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Full text of "Étude minéralogique des produits silicatés de l' éruption du Vésuve (avril ..."

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HARVARD UNIVERSITY 



LIBRAST OF THE 

MINERALOGICAL 
LABORATORY 

UNIVF-RSITY MUSEUM 



] 



^ 



ÉTUDE MINÉRALOGIQUE 



DES PRODUITS SILICATES DE 



L'ÉRUPTION DU VÉSUVE 



« A. LACROIX. 

ou l'autre de ces sciences seulement. Que d'observations intéressantes 
ont été perdues, parce que trop souvent, minéralogistes et géologues, 
ont suivi leur chemin sans coordonner leurs efforts ! 

Malheureusement, en ce qui concerne la formation des minéraux et 
des roches et particulièrement des roches éruptives, le rôle de l'obser- 
vation directe est des plus restreints ; nous ne voyons la nature en œuvre 
dans les phénomènes éruptifs, qu'au cours des éruptions volcaniques, et 
celles-ci ne constituent que la partie tout à fait épidermique, si je puis 
parler ainsi, d'un phénomène qu'il nous importerait surtout de suivre 
en profondeur. Pour tout ce qui concerne cette partie capitale de la 
question, nous ne pouvons travailler que sur le cadavre. 

11 semble, au premier abord, qu'il y ait une différence radicale à tous 
égards entre les roches d'épanchement superficielles et les roches pro- 
fondes ; il semble que les divisions de nos classifications soient limitées 
par des cloisons étanches existant réellement dans la nature. Qui n'a eu 
cette impression, en parcourant ces massifs de granité à gros grains, qui 
déterminent, comme quelques-uns de ceux des Pyrénées, des modifi- 
cations métamorphiques extraordinairement intenses dans tous les 
sédiments qu'ils touchent, transformant en roches à faciès gneissique 
les schistes argileux paléozoïques, changeant en marbres magnifiques, 
à énormes cristaux de grenat et d'idocrase, les calcaires compacts du 
voisinage, — en étudiant les massifs de monzonite du Monzoni et de 
Predazzo, auprès desquels les calcaires du trias ont subi des transforma- 
tions non moins considérables, — qui n'a éprouvé cette impression, 
en se transportant ensuite dans une région volcanique peu ancienne ou 
même récente, comme le Massif Central de la France, et en y voyant 
ces trachytes, ces andésites, ces basaltes, à cristallinité relativement 
faible, qui recouvrent ou coupent les roches les plus variées sans y 
déterminer aucune modification? 

Cette impression se modifie cependant lorsque, au lieu de considérer les 
roches volcaniques elles-mêmes, on examine tous les fragments, en appa- 
rence étrangers, qui, dans nombre de gisements, sont englobés dans les 
coulées ou abondent dans les tufs. Dans notre Auvergne, par exemple, au 
Mont-Dore pour préciser davantage, au milieu des trachytes et des andé- 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE, 3 

sites, se rencontrent des blocs holocristallins, possédant la structure 
et le grain des roches granitoïdes; sont comparables à des syënites, à 
des diorites à feldspaths vitreux, bien autrement fraîches que toutes celles 
que Ton peut trouver en place dans les massifs anciens. Ils ont 
la mfme composition chimique que la roche volcanique qui les englobe, 
ou tout au moins une composition voisine; ils n'en diffèrent que par 
leur structure et quelquefois aussi par quelque trait minéralogique ; ils 
sont riches en hornblende par exemple, alors que la roche volcanique 
renferme seulement de l'augite. On constate d'ailleurs que les trachytes 
et les andésites de certains filons des parties du massif, qui ont été 
profondément décapées (val d'Enfer), possèdent cette même particularité 
minéralogique, bien qu'ils aient une structure identique à celle de la 
roche épanchée. 

Une collection suffisamment nombreuse de ces blocs holocristallins, 
que j'appelle des enclaves homœogenes (1 ), permet fréquemment d'y saisir 
toutes les structures intermédiaires entre la grenue et la microlitique, 
d'y constater l'existence de toute une série de roches du même genre 
que les syénites et les diorites, dont je viens de parler, mais plus 
basiques, des gabbros, des hornblendites, en particulier, roches qui 
possèdent un même air de famille incontestable, à la fois chimique et 
minéralogique ; celui-ci existe non seulement entre elles, mais encore 
avec les roches volcaniques, qui les ont amenées au jour et avec celles, de 
composition différente, qui les ont précédées ou suivies dans la même 
région (2). C'est donc tout un arbre généalogique, toute une histoire du 
passé du magma, que l'étude de ces enclaves fait surgir du sol, en nous 
laissant pressentir les liens de parenté existant entre ces roches pro- 
fondes, que nous ne pouvons voir se faire sous nos yeux, et le cortège de 
roches superficielles, à Tépanchement desquelles il est possible d'assister 
encore dans quelques régions privilégiées. 

Mais ce n'est pas tout. Sans quitter notre Auvergne, dans ces mêmes 
trachytes, dans ces mêmes andésites, abondent aussi des fragments de 

(4) A. Lacroix, Les enclaves des roches volcaniques, Mâcon, 1893. 

(2) A. Lacroix, Conclusions à tirer de l'étude de la série des enclaves homœogenes des roches 
volcaniques. La série des enclaves homœogenes des andésites à haùyne du Mont-Dore (C. Rendus, 
CXXX1U, 1901, 1033), 



4 A. LACROIX. 

roches de nature très différente; ici, ce sont des schistes cristallins; 
mais ailleurs, ce sont des calcaires ou d'autres roches encore. 

Parmi ces fragments, les uns sont identiques aux roches en place dans 
le substratum; les autres sont de même nature, mais présentent des 
modifications intenses, dans lesquelles on reconnaît quelques diffé- 
rences, mais surtout beaucoup d'analogies avec les transformations que 
les roches de profondeur déterminent à leur contact avec les roches 
similaires. C'est exactement le même phénomène, mais réduit; et, en 
choisissant bien ses exemples, il est possible de trouver des centres 
volcaniques, où ces enclaves, que j'appelle Mallogènes, présentent des 
particularités minéralogiqucs, comparables à celles des roches modifiées 
de telle ou telle région métamorphique célèbre. 

De même que la hornblende, qui existe dans les enclaves homœogènes 
du Mont-Dore (tout comme dans de véritables syénites ou diorites), et qui 
manque dans les roches épanchées de la même région, s'observe en 
abondance, dans certains filons volcaniques (cheminées par lesquelles 
sont venues au jour les épanchements), de même les filons intrusifs de 
quelques centres volcaniques déterminent, dans des cas particuliers et 
non loin de la surface, des phénomènes de contact comparables (1) à 
ceux que l'on observe ailleurs dans les fragments de sédiments enclavés 
par les mêmes roches volcaniques et comparables, aussi, à l'intensité près, 
à ceux produits par les roches profondes. A ce point de vue encore, 
l'étude des enclaves des roches volcaniques établit donc le pont entre les 
roches d'épanchement et celles de profondeur. 

Nous sommes ainsi conduits à penser que les différences existant 
entre celles-ci, toute composition chimique égale d'ailleurs : différences 
de cristallinitè , de structure, souvent de composition miner alogique, de 
mode d'action sur le voisinage^ dépendent non pas tant de la composition 
du magma que des conditions physiques dans lesquelles il s'est consolidé; 
il doit donc, à cet égard, exister une continuité entre les phénomènes 
de profondeur et ceux de surface. 

Les éruptions volcaniques, qui sont les seuls phénomènes éruptifs que 

(1) A. Lacroix, Étude sur le métamorphisme de contact des roches volcaniques (Mèm. Savants 
étrangers, XXXI, n° 7, 1893). 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 5 

nous puissions suivre directement, constituent bien réellement la fenêtre 
ouverte vers l'inconnu^ par laquelle nous avons quelque espoir d'arriver 
de proche en proche à ce qu'il nous importe tant de savoir. 

Dès lors, puisqu'il s'agit d'acquérir des notions précises sur le mode 
de formation des roches et des minéraux qui les constituent, il faut 
étudier avec un soin extrême non seulement toutes les manifestations 
volcaniques qui dépendent de la Physique terrestre, mais encore la Miné- 
ralogie d'une éruption dans ses détails les plus minimes, en cherchant, 
dans la mesure du possible, à rattacher ceux-ci à quelques-uns des phéno- 
mènes observés. Un fait minéralogique, insignifiant en lui-même, peut 
acquérir une importance considérable, s'il est possible d'établir, d'une 
façon nette, quelles sont les causes qui lui ont donné naissance. 

De tous les volcans, il n'en est aucun qui se prête mieux à ce genre 
de recherches que le Vésuve, à cause de la fréquence et de la variété de 
ses manifestations éruptives, à cause de la composition chimique si 
spéciale du magma qui l'alimente, de l'abondance et de la multiplicité des 
sels formés par ses fumerolles, à cause enfin de l'énorme quantité de 
matériaux de projection, dont l'accumulation constitue son soubassement 
(Somma) et de la complexité des produits que l'on y rencontre. 

De tous les types d'éruptions du Vésuve, il n'en est aucun qui se prête 
mieux à ce genre de recherches que celui auquel se rattache l'éruption 
d'avril 1906. 

Chargé par M. le Ministre de l'Instruction publique, sur la proposition 
de M. Bayet, Directeur de l'Enseignement supérieur, d'une mission 
ayant pour but de suivre cette éruption, j'ai réuni une grande quantité 
de matériaux sur ces sujets qui me tiennent à ca*ur et qui m'ont 
tant préoccupé au cours de mon étude de l'éruption de la Montagne 
Pelée. 

Je me propose, dans ce mémoire, de développer quelques-unes des 
questions que je n'ai fait qu'eiïïeurer dans plusieurs notes prélimi- 
naires, et en particulier celles qui concernent les phénomènes méta- 
morphiques qu'ont subis, sous l'influence d'actions pneumatolytiques, un 
grand nombre des blocs rejetés par les explosions paroxysmales. Les 
résultats acquis sur ce sujet me serviront à relier les observations faites 



fi A. LACROIX. 

dans d'autres centres volcaniques (en particulier au Mont-Dore, à 
Santorin, à la Martinique), à montrer la généralité de phénomènes, que 
Ton pourrait être tenté de regarder comme très exceptionnels, et à faire 
voir enfin comment ils éclairent le mécanisme de la production de cer- 
taines roches profondes. 

Enfin je profiterai de cette occasion pour coordonner et compléter un 
certain nombre d'observations antérieures (1 ), faites dans ce même massif 
du Vésuve, en 1893 et en 1905, — notamment sur les formes de 
profondeur des roches leucitiques (2), sur les modifications endo- 
morphes de ces dernières (3), — ou réunies ailleurs sur la formation de 
silicates néogènes dans les roches volcaniques (4). 

(1) A. Lacroix, Sur l'éruption du Vésuve et en particulier sur les phénomènes explosifs 
(C. Rendus, CXLll,941, 1906). 

Les conglomérats des explosions vulcaniennes du Vésuve; leurs minéraux, leur comparaison 
avec les conglomérats trachy tiques du Mont-Dore (ld., 1020). 

Les avalanches sèches et les torrents boueux de l'éruption récente du Vésuve (ld., 1244). 

Sur les cristaux de sylvitedes blocs rejetés par la récente éruption du Vésuve (ld., 1249). 

Les produits la viqu es de la récente éruption du Vésuve {Jd. y CXLUI, 13». 

Sur quelques produits des fumerolles de la récente éruption du Vésuve, et en particulier sur 
les minéraux arsénifères et plombifères (/'/., 727). 

Pompéi, Saint-Pierre, Oltajano (Revue scientifique, n M 20 et 27 octobre, 3 novembre 1906). 

L'éruption du Vésuve en avril 1906 [Revue générale des sciences, n°* du 30 octobre et du 15 no- 
vembre 1906). 

Contribution à l'étude des brèches et des conglomérats volcaniques (Bull. Soc. géol. France, 
VI, 1906). 

Les minéraux des fumerolles de l'éruption du Vésuve en mars 1906 (Bull. Soc. franc, miner., 
XXX, 1907). 

(2) Les enclaves des roches volcaniques, p. 458-520. 

Sur un nouveau type pétrographique représentant la forme de profondeur de certaines 
leucotéphriles de la Somma (C. Rendus, CXLI, 1903; 1141). 

(3) Les enclaves des roches volcaniques, p. 269-288. 

(4) A. Lacroix, Sur les minéraux cristallisés, formés sous l'influence d'agents volatils, aux 
dépens des andésites de File de Thera (Santorin) (C. Rendus, CXXV, 1897, 1189). 

A. Lacroix et P. Gautier, Sur les minéraux des fumerolles basaltiques de Royat (Puy-de-Dôme) 
(W., CXXV1, 1898, 1529). 



CHAPITRE PREMIER 



LES PHÉNOMÈNES DE L'ÉRUPTION 



I. — Le» éruptions du Vésuve en général. 

Pou de volcans ont été autant étudiés que le Vésuve. Nous n'avons, 
il est vrai, que de vagues renseignements sur les dix éruptions qui se 
sont produites au cours des quinze siècles ayant suivi la première 
éruption historique, celle de Tan 79 de notre ère, qui a enseveli Pompéi; 
mais, par contre, à partir du grand paroxysme de 1631 , depuis lequel le 
volcan est resté en activité presque continue, avec seulement quelques 
brèves périodes de repos, un nombre considérable d'observations pré- 
cieuses ont été accumulées ;il est possible aujourd'hui de les systématiser. 

Comme l'a fait très heureusement remarquer M. G. Mercalli (1), les 
éruptions du Vésuve peuvent être rangées en deux grands groupes : les 
unes sont exclusivement explosives, alors que dans les autres les mani- 
festations explosives sont accompagnées d'épanchements de lave. 

Les éruptions exclusivement explosives se produisent d'ordinaire après 
une période plus ou moins longue de repos ; elles débutent par de petites 
explosions vulcaniennes (2), que suit bientôt un paroxysme strombolien, 
accompagné de violentes détonations. Elles se terminent par des explo- 
sions vulcaniennes plus ou moins violentes, lançant parfois dans l'espace 
des quantités considérables de cendres fines. Les éruptions de 79, de 472, 
celles qui ont eu lieu de 1649 à 1660, celles de 1900 et enfin de 1903, 
peuvent être données comme exemple. 

(1) Atti dcl V Congresso geogr. ital. tenuto in Napoli, 6-11 aprile 1904, Il Sez., 1. 271. 

(2) J'appelle, avec M. Mercalli, vulcaniennes les explosions ne lançant que des matériaux déjà 
solidifiés ; stromboliennes, celles qui rejettent du magma encore fluide, quelle que soit d'ailleurs 
leur intensité; enfin je désigne sous le nom de j>élêennes les explosions entraînant une très 
grande quantité de matériaux solides ; par suite de leur grande densité et souvent aussi par 
suite d'une direction originelle appropriée, les Nuées ardentes qui en résultent (Montagne Pelée) 
roulent de haut en bas sur les flancs du volcan, au lieu de s'élever verticalement comme le font 
les nuées vulcaniennes (Voy. Revue générale des sciences, op. cit.)- 



8 A. LACROIX. 

Les éruptions à la fois explosives et effusives sont de nature plus com- 
plexe. On peut y distinguer deux modalités différentes; dans la première, 
qui est la plus fréquente, les laves sortent des flancs du cône terminal 
[éruptions latérales), dans les autres (émptions excentriques), le point de 
sortie des laves est extérieur à celui-ci. 

Les éruptions latérales débutent presque toujours de la même façon. 
Tout d'abord, des explosions stromboliennes comblent le cratère de 
l'éruption précédente, y édifient un petit cône terminal. Le magma 
fondu monte très haut, se déverse entre ce petit cône et les bords 
anciens du cratère, souvent même s'épanche sur les pentes externes du 
grand cône ; des fumerolles nouvelles apparaissent en haut de celui-ci , 
là où, bientôt, va s'ouvrir une fissure. Des explosions mettent ensuite en 
miettes le petit cône terminal ; des secousses du sol ébranlent la montagne, 
puis les explosions stromboliennes cessent ou diminuent. Une fissure 
s'ouvre alors à grande altitude ; la lave s'en écoule pendant un jour ou 
deux seulement, puis une bouche nouvelle apparaît plus bas. 

À partir de ce moment, l'éruption peut évoluer de deux façons diffé- 
rentes; dans le cas le plus fréquent [type 1895), Yépanchement est tran- 
quille et se prolonge pendant plusieurs mois. A ses débuts, le cratère 
s'approfondit, et il se produit des explosions vulcaniennes; mais, tant que 
la lave coule, les explosions stromboliennes ou mixtes se succèdent; elles 
augmentent d'intensité dès que l'épanchement cesse ou se ralentit. Les 
éruptions commencées en octobre 1751, en avril 1766, en août 1834, en 
mai 1858, en décembre 1881 (à janvier 1882), en juin 1891, en juillet 1895 
et en août 1903 peuvent être citées comme appartenant à ce type. 

Dans le second {type 1872), Yépanchement de lave est violent et rapide', 
il ne dure qu'un jour ou quelques jours; le maximum du dynamisme 
du cratère précède immédiatement l'épanchement de lave ou lui est con- 
temporain ; des phénomènes explosifs peuvent se produire aussi sur la 
fissure latérale. Sous l'influence du paroxysme explosif, le cratère s'élar- 
git, le sommet du cône s'effondre et, l'éruption une fois terminée, la mon- 
tagne, diminuée d'altitude, reste creusée d'un cratère large et profond. 
Telles ont été les éruptions de 1631,1737, 1767, 17.79, 1822, 1839, 1850, 
1868, et enfin celle de 1872. 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 9 

En ce qui concerne les phénomènes qui se produisent dans le cône 
terminal, on peut dire que ce qui caractérise les éruptions du type 1895, 
c'est qu'elles sont constructives, alors que celles du type 1872 sont destruc- 
tives. 

Les éruptions excentriques (type 1760), qui sont presque la règle à 
l'Etna, constituent au contraire une rare exception au Vésuve (1760, 1794, 
1861). La lave s'épanche alors, non pas des flancs du cône terminal, mais 
des pentes sud-est de la Somma, d'une altitude variant entre 500 et 
300 mètres. Le mécanisme de ces éruptions est moins régulier que celui 
des précédentes ; les mouvements du sol précurseurs sont plus extérieurs ; 
des soulèvements locaux sont parfois constatés (1861). Il se produit des 
cônes adventifs ; enfin la durée du paroxysme est intermédiaire entre 
celle des types 1895 et 1872. 



Les périodes d'activité du Vésuve depuis le XVIII e siècle. 

i 



PÉRIODES D'ACTIVITÉ 
PRESQUE CONTINUES. 


PAROXYSMES 


PÉRIODES 
DE REPOS. 


mm 






TYPE 1872. 


TYPE 1760. 




1712-1737 


1737 19-31 mai 




7 ans environ 


Novembre 1744-1760 




1760 23déc. à mira 1961. 


3 — 


1764-1767 


1767 15-27 octobre. 




2 — 


Février 1770-1779 


1779 3-15 août. 




3 — 


Août 1783-1794 




1794 15 juin à 5 juill. 


4 — 


1799-1822 


1822 22 oct.-nov. 




4 — 


1827-1838 


1839 1-4 janvier. 




2 ans 7 mois 


Septembre 1841-1850 


1850 5-15 février. 




4 ans environ 


Décembre 1854-1861 sept. 




1861 8-10 décembre. 


2 — 


Février 1864-1868 oct. 


1868 15-25 novembre. 




2 — 


Décembre 1870-1872 avril. 


1872 26-30 avril. 




3 ans 7 mois 


— 1875-1906 — 


1906 4 à fin avril. 




? 



Ces divers types d'éruption ne se présentent pas d'une façon quel- 
conque ; ils sont réunis suivant un certain ordre et constituent une série 
de cycles, s'étendant sur quelques années seulement, parfois même sur 
un assez grand nombre d'années. Ils sont caractérisés par des périodes 
d'activité presque continue, dans lesquelles se succèdent des phéno- 
mènes purement explosifs ou des éruptions du type 1895, séparées 
par des intervalles de moindre activité; chacun de ces cycles se termine 

Nouvelles Archives du Muséum, 4« série. — IX. 2 



10 A. LACROIX. 



violemment par une éruption paroxysmale du type 1760 ou plus 
fréquemment du type 1872, à la suite de laquelle le volcan entre dans 
un repos presque complet pendant quelques années. Le tableau ci-contre 
résume, d'après M. Mercalli, les notions que nous possédons sur les 
périodes d'activité du Vésuve depuis deux cents ans. 



II. — L'éruption de IOOG. 

L'éruption qui fait l'objet de ce mémoire appartient au type 1872; elle 
clôture un cycle d'activité modérée, qui a duré près de trente-deux 
ans; c'est le plus long qui ait été enregistré depuis le xvm e siècle. 

La dernière éruption paroxysmale de ce type avait eu lieu du 26 lu 
30 avril 1872. Le volcan est resté ensuite dans le calme solfatarien 
jusqu'au 18 décembre 1875 ; à ce moment, ont commencé à se produire 
des phénomènes explosifs et de petites coulées intercratériennes, qui ont 
comblé le grand cratère, creusé par les explosions de 1872. • 

Tel a été le début d'une longue période pendant laquelle les explosions 
stromboliennes ont prédominé sur les vulcanienneset au cours desquelles 
ont eu lieu des émissions importantes de lave, épanchées lentement, du 
côté de Boscoreale de 1881 à 1883, dans TAtrio del Cavallo de 1891 
à 1894 (1) (édification du Colle Margherita, amas de lave de 135 mètres de 
hauteur) ; puis de 1895 à 1899 (édification du Colle Umberto 1, amas de 
lave de 160 mètres de hauteur) ; enfin dans la Valle delT Inferno 
1903-1904. 

En avril 1905, l'activité explosive du volcan augmente ; dans le fond du 
cratère s'élève un petit cône, qui, grâce à des explosions stromboliennes 
répétées, dépasse bientôt les bords du vieux cratère (2). 

(1) J'ai visité le Vésuve au cours de cette éruption, en mars 1893. 

(2) Cette période éruptive a fait l'objet de nombreux mémoires, publiés par divers savants, et 
en particulier par MM. Palmieri, Johnston-Lavis, G. de Lorenzo, Matteucci, G. Mercalli. La biblio- 
graphie en aélé donnée par M. Alfanodans sa note : l'incendio vesuviano deir aprile \90b (Revista 
di Phisica, Matematica elScienze nat. Pavia, 1906). 

(3) J'ai résumé mes observations sur les phénomènes de l'éruption dans deux lettres adressées 
de Naples à l'Académie le 20 avril et le 1 er mai 1906 (C. H., GXL1I, p. 941 et 1020), ainsi que dans 
les notes énumérées page 6. 

Les renseignements sur les événements antérieurs à mon arrivée à Naples m'ont été obligeant- 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 11 

Du 25 au 27 mai, les projections strombol termes augmentent d'intensité 
et sont accompagnées de violentes détonations. Le soir de ce dernier 
jour, une fissure s'ouvre sur le flanc nord-nord-ouest du grand cône, à 
i 245 mètres d'altitude, sur l'emplacement de fumerolles datant de l'érup- 
tion du 26 août 1903; quelques heures plus tard, une nouvelle fissure 
apparaît à 1 180 mètres, plus près de la station du funiculaire. 



Kig. 1 . — Carte du massif du Vésuve (1 ). 

Pendant près d'un mois, la lave s'écoule simultanément par ces deux 
bouches, fait exceptionnel au Vésuve, où un orifice en activité cesse ordi- 

menl fournis par M. Mercalli, qui a publié depuis d'intéressantes notes : L'Eruzione vesuviana 
dell' aprile 1906 {Nattira ed arte, 1006, 763, et Hem. pont if. Accad. Nuovi Linrci, XXIV, 1906). 

Depuis lors, de nombreux travaux ont paru sur ce sujet ; on en trouvera fa liste dans 
le travail cité plus haut de M. Alfano. Je signalerai cependant, comme (dus particulièrement 
importants, les mémoires de MM. Baratta, Itassani et ftaldieri, Sabalini; le mémoire de ce 
dernier en particulier renferme de nombreuses et belles photographies (Boit. fi. Çomm. geot. ital., 
1906, n" 3). 

(1) Celle carie est extraite de l'un de mes articles de la Revue générale des Scimccs : le cliché 
en a été aimablement communiqué par M. Olivier. 



12 A. LACROIX. 

nairement de fonctionner dès qu'un autre s'ouvre plus bas. Cet épanche- 
raient de lave, accompagné de phénomènes explosifs, se poursuit jusqu'au 
paroxysme d'avril 1906, mais avec des maxima et des minima. Une fois 
arrivée en bas du cône, la lave venait butter contre le Colle Umberto, puis 
se dirigeait soit dans l'Atrio del Cavallo, soit vers la gare inférieure du 
funiculaire; elle a même, à plusieurs reprises, coupé la voie entre cette 
station et celle d'Eremo : c'est en particulier ce qui s'est produit en 
septembre 1905, entre deux excursions au Vésuve que j'ai faites pendant 
cette année. 

Le 3 avril 1906, de fortes détonations se font entendre; le 4, à 5 h. 30 
du matin, des mouvements du sol, sensibles jusqu'à la base du cône, sont 
constatés, puis, alors que fonctionnait encore la bouche nord-nord-ouest, 
il s'en ouvre une nouvelle, sur le flanc sud, à environ 1 200 mètres d'alti- 
tude; une petite coulée en descend avec la vitesse minime, ordinaire à 
celles qui partent du voisinage du sommet. 

Elle détruit une partie de la route Fiorenza, puis s'arrête le soir. La 
coulée de la bouche de 1905 avait diminué d'activité pour cesser de fonc- 
tionner le lendemain. Le matin du 4 et jusqu'à midi, le cratère a été 
le siège d'explosions stromboliennes, puis vulcaniennes ; ces dernières 
ont entraîné la démolition du petit cône intérieur et commencé celle des 
bords du cratère; la cendre qui en est résultée a été transportée jusqu'à 
Naples, dans la nuit du 4 au 5. 

Une fente se produit alors à une altitude voisine de 800 mètres, près de 
laCisternadi Casa Fiorenza; une coulée en part, qui, dans la matinée du 
6 avril, dépasse la Casa Bianca, après avoir parcouru environ 2 kilomètres, 
avec une vitesse de près de 100 mètres à l'heure. Le môme jour, vers 
8 heures du matin, alors que toutes les bouches des jours précédents étaient 
inactives, s'ouvre une nouvelle fissure, du côté de Cognoli, à environ 
600 mètres d'altitude, et il s'en échappe une coulée très rapide, ayant de 
300 à 400 mètres de largeur et dont une branche descend jusqu'à 1 kilo- 
mètre de Boscotrecase (Oratorio), parcourant 3800 mètres environ en 
trente-deux heures. C'est cette même bouche et une autre plus élevée, 
qui, le 7, à 10 h. 45 du soir, ont commencé à livrer passage à l'afflux de 
lave très fluide qui est venu porter la dévastation dans la plaine. 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU YÉSUVE. i3 

En même temps, s'ouvrait, plus à l'est, et à environ 750 mètres d'alti- 
tude, une nouvelle fissure plus rapprochée de la Somma; elle a fourni une 
coulée qui s'est dirigée du côté de ïerzigno, sans causer de dommages, 
car elle s'est épanchée sur la lave de l'éruption de 1850. 11 n'en a pas 
été de même pour la coulée issue de Cognoli ; elle a quitté bientôt les 
vieilles laves, s'est avancée dans les cultures, puis dans la région habitée, 
a renversé ou enseveli une partie du bourg de Boscotrecase et, le 8 avril, 
vers 4 heures de l'après-midi, s'est arrêtée à quelques mètres seule- 
ment de la porte du cimetière de Torre Annunziata. Les habitants, sauf 
trois, avaient pu se sauver à temps, et l'on a eu à déplorer surtout des 
désastres matériels. Cette grande coulée a une longueur maxima de 
5 km ,5 avec une largeur moyenne de 300 mètres. 

D'après M. Mercalli, le 8, entre 2 h. 30 et 5 heures du matin, alors 
que les bouches de Cognoli fonctionnaient activement, celle de 
800 mètres s'est rouverte ; c'est là un fait exceptionnel, dû à l'afflux 
d'une quantité considérable de magma montant dans le canal souterrain 
à une altitude supérieure à celle du point d'écoulement le plus bas. 
Notons enfin que cette même bouche de Cognoli a donné dans la nuit du 
10 au 11 une dernière coulée, qui n'a pas atteint Boscotrecase. 

En résumé, la sortie des laves s'est effectuée dans la région méridionale 
du volcan par des ouvertures situées de plus en plus bas, sauf la réserve 
qui vient d'être indiquée, et de plus en plus vers l'est; elles corres- 
pondent à une série de lésions ouvertes dans les flancs sud et sud-est du 
cône. 11 existe une autre série de fissures sur le flanc nord-est ; au 
milieu de mai, elle était jalonnée par des fumerolles encore très actives, 
qui indiquent peut-être la place d'une petite coulée de lave, signalée 
dans cette partie de la montagne, mais dont je n'ai pas vu de traces 
certaines sous l'épais manteau des produits de projection recouvrant 
le sol au moment de mes explorations. 

Des estimations assez contradictoires sur le volume de lave épanchée 
ont été faites par divers géologues italiens; elles oscillent entre vingt 
millions (M. Mercalli) et cinq millions (M. Sabatini) de mètres cubes. 

Il me reste à parler des phénomènes explosifs de la nuit du paroxysme : 
le soir du 7, vers 4 h. 30, de violentes détonations se sont fait entendre 



M A. LACROIX. 

jusqu'à Naples ; les projections stromboliennes incandescentes ont aug- 
menté progressivement d'intensité de 8 heures à 10 h. 43, se produisant non 
seulement dans le cratère, mais encore aux bouches de sortie de la lave. 
Elles se sont élevées à plus de 2 kilomètres au-dessus du cratère, se succé- 
dant à de si courts intervalles qu'elles semblaient continues et donnaient 
l'illusion de véritables fontaines de feu. D'après M. Mercalli, qui était en 
observation à Torre Annunziata, le sommet du cône, sur une hauteur de 2 à 
300 mètres, était alors uniformément recouvert d'un manteau de matériaux 
incandescents, d'où se détachaient sans cesse des blocs roulant plus bas. 

Vers 10 h. 45, au moment où la bouche de Cognoli devenait plus active, 
le cratère sembla se calmer pendmt quelques minutes, puis, subitement, 
son activité reprit, plus violente qu'auparavant. A 12 h. 31, puis, le 8, à 
2 h. 40 du matin, une grande détonation et une secousse de tremblement 
de terre furent constatées dans toutes les communes vésuviennes ; elles 
ont correspondu, suivant M. Mercalli, aux phases d'effondrement principal 
du cône. C'est le maximum du paroxysme explosif qui, de stromholien^ 
était devenu vulcanien ; les projections se sont montrées en effet de moins 
en moins incandescentes, puis se sont assombries complètement ; il semble 
que le maximum explosif ait à peu près coïncidé avec le maximum effusif. 

A ce moment et pendant les quelques heures qui ont suivi, une énorme 
quantité de lapilli, mélangés de quelques blocs, furent rejetés vers le nord- 
est (1), couvrant un secteur qui s'étend de San Anastasia jusqu'au delà 
de ïerzigno, avec Ottajano pour centre (fig. 1 ). Cette chute de lapilli a fait 
presque toutes les victimes de l'éruption (197 morts et 71 blessés) et 
causé des dégâts matériels considérables. 

Au cours de cette môme nuit, le sommet du cône a été décapité (2); 
une profonde caldeira s'est creusée, et une masse énorme de matériaux 
solides a été rejetée sur les flancs du cône. 

(i) Celle dissymélrie dans les projections est remarquable; l'Observatoire vésuvien, situé à 
2 km ,3 au nord-nord-ouest du cratère, n'a reçu que quelques lapilli, alors qu'OUajano, située à 
5 kilomètres au nord-est, a été couverte de m ,70 de matériaux solides. Elle ne peut éMre attribuée 
uniquement à Faction du vent, mais elle est due essentiellement à des projections obliques, qui 
ont été souvent constatées au cours des éruptions antérieures du volcan; à de nombreuses reprises 
déjà le côté nord-est du volcan a été ainsi particulièremment maltraité. 

(2) Le 3 mai, jour de ma dernière ascension du cratère, rabaissement minimum du sommet 
était de 103 mètres et le maximun de 180 mètres. L'altitude de ses bords s'esl modifiée beaucoup 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE- *5 

Pondant toute la journée du 8 et pendant les jours suivants, des 
explosions vulcaniennes très violentes se sont succédé dans le cratère ; 
les épaisses nuées, sillonnées d'éclairs, qui s'en élevaient, étaient 
entamées par le vent, qui transportait dans des directions variées (en 
particulier sur Naples, du 8 au 14 avril) une grande quantité de cendres. 
La condensation de la vapeur d'eau a déterminé parfois, aux environs 
du volcan, de véritables pluies de boue. 

Ces projections vulcaniennes, d'abord continues et très violentes, ont 
peu à peu diminué d'intensité, en même temps que cessaient les phénomènes 
électriques ; puis elles se sont manifestées à des intervalles de plus en plus 
éloignés. Quand j'ai quitlé Naples, vers le milieu de mai, des journées 
entières se passaient sans que le volcan donnât signe de véritable activité ; 
puis brusquement, une ou deux violentes poussées envoyaient dans l'es- 
pace d'épaisses volutes de vapeur d'eau, chargées de cendres, rappelant 
celles d'avril ; le cratère rentrait ensuite dans un calme parfait, qui a per- 
sisté depuis lors ; il continue à se modifier par écroulements de ses bords. 

La période paroxysmale a été en outre caractérisée par la production 
(^avalanches sèches, aux dépens des matériaux rejetés sur les flancs 
du cône par les explosions vulcaniennes, par de fréquents mouvements 
du sol (tremblements de terre et soulèvements temporaires de la côte au 
voisinage du volcan), par des phénomènes électriques entrêmement in- 
tenses, par la production de fumerolles variés, qui ont déterminé la 
formation de nombreux minéraux. Elle a été suivie par l'apparition de 
torrents boueux souvent dévasteurs et par celle de mofette. 

Pour l'étude de ces divers phénomènes, je renvoie à mes articles de 
Revue générale des sciences ; des Bulletins de la Société française de Miné- 
ralogie et de la Société géologique de France (Voy. p. 6, note 1). Je ne 
m'occuperai plus que des questions minéralogiques, qui font l'objet 
spécial de ce travail. 

depuis lors par des écroulements. D'après les mesures de M. de Loczy, avec lequel j'ai fait cette 
ascension, le diamètre de caractère était de 640 mètres (nord-sud) et de 650 mètres (est-ouest); sa 
profondeur, d'environ 300 mètres. La montagne a ainsi à peu près perdu, au cours de ce poro- 
xysme, ce qu'elle avait regagné depuis celui de 1872. 



CHAPITRE II 



LA LAVE DE L'ÉRUPTION 



I. — Les coulée». 

Les coulées de lave du Vésuve présentent, suivant les conditions dans 
lesquelles elles sont émises, deux aspects différents, que Ton rencontre 
du reste dans les laves basiques d'autres volcans. 

Les grands courants, épanchés rapidement, à haute température, se 
refroidissent vite superficiellement; aussi leur surface est-elle partout 
hérissée de blocs scoriacés, à aspérités très aiguës (lave à surface 
fragmentaire, Block-Schollenlava, lave aa d'Hawaii). 

Quand, au contraire, le magma coule lentement, mais encore à haute 
température, la surface de la coulée s'étire, se fronce, se refroidit 
tranquillement, puis, elle se brise par places, laissant passer par la 
cicatrice la partie interne encore très chaude et fluide, aux dépens 
de laquelle se renouvelle le même phénomène. Telle est l'origine des 
laves à surface unie, des laves plissées et cordées (Fladenlava, lave 
pahôehôe d'Hawaï). Leur marche est silencieuse et n'est pas accom- 
pagnée d'abondants dégagements de vapeurs; tandis que les précé- 
dentes s'avancent avec un bruissement caractéristique, produit par le 
cliquetis des blocs s'entre-heurtant, et laissent dégager beaucoup de 
vapeurs. 

Ce qui a été dit plus haut au sujet de la rapidité et du peu de durée de 
l'écoulement de la grande masse de lave de l'éruption fait comprendre 
pourquoi ses coulées appartiennent essentiellement au premier type. 
C'est le cas, d'ailleurs, pour celles de toutes les éruptions du type 1872, 
alors que les épanchements lents du type 1895 sont caractérisés par 
l'abondance des laves plissées et cordées (1). Les champs de lave de 

(1) C est à la production de ce type [que j'a assisté en mars 1893, alors que le Colle Margherita 
s'édifiait lentement dans l'Atrio del Cavallo. 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 17 

Boscotrecase, hérissés de blocs scoriacés, aux formes étranges, ressem- 
blent de loin à une mer aux flots agités. Dans les parties relativement 
planes, les bords et le front de la coulée sont constitués par un talus, 
élevé localement de plusieurs mètres, finissant brusquement au milieu 
des vignes ou contre les habitations. 

Dans les régions hautes de la montagne, le courant est très distinct, 
régulier dans sa partie centrale que bordent deux moraines couvertes de 
blocs; dans quelques points particuliers, cette partie centrale est unie et 
ondulée ; nulle part il ne s'est produit de laves cordées. 

Une excursion que j'avais faite le 3 octobre 1905, lors d'un précédent 
voyage au Vésuve, m'a aidé à comprendre mieux les particularités des 
coulées de 1906. Ce jour-là, vers le soir, guidé par M. Matteucci, je suis 
monté jusqu'à l'un des points de sortie de la lave s'épanchant des flancs 
du cône du volcan. Ce notait point la fissure elle-même, mais l'ouverture 
d'un tunnel de lave, situé un peu au-dessous; elle avait plus de 
1 mètre carré. Le magma incandescent en sortait rapidement, avec une 
vitesse de 6 mètres à la minute, et avec une pression suffisante pour 
former un bombement très marqué au-dessus de la bouche d'émission ; il 
constituait un ruisseau rectiligne, descendant sur la pente très raide du 
cône. Pendant les 25 premiers mètres environ, sa surface était étirée dans 
le sens de l'écoulement ; la fluidité était assez grande pour qu'il fût 
possible d'enfoncer facilement un bâton dans la lave en marche; mais 
de gros blocs de roches lancés sur cette masse en mouvement ne s'y 
enfonçaient pas ; ils s'y soudaient seulement d'une façon assez solide 
pour être entraînés par le courant et s'y maintenir malgré la pente. 
Au delà des 25 premiers mètres, on voyait apparaître, à la surface, des 
scories solidifiées, aussitôt entraînées sur les bords, où elles formaient 
deux moraines latérales; celles-ci augmentaient rapidement d'épaisseur, 
limitant de plus en plus la partie centrale, libre de scories, qui, à une 
centaine de mètres au-dessous du point de départ, avait entièrement 
disparu. La surface de la coulée était alors uniformément recouverte par 
un train de scories incandescentes et fumantes ; elle offrait en petit la 
structure des vastes champs laviques de Boscotrecase. 

La lave s'écoulait sans projections, sans efforts, d'une façon continue ; 

Nouvelles Archives du M usé un, 4 e série. — IX. «J 



18 A. LACROIX. 

mais, à un moment donné, nous vîmes sortir de l'orifice un énorme 
caillot, qui émergea tout d'abord à moitié, puis, entraîné par le courant, 
s'enfonça à nouveau dans le magma en marche, laissant derrière lui un 
bourrelet circulaire qui ne tarda pas à se déformer et à se confondre 
peu à peu avec les stries d'étirement de la lave ambiante ; c'était là une 
grosse enclave de lave ancienne, une de ces pseudo-bombes, semblables à 
celles qui abondaient à la surface des couléesde 1906, semblables àcelles 
dont la véritable nature a été indiquée par Palmieri (1) à la suite de 
l'éruption de 1872 et que Dana a rencontrées dans les coulées à surface 
fragmentaire d'Hawaï. Dans les coulées qui nous intéressent, elles se 
présentent en masses globulaires et ont d'ordinaire un centre scoriacé, 
formé par un bloc de lave antérieure, très fréquemment rubéfiée. 

Les parties déjà refroidies de cette même coulée de 1905 présen- 
taient de nombreux lits de ruisseaux de lave, d'origine semblable à celui 
que je viens de décrire ; mais ils consistaient en rigoles à fond plat, 
limitées par un rebord à parois verticales. Cette différence avec la structure 
que présente la lave en marche s'explique aisément : quand, en effet, 
l'afflux de lave cesse brusquement, le niveau s'abaisse au milieu du 
courant, en donnant naissance à ces canaux, dont les rebords latéraux 
rappellent ceux des torrents boueux. Comme dans ceux-ci, on distingue 
parfois des gradins successifs, indiquant des temps d'arrêt dans rabais- 
sement de la matière fondue. 

La lave de cette coulée de 190o venait s'accumuler au pied du cône, 
puis s'écoulait lentement dans la direction du funiculaire ; de loin en loin, 
sur la surface hérissée de blocs, on voyait un de ces ruisseaux de lave 
à marche plus rapide que le reste, commençant brusquement au milieu 
d'un amas de scories et finissant de même. 

J'ai été frappé, en regardant, d'aussi près que le permettait le rayonne- 
ment, l'extrémité de cette coulée en marche, de voir qu'il s'en détachait 
continuellement non seulement des fragments de scories, mais encore 
une véritable poussière de petits débris, qui sautillaient en crépitant sous 
l'influence du refroidissement. Leur accumulation déterminait sur le 

(i) Le conflagrazione vesuviana del 26 aprile 1872 (Atti. h. Accad. Scienz. iïapoli, t. V, 1872, 
p. 26). 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 19 

fronl de la coulée un dépôt cinériforme, qu'au premier abord on aurait 
pu regarder comme formé par des cendres de projections verticales. 

Je renvoie à mon article de la Revue générale des sciences pour les 
détails sur la manière dont la lave de 1906 s'est comportée en présence 
des obstacles variés qu'elle a rencontrés sur sa route, sur les arbres, 
qu'elle a enveloppés sans les brûler, sur les fumerolles qu'on y constatait, 
pour ne plus m'occuper maintenant que de la composition minéralogique 
des roches qui la constituent. 

II. — Les produits des projections strombollenneg. 

Les produits des projections stromboliennes n'ont présenté aucune 
caractéristique distinctive du type normal au Vésuve. Ce sont des scories 
noires et des bombes pyriformes de la forme classique dans ce volcan. 

Une mention spéciale cependant doit être faite pour les matériaux 
lancés pendant les quelques jours qui ont précédé immédiatement le 
paroxysme et qui sont parvenus jusqu'à l'Observatoire : ce sont des 
scories d'un noir brunâtre très légères, s'écrasant sous la simple pression 
du doigt et dont les formes extrêmement étirées démontrent l'extrême 
fluidité du magma au moment de la projection. 

A mon arrivée au Vésuve, on ne voyait plus nulle part ces produits; 
ils étaient partout recouverts par ceux des projections vulcaniennes. Les 
échantillons que j'ai pu étudier m'ont été obligeamment donnés par 
MM. Matteucci et Mercalli. 



III. — Composition chimique et minéralogique do magma neuf. 

La lave, comme celle des éruptions précédentes du Vésuve, est 
constituée par une leucittéphrite (1) ; elle présente d'assez grandes 
variations de caractères extérieurs, c'est en moyenne une roche d'un gris 
noir, bulleuse dans les parties superficielles des coulées. On n'y distingue 
à l'œil nu qu'un petit nombre de phénocristaux de leucite (1 à 2 milli- 
mètres de diamètre), d'augite et enfin, de loin en loin, de biotite. 

(1) J'emploierai désormais le terme de leucittéphrite à la place de celui de leucotéphrite, en 
usage en France, celui-ci étant mal formé et prêtant à l'équivoque, 



20 A. LACROIX. 

L'examen microscopique permet de distinguer, en outre, des plagio- 
clases basiques, voisins de l'anorthite lorsqu'ils se trouvent en phéno- 
cristaux, de la bytownite, quand ils forment des microlites, enfin de la 
titanomagnétite et, comme éléments accessoires, de l'olivinc et de l'apa- 
tite. Notons en terminant la fréquence d'un verre brun en lames minces. 

Je me suis proposé d'étudier cette lave aux deux points de vue qui 
m'ont préoccupé dans l'étude de celle de la Montagne Pelée : 1° rechercher 
les variations possibles de composition chimique au cours de l'éruption ; 
2° étudier les variations de la cristallisation de la lave en fonction des 
conditions de refroidissement. Malheureusement, les conditions d'obser- 
vation ont été beaucoup moins favorables qu'aux Antilles, puisque 
j'ai été réduit à n'étudier que les parties superficielles des coulées et 
quelques produits de projection. 

1° Composition chimique. 

On a vu que, depuis une longue période, une colonne de magma fondu 
se maintenait dans le cône terminal ; au début d'avril 1906, le magma 
s'est élevé jusqu'au voisinage du sommet, puis s'est déversé à l'extérieur 
par des bouches de plus en plus basses (1 200 mètres, 800 mètres, 
600 mètres). Le sommet de la montagne étant à environ 1 330 mètres, on 
voit donc qu'avant le 8 une colonne de magma d'environ 700 mètres de 
hauteur surmontait le point de sortie le plus bas, par lequel est venu au 
jour, dans la journée du 8, une très grande quantité d'apports profonds. 

On pouvait donc se demander si la composition chimique de la lave 
remplissant les fissures du cône vésuvien était différente de celle arrivant 
avec une grande vitesse de la profondeur, si elle avait varié dans ses 
canaux souterrains et, dans l'affirmative, de quelle façon. Ne s'était-il pas 
produit, dans le magma fondu, de différenciation ou d'endomorphisme 
sous l'influence des parois du conduit souterrain, sur la composition 
duquel les explosions vulcaniennes nous ont fourni des documents qui 
sont étudiés plus loin. 

Une semblable recherche, pour être complète, devrait s'appuyer sur 
un grand nombre d'analyses ; le résultat négatif que m'a fourni l'étude 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 21 

de la composition des deux termes extrêmes m'a engagé à ne pas pousser 
plus loin la recherche (1). Je donne ci-contre l'analyse faite par le même 
chimiste (M. Pisani) et par la même méthode (celle de Henri Saintc- 
Glaire-Deville, avec vérification des alcalis par la méthode de Lawrence 
Smith) des deux roches suivantes : 

a. Scorie des explosions stromboliennes du début du paroxysme d'avril, 
rejetée près de l'Observatoire ; 

b. Lave issue de la bouche de 600 mètres (Cognoli) et arrêtée le 8 avril 
près du cimetière de Torre Annunziata ; j'ai prélevé l'échantillon au front 
de la coulée, sur une surface mise à nu par les travaux de voirie effectués 
sur la lave encore chaude. 

Je donne en outre, comme document, l'analyse des laves de 1631 (c), 
de 1872 (d) et celle (e) d'un type vitreux de 1903 (2) (valle dell' Inferno) 
dues toutes trois à M. Washington (3) : 

a b c d e 

SiO 2 47,50 48,28 47,71 47,65 48,10 

A1 2 3 18,59 18,39 17,01 18,13 17,56 

Fe 2 3 1,52 1,12 2,46 2,63 2,48 

FeO 7,62 7,88 5,68 6,48 6,10 

MgO 3,86 3,72 4,80 4,19 4,27 

CaO 9,16 9,20 9,42 9,01 8,16 

Na 2 2,72 2,84 2,75 2,78 2,65 

K*0 7,05 7,25 7,64 7,47 7,93 

TiO 2 1,05 1,28 0,37 1,13 1,41 

P 2 0> tr. 0,51 0,77 0,50 1,01 

H*0 1,25 0,62 » 0,24 0,16 

ZrO 2 » » 0,06 0,02 » 

BaO » »_ 0,26 0,24 0,08 

100,32 101,09* 99,53 100,47 " 99,91 

Les analyses a et b sont remarquablement concordantes, et Ton peut 

(1) Comptes Rendus, t. CXXIH, 1906, p. 13. 

(2) Prof. Papers U. S. G. S., 1903, p. 307. Certains des nombres donnés ici présentent quelques 
différences avec ceux que j'ai reproduits dans la note précitée, M. Washington ayant, dans sa 
dernière publication, apporté des corrections aux nombres publiés par lui antérieurement. Peut- 
être faut-il faire quelque réserve sur la date de 1872 de la roche d : elle a été recueillie sous 
l'Observatoire; elle est indiquée comme riche en phénocristaux de leucite et pauvre en ceux 
d'augite : celte description se rapporte à la lave de 1858 se trouvant dans ce gisement, et non à 
celle de 1872, qui est très riche en phénocristaux d'augite et extrêmement pauvre en ceux 
de leucite. 

(3) The roman comagmatic région (Carnegie Institution of Washington, Publication n° 57, 
1906, p. 116). 



22 A. LACROIX. 

s'attendre à trouver des différences plus étendues entre des analyses plus 
nombreuses. La plus grande différence s'observe dans la teneur en 
anhydride phosphorique ; elle est très faible dans a ; une triple vérification 
a montré qu'il ne s'agit pas là d'une erreur analytique. Ce fait est sans 
doute accidentel, l'examen microscopique permettant de voir des 
cristaux d'apatite dans tous les échantillons de scories étudiés; mais ils y 
existent en quantité très variable. 

En tous cas, ces analyses montrent nettement la constance de compo- 
sition du magma, du commencement à la lin du paroxysme ; c'est pourquoi 
je n'ai pas cru devoir multiplier les analyses. Cette constatation était 
d'ailleurs rendue assez vraisemblable par la remarquable analogie de com- 
position chimique existant entre les laves de 1906, de 1631, de 1872 (?) 
et de 1903. Elles appartiennent au même groupe de la classification 
chimico-minéralogique, c'est-à-dire à la braccianose (II. 7. 2. 2) à la limite 
de la vésuvose (II. 8. 2. 2). Je renvoie au chapitre VI pour la discussion 
de cette composition, qui sera faite en même temps que celle d'autres 
roches du Vésuve et de la Somma. 

Cette constance de composition chimique n'apparaît pas, si Ton 
examine les nombreuses analyses des laves du Vésuve qui ont été 
publiées par Fuchs (1) et dans lesquelles de très grandes différences se 
remarquent, notamment dans les alcalis, mais la comparaison des résultats 
qu'il donne pour la lave de 1631 avec ceux des analyses de M. Washington 
et de M. Haughton donne peu de confiance dans les nombres publiés par 
cet auteur et dans ceux des autres chimistes, dont il a rapporté les 
résultats. 

2° Composition minfralogique et structure. 

Je me suis surtout attaché à suivre le développement de la cristallisation, 
en comparant entre elles les formes de refroidissement de moins en 
moins rapides (2). 

(1) Nettes Jahrbuch, 1869, 174. 

(2) Le type le plus cristallin étudié a été recueilli le 15 avril, c'est-à-dire huit jours après l'arrêt 
de la lave ; on voyait encore, ce jour-là et pendant les quelques jours suivants, de la lave incan- 
descente dans quelques cavernes de la coulée. Les parties profondes de celle-ci en voie de 
refroidissement lent fourniront naturellement des types à cristallinité bien supérieure. 



ÉTUDE IDES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 23 

a. Scories projetées par les explosions stromboliennes . — Les scories des 
explosions stromboliennes sont très riches en verre brun ; j'ai examiné 
des fragments qui m'ont été remis par M. Matteucci et dont l'analyse 
est donnée en a\ ils sont d'un brun noir, étirés, très fragiles; ils 
s'émiettent sous la pression du doigt ; ils ont été rejetés dans un état 
très fluide. D'autre part, je dois à M. Mercalli un échantillon qu'il a 
recueilli, le 5 avril, à la bouche de 1 200 mètres. C'est une scorie 
qui, à l'inverse de la précédente, est fort résistante, bien que non moins 
riche en verre. Enfin j'ai recueilli moi-même, dans les produits des 
avalanches sèches, quelques échantillons très vitreux et fort analogues 
aux précédents, mais dont je ne fais pas état, puisque je ne puis pas 
assurer qu'ils proviennent bien réellement de cette éruption. 

Ces scories renferment dans leur verre, continu ou bulleux, de gros 
phénocristaux a 1 (211) de leucite (biréfringente) (pi. I, fig. 1) et d'augite, 
une quantité médiocre de plagioclases basiques et fort peu d'apalite et 
d'olivine en cristaux nets. Tous ces minéraux ont cristallisé librement, sans 
être gênés par leurs voisins. Les cristaux de leucite sont souvent réunis en 
plus ou moins grand nombre, englobant ou moulant de l'augite ; ils sont 
en moyenne pauvres en inclusions vitreuses (avec ou sans bulles) disposées 
sans ordre. L'augite zonée est vcrdàtre ; ses cristaux automorphes, de la 
forme commune, contiennent de grosses inclusions vitreuses d'un brun 
plus foncé que le résidu vitreux de la roche. 

