Pompée  Vare,  101 
Pompilius,  $3 

Pôpone  Numide,  79 
Pont,  37.  115 

Pôtife,  117. 199.21.329 
Porc,  49 

Porphyrion,  151 

Porphirion,  443 

Porfenna,  3x7.514 
Porte  du  Saune,  456 
Pofthume,  117.4  ^ 
Poiiille,  n.73. 1 47.1 8/. 

28m8j.3J2 
Pourpre,     487.495) 


TABLE. 

Prêteur,               346  Remus,                  297 

Prélats,                407  République,            37 

Prenefte,          *49«423  Retiens, 1^5,267 .470 

Preflre,                    155  RheaSyluia,         349 

Prétexte,                499  Rhodes,              2.1^35^ 

Priam,  29.143.14c. 243.  Rhodope,       2©5.4y4 

325  Remini,                   291 

Priape,           279-  49/  Robe,                    458 

Printemps,  13.5j.105;.  Roeque,              39***$ 

247.261  Romains >  115  i^^.i^. 

Proculeius,              91  179.297. 301-317.3330 

Prodigue,              493  33$.  4*8 

Praetus,             1^3-433  Rome,  83. 14;. 145.21/, 

Progné,                  261  217.233.235  297.303. 

Promethce,43. 115.129.  317.3^3.3^5- J^-i 

331.35^.36/  Romulus^^ï. 119-145.' 

Proferpine,         6511J  251.319. 34.6.361.420 

Prothée ,                   7  Rofnc,                    133 

Pucclles,      113.225. 335  «Roy,                      40© 

Pyrrha,          7*17-549  Royauté  du  vin ,      1$ 

Pyrrhus,  i;9-I93-43°  Roys,  135.2.31.349.5/4* 

Q_  416 

Valus,         440  S 


Q 


Quinrilius    Va-  Ç*Âbeens,        67.37? 

rus,             47,55.57  w3sabelliens,  3x7.517 

Quirin,  9.271.346.420  Safoin,                      nj 

Quintus  Hrrpinus,i©9  Sabine, j3.127J59.281* 

R  139^59 

REdemptor,  voyez,  Sabmes ,                3  29 

entrepreneur.  Sabins,                    425 

Regulus,     35-153.15/.  Sabot,                    203 

4*6- 4*7  Sagane,          289.500 

Reines    du     Septem-  Sagefle,                  38$ 

uion.,                 376  SaUmiac,-    23,41,318 


TABLE. 
SahenS581.115.387.465    Sidonicns,  313 

Salière,  408     Siècle,  520.52! 

Saluftê,        91-  373-59J     Siluain,     117.179.45$ 
Samos,  3  M     Simois,  313 

Sapho, 115.153. 405. 48!    Simonidé,  89.15j.393. 
Sardagnç,         69.581        481 
Saturne,  ni.  125    Syrie,  101 

Satyres,  yu$    Sifyphe,     1*7. ;3' -469 

Saye,  506    Sithoniens,  47 

Scamaftdre,       3lh5lt    Socrate,  67- 19/ 

S  carre ,  181    Soleil,  1.43.431 

Scaures,  33     Sora&c,  25  41 

Scypiô  l'Africain,  480    Sorcières,  517 

Scopas,         249.  480    Sort,        354.  360. ;9J 
Scorpion,  115    Sparthe*  117. 143. 153- 

Scythe,     109. 141.269       195 
Scythes,  49.79.165.    Spartacus,i79. 517  4+î 

i01.335.3Sj.455         ?       ji4 
Scythie,         149. 45S    Stenelle,     41.253.36+ 
Scraelc,  45-49    Sthefichorc,  481. 5  iS 

Sénat,        153.157.471    Sux,  7PH-3?4 

Sep.  de  vigne,       456    Sthigienné,     2jS.i5ï 
Septinaius,  ^9    Suburre,         191.500 

Ssrcs,  35.67.  173.3(51,    Sulpicien,  iëi 

45*  Syrthes,  5*.95>-I33-375 

Semantes,  411  T 

SextcPompée,30i.50j    HpAbleau,  îs$ 

Scxtitis,  13      JL  Tanais,  1*9.349. 