Le plagioclase est très basique, oscillant entre la bytownite et l'anorthite ; 
il estmaclé suivant les lois de l'albiteet de Carlsbad. Les faces g 1 (OlO) sont 
limitées par les faces p (001), a { (Î01) et quelquefois m (HO) ont (110). 
Ces formes en losanges ont été signalées dans la lave de 1881-1883 par 
F. Kreutz (1), qui indique leur analogie avec celles des feldspaths des 
verres basaltiques. Ce sont en somme celles qui dominent parmi les 
microlites de toutes les roches basiques ; si elles n'ont guère été signalées 
que dans des types très vitreux, c'est que ceux-ci sont les seules roches 
dans lesquelles les microlites feldspathiques ont pu se développer libre- 
ment sans être gênés par les minéraux voisins. Il est facile de s'assurer 

(i) Tschermak. min. u. petr. Mitteil., VI, 1884, 133. 



24 A. LACROIX. 

de ce fait en étudiant le basalte de Perrier, près d'Issoire (Puy-de-Dôme) : 
sur les surfaces altérées des parties vitreuses, on distingue, à l'œil nu, 
un grand nombre de petites lamelles de ce genre, faciles à isoler : elles ne 
sont plus visibles dans les échantillons dépourvus de verre, bien que la 
forme des cristaux reste la même, ainsi qu'il est facile de s'en assurer par 
l'examen d'une section microscopique de la roche : les contours de la face g % 
sont dans ce cas effacés par leur contact avec les minéraux avoisinants. 

Dans les scories, les plagioclases constituent, au point de vue de leurs 
dimensions, une série continue entre de véritables phénocristaux et des 
individus presque microlitiques ; mais on ne peut pas distinguer deux 
périodes distinctes de cristallisation. 

Dans le verre brun clair, apparaissent en assez grand nombre de très 
petits cristaux d'augite, à formes fort nettes, souvent accolés à des grains 
de titanomagnétite ; quelques formes fourchues rappellent les cristallites 
d'olivine, signalées par M. Kreutz dans la lave de 1883. Enfin on trouve 
aussi, mais en petit nombre, des cristaux de leucite extrêmement petits, 
qui n'occupent pas toute l'épaisseur de la préparation. En faisant varier 
le point, on peut constater qu'ils sont formés par des trapézoèdres a % (21 i ), 
dont les faces sont creuses ou les arêtes en relief; ils paraissent analogues 
à ceux que M. Sinigallia (1) a observés dans une lave très vitreuse de 
l'éruption de 1753. 

Nous nous trouvons ici en présence du magma, surpris au cours d'une 
cristallisation normale et tranquille ; le refroidissement a été brusque, 
sans cristallisation au cours du rapide parcours aérien ; on voit, par com- 
paraison avec les roches épanchées, que la formation d'un second temps 
est à peine esquissée dans la cheminée du volcan. 

b. Hoches épanchées (pi. I, fig. 2 à G). — J'ai examiné toute une série 
d'échantillons recueillis en différents points des coulées ; leur cristallinité 
est inégale, mais tous se distinguent des scories projetées par l'extraor- 
dinaire abondance de la leucite microlitique. Quelques-uns permettent 
bien de voir encore, çà et là, de petits cristaux naissants de leucite, comme 
ceux qui viennent d'être décrits, mais dans tous, la plus grande partie de 

(1) ISeues Jaltrbuch, Beil., Bd. Vil, 417. 



ÉTUDE DBS PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 25 

la leucite microlitique se trouve en cristaux d'une épaisseur supérieure à 
celle des préparations (0 mm ,02). De plus, les phénocristaux de leucite sont 
beaucoup moins abondants ; leur pauvreté en inclusions vitreuses, qui sont 
distribuées d'une façon quelconque, contraste avec l'abondance de celles- 
ci dans la leucite microlitique ; elles y sont généralement orientées régu- 
lièrement, comme le montrent les ligures 5 de la planche I et 1 de la 
planche VL Ce mode de distribution des inclusions me semble très carac- 
téristique des cristaux de leucite ayant cristallisé rapidement. 

Dans les échantillons du front de la coulée de Torre Annunziata, que 
j'ai recueillis sur une surface mise à nu sur environ 3 mètres de hauteur, 
le verre brun est très riche en microlites et en cristallites, mais il reste 
encore limpide, comme dans les scories projetées; dans des fragments 
détachés à l'état encore pâteux, au contraire, les microlites sont peu 
nombreux et le verre très abondant. Les phénocristaux sont, par ordre 
d'importance, l'augite (souvent zonée comme dans la fig. 4 de la pi. II), 
la leucite et les plagioclases (ayant environ un tiers de millimètre) ; il 
existe en outre localement un peu de biotite et toujours de l'apatite. 

Dans un échantillon, prélevé à une altitude de 500 mètres, au-dessous 
de la bouche de Cognoli, les phénocristaux de leucite et de plagioclases 
sont moins abondants ; par contre, il existe de loin en loin un phéno- 
cristal d'olivine. Le verre est rendu trouble par des ponctuations de 
magnétite. Un fragment recueilli sous Gasarella, à 350 mètres d'alti- 
tude, contient moins encore de feldspaths, mais plus de leucite ; les phé- 
nocristaux sont souvent groupés en nids. Dans les parties scoriacées 
superficielles de la coulée près l'Oratorio, la proportion des phénocris- 
taux d'augite est très variable, celle des phénocristaux de plagioclases 
plus grande que dans les roches précédentes. Enfin, un morceau prélevé 
par M. Mercalli, à la bouche de 750 mètres, qui a donné naissance à la 
coulée de Terzigno, contient quelques lames de biotite ; les microlites 
de labrador-bytownite sont plus longs que dans la roche précédente ; 
le verre est rendu opaque par des ponctuations de magnétite. 

Le type le plus cristallin que j'ai observé a été obtenu en brisant la par- 
tie intérieure de gros blocs de la surface des coulées, fendus par retrait. 
La roche ne renferme pas davantage de leucite que les échantillons pré- 

Nouvblles Archivbs du Muséum, 4 e série. — IX. 4 



26 A. LACROIX. 

cédents, mais le verre a entièrement disparu ; il est remplacé par un feu- 
trage de microlites d'augite, de labrador et de labrador-bytownite, enfin 
de magnétite. Le verre en inclusions dans la leucitea subi le même sort 
que celui de la pâte; il est en partie transformé en petits cristallites 
d'augite et en agrégats de magnétite à aspect scoriacé, dont les figures 6 
de la planche 1, et \ bi * de la planche VI donnent une idée fort nette. 

Notons, en terminant, que toutes ces roches renferment une petite 
quantité d'olivine microlitique, qui, au lieu d'avoir les formes prisma- 
tiques suivant Taxe vertical, qui caractérisent les microlites d'olivine des 
andésites et des labradorites de la Chaîne des Puys (1), se présente 
uniquement en petits losanges, limités par des faces g 1 (120) et 
é (OU). La proportion d'olivine est d'ailleurs toujours faible, et je ne 
comprends pas bien pourquoi beaucoup des pétrographes, qui distinguent 
les roches à leucite et plagioclases en leiicittèphrites ou en leucitbasa- 
?iites, suivant qu'elles sont dépourvues d'olivine ou qu'elles en ren- 
ferment, rangent les roches modernes du Vésuve parmi les secondes, 
alors qu'en général, au point de vue minéralogique, leur place incon- 
testable est parmi les premières. 

Des observations qui précèdent, on peut tirer deux conclusions au 
sujet de la cristallisation de la leucite : les phénocristaux sont certaine- 
ment d'origine intratellurique, mais vraisemblablement de cristallisation 
peu profonde, puisque les scories rejetées du cratère par les explosions 
stromboliennes paraissent en renfermer davantage que les laves épanchées. 
Cette remarque concorde bien avec celle faite par L. Palmieri, à la suite 
des éruptions de 1871 et de 1872 et généralisée depuis lors par M. Mer- 
calli(2), à savoir que les laves des éruptions du type 1895 (laves cordées, 
plissées, etc.) (3), épanchées lentement de fissures élevées du cône, sont 
beaucoup plus riches en phénocristaux de leucite que celles des éruptions 
des types de 1760 et de 1872, qui, émises très vite, n'ont pas séjourné 



(1) Michel-Lévy, Bull. Soc. géol. France, XVlll, 1890, 728. 

(2) L. Palmieri, Atti A. Accad. Scient. Napoli, V, 1872, n° 17, p. 16. — Mercalli. Notizie vesuv. 
(Bull. Soc. Sismol. lta/.,U, 1895. — Voir aussi Johnston Lavis, Fifty conclusions relating to the eruptivc 
phenomena of M* Somma, Vesuvius, Naples, 1890, 3. 

(3) Exemples de leucittéphrites riches en phénocristaux de leucite : laves de 1804 à 1821, de 1841 
à 1350, de 1851 à 1861, de 1871, de 1876 à 1905. 



ÉTCDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 27 

longtemps dans la cheminée du volcan : les laves de ce dernier type sont 
riches en phénocristaux d'augite (1). 

Inversement, on peut assurer que la phase microlitique de la leucite 
commence à peine dans la cheminée ; elle se produit au cours de l'épan- 
chement, et cela brusquement (2), à l'inverse de ce qui a lieu pour les 
feldspaths, dans lesquels on constate souvent une continuité de dimensions 
entre les phénocristaux les plus grands et les microlites les plus petits. 

IV. — Les lapilli d'OUajano. 

Au point de vue de l'histoire des phénomènes explosifs de l'éruption, 
il y avait un intérêt capital à savoir si l'énorme quantité des lapilli, projetés 
dans la nuit du 7 au 8 sur le secteur de grande dévastation nord-est, 
étaient ou non constitués par du magma neuf. Ces matériaux, qui ont 
écrasé en partie Ottajano et San Giuseppe, forment sur la première de ces 
petites villes une couche d'environ m ,70, plus épaisse encore du côté 
de la montagne et qui a été en diminuant de puissance vers les bords du 
secteur intéressé. 

Les détails que j'ai donnés plus haut sur l'éruption rendaient très 
vraisemblable la projection de ces matériaux par les explosions vulca- 
niennes ; ils ont commencé en eflet à tomber drus comme grêle sur Ottajano 
après minuit, c'est-à-dire à partir du moment où les projections du cratère 
sont devenues obscures. De plus, à leur arrivée sur la région qu'ils ont 
dévastée, ils étaient froids, ce qui n'eût pas été sans doute le cas si les 
projections avaient été d'origine strombolienne, étant donnés surtout leur 
masse et le temps relativement court pendant lequel ils se sont accumulés. 

En examinant de près les matériaux d'OUajano, j'ai pu constater que 
l'on trouvait à la surface du sol de petits lapilli noirs, scoriacés, qui 
sont vraisemblablement constitués par du magma neuf et qui doivent être 
attribués aux projections stromboliennes du début de la nuit; mais la 
grande masse des lapilli, tout en étant, eux aussi, scoriacés, noirs et 
médiocrement denses, sont d'une toute autre nature. Déjà, à l'œil nu, on 

(1) Exemples de leucittéphrites à grands phénocristaux d'augite, dépourvus de grosses leucites : 
type 1872; laves de 1631, 1737, 1839, 1872 et surtout type 1760 : laves de 1760, 1794, 1861. 

(2) La lave, encore assez fluide pour pouvoir être moulée, ne renferme souvent pas encore de micro- 
lites de leucite (échantillons observés: éruptions de 1805, 1809, 1810, 1832, 1843, 1893, 1906, etc.). 



38 A. LACROIX. 

y distingue en grande abondance des cristaux d'augite, à faces nettes, 
ayant en moyenne un demi-centimètre de plus grande dimension et 
pouvant être plus gros encore ; ils sont souvent peu adhérents à la scorie, 
dont ils peuvent être arrachés sans grande difficulté; en outre, de larges 
paillettes de biotite ne sont pas rares. 

L'examen microscopique montre que, en outre de ces deux minéraux, 
il existe des cristaux, fréquemment brisés, d'un pyroxène incolore et en 
quantité moindre encore des cristaux automorphes d'olivine et quelques 
prismes d'apatite. Ces grands cristaux d'augite sontsouventcristallitiques, 
creusés de profondes cavités et riches en grandes inclusions vitreuses. 

Tous ces phénocristaux sont disséminés dans une pâte, qui ne devient 
tout à fait transparente qu'en lames très minces; on voit alors dans celle- 
ci de petits cristaux de leucite et un lacis d'aiguilles filiformes d'augite et 
de grains de magnétite. C'est donc une composition minéralogique assez 
différente de celle de la lave récente. 

L'analyse a de ces scories vient accentuer ces différences : 



NVO 
K*0 . 

TiO*. 
PH) 5 
H 2 . 



a 


b 


1,98 


1,76 


4,22 


4,75 


1,15 


1,26 


0,12 


0,38 


0,87 


1,50 


100,10 


100,23 



a b 

SiO* 48,10 47,61 

A1*0 3 15,31 16,12 

Fe*0 3 3,20 0,91 

FeO 5,45 6,22 

MgO 7,56 7,27 

CaO 12,45 12,45 

Cette composition correspond à un type chimico-minéralogique , Yourose 
(III. 6. 3. 3), à tous égards assez éloigné de la lave actuelle. Je le discu- 
terai plus loin ; mais dès à présent je ferai remarquer qu'il est moins riche 
en alcalis (et notamment en potassium), plus riche en magnésium et en 
calcium que le magma neuf, ce qui entraine une proportion moindre de 
feldspaths et de feldspathoïdes et une augmentation de la teneur en 
minéraux ferro-magnésiens. 

Je donne comme comparaison [h) le résultat de l'analyse d'un bloc de 
leucittéphrite grenue à grands éléments, que j'ai recueilli en 1905 dans 
les ravins de la Somma, au-dessus d'Ottajano ; sa composition chimique 
n'est pas identique à celle de nos scories, mais elle en est très voisine : 
elle correspond au type que j'appellerai ottajanose (III. 0. 3. 2). 



ÉTDDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 29 

Si l'on admet comme réelle la constance de composition chimique des 
laves récentes du Vésuve, telle que la rendent vraisemblable les analyses 
données dans le paragraphe précédent, il faut donc admettre que ces 
scories ont été arrachées à la Somma ; cette opinion est encore renforcée 
par l'abondance, au milieu de ces lapilli noirs, de nombreux fragments 
anguleux de types très variés de leucittéphrites très cristallines et de 
roches métamorphiques, qui proviennent incontestablement des parties 
profondes du vieux volcan. 

On trouvera dans les tableaux qui terminent le chapitre VI l'analyse 
de quelques leucittéphrites de la Somma, en même temps que celle des 
laves du Vésuve. 



CHAPITRE II. 

LES MATÉRIAUX ANCIENS REJBTÉS PAR LES EXPLOSIONS 
VULCANIKNNES CONSIDÉRÉS INTRINSÈQUEMENT 

Le magma neuf étant connu sous ses différentes formes, j'étudierai 
maintenant les matériaux anciens, rejetés par les explosions vulca- 
niennes ; par anciens, je désigne tout ceux qui sont de formation 
antérieure à l'éruption récente. 

Dans le secteur de grande dévastation, situé sur le flanc nord-ouest 
du volcan, les matériaux accumulés ont été essentiellement constitués par 
des scories noires, mélangées à des fragments de roches variées, dans 
lesquelles on peut reconnaître des types pétrographiques existant à la 
Somma. Je viens de faire voir que ces scories ne sont pas constituées par 
du magma neuf, je ne m'en occuperai plus ici. 

Sur les flancs du cône, la complication est bien plus grande ; les 
matériaux rejetés sur le sommet de la montagne ont été bientôt, en 
partie, entraînés par les avalanches sèches qui les ont étalés plus bas. 
Les brèches résultantes sont formées par un péle-méle indescriptible de 
roches aux dimensions colossales ou plus restreintes, de fragments de 
toutes tailles, mélangés à de la poussière fine ; celle-ci est identique à 
la cendre que le vent a accumulée sur tout le massif du volcan, ou 
entraînée à très grande distance. Dans ces brèches, on peut distinguer : 

1° Des blocs anguleux ou arrondis de roches fraîches ; 

2° Des blocs arrondis, souvent oxydés sur leur périphérie, arrachés à 
de vieilles brèches ou à de vieux tufs ; ce sont des matériaux qui ne voient 
pas le jour pour la première fois et qui ont subi peut-être à plusieurs 
reprises déjà semblable aventure ; 

3° Des blocs de brèches ou de tufs, formés par l'agglomération de 
lapilli, de cendres et de cristaux isolés de divers minéraux, et en parti- 
culier d'augite, plus ou moins solidement agrégés ; 

4° Des roches appartenant à toutes les catégories précédentes, mais 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 31 

métamorphisées; tantôt elles sont simplement imprégnées des sels 
solubles des fumerolles sèches, tels certains tufs que cimentent des 
chlorures de sodium et de potassium, associés à un peu de sulfates 
alcalins; tantôt elles sont profondément attaquées et riches en silicates 
néogènes; enfin, dans d'autres cas, elles sont décomposées sous l'influence 
des fumerolles acides (types rubéfiés, avec cristaux d'hématite). 

L'examen minéralogique détaillé de toutes ces roches montre que le 
magma neuf y joue un rôle extrêmement réduit. On y trouve des roches 
très variées : bien que celles d'origine volcanique dominent, il y existe 
aussi tous ces types métamorphiques qui, depuis longtemps, ont rendu 
célèbres les ravins de la Somma. 

Ce que ces explosions vulcaniennes ont apporté au jour, ce n'est donc 
pas simplement l'inventaire des matériaux qui constituent le cône vésu vien , 
c'est celui du massif volcanique tout entier; elles nous fournissent ainsi 
la preuve qu'elles ont entamé d'une façon profonde le socle du cône, 
c'est-à-dire la Somma elle-même. 

Je me propose de donner ici un bref aperçu de la composition 
minéralogique des blocs projetés, considérés en eux-mêmes, renvoyant 
au chapitre suivant pour les transformations métamorphiques que cer- 
tains d'entre eux ont subies. 

1. — Les roches volcaniques. 

La grande masse des matériaux volcaniques rejetés est constituée par 
des leucittéphrites basiques, mais j'y ai rencontré aussi la ^plupart de 
ces types pétrographiques de couleur claire, leucitiques ou non, et dans 
ce cas riches en orthose, qui abondent dans les tufs de la Somma. Comme 
ceux-ci sont encore peu connus et qu'ils méritent par suite une étude 
détaillée, comme, d'autre part, il ne s'est guère produit à leurs dépens de 
phénomène métamorphique, je les décrirai dans le chapitre VI et ne 
m'occuperai ici que des leucittéphrites comparables aux laves récentes et, 
qui, elles, sont souvent modifiées. 

Leucittéphrites basiques. 

Beaucoup de ces roches forment des blocs anguleux, d'une fraîcheur 
remarquable, arrachés incontestablement à des gisements en place 



32 A. LACROIX. 

(filons ou coulées). Leur surface est parcourue de fissures de retrait, 
observables quelquefois sur toute leur périphérie, de telle sorte que chaque 
bloc affecte la forme d'une bombe vulcanienne typique (i). Ces blocs 
sont fragiles et se brisent facilement en donnant des fragments à cassure 
conchoïdale : ce genre de retrait est celui des roches portées à haute tem- 
pérature et refroidies brusquement. Mais, comme leur structure et leur 
composition sont extrêmement variées, on doit en conclure qu'elles sont 
de gisement et d'âge différent et que les phénomènes calorifiques dont 
elles portent les traces sont dus à un réchauffement (2). 

Il eût été intéressant de pouvoir spécifier l'origine de chacun des 
échantillons étudiés et d'établir la proportion relative des roches appar- 
tenant au vieux volcan et de celles dues aux éruptions historiques qui ont 
édifié le cône vésuvien ; mais cela est impossible dans l'état actuel de nos 
connaissances sur la constitution chimique des roches basiques de la 
Somma* L'étude minéralogiqueest en effet insuffisante pour résoudre cette 
question : toutes ces roches, en effet, aussi bien celles de la Somma que 
celles du Vésuve, bien qu'ayant une composition minéralogique qualitative 
comparable, présentent, en réalité, des variations quantitatives assez 
grandes, ainsi que le montrent quelques analyses publiées par J. Roth(3) 
et les nouvelles analyses données au cours de ce mémoire. Quand on 
compare les roches des coulées et des filons décapés de la Somma, ou 
celles qui se trouvent en blocs dans ses tufs, avec les leucittéphrites des 
éruptions récentes du Vésuve, on constate bien une différence d'aspect 
assez constante. La leucite y apparaît généralement beaucoup plus 
distincte et semble plus abondante dans les premières que dans les 
secondes, mais cela tient seulement à ce qu'à la Somma, grâce à des alté- 
rations d'origine atmosphérique, la leucite est devenue en partie opaque, 
d'un blanc de lait, jaunâtre ou rosée, alors que dans les laves du Vésuve 
le même minéral reste vitreux et incolore, tranche moins sur le fond 
intact de la pâte. Mais cette distinction ne compte plus guère, quand il 

(1) J'en ai recueilli de nombreux échantillons de petite taille dans le ruisseau d'Ottajano, en 
amont de la ville, quand les premières pluies eurent enlevé la plus grande partie des lapilli légers. 

(2) Studien am Monte Somma (Abhandl. Kônigl. Akad, Wissensch., Berlin, 1877). 

(3) Les blocs de laves anciennes ainsi que ceux des enclaves homœogènes allomorphes (diorites 
et gabbros) rejetés par les paroxysmes de Saint- Vincent (1902) possèdent cette même structure. 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 33 

s'agit, comme dans le cas que nous étudions, de roches arrachées 
en profondeur et qui, par suite, malgré leur antiquité, ont conservé leur 
fraîcheur originelle, alors que des roches récentes ont pris une apparence 
altérée, grâce aux actions métamorphiques qu'elles ont subies. 

Les distinctions que Ton pourrait baser sur la structure ne seraient pas 
moins fragiles, car si l'on peut comparer les plus cristallines des roches 
rejetées par la récente éruption à celles que Ton trouve en blocs dans les 
vieux tufs de la Somma, il serait dangereux de baser sur ce seul carac- 
tère une notion d'origine. Il ne faut pas oublier en effet que nous ne 
connaissons des coulées du Vésuve que les parties superficielles (1); 
les filons profonds, formés par le remplissage des fissures qui ont amené 
au jour ces coulées, les amas intrusifs qu'elles ont pu laisser loin de la 
surface et qui ont pu être décapés par les explosions paroxysmales, doivent 
fournir des roches fort différentes, comme structure, de celles des affleu- 
rements, et se rapprochant par suite de celles que l'on trouve dans les 
tufs de la Somma et qui ont probablement une origine de ce genre. Je 
laisserai donc de côté cette question d'origine et je me bornerai à 
étudier les roches intrinsèquement. 

Les blocs qui n'ont subi ni transformation métamorphique, ni altération 
de la part des fumerolles acides, sont très fraîches : leur leucite est remar- 
quablement vitreuse et éclatante sur les cassures. Je n'ai trouvé qu'un 
très petit nombre de blocs dans lesquels la leucite était zéolitisée (2) et 
l'olivine transformée en bowlingite (iddingsite), ce qui indique nettement 
que tous ces matériaux ont été soustraits aux altérations superficielles. 

On peut distinguer deux groupes parmi ces leucittéphrites, suivant 
que leur structure est microlitique ou doléritique ; les secondes existent 
en blocs indépendants, ou forment des enclaves dans les premières. J'ai 
trouvé en outre plusieurs blocs de leucittéphrites doléritiques, traversés 
par des filons minces de types microlitiques à grains fins» Enfin je 
considérerai à part des blocs renfermant un verre obsidiennique. 

(1) Les grandes carrières ouvertes, entre Portici et Torre Annunziata, fournissent les roches 
les plus cristallines parmi celles des éruptions historiques du Vésuve, précisément parce 
qu'elles ont entamé d'épaisses coulées. 

(2) J'ai recueilli un bloc dont les cavités sont tapissées de beaux cristaux de christianite d'un 
blanc laiteux à aspect de porcelaine ; un autre contient des cristaux d'aragonite. 

Nouvelles Archives du Muséum, 4 e série. — IX. 5 



34 A LACROIX. 



V Leucittémiiutes microlitiques. 

Ces roches présentent souvent la même composition minéralogique 
qualitative que la lave récente ; le plus grand nombre d'entre elles pos- 
sèdent deux temps de consolidation distincts, elles sont nettement porphy- 
riques. Elles diffèrent surtout les unes des autres par la nature et par les 
proportions de leurs phénocristaux, ces variations entraînant naturelle- 
ment des variations concomitantes dans leur pâte, quand les phénocristaux 
sont abondants. On peut y établir les types suivants : 

Type I. — Les phénocristaux sont essentiellement constitués par de la 
leucite de grande taille ; ils peuvent être accompagnés d'augite, de 
plagioclases et parfois d'olivine. Dans quelques roches de la Somma, la 
très grande abondance de gros cristaux de leucite du premier temps de 
consolidation entraîne comme conséquence sa rareté dans le second 
temps, dont les éléments sont surtout augitiques et feldspathiques 
(pi. V, fig. 1). Ces roches riches en grands cristaux de leucite sont, 
comme on Ta vu page 26, caractéristiques des laves à épanchement lent 
du type de 1895. Il n'est donc pas étonnant de les voir prédominer dans le 
cône du volcan et par suite parmi les blocs rejetés en 1906, aussi bien 
que dans les filons de la Somma refroidis lentement. 

Type IL — Les phénocristaux dominants sont constitués par de l'augite 
(pi. II, fig. 4); ils sont parfois accompagnés de phénocristaux de leucite, mais 
ces derniers sont en général peu apparents: ceux de plagioclases manquent 
ou sont peu abondants (pi. V, fig. 2). Ce type est caractéristique des laves 
des très grandes éruptions du type 1872 (1631, 1872 entre autres) et de 
celles du type 1760, épanchées rapidement par des fissures très basses 
(1760, 1794, 1861). Cette particularité de leur formation explique 
pourquoi les blocs de ce type sont moins abondants parmi ceux qu'a 
rejetés la récente éruption que ceux du type précédent. 

Sauf dans le cas signalé plus haut, la pâte de ces divers types est très 
riche en leucite, entre les cristaux de laquelle sont distribués les plagio- 
clases et l'augite. Suivant les cas, il y a une grande différence de taille 
entre les phénocristaux et les microlites de leucite ou bien, au contraire, 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 35 

il existe entre eux des passages gradués ; les phénocristaux sont alors 
de petite taille. L'apatite en gros prismes, souvent terminés par une 
pyramide, est abondante dans toutes ces roches. 

La lave de 1906 occupe une place intermédiaire entre ces deux types 
principaux. 

Type III. — Enfin, et beaucoup plus rarement, il existe (Somma) des 
leucittéphrites à aspect compact, manquant presque de phénocristaux ou 
ne renfermant à cet état que quelques individus d'olivine et d'anorthite ; 
la pâte est à éléments très fins. 

Ce qui a été dit plus haut au sujet des variations de la cristallinité de 
la pàtc de la lave récente s'applique naturellement aux roches qui nous 
occupent ici. Beaucoup des blocs de 1906 sont à plus grands éléments que 
toutes les roches en place sur les flancs du Vésuve et mémo à la Somma ; 
ils conduisent, par des étapes variées, au type doléri tique, mais toutes les 
roches que je comprends dans ce paragraphe sont certainement de surface. 

On voit, en résumé, que la composition minéralogique des leucitté- 
phrites de ce massif volcanique est simple. Divers auteurs ont bien 
signalé, plusieurs minéraux autres que ceux dont il vient d'être question 
tels que l'orthose, la néphéline et la sodalite ; je ne les ai jamais observés 
moi-même comme éléments normaux, et je les crois toujours dus soit à 
des phénomènes d'autopneumatolyse (1), quand la roche considérée pro- 
vient de coulées en place, soit à des phénomènes métamorphiques, quand 
les échantillons ont été recueillis à l'état roulant (2) ; il en est certai- 
nement de même pour la hornblende. 

Je terminerai par une remarque au sujet de la biotile, qui existe en 
petite quantité à l'état de phénocristaux dans beaucoup de leucittéphrites; 
dans les laves du type II, où je l'ai observée personnellement en lames 
minces (1794, 1861, 1872), elle ne présente pas de phénomènes de 
résorption très intenses. Il serait intéressant de l'étudier à ce point de vue 
dans les laves épanchées lentement comme celles du type I, afin de voir 
si elle n'y présente pas des phénomènes de résorption plus importants, 

(1) Voy. page 65. 

(2) C'est ainsi que Von Lasaulx a donné [{iïeues Jahrb., XL, 1872, 408) la description de la lave 
de 1872, d'après un échantillon contenant beaucoup de néphéline et de grenat, et qui n'appartient 
certainement pas au magma neuf, mais bien à une enclave métamorphisée. 



36 A. LACROIX. 

comme cela a lieu d'une façon constante dans toutes les roches des 
grandes coulées du Massif central de la France. Je n'ai pas personnelle- 
ment d'observations suffisantes sur cette question. 

2° Leucittépiimtes doléritiques. 

Je désigne sous ce nom des leucittéphrites holocristallines, à grands 
éléments, ayant un aspect plus ou moins grenu, à cause de la forme globu- 
laire des grands individus de leucite; elles contiennent souvent des phé- 
nocristaux d'augite pouvant atteindre 1 centimètre de plus grande dimen- 
sion. Elles abondent aussi bien parmi les blocs de 1906 que dans les tufs 
de la Somma. 

Je les appelle doléritiques, parce que, comme les basaltes doléritiques, 
elles paraissent avoir cristallisé par une prise en masse, sans qu'il 
soit possible de distinguer un ordre très régulier dans la cristallisation. 
Les grands cristaux d'augite ont rarement des formes géométriques 
planes, et, si leur apparition a en partie précédé celle des autres éléments, 
leur périphérie est de cristallisation contemporaine de ceux-ci. Il arrive 
même que l'examen microscopique fasse voir que ces phénocristaux sont 
en réalité ophitiques par rapport aux autres éléments et, par conséquent, 
plus jeunes qu'eux ; mais ces différences sont si peu sensibles, si variables 
d'un échantillon à un autre et même dans les divers parties d'un même 
bloc, que je crois ma comparaison avec les dolérites feldspathiqucs tout 
à fait justifiée (pi. II, fig. 2 et 3). Bien que cette structure ne soit pas liée 
à une composition chimique spéciale, ces roches doléritiques appar- 
tiennent souvent à des types assez basiques, l'olivine y est alors abondante ; 
elle apparaît sous la forme de grains jaunes, lorsqu'on examine la roche à 
l'œil nu. Les minéraux constituants essentiels sont les mêmes que dans 
les types précédents ; le plus souvent aucun élément n'est nettement auto- 
morphe, à l'exception des plagioclases (bytonnite à anorthite) qui forment 
toujours des lamelles aplaties suivant g 1 (010) ; Faugite et même l'olivine 
les enveloppent très souvent ophitiquement. Quant à la leucite (biréfrin- 
gente), elle est globuleuse, mais sans formes géométriques : dans les 
échanlillons à très grands éléments, il arrive que tous les autres minéraux 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 37 

de la roche paraissent être enveloppés par d'énormes plages de leucite 
formées par un cristal unique ; c'est quelquefois le cas, en effet, mais le 
plus souvent ce n'est qu'en apparence ; elles résultent de la réunion 
d'individus xénomorphes diversement orientés. 

Dans les roches à grands éléments, qui dérivent, par gradations insen- 
sibles, de la leucittéphrite du type II, l'impression que l'on ressent à la vue 
des plaques minces, c'est que la leucite est en partie plus ancienne que 
les feldspaths,bien que là encore elle en enveloppe incontestablement un 
grand nombre de plages. 

En résumé, les leucittéphrites doléritiques doivent être considérées 
comme une forme de refroidissement lent du magma, dans laquelle la 
cristallisation des différents minéraux a été presque simultanée ; des 
variétés à éléments encore plus grands conduisent à de véritables roches 
granitoïdes; si, par la pensée, on remplace dans celles-ci toute la leucite 
par de grandes plages d'orthose, on est conduit à la sommaïte, qui va 
être décrite dans le chapitre VI ; on y verra d'ailleurs qu'il existe des 
passages entre ces deux types pétrographiques. 

Je crois probable l'existence de ce type doléritique dans la partie cen- 
trale des coulées très épaisses ; mais il me paraît plus vraisemblable que 
les blocs étudiés sont constitués par des roches de demi-profondeur, ce 
qui expliquerait la présence dans beaucoup d'entre elles de biotite et de 
hornblende, en grandes plages englobant souvent ophitiquement les plagio- 
clases, si ces minéraux n'y sont pas de formation métamorphique, comme 
les minéraux drusiques que l'on y voit parfois (blocs de l'éruption 
récente). 

3° Leucittéphrites renfermant du verre apparent. 

Les verres des magmas leucitiques sont si rares qu'une étude toute 
spéciale s'impose pour des blocs, riches en matière vitreuse, qui abon- 
dent parmi les produits rejetés par l'éruption. 

Je les diviserai en deux groupes, suivant que le verre est d'origine 
primaire ou au contraire qu'il est dû à un phénomène de métamorphisme 
calorifique, à une refusion. 



38 A. LACROIX. 

a. Roches à verre primaire. 

Verres obsidienniques. — Los plus remarquables de ces roches sont 
caractérisées par la présence d'un verre noir, ayant l'aspect do Yobsi- 
dienne. Je n'ai vu aucun bloc de ce verre offrant de grandes dimensions ; 
il constitue toujours un accident, plus ou moins important, do roches 
à aspect pierreux. 

Deux types se rencontrent, qui ne se distinguent que par des différences 
dans les dimensions et dans la distribution des parties vitreuses. Dans 
l'un, le verre constitue de petites taches polyédriques, mais irrégulières, 
plus rarement globuleuses, tantôt clairsemées, tantôt assez uniformément 
réparties au milieu d'une roche pierreuse; l'ensemble fait parfois penser 
au premier abord à une broche ignée, qui contiendrait des fragments 
d'obsidienne. 

Dans le second type, l'obsidienne, tout on conservant le mémo aspect 
extérieur, forme des masses plus grandes, pouvant atteindre la grosseur 
du poing ; elles se terminent on veines ou en filonnets irréguliers. 

Ce verre est généralement continu; on y voit seulement do temps 
en temps quelques grosses cavités à parois lisses; il n'est jamais 
scoriacé. À l'œil nu, il parait homogène, dépourvu de cristaux; les 
esquilles que l'on peut en détacher sont translucides et d'un brun 
vcrdàtre plus ou moins foncé ; il est très fusible au chalumeau. 

De semblables roches ne constituent pas une particularité spéciale 
à cette éruption. En effet, dès 1790, Saggio (1) les signale parmi les 
produits des éruptions de 1779 et de 1789, recueillis par Hamilton. 
A la suite de l'éruption de 1822, Poulett Scrope (2) parle d'obsidiennes 
leucitiques dans son énumération des produits rojetés; Monticelli et 
Covelli (3) en font une étude complote, en publient une analyse et 
établissent un parallèle entre elles et les obsidiennes de Lipari. l'n 
échantillon de cette même éruption a été étudié au point de vue 
chimique par Lagorio (4) et deux autres au point de vue minéralo- 

(I) Di litologia vesuviana, Napoli, 1790, p. 128. 
(Y) Quaterl.J.of. Se. London, XV, 1823, 3. 

(3) Storia dei fenontimi dcl Venir io 482l-iS2t, Napoli, 1823, 168. 

(4) TschermalCs miner, u. petr. Milteil., VU, 1887, 483. 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 30 

gique par L. Sinigallia (1). À. Scacchi a retrouvé ces roches parmi les 
blocs lancés par le paroxysme de 1872 (2). Enfin, pour terminer cet 
historique, j'indiquerai que mon collègue, M. Stanislas Meunier, a bien 
voulu me communiquer un échantillon de la collection géologique du 
Muséum, qui est noté comme ayant été recueilli dans le cratère du 
Vésuve, après l'éruption de 1813. 

Revenons aux roches de 1906. Quel que soit le mode de distribu- 
ion du verre, en masses isolées de grande taille ou en petits îlots, 
les particularités qu'il présente sont les mômes. 

Deux cas doivent être distingués, suivant la nature de la roche 
pierreuse englobante : ou bien celle-ci est une leucittéphrite compacte, 
à éléments fins ; ou bien c'est une leucittéphrite doléritique ; dans 
ce dernier cas, la roche à grands éléments forme soit des blocs 
distincts, soit des enclaves (3) dans des leucittéphrites à éléments 
fins. Je décrirai sommairement quelques exemples caractéristiques de 
chacun de ces types. 

Leucittéphrites à grains fins. — Une variété assez répandue est 
fournie par une roche grise, à grain uniforme, contenant beaucoup 
de petits îlots vitreux; c'est une leucittéphrite à augite du type II, 
riche en phénocristaux d'augite, pauvre en phénocristaux de leucite ; 
elle contient une quantité très notable de phénocristaux automorphe 
d'olivine. Sa caractéristique 'réside dans la très grande abon- 
dance de fort petits cristaux (microlites) de leucite et de microlites 
d'augite en grains irréguliers. Il existe si peu de plagioclase que 
la roche est presque une leucitite ; en tout cas, ce minéral est très 
irrégulièrement distribué. La leucite contient une quantité considé- 
rable de petites inclusions vitreuses sans bulle. Tous les éléments 
qui viennent d'être énumérés sont moulés par un verre brunâtre, 
rendu trouble par des ponctuations de magnétite, verre qui est d'ailleurs 
très peu abondant ; là où sa proportion augmente, les microlites de 
plagioclases sont plus nombreux. 

({) Neues Jahrb., Beil., Bd. VII, i890, 417. 

(2) Gontribuzione minerai, stor. incend. vesuv., 1872 (Atti R. Accad. Se. Napoli, 1872, n° 22, p. 16) . 

(3) C'est là un exemple des enclaves homœogènes plésiomorphes, dont il est question page 51. 



40 A. LACROIX. 

Le verre qui constitue les Ilots est brun foncé et homogène dans leur 
partie centrale ; mais, sur leurs bords, sa couleur est plus intense, et 
il présente des dévitrifications, sous forme d'une substance fibreuse, à 
tendance sphérolitique, implantée normalement aux parois ; ces fibres 
à extinction longitudinale, à signe d'allongement positif et biréfrin- 
gence extrêmement faible, à réfringence faible, me paraissent être 
de nature feldspathique (1). 

Ces produits fibreux s'appuient sur une couche continue, constituée 
par des cristaux automorphes de plus grande dimension que ceux 
qui constituent le reste de la roche ; ils appartiennent à la leucite, 
accompagnée ou non d'augite. Quelquefois cette leucite est très riche 
en inclusions vitreuses (à bulle) non orientées; dans d'autres cas, les 
inclusions sont uniformément réparties; elles n'existent que dans la 
partie des cristaux opposée au verre, tandis que le côté en contact 
avec celui-ci en est complètement dépourvu. Plus souvent, ces cris- 
taux ne renferment aucune inclusion, comme ceux qui sont repré- 
sentés dans les figures 2 et 3 de la planche III. 

La section d'un de ces îlots de verre et de la région silicatée qui 
l'entoure donne l'apparence d'une géode, tapissée de cristaux encore 
plongés dans leur eau mère. 

Le plus souvent, la partie centrale de l'îlot vitreux est libre de 
cristaux, mais il n'en est pas toujours ainsi, quand il est de petite 
taille ; la figure 3 de la planche III montre un exemple dans lequel 
de l'augite a cristallisé dans cette partie centrale; ses cristaux sont 
entourés de sphérolites, et l'on peut constater qu'entre eux et le 
verre se trouve une zone très étroite, dans laquelle le verre a été par- 
tiellement dépigmenté. 

La figure 1 de la* planche III représente une plaque taillée dans 
un échantillon contenant de grands nodules de verre obsidiennique ; 
la roche est encore une leucittéphrite à grains fins. La proportion 
des cristaux de leucite à formes distinctes développés dans le verre 

9 

(1) M. Sinigallia asignalé (op. cit., 424), dans l'un de ses échantillons, des fibres de structure et 
de distribution analogues à celles que j'ai observées; mais il les décrit comme légèrement pléo- 
chroïques et les attribue à l'ilménite. 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 41 

est beaucoup plus considérable que dans le cas précédent. Tantôt ce 
sont des individus isolés comme dans la préparation représentée, tantôt 
ils sont réunis en groupes et limités par des formes géométriques 
seulement du côté du verre. Ils sont entourés par de très fines 
aiguilles, qui paraissent de nature pyroxénique. Enfin je signalerai 
la présence de quelques microlites de plagioclases, auxquels les 
produits sphérolitiques dont il a été question plus haut forment des 
prolongements en forme de houppes, qui rappellent la disposition que 
prend la limaille de fer aux extrémités d'un barreau aimanté. 

Leiicittéphrites dolêritiques . — J'ai étudié en particulier des échan- 
tillons enclavés dans une leucittéphrite du type précédent. On n'y 
distingue à l'œil nu que de grands cristaux d'augite et duverre 
noir ; au premier abord, la roche semble grenue, à grands éléments. 
L'examen microscopique montre que cette augite verdàtre, très 
zonée, n'est que partiellement automorphe ; souvent ses bords sont 
irréguliers et alors fort riches en larges inclusions d'un verre brun, 
identique à celui qui forme les plages continues. Cette augite est fréquem- 
ment groupée ophitiquement avec de la bytownite. 11 existe aussi de 
l'olivine et de l'apatite ; le plagioclase est abondant dans le verre brun, 
sous forme d'énormes microlites, généralement entourés d'une zone 
noire, riche en magnétite ; signalons enfin l'augite en petits grains et 
fort peu de leucite. 

Quand la proportion du verre est grande, tous les produits cristal- 
lisés semblent nager au milieu de lui ; mais, quand il devient moins 
abondant, la roche apparaît comme une leucittéphrite doléritique, 
riche en plagioclases et pauvre en leucite, dans laquelle le verre occu- 
perait des vides intersertaux. 

J'ai rencontré des blocs indépendants de leucittéphrite doléritique, 
présentant à peu près les mêmes caractéristiques, mais contenant 
beaucoup de leucite, d'olivine et de gros cristaux de titanomagnétite. 
Le verre est plus clair que dans les roches précédentes et ne présente 
plus de concentrations ferrugineuses autour des feldspaths. 

Enfin il me reste à signaler des types dolêritiques, dans lesquels le 
verre est encore distribué sous forme d'îlots réguliers, mais dont la 

Nouvelles Archives du Muséum, 4 e série. — IX. 6 



42 A. LACROIX. 

couleur est plus pale. La leucile des bords des géodes, au lieu d'avoir les 
formes régulières normales, comme dans les figures i à 3 de la planche III, 
se présente en énormes squelettes, à formes étranges et variées, dont la 
figure i de la planche III donne une idée. Ces cristaux sont généralement 
dépourvus d'inclusions vitreuses, mais ils renferment souvent par places, 
comme dans la figure précitée, une pigmentation très légère, simulant 
dans les cristallites un canal central. Dans plusieurs échantillons, la 
leucite normale de la roche renferme une énorme quantité de très petites 
inclusions vitreuses distribuées irrégulièrement. La caractéristique de ces 
roches, — nous allons voir qu'elle a une importance pour l'explication 
de l'origine du verre, — réside dans l'abondance de grands cristaux de 
hornblende, qui se voient quelquefois dans le verre avec des formes 
nettes; ce cas est notamment réalisé dans l'échantillon d'où a été extraite 
la préparation représentée par la figure i; des cristaux automorphes à 
arêtes vives de hornblende, d'augite, de leucite se trouvent souvent côte 
à côte dans la même géode. 

Notons enfin que la composition de toutes ces roches peut être com- 
pliquée par la production de ces phénomènes métamorphiques, qui seront 
étudiés dans le chapitre IV. L'existence de minéraux néogènes est parfois 
manifeste, même à l'œil nu ; tel est le cas en particulier de leucittéphrites 
doléritiques, dans lesquelles les ilôts vitreux englobent sur leurs bords 
des cristaux blancs de cavolinite et celles dont les cavités contiennent 
des aiguilles de hornblende. 

Il me reste maintenant à discuter l'origine de ce verre obsidiennique. 
La première idée qui vient à l'esprit est de le considérer comme dû à une 
refusion de la roche ; c'est l'hypothèsequi a été formulée jadis par Monti- 
celli et Covelli. De nombreuses raisons doivent faire rejeter cette manière 
de voir. L'étude microscopique montre en effet que les minéraux renfermés 
dans ce verre y sont plus gros, plus nets que ceux qui existent dans le reste 
de la roche ; ce sont des produits cristallisés lentement, alors que dans 
l'hypothèse d'un verre d'origine secondaire le refroidissement eût été 
brusque et par suite les cristallisations n'eussent donné que de petits cris- 
tallites. De plus, on n'y voit pas de minéraux en voie de fusion, comme cela 
est le cas pour certains échantillons qui vontêtre étudiés plus loin et qui. 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 43 

eux, ont été certainement en partie refondus. Enfin, dans l'hypothèse 
d'une refusion, la roche devrait être appauvrie en ses éléments les plus 
fusibles ; or non seulement tel n'est pas le cas, mais on vient de voir 
que des leucittéphrites doléritiques, riches en verre, renferment en 
abondance de la hornblende intacte, qui, en raison de sa facile fusibilité, 
aurait dû disparaître avant tout autre minéral. 

Mais de tous les arguments que Ton peut faire valoir contre cette hypo- 
thèse, le plus important est celui qui est tiré de la composition chimique 
de ce YorroÂVêsuvose : II. 8. 2. 2) A 

Je donne ci-contre, en qu'analyse d'une leucittéphrite à grains fins, et, 
en ô, celle du verre constituant au milieu d'elle une masse de la" grosseur 
du poing; Monticelli et Covelli ont publié l'analyse d'un verre de l'érup- 
tion de 1822 ; bien qu'elle soit fort incomplète, on voit qu'elle corres- 
pond à un type très analogue au mien •: 

SiO 2 . A1 2 0\ Fe 2 3 . FeO. MgO. CaO. Na 2 0. K 2 0. I1 2 0. TiO*. P*0 5 . 

a. 48,20 18,12 3,29 4,30 4,(>4 8,40 2,51 8,99 » 1,59 0,38 = 100,42 

b. 53,10 20,70 0,07 4,77 1,77 3,18 9,10 5,84 0,70 0,47 » = 99,70 

La comparaison des analyses a et h montre que le verre ne peut résulter 
de la fusion totale ou partielle de la roche, puisque, d'une part, il est 
extrêmement différent de la roche complète, surtout en ce qui concerne 
les alcalis (prédominance du sodium) et que, d'une autre, il est plus 
acide, plus riche en alcalis, pauvre en fer, en magnésie et en chaux, alors 
qu'il devrait avoir une composition inverse, s'il résultait de la fusion des 
minéraux les plus fusibles de la roche, c'est-à-dire de ses métasilicates. 

Ce verre ne doit pas être considéré comme l'obsidienne, comme la forme 
vitreuse de la leucittéphrite, mais comme un résidu, une sorte d'eau mère 
incristallisablc, laissée après la formation des autres éléments de la roche. 

La leucite et l'augite étant les derniers minéraux cristallisés sur les 
bords de ce verre, il était intéressant de rechercher ce qui peut y rester 
encore à l'état virtuel de ces minéraux. Dans le calcul donné en «, j'ai 
supposé tout le potassium à l'état de leucite ; on y voit que, si la cristalli- 
sation du pyroxène et de la leucite avait continué jusqu'à son extrême 
limite, le verre subsistant aurait eu la composition d'un mélange en égale 
proportion d'albite et de néphéline, En 6, se trouve le calcul fait en 



44 A. LACROIX. 

supposant tout le potassium sous forme d'orthose. Le résidu est dans ce 
cas constitué par un mélange en proportions presque égales de néphéline 
et d'orthose sodique. Ces résultats expliquent d'une part l'impossibilité 
de la cristallisation par fusion ignée de ce verre et en même temps la 
facilité avec laquelle il donne, sous l'influence des fumerolles qui seront 
étudiées plus loin, un minéral calco-sodieopotassique du groupe de la 
néphéline (cavolinite) . 

a. b. 

_ , , -, ( Orthose » 34,47 

Feldspath* . . . . j AlbUe 24;J6 78(} 

^ u il - . ( Leucite 27,03 » 

Feldspathoides. ] _ TA ' 

r ? Néphéline 2i,t2 3o,i7 

OEgyrine 0,40 

iWSiO 5 0,01 

J ^MgSiO 3 4,50 

FeSiO 3 8,05 

llménite 0,91 

La densité de ce verre est de 2,52 ; son indice de réfraction pour la 
lumière du sodium est de 1,5254. 

Il m'a paru intéressant, comme je l'avais fait pour les roches vitreuses 
de la Martinique (1), de comparer l'indice de ce verre naturel à celui qu'on 
obtient en transformant la roche volcanique entière en un verre homogène ; 
la densité et l'indice de réfraction de celui-ci sont respectivement 2,06 et 
1,5615. Ils présentent, avec les nombres concernant le verre naturel, des 
relations comparables à celles que j'ai obtenues pour les produits de la 
récente éruption de la Montagne Pelée : verre naturel de l'andésite, 
n= 1,4888, densité = 2, iO ; verre artificiel, n -= 1,5364, densité 
== 2,50. Densité du type le plus cristallin de la roche = 2,71 . 

Ces nombres justifient la conclusion que je viens de formuler. 

M. Lagorio a été conduit à une conclusion du môme ordre par 
l'étude d'un échantillon similaire, provenant de l'éruption de 1822. La 
composition de son verre est différente de celle du mien ; les deux analyses 
de M. Lagorio ont été faites, l'une a sur la roche entière, y compris les 
nodules vitreux, et l'autre 6, sur le verre. Dans la comparaison avec mes 

(1) La Montagne Pelée et ses éruptions, Paris, Masson, édit., 190i, p. 511, 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 45 

échantillons, il ne faut pas oublier que le fragment analysé plus haut ne 
renfermait lui-même que très peu de verre; de plus, M. Lagorio signale 
dans sa roche de l'augite jaune d'or à extinction de 1 5 à 20° (rapportée sans 
doute à ?i p ; ce serait dans ce cas une augite œgyrinique voisine de 
l'segyrine), ce qui indique une modification métamorphique de la roche : 

SiO 2 . A1 2 3 . Fe 2 3 . MgO. CaO. K 2 0. Na 2 0. H 2 0. Densité. 

a. 47,25 18,17 9,23 3,74 8,05 7,15 3,93 0,94 = 99,06 2,72 

b. 51,92 18,50 7,34 2,68 4,32 7,17 6,830,69 = 99,45 2,59 

Enfin je signalerai un énorme bloc de leucittéphrite à grains fins, qui 
était traversé par un filonnet ayant 1 centimètre d'épaisseur d'un verre 
noir, différent des précédents, en ce qu'il est un peu bulleux et possède 
une cassure terne. Il s'est détaché en plaquettes fragiles, laissant la 
surface de la roche recouverte d'un enduit bulleux. 

Il est transparent en lames très minces, coloré en brun foncé : il ne 
renferme au contact de la leucittéphrite que quelques microlites de 
plagioclases bordés d'une zone ferrugineuse. 

Son indice de réfraction est 1,5340 et sa densité de 2,57 à 2,59; sa 
composition est la suivante : 

SiO 2 . A1 2 0\ Fe 2 3 . FeO. MgO. CaO. Na 2 0. K 2 0. H f O Cl. 

51,60 19,81 2,24 5,48 2,17 3,95 8,20 5,24 0,58 0,43 = 99,70. 

Ces nombres se rapprochent de ceux donnés plus haut, sans être iden- 
tiques : ce verre doit être interprété de la même façon et ne doit pas être 
considéré comme résultant d'une injection du magma fondu récent dans 
les fentes d'une enclave, ainsi que me l'avait fait supposer tout d'abord 
l'aspect du bloc étudié. 

Je terminerai par une remarque qui peut servir d'argument sup- 
plémentaire en faveur de mon interprétation de l'origine primaire du 
verre ; les leucittéphritesdoléritiques en enclaves dans desroches à grains 
fins, décrites plus haut, ont une structure qui, dans une certaine mesure, 
peut être comparée à celle des diabases intersertales, renfermant un 
résidu vitreux. C'est la structure des enclaves homœogènes plésiomorphes 
de l'andésite de la Montagne Pelée, qui, bien que très cristallines et à 
grands éléments quand on les compare à la roche englobante, sont cepen- 
dant riches en verre. Or ces dernières, de même que les enclaves du 



46 A. LACROIX. 

Vésuve, doivent, sans aucun doute, (Mre considérées comme des sortes 
de glaçons de cristaux, ayant flotté dans le magma et ayant suivi par suite 
les diverses étapes de son refroidissement et de sa cristallisation (I). 

Il n'en serait pas de même si le verre que nous discutons était dû h une 
refusion : dans ce cas, en effet, celle-ci se serait produite du bord à la 
périphérie du bloc, sans suivre d'une façon constante une marche 
parallèle dans la roche englobante et dans les fragments enclavés. 

Verre scoriacé. — J'ai recueilli quelques gros blocs de roches extrême- 
ment vitreuses, mais scoriacées : elles diffèrent par suite beaucoup des 
précédentes. Elles ont une très grande analogie avec les scories des 
explosions stromboliennes de l'éruption actuelle (2), dont elles se 
distinguent cependant en ce qu'elles sont moins huileuses. De plus, 
elles offrent des différences structurelles avec elles ; il n'est pas impos- 
sible qu'elles proviennent d'une autre période 1 de l'éruption actuelle, mais 
elles peuvent avoir un âge quelconque. Cette question ne peut être 
élucidée ; je croirais cependant volontiers qu'elles ont été rejetées au 
cours d'une éruption modérée, car elles présentent latrace manifeste d'une 
cristallisation tranquille et lente. Leur verre est brun, parfois riche en 
très petits microlites de leucite en trapézoèdres distincts, à faces creuses, 
comme ceux décrits page 21. 

Leurs phénocristaux sont surtout intéressants : tous (leucite, augite, 
avec, en moindre quantité, mais cependant avec abondance, divine 
et biotite) sont de grande taille. La leucite est automorphe et riche 
en inclusions vitreuses, sans distribution régulière. L'augile, également 
automorphe, enveloppe souvent des cristaux de leucite; plus souvent 
encore, elle est groupée ophitiquement avec des phénocristaux ou de 
grands microlites de bytownite. Cette structure ophitique du pyroxène 
et du plagioclase réalisée dans les phénocristaux n'est pas rare dans les 
roches du Vésuve, et j'en ai cité plus haut des exemples, mais jamais je ne 
l'ai vue aussi nette que dans les échantillons en question ; elle est parti- 

(1) On remarquera que les leucittéphrites microlitiques dépourvues de verre, décrites page 41, 
renferment aussi des enclaves doléritiquesà rapporter au même type que celles discutées ici; mais 
elles sont holocrislallines. 

(2) Elles paraissent analogues, à certains égards, aux roches vitreuses de l'éruption de 1753 et 
de 1809, décrites par M. L. Sinigallia dans le mémoire cité plus haut. 



ETUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. « 

culièrcment facile à étudier dans cette roche, grâce à sa richesse en verre. 
C'est la reproduction de la structure si caractéristique d'un type parti- 
culier de basalte du Mont Dore, que M. Michel Lévy a appelé (1) 
basalte semi-ophitique (basalte demi-deuil). 

La biotite ne forme pas, comme dans les laves de l'éruption actuelle (2), 
un accident assez rare ; elle est constante, en nombreux etgrands cristaux, 
qui, au lieu d'être très anciens, englobent eux aussi tous les autres 
minéraux et sont parfois groupés ophitiquement avec les feldspaths. 

Ces scories très vitreuses renferment des enclaves de la grosseur du 
poing de roches, dans lesquelles la proportion des éléments cristallisés et 
notamment celle des grandes plages ophitiques d'augite augmente ; elles 
consistent en leucittéphrites doléritiques à très grands éléments, fort 
riches en verre ; elles sont tout à fait homologues des enclaves trouvées 
dans les types précédents; mais elles en différent par la plus égale répar- 
tition de la matière vitreuse. 

b. Roches refondues. 

A côté de ces roches à verre primaire, il en est d'autres, dont le 
verre est probablement le résultat d'un phénomène secondaire, d'une 
refusion, produite pendant le paroxysme récent, ou au cours d'un autre, 
antérieur. Les roches présentant de semblables traces de phénomènes 
calorifiques sont constituées soit par des leucittéphrites, soit par des 
roches métamorphiques arrachées aux tufs de la Somma. Afin de n'être 
pas obligé de revenir sur cette question du métamorphisme calorifique, 
je décrirai ici les unes et les autres. 

Leucittéphrites refondues. — Un cas typique consiste en une leucit- 
téphrite à phénocristaux d'augite (dominants) et de leucite. A 
l'une des extrémités de l'échantillon, la roche a l'aspect normal ; elle 
apparaît, à l'œil nu, très vitreuse, creusée d'une grande cavité à surface 

(1) Bull. Soc. fjéoL France, XVI11, 1890, 829. 

(2) Ce ne serait pas une raison suffisante pour penser que ces laves scoriacées n'appartiennent 
pas au magma neuf; la biotite se rencontre fréquemment dans les formes non épanchées des 
leucittéphrites de ce massif volcanique, témoins les blocs à structure doléritique ou grenue 
des tufs de la Somma. Le même fait est fréquent dans les andésites d'Auvergne, aussi bien 
pour la biotite que pour la hornblende; ces minéraux à l'état intact abondent dans les blocs pro- 
jetés et sont résorbés dans les coulées. 



48 A. LACROIX. 

vernissée. Le verre est noir, mais aune cassure irrégulière, qui diffère 
par suite de la cassure unie des types obsidienniques. 

L'examen microscopique fait voir que ce verre est très hétérogène, 
veiné de brun plus ou moins foncé et de jaune ; il renferme un assez grand 
nombre de cristaux d'augite, les uns, de grande taille, en partie fondus, 
les autres, plus petits, à formes très nettes. Il existe quelques grands 
cristaux de leucite, complètement globuleux, sans forme géométrique, res- 
semblant à des fragments de glace en voie de fusion ; enfin on distingue 
de nombreux microlites de plagioclases, autour desquels le verre est plus 
ferrugineux, mais toujours isotrope ; les plagioclases, à formes nettes, 
accompagnés de nombreux octaèdres de titanomagnétite et de microlites 
d'augite, sont très nettement dus h des recristallisations ; leur automor- 
phisme contraste avec l'absence de formes géométriques de la leucite. 

Quand on se rapproche de la roche compacte, on voit augmenter la pro- 
portion de ces éléments néogènes et celle des restes de leucite. Bientôt, 
on rencontre non seulement des phénocristaux de ce dernier minéral, en 
voie de fusion, mais encore des microlites. La teneur en verre diminue 
peu à peu, et Ton arrive enfin à une région dans laquelle tous les éléments 
normaux de la roche sont en place, mais isolés les uns des autres par un 
peu de verre brunâtre, au milieu duquel, plagioclases, augite et magnétite 
recristallisés sont pressés les uns contre les autres. 

La différence essentielle existant entre ces roches fondues et les types 
obsidienniques tient à ce que la leucite y parait constituer des cristaux 
anciens, en voie de fusion ou plus probablement de dissolution dans le 
verre des éléments voisins. On ne distingue qu'exceptionnellement dans 
les grains de leucite de ces types quelques faces planes, qui, au contraire, 
. sont la règle dans les cristaux du verre obsidiennique. De plus, les 
régions très vitreuses sont remplies de cristaux néogènes, alors que, dans 
le cas précédent, tout cristal a disparu à moins de 1 millimètre des bords 
de l'échantillon. L'indice d'une portion du verre a été trouvé de 1,538; 
cette valeur est plus voisine de celle du verre obsidiennique étudié plus 
haut que de celle du verre résultant de la fusion totale de la leucitté- 
phrite ; mais cela tient sans doute à ce que ce produit ne correspond qu'à 
une partie de la roche, une quantité importante d'augite ayant recris- 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 49 

tallisé : les deux roches que je compare n'avaient pas d'ailleurs exactement 

la même composition originelle. 

Roches métamorphiques refondues. — Les blocs silicates dérivant de 

calcaire, dont il va être question plus loin, présentent très fréquemment 
des phénomènes de refusion, qui sont incontestablement postérieurs à 
leur métamorphisme. Là encore, il n'est pas possible d'assurer que ces 
phénomènes calorifiques soient le résultat de l'éruption actuelle, car des 
blocs semblablement modifiés se rencontrent à la Somma. Quoi qu'il en 
soit, je passerai rapidement sur la description de ces blocs, qui ne 
présentent pas de particularités minéralogiques intéressantes, le phéno- 
mène se bornante une fusion sans recristallisation. 

Roches silicatées résultant de la transformation de calcaires. — Je 
signalerai seulement le cas de blocs à augite et biotite ; à augite, anor- 
thite et biotite ; à augite, spinelle, anorthite et biotite ; enfin à humbold- 
tilite, forstérite, spinelle et biotite. Dans toutes ces roches, la biotite 
forme de grandes plages, postérieures à tous les autres éléments et les 
englobant parfois pœcilitiquement. La fusion est limitée à la biotite, qui 
est ainsi transformée en verre brun homogène (1), que l'on distingue 
parfois, macroscopiquement, sous forme de petites masses scoriacées. 
Il est possible de suivre toutes les étapes entre le cas où la biotite est 
entièrement fondue et celui où elle subsiste encore en fragments à 
bords arrondis comme par un coup de chalumeau. Il n'est donc pas 
douteux que la production de verre de ces diverses roches ne soit bien 
consécutive à un réchauffement de la roche. 

Parmi les blocs que j'ai recueillis après les grandes explosionsde la Sou- 
frière de Saint-Vincent en 1902-1903, se trouvent des enclaves homœo- 
gènes allomorphes ayant la composition de diorites ou de gabbrosàolivine, 
et. dans lesquelles la hornblende forme (2) d'énormes cristaux pœci- 

(1) L'étude des enclaves des roches volcaniques montre que le verre de biotite recristallise avec 
la plus grande facilité en donnant des spinellides, de l'hypersthène, etc. (Les enclaves des roches 
volcaniques, op. cit.). La fusion incomplète et l'absence de recristallisations dans les blocs étudiés 
ici montre qu'ils n'ont été soumis que pendant un temps très court à une haute température et 
qu'ils ont été refroidis très brusquement. 

(2) La Montagne Pelée... 594. La fusion de la hornblende a été assez régulière pour que cette 
roche granitoïde, une fois modifiée, simule une roche volcanique, dans laquelle les cristaux 
d'anorthite joueraient le rôle de phénocristaux. 

Nouvbllbs Archives du Muséum, 4 e série* — IX. 7 



50 A. LACROIX. 

litiques, englobant notamment des cristaux automorphes d'anorthite, qui 
ont souvent plus de 1 centimètre de plus grande dimension. Dans bien des 
cas, la totalité de cette hornblende a été fondue en une masse scoriacée, 
rappelant un peu celle des blocs du Vésuve ; elle en diffère toutefois en 
ce qu'elle est en partie recristallisée (augite, olivine à structure chon- 
dritique, feldspaths, etc.). 

Grès calcaires. — On rencontrait, en assez grande abondance, sur les 
flancs du volcan et plus rarement dans la lave de 1906, des blocs d'une 
roche différant par son aspect de toutes les autres. C'est en effet une sorte 
de ponce, d'un blanc verdàtre ou jaunâtre, légère, fort huileuse ; l'examen 
microscopique permet de constater quelle est très riche en verre, et qu'elle 
résulte du métamorphisme d'un grès calcaire. On y trouve en effet du 
quartz, du diopside incolore et de la wollastonite. Ces divers minéraux sont 
noyés dans un verre incolore; aucun d'eux n'est automorphe; ils offrent 
la particularité que je signalais plus haut au sujet de la leucite de la lave 
refondue, leurs bords sont arrondis par fusion. Le quartz est là évi- 
demment un élément ancien, moulé par les deux autres minéraux d'ori- 
gine métamorphique. La distribution irrégulière, par paquets, de tous ces 
minéraux, ainsi que leur aspect, me font penser que cette roche n'est pas 
le résultat du métamorphisme direct d'un grès calcaire, mais provient de 
la fusion d'une cornôenne {Kalksilicathornfels), formée elle-même par un 
métamorphisme antérieur. 

Cette roche présente une grande analogie minéralogique avec un 
bloc compact et pesant, trouvé par M. Mercalli (1) dans une bombe 
de l'éruption de 1903. Elle en diffère seulement par la beaucoup plus 
grande abondance du verre, par sa texture huileuse et par la présence de 
restes de quartz, que je n'ai pas trouvé dans l'échantillon que je dois à 
l'obligeance de mon savant collègue. 

II. — Les roches de profondeur. 

J'ai recueilli quelques échantillons de ces roches grenues, qui ne sont 
point rares dans les tufs de la Somma, et dont j'ai cherché à débrouiller 

(1) Notizie vesuviana (gennaio-giugno. 1903) (Boll. Soc. Sism. ItaL, X, 1903, p. 26, tir. à part). 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L f ÉRUPTION DU VÉSUVE. 51 

l'origine dans plusieurs travaux antérieurs. Je ne les citerai ici que 
pour indiquer leur place parmi les produits rejetés en 1900, me proposant 
de revenir plus loin sur quelques-unes d'entre elles, afin d'utiliser des 
matériaux nouveaux que j'ai réunis en 1905 sur ce sujet, qui est éclairé, 
en outre, par les phénomènes métamorphiques faisant l'objet du 
chapitre IV. 

L'interprétation de ces roches grenues n'est pas toujours très facile, si, 
au lieu de se contenter de montrer qu'elles dérivent bien du magma 
du massif volcanique, on veut chercher à établir quelques relations pré- 
cises entre elles et certaines formes particulières de ce magma. 

Elles se rapportent à ces trois groupes d'enclaves des roches volca- 
niques que je désigne sous les noms d' homœogènes (1), de pneumatogènes 
et de poli/gènes. J'ai établi (2) ces deux derniers groupes, que je n'avais 
pas tout d'abord distingués du premier, en me basant sur des exemples 
pour la plupart fournis par la Somma. 

Les enclaves homœogènes sont des fragments de roches d'origine mag- 
matique, c'est-à-dire de roches qui proviennent de la consolidation du 
magma fondu ayant fourni la roche englobante ; je les qualifie d'homo- 
logues, quand elles ont la même composition chimique que la roche qui 
les a amenées au jour, et dantilogues lorsqu'elles en diffèrent ; elles sont 
d'ordinaire plus basiques et sont produites dans le magma par ségrégation. 
Les enclaves homœogènes homologues ou antilogues d'une même roche 
volcanique peuvent appartenir à trois catégories distinctes ; les synmorphes 
ont la môme structure que la roche englobante et, par suite, se sont 
consolidées dans les mêmes conditions ou dans des conditions comparables ; 
ce sont des fragments de roches d'éruptions antérieures, tels, par 
exemple, que les fragments de la leucittéphrite de 1903, englobés dans 
celle de 1906; telles aussi les pseudo-bombes dont il a été question page 18. 
Les enclaves plésiomorphes ne sont plus identiques comme structure à 
la roche englobante, mais elles ont une structure voisine ; un exemple 
en est fourni par les leucittéphrites doléritiques enveloppées par les 
leucittéphrites microlitiques. Les enclaves allomorphes, au contraire, 

(1) Les enclaves des roches volcaniques, op. cit. 

(2) Bull. Soc. franc, miner., XXlV,p. 488, 1901, et La Montagne Pelée, 536. 



52 A. LACROIX. 

possèdent une structure très différente de celle de la roche volcanique 
englobante, une structure granitoïde ; ce sont de véritables roches 
de profondeur. Ce sont d'elles seulement dont je veux m'occuper dans 
ce mémoire. 

Les plus intéressantes d'entre elles appartiennent au type homologue, 
et j'ai trouvé toute une série de types que je crois pouvoir respectivement 
considérer comme les formes de profondeur des trachytes, des trachytes à 
leuciteet enfin de certaines leueittéphrites àsanidine des tufs de la Somma. 
Les premières sont des sanidinites à sodalite ou à leucite, c'est-à-dire des 
roches dont l'équivalent parmi les roches de profondeur sont des syenites 
àfeldspathoïdes; les autres, caractérisées par l'association d'un plagioclase 
basique à l'orthose, sont des monzonites avec ou sans leucite ; dans le 
premier cas, je les ai appelées des sommaïtes. Je discuterai dans le 
chapitre VI la grande importance théorique de ces roches. 

La question est encore compliquée, au point de vue minéralogique, par 
la production, aux dépens des sanidinites, de phénomènes métamor- 
phiques du môme ordre que ceux qui vont être étudiés dans les blocs de 
leueittéphrites; ils y ont produit un assez grand nombre de minéraux : 
sanidhie, sodalite, cavolinite, mêlanite, scapolite et mizzonite, guarinite, 
zircon, sphène, apatite, etc. 

La détermination des relations génétiques des enclaves homœogènes 
antilogues est beaucoup plus ardue que pour les homologues; cette 
difficulté existe d'ailleurs dans toutes les régions volcaniques renfermant 
des types épanchés de basicité différente, la forme homologue des plus 
basiques de leurs enclaves homœogènes pouvant être l'antilogue des plus 
acides. Mais il y a au Vésuve une difficulté d'un autre ordre ; ces enclaves 
antilogues, en effet, sont essentiellement constituées par des nodules 
d'augite, de hornblende, avec ou sans mica, olivine, leucite, etc., qui 
présentent une ressemblance assez grande avec des agrégats cristallins 
d'origine fort différente et que nous allons retrouver dans le paragraphe 
suivant, consacré aux roches métamorphiques. 

Ces nodules à pyroxène et ceux à hornblende étaient très abondants 
parmi les blocs rejetés en 1006 : beaucoup d'entre eux renfermaient de 
jolis cristaux transparents [m (1010), //(1011)J d'apatite. 



ETUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 53 

J'appelle enclaves pneumatogmes des roches grenues, possédant géné- 
ralement une structure miarolitique ; elles sont d'ordinaire constituées 
par des éléments blancs prédominants : sanidine, nèphèline, sodalite, 
mais elles contiennent très souvent aussi de la hornblende. Ce sont donc 
des sanidinites, mais elles diffèrent par leur structure et en partie 
aussi par leur composition minéralogique de celles qui ont été consi- 
dérées plus haut. Je les regarde comme produites par voie pneumato- 
lytique, dans les fentes des calcaires métamorphisés et comme compa- 
rables à tous égards aux roches pegmatiques des magmas granitiques. 
Les observations consignées dans ce mémoire vont me permettre 
d'apporter quelques arguments nouveaux à cette théorie. Ces sanidinites 
pneumatogènes renferment souvent, en outre, des minéraux, tels que le 
grenat grossulaire et l'idocrase, dus à l'action de la paroi contre laquelle 
elles se sont formées. 

Enfin les enclaves polygènes sont de nature plus complexe que les pré- 
cédentes ; elles ont une double origine. Les unes {exopolygènes) résultent 
de la transformation d'un fragment de roche, qui peut être d'ailleurs une 
enclave homœogène (synmorphe) ou une enclave énallogène ; cette 
transformation est l'œuvre d'actions pneumatolytiques suffisamment 
intenses pour avoir fait disparaître complètement la structure de la roche 
originelle et l'avoir transformée en une roche holocristalline, qui rappelle 
certaines enclaves homœogènes allomorphes; nous allons voir plus loin 
quelques exemples de ce genre d'enclaves, auxquelles conduit la trans- 
formation totale de leucittéphrites. 

Dans les enclaves exopolygènes, la transformation de la roche origi- 
nelle est entièrement exomorphe, sans intervention de la portion fondue 
du magma. Dans les enclaves endopoly gènes, au contraire, c'est celle-ci 
surtout qui a agi en s'endomorphisant localement par suite de la 
digestion d'un fragment étranger. Là encore, le résultat définitif offre 
souvent une grande analogie avec une enclave homœogène allomorphe. 
C'est à la Somma que j'ai trouvé l'un des types le plus remarquables 
parmi ceux quim'ont servià établir cette catégorie d'enclaves. Ilest réalisé 
par une roche très cristalline, riche en gros cristaux d'augite, renfermant 
de la sarcolite, de la humboldtilite , de la cavolinite, s'isolant parfois dans 



54 A. LACROIX. 

des géodes en beaux cristaux. Je montrerai plus loin comment on trouve 
tous les passages entre ce type, qui n'a plus rien de la structure de la 
roche volcanique originelle, et des leucitites moins transformées. J'ai 
recueilli une très nombreuse série de ces roches dans les ravins de 
la Somma; mais le plus beau et le plus gros de ceux que j'ai étudiés 
provient de la récente éruption. 



III. — Les roches métamorphiques dérivant des calcaires. 

Parmi les roches arrachées aux tufs de la Somma, celles qui frappaient 
surtout les yeux étaient les roches métamorphiques et, en particulier, les 
agrégats silicates très cristallins dus à la transformation de calcaires; tous 
les types antérieurement connus y sont représentés. Comme je n'y ai 
observé rien de particulièrement nouveau, je ne veux pas revenir sur la 
description qui en a été donnée par divers auteurs et, en particulier, par 
moi-môme (1). Je voudrais seulement, en rappelant les divisions que Ton 
peut établir parmi eux, noter quelques distinctions dans les minéraux qui 
les constituent, en vue de la discussion qui sera donnée plus loin sur les 
phénomènes de métamorphisme. 

Si nous laissons de côté les calcaires intacts ou simplement calcinés, 
il est nécessaire de répartir en trois groupes ces calcaires métamorphiques 
et les roches qui en dérivent : 

1° Calcaires drusiques ; 

2° Calcaires non drusiques ; 

3° Agrégats entièrement silicates. 

Calcaires drusiques. — Les calcaires creusés de géodes présentent 
généralement une structure assez régulière, quand ils renferment dans 
leur masse des minéraux métamorphiques. Ceux-ci sont généralement 
distribués suivant des zones continues, séparées les unes des autres par 
des lits de calcite à grands éléments; le zonage est parallèle à la paroi des 

(1) Sorby, Quatcrl.J. geol. Soc. London, XIV, p. 455. 
Mierisch, Tschermak's miner, u. petr. Mittheil., VIII, 1886, p. 116. 

Johnston Lavis, Quaterl. J. of geol. Soc. London, XLIV, n° 176, Transact. Edingburgh geol. Soc, 
VI; 1893, p. 314, etc. 
A. Lacroix, Les enclaves des roches volcaniques, 1893, p. 269-325. 



j 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. *S 

druses ; les minéraux métamorphiques existant dans le calcaire lui-même 
sont peu variés ; ce sont d'ordinaire les suivants : fors ter ite, Inimités 
(humite, clinohumite, chondrodite), spinelle, biotite. 

Je considère les druses comme des cavités creusées, non par l'action 
du magma lui-même, mais par corrosion pneumatolytique, effectuée par 
des produits volatils ou transportables émanés de celui-ci. Le plancher 
de ces druses est le plus généralement formé par des lamelles de biotite 
verdàtre, implantées plus ou moins normalement à la paroi. Souvent 
cette couche de mica est recouverte extérieurement par une zone d'au- 
gite. Au delà, se développent d'autres minéraux métamorphiques ; ils 
forment de beaux cristaux quand la cavité est restée en partie béante ; 
lorsqu'au contraire celle-ci a été entièrement remplie, ils s'enchevêtrent 
et constituent des agrégats miarolitiques. Les enclaves pneumatogènes, 
dont il a été question plus haut, ne sont, à mes yeux, que des fragments de 
ces remplissages complets de druses, arrachés par les éruptions à la paroi 
rocheuse contre laquelle ils se sont déposés. 

Voici quels sont les principaux minéraux se trouvant dans les cavités de 
ces calcaires. 

Je les classerai de façon à mettre en évidence le rôle qu'ont dû jouer 
dans leur formation les apports émanés du magma. 

Ils constituent des associations très variées, que connaissent bien tous 
ceux qui, à défaut de la Somma elle-même, ont étudié une grande collec- 
tion de minéralogie. 

/ Alcalis seuls : sanidine, leucite, néphéline, phacélite, sodalite *. 
minéraux \ Calciques : davyne [eavolinilé) *, méionite *, haûyne* . 

riches en alcalis. J Calcomagnésiens : hornblende* . 

( Magnésiens : biotite*. 



MINÉRAUX SANS ALCALIS, 

MAIS AVEC FLUOR 

OU HYDROXYLE. 



Calciques : idocrase, cuspidine, fluorine, apatite. 
Magnésiens: humites. 



' Calciques : ivollaslonite, anorthite, grossulaire . 
minéraux sans alcalis, \ Calcomagnésiens : pyroxènes. 
ni fluor, ni hydroxyle. ) Magnésiens : spinelle. 

\ Varia : mélanite, magnétite, calcite. 

( # ) Avec chlore : sodalite, davyne, méionite; avec fluor et hydroxyle : biotite, hornblende; 
avec sulfate : davyne, haùyne. 



56 A. LACROIX. 

Les agrégats cristallins remplissant entièrement les druses se dis- 
tinguent surtout les uns des autres suivant que les minéraux alcalins 
prédominent (faciès de sanidinites) ou au contraire sont clairsemés. 

Calcaires non drusiques. — Les minéraux métamorphiques y sont 
distribués d'une façon quelconque, comme dans un cipolin non rubané. 
Les espèces que Ton y rencontre sont beaucoup plus nombreuses que 
celles développées dans les parties zonées des calcaires précédents; 
voici Ténumération des principaux d'entre eux : 

Minéraux renfermant des alcalis : humboldtilite, outremer, biotite. 
Calciques : wollastonite, anorthite, grossulaire. 
Calcomagnésiens : pyroxènes. 

Magnésiens : périclase, spinelle(i) y humites, péridot (forstérite). 
Sulfures, etc. : pyrrhotite, galène, blende, molybdénite, graphite. 

Il est à noter l'absence complète, dans la masse des calcaires, de la 
nornblende, si fréquente au contraire dans leurs géodes. 

Agrégats entièrement silicates. — Ces agrégats, toujours holocristal- 
lins, souvent à très grands éléments, sont extrêmement variés. Les uns 
dérivent à l'évidence de Tune ou l'autre des catégories précédentes par 
disparition progressive de lacalcite. Ils sont h comparer aux lits entière- 
ment silicates, si fréquents dans les cipolins. C'est ainsi, par exemple, 
que certains blocs rubanés sont essentiellement constitués par de la 
humite et de la biotite, séparés par une zone de biotite verte d'agrégats 
riches en sanidine, qui proviennent évidemment du remplissage complet 
d'une druse. Un gros bloc, que j'ai recueilli à la suite de la récente 
éruption, est surtout constitué par du grenat grossulaire avec une cavité 
recouverte de biotite, sur laquelle reposent quelques magnifiques cristaux 
d'idocrase et de sodalite. 

Dans d'autres blocs, dont le pyroxène, la biotite, et moins fréquem- 
ment les humites sont les minéraux dominants, il n'y a aucune distribu- 
tion régulière des éléments et de fréquentes variations minéralogiques 
d'un point à un autre. Comme les précédents, ces blocs peuvent être riches 

(1 ) J'ai rencontré, en 1906, un bloc formé de wollastonite, de pyroxène et de biotite, qui contenait 
des nodules de calcaire riches en petits octaèdres de spinelle violet pâle, couleur rarement réalisée 
par ce minéral à la Somma. 



ÉTDDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 57 

en cavités où se développent en beaux cristaux non seulement leurs 
éléments constituants, mais encore un très grand nombre des espèces qui 
viennent d'être signalées dans les cavités des calcaires drusiques (1). 

Les divers minéraux des agrégats entièrement silicates, aussi bien que 
ceux des calcaires, renferment de nombreuses inclusions microscopiques, 
parmi lesquelles dominent les inclusions gazeuses et les inclusions 
liquides à cristaux cubiques de chlorure de sodium, indice précieux de 
l'intervention de produits volatils dans leur genèse. Mais il existe aussi 
une autre catégorie de blocs, produits certainement par fusion, dans 
lesquels, au contraire, les inclusions sont vitreuses et dans lesquels il 
existe même parfois un véritable verre brunâtre. Tel est le cas d'une 
roche, très abondante, dont j'ai déjà parlé, page 49, qui est essentiel- 
lement constituée par du pyroxène, de Tanorthite et du spinelle, auxquels 
se joignent fréquemment de labiotite d'un jaune verdàtre, de la forstéritc 
et de la magnétite ; tel est le cas aussi d'agrégats miarolitiques de forsté- 
rite et de spinelle, avec ou sans mica, de blocs essentiellement constitués 
par de la humboldfcilite, etc. Ces roches ne renferment généralement, 
en fait de cristaux drusiques, que leurs éléments essentiels, accompagnés 
cependant d'apatite en aiguilles filiformes transparentes. 

L'interprétation de ces blocs n'est pas toujours facile, et l'on peut, à 
l'occasion de certains d'entre eux, discuter s'ils ne constituent pas des 
ségrégations magmatiques, des enclaves homœogènes allomorphes anti- 
logues (quelques blocs à mica, olivine, augite), ou encore des enclaves endo- 
polygènes (blocs à leucite, augite noire, mélanite, wollastonite, etc.) (2). 

IV. — Les cendres. 

L'énorme quantité de fine poussière lancée dans l'espace par l'éruption, 
accumulée sur les flancs du volcan ou transportée, suivant la direction du 

(1) Notamment: sodalite, néphélinc, phacélite, haûyne,cuspidine,idocrase,grossulaire, pyroxène 
jaune d'or, hornblende, spinelle, magnétite, etc. 

(2) A côté de ces roches à grands éléments, qui sont presque la règle, il existe aussi quelques 
cornéennes compactes, à grains lins, constituées par del'anorthite, delà wollastonite, de la biotite, 
du grossulaire, etc. Tn échantillon de ce genre, que j'ai recueilli en 1906, est rubané et renferme 
un gros cristal d'idocrase ; la roche est essentiellement constituée par de petits grains de pyroxène 
enveloppés par des plages pœcilitiques de dipyre, rappelant les cornéennes des contacts lherzoli- 
tiques des Pyrénées. La cornéenne à quartz ancien dont il est question page 50 est à rapporter à 
cette môme catégorie. 

Nouvelles Archives du Muséum, 4° série. — IX. 8 



58 A. LACROIX. 

vent, à des distances souvent considérables, donne de l'intérêt aune courte 
discussion sur la nature de cette poussière et d'une façon générale sur 
celle des cendres volcaniques. Sous le nom de cendres, on désigne d'ordi- 
naire tous les produits de projection fins d'un volcan. Kn réalité, dans une 
même éruption, il s'agit souvent, au point de vue de la genèse et de la com- 
position, de choses assez différentes, et tel a été en particulier le cas pour 
celle qui nous occupe. 

Dans les projections stromboliennes, — comme celles qui ont précédé 
le paroxysme du 8 ou qui se sont produites pendant toute la première partie 
de celui-ci, — les cendres sont des portions menues de magma neuf, 
rejetées à l'état plus ou moins fluide et brusquement consolidées. Ce sont 
donc des gouttelettes de verre, globuleuses ou contournées, pouvant ren- 
fermer des cristaux et des cristallites ; sur le bord même du cratère, 
chaque particule de cette poussière fine possède parfois des formes arron- 
dies par la fusion et qui lui sont personnelles; j'ai recueilli des cendres 
de ce genre en 1905 au niveau de la bouche éruptive du Stromboli. Ce sont 
aussi des scories de dimensions exiguës, brisées et usées par le frotte- 
ment, dès qu'on les recueille à quelque distance du volcan. Ce type de 
cendres n'a joué qu'un rôle infime au début de l'éruption ; il ne paraît pas 
avoir été transporté au loin ; ainsi que je l'ai fait remarquer plus haut, 
ses dépôts ont été d'ailleurs entièrement recouverts par les produits des 
explosions vulcaniennes subséquentes. 

Les cendres de ces dernières ne sont autre chose que de la poussière 
de roches solides, violemment brisées. La structure microscopique des 
particules qui les constituent est par suite bien différente de celle des 
cendres des projections stromboliennes ; elle dépend évidemment de la 
structure des matériaux aux dépens desquels elles se produisent. 

Au cours de l'éruption de la Montagne Pelée, par exemple, j'ai précisé 
l'étude de cette question : les cendres provenaient de la rupture par les 
explosions péléennes ou vulcaniennes de la carapace du dôme d'andésite 
récente. L'élude des éléments menus de la cendre microscopique, aussi 
bien que celle des blocs qui l'accompagnaient, permettait donc de suivre 
les progrès de la cristallisation progressive de la lave. Suivant les diverses 
périodes de l'éruption, ils étaient ou bien extrêmement vitreux, ou bien 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 50 

d'une richesse croissante en microlites. La lévigation, en faisant dispa- 
raître les parties les plus fines, mettait en évidence du sable, constitué par 
des fragments anguleux et tranchants dans les échantillons prélevés sur 
les bords du cratère, plus ou moins arrondis dans ceux recueillis à 
quelques kilomètres plus loin. L'influence du transport sur l'arrondis- 
sement de ces débris était surtout frappante lorsqu'ils étaient ponceux 
ou tout au moins poreux; à cet égard encore, la cendre fine reflétait les 
caractères observés sur les lapilli qui les accompagnaient. La comparaison 
des ponces et des cendres ponceuses transportées en énorme quantité par 
la nuée ardente du 9 juillet 1902 sur le bord de la mer, à 6 kilomètres 
du cratère et des ponces très clairsemées, lancées sur les flancs de la 
montagne (particulièrement au Morne Rouge), par les projections vulca- 
niennes concomitantes, a donné à cet égard des résultats frappants. Dans 
le premier cas, la poussière a été extrêmement abondante ; grâce à la 
grande densité de la nuée, les éléments ponceux ont subi une friction 
et, par suite, une usure énergique, tandis que, dans le second cas, les 
lapilli peu abondants n'ont subi presque aucune usure et se présentaient 
avec des arêtes particulièrement vives. 

Au Vésuve, le phénomène a été plus complexe, car, suivant les diverses 
phases de l'éruption, les matériaux concassés ont été d'origine ou plutôt 
d'Age différents.' La cendre grossière, véritable sable fin, qui dans la 
nuit du 4 au 5 avril est venue saupoudrer Naples, était noirâtre ; elle était 
formée de très menus fragments, riches en verre brun et résultait de la 
démolition du petit cône terminal qui venait de s'édifier dans le cratère 
ancien ; elle était par suite constituée par du magma neuf, rejeté depuis peu 
par des projections stromboliennes. Mais, dès les jours suivants et 
notamment à partir du paroxysme du 8, la poussière fine transportée au 
loin était de nature différente : comme celle dans laquelle sont noyés les 
blocs et les lapilli des flancs du cône vésuvien, elle résultait de la tritu- 
ration des produits variés, résultant de révidement de lacaldcira récente. 
Les explosions qui ont suivi le paroxysme ont entraîné de moins en moins 
de matériaux de grande taille, et bientôt, même sur les flancs du cône, il 
n'est plus tombé que de la poussière très fine ; celle-ci résultait toujours 
de l'écrasement plus répété et plus complet des matériaux arrachés par 



60 A. LACROIX. 

les explosions précédentes et retombés dans le cratère, ainsi que des 
roches qui continuaient à s'écrouler des parois de celui-ci. 

On a vu plus haut combien ces roches, aux dépens desquelles s'est pro- 
duite cette poussière fine, sont variées, et combien les phénomènes de 
métamorphisme, auxquels il y a lieu d'ajouter ceux de décomposition 
dus à l'action des fumerolles acides, ont pu en outre les modifier. On 
comprend dès lors que la composition de semblables cendres diffère 
de celle des projections stromboliennes et même qu'elle n'ait pas été 
constante au cours de l'éruption. La composition chimique de ces cendres 
seule a quelque intérêt, car, si celle des matériaux anciens est quelque 
peu variable, par contre les minéraux qui les constituent les uns et les 
autres sont en grande partie qualitativemement les mômes ; ce sont donc 
des débris de leucite, d'augite, de plagioclases, de magnétite, plus rare- 
ment d'olivine, de mica, etc., que l'on rencontre comme constituants 
de cette poussière. 

Si l'on veut étudier la composition chimique de la cendre afin de dis- 
cuter son origine et ses relations avec le magma neuf, il est indispensable 
d'éliminer les échantillons recueillis à grande distance. Au cours de leur 
trajet aérien, les cendres subissent en effet une préparation mécanique, 
qui peut en modifier la composition ; les échantillons provenant du voi- 
sinage du cratère peuvent seuls échapper à peu près à cette action qui 
est d'ailleurs, soumise à des variations extrêmement complexes; si, en 
effet, on opère expérimentalement sur une poussière dont les éléments 
sont exactement calibrés, leur précipitation doit suivre l'ordre de leur 
densité ; mais en réalité une cendre, même très fine, est formée par des 
débris de grosseur très inégale, il intervient donc des questions de masse. 
De plus, au cours du trajet aérien, surtout quand il est très grand, le phé- 
nomène est compliqué par des variations dans la vitesse et dans la durée du 
transport, ainsi que par diverses causes accessoires. 11 en résulte que les 
échantillons de cendres recueillis à des distances de plus en plus grandes 
du point d'origine présentent souvent des variations de composition 
qui sont parfois fort différentes de celles qu'on pouvait supposer 
a priori. 
Je donne ci-contre trois analyses ; les unes, a et b y dues à M. Gasoria, 



ÊTDDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 61 

professeur à l'École d'agriculture de Portici (1), faites sur les cendres 
(a, grises ; b, roses), tombées à Portici les 9 et 10 avril ; la troisième (c) 
faite par M. Pisani sur la cendre que j'ai recueillie sur les bords 
même du cratère, le 3 mai : 

a. 

SiO 2 48,117 

A1 2 3 19,082 

Fe 2 3 7,709 

FeO 2,772 

MnO 0,418 

MgO 3,728 

CaO 7,949 

Na 2 2,528 

K 2 G,403 

TiO 2 » 

FO 5 0,852 

Cl 

BaO 0,093 

SrO 0,028 

I1 2 » 



b. 


c. 


48,154 


48,00 


18,437 


16,10 


7,565 


3,35 


2,750 


4,90 


0,394 


» 


4,432 


6,53 


8,244 


11,35 


2,871 


3,04 


5,834 


5,26 


» 


1,02 


0,743 


» 


» 


0,49 


0,095 


» 


0,033 


» 


» 


0,25 



99,679 99,552 100,29 

Ces trois échantillons présentent entre eux d'importantes différences 
chimiques; ils s'éloignent à divers points de vue non seulement les uns 
des autres, mais encore de la lave récente. On verra, dans le chapitre VI, 
que ces nombres ne correspondent strictement à la composition d'aucune 
roche du Vésuve, ce qui s'explique, d'ailleurs, d'après ce qui vient 
d'être dit sur le mode de formation des cendres. Celles-ci renferment 
en outre une proportion élevée de sels solubles (chlorures de sodium, 
potassium, ammonium, sulfates alcalins et sulfate de calcium, etc.), 
atteignant plus souvent plus de 3 grammes p. 100 et des traces de 
matières hydrocarbonées. 

Un fait qui a frappé beaucoup a été le changement de coloration des 
cendres au cours de l'éruption : noires au début, elles ont été ensuite , à par- 
tir du 8 avril, d'un brun roux ; puis leur couleur s'est atténuée peu à peu 
pour arriver au gris blanc ; en même temps la poussière est devenue déplus 
en plus fine et presque impalpable; c'est là un fait analogue à celui 



(1) Sulla composizione chimica délie ceneri vesuviane cadute a Portici nei giorni JM0 aprile 4906, 
Portici, 1906. 



62 A. LACROIX. 

qui a été observé et remarqué souvent au Vésuve ; M. Alfano cite à cet 
égard (1) les éruptions de 1654, 1660, 1737, 1767, 1779, 1794, 1861, 
1872. Dès 1768, de Bottis écrivait (2) : << ... In sul tramontar del Sole 
cominciô il Vesuvio a versar molta cenere, la quale era impalpabile, e di 
color che pendeva labianco. I vecchioni in veder cosi fatte ceneri fecero 
grandissima festa. Imperocchè eglinodissero esser qucllo certo, e sicuro 
scgno, che già era in fine l'incendio del Monte, secondochè essi bon si 
ricordavano di aver cio osservato in altre simili Eruzioni : ed infatti il lo 
presagio si verifico per l'appunto. » 

On vient de voir quelle était la cause de la coloration noire de la 
cendre tombée à Naplesau commencement d'avril. 11 ne reste plus qu'à 
chercher une explication des variations de couleur de celle des jours 
suivants. La couleur rosée est évidemment le résultat d'une oxyda- 
tion du fer; les analyses de M. Casoria le montrent nettement ; cette 
oxydation peut être soit le résultat de phénomènes anciens, produits dans 
le cône, antérieurement à l'éruption, soit le résultat de phénomènes conco- 
mitants à celle-ci. On sait que les dégagements de gaz acides sont particu- 
lièrement intenses au cours des paroxysmes, puis ensuite diminuent 
peu à peu ; leur influence doit donc devenir de plus en plus faible 
à mesure que l'intensité de l'éruption s'atténue, ce qui est conforme avec 
l'éclaircissement de la couleur de la cendre avec le temps. Mais le méca- 
nisme que je suppose à la production de cette cendre conduit néces- 
sairement à l'élimination progressive des produits entièrement oxydés. 
En effet, dans ceconcassage continuel, produit dans l'intérieur du cratère 
sous l'effet des explosions ayant lieu au milieu de matériaux solides 
éboulés, les roches altérées par les fumerolles, en raison de leur fragilité, 
doivent être les premières pulvérisées et par suite les premières entraî- 
nées sous forme de poussière. Peu à peu les matériaux restés dans le cra- 
tère doivent donc s'enrichir en roches intactes, dont la poussière, de moins 
en moins riche en hématite, possède une couleur de plus en plus claire. 
L'influence de lafinesse deséléments joue aussi unrôle dans le problème ; 

(1) Op. Cit. 

(2) Ragionamento istorico deirincendio del Vesuvio accaduto nel mené di Ottobre nel MDCGLXVH, 
Napoli, 1768, p. 38. 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 63 

elle a augmenté avec le temps et Ton comprend pourquoi. Dès que des 
pluies ont commencé à laver la surface du sol, l'aspect de paysage de 
neige présenté par les hauteurs du volcan a été modifié. L'entraînement 
des particules très menues n'a pas tardé à assombrir la cendre et à faire 
apparaître la couleur propre de la roche, par la mise à nu des petits 
fragments sableux, non entraînés. 

Il était tentant de faire intervenir, pour l'explication de la coloration 
blanche de la fine poussière, l'hypothèse d'un enrichissement en leucite ; 
ce minéral étant le moins dense parmi ceux qui constituent les roches du 
Vésuve devrait par suite, théoriquement, tomber le dernier quand la poudre 
résultant de l'écrasement de celles-ci est mise en suspension dans l'air. Les 
analyses ne permettent pas d'accepter cette hypothèse, puisque la cendre 
la plus blanche, parmi celles qui ont été analysées, est la plus pauvre en 
potasse et par suite la moins leucitique. 

Cette discussion montre combien il faut être prudent dans les conclusions 
à tirer de l'étude des cendres d'une éruption déterminée. Celles-ci n'ont de 
signification certaine que si les conditions de formation des échantillons 
analysés sont soigneusement établies ; on voit en effet à quelles conclu- 
sions différentes sur ce qu'est le magma neuf de 1906 on arriverait si l'on 
spéculait au hasard et isolément sur les cendres du début, du milieu ou 
de la fin de l'éruption. 



CHAPITRE IV 

LES PHÉNOMÈNES MÉTAMORPHIQUES DES BLOCS VULGANIENS ET 
CEUX D AUTOPNEUM A.TOLYSE DANS LES ROCHES VOLCANIQUES. 

Un très grand nombre dos blocs rejetés par les explosions vulcaniennes 
ont subi, antérieurement à leur projection, des modifications plus ou 
moins profondes, fort différentes de celles produites par une refusion par- 
tielle, dont je me suis occupé dans le chapitre précédent. Les transfor- 
mations auxquelles je fais allusion se manifestent extérieurement par 
l'existence de beaux minéraux drusiques (1); elles se sont produites à une 
température inférieure à celle de la fusion du plus fusible des minéraux 
des roches modifiées. Il est impossible d'échapper à la nécessité d'admettre 
qu'elles résultent d'actions pneumatolytiques, effectuées dans le cône 
vésuvien, sans contact immédiat avec le magma fondu. L'éruption actuelle 
n'a donc pas joué de rôle efficient dans le phénomène, elle a été seulement 
l'agent occasionnel, qui amis ces documents précieux à notre portée. 

D'une façon générale, les modifications dues à des agents pneuma- 
tolytiques {minéralisateurs) peuvent prendre naissance de diverses façons ; 
elles peuvent être consécutives à la consolidation du magma, résulter 
de l'action sur la roche en voie de solidification des éléments volatils ou 
transportables, non renouvelés, contenus dans la portion considérée du 
magma et libérés par sa solidification définitive. Il y a dans ce cas conti- 
nuité entre la production des minéraux de fusion purement ignée et de 
ceux de fumerolles. Mais des phénomènes du même ordre peuvent aussi 
résulter de l'action sur la roche consolidée de fumerolles restées en relation 
avec la profondeur . Les minéraux néogènes peuvent être de même nature 
que dans le cas précédent, mais leur formation, au lieu d'être généralisée 
dans toute une coulée par exemple, reste localisée au voisinage du trajet 

(1) J'ai signalé les principaux de ceux-ci au cours môme de l'éruption (C. fl., CXLII, 1906, 1020). 
M. Zambonini vient de publier une intéressante élude cristallographique sur trois d'entre eux : la 
hornblende, la sodalile et la microsommite (Atti. R. Accad. Scicnz. Napoli, XI 11, 1906). 



J 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ERUPTION DU VÉSUVE. 65 

de ces fumerolles ; fort souvent dans ce cas, ils sont accompagnés d'une 
quantité considérable de cristaux d'hérpatite, dont le mode de formation 
est bien connu. 

Ces mêmes actions pneumatolytiques peuvent aussi s'exercer, non plus 
seulement sur le magma neuf, mais encore sur les roches de nature quel- 
conque au voisinage desquelles celui-ci est amené au cours de sa mise en 
place ; elles y déterminent alors de véritables phénomènes de contact exo- 
morphes. C'est essentiellement à cette dernière catégorie de phénomènes 
qu'appartiennent les modifications qui vont être étudiées ; mais, comme 
elles se sont produites exclusivement aux dépens de roches émises au 
cours d'anciennes éruptions du même volcan, c'est-à-dire aux dépens de 
leucittéphrites basiques, identiques ou très analogues à celles de 1906, 
les actions de contact en question sont tout à fait de môme nature que 
celles qu'eût déterminé une autopneumatolyse ; c'est pourquoi, avant de 
les étudier, je passerai en revue quelques phénomènes bien nets de cet 
ordre, constatés dans de vieilles laves du Vésuve : ils nous aideront à 
mieux comprendre les documents plus récents. 

I. — Les phénomènes d'autopneumatolyse dans la lave de 1631. 

La lave de la grande éruption de 1631 est exploitée dans de vastes 
carrières entre Portici et Torre Annunziata. Celles-ci permettent d'étu- 
dier non plus seulement les parties superficielles d'une coulée, mais 
bien aussi ce qui s'est passé dans toute sa masse. La roche renferme, 
notamment à la Scala près Portici, de très nombreuses fentes et fissures, 
que tapissent beaucoup de minéraux qui, depuis longtemps, ont appelé 
l'attention des minéralogistes par la netteté de leurs formes. On y trouve 
les espèces suivantes : sanidine, plagioclases, sodalite, biotite^ augite, 
fay alite et plus rarement des octaèdres incolores de fluorine (1), de 
la cuprite (2) ; il faut en outre signaler des enduits de vesbineet d 'atacamite ■, 
ainsi que de fines aiguilles d'apatite et enfin de breislakite. 

Les cristaux de sodalite sont remarquables par la netteté de leurs 

(1) Ê. Scacchi, Rend. R. Accad. Scienz. Napoli, III, 1885. — A. Scacchi, il., VU, 1889. 

(2) Ë. Scacchi, id., 1, 1887, 54. 

Nouvelles Archives du Muséum, 4* série. — IX. U 



66 A. LACROIX. 

formes (//), par la fréquence de leur allongement et deleurs macles suivant 
un axe ternaire, ainsi que parieurs formes cristallitiques (cristaux creux); 
ils présentent toutes les particularités dont il va être question dans l'élude 
des produits de 1906; ce sont ces cristaux à section hexagonale, que 
Monticelli et Covelli ont jadis désignés(l) sousle nom de pseudonèphêline . 

La fayalite, signalée dès 1866 par vom Rath (2) comme olivine, a été 
décrite plus tard par A. Scacchi comme une espèce nouvelle (néochry- 
solite) (3) ; elle a été définitivement identifiée avec la fayalite par 
M. E. Scacchi, qui y a décrit deux types : le plus fréquent est caractérisé 
par l'aplatissement suivant/) (001), avec les formes #* (010) et g 3 (i20) 
dominantes et h { (100), e { (011), b sli (111) ré uites ; le second est aplati 
suivant g x et présente en outre gr 3 , e\ e xt (021) et e {/i (031). Ces cristaux 
noirs, à surface irisée et brillante, sont souvent cristallitiques et ont des 
faces creuses. J'ai pu constater, par l'examen du premier type, qu'ils 
possèdent bien les propriétés optiques de la fayalite, c'est-à-dire que la 
bissectrice aiguë est négative (w perpendiculaire à g*). 

La sanidine forme des lames très minces, aplaties suivant g\ limitées 
par les faces m, p, a\ a l/i ; les macles de Carlsbad sont fréquentes; le 
plan des axes optiques est normal à g 1 . 11 existe aussi çà et là des 
lames de plagioclases que je n'ai pu déterminer avec précision. L'augite 
est verte, allongée suivant l'axe vertical, avec b {,t comme sommet. 

Les mêmes minéraux drusiques se trouvent dans des cavités de corrosion 
dont sont creusées de grosses enclaves homœogènes, surtout formées de 
leucite, qui sont fréquentes dans cette même lave. 

Il est à remarquer que, sauf l'augite, aucun des minéraux de ces druses 
n'existe à l'état normal dans la leucittéphritc ; l'un d'eux notamment, 
l'orthose, ne cristallise pas par fusion purement ignée en l'absence de 
minéralisateurs; c'est là une des caractéristiques les plus nettes des phéno-r 
mènes d'autopneumatolyse. La combinaison orthose et néphéline est la 
forme sous laquelle cristallisent dans ces conditions les éléments chimi- 
ques, qui par consolidation d'un magma fondu fournissent la leucite. La 

(1) Prodromo Miner. Vesuv., 1825, 110, 262. 

(2) Zeitschr. d. d. geol. Gesells., XVIH, 1866, 570. 

(3) A. Scacchi, Rend. R. Accad, Scienz. Napoli, XV, 1876, 208. — E, Scacchi, Zcitschr. f. Kryst., 
XV, 1889, 293, 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 67 

grande épaisseur de la coulée, qui a entraîné un lent refroidissement du 
magma épanché et par suite la perte fort lente de ses produits volatils, 
permet de comprendre l'importance qu'ont dû y jouer ces phénomènes de 
cristallisation par pneumatolyse, dont ou trouverait très vraisemblable- 
ment la trace dans toutes les coulées du même genre issues du Vésuve, 
s'il était possible de les étudier aussi facilement que celle de 1631. Fuchs 
a d'ailleurs signalé (1) la sodalite dans quelques-unes d'entre elles, et en 
particulier dans celle de 1717 ;-un échantillon de la lave de 1760 (Torre 
Annunziata), que je dois à l'obligeance de M. Mercalli, renferme des dru- 
ses à minéraux (sodalite, feldspaths, augite) analogues h celles qui vien- 

m 

nent d'être décrites. 

Enfin M. Matleucci a indiqué (2) l'existence de la breislakite dans les 
fissures de la lave de 1 895-1 899 : elle a dû s'y produire par le même méca- 
nisme. 

II. — Les blocs métamorphiques dans les éruptions antérieures du 

Vésuve. 

« 

On a vu plus haut que l'éruption récente correspond à un type qui a 
été plusieurs fois réalisé d'une façon tout à fait identique, dans l'histoire 
passée du volcan ; aussi peut-on penser que le rejet de blocs métamor- 
phiques du genre de ceux qui vont être étudiés plus loin doit constituer 
une caractéristique minéralogiquc de ce type d'éruption. Il est possible 
tout au moins de le démontrer pour le paroxysme de 1822 et pour ceux 
qui Font suivi ; nous manquons d'observations à cet égard sur ceux qui 
Font précédé. 

Monticelli et Covelli (3), de même que Poulett Scrope (4), parlent dans 
leur description de l'éruption de 1822, de blocs, dont les cavités ren- 
fermaient des cristaux ; mais ils ne se sont pas attardés à leur spécifica- 
tion. Poulett Scrope signale notamment des cristaux hexagonaux blancs, 
qui ne sont autres que ceux de microsommite , que A. Scacchi devait dé- 

{{) Xeues Jahrb., 1869,180. 

(2) Centralblatt f. Miner., 1901, 48. 

(3) Storia dei fenomeni ciel Vesuvio 4824-4822, Napoli, 1823, 174-179. 

(4) An account of the éruption of Vesuvras in october 1822 (Quaterly Journ. of. Se. London, XV, 
1823, 175-183). 



68 A. LACROIX. 

crire cinquante ans plus tard ; U note en outre d'un mot l'importance de 
ces blocs pour l'interprétation des roches métamorphiques de la Somma. 

En 1847, Dufrénoy consacre quelques lignes (1) à un minéral qu'il 
désigne sous le nom d'acanthoïde (je montrerai plus loin que ce n'est 
autre chose que de la microsommite), provenant de cette même 
éruption. 

Mais c'est en 1852 qu'Arcangelo Scacchia, pour la première fois (2), 
étudié minéralogiquement ces silicates, qu'il considérait comme formés 
par sublimation: il a signalé dans les blocs de l'éruption de 1822, le 
rnélanite, la hornblende, un feldspath, la wo/lastonile ; dans ceux de 
l'éruption de 1839, le mèlanite, la hornblende, la sodalite; enfin dans 
ceux de 1850, la hornblende. À la suite de l'éruption de 1855, il a 
indiqué (3) en outre la présence de cristaux de hornblende et de mica 
dans la partie centrale bulleuse d'une bombe. 