Sibaris,  z$     .  117  , 

Sibiles,  333    Tantale,      63.119.331 

Sicambres,    U9«  468    Tarente,    6j.1j7.378 
Sicambriens,  17 1.489    Tarqum,  33 

Sicile,  111,185     Tafle,  3^ 

Siciliennes,,  11}    Taureau,    £7.109.21! 


t  À  B  t  E. 

TccmefTe,        95:397  Tirans,             ^J-i^t 

Tclamon  ,                95  Tiridâtej,                   jp 

Xclegon,                 215  Tirteus,                  44C 

Tedcphe,    $tA^k$t.  Tirrhené,               4fô 

259.32/»  362.44S.516  Titans,                    i$x 

Tempe,          %t,)tt}y  Tûhon,      6)*U).y^7 

Tenant           75384  Tûycj  11^155.17^14!. 

Ternaire*               449  42;.  47  5 

U Terre,                  1 51  Tiuoli  >  23.  47*95M4>» 

Terrine*                369  215^229*  231.358.39$,, 

Terme,                  iS  j  427 

Tethis^         I5.i4j.3i3  Tonscît*  Mufiquc,504 

Teucef,  £3,41. 25$.  $58  Torquat,  247.149.j1u 

Tcuerone,      349.3/8  510 

Thaliarchc,              25  Tofcanc,          215.217 

Thalie*                  i.45  Tragédie*         87,311 

Thebes,       2r.49.237  Trépieds,              4751 

Theognis,              413  TriumpharcÙ£,      ijt 

Therpandre*         455  Triumuirs,     285.49Ï 

Thcfée,                  149  Troilc,            107,401 

ThefTalie,      21. 61. 291  Troyc,  25.39.41,63,143* 

Thieftc,     43.  293.  $6$  H$'l9l-l}7*i4h*?ï 

Thrace,  59.61.121. 131.  315.421 

167.205.207.311  Trois,                   37$ 

Thraces  ,                 fci  Tullus,  165. 147.  4;^ 

Thyades,         129.181  443 

Thyrfç,           129.412  Tufcule,    iîj.  277.458 

Tibulfe,             753S3  Tyr,                  216.311 

Tiburne,            21.358  Tybrc^.i*.  67,93*163. 

pgrc^     175.4^439  i7J}5°-349JJ9J7« 

Tiens,           271.489  39J 

Tilleul,                    85  V 

îindarides,  43251.37$  *\7Algiu$,           10$ 

4S*  V  Va'riug,     355  193s 


T  A 

Vatican  >  51 

Vaultour  mont.  147 
VejoSorciere,iS  9.500 
Venafre,  101.  157.399. 

428 
Venins*  405 

Vent  Afriquain,   5.11. 

37-  2.19.237.31^ 
VentdeMidy,  65.141. 

161. 169. 269.305.305 

319 
VentOriental,i2j.i87. 

237.281.323 
Vents  de  Thrace,26i. 

485 
yenus^5.35.47.49  ^, 

69. 75.105. 169.175. 

177.183. 191.207.213. 

213.241.259.293,335. 

551.368.j13 
Venufe ,  65 

la  Vertu*  J39 

Vefta,  7^-155 

Veftale,     221.350.462 
Vieille      impudique , 

299.309 
Vicruftique,  279 

Vin  Albane,  259.484 
Vin  de  Calent  51.263. 

J7<^ 


BLE. 
Vin  de  Cecube,  $t.8i. 

117.213.  301.370 
VindeChio,  191.303. 

44c^-;o6 
Vin  delicieux,235.2^7. 

441-4^8 
Vin  deFalerne,  93. 139 
VinLefbien,     4;  303 
Vin  Maffique,  5.103. 

I95-348.  400 
VinSabin,  49 

Vipères,  149 

Virgile,   11. 55. 57.161. 

269 
Viuius,  402 

VMè,  39  323.325 

Vœu,  3JJ 

Vilique,  4f.  166 

Vulcain,        ij.151.425 
Vulgaire,  41; 

X 

XAnte,      ^45.476 
Xante  Phocée,  95 
Y 

Y  Voire,  381 

Yeufe,       177*199 
Yeux  noirs,  382 

Z 
H^Ephire,    13.  irf> 


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