C'est de beaucoup l'éruption de 1872 qui a fourni le plus de 
matériaux d'étude sur cette question, ou plus exactement peut-être, c'est 
à la suite de celle-ci que l'on en a recueilli un plus grand nombre. Us 
ont fait l'objet de deux importants mémoires de A. Scacchi (4) et de 
plusieurs notes de vom Rath (5). 

D'après A. Scacchi, les blocs renfermant ces minéraux néogènes 
atteignaient jusqu'à 4 mètres de diamètre ; le plus grand nombre d'entre 
eux étaient incrustés, à leur périphérie, de lave récente. C'étaient des 
bombes projetées et retombées sur la lave en voie d'épanchement, ou plus 
souvent des blocs arrachés par celle-ci dans son trajet souterrain : au cours 
de ce paroxysme, la lave, au lieu de s'épancher par une ouverture située à 
une haute altitude dans le cône, s'est écoulée dans TAtrio dcl Cavallo parla 

(1) Traité de minéralogie, III, 1847, 747. 

(2) Sopra le specie di silicati del Monte di Somma etdel Vesuvio, le quali in talunicasi sono s ta te 
prodotte per efletto di sublimazioni (Rendic. R. Accad. Scienz. Napoli, IV, 1852). 

(3) G. Guarim, L. Palmieri et A. Scacchi, Memoriasullo lncendio Vesuviano del mese di maggio 
1855..., preceduta dalla relazione deU'allro incendio del 1850 fat ta da A. Scacchi {id., VU, 1855). 

(4) Contribuzioni mineralogiche per servire alla storia delHncendio Vesuviano del mese di 
aprilel872 [Atti R. Accad. Scienz. Napoli (parte prima) ; V, 1872, n° 22, VI, 1873 (parte secunda)]; 
ce second mémoire est surtout consacré à l'étude des sels des fumerolles. 

(5) Zeitschr. ^i. d. geol. Gc&eU&ch., XX Y\ 1873, 220; Sitzungsber. niederrhein. Gesellsch., XXIX, 
1872, 135, et XXXIII, 1876, 173; Verhandl. naturhist. Vereins RheinL, XXXIV, 1887, 154.; Poggend. 
Ann.,CXLVl,1872, 564,etErflf., Bd. VI, 1873,229; Report of the British assoc. f.advanc.of science, 1872. 



I 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 69 

partie inférieure d'une fissure qui a entaillé le cône vésuvien jusqu'à sa base. 

A. Scaechi a distingué parmi ces matériaux les blocs ou fragments 
de lave homogènes (monoliti) et les débris de brèches (conglomérait) 
formées par des blocs, des lapilli, des cendres, des cristaux isolés 
(en particulier d'augite), cimentés par des minéraux néogènes: augite, 
hornblende, leucite, etc. 

Scaechi et, après lui, vom Rath ont attribué une importance spéciale 
à l'augite récente, nourrissant les cristaux anciens, et à la hornblende 
néogène, se groupant à axes parallèles avec celle-ci. Vom Rath a décrit (1 ) 
aussi des groupements réguliers de biotite sur l'augite (2). C'est parmi les 
blocs de cette éruption que A. Scaechi a découvert la microsommite , la 
bëlonésite (3), la cryphiolite ; il y a signalé en outre la sodalite* la hiotite, 
le mélanite, Vapaiiteot dubitativement l'idocrase et un feldspath. 

Notons enfin que, dans son mémoire de 1852, le môme savant a 
indiqué l'existence de petits cristaux de mélanite à l'orifice d'une vieille 
fumerolle du revers nord de la Somma (Fossodi Cancherone), célèbre 
par les beaux cristaux d'hématite que l'on y rencontrait alors. 

J'ai pu examiner un certain nombre d'échantillons de ces blocs (4) 
des éruptions précitées et des minéraux du Fosso di Cancherone. Je 
m'en occuperai incidemment plus loin, pour montrer leur analogie avec 
ceux de l'éruption récente. 

111. — Les modifications sables par les blocs de 1906. 

Je considérerai à part les leucittéphrites doléritiques et les microli- 
tiques. L'origine des modifications que présente le premier de ces 

/ jrf) Ces échantillons font partie de la collection du Muséum ; la plupart de ceux de 1822 y sont 

' entrés très anciennement ; les autres proviennent en partie de A. Scaechi, qui les avait donnés à 
Des Cloizeaux . 

j ~m Atti R. Accad. Scienz. Sapoli., I (2° série), 1883. 

£ jjaff La face p du mica est parallèle à A* ; les faces m du mica parallèles à (122) de l'augite. 

J ItfCe minéral, associé à la cryphiolite, forme de petits cristaux transparents dans une brèche impré- 
gnée d'anhydrite, de gypse, de biotite. J'ai pu, dans l'échantillon que possède lacollectiondu Muséum, 
constater que la bélonésite possède des clivages parallèles aux faces du prisme quadratique 
prédominant ; elle est uniaxe et optiquement positive. L'examen microscopique montre en outre, 
engagés dans le gypse, quelques petits cristaux de p$cudobrookite\ ce minéral n'était connu parmi les 
produits du Vésuve que par deux petits cristaux, que Krenner a jadis isolés d'une druse de cette 
même roche {Fôldtani Kôzlôny., XV111, 1888, 153). 



TO A. LACROIX. 

deux types pétrographiques doit être discutée. Il est fort possible en effet 
qu'une partie au moins des minéraux drusiques qu'il renferme 
soit due à une autopneumatolysc, consécutive au refroidissement 
de la roche dans son gisement originel, comme cela est le cas pour 
la lave de 1631, alors que, pour toutes les autres blocs et particuliè- 
rement pour ceux de brèches polygènes, les phénomènes de méta- 
morphisme se sont certainement produits dans le cône vésuvien récent. 
Cette question concernant les leucittéphrites doléritiques pourrait être 
éclairée par l'étude, faite à ce point de vue, des blocs des roches similai- 
res, qui abondent, dans les tufs des ravins extérieurs de la Somma; mal- 
heureusement, mon attention n'ayant pas été appelée sur cette question 
avant l'éruption, je ne me suis pas documenté sur elle, et je n'ai pu le 
faire depuis. 

1° LEuerrrÉPHRiTES DOLfcnrriQUES. 

Les leucittéphrites doléritiques modifiées sont fragiles et s'émiettent 
sous le choc du marteau ; trois dispositions principales doivent être 
distinguées dans la manière d'être de leurs minéraux drusiques. 

1° Ceux-ci se sont développés dans des fissures irrégulières et souvent 
de grande dimension ; ils appartiennent aux mêmes espèces et présentent 
la même disposition que ceux des druses de la lave de 1631 ; aussi suis-je 
tenté de leur attribuer la même origine. L'orthose forme des lames g { 
très minces, raccourcies suivant l'axe vertical et limitées par a 1 et m. 
L'augite, d'un vert foncé, est terminée par 6 ,;i , avec h { et (f dominants, 
dans la zone verticale. Ces minéraux sont recouverts par des cristaux 
beaucoup plus volumineux de sodalite. Certains échantillons renferment 
de la hornblende et de gros cristaux de néphéline. 

2° La roche est criblée de petites cavités miarolitiques, que tapissent 
des cristaux d'orthose, de sodalite et d'augite verte ; beaucoup contien- 
nent de la cavolinite, de la hornblende, de la magnétite et del'apatite. L'or- 
those est moins lamelleusc que dans la roche précédente ; elle est souvent 
allongée suivant l'axe vertical. L'augite est aplatie suivant h K et présente 
les faces m assez développées; // /4 (221) et // - forment le pointement. 

L'apatite constitue de longues aiguilles, terminées par A 1 (1011). Quant 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. ?i 

à la hornblende, ses cristaux d'un noir foncé, un peu raccourcis suivant 
Taxe vertical, formés de groupements à axes parallèles simulant un 
aplatissement suivant h\ sont riches en formes à développement dissy- 
métrique e 1 , é '*, ««,0, etc.; les faces m prédominent dans la zone verticale. 

La cavolinite (1) se montre en prismes hexagonaux, laiteux et soyeux, 
à faces caverneuses et d'un développement très irrégulier. 

Dans les lames minces, il est permis de suivre l'imprégnation de ces 
roches par les minéraux néogènês, que l'on pourrait, au premier abord, 
prendre pour des éléments normaux. L'orthose, la cavolinite et la 
hornblende remplissent en partie les cavités, et leurs grandes plages 
enveloppent pœcilitiquement les cristaux de plagioclases normaux (pi. V, 
fig. i) ; leur assemblage constitue parfois de véritables veinules à travers 
la roche ; la figure 5 de la planche IV représente un cas de ce genre ; il y 
existe en outre de l'olivine néogène. De plus, la hornblende et l'augite 
récentes s'orientent souvent sur l'augite ancienne. La vue de ces pré- 
parations conduit à se demander si la hornblende et la biotite, 
fréquentes comme éléments de beaucoup de leucittéphrites doléritiques 
de blocs de la Somma, sont bien d'origine magmatique, et si elles ne 
doivent pas être plutôt considérées comme ayant une origine pneuma- 
tolytique secondaire immédiate. 

3° DanslestypesprécédentSjlesminérauxdrusiques paraissent au premier 
abord faire partie de la roche elle-même ; il n'en est plus de même pour 
le cas qu'il me reste à considérer. Les cavités y sont formées par corro- 
sion ; elles ont des formes plus ou moins ovoïdes, et leurs contours sont 
nets. Les cristaux qu'elles renferment sont de grande taille ; ils constituent 
un enchevêtrement miarolitique d'orthose, de sodalite, de néphéline, de 
cavolinite, d'augite, avec de petites quantités d'apatite et de magnétite. 
La sodalite forme soit des cristaux (A 1 ) continus, soit des squelettes 
cristallitiques creux. La néphéline se présente en prismes hexagonaux, 
limpides, raccourcis suivant l'axe vertical, optiquement négatifs, se 
distinguant bien de la cavolinite optiquement positive, seulement trans- 
lucide et possédant un éclat soyeux. Les autres minéraux ont les mêmes 

(1) Voy. page 82 pour la description de ce minéral. 



72 A. LACROIX. 

formes que dans les blocs précédents. Les feldspathoïdes sont postérieurs 
à l'orthose ; la néphéline sert de support aux octaèdres de magnétite, 
qui, par un commencement d'altération, les colore parfois de rouille. 

L'échantillon étudié est le seul dans lequel j'ai trouvé la néphéline, 
associée à la cavolinite ; il a un grand intérêt théorique, car, par leur 
nature et par leur structure, ses minéraux néogènes rappellent certains 
remplissages de calcaires drusiques de la Somma et les sanidinites, que 
je considère comme d'origine pneumatolytique. 

4° Il me reste à parler d'un bloc énorme, constitué par une leucitté- 
phrite compacte à phénocristaux d'augite, renfermant en grand nombre 
des enclaves de leucittéphrites doléritiques, très blanches, à aspect de 
sanidinites. Ces enclaves sont creusées de cavités drusiques du type II, 
et, à leur contact avec la roche englobante, se trouvent de larges géodes 
à comparer au contraire au type I. Ces comparaisons ne s'appliquent d'ail- 
leurs qu'au mode de distribution des minéraux secondaires, car il n'y a 
pas de feldspath néogène, et la sodalite est peu abondante : la cavolinite, 
au contraire, y domine, sous forme de prismes, groupés à axes paral- 
lèles, qui englobent des cristaux d'augite verte et en supportent d'autres ; 
ils sont accompagnés d'empilements de lamelles de biotite ; quelques 
cavités renferment en outre de fines aiguilles de hornblende. 

Les diverses roches qui viennent d'être étudiées ont en général leur leu 
cite intacte, ou tout au moins celle-ci ne présente qu'à l'état d'ébauchfs 
les transformations si fréquentes dans les blocs de roches microli- 
tiques. 

2° Leucittéphrites microlitiques. 

11 existe une extrême variété dans le mode de transformation des 
blocs de cette catégorie, qui sont de beaucoup les plus nombreux. Il 
n'y a pas lieu d'établir à ce point de vue de distinction primordiale entre 
les blocs monogènes et les brèches polygènes, la structure de celles-ci 
ayant seulement facilité les transformations par voie pneumatolytique. 

Les leucittéphrites les plus abondantes appartiennent au type I, 
à phénocristaux de leucite : elles renferment de nombreuses cavités 
huileuses. Quand les modifications sont réduites à leur minimum, 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 73 

la roche ne se distingue des types normaux de leucittéphrites que par 
l'existence de cristaux néogènes qui tapissent toutes ses cavités ; l'examen 
microscopique montre qu'en général la transformation est plus profonde 
encore et que la roche tout entière est imbibée d'une quantité plus ou 
moins grande de minéraux métamorphiques. 

Très fréquemment, les cristaux de leucite sont devenus blancs et 
opaques, ou sont creusés de petites géodes ; l'examen microscopique 
permet de suivre toutes les étapes de leur transformation en micro- 
sommité, en feldspaths, etc. (Voy. page 84). 

Quand l'altération est plus intense, les minéraux drusiques deviennent 
de plus grande taille ; les parois des cavités changent d'aspect, se 
couvrent d'agrégats miarolitiques. Puis la transformation gagne de 
proche en proche, finit par envahir toute la roche, laissant parfois des 
îlots incomplètement transformés; ceux-ci donnent à l'ensemble l'appa- 
rence d'une brèche, qu'il n'est pas toujours facile de distinguer des 
brèches véritables, modifiées par le môme mécanisme. 

Les leucittéphrites du type II, sans phénocristaux de leucite, mais avec 
grands cristaux d'augite, sont compactes et généralement dépourvues 
de cavités huileuses originelles ; mais elles renferment de larges géodes 
caverneuses, à partir desquelles elles se transforment de proche en proche 
en roches poreuses. 

En raison du trop grand nombre d'échantillons étudiés, je me suis 
attaché surtout à grouper les principaux résultats de mes observations, 
sans m'attarder à de longues descriptions individuelles : je les distri- 
buerai en trois groupes, correspondant sans doute à des conditions 
différentes du mode de transformation. 



a. Blocs à pyroxène jaune (Vor et hématite. 

Ces blocs sont essentiellement caractérisés par la présence d'un 
pyroxène jaune d'or (quelquefois teinté de verdâtre dans sa partie cen- 
trale) ; ses cristaux sont généralement aplatis suivant A 1 , allongés 
suivant l'axe vertical et pauvres en faces : g\ m, i l/2 , d lf2 \ les macles 
suivant h x sont assez fréquentes. Ce pyroxène est presque toujours 

Nouvelle* Archives du Muséum, 4 e série. — IX. 10 



74 A. LACROIX. 

accompagné d'hématite et de sodalite : celle-ci, comme dans toutes les 
roches du Vésuve, forme des rhombododécaèdres //, quelquefois régu- 
liers, le plus souvent squelettiformes et alors creux, allongés suivant 
un axe ternaire et généralement maclés, ou enfin des tables aplaties 
suivant deux faces b l parallèles (1). 

Les minéraux de ces blocs sont généralement de petite taille et rare- 
ment mesurables. L'examen microscopique fait voir que, d'une façon 
constante, les microlites et les phénocristaux normaux d'augite de la 
leucittéphrite sont partiellement ou totalement colorés en jaune d'or. 
L'apatite normale de la roche a ses inclusions ferrugineuses oxydées, et 
le minéral est devenu pléochroïque dans les teintes rougeàtres. Parfois 
il n'y a dans le pyroxène qu'un simple changement de couleur, mais le 
plus souvent celui-ci est accompagné de modifications dans les propriétés 
optiques, qui deviennent celles de l'augite aegyrinique et plus rarement 
de l'aîgyrine. Il est fréquemment possible de déterminer, dans un seul 
et même cristal, les propriétés des deux pyroxènes associés, l'angle d'ex- 
tinction dans g x [n g c) de l'un étant de 12° et celui de l'autre de 63°. Dans 
ce dernier, le pléochroïsme est net, dans les teintes jaune d'or. 

Cette augite est fréquemment associée microscopiquement à une 
hornblende de couleur brun rouge clair, dont le maximum d'extinction 
dans g x est de 32° environ, et dont les teintes de pléochroïsme sont les 
suivantes : n g = jaune brun, n m = jaune clair, n p = jaune verdàtre, 
avec n g < n m > n p . Je n'ai trouvé que très rarement de petites aiguilles 
maniables de cette amphibole, dont la partie centrale est riche en inclu- 
sions ferrugineuses, qui manquent à leur périphérie. C'est probablement 
dans ce type de blocs que M. Zambonini a recueilli de petits cristaux 
de 5 millimètres de longueur qu'il a pu mesurer; comme dans les miens, 
m domine dans la zone verticale, mais il y existe en outre A 1 , y 1 , g 1 , h* ; leur 
sommet, souvent dissymétrique, est riche en faces /;, e x , e u \ (F21), avec 
(o (121), « 3 (211) et de très petites faces o 1 (101). L'angle d'extinction 
donné par le savant italien est également conforme à celui que j'ai observé. 

(1) Ces cristaux présentent parfois de petites facettes p, a 1 , a 2 . M. Zambonini a trouvé Thexoc- 
taèdre nouveau pour ce minéral (6 1 , ô 1 / 2 , 6 1 / 3 ) (321) et a déterminé l'indice de réfraction n = 1 ,4836 
de la sodalite d'un bloc à cristaux de hornblende. 



^^ mtmmt 



— — — "*■* 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 75 

Ce type d'amphibole est abondant dans les blocs de 1872, et je l'ai 
rencontré aussi en nombreuses aiguilles capillaires associées à de 
l'hématite dans des blocs très poreux de 1822. 

Un autre minéral néogène, très fréquent, est la biotite, fort 
pléochroïque : n g = jaune d'or foncé, n m = jaune clair, n p = jaune très 
pâle, à deux axes assez écartés (2 E = 40° environ et plan des axes optiques 
parallèle à g 1 ). Les lamelles sont hexagonales ou rectangulaires. 
Notons enfin que la leucite de tous ces blocs est le plus généralement 
intacte, bien qu'il y ait des exceptions. 

Ces caractéristiques générales étant établies, je vais passer à la 
description particulière de quelques échantillons. 

Leucittêphrites à cavités drusiques. — Les blocs les moins modifiés 
sont constitués par une leucittéphrite à leucite, dont la pâte est devenue 
jaunâtre par suite de la transformation de l'augite, mais ne renferme 
aucun minéral néogène ; les cristaux drusiques appartiennent à l'augite 
jaune, à la sodalite, àThépiatite (pa l ). 

Un autre échantillon offrant le même aspect extérieur renferme dans 
ses druses, en plus des minéraux précédents, de la biotite et des 
lamelles d'oligoclase, présentant une extinction de (^dans^ 1 . Son prin- 
cipal intérêt réside dans son imprégnation par la biotite ; celle-ci s'est 
développée non seulement dans les druses, mais dans tous les pores 
microscopiques, se moulant sur tous les éléments normaux; il serait 
impossible de démontrer son origine néogône, si l'on ne pouvait 
suivre son envahissement à partir des géodes (1). On la voit dans celles-ci, 
associée aux plagioclases acides, dont les extinctions sont fort diffé- 
rentes de celles de la bytownite d'origine magmatique. Il existe aussi une 
certaine quantité d'augite récente. 

Un des blocs étudiés a sa pâte très rubéfiée ; les minéraux drusiques 
sont les mômes que dans la roche précédente, mais l'hématite est plus 
abondante; la pâte est envahie par de la biotite néogène, mais celle-ci, 

(1) Il est à noter, en outre, que, d'une façon générale, la biotite récente de tous ces blocs méta- 
morphiques est de couleur plus claire que celle existant parfois en phénocristaux dans les 
leucittéphrite s. J'ai observé un bloc doléritique de 1822, remarquable par les grandes dimensions 
du mica néogène qu'il renferme et par l'intensité de la coloration jaune d'or de l'augite récente et 
de Fauçite ancienne qui l'accompagnent, 



76 A. LACROIX. 

au lieu de former des cristaux distincts, constitue un fouillis de petites 
lamelles pressées les unes contre les autres et souvent mélangées à de 
l'augite récente; les deux minéraux ont la même couleur jaune. À l'in- 
verse de ce qui a lieu dans les roches précédentes, la leucite est en voie 
de transformation en microsommite etenplagioclases. 

Un autre échantillon assez analogue, mais à plus grands éléments, 
est aussi imbibé par de la biotite néogène; il existe, en outre, à la 
fois dans les druses et dans la pâte, de Vorthose et un plagioclase acide, 
que je n'ai pu déterminer avec précision, faute de sections convenables. 
L'orthose forme des lames très aplaties suivant g\ un peu allongées 
suivante, bordées paries faces p y h x et o ,f (201) (po li = 138° mes., 
i38° 59' cale.) : elle se développe dans la leucite et présente des 
associations vermiculées avec un minéral monoréfringent (comme dans la 
figure 6 de la planche VII), qui est probablement de la sodalite (ce minéral 
abonde dans les géodes, en gros rhombododécaèdres blanc de lait). 

Enfin il me reste à signaler, dans les druses, l'abondance d'un minéral 
qui n'a pas été observé encore dans les blocs des éruptions antérieures du 
Vésuve, mais que nous retrouverons fréquemment plus loin, le sphène; il 
se présente en cristaux (0 mn, ,5 environ) d'un jaune d'or, très allongés 
suivant l'axe vertical, avec m, A 1 et des pointernents aigus d lli (1H) et 
V 1 * (111). 

Leucittéphrites profondément corrodées. — J'ai recueilli un gros bloc 
. d'une leucittéphrite très vacuolaire, d'un gris bleuâtre, qui est en voie de 
transformation en une masse miarolitique fort cristalline, bien qu'à élé- 
ments très fins ; dans les parties les moins modifiées, les cavités sont tapis- 
sées de cristaux extrêmement petits d'augite jaune, d'hématite et de miné- 
raux blancs, sans formes distinctes. L'examen microscopique fait voir 
qu'il ne reste plus, en fait d'éléments normaux, que quelques cristaux 
d'augite devenue jaune d'or et de bytownite. La leucite est presque entiè- 
rement transformée en microsommite, à l'exception de quelques rares îlots 
encore intacts; de la biotite en très fines paillettes est distribuée un peu 
partout. Dans les lames taillées au voisinage des parties miarolitiques, on 
voit la magnétite normale disparaître peu à peu ; elle est remplacée 
par des grains plus gros d'hématite; les contours de la leucite 



t -V 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 77 

s'effacent. Les cristaux de microsommite, d'indistincts, deviennent nels et 
atteignent mm ,l ; ils englobent l'augite, le mica et l'hématite. Ils sont asso- 
ciés à des plages assez grandes ftanhydrite (pi. VI, fig. 6), faciles à recon- 
naître à leurs trois clivages rectangulaires, à leur forte biréfringence 
(n g — n p = 0,04o) et à leur réfringence assez élevée (n g = 1 ,614). 

Enfin, dans les parties franchement miarolitiques, tous les minéraux 
qui viennent d'être énumérés se distinguent facilement à la loupe; 
ils sont accompagnés de quelques petits cristaux de sphène, d'orthose 
(<7*, m, p, g 1 , « 1/2 j, et de belles lames de biotite; en examinant au micro- 
scope la poussière de cette roche, on y constate en outre l'abondance de 
petits prismes raccourcis et riches en faces d'apatite. Cet échantillon 
est le seul dans lequel j'ai trouvé en abondance de la cavolinite associée 
au pyroxène jaune macroscopique. Il est remarquable, en outre, par 
l'association de Tanhydrite (i) aux silicates. 

Leucittéphrites fissurées. — Les roches précédentes sont vacuolaires 
et poreuses ; une mention spéciale est due à une leucittéphrite d'un gris 
blanchâtre à cassure luisante, non poreuse, qui ne présente que quelques 
cavités de grande taille. Sur les cassures, on peut suivre, grâce à leur 
couleur jaune, la distribution irréguliôre du pyroxène et de la biotite 
néogènes; ils forment des traînées, ici rares, là tellement abondantes 
qu'elles donnent à la roche une couleur jaune d'or. Ce bloc est en outre 
très fissuré; ses fentes, par lesquelles s'est faite l'imprégnation, sont 
tapissées de minéraux récents, parmi lesquels domine l'augite. 

Les géodes sont à rapporter à deux types distincts, qui coexistent à 
quelques millimètres de distance sans se confondre ; les unes ont un 
plancher d'orthose, sur lequel sont implantés l'augite, des cristaux nets 
d'hématite, et enfin de petits cristaux jaune-paille, à faces courbes, 
d'olivine; je n'ai pas pu mesurer ceux-ci, mais il est facile de les iden- 
tifier, non seulement par des essais microchimiques, mais encore grâce à 



(i) J'ai trouvé des blocs dont les cavités sont tapissées de petites lamelles de biotite, sur lesquelles 
sont implantées de grandes lames transparentes d'anhydrite, mesurant jusqu'à t centimètre de plus 
grande dimension ; dans d'autres échantillons, ce minéral existe seul. Cette anhydrite est à comparer, 
au point de vue génétique, à celle de la lave de 1866 à Santorin ; mais, dans ce dernier volcan, elle 
s'est produite soit par l'attaque de calcaires métamorphiques englobés par le magma andésitique, 
soit dans des enclaves endopolygènes de celui-ci. 



"8 A, LACROIX. 

leur haute biréfringence, à leur aplatissement suivant /> (perpendiculaire 
à la bissectrice aiguë positive) et à la position transversale du plan des axes 
optiques par rapport à un léger allongement; c'est le seul exemple que 
j'ai rencontré d'olivine néogène macroscopique. Dans la poussière obte- 
nue en grattant ces géodes, se trouvent des clivages d'anhydritc. 

La seconde catégorie de géodes est uniformément tapissée de tra- 
pézoèdres incolores et translucides de leucite (0 mm ,o), à faces courbes 
et comme corrodées; ils englobent ou supportent de jolis cristaux 
d'augite spgyrinique jaune et d'hématite. Dans beaucoup de géodes, ces 
cristaux sont recouverts de, cristallitcs de sodalite et parfois de lames 
d'orthose, qui se sont incontestablement formés à leurs dépens. 

La leucite néogène était très abondante dans les blocs de l'éruption 
de 1872 ; les échantillons de ce genre que j'ai eu l'occasion d'étudier sont 
aussi des blocs h augite jaune. Je fais allusion à ces blocs polygènes, 
s'émiettant sous la pression du doigt et formés de cristaux d'augite 
ancienne et de lapilli; ils ont été décrits par A. Scacchi et par vom 
Rath. L'augite y est recouverte d'un vernis soyeux d'augile aegyrinique 
jaune d'or, néogène, sur lequel sont régulièrement groupés des cristaux 
de hornblende d'un brun rouge : de nombreux petits trapézoèdres blancs 
de leucite recouvrent à la fois cette augite et les fragments de lapilli ; 
ils sont accompagnés de cristaux indépendants d'augite, de hornblende 
et d'hématite ; l'examen microscopique de ces brèches y fait voir toutes 
les particularités des roches modifiées de 1906. 

Leucittêphrites sans géodes. — De gros blocs de leucittéphritesdu type II, 
riches en phénocristaux d'augite et ne renfermant la leucite qu'à l'état 
microlitique, présentent une transformation qui leur a donné une struc- 
ture eutaxitique des plus curieuses. Laroche, de compacte et de noire, est 
devenue poreuse et jaune, criblée de petits pores cristallins. Les régions 
intactes apparaissent en traînées sombres, au milieu de la partie trans- 
formée. Les modifications sont beaucoup moins apparentes dans les lames 
minces; on y voit le pyroxène jaunir progressivement, se franger parfois 
d'augite récente, enfin et surtout la biotite se développer en grande 
quantité. C'est essentiellement à elle qu'est due la couleur secondaire de 
la roche. En même temps, d'autres minéraux néogènes, l'hématite, la 



rT » _ m^T—-»- 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 79 

sodalite, l'augite se produisent çà et là dans les pores et tapissent les 
druses. 

Minéraux des fumerolles du Fosso diCancherone. — J'ai indiqué page 69 
qu'une ancienne fumerolle du revers nord de la Somma, d'où ont été extraits 
tant de beaux cristaux d'hématite, a fourni en outre, jadis, des roches 
riches en grenat mélanite. J'ai examiné quelques échantillons de ce gise- 
ment recueillis en 1843 par Des Cloizeaux ; ils sont à rapporter strictement 
aux types de modifications décrits ici. Us ne sont que partiellement 
modifiés : du côté servant de paroi au trajet de la fumerolle, les cavités 
de la leucittéphrite sont tapissées de petits rhombododécaèdres de méla- 
nite d'un brun rougeâtrej reposant sur une zone décolorée. L'examen 
microscopique fait voir que, dans celle-ci, la magnétite a disparu et que 
la roche s'est chargée d'une quantité considérable de grains irréguliers 
d'augite jaune d'or; ceux-ci, au moins en grande partie, se sont formés 
sur place ; ils sont çà et là mélangés à du grenat de même couleur. Les phé- 
nocristaux d'augite sont aussi jaunis, tantôt à leur périphérie, tantôt 
suivant des cassures irrégulières. Le grenat se forme fréquemment au 
milieu de ces grands cristaux et certainement à leurs dépens. La leucitc 
est transformée en baguettes cristallines fort petites d'une substance que 
je crois pouvoir rapporter à l'orthose ; ce même minéral s'oriente, en outre, 
parfois sur les cristaux anciens des plagioclases basiques normaux. 

La collection du Muséum possède un fragment de leucittéphrite 
poreuse de l'éruption de 1872, dont les cavités sont tapissées de 
cristaux du même grenat et qui présentent les mêmes transformations 
intimes, avec cette différence toutefois que celles-ci sont réalisées d'une 
façon uniforme dans toute la roche et que les bords des phénocristaux 
anciens d'augite passent brusquement au pyroxène d'un jaune d'or très 
foncé. 

Je montrerai plus loin l'analogie de ces transformations avec celles 
qui caractérisent le sperone du Latium. 

Blocs de V éruption de 1822. — Enfin je terminerai par la description 
de blocs provenant de l'éruption de 1822, qui n'appartiennent à aucun 
des types précédents. Ils constituent certainement le résultat ultime de la 
transformation complète d'une roche antérieure ; je ne connais rien de 



80 A. LACROIX. 

strictement analogue parmi les blocs de la Somma (Voy. p. 170). 

C'est une roche holocristalline, d'un gris jaune, renfermant de nom- 
breuses géodes, que tapissent des cristaux d'espèces minérales variées. 
Elle est essentiellement constituée par des baguettes rectangulaires 
d'orthose, enchevêtrées, enveloppant un très grand nombre de cristaux 
de pyroxène et de wollastonite. L'orthose possède localement la struc- 
ture en cassette, si fréquente dans les feldspaths recristallisés des 
enclaves des roches volcaniques basiques ; dans les géodes, ses cristaux 
sont caverneux, aplatis, allongés suivant l'arête pg\ avec les faces 
/?, (f (dominantes), m, a^-jà 1 , <?* 2 , h 1 *. Le pyroxène est d'un beau jaune; il 
appartient soit à l'augite œgyrinique, soit à l'œgyrine ; j'ai pu isoler en 
effet d'une géode quelques petits cristaux, très aplatis suivant A 1 ; ils 
montrent en lumière convergente, à travers cette face, une bissectrice 
aiguë positive, presque centrée ; cela concorde bien avec les petits angles 
d'extinction présentés par les sections des cristaux contenus dans la roche 
elle-même, avec le signe négatif de leur allongement et enfin avec leur 
haute biréfringence; dans cette même face, le pléochroïsme se fait dans 
les teintes jaunes avec n m <; ?i p . La wollastonite forme des baguettes à 
extinctions longitudinales, à bissectrice aiguë négative, perpendicu- 
laire à une face de la zone d'allongement, transversalement à laquelle est 
disposé le plan des axes optiques; les clivages et la biréfringence sont 
ceux du métasilicate de chaux monoclinique. 

Il me faut encore signaler l'existence de gros cristaux (b x a % ) de grenat 
mêlanite noir (jaune verdâtre en lames minces), bien visibles dans les 
géodes, de l'hématite, du sphène, et enfin de belles rosettes de tridymite^ 
implantées sur tous les minéraux précédents ou comblant leurs inter- 
valles. La présence de ce minéral est remarquable au Vésuve (1); elle 
ne doit cependant plus étonner, maintenant que l'on sait comment ce 
minéral se forme par voie pneumatolytique dans les roches les plus 
différentes. 

Un échantillon de cette même roche, entré dans la collection du 

(1) C'est probablement dans un échantillon de celte roche que vom Ralh a jadis signalé ce même 
minéral (Pogg. Ann., CXLV1I, 1872, p. 280 j; il la donne en effet comme formée de sanidine, de 
grenat et d'augite (?). 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 81 

Muséum en 1827, est étiqueté de la main d'A. Brongniart; il porte l'indi- 
cation suivante : acanthoïde de Monticelli. Je n'ai pas trouvé la description 
de cette substance dans le prodrome de la minéralogie vésu vienne. Dans 
la première édition de sa Minéralogie (1), Dufrénoy donne l'indication 
suivante : « Acanthoïde ; aiguilles très déliées, blanchâtres, dont la nature 
n'est pas connue : dans une lave du Vésuve provenant de l'éruption 
de 1821. [Il s'agit bien entendu de celle de 1822.] » Le même passage est 
reproduit dans la deuxième édition de cet ouvrage, avec l'adjonction 
suivante : « elles paraissent se rapporter à la breislakite ». Je n'ai 
trouvé mention de ce minéral dans aucun autre traité de minéralogie, 
sauf dans le Manuel de Des Cloizeaux (2), où il figure en tète des miné- 
raux imparfaitement connus et où il est rapproché de la breislakite. 

Dans notre échantillon, la substance en question, associée à des 
cristaux de sanidine, d'œgyrine jaune et de sphène, forme de longues 
aiguilles, souvent creuses, variant du blanc jaunâtre au brun rouge ; 
au microscope, on constate qu'elles sont souvent incolores à l'une de 
leurs extrémités et qu'elles se teintent progressivement. Leur extinction 
est longitudinale, leur signe d'allongement positif ; leur biréfringence et 
toutes leurs autres propriétés sont celles de la microsommite. Leur colo- 
ration est due à un léger enduit ferrugineux superficiel (3). L'acanthoïde 
ne constitue donc pas une espèce distincte, et son nom doit être rayé de 
la nomenclature minéralogique. 

b. Blocs à microsommite. 

Les blocs de cette catégorie sont très abondants ; c'est parmi eux que 
j'ai rencontré le plus grand nombre d'échantillons de cendres agglomé- 
rées et métamorphisées ; les blocs monogènes, qui, par suite d'une 
transformation très intense, mais incomplète, simulent une structure 
bréchiforme, ne sont pas moins fréquents. Quelques mots sont nécessaires 
tout d'abord au sujet du minéral qui les caractérise. 

(1) Traité dû Minéralogie, t. III, 1847, p. 747, 2- édition; 1859, t. IV, p. 42* et 691. 

(2) Manuel de Minéralogie, t. I, 1862, p. 535. 

(3) Une coloration jaunâtre s'observe aussi dans la wollastonite de quelques échantillons. 

Nouvelles Archives du Muséum, 4* série. — IX. ** 



82 A. LACROIX. 

Monticelli etCovelli ont décrit sous le nom de davyne (1) des cristaux 
se distinguant de la néphéline par l'existence de clivages prismatiques 
très faciles ; ils ont appelé cavolinite une variété de la même substance 
qui, au lieu de se trouver en cristaux transparents, comme la davyne, est 
d'un blanc de lait et possède un éclat soyeux, dû h l'extrême fréquence 
des mêmes clivages. Beaucoup plus tard, dans sa description des miné- 
raux des blocs de l'éruption de 1872, A. Scacchi a donné le nom de 
microsommite (2 ) à un minéral formant de petites aiguilles transparentes ; 
il Ta plus tard identifié avec la cavolinite, puis, dans son Catalogue des 
minéraux du Vésuve, il a réuni la davyne et la cavolinite à la néphéline 
et considéré la microsommite comme une espèce distincte. M. E. Bertrand 
a fait voir (3) que ces trois substances sont uniaxes et optiquement 
positives, différentes par suite à ce point de vue de la néphéline. Les 
analyses publiées par À. Scacchi, Rammelsberg et II. Rauff confirment 
cette conclusion en montrant l'existence de (X) 2 , Cl et SO 3 dans tous ces 
minéraux : la formule suivante, proposée par M. Groth, correspond aux 
analyses de davyne qui paraissent les meilleures : Si 24 O 96 Al"(01, S0 4 Na, 
C0 3 Na) i! (Na 2 ,Ca, K l ) ,G . 

Les propriétés optiques me permettent de compléter ces données ; voici 
en effet les indices de réfraction mesurés (Na) sur un cristal limpide de 
davyne (4), et sur un cristal blanc et soyeux de cavolinite de la Somma 
(Collection du Muséum) ; j'y joins les indices de la cavolinite mesurés par 
Des Cloizeaux, et enfin ceux de la microsommite des blocs de 1906, 
donnés récemment par M. Zambonini : 

Davyne. Cavolinite. Microsommite. 

ng = 1,5199 1,5222*^1,519 (Dx) ï^5287 1,5289 1,3292 

ng = 1,5174 1,5199 1,515 1,5206 1,5210 1,5210 

np — ng= 0,0025 0,0023 0,004 0,0081 0,0079 0,0082 

On voit que la réfringence et la biréfringence varient dans des limites 
assez étendues. La biréfringence de la davyne et de la cavolinite notam- 

(1) Prodromo miner, vesuviana, Napoli 1825, 405 (davyne), 421 {cavolinite). 

(2) Op. cit. 

(3) Bull. Soc. miner, de France, t. V, 1882, p. 141. 

(4) La densité de la davyne mesurée est de 2,45; celle des petits cristaux de microsommite 
de 1906, est un peu plus grande (2,47 environ). 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 83 

ment est égale ou inférieure à celle de la néphéline, alors que celle de la 
microsommite est deux fois plus grande. 

Il est vraisemblable que tous ces minéraux forment une série continue 
au point de vue chimique aussi bien que optique ; ils différent sans 
doute surtout qualitativement et quantitativement par le terme (Cl, S0 4 Na, 
C0 3 Na) de la formule donnée plus haut, à moins qu'il ne s'agisse d'un 
groupe encore plus complexe, comme celui des wernérites, par exemple. 
11 y aurait là matière à une étude chimico-physique fort intéressante, 
pour laquelle je n'ai pas personnellement de documents permettant 
d'aller plus loin. Je ferai seulement remarquer que, dans plusieurs des 
sanidinites qui seront décrites plus loin, j'ai observé l'association des 
deux termes extrêmes de cette série : de gros cristaux de davyne, à faible 
biréfringence, sont bordés d'une mince lisière de microsommite plus 
biréfringente : cette structure est comparable à celle qui est si fréquent!» 
dans les humboldtilites. 

Ces constantes optiques font voir, en outre, que le rapprochement de la 
davyne et de la cancrinite, qui a été fait souvent à cause de l'existence 
de CO* et de clivages prismatiques faciles dans ces deux minéraux, n'est 
pas justifié, car non seulement ils ont un signe optique opposé, mais encore 
une biréfringence très différente, due à la valeur bien plus faible du 
plus petit indice de réfraction dans la cancrinite (n g = 1,5214, n p = 
1,4955; **, — /*, = 0,0289). 

J'emploierai dans ce mémoire les deux termes davyne et microsommite 
pour distinguer les termes extrêmes de là série. Les données numériques 
d'une part, l'indépendance de la biréfringence et des variations de 
structure dans les cristaux de 1906, d'une autre, montrent en outre 
que l'opacité relative et l'éclat soyeux qui ont servi jadis à définir la 
cavolinite ne sont pas liés à une composition chimique particulière : je 
n'emploierai donc ce nom que par abréviation, pour désigner un faciès 
spécial que peuvent prendre tous les types de la série ; mais il est bien 
entendu que, dans les blocs de 1906, il s'agit uniquement d'une variété 
de microsommite : je n'ai trouvé en effet parmi eux que le type 
le plus biréfringent : on peut y distinguer les variétés suivantes : 

Cristaux transparents (microsommite). — 1° Cristaux petits, raccourcis 



84 A. LACROIX. 

suivant Taxe vertical, présentant les formes y;(0001), ih(1010), h l (l 120), 
A'(2130), b { (\Oi\ (i) et parfois A 1 /- (2021); 

2° Cristaux de la même forme, très allongés suivant Taxe vertical et 
atteignant 6 millimètres de longueur ; ils sont transparents, mais teintés 
de noir verdàtre par des inclusions d'augitc ; 

3° Cristaux aciculaires extrêmement grêles, identiques à la microsom- 
mite de 1872. 

Cristaux blancs, opaques, à éclat soyeux (cavolinite). — 1° Cristaux de 
la forme I, mais un peu plus allongés suivant Taxe vertical; 

5° Longs cristaux, généralement dépourvus de formes géométriques, 
possédant une structure fibreuse. 

La microsommite joue dans les blocs qui vont être étudiés plus loin 
le même rôle que la sodalite dans ceux à augite jaune. 

Pseudomorphoses de leucite. — L'une des caractéristiques de nos 
blocs réside dans la fréquence des transformations subies par leur leucite. 
La microsommite et la cavolinite, en effet, ne se présentent pas seule- 
ment en cristaux distincts, elles imprègnent aussi toute la roche et enfin 
constituent l'élément le plus fréquent des pseudomorphoses partielles 
ou totales de la leucite. Celles-ci sont souvent complexes ; quelquefois un 
seul cristal ou un grand nombre de cristaux enchevêtrés de microsommite 
remplacent le minéral (pi. IV, fig. 1 à 1) ; dans d'autres cas, la microsom- 
mite est accompagnée ou remplacée par de l'orthose souvent automorphe 
ou par des plagioclases (anorthite ou types de basicité variée généralement 
difficile à préciser à cause de leur petitesse) ; ces derniers se distinguent 
bien de ceux existant normalement dans la roche par l'irrégularité de 
leurs formes extérieures et aussi par la fréquence de la macle de la 
péricline. La pseudomorphose se produit quelquefois progressivement, 
à partir des bords (pi. VI, fig. 4) ; dans d'autres cas, les minéraux néogènes 
apparaissent en facules irrégulières ; enfin, assez souvent, ils s'isolent 
en cristaux nets dans de très petites druses, observables à la loupe au 
milieu des trapézoèdres de leucite. La structure originelle de la roche 
reste toujours très nette quand on l'examine en lumière naturelle ; on 

(1) La constance et le grand développement de cette pyramide sont très caractéristiques de ce 
minéral : mô'/- = 115° 47' et permettent de le distinguer à première vue de la néphéltne. 



_«_jt* m -f_3»j 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 85 

distingue alors nettement les trapézoèdres de leucite (pi. IV, fig. 1) ; mais 
elle devient confuse lorsqu'on observe les préparations microscopiques 
en lumière polarisée parallèle (pi. IV, fig. 2, 3 et 4, et pi. V, fig. 3). 

La microsommite est accompagnée par une augite de formes simples, 
aplatie ou non suivant h x selon les échantillons ; ce pyroxène est quelque- 
fois jaune et associé à de l'hématite ; le bloc passe alors au type étudié 
dans le précédent paragraphe. Plus souvent, le pyroxène est vert sombre; 
dans les fissures d'un bloc, j'ai rencontré des cristaux éclatants de cette 
couleur, ils ont 2 millimètres de longueur (wi, h\ b l *, rf ,/2 ). 

Blocs géodiques. — Les blocs de ce genre, quand ils appartiennent à 
la leucittéphrite du type I, ont toutes leurs cavités huileuses tapissées de 
cristaux; lorsqu'ils sont constitués par le type II, leurs géodes sont 
larges et irrégulières, très riches en cristaux. 

Leur caractéristique microscopique essentielle réside dans la transfor- 
mation de la leucite en microsommite, facile à pressentir à l'œil nu, grâce 
à la couleur d'un blanc de lait que prend le minéral épigénisé ; on observe 
aussi çà et là quelques paillettes de biotite néogène. Les cavités ren- 
ferment en cristaux nets : microsommite (variétés 1 et 3) ou cavolinite 
(variété 4), augite, magnétite ou hématite. Dans les leucittéphrites du 
type 11, la cavolinite, au lieu de former des cristaux isolés, présente très 
souvent des groupements à axes parallèles d'un grand nombre d'individus. 

Une mention spéciale doit être faite pour un échantillon de leucitté- 
phrite du type I, dont les cavités sont hérissées de longues aiguilles 
incolores de microsommite (type III), qui reposent sur une zone continue 
de mêlanite d'un brun rougeâtre, associé à un peu d'augite 8Pgyri- 
nique (1) ; ce grenat, jaune d'or en lames minces, se présenté en très 
petits cristaux (fl*/> 4 ), qui supportent des individus de plus grande taille 
et de couleur plus foncée ; c'est le seul cas de grenat néogène que j'ai 
observé parmi les blocs de 1906. Enfin il faut signaler dans quelques 



(1) Cet échantillon esl donc à comparer à celui de l'éruption de 1872, dont il est question 
page 79, avec cette réserve qu'il renferme dans ses druses des cristaux de microsommite posté- 
rieurs à ceux du grenat. 

Je n'ai pas observé parmi les blocs de 1906 ces cendres agglomérées, saupoudrées de petites 
aiguilles de microsommite, si légères que le moindre souffle les fait disparaître et qui ont été 
trouvées abondamment en 1872. 



86 A. LACROIX. 

géodes la fréquence de longues aiguilles de hornblende d'un brun jaune. 

Des blocs tout à fait identiques à ceux qui viennent d'être décrits se 
trouvaient parmi ceux des éruptions de 1872 et 1822. Dans lun de ceux 
de la dernière de ces éruptions (leucittéphrite type I, à grands éléments), 
que j'ai examinés, les minéraux géodiques sont formés par de la cavolinite, 
de la biotite et de petites aiguilles d'apatite; l'étude microscopique y 
révèle la présence de très grandes plages d'orthosc et de cavolinite, se 
développant à travers plusieurs cristaux de leucite, sans que rien dans 
l'aspect extérieur de la roche puisse les faire prévoir. Ces minéraux 
englobent par suite pœcilitiquement tous les éléments de la roche ; là 
où la leucite est abondante, il se forme ainsi de véritables petites sani- 
dinites, au milieu desquelles subsistent des îlots de leucite intacte (1). 

Leucittephrites à verre apparent. — J'ai indiqué page 12 l'existence de 
blocs de leucittephrites doléritiques renfermant des Ilots de verre obsi- 
diennique, dans lesquels on voit, à l'œil nu, des cristaux soyeux de 
cavolinite. Les cristaux automorphes de cavolinite sont implantés sur les 
minéraux bordant le verre (fig. 3, pi. VI) : ils ont été formés sans doute 
par la corrosion des uns et de l'autre, car on ne les voit jamais au milieu 
du verre lui-môme, loin de ses bords, et il est difficile d'admettre qu'ils 
aient cristallisé à la façon de la leucite qu'ils accompagnent. 

Leucittephrites à structure brêchifbrme. — Certains de ces blocs sont 
formés par du sable volcanique (petits lapilli et débris de cristaux d'au- 
gite), quia conservé son aspect originel, malgré les nombreux minéraux 
néogènes qu'il renferme; ils sont comparables aux cendres agglomérées 
de l'éruption de 1872, dont il a été question page 78 ; mais le pyroxène a 
gardé sa couleur verte normale, bien que ses cristaux ou fragments de cris- 
taux soient, eux aussi, glacés par un apport nouveau, également vert, de 

(I) Je ne ferai pas de catégorie spéciale pour quelques échantillons, dans lesquels la sodalile 
joue le même rôle que la microsommite dans les roches décrites ci-dessus; les associations miné- 
ralogiques y sont, à part cela, identiques. Un échantillon est cependant particulièrement 
remarquable; le plancher des géodes est formé par des cristaux jaunâtres (6'a 2 ; de sodalite, su" 
lesquels reposent de l'augile vert sombre, des aiguilles de hornblende, des cristaux ia l L x ) de 
magnétite; de grandes lames extrêmement minces de biotite (presque incolore avec teinte 
verdàtre), renfermant des inclusions d'hématite, traversent entièrement les géodes, aux parais 
desquelles elles tiennent par tous leurs bords : elles sont sensiblement uniaxes. En lin j'ai recueilli 
une leucittéphrite très scoriacée, qui ne contient, comme minéral drusique, que quelques 
cristaux de sodalite d'un blanc laiteux et de très rares aiguilles de hornblende. 



ÉTUDE DBS PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 87 

la morne substance. Les minéraux drusiques néogènes sont la leucile en 
cristaux peu distincts et la cavolinite enpetits prismes hexagonaux fortnets. 
Dans un bloc de ce genre, ayant la grosseur de la tète, il existe des cavités 
rempliesparunfeutragedctrèsfincsettrèslonguesaiguillesdehornblende. 
D'autres échantillons ont perdu leur structure originelle ; ils ont un 
aspect tufacé et sont le plus souvent très hétérogènes; tantôt leur couleur 
est uniforme, grise ou jaunâtre, tantôt elle est tachetée de vert sombre, 
par suite de la concentration locale d'augite. Tous sont caractérisés par 
le développement dans leur masse d'une quantité considérable de cristaux 
de microsommite ou de cavolinite simulant des phénocristaux ; ceux-ci 
sont quelquefois indistincts, ponctuant alors l'échantillon de taches 
blanches ; mais le plus souvent ils forment de longues baguettes (types III 
et VI), régulièrement distribuées, et atteignant o à 6 millimètres de 
longueur; elles sont comme incrustées dans des cavités qu'elles 
remplissent incomplètement, ce qui leur permet de prendre des formes 
géométriques nettes (pi. IV, fig. 5 et 6); mais le développement de leurs 
faces est fréquemment irrégulier. Dans les lames minces, ces cristaux se 
présentent sous forme de grands individus, dont les clivages prisma- 
tiques sont souvent répétés et fins; ils englobent pœcilitiquement (pi. V, 
fig. 6) les microlites et les phénocristaux d'augite (quelquefois bordés de 
jaune), et ils rappellent tout à fait par leur structure les cristaux de dipyre 
des roches de contact des Iherzolites des Pyrénées (1) ; ils se sont évidem- 
ment formés par corrosion des éléments blancs de la roche, dont ils ont 
englobé les minéraux anciens non détruits. Ces blocs paraissent, au moins 
en partie, résulter de la transformation de brèches, car on y rencontre 
englobés des lapilli ou môme de grands fragments anguleux de leucitté- 
phrites. Lorsque celles-ci appartiennent au type II, très compact, leurs con- 
tours sont extrêmement nets, leur surface est revêtue d'un grand nombre 
de cristaux de microsommite couchés à plat ; ces fragments ont, en général, 
assez bien résisté à la corrosion, mais leur leucite est plus ou moins trans- 
formée en microsommite. Quand au contraire ces restes de leucittéphrites 
appartiennent au type I, ils font généralement corps avec la pâte de la 

(1) A. Lacroix, Nouvelles Archives du Muséum, 3* série, t. VI, 1893, pi. Y 111 et X. 



88 A. LACROIX. 

brèche à laquelle ils passent insensiblement, et ils sont creusés de 
grandes cavitésbulleuses, que hérissent de petits prismes demicrosommite. 

Enfin, dans plusieurs échantillons, j'ai observé de nombreux cristaux 
néogènes de leucite, pressés les uns contre les autres et renfermant beau- 
coup de menus individus naissants de biotite et d'augite. 

Il me reste, en terminant, à m'occuper d'une catégorie nombreuse 
d'échantillons, formés par une brèche de fragments qui appartiennent à 
une môme leucittéphrite brune du type II, à cassure un peu résineuse. 
Les cavités polyédriques de cette brèche sont arrondies et agrandies par 
corrosion ; elles sont tapissées de nombreux cristaux néogènes ; ceux-ci 
transforment, de proche en proche, la roche en agrégats miarolitiques 
très cristallins, dans lesquels la structure primitive a disparu (pi. V, 
fig. 3). Ce sont de véritables enclaves exopolygènes en voie de formation ; 
elles sont constituées par les minéraux récents suivants : leucite (se 
distinguant même à l'œil nu de la leucite normale par une couleur d'un 
brun-cannelle, due à de petites inclusions d'augite et de biotite), micro- 
sommite ou plus souvent cavolinite, augite, biotite, olivinc, magnétite. 
Tous ces minéraux s'enveloppent mutuellement et forment le plus ordi- 
nairement des plages xénomorphes, sauf dans les géodes, où apparaissent 
leurs formes géométriques (pi. V, fig. 3) ; il y a lieu d'ajouter enfin à cette 
liste de minéraux néogènes l'anhydrite, postérieure à tous les autres 
éléments. Ces blocs sont les homologues de ceux qui ont été décrits plus 
haut, parmi les types à augite jaune d'or. 

c. Blocs à hornblende. 

Des blocs renfermant (1) dans leurs cavités non seulement des 
cristaux de cavolinite et d'augite, mais encore de longues et minces 
aiguilles de hornblende, d'un jaune brun, établissent le passage à ceux dont 
il est question ici et dans lesquels la hornblende n'est plus qu'exception- 
nellement accompagnée par la cavolinite. Ses satellites habituels sont la 

(1) Un de mes échantillons contient, à l'état microscopique, une biotite dans laquelle la macle 
des micas apparaît d'une façon exceptionnellement nette, grâce à une grande différence de pléo- 
chroïsme suivant n g (brun rouge foncé) et n m (rouge brunâtre). 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 89 

magnétite (a 1 ), l'anorthite, la leucite et plus rarement la biotite (1), 
De tous les minéraux des blocs de 1906, la hornblende est de beaucoup 
celui qui forme les plus beaux cristaux; j 1 ai débité un bloc dans les 
cavités et surtout dans les fissures duquel ce minéral se présente en 
cristaux allongés suivant Taxe vertical, atteignant l c,,l ,5 de longueur sur 
2 millimètres de largeur suivant b. Ils sont noirs, extrêmement éclatants, 
d'un brun verdàtre par transparence, lorsqu'ils sont suffisamment petits, 
ou même d'un jaune brun ; c est le cas pour des aiguilles capillaires enche- 
vêtrées, qui remplissent les cavités de certains blocs, à l'exclusion de 
cristaux plus gros. Dans la zone verticale, m (iiO) domine toujours 
beaucoup, associée parfois à h x (100), (f (010) et h 1 (310) : dans les poin- 
tements, e l (011) et «» (101) dominent; de petites faces e X!l , (121) ne 
sont pas rares ; les macles suivant h 1 sont assez fréquentes. Les grands 
cristaux des géodes sont parfois tordus, brisés et ressoudés. Le plan 
des axes optiques est compris dans g 1 (010); l'angle d'extinction dans 
cette face atteint 33° ; il est de 24° dans m (1 10). L'angle des axes optiques 
autour de la bissectrice aiguë positive est très grand. Les teintes de 
pléochroïsme sont les suivantes : n g = vert jaune, n m = jaune brun, 
n p = jaune pâle, avec généralement n m > ou = n g > n p . La biréfringence 
est peu considérable, n g — ^ = 0,014. 

Cette amphibole parait identique au type A des cristaux mesurés par 
M. Zambonini; ce savant a signalé en outre une autre amphibole (type B) 
formant de petits cristaux d'environ 2 millimètres (2) et présentant les 

(1) La collection du Muséum possède un échantillon de ce genre provenant de l'éruption 
de 1839, dans lequel la hornblende forme de grands cristaux déterminables, semblables à ceux 
étudiés ci-contre ; ils sont associés à de la sodalite en rhombododécaèdres, allongés suivant un 
axe ternaire ; c'est une leucittéphrite à grands éléments contenant de la biotite et dont la leucite 
est intacte. M. Zambonini a signalé des cristaux de sodalite dans les géodes qui lui ont fourni les 
cristaux de hornblende qu'il a décrits; je n'en ai pas rencontré de cristaux distincts dans mes 
échantillons: on a vu page 70 que les cristaux de hornblende des druses des leucittéphrites dolé- 
ritiques, au contraire, sont accompagnés de sodalite, qui est toujours associée à l'orthose. 

(2) Cette variété est associée à la sodalite dans des leucittéphrites peu altérées. 

M. Zambonini a déduit de ses nombreuses mesures les paramètres suivants pour les trois types 

d'amphibole qu'il a étudiés; ils sont rapportés à la forme primitive qu'il a adoptée, son p (001) 
correspondant à mon a* (101) et réciproquement. 

a : b : c zy 

Amphibole brun rouge 0,5494 : 1 : 0,2946 74° 38' 30' 

— noire type A. 0,5502 : 1 : 0,2942 74° 40' 

— noire type B 0,5474 : 1 : 0,2927 74' 48' 30' 

Nouvelles Archives du Muséum, 4° série. — IX. 1* 



w" 



k" 



90 A. LACROIX. 

combinaisons m, A 1 , g\ e\ 0, a\ e 1 , a \ r x s ; l'angle d'extinction dans g 1 
n'est que de 18° et l'absorption sensiblement égale suivant n g et // JB . 
M. Zambonini pense que l'amphibole A, à eause de son grand angle 
d'extinction et de son absorption un peu plus grande suivant n, H que 
suivant ;i y , doit être rapportée à la caiofbritr; cela dépend de la défini- 
tion que Ton donne à ce ternie. Pour ma part, je ne regarde pas ce minéral 
comme identique à la catoforite des roches sodiques, dont il ne possède 
exactement, ni les teintes de pléochroïsme, ni la forte dispersion, ni le 
faible écartement des axes. II me semble préférable d'en faire un type 
spécial de hornblende, qui parait assez répandu parmi les produits de 
fumerolles volcaniques en général. J'ai sacrifié une grande partie des 
cristaux de l'échantillon dont il a été question plus haut, et M. Pisani 
en a fait l'analyse suivante; la densité du minéral bien purifié est de 3, 18. 
Je donne en regard (/;) l'analyse d'une hornblende d'un noir verdàtre de 
la Somma faite récemment par MM. Penfield et Stanley (!) : il s'agit là de 
la hornblende des enclaves pneumatogènes : 

SiO*. TiO*. Al*O a . Fe 2 0\ FeO. MnO. MgO. CaO. NVO. K»0. 11*0. F 2 . 
a. 41,50 2,42 6,60 I2,:i2 5,30 n. d. 15,89 11,70 2,33 1,85 0,37 0,45=100,74 
6.39,48 0,30 12,99 7,25 10,73 1,00 11,47 12,01 1,70 2.39 0,76 0,05.-100,13 

La caractéristique de notre amphibole [2) réside dans sa haute teneur 
en TiO 2 et en Fe f 3 ; elle diffère à cet égard de la hornblende des enclaves 
de la Somma. Elle s'en distingue également par une teneur moitié moindre 
en A1 S 3 , une plus grande richesse en magnésie et des proportions inverses 
dans la teneur en K*0 et en Na*0, ce qui s'accorde bien avec les associa- 
tions minéralogiques de ces deux amphiboles. 

Si l'on considère l'eau comme basique et si l'on admet avec MM. Penfield 
et Stanley que la hornblende est un sel de l'acide métasilicique dans lequel 

Ces valeurs sont, comme on le voit, fort rapprochées les unes des autres, et il est peu probable 
que ces amphiboles soient différentes les unes des autres au point de vue chimique. 

(1) Amer. J. ofSc, XXIII, 1907, 131. 

(2) Les analyses suivantes, faites par vom Rai h sur l'amphibole brune (ci) et noire (6) des blocs 
de 1822, bien que incomplètes, montrent que leur composition est très certainement fort voisine de 
celle des cristaux de 1906 : 



SiO*. 


A1*0 3 . 


Fe'O 3 . 


MgO. 


CaO. 


Na'O. (diff.) 


a. 41,70 


8,30 


14,70 


16,50 


14,50 


4,30 = 100,00 


6. 41,70 


9,50 


17,70 


13,40 


13,40 


4,30 = 100,00 



ETUDE DES PRODUITS DE L'ERUPTION DU VESUVE. 91 

les métaux trivalents entrent sous la forme de radicaux (bivalents) conte- 
nant une certaine quantité de protoxydes, d'hydroxyle et de fluor, on peut 
représenter la composition ci-dessus par la formule : 

M[S:0 3 (AlH)(OII,Fj']4.VSiOW 

Après déduction des trois premiers termes de cette formule, le rap- 
port SiO 2 : IU) = 1 : 1.004, c'est-à-dire presque exactement celui (1:1) 
d'un métasilicate. 

Blocs gpodiques. — Les plus communs des blocs à hornblende sont à 
rapporter à une leucittéphrite du type I, à grandes vacuoles, à pâte com- 
pacte noire ou roupie par rubéfaction ; ces blocs sont monogènes, ou 
bien ils constituent des brèches, résultant de l'agglomération de petits 
lapilli anguleux de la même roche. L'examen microscopique fait voir que 
leur leucite n'est d'ordinaire que partiellement modifiée ; les produits de 
sa transformation sont plus souvent l'anorthite seule que la microsom- 
mite ; ces minéraux sont fréquemment associés. Les beaux cristaux 
drusiques de hornblende, accompagnés demagnétite, moins souvent d'hé- 
matite et de lamelles de biotite, reposent sur une couche continue de 
minéraux blancs (leucite ou anorthite seules ou réunies) à facettes miroi- 
tantes, mais fréquemment indéterminables à cause de la petitesse et de 
l'enchevêtrement de leurs cristaux ; seul le mieroscope permet alors des 
déterminations précises. Il faut toutefois faire exception pour un bloc 
fort riche en cristaux nets de leucite (biréfringente) : ce sont des 
trapézoèdres (avec petites facettes //) à faces irrégulières et courbes, 
décelant les macles intérieures grâce à leurs stries : leur développement 
cristallographique est très souvent irrégulier. Ces cristaux translucides 
ou d'un blanc de lait supportent de jolis octaèdres de magnétite, des 
cristaux indistincts d'augite, des prismes raccourcis de hornblende et 
de très nombreux cristaux de sphme d'un jaune de miel [d lf * (dominant), 
///, h\ d [/i j o*, etc.]: ils sont quelquefois implantés sur la hornblende. 
Des essais microchimiques ont montré que cette leucite est riche en 
sodium. 

Dans les lames minces, la leucite récente se distingue, grâce à sa 
limpidité, des cristaux magmatiques du même minéral, toujours plus ou 



92 A. LACROIX. 

moins transformés ; ils renferment à leur partie centrale des cristallites ou 
des grains d'augile, de la biotite et des inclusions vitreuses à bulle ; leur 
périphérie est presque toujours libre d'inclusions. Les plagioclases 
néogènes constituent des cristaux trapus, montrant les macles de Talbite 
et de la péricline ; celte dernière macle, qui est fréquente aussi dans le 
feldspath épigénisant la leucite, manque par contre dans les plagioclases 
normaux. La pâte de la plupart des échantillons est pailletée de très 
petites lamelles de biotite. 

Quand les leucittéphrites sont plus corrodées encore, elles se trans- 
forment progressivement en agrégats holocristallins, caverneux etmiaro- 
litiques, fragiles, friables, dans lesquels la hornblende est associée soit à 
de l'anorthite, soit à de la leucite et souvent aux deux, avec d'ordinaire un 
peu d'augitc. La cristallisation de ces minéraux est contemporaine ; ils se 
moulent ou s'englobent mutuellement ; lorsque le feldspath est enveloppé 
par la hornblende, il lui arrive de s'aplatir, et l'association des deux mi- 
néraux devient ophitique. i/a et là, s'observent aussi de petits nodules, 
uniquement formés par de la hornblende au centre et de la biotite à 
la périphérie. En moyenne, les minéraux blancs dominent sur la horn- 
blende dans ces roches friables, dont les cavités renferment aussi l'am- 
phibole sous forme de cristaux nets, mais de petite taille. 

Ces agrégats holocristallins se forment de préférence aux dépens des 
brèches de petits lapilli, qui, par leur structure, se prêtent mieux à une 
imbibition que les roches compactes. 

Agrégats miarolitiques . — Ces roches conduisent par diverses étapes 
à des blocs miarolitiques à gros grains, se rencontrant parfois indépen- 
dants de toute roche volcanique. Les minéraux ferrugineux y dominent 
[hornblende en baguettes atteignant 5 millimètres de longueur, avec un 
peu d'augite (1 ) et de biotite]. Ils sont piquetés de grains blancs, couverts 
de facettes difficilement déterminables. Au microscope, on peut, avec 
quelque patience, y trouver des trapézoèdres de leucite; mais leur 
enchevêtrement avec l'anorthite est tel que les formes régulières sont 

(1) Cette augile récente, de même que l'ancienne, est souvent bordée de jaune, mais sans que 
les propriétés optiques de cette zone plus colorée soient aussi modifiées que dans les blocs à augite 
jaune d'or. 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 93 

exceptionnelles. En brisant un bloc de ce genre, j'ai rencontré des frag- 
ments de leucittéphrite imparfaitement transformée. 

("es roches à grands éléments constituent un nouvel exemple d'enclaves 
exopolygènes, analogues à celles qui ont été décrites plus haut. Elles 
pourraient être confondues avec des enclaves homœogènes, si Ton ne 
tenait pas compte des types précédents qui éclairent leur genèse. 

Blocs devenus poreux. — Enfin, pour terminer, je signalerai un échan- 
tillon de leucittéphrite du type II, qui, à Tune de ses extrémités, a perdu sa 
couleur noire et sa compacité pour devenir gris et poreux, sans que ses 
phénocristaux d'augite se soient modifiés ; la pâte des portions compactes 
est formée de leucite et de bytownite, avec un peu d'augite et beaucoup de 
petits grains de magnétite. La partie poreuse est caractérisée par la dis- 
parition de cette magnétite et la recristallisation de tous les éléments 
normaux, en plus grands individus, associés à un peu de hornblende (1). 
^■es cavités microscopiques sont souvent bordées par de la leucite limpide, 
qui prend alors des formes géométriques. 

Leucittéphrites à verre apparent. — Je n'ai rencontré qu'un seul exemple 
d'une leucittéphrite (àaugite) rubéfiée, riche en cavités globulaires recou- 
vertes d'un épais enduit de verre noir. Quelques-unes de ces cavités 
renferment de jolis cristaux de hornblende implantés sur le verre ; les 
uns, raccourcis, sont riches en faces: m, h\ g\ e\e î,2 j a l y 0, a À \ les autres, 
très allongés, sont le plus souvent attachés par leurs deux extrémités aux 
parois des géodes et ne présentent que les faces m et h 1 . 

3° Conclusions a tirer de l'étude des blocs métamorphiques de 1906 

et des fentes a cristaux de la lave de 1631. 

La composition minéralogique des blocs modifiés rejetés par les grands 
paroxysmeset les phénomènes d'autopneumatolyse de la lave de 1631 étant 
connus, il est possible d'en tirer quelques conclusions d'ordre général. 

Existence de deux régimes différents. — On a pu constater, dans les 
résultats exposés plus haut, deux régimes distincts. Dans les druses rem- 

(1) La roche noire, scoriacée, de l'éruption de 1850, qui sert de gangue à de petites aiguilles de 
hornblende, est imprégnée par ce minéral; mais sa leucite est intacte. 



04 A. LACROIX. 

plies par autopneumatolyse, dans les blocs à hornblende et à microsotnmite, 
le fer non silicate existe surtout sous laformedemagnétite et plus rarement 
sous celle d'hématite ; Taugite est de coloration verte. Dans les blocs à 
augite jaune, dans les roches modifiées par les fumerolles du Fosso di 
Cancherone, au contraire, le pyroxène appartient à F augite œgyrinique 
ou à Tsegyrine jaune d'or; le pyroxène ancien prend cette même couleur; 
enfin l'hématite est extrêmement abondante, à l'exclusion de la magnélite. 
La biotite, la hornblende présentent d'ailleurs aussi des changements 
de coloration. Dans le premier cas, le métamorphisme s'est effectué dans 
un milieu très oxydant; dans le second, au contraire, l'oxydation a été 
moins intense (1). 

Des phénomènes d'oxydation de ce genre sont connus dans d'autres 
centres volcaniques, au milieu de roches modifiées par des fumerolles. 
A cet égard, une variété de shonkinite du Katzenbuckel (Odenwald) est 
instructive ; l'augite verte normale y est devenue d'un beau jaune d'or, son 
extinction est passée de 38° à 70° ; les deux analyses suivantes, dues à 
M. Lattermann, montrent de quelle nature est la transformation subie (2) : 

a. augite verte ; b. augite jaune d'or : 

SiO*. TiO 2 . Àl'O*. Fe 2 3 . FeO. MnO. MgO. CaO. Na 2 0. K 2 0. 

a. 52,57 2,18 1,33 5,86 3,23 0,15 12,30 18,49 3,80 1,03 = 101,00 

b. 52,20 3,12 2,36 8,51 — 0,12 12,83 18,42 2,56 0,78 = 100,90 

La plus grande abondance d'alcalis dans le pyroxène vert tient à l'exis- 
tence d'une petite quantité d'œgyrine dans la roche d'où il a été extrait, 
alors que ce minéral manque dans les roches modifiées ; ces analyses ne 
doivent donc être considérées que comme indiquant la marche générale 
du phénomène et comme prouvant que la coloration jaune est essentiel- 
lement due à la transformation de l'oxyde ferreux en oxyde ferrique (3). 

(1) 11 me paraît assez vraisemblable que, dans le cône vésuvien, les roches à pyroxène jaune d'or 
occupent une position plus rapprochée de la cheminée souterraine que les types riches en magné - 
tite : les fumerolles du Fosso di Cancherone montrent que les phénomènes de cet ordre peuvent 
se produire au voisinage de la surface. 

(2) VV. Freudenberg, Géologie und Pétrographie des Katzenbuckels (Mitth. Grossh. Bad. geol. Lan- 
de&anst., t. V, Heft 1, 1906, p. 81). Dans cette roche, en outre, l'ilménite est transformée en pseudo- 
brookite. 

(3) Réduit à une oxydation, le phénomène est donc identique à celui qui transforme 
la hornblende verte de beaucoup de roches volcaniques en hornblende d'un brun rouge, 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. Itô 

Les propriétés optiques des pyroxènes vésuviens jaunes ne laissent aucun 
doute sur leur enrichissement en sodium, qui est en outre rendu vraisem- 
blable par leur association constante à de la sodalite de formation 
contemporaine. 

Les observations faites sur les blocs à pyroxène jaune et sur les 
roches du Fosso di Cancherone apportent une confirmation à l'interpré- 
tation du sperone du Latium, proposée déjà par M. Struever (1) et par 
M. Sabatini (2). On sait que ce nom local a été donné à une leucitite 
jaune, poreuse, âpre au toucher, souvent piquetée de petites facettes cris- 
tallines, dans laquelle on distingue parfois des rhombododécaèdres nets 
demëlanite. Cette roche fut considérée pendant longtemps comme un type 
pétrographique spécial (c'est la tusculite de Cordier) ; en réalité, elle 
résulte de la transformation, dont on peut suivre les diverses étapes, de 
la leucitite noire compacte, qui est la roche normale du volcan laziale. 
M. Sabatini a montré notamment qu'elle est localisée au voisinage des 
points de sortie des coulées, et que c'est surtout sur les bords du cratère 
du Monte Albano qu'elle se trouve en grandes masses. 

L'examen microscopique fait voir que, comme dans certains blocs du 
Vésuve et du Fosso di Cancherone, non seulement l'augite verte s'est 
transformée progressivement en augite epgyrinique et même en rcgyrine 
jaune d'or (/i p e-=6îi à 85°), mais encore que la magnétite a disparu plus 
ou moins totalement ; et enfin il s'est produit souvent du mélanite de 
même couleur que le pyroxène. M. Sabatini signale aussi la disparition 

et peut être facilement imité dans les laboratoires ; mais si pour ce minéral l'oxydation a 
pour résultat d'augmenter la biréfringence comme dans notre augite, elle diminue son angle d'ex- 
tinction au lieu de l'augmenter. On a vu plus haut qu'au Vésuve la hornblende des blocs oxydés 
a une couleur spéciale, mais ni sa biréfringence, ni son extinction maxima ne sont modiliées; il 
ne s'agit donc pas d'une oxydation secondaire comme dans le cas précédent. En chauffant les di- 
vers types de hornblende rouge ou brune, M. Zambonini est arrivé à les transformer en un 
type uniforme à angles d'extinction plus faibles. 

(1) Atti R. Accad. Lincci, t. 1, 3 déc. 4876. 

(2) 1 Vulcani dell' Italia centrale : 1. Vulcano laziale (Mcm. Carta geol. (Malia, t. X, 1900, p. lïiO 
et 163). Dans ce mémoire, l'auteur a donné de nombreuses analyses de sperone ; elles ne sont 
malheureusement pas utilisables pour la discussion complète de la question posée ici; les unes, 
en effet, dues à vom Rath ou à M. Aichino, sont plus riches en Na 2 que la leucitite normale, ce 
qui est conforme à l'hypothèse adoptée ; mais le fer y est donné uniquement sous la forme 
(calculée) de FeO; inversement, dans les autres, dues à M. Mauro, l'état d'oxydation du fer a été 
déterminé et, conformément à notre hypothèse, le Fe 2 3 y domine considérablement sur le 
FeO, mais la teneur en Na 2 est plus faible que dans la roche normale, ce qui est contradictoire 
avec les résultats des autres auteurs. 



06 A. LACROIX. 

do la mélilite, de la biotito et de la néphéline. Dans les échantillons que 
j'ai recueillis à Rocca di Papa et au Monte Cavo, ainsi que dans ceux de 
Tusculum, rapportés jadis au Muséum par Cordier, la biotite et la néphé- 
line au contraire abondent, et, par analogie avec ce qui a été vu plus haut 
dans les blocs du Vésuve, je n'hésite pas à considérer ces minéraux comme 
d'origine néogène (1) et comme formés par le même mécanisme ; ils en- 
globent d'ailleurs pœcilitiquement le mélanite, qui, lui, est incontes- 
tablement de formation récente. J'ai signalé déjà plus haut l'analogie de 
certains blocs à structure eutaxitique de 1906 avec le sperone. 

Instabilité de la leucite. — Les blocs étudiés nous fournissent de nom- 
breuses preuves de l'instabilité de la leucite en présence des émana- 
tions du magma ; je viens de décrire toute une série de types variés de 
pseudomorphoses de ce minéral : 1° Transformation en orthose et en 
néphéline (ou sodalite) ; elle se présente dans la lave de 1631, comme 
résultat d'autopneumatolyse, et dans les blocs doléritiques de i906, où 
elle a peut-être la même origine. Cette transformation est la plus 
simple de toutes, car elle n'exige pas d'autre changement chimique que 
la substitution du sodium à une partie de potassium dans le- dernier terme 
du second membre de l'équation suivante (pour plus de simplicité, j'ai 
supposé la néphéline comme ayant exactement la composition d'un ortho- 
silicate, ce qui n'est pas rigoureusement vrai) : 

2 [( Si0 3 ) 2 AlK] = Si 3 8 AlK -+- SiO'AlK. 

Loucite. OrthOM*. Néphéline. 

Dans le cas de formation de sodalite, il y a en outre fixation de NaCl. 
Lorsqu'il s'agit d'une altération sur place de cristaux de leucite, le 

(1) On peut encore appuyer cette opinion sur la fréquence dans les leucitites du Lalium (Acqua- 
cetosa, Rocca di Papa, Nemi, etc.) de druses tapissées de jolis cristaux de néphéline d'origine 
pneumatoly tique. Le gisement le plus célèbre à cet égard est celui de Capo di Bove : les druses y 
renferment : néphéline, augite, mélilite, leucite, apatite, en bons cristaux, breislakite. La méli- 
lite et le pyroxène qui l'accompagne sont souvent colorés en jaune d'or, en lames minces, et la 
mélilite, elle-même jaune, parait plus abondante dans la roche au voisinage de ces druses qu'ail- 
leurs : n'y serait-elle pas toujours d'origine pneumalolytique ? 

M. Busz a décrit (Zeitschr. f. Kryst., Bd. XIX, 1891, p. 247) des druses de la leucitite du Krufter 
Ofen (LacdeLaach) avec cristaux d'hématite, de néphéline, d'olivine(p, o\h\e\ e'^e 1 / 3 , g 2 , a 1 , 
6 ,/2 , etc.), de hornblende, de magnétite, venant parfois se former sur le cadavre de cristaux an- 
ciens d'augite et d'amphibole en partie fondus ; le même auteur a observé des aiguilles de rutile, 
régulièrement orientées sur l'hématite comme dans Ytiscnrose. M. Seligmann m'a obligeamment 
communiqué des lames d'hématite de ce gisement, qui supportent des cristaux d'augite jaune d'or. 



\ 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE* 97 

feldspathoïde ne reste pas toujours associé à l'orthose; il va parfois se 
déposer plus loin, laissant ainsi la pseudomorphose uniquement constituée 
par de l'orthose. Tel est le cas souvent réalisé dans des blocs de la 
Somma, dont les grosses leucites sont transformées en géodes (pi. X, 
fig. 2 et 3), que tapissent des cristaux nets d'orthose, avec ou sans 
néphéline; ce sont ces pseudomorphoses qui ont été décrites depuis 
longtemps (1) ; je montrerai dans le chapitre VI la signification des roches 
spéciales qui les renferment. Quand le phénomène s'est effectué dans une 
fente où la circulation était facile, ces minéraux néogènes sont mélangés 
à d'autres, provenant de réactions plus complexes. 

2° Un cas moins simple de pseudomorphose est celui dans lequel la 
leucite est transformée en microsommite ; on a vu plus haut que ce 
minéral a une composition complexe; dans ce cas, il y a nécessairement 
apport de sodium, de calcium, de chlore et d'anhydride sulfurique, en 
même temps que modification dans la teneur en silicium et en alumi- 
nium et disparition d'une partie du potassium. 

3° Dans la transformation en plagioclases variés et en particulier en anor- 
thite, ily a également modification chimique. Ce type de pseudomorphose, 
si fréquent dans certains des blocs de l'éruption récente, est intéressant 
pour l'interprétation des transformations du même ordre signalées par 
M. V. Sabatini (2) dans les leucitites du Latium et par M. Viola (3) dans 
celles du pays Hernique. Dans ces deux régions, la leucite est pseudomor- 
phisée en une série feldspathique pouvant aller de l'oligoclase jusqu'à 
l'anorthite. M. Viola a fait remarquer que la modification est accompagnée 
de la disparition des inclusions d'augite de la leucite et que, par suite, celles- 
ci ont dû fournir une partie de la chaux nécessaire à la transformation. 

M. Sabatini considère ce phénomène comme une altération secondaire 
produite par une circulation d'eau calcosodique ; mes observations 
sur le Vésuve démontrent qu'il peut résulter d'actions peumatolytiques 
immédiates. L'existence d'amphibole secondaire observée dans certains 

(1) A. Scacchi, Leiioni di Geologia, Napoli, 4843, p. 471, et BolL Corn. geol. ital., 4873, p. 483. — 
Haidinger, Sitzb. Ak. Wien, 4849, Heft III. — Blum, Pseudom., t. Il, 1852, p. 23, et t. 111, 4863, p. 64. 
— Rammelsberg, Pogg. Ann., t. XCV1U, 4856, p. 454. — E. Scacchi, Rend. R. Accad.Sc. Napoli, 4885. 

(2) I Vulcani dell' ltalia centrale : I. Vulcano laziale (op. cit., 155). 

(3) Neues Jahrb., 4899, t. 1, p. 131. 

Nouvklles Archives du Muséum, 4 e série. — IX. 13 



98 A. LACROIX. 

cas par mon savant ami vient encore à l'appui de cette opinion (1). 

La formation de leucite néogène parmi nos blocs métamorphiques 
paraît contradictoire avec l'instabilité de ce minéral, mise en évidence 
par les observations précédentes; mais il faut remarquer qu'elle est 
elle-même bien peu stable, puisqu'on voit très fréquemment se former 
à ses dépens de la sodalitc, de l'orthose, de la microsommite et de Tanor- 
thite. Ce fait est à rapprocher de ce qui s'observe dans les roches filo- 
niennes microgrenues à leucite, dans lesquelles la leucite a pu se former 
en cristaux de grande taille, possédant des formes géométriques, mais n'a 
pu se maintenir, car actuellement ceux-ci ne se rencontrent plus qu'en- 
tièrement transformés suivant le premier des modes indiqués plus haut. 
Il est vraisemblable que notre leucite néogène a été formée au voisinage 
de la limite extrême de stabilité de ce minéral, de telle sorte que de 
petites variations des conditions chimiques et physiques (température?) 
du milieu ont été souvent suffisantes pour amener sa destruction (2). 

L'étude des blocs rejetés par l'éruption récente nous apporte donc 
des documents très importants sur l'histoire des magmas leucitiques ; ils 
viennent compléter les données sur ce sujet fournies par les tufs de la 
Somma. La leucite se forme avec la plus grande facilité par voie de fusion 
purement ignée dans un magria en voie d'épanchement de composition 
convenable ; mais il semble qu'elle ne puisse cristalliser en grande profon- 
deur, là où les minéralisateurs agissent sous pression ; le magma laisse 
cristalliser dans ces conditions, non pas de la leucite et de Taugite, mais 
diverses associations minérales et en particulier celle d'orthose, d'oli- 
vine (3) et de biotite, constituant certaines des sommaïtes, dont il va être 
question dans le chapitre VI. Quand la leucite a pu prendre naissance, 



(1) On voit donc que les leucitites du Latium présentent deux des particularités des blocs du 
Vésuve : la transformation en sperone et la pseudomorphose de la leucite en feldspaths. On ne 
les y observe pas dans les mêmes roches, de même qu'au Vésuve elles sont souvent réalisées 
dans des blocs distincts. 

(2) La même observation peut être faite au sujet du remplissage des druses des leucitites du 
Latium : la néphéline s'y forme d'une façon très générale par voie pneumatolytique aux dépens 
de la leucite magmatique; mais on trouve parfois aussi (Capo di Bove) des cristaux drusiques de 
leucite, eux-mêmes souvent recouverts de néphéline : ce dernier minéral joue donc dans ces roches 
le même rôle que la microsommite au Vésuve. 

(3) (SiO^AlK -h 2 [SiO a (Mg, Fe) = SiH)«ÀlK -hSiO'(Mg, Fe)*. 

leucite. Pyroxène, Orthose. Qlivine, 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 99 

grâce à dos conditions favorables, elle ne peut se maintenir, même près 
de la surface, en présence des agents volatils émanés du magma. 

Ces conditions restrictives expliquent à la fois l'inexistence de roches 
à leucite grenues de grande profondeur (1) et la destruction si fréquente 
de la leucite dans de nombreuses roches anciennes ou récentes, sans 
qu'il soit nécessaire de faire intervenir pour l'expliquer la faible résis- 
tance de ce minéral à l'action des agents atmosphériques. 

Phénomènes (V imprégnation. — On a vu comment la corrosion des 
blocs se poursuit à partir des fentes et des cavités et comment souvent les 
minéraux qui tapissent les druses imprègnent toute la roche. Une mention 
spéciale à cet égard est due à la hornblende et surtout à la biotite ; elles 
ne se forment pas, comme les minéraux blancs néogènes, sur le cadavre 
d'un cristal ancien; elles remplissent tous les pores microscopiques de 
la roche, l'imbibent complètement et y simulent un élément normal. En 
présence des lames minces contenant cette biotite, il est impossible de 
ne pas penser à la structure de la muscovite des roches granitiques, 
muscovitc qui y est le dernier élément formé et qui a pu s'y produire par 
un phénomène d'autopneumatolyse analogue, sans que l'unité structu- 
relle de la roche ait été détruite. 

De même, les plages d'orthose et de microsommite se développant 
dans les pores miarolitiques des leucittéphrites doléritiques rappellent la 
disposition de l'orthose et des micropegmatites de quartz et de feldspaths 
acides qui remplissent les cavités intersertales de tant de diabascs et 
exceptionnellement de certains basaltes doléritiques (2). 

Ces observations me semblent fort intéressantes en ce qu'elles montrent 
la généralité des remarques que j'ai faites au sujet de la production du 
quartz dans la pâte des andésites de la Montagne Pelée, après la cessation 

(1) L&missourite, qui trouve son équivalent dans certaines enclaves homœogènes du Latium, 
est une roche intrusive peu profonde. 

(2) Je fais ici allusion au basalte doîéri tique du H af ne fjord (Islande), dont Forshammer avait 
considéré le labrador comme constituant un feldspath spécial (hafncfjordite) ; cetle roche à grands 
éléments est mi-ophitique, mi-intersertale; ses cavités renferment non seulement des cristaux 
libres de feldspaths, mais encore des cristaux de fayalite [g 1 , g*, à 1 , a},e x ' 2 , 6* /2 , e a ). J'ai examiné un 
grand nombre d'échantillons, recueillis par Des Cloizeaux en 1846, et j'y ai vu par places, dans les 
intervalles interserlaux, une micropegmatite extrêmement fine de quartz et d'un feldspath non 
maclé, qui semble être de l'orthose. Dans de nombreuses géodes, il existe, associées à la fayalite, 
des rosettes de lamelles de tridymite. 



100 A. LACROIX. 

de l'activité paroxysmale de ce volcan. 11 y a lieu, dans bien des cas sans 
doute, de distinguer dans la formation des roches éruptives des modes suc- 
cessifs, là où l'on a coutume de voir une unité de conditions de cristal- 
lisation. Les actions pneumatolytiques, dont on ne peut nier l'influence 
considérable dans la consolidation en profondeur des magmas, viennent 
parfois faire sentir à nouveau leur action au voisinage de la surface, au 
cours de la solidification définitive du magma ou après celle-ci, super- 
posant ainsi aux minéraux formés par fusion purement ignée ceux qui sont 
caractéristiques des cristallisations profondes des mêmes magmas (1). 

Phénomènes de corrosion profonde et production de roches holocristal- 
lines grenues. — L'intense corrosion de beaucoup de nos blocs et les 
recristallisations conduisant à la production de roches holocristallines gre- 
nues, qui renferment des minéraux minéralisateurs, tels que le chlore, 
le fluor, l'hydroxyle ou l'anhydride sulfurique, ne nous donne pas seu- 
lement la clé de la formation de certaines enclaves endopolygénes que 
l'on pourrait être tenté de prendre pour des enclaves homœogèncs d'ori- 
gine magmatique. Elle suggère aussi une comparaison avec certains des 
phénomènes pi ésentés parfois par les magmas granitiques ; je veux parler 
des greisen, des phénomènes de tourmalinisation des contacts granitiques 
de TEzgebirge et du Cornwall (luxulianite), de topazisation de Schnecken- 
stein, (Vaxinitisation (limurite) des Pyrénées, qui s'observent aussi bien 
dans le granité lui-même que dans les roches qu'il touche. 

Les minéraux des calcaires dmsiques. — Si l'on compare la liste des 
minéraux drusiques des calcaires métamorphiques de la Somma, donnée 
page 56, et celle des minéraux néogènes des blocs de 1906, on constate 
qu'il existe un certain nombre d'espèces qui leur sont communes ; on ne 
peut manquer, en outre, d'être frappé de ce que ce sont précisément 
celles qui renferment des alcalis, du chlore, du fluor, de l'hydroxyle 
ou de l'anhydride sulfurique. On est donc conduit à penser qu'une partie 
au moins des éléments de ces minéraux ont été émanés du magma, soit 

(1) La biotite existe parfois dans les andésites du Mont-Dore. Abondante à l'état de phéno- 
cristaux ou de microlites dans les blocs projetés et dans les filons, elle est toujours plus ou 
moins résorbée dans les grandes coulées, où on ne la trouve qu'à l'état de moules, formés par de 
la magnétite et de l'augite ; mais elle réapparaît parfois dans les pores des roches de ces mêmes 
coulées; elle y est alors formée par autopneumatolyse. 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 101 

par volatilisation directe, soit par entraînement par les produits réelle- 
ment volatils. J'ai considéré jadis (1) ces produits volatils ou transpor- 
tables comme les agents effectifs de la corrosion et du métamorphisme de 
ces calcaires, et comme s'étant ensuite condensés sur les parois de ces 
derniers. C'est ainsi que je m'explique la formation de ces sanidinites 
extrêmement miarolitiques, qui se distinguent par leur structure et aussi 
par leur composition des sanidinites homœogènes. Ces roches sont en 
partie formées par des cristaux de sanidine, aplatis suivant g ! , enchevêtrés, 
laissant ainsi entre eux des vides miarolitiques, qui sont tantôt remplis 
complètement, tantôt seulement tapissés par de beaux cristaux de soda- 
lite, de néphéline, parfois de davyne ou de cavolinite, de hornblende, etc. 

Ces associations minérales rappellent d'une façon frappante à tous 
égards les agrégats cristallins de plus petites dimensions qui remplissent 
les cavités de corrosion des leucittéphrites doléritiques. Les minéraux 
colorés, qui les accompagnent, résultent, au moins en partie, de l'attaque 
de la paroi ; mais, comme ici celle-ci est calcaire, on s'explique que la 
plus grande partie d'entre eux : grossulaire, idocrase, wollastonite, etc., 
soient essentiellement calciques et par suite spéciaux à ce genre de 
gisement et qu'un petit nombre d'entre eux seulement, le mélanite par 
exemple, leur soient communs avec les druses des leucittéphrites. 

Comparaison avec les pegmatites et les aplites des roches de profondeur. 
— Au point de vue génétique, les agrégats cristallins, formés par auto- 
pneumatolyse dans la lave de 1631 et ceux des blocs de 1906 qui leur sont 
comparables, doivent être considérés comme le strict équivalent des 
pegmatites et des aplites des roches de profondeur. Comme celles-ci, 
ils sont essentiellement constitués par des minéraux blancs, et ils 
renferment fréquemment des minéraux qui n'existent pas normalement 
dans la roche ambiante et qui se sont produits sous l'influence d'agents 
volatils : leur sodalite, leur microsommite, sont les homologues des 
minéraux à minéralisateurs, tels que la muscovite, la tourmaline, etc., 
des roches anciennes. Cette comparaison peut se soutenir non seulement 
au point de vue minéralogique, mais encore au point de vue de la struc- 

(1) Les enclaves des roches volcaniques, 1893, p. 316. 



*02 . A. LACROIX. 

ture et du mode de gisement. Comme cela arrive si souvent dans les 
veines pegmaliques, il y a intrication des minéraux de remplissage des 
fentes et de ceux de la roche éruptive, quand bien même la composition 
minéralogique de celle-ci est différente. Les pegmatites ne forment pas 
toujours des filons distincts; souvent aussi on les trouve en traînées, sous 
forme de taches, d'amandes, que rappellent les irrégularités des rem- 
plissages de fissures ou de cavités, que l'on voit en petit dans la roche 
de 1631 et dans les blocs de 1906. 

La veinule d'orthose, sodalite, etc., traversant une leucittéphrite dolé- 
ritique, qui est représentée par la figure 1 de la planche V, m'a rappelé 
d'une façon frappante ces veinules iïaplite nêphéliniqae, de quelques 
millimètres ou de quelques centimètres d'épaisseur, qui traversent les 
essexites et les gabbros nèphêliniques de Madagascar, du Brésil, etc. 

Quant au remplissage des druses des calcaires par des agrégats hole- 
cristallins, il trouve son équivalent dans certaines roches des contacts 
pyrénéens, et j'ai relevé déjà cette analogie. J'ai montré (1) en effet 
comment, au sud d'Ax (Ariège), les calcaires marmoréens à grenat 
métamorphisés par un granité devenu plus basique à leur contact sont 
traversés par un réseau d'innombrables filonnets d'aplite ou de pegma- 
tite, se terminant souvent par des cavités à cristaux. Ils sont con- 
stitués par un mélange de quartz et de microcline, auxquels viennent 
s'ajouter souvent du diopside, du yrossulairr, de la wol/astonitr, dans 
lesquels je vois l'équivalent des minéraux calciques des sanidinites 
pneumatogènes de la Somma. Ces filonnets partent brusquement du 
granité endomorphisé qu'ils ne traversent pas, et il n'est guère possible 
de les concevoir autrement que formés par une action pneumatoly tique. 

Comment n'être pas frappé par l'harmonieux parallélisme de ces 
phénomènes réalisés en grand dans les massifs de profondeur et de 
ceux que nous révèle l'étude intime de ces matériaux du Vésuve et de 
la Somma. Malgré leurs dimensions réduites, ces derniers contribuent 
à démontrer cette continuité existant entre les phénomènes superficiels 
et ceux qui caractérisent les cristallisations s'eflectuant à de grandes 

(1) Le granile des Pyrénées (Bull. Cart. geol. France, n° 71, 1900, p. il). 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE 103 

profondeurs, continuité dont j'ai parlé au début de ce mémoire. 

Mécanisme de transformation. — Quel est maintenant le mécanisme 
exact de toutes ces transformations? On peut affirmer qu'elles se sont 
produites à haute température, mais cependant à une température infé- 
rieure à celle de la fusion du plus fusible des éléments des roches qui les 
présentent. Les détails minéralogiques donnés plus haut montrent qu'il 
faut abandonner d'une façon complète l'idée de A. Scacchi et de vom Rath, 
qui considéraient tous ces minéraux néogènes comme le résultat d'une 
véritable sublimation. On a vu, en effet, comment ils naissent sur place, 
parfois par corrosion d'un minéral déterminé; il est incontestable qu'il y 
a eu des apports de matières étrangères et des transports, mais ceux-ci 
n'ont jamais été que partiels. 

Les minéraux néogènes renferment du chlore (sodalite, microsom- 
mite), du fluor ou de l'hydroxyle (biotite, hornblende), de l'anhydride 
sulfurique (microsommite, anhydrite). 

D'autre part, tous ces blocs, sans exception, sont encore imprégnés 
de chlorures (potassium, sodium, calcium, magnésium) et de sulfates 
solubles. J'ai décrit ailleurs (1) un bloc aux dimensions colossales qui ren- 
fermait d'admirables cristaux de sylvite et de halite, associés à un chlorure 
de potassium, de sodium et de manganèse (chloromanganokalite) , à de 
petites quantités de chlorures de calcium, de magnésium et à des sulfates. 
On sait, d'autre part, par les analyses de A. Scacchi, que les fluorures 
existent en petite quantité parmi les produits des fumerolles du même 
volcan. 

On a vu plus haut comment, depuis 1875, le magma fondu existait en 
permanence dans le cône vésuvien, puisque des coulées de laves s'épan- 
chaient presque constamment d'ouvertures voisines de son sommet. Non 
seulement ce magma apportait de la chaleur aux matériaux voisins des 
canaux souterrains, mais encore il émanait à haute température tous les 
sels qui sont mis en évidence par l'étude des fumerolles; il n'est pas témé- 
raire de se baser sur ces faits pour arriver à une explication des phéno- 
mènes métamorphiques qui nous occupent (Voy. page 122). 

(1) Comptes Rendus, CXL1I, 1906, 1249. 



«04 A. LACROIX. 

Il est donc bien vraisemblable que ces sels et particulièrement ces sels 
alcalins, agissant soit à l'état fondu, soit à l'état volatil et accompagnés 
de vapeur d'eau, etc., ont été parmi les agents efficients des phénomènes 
métamorphiques qui nous intéressent ; cette hypothèse peut être appuyée 
sur les intéressantes expériences faites jadis par Lemberg (1) pour expli- 
quer précisément la formation de quelques-uns des minéraux de 1872. Ce 
savant a étudié, en particulier, l'action des chlorures de calcium, de 
potassium, de sodium fondus, sur la néphéline, la leucite, et montré com- 
ment, grâce à elle, on peut produire de la sodalite, de Tanorthite et 
un produit comparable, au moins chimiquement, à la microsommite, 
comment enfin, par fusion avec le chlorure approprié, on peut à volonté 
transformer la leucite naturelle en leucite sodique et celle-ci en leucite 
potassique. Des expériences en cours d'exécution me fourniront sans 
doute l'occasion de revenir prochainement sur cette question. 

J'ai cherché à voir quelles modifications chimiques avaient subies cer- 
taines des roches étudiées. Malheureusement cette recherche est rendue 
quelque peu illusoire par l'impossibilité où l'on se trouve de recueillir 
dans un même bloc un échantillon absolument intact en même temps 
qu'une portion transformée. Je me suis donc contenté de choisir trois blocs 
appartenant à quelques-unes des catégories définies plus haut et de faire 
analyser par M. Pisani la partie la plus modifiée et celle qui l'est le moins : 





a 


a 1 


b 


b 9 


c 


c' 


SiO* 


46,10 


46,50 


47,60 


47,61 


47,21 


45,10 


Al 9 J 


18,38 


17,01 


16,34 


15,71 


15,88 


18,60 


Fe'O» 


8,11 


8,51 


7,15 


8,69 


2,24 


0,18 


FeO 


0,95 


0,81 


2,45 


1,35 


5,30 


6,65 


MgO 


4,10 


3,95 


5,65 


5,72 


b,oo 


7,65 


CaO 


8,20 


7,37 


10,25 


10,70 


10,25 


10,05 


Na*0 


3,08 


3,28 


2,31 


2,56 


2,64 


3,52 


K 2 


7,06 


8,00 


5,77 


6,34 


7,12 


5,56 


TiO* 


1,05 


1,02 


1,41 


1,14 


0,83 


1,08 


P*0 B 


0,83 


0,89 


0,77 


0,19 


0,32 


tr. 


Cl 


0,67 


0,84 


0,12 


0,20 


1,12 


1,56 


P. au 


feu 2,58 


2,14 


0,31 


0,28 


0,14 


1,01 



100,11 100,22 100,13 100,49 99,60 100,96 

a et d : blocs àpyroxène jaune d'or («, partie la moins attaquée; a\ 
partie miarolitique) ; 

(1) leitsch. d. d. geol. Gesellsch., t. XXV 111, 1896, p. 600. 



^-— j 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 105 

betf/: leucittéphrite type II, à structure eutaxitique (i, partie compacte; 
b', partie poreuse plus transformée) ; 

c et c : bloc à microsommite (c, partie compacte ; c, partie miarolitique). 

Les différences ne sont pas très considérables, mais elles se prêtent à 
quelques remarques intéressantes. 

Dans les roches à pyroxène jaune d'or (a et «'), le fer est presque com- 
plètement sesquioxydé ; il Test partiellement dans b et b', plus dans U que 
dans b, ce qui correspond bien avec la richesse plus grande en augite 
jaune d'or constatée au microscope : d et b' sont un peu plus potassiques que 
«et 6, ce qui est une conséquence d'une plus grande richesse en biotite. 

Dans c et c\ le degré d'oxydation du fer suit une marche inverse de 
celle des roches précédentes ; la proportion d'oxyde ferreux est d'autant 
plus grande que la roche est plus recristallisée; en c\ il y a perte de po- 
tasse et gain de soude, ce qui est conforme avec une plus grande 
richesse en microsommite* 

Des analyses partielles semblent indiquer que les blocs à hornblende 
et anorthite sont enrichis en chaux. 

4° Comparaison avec les transformations présentées par certains blocs 

de la Somma. 

Les tufs de la Somma renferment des blocs de leucittéphriles, dont les 
druses contiennent des cristaux néogènes de biotite, d'augite, de magné- 
tite, etc., comparables à ceux de certains des blocs de 1906 : ils sont par- 
fois associés à des minéraux secondaires postérieurs (aragonite, etc.); 
je ne m'y arrêterai pas. 

Les sanidinites, que je regarde comme la forme de profondeur des 
trachytes qui les accompagnent et dont il a été question page 52, 
présentent très fréquemment des phénomènes de corrosion très intenses ; 
elles sont creusées de cavités plus ou moins profondes, que tapissent 
des cristaux, depuis longtemps recherchés par les minéralogistes, mais 
dont l'origine ne parait pas avoir été discutée. Les observations consignées 
plus haut permettent de donner une interprétation à l'origine de beaucoup 
d'entre eux. Je ne les considère pas comme d'origine primaire ; les cavi- 
tés qui les renferment sont dues à une corrosion au même titre que 

Nouvelles Archives du Muséum, i e série. — IX. 14 



4M A. LACROIX. 

celles des blocs de 1906; les minéraux y sont seulement différents, ce qui 
s'explique aisément par la nature différente du substratum corrodé. 

L'exemple le plus fréquent est fourni par une sanidinite, en général à 
grains fins, devenant une véritable microsanidinite par suite do l'existence 
de grands phénocristaux de sanidine et de la réduction des dimensions 
des minéraux qui les enveloppent ; la pâte et quelquefois aussi les phéno- 
cristaux, sont creusés de cavités irrégulières, que tapissent de petits 
cristaux de sanidine et de sodalite, sur lesquels sont implantés des 
cristaux de guarinite et parfois de sphène et de zircon. 

Un type beaucoup plus rare est formé par une sanidinite de même 
structure, mais à plus grands éléments. Les cavités drusiques sont 
nombreuses et profondes; elles sont tapissées de cristaux noirs (A *, a 2 ) 
de mélanite, jaunes de sphme, de petits prismes hexagonaux, groupés à 
axes parallèles, de cavolinite (1); enfin il existe des cristaux de sca- 
polite (2), atteignant 2 centimètres de plus grande dimension, qui offrent 
la même disposition que les grands cristaux de microsommite et de cavo- 

(1) Ils sont parfois bordés par une zone plus biréfringente de microsommite (Voy. p. 83). 

(2) A. Scacchi a décrit ce minéral sous le nom de méionite (Catalogo dei mine rai i e délie rocce 
vesuviane, Napoli. 1889, p. 38 en faisant remarquer que c'est là le seul exemple connu de méionite 
ne se trouvant pas implantée sur un calcaire métamorphique. J'ai pu examiner deux échantillons 
recueillis en 1843 par Des Cloizeaux ; la détermination de leurs indices de réfraction 
montre que ce minéral n'est pas de la méionite, mais une scapolite ; j'ai fait voir en effet autrefois 
(Bull. soc. franc, miner., t. XII, 1889, p. 256) que, dans la famille des wernérites, les indices de 
réfraction et leurs différences croissent avec la teneur en chaux de la marialite à la méionite ; 
or on peut voir par les nombres donnés ci-dessous (Sa.) que les constantes optiques de ces cristaux 
sont nettement différentes de celles de la méionite, qui ont été déterminées à nouveau comme 
moyen de contrôle; ces nouveaux nombres sont très voisins de ceux donnés jadis par Des Cloizeaux : 

Méionite Scapolite 

(Densité 2,72). (Dx.) (Densité, 2.63). 

nj/ = l,5952 1,597 à 1,595 l,573t 1,5732 

np — 1,5588 1,561 à 1,558 4,5487 1,5490 

ng — np = 0,0364 0,036 à 0,037 0,0247 0,0242 

Je ferai remarquer en passant que la mizzonite ne semble pas constituer une espèce distincte 
du dipyre des Pyrénées et que ce nom doit tomber en synonymie; voici en effet les indices mesu- 
rés sur les deux minéraux : 

Dipyre de Pouzar. Mizzonite de la Somma. 

Des Cloizeaux. Latte rmann. Wulfing. V. Franco. 

ng=: 1,558 1,5545 1,5580 1,563 

np= 1,543 1,5417 1,5434 1,545 

ng — np = 0,015 0,0128 0,0146 0,018 

On voit, en résumé, qu'il existe à la Somma de nombreux termes de la famille des wernérites, 
qui constituent comme les feldspaths une série continue. 



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ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 107 

linite de certains des blocs de 1906; ils ne remplissent qu'en partie 
les géodes. 

Le dipyre (mizzonite) a une semblable origine, mais il se présente 
sous un aspect différent; ses cristaux limpides tapissent les cavités de 
corrosion de sanidinites ou de microsanidinites riches en augite, etc., et 
renfermant parfois de la pseudoleucite. 

On verradans le chapitre VI que la formation de wernerites est aussi un 
fait très général dans la plupart des blocs de roches volcaniques de cou- 
leur claire de la Somma : c'est là une caractéristique minéralogique inté- 
ressante sur laquelle je ne saurais trop insister. 



5° Phénomènes d'autopneumatolyse dans les Champs Phlégréens 

et a Ischia. 



Avant de quitter la Campanie, je signalerai la fréquence des phéno- 
mènes d'autopneumatolyse dans tous les trachytes des Champs Phlé- 
gréens et d'Ischia. Leur importance théorique dépasse de beaucoup la 
portée des quelques observations minéralogiques suivantes concernant 
certains gisements particulièrement riches en minéraux drusiques. Vom 
Rath a cité dans les Champs Phlégréens. — Monte di Cuma (1 ) : sodalite (//, 
souvent maclée et allongée suivant un axe ternaire), augite noire et 
enfin fayalite (g\ g*iP, e\ e 1 ' 1 , a { , b llî ). — Monte Olibano : sanidine, 
sodalite, augite, hornblende, breislakite. — Monte Spina, près le lac 
d'Agnano : sodalite, hématite, magnétiteet enfin quartz (é t ,p y e î!t J e),etc. 

Ischia. — Des Cloizeaux (2) a observé des cristaux de sodalite au 
Castello d'Ischia. Vom Rath a décrit (3) la sodalite (macles fréquentes), 
l'augite, le sphène et la magnétite imprégnant toutes les cavités du 
trachyte de Scarrupata. Au mont Tabor, les minéraux observés sont 
l'augite d'un brun jaune, la biotite jaune d'or, le sphène et la magnétite; 

(1) Zeitschr. d. d. geol. Gcxellsch., t. VIII, 1866, p. 607-639. 

(2) Manuel de Minéralogie, t. 1, 1862, p. 522. 

(3) Vom Halh appelle ce minéral olivine, mais sa description (cristaux noirs à aspect métallique) 
et l'analogie qu'il indique avec les cristaux de la lave de la Scala ne laissent pas de doute sur 
son identité avec la fayalite, minéral que j'ai d'ailleurs moi-même recueilli au Monte Olibano. 



108 A. LACROIX. 

enfin M. Rosenbusch a observé dans la coulée trachy tique de l'Àrso : 
sanidine, sodalite, magnétite, biotite (blonde) (2 E=48°, p < r), augite 
verte (n f c=47°), apatite et enfin cristaux bruns d'hypersthène aplatis 
suivant h { présentant les formes iw, g\ y 73 (250). La présence de Thyper- 
sthène dans ces trachytes sodiques est anormale; on y rencontre plus 
souvent la fayalite. M. Rosenbusch a fait, ajuste titre, remarquer (1) l'ana- 
logie que présentent ces formations drusiques avec les pegmatites des 
roches de profondeur. 

J'ai personnellement recueilli et étudié un très grand nombre d'échan- 
tillons de ce genre, soit dans diverses localités d'Ischia (notamment aux 
environs de Casamicciola), soit dans les Champs Phlégréens (Marc Morto, 
Monte Olibano, etc.). Le trachy te à pyroxène s'y creuse de cavités de cor- 
rosion, en partie remplies par des minéraux néogènes, qui transforment 
parfois presque entièrement la pâte en agrégats miarolitiques de fort 
petits cristaux. Les modifications sont également réparties dans la roche, 
t)u localisées le long de grandes fissures, dont les parois sont alors tapis- 
sées de cristaux fort nets ; elles sont souvent beaucoup plus apparentes à 
l'œil nu qu'au microscope, les minéraux recristallisés différant peu de 
ceux de la roche intacte. Les minéraux drusiques que j'ai observés 
sont ceux signalés plus haut ; mais je dois insister sur l'extrême abon- 
dance de Taugite œgyrinique et même de l'œgyrine jaune d'or, toujours 
accompagnées d'hématite, comme au Vésuve. Je signalerai en outre 
au Monte Olibano de très jolis cristaux de hornblende, riches en faces : 
m, A 1 , e\ a\ e 1/3 , 8, raccourcis suivant l'axe vertical ; ils ne sont accompa- 
gnés que de breislakite. Dans le même gisement, j'ai recueilli des 
enclaves de microsanidinites, creusées de cavités de corrosion renfer- 
mant de jolis cristaux d'orthose, de quartz et de fayalite. 

Il faut peut-être considérer comme des enclaves pneumatogènes, plutôt 
que comme des enclaves homœogènes, des sanidinites extrêmement fra- 
giles, dont toutes les cavités miarolitiques sont remplies d'agrégats 
cotonneux de breislakite ; je ne reviendrai pas sur la description minéra- 
logique que j'en ai donnée jadis (2). 

(1) Ueber Euktolith. [Sitzber. Akad. Wissensch. Berlin, VU, 1899, p. HO (note i)|. 

(2) Les enclaves des roches volcaniques, p. 375. 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 109 

Enfin je rappellerai aussi les sanidinitcs de Procida, renfermant des 
baguettes bacillaires, dépourvues de pointements, de marialite (1), 
longues de plusieurs centimètres, dont la disposition doit être compa- 
rée à celle de la cavolinite des blocs à apparence tufacée du Vésuve. Je 
les considère comme formées par le même mécanisme. Ce minéral s'est 
développé aussi de la même façon au milieu des blocs de trachytes 
accompagnant ces sanidinites dans les brèches trachytiques. 

Piperno de la Pianura. — Les observations faites sur les blocs méta- 
morphiques du Vésuve apportent de la lumière sur la question du piperno ; 
il n'est peut-être pas de sujet de pétrographie italienne sur lequel il ait été 
autant discuté. On sait que le piperno est constitué par une roche trachy- 
tique à structure eutaxitique, présentant des flammes noires, plus ou 
moins compactes, uniformément distribuées et orientées dans une pâte 
grise poreuse ; parfois les flammes deviennent elles-mêmes non seule- 
ment poreuses, mais comme scoriacées. L'examen microscopique fait voir 
que la composition minéralogique est la même, mais la structure fort 
différente, suivant que la roche est compacte, poreuse ou scoriacée. 
C'est un trachyte à augite et sanidine; dans les parties compactes, 
les microlites d'orthose, très petits et indistincts, sont mélangés à des 
grains encore plus petits d'augite et de magnétite. Dans les portions 
poreuses ou scoriacées, la crislallinité est plus grande ; les microlites 
d'orthose, qui se montrent souvent filiformes dans les lames minces, se 
groupent en rosettes, en sphérolites; on les voit quelquefois former une 
ceinture fibrolamellaire aux flammes noires; leurs fibres garnissent aussi 
les bords de véritables boutonnières se prolongeant jusque dans les 
parties compactes, qui passent ainsi insensiblement aux régions plus 
cristallines. 

Cette structure microscopique est suffisante à elle seule pour faire 
rejeter l'hypothèse d'après laquelle le piperno serait un tuf composé 
par des scories aplaties dans leur chute au milieu des cendres agglomé- 
rées. 

La structure eutaxitique est celle que nous avons trouvée dans certains 

(1) Il faut rapprocher de ce cas de production de marialite, celui de scapolite dans les sanidi- 
nites à noséane du lac de Laach. 



110 A. LACROIX. 

blocs à augite jaune du Vésuve (p. 78) ; c'est celle encore que Ton observe 
dans les pantellcrites à riebeckite et aegyrine du pays Somali, enfin dans 
de nombreuses rhyolites (1). Ces roches sont lentement attaquées 
par autopneumatolyse à partir de leurs cavités, de telle façon que de 
proche en proche elles se transforment jusqu'à ce que les portions modi- 
fiées se réunissent pour enserrer des îlots non transformés. Si la lave 
présente, grâce aux particularités de sa coulée, une tendance à former 
des bancs parallèles, cette disposition influence la marche de la transfor- 
mation, et les îlots intacts conservent une disposition grossièrement pa- 
rallèle. 

Une particularité minéralogique intéressante permet de serrer de plus 
près la comparaison du piperno et de certains blocs du Vésuve. Dans 
quelques parties du piperno, qui sont généralement les plus transformées, 
la masse grise, aussi bien que les flammes noires, est caverneuse et 
piquetée d'innombrables petits prismes quadratiques, bipyramidés, de 
cette wernérite, que vom Rath a appelée marialite. Ses cristaux sont 
disposés, comme certains de ceux de microsommite du Vésuve, comme la 
scapolite des sanidiniles de la Somma; ils remplissent imparfaitement de 
petites cavités, de telle sorte qu'il est souvent possible de les en détacher 
intacts. L'examen microscopique montre qu'ils renferment en inclu- 
sions des grains de magnétite et d'augite ; ils se sont formés par corrosion 
sur place de la pâte de la roche ; ils sont quelquefois associés à de petits 
cristaux drusiques de magnétite, d'hématite, de biotite (2). 

Il est donc impossible d'échapper à la nécessité de considérer l'en- 
semble de ces phénomènes de transformation comme résultant d'actions 
pneumatolytiques postérieures à la consolidation définitive de la roche. 



(1) Les rhyolites sphéroli tiques de Lipari sont bien connues par les importantes modifications 
de ce genre qu'elles présentent : leurs lilhoph>ses sont riches en cristaux de fayalite, de tridy- 
mite, etc. 

(2) '/litschr. d. d. geoL Gesellsch. — M. E. Scacchi a observé en outre à la Pianura des cristaux 
d'hématite et de quartz (p, e 1 ' 2 , e*, e 1 , e 7 ' 2 , e" 4 , e 2 ) (Rend. K. Accad. Scienz. ISapoli, 1, 1887, 51). 



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CHAPITRE V 

PHÉNOMÈNES D'AUTOPNEUMATOLYSE ET DE MÉTAMORPHISME 
DANS LES ROCHES VOLCANIQUES D'AUVERGNE, DE SANTORIN 

ET DE LA MONTAGNE PELÉE 

Les phénomènes d'autopneumatolyse et de métamorphisme que je 
viens d'étudier longuement au Vésuve y sont probablement plus déve- 
loppés que dans tout autre massif volcanique. Ce ne sont point cepen- 
dant des phénomènes exceptionnels; mais là où ils ont été observés, ils 
ont été considérés, sauf dans les rhyolites, comme de simples curiosités 
minéralogiques sans qu'on ait jamais cherché à les coordonner et à 
discuter leur intérêt théorique. Je me propose, dans les pages qui sui- 
vent, de montrer leur importance dans quelques centres volcaniques que 
j'ai plus particulièrement étudiés; je suis persuadé d'ailleurs que les 
documents que j'y ai recueillis eussent été incomparablement plus nom- 
breux si, dès l'origine des recherches que j'y ai faites dans un autre but, 
mon attention avait été appelée sur cette question (1). 



I. — Mont-Dore et chaîne des Pays. 

1° Trachytes et andésites (2). 

Fumerolles localisées. — Je n'ai rencontré qu'un petit nombre (3) de 
véritables trajets de fissures, parcourues par d'anciennes fumerolles y 

(1) On peut considérer comme très général le fait que les silicates formés par ces phénomènes 
ne sont pas nécessairement de ceux qui existent normalement dans la roche volcanique : quelques 
espèces sont particulièrement fréquentes, les unes se trouvent indistinctement dans toutes les 
roches : biotite, hornblende, augite (généralement sodique), fayalitc, apatite, tridymite; les au- 
tres paraissent, au moins dans l'état actuel de nos connaissances, être localisées dans certaines 
d'entre elles : la néphéline, la sodalite, la mélilite, dans les roches riches en alculis, rhyperslhènc, 
dans toutes les roches volcaniques, à l'exception de celles à feldspathoïdes ; laspessartile, la topaze, 
la tourmaline dans les rhyolites, etc. 

(2) Les pkonolites françaises sont très rarement pourvues de druses ; la phonolile néphélinique 
du sommet du Mézenc fait exception à cette règle : elle est criblée de cavités que tapissent des 
prismes hexagonaux de néphéline (souvent transformée en mésotype) et de rares petits cris- 
taux d'augite. 

(3) C'est à un gisement analogue qu'il faut rapporter les minéraux qui tapissent les fissures de 



112 A. LACROIX. 

ayant développé des silicates; le plus souvent, en effet, on ne trouve dans 
celles-ci que des cristaux d'hématite et des associations régulières de ce 
minéral aveclamagnétite. Cependant, au Puy de la Tache, dans les fentes 
tapissées par ces admirables cristaux d'hématite, qui ontrendu ce gisement 
célèbre, abondent de très petits cristaux jaune d'or d'augite, associés à 
de la tridymite et à de l'orthose: ils sont implantés sur les parois des 
fissures, sur les cristaux d'hématite ou développés dans la pâte même du 
trachyte, qui en est complètement imprégné : c'est la répétition du mode 
de corrosion du trachyte du Monte Olibano, avec la sodalite en moins. 
Cette même variété d'augite se rencontre, mais plus rarement, dans les 
fissures de la dômite du sommet du Puy-de-Dôme. 

Fomiation généralisée de silicates. — Les andésites augitiques à 
sanidine du massif du Mont-Dore renferment très fréquemment dans 
leurs pores des lamelles hexagonales de biotite d'un jaune plus ou 
moins foncé (maclc des micas fréquente). C'est toujours là un accident 
minéralogique sans caractère de généralité, tandis que l'hypersthène est 
à peu près constant dans toutes les cavités de l'andésite (sans hypersthène 
normal) à olivine de Besse; ses cristaux, aplatis suivant g 1 et terminés 
par h '-, sont, de même que le plancher des géodes, recouverts par un 
enduit ferrugineux brun rougeàtre ; cet hypersthène abonde dans les en- 
claves gneissiques de la même roche. 

Il faut rapporter au môme type de gisement les cristaux d'hypersthène 
[m, g\ a 3 (211), x (232)], signalés par M. Blaas (1) dans les cavités du 
trachyte à hornblende du mont Nasru, dans le massif du Démavend (Perse). 
Il en est de même pour les aiguilles de hornblende (2) associées à une 

l'andésite augitique du Monte Calvario, près Biancavilla (Etna). Von Lasaulx a décrit {Zcilschr. f. 
Kryst., t. III, 1870, p. 288) de petits cristaux d'hypersthène, qu'il a rapportés à la szaboïte; ils sont 
associés à beaucoup d'hématite. Leur coloration rougeàtre superficielle est due à des inclusions 
ferrugineuses, qui, d'après l'examen que j'ai fait des échantillons de la collection du Muséum, me 
semblent résulter d'une altération immédiate, car, de môme que dans les cristaux de hornblende 
brun rougeàtre de l'éruption du Vésuve de 1822, ces inclusions sont parfois localisées dans la 
partie centrale des cristaux, qui est bordée par une zone limpide ; d'ailleurs elles ne sont pas 
constantes, et, quand elles manquent, les cristaux sont gris-perle. Ils sont toujours aplatis sui- 
vant g 1 et terminés par des faces de la zone g 1 U 1 ' 2 . Dans un échantillon, j'ai observé en outre 
beaucoup de cristaux de pseudobrookite, ce qui complète l'analogie de ce gisement avec ceux du 
Mont Arany et de H i veau Grand, décrits plus loin. 

(1) Tschermak's min. u. petr. Mittheil.,l. lll, 1880, p. 499. 

(2) Vom Bath, Verhandl. Natur. Ver. preuss. Rheinlande u. West., t. XL1, 1884, p. 326. 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. ii3 

quantité extraordinaire de minces lamelles de tri dy mite, dans une 
andésite ancienne, rejetéc par le grand paroxysme (1883) du Krakatau. 

Blocs de roches volcaniques dans les brèches ou coulées. — Dans la partie 
centrale du massif du Mont-Dore, il existe en grande abondance des 
blocs de roches volcaniques, riches en minéraux métamorphiques, que 
j'ai décrits antérieurement (1) et sur lesquels je reviendrai ici, car leur 
genèse peut être éclairée par les observations faites au Vésuve. 

Ces blocs sont soit englobés dans des dykes de trachytes à grains fins 
(le Capucin, puy du Barbier, val d'Enfer), ou dans les coulées de trachytes 
à grands cristaux de sanidine (Riveau-Grand), soit emballés dans les 
brèches qui les accompagnent. La localisation de ces blocs métamor- 
phiques au voisinage de l'appareil central du volcan est tout à fait frappante 
et me porte à penser qu'ils ont été arrachés aux parois du cône par un 
mécanisme analogue à celui de l'éruption de 1872 au Vésuve, quand ils 
sont enveloppés dans la lave, ou de celui de 1906, lorsqu'ils gisent dans 
les brèches. 

Les minéraux néogènes sont concentrés dans l'intérieur des blocs et 
ne s'observent pas entre ceux-ci et la roche englobante ; c'est là une diffé- 
rence essentielle avec ce qui se passe pour les fragments gneissiques ou 
granitiques enclavés dans les mêmes laves, différence qui ne m'avait 
pas frappé jadis et à laquelle les observations sur le Vésuve me con- 
duisent à attribuer une grande importance. Il me paraît aujourd'hui que ces 
blocs de roches volcaniques n'ont pas été métamorphisés après leur englo- 
bement et qu'ils ont plutôt été transformés dans l'intérieur même du cône, 
puis, que ensuite seulement ils ont été englobés par le trachyte. 11 existe 
cependant une exception à cette règle au puy du Barbier, où des travaux 
ont été faits en 1906, dans un grand dyke ou dôme de trachyte pour un 
captage d'eau; j'y ai trouvé en abondance des enclaves extérieurement 
recouvertes de cristaux d'hypersthène. Cette différence concorde avec 
des traces de fusion présentées par ces échantillons, alors que dans tous 
les autres gisements on n'observe aucune manifestation d'actions pure- 
ment calorifiques sur les enclaves dont il est question ici. 

(1) Bail. Soc. géol. de France^ t. XVIII, 1890, p. 84o, et Les enclaves des roches volcaniques, p. 241. 
Je renvoie à ce dernier ouvrage pour la bibliographie de la question. 

Nouvelles Archives du Muséum, 4 e série. — IX. 13 



1U A. LACROIX. 

De même qu'au Vésuve, les minéraux néogones formés dans ces 
enclaves sont pour la plupart distincts de ceux qui existent normalement 
dans le bloc modifié. Quelques-uns d'entre eux : augite, hornblende, 
biotite, magnétite, sont communs aux deux volcans ; d'autres, comme 
l'hypersthène, la tridymite, sont spéciaux au Mont-bore, et leur présence 
s'explique aisément par la nature du magma, qui, elle aussi, fait 
comprendre l'absence des feldspathoïdes, si caractéristiques du Vésuve. 

Au Capucin et dans le val d'Enfer, les blocs sont presque exclusive- 
ment constitués par une andésite augitique à hornblende, renfermant quel- 
quefois de l'hypersthène et présentant souvent la structure ophitique ; cette^ 
roche est strictement l'homologue des leucittéphrites doléritiques. Comme 
ces dernières, elle constitue un type pétrographique inconnu en place (1) 
et, comme elles, elle renferme des minéraux drusiques dans deux condi- 
tions distinctes. Ou bien ceux-ci sont disséminés dans tous les pores de 
la roche, qui, dans ce cas, est miarolitique ; ou bien, au contraire, ils sont 
localisés dans de grandes cavités de corrosion, dont le plancher, blanc de 
lait, est toujours formé par un mélange d'orthose et de tridymite, en cris- 
taux indistincts, qui supporte des cristaux nets de tridymite, tVhyper- 
sthène et d'augite, ayant la môme couleur vert-olive; l'hypersthène, aplati 
suivant^ 1 (010), présente les formes h { (100), m (1 10), a? (232), et parfois 
ê (012). L'augite est toujours aplatie et souvent maclée suivant h f ; ses 
formes sont assez variées, suivant que son pointement est formé par 
jp(OOl), è 1/2 (lll), ou e*(012), ou enfin par la combinaison de ces diverses 
formes. Ces deux pyroxènes sont associés ou séparés dans des géodes 
distinctes; ce sont surtout celles qui sont riches en augite, dans lesquelles 
se trouvent des aiguilles filiformes et souvent squelettiformes de zircon 
rose (2), présentant les faces m (110), h { (100), b l (112), « 3 (312). 

Enfin, dans un seul échantillon, j'ai rencontré, à côté de géodes pré- 
sentant les associations qui viennent d'être énumérées, une grande druse 



(1) Ce sont donc des enclaves homœogènes plésiomorphes. J'ai rencontré dans quelques-unes 
d'entre elles des enclaves homœogènes allomorphes et des enclaves énallogènes quarlzifères. 

(2) Ces associations minérales rappellent celles (hypersthène, augite, hornblende, biotite, ma- 
gnétite, zircon, tridymite, anorthite) rencontrées par M. Bergeat dans les druses de l'andésite du 
Strombolicchio, îlot situé au nord-est de Stromboli (AbkandL bayer. Wissensch. Akad. Mùnchen 
t. XX, 1889, p. 49). 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 115 

renfermant les minéraux suivants : tridymite, orthose, hypersthène (rare), 
magnétite, biotite et enfin fay alite. Ce minéral appartient au type aplati 
suivant p (001). 

Au Rivcau-Grand, les enclaves semblables à celles qui viennent d'être 
étudiées sont assez rares. Un échantillon très bulleux est caractérisé par 
l'abondance d'hypersthène et de pseudobrookite drusiques ; les cristaux 
de ce dernier minéral, aplatis suivant h 1 , sont parfois assez riches en 
faces : g { (010), h % (210), a 1 (101), a» (103), A 3 ' 2 (113), e l (011), etc. 
L'examen microscopique fail voir que ces deux minéraux se sont formés non 
seulement dans les druses, mais aussi dans la pâte de la roche et que l'au- 
gite normale est plus ou moins transformée en la variété jaune d'or (1). 

Un autre type de blocs est constitué par une trachy-andésite noire ou 
d'un gris noir, dont les nombreuses cavités huileuses sont tapissées par 
de longues aiguilles filiformes de hornblende ; celles-ci, à peine colorées 
en lames minces, se développent dans la pâte et viennent s'orienter sur 
l'amphibole normale d'un brun foncé, ainsi que sur l'augite; les deux am- 
phiboles diffèrent non seulement parleur couleur (la hornblende ancienne 
est rubéfiée), mais encore par leur angle d'extinction ; de plus, la biréfrin- 
gence de cette dernière est beaucoup plus faible. Les parois des druses 
sont en outre tapissées d'orthoso et d'un peu de biotite. Les blocs de cette 
catégorie rappellent l'un des types à hornblende du Vésuve. 

Enfin il existe plusieurs variétés de trachytes à grands cristaux de 
sanidine, qui, à l'inverse des roches précédentes, ressemblent beaucoup 
à des roches connues en place dans la vallée du Mont-Dore. Les modi- 
fications qu'elles présentent sont variées ; certains échantillons, à pâte 
rouge, sont imprégnés d'hématite et de pseudobrookite; l'augite ancienne 
est devenue jaune d'or ; les minéraux drusiques sont les suivants : pseu- 
dobrookite, hématite, orthose, tridymite, hypersthène superficiellement 
rubéfié (szaboïte). 

D'autres échantillons ont une pâte grise ; dans leurs cavités, on 
rencontre de l'orthose et de la tridymite, des lamelles de biotite et de la 
hornblende, seules ou associées; ce dernier minéral surtout se présente 

(1) Ces échantillons peuvent donc être comparés, au point de vue de leurs transformations, à 
la variété de shonkinite du Katzenbuckel, dont il a été question page 94 f 



116 A. LACROIX. 

en beaux cristaux, atteignant 1 centimètre de longueur ; ils sont souvent 
maclés suivant h 1 et riches en faces : m (110), h 2 (210), g { {0\0), h 1 (100), 
g- (130), a 1 (101), e l (011), e 1 ' 3 (031), (121). Ces cristaux offrent une 
grande analogie avec le type commun au Vésuve ; mais les faces g[ sont 
toujours presque aussi développées que m. 

Il existe aussi dans ces roches des druses à pyroxène et sanidine, dis- 
tinctes des précédentes et ne renfermant jamais que des cristaux très petits. 

Il me reste à signaler une particularité très fréquente : les grands cristaux 
de sanidine sont profondément corrodés, comme la leucite des blocs du 
Vésuve; ils se transforment en un agrégat miarolitique d'orthose, de tri- 
dymite, d'hématite, avec quelquefois aussi de l'augite et de Thypersthène. 

J'ai rencontré au roc de Cuzeau un autre type d'enclaves : il consiste 
en petits fragments de trachytes, séparés de la roche qui les englobe 
par une association miarolitique d'orthose, d'augite [augite œgyrhiiqae, 
œgyrine vertes), de magnétite, avec quelques cristaux de sphène. On peut 
suivre la corrosion progressive de l'enclave, qui se transforme ainsi 
en une sanidinite exopolygène; c'est donc, là encore, une modification du 
même ordre que quelques-unes de celles étudiées au Vésuve, malgré la 
différence des minéraux constituants. 

Enfin, un grand nombre des enclaves du Puy du Barbier sont à 
comparer à celles du Capucin, mais une mention spéciale doit être faite 
pour des enclaves homœogènes allomorphes, à composition de gabbros : 
elles sont devenues très vacuolaires par suite d'une fusion incomplète; 
leurs cavités renferment une quantité prodigieuse d'aiguilles filiformes 
ftapatite, colorées en rouge par de l'hématite et de petits cristaux d'hy- 
persthène également rubéfiés. 

En résumé, les enclaves qui viennent d'être étudiées offrent l'analogie 
la plus grande avec les blocs du Vésuve ; les différences minéralogiques 
qu'elles présentent avec ceux-ci sont de Tordre de celles qui séparent 
les magmas des deux volcans ; les minéraux néogèhes sont en partie 
constitués par des espèces n'existant pas normalement dans la roche ; les 
associations minéralogiques qu'ils présentent sont caractéristiques du 
type de lave qui les renferme. 

Je renvoie à mes notes antérieures pour l'étude des modifications 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 117 

profondes, subies par les blocs de roches anciennes (gneiss, gra- 
nités, etc.), qui accompagnent ces blocs d'origine volcanique ; elles se 
sont produites postérieurement à leur englobement, mais par des procé- 
dés analogues à ceux qui ont modifié les roches qui viennent d'être 
décrites. 

Comparaison avec quelques autres gisements. — Les transformations pré- 
sentées par les enclaves d'origine volcanique du Mont-Dore sont stricte- 
ment comparables à celles qui ont été constatées dans les andésites de 
quelques autres gisements, mais où elles se sont produites non seulement 
aux dépens d'enclaves, mais souvent aussi dans les fissures de la roche 
elle-même, ce qui n'a pas lieu au Mont-Dore; il s'agit, dans ce dernier 
cas, de véritables phénomènes d'autopneumatolyse. 

Les gisements les plus remarquables à cet égard sont ceux de Transyl- 
vanie ; les minéraux drusiques de l'andésite du mont Arany sont bien 
connus par les travaux de Koch (1) et de Krenner (2). Dans les enclaves 
(gneiss) et dans les fissures, on observe les minéraux suivants : hyper* 
sthène, pseudobrookite, biotite jaune d'or, tridymite, augite, hématite et 
moins souvent hornblende. L'hypersthône souvent superficiellement 
coloré en rouge par de l'hématite avait été considéré à l'origine par Koch 
comme un minéral spécial, la szaboïte ; ses cristaux sont aplatis suivant y 1 et 
présentent en outre les formes m, A 1 , b {/i (dominant dans le pointement) 
et « 3 (211). La hornblende a été étudiée par M. Franzenau(3); elle est riche 
en formes : m (1 10), h 1 (100), g 1 (010), p (001), h 3 (210), h 2 (310), # 2 (130), 
a 1 (101), a ïl% (301), a zr > (503), ^(011), e ! ' 3 (03i), e 1/5 (051), a 3 (21 1), v (231), 
y (251), - (312). Les paramètres et les propriétés optiques (n 9 c= 37°12') 
sont très voisins de ceux de la hornblende noire des blocs du Vésuve. 

Quant à la pseudobrookite de ce gisement, c'est elle qui a servi à établir 
l'espèce ; ses cristaux ont la même forme que ceux du Mont-Dore. 

Un autre gisement, celui de Màlnàs, renferme (4) dans des conditions 
analogues : hornblende Qp, m, h\ g 1 , e\ <? 1/3 ), tridymite, hypersthène (cris- 
taux aplatis suivant g { , avec pointements aigus a 3 (2 1 1 ) dominants , et x (232 ) . 

(1) Tsckermak's min. u. petr. Mitteil, t. 1, 1878, p. 331. 

(2) Zeitschr. f. Kiyst., t. IX, 1884, p. 255. 

(3) Id. y t. VUI, 1883, p. 569. 

(4J A. Schmidt, Jd., 1885, t. X, p. 210. 



118 A. LACROIX. 

C'est au même type de gisement qu'il faut rapporter les druses célèbres 
à tridymite, cristobalite , hématite, augite et parfois hornblende de l'andé- 
site à hypersthène de San Cristobal (Mexique) (1 ). Il est à remarquer qu'à 
l'inverse de ce qui se passe au Mont-Dore cette andésite renferme, 
comme élément normal, de l'hypersthènc, qui manque dans les druses. 

Il en est probablement de môme aussi pour les cristaux de hornblende 
m, A 1 , g\p, o K , (f21), e u \ associés (2) à de la biotite et à de la tridymite 
dans les fentes d'une lave (andésite?) des environs de Bridgeport 
(Californie). 

2° /} osait es. 

Minéraux de fumerolles localisées. — L'un des plus remarquables exem- 
ples de production de silicates par fumerolle que j'ai eu l'occasion d'étu- 
dier est celui de Gravenoire (3) à Royat (Puy-de-Dôme). Dans une car- 
rière, ouverte pour l'extraction des cendres et scories basaltiques, celles-ci 
sont recouvertes par une coulée continue de basalte. Le trajet d'une fume- 
rolle a été mis à découvert par l'exploitation ; il traverse non seulement les 
couches de projection, mais encore les fentes d'un basalte plus ou moins 
scoriacé. Ces cendres et les lapilli basaltiques sont mélangés à une 
grande quantité de menus fragments ou de blocs de granité, d'arkose, 
d'orthose, de quartz et de marnes. Tous ces fragments étrangers sont, 
soit simplement fondus périphériquement, soit transformés par une 
fusion plus intense en une masse bulleuse très riche en verre. 

Le grand intérêt de ce gisement réside dans sa situation superficielle 
et dans la netteté avec laquelle on peut y suivre l'influence exercée sur la 
nature des minéraux néogènes par la composition originelle des roches 
aux dépens desquelles ils se sont formés. Leur production est toujours 
limitée au voisinage immédiat du passage de la fumerolle, dont la direc- 
tion est jalonnée dans le basalte par de belles cristallisations d'hématite 
spéculaire, d'associations régulières d'hématite et de magnétite, accom- 
pagnées parfois de petites aiguilles d'augite. Ces minéraux ne forment 

(1) Vom Rath, Pogg. Ann., t. CXXXV, 1868, p. 442. — Monatsb. Ak. Wiss. Berlin, 1874, p. 178. 

(2) Schalter, U. S. geol. Survey Bull., n° 265, 1905, p. 128. 

(3) A. Lacroi* et P. Gautier, C. Rendus, CXXVl, 1898, p. 1529 T 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. ii$ 

qu'un enduit à la surface du basalte ; mais, en deçà, les vacuoles de la 
roche sont tapissées de petites lamelles de biotite, associées à une fine 
poussière d'hématite. 

J'ai rencontré, implanté sur l'hématite de quelques échantillons, un 
minéral qui appartient aune espèce nouvelle, dont je n'ai pu faire qu'une 
étude incomplète, faute d'une quantité suffisante de matière. Il constitue 
des cristaux monocliniques, allongés suivant c et groupés en grand 
nombre à axes parallèles. Ils sont bleu verdàtre ou bleu sombre : le plan 
des axes optiques est compris dans g i (010) ; la bissectrice aiguë est posi- 
tive et normale à h K ; il existe une très forte dispersion p > r, qui rend 
difficile l'appréciation exacte de l'écartement (faible) des axes optiques, 
dans les lames très minces de cette substance, qui est moyennement 
biréfringente. Dans les lames d'aplatissement h\ il existe un faible pléo- 
chroïsme avec maximum suivant n m (bleuâtre pâle). Le minéral est 
anhydre, il est très facilement attaquable par les acides, il contient de la 
silice, de l'alumine, de la chaux et de la soude. 

Dans les couches de lapilli scoriacés, l'hématite est rare, et au contraire 
les silicates prédominent. Les éléments des cendres sont saupoudrés de 
paillettes empilées d'une biotite blonde, à axes optiques assez écartés, 
d'aiguilles d'augite et enfin de lamelles de labrador cerclées d'andésine 
(extinctions de — 21° à 5° dans g 1 ) et limitées par les faces p (001), 
6 ,/2 (ïïl), c Xii ( 1 Fi). Les cristallisations sont surtout abondantes à la 
surface des roches étrangères ; les aiguilles de pyroxène y atteignent 
1 centimètre de longueur ; elles sont appliquées sur les fragments fondus, 
les entourent parfois, comme les mailles d'un filet, ou sont implantées 
dans leurs cavités huileuses. Ce pyroxène est, comme au Vésuve, de Yau- 
giteœgyr inique, jaune d'or, plus rarement verte, aplatie et fréquemment 
maclée suivant A 1 . Une autre augite, d'un vert très pâle, forme des touffes 
de longues aiguilles capillaires, associées à des aiguilles d'apatite, dans 
les cavités existant entre les fragments en partie fondus de granité et 
les scories voisines. 

Quand les roches étrangères sont feldspathiques, leur surface est 
toujours hérissée de lamelles d'orthose sodique ou d'anorthose, qui 

4 

supportentdes aiguilles d'augite. Les formes de ce feldspath sont rarement 



120 A. LACROIX. 

distinctes, ce sont les mêmes que celles des plagioclases ; je citerai enfin 
une petite quantité de pseudobroofate, à' hématite et de magnêtite. 

On voit que les roches attaquées ont fourni la plus grande partie des 
éléments des minéraux néogènes ; les plagioclases sont localisés sur les 
cendres basaltiques, Torthose sur les enclaves granitiques, ou sur les grains 
de cendres, mais seulement du côté voisin d'une enclave granitique. Tous 
ces minéraux ne se sont point formés, grâce à un englobement passager de 
l'enclave dans le magma, car les fragments granitiques fondus que l'on 
rencontre dans la môme carrière, loin de la fumerolle, sont dépourvues 
de minéraux métamorphiques ; le basalte englobe cependant aussi des 
enclaves granitiques et gneissiques; elles sont entourées par une cupule 
de cristaux verts d'augite, identiques à la porricine de Mayen, mais celle- 
ci à une structure et un aspect bien différents de ceux des buissons 
d'aiguilles d'augite décrits plus haut. La formation drusique (1) de ces 
derniers est évidente ; leurs fines aiguilles forment entre les enclaves 
et les grains de cendre ou les lapilli des touffes si délicates que le moindre 
souffle les dissocie. Toutes les fois que les enclaves sont compactes, la 
cristallisation est limitée à leur enveloppe périphérique, tandis que, 
lorsqu'elles ont été rendues huileuses par fusion, les minéraux néogènes 
apparaissent dans toutes leurs cavités. Les phénomènes calorifiques ont 
superficiellement transformé ces roches en un verre, qui a été plus 
facilement attaqué par les vapeurs que les minéraux cristallisés intacts. 

J'ai rencontré aussi quelques paillettes de biotite et de petites aiguilles 
de pyroxène associées à de l'hématite sur quelques scories du Puy de la 
Vache, très altérées par des fumerolles acides : ces échantillons à silicates 
néogènes, recueillis par M. P. Gautier, sont rares dans ce gisement (2). 

(1) Cette augite, en cristaux indistincts, recouvre des enclaves de marne. Dans une autre car- 
rière, des lambeaux d'argile englobés dans le basalte ont été cuits et dans les fentes se sont pro- 
duites des aiguilles de cUalcomorphite (Minéralogie de Ui France, t. Il, p. 351). 

(2) M. Glangeaud vient de signaler comme minéraux de fumerolles des basaltes du Puy-de-Dôme 
(C. Rendus, t. CXL1V, 1907, 52;»), sans indication de localité : la ténorite, la pyromorphite et la 
mimetite. Je n'ai observé aucun d'eux : la présence des deux derniers est étrange dans ce genre 
de gisement. Mais j'ai rencontré à Gravenoire une substance, variant d'un vert-émeraude à un vert 
foncé, qui incruste les parois des fissures et recouvre les cristaux d'hématite. Elle forme de petits 
globules, qui m'avaient tout d'abord fait penser à un lichen ; au microscope, on constate qu'ils sont 
constitués par un minéral sphérolitique (fibres à allongement positif) ; il contient du cuivre et 
de la silice : je n'ai pu en isoler une quantité suffisante pour des essais chimiques complets. 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 124 

Gisements analogues. — Il me paraît évident qu'il faut attribuer au 
même type de fumerolles la formation d'augite signalée par vom Rath à 
l'Eiterkopf (1), près Plaidt (au sud d'Andernach), et à l'île de l'Ascen- 
sion (2). A l'Eiterkopf, on a trouvé, au milieu de scories basaltiques, le 
trajet d'une ancienne fumerolle tapissé de cristaux d'hématite, d'augite 
jaune (m, h\ g { , g-, A ,;â , 6 |;4 ), avec hornblende et biotite. L'augite et 
l'amphibole néogènes sont parfois orientées sur le pyroxène normal ; 
au voisinage de la fissure, les scories sont imprégnées par ces miné- 
raux métamorphiques, associés à une substance incolore (néphéline?). 

Le gisement de l'Ascension n'est connu que par des cristaux d'hématite, 
conservés dans une collection. Ils proviennent d'un basalte ; ils sup- 
portent des cristaux d'augite, jaune rouge, offrant le même dévelop- 
pement cristallographique que ceux de l'Eiterkopf, mais ils présentent 
en outre la forme rare y (151) (3). 

II. — Santorin. 

J'ai observé à Santorin des cas fort intéressants de formation de sili- 
cates par voie pneumatol y tique , qui sont à paralléliser d'une façon complète 
avec les divers types de gisement que je viens de passer en revue au 
Vésuve et au Mont-Dore. Il ne faut pas rapporter aux mêmes phénomènes, 
pas plus qu'à des ségrégations (4), la production des beaux minéraux 
drusiques des nodules charriés par la lave de l'éruption de 1866. Si des 
actions pneumatolytiques ont joué certainement un rôle (5) dans leur 
genèse, elles ont accompagné la digestion d'enclaves calcaires : les nodules 
dont il s'agit constituent un type caractéristique d'enclaves endopolygènes. 

Fumerolles diffuses localisées. — Au cours d'un voyage à Santorin, 
effectué en 1896 avec mon regretté maître, M. Fouqué, j'ai rencontré (6), 

(1) Pogg. Ann., t. CXXVlll, 1866, p. 420. 

(2) Zeitschr. f. Kryst., t. VI, 1881, p. 192. 

(3) Vom Rath (Pogg. Ann., t. CLVH1, 1876, p. 400) a décrit, dans les druses du basalte de Bel- 
lingen (Westerwald), des cristaux d'hématite, de hornblende et enfin de sanidi ne [cristaux raccour- 
cis suivant c, avec p, a'/* (203), a 1 (Ï01), a 1 ' 2 (201), g* (120), g 1 , g 2 et mj. 

(A) A. Lacroix, C. Rendus, t. CXXX, 1900, p. 272. 

(5) Je fais allusion à la formation de lanhydrite qui imprègne des enclaves calcaires compactes 
et accompagne les cristaux drusiques d'augite, d'anorlhite, elc, de ces enclaves endopolygènes. 

(6) C. Rendus, t. CXXV, 1897, p. 1189. 

Nouvelles Archives du Muséum, 4 e série. — IX. 16 



123 A. LACROIX. 

sur le sentier qui conduit de Merovigli aux ruines de Skaro, au milieu 
d'une falaise de cendres rouges peu cohérentes, un cas de formation de 
silicates comparable à celui de la microsommite aciculaire de certains des 
blocs de brèches de l'éruption de 1872, au Vésuve (p. 85, note 1). Les 
cendres andésitiques sont saupoudrées d'une quantité prodigieuse de 
petites aiguilles iïhypersthène, si délicatement implantées que le moindre 
souille les en détache. Ils sont d'un jaune pâle, aplatis suivant g 1 et 
souvent terminés par le pointement aigu des cristaux de Màlnàs, alors 
que d'autres rappellent la forme de ceux du Capucin. Les blocs de laves 
anciennes (basaltes à anorthite et andésites) emballés dans cette cendre 
sont parfois colorés en vert par de l'augite ; ce minéral s'y développe en 
telle quantité qu'il arrive à épigéniser complètement la roche, qui, sous 
le choc du marteau, se transforme en une poudre verte cristalline ; il 
n'existe pas de tridymite, mais les fentes d'un échantillon sont tapissées 
de cristaux blanc laiteux de quartz. Cette transformation en augite rappelle 
celle de certains blocs du Vésuve. 

La disposition de ce gisement a un grand intérêt ; elle donne en effet 
une idée de la marche qu'ont dû suivre les phénomènes métamorphiques 
dans les brèches du cône vésuvien, auxquelles ont été arrachés les blocs 
modifiés de 1906. Mais ici les phénomènes métamorphiques ont été proba- 
blement restreints à l'action de la vapeur d'eau sur les éléments de la 
cendre ; l'absence d'hématite tend à faire conclure à celle du chlorure 
de fer dans les fumerolles. Ces dernières, à l'inverse de celles de Grave- 
noire, n'ont pas été endiguées dans une fissure, mais se sont diffusées 
dans la couche de cendres tout entière. 

Fo?mation généralisée de silicates. — M. Fouqué a montré jadis (1) 
l'abondance de la tridymite dans les cavités et dans les fissures de l'andé- 
site à hypersthène ancienne des falaises de Phira. Ces fissures, parallèles 
à la fluidalité, sont comparables aux lithophyses des rhyolites, et tel est 
particulièrement le cas de celles des laves du lazaret de Phira. 

J'ai rencontré, dans le haut de la falaise et à l'intérieur du banc de lave 
sur lequel est bâti le quartier de Kato-Phira, de larges fentes de ce genre, 

(1) Sanlorin H ses éruption*, Paris, 1879, 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. *23 

dans lesquelles un enduit continu de tridymite est recouvert par de très 
nombreux cristaux de fayalite, semblables à ceux du Capucin. 

Silicates fownës dans des enclaves. — Je considère comme tout à fait 
comparables, au point de vue de la genèse, aux blocs du Vésuve, des frag- 
ments d'une andésite (dacite) très acide (1), qui abondent dans le tuf pon- 
ceux supérieur de Phira ; ils sont constitués par une roche d'un noir violacé 
clair, rubanée, renfermant des grands cristaux de plagioclases (andésine 
à labrador-bytownite), d'hypersthène et d'augite, disséminés dans une 
masse très vitreuse, à structure fluidale, riche en cristallites ferrugineux, 
avec çà et là quelques microlites de plagioclases et d'augite. Elle est 
creusée de cavités volumineuses que recouvre un plancher blanc, autour 
duquel la pâte devient de plus en plus claire. Au microscope, on constate 
que les cristallites ferrugineux s'oxydent au voisinage des druses, puis 
disparaissent ; la roche est alors transformée presque exclusivement en tri- 
dymite; il se produit, en outre, dans l'intérieur de la cavité, de jolis cristaux 
de magnétite, d'hématite, de biotite et surtout de hornblende, dont les 
formes sont semblables à celles de l'amphibole du Mont-Dore. La encore, 
les cristaux drusiques sont d'origine pneumatolytique et nettement 
différents des minéraux magmatiques de l'andésite englobante, qui 
ne contient ni amphibole, ni mica. 



III . — Montagne Pelée. 

1° Andésites. 

Au cours de l'éruption de la Montagne Pelée, en 1902-1 903, j'ai recueilli 
une série de documents qui se rapportent au sujet traité ici ; les uns con- 
cernent la lave constituant le dôme récent, les autres des blocs rejetés par 
le paroxysme du 30 août 1902. 

Lave récente. — La lave récente est constituée par une andésite à 
hypersthène, dont j'ai pu suivre la cristallinité progressive, depuis les 
formes vitreuses du magma refroidi brusquement dans la carapace du dôme 

(i) Cette roche, dépourvue de quartz, renferme près de 70 p. 100 de silice; ses enclaves homœo- 
gènes allomorphes sont parfois quartzifères ; j'en ai donné l'analyse (C. Rendus, t. CXXX, 1900, 
p. 348). 



124 A. LACROIX. 

ou dans les produits projetés, alors qu'ils étaient à haute température, 
jusqu'à une forme caractérisée par le développement du quartz dans 
sa pâte (1) : un type intermédiaire renferme des microlites felds- 
pathiques, mais pas de quartz. J'ai pu montrer comment ces variétés 
quartzeuses ne se sont pas formées par la consolidation directe du magma, 
à la surface, — elles forment le culot du dôme — , mais ont cristallisé assez 
près de l'extérieur pour que l'extrusion des aiguilles qui ont caractérisé 
une période de la formation du dôme, puis l'éboulement spontané de la 
carapace de celui-ci, ait été suffisante pour les mettre à nu des la fin 
de l'éruption (2). Aucune expérience synthétique n'ayant pu, jusqu'à 
présent, faire obtenir du quartz cristallisé dans un magma fondu, sans 
l'intervention d'un minéralisateur quelconque, j'ai été conduit à admettre 
que ce quartz, formé certainement à haute température (les blocs éboulés 
de l'aiguille à l'état incandescent en fournissent la preuve), est dû vrai- 
semblablement à l'action de la vapeur d'eau du magma sur le verre de l'an- 
désite, verre renfermant 20 p. 100 de silice libre virtuelle. La tridymite, 
qui manque complètement dans les formes vitreuses, a, elle aussi, pris 
naissance peu à peu dans le dôme et remplit actuellement tous les pores 
des roches refroidies lentement; elle s'isole parfois en cristaux nets, qui 
sont surtout nombreux dans les cavités huileuses des enclaves homœo- 
gènes plésiomorphes abondantes dans cette andésite ; elle y est quel- 
quefois accompagnée de fines aiguilles d'hypersthène. 

Blocs re jetés par les explosions. — Ces blocs, constitués par l'andé- 
site récente, ont été vraisemblablement arrachés aux parois des fissures 
internes du dôme, où ils ont été modifiés par les fumerolles. Il y a lieu 
d'y distinguer deux types, l'un est formé par une andésite très rubéfiée, 
piquetée de taches vertes, dues à des grains d'augite, qui se sont déve- 
loppés inégalement dans la roche et y forment des traînées et des nids 
irréguliers; cette transformation est l'homologue de celle que je viens de 
décrire dans certains blocs des tufs de la route de Skaro à Santorin. 
Dans les deux cas, le pyroxène normal de la roche modifiée est de l'hy- 
persthène, alors que le récent appartient à l'augite. 

(1) C. Rendus, t. CXXXVIU, 1904, p. 792, et la Montagne Pelée, op. cit. 

(2) C. liendus, t. CXL1V, 1907, p. 169. 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 12S 

Le second mode de transformation est tout autre. La roche est consti- 
tuée par une andésite à pâte quartzifère, à aspect blanc laiteux, présen- 
tant des taches irrégulières grises ou violacées. Les cristaux anciens 
d'hypersthène, d'olivine, d'augite, ont disparu ; leur place est occupée 
par une substance amorphe, diffusant la lumière, imprégnée de pyrite et 
d'hématite, au milieu de laquelle apparaissent des cristaux nets (maclés) 
de cordiérite, des aiguilles (ï hyper sthène et des grains de magnétite. 
Quand la transformation est plus avancée, la matière amorphe disparaît, 

et les minéraux néogènes, plus gros, sont accompagnés de quartz. Dans 

* • 

certains échantillons, qui appartenaient originellement au type vitreux, 
la pâte est imprégnée par du quartz, plus ou moins pœcilitique. 

Parfois aussi la cordiérite se produit par corrosion progressive du 
plagioclase; c'est là probablement une cordiérite calcique, analogue à 
celle décrite par M, Bûcking. 

Enfin j'ai recueilli des roches compactes, à aspect d'opale, veinées 
de noir et essentiellement formées par de petits grains de quartz, avec 
fort peu de cordiérite ; elles constituent le résultat ultime de la transfor- 
mation de ces roches, pour la discussion desquelles je renvoie à mon 
ouvrage sur la Montagne Pelée (1). J'y ai montré qu'on doit les consi- 
dérer comme résultant de l'attaque de l'andésite par des fumerolles qui 
ont exercé leur action entre les paroxysmes de mai et juin et ceux de 
novembre. 

J'ai recueilli sur les bords du cratère de la soufrière de Saint- Vincent 
des roches analogues, rejetées par les éruptions de 1902. 

Je ne connais pas d'autres exemples de semblable transformation d'une 
roche volcanique. 

2° Basaltes. 

J'ai rencontré dans le basalte doléritique de l'îlot des Ramiers, dans la 
baie de Fort-de-France, des druses qui, par leur disposition et leur ori- 
gine, sont les homologues de celles de la lave de 1631 à Portici : elles sont 
tapissées par des plagioclases et par de l'hypersthène, minéral qui n'existe 

(1) La Montagne Pelée et ses éruptions, p. 546. 



*2« A. LACROIX. 

pas dans ce basalte, très riche en olivine. Il forme des lamelles aplaties 
suivant g { (avec r/«, g 1 , £ 3 , é*) et des faces de la zone gW f ; tandis que le 
feldspath normal est de l'anorthite, le feldspath néogène varie de la 
bvtownite à l'andésine. 

Cette disposition des minéraux pneumatolytiques est peu habituelle (1) 
aux basaltes doléritiques, dans lesquels on trouve plus généralement des 
cavités miarolitiques, tapissées par des cristaux des éléments nor- 
maux, auxquels viennent rarement s'ajouter quelques minéraux d'origine 
pneumatoly tique. Tel est le cas du basalte de Londorf ( Vogelsberg), décrit 
par Streng (2), qui a bien voulu me guider dans cette localité en 1891. 
Dans les druses, riches en cristaux automorphes d'andésine, d'augite, 
d'olivine, régulièrement groupés avec des lames d'ilménite, se trouvent, 
çà et là, des aiguilles de hornblende et des lamelles de tvidymite. 

Il est cependant des basaltes doléritiques dans lesquels les cristaux de 
feldspaths, renfermés dans les cavités, doivent être attribués à des 
actions autres que celle de la voie ignée. Tel est, en particulier, le cas 
pour le basalte des îles Cyclopes (Sicile), que j'ai eu l'occasion de visiter 
en 1905; on y trouve des lamelles d'anorthite (3) (cyclopite, beffanite\ 
associées à des trapézoèdres d'analcime] tantôt ils sont implantés sur 
cette zéolite, tantôt ils sont recouverts par elle. Il s'agit là par suite 
d'une formation à une température bien inférieure à celle de la cristal- 
lisation des autres minéraux étudiés dans ce Mémoire. Ce mode de gise- 
ment établit le passage au cas de la production des zéolites, qui appa- 
raissent parfois, comme au Puy-de-Marman (Puy-de-Dôme), dans de 
grandes cavités de basaltes compacts, tout à fait intacts. 

(ij Je signalerai cependant un basalte doléri tique de Borligali (Sardaigne), dans les nombreuses 
cavités builouses duquel j'ai trouvé en abondance des cristaux d'hyperstbène et des lames de 
biotite qui rappellent par leur disposition l'iiypersthùne de l'andésite de Besse. C'est dans une 
labradorite augitique et sans doute dans des conditions analogues, que se trouve, à Acicatena 
(Sicile), la xiphonite de M. Plalania. 

[-2] Seues Jahrb., 1888, t. 11, p. 181. Le basalte de Bouzentès, près de Saint- Flou r (Cantal), est 
remarquablement analogue, comme structure, à celui de Londorf. 

(3) Des Gloizeaux, Manuel de Minéralogie, t. 1, 1862, p. 303 et 357, et von Lasaulx, Zeitschr ./". 
Kryst., t. V, 1880, p. 326. 



CHAPITRE VI 

LES ROCHES ÉRUPTIVES DE LA SOMMA ET DU VÉSUVE 

Les laves basiques de la Somma et du Vésuve, formant les leucit- 
téphrites étudiées plus haut, ont surtout appelé l'attention des minéra- 
logistes ; bien peu de choses ont été publiées sur les roches blanches ou 
tout au moins de couleur claire, qui ne forment pas de gisements en 
place, il est vrai, mais constituent une grande partie des tufs de la Somma 
et des couches qui recouvrent Pompéi et Herculanum. Leur connaissance 
est cependant indispensable, si l'on veut avoir une vue d'ensemble sur la 
constitution pétrographique du Massif volcanique tout entier. 

M. Fouqué a le premier montré (1) que la ponce de l'an 79 est leuci- 
tique, et il en a donné une analyse partielle. J. Roth, au point de vue 
chimique (2), M. Sinigallia (3), au point de vue minéralogique, ont 
consacré quelques pages aux ponces de ce massif volcanique; mais ils ont 
réuni dans une commune description celles de Pornpéi et celles de la 
Somma, qui, en réalité, sont différentes. Enfin M. Johnston Lavis a 
donné quelques descriptions minéralogiques sommaires de roches plus 
variées (4). 

J'ai moi-même, à diverses reprises, et notamment dans mon livre sur 
les Enclaves des roches volcaniques, brièvement étudié quelques roches 
de la Somma et montré parmi elles l'existence de types qui doivent 
être considérés comme des formes de profondeur du magma leucitique ; 
j'y fais allusion déjà page 50. 

Je n'ai pas l'intention d'entreprendre ici une description complète de 
toutes ces roches intéressantes; je voudrais seulement, en définissant 
quelques-unes d'entre elles, tant au point de vue minéralogique que 

(1) C. Rendus, t. LXXIX, 1874, p. 869. 

(2) Studienam Monte Somma, op. cit. 

(3) Op. cit., p. 427. 

(4) Quaterly Journ, London, t. XL> 1884, p. 35. 



128 A. LACROIX. 



chimique, montrer leur intérêt et leur importance et faire voir surtout 
que la complication de composition pétrographique du massif du Vésuve 
est infiniment plus grande qu'on ne l'admet généralement. 



I. — Roches mlcrolitlques. 

1° Roches avec leucite. 

a. Ponces blanches de Pompéi. 

Il y a peu de chose à dire au point de vue minéralogique sur les ponces 
blanches de Pompéi ; elles sont légères, flottent sur l'eau; elles sont en 
général assez bien calibrées, de la grosseur d'une noisette, arrondies 
par frottement mutuel, comme il convient à des ponces ayant subi un 
trajet aérien d'une dizaine de kilomètres; mais il existe aussi des blocs 
de grande dimension. A l'œil nu, on ne voit guère que du verre 
incolore. 

L'examen microscopique montre les innombrables cristaux de leucito 
(0"",02 à mm ,12) signalés par M. Fouqué; ils sont distribués dans du 
verre et généralement pauvres en inclusions. On distingue un très 
petit nombre de cristallites d'augite; les phénocrislaux prédominants 
sont constitués par de l'augite, par de la hornblende, semblable à celle qui 
sera étudiée plus loin dans un trachyte, par de l'orthose, de la biotite, de la 
magnétite. M. Fouqué a signalé de l'olivine, M. Rosenbusch (1) de Tanor- 
thite, minéraux que je n'ai pas rencontrés moi-même ; par contre, plu- 
sieurs des échantillons que j'ai étudiés contiennent du mélanite, dusphène. 
Ces phénocristaux étant peu abondants, il serait nécessaire d'examiner 
un nombre considérable de préparations pour être certain de n'avoir 
laissé passer aucun des éléments constituants accidentels. Notons, 
en terminant, que la roche est souvent ponctuée de calcite secondaire. 

L'analyse a, faite, comme toutes celles de ce Mémoire, par M. Pisani, 
montre que cette ponce est différente de celles de la Somma, qui corres- 
pondent à plusieurs des roches qui vont être étudiées plus loin. Je 

(1) Mikrotkop. Physiogr., 1896, p. 1201. 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 129 

reproduis en b la composition chimique de la leucitphonolite de Poggio 
Muralella (lac de Bracciano), par M. Washington (1), et enc, celle de la 
syénite néphélinique de Beemerville (New Jersey), par Eakins, qui 
peuvent être comparées à notre roche au point de vue chimique. 

SiO 2 Al'OWO* FeO MgO CaO Na*0 K*0 H 2 TiO 2 P 2 5 Cl 

a. 54,50 21,70 0,80 1,98 0,54 3,20 0,40 9,14 0,89 0,27 » 0,49 = 99,91 

6.55,87 20,85 2,34 1,10 0,48 3,07 4,8110,49 0,34 0,79 0,71 » — 100,55 (2) 

c. 53,56 24,43 2,19 1,22 0,31 1,24 0,48 9,51) 0,93 » 0,10(MnO)= 99,90 

Cette composition correspond à la hrcmerose (I. 6. 1. 3) de la classi- 
fication chimicominéralogique quantitative. 

Dans une classification minéralogique, cette roche doit (Hrc considérée 

comme une phonolite leucitique (leucitphonolite), bien que l'absence de 
microlites d'orthose puisse faire critiquer ce(te appellation. 

b. Leucittèphrites à gros cristaux de leucite. 

Ces roches abondent à la Somma et se trouvent dans toutes les collec- 
tions ; elles sont essentiellement caractérisées par des phénocristaux de 
leucite, pouvant atteindre 3 centimètres de diamètre, enveloppés dans 
une pâte grise, poreuse, âpre au toucher (pi. X, fig. 1 ). Ces trapézoèdres, 
à faces planes, ne sont que rarement tout à fait adhérents à leur gangue; 
le plus souvent, ils peuvent en être facilement détachés; parfois ils sont 
à moitié libres dans une cavité scoriacée. Souvent il existe aussi des phé- 
nocristaux de sanidine, qui sont fréquemment encastrés dans la leucite. 

L'étude microscopique montre l'abondance d'unpyroxène à zones régu- 
lièrement concentriques, présentant parfois la structure en sablier; ses 
cristaux sont généralement incolores ou à peine verdàtres dans leur 
partie centrale, mais verts de diverses nuances à leur périphérie (augite 
œgyrinique, avec angle d'extinction atteignant 63° dans g 1 ) ; le pléo- 
chroïsme est intense (/? = jaune verdàtre, n m = vert jaune, n p — vert 
d'herbe foncé, n t > n m > n g ) (3). 

(1) Op. cit., p. 47. 

(2) Y compris Zr0 2 = 0,07, SO 3 = 0,14, BaO = 0,09. 

(3) In Iddings, Bull. U. S. Geol. Survcy, n° ioO, 1898, k :i). 

Nouvellbs ÀKCHivBS du Muséum, 4 e série. — IX. 1 { 



*30 A. LACROIX. 

On peut distinguer les deux types suivants parmi ces roches. 
Type I. — Les phénocristaux de leucite (biréfringents) et d'augite 
sont accompagnés d'une grande quantité de plagioclases zones (pi. IX, 
fîg. 2). Souvent la partie centrale de ces derniers est limpide, mais, sur 
les bords, ils renferment d'abondantes inclusions vitreuses, scoriacées, 
assez cantonnées pour déterminer localement une sorte de structure en 
cassette. Les mélanges basiques (labrador à bytownite) dominent; parfois 
il existe en outre une fine bordure périphérique à extinction presque 
longitudinale dans la zone de symétrie. Les phénocristaux de leucite 
renferment des inclusions de cristaux ou de cristallites d'augite, de grains 
de magnétite, ainsi que des inclusions vitreuses, d'ordinaire en partie 
dévitrifiées. 

La pâte de la roche est constituée par une très grande quantité de 
petits trapézoèdres monoréfringents de leucite (pi. IX, fig. i), accom- 
pagnés de cristallites, plutôt que de microlites, filiformes d'augite, par 
des microlites feldspathiques, qui, dans les sections minces, se montrent 
sous forme de baguettes très allongées ; les extinctions dominantes sont 
longitudinales ou se font sous de petits angles qui ne dépassent pas ceux 
de l'andésine.La teneur constante en chlore indique l'existence de sodalite, 
que je n'ai pu discerner d'une façon certaine par l'examen microscopique. 
L'abondance de la leucite d'une part, l'acidité des plagioclases 
microlitiques et la nature du pyroxène en phénocristaux constituent 
les traits minéralogiques caractéristiques de cette roche, qui se distingue 
de toutes les leucittéphrites basiques du Vésuve et de la Somma. 

Type IL — Ce type diffère du précédent par la présence de phéno- 
cristaux de sanidinc, par la moindre abondance du plagioclase, par 
l'existence de grandes lames souvent tordues de biotite ; enfin sa pâte 
est différente aussi; les microlites feldspathiques sont beaucoup moins 
nombreux, souvent même ils manquent presque entièrement ; la leucite 
est moins apparente, bien que toujours abondante ; enfin il existe une 
quantité considérable de baguettes d'augite, de microlites et de cristal- 
lites d'augite et de biotite; la magnétite abonde sous forme de ponctua- 
tions excessivement fines, alors que dans la roche précédente elle se 
trouve plutôt en phénocristaux. 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 131 

Comme caractère distinctif avec le type I, je signalerai encore qu'assez 
souvent l'augite œgyrinique est de couleur moins foncée. Je noterai 
enfin dans certaines plaques l'existence du mélanite, entouré par une 
couronne de résorption formée d'augite et de magnétite. 

Dans quelques échantillons, la proportion de biotite microlitique 
augmente, celle du plagioclase diminue encore : ces roches établissent un 
passage évident, à faciès lamprophyrique, au type de trachyte dont je 
vais m'occuper plus loin. 

Enfin, dans plusieurs cas, j'ai rencontré une scapolite d'origine secon- 
daire (pneumatolytique), dont les grandes plages s'insinuent dans les 
pores de la roche ou épigénisent en partie les feldspaths. 

Bien qu'elles ne renferment pas de microlites feldspathiques, je 
rapporte à ces roches les ponces d'un gris verdàtre, qui abondent à la 
Somma (ravin de Pollena entre autres), et que l'on trouve aussi dans les 
fouilles découvertes d'IIerculanum et à Pompéi ; elles se distinguent des 
ponces blanches par leur richesse en microlites d'augite et de biotite. 

La composition chimique de ces leucittéphrites est la suivante : 
a. type I ; b. type II. 

SiO* Al*0 3 Fe 2 3 FeO MgO CaO NaH) K 2 TiO* Cl II 2 
a. 51,10 20,30 1,(57 3,31 1,82 7,12 5,20 7,84 0,84 0,58 0,37 = 100,15 
b. 51,85 21,30 1,85 3,32 1,49 6,32 3,80 7,70 0,81 0,52 0,77 = 99,64 

Ces analyses montrent que les deux types ont sensiblement la même 
composition; j'y reviendrai plus loin. Cette roche est à rapporter à la 
borolanose (II. 6. 2. 3) de la classification chimico-minéralogique. 

Au point de vue minéralogique, les variétés de ces roches riches en sani- 
dine peuvent, dans une certaine mesure, être comparées au leucitporphyr, 
trouvé par M. Sauer (1) en filons minces dans les environs d'Ober- 
wiesenthal (Erzgebirge) : cette roche renferme aussi du grenat méla- 
nite, mais contient toujours en outre de la haûyne, en cristaux distincts. 

c. Leucitites produites par ewlomorphisme. 
J'ai décrit jadis (2) des roches fort curieuses, extrêmement hétéro- 

(1) Erlaiïter. zur Section Wiesenthal. Spezial Karte Sachsen. 

(2) Les enclaves des roches volcaniques, p. 281. 



*S2 A. LAGI10IX. 

gènes, qui, dans une classification minéralogique, doivent être considé- 
rées comme des leucitites, puisqu'elles ne contiennent pas de feldspaths 
et qu'elles sont essentiellement constituées par de Faugite et de la 
leucitc; mais cette composition me parait résulter en réalité d'une 
transformation chimique d'un magma qui, normalement, eût fourni une 
toute autre roche. 

Ces roches présentent deux termes extrêmes : l'un a une pâte com- 
pacte, verte ou rougeâtre par altération ; on y distingue à l'œil nu de 
gros cristaux généralement arrondis (pouvant atteindre plus de 1 centi- 
mètre) d'augite vert-bouteille, d'olivine jaune entourée d'une gaine de 
biotite, des lames de biotite, des grains de grenat mélanite et fort rare- 
ment de l'orthose. Elles englobent en abondance des fragments anguleux 
de calcaires plus ou moins transformés; souvent on ne distingue plus 
que la place de ceux-ci ; ils ont disparu, laissant des cavités polyédriques, 
que tapissent de petits cristaux transparents ou translucides de pyroxène 
vert clair, reposant sur une zone micacée : souvent ce pyroxène supporte 
lui-même des minéraux blancs bien cristallisés : nèphèline, davyne, 
cavolinite, humboldtilite , ca/cite, etc. 

Le second type, beaucoup plus cristallin, diffère du précédent en ce 
qu'il est à plus gros éléments; les blocs qu'il constitue sont souvent 
fragiles ; les cristaux d'augite y atteignent parfois plusieurs centimètres ; 
les lames de biotite sont également de plus grande taille. Enfin quelques- 
uns de ces blocs renferment de grandes géodes, où l'on voit en particulier 
des cristaux de mrcolite, de humboldtilite, de cavolinite, de davyne, 
d'augite, de wollastonite, de grossulaire, de calcite, etc. Ces minéraux, 
d'ailleurs, ne se trouvent pas seulement en cristaux distincts; ils 
imprègnent aussi la roche (structure pœcilitique avec l'augite en particu- 
lier), ou y forment çà et là avec le pyroxène des agrégats grenus à 
grands éléments, qui sont souvent grenatifères. 

L'examen microscopique montre que tous les phénocrislaux de ces 
roches sont généralement corrodés ; la biotite et la hornblende sont alors 
transformées sur les bords en agrégats de petits grains d'augite ; le méla- 
nite prend une structure vermiculée. La figure 3 de la planche IX montre 
l'aspect du pyroxène, presque incolore, en lames minces, dont les frag- 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 133 

ments brisés (1) sont bordés de pyroxène vert clair. Cette figure et la 
suivante donnent en outre une idée de la structure de la pâte des deux 
types de cristallinité différente, mais de composition identique ; le fond 
des roches est constitué par de la leucite, riche en petites aiguilles 
d'augite souvent régulièrement distribuées, en microlites ou en grains 
d'augite. D'une façon générale, la magnétite est presque entièrement 

absente. 

Même dans l'étendue d'une même préparation, on voit la pro- 
portion de l'augite varier considérablement; la leucite peu à peu 
devient moins abondante, tantôt sur de grandes surfaces, tantôt par 
taches seulement, et l'on rencontre fréquemment de petits îlots, 
uniquement constitués par des grains d'augite, associés ou non à des 
lames de biotite. Cet enrichissement en augite est incontestablement 
le résultat de la digestion de ces débris calcaires, dont les restes 
sont visibles déjà à l'œil nu. La figure 5 de la planche IX montre une 
enclave de ce genre, assez petite pour avoir pu être photographiée 
en entier avec un grossissement de 8 diamètres. La figure 6 de la 
même planche représente le contact de cette enclave avec la roche 
englobante ; à droite et en bas, la roche volcanique est presque 
noire, car elle est vue en lumière polarisée parallèle, et la leucite 
y abonde; on voit ensuite, en se déplaçant vers la gauche, 
une zone très finement grenue, uniquement constituée par de 
l'augite; plus loin, se développe une zone de biotite, puis au delà, 
le calcaire, très cristallin, renfermant quelques cristaux de mica et 
de pyroxène. 

L'absorption du calcaire ne détermine pas toujours la production des 
mêmes minéraux, c'est ainsi par exemple que, dans quelques échan- 
tillons, j'ai rencontré de petits rhombododécaèdres de grossulaire, pré- 
sentant les anomalies optiques de la pyrénéite, ou bien de petits nodules 
de wollastonite ou de wollastonite et d'anorthite, avec ou sans pyroxène 
et plus rarement avec méionite ; ces cornéennes en miniature préparent 

(1) L'augite se trouve aussi en cristaux intacts, généralement verts : j'ai observé une seule fois, 
dans un cristal de ce genre, la macle suivant p (001), accompagnée de plans de séparation, qui 
est peu habituelle dans le pyroxène des roches volcaniques. 



134 a. LACROIX. 

ces blocs de composition semblable, qui, on Ta vu page 57, abondent 
parmi les enclaves énallogèncs de la Somma. 

Je considère donc les roches étudiées ici comme le résultat d'un endo- 
morphisme par digestion de calcaire, et je pense que le magma modifié 
est celui qui, dans des circonstances favorables, a fourni les leucittéphrites 
à grosses leucites. On remarquera du reste l'analogie de structure que 
présente la pâte de ces roches endomorphes avec celle des leucitté- 
phrites auxquelles je fais allusion et dont une plaque est représentée 
par la figure 1 de la planche IX. La comparaison s'impose d'une façon 
toute particulière avec la variété de ces leucittéphrites, dans laquelle 
les microlites feldspathiques ont disparu. 

Si mon hypothèse est exacte, la dissolution du calcaire par le magma 
a dû s'effectuer, alors que les phénocristaux étaient déjà en partie formés ; 
par suite du changement de composition du magma ainsi endomorphisé, 
ils ont subi une corrosion de la part de celui-ci. Ce mécanisme est com- 
parable à celui dont j'ai suivi la marche dans mon étude (1) des andésites 
constituant les murs de la ville de Saint-Pierre, qui ont été fondus au 
cours de l'incendie consécutif à l'éruption du 8 mai 1902 : j'ai montré 
comment, au voisinage du mortier, la pâte de l'andésite à hypersthène s'est 
chargée d'augite et de plagioclases basiques, de telle sorte que la roche 
rc cristallisée a conservé ses phénocristaux originels, tandis que sa pâte, 
entièrement transformée, a pris la composition de celle d'une roche basal- 
tique. Ces phénomènes se sont incontestablement produits à la Martinique 
par simple fusion ignée, sans l'intervention possible d'aucun agent volatil ; 
le phénomène tel que je viens de le décrire dans les roches du Vésuve peut 
s'expliquer de la môme façon, tant qu'il ne s'agit que du pyroxène ; mais, 
dans bien des cas, il faut imaginer en outre des actions plus compliquées, 
qui sont à rapprocher de celles décrites plus haut dans l'étude des blocs 
de l'éruption de 1906. Souvent, en efTet, au voisinage des géodes, d'autres 
fois dans une partie quelconque de la roche, alors qu'en lumière natu- 
relle la leucite parait intacte, on voit, grâce à l'examen en lumière 
polarisée parallèle, que celle-ci a été transformée en nèphèline, en davyne 

(1) La Montagne Pelée, op. cit., p. 629. 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 135 

ou en sodalite\ plus rarement il existe en outre de Vorthose néo- 
gène, etc. (1). Ces mômes minéraux se développent aussi dans les 
fragments de calcaires enclavés dans les mômes roches, et ce sont eux en 
particulier que Ton trouve cristallisés dans les druses. 

Les phénomènes présentés par les roches qui nous occupent sont donc 
complexes, et ils ont été successifs; tout d'abord absorption de calcaire, 
dissolution avec fixation de produits volatils, quand il y a eu formation de 
biotite, de feldspathoïdes, de sodalite par exemple, puis plus tard, alors 
que la roche était déjà consolidée et probablement dans son gisement 
originel, se sont produits des phénomènes pneumatoly tiques, qui ont 
apporté, entre autres éléments, de la soude et ont ainsi déterminé des 
transformations aux dépens des minéraux formés dans le stade précédent. 

Ces constatations ont à mes yeux une grande importance, car elles 
apportent une confirmation aux idées que j'ai souvent défendues sur le 
mécanisme des phénomènes endomorphes (2) des roches de profon- 
deur, à savoir qu'ils ne consistent pas uniquement dans la dissolution 
de roches étrangères, fournissant au magma seulement leur propre 
substance; cette dissolution est accompagnée en outre par la fixation 
des éléments volatils ou transportables émanés de ce magma à l'aide 
de processus complexes : les roches en discussion nous montrent à 
l'œuvre l'un d'entre eux. 

La discussion complète de cette question sort des limites que je me 
suis assignées dans ce Mémoire et demanderait à être éclairée par un 
grand nombre d'analyses; je donnerai seulement à l'état d'indication 
la suivante, faite sur la roche représentée par la figure 3 de la planche IX. 

SiO*. Al'O 3 . Fe*0 3 . FeO. MgO. CaO. Na*0. K'O. TiO 2 . P*O r \ Cl. SO 3 . H 2 0. 

47,31 15,10 0,42 3,67 8,55 13,10 3,04 5,92 0,78 0,06 0,50 0,48 0,66 = 99,65 

Cette composition correspond à une case vide de la classification 
chimico-minéralogique (III. 8. 2. 3). 

(1) Ces minéraux néogènes se présentent soit en petits grains, soit t n grands cristaux, englo- 
bant pœcilitiquement toute la pâte de la roche et en particulier beaucoup des grains d'augite, qui 
jalonnent la forme des cristaux épigénisés de leucite. 

(2) Le granité des Pyrénées et ses phénomènes de contact (Bull. cart. gèoL France, n° 71, 1900, 
p. 26). 



136 A. LACROIX. 



2° Roches sans leucite. 
a. Trachyte micacé. 

Cotte roche a une pâte poreuse, rappelant celle de la leucitté- 
phrite à grandes leucites ; mais elle en diffère dès le premier abord par 
sa couleur verdâtre et par l'absence de phénocristaux de leucite. On y 
distingue, à l'œil nu, de nombreux cristaux de sanidine, souvent brisés, 
quelquefois maclés suivant la loi de Carlsbad, atteignant 1 centimètre de 
plus grande dimension, puis de très petites aiguilles de hornblende et 
des lamelles de biotite. 

La caractéristique de cette roche, c'est qu'elle renferme toujours une 
grande quantité de fragments anguleux de calcaires, le plus souvent peu 
ou pas modifiés. C'est la roche que A. Scacchi, dans son catalogue, a appe- 
lée lava a breccia (1). Dans certains échantillons, le volume des fragments 
englobés est presque supérieur à celui de la roche qui les englobe. À ce 
point de vue, cette dernière est tout à fait comparable à la tinguaïte du 
Bekotapo (Madagascar), que j'ai figurée dans un mémoire antérieur (2) ; on 
verra plus loin d'ailleurs que sa structure fait penser à une origine 
filonienne. 

Sa composition minéralogique et sa structure peuvent être définies en 
peu de mots ; ce sont celles du type II des leucittéphrites précédentes, à 
l'exclusion de la leucite. De plus, un grand nombre des phénocristaux 
sont brisés; ceux d'orthose prédominent toujours sur ceux de plagio- 
clases, et ces derniers peuvent môme manquer complètement. 

L'augite se présente sous deux aspects : des cristaux incolores sont 
généralement brisés, ils sont bordés par de l'augite œgyrinique ; celle-ci 
forme en outre des cristaux à formes nettes. Il n'est pas rare de rencontrer 
des cristaux dans lesquels la disposition est inverse de celle qui vient 
d'être indiquée, c'est-à-dire dont le centre est vert et les bords incolores. 
Ce pyroxène incolore est quelquefois très corrodé, partiellement fondu, 

(1) C'est probablement cette roche (lava a breccia) que M. P. Franco a décrite (Rend. Accad. 
Set. Napoliy 1889) ; il y signale de l'idocrase et de l'épi dote, minéraux que je n'y ai pas observés: 

(2) Les roches alcalines caractérisant la province pétrographique d'Ampasindava (Nouvelles 
Archives du Muséum, t. V, 1903, (pi. VU, fig. 1). 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 437 

et, dans les sinuosités dont il est creusé, s'observent des aiguilles, orientées 
entre elles, d'une augite verdàtre, recristallisée. Ces phénocristaux se 
comportent comme s'ils avaient été arrachés à une roche préexistante. 

Quelques échantillons renferment un peu de la hornblende qui va 
être décrite plus loin, dans les phonolites. Il existe parfois quelques 
phénocristaux de sodalite et aussi de haùyne incolore, facile à recon- 
naître à ses inclusions ferrugineuses. Il faut signaler en outre, mais 
exceptionnellement, des phénocristaux corrodés d'olivine, de nêphéline 
(gros prismes hexagonaux), de mélanite (avec corrosion périphérique en 
augite regyrinique d'un vert très foncé et magnétite), de sphène. Tous 
sont distribués dans une pâte, sans action sur la lumière polarisée, 
criblée d'une grande quantité de longs microlites d'augite et de très fines 
paillettes de biotite. Ils donnent à cette roche un aspect lamprophyrique 
indéniable. 

En terminant, je signalerai l'existence de scapolite automorphe 
offrant l'apparence de phénocristaux, et je la considérerais comme telle, 
si l'examen de tant d'autres roches de la Somma ne montrait comment 
ce minéral peut se présenter avec une semblable apparence, malgré 
son origine secondaire. Les pores de cette roche sont tapissés par de la 
calcite, enlevée par dissolution aux enclaves calcaires. 

Je rapporte au même type des ponces, d'un gris verdàtre (ravin 
de Pollena) se distinguant de celles des leucittéphrites par l'absence de 
leucite , par l'abondance du verre et par la rareté consécutive des microlites. 

Analyses : a. du type ponceux; b. du type le plus cristallin; c. d'une 
ponce de Cisternapar J. Roth (1) : 

SiO 2 . Àl f O». Fe 2 0*. FeO. MgO. CaO. Na 2 0. K*0. TiO 2 . P 2 0*. Cl. H 2 0. 

a. 52,20 19,21 1,20 3,25 3,34 6,55 5,75 6,65 0,84 tr. 0,25 1,00 — 100,24 

b. 53,13 19,90 1,09 2,93 3,15 6,11 5,92 6,63 0,42 tr. 0,33 0,54 = 100,15 

c. 52,22 19,85 3,32 2,55 2,31 6,24 5,52 6,37 n.d. n.d. n.d. 1,96 = 100,34 

Cette composition, analogue à celle des leucittéphrites précédentes, 
conduit au même type chimico-minéralogique, la borolanose(\\. 6. 2. 3) (2). 

(1) Studien am Monte-Somma, op. cit. 

(2) J'appelle cette roche un trachy te, parce que les seuls minéraux blancs qu'elle renferme appar- 
tiennent à l'orthose ; ce n'est pas absolument correct au point de vue de la nomenclature miné- 

Nouvelles Archives du Muséum, 4« série. — IX. 18 



138 A. LACROIX. 

b. Trachyte phonolitiqae à sodalite. 

J'ai rencontré, dans le haut ravin de Pollena, une roche grise, tachetée 
de blanc et offrant les caractères extérieurs d'une phonolite. Elle con- 
stitue à elle seule un amas de blocs affleurant sur quelques mètres 
carrés dans le talus d'un sentier ; je ne l'ai rencontrée nulle part ailleurs. 

À l'œil nu, on ne distingue qu'un très petit nombre de cristaux de feld- 
spath; en lames minces, on constate que celui-ci, qu'il soit en microlites 
ou en phénocristaux, est constitué par de Forthose sodique ; les microlites 
très minces déterminent par leur aplatissement suivant g 1 et leur empi- 
lement la structure typique des phonolites. 

Quand on examine une préparation microscopique de la roche en bais- 
sant le condenseur du microscope, on constate, comme dans la figure 1 de 
la planche VIII, l'abondance de la sodalite; mais elle forme de grandes 
plages cristallitiques, bordées ça et là de formes géométriques : elles 
englobent pœcilitiquement le feldspath. Je n'ai pu mettre en évidence 
la néphéline, bien qu'il en existe sans doute. 

La roche renferme une augite aegyrinique assez peu biréfringente, très 
nettement pléochroïque ; elle se présente surtout en microlites, mais 
forme aussi quelques phénocristaux, dont les bords n'ont pas toujours 
des formes géométriques. A signaler enfin un peu de sphène. 

L'analyse suivante a été faite sur cette roche : 

SiO*. Al*0 8 . Fe'O 3 . FeO. MgO. CaO. Na'O. K'O. TiO*. P*0\ Cl. 
a. 58,01 20,20 0,47 2,48 1,51 2,«U 5,20 8,66 0,39 Ir. 0,64 = 100,62 

La place de ce trachyte dans la classification chimico-minéralogique 
est un peu différente suivant la façon dont on conduit le calcul, car elle se 
trouve à la limite du premier et du second ordre ; si, en effet, on calcule 
tout le fer et la magnésie comme métasilicates, après déduction de l'ilmé- 
nite et de la magnétite, la roche correspond à laprocénose (I. 6. 2. 3) ; si on 
les distribue entre des orthosilicates et des métasilicates, suivant le procédé 
employé pour les autres roches, elle se range dans la borolanose (II. 6. 2. 3). 

ralogique française, puisqu'il n'y a pas d'orlhose microlitique ; c'est dans les cas de ce genre 
qu'un nom tiré d'une localité peut se légitimer; on pourrait l'appeler pollcnitc et dire qu'elle est 
à la le uci ttéphrite à grands cristaux de leucite ce que la vérité est aux andésites à biotite. 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. «9 



c. Phonolites à grands cristaux de sanidine. 

Je désigne ces roches sous le nom de phonolites, à cause de leur compo- 
sition minéralogique et chimique, mais elles présentent les caractères 
extérieurs de trachytes. Dépourvues de fissilité, elles ont une pâte com- 
pacte ou poreuse, colorée en gris ou en jaunâtre. Elles renferment en 
abondance des phénocristaux d'orthose vitreuse, dépassant parfois 1 cen- 
timètre; ils sont généralement aplatis suivant g 1 et un peu allongés 
suivant pg l . A l'œil nu, on distingue en outre quelques petites aiguilles 
d'amphibole ou de pyroxène et plus rarement des grains de mélanite d'un 
brun noir. Ces roches présentent des variétés tout à fait poreuses ; 
l'examen microscopique conduit à y établir deux types. 

Phonolites à faciès tinguaïtique. — La caractéristique de ce type consiste 
dans la composition de sa pâte, qui est constituée par des microlites 
filiformes d'orthose, accompagnés de paillettes de biotite, si pléochroïques 
que, malgré la petitesse de leurs sections transversales filiformes, 
le minéral est opaque dans la direction de n et de n m . Dans l'intervalle 
des microlites de feldspath et de mica, se trouvent de petites plages 
irrégulières de sodalite ou de néphéline; de loin en loin, ce dernier 
minéral est déterminable, grâce à ses formes géométriques. 

Les phénocristaux sont nombreux et intéressants : ceux d'orthose 
(quelquefois maclés suivant la loi de Carlsbad) ont une certaine tendance 
à se réunir pour former de petites ségrégations ; ceux de nèphèline (prismes 
hexagonaux souvent groupés) sont fréquemment englobés par l'orthose. 
Je signalerai en outre des phénocristaux de sodalite et exceptionnellement 
fthaùyne. reconnaissables à leurs inclusions ferrugineuses ; leur déter- 
mination i été appuyée en outre par des essais chimiques. 

Un élc iflentferromagnésien, qui ne manquejamais, estune amphibole, 
extraord nairement pléochroïque dans les teintes suivantes : n = vert- 
bouteille n m = vert brun ; n = jaune verdàtre. L'absorption est sensible- 
ment la neme suivante et w , mais toujours telle que les sections per- 
pendicul lires à la bissectrice aiguë n sont presque opaques, même en 
lames m nces, aussi ne per» lettent-elles pas de déterminer exactement 



*40 a. LACROIX. 

Técartement des axes, qui est très petit; en lumière blanche, le minéral 
a presque l'apparence d'une substance uniaxe. L'angle d'extinction dans g 1 
ne dépasse pas en général 12°. La dispersion est forte p>v. Cette amphi- 
bole, peu biréfringente, doit être rapprochée de celle de la tinguaïte de 
Cabo Frio, étudiée par M. Wright (1). Elle est assez fréquemment maclée 
suivant h 1 et présente dans la zone verticale les faces m et A 1 . 

Il y a lieu de signaler en outre, dans quelques échantillons, fort peu 
d'augite verdâtre, du sphène et presque toujours du grenat mêlanite, en 
gros rhombododécaèdres zones, qui englobent parfois la hornblende. 
L'abondance de petites baguettes de biotite dans la pâte de cette roche, 
bien que ce minéral ne constitue, comme masse, que fort peu de chose, 
évoque une comparaison avec les roches tinguaïtiques. 

Un échantillon, que j'ai recueilli dans le ravin de Pollena a un intérêt 
spécial : il s'agit d'une roche grise, un peu scoriacée, englobant de nom- 
breux fragments de calcaire; elle est médiocrement riche en phénocristaux 
d'orthose ; sa pâte, par contre, renferme une grande quantité de paillettes 
de biotite groupées en rosettes, qui offrent la disposition du même miné- 
ral dans une tinguaïte filonienne du ravin d'Antsohanina (Madagascar), que 
j'ai décrite antérieurement (2). La pâte ne renferme que peu de feldspath, 
localement disposé en véritables sphérolites (à allongement négatif), 
dontles fibres sont parallèles aux rayons des rosettes de biotite. Le fonddc 
la roche est en grande partie monoréfringent ; on y observe seulement çà 
et là de petits prismes hexagonaux de néphéline, qui occupent quelquefois 
le centre des sphérolites feldspalhiques. Enfin je dois signaler quelques 
rares phénocristaux de labrador ; la roche, comme les précédentes, 
contient un peu de sphène, de hornblende et de mêlanite. 

Je donne ci-contre l'analyse de deux échantillons [a et b) du type moyen 
de ces phonolites, et comme comparaison celles de la syènite nèphèli- 
niquede Pocos de Caldas (Brésil) (3) par Machado et du trachyte à haûyne 
du lac de Laach, par Bruhns(4) : 



(1) Tschermak's min. u. petr., t. XX, 1901, p. 285. 

(2) ?\ouvetles Archives du Muséum, t. V, 1903, pi. XIII, fi g. 103. 

(3) Tscltermak's min. u. petr. Mitteil, t. IX, 1888, 34!>. 

(4) VcrhandL Mederh. Ver., t. XLVUÏ, 1891, p. 298. 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 141 





«. 


6. 


c. 


d. 


SiO 2 


50,10 


56,10 


53,10 


57,40 


Al 2 O a 


22,90 


22,65 


22,50 


23,09 


Fe 2 3 


0,47 


0,59' 


5,10 


1,94 


FeO 


1,49 


1,48 


n. d. 


n. d. 


MgO 


0,26 


0,62 


0,15 


0,13 


CaO 


1,73 


2,27 


2,15 


1,66 


Na 2 


8,50 


8,27 


8,49 


8,12 


K 2 


7,10 


7.09 


6,48 


5,70 


TiO 1 


tr. 


0,07 


» 


0,41 


P 2 5 


tr. 


tr. 


» 


» 


Cl 


0,58 


0,50 


» 


» 


SO 3 


» 


» 


» 


0,57 


11*0 


0,99 


0,10 


1,65 


1,18 



100,32 99,74 100,43 100,20 

Cette composition se rapporte au type miaskose (I. 6. 1 . 4), qui, au point 
de vue minéralogique, comprend surtout des roches de la série des syénites 
néphéliniques. Il n'est pas sans intérêt de comparer nos roches au trachyte 
à haûyne du lac de Laach, qui appartient à un type très voisin la viezze?io$e 
(I. 6. 2. 4), caries sanidinites à noséane de ce dernier gisement présentent 
avec ce trachyte la très grande analogie de composition chimique qui 
existe entre les phonolites que nous étudions ici et les sanidinites des 
tufs de la Somma, dont il est question à la page suivante. 

Le second type, dont j'ai parlé plus haut, est constitué par une roche à 
pâte plus compacte, qui n'en diffère que par la pauvreté en microlites de 
feldspath et par l'absence de microlites de mica. Les phénocristaux et 
particulièrement ceux de néphéline y sont aussi moins abondants ; on y 
rencontre plus souvent peut-être de l'augite, qui est fréquemment entourée 
par l'amphibole. Ces différences sont peu considérables et tiennent peut- 
être simplement à un refroidissement plus brusque ; ce qui me conduit à 
cette hypothèse, c'est que ces roches passent à des types très ponceux, 
qui, eux aussi, manquent de microlites de mica. Je n'ai pas d'analyses per- 
mettant d'appuyer cette analogie sur une discussion chimique (1). 

Un caractère commun à toutes les roches comprises dans ce paragraphe 
consiste dans la fréquence des grands cristaux de scapolite. Dans certains 

(1) 11 est probable que c'est une roche de ce groupe que M. P. Franco a trouvée à l'état d'enclave 
dans la lave de 1872 et qu'il a décrite comme phonolite (Bull. 71. Corn. Italia, 1891, p. 153). 



142 A. LACROIX. 

cas, ils ont des formes nettes; dans d'autres, leurs cristaux, tout en 
étant homogènes au centre, ont des bords frangés, qui ne laissent pas de 
doute sur leur mode de formation, soit par corrosion de la pâte de la 
phonolite, soit par cristallisation dans une cavité préexistante. 

II. — Roches grenues ou mlcrogrcnucH. 

1° Roches a orthose (syénitiques). 

a. Sanidinites. 

Sanidinites à sodalite. — Je regarde comme la forme de profondeur des 
phonolites qui viennent d'être décrites des sanidinites souvent porphy- 
riques, se distinguant des sanidinites pneumatolytiques par la simplicité 
et la constance de leur composition chimique. Les druses (sanidine, cavo- 
linite, scapolite, sphène, mêlanite, etc.), que Ton y rencontre, sont en 
grande partie dues aux phénomènes de corrosion par pneumatolyse, dont 
il a été question page 105. 

Ce sont des roches très leucocrates (1), essentiellement constituées par 
de la sanidine, en cristaux aplatis suivant g\ enchevêtrés et laissant entre 
eux des intervalles miarolitiques que remplit la sodalite. Le minéral 
coloré, à peu près constant, est une hornblende d'un brun vert, voisine 
comme propriétés de celle des phonolites ; ses cristaux sont englobés 
dans les feldspaths ou plus rarement moulent ceux-ci. Le mêlanite est 
fréquent, la biotite toujours clairsemée ; quelques échantillons renferment 
un peu d'augite, souvent englobée par l'amphibole. Enfin il me reste à 
signaler l'existence de la guarinite, qui, en moyenne, est postérieure aux 
feldspaths ; il en est de même pour le zircon et le sphène, quand ils existent. 
La structure et la composition minéralogique de ces sanidinites sont, 
on le voit, celles des syénites à sodalite anciennes. Elles passent fré 
quemment à des microsanidinite's à structure foyaïtiqùc. 

L'analyse suivante représente la composition du type moyen de ces sam 

(1) La figure 6 de la planche X représente un bloc, plus amphiholiquc que le type moyen ; il 
possède la structure rubanée de certaines enclaves nomœogènes dioriliques de Saint-Vincent (1902) 
(fig. 5), qui rappelle la structure de certains fiions mixtes, aplitiques et pigmatiques. 



ÉTUDE DES PRODUITS DE I/ÉKUPTION DU VÉSUVE. 143 

dinites ; afin de poursuivre la comparaison avec les trachytes de Laach, je 
donne en h l'analyse des sanidinites à noséanc de ce gisement par Bruhns : 

SiO 2 . Al'O 3 . Fe 2 3 . FeO. MgO. CaO. Na 2 0. K 2 0. H 2 0. TiO*. CI. SO\ 
a. 54,33 22,90 0,75 i,50 0,14 1,66 9,34 6,94 1,00 0,13 1,13 » = 99,84 
6.55,19 23,02 1,23 n.d. tr. 2,70 9,95 4,48 0,52 0,63 » 2,70=100,42 

Ces données rangent cette roche dans le môme type que la phono- 
dite dans la miaskosc (I. 6, 1. 4), alors que les sanidinites de Laach, 
de môme que leurs trachytes, se rattachent à la viezzenose (I. 6. 2. 4). 

Sanidinites à leucite. — J'ai rencontré assez fréquemment, en enclaves 
dans la leucitttéphrite à grands cristaux de leucite, une sanidinite, 
dépourvue de druses, qui, par suite de la constance de sa composition, ne 
semble pas devoir être rapportée à des sanidinites pneumatolytiques, 
malgré sa singulière composition minéralogique. 

Elle est à grands éléments de sanidine et de leucite, ce dernier 
minéral jouant le même rôle que la sodalite dans les roches précédentes ; 
toutefois la structure est plutôt grenue que foyaïtique. Il existe en grande 
quantité de la davyne, en cristaux automorphes, englobés dans les feld- 
spathsou la leucite, ou bien encore les moulant. Les éléments ferro-magné- 
siens sont constitués par de longues baguettes de hornblende intimement 
associées à de Taugite verte et violacée. Ces minéraux sont contemporains 
des feldspaths. Il faut signaler en outre un peu de magnétite et de sphène. 

Cette roche est la plus potassique de celles étudiées dans ce Mémoire : 

SiO 2 . A1 2 3 . Fe 2 3 . FeO. MgO. CaO. Na 2 0. K 2 0. TiO 2 . P*0 3 . Cl. SO 3 . H'O. 

51,65 21,60 0,85 3,12 1,07 4,29 4,30 11,60 0,65 tr. 0,70 tr. 0,25=100,20 

Dans la classification chimico-minéralogique, elle correspond à la 
braccianose (IL 7. 2. 2), c'est-à-dire au môme type que les laves récentes 
du Vésuve, dont elle constitue une forme leucocrate. 

b. Micros y ènites nèphêli niques ou sodalitiques . 

Ces roches présentent un certain air de parenté avec les phonolites à 
grands cristaux de sanidine, en ce sens qu'elles renferment en abondance 



144 A. LACROIX. 

des phénocristaux d'orthose de même forme et de mêmes dimensions; 
mais leur pâte est plus cristalline. Même à l'œil nu, celle-ci apparaît micro- 
grenue (1), d'un gris vert ou d'un gris bleu; on y voit, au milieu 
des éléments blancs, du pyroxène, du grenat mélanite et un minéral brun 
foncé, que le microscope montre être de Yidocrase. 

Quand la pâte devient plus microgrenue encore et plus riche en miné- 
raux colorés, les phénocristaux d'orthose s'aplatissent davantage, et, dans 
quelques échantillons, comme ceux représentés par les figures 2 et 3 de la 
planche X, on voit apparaître des phénocristaux ayant la forme de 
la leucite, mais entièrement remplacés par un agrégat grenu ou miaroli- 
tique d'orthose, avec ou sans sodalite ou néphéline ; ce sont les pseudomor- 
phoses depuis longtemps décrites, dont il a été question page 97, mais je ne 
crois pas que les roches qui les renferment aient jamais été étudiées. 
Il est nécessaire d'établir deux divisions parmi ces microsyénites. 
Microsyènites néphél iniques et sodalitiques à idocrase. — 11 existe tous 
les passages entre des variétés à grain fin difficilement discernable, mais 
déjà holocristallines, et d'autres absolument microgrenues (pi. VIII, fig. i 
à 4) . De très grands phénocristaux d'orthose, riches en inclusions gazeuses, 
d'autres, plus petits, de néphéline, de mélanite, de sphène, d'augite, de 
titanomagnétite (entourée de sphène secondaire) sont distribués dans une 
pâte qui, quelles que soient les dimensions de ses éléments, est toujours 
constituée par de l'orthose, de la sodalite, un peu de néphéline, du 
pyroxène et souvent beaucoup de petits grains ou de cristaux de mélanite. 
Les phénocristaux d'orthose sont auréolés sur leurs bords, leur forma- 
tion ayant continué pendant la cristallisation de la pâte, dont ils englobent 
les divers minéraux. 

Il existe un peu de plagioclases très basiques (bytownite), en plages 
corrodées par la sodalite. Le pyroxène normal en phénocristaux est un 
diopside incolore, bordé d'augite aegyrinique très pléochroïque (pi. VIII, 
fig. 2), d'un vert foncé, abondant dans la pâte, sous forme de grains ou de 
petits prismes. Quelques échantillons renferment un peu de biotite et 

(1) Cette roche, que j'ai partiellement décrite autrefois (Les enclaves des roches volcaniques, 
op. cit., p. 277), offre une grande analogie de caractères extérieurs avec certaines microsyénites 
néphéliniques porphyriques du massif de Bezarona à Madagascar. 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 145 

d'une amphibole, d'un vert moins foncé que celui de la hornblende des 
roches précédentes. Le minéral le plus intéressant, car il est tout à fait 
anormal dans une roche de ce genre, est Yidocrase, uniformément répartie 
en petits prismes quadratiques : la figure 3 de la planche VIII montre 
l'aspect cristallitique de ses cristaux enveloppant la plupart des éléments 
blancs microgrenus. La biréfringence de ce minéral, optiquement négatif, 
est plus grande que d'ordinaire, car elle est un peu supérieure à celle de 
Torthose. La figure 1 de la même planche montre la structure de la 
sodalite de la pâte; elle y apparaît en creux par rapport au feldspath. 
Enfin je signalerai quelques plages biréfringentes xénomorphes, très 
pléochroïques d'allanite (1) d'un brun foncé ; elles englobent l'idocrase et 
la hornblende. 

Cette roche renfermant parfois des fragments de calcaire, on est 
porté à se demander si l'idocrase, malgré son uniforme répartition, n'est 
pas le résultat d'un phénomène métamorphique. On va voir cependant que 
la composition chimique est très voisine de celle de roches dépourvues 
d'enclaves et en particulier de celle des leucittéphrites à grosses leucites. 

Microsyénites à sodalite à structure foyaïtique. — Ces roches, au lieu 
d'être comparables, comme les précédentes, à des microditroïtes, 
doivent être comparées à des micro foy dites. Elles sont encore porphy- 
riques, mais le feldspath de leur pâte n'est pas grenu ; il est aplati 
suivant g 1 ; ses lamelles s'enchevêtrent, en laissant des intervalles que 
remplissent : sodalite, nêphéline, et plus rarement haùyne (2) (riche en 
petites inclusions noires) ; il n'est pas n re de trouver quelques plages plus 
ou moins corrodées de plagioclases basiques (bytownite). Les éléments 
ferromagnésiens sont généralement nombreux : augite incolore ou ver- 
dàtre, se transformant en augite œgyrinique d'un vert foncé, hornblende 
et biotite ; le mélanite est peu abondant ou absent. 

Microsyénites à pseudoleucite . — C'est dans des roches de ce genre que 

(1) C'est là le seul cas d'allanite microscopique que j'ai rencontré dans les roches de la Somma; 
mais il n'est pas inutile de rappeler que vom Rath a trouvé des cristaux mesurables de ce mi* 
néral dans une sanidinite, renfermant : sanidine, sodalite, néphéline, hornblende, mélanite, ma- 
gnélite, zircon (Pogg. Ann., t. CXXXVIll, 1869, p. 494). 

(2) Je dis haùyne, c'est peut-être nosêane; le minéral est incolore, contient SO 3 , mais comme 
la roche renferme toujours un peu de calcite secondaire, l'existence de la chaux dans le produit 
de son attaque par un acide ne démontre rien sur cette question. 

Nouvelles Archives du Muséum, 4 e série. — IX. 19 



14G A. LACROIX. 

s'observent les cristaux de pseudoleucite ; elles sont souvent riches en 
sodalite, en mélanite (à centre d'un brun plus foncé que la périphérie) 
et en hornblende. La figure ;i de la planche IX représente une roche à 
éléments fins et à structure plus microlitique qu'intersertale. On voit que 
les cristaux de pseudoleucite donnent l'impression d'une lame mince 
taillée dans une foyaïte. Quand du pyroxène est enveloppé dans ces pseu- 
domorphoses, il est parfois transformé à sa périphérie en biotite. 

Enfin j'ai rencontré un échantillon de ce type, contenant moins d'élé- 
ments ferromagnésiens ; la leucite y est intacte, mais ne s'y trouve pas en 
cristaux ; elle remplit, avec de la sodalite les intervalles des feldspaths ; 
cet échantillon était malheureusement fort petit, de sorte que je n'ai pu 
en faire faire l'anal vse. 

Une comparaison s'impose entre cette roche et les syénites à pseudoleu- 
cite des trois régions où elles sont connues [Brésil, (1) Àrkansas (2) et 
enfin Ecosse (3), borolanite du lac Borolan (Sutherlandshire) ] ; toutes 
notamment renferment du grenat mélanite. 

Analyses : a. de la microsyénite à idocrase; b. de la microsyénite à 
pseudoleucite ; r. de la borolanite par Player : 

SiO*. A1 2 3 . Fe 2 0\ FeO. MgO. CaO. Na 2 0. K 8 0. TiO 2 . P 2 5 . Cl. IPO. 

«.53,50 20,05 1,10 2,i8 2,54 5,42 5,32 8,02 0,33 0,15 0,30 0,50= 99,77 

b. 53,30 21,30 1,40 2,92 0,90 6,30 5,83 8,17 0,50 tr. 0,03 0,75 = 100,46 

c. 47,8 20,1 6,7 0,8 1,1 5,4 5,5 7,1 0,7 » » 2,4 = 99,3(4) 

Ces données conduisent à la borolanose de la classification chimico- 
minéralogique (11. 6. 2. 3), c'est-à-dire au même type que les trachytes 
micacés et les leucittéphrites à grosses leucites. 

Une dernière particularité commune à tous les types de ce groupe 
consiste dans la fréquence des minéraux de la famille des wernérites, qui, 
au lieu de former des cristaux nets, comme dans les roches décrites plus 
haut, constituent, de très grandes plages irrégulières ; celles-ci, véritables 
squelettes, s'insinuent entre tous les éléments, les enveloppant pœciliti- 
quement, à la façon du dipyre qui épigénise les plagioclases des roches 

(1) HussAK,tfeues Jahrb*, t. II, 1892, 1 Ileft, p. 146 et 158. 

(2) Williams, The igneous rocks of Arkansas [Ann. Report Geol. Survéy Arkansas for 4890). 

(3) Hors e et Teall, Transact. Itoy. Soc. Edinburgh., t. XXXVI, 1893, p. 178. 

(4) Y compris MnO=0,8 Ba0 = 0,8. 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 147 

basiques des Pyrénées (1). Des roches de ce genre de la collection du 
Muséum, renferment des géodes tapissées de cristauxnetsdedipyre(m/zz0- 
nite) : et c'est probablement là le gisement principal de ce minéral à la 
Somma. 



2° Roches a outhose et plagioclases (monzonitiques). 
a. Monzonites à leucite [sommaïtes) . 

Dès 1893, j'ai rencontré (2), dans les tufs de la Somma, des enclaves de 
monzonites à olivine, et j'ai émis l'hypothèse qu'elles constituent la forme 
de profondeur de certaines des leucittéphrites qui les accompagnent; plus 
récemment, j'ai confirmé ces premières vues en donnant l'analyse de l'une 
de ces roches, désignées par moi sous le nom de sommaïtes. Pendant 
l'automne 1905, j'ai exploré méthodiquement les ravins des flancs exté- 
rieurs de la Somma au-dessus de Pollena, de S. Anastasia etd'Ottajano (3). 
Dans tous, j'ai rencontré ces roches, non pas à l'état d'accidents minéra- 
logiques, mais en blocs fort nombreux et souvent énormes ; j'en ai trouvé 
un parmi les produits rejetés en 1906. 

Ces roches sont holocristallines, à grain moyen ou gros ; elles ressem- 
blent à des gabbros de couleur claire ; quelques-uns de leurs blocs sont 
traversés par des filonnets de môme composition, mais finement grenus. 
A l'œil nu, on distingue de l'olivine et de l'augite au milieu d'éléments 
blancs, qui, dans certains cas, paraissent entièrement feldspathiques, 
mais parmi lesquels apparaissent quelquefois des cristaux de leucite. 

L'examen microscopique fait voir les éléments suivants: apatite, titano- 
magnétite, olivine, augite, Inotite, leucite, plagioclases et orthose. La leucite 
forme des trapézoèdres ou des plages globulaires ; l'olivine et l'augite 
(violacée etzonée, avec structure en sablier) sont parfois automorphes; les 
plagioclases le sont toujours ; ils sont un peu aplatis suivant^ 1 , et zones ; la 
partie dominante atteint la bytownite, quebordentdestypesmoinsbasiques. 

(1) A. Lacroix, Bull. Soc. franc. Miner., 1891, p. 16, voir notamment pi. I, p. 1-3 et 6. 

(2) Les enclaves des roches volcaniques, p. 520. 

(3) Nouvelles Archives du Muséum, t. I, 1902, p. 189, et C. Rendus, t. CXL1, 1905, p. 1188. 



148 A. LACROIX. 

L'apatite est le minéral le plus ancien ; Tolivine vient ensuite, puis les 
plagioclases. Laleucite est, au moins en partie, postérieure à ceux-ci ; il 
en est de même pour l'augite, et pour la biotite souvent associées 
ophitiquement aux plagioclases. Enfin tous ces minéraux sont enveloppés 
par de grandes plages d'orthose, maclées suivant la loi de Carlsbad. Les 
figures 1 à 5 de la planche VII représentent la structure de ces roches, 
qui est celle de la monzonite du Tyrol. 

Parfois, l'orthose, au voisinage de la leucite, présente une structure 
vermiculéeavec un minéral isotropemoinsréfringentqu'elle(fig. 6, pi. VII), 
que j'attribue à la sodalite, la roche donnant parfois une faible réaction 
du chlore. Peut-être est-ce là une transformation de Tordre de celle qui 
donne un mélange d'albite et fteucryptite à structure vermiculée aux 
dépens du triphane de Branchville. 

La teneur en leucite est très variable ; on verra plus loin qu'elle est liée, 
pour une composition chimique donnée, à celle de l'olivine; il me paraît 
bon de désigner ces roches sous un nom spécial (so?nmaïtes), en com- 
prenant sous ce terme l'ensemble des variétés oscillant entre une mon- 
zonite dépourvue de leucite et un type très leucitique. 

Il existe en effet des échantillons dans lesquels la proportion de ce 
minéral devient considérable; l'olivine est remplacée par de l'augite, 
l'orthose n'existe plus que sous forme de dentelle venant se mouler autour 
des plagioclases ou entourer les grandes plages de leucite; ce sont des 
leucittêphrites grenues, un peu orthosiques ; les figures 5 et 6 de la 
planche II fournissent un exemple de l'unede ces roches qui, à leur tour, 
par des transitions insensibles, passent aux leucittêphrites doléritiques. 

Dans une classification minéralogique, les sommaïtes sont à paralléliser 
avec les monzonites à sodalite que j'ai trouvées en enclaves dans les andé- 
sites à haùyne du Mont-Dore (1) et avec les monzonites à néphéline de 
Madagascar (2) et de Tahiti (3), où elles s'observent en place, associées à 
des syénites néphéliniques et à d'autres roches alcalines. 

Les analyses suivantes ont été faites : a. sur une sommaïte à gros grains, 

(I; C\ Rendus, t. CXXX, 1900, 348. 

(2) Nouvelles Archives du Muséum, t. IV, 1992, p. 186, et t. V, 1903, p. 191. 

(3) C. Rendus, t. CXXXIX, 1904, p. 953. 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 149 

pauvre en leucite et riche en olivine; b. sur une sommaïte plus 
leucitique et plus augitique ; c. sur la roche d'un filon à grain fin de 
môme composition; comme comparaison, j'y joins les analyses cl d'une 
leucittéphrite en filon à la Somma par G, Uoth ( 1 ) et celle d'une monzonite 
du Highwood Peak (Montana), par M, Hurlburt (2) ; cette roche offre une 
grande analogie chimique avec les sommaïtes, mais ne contient pas de 
feldspathoïdes : 





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b. 


c. 


d. 


e. 


SiO 2 


50,10 


50,20 


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50,39 


51,00 


Al 2 J 


18,93 


18,80 


19,59 


19,43 


17,21 


Fe 2 O a 


2,65 


1,79 


0,93 


3,93 


2,41 


FcO 


4,65 


4,62 


6,23 


7,10 


4,23 


MgO 


6,60 




4,24 


2,33 


6,19 


CaO 


9,75 


8,77 


8,02 


9,13 


9,15 


Na 2 


2,03 


1,71 


2,38 


2,45 


2,88 


K 2 


4,21 


6,07 


4,90 


4,91 


4,93 


TiO* 


0,97 


1,19 


1,19 


» 


0,13 


P*0* 


0,57 


0,31 


0,41 


» 


0,63 


11*0 


0,75 


1,37 


1,38 


0,80 


0,33 



101,21 100,38 100,82 100,37 99,60 

Ces roches, qu'elles soient leucitiques ou non, se rangent toutes dans 
la shoshonose (H. 5. 3. 3). 



b. Monzonites. 

J'ai recueilli, dans les ravins de Pollena et de S. Anastasia, des 
monzonites dépourvues de leucite et d'olivine ; elles sont moins 
fraîches que les précédentes et ont davantage l'apparence de roches 
anciennes. 11 existe deux variétés macroscopiques, dont les différences 
s'effacent dans les lames minces. L'une d'elles est une roche à grain 
moyen uniforme, formée par des feldspaths blancs, de la biotite noire 
et de Taugite d'un vert jaune clair. La seconde variété est caractérisée 
par des grands cristaux d'orthose (3 à 4 centimètres), maclés suivant la 
loi de Carlsbad) et très aplatis suivant^ 1 ; ils sont pressés les uns contre 



(1) Studien am Mante Somma, op. cit. 

)2) In Pirsson, U. S. Geol. Suney Bull., n°237. 



450 A. LACROIX. 

les autres, grossièrement alignés ; leurs intervalles sont remplis par un 
mélange des éléments caractéristiques de la première variété (pi. X, fig. 2); 
c'est une roche porphyroïde, dans laquelle dominent les grands cristaux. 
Le feldspath dominant est constitué par de l'orthose, englobant des 
plagioclases de plus petite taille ; ceux-ci sont automorphes et présentent 
toutes les particularités des feldspaths tricliniques de la sommaïte ; ils 
sont très zones ; en moyenne, le centre appartient au labrador à 50 p. 100 
d'anorthite ; la bordure est constituée par un oligoclase acide. Lepyroxène 
est un diopside\erl } automorphe (h 1 et// 1 dominants), allongé suivante et ter- 
miné par b l 2 . La roche renferme de longs prismes hexagonaux d'apatite à 
centre violacé etpléochroïque, de la titanomagnétite et un peu de sphène 
(secondaire). Enfin j'ai rencontré quelques plages d'une hornblende, 
pléochroïque dans les teintes vert brunâtre passant au bleu sur les bords 
(n ) et jaune brunâtre (w ). Les axes optiques sont moyennement écartés ; 
les extinctions sont faibles; je n'ai pu déterminer leur maximum, faute de 
sections convenables. Les métasilicates sont toujours plus ou moins altérés 
en calcite, mélangée de petites paillettes de biotite ; c'est là un type d'alté- 
ration fréquent aussi dans certains échantillons de trachytes de la Somma. 
Enfin j'ai rencontré une wernèintc, à rapprocher du dipyre. Ces altérations 
enlèvent de la précision aux déductions à tirer de l'analyse suivante : 

SiO 2 . A1 2 3 . FeW. FeO. MgO. CaO. NVO. K 2 0. P 2 0\ 11*0. CO 2 . 

48,75 20,40 1,70 6,50 8,42 3,12 2,18 5,71 0,06 1,45 1,30 = 100,45 

La calcite étant uniquement développée dans l'augite qu'elle épigénise 
en partie, dans le calcul de cette roche, j'ai supposé que CO* a remplacé 
une quantité équivalente de SiO*, ce qui porte à la teneur en silice 
50,55 : l'analyse ainsi rectifiée conduit dans la classification chimico- 
minéralogique à la ciminose (IL 5. 2. 2). 



III. — Conclusions. 



L'intérêt des résultats exposés dans ce chapitre ne saurait être mieux 
mis en relief que par la citation du passage suivant, dans lequel M. Washing- 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. *51 

ton vient de résumer (1) ses importantes études chimieo-minéralogiques 
sur ce qu'il appelle le District campanien, comprenant à la fois le 
massif du Vésuve et de la Somma, les Champs Phlégréens et Ischia. 

« Les roches du Vésuve et de la Somma sont remarquablement 
uniformes ; la plus grande partie d'entre elles sont à rapporter à la 
braccianose (II. 7. 2. 2), et un moins grand nombre à la jugose 
(III. 7. 2. 2.) et à la vèsiwosc (II. 8. 2. 2.), différents types de leucitté- 
phrites étant représentés. Les Champs Phlégréens et Ischia ne sont pas 
moins uniformes, bien que les caractères des magmas soient différents. 
Dans ces deux sous-districts, les roches appartiennent presque 
toutes aux perlasanes, et le subrang prédominant est la phlégrose (2) 
(I. 5. 1. 3), qui est représentée par plusieurs types de structure diffé- 
rente (trachytes). Les types holsenal vulsinose (3) (I. 5. 2. 2), pulas- 
kose (4) (I. 5. 2. 3) et monzonose (II. 5. 2. 3) (vulsinite) ont été 
rencontrés, mais en quantité relativement faible, ainsi que quelques types 
leucitiques de subrangs inconnus, mais n'existant qu'en blocs et qu'en 
quantité négligeable. 

Le District campanien est donc essentiellement constitué par deux 
subrangs seulement [phlégrose et braccianose) , les points d'éruption de 
chacun d'entre eux étant séparés, bien que ces magmas très différents 
soient parfois venus au jour simultanément. » 

On a vu, dans les pages précédentes, que l'on est conduit à considérer 
le massif Somma- Vésuve comme fort loin de cette uniformité, si, au lieu 
de tenir compte seulement des coulées et des dykes, on étudie l'ensemble 
des matériaux du volcan et par suite les roches variées de couleur claire, 
qui constituent essentiellement les tufs de la Somma. 

Cet ensemble comprend non seulement les leucittêphrites basiques 
connues depuis longtemps, mais encore des roches sans leucite, des 
trachytes micacés, des trachytes phonolitiques ,* de véritables phonolites 
(et leurs sanidinites grenues), des monzonites, des microsyénites sodali- 
tiques à idocrase, puis des roches contenant accessoirement ou constam- 

(1) The roman coinagmalic région, 1906 op. cit., 163. 

(2) Champs Phlégréens (Cuma, Monte Nuovo); Ischia (Monte Rotaro). 

(3) Champs Phlégréens (Astroni) ; Ischia (Arso). 

(4) Astroni (Rotondella). 



152 A. LACROIX. 

ment de la leucite, des phonolites leucitiques, des sommaites, des micro- 
syênites à pseudoleucite, des sanidinites à leucite, des leucittéphrites fort 
différentes des types basiques et renfermant parfois de la sanidine, enfin 
des leucitites résultant de la transformation endomorphe de certaines des 
roches précédentes. 

Avant d'aller plus loin, je résumerai dans les deux tableaux des 
pages 153 et loi l'ensemble des analyses données plus haut, avec les 
proportions moléculaires correspondantes et la position de chaque roche 
dans la classification chimico-minéralogique (1). Il est bien vraisemblable 
qu'une étude plus détaillée multiplier ait encore ces types ; mais le nombre 
d'échantillons que j'ai étudiés est assez considérable pour qu'il me soit 
permis d'espérer que je n'ai rien laissé échapper d'important (2). 

La comparaison de toutes ces données numériques montre que ces 
roches sont caractérisées par leur richesse en potasse, généralement 
prédominante sur la soude ; elles sont do potassiques ou sodipotassiques , 
— à l'exception toutefois de la phonolite et de la sanidinite correspon- 
dante, qui sont dosodiques. 

Le subrang dopotassique est caractéristique des laves récentes du Vésuve 
et se retrouve dans un petit nombre de roches de la Somma. La caractéris- 
tique de la plupart de ces dernières est d'être sodipotassiques ; c'est donc 
une propriété commune avec le plus grand nombre des trachytes des 
Champs Phlégréens et d'Ischia; néanmoins, elles ne présentent pas de type 
commun avec ceux-ci, qui appartiennent tous au cinquième ordre, tandis 
qu'elles ne se rangent qu'exceptionnellement dans cet ordre et sont à 
rapporter au moins au sixième, ce qui se traduit par leur richesse en feld- 
spathoïdes, réels, ou très rarement seulement virtuels, feldspathoïdes qui, 

(1) W. Cross, J. Iddings, L. Pirsson, H. Washington, Quantitative classification of Igneous Rocks, 
Chicago, 1903. 

Le calcul a été effectué d'une façon uniforme : on a compté comme métasilicales la quantité 
de MgO et de FeO nécessaire pour faire avec la chaux non feldspathisable un pyroxène, dans 
lequel CaO : (Mg.Fe) :: 1 : 1, le reste de MgO et de FeO a été calculé sous la forme d'orthosilicates. 
Exception a été faite à cette règle pour le trachyte phonolitique, dans lequel toute la magnésie et 
l'oxyde ferreux ont été calculés comme métasilicates : celte infraction a été faite afin de mettre 
mieux en évidence les différences que celte roche présente avec celles qui forment le groupe 
voisin de la borolanose auquel conduirait le calcul normal. 

(2) J'ai joint au tableau l'analyse d'un filon de leucittéphrite de la Somma dû à J. Roth, afin 
de montrer l'analogie de cette roche avec la sommaïte, minéralogiquement différente. 



ÉTUDE DES PaODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 



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ÉTDDE DES PRODUITS DE I/ÉKUPTION DU VÉSUVE. *55 

au contraire, manquent ou n'existent qu'en petite quantité aux Champs 

Phlégréens. De même, le rang, caractérisé par le rapport — ^-^jt > est 

le premier (exceptionnellement le deuxième) aux Champs Phlégréens, 
alors qu'à la Somma, au contraire, le premier rang n'a été observé que dans 
un seul cas et que c'est le second ou le troisième qui constituent la règle. 
Il est intéressant maintenant d'exprimer les caractères chimiques de 
toutes ces roches en fonction des paramètres magmatiques de M. Michel 
Lévy (1). Le tableau ci-contre réunit les données numériques corres- 
pondantes, ordonnées par rapport à une richesse croissante en éléments 
ferromagnésiens (#, p. 100). Le rapport le plus caractéristique est celui ($) 
de la silice des éléments blancs (Sal) aux alcalis pris sous la forme 
2k + 3n; il reste au-dessous de la valeur 1,9, et il est souvent très 
faible (I, èlèolitique, pour la phonolite et sa sanidinite; I', leucitique pour 
les autres roches) : exception est faite cependant pour la sommaïteet la 
leucittéphrite correspondante (III, syênitique). Le rapport de la potasse 
à la soude (r) conduit aux divisions mésopotassique (IV) pour les deux 
roches éléolitiques, aux divisions mègapotassiques (V) ou perpotas- 
siques (VI) pour les autres, sans liaison avec la teneur en x. 

Le rapport du fera la magnésie (V) est flottant dans les types pauvres en 
éléments ferromagnésiens (II, magnésienferrique ; III, ferromagnésien ; 
IV, ferrique), mais il devient plus stable dans les types basiques 
(II, puis I, magnésien). 

Enfin le rapport du fer à la chaux totale (U) subit de faibles variations 
[I, mégacalcique, sauf dans les types pauvre en x (I ou II mésocalcique)], 
il est facile de comprendre pourqubiyce rapport présente un moindre 
intérêt dans ces dernières roches. 

J'ai donné en outre les paramètres permettant de construire les épures 
triangulaires normales de M. Michel Lévy; ils représentent les rapports 
des oxydes des éléments blancs à la somme de ceux-ci (Fumerolle, M.-L.), 
et celui des oxydes des éléments ferromagnésiens à la somme de ces 

(1) J'ai suivi les notations adoptées par M. Michel Lévy dans son plus récent mémoire (C. Rendus, 
CXL1V, 598, 1907) : je rappelle que ces valeurs se rapportent non aux proportions moléculaires, 
comme les calculs donnés plus haut, mais aux nombres fournis directement par l'analyse. 



156 



A. LACROIX. 



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ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 457 

derniers (Scorie, M.-L.) ce tableau permet de suivre les variations de ces 
diverses données, en l'absence de constructions graphiques, qui n'ont pu 
être introduites dans ce Mémoire. 

Au point de vue minéralogique, toutes les roches de couleur claire de 
la Somma présentent un air de famille commun, caractérisé par la con- 
stance des feldspathoïdes, généralement constitués par la leucite, souvent 
accompagnée et parfois remplacée par la sodalite : celle-ci n'est pas 
toujours mise en évidence par l'examen microscopique; mais son exis- 
tence est démontrée par la constance du chlore dans toutes ces roches : 
la néphéline n'existe que dans certains types. Dans les roches qui ren- 
ferment plus de 48 p. 100 de silice, il existe fréquemment de l'orthose, 
qui peut devenir prédominante. Que ces roches soient néphéliniques ou 
leucitiques, elles renferment fréquemment du grenat mélanite, de la 
biotite, de la hornblende. Quand il existe des plagioclases en phéno- 
cristaux, ceux-ci sont généralement très basiques. 

Quant aux leucittéphrites basiques de la Somma, elles offrent une 
grande ressemblance minéralogique qualitative avec celles des éruptions 
historiques du Vésuve ; mais elles s'en distinguent, au point de vue quan- 
titatif, ce qui entraîne une position différente dans la classification 
chimico-minéralogique (vésiwose, shonki?iose } ottajanose et ourose (1), au 
lieu de braccianose). 

Cette série pétrographique présente un très grand intérêt au point de 
vue de la discussion des conditions nécessaires à la production de la 
leucite dans les magmas éruptifs et de la connaissance des formes de pro- 
fondeur de ces magmas comparées à leurs formes d'épanchement. J'ai 
eu l'occasion de discuter déjà brièvement cette question dans là Note qui 
a été citée plus haut à l'occasion de la sommdite. Tout récemment, 
M. Washington s'en est occupé aussi, à un autre point de vue ; il s'est placé 
exclusivement au point de vue chimique ; les considérations d'ordre 

(1) Je n'ai tenu compte, dans ce Mémoire, à part les analyses des laves de Vésuve de M. Washing- 
ton, que des analyses faites par M. Pisani, sur les documents que j'ai recueillis, et à l'aide de la même 
méthode analytique. Plusieurs des analyses des roches de la Somma publiées par J. Roth doivent 
être rejetées, comme ne correspondant pas à la description minéralogique qu'il en donne (tel le cas 
d'une leucittéphrile à olivine, dont l'analyse conduit à la bandose (11. 4. 4. 3) (avec quartz vir- 
tuel), mais il en est une qui fournit une composition virtuelle possible (II. 6. 3. 3) : en outre, l'ana- 
lyse de la leucittéphrite de Cisterna par Rammelsberg conduit au type fiasconose (111. 7. 3. 2). 



158 A, LACROIX. 

physique ont à mes yeux une importance non moins considérable. 

Au point de vue chimique, la condition nécessaire à la production de 

la leucite ou de la néphéline dans un magma consiste dans une teneur en 

silice plus faible non seulement que celle exigée pour laformation du quartz, 

mais encore inférieure à celle qui est indispensable pour utiliser tous les 

alcalis sous forme de feldspaths. Cette insuffisance se traduit par la valeur 

du rapport <i> de M. Michel-Lévy, inférieure au nombre critique 1,9. Dans 

sa discussion de la composition chimique des roches volcaniques de 

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l'Italie, M. Washington a insisté sur l'influence des rapports ^rr- puis 

— -, sur la production de la leucite, ce minéral ne se formant que lorsque, 



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dans les magmas à moins de 52,50 p. 100 de SiO 2 , la valeur extrême 

de ï/t est de 13. La considération des leucittéphrites basiques de la 

Somma montre que cette limite supérieure doit être remontée jusqu'à au 
moins 17,8. L'influence du second rapport est visible aussi dans ma série, 
les trois roches non leuciliques analysées étant précisément celles dans 
lesquelles ce rapport est beaucoup plus petit que l'unité (une exception 
cependant peut être relevée dans la composition de la ponce de Pompéi 
et du trachyte phonolitique), mais elle ne suffit pas à elle seule : les 
remarques suivantes montrent que la production de la leucite ne dépend 
pas seulement de conditions chimiques, qu'elle est en outre sous la dépen- 
dance des conditions physiques dans lesquelles s'effectue la consolidation. 

Suivant que, dans les magmas riches en alcalis et insuffisants en silice, 
ce sont des métasilicates ou des orthosilicates qui se forment avant la 
cristallisation des éléments blancs, la quantité de silice, laissée disponible 
pour la production de ces derniers, varie dans des limites étendues ; 
il en résulte, dans le premier cas, la production de leucite ou de néphéline 
et, dans le second, au contraire, celle de feldspaths alcalins. Si l'insuffi- 
sance de la silice n'est pas très grande, ce seul facteur peut déterminer 
l'existence ou l'absence de feldspathoïdes dans des roches (comme certaines 
sommaïtes, qui appartiennent au cinquième ordre et qui ont un grand *). 

D'autre part, si ce sont les éléments blancs qui apparaissent les 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 159 

premiers, la composition minéralogique du reste de la roche est fort 
différente, suivant que Torthose ou la leucite commence à cristalliser. Afin 
de mettre ce fait en évidence, j'ai calculé, suivant un plan uniforme, deux 
types de composition virtuelle possibles pour les roches analysées. Afin 
de limiter les hypothèses, j'ai supposé les éléments ferromagnésiens 
constants, après les avoir calculés par le procédé indiqué page 152 note 1 . 

Ceci étant posé, j'ai supposé deux cas : dans l'un [hypothèse orthosique) , 
la potasse a été mise entièrement sous forme d'orthose et la soude distri- 
buée entre Talbite et la néphéline; dans le second [hypothèse leucitique), 
la potasse a été entièrement comptée comme leucite. La différence de 
composition minéralogique entre ces deux types virtuels, donnés dans 
le tableau suivant, pourrait être encore augmentée, si, comme je l'ai fait 
dans ma discussion antérieure de la sommaïte, on faisait varier les 
éléments ferromagnésiens et on calculait tout le fer et la magnésie sous 
forme d'orthosilicates dans le premier cas et sous celle de métasilicates 
dans le second : les deux extrêmes ont été individuellement réalisés dans 
la sommaïte, riche en orthose, olivine et biotitc, pauvre en leucite, et dans 
la leucittéphrite qui représente sa forme d'épanchement et qui est riche 
en leucite, en augite et dépourvue d'orthose. L'observation montre 
qu'au Vésuve et à la Somma la forme leucitique se produit dans les 
roches d'épanchement, à l'exclusion de la forme orthosique. 

D'autre part, j'ai insisté dans ce Mémoire sur l'instabilité de la leucite 
en présence de vapeurs émanées du magma, que l'on considère d'ailleurs 
les roches microlitiques métamorphisées dans le cône vésuvien ou bien 
les microsyénites des tufs de la Somma. On comprend donc aisément que 
la consolidation en profondeur du magma, en présence de minéralisa- 
teurs sous pression, donne non pas des roches leucitiques, mais la forme 
orthosique possible, et conduise ainsi à la production des sommdites. On 
est par suite en droit de conclure, en examinant la partie supérieure du 
tableau donné plus loin, que la forme de profondeur de toutes les roches 
microlitiques à leucite de la Somma (1) doit être constituée soit par des 

(1) Ce fait est à rapprocher des constatations de M. (ddings sur la liaison des filons micacés et 
des coulées leucitiques de l'Absaroka Range (Philosoph. Soc. Washington, 1892), et de celles de même 
ordre que nous avons faites, M. Michel Lévy et moi dans le Cul m du Maçonnais [Bull. cart. 
géol. France, VII, n° 45 1895). 



16Ô A. LACROIX. 

syénites (I), soit par des monzonites renfermant généralement des felds- 
pathoïdes. 

La comparaison des résultats du calcul dans les hypothèses orthosique 
et leucitique est en outre intéressante, en ce qu'elle fait comprendre 
comment un magma de composition déterminée peut donner, suivant les 
conditions de la cristallisation, soit une roche à leucite, soit une roche 
à néphéline. Tel est le cas pour la première roche qui figure dans le 
tableau suivant : on a vu en effet page 1 29 comment une composition 
très voisine est réalisée par une phonolite leucitique volcanique 
(ponce de Pompéi) et par une syénite néphélinique de profondeur 
(Beemerville). 

La sommaïte d'ailleurs n'est pas la seule roche intéressante aux divers 
points de vue qui viennent d'être exposés ; parmi les blocs de la Somma, 
la microsyénite à pseudo-leucite, celle à idocrase, le trachyte micacé et 
la leucittéphrite à grosses leucites, si différents au point de vue minéra- 
logique, si analogues au point de vue chimico-minéralogique, puisque ces 
roches se rapportent toutes quatre à la borolanose, offrent la même 
importance théorique. Chacune d'entre elles peut être individuellement 
comparée, au point de vue minéralogique, à certains types liloniens plus 
ou moins profonds de quelques massifs de syénites néphéliniques. 

Je ferai remarquer à ce propos que les résultats de l'analyse chimique 
des phonolites à sanidine et des sanidinites à sodalite confirment égale- 
mcntlcs relations que j'ai établies entre ces roches, en me basant sur des 
caractères minéralogiques. Il est naturel de constater dans la forme de 
profondeur de ces phonolites une plus grande abondance du chlore, qui 
se traduit minéralogiquement par la substitution de la sodalite à la 
néphéline, quand on passe des phonolites à leurs sanidinites. 

En résumé, la considération des matériaux constituant le massif du 
Vésuve et de la Somma, quand on tient compte non seulement des coulées 
et des filons en place, mais encore des produits de projection, en com- 
prenant parmi ceux-ci les enclaves homœogènes, montre que ce massif 

(1) Il est bon de rappeler à ce sujet la célèbre expérience de MM. Fou que et Michel Lévy 
(Synthèse des minéraux et des roches, 188:*, p. 77), qui a fourni une roche microlilique à leucite et 
olivine par recuit du produit de la fusion d'un mélange de microcline et de biolile. 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSUVE. 



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1,17 


6,29 
16,54 


33,13 
9,37 

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20,70 
13,07 


34,44 
9,80 
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27,25 
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1 



Noovclus Archives du Muséum, 4 e série. — IX. 



21 



16i A. LACK01X. 

volcanique a une composition minéralogique et chimique complexe, mais 
que toutes ses roches offrent entre elles une étroite parenté. Ce sont ces 
matériaux, rejetés par les grandes explosions, qui nous apportent quelque 
lumière sur la composition pétrographique des racines profondes de 
ce massif, qui, elles, sont inaccessibles à l'observation directe. Si une 
érosion intense nous permettait de pénétrer au delà de la couverture» 
superficielle qui les cache à nos yeux, il est certain maintenant que 
nous y observerions tout un cortège de roches granitoïdes de profon- 
deur, de roches microgrenues ou microlitiques en partie moins profondes, 
différant des laves épanchées, non seulement par leur structure, mais 
encore par des traits minéralogiques caractéristiques, dont les plus impor- 
tants sont certainement la rareté ou l'absence de la leucite, l'abondance de 
Torthose, de la hornblende, de la biotite, du mélanite, minéraux qui 
manquent dans les laves de surface. 

C'est, selon toutes vraisemblances, au contact de ces roches grenues ou 
microgrenuesque s'esteffectué le métamorphisme intense des calcaires, dont 
les blocs abondent dans les tufs. Leurs minéraux ont été si souvent com- 
parés à ceux des calcaires triasiques, modifiés au contact des monzonites 
du Tyrol, qu'il n'est pas sans intérêt de noter encore une fois que les 
roches de profondeur de la Somma doivent être, elles aussi, des monzo- 
nites ou des syénites. 

J'ai montré déjà Tan dernier, à l'occasion des sommaïtes, combien le 
massif de la Somma, s'il était profondément décapé et débarrassé de toutes 
ses roches superficielles, offrirait de ressemblances avec celui du Montana 
Central, si bien étudié par MM. Weed et Pirsson (1). Je ne reviendrai pas 
sur les analogies, ni sur les différences chimiques que présentent les 
roches de ces deux régions, M. Washington les ayant discutées plus 
récemment; mais je ferai remarquer combien les nouveaux documents 
que j'apporte permettent de préciser cette question (2). 

(i) Bull. 0. S. Geol. Survey, n° 237, 1903, et Amer. J. of. Sc. y XX, 1905, p. 35. 

(2) C'est ainsi que M. Washington a relevé l'absence de roches dosodiques, non seulement dans la 
Campanie, mais dans toute la région italienne étudiée par lui, alors qu'il en existe dans le Montana ; or 
on a vu plus haut que la phonolile et la sanidinite correspondante de la Somma appartiennent à 
ce subrang dosodique. Si les roches à biotite manquent au Vésuve, par contre elles existent en 
glande quantité dans les tufs de la Somma, comme dans le Montana. 



ÉTUDE DES PRODUITS DE L'ÉRUPTION DU VÉSDVE. 



1G3 



À l'inverse de ce qui a lieu en Campanie, dans le Montana, c'est surtout 
la partie profonde du massif qui est à découvert, ce qui explique le petit 
nombre des roches leucitiques qui s'y rencontrent. Le tableau suivant 
résume l'ensemble des types qui y ont été observés; il fait voir que, si la 
composition du magma y est très analogue à celle du magma vésuvien, 
trois types chimico-minéralogiques seulement (*) sont communs aux deux 
centres éruptifs, et ils s'y trouvent sous une forme minéralogique diffé- 
rente. Dans ce tableau, j'ai séparé les roches suivant leur gisement en leur 
laissant les noms par lesquels les désigne M. Pirsson : 



Massifs 
ou laceolites. 



Pulaskose .... 
Adamellose . . . 

Highwoodose. U. 5. 2. 2. 

Monzonose . . . 

* Shoshonose . . 
Fergusose .... II. G. 1. 2. 

* Borolanose . . 



I. 5. 2. 3 



Syénite et soda- 
lite-syénite. 



II. 4. 2. 3 



II. 5. 2. 3 
II. 5. 3. 3 
II. G. 2.3 



Dykes ou lits Coulées 
intrusifs. ou brèches. 

Sodalite- 

solvsbergite- 

porphyry 

Trachy- 
andésite . 

Nosean-sy énite . Ti n g uaïte- 

porphyry 
G aut é i t e 
(Bostonite) . 



Montanose 

*Shonkinose. .. 



Monchiquose .. 



III. G. 1.3 
III. 6. 2. 3 



111. G. 2. è 



Monzonite. 
Fergusite. 
Shonkinite. 

Shonkinite. 
Shonkinite 
Leucite-shon- 
kinite. 



Syénite-por- 
phyry. 



et 



Analcite- 

leucite- 

basalt. 



Cascadose 

Albanose III. 8. 2. 2 



111. 7, 2. 3 



Minette. 



Missourite. 



M. Washington a calculé quelle doit être la composition moyenne du 
magma des Highwood Mountains, et il a trouvé qu'elle correspond au type 
que Ton obtient en prenant la moyenne (corrigée par l'introduction de 
certains coefficients) des analyses connues des roches du District de la 
Campanie, compris dans son ensemble (Vésuve, Somma, Champs Phlé- 
gréens, Ischia), c'est-à-dire à la borolanose (II. 6. 2. 3). Je n'attache 
pas une importance très grande aux calculs de ce genre, dans l'impos- 
sibilité où Ton se trouve de faire entrer dans la moyenne chaque roche 
avec son poids réel ; cependant la question ne manque pas d'intérêt 
comme indication, aussi ferai-je remarquer que les données nou- 



«64 A. LACROIX. 

velles fournies dans ce Mémoire modifient quelque peu la conclusion 
précitée. Le massif du Vésuve-Somma doit être en effet introduit dans 
le calcul, non plus avec la composition moyenne de la braccianose 
(IL 7. 2. 2) considérée jusqu'ici comme le type presque unique, mais 
avec la composition de la borolanose (IL 6. 2. 3), à laquelle conduit 
la moyenne de toutes les analyses que j'ai données plus haut. 

Si cette différence dans les conclusions rend moins étroite la compa- 
raison du Montana avec le District Campanien tout entier, par contre 
elle précise son analogie avec le massif Vésuve-Somma considéré comme 
une unité. 

En terminant, il n'est pas sans intérêt d'insister sur ce que ce type 
chimico-minéralogique borolanose (1) (qui tire son type d'une syénite à 
pseudoleucite et mélanite du Sutherlandshire en Ecosse, la borolanite, et 
qui jusqu'à présent n'avait pas été observé en Campanie, n'apparaissant 
que dans le calcul théorique dont je viens de parler) est réalisé avec une 
extrême fréquence dans les roches de projection de la Somma et qu'il en 
constitue, sous ses fonnes minèralogiques si variées, une des caractéris- 
tiques les plus essentielles. 

(1) Les types borolanose, shonkinose, ottajanose, ourose, miaskose, étaient non seulement incon- 
nus dans le massif Vésuve-Somma, mais encore ne figurent pas parmi ceux qui ont élé décrils 
par M. Washington dans son élude de la vaste région volcanique qu'il a appelée la m/ton romaine, 
s' étendant du lac de Bolsena au Vésuve. 

Par contre, les autres types ont été observés dans divers gisements de celte région, et ils 
s'y présentent généralement avec des compositions minéralogiques différentes : 1° Becmcrose : 
phonolite leucitique du lac de Bracciano. — 2° Procénose (passant à lapulaskose 1. 5. 2. 3; celle de 
la Somma passe à la borolanose) : trachyte leucitique de Proceno (lac de Bolsena). — 3° Shoshonose: 
trachy-andésite micacée (latite) de Santa Ooce (Boccamonlina). — 4° Cimino&e : trachy-andésite 
iciminite) des Monti Cimini.— 5° Bracciannsc : leucilites du lac de Bracciano et du Pays Hernique. 
— 6° Vésuvose: leucitite du lac de Bolsena. 



EXPLICATION DES PLANCHES 



PLANCHE I. 

(Leucittéphrites de l'éruption d'avril 1906.) 

Fie. 1. — Scorie très vitreuse, lancée le 5 avril de la bouche de 1 200 mètres. Phénocristaux 
de leucite, d'augite et de plagioclases, disséminés dans verre, renfermant des microlites 
peu nombreux d'augite et de leucite. 

Fie 2. — Lave du 8 avril, recueillie sous Caserella. Même composition ; les microlites de 
leucite sont abondants; le verre est feutré de cristallitcs de pyroxène, qui le rendent 
presque opaque ; microlites de plagioclases. 

Fig. 3. — Lave du front de la coulée, vis-à-vis le cimetière de Torre Annunziata. De même 
que dans la roche précédente, la leucite est riche en inclusions vitreuses. 

Fig. \. — La même roche, mais plus cristalline; recueillie au centre d'un bloc à l'Oratorio 
de Boscotrecase (Ces quatre figures ont été photographiées en lumière naturelle 
à un grossissement de 45 diamètres. Le grossissement est 320 diamètres dans les 
figures 5 et 6.) 

Fig. 5. — Inclusions vitreuses régulièrement distribuées dans la leucite des figures 2 
et 3. 

Fig. 6. — Inclusions dévitrifiées de la leucite de la figure \\ leur verre est transformé en raa- 
gnétite et augite. 

PLANCHE II. 

Fig. 1. — Passage de la sommaïte à la leucittéphrite doléri tique à orthose. Phénocristaux 
de leucite, d'olivine et d'augite, au milieu d'une masse holocristalline, constituée par de 
la bytownite et de Torthose, enveloppées ophitiquement par l'augite (avec un peu de 
biotite et de hornblende). (Lumière polarisée. Grossissement de 20 diamètres.) 

Fig. 2. — Leucittéphrite doléritique. Leucite dominante, polarisant à peine, enveloppant 
ou semblant envelopper bytownite, augite et olivine. On remarquera, en haut et à gauche, 
le grand cristal d'augite visible dans la figure suivante. (Lumière polarisée. Grossis- 
sement 65 diamètres d'une partie de la figure 1.) 

Fig. 3. — Même roche que la figure précédente (photographie faite en lumière naturelle 
avec grossissement de 15 diamètres). Un grand cristal d'augite enveloppe sur ses bords 
la leucite; les éléments colorés sont : augite et olivine, localement bordées de hornblende 
et de biotite ; de même que dans la figure 2, ces deux derniers minéraux moulent partiel- 
lement les plagioclases. 

Fig. 4. — Leucittéphrite à leucite et augite, au milieu d'un cristal d'augite zone. (Grossis- 
sement 55 diamètres; lumière polarisée.) 



166 EXPLICATION DES PLANCHES. 

Fie. 5 et 6. — Leucittéphrite doléritique, passant à la structure grenue. Grande abondance 
de leucite, polarisant à peine; bytownitc zonée, augite, olivine. La bytownite est bordée 
d'oligoclase à bords frangés, qu'entoure de l'orthose de formation récente s'insinuant 
dans la leucite. Une de ces plages dVthose est vivement éclairée dans la figure 3 et 
éteinte dans la figure 6. Pour être mieux comparées, ces deux figures ont été orientées de 
la même façon. [Lumière polarisée. Grossissement de 35 diamètres.) 

PLANCHE 111. 

Les figures de cette planche représentent les parties vitreuses obsidienniques de leucitte- 
phrites, rejetées par l'éruption d'avril 1906, à l'exception de l'échantillon représenté par 
la figure 5, qui provenait de l'éruption de 1813. 

Fie 1, 2 et 3. — Le verre brun forme des nids, sur les bords desquels se voient des cristaux 
limpides de leucite et d'augite ; ils sont bordés par des sphérolites à peine biréfringents. 
(Lumière naturelle. Grossissement de 50 diamètres pour les figures 2 et 3 et de 60 pour 
la figure 1.) 

Fig. 4. — Cristallites de leucite dans un verre en nids dans une leucittéphrite dolé- 
ritique. 

Fjg. 5. — Au milieu du verre, grand cristal de leucite, microlites de plagioclase et de labra- 
dor, entourés de sphérolites à peine biréfringents. (Lumière naturelle. Grossissement 
de 50 diamètres.) 

Fig. 6. — Bord d'un nodule de verre monoréfringent dans leucittéphrite doléritique. 
A gauche, les éléments normaux de la roche : bytownite, augite, olivine et leucite. Sur le 
bord du verre, qui apparaît en noir, cristal néogène de microsommite. On distingue 
vaguement dans le verre un autre cristal du même minéral, qui est presque éteint, car il 
est presque perpendiculaire à Taxe optique. La microsommite moule un plagioclase ; elle 
est enveloppée dans le verre. 

PLANCHE IV. 

Fig. 1 et 2. — Ces deux figures représentent le même point d'une préparation d'une 
leucittéphrite métamqrphisée. La figure i est en lumière naturelle, la figure 2 en 
lumière polarisée. Les cristaux de leucite, qui apparaissent en blanc dans la figure 1, se 
montrent dans la figure 2 transformés en microsommite. (Grossissement de 55 diamètres.) 

Fig. 3. — Détail de la pseudomorphose de leucite en microsommite, se trouvant au milieu 
de la figure précédente. (Grossissement de 120 diamètres. Lumière polarisée.) 

Fig. 4. — Au milieu de la préparation, pseudomorphose incomplète de leucite en microsom- 
mite, avec un peu de pyroxène. Sous l'influence de la transformation, les contours de la 
leucite, qui, en lumière naturelle, sont aussi nets que dans la figure 1, deviennent ici 
indistincts. 

Fig. 5 et 6. — Microsommite formée dans une brèche métamorphisme. La photographie de 
de la figure 5 a été faite en lumière naturelle (grossissement de 40 diamètres) ; elle 
montre un cristal de microsommite taillé perpendiculairement à la face de l'axe vertical. 
Dans la figure 6, le cristal central de microsommite est taillé parallèlement à Taxe vertical. 
(Lumière polarisée. Grossissement de 25 diamètres.) 

Cette roche étant très poreuse a dû être consolidée pour pouvoir être taillée ; le produit noir 



EXPLICATION DES PLANCHES. 167 

visible dans ces deux figures est étranger à la roche ; si on le suppose enlevé, on voit que 
les cristaux de microsommite sont en partie libres dans les cavités. 

PLANCHE V. 

Fie i. — Leucittéphrite à leucite et piagioclase de la Somma. Les phénocristaux de leu- 
cite et de plagioclases sont distribués dans une pâte microlitique très fine, constituée par 
des plagioclases, de l'augite et de très petits cristaux de leucite. (Lumière polarisée. 
Grossissement de 35 diamètres.) 

Fie 2. — Leucittéphrite à augite (type III) ; lave de 1(531, à la Scala, près Portici ; leucite, 
augite, plagioclases, titanomagnétite. (Lumière polarisée. Grossissement de 55 diamètres.) 

Fig. 3. — Roche holocristalline, formée d'augite et de microsommite, avec un peu d'olivine, 
et résultant de la transformation totale d'une leucittéphrite microlitique. (Lumière pola- 
risée. Grossissement 55 diamètres.) 

Fig. \. — Grand cristal un peu fibreux de microsommite néogène, formé dans une 
leucittéphrite doléritique. (Lumière polarisée. Grossissement de 00 diamètres.) 

Fig. 5. — Veine d'origine secondaire à faciès de sanidinite, traversant une leucittéphrite 
doléritique ; elle est constituée par de Torthose, de la microsommite, de l'augite et de 
Tolivine. (Lumière polarisée. Grossissement de 55 diamètres.) 

Fig. 0. — Grand cristal néogène de microsommite, développé dans une leucittéphrite à 
grains fins et englobant pœcilitiquement les microlites et les phénocristaux d'augite 
normaux de la roche. (Lumière polarisée. Grossissement de 55 diamètres.) 

PLANCHE VI. 

Fig. 1 et 1 bis. — Détail des inclusions dévitrifiées de la figure 6, pi. I. (Lumière naturelle. 
Grossissement de 320 diamètres.) 

Fig. 2. — Inclusions vitreuses dans la leucite, même roche que la figure 5, p!. I. 

Fig. 3 et 4. — Pseudomorphose de leucite en microsommite. 

Dans la figure 3, on distingue des cristaux d'anorthite, maclés suivant la loi de l'albite. Dans 
la figure 4, il subsiste un peu de leucite non transformée. (Lumière polarisée. Grossis- 
sement de 100 diamètres.) 

Fig. 5. — Pseudomorphose de leucite en microsommite au centre de la figure. A gauche 
et en haut, grands cristaux de microsommite. (Lumière polarisée. Grossissement de 
55 diamètres.) 

Fig. 6. — Grande plage iYanhydrite, à clivages rectangulaires, moulant ophitiquement la 
microsommite, la biotite et le piagioclase, dans une leucittéphrite, dont la leucite est 
transformée en microsommite. (Lumière polarisée. Grossissement de 90 diamètres.) 

PLANCHE Vil. 

Sommaïtes. 

La leucite est particulièrement visible dans les figures 1 à 3; les grandes plages d'orthose, 
maclées suivant la loi de Carlsbad, englobent les autres éléments dans les figures 1,2, 5; 
le feldspath est groupé ophitiquement avec le piagioclase dans la figure 3 ; la figure 4 est 



168 EXPLICATION DES PLANCHES. 

destinée à montrer les groupements des plagioclases ; enfin l'olivine est surtout abon- 
dante dans la figure 1 (à droite). 
La figure 6 montre la structure vermiculée, au contact de la leucite, du mélange d'ortbose 
et de sodalite. 

Fie. 1, 2 et 4. — 45 diamètres, figures 3 et 5; 120 diamètres, figure 6 {lumière naturelle). 
(Lumière polarisée. Grossissement de 30 diamètres.) 

PLANCHE VIII. 

Fie 1. — Microsyénite à idocrase; la photographie a été mise au point de façon à faire 
apparaître la sodalite de la pâte en creux relativement à l'orthose. (Lumière naturelle. 
Grossissement de 125 diamètres.) 

Fig. 2. — Même roche : au milieu, gros grenat mélanite\ les autres éléments colorés sont 
constitués par de l'augite et de ïidocrase. (Lumière naturelle. Grossissement de 
65 diamètres.) 

Fig. 3. — Même roche très riche en cristaux rectangulaires didocrase (Lumière naturelle. 
Grossissement de 70 diamètres . ) 

Fig. 4. — La même roche, vue en lumière polarisée parallèle (Grossissement de 
95 diamètres), montrant la structure microgrenue de la pâte. 

Fig. 5. — Microsyénite àpseudoleucite. Phénocristaux d'orthose, maclés suivant la loi de 
Caris bad, enveloppés par une masse holocristalline, formée d'orthose et d'augite moulées 
par sodalite. A droite et à gauche, phénocristaux de leucite pseudomorphisés, dont la 
structure est mieux vue dans la figure suivante. (Lumière polarisée parrallèle. Grossis- 
sement de 55 diamètres.) 

Cette figure et la suivante représentent une lame mince taillée dans la pâte de réchaut illon 
reproduit dans la figure 3 de la planche X. 

Fig. 6. — Cette figure est destinée à montrer la structure des phénocristaux de pseudoleucite 
du même échantillon. On voit qu'ils sont constitués par des lames d'orthose, enchevêtrées 
et moulées par de la sodalite. 

PLANCHE IX. 

Fig. 1. — Leucittephrites à grosses leucites; phénocristaux d'augite zonée et de plagio- 
clases, dans une pâte formée de leucite, de plagioclase acide et d'augite ; lame mince 
taillée dans l'échantillon représenté par la figure 1 de la planche X et n'intéressant pas les 
phénocristaux de leucite. (Lumière naturelle. Grossissement de 55 diamètres.) 

Fig. 2. — Cette figure représente, avec le même grossissement, mais en lumière polarisée 
parallèle, la même roche que la figure 1. La leucite y apparaît moins distincte, mais, 
par contre, le feldspath et l'augite microlitique s'y voient plus nettement. Au milieu, phé- 
nocristal de plagioclase zone. 

Fig. 3. — Leucitite endomorphe; phénocristaux d'augite corrodés, dans un magma holo- 
cristallin, formé de leucite et d'augite. Çà et là, agglomérations de mica et d'augite, 
derniers restes d'enclaves calcaires digérées. (Lumière naturelle. Grossissement de 
75 diamètres.) 

Fig. 4. — Enclave calcaire dans la roche précédente; dans l'ombre, on voit la roche vol- 
canique, puis une zone sombre riche en mica, une zone formée par un mélange de pyroxène, 



EXPLICATION DES PLANCHES- 169 

de biotite et de calcite, enfin, au centre, un résidu de calcite non silicate. (Lumière pola- 
risée paralèlle. Grossissement de 8 diamètres.) 

Fig. o. — Détail du bord de l'enclave représentée par la figure précédente. (Lumière 
polarisée parallèle. Grossissement de 30 diamètres.) 

4 

PLANCHE X. 

Fie 1. — Leucittéphrite à gros cristaux de leucite et desanidine. (Grandeur naturelle.) 

Fig. 2. — Microsyénite à leucite) chaque phénocristal de leucite est constitué par une 
géode, dans laquelle sont enchevêtrés des cristaux d'orthose. (Grandeur naturelle.) 

Fig. 3. — Microsyénite à leucite. Les phénocristaux de leucite sont transformés en un 
mélange d'orthose et de sanidine ; dans quelques-uns d'entre eux, le remplissage est 
incomplet. Voir pour la structure de ces pseudomorphoses planche VIII, figure 6. (Agran- 
dissement d'un tiers.) 

Fig. 4. — Monzonite à biotite montrant les grands cristaux d'orthose, aplatis suivant g 1 et 
maclés suivant la loi de Carlsbad. (Réduction d'un tiers.) 

Fig. 5. — Enclave homœogène, formée de hornblende et d'anorthite, bloc de l'éruption 
de 1902 à la soufrière de Saint- Vincent. Structure zonée rappelant les associations d'aplite 
et de pegmatite. (Réduction d'un tiers.) 

Fig. 6. — Enclave homœogène, formée d'orthose et de hornblende (Somma) et possédant la 
même structure que la roche précédente. (Réduction d'un tiers.) 



Nouvelles Archives du Muséum, 4* série. — IX. 22 



ADDENDA 

Pendant la mise en page de ce Mémoire, j'ai étudie' deux échantillons prove- 
nant sans doute d'un même bloc (1906), qui viennent éclairer quelques questions 
discutées plus haut. Ils consistent en une leucittéphrite miarolitique (type I) traversée 
par d'étroites fissures, que tapissent des cristaux de cavolinite, d'orthose, d'augite, 
de biotite et de magnétite. La leucite est en voie de transformation en micro- 
sommite et orthose : quand les fissures sont remplies entièrement de cristaux, il 
en résulte une roche à structure grenue rappelant la veine représentée par la 
figure 5 de la planche V, mais avec une cristallinité plus grande encore. 

Ces roches contiennent des parties vitreuses de deux natures distinctes : 

1° Verre vert clair très riche en aiguilles de wollastonite, en cristaux d'augite 
aegyrinique d'un vert foncé et de sphène; il contient des nodules exclusivement 
constitués par des cristaux de tridymite, n'affectant pas la forme de lamelles 
minces, comme dans les druses, mais formant des cristaux épais, qui présentent les 
macles coniques caractéristiques de la tridymite produite par fusion, telles que 
je les ai observées dans une enclave de Vulcano et dans les briques siliceuses 
d'usines métallurgiques (1). Au contact de la roche normale, le pyroxène augmente 
comme proportion, et il est englobé par de grands cristaux automorphes dor- 
those, qui enveloppent aussi le sphène et la wollastonite ; 

2° Verre d'un vert noir, très riche en cristaux d'augite aegyrinique vert sombre et 
d'orthose : par place, ces deux minéraux forment des agrégats rniarolitiques et 
holocristallins. 

Le premier verre constitue incontestablement une enclave entièrement fondue 
du grès calcaire décrit page 50 : ici tous les minéraux sont nettement néogènes ; 
la tridymite occupe la place de grains de quartz. L'association de la wollas- 
tonite et de l'augite aegyrinique est due au mélange de ce verre avec la roche vol- 
canique; elle rappelle, d'une façon frappante, celle que j'ai rencontrée dans les 
produits de l'incendie de Saint-Pierre, résultant de la fusion de verre à vitres avec 
des cendres andésitiques et des débris de fer oxydé (2). 

Quant à l'orthose, elle n'a pas dû cristalliser par fusion, car elle ne diffère en 
rien, comme dimensions et comme forme, de celle développée au milieu des 
pseudomorphoscs de leucite dans la roche englobante. 11 faut donc admettre que ces 
échantillons ont subi un double métamorphisme, par voie calorifique d'abord (3), 
par voie pneumatoly tique ensuite. Les fractions holocristallines de ce verre recris- 
tallisé sont si parfaitement identiques, comme composition minéralogique et comme 
structure, aux blocs de l'éruption de 1822 d'origine douteuse décrits page 79, 
que je n'hésite pas à attribuer à ceux-ci une semblable origine : la tridymite de leurs 
druses résulte sans doute de l'action des vapeurs à haute température sur un reste 
vitreux très acide, comparable à celui qui subsiste encore dans les deux échantillons 
étudiés ici. 

(1) Les enclaves des roches volcaniques, fig. 12, p. 169, et Minéral. France, III, p. 166. 

f2) La Montagne Pelée et ses éruptions, p. 639. 

(3) On a vu (p. 50) que la wollastonite des blocs de grès fondus, recueillis dans les projections 
de 1906 est en voie de fusion. La même roche se rencontrait aussi en enclaves dans la lave de 
Boscotrecase (échantillon communiqué par M. Aguilar). Au contact avec celle-ci, il existe une 
zone mixte renfermant de la wollastonite et de l'augite recristallisées, c'est-à-dire une association 
semblable à celle des blocs étudiés ici, mais il ne s'y trouve naturellement pas d'orthose, ce qui 
confirme mon interorétation. 



TABLE DES MATIÈRES 



Introduction 



1 



CHAPITRE PREMIER 

LES PHÉNOMÈNES DE l/ ÉRUPTION 

I. Les éruptions du Vésuve en général 7 

II. L'éruption de 1906 10 

CHAPITRE II 
la lave de l'éruption 

I. Les coulées 10 

II. Les produits des projections stromboliennes 19 

III. Composition chimique et minéralogique du magma neuf 19 

1° Composition chimique 20 

2° Composition minéralogique et structure 22 

a. Scories projetées par les explosions stromboliennes 23 

b. Roches épanchées 24 

IV. Les lapilli d'Ottajano 27 

CHAPITRE III 

LES MATÉRIAUX ANCIENS REJETÉ.* PAR LES EXPLOSIONS VULCANIENNES CONSIDÉRÉS INTRINSÈQUEMENT 

I. Les roches volcaniques (leucittéphrites basiques) 31 

1° Leucittéphrites microlitiques 34 

2° Leucittéphrites doléritiques 36 

3° Leucittéphrites renfermant du verre apparent 37 

a. Roches à verre primaire 38 

b. Roches refondues 47 

II. Les roches de profondeur 50 

III. Les roches métamorphiques dérivant des calcaires 54 

IV. Les cendres 57 

* 

CHAPITRE IV 

LES PHÉNOMÈNES MÉTAMORPHIQUES DES BLOCS VULCANIENS ET CEUX d'aUTOPNEL'MATOLYSE 

DANS LES ROCHES VOLCANIQUES 

I. Phénomènes d'autopneumatolyse dans la lave de 1631 05 

II. Les blocs métamorphiques dans les éruptions antérieures du Vésuve 67 



i?2 TABLE DES MATIÈRES. 

III. Les modifications subies par les blocs de 1906 69 

1° Leucittéphrites doléritiques 70 

2° Leucittéphrites microlitiques 72 

«. Blocs à pyroxène jaune d'or et hématite 73 

6. Blocs à microsommite 81 

c. Blocs à hornblende 88 

3° Conclusions à tirer de l'étude des blocs métamorphiques de 1906 et des fentes à 

cristaux de la lave de 1631 93 

4° Comparaison avec les transformations présentées par certains blocs de la 

Somma 105 

5° Phénomènes d'autopneumatolyse dans les Champs Phlégréens et à Ischia 107 

CHAPITRE V 

PHÉNOMÈNES D'AUTOPNEUMATOLYSE ET DE MÉTAMORPHISME DANS LES ROCHES VOLCANIQUES, 

D'AUVERGNE, DE SANTORIN ET DE LA MONTAGNE PELÉE 

I. Mont-Dore et chaîne des Puys 111 

1° Trachytes et andésites 111 

2° Basaltes 118 

II. Santorin 121 

III. Montagne Pelée 123 

1° Andésites 123 

2° Basaltes 125 

CHAPITRE VI 

LES ROCHES ÉRUPTIVES DE LA SOMMA ET DU VÉSUVE 

I. Roches microlitiques 128 

1° Roches avec leucite 128 

a. Ponces blanches de Pompéi 128 

b. Leucittéphrites à gros cristaux de leucite 129 

c. Leucitites produites par endomorphisme 131 

2° Roches sans leucite 136 

a. Trachytes micacés 136 

6. Phonolites à grands cristaux de sanidine 139 

II. Roches grenues ou microgrenues 142 

1° Roches à orthose (syénitiques) 142 

a. Sanidinites 142 

b. Microsyénites néphéliniques ou sodalitiques 143 

2° Roches à orthose et plagioclases (monzonitiques) 147 

a. Monzonites à leucite (sommaïtes) 147 

6. Monzonites 149 

III. Conclusions 180 

Explication des planches 165 



Nouvelles Archives du Mur.éum. 4" Série. Mémoires, T. IX, PI- 1. 



Fig. 5 pod" Fig. 6 

F. Honpill.rd, phol. 

Leucittéphrites de l'éruption du Vésuve 1006. 

Motion A Clt, Éditeurs. 



Nouvelles Archives du Muséum. 4' Série. Mémoires, T. IX. PI. 2. 



Phototype Bmluad, Pur 



Leucittéphrites. 
Blocs rejstés par l'éruption du Vésuve 1906. 



Nouvelles Archives du Muséum. 4" Série. Mémoires, T. IX, PI. 3. 



Phoiotypie Berth.ud, f"i 



Leucittéphrites contenant du verre. 
Blocs de l'éruption du Vésuve 1906, 



Hassan * Cit, Êdlleu 



Nouvelles Archives du Muséum. 4* Série. Mémoires, T. IX. PI. 4. 



F. MoDpillird, phot. Pholoiypie Bcrduud, P.ri 

Leucittéphntes métamorphiséss, rejetées par l'éruption du Vésuve 1906. 



Nouvelles Archives du Muséum. A" Série. Mémoires, T. IX. PI. 5. 



Leucittéphrites intactes ou métamorphisées. 
Blocs de l'éruption du Vésuve 1906. 

JfaMon * CU, Éditeur). 



Nouvelles Archives du Muséum. 4* Série. Mémoires, T. IX. PI. 6. 



Phoiotypie Bardurad. Piris, 



Leucittôph rites méiamorphiuces. 

Blocs de l'éruption du Vécuve 1906. 



Manon •£ Cit, É 



Nouvelles Archives du Muséum. 4* Série. Mémoires, T. IX. PI. 7. 



Phototype BmWd, Pi ris. 

Sommaites de la Somma. 

.Moïioti it Ci«, Éditeurs. 



Nouvelles Archives du Muséum. 4' Série. Mémoires. T. IX, PI. 



Phololypit Benhiud, Parti. 

Roches à orthose de la Somma. 

Maaon A Cle, Éditeur!. 



Nouvelles Archives du Muséum. 4* Série. Mémoires, T. IX, PI. 9. 



Pfcoiotypie Bcnh>ud, P. 

Roches à leucita eiidomorphes de la Somma. 

Masson * Cie, Éditeurs. 



Nouvelles Archives du Muséum. 4' Sérif 



Mémoires, T. IX. PL 10. 



fig. s 

F. Hotipillurd, pi :ot. 



RM. ,n 

Phoiotypie Bcrtbiud, P«rii. 



Roches de la Somma.